Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2007-18. De la Bienheureuse Agnès de Jésus, souvent appelée Agnès de Langeac.

19 octobre,
Fête de Saint Théofrède de Carméri, abbé et martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Jésus ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alcantara.

     Si le calendrier liturgique de l’Eglise universelle fait aujourd’hui mention de Saint Pierre d’Alcantara (qui est l’une des très rares personnes dont il fut révélé à Sainte Thérèse d’Avila – qui l’avait eu pour confesseur et conseiller – qu’il était allé au Ciel sans passer par le Purgatoire), j’aimerais toutefois vous écrire quelque chose au sujet de la Bienheureuse Agnès de Jésus, plus souvent appelée Agnès de Langeac, du nom de la petite ville où elle fut moniale et où son corps repose dans l’attente de la résurrection.

   En effet, Frère Maximilien-Marie a exposé aujourd’hui l’une de ses reliques dans notre oratoire du Mesnil-Marie parce c’est aussi le jour où les calendriers propres de l’Ordre des Prêcheurs et du diocèse du Puy marquent la célébration de sa fête.
Vous le savez, les chats monastiques ne consacrent pas tout leur temps à la chasse, mais ils ont aussi des moments d’étude et de lecture spirituelle… C’est ainsi que j’ai découvert avec émerveillement la vie de la Bienheureuse Agnès que je vais vous résumer ici.

frise avec lys naturel

       Agnès Galand est née au Puy-en-Velay, le 18 novembre 1602, dans une famille de modestes artisans, pauvres de biens matériels mais riches d’une foi profonde et d’une pratique religieuse exemplaire.

   Agnès fut donc élevée dans une piété simple, sans affectation, qui impliquait un véritable engagement du cœur et de la volonté.
Dès sa plus tendre enfance, elle aimait à passer de longs moments dans les églises du Puy, pour y adorer le Très Saint Sacrement ou pour se recueillir auprès des images de la Vierge Marie, et très spécialement dans la fameuse cathédrale où l’on vénère la statue miraculeuse de la Vierge Noire.
Habituée à se confesser très régulièrement dès l’âge de cinq ans, elle fut – fait tout à fait exceptionnel pour l’époque – admise à la Sainte Communion, qu’elle put dès lors recevoir une ou deux fois par quinzaine, à huit ans !
Profondément attirée par la retraite et la contemplation, elle a alors le désir de se consacrer totalement à Dieu dans la vie religieuse et prononce le vœu de virginité.

   A partir de ce moment, sa vie intérieure s’intensifie et elle reçoit des grâces mystiques signalées, accompagnées de vexations diaboliques, de persécutions diverses, d’incompréhensions douloureuses et de calomnies…
Mais elle a aussi la grâce de voir son Ange gardien et de vivre dans sa compagnie familière.

   Reçue dans le Tiers-Ordre de Saint Dominique à l’âge de 19 ans, il lui faudra encore attendre deux années – remplies de difficultés et d’obstacles – avant de pouvoir réaliser son désir d’entrer au couvent.
Enfin, le 4 octobre 1623, elle fut reçue comme novice converse, sous le nom de Sœur Agnès de Jésus, dans le monastère de dominicaines contemplatives placé sous le vocable de Sainte Catherine de Sienne qui venait d’être fondé dans la ville de Langeac, ville située à une dizaine de lieues du Puy, mais qui se trouvait alors dans le territoire de l’évêché de Saint-Flour.

   Les grâces mystiques s’intensifièrent encore : si les saints et les anges lui apparaissaient familièrement pour l’encourager et éclairer sa conduite, le démon multipliait aussi les attaques – jusqu’aux coups physiques – pour l’empêcher d’accomplir son office.

   A l’approche de sa profession solennelle (les vœux temporaires n’existaient pas en ce temps là et on faisait la profession perpétuelle à l’issue du noviciat), le diable déploya même des industries incroyables pour semer le trouble dans l’esprit de ses supérieures et la faire renvoyer.
Cependant le Ciel intervint lui aussi de manière si sensible qu’en définitive Sœur Agnès de Jésus, novice converse, fut non seulement admise à la profession solennelle mais le fut en tant que religieuse de chœur !
Le 28 septembre 1624, elle échangea donc le scapulaire noir des converses contre le blanc des choristes ; elle dut accomplir quelques mois supplémentaires de noviciat pour recevoir la formation des religieuses de chœur, et fit profession solennelle en la fête de la Purification de Notre-Dame, 2 février 1625.

   D’abord chargée de la porte et de la distribution des aumônes, elle fut ensuite promue maîtresse des novices et finalement élue prieure à la fin de l’année 1626, à l’âge de 24 ans !
Son gouvernement fut plein de sagesse et très profitable à la communauté, on s’en doute bien. Mais le renom de sa vertu et des grâces particulières qui lui étaient départies ne manquèrent pas non plus d’exciter l’incrédulité, l’incompréhension, la suspicion, voire la jalousie ou même la haine : cela aussi est malheureusement inévitable, car même dans l’univers des âmes pieuses il en est qui se révèlent soudain incroyablement mesquines et capables de méchanceté !
Elle fut même un temps déposée de son priorat et suspectée, avant d’être rétablie dans sa charge.

   Outre les apparitions des Saints, le commerce familier de son Ange gardien, et les tourments diaboliques devenus habituels, Mère Agnès de Jésus eut la grâce de lire dans les consciences, de prédire certains évènements à venir, de recevoir la communion de manière miraculeuse, de subir la transverbération mystique, de biloquer …etc.

Bse Agnès de Langeac

   Son intervention fut particulièrement remarquable auprès d’un jeune clerc, qui sans avoir encore été ordonné prêtre avait reçu à dix-huit ans l’abbaye de Pébrac en commende et avait commencé par vivre une vie confortable d’abbé mondain : il se nommait Jean-Jacques Olier de Verneuil.

