Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2022-106. Du Requiem en ré mineur de Charles-Henri Plantade à la pieuse mémoire de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.

16 octobre,
En France : fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’assassinat de S.M. la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine ;
Anniversaire de la fondation de la Milice de l’Immaculée (cf. > ici).

Reconstitution de la cellule de la Reine à la Conciergerie

Reconstitution de la cellule de la Reine à la Conciergerie

Charles-Henri Plantade (1764-1839) :

   Claveciniste et compositeur né à Paris le 19 octobre 1764, Charles-Henri Plantade entra à l’école des pages du Roi à Versailles : choisis pour leurs capacités musicales, ces jeunes gens se formaient sous la conduite d’un maître de musique et égayaient la cour par le chant et la pratique orchestrale.
Les aptitudes vocales du jeune Plantade le firent rapidement remarquer. Elles lui valurent d’interpréter plusieurs « soli » dans les grandes messes solennelles de Versailles. Plus encore, distingué par Gluck il fut choisi par lui pour chanter des duos avec la jeune Reine. Durant cette période, selon plusieurs biographes, Plantade apprit la composition et s’initia à la maîtrise instrumentale avec plusieurs grands maîtres de l’époque. Cette solide formation fit de lui un claveciniste de très bon niveau, capable d’accompagner de multiples ensembles à la partition, mérite encore rare à cette époque. Ces compétences lui ouvrirent les portes des salons aristocratiques, toujours à l’affut d’une musique de qualité pour agrémenter les bals et les réceptions. Mais ces premiers succès tournèrent à la coqueluche quand il s’attacha au genre musical qui devint à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime : la romance. Ces romances de Plantade se faisaient remarquer par la qualité des accompagnements qui tranchaient sur la foule des pièces médiocres qui fleurissaient un peu partout. Ces succès toutefois étant insuffisant pour lui assurer une vie décente, Plantade entra alors dans l’orchestre de l’Opéra Comique et se lança en même temps dans le professorat de chant.
En 1799 il est nommé professeur de chant au Conservatoire et enseigne aussi au pensionnat de jeunes filles fondé par Madame Campan à Saint-Germain-en-Laye. Il y rencontre alors Hortense de Beauharnais, belle-fille du Buonaparte, qui y est élève, à laquelle il s’attache de manière durable, et dont la protection va propulser sa carrière.
En 1806, Hortense de Beauharnais devenue Reine de Hollande, se l’attache en qualité de maître de chapelle et le fait nommer directeur de la musique du Roi. Quatre ans plus tard, quand l’éphémère royaume est annexé à l’empire français, Plantade revient à Paris avec sa protectrice qui lui conserve toutes ses fonctions auprès d’elle.
Après quelques incertitudes, Charles-Henri Plantade va survivre honorablement au changement de régime : d’abord réformé de sa chaire du conservatoire en 1816, il la retrouve deux ans plus tard lorsque l’institution devient l’Ecole royale de chant et de déclamation. Son retour en grâce avait déjà été marqué par sa nomination, à la maîtrise de la Chapelle Royale (1816-1830), dirigée par Cherubini. Dans ce poste, Plantade se consacre pleinement au genre religieux. Il écrit ainsi plusieurs messes de Requiem exécutées à la nécropole royale de Saint-Denys lors de cérémonies officielles. Il compose surtout le Te Deum et le Salve Regina joués à Reims à l’occasion du Sacre de Sa Majesté le Roi Charles X, le 29 mai 1825.

Avec la révolution de 1830, Plantade perd la plupart de ses charges, hors ses fonctions de chef de chant à l’opéra. Ressentant une grande amertume de cette mise à l’écart, il se retire aux Batignolles. Malade, il rejoint Paris en 1839 pour y mourir le 18 décembre à l’âge de soixante-quinze ans.

Le Requiem à la pieuse mémoire de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette :

   Les spécialistes ont du mal à dater précisément la composition de la Messe de Requiem à grand orchestre, « composée et dédiée à Mme la Baronne de La Bouillerie » d’après la page de titre. Cette œuvre semble préexister à l’événement qui l’a rendue célèbre : la commémoration, en 1823, du trentième anniversaire de la mort de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.
Le répertoire de la Chapelle des Tuileries ne comportait pas alors beaucoup de messes funèbres, et on demanda à Charles-Henri Plantade – qui n’était pas du nombre des principaux maîtres de Chapelle (comme Le Sueur ou Cherubini) de retravailler une Messe en ré mineur inédite, bien que sans doute déjà jouée, qu’il avait en réserve. Une édition luxueuse, publiée par Frey à cette occasion, est due pour une bonne part à la générosité de la Baronne de La Bouillerie, et à une liste importante de souscripteurs sollicités par la baronne.
« La musique de ce Requiem offre un pont saisissant entre les modèles d’Ancien Régime et le premier romantisme. Le chœur est écrit avec trois parties d’hommes (les ténors étant toujours divisés) et une seule ligne de femmes. La sonorité, de ce fait, se rapproche des anciens motets hérités de l’esthétique lullyste puis ramiste. La découpe conserve le plan traditionnel Introït / Kyrie / Graduel / Prose / Offertoire / Sanctus / Pie Jesu / Agnus. Après une introduction dont le chromatisme représente l’affliction devant la mort, et dont les coups de tam-tam semblent rappeler l’implacable destin de l’homme, le Kyrie opte pour une fugue plus énergique, débutée en faux plain-chant, et dont les volutes ne sont pas sans imiter certains mélismes haendéliens. Le Graduel, intimiste, divise par moment la ligne de sopranos en deux parties et aspire à la plénitude de l’homorythmie, en opposition complète avec le Kyrie. La prose – par la longueur de son texte – est la section la plus développée de la messe des morts, et c’est aussi celle où Plantade fera montre de toute la richesse de son inventivité : on y sent passer les frémissements opératiques des ouvrages révolutionnaires de Méhul et Cherubini, et même la nervosité du style de Rossini, alors en pleine vogue. Le très beau Pie Jesu qui conclut cette section offre un magnifique exemple de style rétrospectif, où altos et violoncelles résonnent comme un consort de violes louis-quatorzien. Mais c’est précisément dans le « véritable » Pie Jesu – celui qui précède l’Agnus, plus loin dans la messe – que Plantade utilisera l’effet d’orchestration le plus moderne de sa partition : un gémissement plaintif du cor en note « ouverte » et chromatique, produisant un son inquiétant que Berlioz dut particulièrement apprécier » (livret du CD).

Voici les enregistrements de cette œuvre réalisés en 2016 par « Le Concert Spirituel » dirigé par Hervé Niquet, dans la collection « Château de Versailles » (Alpha-Classics).
Pour écouter, faire un clic droit sur l’image, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ».

L’introït Requiem :

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Le Kyrie :

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Le graduel Requiem :

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La prose Dies Irae :

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L’offertoire Domine Iesu Christe :

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Le Sanctus :

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Le Pie Iesu :

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L’Agnus Dei :

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Armes de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine

 

2022-105. De Sainte Angadrême de Renty, vierge et abbesse, céleste protectrice de Beauvais, que l’on invoque pour être préservé de l’incendie et des méfaits du feu.

14 octobre,
Fête de Sainte Angadrême de Renty, vierge ;
Mémoire de Saint Calliste 1er, pape et martyr.

Statue de Sainte Angadrême dans l'église Notre-Dame du Marissel à Beauvais

Statue de Sainte Angadrême
église Notre-Dame du Marissel, à Beauvais

   La fête de Sainte Angadrême (en latin : Angadrisma, d’où Angadresme, puis aujourd’hui Angadrême) nous ramène au VIIème siècle et nous permet d’admirer l’un des magnifiques fleurons de la sainteté des temps mérovingiens.

   Angadrême était la fille unique de Robert (Chrodobertus dans les textes latins : d’où le fait qu’on le trouve aussi nommé Chrodobert ou Chrodebert) resté dans l’histoire sous le nom de Robert le Référendaire.
On ne connaît pas le nom de sa mère.
De même, on ne connaît pas la date de sa naissance, qui doit se situer au plus tard vers 615 selon l’âge qui lui est donné au moment de sa mort. Elle serait née à Thérouanne ou dans les environs : le village de Renty, en Artois, qui est associé au nom de Sainte Angadrême, est situé à un peu plus de quatre lieues à l’ouest de Thérouanne ; ce pourrait être le lieu de sa naissance, ou celui du domaine où elle a grandi.

   Par son père, elle appartient à la haute noblesse franque : il est hautement probable que c’est cette lignée de laquelle est issue la famille royale des Robertiens, à laquelle, après Hugues Capet, est attribué le nom de Capétiens.
Robert, dit le Référendaire, exerça cette fonction, qui cumule à peu près les charges de chancelier et de garde des sceaux, pour les Rois Dagobert 1er et Clotaire III (fils de Sainte Bathilde). Ami et disciple de Saint Ouen (v. 603 – 686), fonctionnaire royal puis archevêque de Rouen, Robert, comme lui, embrassera la carrière ecclésiastique et deviendra évêque de Tours et peut-être aussi de Paris.
Robert donna pour précepteur à sa fille Audemar de Thérouanne (600-667) (en latin : Audomarus, aujourd’hui connu comme Saint Omer) : auprès de lui, Angadrême acquit non seulement une vaste culture profane, mais aussi de solides connaissances religieuses et développa une profonde vie spirituelle et une grande piété.
C’est ainsi que, grandissant en âge, en sagesse et en grâce, Angadrême, éprise du Christ, lui voua sa virginité.

