Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2022-90. Ce n’est qu’après avoir nous-mêmes observé la parole de Dieu que nous avons le droit de l’annoncer à notre prochain.

Onzième dimanche après la Pentecôte ;
Evangile : Marc VII, 31-37.

   C’est dans ses homélies sur le prophète Ezéchiel que le pape Saint Grégoire le Grand a donné un commentaire de la péricope évangélique proclamée à la Sainte Messe de ce onzième dimanche après la Pentecôte dont certains extraits sont donnés à méditer au troisième nocturne des matines de ce jour. Voici, ci-dessous, le passage complet duquel sont tirées les leçons de ce troisième nocturne (cf. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur Ezéchiel I, 10 – PL LXXVI, 893-894).

Bartholomeus Breenbergh - la guérison du sourd-muet de la Décapole 1635 - Louvre

La guérison du sourd-muet de la Décapole
(Bartholomeus Breenbergh – 1635 – Musée du Louvre)

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Ce n’est qu’après avoir nous-mêmes observé la parole de Dieu
que nous avons le droit de l’annoncer à notre prochain.

§ 1 – La guérison du sourd-muet :

   Il faut noter avec soin que le Seigneur ordonne au prophète [Ezéchiel] d’écouter d’abord Ses paroles et de ne parler qu’ensuite (cf. Ezech. III, 10). En effet, nous écoutons la parole de Dieu si nous l’observons. Et ce n’est qu’après l’avoir nous-mêmes premièrement observée, que nous avons le droit de l’annoncer à notre prochain. C’est ce que nous confirme l’Evangéliste Marc, lorsqu’il nous raconte ce miracle du Seigneur : « On Lui présenta un sourd-muet, en Le priant de lui imposer les mains » (Mc. VII, 32). Il nous décrit ensuite les actes successifs de cette guérison : « Le Seigneur lui mis les doigts dans les oreilles, puis avec un peu de salive, lui toucha la langue. Levant ensuite les yeux vers le ciel, Il soupira et lui dit : Ephpheta, c’est-à-dire : ouvre-toi ! Et aussitôt les oreilles de l’infirme s’ouvrirent, le lien qui retenait sa langue se dénoua et il parlait correctement » (Mc. VII, 33-35).

§ 2 – Les doigts :

   Or pourquoi Dieu, qui a créé toutes choses, a-t-Il voulu, pour guérir ce sourd-muet, lui mettre les doigts dans les oreilles, et lui toucher la langue avec un peu de salive ?
Que figurent les doigts du Rédempteur sinon les dons du Saint-Esprit ?
C’est pourquoi Il dit ailleurs, après avoir chassé un démon : « Si c’est par le doigt de Dieu que J’expulse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu commence à se réaliser parmi vous » (cf. Lc, XI, 20). Et comme un autre Evangéliste, à propos de la même scène, Le fait S’exprimer ainsi : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que J’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est déjà venu à vous » (cf. Matth. XII, 28) ; de la comparaison de ces deux passages nous pouvons conclure que l’Esprit est appelé le doigt de Dieu. 

Mettre les doigts dans l’oreille d’un sourd, c’est donc ouvrir son âme à l’obéissance par les dons de l’Esprit-Saint.

§ 3 – La salive :

   Mais que signifie toucher la langue de l’infirme avec un peu de salive ?
La salive qui sort de la bouche du rédempteur, c’est la Sagesse divine que nous recevons dans la parole de Dieu. Car la salive descend de la tête dans la bouche, et lorsque le Christ, qui est cette Sagesse, touche notre langue, Il la dispose promptement à l’office de la prédication.

§ 4 – Un soupir :

   « Et levant les yeux vers le ciel, Il soupira ». Ce n’est pas qu’Il eût besoin de soupirer, puisqu’Il donnait Lui-même ce qu’Il demandait ; mais Il nous apprenait à soupirer vers Celui qui règne dans le ciel, afin qu’Il ouvre nos oreilles par les dons de l’Esprit-Saint, et qu’Il délie notre langue pour la prédication, par la salive de Sa bouche, c’est-à-dire par la science de la parole divine.

§ 5 – « Ouvre-toi » :

    »Jésus dit ensuite : Ephpheta, c’est-à-dire : ouvre-toi ! Et à l’instant même les oreilles de l’infirme s’ouvrirent et le lien qui retenait sa langue se dénoua ».
Il faut ici remarquer que s’il est dit : « Ouvre-toi », c’est parce que ses oreilles étaient fermées. Mais une fois les oreilles de son cœur ouvertes pour obéir, sa langue devait assurément par une suite logique être aussi déliée, afin qu’il pût exhorter le prochain à le suivre dans la pratique du bien. Ainsi le texte ajoute-t-il avec raison : « Et il parlait correctement ». Car celui-là parle correctement, qui réalise d’abord dans l’obéissance, ce que par la parole il recommande d’observer.

Saint Grégoire le Grand - Matthias Stom

Matthias Stom (v. 1589 – ap. 1650) : Saint Grégoire le Grand

2022-89. Prédication de Monsieur l’Abbé Christian-Philippe Chanut à l’occasion de la fête de l’archange Saint Michel.

17 août,
Dans l’Ordre de Saint-Augustin, la fête de Sainte Claire de Montefalco, vierge ;
Mémoire de Saint Carloman, fils aîné de Charles Martel et frère de Pépin le Bref, confesseur ;
Mémoire de Saint Hyacinthe, confesseur ;
Mémoire de Sainte Jeanne de la Croix, vierge ;
Mémoire du 3ème jour dans l’octave de l’Assomption ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Christian-Philippe Chanut (+ 17 août 2013).

Abbé Chanut et Duchesse d'Anjou et de Ségovie

Madame la Duchesse d’Anjou et de Ségovie accompagnée de Monsieur l’Abbé Chanut
en 1995 à l’occasion d’une cérémonie royale commémorative

frise lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   A l’occasion de l’anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Christian-Philippe Chanut, notre ami regretté (cf. > ici), Grand Aumônier de France et fondateur des Compagnons de Saint Michel archange, nous avons la joie de vous proposer l’enregistrement de l’une de ses prédications, dans laquelle il commente la péricope évangélique Jean I, 45-51.
C’est le passage où l’apôtre Philippe vient trouver Nathanaël pour lui dire « nous avons trouvé le Messie » : Monsieur l’Abbé développe donc plusieurs points de réflexion au sujet de Nathanaël, futur apôtre Saint Barthélémy, avant d’arriver à l’archange Saint Michel, puisque la conclusion de la présentation de Nathanaël à Jésus se termine sur cette sentence de Notre-Seigneur : « En vérité, en vérité, Je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme ».
En effet, ce qui nous est donné d’entendre ici avec bonheur est une homélie prononcée à l’occasion de la fête de Saint Michel archange, en 2002. 

   Il est émouvant de retrouver la voix de notre ami dans cet enregistrement, et nous sommes plein de reconnaissance envers les éditions Exaltare de l’avoir mis en ligne il y a tout juste une semaine.

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis : ouvrir dans un nouvel onglet)

Image de prévisualisation YouTube

Saint Michel gif

2022-88. Une pensée réconfortante en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face…

15 août 2022,
Fête de l’Assomption de Notre-Dame,
Fête patronale du Royaume de France.

   Un peu avant le milieu de la matinée de cette fête de l’Assomption, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux un court message à l’adresse de ses sujets, à l’occasion de la fête patronale du Royaume.
   Encore une fois, à travers quelques phrases lourdes de sens, Sa Majesté nous livre des éléments de méditation et d’action importants, si on ne se contente pas d’une lecture superficielle.