   L’abbaye de Pébrac ne se trouve pas très loin de Langeac, mais évidemment Mère Agnès de Jésus n’en connaissait pas l’abbé commendataire, qui vivait à Paris.
Cependant elle reçut de la Sainte Vierge elle-même la mission de prier pour la conversion de Jean-Jacques Olier, de le soutenir dans sa préparation aux Ordres Sacrés (préparation qu’il fit sous la conduite de Saint Vincent de Paul), de lui obtenir toutes les grâces de sanctification nécessaires à sa mission future – pendant trois années – et elle lui apparut même dans la cellule qu’il occupait dans la maison de Saint-Lazare.
Quand, après sa retraite à Saint-Lazare, Monsieur Olier vint à Pébrac pour s’occuper de son abbaye et évangéliser les paysans qui en dépendaient, il entendit vanter la vertu de la Prieure des Dominicaines de Langeac et il résolut de lui rendre visite.

   Après plusieurs demandes restées sans réponse, Monsieur Olier obtint finalement un entretien avec Mère Agnès.
Conformément à l’usage, Mère Agnès de Jésus vint au parloir et commença à s’entretenir avec lui en ayant le voile baissé sur le visage.
Le jeune abbé – attentif au son de sa voix – osa lui demander de relever son voile, et jeta un cri de surprise : « Ma Mère, je vous ai vue ailleurs ! »
« Il est vrai, répondit humblement la moniale, vous m’avez vue deux fois à Paris dans votre retraite à Saint-Lazare où je vous suis apparue parce que j’avais reçu de la Très Sainte Vierge l’ordre de prier pour votre conversion, Dieu vous ayant destiné à jeter les fondements des premiers séminaires du Royaume de France. »

   Dès lors, entre ces deux âmes, s’établit une relation privilégiée.
Mère Agnès, durant les six mois que Monsieur Olier resta en Auvergne, paracheva son éducation dans les voies spirituelles, le forma pour sa mission, lui prédit les grandes étapes de son avenir, et toutes les croix qu’il aurait à porter.

   Le 12 octobre 1634, Monsieur Olier, rappelé à Paris, vint faire ses adieux à Mère Agnès.
Cette dernière sut alors que sa mission terrestre était achevée. Le soir même de ce jour, elle fut saisie par un mal violent et de fortes fièvres qui la mirent rapidement à toute extrémité.
Elle expira le jeudi 19 octobre 1634, vers dix heures du matin, et son corps apparut alors à tous ceux qui étaient là, resplendissant d’une beauté surnaturelle, tandis que pendant les cinq jours où il fut exposé à la grille du chœur des moniales, des milliers de témoins – attirés par la nouvelle de son bienheureux trépas et sa réputation de sainteté – purent constater que son corps répandait une chaleur merveilleuse et une odeur céleste.

   Au moment même de cette mort, Monsieur Olier qui chevauchait vers Paris fut renversé de son cheval d’une manière inexplicable. Il était porté à s’humilier devant Dieu en pensant que cette chute incompréhensible était peut-être un châtiment pour quelque négligence, quand il vit fondre sur lui un ange d’une impressionnante majesté qui l’enveloppa de ses ailes, en même temps qu’il entendait la voix de son propre ange gardien lui dire : « Honore bien cet ange car c’est un des plus grands qui soit donné à la créature sur terre… »
Mais il ne comprit pas le sens de cette vision. Il n’en eut l’explication que quelques jours plus tard, arrivé à Paris, quand il reçut une lettre lui annonçant le décès de Mère Agnès.
Pénétré de douleur, il alla devant le Saint-Sacrement pour se recueillir, et là il entendit distinctement la voix de la sainte moniale qui lui disait : « Ne t’afflige donc pas, je t’ai laissé mon ange! »

   Ainsi donc, la Bienheureuse Agnès de Langeac, du fait de la mission qui lui fut confiée auprès de Monsieur Olier, a-t-elle une grande part dans la réforme du clergé au XVIIème siècle, par la fondation des séminaires et, pour les siècles suivants, on peut ajouter que nous lui devons une bonne part de la solidité de la formation spirituelle et apostolique que dispensèrent « ces Messieurs de Saint-Sulpice » tant qu’ils furent fidèles à l’esprit de leur vénérable fondateur.

   En achevant de vous faire partager le résumé de mes lectures, ce soir, je ne puis que relever les points de comparaison qui existent entre la décadence du clergé de France au début du XVIIème siècle et la situation actuelle et, par suite, appeler de mes vœux la présence en notre temps d’âmes ferventes comme le furent celles de la Bienheureuse Mère Agnès et de Monsieur Olier, pour travailler au relèvement spirituel de ce Royaume et de toute la Sainte Eglise.

Lully.

Prière et litanies en l’honneur de la Bse Agnès de Jésus > ici

Châsse de la Bienheureuse Agnès

Châsse renfermant les restes mortels de la Bienheureuse Agnès de Jésus
au monastère des dominicaines de Langeac

2007-17. De Sainte Marguerite-Marie.

17 octobre,
Fête de Sainte Marguerite-Marie Alacoque, vierge ;
Anniversaire du massacre de la Glacière, en Avignon (cf. > ici).

Sacré-Coeur gif

Chers Amis du Mesnil-Marie,

    La semaine que nous vivons est particulièrement riche en célébrations de saints qui ont une importance toute particulière pour le Mesnil-Marie.

Moi, j’aime bien cela parce que, le matin, à l’oratoire, Frère Maximilien-Marie relit les résumés des biographies des saints ; je lis par dessus son épaule et je trouve cela très intéressant.
En plus, quand il y a une relique de ce saint dans les « trésors » de la grande armoire de la sacristie, il l’expose toute la journée dans l’oratoire et il allume devant une petite lampe de couleur qui brûlera doucement toute la journée. C’est beau, dans la pénombre du matin, de voir les reflets de cette petite flamme danser sur les ors des reliquaires : je regarde avec fascination en pensant à ce que je viens de lire.

