Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2024-33. Le 6 février, nous fêtons Saint Vaast, catéchiste de Clovis, évêque d’Arras et de Cambrai.

6 février,
Fête de Saint Vaast d’Arras, catéchiste de Clovis, évêque et confesseur ;
Mémoire de Saint Tite, disciple de Saint Paul, évêque et confesseur ;
Mémoire de Sainte Dorothée de Césarée, vierge et martyre.

Saint Vaast - blogue

- « Sanctus Vedastus » -
Son nom latin fut déformé au cours des siècles et forme deux prénoms :
1) Gaston ; et…
2) Vaast (parfois Waast) [le d est tombé ainsi que la terminaison, donnant Veast, puis Vaast où l'on ne prononce plus les deux consonnes finales] 

       Saint Vaast (selon la forme de son nom la plus couramment usitée de nos jours) est né aux alentours de l’année 453 aux confins du Limousin et du Périgord : le lieu de sa naissance, nommé « Leucus » dans la vie de Saint Vaast rédigée quelques décennies après sa mort, n’est pas identifié avec certitude. Un certain nombre d’historiens opte pour Châlus, d’autres pour Châtres, d’autres encore pour Trémolat… etc. Monseigneur Guérin, dans « les Petits Bollandistes », pensait qu’il s’agissait de Villac.
Selon toute vraisemblance il était issu d’une famille gallo-romaine aisée et catholique.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’ayant entendu un appel intérieur à une consécration à Dieu radicale, il quitta son pays et la maison de son père pour aller vivre la vie érémitique en Lorraine, dans les environs de Toul.
Lorsque, au bout de quelques années, sa présence fut connue et que ses vertus le signalèrent à l’attention des fidèles, l’évêque de Toul finit par l’agréger à son presbytérium.

   Au retour de sa victoire de Tolbiac (qui est maintenant la ville de Zülpich, dans le district de Cologne), le Roi Clovis 1er le Grand, qui s’était engagé solennellement envers le « Dieu de Clotilde » à recevoir le baptême, se dirigeait vers Reims pour demander à l’évêque Saint Remi de commencer son catéchuménat. Passant par Toul, la réputation de sainteté de Vaast parvint à ses oreilles : il entra en relation avec lui, et finit par lui demander de l’accompagner et de l’instruire dans la foi catholique.
Plusieurs miracles qu’accomplit l’ancien ermite confortèrent Clovis dans sa résolution et lui apportèrent de nouvelles preuves de la vérité de la foi chrétienne ; ces miracles contribuaient aussi à emporter l’adhésion des dignitaires et soldats qui accompagnaient le Roi des Francs.

Clovis catéchisé par Saint Vaast - blogue

Saint Vaast catéchisant le Roi Clovis pendant ses chevauchées

   Après le baptême-sacre de la sainte nuit de Noël 496, au cours duquel certaines traditions prétendent que Saint Vaast tenait la couronne du Roi Clovis, ce dernier recommanda chaleureusement son catéchiste au saint archevêque de Reims, qui avait d’ailleurs pu se faire lui-même une idée précise de sa valeur : il employa un temps Vaast comme missionnaire dans son propre diocèse, afin d’extirper les restes du paganisme des campagnes. Certains anciens documents, au sujet de cette période de sa vie, donnent à Vaast le titre d’archidiacre de Reims.

   « Après celle des archevêques, cette dignité était la plus importante. Les archidiacres, qu’on appelle les yeux des prélats, étaient chargés des visites paroissiales ; ils devaient s’assurer de l’entretien des ornements de l’autel, de la garde des titres confirmatifs des droits et des privilèges des églises, de la distribution des aumônes aux pauvres. A eux appartenaient l’installation des abbés et dignitaires ecclésiastiques, l’examen des clercs qui se disposaient à recevoir les ordres, l’explication des fêtes de l’année et de l’office divin, et surtout la visite des prisons à l’époque de certaines solennités. On voit quelle responsabilité s’attachait à ces fonctions ; aussi quelques auteurs n’hésitent point à donner aux archidiacres le nom de chorévêques. Nous n’oserions toutefois  affirmer que Vaast ait été revêtu de cette dignité ; mais ce fait n’aurait rien d’étonnant, car Remi l’appelait son vicaire : vicariae sollicitudinis cooperarius » (abbé Van Drival, in « Trésor sacré de la cathédrale d’Arras » p.58).

   Fort de l’appui royal et animé par un zèle toujours plus ardent pour le salut des âmes, Saint Remi créa de nouveaux évêchés dans les provinces encore majoritairement païennes : c’est ainsi qu’il érigea l’ancienne capitale des Atrébates (Nemetacum, aujourd’hui Arras) en évêché et qu’il consacra Vaast pour en être le premier évêque (année 499).
A la vérité, il y avait bien eu une première évangélisation ponctuelle de l’Artois, mais le passage des Vandales et des Alains en 406, puis la dévastation impitoyable causée par Attila en 450-451 n’avaient pas laissé grand chose de l’embryon de chrétienté arrageoise.

Saint Vaast arrive à Arras - blogue

Arrivée de Saint Vaast à Arras

   A son arrivée aux portes de la ville, Saint Vaast rencontra un aveugle et un boiteux : il les guérit l’un et l’autre. Ces miracles lui attirèrent évidemment l’attention favorable de la population, presque entièrement retournée au paganisme. Un vague souvenir de la foi chrétienne n’existait plus que dans les mémoires de quelques vieillards qui lui montrèrent, hors de la ville, l’emplacement de l’église où les fidèles se réunissaient jadis. Le lieu – des ruines envahies de ronces – était le repère de bêtes sauvages.
C’est ici que se passe l’épisode de l’ours féroce, qui sortit des ruines et que Vaast rendit doux comme un agneau : certains auteurs affirment qu’ensuite cet ours serait devenu son compagnon fidèle, « afin de montrer aux nations encore barbares la puissance du Dieu dont il annonçait la Parole, les inviter à se soumettre à Celui qui savait commander aux animaux les plus féroces et les rendre souples et soumis » (Mgr. Paul Guérin).

   On ne compte pas les miracles et prodiges qu’il accomplit dans ses labeurs apostoliques, auprès du petit peuple des campagnes comme auprès des nobles Francs qui, s’ils avaient embrassé sincèrement la foi chrétienne, avaient encore conservé bon nombre de superstitions ou héritages des mœurs païennes.
En 510, Saint Remi ajouta au champ d’évangélisation de Saint Vaast le Cambrésis, pays fort vaste : l’union des sièges épiscopaux d’Arras et de Cambrai durera longtemps, puisque ce n’est que vers la fin du XIème siècle que les diocèses furent séparés.
Des traditions solidement établies attestent que Saint Vaast œuvra également dans le Beauvaisis, au sud ouest, et dans la Morinie (actuel pays de Thérouanne et de Saint-Omer : Thérouanne ne sera érigé en évêché qu’au siècle suivant).

Saint Vaast évêque d'Arras et de Cambrai - blogue

Saint Vaast évêque à la fois d’Arras et de Cambrai

   Avant de rendre sa grande âme à Dieu (le 13 janvier 533), Saint Remi rédigea un testament, témoin de sa piété et de ses libéralités : l’église d’Arras y eut part et Vaast figure parmi ceux qui ont signé cet acte si important. Son nom, en effet, vient immédiatement après celui de Saint Remi, avec la formule suivante : « Ceux qu’a maudits mon père Remi, je les maudits ; ceux qu’il a bénis, je les bénis. J’ai assisté à la lecture de cet écrit, et j’y ai apposé ma signature ».