Champaigne - Vœu de Louis XIII - musée des beaux-arts Caen

Le vœu de Louis XIII
(Philippe de Champaigne – musée des beaux-arts de Caen)

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   En consacrant la France à la Vierge Marie, le 10 février 1638, et en formulant le vœu que cette consécration soit renouvelée, le 15 août de chaque année, mon aïeul, Louis XIII, a placé notre pays dans une situation de dévotion religieuse qui perdure au-delà des aléas de l’histoire.

   Tant que continueront à se dérouler dans notre pays, les messes, cérémonies, et processions qui marquent le 15 août, cette bienveillance divine continuera d’être manifestée à l’égard de la France, pour tous ceux qui se reconnaissent en elle.

   Cette pensée réconfortante ne doit-elle pas être présente tout particulièrement en ce moment de notre histoire, en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face ?

Trois lys blancs

Litanies de Saint Jean-Marie Vianney.

9 août,
Fête de Saint Jean-Marie Vianney, prêtre et confesseur,
céleste protecteur de tous les curés de l’univers et de tout le clergé de France.

Nota bene:
Au Mesnil-Marie, nous suivons le calendrier liturgique en vigueur avant toutes les réformes intervenues dans la seconde partie du XXème siècle, et nous célébrons donc la fête de Saint Jean-Marie Vianney à la date qui lui a été assignée lors de sa béatification et de sa canonisation, c’est-à-dire le 9 août, quand bien même a-t-elle été déplacée depuis à d’autres dates…

Châsse dans laquelle est exposé le corps incorrompu de Saint Jean-Marie Vianney (basilique d'Ars)

Basilique d’Ars-sur-Formans :
châsse présentant le corps incorrompu de Saint Jean-Marie Vianney

Sainte Eucharistie

Litanies de Saint Jean-Marie Vianney

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus, écoutez-nous.
Jésus, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.

Saint Jean-Marie Vianney, prévenue de la grâce dès votre enfance, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, modèle de piété filiale, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, dévot serviteur du Coeur Immaculé de Marie, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, lis de pureté, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, vaillant imitateur des souffrances du Christ, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, abîme d’humilité, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, séraphin dans la prière, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, fidèle adorateur du Très Saint Sacrement, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, amant de la sainte pauvreté, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, tendre ami des pauvres, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, pénétré de la crainte des Jugements de Dieu, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, fortifié par les missions divines, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, tourmenté par l’enfer, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, modèle des vertus sacerdotales, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, pasteur ferme et prudent, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, dévoré de zèle, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, assidu au chevet des malades, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, catéchiste infatigable, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, prédicateur aux paroles de flamme, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, sage directeur des âmes, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, doué de l’esprit de conseil, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, éclairé de célestes lumières, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, redouté du démon, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, compatissant à toutes les misères, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, providence des orphelins, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, favorisé du don des miracles, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, qui avez réconcilié tant de pécheurs avec Dieu, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, qui avez affermi tant de justes dans le bien, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, qui avez goûté les délices de la mort, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, qui jouissez de la gloire du Ciel, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, secourable à tous ceux qui vous invoquent, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, patron du clergé de France et de tous les curés de l’univers, priez pour nous.
Saint Jean-Marie Vianney, protecteur de nos soldats, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur,
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

V./ : Priez pour nous, saint Jean-Baptiste-Marie Vianney.
R./ : Afin que nos soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

Prions :
Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui avez rendu Saint Jean-Baptiste-Marie Vianney admirable par son zèle pastoral et par son constant amour de la prière et de la pénitence, faites-nous la grâce, nous vous en supplions, de gagner au Christ, à son exemple et par son intercession, les âmes de nos frères et de parvenir avec eux à la gloire éternelle. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.

Sainte Eucharistie

Autres publications de ce blogue relatives à Saint Jean-Marie Vianney :
– Un très important discours de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI > ici
– « Il est là dans le Sacrement de Son Amour » (enseignement du Saint Curé d’Ars) > ici
– Attitudes du fidèle à l’église (sermon du Saint Curé d’Ars) > ici

2022-86. De la correspondance à la grâce.

Neuvième dimanche après la Pentecôte.
[Epître : 1 Cor. X, 6-13 / Evangile : Luc XIX, 41-47].

Adoration du veau d'or - Domenico Gargiulo

Domenico Gargiulo (1609-1675) : l’adoration du veau d’or
[musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg]

Présence de Dieu : « O Seigneur, faites que Votre grâce ne soit pas vaine en moi ! »

Méditation :

   1 -  Aujourd’hui la liturgie nous invite à réfléchir sur le grave problème de notre correspondance à la grâce. Elle nous présente le triste tableau des vicissitudes d’Israël, le peuple élu, que Dieu avait comblé de bienfaits, auréolé de grâces, protégé avec un soin jaloux et qui, toutefois, s’est perdu par son infidélité.
Après avoir touché, dans l’Epître, certains points de la prévarication d’Israël, Saint Paul conclut : « Toutes ces choses leur arrivaient en figure et elles ont été écrites pour notre instruction… Que celui donc qui croit être ferme prenne garde de tomber ».
C’est un puissant rappel à la vigilance, à l’humilité. Si Dieu nous a prévenus de Ses grâces, s’Il nous a appelés à une vie intérieure plus intense, à une plus grande intimité avec Lui, tout cela, loin de nous rendre présomptueux, doit creuser dans notre cœur une humilité plus profonde : les dons de Dieu doivent être gardés sous la cendre d’une humble défiance de soi. Malheur à nous si nous devions nous croire affranchis désormais de ces faiblesses que nous rencontrons et condamnons peut-être chez les autres ! Répétons plutôt humblement : Seigneur, aidez-moi, sinon je pourrais faire pire.
Mais en nous exhortant à l’humilité, Saint Paul nous pousse aussi à la confiance car « Dieu est fidèle et ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces, et même Il vous fera tirer avantage de la tentation, afin que vous puissiez persévérer ».
L’Apôtre nous enseigne aussi que la conscience de notre faiblesse ne doit pas nous décourager, parce que Dieu est toujours prêt à nous soutenir de Sa grâce. Dieu connaît nos faiblesses, les luttes que nous devons soutenir, les tentations qui nous assaillent et, pour chacune d’elles, Il nous donne la mesure de grâce nécessaire pour en triompher.
Il est vrai que, lorsque la rafale fait rage, nous ressentons uniquement le choc de la lutte, alors que la grâce par laquelle Dieu vient à notre secours, demeure entièrement cachée. Cependant, elle est là, nous devons en être assurés, parce que « Dieu est fidèle ».
« Dieu m’a toujours secouru, disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Je compte sur Lui. La souffrance pourra atteindre au paroxysme, mais je suis sûre qu’Il ne m’abandonnera pas » (Histoire d’une âme XII).

