Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2008-58. Le 23 octobre, nous fêtons les Bienheureuses Ursulines martyres de Valenciennes :

23 octobre,
Fête de la Bienheureuse Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia
et ses dix compagnes, ursulines de Valenciennes, vierges et martyres.

Les Ursulines martyres de Valenciennes - Diogène maillard

Diogène Maillart (1840-1926) : le martyre des Ursulines de Valenciennes

frise avec lys naturel

       En 1790, trente-deux religieuses habitaient le couvent des Ursulines de Valenciennes : conformément à leur vocation, elles se consacraient à l’éducation des jeunes filles.
Quand, le 18 août 1792, les congrégations religieuses enseignantes furent contraintes de se disperser, les Ursulines durent abandonner leur maison et s’exilèrent en Belgique, à Mons (deux religieuses Brigittines, chassées de leur couvent, s’intégrèrent alors à la communauté).

   Au printemps 1793, les troupes autrichiennes occupèrent Valenciennes.
Les religieuses revinrent alors dans leur couvent, rouvrirent leurs classes et reprirent leur apostolat auprès de la jeunesse de la ville.
Cette situation dura plus d’un an.

   Mais, en août 1794, l’armée autrichienne dut abandonner la ville qui fut investie par les troupes révolutionnaires.
Les « patriotes » valenciennois s’empressèrent d’incarcérer plus d’un millier de personnes, considérées comme ennemies de la république et accusées – selon la terminologie en vogue – d’être des « aristocrates » et des « fanatiques ». Parmi elles, dix religieuses Ursulines (dont les deux anciennes Brigittines) et une ancienne Clarisse qui avait rejoint la communauté des Ursulines, où sa soeur de sang était religieuse, parce que son monastère était supprimé : arrêtées le 3 septembre 1794, elles furent emprisonnées… dans leur propre couvent !
Notons au passage que la tête de Robespierre était tombée depuis déjà plusieurs semaines et que les livres d’histoire nous enseignent que, depuis lors, la « Terreur » était terminée…

   Néanmoins, quelques jours après, les habitants de la place d’armes virent se dresser une guillotine à l’endroit traditionnel des exécutions capitales, soit, à quelques mètres près, entre l’entrée de la rue de Paris et celle de la ruelle Burianne.
Les Ursulines furent tenues au courant ; Soeur Anne-Marie Erraux avoua avoir une grande frayeur à se présenter devant le bourreau si cela devait se produire. La Mère Supérieure lui rétorqua : « Je passerai devant vous pour vous montrer l’exemple ».

   Le 13 octobre, sept personnes (dont trois prêtres) furent condamnées à mort.
Le 15 octobre, sept autres prêtres furent guillotinés.
Enfin, le 17 octobre, cinq Ursulines et trois prêtres comparurent devant le tribunal.

   Mère Marie-Clotilde avait donné ordre à ses Sœurs de déclarer qu’elles n’avaient pas émigré, puisqu’elles étaient allées à Mons avec un laisser-passer en règle et qu’elles n’étaient rentrées que pour rendre service aux habitants qui leur avaient demandé de reprendre l’instruction de leurs enfants.
Elles s’en tinrent à cette défense face au président qui les interrogeait. Puisqu’elles étaient sorties du territoire avec des papiers en règle, que pouvait-on encore leur reprocher ? Rien … et le tribunal ne pourrait que les relâcher.
Mais la « justice » révolutionnaire ne voyait pas les choses de la même façon et, surtout, elle ne pouvait admettre que les Ursulines eussent repris leur vie communautaire et réorganisé l’enseignement catholique dans une ville occupée par les Autrichiens.

   Le Tribunal voulait donc leur mort ; aussi rédigea-t-il une sentence où l’injuste se mêlait à l’infâme : « Les susnommées se sont rendues coupables du crime d’émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l’ennemi, des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l’unanimité qu’elles ont encouru la peine de mort prononcée par les décrets des 23 et 25 octobre 1792 ».

On peut imaginer l’émotion qui étreignit les cinq Ursulines en retrouvant leurs sœurs dans la prison et en leur apprenant la condamnation dont elles venaient d’être frappées.
L’éxécution eut lieu le même jour…

guillotine

   Simplement vêtues d’un jupon et d’une chemise, les cheveux coupés courts pour faciliter le travail du couperet, elles s’avancèrent vers la guillotine en priant à haute voix avec une dignité et un calme qui impressionnèrent tous les spectateurs. A leur vue, la foule ne proféra ni cris de mort ni insultes. Des témoins déclarèrent ensuite avoir vu des gens pleurer, d’autres dirent avoir entendu ces paroles d’une religieuse à ses compagnes : « Courage, mes Sœurs, nous allons au ciel ! »

   Les cinq autres Ursulines et la Clarisse ne doutaient point du sort qui les attendait.
Mère Marie-Clotilde put faire passer à l’une de ses nièces une lettre, conservée depuis lors avec piété par sa famille, dans laquelle elle exprimait les sentiments qui l’animaient à l’approche de la mort. Elle y disait notamment que le moment lui tardait de verser son sang pour sa Foi et ajoutait : « Prenez part à mon bonheur ! »

   Le 23 octobre, elles furent convoquées devant la commission militaire.
Même interrogatoire, mêmes réponses, même sentence.
La supérieure eut beau vouloir tout prendre sur elle, les juges demeurèrent implacables.

  Elles aussi furent exécutées le jour même.
Mère Marie-Clotilde déclara aux soldats de l’escorte : « Citoyens, nous vous sommes fort obligées, ce jour est le plus beau de notre vie ! »
Elle monta la première sur l’échafaud, en chantant le Magnificat, et montra, en ce suprême instant, toute la force d’âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie.

   Les corps des victimes furent transportés au cimetière Saint-Roch, récemment créé, mais on n’a jamais pu retrouver le lieu exact de leur inhumation.

   Ces onze religieuses martyrisées furent béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV.
Voici les noms de ces femmes héroïques :

1 – Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia (née Clotilde-Angèle Paillot),  guillotinée à l’âge de 55 ans ;
2 – Sœur Marie-Ursule de Saint-Bernardin (née Hyacinthe-Augustine Bourla), 48 ans ;
3 – Sœur Marie-Cordule de Saint-Dominique (née Jeanne-Louise Barré), 44 ans ;
4 – Sœur Marie-Augustine du Sacré-Coeur (née Marie-Madeleine Déjardins), 34 ans ;
5 – Sœur Marie-Louise de Saint-François-d’Assise (née Marie-Geneviève Ducrez), 38 ans ;
6 – Sœur Anne-Marie (née Augustine Erraux), ancienne Brigittine, 32 ans ;
7 – Sœur Marie-Françoise (née Liévine Lacroix), ancienne Brigittine, 41 ans ;
8 – Sœur Marie-Scholastique de saint-Jacques (née Marie-Marguerite Leroux), 43 ans ;
9 – Sœur Marie-Laurentine de Saint-Stanislas (née Marie-Reine Prin), 47 ans ;
10 – Sœur Marie-Nathalie de Saint-Louis (née Marie-Louise Vanot), 66 ans,
11 – Sœur Joséphine (née Anne-Joseph Leroux), Clarisse, âgée de 47 ans.

Oraison : 

       Seigneur notre Dieu, Vous avez été glorifié par le martyre la Bienheureuse Marie-Clotilde et de ses compagnes ; faites, nous Vous en prions, que suivant l’exemple de leur foi et de leur charité apostolique, nous soyons affermis dans Votre amour de sorte que rien ne puisse nous séparer de Vous. Nous Vous le demandons par Jésus, Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.

Ursulines martyres de Valenciennes

2008-57. Les promesses du Sacré-Cœur en faveur de ceux qui pratiqueront cette dévotion.

   A l’occasion de la fête de Sainte Marguerite-Marie (17 octobre – voir aussi l’article publié l’an dernier à cette même date, en cliquant > ici), nous tenons à publier ici le texte des promesses que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faites en faveur des personnes qui pratiqueraient la dévotion envers son Sacré-Cœur.
Ces douze promesses constituent un résumé des paroles que Notre-Seigneur a adressées à Sainte Marguerite-Marie en diverses circonstances et en plusieurs occasions. Elles ont été (bien évidemment !) contestées, mais il est facile à une personne familière des écrits de Sainte Marguerite-Marie de démontrer qu’elles sont authentiques même si, pour des raisons pratiques, elles ont été rédigées de manière plus simple.