   Ignorant du vœu de sa fille, Robert avait résolu de la marier à Ansbert, fils du riche et noble Siwin (Silvinus), seigneur de Chaussy dans le Vexin français.
Il se trouve que le jeune homme, lui aussi, à l’insu de sa famille, avait fait vœu de virginité.
Les deux fiancés malgré eux, ayant de toute évidence compris quelle flamme intérieure les animait, s’ouvrirent l’un à l’autre de leur aspiration à la vie consacrée, mais l’un comme l’autre redoutaient de désobéir à leurs pères et de les contrister, en un temps où ces sortes d’engagement revêtaient des importances peu comprises aujourd’hui, et où leur rupture pouvaient avoir de redoutables conséquences.
Ansbert et Angadrême supplièrent Dieu de leur permettre de répondre à leur vocation, et Dieu les exauça d’une surprenante manière : Angadrême, qui était d’une grande beauté, avait demandé : « Que périssent ces charmes qui m’exposent à manquer à mes promesses ! qu’ils soient remplacés par des traits propres à éloigner de moi les vaines adulations des hommes » ; elle eut soudain le visage couvert d’une maladie de peau – qualifiée de lèpre – qui la rendit repoussante, et, les médecins jugeant qu’il n’y avait point de remède à ce mal, les parents durent naturellement convenir que les arrangements qu’ils avaient conclus étaient rendus caducs par cette maladie.
C’est ainsi qu’Ansbert, après avoir dû exercer un temps la charge de référendaire à la cour de Clotaire III, put finalement réaliser sa vocation et entrer à l’abbaye de Fontenelle (aujourd’hui Saint Wandrille). A la mort de Saint Wandrille (+ 668), Lambert, cousin germain d’Angadrême (il était fils d’Erlebert, frère de Robert), fut élu abbé, mais une dizaine d’années plus tard, Lambert fut choisi pour devenir archevêque de Lyon et Ansbert devint le troisième abbé de Fontenelle. A la mort de Saint Ouen (+ 684), à son corps défendant, il fut élu archevêque de Rouen.
Saint Ansbert est fêté le 9 février.
Saint Ouen, Saint Omer, Sainte Bathilde, Saint Lambert, Saint Ansbert… et quelques autres que les limites de cette publication ne me donnent pas le loisir de citer : on est frappé par cette « concentration » de sainteté dans la parenté et l’entourage de celle qui va devenir Sainte Angadrême !

Statue de Sainte Angadrême - cathédrale de Beauvais

Statue de Sainte Angadrême
cathédrale Saint-Pierre de Beauvais

Certaine qu’elle pourrait désormais accomplir sa vocation, Angadrême avoua à son père« J’ai pris Jésus-Christ pour époux. Il veut que je n’appartienne à nul autre qu’à Lui. C’est pour me protéger et me défendre qu’Il m’a envoyé cette difformité ». Robert la conduisit lui-même à Rouen devant Saint Ouen qui lui remit le voile des vierges consacrées. Angadrême ne trouva pas seulement la paix et la joie de l’âme dans la reconnaissance de sa vocation et son accomplissement, mais elle fut aussi guérie de sa maladie de peau et retrouva toute sa beauté.
Ce miracle rendit encore plus éclatant l’authenticité de l’appel exclusif de Dieu envers la noble jeune fille.

Vers 660, après avoir vécu de manière exemplaire les vertus religieuses et la discipline communautaire, elle est contrainte d’accepter la charge d’abbesse, dans le monastère de vierges et de veuves que son Père, Robert, avait fait construire à quelque deux lieues de Beauvais, sur la route d’Amiens, entre Guignecourt et Abbeville-Saint-Lucien, à côté de l’oratoire de Saint Evrou (ou Evroult), au lieu-dit Oroër (nom dérivé du verbe latin orare – qui signifie prier – en raison du fait qu’il y avait un grand nombre d’oratoires qui permettaient de faire monter vers le ciel une sorte de louange continue).
Un jour l’oratoire de Saint Evrou fut en proie aux flammes. Angadrême se précipita pour saisir la châsse des reliques de Saint Evrou qu’elle opposa à l’incendie, lequel céda aussitôt.
La tradition rapporte aussi qu’Angadrême, étant allée faire des dévotions dans l’église Saint-Michel de Beauvais (à cette époque la clôture monastique des femmes n’était pas aussi stricte qu’elle le devint par la suite, et les moniales pouvaient sortir pour visiter les pauvres, soigner les malades et accomplir des pèlerinages) et y trouvant la lampe du Saint Sacrement éteinte, alla demander du feu à un boulanger voisin. Celui-ci, importuné, lui jeta violemment des charbons ardents qu’elle reçut dans ses habits sans qu’ils brûlassent. Effrayé, le boulanger se prosterna à ses pieds.
C’est cet événement qui fit que lorsque le monastère d’Oroër fut détruit par les normands (en l’an 851), on choisit de transférer les reliques de Sainte Angadrême dans l’église Saint-Michel plutôt qu’à la cathédrale (malheureusement cette église Saint-Michel fut à son tout détruite en 1810).
Ces deux faits – l’incendie de l’oratoire de Saint Evrou et le miracle des charbons ardents lancés par le boulanger – font que Sainte Angadrême est très spécialement invoquée contre les incendies et les méfaits du feu.

La prière de Sainte Angadrême protégeant Beauvais de l'incendie - attribué à Claude François, dit Frère Luc (1614-1685) cathédrale de Beauvais

La prière de Sainte Angadrême préservant Beauvais de l’incendie
Tableau de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais
attribué à Claude François, dit Frère Luc (1614-1685)

   Dans son monastère, Angadrême conduisit ses compagnes à la vertu bien plus par la force de ses exemples que par l’autorité de son commandement. En effet, ses compagnes, la voyant si assidue à la prière, si humble dans son gouvernement, si modeste dans sa tenue et sa vêture, ayant grand soin des pauvres et des nécessiteux, toujours attentive aux détresses spirituelles de ses sœurs, et utilisant un langage nourri par la méditation des saintes Ecritures pour les entraîner à l’amour de Dieu, voulurent la garder comme abbesse pendant plus de trente années !
Elle, toujours plus humble, leur tiendra ce langage au moment où elle allait recevoir les derniers sacrements : « Sur le point de recevoir mon Dieu et mon juge, moi, votre indigne abbesse, je vous demande pardon de tous les mauvais exemples que j’ai pu vous donner, et des peines dont j’ai été pour vous la cause. Je ne mérite pas ce pardon, je le sais ; mais vous aurez pitié de moi et de mes faiblesses ».

Elle rendit son âme à Dieu un 14 octobre, probablement en 695, âgée de plus de 80 ans.

Après sa mort, des miracles éclatants eurent lieu sur sa tombe, qui devint donc un lieu de pèlerinage, jusqu’à ce que les Normands détruisissent le monastère (il sera reconstruit ailleurs près de deux-cents ans plus tard), ce qui fut, comme nous l’avons dit plus haut, l’occasion du transfert de ses reliques dans l’église Saint-Michel de Beauvais.
La ville de Beauvais, en revanche, fut protégée du pillage et de la destruction des Normands, et depuis lors, Sainte Angadrême est la patronne principale de la ville (et la patronne secondaire du diocèse de Beauvais-Noyon-Senlis).

   Cette protection se fit sentir d’une manière toute particulière lors de la guerre de Cent-Ans. En 1472, Beauvais fut assiégée par plus de 80.000 Bourguignons (alliés des Anglais), conduits par Charles le Téméraire.
La ville est à toute extrémité, les assiégés sont épuisés. C’est alors que les jeunes filles de Beauvais courent à l’église Saint-Michel et se chargent de la châsse de Sainte Angadrême qu’elles portent en procession sur les remparts : à cette vue, le courage renaît et une force quasi surnaturelle saisit les défenseurs : une ardeur guerrière s’empare des femmes elles-mêmes et, au plus fort du combat, au moment où un soldat bourguignon va planter son étendard sur le sommet du rempart où il vient de parvenir, une jeune fille, Jeanne Laîné (ou Laisné), l’abat avec une hachette. L’étendard bourguignon tombe dans le fossé, les défenseurs sont galvanisés et reprennent l’avantage.
Repoussés de toutes parts, les Bourguignons s’enfuient, laissant plus de 3.000 cadavres ou blessés, tandis qu’on ne déplore la perte que de 80 combattants parmi les Beauvaisiens, convaincus que la protection de Sainte Angadrême a été leur salut.

Jeanne Laîné ne sera plus désormais appelée que Jeanne Hachette.
Louis XI ordonna que chaque année, le dimanche le plus proche du 27 juin (jour de cette victoire), fut célébrée une procession solennelle pour rappeler la protection de Sainte Angadrême et la mémoire de l’héroïque Jeanne Hachette.

Cette procession fut accomplie jusqu’à la révolution qui l’abolit. Rétablie en 1805, elle fut supprimée par la « monarchie de juillet », à nouveau rétablie après la révolution de 1848 jusqu’en 1885 où les lois anti-catholiques de la république vont d’abord entraîner la dissociation (un cortège laïc nommé « fête de Jeanne Hachette » d’une part, et la procession religieuse avec la châsse de Sainte Angadrême d’autre part) puis la disparition pure et simple de la procession religieuse après les lois dites de « séparation ».

La procession de la châsse de Sainte Angadrême le 27 juin 1472 et l'héroïsme de Jeanne Hachette

Les jeunes filles de Beauvais portant la châsse de Sainte Angadrême le 27 juin 1472
et l’héroïsme de Jeanne Hachette
(détail d’un tableau de la chapelle de Sainte Angadrême dans la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais)

frise fleurs de lys

Prière à Sainte Angadrême
pour lui demander
la fidélité dans notre quête de la perfection

   Nous recourrons à vous, puissante Sainte Angadrême, et nous vous supplions de nous assister de vos prières dans les nécessités de notre vie chrétienne :
- dès votre enfance, vous avez compris qu’il ne fallait rien préférer à l’amour de Jésus-Christ et vous êtes demeurée inébranlable dans votre résolution malgré les oppositions qu’elle rencontrait : aidez-nous à demeurer fidèles à nos devoirs de chrétiens, aux promesses de notre baptême, à nos engagements de piété et de charité, aux exigences de notre devoir d’état, et, ainsi, à croître chaque jour dans la pratique de l’amour de Dieu ;

- vous avez préféré sacrifier votre beauté et une situation enviée plutôt que de renier vos engagements : enseignez-nous à être généreux dans la pratique des renoncements qui s’imposent pour demeurer fidèles aux exigences de notre vocation chrétienne ;
- vous avez vécu humblement les vertus évangéliques dans l’obscur quotidien de la vie monastique : apprenez-nous à être fidèles dans les petites choses que nous imposent nos devoirs de chaque jour, en les accomplissant avec beaucoup d’exactitude et sans lassitude, avec l’esprit qui convient aux actions héroïques les plus éclatantes ;
- vous avez combattu les flammes de l’incendie par la prière et la foi dans l’intercession des saints : communiquez-nous votre ardeur pour nous opposer aux flammes des passions mauvaises et à la contagion du mal ;
- vous avez entendu les prières et les supplications de ceux qui criaient vers vous à l’heure du péril : soutenez notre espérance et fortifier notre confiance pour que nous ne nous découragions jamais, et puissions parvenir au bonheur éternel du ciel en votre compagnie et celle de tous les saints, dans la vision de Dieu Notre-Seigneur !