   Aujourd’hui, 17 octobre, c’est donc la fête de Sainte Marguerite-Marie.
Frère Maximilien-Marie, depuis les débuts de sa vie religieuse, a été amené à porter une attention particulière aux messages inspirés que cette sainte religieuse de la Visitation a reçus du Sacré-Cœur, pour les transmettre à toute l’Eglise, pour les faire comprendre à toutes les âmes désireuses de perfection, afin que le divin Cœur de Jésus soit toujours plus connu et toujours mieux aimé.

Ste Marguerite-Marie

   « Il règnera ce divin Cœur malgré Satan et tous ceux qui s’y voudront opposer ! »
Cette phrase de Sainte Marguerite-Marie est d’ailleurs l’inspiratrice du petit mot latin qui est devenu en quelque sorte l’une des devises de Frère Maximilien-Marie : Regnabit ! Il règnera !
Sainte Marguerite-Marie écrivait ceci après en avoir reçu l’assurance dans sa prière, et alors même que ses efforts pour faire parvenir les messages du Sacré-Cœur à la hiérarchie ecclésiastique et au Roy de France semblaient battus en brèche.

   Aujourd’hui encore, après plus de trois siècles, les demandes du divin Cœur de Jésus n’ont pas été totalement accomplies, malgré le travail d’innombrables saints, mystiques, pieux fidèles, pontifes courageux.
Le triomphe du Sacré-Cœur n’est pas encore une réalité : Il ne règne pas encore dans tous les cœurs (même dans ceux qui lui sont pourtant consacrés !), Il ne règne pas encore dans toute la Sainte Eglise, Il ne règne pas encore dans les sociétés et dans les institutions, alors que tous les hommes, tous les cœurs sont cependant créés pour Le servir et pour L’aimer !

   La crise sans précédent qui afflige depuis plusieurs décennies la Sainte Eglise Catholique a eu pour conséquence de ruiner – totalement ou en partie – un grand nombre d’œuvres qui avaient été fondées pour répondre aux demandes du Cœur de Jésus.
Je puis même écrire, parce que j’entends les conversations qui font état de certaines choses bien affligeantes (dans le monde et dans l’Eglise), que les plaintes que Notre-Seigneur faisait entendre à la sainte Visitandine de Paray-le-Monial ont reçu de notre époque un nouveau et bien triste caractère d’actualité et d’intensité !
L’un des motifs de la création du Refuge Notre-Dame de Compassion réside justement dans la volonté de répandre la connaissance des révélations du Sacré-Cœur, et de travailler à leur susciter des réponses.

   Ainsi donc la fête de ce jour, en nous portant à honorer Sainte Marguerite-Marie, est une pressante invitation à centrer toujours plus notre attention sur le message céleste qu’elle dut transmettre à toute l’Eglise et à faire notre cette parole de Notre-Seigneur : « Je veux que tu me serves d’instrument pour attirer des cœurs à Mon Amour ».

2007-17. De Sainte Marguerite-Marie. dans Chronique de Lully patteschatsLully.

Voir aussi les B.D. suivantes :
-BD « Je veux que tu mes serves d’instrument… » > ici
- BD « Arrête ! le Cœur de Jésus est là » > ici
Les révélations du Sacré-Cœur à Ste Marguerite-Marie :
- la 1ère grande révélation > ici
- la 2ème grande révélation > ici
- la 3ème grande révélation > ici
- la grande révélation de 1675 > ici
- Les demandes du Sacré-Cœur au Roi Louis XIV > ici
- les Promesses du Sacré-Cœur > ici
Prières au Sacré-Cœur :
- Salutations au Sacré-Cœur composées par Ste Marguerite-Marie > ici
- Prières de Ste Marguerite-Marie > ici

Sacré-Coeur gif

2007-16. Saint Michel au péril de la mer.

16 octobre,
En France : fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe ;
Anniversaire de l’assassinat de S.M. la Reine Marie-Antoinette Habsbourg de Lorraine (cf. > ici, > ici, > ici, et > ici) ;
Anniversaire de la fondation de la Milice de l’Immaculée par Saint Maximilien-Marie Kolbe (cf. > ici).

St  Michel au péril de la mer

   Le 16 octobre de l’an de grâce 708 (ou peut-être 709), l’évêque d’Avranches Saint Aubert, à la suite de l’apparition de l’archange Saint Michel, consacra sur le Mont Tombe, rocher de la côte normande, un premier sanctuaire en l’honneur du Prince de la Milice céleste.

   Le Mont Tombe dominait alors de sa masse rocheuse une forêt et des landes qui furent peu après englouties par un raz de marée. Le Mont devint une île et fut dès lors souvent appelé « Saint-Michel-au-péril-de-la-mer« .

   Abbaye puissante et lieu de pèlerinage jadis renommé dans toute la Chrétienté, le Mont-Saint-Michel – bien qu’aujourd’hui dépouillé de ses moines, partiellement détruit, irrémédiablement affligé par les pillages de la révolution, souillé par de multiples profanations et livré à des hordes touristiques rarement intelligentes – ne cesse cependant pas de répéter à ceux qui sont capables d’ouvrir les oreilles de leur âme les leçons de son majestueux silence :

   « Lorsque les flots menaçants montent inexorablement, lorsque la terre sous vos pas perd toute consistance, lorsque les éléments contraires vous encerclent, lorsque vos mains tremblantes ne trouvent plus rien de solide pour s’y cramponner… ne perdez cependant pas courage.
Levez les yeux et appelez à votre aide l’Archange victorieux ! Invoquez le Prince des armées célestes ! Confiez-vous en sa sainte garde, et laissez-vous saisir par sa force invincible : la foi en Celui qui est le seul Fort, le seul Puissant, le seul Roi pour l’éternité ; Celui qui n’a point d’égal – « Quis ut Deus ? » – et qui est le Sauveur aimant de ceux qui se confient en Lui. »

   Nous sommes en effet tous menacés par des flots en furie, nous sommes tous exposés « au péril de la mer », une mer d’iniquité qui voudrait submerger le monde et engloutir les âmes dans d’effrayants abîmes.

Cartulaire du Mont Saint-Michel: la vision de Saint Aubert.