Jésus manifestant son Coeur à Ste Marguerite-Marie

1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

2. Je mettrai la paix dans leur famille.

3. Je les consolerai dans toutes leurs peines.

4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à l’heure de la mort.

5. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.

6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.

7. Les âmes tièdes deviendront ferventes.

8. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.

9. Je bénirai moi-même les maisons où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé.

12. Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que mon divin Cœur se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

Voir aussi les prières en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus que nous avons déjà publiées :
- la neuvaine de confiance > ici ;
- la prière composée par Sainte Madeleine-Sophie Barat > ici ;
- le « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > ici ;
- l’acte d’offrande de Saint Claude de la Colombière > ici.

Prières et litanies en l’honneur de Saint Michel Archange.

       Nous avions déjà évoqué (cf. > ici) les origines de la fondation de l’abbaye du Mont Saint-Michel, mais nous ne pouvons passer sous silence, en ce 16 octobre 2008, le treizième centenaire de la consécration du premier sanctuaire élevé sur le « Mont Tombe » par Saint Aubert, le 16 octobre 708. En cette circonstance, nous vous proposons quelques textes de prières à Saint Michel, toujours utiles dans les combats de notre vie spirituelle…

St  Michel au péril de la mer

Prière de Saint Louis de Gonzague à Saint Michel :

       O Prince invincible, gardien fidèle de l’Eglise de Dieu et des âmes justes, vous qui, animé d’une si grande charité et d’un si grand zèle, avez livré tant de batailles et accompli d’entreprises, non pour vous acquérir à vous-même renommée et réputation comme le font les capitaines de ce monde, mais pour accroître et défendre la gloire et l’honneur que nous devons tous à notre Dieu en même temps que pour satisfaire au désir que vous aviez du salut des hommes, venez, je vous en prie, au secours de mon âme qui est attaquée continuellement et mise en danger par ses ennemis : la chair, le monde et le démon. Vous avez conduit jadis le peuple d’Israël dans le désert, veuillez aussi être mon guide et mon compagnon dans le désert de ce monde, jusqu’à ce que vous m’ayez conduit hors de tout danger dans la terre des vivants, dans cette bienheureuse patrie d’où nous sommes tous exilés.

Ainsi soit-il.

* * *    * * *    * * *

Litanies de saint Michel

(pour la récitation privée)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Reine des Anges, priez pour nous.
Saint Michel Archange, priez pour nous.
Saint Michel, princes très glorieux, priez pour nous.
Saint Michel, fort dans le combat, priez pour nous.
Saint Michel, vainqueur de Satan, priez pour nous.
Saint Michel, terreur des démons, priez pour nous.
Saint Michel, prince de la milice céleste, priez pour nous.
Saint Michel, héraut de la gloire divine, priez pour nous.
Saint Michel, joie des Anges, priez pour nous.
Saint Michel, honoré des Elus, priez pour nous.
Saint Michel, qui présentez au Très-Haut nos prières, priez pour nous.
Saint Michel, défenseur des âmes justes, priez pour nous.
Saint Michel, messager de Dieu, priez pour nous.
Saint Michel, dont la prière conduit aux cieux, priez pour nous.
Saint Michel, soutien du peuple de Dieu, priez pour nous.
Saint Michel, gardien et patron de l’Eglise, priez pour nous.
Saint Michel, bienfaiteur des peuples qui vous honorent, priez pour nous.
Saint Michel, porte-étendard du salut, priez pour nous.
Saint Michel, notre défenseur dans le combat, priez pour nous.
Saint Michel, ange de la paix, priez pour nous.
Saint Michel, introducteur des âmes dans la lumière sainte, priez pour nous.
Saint Michel, prévôt du Paradis, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

V./ Priez pour nous, saint Michel Archange.
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

Oraison :

   Dieu tout puissant et éternel, qui avez établi saint Michel gardien de l’Eglise et prévôt du paradis, accordez par son intercession, à l’Eglise la prospérité et la paix, à nous la grâce en cette vie et la gloire dans l’éternité. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur.

Ainsi soit-il.

Imprimatur : Coutances, le 9 mars 1929. Théophile-Marie, évêque de Coutances et Avranches.

* * *    * * *    * * *

Prière à saint Michel, pour tous nos besoins :

   O bienveillant Archange, votre puissance est si grande sur le Cœur de Dieu qu’il ne vous a jamais rien refusé, et votre charité pour nous est telle que tous ceux qui vous invoquent sont assurés de votre perpétuel secours. Pleins de confiance en votre protection, nous venons vous exposer humblement nos besoins. Vous savez s’ils sont nombreux et pressants. Dissipez nos ténèbres, conduisez-nous dans la voie, défendez-nous contre nos ennemis, guérissez nos plaies et prodiguez-nous toutes les tendresses qu’un saint amour peut vous inspirer envers vos fidèles clients.

Ainsi soit-il.

Voir aussi les prières en l’honneur de Saint Michel publiées > ici.

2008-51. A Lourdes, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI nous a parlé de la Compassion aimante et souriante de Notre-Dame:

   Au mois de septembre 2008, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI s’est rendue en pèlerinage à Lourdes.
Nous ne publions pas ici l’intégralité des textes (discours, messages & homélies) que le Souverain Pontife nous a alors donnés à l’occasion de son voyage apostolique en France – vous pouvez les retrouver > ici - mais, parce que la fête de Notre-Dame des Douleurs est la fête patronale du Refuge Notre-Dame de Compassion -, nous voulons retranscrire ici l’homélie que le Saint Père a prononcée au cours de la Sainte Messe du 15 septembre 2008, qu’il a célébrée sur le parvis de la basilique du Rosaire à l’intention des personnes qui souffrent : une homélie qui nous touche particulièrement puisqu’elle met en valeur la Compassion aimante et souriante de Notre-Dame. En voici donc ci-dessous le texte intégral.

Piéta de Villeneuve les Avignon par Enguerrand Quarton (XVème siècle)

Chers frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Chers malades, chers accompagnateurs et hospitaliers,
Chers frères et sœurs !

   Nous avons célébré hier la Croix du Christ, l’instrument de notre Salut, qui nous révèle dans toute sa plénitude la miséricorde de notre Dieu. La Croix est en effet le lieu où se manifeste de façon parfaite la compassion de Dieu pour notre monde. Aujourd’hui, en célébrant la mémoire de Notre-Dame des Douleurs, nous contemplons Marie qui partage la compassion de son Fils pour les pécheurs. Comme l’affirme saint Bernard, la Mère du Christ est entrée dans la Passion de son Fils par sa compassion (cf. Homélie pour le dimanche dans l’Octave de l’Assomption). Au pied de la Croix se réalise la prophétie de Syméon : son cœur de mère est transpercé (cf. Luc II, 35)par le supplice infligé à l’Innocent, né de sa chair. Comme Jésus a pleuré (cf. Jean XI,35), Marie a certainement elle aussi pleuré devant le corps torturé de son enfant. La discrétion de Marie nous empêche de mesurer l’abîme de sa douleur ; la profondeur de cette affliction est seulement suggérée par le symbole traditionnel des sept glaives. Comme pour son Fils Jésus, il est possible de dire que cette souffrance l’a conduite elle aussi à sa perfection (cf. Hébr. II, 10), pour la rendre capable d’accueillir la nouvelle mission spirituelle que son Fils lui confie juste avant de « remettre l’esprit » (cf. Jean XIX, 30) : devenir la mère du Christ en ses membres. En cette heure, à travers la figure du disciple bien-aimé, Jésus présente chacun de ses disciples à sa Mère en lui disant : « Voici ton Fils » (cf. Jean XIX, 26-27).