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur)

Tableau de la procession de la châsse de Sainte Angadrême - détail

2022-104. Profession de foi de Saint Bruno à l’heure de sa mort.

6 octobre,
Fête de Saint Bruno le Chartreux, confesseur ;
Mémoire de Sainte Enimie, Fille de France, vierge.

La mort de Saint Bruno - Eustache Le Sueur

Eustache Le Sueur (1616-1655) : la mort de Saint Bruno
[musée du Louvre]

frise

   Au soir de sa vie, Saint Bruno voulut témoigner devant ses frères qu’il avait combattu jusqu’au bout le bon combat, qu’il avait achevé sa course en gardant la foi (cf. 2 Tm 4, 7). Le texte qui suit fut recueilli par ses compagnons de vie religieuse dans l’ermitage Santa Maria de la Torre de Calabre, en Italie, et nous transmet fidèlement cette profession de foi solennelle qu’il fit avant sa mort, survenue le 6 octobre 1101.

Introduction rédigée par les Chartreux Santa Maria de la Torre :
« Nous avons pris soin de recueillir la profession de foi de Maître Bruno, prononcée devant tous ses frères réunis, quand il sentit approcher, pour lui, l’heure d’entrer dans la voie de toute chair ; car il nous avait demandé de façon très pressante d’être les témoins de sa foi devant Dieu.

Texte même de la profession de foi (note 1)

   1 – Je crois fermement au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : le Père non engendré, le Fils seul engendré, le Saint-Esprit procédant de l’un et de l’autre ; et je crois que ces trois Personnes sont un seul Dieu.

   2 – Je crois que ce même Fils de Dieu a été conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie.
Je crois que la Vierge était très chaste avant l’enfantement, qu’elle est demeurée vierge dans l’enfantement et l’est restée éternellement par la suite.
Je crois que ce même Fils de Dieu a été conçu parmi les hommes comme un homme véritable, sans péché.
Je crois que ce même Fils de Dieu a été victime de la haine des Juifs perfides 
(note 2), et qu’après avoir été injustement fait prisonnier, Il a été couvert de crachats et d’insultes et flagellé ; qu’Il est mort, a été enseveli et qu’Il est descendu aux enfers pour en libérer les Siens qui s’y trouvaient captifs ; qu’Il est descendu (des Cieux) pour notre rédemption, est ressuscité et est remonté aux Cieux d’où Il viendra juger les vivants et les morts.

   3 – Je crois aux Sacrements en lesquels croit l’Eglise catholique et qu’elle vénère ; je crois particulièrement que ce qui est consacré sur l’autel est le vrai Corps, la vraie Chair et le vrai Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nous recevons pour la rémission de nos péchés, dans l’espérance du salut éternel.
Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle.
Ainsi soit-il.

   4 – Je confesse et je crois en la sainte et ineffable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, qui est un seul Dieu par nature, d’une seule substance, d’une seule nature, d’une seule majesté et puissance.
Nous professons que le Père n’a été ni engendré ni créé, mais qu’Il est inengendré.
Le Père Lui-même ne tire Son origine de personne.
De Lui, le Fils reçoit la naissance et le Saint-Esprit la procession.
Il est donc la source et l’origine de toute la Divinité.
Et le Père, ineffable par essence, a, de Sa substance, engendré le Fils ineffablement ; sans engendrer autre chose que ce qu’Il est Lui-même : Dieu a engendré Dieu, la Lumière a engendré la Lumière.
C’est donc de Lui que découle toute Paternité, au Ciel et sur la terre.
Ainsi soit-il.

frise

Notes :
1 – Cette magnifique profession de foi de Saint Bruno manifeste que, au cours de ses longues années d’enseignement à l’Ecole-cathédrale de Reims, il fut strictement fidèle à la doctrine catholique authentique, mais que cette doctrine n’était pas pour lui purement intellectuelle, mais qu’elle était intériorisée pour alimenter et faire croître sa vie spirituelle, sa vie de contemplation silencieuse. Au moment où Saint Bruno allait quittait ce monde, la doctrine trinitaire était le pivot de son amour et de sa confiance après avoir illuminé sa vie. La formule de profession trinitaire que l’on trouve au quatrième paragraphe reprend la profession de foi du XIème concile de Tolède, qu’il met à la première personne.
2 – En latin : « perfidis Judæis ». L’expression reprend textuellement ce qui se trouve au Missel traditionnel dans les oraisons solennelles du Vendredi Saint.

Sainte Trinité - vitrail

Prière du Vénérable Pie XII à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

3 octobre,
Fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, vierge et docteur de l’Eglise,
Céleste protectrice de la France en second,
Patronne des missions catholiques.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus - pluie de roses

rose rouge

Prière du Vénérable Pie XII
à
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face

(extraite du radio-message prononcé en français le 11 juillet 1954 à l’occasion de la consécration de la basilique de Lisieux)

   O Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus,
modèle d’humilité, de confiance et d’amour,
du haut des cieux, effeuillez sur les hommes ces roses que vous portez dans les bras :
– la rose de l’humilité,
pour qu’ils abaissent leur orgueil et acceptent le joug de l’Evangile ;

– celle de la confiance,
pour qu’ils s’abandonnent à la volonté de Dieu et se reposent en Sa miséricorde ;

– la rose de l’amour enfin,
pour que, s’ouvrant sans mesure à la grâce, ils réalisent l’unique fin pour laquelle Dieu les a créés à Son image : L’aimer et Le faire aimer !

panier de roses

2022-102. A Nancy, « L’Institution du Rosaire » de Jean de Wayembourg.

1er octobre,
Fête de Saint Remi de Reims, pontife et confesseur, apôtre des Francs (cf. aussi > ici).

   Pour commencer le mois du Très Saint Rosaire, nous vous invitons à admirer et à contempler un très grand tableau aujourd’hui conservé au « Musée Lorrain » de Nancy, qui porte le nom de « l’Institution du Rosaire » et fut peint par Jean de Wayembourg en 1597.

Jean de Wayembourg - Institution du Rosaire - 1597

A – Histoire du tableau.

   Ce très grand tableau est une huile sur toile d’un peu plus de 2,82 m de largeur et d’un peu plus de 3,83 m de hauteur. Il a été commandé en 1597 par le duc Charles III de Lorraine (1543-1608) pour orner le retable du maître-autel de l’église du couvent des Minimes de Nancy, édifiée en 1592.
Cette église fut détruite au début du XIXème siècle, et le tableau fut alors transféré à la cathédrale où il demeura jusqu’après la première guerre mondiale. Pour des raisons de conservation et de protection, il fut ensuite déposé au « Musée Lorrain » dont il constitue l’un des chefs-d’œuvre.

B – Jean de Wayembourg.

   On ne sait pas grand chose sur la biographie de Jean de Wayembourg : ni les dates exactes de sa vie, ni son lieu de naissance, ni sa vie privée… ni même son nom originel, car Jean de Wayembourg est vraisemblablement le résultat d’une francisation de son nom. D’origine flamande, on suppose qu’il avait été connu du duc Charles III de Lorraine par l’intermédiaire du duc Charles-Philippe de Croÿ (1560-1612), puissant et important personnage des Pays-Bas espagnols, allié des ducs de Lorraine. 
Jean de Wayembourg a été actif à la cour de Lorraine entre 1592 et 1603, année dont on pense qu’elle fut celle de sa mort. Il n’a été longtemps connu que par le tableau de « l’Institution du Rosaire », jusqu’à ce que l’on puisse, à une date très récente, lui attribuer une série de portraits de membres de la famille ducale, de taille naturelle, qui sont pour la plupart exposés à l’Ancienne Pinacothèque de Munich.

C – L’Institution du Rosaire.

   Cette œuvre monumentale représente la Très Sainte Vierge Marie et l’Enfant Jésus remettant le rosaire à Saint Dominique et à Saint François de Paule, fondateur de l’Ordre des Minimes pour l’église conventuelle nancéenne desquels le tableau fut peint. A cette scène, qui donne son nom à l’œuvre, assiste la famille ducale.
La scénographie peut donc être ainsi analysée :

institution du Rosaire - composition

   A l’intérieur d’un large « bandeau » illustré, de forme ovale – mais aplatie en haut et en bas -, la partie principale du tableau se divise en deux parties très nettes :
- dans la partie supérieure, la Très Sainte Vierge, assise au-dessus de nuages dont la couleur grise contraste avec la luminosité d’un ciel ouvert empli d’une lumière dorée, offre, de la main gauche, un chapelet à Saint François de Paule ; elle porte sur ses genoux, l’enlaçant de son bras droit, l’Enfant Jésus qui, Lui, présente un chapelet à Saint Dominique.
Autour d’eux évoluent des anges et des angelots présentant des fleurs et des chapelets

Institution du rosaire - partie supérieure

- dans la partie inférieure, des deux côtés d’une fenêtre ouverte, par laquelle on aperçoit un monument en forme de rotonde surmonté d’un dôme, se trouve, groupée et agenouillée, la famille du duc Charles III.