Apparition de Saint Michel à Saint Aubert

Collecte de la Messe propre de
l’apparition de Saint-Michel au Mont Tombe
:

   « Dieu éternel et tout puissant qui, par un privilège sans pareil, avez daigné nous réconforter par la glorieuse apparition du Bienheureux Archange Michel, accordez-nous sur la terre le constant appui de son actuelle protection, et dans le Ciel la joie éternelle à ses côtés. Nous vous le demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Voir aussi les prières en l’honneur de Saint Michel publiées > ici.

2007-14. « Dies mali sunt ».

20ème dimanche après la Pentecôte.

nuages noirs

   « Les jours sont mauvais : Dies mali sunt » (Eph.V,16).
Trois petits mots qui m’ont frappé en écoutant la lecture de l’épître de la Sainte Messe de ce vingtième dimanche après la Pentecôte.
Pourquoi l’Apôtre fait-il cette remarque ?

   Parce qu’il invite avec insistance ses lecteurs à faire preuve d’une très grande circonspection et à ne pas agir en insensés : « non quasi insipientes, sed ut sapientes » : « Ayez soin, mes frères de vous conduire avec une grande prudence, non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16). Ajoutant aussitôt : « Redimentes tempus quoniam dies mali sunt. Rachetant le temps parce les jours sont mauvais ».

   Les auditeurs de la Parole inspirée, en raison même de la malice inhérente au monde dans lequel ils vivent (1), sont exposés à de redoutables dangers. Des dangers plus redoutables que les malheurs et les souffrances physiques : le péril dans lequel les place la tentation ; le péril de la séparation d’avec Dieu pour toujours, c’est-à-dire de la damnation éternelle !

   Cette exposition continue aux attaques des « esprits de malice répandus dans les airs » (Eph.VI,12) constitue une véritable pollution spirituelle de l’environnement humain : de la même manière qu’un air infesté peut contaminer ceux qui le respirent, la malice des jours qui sont les nôtres peut nous affaiblir, miner la santé de nos âmes, ruiner la vigueur de nos esprits, frapper nos cœurs de mortelle langueur.

   Celui qui sait qu’une épidémie d’influenza ou de choléra sévit dans la région où il se trouve prend tout naturellement des mesures de protection et d’hygiène pour échapper à la contagion. Il serait pour le moins insensé d’agir de façon contraire !

   Et celui qui sait que l’air qu’il est exposé à respirer peut être saturé de microbes pernicieux, n’hésite pas à utiliser des moyens sanitaires pour purifier et assainir l’air des pièces où il vit.

   Saint Paul nous rappelle aujourd’hui avec beaucoup d’à-propos qu’il en est de même pour ce qui concerne la santé de l’âme.

   Ainsi donc, puisque les jours de notre existence terrestre nous exposent au danger de la contagion du mal, nous devons « racheter le temps » c’est-à-dire appliquer au cadre spatio-temporel de notre existence les grâces de la rédemption que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a obtenues par Sa douloureuse Passion.

   Dans sa sagesse inspirée, nourrie par des siècles d’expérience, la Sainte Eglise notre Mère a institué des sacramentaux qui sont une aide et une protection efficaces dans le combat que nous menons.
Les sacramentaux sont des secours spirituels, dont un très grand nombre sont liés aux inspirations ou à l’expérience des Saints. Dans ces sacramentaux, la puissance de la prière et des bénédictions de la Sainte Eglise attache à certains gestes et à certains objets matériels eux-mêmes une efficacité de grâce et de bienfaits surnaturels.
Il ne s’agit nullement de magie ou de superstition. L’efficacité des sacramentaux est conditionnée à l’exercice d’une authentique foi théologale dans un but de sanctification.

   Le rituel traditionnel de la Sainte Eglise Romaine a réuni une somme extraordinaire de bénédictions : bénédictions d’objets (de piété certes, mais pas uniquement), bénédiction pour l’eau (qui devient eau bénite) bien évidemment.
Mais trop de fidèles ignorent, et beaucoup de prêtres eux-mêmes semblent ignorer – ou du moins donnent l’impression d’ignorer (parce qu’ils n’y recourent pas ou pas assez) -, qu’il y a des bénédictions particulières liées à certaines fêtes liturgiques, ou bien à certaines circonstances de la vie « ordinaire » (comme peuvent l’être par exemple des menaces d’ordre météorologique, comme la grêle ou les tempêtes), qui concernent les lieux (maisons, étables, jardins, champs, pièces ou locaux affectés à une activité particulière), mais aussi encore les aliments, les vêtements, les instruments de travail, les remèdes et médicaments, les moyens de locomotion …etc.

   Pourquoi le rituel est-il donc si peu exploité, si peu mis à profit ?
Pourquoi ce moyen si simple de « racheter le temps » et de contrer la malice des jours dans lesquels nous vivons est-il si méconnu et par suite si limité dans son usage habituel ?
Sans vouloir porter de jugement, il semble cependant qu’on puisse répondre sans hésitation que c’est parce que l’esprit surnaturel, l’esprit de foi, est aujourd’hui profondément affaibli.

   Le modernisme sourit avec commisération des sacramentaux ; le progressisme les tourne en dérision, les supprime ou les dénature.
Combien de prêtres « conciliaires » qui, dans les paroisses, ne bénissent pas d’eau : pour eux l’eau qu’ils utilisent par exemple pour ce qui a remplacé l’absoute aux cérémonies de funérailles n’est plus qu’un symbole, n’a qu’une valeur symbolique : c’est la simple eau du robinet sur laquelle ils n’ont prononcé aucune formule de bénédiction qui se trouve dans les bénitiers et dont les fidèles aspergent le cercueil du défunt !
J’aurais des centaines de cas précis à l’appui de ce que j’affirme, mais je ne veux pas me lancer ici dans une énumération d’exemples car il y en a malheureusement beaucoup trop à déplorer et cela ne ferait que nourrir de l’amertume ou de la colère.