   Marie est aujourd’hui dans la joie et la gloire de la Résurrection. Les larmes qui étaient les siennes au pied de la Croix se sont transformées en un sourire que rien n’effacera tandis que sa compassion maternelle envers nous demeure intacte. L’intervention secourable de la Vierge Marie au cours de l’histoire l’atteste et ne cesse de susciter à son égard, dans le peuple de Dieu, une confiance inébranlable : la prière du « Souvenez-vous » exprime très bien ce sentiment. Marie aime chacun de ses enfants, portant d’une façon particulière son attention sur ceux qui, comme son Fils à l’heure de sa Passion, sont en proie à la souffrance;  elle les aime tout simplement parce qu’ils sont ses fils, selon la volonté du Christ sur la Croix. Le psalmiste, percevant de loin ce lien maternel qui unit la Mère du Christ et le peuple croyant, prophétise au sujet de la Vierge Marie que « les plus riches du peuple … quêteront ton sourire » (Ps. XLIV, 13). Ainsi, à l’instigation de la Parole inspirée de l’Écriture, les chrétiens ont-ils depuis toujours quêté le sourire de Notre Dame, ce sourire que les artistes, au Moyen-âge, ont su si prodigieusement représenter et mettre en valeur. Ce sourire de Marie est pour tous ; il s’adresse cependant tout spécialement à ceux qui souffrent afin qu’ils puissent y trouver le réconfort et l’apaisement. Rechercher le sourire de Marie n’est pas le fait d’un sentimentalisme dévot ou suranné, mais bien plutôt l’expression juste de la relation vivante et profondément humaine qui nous lie à celle que le Christ nous a donnée pour Mère.

   Désirer contempler ce sourire de la Vierge, ce n’est pas se laisser mener par une imagination incontrôlée. L’Écriture elle-même nous le dévoile sur les lèvres de Marie lorsqu’elle chante le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » (Luc I, 46-47). Quand la Vierge Marie rend grâce au Seigneur, elle nous prend à témoin. Marie partage, comme par anticipation, avec ses futurs enfants que nous sommes, la joie qui habite son cœur, pour qu’elle devienne la nôtre. Chaque récitation du Magnificat fait de nous des témoins de son sourire. Ici à Lourdes, au cours de l’apparition qui eut lieu le mercredi 3 mars 1858, Bernadette contempla de manière toute particulière ce sourire de Marie. Celui-ci fut la première réponse que la Belle Dame donna à la jeune voyante qui voulait connaître son identité. Avant de se présenter à elle, quelques jours plus tard, comme « l’Immaculée Conception », Marie lui fit d’abord connaître son sourire, comme étant la porte d’entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère.

   Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures, tournée vers nous, se reflète notre dignité d’enfants de Dieu, cette dignité qui n’abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Nous le savons malheureusement : la souffrance endurée rompt les équilibres les mieux assurés d’une vie, ébranle les assises les plus fermes de la confiance et en vient parfois même à faire désespérer du sens et de la valeur de la vie. Il est des combats que l’homme ne peut soutenir seul, sans l’aide de la grâce divine. Quand la parole ne sait plus trouver de mots justes, s’affirme le besoin d’une présence aimante : nous recherchons alors la proximité non seulement de ceux qui partagent le même sang ou qui nous sont liés par l’amitié, mais aussi la proximité de ceux qui nous sont intimes par le lien de la foi. Qui pourraient nous être plus intimes que le Christ et sa sainte Mère, l’Immaculée ? Plus que tout autre, ils sont capables de nous comprendre et de saisir la dureté du combat mené contre le mal et la souffrance. La Lettre aux Hébreux dit à propos du Christ, qu’il « n’est pas incapable de partager notre faiblesse ; car en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous » (cf. HébR. IV, 15). Je souhaiterais dire, humblement, à ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie : tournez-vous vers Marie ! Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Auprès d’elle se trouve également la grâce d’accepter, sans crainte ni amertume, de quitter ce monde, à l’heure voulue par Dieu.

   Comme elle était juste l’intuition de cette belle figure spirituelle française, Dom Jean-Baptiste Chautard, qui, dans L’âme de tout apostolat, proposait au chrétien ardent de fréquentes « rencontres de regard avec la Vierge Marie » ! Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage, c’est l’aspiration, dit le Psaume XLIV, de ceux qui sont « les plus riches du peuple » (v./ 13). « Les plus riches », c’est-à-dire dans l’ordre de la foi, ceux qui ont la maturité spirituelle la plus élevée et savent précisément reconnaître leur faiblesse et leur pauvreté devant Dieu. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils Bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît. Et nous savons ce qui plaît à Marie grâce aux paroles qu’elle adressa aux serviteurs à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (cf. Jean II, 5).

   Le sourire de Marie est une source d’eau vive. « Celui qui croit en moi, dit Jésus, des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » (Jean VII, 38). Marie est celle qui a cru, et, de son sein, ont jailli des fleuves d’eau vive qui viennent irriguer l’histoire des hommes. La source indiquée, ici, à Lourdes, par Marie à Bernadette est l’humble signe de cette réalité spirituelle. De son cœur de croyante et de mère, jaillit une eau vive qui purifie et qui guérit. En se plongeant dans les piscines de Lourdes, combien n’ont-ils pas découvert et expérimenté la douce maternité de la Vierge Marie, s’attachant à elle pour mieux s’attacher au Seigneur ! Dans la séquence liturgique de cette fête de Notre-Dame des Douleurs, Marie est honorée sous le titre de « Fons amoris », « Source d’amour ». Du cœur de Marie, sourd, en effet, un amour gratuit qui suscite en réponse un amour filial, appelé à s’affiner sans cesse. Comme toute mère et mieux que toute mère, Marie est l’éducatrice de l’amour. C’est pourquoi tant de malades viennent ici, à Lourdes, pour se désaltérer auprès du « Fons amoris » et pour se laisser conduire à l’unique source du salut, son Fils, Jésus le Sauveur.

   Le Christ dispense son Salut à travers les Sacrements et, tout spécialement, aux personnes qui souffrent de maladies ou qui sont porteuses d’un handicap, à travers la grâce de l’onction des malades. Pour chacun, la souffrance est toujours une étrangère. Sa présence n’est jamais domesticable. C’est pourquoi il est difficile de la porter, et plus difficile encore – comme l’ont fait certains grands témoins de la sainteté du Christ – de l’accueillir comme une partie prenante de notre vocation, ou d’accepter, comme Bernadette l’a formulé, de « tout souffrir en silence pour plaire à Jésus ». Pour pouvoir dire cela, il faut déjà avoir parcouru un long chemin en union avec Jésus. Dès à présent, il est possible, en revanche, de s’en remettre à la miséricorde de Dieu telle qu’elle se manifeste par la grâce du Sacrement des malades. Bernadette, elle-même, au cours d’une existence souvent marquée par la maladie, a reçu ce Sacrement à quatre reprises. La grâce propre à ce Sacrement consiste à accueillir en soi le Christ médecin. Cependant, le Christ n’est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l’isolement que provoque la douleur. L’homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s’offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l’enfantement de la nouvelle création.

   Sans l’aide du Seigneur, le joug de la maladie et de la souffrance est cruellement pesant. En recevant le Sacrement des malades, nous ne désirons porter d’autre joug que celui du Christ, forts de la promesse qu’il nous a faite que son joug sera facile à porter et son fardeau léger (cf. Mt 11, 30). J’invite les personnes qui recevront l’onction des malades au cours de cette messe à entrer dans une telle espérance.

   Le Concile Vatican II a présenté Marie comme la figure en laquelle est résumé tout le mystère de l’Église (cf. « Lumen Gentium »  n. 63-65). Son histoire personnelle anticipe le chemin de l’Église, qui est invitée à être tout aussi attentive qu’elle aux personnes qui souffrent. J’adresse un salut affectueux à toutes les personnes, particulièrement le corps médical et soignant, qui, à divers titres dans les hôpitaux ou dans d’autres institutions, contribuent aux soins des malades avec compétence et générosité. Je voudrais également dire à tous les hospitaliers, aux brancardiers et aux accompagnateurs qui, provenant de tous les diocèses de France et de plus loin encore, entourent tout au long de l’année les malades qui viennent en pèlerinage à Lourdes, combien leur service est précieux. Ils sont les bras de l’Église servante. Je souhaite enfin encourager ceux qui, au nom de leur foi, accueillent et visitent les malades, en particulier dans les aumôneries des hôpitaux, dans les paroisses ou, comme ici, dans les sanctuaires. Puissiez-vous, en étant les porteurs de la miséricorde de Dieu (cf. Matth. XXV, 39-40), toujours ressentir dans cette mission importante et délicate le soutien effectif et fraternel de vos communautés !