   Vaast, qui était âgé d’environ 80 ans au moment du trépas de Saint Remi, lui survécut encore sept années. Affaibli par l’âge et les fatigues de quarante années d’épiscopat, il fut pris par la fièvre.
Par une froide soirée du début février 540, une nuée lumineuse parut sortir de la maison dans laquelle habitait le saint prélat, s’élevant jusqu’aux cieux. Le phénomène dura deux heures et fut visible pour tous les Arrageois. Averti par ses serviteurs, Vaast compris que sa fin était désormais imminente : il réunit une dernière fois tous les membres de son clergé et leur adressa ses ultimes exhortations, puis se prépara à la mort par la réception des sacrements.

   Il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 6 février 540.
Plusieurs de ceux qui priaient à son chevet ont affirmé qu’au moment où il rendit le dernier soupir, ils ont entendu distinctement le chant des chœurs célestes qui conduisaient son âme en paradis.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Châsse de Saint-Vaast -  cathédrale d'Arras

Châsse de Saint Vaast, dans la cathédrale d’Arras

2024-32. Le 31 janvier, nous fêtons aussi Saint Véron de Lembecq, qui, selon la tradition, était un arrière-petit-fils de Saint Charlemagne.

31 janvier,
Fête de la Bienheureuse Marie-Christine de Savoie, Reine des Deux-Siciles (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Véron de Lembecq, confesseur ;
Mémoire de Saint Jean Bosco.

Statue de Saint Véron à Lembecq - blogue

Statue de Saint Véron (en flamand : Veronus van Lembeek)
dans l’église de Lembecq (en flamand Lembeek) en Brabant flamand

       Le premier document nous rapportant des éléments concernant Saint Véron est une chronique écrite entre 1015 et 1020 par Olbert, abbé de Gembloux : il raconte qu’en 1004 (donc seulement une grosse dizaine d’années auparavant), le curé de Lembecq (Lembeek), paroisse proche de Hal (Halle) en Brabant, eut des apparitions d’un saint inconnu, lui demandant que son tombeau soit vénéré ; tombeau dont il lui indiquait l’emplacement.
A force d’insistance, le saint inconnu obtint gain de cause, et le curé fit creuser dans son église à l’endroit qu’il lui avait désigné.
On y trouva, en effet, la sépulture d’un homme, avec un écriteau portant son nom, la date du 31 janvier, et, vraisemblablement, quelques autres détails dont Olbert de Gembloux fit une « Vita »

   Comme cette découverte fut accompagnée de miracles, le saint nouvellement découvert fut évidemment mis à l’honneur, et le nouveau sépulcre qu’on lui bâtit devint rapidement un lieu de pèlerinage.

Tombeau de Saint Véron dans l'église de Lembecq - blogue

Tombeau actuel de Saint Véron dans l’église de Lembecq

   En résumé, Saint Véron (qui aurait eu une sœur jumelle prénommée Vérone [Verona]) était un fils de Louis II, dit le Germanique, Roi de Francie orientale, donc petit-fils de Louis 1er dit le Pieux, et arrière-petit-fils de Saint Charlemagne.
Il serait né dans les premières années du IXème siècle.

   Véron, que l’imitation de la vie humble et cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Nazareth attirait davantage que la vie de cour et le mariage, s’enfuit de la maison paternelle à l’âge de 16 ans, et vint vivre cet attrait spirituel pour « la dernière place » – qui un peu plus de mille ans plus tard fascinera le vicomte Charles de Foucauld – en se cachant près de Hal (Halle) dans un emploi de valet de ferme.

   Il est à remarquer que, dans cet admirable foisonnement de sainteté que l’on découvre avec émerveillement dans nos dynasties souveraines, on trouve – évidemment – des princes, rois, et empereurs, qui ont fait resplendir les idéaux évangéliques sur des trônes et dans des cours ; qui ont illustré les vertus chevaleresques sur les champs de bataille, à la suite de l’archistratège Saint Michel ; qui, délaissant leur condition de princes terrestres sont devenus des princes de la Sainte Eglise, à la tête d’évêchés et d’abbayes ; ou encore qui ont porté les vertus domestiques, celles des pères et mères de famille, à un degré d’exemplarité que leur position rendait encore plus éclatante pour l’édification et l’entrainement des familles de leurs royaumes… etc. mais qu’il n’y manque pas non plus d’une pléiade d’âmes éprises d’humilité qui se sont attachées à fuir le monde pour s’ensevelir dans les cloîtres, les ermitages et la recherche d’une parfaite abnégation.
La Rome impériale finissante eut Saint Alexis, la famille carolingienne eut Saint Véron.

Saint Véron - blogue

   Dans cette très humble condition de service et de tâches méprisées, Véron travailla de ses mains pour imiter Notre-Seigneur, ne manquant pas d’édifier les âmes qui savent voir au-delà des apparences et acquérant une grande réputation de vertu, sans faits exceptionnels qui attirassent les applaudissements du monde…
On raconte néanmoins que, plantant son bâton en terre, il fit jaillir une source, qui existe toujours sous le nom de « puits Saint Véron ».
Il rendit sa belle âme à Dieu un 31 janvier, probablement en 863, âgé donc d’une soixantaine d’années.

   Les dernières années de sa vie connaissent les raids vikings. Est-ce la raison pour laquelle son tombeau restera caché et oublié pendant une quarantaine d’années ?
Dans une période de troubles, une part importante de ses reliques sera transportée dans la collégiale de Sainte Waudru, à Mons. C’est probablement cette translation qui est la cause de la célébration de la fête de Saint Véron le 30 mars en Hainaut, tandis qu’elle est le 31 janvier en Brabant et dans le propre de Malines.

Châsse et statue de Saint Véron - blogue

Châsse d’argent et statue de Saint Véron préparés pour la marche du lundi de Pâques

Marche de Saint Véron le lundi de Pâques - blogue

   Le culte de Saint Véron reste encore bien vivant, en particulier à Lembecq, en Brabant, mais aussi à Ragnies, en Hainaut : dans l’une comme l’autre de ces paroisses, le lundi de Pâques, a lieu une marche, procession à la fois religieuse et patrimoniale, au cours desquelles les reliques sont portées au milieu d’un assez grand concours de peuple.

   Saint Véron est invoqué contre le typhus, les fièvres malignes, les maladies contagieuses, les ulcères, les migraines et maux de tête, les névralgies et les rhumatismes. Quant à sa sœur jumelle, Sainte Vérone, on raconte qu’il lui avait fait savoir où il serait enseveli, prédisant des signes qui s’accomplirent ; toutefois on ne sait pas grand chose d’elle, sinon qu’elle-même mourut à Leefdael, en Brabant : un oratoire en bois fut aussitôt édifié sur sa tombe, remplacé par une église en pierre au XIème siècle : à côté, une source a la réputation de guérir les fièvres. Ses reliques auraient, au moins en partie, été elles aussi transportées à Mons, dans la collégiale Sainte Waudru, et on la fête le même jour que son frère.

image de dévotion ancienne attestation de pèlerinage

Prière à Sainte Aldegonde pour demander la guérison du cancer :

Sainte Aldegonde de Maubeuge - blogue

La vie de Sainte Aldegonde > ici

Prière à Sainte Aldegonde

    Avec une très grande confiance, je me tourne vers vous
et je viens vous adresser mon humble prière, ô Sainte Aldegonde !

   Accordez-moi en premier lieu, d’être animé [animée]
par une foi plus vive, une espérance plus forte et une charité plus ardente,
de sorte que le Seigneur des miséricordes tourne vers moi Ses regards compatissants.

