Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2016-81. De Saint Georges, premier évêque du Velay, et du bâton miraculeux de Saint Pierre.

Vendredi 11 novembre 2016,
Fête de Saint Martin de Tours (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Point n’est besoin que je vous explique une fois de plus de quelle dévotion nous entourons les saintes reliques (cf. > ici) ; aussi, après vous avoir raconté mon propre pèlerinage auprès de celles de Saint Antoine le Grand (cf. > ici), vais-je vous expliquer comment Frère Maximilien-Marie, après quelques mois de recherche, a pu, ce mercredi 9 novembre en fin d’après-midi, voir le bâton miraculeux de l’apôtre Saint Pierre

St Pierre -détail d'un vitrail de C.E. Kempé - église St-Jacques Hunstanworth, comté de Durham

Le premier évangélisateur et premier évêque du Velay se nommait Georges : selon la tradition, il était du nombre des septante-deux disciples de Notre-Seigneur et, en même temps que Front, qui deviendra le premier évêque de Périgueux, il fut envoyé dans les Gaules par Saint Pierre.
Alors que nos deux missionnaires étaient en route et qu’ils étaient arrivés près du lac de Bolsena, à plus de 27 lieues au nord de Rome, Georges mourut subitement. Son compagnon, Saint Front, repartit pour Rome où Saint Pierre lui remit son bâton de marche, lui demandant de le déposer sur la tombe du défunt.
Par l’imposition du bâton de Saint Pierre, Saint Georges fut rendu à la vie, et ce miracle fut d’ailleurs la cause de nombreuses conversions dans la région de Bolsena.

L’apostolat des deux missionnaires se déploya surtout dans la Gaule Aquitaine (province romaine qui était beaucoup plus vaste que ce que nous appelons aujourd’hui l’Aquitaine puisqu’elle englobait, par exemple, le Velay et le Berry). Saint Front s’établit en Périgord et Saint Georges travailla à l’évangélisation du Velay.
On admet habituellement – car tous les historiens ne sont pas d’accord – qu’il fixa son siège épiscopal à Ruessio (ou Ruessium), qui était alors la principale cité des Vellaves, et qui est aujourd’hui la petite ville de Saint-Paulien.

C’est dans le temps de l’apostolat de Saint Georges, en l’an 45 de notre ère, qu’eut lieu la première apparition de Notre-Dame qui est à l’origine du pèlerinage du Puy, ainsi que cela a été raconté dans ce blogue (cf. > ici).

Avant de se séparer, Saint Front et Saint Georges s’étaient partagés le bâton de Saint Pierre, et jusqu’à la grande révolution la moitié du bâton miraculeux fut pieusement conservée et vénérée dans l’église collégiale de Saint-Paulien

Statue de Saint Georges - église de Saint-Paulien

Saint Georges, fondateur de l’Eglise du Velay et son premier évêque
(statue dans l’église de Saint-Paulien).

Saint Georges évangélisa le Velay pendant de nombreuses années et, bien qu’il eut parfois à endurer de violentes oppositions de la part des païens, il mourut (une deuxième fois) sans avoir subi le martyre : il fut inhumé sur le Mont Anis, près du lieu que la Sainte Mère de Dieu avait désigné pour y être honorée et où Saint Martial  (cf. > ici) était venu consacrer le premier autel (là où est aujourd’hui la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay) et apporter une des chaussures de la Très Sainte Vierge Marie.

Plus tard, au-dessus du tombeau de Saint Georges, fut construite une église, qui devint ensuite collégiale, puis aujourd’hui la chapelle Saint-Georges du grand séminaire du Puy.

Résurrection de Saint Georges - tableau du XVIIe s église de Saint-Paulien

Saint Front rendant la vie à Saint Georges en lui imposant le bâton de Saint Pierre
(tableau du XVIIe siècle dans l’église de Saint Paulien).

Je me demandais si, comme – hélas ! – un très grand nombre de précieuses reliques, et comme d’ailleurs l’autre moitié du bâton de Saint Pierre emportée en Périgord par Saint Front, la partie de ce bâton conservée à Saint-Paulien avait été détruite ou perdue lors de la grande révolution, jusqu’à ce que l’un de nos amis prêtres nous eût informés que non.
Soustrait aux pillages et profanations révolutionnaires par un prêtre de Saint-Paulien, le bâton de Saint Pierre fut remis par lui aux « Demoiselles de l’instruction » (congrégation fondée au Puy au XVIIe siècle sous l’impulsion d’Anne-Marie Martel et des prêtres de Saint-Sulpice qui dirigeaient le séminaire) – appelées aujourd’hui Soeurs de l’Enfant Jésus - , après la tourmente et conservé dans leur couvent du Puy.

Tout au long du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, les élèves des « Demoiselles de l’instruction » étaient invités à entourer de vénération la relique du bâton de Saint Pierre.
Mais, après « LE concile » (!!!), cette dévotion disparut du paysage religieux vellave : l’histoire de Saint Georges fut reléguée par beaucoup au nombre des pieuses légendes sans fondement, ceux qui conservèrent son culte placèrent son existence au troisième siècle et non plus à l’âge apostolique, et les reliques – souvent suspectées d’être fausses ou douteuses, voire même accusées de favoriser la « superstition » (ne croirait-on pas entendre les sans-culottes et les patriotes de l’an II ?) – furent remisées au fond des placards de sacristie, quand elles ne furent pas brûlées ou cédées aux brocanteurs…

Vitrine renfermant le bâton de Saint Pierre - soeurs de l'Enfant Jésus le Puy

Vitrine dans laquelle sont exposés le bâton de Saint Pierre et un buste reliquaire de Saint Georges
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Fort heureusement, le bâton de Saint Pierre – même s’il avait été mis à l’écart de la dévotion populaire – ne fut ni détruit ni perdu lors de cette seconde grande révolution qui a ravagé la Sainte Eglise après les années 60 du précédent siècle !

Après avoir interrogé plusieurs personnes, dont quelques prêtres parmi lesquels certains ignoraient tout de cette « légende » et d’autres en sourirent avec condescendance, au terme d’un véritable jeu de piste, Frère Maximilien-Marie finit par apprendre que le bâton de Saint Pierre se trouve actuellement dans l’une des vitrines d’une salle d’exposition présentant l’histoire et les souvenirs de la fondation des « Soeurs de l’Enfant Jésus » – salle d’exposition très rarement ouverte au public – dans la vieille ville du Puy.

Mais une chose était de savoir où se trouvait la relique, autre chose était de parvenir jusqu’à elle !

Appels téléphoniques réitérés en vue d’obtenir un rendez-vous, renvois d’une personne à une autre, demandes restées sans réponse précise ou se heurtant à une demande de rappel ultérieur : ainsi en fut-il pendant cinq mois.
Enfin, il y a quelques jours, frère Maximilien-Marie eut-il la joie de trouver une personne qui consentit à lui ouvrir les portes de la salle où se trouve ladite exposition quasi jamais ouverte au public, et qui lui donna rendez-vous pour ce mercredi 9 novembre en fin d’après-midi…

…Alléluia !

Relique du bâton de Saint Georges 2

Relique du bâton de Saint Pierre et  feuillet manuscrit racontant l’histoire de ce bâton
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Comme nous ne croyons pas au hasard, mais aux mystérieuses dispositions de la Providence (« Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur » ainsi que le proclame l’admirable oraison du septième dimanche après la Pentecôte), nous n’avons pas manqué de remarquer que le 9 novembre en fin d’après-midi, c’est justement le moment où l’Eglise diocésaine du Puy entonne les premières vêpres de la fête de Saint Georges, son fondateur et premier évêque (fête double de première classe avec octave, dans la liturgie traditionnelle), puisque sa fête est célébrée à la date du 10 novembre !

Redisons-le donc : Alléluia !

Relique du bâton de Saint Georges 3

Relique du bâton de Saint Pierre : seule partie visible de ce bâton extraite de sa housse
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Vous pouvez vous en rendre compte par vous-mêmes, grâce aux photographies dont j’accompagne ce texte, puisque notre Frère a eu la permission de réaliser quelques clichés, ce bâton de Saint Pierre se trouve au milieu d’objets divers : livres de piété des XVIIe ou XVIIIe siècles dont usaient les « Demoiselles de l’instruction », documents relatifs à l’histoire de la congrégation,  reliquaires…

Cette moitié du bâton de Saint Pierre doit mesurer entre 70 et 80 centimètres ; elle est placée dans une housse de soie violette avec des motifs jaune d’or et on n’en voit que l’extrémité qui a été tirée hors de la housse.
Le bâton lui-même est de couleur noire ; à son extrémité lui est attaché un ruban de soie bleue, mais notre Frère n’a pas pu voir si ce ruban portait un sceau ; plusieurs feuillets de papier sur lesquels un texte est écrit sont enroulés autour du bâton à l’ouverture de la housse de soie ;  un feuillet manuscrit très endommagé, en partie déroulé, a été placé en dessous du bâton (le texte qui y est calligraphié a été retranscrit sur la feuille imprimée, enfilée dans une pochette plastique, que l’on voit à droite), il raconte les traditions concernant Saint Georges et le bâton de Saint Pierre.

Relique du bâton de Saint Georges 1

Relique du bâton de Saint Pierre dans sa vitrine
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Pour terminer mon compte-rendu de ce soir, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je me contenterai de vous transcrire la traduction que j’ai faite de l’oraison propre de Saint Georges, telle que je l’ai trouvée dans un exemplaire des offices propres du diocèse du Puy, vous invitant ainsi à entrer vous aussi dans le courant multiséculaire de dévotion envers l’apôtre et le premier évêque du Velay :

« O Dieu qui nous avez faits parvenir à la connaissance de Votre Nom par les enseignements salutaires du Bienheureux Georges, dans Votre bienveillance accordez-nous que, ayant conservé la foi dans son intégrité, persévérant jusqu’à la fin dans la pratique des bonnes oeuvres, nous méritions de parvenir aux éternelles récompenses des vertus. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, Votre Fils, qui, avec Vous vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Reliquaire de Saint Georges - soeurs de l'Enfant Jésus le Puy

Buste reliquaire de Saint Georges
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

2016-80. Où, à l’occasion de la fête des Saintes Reliques, le Maître-Chat narre la manière dont il a été en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand.