   Je me contenterai de relever que le « Livre des bénédictions » publié dans le contexte des réformes liturgiques consécutives au second concile du Vatican marque une régression théologique considérable, avec un alignement sur des conceptions directement inspirées par le protestantisme libéral, en contradiction avec des siècles de théologie et de pratique catholiques, en contradiction en particulier avec l’enseignement du concile de Trente. En effet ce pseudo-rituel dans une majorité de « prières de bénédiction » qu’il propose, ne bénit pas ni ne sanctifie pas les objets qui sont présentés, mais se contente d’appeler de ses vœux la faveur divine sur les personnes qui en feront usage. Arguant du fait que, étymologiquement, « benedicere » signifie « dire du bien », un très grand nombre de ces pseudo-bénédictions disent du bien de la pratique à laquelle, par exemple, tel ou tel objet servira sans que l’objet lui-même soit désormais sanctifié de manière pérenne, et sans lui attacher une grâce particulière.

   Nous sommes donc attentifs à conserver l’antique rituel pour l’administration non seulement des sacrements, mais aussi pour tous les sacramentaux, en pleine continuité avec l’usage multiséculaire. Ce rituel est tout entier marqué par l’empreinte d’une authentique théologie catholique, et il garde en sa faveur la prudence surnaturelle et la sage expérience des saints, de manière à ce que, suivant leurs pas, nous agissions « ut sapientes, non quasi insipientes : non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16) !

 frise

(1) « Parce que la création a été assujettie à la vanité, non parce qu’elle l’a voulue mais à cause de celui qui l’y a soumise… » (Rom. VIII,20) et aussi : « Mundus totus in maligno positus est : le monde tout entier est sous l’empire du Malin » (1 Joan.V,19).

rituel

2007-9. Au soir de la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Décidément, cette période est riche en fêtes !

   Aujourd’hui la liturgie de ce dimanche 30 septembre 2007, normalement 18ème dimanche après la Pentecôte, cédait le pas à la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, parce qu’elle est protectrice de la France en second avec Sainte Jehanne d’Arc, après Notre-Dame de l’Assomption.
Monsieur l’Abbé Paul Aulagnier nous a fait l’immense grâce de venir célébrer la Sainte Messe au Mesnil-Marie, et je sais qu’il a offert le Saint-Sacrifice à l’intention de tous les bienfaiteurs de notre fondation, vivants et défunts.

   Après son départ, notre Frère s’est activé à ses derniers préparatifs de départ : je me mettais un peu dans ses pattes parce que je croyais qu’il s’agissait d’un nouveau jeu, mais j’ai bien vite vu qu’il y avait des valises qu’on remplissait, et cela m’a rendu un peu triste parce que je n’aime pas le voir partir…
Frère Maximilien-Marie m’a pris dans ses bras, et il m’a bien expliqué que j’allais rester au Mesnil-Marie, mais que la maman de mon ami Locky (une dame très gentille qui m’aime bien) s’occuperait de moi, et que je pourrai même aller dormir chez Locky si j’en ai envie ; il a ajouté
 que j’ai une mission très importante – la garde du Mesnil-Marie - et que c’est bien de rester ici, dans ma maison, plutôt que d’aller en pension ailleurs, dans une maison qui n’est pas la mienne avec des gens que je ne connais pas bien…
Je comprends très bien ces choses, néanmoins c’est toujours un peu triste de devoir quitter son papa-moine pour une période un peu longue…

Mais au fait, je ne vous ai pas dit où le Frère part ?
Vous le savez déjà, vous ? Vous l’avez deviné ? Non ?
Il va à Rome.

Rome, la capitale du monde catholique, la « Ville Eternelle », la cité des Saints Apôtres Pierre et Paul, la ville dont le sol a été fécondé par le sang de milliers de martyrs, la ville dont les rues ont été arpentées par des centaines de saints tout au long des siècles, la ville qui renferme des trésors d’histoire et d’art !
Il part en avion demain matin, et il ne rentrera que le dimanche 7 octobre au soir.

StPierre Vatican

   Frère Maximilien-Marie connaît assez bien Rome, et il organise, autant que possible, chaque année un séjour pour un petit groupe de pèlerins. Bien que le Dieu des chats soit le même que celui des hommes, je ne peux pas les accompagner là-bas.

   Pourtant j’aurais bien aimé aller voir les lieux où a vécu Saint Philippe Néri, un saint très sympathique dont mon papa m’a parlé : Saint Philippe aimait beaucoup les chats, et il en avait un très beau qui avait le droit de rentrer dans son oratoire privé et qui se plaçait – tout tranquille – sur les gradins de l’autel lorsque le bon « Padre Neri » célébrait la Sainte Messe. Il y a bien eu alors quelques esprits chagrins pour s’en scandaliser, mais Saint Philippe leur a fait comprendre qu’un beau chat, qui est une créature de Dieu pleine de grâce et de distinction, par le fait même qu’il est dans l’ordre des choses voulu par le Créateur, rend gloire à Dieu tout autant qu’un beau bouquet de fleurs ; or il n’est personne, que je sache, qui se scandalise de voir des fleurs par brassées placées sur les autels !

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas encore aujourd’hui que je prendrai l’avion pour aller vénérer à Rome le saint ami des chats. Donc je continuerai à glorifier Dieu en étant ici même un bon chat accomplissant ce pour quoi Dieu l’a créé : dormir, jouer, chasser les souris et les dévorer consciencieusement…

Pour vous faire patienter, puisqu’en l’absence de Frère Maximilien-Marie je ne pourrai pas me servir de l’ordinateur, je vous recopie (cf. > ici) le sermon que Monsieur l’Abbé Aulagnier a prononcé ce soir en l’honneur de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

   A la semaine prochaine…

pattes de chatLully.

2007-8. Nous sommes en guerre…

Réflexions au soir de la fête de St Michel.

Saint Michel gif

       Oui, nous sommes en guerre !

   Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est Saint Thomas d’Aquin qui l’écrit : « Jusqu’au jour du jugement, nous sommes en guerre ».
Et il ne fait que résumer ce que les Saintes Ecritures ont dit et répété à l’envie :

- Saint Paul à Timothée : « Nul ne sera couronné s’il n’a légitimement combattu » (2 Tim.II, 5).

- Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui s’en emparent » (Matth. XI,12) ; « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Matth. X,34) ; « Que celui qui n’a point d’épée vende sa tunique pour en acheter une » (Luc. XXII,36)…

– Déjà dans l’Ancien Testament, le Saint homme Job s’était exclamé : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est un combat » (Job VII,1).

   Bien sûr le glaive, l’épée, la violence, le combat, la lutte sans merci dont il est ici question sont essentiellement d’ordre spirituel. La pugnacité qui nous est recommandée n’a rien à voir avec les conséquences peccamineuses de la colère, de l’orgueil, de la jalousie ou de la cupidité… Et la violence nécessaire à ceux qui veulent faire leur salut est une vertu.

   Ce mot de vertu a, si souvent en français, perdu son sens originel de force, qu’on en oublie l’origine militaire et que, d’une qualité « quasi musculaire » du caractère éprouvé par la violence des contradictions, on en est arrivé à désigner par lui la mièvrerie d’une inconsistante sainteté de vitrail aux tons pastels !

   Mais le christianisme n’est pas une religion à l’eau de rose faite pour des émasculés !
Le Christ, s’Il est le « Prince de la Paix » n’est cependant pas « le doux rêveur de Galilée », préfigurateur des adeptes du « peace and love » : Sa doctrine est forte, virile, militante…
Sa vie terrestre, pourtant remplie de scènes profondément attendrissantes, n’est en rien puérilement fade et affectée, et elle s’achève dans un spectaculaire et sanglant combat. Combat en grec, se dit « agônè ».

   L’Eglise, qu’Il a fondée, tant qu’elle est en chemin sur la terre, est militante.
Le sacrement de la Confirmation, qui communique à l’âme la plénitude des dons du Saint-Esprit, fait du chrétien un soldat du Christ. Le Chrême dont le fidèle est marqué rappelle l’huile dont les gladiateurs et les athlètes s’enduisaient pour fortifier leurs muscles et offrir moins de prise à l’adversaire…

   Comment a-t-on pu dénaturer la doctrine chrétienne au point d’en faire une sorte d’humanitarisme gélatineux qui ne peut nullement s’identifier à la vertu de charité ?
Comment est-il possible d’avoir trahi le message évangélique au point de le ravaler à une sorte de fraternité universelle post-romantique qui n’a plus rien de surnaturel ?
La charité chrétienne n’est pas la « solidarité » : elle est plus grande, plus large, plus profonde ; elle est surtout d’une autre nature !
Le respect chrétien n’est pas la « tolérance » : il est bien plus en accord avec la véritable dignité de l’homme créé libre, à l’image et à la ressemblance de Dieu, et il n’est en rien une couverture servant à justifier l’indifférentisme et l’absence de ferveur !

   « La vie de l’homme sur la terre est un combat : militia est vita hominis super terram » (Job VII,1).
Beaucoup de traductions françaises édulcorent cette affirmation du Saint-Esprit.
Militia : le mot latin est difficile à rendre en français, il ne désigne pas seulement l’engagement sanglant du combat, il signifie aussi le « service militaire », l’entrainement et la vie de caserne dans toute la rigueur de la discipline des armées antiques.

   Cette fête du saint Archange Michel est là pour nous le rappeler.
En contemplant la haute et pure figure de l’ange chevalier, nous sommes invités à retremper notre courage et à fortifier notre zèle dans le combat de chaque jour, dans le combat de chaque heure, dans le combat de chaque instant, pour l’établissement du règne de la charité dans nos coeurs, dans nos comportements, dans nos vies, dans nos sociétés… qu’elles soient religieuses ou civiles !
Parce que le règne de la charité n’est pas une chose facile et sans obstacles.

   Celui qui refuse de combattre est vaincu d’avance.
Celui qui pense être dispensé du combat est souvent un lâche qui se berce d’outrecuidantes illusions sur son propre compte.
Car, selon la percutante parole de notre bienheureux Père Saint Augustin : « Ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue ! »

Il n’y a pas de troisième voie.

Angers - Apocalypse - Victoire de Saint Michel

2007-6. Où il est question de ce qu’écrivait, en 1998, le Cardinal Joseph Ratzinger à propos de la réforme liturgique et de quelques réflexions présentes.

   Parce que les questions relatives à la Sainte Messe latine traditionnelle et au nouvel  »ordo missae » – fortement (et à juste titre) contesté -, reviennent constamment sur le tapis, j’ai voulu aller rechercher pour vous ce que le futur Benoît XVI, alors Cardinal Joseph Ratzinger, a écrit au sujet de la réforme liturgique de 1969-1970 dans « Ma vie, souvenirs » (Fayard, 1998 – aux pages 132 à 135) :

   « Le deuxième grand événement au début de mes années à Ratisbonne fut la publication du missel de Paul VI, assortie de l’interdiction quasi totale du missel traditionnel, après une phase de transition de six mois seulement.