   Du côté droit, au premier rang, la duchesse Claude de France, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, parée d’habits somptueux ; à son côté, Sainte Catherine de Sienne, la célèbre tertiaire dominicaine, avec un lys et un livre d’heures posés devant elle ; au second rang, sont figurées les princesses Catherine, future abbesse de Remiremont, Christine, grande-duchesse de Toscane, Antoinette, future duchesse de Clèves, et Élisabeth, future duchesse de Bavière. Les visages des femmes sont remarquables par la clarté et la transparence de leur carnation.

   Du côté gauche, sont représentés, agenouillés, Charles III de Lorraine, le pape Saint Pie V, et les trois fils du duc : les futurs ducs Henri II et François II, et le cardinal Charles, évêque de Metz et légat pontifical pour la Lorraine et les Trois-Evêchés.

Tous les membres de la famille ducale sont représentés jeunes, alors qu’au moment de la composition du tableau le duc Charles III est âgé de 54 ans, et que la duchesse Claude est décédée depuis 22 ans (+ 21 février 1575).

   La présence de Saint Pie V et de Sainte Catherine de Sienne s’explique évidemment par le rôle qu’ils ont joué dans la propagation de la dévotion au saint rosaire : Saint Pie V est, en particulier, le pape de la victoire de Lépante et l’instituteur de la fête de « Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire » ; cet événement n’était antérieur que de 27 années à la composition du tableau.
Mais il est également possible que ces deux figures éminentes de la sainteté ultramontaine symbolisent les liens particuliers qui unissent le duché de Lorraine au Saint-Siège : le duc Charles III se voulait en effet un vigilant et ardent défenseur de la foi – sous son règne les protestants durent s’exiler – et un zélé promoteur des réformes tridentines.

Institution du rosaire - partie inférieure

   Les médaillons peints dans la large bordure, ou bandeau, qui entoure le sujet central, sont la représentation des quinze mystères du rosaire : on les lit dans le sens des aiguilles d’une montre. Ils sont reliés entre eux par un décor élégant composé de grains de chapelet, et entouré de branches de rosiers, d’épines ou de palmiers, suivant que les sujets représentés appartiennent à la série des mystères joyeux, douloureux ou glorieux.

institution du rosaire - détail du bandeau 1

  Dans les écoinçons, aux quatre angles du tableau, sont représentés les quatre évangélistes, mais seuls Saint Jean (en haut à gauche) et Saint Matthieu (en haut à droite) sont accompagnés de leurs symboles : l’aigle et l’ange.

institution du rosaire - détail du bandeau 2

   Cette œuvre monumentale ne constitue-t-elle pas une admirable introduction au mois du Très Saint Rosaire ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.                

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2022-101. Du sublime et mystique sanctuaire Saint Michel d’Aiguilhe.

29 septembre,
Fête de Saint Michel Archange (cf. > ici, > ici, > ici et > ici) ;
Anniversaire de la naissance de SMTC le Roi Henri V (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de SMTC le Roi Charles XII.

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Le Puy-en-Velay, vue générale, avec au premier plan le rocher d’Aiguilhe portant la chapelle de Saint Michel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

    A ma grande confusion, je me suis rendu compte que, mise à part la mention qu’en avait faite feu Monseigneur le Maître-Chat Lully à la fin de l’une de ses chroniques en date du 8 octobre 2008 (cf. > ici), il n’y a pas eu jusqu’ici dans ce blogue de présentation un peu détaillée d’un sanctuaire en l’honneur de l’archange Saint Michel qui nous est particulièrement cher, celui de Saint-Michel d’Aiguilhe.

   Le rocher d’Aiguilhe, auquel on a très longtemps donné le nom de dyke mais que les géologues et volcanologues préfèrent aujourd’hui appeler neck, n’est pas autre chose que la cheminée d’un volcan à l’intérieur de laquelle, lors de sa dernière éruption, la lave s’est solidifiée. L’érosion, tout au long des siècles, a ensuite emporté toutes les scories, cendres et poussières volcaniques accumulées qui formaient le volcan, ne laissant que la lave solidifiée dans la cheminée, plus résistante. Il en résulte ce rocher original de 82 mètres de hauteur qui confère à la ville du Puy l’une de ses plus originales beautés.
Il est plus que probable que les Celtes y avaient établi un lieu de culte en l’honneur de l’une de leurs divinités, mais il n’en reste plus de trace visible aujourd’hui.
Ce qui est absolument certain, en revanche, c’est qu’en l’an 961 de notre ère, le doyen du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, nommé Truannus (ou Triannus), fit ériger au sommet du rocher une chapelle en l’honneur de l’archange Saint Michel, dont l’évêque Gotescalc (ou Godescalc) célébra la dédicace le 18 juillet de l’an 962. Ce prélat est par ailleurs célèbre parce qu’il est, en l’état actuel de nos connaissances, le premier français connu à s’être rendu en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle au départ du Puy, en 950, ouvrant en quelque sorte la Via Podiensis à des milliers de pèlerins jusqu’à nos jours.

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   Le sanctuaire préroman que le chanoine Truannus avait fait bâtir au sommet du rocher n’avait pas les dimensions que nous connaissons aujourd’hui à cette église : c’était un espace carré, couvert d’une coupole et flanqué de trois absidioles hémisphériques – à l’est, au nord et au sud – tandis que la façade ouest était ornée du portail d’entrée.
Au XIIème siècle, en raison de l’affluence des pèlerins, la chapelle fut agrandie d’une nef à déambulatoire qui épouse la forme du rocher, utilisant ainsi tout l’espace disponible de la plateforme. En raison de cet agrandissement et de la configuration du rocher, le portail fut déplacé au sud-est et une tribune reliant les deux constructions fut édifiée à l’intérieur. Un clocher fut également construit, et, pour faciliter l’accès des pèlerins, on aménagea dans la roche un escalier, en grande partie taillé dans le roc, au lieu du rude sentier muletier qui avait été pratiqué au Xème siècle.
En outre, trois oratoires, dont il subsiste encore quelques vestiges, jalonnèrent l’ascension.
Le clocher fut foudroyé en 1247 ; il fut reconstruit dans la première moitié du XIXème siècle.
Les sectateurs de Calvin détruisirent la statue de Saint Michel en 1562.
Lors de la grande révolution la chapelle fut délaissée, et son abandon entraîna plusieurs déprédations. Il fallut l’intervention de Prosper Mérimée pour qu’on s’intéressât à nouveau à elle : elle fait partie de la première liste d’inscription comme monument historique protégé, en 1840.

   Eh bien, je vous propose maintenant de me suivre pour gravir les 268 marches qui nous conduiront au sommet.
Nous mettons ici nos pas dans ceux des Rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII, qui sont montés par ce même escalier jusqu’au sanctuaire de l’Archange…

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   Je me rends au minimum une fois par an en pèlerinage à Saint Michel d’Aiguilhe : durant la montée, qu’il me faut accomplir assez lentement, en raison de l’essouflement qu’elle occasionne, je récite mon chapelet ou bien la « couronne angélique » (voir > ici).

   Lorsqu’on arrive au sommet, on est ébloui : on ne se lasse jamais de la beauté de la façade.
Quelque temps qu’il fasse, quelle que soit la luminosité, qu’il fasse grand soleil ou que le ciel soit couvert, en pleine journée ou lorsque le soleil baisse à l’horizon, c’est, selon une inépuisable déclinaison de nuances, un saisissement qui se répète indéfiniment.

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   Cette marqueterie de pierres aux coloris alternés, encadrant les sculptures, n’est pas qu’un porche physique et esthétique permettant l’entrée dans l’édifice : c’est aussi un porche spirituel, un porche mystique et théologique, qui nous fait entrer dans un mystère sacré !

   Au sommet, et au centre, se trouve le Christ, Pantocrator et souverain Juge à la fin des temps, entouré de Sa Très Sainte Mère – suprême intercessrice -, de Saint Jean, qui était au pied de la Croix et assista à l’ouverture du Cœur adorable, fut élevé aux sommets de la contemplation et reçut les révélations de l’Apocalypse, de Saint Michel, archange guerrier et psychopompe, et de Saint Pierre, auquel furent confiées les clefs du Royaume des Cieux.

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   Au-dessus du linteau, sur lequel sont sculptées deux sirènes affrontées, le tympan est vide : on pense qu’il était originellement orné d’une scène sculptée dans du stuc qui n’a pas résisté au temps.
L’archivolte et l’arc trilobé sont ornés de rinceaux de feuillages desquels émergent des motifs antropomorphes.
L’intérieur des lobes représente la liturgie céleste, dans laquelle l’Agneau vainqueur reçoit l’adoration des vieillards et des Quatre Vivants présentant des coupes d’or, comme cela est décrit dans le livre de l’Apocalypse (Apoc. chap. IV & V).

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   Il est possible que les deux sirènes, l’une avec une queue de serpent et l’autre avec une queue de poisson, symbolisent la terre et la mer avec tout leur peuplement : « J’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et celles qui sont sur la mer et en elle ; je les entendis toutes disant : A Celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles » (Apoc. V, 13). Peut-être les oiseaux (des aigles aux ailes déployées) qui ornent le chapiteau de gauche et les figures humaines celui de droite (figures que l’on appelle habituellement diacres parce qu’il semble qu’elles portent une étole diaconale) complètent-elles l’illustration de la citation scripturaire par l’évocation des créatures célestes et de l’humanité appelée au salut ?