Samedi soir 5 novembre 2016,
Fête des Saintes Reliques.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans ce blogue (cf. > ici), chaque 5 novembre, nous célébrons la fête des Saintes Reliques, fête propre à un certain nombre de diocèses et de congrégations.

En notre Mesnil-Marie, vous le savez aussi, nous gardons dans l’oratoire un assez grand nombre de reliques pour la conservation et l’exposition desquelles notre Frère Maximilien-Marie a aménagé une ancienne bonnetière du début du XVIIIe siècle…

Sacellum reliquiarum dans l'oratoire du Mesnil-Marie

« Sacellum reliquiarum » :
l’armoire des reliques dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

L’un des derniers reliquaires à avoir pris place dans le « sacellum reliquiarum » – l’armoire des reliques – est un morceau de bure, découpé en forme de tunique, qui a été mis en contact direct avec la Sainte Tunique d’Argenteuil.
En effet, comme notre Frère ne pouvait se rendre à la basilique Saint-Denys d’Argenteuil à l’occasion de l’ostension solennelle qui a eu lieu au printemps dernier, il a obtenu du très sympathique recteur de la basilique ce que l’on appelle en jargon ecclésiastique un « tetigit » (ce qui signifie littéralement « il a touché »), c’est-à-dire un morceau d’étoffe qui a touché à l’insigne relique et qui, de ce fait, est devenu lui-même une relique de troisième classe ; c’est un usage très ancien de l’Eglise, puisque, par exemple, on sait que les premiers chrétiens mettaient des linges au contact des tombes des Saints Apôtres Pierre et Paul et les rapportaient chez eux comme des reliques.

Reliquaire de la Sainte Tunique

« Tetigit » de la Sainte Tunique d’Argenteuil au Mesnil-Marie.

Mais, si j’ai pris ce soir la plume, c’est pour vous raconter que, il y a quelques semaines, je ne me suis pas contenté de vénérer les reliques conservées dans notre oratoire, aussi précieuses soient-elles, mais que j’ai eu l’occasion de me rendre « en chair et en os », comme on dit familièrement, en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand. Le fait est assez rare pour que je le souligne, puisque, de manière habituelle, je ne quitte le Mesnil-Marie et ne monte en automobile que pour me rendre chez Madame la Doctoresse des chats…

Je vous ai transcrit, il y a quelques années, une belle histoire de notre Frère Maximilien-Marie sur les liens privilégiés qu’eurent de nombreux saints avec les animaux (cf. la première des quatre parties > ici ; ensuite cliquer sur le lien en fin de chaque épisode). Or, s’il est un saint qui a un rapport très particulier avec les animaux, c’est bien Saint Antoine le Grand, appelé aussi parfois Saint Antoine d’Egypte, « père de tous les moines d’Orient et d’Occident », pour la fête duquel, le 17 janvier, la Sainte Eglise a même institué une bénédiction des animaux (voir > ici).

Saint Antoine le Grand entouré d'animaux - détail de la châsse de Saint Antoine

Saint Antoine le Grand dans le désert entouré d’animaux qu’il bénit
(bas relief d’argent – détail de la châsse de Saint Antoine le Grand à Saint-Antoine-l’Abbaye)

Les reliques de Saint Antoine le Grand se trouvent, depuis la seconde moitié du XIe siècle, dans l’église abbatiale du village aujourd’hui dénommé Saint-Antoine-l’Abbaye, en Dauphiné, à une trentaine de lieues environ de notre Mesnil-Marie.
Frère Maximilien-Marie s’y rend lui-même en pèlerinage environ une fois par an. D’habitude, il ne m’y emmène pas, car il sait que je n’apprécie pas trop les voyages en automobile…

…Toutefois, à la mi-octobre dernière, notre Frère devait se rendre à La Salette : en effet, l’association des descendants des Zouaves Pontificaux, avec laquelle vous savez qu’il a des liens étroits (cf. par exemple > ici), en cette année du cent-septentième anniversaire de l’apparition et parce que Maximin Giraud a lui-même intégré un temps le corps des Zouaves Pontificaux, tenait à La Salette son assemblée générale annuelle. C’était donc une occasion unique d’approfondir le message donné aux hommes par la Sainte Mère de Dieu sur la sainte montagne, et de réfléchir sur les prolongements de cette apparition dans l’histoire de l’Eglise et de la Chrétienté… D’ailleurs, Frère Maximilien-Marie était sollicité pour donner une conférence sur ces thèmes lors du séjour.

Bref ! Accompagné d’un ami, notre Frère devait partir pour La Salette le 13 octobre dans la matinée et ne revenir que le samedi 15 octobre en fin d’après-midi.
Il m’a demandé si – bien que je n’aimasse point les longs trajets en voiture – je voulais l’accompagner, ou si je préférais rester pendant trois jours tout seul au Mesnil-Marie (avec toutefois la visite d’un voisin une fois par jour pour remplir mon écuelle). Tout bien réfléchi, j’ai opté pour le voyage à La Salette : même si je savais qu’à l’hôtellerie du sanctuaire je resterai dans sa cellule, du moins étais-je sûr que je ne serai jamais trop longtemps séparé de mon papa-moine !

Saint-Antoine-l'Abbaye

Saint-Antoine-l’Abbaye : l’abbatiale dominant le village.

De La Salette même, je ne vous dirai rien de plus aujourd’hui car cela n’entre pas dans mon propos, mais c’est parce que je m’étais montré particulièrement sage et patient durant les longs voyages et pendant le séjour à l’hôtellerie du sanctuaire que, lors de notre retour, Frère Maximilien-Marie a proposé que nous fassions une halte à Saint-Antoine-l’Abbaye, afin qu’il puisse me présenter directement à la bénédiction et protection de Saint Antoine le Grand.
Sitôt dit, sitôt fait, car le village n’est pas très éloigné de l’autoroute que nous empruntions.

Maître-autel de l'abbatiale Saint-Antoine

Maître-autel de l’abbatiale, à l’intérieur duquel sont conservées les reliques de Saint Antoine.

C’est dans mon panier de voyage que Frère Maximilien-Marie m’a introduit dans l’abbatiale : il m’en avait tellement parlé que j’ai bien reconnu tout ce qu’il m’ en avait décrit.

J’ai été impressionné par la majesté et les proportions du splendide maître-autel de marbre et de bronze à l’intérieur duquel sont conservées les reliques du saint anachorète.
Mais je me suis aussi très rapidement senti en pays de connaissance, puisque deux de mes congénères montent la garde de part et d’autre du lieu sacré où sont conservées ces insignes reliques…

Lion gardant les reliques de Saint Antoine

Lion gardant les reliques de Saint Antoine (détail du maître-autel)

C’est par l’arrière du maître-autel que, à travers une lourde grille de bronze, l’on peut apercevoir la châsse d’argent en laquelle sont renfermés les précieux ossements du grand Saint Antoine.

arrière du maître-autel

L’arrière du maître-autel et la grille par laquelle on aperçoit le reliquaire.

Frère Maximilien-Marie m’a alors fait sortir de mon panier, et, me tenant dans ses bras, m’a présenté à cette grille, pour que je sois au plus près des reliques…

Lully près des reliques de Saint Antoine 1

Lully près des reliques de Saint Antoine 2

Dans mon coeur, je me suis uni à la prière affectueuse de mon papa-moine qui me confiait à la protection de Saint Antoine et me recommandait à sa bénédiction.

J’ai aussi pu admirer cette très belle châsse, et frère Maximilien-Marie m’a expliqué que, lors du pèlerinage annuel (à l’Ascension, je crois), elle est extraite du maître-autel, portée en procession dans la cour d’honneur de l’abbaye, et que, à l’issue de cette procession, les fidèles ont l’habitude de passer sous le reliquaire maintenu un peu en hauteur.

châsse de Saint Antoine le grand

Châsse de Saint Antoine le Grand, en bois sombre et en argent, telle qu’on peut l’apercevoir à travers la grille du maître-autel (les bas reliefs représentent des scènes de la vie et la mort de Saint Antoine).

Ce samedi 15 octobre, où je fus donc « présenté à Saint Antoine », reste donc un grand et beau jour pour moi : je suis vraiment très heureux d’avoir pu approcher si près de sa châsse et j’ai voulu profiter de la fête liturgique propre des saintes reliques pour vous partager ma joie…

Pour terminer, laissez-moi vous montrer ce beau tableau d’un peintre baroque de l’école napolitaine, Francesco Guarino (1611-1654), représentant la rencontre de Saint Antoine avec le centaure : j’aime particulièrement cette oeuvre parce que Saint Antoine y est vêtu de noir et de blanc… comme je le suis moi-même !

pattes de chatLully.

Francesco Guarino Saint Antoine et le centaure 1642

Francesco Guarino : Saint Antoine et le centaure (1642)

2016-72. Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Lépante - tableau illustrant la bataille

Tableau de la bataille de Lépante représentant, au-dessus, des flottes chrétienne et mahométane,
la Très Sainte Vierge Marie, brandissant un glaive, intervenant avec l’armée des anges,
pour venir en aide aux combattants de la Chrétienté.

Cessons de donner de la prière du Saint Rosaire l’image d’un doux et pieux ronronnement de fidèles inoffensifs cantonnés dans leurs églises et leurs paisibles « groupes de prière »…

Non ! Le rosaire est une arme de guerre, un glaive meurtrier, un fléau d’arme, une « kalach » spirituelle.
Les fidèles qui le prient doivent l’avoir en main pour s’en servir comme d’une arme impitoyable.

Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille !
Réciter son chapelet est un acte militant au sens étymologique du terme : un acte de militaire.
Et souvenons-nous bien que par le sacrement de la confirmation qu’il a reçu chacun d’entre nous a été fait combattant : « miles Christi ».
Eh bien ! la prière du rosaire est vraiment un acte de guerre, un acte combattant, un acte tout à la fois défensif et offensif qui blessera l’ennemi, qui l’empêchera de nuire, qui tâchera de le faire saigner, jusqu’à le vider de son sang et le faire mourir.

On doit dire le rosaire avec l’esprit du chevalier qui, après avoir revêtu cotte de maille et armure, enfourche son destrier caparaçonné et s’en va au combat pour en découdre sans ménagement, pour faire du mal à l’ennemi, pour le terrasser et le tuer, sans pitié.
Vaincre à tout prix et ne pas mourir n’ont pas d’autre alternative.

A chaque mystère, je suis dans un corps à corps avec l’ennemi.
Lutte sans merci contre le traître tapi au fond de moi ; lutte sans merci contre le monde, l’esprit du monde et tous leurs hideux sattelites : hérésies, maçonnerie, révolution, libéralisme, socialisme, capitalisme, sectes diaboliques, islamisme, hypersexualisme… etc. ; lutte sans merci contre l’enfer déchaîné, répandu sur la terre, et oeuvrant sans répît pour faire tomber les âmes en enfer.

A chaque « Ave, Maria », je suis dans la mêlée et je frappe – un coup après l’autre, inlassablement répété, continûment réitéré – sur l’ennemi, pour défoncer sa cuirasse, pour la percer, lui transpercer le corps et le mettre à mort.
Et il faudra recommencer, encore et encore : « Ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue », disait notre bienheureux Père Saint Augustin. Trop de chrétiens l’ont oublié et négocient leurs petits arrangements avec l’ennemi pour mener une vie chrétienne sans gêne et sans combat ; c’est sans nul doute l’une des raisons pour laquelle la Chrétienté se porte si mal.

Rappelons nous que la fête de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, a été originellement nommée Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire, instituée comme une débordante action de grâce pour le salut de la Chrétienté, menacée par l’islam, obtenu de manière spectaculaire à la bataille de Lépante.
Ainsi la fête du 7 octobre n’est-elle pas une fête mineure de dévotion pour bigottes iréniques : elle est la célébration jubilatoire de la victoire, bien plus que ne peuvent l’être les commémorations civiles d’armistice !
Fête de la victoire contre tous les ennemis du règne du Christ, victoire de Son Eglise, victoire de la Chrétienté.
Chaque fois que je saisis mon chapelet, je ne dois pas seulement me souvenir de Lépante, mais je dois en vérité actualiser Lépante : je dois transposer la lutte acharnée de Lépante, et sa victoire, à tous les combats actuels de la Sainte Eglise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Lépante  - détail

Voir aussi la bande dessinée
« Du Saint Rosaire redoutable aux démons » > ici

2016-71. « Pour que son peuple soit ramené à la foi de ses aïeux et à la pratique religieuse ».

3 octobre,
Fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face,
céleste patronne de la France en second avec Sainte Jehanne d’Arc.

Profitons de cette fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face pour lire ou relire la lettre apostolique par laquelle Sa Sainteté le Pape Pie XII a proclamé celle-ci patronne céleste de la France en second, après Notre-Dame de l’Assomption.
Nous nous sommes permis, en reproduisant ce texte, de mettre en caractères gras les passages qui expliquent et motivent ce céleste patronage : les « ruines immenses tant spirituelles que temporelles » de notre temps sont sans nul doute différentes de celles laissées par la seconde guerre mondiale, mais elles n’en sont pas moins réelles et graves, nécessitant peut-être plus encore le recours à nos célestes protecteurs…

Ste Thérèse jouant Ste Jehanne d'Arc dans une récréation du Carmel

« J’aime la France ma patrie,
Je veux lui conserver la foi ;
Je lui sacrifierai ma vie
Et je combattrai pour mon roi. »
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus jouant le rôle de Sainte Jehanne d’Arc
lors d’une récréation au Carmel.

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PIE XII
Lettre Apostolique

« Sanctae Romanae Ecclesiae »

par laquelle Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, vierge, carmélite de Lisieux,
est établie patronne en second de toute la France.

Le cardinal de la Sainte Eglise romaine, archevêque de Paris (note 1), Nous fait connaître, parlant aussi au nom de tous les autres cardinaux, archevêques et évêques de France, son souhait ardent de Nous voir daigner, par un effet de Notre bienveillance, déclarer sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus patronne en second de la France entière.
Comme la très noble nation française a déjà, depuis plusieurs siècles, pour patronne principale la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, et pour patronne en second, sainte Jeanne d’Arc, depuis sa canonisation, les évêques, d’un commun accord, ont jugé opportun, surtout en ces temps de détresse, de ménager aux fidèles de France une autre intercession particulière auprès de Dieu, celle de la sainte carmélite de Lisieux qui, pour que la foi catholique se conserve toujours et avec fermeté chez ses compatriotes, a témoigné à sa patrie un grand amour en la recommandant à Dieu le plus possible.
Le cardinal de Paris ajoute que Notre prédécesseur, de récente mémoire, le pape Pie XI, avait bien voulu instituer sainte Thérèse patronne des missions ; et puisque aujourd’hui la France elle-même, en raison des ruines immenses tant spirituelles que temporelles que la dure et terrible guerre présente lui a causées, peut être considérée comme un très vaste champ à cultiver par le labeur missionnaire pour que son peuple soit ramené à la foi de ses aïeux et à la pratique religieuse, il ne faut pas douter que ce saint patronage, instamment sollicité, tournera au plus grand bien et au profit spirituel de la nation française ; car tout le monde connaît de quelle affection, de quelle gloire, de quel culte vous, les Français, même des classes les plus humbles, honorez sainte Thérèse.
Au vrai, Nous-même déjà, avant d’être élevé au pontificat suprême, lorsque Nous accomplissions les fonctions de légat dans la ville de Lisieux, en 1937 (note 2), Nous avons recueilli à ce sujet des témoignages éclatants et mémorables, si bien que les voeux que le cardinal de Paris, parlant à la fois en son nom personnel et au nom des autres évêques, Nous présente avec instance, Nous estimons qu’ils doivent être favorablement accueillis aujourd’hui.
C’est pourquoi, après avoir entendu Notre Vénérable Frère le cardinal de la Sainte Eglise romaine, évêque de Palestrina, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites (note 3), de science certaine, et après mûre délibération, usant de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la teneur de la présente lettre et d’une façon perpétuelle, Nous déclarons et instituons sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus patronne en second de toute la France auprès de Dieu, en ajoutant tous les privilèges liturgiques et les honneurs qui appartiennent d’ordinaire aux célestes patrons de ce genre. Nonobstant toutes choses contraires.
Nous accordons et proclamons ces faveurs en décrétant que la présente lettre est et restera toujours valable dans toute sa force et son efficacité, qu’elle a et gardera ses effets pleins et entiers, qu’aujourd’hui et à l’avenir elle assurera la plénitude de ses avantages à ceux à qui elle s’adresse ou pourra s’adresser ; qu’il faut ainsi juger et décider, et que serait nul et sans effet à partir de maintenant tout ce qui pourrait être tenté en dehors de ceci, sciemment ou par ignorance, par qui que ce soit, par n’importe quelle autorité.

Donné à Rome, auprès de Saint Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 3 mai de l’an 1944, le sixième de Notre Pontificat.

L. Card. Maglione, Secrétaire d’Etat.

A. A. S-, XXXVI, 1944, p. 329
Texte latin sur le site du Saint-Siège > ici

Armoiries de Pie XII

Note 1 : Il s’agissait alors de Son Eminence Monsieur le Cardinal Emmanuel Suhard.
Note 2 : Son Eminence Monsieur le Cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII, avait été le légat a latere de S.S. le Pape Pie XI en juillet 1937 aux cérémonies de la dédicace de la basilique de Lisieux. C’est après les fêtes de Lisieux qu’il prononça à Paris, dans la chaire de Notre-Dame, le fameux discours sur la vocation de la France (cf. > ici).
Note 3 :
Son Eminence Monsieur le Cardinal Carlo Saloti.

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2016-69. A propos de l’Evangile de Saint Matthieu et de sa découverte dans sa version hébraïque originelle dans la tombe de Saint Barnabé.

21 septembre,
Fête de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste.

Vitrail de Saint Matthieu - église Saint-Matthieu de La Chapelle (principauté de Sedan)

Vitrail de Saint Matthieu
(église Saint-Matthieu du village de La Chapelle, principauté de Sedan)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de l’apôtre et évangéliste Saint Matthieu me fournit l’occasion d’entamer ici plusieurs publications que je projette au sujet de l’historicité des Saints Evangiles.
Je ne suis certes pas un exégète – et n’ai aucune prétention à l’être – , mais tout le monde s’accorde à dire que je suis un chat de bon sens et il me semble que la fréquentation assidue de la bibliothèque de mon papa-moine m’a permis d’acquérir un peu de science, surtout en ce qui concerne la connaissance de la Tradition de la Sainte Eglise : tous les exégètes, même renommés, ne peuvent pas forcément en dire autant !

Je voudrais donc commencer par vous citer le texte que l’on peut lire dans le martyrologe romain à cette date du 21 septembre : « En Ethiopie, la naissance au ciel de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste, qui, prêchant dans cette région,  y souffrit le martyre. Son Evangile, écrit en langue hébraïque, fut trouvé par la révélation qu’il en fit lui-même, avec le corps du Bienheureux Barnabé, apôtre, au temps de l’empereur Zénon (note 1) ».