Flevit super illam - Enrique Simonet 1892

« Flevit super illam » – toile monumentale d’Enrique Simonet (1892 – musée de Malaga)

   2 – Reprenant le sujet de l’Epître, l’Evangile nous montre Jésus pleurant sur Jérusalem.
Le Créateur, le Seigneur, le Sauveur, pleure sur la ruine de Ses créatures, du peuple qu’Il a aimé avec prédilection, jusqu’à le choisir comme compagnon de Sa vie terrestre, et qu’Il aurait voulu sauver à tout prix.
« Jérusalem, Jérusalem… que de fois J’ai voulu rassembler vos enfants, comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Matth. XXIII, 37). Telle fut l’attitude constante de Jésus envers la cité sainte, mais celle-ci est toujours demeurée aveugle à toute lumière, sourde à toute invitation et le Sauveur, peu de jours avant d’aller à Sa passion, lui lança le rappel ultime et désolé : « Si tu connaisais, toi aussi, du moins en ce jour qui t’est donné, ce qui ferait ta paix! » Mais, encore une fois, la cité résiste et Jésus, après l’avoir tant aimée, après avoir tant pleuré sur elle, comme un père pleure son fils dévoyé, lui prédit sa ruine : « tes ennemis… ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’a pas reconnu l’heure où tu as été visitée ».
Et toi, sais-tu reconnaître les moments où le Seigneur rend visite à ton âme ?
Une bonne parole, lue ou entendue, peut-être même au hasard, un exemple édifiant, une inspiration intérieure, une lumière nouvelle qui te fait voir tes défauts plus à fond, qui t’ouvre de nouvelles perspectives de vertu et de bien, – voilà autant de visites de Jésus.
Comment y corresponds-tu ? Ton âme est-elle sensible à ces lumières, à ces rappels ? Ne te surprends-tu pas quelquefois à tourner le regard ailleurs, de crainte que la lumière entrevue ne demande des sacrifices trop durs à ton amour-propre ?
Oh ! Si tu avais toujours reconnu le moment où le Seigneur t’a invité ! Si tu t’étais toujours ouvert à Son action !
Tâche donc de recommencer aujourd’hui, comme chaque fois qu’il t’arrivera de céder à la nature.
« Ce qui ferait ta paix », ton bien, ta sanctification, se trouve précisément dans cette adhésion continuelle aux motions de la grâce.

Colloque :

   « Ainsi que je Vous l’ai confessé auparavant, ô gloire de ma vie, ô Seigneur mon Dieu, force de mon salut, j’ai mis quelquefois mon espoir dans ma force qui n’était cependant rien ; c’est lorsque j’ai voulu courir, me croyant très ferme, que je suis tombé le plus vite et que j’ai reculé au lei d’avancer ; ce que je croyais atteindre s’est éloigné de moi et ainsi, ô Seigneur, Vous avez mis de manières différentes mes forces à l’épreuve. Sous Votre lumière, je vois maintenant que je n’ai pu accomplir par moi-même ce que j’avais le plus l’intention de faire. Je me disais : je ferai ceci, je terminerai cela, et je ne fis ni l’un ni l’autre. J’en avais bien la volonté, mais non le pouvoir, et lorsqu’il y avait capacité, la volonté faisait défaut, parce que je me fiais à mes forces. Soutenez-moi donc, ô Seigneur, car seul, je ne puis rien ; mais quand Vous êtes ma stabilité, je suis vraiment fort ; mais lorsque je veux être ma propre stabilité, alors je ne suis que faiblesse » (Saint Augustin).
« O Seigneur, enseignez-moi à être toujours docile à Votre grâce, à Vous dire toujours oui. Dire toujours oui à Votre Volonté, signifiée dans Vos commandements, aux inspirations intimes par lesquelles Vous me sollicitez, m’invitez à une plus intense union, à un dévouement plus généreux, un détachement plus total. Faites que je sois toujours prêt[e] à Vous ouvrir la porte de ma volonté, mieux, à la tenir toujours large ouverte, afin que Vous puissiez y entrer et que je ne perde pas une seule de Vos visites, pas une de ces touches délicates, et qu’aucune de Vos demandes ne m’échappe.
Faites-moi bien comprendre que la vraie paix ne consiste pas à être exempt[e] de difficultés, à suivre mes désirs. Ce n’est pas en cela que je dois la rechercher, mais dans l’adhésion totale à Votre Volonté, dans la docilité aux inspirations du Saint-Esprit » (Sœur Carmela du Saint-Esprit, ocd).

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd
in « Intimité Divine – méditations sur la vie intérieure pour tous les jours de l’année »
2ème volume (juin à novembre) pp.201-204

Mosaïque de l'autel de l'église Dominus flevit -Jérusalem

« Jérusalem, Jérusalem… que de fois J’ai voulu rassembler vos enfants,
comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! »

Mosaïque de l’autel de l’église « Dominus flevit » à Jérusalem
(lieu où, selon la Tradition, NSJC a versé des pleurs sur Jérusalem)

2022-85. De Sainte Lydie de Thyatire, première femme d’Europe à avoir accueilli les missionnaires de l’Evangile.

3 août,
Fête de l’Invention du corps de Saint Etienne ;
Fête de Sainte Lydie de Thyatire.

Philippes - icône de Sainte Lydie

Icône de Sainte Lydie, ou Lydia
à l’intérieur du Baptistère de Sainte Lydie, à Philippes (Grèce)

   Le martyrologe romain (celui publié selon les travaux du savant Baronius après le saint concile de Trente et non celui publié après le concile vaticandeux), pour cette date du 3 août, après l’Invention des corps de Saint Etienne et des Saints Gamaliel, Nicodème et Abibon, qui se trouve en première place, a cette mention : « A Philippes, en Macédoine, Sainte Lydie, marchande de pourpre. Comme nous l’apprend Saint Luc dans les Actes des Apôtres, elle fut la première dans cette ville, à croire à l’Evangile, quand l’apôtre Saint Paul y vint prêcher ».

   Sainte Lydie – ou Lydia – n’est pas une sainte très connue ni très vénérée en nos contrées occidentales, et c’est bien regrettable, puisque nous devrions en toute logique l’invoquer comme l’une des célestes protectrices de l’Europe chrétienne, et comme un modèle emblématique de l’indispensable ré-évangélisation de notre continent.
Sainte Lydie, en effet, d’après les indications données par la Sainte Ecriture elle-même, est la première femme d’Europe à avoir accueilli avec empressement et joie la parole des missionnaires de l’Evangile, à se faire baptiser et à entraîner toute sa maisonnée vers le saint baptême.
Aussitôt, sa maison devint la première église domestique de notre continent !

Deuxième voyage missionnaire de Saint Paul

   Je vous invite à ouvrir votre Nouveau Testament et à relire dans son intégralité le chapitre XVI des Actes des Apôtres, tout en regardant sur la carte ci-dessus les lieux mentionnés par Saint Luc.
Après le « concile de Jérusalem » (année 44 de notre ère), Saint Paul et Saint Barnabé sont mandatés par le Collège Apostolique aux fidèles d’Antioche de Syrie, pour leur faire part des décisions du concile. Après cela Paul et Barnabé se séparèrent.

Saint Paul, remontant vers le nord gagna l’Asie mineure et visita certaines des communautés chrétiennes qu’il avait fondées lors de son premier voyage apostolique. A Lystres, il s’adjoignit Timothée ; mais alors qu’il envisageait d’évangéliser encore en Phrygie, en Galatie et en Bithynie, le Saint-Esprit lui fit comprendre que ce n’était point là qu’il devait aller. C’est alors qu’une nuit, Paul vit en songe un Macédonien qui le suppliait : « Passe en Macédoine, et secours nous ! » (Act. XVI, 9). Ils prirent donc place sur un navire à Troas et, débarquant à Néapolis, ils posèrent le pied sur la terre d’Europe pour la première fois : « Et de là nous vînmes à Philippes, colonie qui est la cité principale de cette partie de la Macédoine. Or nous demeurâmes quelques jours à conférer dans cette ville. Le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte près du fleuve, où il paraissait que se faisait la prière ; et, nous asseyant, nous parlâmes aux femmes qui s’étaient assemblées. Et une femme, nommée Lydie, marchande de pourpre de la ville de Thyatire, et servant Dieu, nous écouta ; et le Seigneur ouvrit son cœur pour prêter attention aux choses qui étaient dites par Paul. lorsqu’elle eût été baptisée, elle et sa maison, elle nous pria, disant : « Si vous m’avez jugée fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison et demeurez-y ». Et elle nous y força. » (Act. XVI 12-15).

Philippes - lieu où Saint Paul baptisa Lydie

Philippes, en Grèce : c’est en ce lieu que, selon la tradition de l’Eglise,
Saint Paul évangélisa les femmes qui étaient venues y prier hors de la ville le jour du sabbat?
et qu’il y conféra le baptême à Sainte Lydie.