   O vous qui avez été aux prises avec le cancer
et qui avez connu les tourments dont cette maladie est la cause,
je recours à votre bienveillante intercession auprès de Dieu, Notre-Seigneur,
pour que vous m’obteniez, s’il est possible, la force et la guérison.

[Ici on prendra un temps de silence personnel pendant lequel on peut "détailler" son intention personnelle,
selon que l'on prie pour soi ou bien pour une autre personne]

   Voyez, je vous en prie, mes craintes et mes alarmes :
j’ai peur de ce mal qui me [ou bien le / la] ronge, et j’ai peur aussi des traitements
par lesquels on essaie de le vaincre…
Je suis dans l’incertitude et l’angoisse :
soyez à mes côtés pour tenir ma main [lui tenir la main],
pour me [le / la] rassurer et me [lui] rendre confiance,
pour m’insuffler [lui insuffler] le courage et la force d’âme
dont vous avez vous-même été remplie dans la maladie,
ô compatissante Sainte Aldegonde !

   Sainte Aldegonde, qui, depuis des siècles,
avez tant de fois manifesté la puissance de votre intercession,
je vous recommande ma famille, mes proches, mes amis,
tous les malades que je connais,
et tous ceux qui me sont inconnus et pour lesquels personne ne prie
et qui se sentent abandonnés…
Rendez-nous tous forts dans les épreuves et la maladie,
et donnez-nous de fuir ce mal plus grand encore qu’est le péché,
pour servir Dieu de notre mieux dans la fidélité.

   Ainsi soit-il !

Sainte Aldegonde, priez pour nous !

Sainte Aldegonde, couvrez-nous de la protection de votre saint voile !

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur)

voile de Sainte Aldegonde

2024-30. De Sainte Aldegonde de Maubeuge, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde, Reine des Francs, veuve et moniale (cf. > ici) ;
Fête de Sainte Aldegonde de Maubeuge, vierge et abbesse ;
Anniversaire du rappel à Dieu de SM le Roi Alphonse II (cf. > ici),
et de l’avènement de SMTC le Roi Louis XX.

Sainte Aldegonde gravure XVIIe siècle - blogue

Sainte Aldegonde
représentée sur une gravure du XVIIème siècle

       En sus de la fête de Sainte Bathilde, Reine des Francs, le 30 janvier est, localement, le jour de la fête de Sainte Aldegonde, vierge et abbesse, fondatrice d’une abbaye de chanoinesses à double cloître (c’est-à-dire que l’abbaye des femmes avait à côté d’elle un prieuré de chanoines dont le ministère sacerdotal s’exerçait auprès des Dames chanoinesses, et qui était sous l’autorité de l’abbesse) qui sera à l’origine de la ville de Maubeuge.
La vie de Sainte Aldegonde ne nous révèle pas seulement une âme privilégiée, favorisée de grandes grâces mystiques, mais nous montre aussi de quelle admirable manière la conversion de Clovis et de son peuple a été suivie d’une floraison de très grands saints, qui forment parfois de véritables « dynasties » : Sainte Aldegonde, sœur puinée de Sainte Waudru, est fille de Saint Walbert et de Sainte Bertille ; ses nièces Aldetrude et Madelberte qui lui succédèrent comme abbesses sont aussi des saintes !

   Nous sommes infiniment reconnaissants à Monsieur Patrick Martin, jeune historien namurois qui nous honore de son amitié et auquel nous devons déjà la publication d’un article sur Sainte Begge, trisaïeule de Saint Charlemagne (cf. > ici), de nous avoir communiqué l’article suivant, d’abord destiné à la revue « Pour qu’Il règne » (revue du district du Bénélux de la Fraternité St-Pie X), qu’il nous a fort aimablement autorisés à reproduire dans les pages de notre modeste blogue.

Sainte Aldegonde - détail d'un tableau de 1658 au trésor de la collegiale de Mons

Sainte Aldegonde,
représentée sur une toile de 1658
conservée au trésor de la collégiale de Mons (Belgique)

Vie et gloire d’une grande sainte du Hainaut :
sainte Aldegonde (630-684),
la fondatrice de Maubeuge

par Patrick Martin, historien

       Le 30 janvier, le calendrier ecclésiastique mentionne la fête de sainte Martine, une grande martyre de Rome, décédée en 228. Cependant, dans les calendriers particuliers aux diocèses de Cambrai et Tournai, nous trouvons la fête de sainte Aldegonde, patronne de la ville de Maubeuge (dans le Nord de la France). Cette grande sainte du VIIe siècle, très vénérée dans nos régions, est également la patronne de plusieurs paroisses belges, citons, par exemple, celles de As, Baisieux, Balâtre, Ecaussinnes, Feluy, Froidchapelle, Mont-Saint-Aldegonde, Ophain, Pecq, Recht, etc. Ajoutons également le fait que cette année 2024 marque le 1340ème anniversaire du rappel à Dieu de cette grande sainte hainuyère. C’est donc pour nous l’occasion de revenir sur la vie de celle qui, à l’instar de sa contemporaine Gertrude  de Nivelles, se détacha résolument des biens de ce monde pour l’amour de Jésus-Christ et embrassa la vie monastique.

   Aldegonde naquit, vers 630, à Cousolre (Nord de la France)[1]. Ses parents, Walbert et Bertille, étaient issus de la noblesse mérovingienne. Avant notre sainte, le couple avait eu la joie d’accueillir, dix ans auparavant, une première fille, Waudru. Les premières années de la vie d’Aldegonde furent marquées par l’exemple de ses parents qui cherchaient à plaire au Seigneur en toute chose. Arrivée à l’adolescence, sa mère Bertille lui parla d’un projet de mariage mais Aldegonde y répondit par son idéal de consécration total d’elle-même à Dieu dans la virginité. Sa sœur Waudru, quant à elle, s’était mariée, quelque temps auparavant, avec un noble aristocrate du nom de Madelgaire, duquel elle eut quatre enfants dont deux filles, Aldetrude et Madelberte. Après plusieurs années de mariage, les deux époux décidèrent d’un commun accord de se retirer dans la vie religieuse. Madelgaire, prit le nom de Vincent et, après avoir reçu la tonsure et l’habit monastique, fonda un premier monastère à Hautmont, puis un second à Soignies (Prov. du Hainaut). Sous la conduite de saint Ghislain, Waudru fonda un monastère à Castrilocus, qui devint le berceau de l’actuelle ville de Mons. Aldegonde se rendit, à plusieurs reprises, chez sa sœur afin d’obtenir d’elle aide et conseil dans le choix de sa vocation.

   Rentrée à Cousolre, dans la demeure familiale, Aldegonde commença à mener une intense vie de prière. A trois reprises, elle eut un songe dans lequel elle voyait la vanité des biens de ce monde et la vraie richesse que constituaient les biens du Ciel. Elle reçut du saint apôtre Jean l’assurance qu’elle serait consacrée vierge. Dans une autre vision, Notre-Seigneur lui-même daigna visiter sa future épouse et la ceindre d’une couronne sertie de pierres précieuses. Mais Aldegonde dut aussi supporter avec courage les assauts du démon, auxquels elle répondit par la fermeté dans ses résolutions et une intense prière. Finalement, la jeune femme quitta la maison de ses parents, s’enfuyant à travers bois, et arriva à l’emplacement actuel de la ville de Maubeuge.

voile de Sainte Aldegonde

Détail du reliquaire de Sainte Aldegonde (XVème siècle), à Maubeuge,
montrant la précieuse relique elle-même
surmontée d’une sculpture d’orfèvrerie représentant le Saint-Esprit donnant le voile à Sainte Aldegonde

   Pendant son séjour dans la forêt, elle apprit la présence de saint Amand, l’évêque de Maastricht, et de saint Aubert, l’évêque de Cambrai, à l’abbaye de Hautmont, fondée par son beau-frère Madelgaire. Elle se résolut donc à s’y rendre afin de faire part aux deux prélats de son désir de se consacrer au Christ. Saint Amand l’écouta attentivement et, devant la fermeté de ses résolutions et l’exemple de sa modestie, il décida de lui donner solennellement le voile des vierges, assisté par saint Aubert. D’après une tradition, au cours de la cérémonie de consécration, le Saint-Esprit apparut sous la forme d’une colombe s’empara du voile béni avec son bec pour le déposer sur la tête de la sainte. Ce voile est encore aujourd’hui conservé dans un reliquaire, datant du XVe siècle, qui se trouve aujourd’hui dans l’église paroissiale de Maubeuge.