J’ai cherché à en savoir davantage sur cette révélation et sur cette découverte, aussi ai-je commencé par me reporter à la notice du même martyrologe consacrée à Saint Barnabé, au 11 juin.
Voici ce que j’y ai lu : « A Salamine, en Chypre, la naissance au ciel de Saint Barnabé, apôtre, cypriote d’origine, lequel, ayant été avec Saint Paul, institué apôtre des nations, par les disciples de Jésus-Christ, parcourut avec lui de nombreux pays, exerçant la charge de la prédication évangélique qui lui avait été commise ; enfin, étant revenu en Chypre, il y ennoblit son apostolat par un glorieux martyre. Son corps, au temps de l’empereur Zénon, fut découvert sur la révélation qu’en fit Barnabé lui-même, en même temps que le livre de l’Evangile de Saint Matthieu, écrit de la main de Barnabé ».

Je suis alors allé chercher de plus amples détails et, étant donné que la plupart des ouvrages modernes les taisent puisqu’ils tiennent a priori pour non scientifique, non historique et donc comme devant être rejeté, tout récit miraculeux (ce qui est le propre d’une attitude rationaliste), j’ai fini par les trouver dans les gros et anciens volumes de la « Vie des Saints » du très érudit Père François Giry (1635-1688), religieux minime, qui a compilé, dans les écrits de nombreux auteurs des âges de foi, de fort intéressants détails et d’utiles précisions, précieux pour l’intelligence de la Tradition catholique telle que consignée dans le martyrologe.
Voici donc maintenant ce que le Rd. Père Giry écrit dans sa notice sur Saint Barnabé :
« [...] Ce saint corps (de Saint Barnabé) ne fut inhumé qu’à cinq stades de la ville (de Salamine), et le lieu où il était porta le nom de Santé, à cause des grands miracles et des fréquentes guérisons faites par l’intercession du saint Apôtre ; il y demeura néanmoins longtemps inconnu, à cause des violentes persécutions qui s’élevèrent dans les siècles suivants, et ne fut découvert que sous l’empire de Zénon, environ l’an 485.
L’histoire de cette invention (note 2) est décrite fort au long dans Surius (note 3) ; Pierre Gnafée, dit le Foulon, très pernicieux hérétique, s’étant injustement emparé du siège patriarcal d’Antioche, somma l’archevêque de Salamine, comme l’un de ses suffragants, de le venir reconnaître. Ce prélat, nommé Anthème, qui était un homme de sainte vie et fort orthodoxe, avait bien de la peine à s’y résoudre, d’autant plus qu’il ne se sentait pas assez savant, ni assez subtil pour entrer en discussion avec l’hérétique. Dans cette grande perplexité, il eut recours à la prière ; et Dieu, qui exauce les larmes et les gémissements de ses serviteurs, lui envoya Saint Barnabé ; le saint apôtre lui dit de ne rien craindre ; qu’il serait lui-même son soutien et son protecteur ; et, pour marque de l’intérêt qu’il voulait prendre à sa défense, il ajouta qu’il n’avait qu’à se transporter à cinq stades de la ville, du côté de l’Occident, en un lieu appelé Santé, et, qu’en faisant fouiller sous un chêne, il y trouverait son corps entier, et sur sa poitrine l’Evangile de Saint Matthieu, dont il avait écrit la copie de sa propre main.
En effet, le saint prélat s’étant transporté en ce lieu, y trouva ces deux trésors inestimables ; ce qui fit que, dans le synode où il était mandé, son siège de Salamine, qui était métropolitain de toute l’île de Chypre, fut jugé libre et indépendant de celui d’Antioche, et qu’il n’eut aucune obligation de rendre des déférences à Pierre le Foulon.
L’empereur Zénon, étant informé d’une si heureuse découverte, voulut absolument avoir à Constantinople ce livre de l’Evangile que l’on avait trouvé ; et, en reconnaissance, il fit bâtir une église magnifique en l’honneur de Saint Barnabé, au lieu même où son corps avait reposé si longtemps. On y transporta ensuite cette dépouille sacrée, et elle y a demeuré jusqu’au temps de Charlemagne ; elle fut alors transportée à Toulouse, dans l’église de Saint-Saturnin [...] » (note 4)

Les leçons du bréviaire romain (traditionnel bien sûr) nous disent que Saint Barnabé fut martyrisé la septième année du règne de Néron, c’est-à-dire en l’année 61 de notre ère.

Tout ceci nous montre donc que, pour la Tradition constante de la Sainte Eglise, depuis les origines jusqu’aux temps de l’hérésie moderniste :

1 – Il a toujours été cru que l’Evangile selon Saint Matthieu avait bien été écrit par l’apôtre Saint Matthieu lui-même.
Or les exégètes modernistes voudraient faire croire que cet Evangile aurait été écrit après l’an 70, voire entre 80 et 95, c’est-à-dire à une époque où Saint Matthieu était mort depuis longtemps : cela signifierait alors que ce texte ne serait pas le récit d’un témoin oculaire ayant accompagné Notre-Seigneur pendant trois années et qu’il ne serait revêtu d’aucune vérité historique !!!
Le fait que la Tradition nous conserve ce récit de la découverte d’un manuscrit portant le texte hébraïque de l’Evangile de Saint Matthieu copié par Saint Barnabé lui-même, dans la tombe de ce dernier, inhumé en l’an 61, est un démenti formel des affabulations modernistes : puisqu’il atteste au contraire de l’existence et de la diffusion de cet Evangile selon Saint Matthieu à une date largement antérieure aux estimations des exégètes rationalistes.

2 – Que la Tradition de l’Eglise sait depuis toujours que Saint Matthieu a écrit son Evangile en langue hébraïque. Le Rd. Père Giry, à la fin de la notice sur la vie de Saint Matthieu écrit : « [...] On ne sait pas qui en a été le traducteur de l’hébreu en grec. Saint Jérôme, dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques, assure que de son temps il se trouvait en hébreu dans la bibliothèque de Césarée, qui avait été dressée par le martyr Pamphile (note 5), et que les Nazaréens, qui s’en servaient, le lui avaient prêté pour le traduire en latin ».
Si Saint Matthieu a écrit son Evangile en hébreu, comme l’affirme toute la Tradition – et comme le confirment les études menées au XXe siècle par de grands savants tels que Monsieur l’abbé Jean Carmignac ou le professeur Claude Tresmontant – , cela signifie qu’il l’a rédigé à l’intention de chrétiens qui comprenaient et parlaient cette langue : c’est-à-dire les chrétiens de Palestine, convertis du judaïsme, comme le fait remarquer, entre autres, Saint Jérôme.
Or, après l’an 70, c’est-à-dire après la destruction de Jérusalem, l’hébreu fut de moins en moins parlé et compris. Quel intérêt y aurait-il eu à écrire un récit dans une langue de moins en moins connue (si comme le prétendent les exégètes modernistes cet Evangile selon Saint Matthieu avait été écrit dans les années 80 à 95) ?
La rédaction en langue hébraïque, attestée par la Tradition, est donc un argument probant en faveur de l’authenticité du texte de Saint Matthieu et en faveur d’une rédaction à une époque où l’hébreu était encore couramment pratiqué, c’est-à-dire bien avant la destruction de Jérusalem et la dispersion du peuple Juif (car cete dispersion affecta aussi les communautés chrétiennes de Palestine : les Romains ne faisant pas de différence entre les Juifs et les Chrétiens).

Ainsi que je vous le disais en commençant, nous aurons prochainement l’occasion de reparler de ces choses.
En attendant, je vous souhaite d’être toujours plus forts dans la foi et toujours plus certains de la vérité des Saints Evangiles, dont Saint Matthieu fut le premier rédacteur. 

pattes de chatLully.

St Matthieu - église Saint-François de Sales (ancienne) - Paris XVIIe

Saint Matthieu (détail d’un vitrail de l’église Saint François de Sales, à Paris – cf. note 6)

Note 1 : Pour mémoire, Zénon est un empereur romain d’Orient qui régna à Constantinople de 474 à 491, c’est-à-dire dans le même temps où, dans les Gaules, Clovis 1er devint le roi des Francs saliens (481), commença à étendre la souveraineté franque sur les peuples voisins, se rapprocha de l’Eglise (l’épisode du fameux « vase de Soissons » est du 1er mars 487) et prépara son mariage avec Clotilde (492).
Note 2 :  Le mot « invention », du verbe latin « invenio, -is, -ire », doit être compris dans le sens de « découverte ».
Note 3 : Laurentius Surius – en allemand Lorenz Sauer – (1522-1578), est un religieux de la Chartreuse de Cologne qui se consacra à une vie d’étude et d’érudition, souvent pour défendre la vérité catholique en face des négations des prétendus réformés.
Note 4 : La précieuse relique du Chef de Saint Barnabé a échappé au vandalisme des huguenots et des révolutionnaires et se trouve toujours dans l’église Saint-Saturnin (basilique Saint-Sernin) de Toulouse, si nous en croyons un procès verbal de reconnaissance dressé en juin 1807 dont nous avons lu la copie.
Note 5 : Saint Pamphile de Césarée est un père de l’Eglise qui a été martyrisé en l’an 309. Il a fondé l’école théologique et exégétique de Césarée. La grande bibliothèque de Césarée a entièrement disparu après l’époque de Saint Jérôme (347-420) et on ignore de quelle manière est advenue sa destruction.
Note 6 : Monsieur l’abbé Jean Carmignac, mis à l’écart en raison de ses réactions aux déviances de l’éxégèse moderniste qui a triomphé dans l’Eglise catholique des années postconciliaires, fut relégué à l’église Saint-François de Sales, dans le XVIIe arrondissement de Paris, de 1967 jusqu’à sa mort en 1986.

St-Esprit & Ste Bible

2016-67. Où le Maître-Chat revient sur l’histoire de notre quasi paroisse de rite latin traditionnel et expose les « nouveautés de la rentrée » qui la concernent.