(…) J’étais consterné de l’interdiction de l’ancien missel, car cela ne s’était jamais vu dans toute l’histoire de la liturgie. Bien sûr, on fit croire que c’était tout à fait normal. Le missel précédent avait été conçu par Pie V en 1570 à la suite du concile de Trente. Il était donc normal qu’après quatre cents ans et un nouveau concile, un nouveau pape présente un nouveau missel. Mais la vérité historique est tout autre : Pie V s’était contenté de réviser le missel romain en usage à l’époque, comme cela se fait normalement dans une histoire qui évolue. Aussi nombreux furent ses successeurs à réviser ce missel, sans opposer un missel à un autre. Il s’agissait d’un processus continu de croissance et d’épurement, sans rupture. Pie V n’a jamais créé de missel. Il n’a fait que réviser le missel, phase d’une longue évolution. La nouveauté, après le concile de Trente, était d’un autre ordre : l’irruption de la Réforme s’était accomplie essentiellement à la manière des « réformes liturgiques ». Il n’y avait pas simplement une Eglise catholique et une Eglise protestante côte à côte ; le clivage de l’Eglise se produisit presque imperceptiblement, et de la façon la plus visible comme historiquement la plus efficiente, par la transformation de la liturgie, qui prit des formes très différentes selon les lieux ; de sorte que souvent on ne distinguait pas la frontière entre ce qui était « encore catholique » et ce qui n’était « plus catholique ». Dans cette confusion, devenue possible par manque de législation liturgique uniforme et par l’existence d’un pluralisme liturgique datant du Moyen-Age, le pape décida d’introduire le Missale Romanum, livre de messe de la ville de Rome, comme indubitablement catholique, partout où l’on ne pouvait se référer à des liturgies remontant à au moins deux cents ans. Dans le cas contraire, on pourrait en rester à la liturgie en vigueur, car son caractère catholique pourrait alors être considéré comme assuré. Il ne pouvait donc être question d’interdire un missel traditionnel juridiquement valable jusqu’alors.
Le décret d’interdiction de ce missel, qui n’avait cessé d’évoluer au cours des siècles depuis les sacramentaires de l’Eglise de toujours, a opéré une rupture dans l’histoire liturgique, dont les conséquences ne pouvaient qu’être tragiques. Une révision du missel, comme il y en avait souvent eu, pouvait être plus radicale cette fois-ci, surtout en raison de l’introduction des langues nationales ; et elle avait été mise en place à bon escient par le concile.

   Toutefois, les choses allèrent plus loin que prévu : on démolit le vieil édifice pour en construire un autre, certes en utilisant largement le matériau et les plans de l’ancienne construction. Nul doute que ce nouveau missel apportait une véritable amélioration et un réel enrichissement sur beaucoup de points ; mais de l’avoir opposé en tant que construction nouvelle à l’histoire telle qu’elle s’était développée, d’avoir interdit cette dernière, faisant ainsi passer la liturgie non plus comme un organisme vivant, mais comme le produit de travaux érudits et de compétences juridiques : voilà ce qui nous a porté un énorme préjudice. Car on eut alors l’impression que la liturgie était « fabriquée », sans rien de préétabli, et dépendait de notre décision. Il est donc logique que l’on ne reconnaisse pas les spécialistes ou une instance centrale comme seuls habilités à décider, mais que chaque « communauté » finisse par se donner à elle-même sa propre liturgie.
Or, lorsque la liturgie est notre oeuvre à nous, elle ne nous offre plus ce qu’elle devrait précisément nous donner : la rencontre avec le mystère, qui n’est pas notre « œuvre », mais notre origine et la source de notre vie.
Un renouvellement de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reconnaîtrait l’unité de l’histoire liturgique, et verrait en Vatican II non une rupture mais une étape, est d’une nécessité urgente pour l’Eglise. Je suis convaincu que la crise de l’Eglise que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie qui est même parfois conçue de telle manière – etsi Deus non daretur - que son propos n’est plus du tout de signifier que Dieu existe, qu’Il s’adresse à nous et nous écoute. Mais si la liturgie ne laisse plus apparaître une communauté de foi, l’unité universelle de l’Eglise et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où l’Eglise manifeste-t-elle donc encore sa nature spirituelle ? Alors la communauté ne fait que se célébrer elle-même. Et cela n’en vaut pas la peine. Et parce qu’il n’existe pas de communauté en soi, mais qu’elle jaillit toujours et seulement du Seigneur lui-même, par la foi, comme unité, la désagrégation en toutes sortes de querelles de clochers, les oppositions partisanes dans une Eglise qui se déchire deviennent ainsi inéluctables. C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II. »

   Comme j’ai été très attentif aux commentaires et aux explications du texte du motu proprio « Summorum Pontificum cura », publié le 7 juillet 2007 par notre Saint-Père le Pape, je ne peux m’empêcher de penser que, maintenant qu’il a accédé au Souverain Pontificat sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger veut mettre en œuvre ce nouveau mouvement liturgique qu’il appelait alors de ses vœux afin d’enrayer la désagrégation et la crise qu’il dénonçait avec lucidité.

   L’affirmation catégorique de ce motu proprio selon laquelle – contrairement à certaines paroles péremptoires de Paul VI, qui semblent désormais pudiquement « oubliées » – le missel traditionnel n’a jamais été aboli ni interdit, s’inscrit dans ce processus, déjà amorcé par le discours prononcé en décembre 2005 devant la Curie, qui tend en quelque sorte à renouer les fils rompus, à restaurer une continuité mise à mal par un concile ambigu et sa mise en oeuvre véritablement catastrophique…
Nous devons donc penser que pour Benoît XVI il ne s’agit pas seulement de permettre aux fidèles attachés à la « forme antérieure du rite romain », jusqu’ici tenus en suspicion et marginalisés malgré les dispositions prises par Jean Paul II, de retrouver un usage « normal » et pleinement légitimé du missel publié avant le second concile du Vatican, conformément à la pratique séculaire qui admettait la coexistence de plusieurs rites particuliers à l’intérieur du rite romain, mais bien de poser les fondements de cette « réforme de la réforme » dont il a plusieurs fois parlé.
Comment cela se fera-t-il ?
Au bout de ce processus de réforme y aura-t-il encore deux missels présentés comme deux formes – l’une ordinaire et l’autre extraordinaire – d’un même rite ? ou bien y aura-t-il une sorte de « troisième missel » qui ferait une sorte de « mix » avec des éléments, pris dans le missel de 1962 et dans celui de 1970, et qui serait appelé à les supplanter progressivement l’un et l’autre (quod optandum non mihi videtur) ? ou bien arriverons-nous à une véritable restauration du missel romain traditionnel, enrichi et amélioré en conformité avec le processus de croissance organique qui a toujours été, et à une telle correction du missel de Paul VI qu’il rentrera sagement – tel l’enfant prodigue à la maison paternelle après nombre de scabreuses aventures ! – dans le giron sûr et fécond de la liturgie pérenne de l’Eglise catholique, c’est-à-dire universelle, d’une universalité qui n’est pas seulement géographique mais aussi temporelle, affranchie des contingences des modes et des théories d’une période particulière ?
Vous le devinez, mon cœur incline à voir la réalisation de cette dernière solution.