Maubeuge - reliquaire du voile de Sainte Aldegonde

Reliquaire du voile de Sainte Aldegonde (XVème siècle)
pieusement conservé et vénéré dans l’église des Saint-Pierre et Saint-Paul à Maubeuge

   Aldegonde retourna à Maubeuge et reçut alors la visite de plusieurs jeunes filles désireuses, comme elle, de se consacrer à Dieu dans la vie monastique. Parmi celles-ci, il faut mentionner plus spécialement ses deux nièces, Aldetrude et Madelberte, qui succéderont toutes les deux à leur tante sur le trône abbatial de Maubeuge. La tradition rapporte que la nièce de saint Ursmer, évêque et abbé de Lobbes (Prov. du Hainaut), était également parmi les premières compagnes d’Aldegonde. L’abbatiat de notre sainte est marqué par de fréquentes rencontres avec sa sœur Waudru ainsi que de nombreux miracles et grâces mystiques. Aldegonde se distinguait par sa grande charité et ses larges aumônes à l’égard des plus pauvres. Elle se contentait de vêtements grossiers et délaissait les riches étoffes. Son premier biographe, au VIIIe siècle, qui fut un de ses contemporains, précise que notre sainte en vint à délaisser toute nourriture charnelle pour se nourrir uniquement de la sainte communion.

   La vie spirituelle d’Aldegonde fut émaillée, dès son plus jeune âge, d’éminentes grâces mystiques, comme nous l’avons vu. Au cours de sa contemplation, notre sainte goûtait les réalités surnaturelles et vivait en compagnie des saints du Ciel. Un jour, elle vit une jeune vierge lui dire : “Sœur très pure, la Mère du Sauveur Jésus m’envoie pour m’enquérir de tes plus chers désirs”. “O fleur admirable venue du jardin des roses, répondit Aldegonde, je ne demande rien d’autre que de pouvoir en toutes choses accomplir la volonté du Maître, cat n’a-t-il pas lui-même enseigner que pour posséder la vie éternelle, il ne fallait qu’aimer le Seigneur notre Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et le prochain comme soi-même. A cet amour, je désire être par-dessus tout fidèle, sarment de pureté jailli des vignes éternelles !” Plaire à Dieu et garder les commandements du Seigneur, tels sont les deux principes qui régirent toute la vie d’Aldegonde. Suite à cela, l’apôtre saint Pierre lui assura que son nom était inscrit au Livre de Vie. Elle apprit également de manière miraculeuse le décès du saint évêque Amand qu’elle vit entrer dans la béatitude, parmi la joie des anges et des saints pour recevoir du Seigneur la couronne glorieuse. Les années passent, Aldegonde sent ses forces diminuer. Elle reçoit du Christ, son céleste époux, l’annonce d’une “prochaine affliction” qu’elle devra subir patiemment avant de recevoir de ce même Seigneur la récompense promise. Cette affliction prit la forme d’une tumeur au sein droit. Encore aujourd’hui, sainte Aldegonde est particulièrement invoquée par les personnes atteintes d’un cancer. Au milieu de ses souffrances, elle prit la décision de confier le récit de ses visions à un prêtre du monastère de Nivelles, dans lequel elle avait passé une partie de sa jeunesse et reçut son instruction religieuse. Aldegonde s’endormit dans le Seigneur le Samedi-Saint de l’année 684. Sa mort fut entourée de plusieurs manifestations surnaturelles. Ainsi, au moment même où l’épouse du Christ passait de cette vallée de larmes à une vie meilleure, une religieuse de Nivelles entendit comme un chœur d’anges entonner des psaumes dans l’église Saint-Pierre où se trouvait le tombeau de sainte Gertrude. Waudru raconta au premier biographe de sa sœur qu’elle reçut elle-même l’annonce du trépas d’Aldegonde par l’apparition d’une lumière luisant au-dessus de la cellule de la sainte.

église Saint-Pierre et Saint-Paul de Maubeuge avant 1940

L’abbaye de Maubeuge fut presque intégralement détruite à la révolution et dans les années qui suivirent
les reliques de Sainte Aldegonde, sauvées du vandalisme révolutionnaire,
furent pendant près d’un siècle et demi vénérées dans l’église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul
dont on voit l’intérieur sur cette photographie antérieure à la seconde guerre mondiale :
cette église a été à son tour détruite par les bombardements et a fait place a un édifice de béton,
mais les précieuses reliques de la fondatrice de Maubeuge ont été préservées.

   Aldegonde fut inhumée d’abord à Cousolre, auprès de ses parents. Le monastère fondé par ses soins se transforma, au fil des ans, en un chapitre séculier de chanoinesses. Les reliques d’Aldegonde furent, ensuite, élevées et translatées à Maubeuge, le 30 janvier d’une année que les historiens ne peuvent déterminer avec précision mais que l’on peut situer au début du VIIIe siècle, très peu de temps donc après le décès de la sainte. La date de l’élévation et de la première translation des reliques de sainte Aldegonde fut retenue pour être celle de sa commémoration liturgique. En 1039, ses reliques furent placées dans une première châsse qui fut remplacée, en 1439, puis aux XVIe et XIXe siècles. Lors de la suppression du chapitre de Maubeuge, à la fin du XVIIIe s, les reliques furent cachées et confiées à la paroisse. Malgré les guerres et les destructions, nous conservons encore les reliques de la sainte, qui se trouvent aujourd’hui dans le trésor de l’église des Saints-Pierre-et-Paul de Maubeuge. Sainte Aldegonde est encore très populaire et vénérée aujourd’hui. Chaque année, aux environs du mois de mai/juin, une grande procession rassemblant les délégations des différentes paroisses placées sous le patronage de la sainte, parcourt les rues de Maubeuge en présence d’un grand nombre de fidèles.

   Que sainte Aldegonde nous aide à rester fermes dans la foi, à repousser efficacement les tentations et à choisir résolument le Christ, “la lumière du monde” (Jn 8, 12), qu’elle intercède pour nous afin “qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les joies véritables” (Oraison du 4e dimanche après Pâques).

[1] Cet article est un résumé d’un ouvrage rédigé par un moine bénédictin de l’abbaye de Wisques, intitulé Vie et gloire de sainte Aldegonde, Loos-lez-Lille, 1966 (Impr. J Wattel v.g. Cameracensi, 23 a novembris 1964), que nous avons complété par l’édition de la Prima Vita de sainte Aldegonde (VIIIe siècle) réalisée par Michel ROUCHE (Maubeuge, 1988).

Prière à Sainte Aldegonde pour demander la guérison du cancer > ici

Statue de Sainte Aldegonde dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Maubeuge - détail

Statue récente de Sainte Aldegonde
(église Saint-Pierre et Saint-Paul de Maubeuge)

2024-28. Les publications de ce blogue relatives au temps de la Septuagésime :

Samedi veille de la Septuagésime.