   Le récit de Saint Luc appelle quelques précisions pour les lecteurs modernes qui ne sont pas familiers de l’Antiquité :

1) Lydie était originaire de Thyatire, en Mysie (on voit l’emplacement de cette ville, au-dessus de la figuration de la statue de la Diane d’Ephèse dans la carte qui se trouve ci-dessus). Certains historiens prétendent que Lydie n’était pas son prénom mais qu’elle est ainsi nommée dans les Actes des Apôtres parce qu’elle aurait été originaire de la province de Lydie : c’est une affirmation tout-à-fait gratuite et sans aucune preuve. Lydia pouvait très bien être un prénom féminin en même temps que le nom d’une province : n’avons-nous pas, chez nous, des dames dont le prénom est France ?

2) Thyatire avait été, aux dires de Strabon, le lieu d’implantation d’une colonie macédonienne assez importante. Il existait donc des liens historiques certains et solides entre cette cité mysienne et la Macédoine, et il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’une commerçante native de Thyatire, se fut installée à Philippes : c’est même d’une cohérence parfaite. En revanche rien ne nous permet de savoir si Lydie était une descendante de Macédoniens établis à Thyatire, donc de souche européenne, ou une asiate.

3) Lydie nous est présentée comme étant une « marchande de pourpre » : la pourpre, on le sait, est une substance colorante rouge vif d’un très grand prix, tirée d’un mollusque gastéropode marin, le murex ; on l’utilisait pour teindre des tissus destinés aux plus riches. Tyr, en Phénicie, était un centre important d’élevage de ces mollusques et de teinture réalisée à partir de la substance extraite d’eux. Mais Tyr est en bord de Méditerranée, tandis que Thyatire, près de la ville moderne d’Akhisar dans l’actuelle Turquie, se trouve à l’intérieur des terres et n’est donc pas en soi un lieu d’élevage de ces coquillages dont on extrait la pourpre. Nous sommes cependant certains que cette ville de Mysie a été depuis une haute antiquité un centre important de production de laine, de tissus et de pourpre : cette production de tissus de pourpre à Thyatire est confirmée par l’archéologie, en particulier par les inscriptions lapidaires retrouvées sur place. La production de ces étoffes pourpres à Thyatire se faisait à l’aide de broches de teinture, et elle a existé dans cette région jusqu’au XIXème siècle, période où ces procédés ont été remplacés par des colorants à l’aniline. Tous ces détails, encore une fois, montrent la parfaite cohérence du texte sacré avec les données historiques les plus solidement établies.

4) De toute évidence – et les quelques mots seuls que nous a transmis Saint Luc corroborent cette interprétation, Lydie est une femme d’affaires au tempérament énergique, facilement autoritaire : l’invitation qu’elle lance à Saint Paul et aux missionnaires qui l’accompagnent est certes pleine de déférence, d’humilité et de politesse, mais on ne peut s’y refuser. Saint Luc écrit : « Et coegit nos : et elle nous y força ». On ne pouvait pas s’opposer aux propositions de Madame Lydie, quelques délicates et aimables qu’elles fussent ! Il n’est d’ailleurs pas dit que c’est son mari qui dirige l’entreprise, mais bien elle. La tradition des Eglises grecques est cependant formelle : Lydie était mariée, mère de famille. Son époux se serait appelé Phyllus. Les Actes nous apprennent que toute sa maisonnée fut baptisée avec elle : il faut entendre par là non seulement sa famille au sens restreint d’aujourd’hui, mais aussi tout le personnel, serviteurs et domestiques, ainsi que les employés de l’entreprise commerciale. 

5) Le commerce des tissus de pourpre était lucratif : Lydie avait probablement une grande maison et n’était pas dans la gêne ; on comprend aisément donc qu’elle ait pu inviter Saint Paul et tous ses compagnons à demeurer chez elle.

6) Le récit de Saint Luc nous montre d’une part qu’il n’y avait pas de communauté juive à Philippes, puisqu’il ne s’y trouvait pas de synagogue, et d’autre part que les adorateurs du Dieu d’Israël, issus de la gentilité, qui se retrouvaient en plein air hors des murailles pour prier le jour du sabbat sont essentiellement des femmes. C’est assez extraordinaire pour qu’on le mette en évidence.

7) Enfin – en corolaire à cette dernière remarque -, notons que, alors que l’on fait à Saint Paul une réputation d’affreux misogyne compulsif, on voit bien ici qu’il n’en est absolument rien : il ne fuit pas devant ce groupe de pieuses femmes qui croient au Dieu unique et qui adhèrent à la Révélation de l’Ancien Testament, mais il se trouve tout-à-fait naturel et à l’aise au milieu d’elles pour leur annoncer l’accomplissement des promesses faites à Israël et le salut en Jésus-Christ.

Baptistère de Sainte Lydie à Philippes

Philippes, en Grèce : au lieu de la rencontre de Saint Paul avec Lydia et ses pieuses compagnes
a été construit une église nommée « Baptistère de Sainte Lydie ».

   Selon la tradition des Eglises de Grèce, Lydie a été la première diaconesse de Philippes (pour éviter toute confusion et anachronisme, au sujet des diaconesses dans l’Antiquité chrétienne on se reportera à l’article > ici).
En raison de leur foi, Lydia et son mari Phyllus ont été capturés, présentés au juge et torturés ; un ange leur est apparu dans leur cachot, les encourageant à endurer la souffrance et les fortifiant surnaturellement. Le couple a ensuite été plongé dans un chaudron plein d’huile et de soufre, dans lequel, avant de mourir, ils ont prié et loué Dieu.

Philippes - baptistère de Sainte Lydie intérieur

Philippes, en Grèce : intérieur du baptistère de Sainte Lydie.

   Voici donc ce que l’on peut aujourd’hui dire de Sainte Lydie, appelée aussi Sainte Lydia, Sainte Lydie de Thyatire, Sainte Lydie de Philippes, ou encore Sainte Lydie de la pourpre.
Pour nous, qu’elle soit surtout l’objet de notre dévotion pour avoir été la première habitante de l’Europe à avoir adhéré à la prédication de Saint Paul, et donc le modèle des Européens qui se convertissent au Christ et, comme nous le disions dès les premières lignes de cet article, une céleste protectrice – à l’intercession de laquelle nous devons recourir avec ferveur – pour tous ceux qui travaillent, par la prière et l’apostolat, à la conversion des Européens apostats…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

nika

Neuvaine à Sainte Philomène.

   Nous proposons ci-dessous le texte d’une neuvaine à Sainte Philomène, inspirée d’un texte ancien que l’on trouve un peu partout mais qui nous semblait en bien des endroits indigent : un fervent dévot de la jeune martyre, auquel nous nous étions ouvert de notre déception à la lecture des textes de ces prières, a reçu des lumières particulières que nous n’hésitons pas à attribuer à la jeune martyre elle-même, puisqu’il a écrit en quelque sorte comme si les mots lui étaient dictés, pour corriger et compléter ce texte préexistant.
Cette neuvaine pourra, bien sûr, être accomplie en tous temps. Nous la recommandons spécialement
du 2 au 10 août pour préparer la fête de Sainte Philomène.  

Bannière Sainte Philomène

Chaque jour de la neuvaine :

   O puissante Sainte Philomène, daignez intercéder pour moi pendant cette neuvaine accomplie en votre honneur : vous savez tout ce que j’espère de votre médiation  [on peut préciser ici, les grâces particulières que l’on attend de l’intercession de la jeune martyre].
Sainte-Philomène, en qui la Bienheureuse Pauline-Marie Jaricot et Saint Jean-Marie Vianney, le Bienheureux Pie IX et Saint Pie X, et tant d’autres saints nous ont enseigné qu’on pouvait placer toute notre confiance et notre espérance, j’ai, moi aussi, recours à vous et j’ai confiance en vous : Sainte-Philomène, vierge et martyre, priez pour moi ! 