Lundi 5 septembre 2016,
Anniversaire de la naissance de S.M. le Roi Louis XIV Dieudonné (cf. > ici) ;
Anniversaire du martyre de l’abbé Claude Allier (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ceux qui nous connaissent bien savent – mais il n’est pas inutile de le redire pour ceux qui nous connaissent moins bien ou qui ne viennent qu’occasionnellement sur ce blogue – que, très fermement liés au rite latin traditionnel de la Sainte Messe – pour lequel le diocèse de Viviers, où est implanté le Mesnil-Marie, est encore l’un des rares en France à n’offrir aux fidèles aucune célébration stable et régulière (note 1) – , nous sommes donc rattachés à ce que l’on peut à juste titre nommer une quasi paroisse (note 2), dans le diocèse du Puy-en-Velay dont nous sommes géographiquement et historiquement très proches (note 3).

Arrivé dans le diocèse du Puy en 2001, « par la petite porte » – selon sa propre expression – , Monsieur l’abbé Henri Vannier, accueilli par feu Monseigneur Henri Brincard, a été pendant une quinzaine d’années – lesquelles n’ont pas été sans difficultés ni souffrances – l’instrument providentiel de l’établissement de cette quasi paroisse (cf. note 2) dont le lieu de célébration fut d’abord le sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel jusqu’en 2009, puis, pendant sept ans, la petite église du village de Ceyssac.
Monsieur l’abbé Henri Vannier, s’est toujours montré d’une sollicitude et d’une délicatesse remarquables pour le Refuge Notre-Dame de Compassion et pour Frère Maximilien-Marie, auquel il a peu à peu demandé de prendre une part plus active au service de la petite communauté, l’invitant à participer – avec ses (modestes) moyens – au chant liturgique, au service de l’autel, à la préparation des cérémonies, ou – par intérim – à tenir la sacristie.

Nous ne remercierons jamais assez Monsieur l’abbé Vannier, à titre personnel, pour son soutien et sa confiante amitié, et, pour ce qui concerne la vie de la paroisse, pour le soin apporté aux cérémonies du culte et pour la très grande qualité doctrinale et spirituelle de ses homélies…

Eglise de Ceyssac Pâques 2016

Sanctuaire de l’église de Ceyssac, le Saint Jour de Pâques 27 mars 2016

Lorsque la petite église de Ceyssac a été dévolue aux célébrations de la communauté de rite latin traditionnel, elle manquait pratiquement de tout et portait les stigmates de tout ce dont le mauvais goût idéologique de « l’après-concile » a été capable : le maître-autel avait été mutilé ; la statue de la Vierge Noire (copie de celle de la cathédrale, illustrant le fait que c’est à Ceyssac qu’a eu lieu, en l’an 225, la seconde apparition de Notre-Dame du Puy) avait été retirée du ciborium conçu pour elle et avait été placée sur le côté ; une infâme moquette grise avait été sauvagement collée sur le pavement du sanctuaire ; une monstrueuse table carrée avait été fabriquée pour « dire la messe face au peuple » ; les autels latéraux et le chemin de Croix avaient disparu ; la balustrade de communion avait été détruite ; la sacristie était dépourvue d’à peu près tout…
Petit à petit, au fur et à mesure des opportunités et des mois, la patience et la détermination de Monsieur l’abbé Vannier secondées par le zèle et la générosité des fidèles, ont permis de rendre à cette petite église un aspect vraiment catholique et un certain lustre, et nous y avons vécu de très belles et très ferventes cérémonies.

Cela n’a pas été sans susciter quelques oppositions, jalousies, méchancetés ou cabbales… Mais, après tout, n’y a-t-il pas là rien que de très normal ?

Au cours de cette dernière année à Ceyssac, l’opposition de certains édiles municipaux s’est faite telle que nous n’avions même plus assez de lumière dans l’église et dans la sacristie, ne pouvant plus bénéficier de la grande échelle de la commune, seule assez haute pour atteindre les lampes et en changer les ampoules hors d’usage !

Le rappel à Dieu de Monseigneur Brincard et l’arrivée de son successeur, Son Excellence Monseigneur Luc Crépy, sacré le 12 avril 2015, a été l’occasion du franchissement d’une nouvelle étape pour la petite communauté de rite latin traditionnel.

En raison de tant d’expériences douloureuses qui ont crossé leurs justes et légitimes aspirations liturgiques et où leur confiance a été si souvent honteusement abusée, les fidèles fréquentant l’église de Ceyssac, au cours de l’été 2015, avaient très respectueusement et prudemment exprimé à Monseigneur Crépy leurs inquiétudes et leur ferme attachement à ce qui avait été obtenu grâce aux années de ministère de Monsieur l’abbé Vannier.
Monseigneur l’Evêque du Puy leur avait alors répondu : « Si Monsieur l’abbé Vannier devait être appelé à une autre mission, je veillerai à trouver un prêtre qui puisse célébrer la messe à l’église de Ceyssac selon la forme extraordinaire du rite (Saint Pie V) » (sic).

Après des mois de réflexion, compte-tenu des difficultés évoquées ci-dessus, mais aussi parce qu’il semblait à Son Excellence que la messe célébrée selon les dispositions prévues par le motu proprio « Summorum Pontificum » aurait une meilleure visibilité et une plus grande audience si elle l’était dans le centre ville du Puy, Monseigneur Crépy a décidé d’attribuer à l’usage de la communauté traditionnelle la chapelle de l’ancien monastère Sainte-Claire (note 4) – fondé au XIVe siècle par Sainte Colette de Corbie – , monastère dans lequel vivent depuis une année les Soeurs Apostoliques de Saint-Jean.

Maître-autel de Ceyssac 28 août 2016

Maître-autel de l’église de Ceyssac le 28 août 2016 après la Messe

Le dimanche 28 août 2016 a donc été le dernier jour des célébrations dominicales habituelles dans l’église de Ceyssac à laquelle nous étions depuis lors bien affectionnés.
Ce n’est pas sans un pincement au coeur que les fidèles, après la sainte communion, ont vu Monsieur l’abbé Vannier consommer les dernières hosties consacrées, retirer le conopé, éteindre la veilleuse du Saint-Sacrement et laisser le tabernacle vide, puisque les célébrations seront désormais assez rares dans cette église rattachée à la cure de Saint-Laurent…

Ce n’est pas non plus sans émotion qu’il leur a fallu dire au revoir à la copie (de la fin du XIXe siècle) de la statue de Notre-Dame du Puy trônant dans le ciborium, rappelant, comme je l’ai signalé ci-dessus, l’apparition de la Sainte Mère de Dieu à « la dame de Ceyssac », laquelle s’était alors déplacée jusqu’à la « pierre des fièvres », y avait été miraculeusement guérie et y avait bénéficié de nouvelles confidences de la Madone : c’est ce qui a entraîné la construction de la cathédrale primitive et sa dédicace par les anges…

Vierge Noire de Ceyssac

Copie de la statue de Notre-Dame du Puy sur le maître-autel de l’église de Ceyssac

Cette semaine du 28 août au 3 septembre 2016 a donc été marquée par des déménagements.

Comme il devait être absent du diocèse, Monsieur l’abbé Vannier avait demandé à Frère Maximilien-Marie s’il pouvait aider notre dévouée sacristine, d’une part pour déménager de Ceyssac tout ce qui y avait été apporté par lui ou par les fidèles de la communauté traditionnelle, et d’autre part pour obtenir du prêtre désigné par Monseigneur l’Evêque tout ce qui faisait défaut à la chapelle du monastère Sainte-Claire pour la célébration de la messe selon l’usage romain antique.

Sanctuaire de la chapelle du Monastère Sainte-Claire

Sanctuaire de la chapelle du monastère Sainte-Claire

Le monastère Sainte-Claire ne manque ni de beauté ni de charme : fondé au XIVe siècle, par Sainte Colette elle-même, soutenue par quelques familles influentes – dont les Polignac – , il a été restauré ou agrandi aux XVIIe et XIXe siècles (c’est-à-dire après les guerres de religion et la révolution).
La chapelle est empreinte de la simplicité et de l’austérité monastiques propres à l’Ordre des Pauvres Dames de Sainte Claire.

Lors des aménagements postérieurs au second concile du Vatican, a été remise en place, sur un support adapté qui fut confectionné alors, la table d’autel du XIVe siècle, en pierre.

Selon les consignes claires données par Monseigneur l’Evêque, notre sacristine, secondée par Frère Maximilien-Marie, a pu choisir dans les réserves de matériel et de parements liturgiques de la cathédrale et du grand séminaire tout ce qui est nécessaire à la digne célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle.

Bien sûr, comme la chapelle sert aussi aux offices des Soeurs Apostoliques de Saint-Jean qui vivent dans le monastère depuis le départ des dernières clarisses, et comme cela se passe dans de très nombreuses églises et chapelles lorsqu’elles ne sont pas affectées à l’usage exclusif de la liturgie antique, il faut, chaque dimanche, procéder aux installations et adaptations idoines…

Bien que n’ayant pas encore tout apporté sur place, et après que de généreuses personnes aient passé tout leur après-midi du vendredi 2 septembre à briquer et astiquer chandeliers, croix d’autel, accessoires divers et vases sacrés, ce dimanche 4 septembre au matin le résultat était néanmoins très digne et satisfaisant.

Sanctuaire de la chapelle de Sainte-Claire apprêté pour la Messe traditionnelle

Sanctuaire de la chapelle du Monastère Sainte-Claire apprêté pour la célébration de la Messe traditionnelle

Alors qu’il a choisi de quitter le diocèse et que – bientôt docteur en droit canonique – il est nommé à de nouvelles fonctions et appelé à un nouveau ministère dans un autre diocèse, Son Excellence Monseigneur Crépy a néanmoins insisté pour que ce soit Monsieur l’abbé Vannier qui inaugure la « prise de possession » de ce nouveau lieu de culte pour les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle.