       Ainsi que nous l’avons déjà fait pour d’autres thématiques, voici une sorte de catalogue de toutes les publications qui se trouvent sur notre blogue et qui ont trait au temps de la Septuagésime (historique, spiritualité, liturgie, textes de médiation et de prières… etc.).
Cette page sera régulièrement actualisée avec les nouvelles publications qui auront lieu plus tard, en fonction des opportunités spirituelles et liturgiques… 

Notre-Dame de la Septuagésime - blogue

A – Présentation générale du temps de la Septuagésime :

- Toutes les explications générales sur son origine, son sens, ses rites particuliers, la progression de ses trois dimanches …etc. > ici

B – Textes spirituels pour nous faire entrer dans l’esprit de ce temps liturgique :

- Des réflexions et indications spirituelles qu’il est bon de lire le samedi avant la Septuagésime > ici
- Quelques phrases stimulantes et encourageantes de feu le pape Benoît XVI pour la préparation au Carême > ici
- Une exhortation qui avait été adressée aux membres de la Confrérie Royale mais dont tous peuvent profiter > ici
- Un sermon de Saint Augustin nous invitant à considérer la réalité du péché > ici

C – Les adieux à l’Alléluia :

- La liturgie des « adieux à l’alléluia » expliquée par Dom Prosper Guéranger > ici

D – Bandes dessinées :

- « Ne brisez pas le miroir » > ici
- Et surtout le « Reportage infernal » qu’il est recommandé de lire par étapes :
1) le dimanche de la Septuagésime – 1ère partie > ici
2) le mercredi de la Septuagésime – 2ème partie > ici
3) le dimanche de la Sexagésime – 3ème partie > ici
4) et le dimanche de la quinquagésime – 4ème partie > ici
- « Bas les masques ! » (carnaval) > ici

E – Le dimanche de la Septuagésime :

- Un sermon de Saint Augustin très adapté à ce dimanche > ici

F – Le dimanche de la Sexagésime :

- Un commentaire de la réflexion de Job comparant la vie sur terre à un engagement militaire > ici
- Un sermon adressé à de jeunes aspirants à la vie canoniale (mais dont tous pourront faire leur profit) à l’occasion de ce dimanche > ici

G – Le dimanche de la Quinquagésime :

- Méditation pour ce dimanche : la prédiction de la Passion > ici

H – Il y a des fêtes particulières au temps de la Septuagésime :

- Mardi après le dimanche de la Septuagésime : Fête de l’oraison de NSJC [à Gethsémani] (double majeur)
- Mardi après le dimanche de la Sexagésime : Commémoraison de la Passion de NSJC (double majeur)
- Mardi après le dimanche de la Quinquagésime : Fête réparatrice de la Sainte Face de NSJC (double majeur)

a) La dévotion à la Sainte Face > ici
b) Neuvaine en l’honneur de la Sainte Face > ici
c) Messe propre de la Sainte Face de NSJC > ici
d) Litanies de la Sainte Face > ici
e) Un poème de Sainte Thérèse de Lisieux en l’honneur de la Sainte Face > ici

Sainte Face de NSJC - blogue

2024-25. Laudemus Dominum, qui Sanctum Carolum magnum nobis praevidit !

Louons le Seigneur qui nous a donné Saint Charlemagne !

Blason de Charlemagne - blogue

28 janvier,
Fête de Saint Charlemagne, Roi des Francs et Empereur, confesseur.

       Vous pouvez retrouver ci-dessous toutes les publications de notre modeste blogue relatives à Saint Charlemagne et à son culte. Notez qu’un même article puisse se trouver référencé dans deux catégories différentes.
Cette page sera régulièrement mise à jour lors des nouvelles publications.

Buste reliquaire de Saint Charlemagne - Aix la Chapelle

Reliquaire du Chef de Saint Charlemagne à Aix-la-Chapelle

A – Partie historique concernant la canonisation de Saint Charlemagne et le développement de son culte :

- Saint Charlemagne, un vrai saint, validement canonisé > ici
– Iconographie de Saint Charlemagne > ici
– 29 décembre 1165 : canonisation de Charlemagne > ici

B – Liturgie :

- La Messe propre de Saint Charlemagne dans le propre de Paris > ici
- La séquence « Urbs aquensis » dans la liturgie aixoise > ici
- L’hymne « O Rex orbis » pour les vêpres > ici

C – Varia :

- Sainte Hildegarde de Vintzgau, l’épouse bien-aimée, fêtée le 30 avril > ici

Sanctus Carolus Magnus Nobilissimus Francorum Rex & Romanorum Imperator Augustus - blogue

2024-23. De Saint Sévérien, disciple de Saint Martial et premier évêque des Gabales.

26 janvier,
Fête de Saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan ;
Fête de Saint Polycarpe, évêque, Père apostolique et martyr (cf. > ici et > ici).

Tolbiac au clin d'œil - blogue

Préliminaires :

       Voici une publication qui, une fois de plus, ne manquera pas de déplaire à quelques uns de ces modernes (et souvent modernistes) impies qui, sous les prétextes de la « raison » et de la science historique contemporaine, poursuivent l’œuvre de destruction des racines chrétiennes de notre magnifique pays engagée avant eux par les sectateurs de Calvin, les Jansénistes, les « philosophes », les rationalistes, les révolutionnaires, les positivistes, les modernistes, les « progressistes », les artisans du « renouveau conciliaire » et autres pourfendeurs de « superstitions ».
Mais, une fois de plus, nous ne cherchons ni leurs faveurs ni leurs « bénédictions » (quand on voit d’ailleurs ceux auxquels ils souhaitent tant les donner, cela vaut bien mieux !).
En réponse à tous ces ricaneurs, il existe déjà de nombreuses et très savantes études publiées par d’authentiques érudits ne se contentant pas de recopier les thèses approuvées par l’opinion dominante, et de brosser dans le sens du poil des ignorants coiffés de la barrette des docteurs ou de la mitre.

   L’apostolat de Saint Martial, disciple de Saint Pierre et envoyé par lui dans les Gaules, au premier siècle de notre ère, est une croyance unanime dans tous les diocèses concernés jusqu’au XVIIème siècle : c’est alors que des rationalistes, dissimulés tantôt sous les livrées d’une « piété éclairée » tantôt sous celles de la science, ont commencé à instiller pernicieusement des doutes, que la grande révolution ainsi que les grands courants d’attaque contre la Sainte Eglise, jusqu’à nos jours, ont établis comme des sortes de super-dogmes à l’autorité intangible, jusqu’à faire tomber dans l’oubli quasi général des traditions immémoriales qui avaient fait vivre spirituellement des générations de chrétiens du Royaume de France pendant plus de quinze siècles, et qui avaient suscité leur légitime fierté en alimentant leur identité et leurs particularismes.
Point n’est besoin d’être grand clerc, ni historien (ou prétendu tel) ou sociologue (ou prétendu tel) pour le comprendre !

   L’ignorance volontaire et entretenue de ces anciennes traditions sur la seule base d’une mauvaise interprétation d’une phrase de Saint Grégoire de Tours, n’est finalement ni une preuve d’intelligence, ni la preuve d’une intégrité intellectuelle, ni un signe de véritable quête de la vérité : avec de telles personnes, il n’y a donc pas à perdre de temps dans des discutailleries forcément stériles.

   Ce préambule nécessaire étant posé, venons en, si vous le voulez bien, à la vie de Saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan (parfois orthographié Séverien) qui nous intéresse aujourd’hui.

Tolbiac.