   Le service de charité que vous rendez est un service marial. Marie vous confie son sourire, pour que vous deveniez vous-mêmes, dans la fidélité à son Fils, source d’eau vive. Ce que vous faites, vous le faites au nom de l’Église, dont Marie est l’image la plus pure. Puissiez-vous porter son sourire à tous !

   En conclusion, je souhaite m’unir à la prière des pèlerins et des malades et reprendre avec vous un extrait de la prière à Marie proposée pour la célébration de ce Jubilé : « Parce que tu es le sourire de Dieu, le reflet de la lumière du Christ, la demeure de l’Esprit Saint, parce que tu as choisi Bernadette dans sa misère, que tu es l’étoile du matin, la porte du ciel, et la première créature ressuscitée, Notre-Dame de Lourdes », avec nos frères et sœurs dont le cœur et le corps sont endoloris, nous te prions ! Amen.

2008-48. In memoriam : Victimes et martyrs des massacres de septembre 1792.

2 septembre,
Fête des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792.

       Du 2 au 7 septembre 1792, à Paris, mais aussi dans d’autres villes (Versailles, Orléans, Meaux, Reims…) on assista à un déferlement de violences à peine imaginables , qui sont restées dans l’histoire sous le nom de « Massacres de Septembre ».
On peut voir dans cet épisode – pieusement minoré par les chantres de la grande, belle et généreuse révolution – le préambule de la grande terreur.

   Le 2 septembre 2007 coïncidait avec un dimanche et Frère Maximilien-Marie, puisque le Mesnil-Marie était encore établi tout proche de Paris, avait pu contribuer à l’organisation d’une célébration en l’honneur non seulement des martyrs mais aussi des autres victimes (non béatifiées) – trop souvent tombées dans l’oubli – de ces massacres.

   Ce fut une Sainte Messe latine traditionnelle, célébrée par Monsieur l’Abbé M******, dans la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.
Pourquoi en ce lieu?
Parce que justement l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fut l’un de ces lieux où quelques centaines de malheureuses victimes périrent de manière horrible.
Les chants de cette très belle célébration avaient été assurés par la Schola Sainte Cécile et vous pourrez aussi vous reporter à ce qui fut p
ublié sur le site de cette excellente formation en cliquant > ici .

   Chaque année, au retour de cette date du 2 septembre, il est de notre devoir – par la pensée et la prière – de rejoindre ces glorieux témoins de la Foi et de la fidélité héroïque à la Sainte Eglise Romaine.

   Pour moi, je suis allé rechercher dans les archives de Frère Maximilien-Marie le texte par lequel il avait introduit la célébration de ce 2 septembre 2007 car, indépendamment des points de circonstance, il s’y trouve des éléments importants dont il convient de garder le souvenir et d’alimenter notre réflexion…

Lully.

Scène de massacre à la Salpêtrière - septembre 1792

Scène de massacre dans la cour de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en septembre 1792

Introduction à la Sainte Messe du dimanche 2 septembre 2007
en la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.

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       « Le lundi saint dernier, à l’issue d’une conférence que je venais de donner, un ami (qui n’est pas né en France et dont l’humilité souffrirait que je dévoile ici son nom) me faisait part de son étonnement en constatant que la commémoration des martyrs de septembre et des victimes de la révolution, en dehors des offices célébrés autour du 21 janvier, du 8 juin ou du 16 octobre passait inaperçue, même dans beaucoup de milieux dits « tradis » ; et il me demandait ce qui empêcherait d’organiser une célébration de plus grande envergure que les messes « ordinaires » célébrées sans grande solennité ni – qu’on me pardonne ce mot – publicité.
Après avoir réfléchi et prié, j’ai pris la décision de relever le défi et de tenter d’organiser « quelque chose ».
Or justement, en cette année 2007, le 2 septembre correspond avec un dimanche, jour où – par principe – davantage de personnes sont disponibles pour participer à un rassemblement… surtout religieux.
Le 2 septembre est en effet le jour de la fête liturgique des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792, même si la célébration du dimanche ne permet pas de célébrer la messe propre de la fête. C’est en effet du 2 au 7 septembre 1792, que plusieurs milliers de victimes furent atrocement massacrées dans les prisons de Paris : au Châtelet,  à la Conciergerie, à la Force, dans les maisons religieuses transformées en lieu de détention : l’Abbaye, Saint-Firmin, les Carmes, dans les hôpitaux comme Bicètre, ou ici même, à la Pitié Salpêtrière.

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   En tout premier lieu, nous devons donc adresser de chaleureux remerciements à Monseigneur Gilles Annequin, responsable de l’aumônerie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et Vicaire Épiscopal chargé de la Pastorale de la Santé, ainsi qu’à ses collaborateurs : ce sont eux qui nous accueillent ici, dans cette chapelle fondée par Louis XIV.
Au cours de cette Messe nous n’omettrons pas de prier à l’intention de ceux qui aujourd’hui sont aux prises avec la souffrance, du corps ou de l’âme, et nous demanderons à Dieu et à ses saints martyrs, de leur donner des grâce de force, de consolation, et – s’il est possible – de guérison…
Nous aurons également à cœur de prier pour que la mission pastorale de Monsieur l’Aumônier et de son équipe porte des fruits de grâce.
Mes remerciements vont bien sûr à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre vont permettre le bon déroulement de la liturgie : choristes, organiste, servants d’autel… et tout particulièrement aussi à notre célébrant, Monsieur l’abbé M******, auxiliaire de l’institut de droit pontifical du Bon Pasteur, au Centre Saint-Paul.
Des remerciements aussi à tous les journalistes, de la presse écrite ou de la radio, remerciements à tous les responsables d’associations, de mouvements ou de sites internet et remerciements à tous les « blogueurs » qui ont relayé l’information…
Et des remerciements enfin à vous tous pour votre présence…

   Je voudrais ensuite ajouter deux avis pratiques :
a) Le premier, au sujet de… la quête !
Elle servira à régler les honoraires du célébrant, le cachet de l’organiste et à laisser une offrande, que je souhaiterais la plus généreuse possible, pour cette chapelle dont l’entretien et la restauration de certains éléments du mobiliers s’avère nécessaire : et j’en profite pour saluer le combat (le mot n’est pas trop fort) que mène Monseigneur Annequin pour conserver à cette chapelle son caractère de lieu de culte, consacré à Dieu, alors que certains voudraient l’utiliser à d’autres fins.
b) Le second pour vous signaler qu’à l’issue de la célébration, vous pourrez si vous le désirer emporter un feuillet récapitulatif des événements de septembre 1792, mais aussi acheter un livret…

   Si d’aventure les exemplaires ici disponibles se révélaient insuffisants, vous pourriez nous laisser vos coordonnées et nous procéderions à un nouveau tirage.

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   Quel sens faut-il donner au rassemblement de ce jour ?
Notre réunion en ce lieu, pour honorer le souvenir des martyrs et des victimes de la grande révolution, n’est pas une manifestation « politique » (du moins au sens courant de ce mot) et elle n’est pas non plus « partisane ».
A une époque où on nous rebat les oreilles avec le « devoir de mémoire », mais où justement la « mémoire officielle » se fait singulièrement sélective – partielle et partiale – notre identité catholique nous oblige à dire et à répéter, à la suite d’un grand nombre de pontifes et de saints, que l’idéologie des prétendues « lumières » et la révolution de 1789, sous le couvert de fallacieux slogans humanitaires, sont une impasse qui entraînent l’humanité vers une effrayante déshumanisation, ramènent l’homme à un état de brute pire que l’animal, et conduisent le monde à la ruine.

   Nous le savons bien, l’essence de la révolution tient dans la révolte contre un ordre temporel qui, parce qu’il est humain, ne peut certes jamais être parfait, mais dont les références étaient prioritairement le Christ et Sa Loi.

   Derrière les atrocités de la révolution, notre regard – exercé par la contemplation des réalités surnaturelles – nous montre indubitablement l’action de l’ennemi du plan de Dieu, l’ennemi du salut des hommes, l’ennemi du bonheur de l’homme, lui qui est « menteur et homicide dès le commencement », lui qui, aux origines du monde, a crié « non serviam : je ne servirai pas ! » , lui qui, par le biais de mille séductions, porte l’homme à crier à son tour : nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous !
Voilà pourquoi les conséquences de l’idéologie des prétendues « lumières » et de la révolution de 1789 se retrouvent dans tous les systèmes totalitaires qui, depuis près de deux siècles, ont voulu re-former l’homme et la société en dehors de sa nature et en dehors de sa vocation surnaturelle.