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   Mais puisque nous nous sommes laissés silencieusement instruire en reprenant notre souffle, et que nous sommes maintenant bien avertis qu’ici se joue un mystère invisible qui prélude aux combats de la fin des temps par lesquels sera mis un terme aux cheminements terrestres et inauguré le Culte éternel, nous pouvons entrer par cette porte ouverte et accéder au sanctuaire…

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   « Pavensque, quam terribilis est, inquit, locus iste ! Non est hic aliud nisi domus Dei, et porta caeli ! » (Gen. XXVIII, 17) : « Et saisi d’effroi : qu’il est terrible, dit-il, ce lieu-ci ! Ce n’est autre chose que la Maison de Dieu et la Porte du Ciel ! »

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   La nef et son déambulatoire qui, en raison de la configuration du sommet du rocher, donnent l’impression d’une espèce d’enroulement, les nuances de la lumière, que tamisent les fenêtres aux profonds ébrasements, ne contribuent pas peu à l’atmosphère sacrée de la chapelle.

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   Le sanctuaire tel qu’il est aujourd’hui aménagé occupe tout l’espace carré de la construction primitive : deux des trois absidioles primitives subsistent, la troisième (au sud, du côté de l’épître), a été supprimée lors des travaux d’agrandissement du XIIème siècle du fait de la construction de ce que l’on appelle « avant tribune » et « tribune ».
L’autel actuel est composé d’éléments anciens découverts lors de travaux de réfection du sanctuaire en 1955 : il s’agit d’une table d’autel médiévale et d’un fragment de colonne antique qui la supporte.
Les fresques qui couvrent les murs et la voûte du sanctuaire présentent le plus grand intérêt.

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   A noter que dans ce sanctuaire, sous l’autel actuel, en 1955, lors de travaux de réhabilitation – et plus précisément de réfection de l’autel -, fut découvert le « trésor », à la valeur historique inestimable : un Christ reliquaire du Xème siècle, et un coffret en ivoire byzantin du XIIIème siècle, dans lequel se trouvait une croix pectorale, ainsi que deux coupelles de bronze renfermant des reliques, furent mis à jour : ces objets sont aujourd’hui présentés dans une niche sécurisée pratiquée dans le mur du sanctuaire du côté de l’épître.
Je vous invite à lire la communication savante qui donne les détails circonstanciés de cette précieuse découverte > ici.

   Mais il nous faut bien sûr aller sans retard saluer l’archange Saint Michel :

Saint Michel archange, de votre lumière éclairez-nous !
Saint Michel archange, de vos ailes protégez-nous !
Saint Michel archange, de votre épée défendez-nous !

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Sancte Michael Archangele, defende nos in proelio ;
contra nequitiam et insidias diaboli esto praesidium.
Imperet illi Deus, supplices deprecamur :
tuque, Princeps militiae Caelestis,
satanam aliosque spiritus malignos,
qui ad perditionem animarum pervagantur in mundo,
divina virtute in infernum detrude.
Amen !

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.
Que Dieu lui commande, nous vous en supplions : et vous, Prince de la Milice Céleste, repoussez en enfer, par la force divine,
Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes.
Ainsi soit-il !

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   Revenons maintenant vers le sanctuaire et levons les yeux vers la fresque de la coupole : on y voit le Christ glorieux (sur ce cliché il se trouve la tête en bas) : il est entouré des symboles des quatre Evangélistes, peints dans des cercles.
Saint Michel, terrassant le dragon infernal, est figuré du côté opposé au Christ de gloire (donc ici en bas de la photo).
Un décor de nuages, d’anges et les figures antropomorphiques du soleil et de la lune complètent cette fresque.

Saint Michel d'Aiguilhe 14

   Je ne détaillerai pas toutes les autres fresques, d’autant que certaines sont difficiles à lire, mais je vous signale particulièrement celles du mur oriental du sanctuaire, au-dessus de l’absidiole, où l’on distingue bien, à droite de la fenêtre Saint Michel opérant la pesée des âmes, et à gauche Saint Michel faisant entrer les sauvés dans la Jérusalem céleste.

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   J’ai eu à plusieurs reprises l’immense joie d’assister à des Saintes Messes latines traditionnelles dans cette chapelle, au temps où cela était encore relativement facile à obtenir.

   En ce 29 septembre, dans notre prière, transportons-nous en esprit dans ce sanctuaire plus que millénaire, afin d’y solliciter instamment les secours de l’archange vainqueur pour la Sainte Eglise, ses pasteurs et ses fidèles, puisque nous sommes en ces temps où « l’Église, épouse de l’Agneau immaculé, des ennemis très rusés l’ont saturée d’amertume et abreuvée d’absinthe ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu’elle a de plus précieux. Là où a été établi le Siège du bienheureux Pierre et la Chaire de la Vérité pour la lumière des nations, là ils ont posé le trône de l’abomination de leur impiété ; de sorte qu’en frappant le Pasteur, ils puissent aussi disperser le troupeau…» (exorcisme de Léon XIII, version originelle).

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   Avant d’entamer la descente, nous faisons encore une fois le tour extérieur de la chapelle, par le chemin de ronde, et nous nous extasions sur l’extraordinaire point de vue dont on jouit vers le rocher Corneille, la statue de Notre-Dame de France et l’insigne basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, dont la dédicace fut accomplie par les Anges (11 juillet 225).

Saint Michel d'Aiguilhe 17

O Dieu, qui réglez de manière admirable les tâches respectives des anges et des hommes,
veuillez accorder que ceux qui se tiennent toujours devant Vous dans le Ciel pour Vous servir,
soient sur la terre les protecteurs de notre vie.
Nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il !

Saint Michel d'Aiguilhe 18

Saint Michel terrassant le dragon
détail de la fresque de la voûte du sanctuaire

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Prière à Saint Michel,
écrite en 1962
par
Son Excellence Monseigneur Jean Dozolme, évêque du Puy,

à l’occasion du
millénaire de la dédicace

de la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe (18 juillet 962) :

   Saint Michel qui, avec tous les Anges, habitez l’inaccessible lumière de la gloire divine, depuis un millénaire vous nous donnez, dans le sanctuaire aérien du rocher d’Aiguilhe, le gage d’une présence d’aide et d’amour.
Vous prenez ainsi place auprès de l’Eglise angélique de Notre-Dame du Puy, la Reine céleste que les Anges ont saluée dans son Annonciation et élevée au Ciel dans son Assomption.
Défenseur de l’Eglise, soyez son soutien contre toutes les forces du mal.
Protecteur de la France, à qui vous avez envoyé Sainte Jeanne d’Arc pour la rétablir dans sa liberté, l’unir aux autres nations chrétiennes et la faire mieux servir avec elles au rayonnement de l’Evangile, guidez-la dans son rôle de Fille Aînée de l’Eglise.
Gardien des âmes dans leur labeur terrestre, leur résistance au démon et leur sortie de ce monde, assistez-nous.
Rendez-nous fidèles à la vérité, ennemis du péché, confiants en la Vierge Marie et attachés au Christ qui nous conduit au Père.

Ainsi soit-il.

Saint Michel d'Aiguilhe 19

2022-98. Le « Stabat Mater pour des religieuses » de Marc-Antoine Charpentier.

22 septembre,
L’octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame ;
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Notre-Dame des Sept-Douleurs

   Le Refuge Notre-Dame de Compassion, de par son vocable, célèbre à deux reprises sa « fête patronale » principale : une première fois le Vendredi de la Passion, où l’on fait la commémoraison solennelle de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie, et une seconde fois le 15 septembre, puisque, depuis les réformes liturgiques du pape Saint Pie X, la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, originellement célébrée le troisième dimanche de septembre, a été finalement fixée au lendemain de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix.
   Cette fête du 15 septembre est donc pour nous une « fête double de première classe avec octave commune » (selon les rubriques traditionnelles qui sont les nôtres, c’est-à-dire antérieures à toutes les réformes qui se sont succédées depuis le règne du Vénérable Pie XII), et en conséquence le 22 septembre est chez nous le jour octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame, où l’on reprend l’office et la Messe du 15 septembre sous le rit « double majeur », avec évidemment la sublime séquence « Stabat Mater », dont la composition est communément attribuée au franciscain Jacopone da Todi (+ 1306).

   En conclusion de cette magnifique semaine d’approfondissement du mystère de la compassion de la Très Sainte Mère de Dieu, permettez-moi de vous proposer d’écouter (ou de réécouter si vous le connaissez déjà, car il me semble que l’on ne s’en lasse jamais) le « Stabat Mater pour des religieuses » [H15], composé par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704).
Si l’on ne possède aujourd’hui pas de certitude absolue sur les circonstances de la composition de ce « Stabat », il semble toutefois très probable – en raison de son style – qu’il appartienne au groupe d’œuvres composées pour le couvent de Port-Royal de Paris. C’est une pièce d’une simplicité sublime qui porte une pure et poignante ferveur propice à soutenir la méditation et la contemplation des souffrances de Notre-Dame au pied de la Croix.

   Voici deux enregistrements tous deux réalisés dans la Chapelle Royale de Versailles avec « le Concert des Nations » et « la Capella Reial de Catalunya » sous la direction de l’incomparable Jordi Savall : deux enregistrements qui présentent de petites différences (l’un des deux a été réalisé lors d’un concert public), mais qui sont l’un comme l’autre absolument admirables, à mon sens, sans que je les puisse mettre en concurrence et départager.

   Le Bienheureux Innocent XI, par un bref apostolique de 1681, confirmé par un rescrit du Bienheureux Pie IX le 18 juin 1876, a accordé 100 jours d’indulgence aux fidèles qui honorerons les douleurs de la Très Sainte Vierge Marie en priant et méditant au moyen du « Stabat Mater ».

Pour écouter ces deux enregistrements, faire un clic droit sur les images ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ».

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres « Stabat Mater » proposés dans ce blogue :
- Zoltan Kodaly > ici
- Jean-Baptiste Pergolèse (deux versions) > ici 

2022-96. Pour bien commencer la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel Archange.

20 septembre,
Fête de Saint Eustache et de ses compagnons, martyrs ;
Vigile de Saint Matthieu ;
Anniversaire de la prise de Rome par les Piémontais en 1870 (cf. > ici) ;
Premier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   Afin de mieux entrer dans la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel, nous vous proposons de lire, relire et méditer ce beau texte de Monsieur l’Abbé Gabriel Eyquin, membre zélé de la Confrérie Royale, qui l’avait rédigé en guise de lettre mensuelle pour le 25 septembre 2018.