Saint Sévérien du Gévaudan - blogue

Citation des « Petits Bollandistes » :

Saint Sévérien, évêque de Mende (1er siècle)

       « Bien que l’injure du temps, les dévastations des guerres civiles et l’aveugle fureur des hérétiques aient fait périr des documents aussi nombreux qu’importants sur les antiquités de la très-ancienne Eglise de Mende, il reste néanmoins encore des monuments historiques du caractère le plus authentique, tels que plusieurs martyrologes et un assez grand nombre de manuscrits religieusement conservés à Mende, desquels il résulte que Sévérien, fidèle compagnon de Saint Martial de Limoges, dans la prédication de l’Evangile, suivit comme prêtre ce grand apôtre de l’Aquitaine dans ses courses à travers les montagnes du Gévaudan. Bientôt une église ayant été fondée au bourg de Mende, et placée sous le patronage de la Bienheureuse Vierge Marie, Martial, au moment d’aller visiter d’autres contrées, éleva à la dignité de pontife celui qui avait été son disciple, le compagnon de ses travaux et l’imitateur de ses vertus. Il l’ordonna et le laissa dans le pays de Gévaudan, afin qu’il gagnât à l’Evangile le peuple encore assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. L’autorité des documents dont le diocèse de Mende est en possession est confirmée par une tradition constante très ancienne et à laquelle on ne peut pas assigner de commencement.

   On parle d’un certain petit roi, ou prince de Gévaudan, qui, ayant été converti par Saint Sévérien et étant sans enfants, légua au saint évêque le pouvoir politique qu’il possédait dans le pays, et plusieurs font remonter jusque-là l’origine de ce pouvoir que conservèrent pendant des siècles les évêques de Mende, et dont ils ne se servirent que pour répandre abondamment sur le peuple les bienfaits d’une douce et paternelle domination. On ne sait pas au juste combien de temps Saint Sévérien remplit ses fonctions apostoliques, et l’on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s’endormit dans le Seigneur d’une mort tranquille. »

Propre de Mende, in « Les Petits Bollandistes », tome premier p. 636 – 1876.

Gévaudan - ancien diocèse de Mende - blogue

Le Gévaudan :
1 – la partie en rose/orangé représente toute l’ancienne province du Gévaudan qui recouvrait aussi exactement
l’ancien diocèse de Mende ; le tout est limité par les pointillés rouges.
2 – les traits pleins gris représentent les limites actuelles du département de la Lozère :
on voit donc que, 2a) dans le sud, le territoire de la paroisse de Meyrueis n’appartenait pas au Gévaudan historique ;
2b) au sud est, le département de la Lozère a « conquis » le territoire de la paroisse de Villefort, qui était de l’évêché d’Uzès ;
mais que 2c) tout ce qui fut ensuite le canton de Saugues, dans la Haute-Loire) appartient au Gévaudan historique. 

Précisions de Tolbiac :

   1 – Le pays des Gabales (en latin : Gabalitanus pagus), devenu Gévaudan par les déformations successives au cours des siècles, aurait-il pu « échapper » à l’évangélisation qui atteignit ses pays voisins (le Velay, le Vivarais) en des périodes très précoces ? Le penser relève de la pure négation des réalités humaines et spirituelles. D’autant que nous savons de manière certaine que Saint Privat fut martyrisé par les Alamans autour de 258 à Mende (en latin : Mimata), mais qu’il n’était pas le premier évêque de la chrétienté locale.
Le texte des Petits Bollandistes ci-dessus montre de manière non équivoque que la version officielle de l’évêché de Mende, au XIXème siècle, attestait que c’était bien là que le siège épiscopal avait été établi depuis l’origine, nonobstant le fait que la capitale politique du pays des Gabales était Anderitum, aujourd’hui le bourg de Javols.

   2 – C’est dans un document du milieu du Xème siècle que l’on voit pour la première fois un évêque, nommé Etienne, se donner le titre « d’évêque de Mende », et non « d’évêque des Gabales » ou « du Gévaudan » : les historiens modernes en concluent qu’il fut le premier à le faire et que ce titre est donc né au milieu du Xème siècle.
Singulière « rigueur historique » ! Cela signifie-t-il que tous les évêques précédents, dont la liste est très incomplète et au sujet desquels une grande partie de la documentation a été détruite, ne portait pas ce titre ? Absence de preuve n’est pas preuve d’absence.
Et cela ne veut pas davantage dire que, dans une lignée épiscopale, on ne puisse pas donner, par commodité et bien que ce soit par une sorte d’anticipation, le nom « d’évêques de Mende » à des pontifes qui se sont régulièrement succédé sur le territoire du Gévaudan avant même que le diocèse ne soit, en rigueur, le « diocèse de Mende ».
Notons d’ailleurs au passage que ceux qui pinaillent aujourd’hui sur le titre « d’évêque de Mende » pour Saint Sévérien, ou pour celui « d’évêque du Puy » pour Saint Georges du Velay, ne voient cependant pas d’inconvénient à ce que des mitrés contemporains se présentent eux-mêmes comme « évêque de Lozère » ou « évêque de Haute-Loire » alors que ces dénominations n’existent canoniquement pas !

   3 – Le capitaine huguenot Matthieu Merle (vers 1548 – après 1587), de sinistre mémoire en raisons de ses massacres, pillages, destructions et cruautés diverses, mit à sac puis incendia la cathédrale de Mende en 1579 et 1581 : il fit disparaître de la sorte quantité d’archives de l’évêché, de la cathédrale et du Chapitre : lorsque les monuments écrits et bâtis sont ainsi mis à mal, tout ce qu’il reste aux hommes honnêtes, c’est de se fier à ce que la tradition orale, pérenne, a permis d’en « sauver ». En outre, le fait que ce soit catholique n’en fait pas systématiquement le signe que c’est de l’affabulation, de la crédulité naïve ou de « pieux » mensonges !

   4 – Son Excellence Révérendissime Monseigneur Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré (1685-1767), devint évêque de Mende et comte du Gévaudan en 1723 : il a acquis quelque célébrité par les appels à la prière et à la pénitence qu’il lança lors de la dramatique affaire de la Bête du Gévaudan, qui advint sous son pontificat.
Ce prélat ne manquait ni d’une certaine piété ni de moralité (contrairement à quelques siens cousins qui furent ministres), mais il n’en était pas pour autant dans la saine doctrine : il était de convictions jansénistes que l’on peut qualifier de militantes, voire fanatiques, et imposa à son diocèse le bréviaire en usage alors à Paris, marqué par un jansénisme rigoriste qui faisait la chasse aux « superstitions », auxquelles le culte des saints était pratiquement assimilé (il ne faut jamais oublier que la véritable origine du jansénisme ne se trouve ni dans une saine ferveur austère ni dans les écrits de Saint Augustin, mais dans les erreurs de Calvin concernant la grâce). Ce fut cet austère hiérarque qui réduisit de manière drastique le nombre de saints honorés dans son diocèse, et qui fit pratiquement sombrer le culte de Saint Sévérien, lui déniant, contre dix-sept siècles de tradition, son titre de premier évêque du Gévaudan. Ses successeurs, s’ils tentèrent de le restaurer en partie, ne purent totalement rebâtir – d’autant que la grande révolution vint bientôt accumuler d’autres ruines – ce qu’il avait contribué à détruire.

   5 – C’est ainsi que Saint Sévérien, glorieux par sa vie comblée de mérites et par le culte qui lui fut rendu sans états d’âme pendant plus de seize siècles, fut relégué et suspecté pour devenir le pauvre Saint Sévérien, simplement par la faute d’hérétiques officiels ou larvés.
Si, comme le dit le Propre de Mende cité par les Petits Bollandistes au XIXème siècle, « on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s’endormit dans le Seigneur d’une mort tranquille », nous pouvons aujourd’hui ajouter que l’on est en revanche certain que les contempteurs des vénérables traditions catholiques lui ont fait subir une nouvelle forme de martyre et ont endormi son culte dans l’humiliation.