2007-5. Ce que représente chez nous le 24 septembre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       La fête de Notre-Dame de la Merci, qui est célébrée le 24 septembre, n’est pas vraiment une fête populaire en France : ce vocable de la Vierge paraît même un peu étrange à beaucoup de fidèles… Mais notre Frère Maximilien-Marie l’aime particulièrement, et il y a deux raisons à cela :

   1) Quand il avait quatre ans et quelques semaines, le samedi 24 septembre 1966 (donc jour dont on pourrait écrire qu’il était doublement placé sous la protection de Notre-Dame), il fut protégé d’une manière singulière : percuté par une automobile qui lui fit faire un vol plané avant de lui passer sur le corps, il sortit absolument indemne de cet accident, et – dès ce moment-là – il affirma que c’était la Sainte Vierge qui l’avait sauvé. Il demanda à ses parents un pèlerinage d’action de grâces à la basilique de Notre-Dame de Bon Secours, sanctuaire marial du Bas Vivarais, et à cette occasion il se donna sans retour à cette Mère de Miséricorde.

Voici la statue du XVIIème siècle, sculptée en bois de noyer par un imagier local, aux pieds de laquelle il fit cette offrande de lui-même dans laquelle il reconnaît l’origine de sa vocation :

la statue de la Vierge telle qu'elle était présentée avant les saccages modernistes

Lablachère (Vivarais) : statue de Notre-Dame de Bon Secours  dans la basilique du même nom
telle qu’elle était présentée  avant le vandalisme postconcilaire.

   2) C’est encore un 24 septembre – en 1989 – qu’il prononça ses vœux perpétuels. Frère Maximilien-Marie en célèbre l’anniversaire avec une grande ferveur intérieure chaque année.

   Contrairement à ce que certains se sont plu à raconter, il n’a jamais été relevé de ses vœux mais, lorsque sa communauté d’origine changea de statuts et modifia ses constitutions, s’engageant dans des orientations qui ne correspondaient plus exactement aux textes sur lesquels il avait prononcé ses vœux ni aux aspirations qui l’avaient amené à entrer dans cette communauté, l’Eglise – par l’intervention de l’Evêque du lieu – prit la chose en considération et octroya à Frère Maximilien-Marie un « indult d’exclaustration » tout à fait régulier.
Ainsi il lui était permis en conservant ses vœux et le droit de porter l’habit religieux, de vivre en dehors de son institut de profession. C’est un devoir de vérité de le rappeler parce que, bien évidemment, on a fait circuler des versions bien différentes de ces événements.

   Je vous souhaite à tous une bonne journée sous la protection de Notre-Dame de la Merci, la Vierge compatissante qui brise les chaînes des esclavages, qu’ils soient physiques ou spirituels, psychologiques ou affectifs…

Lully.

Voir aussi :
- Origines du Refuge ND de Compassion > ici
– Comment le Refuge ND de Compassion est arrivé en Vivarais > ici
– Jubilé des 25 ans de profession perpétuelle > ici

2007-4. De Notre-Dame de La Salette.

Mercredi 19 septembre 2007.

       N’ayant pas obtenu de Frère Maximilien-Marie qu’il m’autorisât à sortir de la maison, j’ai bien été contraint de faire contre mauvaise fortune bon coeur et d’employer mon temps à d’autres activités que la chasse aux mulots, musaraignes, rats des moissons, et autres campagnols.
Ainsi donc, comme Frère Maximilien-Marie avait dit que nous fêtions ce 19 septembre le 161ème anniversaire de l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à La Salette, j’en ai profité pour faire quelques recherches qui m’ont beaucoup intéressé.

   Je vous recommande donc de lire ou de relire le récit de l’apparition de Notre-Dame, mais plus encore le texte du secret confié à la petite Mélanie, puisque d’assez récentes recherches dans les archives du Saint-Siège ont démontré de manière péremptoire que ce qui avait été publié en 1879 par la voyante était bien conforme à ce qu’elle avait rédigé à l’intention du Bienheureux Pie IX en 1846, donnant un démenti irréfragable aux négations d’une partie importante du clergé français dès 1879 et jusqu’à nos jours puisque au sanctuaire même de La Salette les prêtres gardent encore aujourd’hui un silence absolu à ce sujet (vous trouverez ces textes > ici).

Vierge en pleurs

   La Vierge Marie annonçait le relâchement des prêtres et des consacrés, jusqu’au reniement ; elle prophétisait l’apostasie des nations chrétiennes, gouvernées par des chefs ayant perdu le sens du bien ; elle prédisait la crise de l’Eglise, la perte de la Foi, la raréfaction des vocations religieuses ; elle décrivait à l’avance les vices et les crimes d’une société qui a renié les valeurs morales et spirituelles, ainsi que les malheurs conséquents par lesquels elle se châtiera elle-même…

   Comment rester insensible aux larmes de cette Vierge de Compassion et de Pitié venue avertir les hommes et leur rappeler la voie du Salut ? Comment aussi ne pas penser que ce que Notre-Dame de La Salette annonçait a trouvé une réalisation certaine depuis le milieu du XXème siècle ? Paul VI lui-même n’avait-il pas fini par reconnaître que « les fumées de satan » s’étaient introduites dans le sanctuaire ?

   Ce « pressant appel » – selon les termes mêmes employés par Notre-Dame – lancé à la terre le 19 septembre 1846 est toujours d’une brûlante actualité…
Y a-t-il parmi ceux qui liront les lignes que je trace ce soir des « enfants chéris » de Marie et des « combattants de la lumière » qui aideront à mettre un terme à l’éclipse que subit la Sainte Eglise, et qui se donneront généreusement pour que « tout soit renouvelé et que Dieu soit servi et glorifié » en vérité ?

Lully.

Statue de Notre-Dame de La Salette devant la basilique

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