   Réunis dans le souvenir de ces milliers de nos frères, immolés dans une fureur sanguinaire difficilement concevable, notre présence ici, aujourd’hui, dans ce lieu, est une forme de protestation contre les attentats sacrilèges, répétés et toujours amplifiés, qui portent atteinte aux droits et la royauté de Dieu, et par conséquence logique aussi qui portent atteinte à la dignité de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et appelé au partage de la béatitude divine.

   Nous ne sommes pas venus pour assister à un « meeting » politique, mais pour participer de toute la ferveur de notre âme à la Sainte Messe catholique,  c’est à dire au renouvellement mystique de l’acte sublime du Calvaire, par lequel le Christ notre Roi opère le salut de l’humanité et nous obtient toutes les grâces nécessaires pour parvenir à notre fin surnaturelle et éternelle.
Nous assisterons à la Sainte Messe dans le souvenir de ces martyrs glorieux, que l’Eglise a élevés aux honneurs des autels, et dont le sang, généreusement versé à la suite du Christ immolé, a permis un vrai renouvellement de l’Eglise de France : le sang des martyrs est toujours semence de chrétienté !
Mais nous nous souviendrons aussi de ces victimes, connues ou inconnues, qui furent sauvagement assassinées à seule fin d’instaurer une politique de terreur : prisonniers politiques, gardes suisses, prisonniers de droit commun, malades, aliénés, orphelins, handicapés… sacrifiés par l’idéologie révolutionnaire en invoquant une liberté, une l’égalité et une fraternité dont on peut – selon la recommandation du Saint Evangile – juger de la vérité par les fruits.

   Lorsqu’ils refusent l’ordre voulu par Dieu, les plus nobles idéaux se pervertissent ; quand il refuse le Sang versé par son Rédempteur, l’homme s’enfonce dans les plus sanguinaires folies ; quand elles refusent la royauté du Sacré-Cœur de Jésus, les sociétés accumulent les ruines !

   Nous ne sommes pas ici parce que nous serions des « passéistes », congelés dans un sempiternel regret d’époques révolues ; nous ne sommes pas des « rétrogrades », dont la seule ambition tendrait à une forme de revanche aigrie sur l’histoire… Nous sommes des catholiques qui, avec les critères de l’Evangile diagnostiquons le mal qui ronge et détruit le monde dans lequel la Providence nous a placés, et qui voulons – avec l’humilité des serviteurs de la Vérité – qu’il revienne à la santé et à la vie.
Qui oserait traiter le médecin qui travaille à rendre la santé à son patient de « rétrograde » ?
Quel homme de bon sens pourrait prétendre que lorsqu’un malade recouvre la santé il retourne en arrière et fait du passéisme ?
Notre monde est malade, notre société est malade, la France est malade… et nous en souhaitons la guérison, le retour à la vie. Voilà pourquoi nous nous tournons vers Celui qui affirme « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et qui dit encore « Je suis venu pour les malades et les pécheurs ».
Nous nous tournons vers Lui en Le suppliant pour qu’Il guérisse les plaies, cicatrise les blessures, et ressuscite ce qui a été touché par la mort spirituelle : Que le Christ soit victorieux de toutes les forces de mort et de corruption, que le Cœur du Christ touche et guérisse le cœur de notre pauvre humanité, que l’Amour du Cœur du Christ règne dès à présent et pour toujours, voilà notre souhait, notre prière, et l’objet de notre combat.

« Christus vincit !  Christus regnat !  Christus imperat ! »

palmes

On trouvera le décret du Saint-Siège relatif au martyre des victimes de septembre 1792 > ici 

2008-46. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI met en évidence deux saints : Thérèse-Bénédicte de la Croix et Maximilien-Marie Kolbe :

   En ce mercredi 13 août 2008, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI – rentré à Castel Gandolfo après quelques jours de repos dans la province du Sud Tyrol – , s’est montré au balcon de la Cour intérieure du Palais Apostolique pour rencontrer les fidèles rassemblés pour l’Audience générale du mercredi. Dans le discours en langue italienne, le Pape s’est arrêté sur les figures de deux Saints fêtés ces jours-ci : Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (dans le monde Edith Stein) et Saint Maximilien-Marie Kolbe. Après le Pater Noster et la Bénédiction Apostolique, le Saint Père a adressé des salutations en diverses langues aux groupes de fidèles présents.

Catéchèse du Saint-Père en langue italienne :
l’exemple de deux saints martyrs d’Auschwitz,
Saint Maximilien-Marie Kolbe
et
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix

   Chers frères et sœurs !

   Rentré de Bressanone, où j’ai pu passer une période de repos, je suis content de vous rencontrer et de vous saluer, chers habitants de Castel Gandolfo, et vous, chers pèlerins, qui êtes venus aujourd’hui me rendre visite. Je voudrais encore une fois remercier ceux qui m’ont accueilli et ont veillé sur mon séjour en montagne. Ces journées ont été des journées de détente sereine, où je n’ai pas cessé de rappeler au Seigneur tous ceux qui se confient à mes prières. Et ceux qui m’écrivent en me demandant de prier pour eux, sont vraiment très nombreux. Ils me manifestent leurs joies, mais aussi leurs préoccupations, leurs projets de vie, mais aussi les problèmes familiaux et de travail, les attentes et les espoirs qu’ils portent dans leur cœur, à côté des inquiétudes liées aux incertitudes que l’humanité vit en ce moment. Je peux assurer à tous et à chacun mon souvenir, tout particulièrement dans la célébration quotidienne de la Sainte Messe et dans la récitation du Saint Rosaire. Je sais bien que le premier service que je peux rendre à l’Église et à l’humanité est vraiment celui de la prière, parce qu’en priant je mets avec confiance dans les mains du Seigneur, le ministère que Lui-même m’a confié, avec le destin de la communauté ecclésiale et civile tout entière.

   Celui qui prie ne perd jamais l’espérance, même lorsqu’il lui arrive de se trouver dans des situations difficiles et même humainement désespérées. C’est ce que nous enseignent les Saintes Écritures et ce dont l’histoire de l’Église témoigne. Combien d’exemples, en effet, nous pourrions évoquer de situations dans lesquelles la prière a vraiment été un soutien sur le chemin des saints et du peuple chrétien! Parmi les témoignages de notre époque, je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci : Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien-Marie Kolbe que nous célèbrerons demain, 14 août, veille de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Tous les deux ont terminé par le martyre leur expérience terrestre dans le camp d’Auschwitz. Apparemment, leurs existences pourraient être retenues comme une défaite, mais c’est précisément dans leur martyre que se reflète l’éclat de l’amour qui vainc les ténèbres de l’égoïsme et de la haine. On a attribué à Saint Maximilien Kolbe les paroles suivantes qu’il aurait prononcées dans la pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n’est pas une force créatrice : c’est seulement l’amour ». Et la preuve héroïque de l’amour fut le don généreux qu’il fit de sa personne en échange de son compagnon de captivité, don qui a culminé quand il est mort de faim dans le bunker, le 14 août 1941.

   Edith Stein, le 6 août de l’année suivante, à trois jours de sa fin dramatique, en approchant quelques sœurs du monastère d’Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est même ici parmi nous. Jusqu’à présent, j’ai pu très bien prier et j’ai dit avec tout mon cœur : ‘Ave, Crux, spes unica’ ». Des témoins qui réussirent à fuir l’horrible massacre, racontèrent que Thérèse-Bénédicte de la Croix, alors qu’elle était vêtue du vêtement carmélitain et avançait consciente vers la mort, se distinguait par son comportement empli de paix et par son attitude sereine, par son comportement calme, et attentive aux nécessités de tous. La prière fut le secret de cette Sainte copatronne de l’Europe, qui « après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, elle dût vivre jusqu’au bout le mystère de la Croix » (Lettre Apostolique « Spes aedificandi » : Enseignements de Jean Paul II, XX, 2, 1999 pag.511).