Pater noster ;  Ave, Maria ; Gloria Patri.

Ensuite on récite la prière propre à chaque jour de la neuvaine :

Premier jour : 

   Par la pensée, Sainte-Philomène, je descends dans cette catacombe romaine où votre corps est demeuré enseveli, ignoré pendant des siècles. Je lis, sur les plaques de briques qui fermaient votre tombeau, cette inscription : « Pax tecum Filumena : Paix à vous, Philomène ; paix à vous, amie de la lumière », puisque l’une des significations de votre nom est « Amie de la Lumière ».
Dès votre plus jeune âge, votre âme s’est embrasée d’amour pour Jésus, Lumière éternelle et splendeur du rayonnement de la gloire du Père : pour Lui, vous avez cultivé les vertus évangéliques ; par amour pour Lui, vous Lui avez voué votre virginité ; par refus des ténèbres vous avez vaillamment combattu les propositions des idolâtres ; pour ne pas ternir l’éclat de la grâce, vous avez soutenu avec courage les plus horribles supplices, jusqu’au sacrifice le plus achevé.
Malgré les oppositions et les tourments du martyre, votre âme, ici-bas, est restée dans la paix et la lumière de la grâce, et désormais, dans le Ciel, vous rayonnez pour l’éternité.
Sainte-Philomène, obtenez-moi de conserver en mon âme la douce lumière de la grâce, ou, si j’ai eu le malheur de la perdre, de me hâter de la retrouver par une bonne et fervente confession.
Sainte Philomène, aidez-moi à rester comme vous dans cette paix inaltérable, qui est le fruit d’une union profonde avec Dieu, quelles que soient les oppositions et les difficultés que je doive affronter ici-bas.

Pax tecum Filumena

Deuxième jour :

   Sainte-Philomène, ce n’est qu’en 1802 que votre tombe a été retrouvée et qu’ainsi votre nom et votre martyre ont été tirés de l’oubli, et il fallu attendre encore trois années pour que le transfert de vos reliques jusqu’à Mugnano del Cardinale fasse éclater la puissance de vos pouvoirs de thaumaturge et la puissance de votre intercession devant le Trône de la Divine Majesté.
Depuis lors, et malgré les contradictions des impies, vous vous plaisez à répandre les grâces miséricordieuses de votre Epoux céleste sur les âmes et sur les corps de ceux qui ont recours à votre intercession, dans toutes les contrées de la Chrétienté aussi bien qu’au pied de l’autel de vos précieuses reliques, et pour davantage stimuler la foi et la confiance de vos dévots, vous avez daigné vous-même faire connaître à la Sainte Eglise les circonstances de votre vie et de votre martyre.
Chère Sainte Philomène, enseignez-moi vous-même à marcher sur vos traces dans la foi et la pratique des vertus que Jésus attend de Ses disciples, particulièrement dans une fidélité sans faille et une pureté d’âme et de corps conforme à mon état de vie.
Apprenez-moi à mépriser et à fuir, comme il convient, les tentations dont le diable et le monde nous assaillent.
Qu’à votre exemple, je m’attache indéfectiblement à ce que Dieu demande de moi, si humbles que soient mes devoirs, si laborieuse que soit la tâche, afin qu’en les remplissant, j’accomplisse moi aussi fidèlement, la toute aimable et toute sainte Volonté de mon divin Créateur et Rédempteur.

Troisième jour :

   Sainte-Philomène, la Sainte Eglise a officiellement reconnu en vous une jeune vierge héroïque : vous êtes demeurée parfaitement pure au milieu d’un monde païen, corrompu et corrupteur, comparable à un lys immaculé dont le parfum, traversant les âges, parvient désormais jusqu’à nous.
Votre virginité, vouée au Christ Rédempteur comme à votre Epoux, rayonne : elle est un exemple lumineux pour les temps actuels qui, au nom d’illusoires droits et libertés des personnes, combattent de toutes manières les obligations des sixième et neuvième commandements de Dieu.
A bien des égards, les temps où nous vivons sont bien plus coupables que ceux dans lesquels vous avez vécu, puisque nous avons aujourd’hui derrière nous vingt siècles de civilisation chrétienne qui ont brillé par d’éclatants exemples de chasteté et de pureté !
O très pure et très chaste Philomène, voyez les dangers et tentations auxquels sont exposés vos fidèles ! Venez à notre aide et faites-vous vous-même un rempart puissant contre les suggestions de l’esprit d’impureté, contre la licence des mœurs qui nous entoure, contre la marée montante des crimes contre la chasteté qui tend à submerger et souiller toutes choses en notre société !
Sainte Philomène, gardienne des âmes qui vous confient leur pureté, protégez-moi et fortifiez-moi au milieu de la corruption généralisée !

portrait-sainte-philomene-xixe - Copie

Quatrième jour :

   Sainte-Philomène, avec le titre de vierge, la Sainte Eglise vous a reconnu celui de martyre. La palme qui figure sur les représentations des plaques qui fermaient votre tombe est le symbole éloquent de la victoire que vous avez remportée par le sang versé, suprême témoignage suprême de votre amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Vous n’étiez encore guère plus qu’une adolescente lorsque vous avez quitté cette terre, alors qu’une vie pleine de joies terrestres vous était promise ; mais pour éviter les tourments du martyre et la mort, il vous eût fallu renier Dieu, et trahir les engagements sacrés auxquels vous aviez voulu vous soumettre par amour pour Lui.
Sainte et héroïque martyre, vous nous apprenez par votre exemple le prix de notre âme et vous nous enseignez, par le témoignage rendu jusqu’au sang, qu’on ne peut pas gaspiller les dons précieux de la grâce ni profaner le trésor sacré de la foi déposé en nous par le saint baptême. Vous nous apprenez que nous devons préférer – et sans aucune hésitation – tout endurer, tout souffrir, plutôt que de transiger dans notre fidélité et notre attachement à Jésus-Christ.
Sainte Philomène, vierge et martyre, obtenez pour moi du Cœur de Jésus crucifié, la force dans les épreuves, la constance dans les peines, le courage dans les maladies, la persévérance dans les tribulations, la fermeté en face des oppositions et contradictions, et une inébranlable et invincible générosité pour embrasser, pour l’amour de Dieu, tous les sacrifices qui se présenteront sur ma route.

Cinquième jour :

   Sainte-Philomène, c’est dans le sanctuaire de Mugnano del Cardinale, au Royaume de Naples, que la divine Providence a clairement manifesté Sa volonté de vous voir honorée, et vous avez d’abord manifesté la puissance de votre merveilleuse intercession : à peine vos précieuses reliques y furent-elles déposées et vénérées que les miracles obtenus à votre prières se sont multipliés ! De là, vous rayonnez dans le monde entier, et des pèlerins viennent vers vous de tous les points de la Chrétienté
Les papes Léon XII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, et Saint Pie X ont exprimé les plus vifs encouragements pour l’expansion de votre culte. Au pied de votre châsse fut guérie, en particulier, cette mourante venue de France, Pauline-Marie Jaricot, dont la guérison poussa Grégoire XVI à approuver pour toute l’Eglise votre culte qui se répandait déjà, mais qui, grâce à l’apostolat et au zèle de la Bienheureuse Pauline, se répandit comme une trainée de poudre et vous gagna l’un de vos plus fervents dévot et zélateur : le saint curé d’Ars, dont la paroisse a été le témoin des prodiges dus à votre intercession.
Epouse bien-aimée du Christ, nous croyons, à la suite de tant de pontifes et de saints, que vous êtes une très grande Sainte. Malgré des contradicteurs, à l’intérieur même de l’Eglise, votre puissance auprès de Dieu n’a point diminué et nous recourrons à elle, vous promettant de faire connaître les bienfaits innombrables que l’on obtient en vous priant.
Sainte Philomène, faites de nous les témoins de votre puissance sur le Cœur de notre Dieu !