Saint Sévérien de Mende - blogue

2024-22. « Tel est saint Paul, et tels sont aussi tous les hommes spirituels comme lui… »

25 janvier,
Fête de la conversion de Saint Paul ;
La commémoraison de Saint Pierre, apôtre ;
A Viviers, la commémoraison du 4ème jour dans l’octave de Saint Vincent ;
Dans la Confrérie Royale : journée de prières plus instantes et d’offrande à l’intention de Sa Majesté le Roi.

       Nous avons publié déjà les sermons LII (> ici) et LIII (> ici) de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur la conversion de Saint Paul : nous ne nous arrêterons donc pas en si bon chemin, voici ci-dessous le sermon LIV.

conversion de saint Paul - Jacques Gamelin musée des Augustins à Toulouse

Jacques Gamelin (1738-1803) : la conversion de Saint Paul
[musée des Augustins, à Toulouse]

§ 1 – Saint Paul, modèle du zèle pour le salut des âmes.

   Si nous voulons, mes frères, rester sans souillure, suivons la doctrine de Pierre et de Paul, qui, après avoir obtenu de Jésus-Christ la grâce de la parole, de la sagesse et de l’administration ecclésiastique, « se sont faits tout à tous, afin de gagner tous les hommes à Jésus-Christ » (1 Cor IX, 22). Or, pour nous, nous n’avons d’autre devoir que de nous laisser gouverner et conduire par ceux qui ont mission de le faire. Quand il s’agit du salut des âmes, nous pourrions citer tous ceux qui y ont contribué par la législation, par la prophétie, par la lutte et le martyre ou de toute autre manière ; nous aurions Moïse, Aaron, Josué, Elie, Elisée, les Juges, Samuel, Daniel, la multitude des Prophètes, saint Jean-Baptiste, les Apôtres, et tous ceux qui avec eux ou par eux ont travaillé à la sanctification des peuples. Toutefois, nous faisons en ce moment abstraction de tous ces personnages, et il nous suffira de nommer saint Paul pour nous faire une idée précise de ce que sont dans l’Eglise le soin et la sollicitude des âmes, et ce que cette sollicitude suppose de travail et de prudence, d’efforts et de dévouement.

§ 2 - Eloge de saint Paul.

   Voyons donc ce que Paul dit de Paul, et étudions dans sa personne le sujet qui nous occupe. Je passe sous silence « les travaux et les veilles » , « dans la soif et la faim », les « misères supportées dans le froid et la nudité ». Je passe sous silence « les embûches extérieures » et les « résistances intérieures ». Je passe sous silence « les persécutions, les complots judaïques, les prisons, les chaînes, les accusateurs, les jugements, les mortifications de chaque jour et de chaque moment » ; « J’ai été descendu le long du mur à l’aide d’une corbeille, j’ai été lapidé, j’ai été frappé de verges ». Je passe sous silence les pérégrinations si lointaines et si nombreuses, « les dangers sur la mer, les dangers sur terre, les dangers du jour et de la nuit, le naufrage, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, périls de tout genre, périls de la part des faux frères » (2 Cor. XI, 26-28) ; le travail manuel pour subvenir à son alimentation (1 Cor. IV, 12) ; la gratuité absolue de ses prédications évangéliques (Id. IX, 18) ; il est donné en spectacle aux hommes et aux anges (Id. IV, 9), lui qui se présentait comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, supportant pour tous des luttes et des combats, afin de les ramener tous à Dieu. Outre ces merveilles, que pouvons-nous penser de sa vigilance continuelle sur les moindres détails, et de sa sollicitude pour toutes les Eglises ? A l’égard de tous il était plein de miséricorde et d’une affection véritablement fraternelle. Il ressentait le contre-coup de toutes les souffrances de ses frères ; et si l’un d’eux était scandalisé, lui-même était brûlé (2 Cor. XI, 28-29).

§ 3 - Paul prêche à tous le nom de Jésus-Christ.

   Ce que je rappellerai surtout, c’est son zèle infatigable à enseigner, et toutes les richesses de sa prédication ; je rappellerai sa douceur à la fois et sa sévérité, ou plutôt l’heureuse alliance de ces deux qualités dans sa personne, de telle sorte qu’il n’ulcéra jamais par sa sévérité, et ne faiblit jamais par excès de douceur. Il trace les devoirs des serviteurs et des maîtres, des princes et des sujets, des hommes et des femmes, des parents et des enfants, des époux et des célibataires, des chastes et des voluptueux, des sages et des insensés, des circoncis et des incirconcis, de l’Eglise et du monde, des veuves et des vierges, de l’esprit et de la chair. Il se réjouit avec les uns et rend grâce pour eux ; il châtie les autres et les reprend ; les uns sont sa joie et sa couronne, tandis que les autres sont flétris du nom d’insensés ; il court avec ceux qui courent la bonne voie, tandis qu’il enchaîne et retient ceux qui se précipitent dans la voie du mal ; il sépare celui-ci de l’Eglise et y reçoit les autres et les confirme dans la charité ; il pleure sur les uns, il se réjouit sur les autres ; tantôt sa doctrine est simple comme le lait pour les enfants, tantôt elle se plonge dans la profondeur des mystères ; tantôt il s’abaisse et se rapetisse avec les simples, tantôt il élève et exalte les humbles ; tantôt il fait preuve d’un grand esprit de mansuétude, tantôt il lève la verge de la puissance apostolique contre les orgueilleux et les arrogants ; tantôt il s’enflamme à l’égard des rebelles, tantôt, à l’égard des disciples soumis, il est bon « comme la nourrice qui réchauffe ses petits ». Tantôt il se dit le dernier des Apôtres, tantôt il affirme son autorité en s’appuyant sur Jésus-Christ, qui parle dans sa personne ; tantôt il demande à mourir et à être avec Jésus-Christ, tantôt il prouve qu’il lui est nécessaire de demeurer dans la chair à cause de ceux qui ont besoin de son secours. Car « il ne cherche pas son avantage personnel, mais l’avantage des enfants qu’il a engendrés en Jésus-Christ » par l’Evangile. Cette conduite doit être spécialement méditée par les supérieurs spirituels, dont l’abnégation doit leur faire négliger et mépriser leur intérêt personnel toutes les fois que le bien spirituel des peuples le réclame.

§ 4 - Il ne vit que pour ses frères, et pour le Sauveur.