   « Ave Maria ! » : ce fut la dernière invocation sur les lèvres saint Maximilien-Marie Kolbe alors qu’il tendait le bras à celui qui le tuait par une injection d’acide phénique. Il est émouvant de constater que le recours humble et confiant à la Vierge Marie est toujours source de courage et de sérénité.
Alors que nous nous préparons à célébrer la solennité de l’Assomption, qui est une des célébrations mariales les plus chères à la tradition chrétienne, renouvelons notre confiance à Celle qui, du Ciel, veille avec un amour maternel sur nous à tout moment. C’est en effet ce que nous disons dans la prière familière de l’Ave Maria Lui demandant de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ».

Saint Maximilien-Marie Kolbe

Neuvaine du 6 au 14 août pour préparer la fête de l’Assomption de Notre-Dame.

Pour préparer la fête de l’Assomption de Notre-Dame,

       nous vous proposons de nous unir dans une neuvaine de prières, simple et fervente, du 6 au 14 août. Chaque jour, récitons le chapelet (ou au moins une dizaine) et ajoutons y la prière suivante.

   Ce texte célèbre, tiré des oeuvres de l’abbé Henri Perreyve, correspond bien à l’esprit de supplication qui est le nôtre en ces jours où tant de malades, tant de soucis et de peines sont recommandés à nos prières… Et bien sûr, prions les uns pour les autres !

la mort de la Très Sainte Vierge.

Vierge Sainte,
au milieu de vos jours glorieux,
n’oubliez pas les tristesses de la terre.

Jetez un regard de bonté sur ceux
qui sont dans la souffrance,
qui luttent contre les difficultés
et qui ne cessent de tremper leurs lèvres aux amertumes de cette vie.

Ayez pitié de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés !
Ayez pitié de l’isolement du coeur !
Ayez pitié de la faiblesse de notre foi !
Ayez pitié des objets de notre tendresse !
Ayez pitié de ceux qui pleurent, de ceux qui prient, de ceux qui tremblent !

Donnez à tous l’espérance et la paix.

Ainsi soit-il.

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia, De Maria numquam satis, Prier avec nous, Textes spirituels |on 4 août, 2008 |Commentaires fermés

2008-40. 22 juillet, fête de Sainte Marie-Magdeleine.

22 juillet,
Fête de Sainte Marie-Magdeleine, pénitente.

En ce jour de la fête de Sainte Marie-Magdeleine, nous reproduisons ici le texte d’une conférence donnée par Mgr Jean-Pierre Ravotti à la Sainte Baume le lundi de Pentecôte 5 juin 2006. Mgr Ravotti, qui a grandi à Saint-Maximin à l’ombre du couvent des dominicains abritant les reliques de sainte Marie-Magdeleine, nous livre ici les raisons de son attachement à cette haute figure de sainteté que les Provençaux continuent d’honorer et aimer eux aussi .

2008-40. 22 juillet, fête de Sainte Marie-Magdeleine. dans Chronique de Lully reliquaire2copie

Reliquaire du chef de Sainte Marie-Magdeleine dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin.

« Avant d’aborder mon sujet, je voudrais apporter quelques précisions que je considère comme importantes car, d’une part, elles me permettent de délimiter l’argument – le thème de ma « conversation (conversazione comme on dit de façon si charmante en italien) » – et, d’autre part, elles vous permettent, à vous qui m’écoutez, de ne pas attendre de moi ce que je ne suis nullement en mesure de vous offrir.

Première précision : je ne suis ni un exégète ni un historien. Je n’ai donc aucune compétence particulière pour vous parler de Marie-Madeleine, un personnage évangélique d’autant plus attrayant qu’il demeure par certains aspects bien mystérieux. L’histoire s’est bien vite emparée de ce personnage, sans toutefois parvenir à élucider complètement le mystère. L’essai de Dan Brown – le fameux « Da Vinci Code » – truffé d’erreurs historiques n’y est d’ailleurs pas plus parvenu que d’autres bien plus sérieux et crédibles ! J’éviterai donc de me lancer dans des discussions exégétiques ou historiques dont je me sens bien incapable… Accueillez ce que je vais vous dire simplement comme un témoignage. Je n’ai que mon cœur d’homme et que ma foi de chrétien et de prêtre pour vous parler de celle «que mon cœur aime», selon l’expression du Cantique des Cantiques, texte biblique que la tradition liturgique a mis sur les lèvres de Marie-Madeleine. Et vous le savez bien, mes amis, vous surtout les Provençaux, on parle toujours volontiers de ceux que l’on aime !

Deuxième précision : je suis mû par une autre conviction, qui s’est affermie au cours des années. Ce n’est pas nous qui choisissons les saints ; ce sont eux, au contraire, qui nous choisissent et qui s’imposent à nous. Je veux dire par là que ce que nous recevons d’eux est infiniment plus important et plus déterminant, infiniment plus précieux que le peu que nous pouvons leur offrir ou que tout ce que nous pouvons imaginer à leur sujet.
J’ai grandi à l’ombre de la Basilique de Saint-Maximin. J’en connais tous les recoins. La Madeleine de mon enfance était liée aux fastes des célébrations en son honneur. Il n’y avait pas que Huysmans – pardonnez-moi la comparaison – qui était sensible à cette beauté parlante de la liturgie ! En mûrissant – non pas au sens populaire de l’expression : «Il est mûr !» – j’ai mieux appris à découvrir cette présence de Marie-Madeleine comme un don et une grâce offerts à ma vie, en particulier à ma vie de prêtre. Aussi je fais mienne la conviction du Père Vayssière, gardien de la Grotte de la Sainte-Baume, qui rétorquait à des touristes ou à des pèlerins curieux de savoir si Marie-Madeleine était vraiment venue sur nos terres provençales : « Je ne sais pas si elle est venue, je ne sais pas si elle n’est pas venue, ce que je sais c’est qu’elle y est !»

Une dernière précision. La Marie-Madeleine à laquelle je pense et que j’aime, parce que je dois non pas expliquer mais raconter les raisons d’un amour – du reste, un amour ne s’explique pas, il ne peut que se raconter ! – est celle qui a toujours été reçue à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume, au moins depuis Charles II d’Anjou. C’est la Madeleine de Grégoire le Grand, pour qui la pécheresse de saint Luc, la sœur de Marthe et de Lazare et la femme qui est clairement nommée dans les Évangiles Marie la Magdaléenne ne font qu’un. Je sais toutes les querelles, anciennes et modernes, que cette identification a suscitées. Comme je l’ai déjà dit, je n’entends pas m’introduire dans ces délicates questions d’exégèse. Permettez-moi cependant de préciser – et je ne suis pas le seul à le penser – qu’il est tout à fait légitime de défendre la figure évangélique de cette Marie-Madeleine qui, comme le dit Régis Burnet , «parle davantage au cœur».

Je ne m’en tiendrai donc – il va s’en dire – qu’à la Marie-Madeleine des Évangiles canoniques telle que l’a reçue la tradition occidentale latine, qui, si elle a en saint Grégoire le Grand son interprète le plus autorisé, n’en est pas moins confirmée par de nombreux Pères de l’Église (saint Augustin [Commentaire de l’Évangile de Jean], Hippolyte de Rome…). Les Évangiles «apocryphes» n’offrent aucune crédibilité car ils sont nés de courants minoritaires influencés par le gnosticisme.

Cette Marie-Madeleine «composite», comme la définissent les auteurs modernes – le Père Bruckberger parlait d’elle comme de «la femme coupée en morceaux» – recèle bien des richesses et des subtilités. Elle laisse entrevoir une figure certes complexe, mais, aux détours d’un cheminement long et fécond, d’une profonde unité psychologique et spirituelle – une figure très vraisemblable, donc! Rien de paradoxal, sinon en apparence, rien de décousu, rien de choquant dans cette existence pourtant si mouvementée, mais une tension continuelle et persévérante vers une parfaite unité. Marie-Madeleine est l’image d’une existence, d’une vie humaine « unifiée » par la foi en Jésus-Christ. La convertie devient disciple, car se convertir signifie marcher à la suite du Christ, et le disciple devient apôtre, puisque l’on ne peut être disciple sans être témoin de Jésus et porteur de son Évangile. Tous les convertis se reconnaissent en Marie-Madeleine. Comme elle, ils retrouvent en Jésus-Christ le sens et l’unité de leur vie. Je ne retiendrai qu’un nom, Charles de Foucauld, qui à trois reprises (1900, 1902 et 1913) est venu à la Grotte de la Sainte-Baume et a beaucoup écrit sur sainte Marie-Madeleine.