Chapelle du corps de Ste Philomène - Mugnano del Cardinale

Sixième jour :

   Sainte-Philomène, pendant plus de vingt-cinq ans, Saint Jean-Marie Vianney n’a cessé de vous invoquer et de vous faire invoquer. Il vous appelait sa « chère petite Sainte », son « consul », sa « chargée d’affaires auprès de Dieu ».
En vous priant et en vous faisant prier, le saint curé d’Ars a obtenu de Dieu des grâces et des miracles sans nombre : à sa demande, vous guérissiez les corps et vous convertissiez les âmes.
 Vous l’avez ramené lui-même de la mort alors que les médecins l’estimaient perdu et qu’on récitait les prières des agonisants à son intention ; vous lui êtes apparu ; et il a voulu que l’agrandissement de sa petite église, rendu nécessaire par l’afflux des pèlerins, vous fut dédié…
Saint Jean-Marie Vianney nous montre encore avec force, aujourd’hui, combien ceux qui ont confiance en vous et qui ne cessent de recourir à vos prières peuvent être bénis et exaucés, parce qu’une prière humble et fervente, ô douce Vierge Martyre, se fraie toujours un chemin jusqu’à votre cœur, compatissant à toutes les misères humaines. C’est pourquoi, m’inspirant de l’exemple du saint curé d’Ars, je me présente devant vous, comme un pauvre mendiant qui a besoin de tout demander à Dieu, et dont les misérables prières ont besoin d’être présentées par vos mains pour qu’Il les considère favorablement.
Sainte Philomène, accordez-moi d’être persévérant dans la prière, et surtout donnez-moi cette ferme confiance : que si je ne semble pas obtenir de Dieu ce que j’en implore, c’est que cela n’est pas pleinement conforme aux plus grands biens que Dieu veut pour moi, et qu’Il m’accordera en revanche, à votre prière, des grâces encore meilleures.

Septième jour :

   Sainte Philomène, il est attesté, dans les livres qui nous racontent la vie du saint curé d’Ars, que vous lui êtes apparue pour le réconforter au milieu des luttes qu’il avait à soutenir contre l’enfer. Vous descendiez « vers lui du Ciel, belle et lumineuse », lui apportant un reflet des divines splendeurs. Ne disait-il pas : « Avec la Sainte Vierge et Sainte Philomène, nous nous connaissons bien » ?
Chère et puissante thaumaturge, je désire, moi aussi, bien vous connaître, vous et la Très Sainte Mère de Dieu immaculée qui écrase la tête du serpent infernal de son talon virginal.
Alors que Satan multiplie ses assauts contre ceux qui aiment Jésus et qui veulent Le suivre avec fidélité, alors que le monde ne cesse de décrier ceux qui veulent conserver sans compromission la foi catholique, alors que dans l’Eglise-même il en est qui en prennent à leur guise avec les dogmes, avec la morale et avec la discipline que nous avons reçus de la sainte Tradition, alors que nos proches eux-mêmes parfois critiquent notre attachement à Jésus-Christ et à Son Eglise, ô puissante Sainte Philomène, soyez à nos côtés, avec la Très Sainte Vierge Marie, pour nous soutenir et nous fortifier dans nos résolutions, afin que grâce à vous nous parvenions à la victoire.

Sainte Philomène apparaissant à Saint Jean-Marie Vianney

Huitième jour :

   Sainte-Philomène, les saintes vérités de la foi disparaîtraient sans nul doute peu à peu de ce monde si, de temps en temps, Dieu ne nous les montrait vivantes dans une âme remplie de foi, d’espérance et de charité.
Au sortir de la grande révolution qui accumula tant de ruines, dans l’Eglise comme dans la société, vous avez été l’une des plus manifestes revanches de Dieu et de Sa grâce, une messagère rayonnante de la vérité de la Révélation chrétienne et de la sainteté de l’Eglise, un signe resplendissant donné au monde – ravagé par l’incrédulité et le rationalisme – du triomphe de l’ordre surnaturel ! Ainsi, en beaucoup d’âmes égarées ou troublées, les prodiges que vous avez obtenus ont rallumé ou ranimé la vraie foi.
Votre mission, « chère petite Sainte », n’est pas achevée : puisque la révolution continue ses ravages, la divine Providence veut continuer par vous Ses prodiges de grâce ! Le désir des jouissances, les passions mauvaises, les doctrines perverses, les sectes nombreuses, les médias de communication impies et immoraux exercent leurs nuisances. L’impiété et le mensonge sont dans le cœur de ceux qui président aujourd’hui aux destinées du monde ; la vérité est officiellement bafouée ; l’immoralité est devenue la règle des lois ; l’inversion des valeurs triomphe ; le bien et les valeurs morales sont tournées en ridicule ; des criminels commandent aux nations autrefois chrétiennes et s’acharnent avec une diabolique ténacité à chasser le Dieu aimant et consolateur du cœur des humbles et des petits…
O puissante Sainte Philomène, combattez leurs actions perverses, et soutenez nos efforts et nos luttes pour le règne du divin Cœur de Jésus et Marie.

Neuvième jour :

   Sainte Philomène, après les épreuves de la terre et après les tourments du martyre, vous êtes entrée dans la gloire où vous jouissez de la vision éternelle et béatifiante de la Très Sainte Trinité.
De là-haut, vous regardez vers la terre. Resplendissante de tous les mérites de votre aimante et héroïque fidélité, qui ont transformé en autant de titres de gloire toutes les peines et les souffrances que vous avez endurées avec générosité, en union avec votre Epoux crucifié, vous êtes établie comme une puissante médiatrice des grâces du Dieu trois fois saint.
Vierge martyre, compatissante aux besoins de ceux qui regardent vers vous avec confiance depuis l’exil de cette terre où ils cheminent en prise aux difficultés et souffrances de toutes sortes, accueillez leurs hommages et leurs supplications !
Nous recourrons à vous, encouragés par les exemples et les exhortations de si grands saints ; je viens à vous stimulé par les leçons de la Bienheureuse Pauline-Marie, de Saint Jean-Marie Vianney, du Bienheureux Pie IX et de Saint Pie X, que je supplie aussi de joindre leurs prières à la vôtre !
J’en suis fermement convaincu, douce et puissante Sainte Philomène, cette neuvaine ne peut s’achever sans que je reçoive par vous quelque précieuse grâce, et je veux dès à présent vous en exprimer ma plus profonde reconnaissance : ainsi soit-il ! Alléluia !

Sainte Philomène - gif

Nota bene :
on trouvera dans ce blogue des litanies et une autre prière pour demander des grâces par l’intercession de Sainte Philomène > ici

2022-84. Fête de Sainte Philomène au Mesnil-Marie, jeudi 11 août 2022, et pèlerinage à pied en l’honneur de Sainte Philomène : lundi 8, mardi 9 et mercredi 10 août 2022.

Vendredi soir 29 juillet 2022,
Fête de Sainte Marthe, vierge, hôtesse de Notre-Seigneur.

Chapelle du corps de Ste Philomène - Mugnano del Cardinale

Chapelle du corps de Sainte Philomène
dans la basilique de Mugnano del Cardinale

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Ainsi que j’en avais fait l’annonce il y a presque deux mois (voir > ici), je viens par ces quelques lignes vous rappeler le pèlerinage en l’honneur de Sainte Philomène, au Mesnil-Marie, le jeudi 11 août prochain, et apporter quelques précisions concernant la marche qui, pour ceux qui le souhaitent, le précèdera.