Au terme de quinze années précieuses dans le diocèse du Puy, Monsieur l’abbé Vannier a donc adressé à ceux qui étaient jusqu’alors ses ouailles sa dernière exhortation dominicale.

Dernière homélie dominicale de l'abbé Vannier

Monsieur l’abbé Henri Vannier a adressé sa dernière exhortation dominicale aux fidèles

C’est aussi à cette occassion qu’a été présenté aux fidèles leur nouveau pasteur, officiellement nommé par Monseigneur l’Evêque pour la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle pour tous les dimanches et fêtes dans cette chapelle, Don Gabriele Steylaers, que sa formation prédispose particulièrement à ce ministère, qui aime ce rite, qui le connaît bien et qui vit profondément de toutes ses richesses doctrinales et spirituelles. 

Comme je l’ai écrit ci-dessus, il s’agit du franchissement d’une nouvelle étape pour la petite communauté de rite latin traditionnel, ainsi que pour le statut de la Sainte Messe latine selon l’usage antique dans le diocèse du Puy : en effet, depuis l’arrivée de Monsieur l’abbé Vannier dans ce diocèse et jusqu’ici, la célébration selon  l’« usus antiquior » n’avait pas vraiment de statut officiel et ne faisait finalement l’objet que d’une « tolérance » (enfin, je m’entends, car tout le monde ne se montrait pas vraiment toujours très « tolérant » !!!).

Désormais, par la volonté de Monseigneur Crépy, la nomination officielle de Don Gabriele avec des publications en règle, l’installation dans une chapelle fermement désignée par l’autorité épiscopale et l’annonce de la célébration comme une « offre paroissiale » dans le centre historique du Puy-en-Velay assurent à la Messe latine traditionnelle un statut, un caractère, une stabilité et une notoriété qu’elle n’avait jamais eus de telle manière dans cette ville depuis la fin des années soixante du précédent siècle ; et nous ne pouvons que nous en réjouir, dans l’attente de nouveaux développements…

Présentation Don Gabriele

Don Gabriele Steylaers s’est présenté à ceux dont il est désormais le pasteur

Même si nous savons bien que toutes les difficultés et oppositions ne sont pas pour autant réduites à néant, parce que – selon l’expression de Saint François de Sales - « partout où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », nous sommes néanmoins pleins d’espérance pour l’avenir de notre quasi paroisse de rite latin traditionnel, et nous prions pour que, avec Don Gabriele qui a désormais toutes les grâces d’état pour être notre pasteur, notre petite communauté croisse en nombre, en vertu, en grâce et en rayonnement authentiquement évangélique…

pattes de chatLully.

Vue de l'assistance

Note 1 :
A ce propos, la situation pour la célébration de la Messe latine traditionnelle dans le diocèse de Viviers n’a absolument pas bougé d’un iota depuis les études publiées par « Paix Liturgique » en 2011, dans ses numéros 292 et 298, que nous avions reproduits > ici et > ici
Note 2 :
Pour cette notion de quasi paroisse, nous renvoyons aux judicieuses précisions apportées par un canoniste, que nous avions publiées > ici.
Note 3 :
La paroisse de Saint-Martial, sur le territoire de laquelle est implanté le Mesnil-Marie, bien que dans la juridiction des évêques de Viviers, a toujours eu des liens historiques et religieux très forts avec le Puy-en-Velay, tant pour l’administration spirituelle puisqu’elle était une paroisse desservie par les chanoines réguliers de Saint-Augustin d’un prieuré fondé par le chapître cathédral du Puy, que pour la juridiction temporelle puisque, jusqu’à la révolution, une partie de la paroisse (la partie dans laquelle nous sommes installés) dépendait de la justice du Puy.

Note 4 :
Adresse : 2 rue Sainte Claire – 43000 Le Puy-en-Velay.
Un plan pour en faciliter l’accès peut être trouvé dans la publication qui se trouve > ici.

Sacré-Coeur gif

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 5 septembre, 2016 |4 Commentaires »

2016-64. Du roi Hérode enfin miséricordieusement soulagé.

Lundi 29 août 2016,
Fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Bien chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Cette fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste, me fournit fort opportunément l’occasion de vous informer d’une découverte absolument primordiale et essentielle qui  va renouveler l’action de l’Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps : en effet, le Révérend Père Sifleur, archiviste et bibliothécaire du monastère de Gausse-en-Gouaille, en faisant des rangements dans la partie la plus ancienne de la bibliothèque, a retrouvé, tombé il y a plusieurs siècles derrière un rayonnage, un manuscrit unique et précieux portant le texte authentique de l’Evangile selon Saint Marc.
Le texte évangélique qu’il nous livre montre de manière évidente que ce que nous lisions jusqu’ici a été retouché par des hommes sans miséricorde qui ont sourdement oeuvré à pharisianiser l’Eglise.
Voici donc le texte authentiquement évangélique que nous trouvons en ce manuscrit pour les versets 17 et suivants du chapître VI de l’Evangile selon Saint Marc :

« Hérode avait envoyé prendre Jean et l’avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause d’Hérodiade, qu’il avait épousée, quoique femme de Philippe, son frère.
Parce que Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ».
Or Hérodiade lui tendait des pièges et voulait le faire périr ; mais elle ne le pouvait pas. Hérode, en effet, victime d’une éducation cléricale antéconciliaire marquée par un rigorisme excessif, craignait Jean, le prenant pour un homme juste et saint ; il le protégeait, avait tendance à suivre ses avis, et l’écoutait volontiers, s’enfermant ainsi dans sa conscience tourmentée parce qu’il n’avait pas compris ce qu’est la miséricorde.

Mais un jour opportun arriva, le jour de la naissance d’Hérode, où il fit un festin aux grands de sa cour, et aux tribuns, et aux princes de la Galilée.
Or la fille d’Hérodiade alla trouver sa mère pour lui proposer de seconder ses desseins en séduisant le roi et ses convives.

Mais sa mère lui déclara : « Non, ma fille ! Il n’est plus nécessaire désormais que tu te livres à des danses lascives devant des convives avinés pour obtenir d’Hérode qu’il nous débarrasse de ce prophète de malheur. Plutôt que de t’abaisser à subjuguer les regards libidineux d’Hérode, regarde donc ce que je viens de recevoir :  nous possèdons maintenant l’arme infaillible qui peut définitivement endormir ce qui lui reste de conscience et liquider à tout jamais les séquelles de son éducation crypto-pharisienne… »
Hérodiade sortit alors de dessous ses voiles le livret de l’édition typique vaticane de l’exhortation apostolique « Amoris laetitia », puis elle ajouta : « Quand il rentrera en ses appartements, après le banquet, c’est moi qui irai le trouver avec ce texte ; et puisqu’il était jusqu’à présent paralysé par les restes de son éducation religieuse, ce même sentiment religieux ne pourra que l’incliner à se soumettre à ce qui est ici écrit, au nom de l’autorité qui l’a publié… »

Munie de son exemplaire d’ « Amoris laetitia », Hérodiade s’en vint donc trouver le roi ce soir-là, et elle lui fit remarquer : « Qui est-il pour juger, ce Baptiste moralisateur qui est incapable d’ouvrir son coeur à la miséricorde ? Lis donc, ô roi, les ouvertures significatives et les avancées miséricordieuses que l’Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps a désormais à notre endroit ! C’est maintenant une oeuvre louable et miséricordieuse pour toute l’humanité que tu dois accomplir en débarrassant la terre de ce prophète de malheur qui n’est qu’un crypto-pharisien condamné par le pape, et un obstacle au bonheur de l’humanité ici-bas… »

Le roi se pencha sur les paragraphes que lui désignait Hérodiade et sa conscience fut miséricordieusement libérée : ayant aussitôt envoyé l’un des ses gardes, il fit décapiter Jean dans sa prison, et put s’abandonner en toute quiétude intérieure aux innocentes joies de son adultère.
Ce qu’ayant appris, la miséricordieuse Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps envoya des missionnaires de la miséricorde cacher le corps de Jean, afin que ce modèle du rigorisme intransigeant qu’il faut absolument se garder d’imiter ne puisse être vénéré par les pharisiens intégristes, et pour que Jean-Baptiste ne soit surtout pas donné comme un exemple dans les âges miséricordieux de l’ouverture aux aspirations de la modernité ».

pattes de chatLully.

Chef du Baptiste - Daniele Crespi 1598-1630

Daniele Crespi (1598 – 1630) : le chef de Saint Jean-Baptiste

Prières en l’honneur de Saint Maximilien-Marie Kolbe.

Récit du martyre de Saint Maximilien-Marie d’après Maria Winowska > ici
Témoignage de Michael Micherdzinski, codétenu de Saint Maximilien-Marie > ici
Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Maximilien-Marie > ici

palmes

Litanies de Saint Maximilien-Marie Kolbe
pour la récitation privée *

Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous. Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous. Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père Céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Reine conçue sans le péché originel, priez pour nous.
Reine des martyrs, priez pour nous.

Saint Maximilien-Marie, fils de prédilection de la Vierge Marie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, comblé des dons célestes, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, embrasé de zèle pour l’Évangile, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fervent adorateur de la sainte Eucharistie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, prêtre selon le Cœur de Jésus, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, tout entier livré à l’Esprit d’Amour, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, consacré à Marie pour mieux être à Jésus, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, chevalier de l’Immaculée, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fils exemplaire de saint François, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, disciple de la petite sainte de Lisieux, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, dévoré du désir du salut des âmes, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, missionnaire infatigable, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, contemplatif dans l’action, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, modèle d’exacte obéissance, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, exemple d’humilité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, resplendissant de pureté, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, amant de la sainte pauvreté, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, d’un parfait abandon à la divine Providence, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, qui avez attiré tant d’âmes à la vie religieuse, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, maître de vie spirituelle, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fidèle observateur des préceptes évangéliques, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, audacieux pour le Règne de Dieu, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, propagateur des cités mariales, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, inébranlable dans l’adversité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, toujours serein dans les épreuves, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, ardent confesseur de la foi, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, entièrement offert pour le salut de tous, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, héroïque pour pardonner aux persécuteurs, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, exemple sublime d’amour fraternel, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, martyr de la charité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, prophète du règne de Marie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, lumière et gloire de l’Église, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, doublement couronné dans le Ciel, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V.7 : Priez pour nous, Saint Maximilien-Marie Kolbe.
R.7 : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Dieu éternel et tout-puissant, qui avez embrasé le cœur de Saint Maximilien-Marie d’un ardent amour pour la Vierge Immaculée et l’avez rempli d’un dévouement qui l’a conduit à donner sa vie pour son prochain, nous Vous en supplions, accordez-nous, par son intercession, de nous dépenser pour Votre gloire au service de nos frères, en imitant jusqu’à la mort Votre Fils, Jésus-Christ Notre-Seigneur, Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

* Note : il existe plusieurs litanies en l’honneur de Saint Maximilien-Marie diffusées ça ou là.
Entre les divers textes qui nous sont parvenus nous avons préféré celui-ci.

Bunker de la faim - 14 août 1941

Prière à Saint Maximilien-Marie Kolbe :

O Saint Maximilien-Marie, disciple très fidèle du Petit Pauvre d’Assise, qui, enflammé de l’amour de Dieu, avez passé votre vie dans la pratique assidue des vertus héroïques et les oeuvres saintes de l’apostolat, jettez un regard sur nous, vos dévots, qui avons confiance en votre intercession.

Vous qui, irradié de la lumière de la Vierge Immaculée, avez attiré des âmes innombrables vers les idéaux de la sainteté, les appelant en même temps à toutes les formes de l’apostolat pour le triomphe du bien et l’expansion du Royaume de Dieu, obtenez-nous la lumière et la force pour faire le bien et pour attirer beaucoup d’âmes à l’amour du Christ.

Vous qui, dans une parfaite conformité au Divin Sauveur, avez obtenu un si haut degré de Charité, jusqu’à offrir, en témoignage d’amour, votre vie pour sauver celle d’un frère prisonnier, obtenez-nous du Seigneur qu’animés du même amour de charité, nous puissions, nous aussi, par la foi et par les oeuvres, témoigner du Christ devant nos frères, pour arriver avec vous à la possession béatifiante de Dieu dans la lumière de la gloire.

 Ainsi soit-il.

(avec approbation ecclésiastique)

Reliquaire parcelle bure St Maximilien-Marie Kolbe

Reliquaire renfermant une parcelle de bure de Saint Maximilien-Marie Kolbe,
conservé dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

(cette relique fut offerte à frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur en 1991 par le Révérendissime Père Procureur Général des Franciscains Cordeliers, à Rome, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Saint Maximilien-Marie).

2016-62. Au milieu de la destruction, de la terreur et du mal, il redonna l’espérance.

1941 – 14 août – 2016

75ème anniversaire du martyre de
Saint Maximilien-Marie Kolbe

palmes

A l’occasion du soixante-quinzième anniversaire du martyre de Saint Maximilien-Marie Kolbe, le 14 août 1941, nous reproduisons ci-dessous une traduction de l’entretien qu’avait accordé en 2004 le Polonais Michael Micherdzinski, qui était l’un des rescapés du camp d’extermination d’Auschwitz et qui avait été le témoin direct du sacrifice héroïque de Saint Maximilien-Marie.
Les questions avaient été posées par  le Révérend Père Witold Pobiedzinski, ofm cord., et cette « intervioue » avait été alors publiée dans plusieurs journaux polonais.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue retable de Pietro Annigoni

Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr :
retable peint par Pietro Annigoni (1910-1988)
pour l’autel dédié au saint dans la basilique de Padoue.

palmes

- Vous étiez prisonnier au camp de concentration d’Auschwitz pendant cinq ans. Là-bas vous avez connu personnellement Saint Maximilien-Marie Kolbe. Quelle fut, pour vous et pour les autres prisonniers, l’importance de la présence de ce moine au milieu de vous ? 

Tous les prisonniers envoyés à Auschwitz étaient accueillis par les mêmes mots : « Vous n’êtes pas dans un sanatorium mais dans un camp de concentration allemand pour lequel il n’existe pas d’autre sortie que la cheminée. Les Juifs peuvent vivre pendant deux semaines, les prêtres survivent un mois et le reste vit trois mois. Ceux à qui cela ne plaît pas peuvent tout de suite aller au grillage ».
Cela voulait dire qu’ils pouvaient être tués car ils faisaient passer un courant à haute-tension sans arrêt dans les grillages qui entouraient le camp.
Ces mots, prononcés dès l’arrivée, enlevaient tout espoir aux prisonniers.
J’ai reçu une grâce incroyable à Auschwitz, car je séjournais dans un bloc avec le Père Maximilien, et je me suis tenu en rang avec lui au moment de la sélection pour la mort. Je fus témoin oculaire de son sacrifice héroïque qui m’a redonné l’espoir, ainsi qu’aux autres prisonniers.

- Quelles furent les circonstances de cet événement, digne du plus haut intérêt, puisqu’il pousse les gens à poser la question : pourquoi a-t-il fait cela, et au nom de quelles valeurs ? 

Il y a soixante-trois ans (note : ce témoignage a été retranscrit en 2004), le mardi 29 juillet 1941, à environ une heure de l’après-midi, juste après l’appel de la mi-journée, les sirènes se mirent à hurler. Plus de cent décibels traversèrent le camp. Les prisonniers accomplissaient leurs tâches à la sueur de leur front. Le hurlement des sirènes signifiaient une alerte, et l’alerte voulait dire qu’un prisonnier manquait à l’appel.
Les S.S. firent immédiatement cesser le travail et commencèrent à diriger les prisonniers du camp vers le lieu de l’appel afin de vérifier le nombre des prisonniers.
Pour nous qui travaillions sur la construction d’une usine à caoutchouc aux alentours, cela voulait dire une marche de sept kilomètres vers le camp. On nous poussa à aller plus vite.
L’appel mit en évidence une chose tragique : il manquait un prisonnier à l’appel, dans notre bloc 14a. Quand je dis « dans notre bloc », je veux dire celui du Père Maximilien, de Franciszek Gajowniczek, d’autres et aussi le mien. C’était un message terrifiant.
On laissa aller tous les autres prisonniers qui furent autorisés à se rendre dans leurs blocs.
On nous annonça la punition : rester au garde-à-vous sans couvre-chef, jour et nuit, sans manger. La nuit, il faisait très froid. Quand les SS avait une relève de la garde, nous nous regroupions telles des abeilles, ceux qui se tenaient au-dehors réchauffaient ceux qui se trouvaient au milieu et alors nous changions de position.

De nombreuses personnes âgées ne purent résister à la corvée de rester debout nuit et jour dans le froid. Nous espérions au moins qu’un petit peu de soleil nous réchaufferait. Le matin, l’officier allemand nous cria : « Parce qu’un prisonnier s’est échappé et que vous ne l’en avez pas empêché ou arrêté, dix d’entre vous vont mourir de faim afin que les autres se souviennent que même les plus petites tentatives d’évasion ne seront pas tolérées. »
La sélection débuta.

- Que se passe-t-il chez un homme quand il sait que c’est peut-être le dernier moment de sa vie ? Quels sentiments accompagnaient les prisonniers qui purent entendre la sentence qui les condamnait à la mort ? 

Je préférerais m’épargner le souvenir des détails de ce moment terrible.
Je dirai en gros à quoi ressemblait cette sélection. Le groupe entier s’avança jusqu’à la première ligne. Devant, deux pas devant nous, un capitaine allemand se tenait debout. Il nous regardait dans les yeux, comme un vautour. Il toisait chacun d’entre nous, et ensuite il levait sa main et disait : « Du ! », ce qui veut dire « Toi ». Ce “Du !” voulait dire la mort par la faim ; et il continuait ainsi.
Les S.S. sortaient alors des rangs le pauvre prisonnier (ndt : qui avait été désigné), notaient son numéro et le mettaient à part sous surveillance.
“Du !” semblait comme un marteau battant une commode vide. Tout le monde avait peur à chaque fois que le doigt bougeait.
Le rang qui avait été inspecté avançait de quelques pas, afin qu’un espace entre les rangs permît l’inspection, et avec le rang suivant se formait un couloir d’une largeur de trois ou quatre mètres. Le S.S. marchait dans ce couloir et disait encore : “Du ! Du !”
Nos cœurs faisaient un bruit sourd. Avec ce bruit dans nos têtes, le sang montait à nos tempes et c’était comme si ce sang allait jaillir de nos nez, de nos oreilles et de nos yeux. C’était dramatique.

- Comment se comporta Saint Maximilien pendant cette sélection ? 

Le Père Maximilien et moi-même étions dans la septième rangée. Il se tenait à ma gauche, deux ou trois camarades peut-être me séparaient de lui.
Quand les rangées devant nous diminuèrent, une peur de plus en plus grande nous saisit. Je dois dire : peu importe la détermination ou la frayeur d’un homme, aucune philosophie ne lui est alors utile. Heureux celui qui croit, qui est capable de se reposer sur quelqu’un, de demander à quelqu’un la miséricorde. J’ai prié la Mère de Dieu.
Je dois l’avouer avec honnêteté : je n’ai jamais prié, ni avant ni après, avec autant de ferveur qu’alors.
Bien que l’on puisse encore entendre « Du ! », la prière en moi me changea suffisamment pour que je me calme. Les gens ayant la foi n’étaient pas aussi effrayés. Ils étaient prêts à accepter en paix leur destin, presque en héros. C’était formidable.
Les S.S. passèrent à côté de moi, me balayant du regard, puis passèrent à côté du Père Maximilien.
Franciszek Gajowniczek leur plut ; il se tenait à la fin de la rangée, et il était un sergent de 41 ans de l’armée polonaise. Quand l’allemand dit « Du ! » et le montra du doigt, le pauvre homme s’exclama : « Jésus ! Marie ! Ma femme, mes enfants ! »
Bien sûr, les S.S. ne prêtaient pas attention aux paroles des prisonniers et écrivaient juste leur numéro.
Gajowniczek assura plus tard que, s’il avait péri dans le bunker de la faim, il n’aurait pas su qu’une telle plainte, une telle supplique était sortie de sa bouche.