Mais le temps passe… et il faut encore que je vous dise pourquoi j’aime Marie-Madeleine.

1. Une femme

J’aime Marie-Madeleine – faudrait-il le taire ? – d’abord et surtout parce qu’elle est une femme. C’est bien ainsi que nous la présente saint Luc dans son Évangile de la pécheresse pardonnée : «Et voici qu’une femme…» (Luc VII, 37). N’allez pas croire à une figure figée, embaumée, mièvre, comme certains imaginent les saints… Pensez plutôt à ces belles femmes au passage desquelles on se retourne pour les contempler plus longuement. Une femme en chair et en os, quoi ! L’iconographie plus récente privilégie d’ailleurs cette image. Il n’y a pas que des Madeleine exsangues et décharnées, dont l’abondante chevelure est le seul vêtement. Dans tout l’Évangile, Marie-Madeleine apparaît bien comme une femme avec une sensibilité, des réactions, des gestes de femme. Vous voyez un homme parfumant les pieds ou la tête de Jésus !

Marie a bien un cœur de chair, qui vibre, qui s’émeut, qui se passionne, qui gémit aussi, qui cherche, qui s’accroche, avec cette ténacité et cette fidélité, ce courage, dont les femmes seules sont capables. Comme le fait la liturgie, aussi bien l’ancienne liturgie de sainte Marie-Madeleine que la nouvelle, on peut bien lui prêter les confidences de l’Épouse du Cantique des Cantiques : «J’ai cherché celui que mon cœur aime [...], je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas» (Cant III, 1.4). Remarquez combien ce texte se rapproche de la page de saint Jean racontant la rencontre de Marie de Magdala avec le Ressuscité au matin de Pâques. Toujours ces mêmes attitudes de femme empressée, désireuse de retrouver et de retenir l’objet de son amour : «Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? [...] Cesse de me tenir (ou : Ne me retiens pas ainsi)… » (Jean XX, 15.17).

Mes amis, la vie chrétienne est sans cesse un appel au dépassement, à la conversion, à la vie nouvelle. Mais Dieu ne saurait nous demander de renoncer à notre humanité, lui qui nous a créés «à son image et à sa ressemblance» (cf. Gen I, 27), Lui qui en Jésus-Christ a pris chair, notre chair, de la Vierge Marie. La foi n’exige nullement le reniement de notre humanité, mais bien plutôt sa transfiguration. Nous sommes appelés à la vivre, à l’incarner, à lui donner chair, dans nos cœurs et dans nos corps, sur cette «terre douloureuse, dramatique et magnifique», comme le disait Paul VI dans son testament. Alors, il n’est pas indifférent que nous soyons des hommes ou des femmes. Femmes qui m’écoutez, laissez-moi chanter en Marie-Madeleine et dans vos vies cet éternel féminin qui est plus à même d’accueillir, de comprendre et de vivre le mystère, et donc plus à même d’aimer ! Lorsque vous entendez dire que la religion est une affaire de femmes, réjouissez-vous : on vous fait le plus beau compliment !

2. Une pécheresse

J’aime Marie-Madeleine – oserais-je le dire ? – parce qu’elle est pécheresse, se sait pécheresse et ne cache pas sa misère. La pire des illusions consiste à l’oublier et à se croire justes, alors que nous avons tous infiniment besoin du pardon de Dieu. Laissez-moi vous dire à ce propos que l’abandon de la confession n’est sûrement pas un gain, mais bien plutôt une perte : perte du sens de Dieu, perte du sens du péché, perte de notre capacité de pardon, de notre capacité à accueillir et à offrir le pardon. Je suis souvent impressionné par la dureté et la raideur de notre monde. On ne veut plus de normes, surtout morales, tout est enfin permis… mais lorsqu’un pauvre homme tombe, lorsque le scandale éclate, on devient impitoyable. L’Église, qui expérimente elle aussi sa misère, fait tout le contraire. Elle nous rappelle, parfois dans le désert, que nous ne saurions vivre sans une loi morale et des principes éthiques, mais lorsque quelqu’un succombe, elle est toujours prête à lui offrir sa miséricorde, qui n’est autre que celle de Dieu.

J’ai évoqué tout à l’heure le souvenir de Charles de Foucauld. Qu’il me soit permis de vous rappeler que sa conversion est née de sa confession à l’abbé Huvelin, en l’église Saint-Augustin de Paris, un jour de fin octobre 1886. Il y était allé pour s’entretenir avec un prêtre, pour lui demander des explications, pour «s’instruire», nous dit-il. Le prêtre l’invita simplement à se reconnaître pécheur et à accueillir le pardon de Dieu.

C’est cette même vérité que j’aime en Marie-Madeleine. Elle ne triche pas avec Dieu : elle reconnaît sa faute et elle pleure son péché, en appelant à la seule miséricorde de Jésus. Marie-Madeleine devient ainsi porteuse d’un suave parfum d’espérance. Les icônes orientales et les plus anciennes peintures de l’Occident la représentent très souvent comme la «myrophore», la femme aux parfums, du matin de Pâques. Ne vous étonnez pas de la trouver dans le jardin du tombeau. Elle n’y va pas pour embaumer un corps, mort, mais pour y rencontrer la vie qui naît et renaît sans cesse du pardon de Dieu.

Mes amis, il est bienfaisant de nous reconnaître pécheurs. Sachons être comme ces frères dominicains qui entraient jadis au couvent en demandant, selon la formule d’admission dans l’ordre des Prêcheurs, «la miséricorde Dieu et celle de leurs frères».

3. Une femme d’audace

J’aime aussi Marie-Madeleine parce qu’elle n’est pas un personnage étriqué, guindé, ni une sainte nitouche, ni une vieille fille renfrognée, mais une femme d’audace, une chrétienne qui ose. Le Père Bruckberger l’a si bien dit : «Elle voit grand, elle aime grand, elle ne frappe qu’aux portes dont le marteau est à hauteur de cavalier. Par sa seule beauté, par son style, pas la hardiesse et la justesse de ses gestes, elle est trop spectaculaire. Elle est provocante. Elle provoque l’admiration et du côté de l’ombre, la colère.»

Rien ne l’arrête, Madeleine. Elle ne recule devant rien, ni devant les «qu’en dira-t-on» des bien-pensants, ni devant l’incrédulité de tant de contemporains de Jésus, ni devant l’insécurité et la souffrance de la Passion, alors que tous se sont enfuis, ni devant l’obscurité du chemin qui mène au tombeau. Marie connaît des gestes fous et l’étonnante prodigalité de l’amour. Elle ose approcher le Maître, le toucher, lui saisir les pieds, les baigner de ses larmes et les essuyer de ses cheveux dénoués, les couvrir de baisers et les oindre d’un parfum au prix aussi démesuré que son geste. Cette audace impressionne tellement l’évangéliste Jean que lorsqu’il raconte la résurrection de Lazare et fait allusion, au début du récit, à sa sœur Marie, il prend soin de préciser, faisant probablement allusion au récit plus ancien de Luc, que c’était celle-là même «qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux» (Jean 11, 2).

Dans le cortège des saints, il y a plus de fous – ces «fols en Dieu» comme les appelle la tradition spirituelle de l’Orient chrétien – que de gens sagement alignés. C’est là un des aspects les plus déconcertants de la sainteté ! Pensez à François d’Assise distribuant aux pauvres toute la fortune paternelle et se présentant nu devant l’évêque d’Assise pour pouvoir désormais dire en toute vérité : «Notre Père…» A saint Dominique décidant de disperser ses premiers frères, alors que l’Ordre pouvait paraître encore si fragile. A Catherine de Sienne exhortant le Pape, avec quelle tendresse et quelle fougue !, à quitter Avignon et à regagner le Siège de Rome. A Don Bosco, que certains confrères de Turin auraient voulu faire enfermer. A Charles de Foucauld, vivant à Nazareth dans une cabane de jardinier. A Mère Térésa dans un mouroir de Calcutta… Notre monde repu et enlisé, notre Église qui tourne parfois en rond autour de ses problèmes internes et où l’on perd souvent son temps dans des discours inutiles, ont tant besoin de témoins de cette sainte folie de l’Évangile. Si sainte Marie-Madeleine pouvait nous donner l’audace de l’annonce, le courage des gestes toujours un peu fous de la miséricorde gratuite, inventive et prévenante !