Jeudi 11 août 2022

Fête de Sainte Philomène, vierge et martyre,
céleste protectrice en second
du
Refuge Notre-Dame de Compassion


11 h précises : Sainte Messe chantée (rite latin traditionnel).
12 h 30 : Repas tiré du sac (chacun apporte pour lui-même et pour les siens : nous ne pouvons pas organiser un repas partagé pour tous).
Attention ! Pour le pique-nique, apporter sièges pliants et parasols.
15 h : Chapelet & Salut du Très Saint-Sacrement ; vénération de la relique de Sainte Philomène.

   Remarque importante :
La chapelle du Mesnil-Marie est une chapelle privée, et afin de prévoir au mieux l’accueil de nos amis et des pèlerins, nous demandons aux personnes qui souhaitent participer à cette journée de bien vouloir s’inscrire (par exemple > ici).

Gisant de Sainte Philomène au Mesnil-Marie - détail

Gisant de Sainte Philomène dans la chapelle du Mesnil-Marie
(offert en 1837 par la Bienheureuse Pauline-Marie Jaricot à un saint prêtre de ses amis et ami du Saint Curé d’Ars)

Nota bene :
Nous rappelons que nous tenons à disposition des fidèles de Sainte Philomène des cordons bénits en son honneur (voir > ici) que nous envoyons volontiers aux personnes qui souhaitent le porter.
Les modalités d’envoi sont expliquées dans le texte mis en lien juste ci-dessus.

Reliquaire de Sainte Philomène au Mesnil-Marie

Pèlerinage à pied
depuis le Puy-en-Velay jusqu’au Mesnil-Marie
à l’occasion de la fête de Sainte Philomène
du 8 au 10 août :

   En définitive, contrairement à ce que j’avais annoncé au début juin, la marche-pèlerinage se fera bien sur trois jours : les lundi 8, mardi 9 et mercredi 10 août.
Elle partira du Puy-en-Velay dans la matinée du lundi 8 et arrivera au Mesnil-Marie dans le milieu de l’après-midi du mercredi 10 août.
Il ne s’agit pas d’un grand groupe pour l’heure, d’autant que nous n’avons pas le « personnel » ni les infrastructures pour l’organiser.

En pratique :
- Les étapes quotidiennes sont de 20 km en moyenne.
- Chaque pèlerin doit avoir sa propre tente.
- Il convient également, bien sûr, d’avoir de bonnes chaussures de marche, éventuellement des bâtons de marche, de prévoir impérativement les autres accessoires de tout pèlerin : couvre-chef, chapelet, missel (traditionnel), petit sac à dos, gourde ou bouteille isotherme, poncho imperméable en cas d’orage… etc.
- Les pèlerins portent avec eux leur petit sac à dos avec ce qui leur est nécessaire pour la journée : un véhicule assure le transport des tentes et bagages (vêtements de rechange, affaires de toilette).
- Tous les autres renseignements seront fournis personnellement aux pèlerins fermement inscrits : nous sommes malheureusement obligés à garder une certaine discrétion en raison des actions malveillantes d’une espèce de malade mental qui s’en prend au Refuge Notre-Dame de Compassion et témoigne d’une véritable animosité contre la dévotion à Sainte Philomène.

Contact pour autres renseignements et inscriptions > ici.
Ce premier contact donnera ensuite lieu à un échange téléphonique personnel.
Merci de votre compréhension !

Sainte Philomène - gif

2022-83. Etre de bons arbres afin de pouvoir porter de bons fruits.

Septième dimanche après la Pentecôte :

Sermon LXXII de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
les bons arbres
(cf. Matth. VII, 15-21 et XII, 33).

cueillette d'un bon fruit

C’est au fruit que l’on connaît l’arbre…

1. Notre-Seigneur veut que nous travaillions à devenir de bons arbres : ce qui fait comprendre la nécessité de ce commandement, c’est qu’un arbre mauvais ne saurait porter de bons fruits.

   Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a avertis d’être de bons arbres afin de pouvoir porter de bons fruits : « Ou rendez l’arbre bon et son fruit bon, dit-Il ; ou rendez l’arbre mauvais et son fruit mauvais ; car c’est par le fruit qu’on connaît l’arbre ». Dans ces mots : « Ou rendez l’arbre bon et son fruit bon », il y a non point un avis, mais un précepte salutaire que nous sommes obligés d’accomplir. Et dans ces autres : « Rendez l’arbre mauvais et son fruit mauvais », il n’y a pas un précepte à accomplir, mais l’avis d’être sur ses gardes. Car cet avis s’adresse à ces hommes qui croyaient, tout mauvais qu’ils étaient, pouvoir bien parler ou bien agir. Cela ne se peut, dit le Seigneur Jésus. Pour changer la conduite, il faut d’abord changer l’homme. Si celui-ci reste mauvais, il ne peut bien agir : et s’il est bon, il ne saura agir mal.

2.  Aussi, Jésus-Christ est venu travailler à nous rendre bons.

   Or qui a été trouvé bon par le Seigneur, lorsque le Christ est mort pour les impies ? (cf. Rom. V, 6). Il n’a donc rencontré que des arbres mauvais ; mais Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu s’ils croyaient en Son nom (cf. Jean, I, 12). Ainsi quiconque est bon aujourd’hui, c’est-à-dire est un bon arbre, a d’abord été trouvé mauvais et est devenu bon. Ah ! s’Il avait voulu, en venant parmi nous, arracher tous les mauvais arbres, en resterait-il un seul qui ne méritât d’être déraciné ? Mais Il est venu avec la miséricorde, afin d’exercer ensuite la justice, ainsi qu’il est écrit : « Je chanterai, Seigneur, Votre miséricorde et Votre justice » (Ps. C, 1). Aussi a-t-Il accordé aux croyants la rémission de leurs péchés sans vouloir même revenir avec eux sur les comptes passés. Il a fait d’eux de bons arbres ; Il a détourné la cognée et apporté la paix.

3. Il nous menace de la mort éternelle si pour le devenir, nous ne profitons pas des délais que nous accorde sa bonté.

   C’est de cette cognée que parle Jean quand il dit : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres. Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit, sera coupé et jeté au feu » (Matt. III, 10). C’est de cette cognée que menace le père de famille, lorsqu’il dit dans l’Evangile : « Voilà trois ans que je viens voir cet arbre, sans y trouver de fruit. Je dois maintenant rendre libre la place. Qu’on le coupe donc ». Le vigneron intercède : « Seigneur, dit-il, laissez-le encore cette année ; je vais creuser tout autour et y mettre une charge de fumier. Vous serez content, s’il porte du fruit ; s’il n’en porte pas, vous viendrez et l’abattrez » (cf. Luc XII, 7-9).
Le Seigneur, en effet, a visité le genre humain comme pendant trois ans, c’est-à-dire à trois époques déterminées. La première époque précède la loi ; la seconde est celle de la loi, et la troisième est l’époque actuelle de la grâce. Si le Seigneur n’avait point visité le genre humain avant la loi, comment expliquerait-on la justice d’Abel, d’Enoch, de Noë, d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, dont Il a voulu être nommé le Seigneur, comme s’Il n’était le Dieu que de ces trois hommes, Lui à qui toutes les nations appartiennent ? « Je suis, dit-Il, le Dieu d’Abraham, et d’Isaac et de Jacob » (Exod. III, 14). Et s’Il ne nous avait point visités sous la loi, aurait-il donné cette loi ? Ce père de famille est venu aussi après la loi ; Il a souffert, Il est mort, Il est ressuscité, Il a fait prêcher l’Evangile dans tout l’univers ; et il reste encore quelque arbre stérile ! Il est encore une portion de l’humanité qui ne se corrige point ! Le jardinier se fait médiateur ; l’Apôtre prie pour le peuple : « Je fléchis pour vous, dit-il, les genoux devant le Père, afin qu’enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et acquérir aussi la science suréminente de la charité du Christ, pour être remplis de toute la plénitude de Dieu » (Ephes. III, 14-19). En fléchissant ainsi les genoux devant le Père de famille, il demande que nous ne soyons pas déracinés. Puisque ce Père de famille viendra nécessairement, faisons en sorte qu’Il trouve en nous des arbres féconds. On creuse autour de l’arbre par l’humilité d’un coeur pénitent, attendu qu’on ne peut creuser sans descendre. Le fumier figure l’abjection à laquelle se livre le repentir. Est-il en effet rien de plus abject que le fumier ? Et pourtant, est-il rien qui rapporte plus, si l’on en fait bon usage ?