Archange Saint Michel

Saint Michel et le Royaume des Lys :

   Dans quelques jours nous célébrerons la fête de saint Michel et de tous les saints Anges, dont il est le Chef ou Archange.

Deuxième Séraphin à la création des Anges, il en devint le premier à la révolte de Lucifer, dont l’orgueilleuse rébellion suscita chez lui ce cri d’indignation : « Qui est comme Dieu », en hébreu Mi kha el ? Qui prétend s’égaler à Dieu ?

Premier Ange, il est le « grand Prince », comme l’appelle le saint prophète Daniel, le « Prince de la Milice des Anges », dit un répons de la liturgie, le Chevalier des droits de Dieu, et le principal ennemi du diable, selon saint Bruno. Son rôle dans l’histoire du salut et dans celle de l’Eglise est incommensurable (très souvent mentionné dans la Sainte Ecriture sans être nommé, selon les Pères).

Il fut le « Prince d’Israël », selon saint Daniel, l’Ange gardien du Peuple élu de l’Ancien Testament. Premier des Anges, seul il pouvait être désigné par Dieu comme l’Ange gardien de l’Humanité de Jésus, « afin, dit le Psaume XC du saint Roi David, de le garder en toutes ses Voies ». Il devint logiquement dans le Nouveau Testament l’Ange gardien de la Sainte Eglise, nouvel Israël, d’après saint Chrysostome. Il convenait qu’il devînt l’Ange gardien de la France, qui est la nouvelle « tribu de Juda », selon le Pape Grégoire IX ; et il vint préparer sa mission en consacrant avec les saints Anges la cathédrale Notre-Dame du Puy, future protectrice du Royaume, le 11 juillet 225.

Le Puy-en-Velay

Le Puy-en-Velay : la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation est aussi appelée « chambre angélique »
parce qu’elle fut consacrée par le ministère des saints anges le 11 juillet 225.

I. Le Patron du Royaume.

   Aux aurores du Royaume saint Michel apparut au saint Roi Clovis 1er le Grand à la bataille de Tolbiac en 496 pour répondre à son appel au secours au « Dieu de Clothilde », il lui prédit la victoire en vertu de la Croix et réduisit l’armée ennemie à la merci de Clovis.
Après la bataille Clovis, par reconnaissance (grande vertu royale envers Dieu), lui consacra sa personne et son Royaume. C’est donc chronologiquement le premier saint Patron de la France, il est « le Patron et Prince de l’empire des Gaules », selon les termes de saint Charlemagne.

   Saint Michel compléta son intervention en servant de ministre au Saint-Esprit pour apporter, sous la forme d’une Colombe (qui manifestait la troisième Personne de la Très-Sainte Trinité comme au Baptême du Sauveur), la Sainte Ampoule au sacre de Clovis à la Noël 496 à Rheims, comme le dit une antienne du sacre du Roi de France : « par le ministère d’un Ange ».
Et tous les Rois des trois Races tinrent saint Michel en grand honneur ; saint Charlemagne le mit sur son étendard et fit de sa fête du 29 septembre une fête d’obligation en 813 (jusqu’au concordat de 1801 !).

St  Michel au péril de la mer

II. Le bastion de Saint Michel.

   Pour rendre sa protection perpétuellement visible, saint Michel apparut le 16 octobre 708 à saint Aubert, évêque d’Avranches, pour lui demander « que l’on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe », dit l’office du 16 octobre. Pour vaincre les doutes de l’évêque, à la troisième apparition il lui pressa le crâne avec son doigt sur le côté gauche et y fit un trou, ce qui convainquit l’évêque et son chapitre de la réalité de l’apparition, comme on peut encore le voir sur le crâne du saint en l’église des Saints Gervais et Protais d’Avranches.
L’Archange prenait matériellement possession du Royaume en y plaçant son Trône terrestre.

   Averti, le Roi Childebert III le juste « voulut s’y rendre en pèlerinage », selon le même office, suivi au cours des siècles par nombre de ses successeurs. Le mont Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, dont l’église primitive (toujours subsistante sous l’actuelle) fut consacrée par Notre-Seigneur Lui-même en présence de saint Michel le 16 octobre 709, est, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, face aux tempêtes de l’océan (figure des tempêtes du monde et des démons), le bastion du Prince des Anges face au prince de ce monde pour la protection du Royaume, et l’un des pèlerinages les plus fréquentés de la France et de la Chrétienté : « Immensi tremor oceani » (la terreur de l’immense océan), selon la devise de l’ordre de Saint-Michel.

III. La protection du Royaume.

   Dans l’une de ces plus graves tempêtes, alors que la moitié du pays était envahie, le Mont soutint vaillamment un siège de trente-cinq ans (1415-1450), malgré l’abbé, passé à l’ennemi, mais grâce à ses moines, à sa petite garnison et à ses habitants, restés fidèles à saint Michel, car, « tant que dura la monarchie, dit dom Guéranger, l’Archange ne souffrit pas qu’une autre bannière que celle du Roi Très-Chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts » (comme au Puy fit Notre-Dame).

   L’Archange apparut alors en 1425 à une vierge de treize ans, sainte Jehanne d’Arc, à Domremy, en Barrois mouvant, et peu à peu il lui « raconta la pitié du Royaume de France et comment elle devait aller au secours du Roi ».
Lui-même avait reçu mission de la Reine du Puy pour son jubilé de 1429, et il envoya la jeune Pucelle délivrer la ville d’Orléans le 8 mai (en la fête de son apparition au mont Gargan), puis mener sacrer le Roi Charles VII le Victorieux à Rheims le 17 juillet (pendant l’octave de la Dédicace de la cathédrale Notre-Dame du Puy par saint Michel et les saints Anges).
La sainte avait envoyé sa mère et les soldats de son escorte gagner le jubilé anicien à sa place et prier l’Archange en l’abbatiale Saint-Michel d’Aiguilhe (consacrée sur son mont le 18 juillet 961) pour le succès de sa mission. Elle-même plaça saint Michel et saint Gabriel sur son étendard. Et à son martyre saint Michel vint prendre sa belle âme.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

Chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (Le Puy-en-Velay)

   En reconnaissance (vertu royale envers Dieu), le Roi Louis XI le Prudent fonda le 1er août 1469 l’ « Ordre et aimable Compagnie de Monsieur saint Michel » en « commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier ».
C’est le plus ancien ordre royal actuellement subsistant, et pour ce motif son collier se trouve au plus près de l’écu royal.
Monseigneur le Duc d’Anjou, Chef et Souverain Grand-Maître, et trois chevaliers (dont deux des Ordres du Roi) continuent cette tradition des vertus chevaleresques à l’image du grand Archange et de la fidélité royale sous la protection de l’Ange gardien du Royaume.

IV. La fidélité de saint Michel.

   Pendant les périls des guerres de Religion, lors du sacre du Roi Henri IV le Grand à Chartres le 27 février 1594, un jeune enfant vêtu de blanc et resplendissant de lumière demeura auprès du Roi pendant toute la cérémonie comme sainte Jehanne d’Arc au sacre de Charles VII, puis disparut, et l’on pensa que c’était saint Michel (qui avait laissé une trace de pied d’enfant au mont Gargan) : l’Archange était donc toujours fidèle pour protéger le Royaume et « sauver le Roi » (selon le Psaume XIX de saint David).
Pensons à prier saint Michel pour le salut du Roi et du Royaume.

Statue d'argent de Saint Michel dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Statue de Sainte Michel, recouverte d’argent,
sur l’autel de l’archiconfrérie dans l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel

   Pendant les périls de la Fronde, la Reine Mère Anne d’Autriche, au nom de son fils le Roi Louis XIV le Grand, se tourna vers l’Ange gardien du Royaume et décida en 1652 de consacrer le premier mardi de chaque mois (on honore chaque mardi les saints Anges depuis saint Alcuin au VIIIème siècle) à saint Michel, et d’y faire célébrer une messe en son honneur pour la protection du Royaume, selon la grande tradition royale de la dévotion à saint Michel (cf. > ici).
Nous pourrions faire célébrer cette messe mensuelle en l’honneur de saint Michel pour le Roi et pour le Royaume.

   Saint Michel apparut en 1751 à la bienheureuse Antoinette d’Astonac, carmélite portugaise (dans un pays capétien), pour lui demander de répandre le chapelet de saint Michel et des neuf chœurs des Anges : quatre Pater en l’honneur de saint Michel, de saint Gabriel, de saint Rapahël et de notre Ange gardien, puis trois Pater et trois Ave en l’honneur de chacun des neuf chœurs des Anges suivis à chaque fois d’une salutation au chœur concerné.
Ce pourrait être une de nos dévotions chaque premier mardi du mois auprès du Chef et des membres de la Milice angélique (munie d’indulgences par le bienheureux Pape Pie IX) pour le Roi et pour le Royaume.

   En 1758 les neuf évêques de Bretagne (comme les neuf chœurs des Anges) instituèrent à la date du 5 janvier, veille de la fête de la Royauté de Jésus-Christ et des saints Rois Mages, une fête en « l’honneur des saints Anges gardiens du Roi et du Royaume », ce dernier étant saint Michel.
Même hors de Bretagne ce pourrait être une grande fête en l’honneur de saint Michel et du saint Ange gardien de Louis XX (certainement un grand Ange pour le Roi Très-Chrétien).