Puissions-nous, comme elle, être des chrétiens qui osent, qui risquent…!, qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent, même si personne ne semble nous entendre, qui osent aller là où personne ne va, qui osent faire ce que les autres refusent de faire, qui osent s’approcher de ceux que tous récusent ou repoussent, qui osent des gestes de vérité et d’amour, alors que la plupart s’enferment dans leurs préjugés et leurs jugements impitoyables.

4. Une sainte

J’aime Marie-Madeleine parce qu’elle est la compagne et la complice des saints. Il n’y a pas que la sordide solidarité du mal et dans le mal. Pensez à tous ces liens de misère qui enchaînent parfois des groupes et lient les hommes les uns aux autres ; les scandales finissent souvent par éclabousser bien des gens…

Il existe aussi une solidarité du bien et dans le bien. Marie-Madeleine est une femme qui fascine car le témoignage de sa vie résonne comme un puissant appel, comme une provocation à la sainteté. Je ne m’étonne pas qu’elle ait eu, de tout temps, tant d’amis, non seulement parmi les pécheurs, mais aussi parmi des gens en quête de Dieu et de sainteté. J’ai parlé il y a peu de saint Grégoire le Grand, mais comment oublier Louis IX – saint Louis – qui vint en pèlerinage à la Sainte-Baume, sainte Catherine de Sienne, saint François d’Assise, sainte Catherine de Ricci, sainte Thérèse d’Avila… Plus prés de nous, Charles de Foucauld – qui a été enfin béatifié le 13 novembre 2005 -, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le Père Lacordaire, à qui nos lieux magdaléniens doivent tout, le Père Vayssière, le Père Lataste (fondateur des dominicaines de Béthanie pour le rachat et la réhabilitation des prisonnières et des prostituées)…

Lorsqu’on considère le nombre d’ouvrages qui paraissent chaque année sur Marie-Madeleine, on se dit qu’elle n’a pas fini d’attirer l’attention et de susciter un intérêt certain.

5. Une femme enveloppée de mystère

J’aime enfin Marie-Madeleine – et c’est peut-être la seule vraie raison d’un amour qui au fond demeure inexplicable -, parce qu’elle reste enveloppée de mystère. Qui est-elle au juste, cette femme ? Est-elle bien venue chez nous ou ne sommes-nous pas plutôt allés à elle ? Personnage déconcertant et fascinant, Marie de Magdala n’en finit jamais de nous interroger et de plonger nos vies dans le mystère même de Jésus, le Fils de Dieu fait homme. Lui aussi on croit le connaître, et pourtant, comme elle, il reste sans cesse à découvrir.

La seule chose dont je suis sûr c’est, pour reprendre le mot du Père Étienne Vayssière, que Marie-Madeleine est bien ici. Elle est dans notre Fenestrado Basilico à la gloire dédiée. Elle est au cœur de l’histoire de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume comme elle est au cœur de nos vies. Qu’elle y enracine la foi. Qu’elle y fasse fleurir un feu de son amour!

 * * * * * * *

Je voudrais vous citer, pour (au moins) finir en beauté, les derniers mots du Père Lacordaire dans son admirable petit livre sur sainte Marie-Madeleine. Ce fut sa dernière œuvre, écrite en 1860, sur son lit de mort, et il est significatif qu’il l’ait dédié à Marie-Madeleine, cette femme que lui aussi aimait tant.

Le P. Lacordaire conclut : «Oh ! qui que vous soyez… si jamais vous avez connu les larmes du repentir, ou celles de l’amour, ne refusez pas à Marie-Madeleine qui a tant pleuré et tant aimé, une goutte de ce parfum dont elle embauma les pieds de votre Sauveur.»

J’espère, mes amis, vous avoir offert un peu de cette fragrance d’amour pour Marie-Madeleine dont mon cœur est comblé. »

2008-38. Le 17 juillet nous fêtons les Bienheureuses Carmélites de Compiègne, martyres.

17 juillet,
Fête de la Bienheureuse Thérèse de Saint-Augustin et de ses compagnes,
vierges et martyres, carmélites de Compiègne.

       Depuis sa fondation en 1641, le monastère du Carmel de Compiègne avait toujours conservé un grand esprit de prière, de silence, de pauvreté et de régularité. Ainsi, lorsque éclata la grande révolution, la communauté était animée d’un grand amour de Dieu et d’une remarquable ferveur pour le salut des âmes. Entres toutes, la Prieure, Mère Thérèse de Saint-Augustin* (Lidoine), femme de profonde oraison, brillait par de hautes qualités humaines et spirituelles.

   Le 14 septembre 1792, fête de l’Exaltation de la sainte Croix, elles furent expulsées de leur monastère et durent être hébergées par des habitants de Compiègne, par petits groupes dans lesquels elles continuaient autant que possible (et sous l’habit civil) à vivre leur règle religieuse.
Face à la tourmente révolutionnaire, les dignes filles de sainte Thérèse d’Avila, suivant le désir de leur Prieure qui en avait reçu l’inspiration dans la prière, s’offrirent à Dieu « pour que cette divine paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État ».
Jusque à leur mort, quotidiennement, elles renouvelleront ce don.

   Le 21 juin 1794, elles sont arrêtées et jetées en prison. Elles supportent avec courage et charité les vexations et les souffrances qui leurs sont imposées.
Finalement, elles sont conduites à Paris dans des charrettes (12-13 juillet 1794), sont enfermées à la Conciergerie et condamnées à mort, sans témoins, par le tribunal révolutionnaire « pour leur fidélité à la vie religieuse et leur grande dévotion au Sacré Cœur » : des images, des scapulaires et un cantique avaient été saisis chez elles, et constituaient le principal chef d’accusation !!!

Le martyre des Carmélites de Compiègne

   Le 17 juillet, en marchant vers leur martyre, elles prient et chantent le Miserere, le Salve Regina et le Te Deum.
Au pied de l’échafaud, installé alors sur la place du Trône, alors « place du trône renversé » et actuelle « place de la nation », elles entonnent le Veni Creator et renouvellent les promesses de leur baptême et de leurs vœux religieux.
Sœur Constance de Jésus (Meunier), novice, est appelée la première. Elle demande à la Mère prieure sa bénédiction et la permission de mourir. Elle gravit ensuite les marches de l’échafaud en chantant le Laudate Dominum omnes gentes.
La même scène se reproduit pour les autres moniales. La Prieure est immolée la dernière.

   Leurs corps furent jetés dans une fosse commune du proche cimetière de Picpus.
Elles ont été béatifiées par le Pape Saint Pie X, le 27 mai 1906.

Plaque du cimetière de Picpus commémorant le lieu où sont ensevelies les corps des Carmélites de Compiègne

   « Quel bonheur de mourir pour son Dieu ! » s’était écriée l’une d’elles. « Soyons les dernières à mourir. »
En effet, dix jours après leur sacrifice la grande terreur prenait fin par la chute de Robespierre et la tourmente qui, pendant deux ans, avait répandu le sang des enfants de France, s’apaisa pour un temps.

   Gertrud von Le Fort, saisie par l’héroïsme spirituel de ces femmes, en a fait l’objet d’une nouvelle intitulée « La dernière à l’échafaud » (c’est elle qui inventa le personnage de Sœur Blanche de la Force, qui n’a pas existé) ; cette nouvelle inspirera Georges Bernanos pour des « Dialogues des Carmélites », scénario pour un célèbre film (1960) qui, en définitive, ne retiendra que peu d’éléments du texte de Bernanos ; ce film sera à son tour l’inspirateur de l’opéra de Francis Poulenc qui porte le même nom.
Cependant la réalité historique est bien plus abrupte et bien plus belle que les œuvres artistiques qu’elle a suscitées… et c’est à cette source que nous devons puiser pour découvrir le vrai visage de ces authentiques filles de Sainte Thérèse martyres.

* Nota bene :
Mademoiselle Lidoine en entrant au Carmel de Compiègne avait pris le même nom de religion que la fille de Louis XV, Madame Louise, devenue carmélite à Saint-Denys (voir ici > ici), justement en reconnaissance envers cette princesse qui lui avait permis de réaliser sa vocation.

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