4. N’est-il pas incompréhensible que l’homme ne veuille rien avoir que de bon et que toutefois il ne cherche pas à devenir bon lui-même ? Qu’il s’attache donc à Dieu, source de bonté.

   Que chacun donc devienne un bon arbre, et qu’on ne s’imagine pas porter de bons fruits en restant arbre mauvais. Il n’y a de bons fruits que sur les bons arbres. Change ton coeur et tu changeras de conduite. Arraches-en la cupidité et plantes-y la charité. De même que la cupidité est la racine de tout mal (cf. 1 Tim. VI, 10), la racine de tout bien est la charité. Pourquoi alors, pourquoi des hommes murmurent-ils, disputent-ils entre eux et disent-ils Qu’est-ce que le bien ?
— Ah ! si tu savais ce que c’est que le bien ! Le bien véritable n’est pas ce que tu voudrais avoir, mais ce que tu ne veux pas être. Tu voudrais avoir la santé du corps ; c’est un bien sans doute, mais ce n’est pas un grand bien, car le méchant l’a aussi. Tu veux avoir de l’or et de l’argent ; j’en dis autant, c’est un bien, mais à la condition que tu en feras un bon usage. Et tu n’en feras pas un bon usage, si tu n’es bon toi-même. D’où il suit que l’or et l’argent sont un mal pour les méchants et un bien seulement pour les bons. Ce n’est pas que l’or et l’argent rendent ceux-ci bons ; mais ils ne sont employés à un bon usage que pour être tombés entre les mains des bons. Tu veux de l’honneur ; c’est un bien, mais à condition encore que tu en feras un sage emploi. Combien y ont trouvé leur ruine ! Et pour combien a-t-il été un instrument de bonnes oeuvres !

5. Savoir ordonner sa vie au bien de la même manière qu’on désire avoir de bonnes choses ici-bas.

   Ainsi donc, s’il est possible, sachons mettre de la différence entre ces diverses sortes de biens, puisqu’il est aujourd’hui question de bons arbres.  Or il n’est rien dont chacun doive ici s’occuper davantage que de tourner ses regards sur lui-même, de s’examiner, de se juger, de se sonder, de se chercher et de se trouver ; que de détruire ce qui Lui déplait, que de souhaiter et de planter ce qui Lui plait. Comment être avide des biens extérieurs, lorsqu’on est vide des biens meilleurs ? Qu’importe d’avoir la bourse pleine, quand la conscience est vide ? Tu veux des biens sans vouloir être bon ! Ne comprends-tu pas que tu dois rougir de ce que tu possèdes, si dans ta maison tout est bien excepté toi ? Que veux-tu avoir de mauvais ? Dis-le moi. Rien absolument ; ni épouse, ni fils, ni fille, ni serviteur, ni servante, ni campagne, ni tunique, ni même chaussure. Et tu veux toutefois mener une mauvaise vie ! Je t’en conjure, élève ta vie au dessus de ta chaussure. Tout ce que rencontrent tes regards autour de toi, est élégant, beau et agréable pour toi : toi seul restera laid et, hideux. Ah ! si ces biens dont ta maison est pleine, si ces biens dont tu as convoité la possession et dont tu redoutes la perte, pouvaient te répondre, ne te crieraient-il pas : Tu veux que nous soyons bons et nous aussi nous voulons avoir un bon maître ? Mais ils crient silencieusement contre toi devant ton Seigneur : Vous lui avez, disent-ils, accordé de bonnes choses, et lui reste mauvais ! Que lui importe ce qu’il a, puisqu’il n’a pas l’Auteur de tout ?

6. Saint Augustin actualise le psaume quatrième pour mieux exhorter ses auditeurs.

   Ces paroles touchent ici quelque cœur ; livré peut-être à la componction il demande ce que c’est que le bien, quelle en est la nature, l’origine. Tu l’as donc bien compris, c’est de cela que tu dois t’enquérir. Eh bien ! je répondrai à ta question et je dirai : Le bien est ce que tu ne saurais perdre malgré toi. Tu peux, malgré toi, perdre ton or, et ta demeure et tes honneurs et la santé même ; mais le bien qui te rend bon, tu ne peux ni l’acquérir, ni le perdre malgré toi. Quelle est maintenant la nature de ce bien ? Nous trouvons dans un psaume un grand enseignement, c’est peut-être ce que nous cherchons. « Enfants des hommes, y est-il dit, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? » Jusques à quand cet arbre demeurera-t-il stérile ? « Enfants des hommes, jusques à quand serez vous appesantis de cœur ? » Que signifie, « Appesantis de cœur » ? — « Pourquoi aimez-vous la vanité et recherchez vous le mensonge? » Venant ensuite au fond même de la question : « Sachez que le Seigneur a glorifié son Saint » (Ps IV, 3-4). Déjà en effet le Christ est venu, déjà Il est glorifié, Il est ressuscité et monté au ciel, déjà Son nom est célébré par tout l’univers : « Jusques à quand serez-vous appesantis de coeur ? » N’est-ce pas assez du passé ? Et maintenant que ce Saint est glorifié, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? » Les trois ans écoulés, qu’avez-vous à attendre, sinon la cognée ? « Jusques à quand serez-vous appesantis de cœur ? Pourquoi aimez-vous la vanité et recherchez-vous le mensonge ? » Même après la glorification du Saint, du Christ, on s’attache encore à la vanité, encore à l’inutilité, encore à l’ostentation, encore à la frivolité ! La vérité se fait entendre et l’on court encore après la vanité ! « Jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? »

7. Les calamités présentes doivent nous servir d’avertissement sérieux.

   C’est avec justice que le monde endure de si cruels fléaux ; car il connaît aujourd’hui la parole de son Maître : « Le serviteur qui ne sait pas la volonté de son maître, est il écrit, et qui fait des choses dignes de châtiment, recevra peu de coups ». Pourquoi ? Afin de l’exciter à rechercher cette volonté. Tel était le monde avant que le Seigneur glorifiât son Saint ; c’était un serviteur ignorant la volonté de son Maître ; aussi recevait-il peu de coups. Mais aujourd’hui et depuis que Dieu a glorifié Son Saint, le serviteur qui connaît la volonté de son Maître et qui ne l’accomplit point, recevra un grand nombre de coups. Est-il donc étonnant que le monde soit si fort châtié ? C’est un serviteur qui connaît les intentions de son maître et qui fait des choses dignes de châtiment. Ah ! qu’il ne se refuse pas aux nombreuses afflictions qu’il mérite (cf. Luc XII, 48-47) ; car s’il ne veut pas écouter son précepteur, il trouvera justement en Lui un vengeur. Qu’il ne murmure pas contre la main qui le frappe, qu’il se reconnaisse digne de châtiment ; c’est le moyen de mériter la miséricorde divine, par Jésus-Christ, qui vit et règne avec Dieu le Père et avec l’Esprit-Saint dans les siècles des siècles. Amen.

Bons arbres et bons fruits

A frúctibus eórum cognoscétis eos…

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