- La sélection terminée, est-ce que les prisonniers restant ressentaient un soulagement parce que la grande peur était finie ? 

La sélection prit fin, dix prisonniers ayant été choisis. C’était leur ultime appel.
Quant à nous, nous pensions que ce cauchemar debout allait prendre fin : nous avions mal à la tête, nous voulions manger, nos jambes étaient enflées.
Soudain, il y eut une agitation dans ma rangée. Nous nous tenions espacés par un intervalle équivalent à la longueur de nos sabots, quand, tout à coup, quelqu’un se mit à avancer entre les prisonniers. C’était le Père Maximilien.
Il avançait à petits pas, puisque personne ne pouvait faire de grands pas avec des sabots étant donné qu’il fallait retrousser ses orteils pour empêcher les sabots de tomber.
Il se dirigea tout droit vers le groupe de S.S. qui se tenait près du premier rang des prisonniers.
Tout le monde tremblait, parce qu’il s’agissait là de la transgression d’une des règles les plus importantes, et cela voulait dire qu’il y aurait un rude châtiment à la clef. Sortir du rang voulait dire la mort.
Les nouveaux prisonniers qui arrivaient dans le camp, ne sachant rien de cette interdiction étaient battus jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Cela équivalait à aller au bunker de la faim.
Nous étions certains qu’ils tueraient le Père Maximilien avant qu’il n’arrive au bout. Mais quelque chose d’extraordinaire se produisit, qui ne fut jamais observé dans l’histoire des sept-cents camps de concentration du Troisième Reich : il n’est jamais arrivé qu’un prisonnier de camp puisse quitter la rangée sans être puni. C’était quelque chose de si inimaginable pour les S.S. qu’ils restèrent interloqués. Ils se regardèrent les uns les autres sans réaliser ce qui se passait.

- Que se passa-t-il ensuite ? 

Le Père Maximilien marchait dans ses sabots et son uniforme rayé de prisonnier avec son bol sur le côté. Il ne marchait pas comme un mendiant, ni comme un héros. Il marchait comme un homme conscient de sa grande mission. Il se tenait calmement face aux officiers.
Le commandant du camp retrouva finalement ses esprits. Furieux, il demande à son adjoint : « Was will dieses Polnische Schwein ? Que veut ce cochon de Polonais ?”
Ils commencèrent à chercher le traducteur, mais il se trouva que le traducteur n’était pas nécessaire. Le Père Maximilien répondit calmement : « Ich will sterben für ihn : je veux mourir à sa place », en montrant de sa main Gajowniczek qui se tenait à côté.
Les Allemands restèrent abasourdis, la bouche ouverte d’étonnement. Pour eux, représentants de l’impiété du monde, il était incompréhensible que quelqu’un souhaitât mourir pour un autre homme.
Ils regardèrent le Père Maximilien d’un regard interrogateur : Est-ce qu’il est devenu fou ? Peut-être n’avons-nous pas compris ce qu’il a dit ?
Finalement, la deuxième question arriva : « Wer bist du ? Qui es-tu ? »
Le Père Maximilien répondit : « Ich bin ein Polnischer Katolischer Priester : je suis un prêtre catholique polonais »
Ici, le prisonnier confessa qu’il était polonais, donc qu’il venait de la nation qu’ils détestaient. De plus, il manifestait qu’il était un homme du clergé. Pour les S.S. le prêtre était un reproche pour la conscience.
Il est intéressant de noter que, dans ce dialogue, le Père Maximilien n’utilisa pas une seule fois le mot « s’il vous plait ». En parlant comme il le fit, il a brisé le pouvoir de droit de vie ou de mort que les allemands avaient usurpé, et il les força à parler autrement. Il se comportait comme un diplomate expérimenté. Seulement, au lieu d’une queue de pie, d’une écharpe ou de décorations, il se présentait lui-même dans un costume rayé de prisonnier, avec un bol et des sabots.
Un silence mortel régnait et chaque seconde sembla durer des siècles.
Finalement, quelque chose arriva, que ni les Allemands ni les prisonniers n’ont compris jusqu’à ce jour. Le capitaine S.S. se tourna vers le Père Maximilien et s’adressa à lui avec le « Sie » (« vous ») de politesse et lui demanda : « Warum wollen Sie für ihn sterben ? : Pourquoi voulez-vous mourir à sa place ? »
Toutes les règles établies par les S.S. s’effondraient. Un moment auparavant, il l’avait appelé  « cochon de Polonais », et maintenant il se tournait vers lui et le vouvoyait.
Les S.S. et les officiers ordinaires qui se tenaient près de lui n’étaient pas sûrs d’avoir bien entendu. Une seule fois, dans l’histoire des camps de concentration, un officier de haut-rang, responsable du meurtre de milliers de personnes, s’est adressé de cette manière à un prisonnier.
Le Père Maximilien répondit : « Er hat eine Frau und Kinder : Il a une femme et des enfants ». Ce qui est le résumé de tout le catéchisme : il montrait à tous ce que la paternité et la famille veulent dire.
Il avait deux doctorats, soutenus à Rome « summa cum laude » (la meilleure note possible), et il était éditeur, missionnaire, enseignant académique de deux universités à Cracovie et à Nagasaki. Il pensait que sa vie valait moins que la vie d’un père de famille ! Quelle formidable leçon de catéchisme !

- Comment l’officier réagit-il aux paroles du Père Maximilien ? 

Tout le monde attendait de voir ce qui allait se passer ensuite.
Le S.S. se savait maître de la vie et de la mort. Il pouvait donner l’ordre de le battre très violemment pour avoir enfreint la règle stricte concernant le fait de sortir du rang.
Et, plus important encore : comment un prisonnier osait-il lui prêcher la morale ?
L’officier pouvait les faire condamner tous les deux à la mort par la faim.
Après quelques secondes, le S.S. dit : « Gut » (« Bon »).
Il était d’accord avec le Père Maximilien et admettait qu’il avait raison. Cela voulait dire que le bien avait gagné contre le mal, le mal absolu.
Il n’y a pas de plus grand mal que, par haine, de condamner un homme à périr de faim. Mais il n’y a pas non plus de plus grand bien que de donner sa propre vie pour un autre homme. Le bien absolu gagne.
Je voudrais insister sur les réponses du Père Maximilien : on l’a questionné à trois reprises, et par trois fois il a répondu avec concision et brièveté, usant de quatre mots. Le chiffre quatre dans la Bible signifie symboliquement l’homme tout entier.

- Quelle importance eut pour vous, et pour les autres prisonniers restant, d’avoir été témoins de tout ceci ? 

Les Allemands laissèrent Gajowniczek retourner dans le rang et le Père Maximilien prendre sa place.
Les condamnés devaient retirer leurs sabots parce qu’ils ne leur étaient plus d’aucune utilité. La porte du bunker de la faim était ouverte seulement pour en sortir les cadavres.
Le Père Maximilien entra en dernier avec son binôme, et il l’aida même à marcher. C’était comme ses propres obsèques avant sa mort.
Devant le bloc, on leur dit de retirer leurs uniformes rayés et on jeta les prisonniers dans une cellule de huit mètres carrés. La lumière du jour filtrait à travers les trois barreaux de la fenêtre sur le sol froid, dur et humide et les murs noirs.
Un autre miracle arriva là-bas.
Le Père Maximilien, bien qu’il ne respirât plus qu’avec un seul poumon, survécut aux autres prisonniers. Il demeura vivant dans la chambre de la mort pendant 386 heures. Tous les médecins reconnaîtront que c’est incroyable.
Après cette agonie horrible, le bourreau dans un uniforme médical lui fit une injection mortelle. Mais il ne succomba pas non plus… Il durent l’achever avec une seconde injection.
Il mourut la veille de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, Son Commandant-en-Chef.
Toute sa vie, il avait voulu travailler et mourir pour Marie l’Immaculée. C’était sa plus grande joie.

- En référence à la première question, pouvez-vous, s’il vous plaît, développer : qu’est-ce que cette attitude extraordinaire du Père Maximilien – être délivré de la mort par la faim – signifia pour vous ? 

Le sacrifice du Père Maximilien inspira de nombreuses activités ; il renforça le travail du groupe de résistance du camp, l’organisation clandestine des prisonniers, et cela marqua une division entre le temps « d’avant » et le temps « d’après » le sacrifice du Père Maximilien.
De nombreux prisonniers ont survécu à leur passage au camp, grâce à l’existence et aux opérations de cette organisation. Quelques-uns d’entre nous reçurent de l’aide, deux pour cent. J’ai reçu cette grâce, vu que je suis l’un de ces deux. Franciszek Gajowniczek fut non seulement secouru mais vécut encore 54 ans.
Notre saint compagnon-prisonnier secourut, par-dessus tout, l’humanité en nous. Il était un guide spirituel dans le bunker de la faim, il donna du soutien, il dirigea les prières, il pardonna les péchés et il accompagna les mourants vers l’autre monde avec le signe de la Croix. Il renforça la foi et l’espoir en nous qui avions survécu à la sélection.
Au milieu de cette destruction, de cette terreur et de ce mal, il redonna l’espérance.

Voir aussi l’article publié en 2011 pour le 70e anniversaire de ce martyre > ici.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue - détail
Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr,
détail du retable de Pietro Annigoni

dans la basilique de Padoue.
Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 13 août, 2016 |3 Commentaires »
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