Statue de l'archange au sommet de la flèche du Mont Saint-Michel

Statue de l’Archange au sommet de la flèche de l’église abbatiale du Mont Saint-Michel

   Pendant la première Guerre Mondiale Paris fut épargné grâce à un vœu de son archevêque à saint Michel, ce pour quoi il construisit une nouvelle église à saint Michel aux Batignolles. Et l’Archange manifesta encore sa fidèle protection du pays en arrêtant la seconde Guerre Mondiale le 8 mai 1945, en sa fête.
Pensons à célébrer les fêtes du saint Ange gardien du Royaume (8 mai : Apparition au mont Gargan en 490 ; 29 décembre : Dédicace du mont Gargan par saint Michel en 493 et fête principale de l’Ordre de Saint-Michel ; 16 octobre : Apparition en 708 et Dédicace par le Sauveur en 709 du mont Tombe ; et 5 janvier : fête du saint Ange gardien du Royaume).
Rappelons-nous que dans les graves périls et tempêtes actuelles c’est saint Michel, Chevalier du Cœur immaculé de Marie et de la Reine du Puy, qui donnera la victoire ; et qu’il nous dit, selon la poésie de sainte Thérèse de Lisieux :

« Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand général au royaume des cieux ».

Soixante-deux villes et villages de France, sans compter les hameaux (et combien de sanctuaires et de chapelles d’églises !) lui sont consacrés.

Rappelons-nous qu’ « il est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort », selon saint Alphonse, et qu’il est invoqué dans la prière de la recommandation des mourants. Il « vient, dit saint Thomas, au secours des chrétiens, non seulement à l’heure terrible de la mort, mais au jugement particulier », et « Dieu lui a donné, dit saint Bonaventure, de faire pencher la balance en faveur de ses dévoués serviteurs » : « Prévôt du paradis », selon une antienne, il « introduit les âmes dans la sainte lumière » du ciel, selon la messe des Défunts.
Puisse-t-il en être ainsi de notre Roi, de notre Reine, de nos petits Princes et Princesse, du plus grand nombre de Français, et de nous-mêmes.
Ainsi soit-il.

+ Abbé Gabriel Eyquin.

Prières à Saint Michel que l’on trouvera dans les pages de ce blogue :

- Neuvaine du 20 au 28 septembre pour préparer la fête de Saint Michel > ici ;
- Prières pour demander l’assistance de Saint Michel > ici ;
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Michel > ici ;
- Prière pour solliciter le secours de l’archistratège Saint Michel > ici ;
- Consécration de la France à Saint Michel > ici ;
- Prière de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin (Madame Louise de France) pour la conservation du Royaume > ici.

Combat de St Michel et des anges.

2022-95. Les morts spirituels.

15ème dimanche après la Pentecôte :
Péricope évangélique : Luc, VII, 11-15.

Sermon XCVIII
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
l’Evangile de la résurrection du fils de la veuve de Naïm

Sacristie de la cathédrale Saint-Louis Versailles - résurrection du fils de la veuve de Naïm - Jean Jouvenet (1708)

Jean Jouvenet : résurrection du fils de la veuve de Naïm (1708)
[sacristie de la cathédrale Saint-Louis, Versailles]

Résumé : Tous les miracles de Notre-Seigneur ont un sens caché que tous malheureusement ne comprennent pas, et si de toutes les nombreuses résurrections qu’Il a opérées durant le cours de Sa vie il n’est fait mention que de trois dans l’Évangile, c’est parce que ces trois résurrections sont une image de la résurrection spirituelle de tous les pécheurs.
Quelques-uns en effet n’ont fait que consentir intérieurement au péché ; d’autres ont uni l’action extérieure au consentement ; d’autres enfin sont écrasés sous le poids des habitudes coupables. Les premiers sont représentés par la fille du chef de la synagogue, que Jésus ressuscita dans la chambre même où elle venait d’expirer ; les seconds par le fils de la veuve de Naïm, qui était déjà sorti de sa demeure et que l’on portait en terre ; les troisièmes enfin, par Lazare, déjà couvert de la pierre sépulcrale, et enseveli depuis quatre jours. Ces quatre jours signifient les quatre degrés par lesquels on descend dans le tombeau des habitudes coupables.

   §1. Les miracles de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ font des impressions, mais des impressions bien diverses, sur tous ceux qui en entendent le récit et qui y ajoutent foi. Les uns s’étonnent de ces prodiges corporels, mais sans y voir rien de plus grand ; d’autres, au contraire, contemplent avec plus d’admiration encore dans les âmes les merveilles qu’ils voient se produire dans les corps. Le Seigneur ne dit-Il pas Lui-même : « De même que le Père réveille les morts et leur rend la vie ; ainsi le Fils donne la vie à qui Il veut » (Jean V, 21) ? Ce n’est pas que le Fils ressuscite des morts que ne ressuscite point le Père ; le Père et le Fils ressuscitent les mêmes puisque le Père fait tout par le Fils ; mais c’est pour le chrétien une preuve indubitable qu’aujourd’hui encore Il ressuscite des morts. Mais, hélas ! si chacun a des yeux pour voir des morts ressusciter à la manière dont est ressuscité le fils de la veuve dont il vient d’être question dans l’Evangile, il n’y a pour voir les résurrections du cœur que ceux dont le cœur est ressuscité déjà. Il est plus grand de ressusciter pour vivre toujours, que de ressusciter pour mourir de nouveau.

   §2. Si la résurrection de ce jeune homme comble de joie la veuve, sa mère ; notre mère la Sainte Eglise se réjouit aussi en voyant chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. L’un était mort de corps ; les autres l’étaient d’esprit. On pleurait visiblement la mort visible du premier ; on ne s’occupait, on ne s’apercevait même pas de la mort invisible des derniers. Mais quelqu’un connaissait ces morts, Il s’occupa d’eux ; et heureusement, Celui qui seul les connaissait, pouvait les rappeler à la vie. Si en effet le Seigneur n’était venu pour ressusciter ces morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Lève-toi, ô toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts et le Christ t’éclairera » (Eph. V, 14).
Quand tu entends ces mots : « Lève-toi, ô toi qui dors », tu te figures simplement un homme endormi ; mais ces autres mots : « Lève-toi d’entre les morts », doivent te faire entendre qu’il est réellement question d’un mort. Des morts, même ordinaires, ne dit-on pas qu’il dorment ? Oui, pour Celui qui peut les ranimer ils ne sont qu’endormis. Un mort est pour toi un mort, car il ne s’éveille point quoique tu fasses pour le secouer, pour le pincer, pour le mettre en pièces. Mais pour le Christ qui lui dit : « Lève-toi », ce jeune homme était simplement endormi, puisqu’il se leva aussitôt. Nul n’éveille aussi facilement un homme dans son lit, que le Christ ne tire un mort du tombeau.

   §3. L’Ecriture ne nous parle que de trois morts visibles ressuscités par le Christ.
Il est certain qu’il a ressuscité par milliers des morts invisibles ; mais qui sait combien Il en a ressuscités de visibles ? Car tout ce qu’il a fait n’est pas écrit. « Jésus a fait beaucoup d’autres choses, dit Jean en termes formels ; si elles étaient écrites, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu’il faudrait composer » (Jean XXI, 27). Il est donc sûr que le Sauveur a ressuscité beaucoup d’autres morts ; mais ce n’est pas sans motif qu’il n’est fait mention que de trois.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, en effet, voulait qu’on vît encore un sens spirituel dans ce qu’Il faisait sur les corps. Il ne faisait pas des miracles pour faire des miracles ; Il prétendait que, admirables à l’oeil, Ses œuvres fussent une instruction pour l’esprit. Un homme voit des caractères sur un livre magnifiquement écrit, mais il ne sait lire ; il loue l’adresse du copiste, il admire la beauté des traits, mais il en ignore la destination et le sens ; ses yeux s’extasient ainsi devant ce que ne comprend pas son esprit. Un autre au contraire admire et comprend, car il ne voit pas seulement ce que tous peuvent voir ; il sait lire encore, ce que ne sait le premier qui n’a point appris. Ainsi parmi les témoins des miracles du Christ, il y en eut qui ne saisissaient point ce qu’ils signifiaient, ce qu’ils révélaient en quelque sorte à l’intelligence ; ceux-là ne les admiraient que comme des faits extérieurs ; mais il y en eut d’autres qui en comprenaient le sens tout en les admirant, et c’est à ceux-ci que nous devons ressembler dans l’école du Sauveur.
Si l’on dit en effet qu’Il a fait des miracles pour faire des miracles, on peut avancer également qu’en cherchant à cueillir des figues sur le figuier, il ignorait que ce n’en était pas la saison. L’Evangéliste dit positivement que ce n’était pas le moment des figues ; le Sauveur toutefois en cherchait sur cet arbre pour apaiser Sa faim. Mais quoi ! le Christ ignorait-Il ce que savait un paysan ? Le Créateur de ces arbres méconnaissait-Il ce que savait le jardinier ? Il faut donc reconnaître qu’en cherchant des fruits sur cet arbre pour apaiser Sa faim, Il voulait faire entendre qu’Il avait faim d’autre chose et qu’Il cherchait une autre espèce de fruits. On Le vit de plus maudire ce figuier qu’Il trouva couvert de feuilles mais sans aucun fruit, et cet arbre se dessécha. Or comment avait-il démérité en ne portant pas de fruits ? (cf. Matth. XXI, 18-19). Quel crime peut commettre un arbre en demeurant stérile ? Ah ! c’est qu’il est des hommes dont la stérilité est volontaire, et la volonté les rendant féconds, ils sont coupables de ne pas l’être. Tels étaient les Juifs ; arbres chargés de feuilles et dénués de fruits, ils se vantaient de posséder la loi sans en faire les oeuvres.
J’ai voulu prouver, par ces développements, que Jésus-Christ Notre-Seigneur faisait des miracles pour nous instruire ; Il ne les donnait pas seulement comme des œuvres merveilleuses, magnifiques et divines, Il voulait encore nous donner par eux quelques leçons.

   §4. Qu’a-t-Il donc prétendu nous enseigner par les trois morts qu’Il a ressuscités ?
Il a ressuscité d’abord la fille du prince de synagogue qui Le priait de venir la délivrer de sa maladie. Or, lorsqu’Il y allait, on vint annoncer qu’elle était morte, et comme pour Lui épargner des fatigues désormais inutiles on disait au père : « Ta fille est morte, pourquoi tourmenter encore le Maître ? » Mais le Sauveur poursuivit Sa route : « Ne crains pas, dit-Il au père, crois seulement ». Il arriva à la maison, et trouvant déjà tout préparé pour 
l’accomplissement du devoir des funérailles : «Ne pleurez pas, dit-Il, car cette jeune fille n’est pas morte, elle dort ». Il disait vrai : cette fille était endormie, mais pour Celui-là seulement qui pouvait l’éveiller. Il l’éveilla et la rendit pleine de vie à ses parents (Marc, V, 22-43).
Il ressuscita aussi ce jeune homme, fils de veuve, qui nous a donné occasion de faire à votre charité ces réflexions, que le Sauveur Lui-même daigne nous inspirer. On vient de vous rappeler comment eut lieu cette résurrection. Le Sauveur approchait d’une ville : Il rencontra un convoi qui emportait un mort, et on était déjà sorti de la porte. Touché de compassion à la vue des larmes que répandait cette pauvre mère, déjà veuve et privée maintenant de son fils unique, Il fit ce que vous savez : « Jeune homme, dit-Il, Je te le commande, lève-toi ». Ce mort se leva, il se mit à parler, et Jésus le rendit à sa mère.
Il ressuscita enfin Lazare, dans le tombeau même. Les disciples savaient Lazare malade, et comme Jésus S’entretenait avec eux et qu’Il aimait Lazare : « Lazare, notre ami, dort », dit-il. Mais eux, considérant que le sommeil serait bon au malade : « Seigneur, répliquèrent-ils, s’il dort, il est guéri ».
« Je vous le déclare, reprit alors le Sauveur plus clairement, Lazare, notre ami, est mort » (Jean XI, 11-44). Ces deux expressions sont justes : Pour vous il est mort, et pour moi il est seulement endormi.

   §5. Ces trois mots désignent trois espèces de pécheurs, ressuscités par le Christ, maintenant encore.
La fille du chef de Synagogue était restée dans la maison de son père, elle n’en avait pas encore été tirée ni emportée publiquement, C’est dans l’intérieur de la demeure qu’elle fut ressuscitée et rendue vivante à ses parents.
Quant au jeune homme, il n’était plus dans sa maison, et pourtant il n’était pas encore dans le tombeau ; il avait quitté le foyer, mais il n’était pas encore déposé dans la terre ; et la même puissance qui avait ressuscité la jeune fille encore sur son lit, ressuscita ce jeune homme qu’on avait sorti du sien, sans l’avoir encore inhumé.
Une troisième chose restait à faire, c’était de ressusciter un mort dans le tombeau : Jésus fit ce miracle sur Lazare.
Venons à l’application.
Il y a des hommes qui ont le péché dans le cœur, quoiqu’il ne paraisse pas encore dans leur conduite. Ainsi quelqu’un ressent un mouvement de convoitise, et comme le Seigneur dit Lui-même : « Quiconque aura 
regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère dans son cœur » (Matth. V, 28) ; quoique le corps ne l’ait pas approché, dès que le cœur consent au crime, il est mort ; mais ce mort reste encore dans sa demeure, et on ne l’a point emporté. Or, il arrive quelquefois, nous le savons et plusieurs l’expérimentent chaque jour, que ce mort soit frappé en entendant la parole de Dieu, comme si le Seigneur lui disait en personne « Lève-toi ». Il condamne alors le consentement qu’il a donné au mal, et ne respire plus que salut et justice. C’est le mort qui ressuscite dans sa demeure, c’est un cœur qui recouvre la vie dans le sanctuaire de sa conscience, et cette résurrection de l’âme qui s’opère en secret, se produit en quelque sorte au foyer domestique.
Il en est d’autres qui après avoir consenti au mal l’accomplissent. Ne dirait-on pas qu’ils emportent un mort, et qu’ils montrent en public ce qui était dans le secret ? Faut-il, toutefois, désespérer d’eux ? Mais ce jeune homme n’a-t-il pas aussi entendu cette parole : « Lève-toi, je te le commande » ? N’a-t-il pas, lui aussi, été rendu à sa mère ? C’est ainsi que même après avoir commis le crime, on ressuscite à la voix du Christ, on revient à la vie, lorsqu’on se laisse toucher et ébranler par la parole de vérité. On a pu faire un pas de plus vers l’abîme, mais on ne saurait périr éternellement.
Il en est enfin qui, en taisant le mal, s’enchaînent dans des habitudes perverses ; ces habitudes ne leur laissent déjà plus voir la malice de leurs actes ; ils justifient le mal qu’ils font, et s’irritent quand on les reprend, comme ces Sodomites qui répondaient au juste censeur de leurs dispositions trop perverses : « Tu es venu chercher ici un asile, et non pas nous donner des lois » (Gen. XIX, 9). Tel était donc le honteux empire de la coutume, que la débauche leur paraissait vertu et qu’en la leur interdisant on était plutôt blâmé qu’en s’y abandonnant. Ceux qui sont ainsi accablés sous le poids de la coutume, sont déjà comme inhumés ; il y a plus, mes frères, on peut même dire d’eux, comme de Lazare, que déjà ils sentent mauvais. La pierre qui pèse sur le sépulcre est comme la tyrannie, de l’habitude qui pèse sur l’âme, sans lui permettre, ni de se relever, ni de respirer.

   §6. Il est dit de Lazare : « C’est un mort de quatre jours ». C’est que réellement il y a comme quatre degrés qui conduisent l’âme à cette affreuse habitude dont je vous entretiens.
Le premier est comme un sentiment de plaisir qu’éprouve le cœur ; le second est le consentement ; l’action, le troisième ; et l’habitude enfin, 
le quatrième. De fait, il est des hommes qui rejettent si vigoureusement les pensées mauvaises qui se présentent à leur esprit, qu’ils n’y sentent aucune délectation. Il en est qui y goûtent du plaisir, mais sans consentement : ce n’est pas encore la mort, c’en est toutefois comme le commencement. Mais si au plaisir vient se joindre le consentement, on est coupable. Après avoir consenti au mal, on le commet ; puis le péché devient habitude ; on est alors comme dans un état désespéré, on est « un mort de quatre jours, sentant déjà mauvais ». C’est alors que vient le Seigneur. Tout Lui est facile, mais Il veut te faire sentir combien pour toi la résurrection est difficile. Il frémit en Lui-même, Il montre combien il faut de cris et de reproches pour ébranler une habitude invétérée. A Sa voix, néanmoins, se rompent les chaînes de la tyrannie, les puissances de l’enfer tremblent, Lazare revient à la vie. Le Seigneur, en effet, délivre de l’habitude perverse les morts même de quatre jours. Quand le Christ voulait le ressusciter, Lazare après ses quatre jours était-il pour Lui autre chose qu’un homme endormi ?
Mais que dit-Il ? Considérez les circonstances de cette résurrection.
Lazare sortit vivant du tombeau, mais sans pouvoir marcher. « Défiez-le, dit alors le Seigneur à Ses disciples, et laissez-le aller ». Ainsi le Sauveur ressuscita ce mort, et les disciples rompirent ses liens. Reconnaissez donc que la Majesté divine se réserve quelque chose dans cette résurrection. On est plongé dans une mauvaise habitude et la parole de vérité adresse de sévères reproches. Mais combien ne les entendent pas ! Qui donc agit intérieurement dans ceux qui les entendent ? Qui leur souffle la vie dans l’âme ? Qui les délivre de cette mort secrète et leur donne cette secrète vie ? N’est-il par vrai qu’après les reproches et les réprimandes le pécheur est livré à ses pensées et qu’il commence à se dire combien est malheureuse la vie qu’il mène, combien est déplorable l’habitude perverse qui le tyrannise ? C’est alors que honteux de lui-même il entreprend de changer de conduite. N’est-il pas alors ressuscité ? Il a recouvré la vie, puisque ses désordres lui déplaisent. Mais avec ce commencement de vie nouvelle, il ne saurait marcher ; il est retenu par les liens de ses fautes et il a besoin qu’on le délie et qu’on le laisse aller. C’est la fonction dont le Sauveur a chargé Ses disciples en leur disant : « Ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel » (Matth. XVIII, 18).

   §7. Ces réflexions, mes bien-aimés, doivent porter ceux qui ont la vie à l’entretenir en eux, et ceux qui ne l’ont pas à la recouvrer.
Le péché n’est-il que conçu dans le coeur sans s’être encore révélé par aucun acte ? Qu’on se repente, qu’on redresse ses idées. O mort, lève-toi dans le sanctuaire de la conscience.
A-t-on accompli déjà un dessein mauvais ? On ne doit pas désespérer non plus. Si le mort n’est pas ressuscité dans sa demeure, qu’il ressuscite quand il est sorti. Qu’il se repente de ses actes et recouvre au plus tôt la vie. O mort, ne descends pas dans les profondeurs du tombeau, ne te laisse pas recouvrir par la 
pierre sépulcrale de l’habitude.
Mais n’ai-je pas devant moi un malheureux déjà chargé de la froide et dure pierre, déjà accablé sous le poids de l’accoutumance, mort de quatre jours qui exhale l’infection ? Que lui non plus ne désespère pas. O mort, tu es enseveli bien bas, mais le Christ est grand. Il sait de Sa voix puissante entrouvrir les pierres tumulaires, rendre par Lui-même la vie intérieure aux morts et les faire délier par Ses disciples. O morts, faites donc pénitence, car en ressuscitant après quatre jours, Lazare ne conserva plus rien de l’infection première.
Ainsi donc, vivez, vous qui vivez, et vous qui êtes morts, quelle que soit celle de ces trois classes de morts où vous vous reconnaissiez, empressez-vous de ressusciter au plus tôt !

Jean Jouvenet - résurrection de Lazare (1706) - musée du Louvre

Jean Jouvenet : la résurrection de Lazare (1706)
[musée du Louvre]

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