   L’apôtre saint Paul se glorifie, mais dans ses infirmités et ses tribulations, et la mortification de Jésus-Christ lui paraît le plus bel ornement. Il s’élève au-dessus de tout ce qui est charnel ; les choses spirituelles forment tout son bonheur et toute sa gloire ; la science ne lui est pas étrangère, et cependant il déclare ne voir qu’à travers un miroir et en énigme. Il se confie à l’esprit, et cependant il afflige son corps qu’il traite comme un adversaire clandestin qu’il faut détruire.
Quelle leçon, quel enseignement ne ressort pas de cette conduite ? L’Apôtre pouvait-il nous montrer plus clairement l’obligation de ne pas mettre notre confiance dans les choses de la terre, de ne pas nous enorgueillir de notre science et de ne pas laisser la chair se révolter contre l’esprit ? Saint Paul combat donc pour tous ; il prie pour tous ; le salut de tous le dévore ; le zèle pour la gloire de Dieu l’embrase, et il donnerait son sang et sa vie pour ceux qui sont hors de la loi, comme pour ceux qui sont dans la loi. Etabli l’Apôtre des Gentils et le défenseur des Juifs, il plaide en leur faveur au-delà même de ce qui est permis ; c’est-à-dire, si j’ose parler ainsi, il va au-delà du commandement de Dieu, car il aime son prochain, non pas autant que lui-même, mais plus que lui-même. Ne demande-t-il pas à être anathème, si cela était nécessaire pour sauver les hommes ?
O grandeur d’âme vraiment sublime ! O feu céleste de l’Esprit-Saint ! Paul imite en cela Jésus-Christ qui « S’est fait malédiction pour nous » (Gal. III, 13), qui « a porté nos infirmités et accepté nos langueurs » (Isaïe LIII, 4) . C’est ainsi que, poussant le dévouement au-delà de ses limites, l’Apôtre accepterait d’être anathématisé par Jésus-Christ, pourvu que les hommes fussent sauvés. Que dirai-je encore ? Il vit, non pas pour lui, mais pour Jésus-Christ et pour la prédication de la parole. Il proclame que le monde est crucifié pour lui et qu’il est crucifié pour le monde ; tout lui paraît vil et méprisable, tant est vif son désir de s’unir à Jésus-Christ. Depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyrie il a semé l’Evangile dans toutes les contrées ; il a été ravi jusqu’au troisième ciel ; il a été transporté au ciel et y a entendu des paroles qu’il n’est pas permis à l’homme de redire ; et pourtant, malgré toutes ces faveurs, « il ne se glorifie que dans ses infirmités ».
Tel est saint Paul, et tels sont aussi tous les hommes spirituels comme lui, si toutefois il en est sur la terre.

Saint Paul - blogue

2024-20. Le 24 janvier, nous fêtons Saint Timothée, disciple de Saint Paul, évêque et martyr.

24 janvier,
fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

Saint Timothée - blogue

       Saint Timothée était originaire de Lystres, ville romaine de la province de Lycaonie (Asie mineure). Né de père païen et d’une mère juive nommée Eunice, il avait été élevé dans la piété et l’amour des Saintes Ecritures par celle-ci et par sa grand-mère Loïs. Lors d’un premier séjour dans la ville (en 45), Saint Paul avait converti les deux femmes, et lorsqu’il revint quelques années plus tard (vers 50), il trouva le jeune Timothée plein de ferveur et d’admiration pour les combats et les souffrances qu’il avait endurés au Nom du Christ. Sur la recommandation des frères de Lystres et d’Iconium, Paul le baptisa, lui imposa les mains et fit de lui le compagnon de ses labeurs et son disciple préféré. Il l’appelle : « mon enfant bien-aimé » (1 et 2 Tm, I) et témoigne de lui aux Églises, en disant : « C’est comme un fils auprès de son père qu’il a servi avec moi la cause de l’Évangile » (Phil II, 22). Quoique le précepte de la Loi eût été aboli par la grâce, l’Apôtre circoncit son jeune disciple, afin qu’il puisse prêcher aux Juifs dans leurs synagogues aussi bien qu’aux païens sur l’agora. Doux, réservé, modèle d’obéissance et d’humilité, Saint Timothée montrait cependant un zèle infatigable pour la prédication, comme un bon soldat de Jésus-Christ (2 Tm II, 3). Il fut le représentant de l’Apôtre et l’instrument énergique de la grâce dans le gouvernement des Eglises de Dieu, pour la correction des mœurs et la conservation du bon dépôt (2 Tm I, 14).

   D’Iconium Timothée parcourut avec Paul la Phrygie et la Galatie, l’assistant en tout lieu dans la prédication et la prière. Puis, à la suite d’une vision céleste, ils passèrent en Macédoine, évangélisèrent Thessalonique et Bérée, où Timothée demeura avec Silas (Sylvain), tandis que Paul se rendait à Athènes. Il rejoignit bientôt l’Apôtre, en lui apportant la triste nouvelle de la résistance furieuse des Juifs de Thessalonique, puis il retourna dans cette ville, afin d’affermir et de conforter les fidèles dans la foi (1 Thes III, 1-5). Lorsqu’il eut accompli cette mission, il se hâta de rejoindre Paul à Corinthe pour travailler avec lui à la conversion de la cité.

   Après être resté avec son maître un an et demi à Ephèse, la métropole de l’Asie, il fut envoyé de nouveau à Corinthe pour rappeler aux fidèles les principes de la vie évangélique. Comme les Corinthiens restaient rebelles aux exhortations de son disciple, Saint Paul décida d’y envoyer Tite, et prit Timothée avec lui pour une nouvelle mission en Macédoine, rédigea avec sa collaboration sa seconde Lettre aux Corinthiens et vint avec lui en personne travailler à la correction et à l’édification des fidèles.

   Lorsque Saint Paul entreprit son dernier voyage vers Jérusalem, afin d’y porter les fruits de la collecte recueillie dans toutes les Églises pour venir en aide aux chrétiens de la Ville sainte (Act. XX), Timothée se trouvait encore parmi ses compagnons de voyage. Il assista à son arrestation (Act. XXII et sv), le suivit à Césarée et à Rome pendant sa première captivité. Mais, de là, Paul l’envoya en mission auprès de l’Eglise de Philippes (Phil II, 19-24). Il vint le rejoindre en Orient, une fois délivré, et le plaça finalement à la tête de l’Eglise d’Ephèse, en lui recommandant d’organiser le culte et la vie chrétienne, de combattre les faux docteurs, de choisir avec discernement les membres de la hiérarchie ecclésiastique et de mener en tout temps le troupeau du Christ dans la paix, la concorde et la vérité (1 Tm). Dans une seconde Lettre, envoyée par l’Apôtre prisonnier à Rome et attendant la mort, Paul invite son fidèle disciple à venir le rejoindre pour l’assister dans ses derniers moments (2 Tm IV, 8). Timothée fut alors arrêté, mais bientôt remis en liberté (Hébr. XIII, 23). Il retourna dans son diocèse après la mort de l’Apôtre.

   On rapporte qu’il rencontra à Ephèse Saint Jean, apôtre et évangéliste, qu’il reçut de lui un surcroît de grâce et d’illumination spirituelle et, qu’une fois l’Apôtre Bien-aimé exilé à Patmos, il gouverna l’Église, en rassemblant en lui-même l’esprit de Saint Jean et celui de Saint Paul.

   Un jour, sous le règne de Domitien (ou Nerva, vers 97-98), comme les païens de la cité se préparaient à célébrer une de ces fêtes ignobles en l’honneur de Dionysos, qui se terminaient toujours par des orgies et des meurtres, Saint Timothée tenta de s’interposer et de les faire revenir à la raison. Mais ces gens, devenus semblables à des bêtes furieuses, se jetèrent alors sur lui et le rouèrent de coups. Ses disciples parvinrent de justesse à le tirer de la mêlée et le transportèrent à demi-mort sur une hauteur voisine, où il remit bientôt son âme à Dieu.

   Le corps de Saint Timothée fut enseveli non loin du tombeau de Saint Jean et, bien longtemps après, en 356, ses précieux restes furent transférés solennellement à Constantinople par Saint Artémios, avec ceux de saint André et de saint Luc, pour être déposés dans l’église des Saints-Apôtres. Ils accomplirent là de nombreux miracles, jusqu’à ce que les Croisés latins les dérobassent, lors du pillage de la ville en 1204. Les reliques de Saint Timothée se trouvent aujourd’hui à Termoli, province de Campobasso, en Italie.

Reliques de Saint Timothée à Termoli

12345...115

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi