Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2011-8b. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (2).

Deux sermons
de notre Bienheureux Père Saint Augustin
pour la
fête de Saint Vincent.

Après avoir résumé la vie et le martyre de Saint Vincent, puis évoqué la popularité de son culte (cf. > ici), nous pouvons méditer sur son exemple à l’aide des deux sermons que notre Bienheureux Père Saint Augustin a consacré au saint martyr.

Saint Vincent diacre et martyr

Premier sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : – 1. Force de saint Vincent. – 2. La force d’un martyr vient de Dieu. – 3. C’est à Dieu qu’il faut la demander. – 4. Les souffrances passent, mais la gloire est éternelle.

1. Jésus-Christ nous ordonne de célébrer solennellement l’héroïque et glorieux martyre de saint Vincent, et nous ne pouvons le prêcher avec indifférence. Nous avons médité ce qu’il a souffert, ce qui lui a été dit, ce qu’il a répondu, et tout cela a produit sous nos yeux un admirable spectacle : un juge inique, un bourreau cruel, un martyr invincible, la barbarie d’un côté, la piété de l’autre ; d’un côté la folie, de l’autre la victoire. En entendant la lecture des actes du martyr, nous avons senti la charité s’enflammer dans nos coeurs ; s’il eût été possible, nous aurions voulu recueillir et baiser avec respect ces membres en lambeaux, dont les souffrances nous frappaient d’étonnement et produisaient sur nous un attrait inexplicable, puisque nous ne voulions pas être crucifiés. Qui voudrait contempler un bourreau dépouillé de toute humanité, et déchargeant sa fureur sur un corps humain? Comment arrêter ses regards sur des membres disloqués, sur des ossements nus et brisés? Qui ne se détournerait de ce spectacle avec horreur? Et cependant, l’éclatante sainteté de notre martyr donnait à cette scène je ne sais quel reflet de beauté ; la force invincible avec laquelle il combattait pour la foi, pour l’espérance du siècle futur et pour la charité de Jésus-Christ faisait oublier l’horreur des tourments et des blessures et les revêtait d’une auréole de gloire et de triomphe.

2. Un attrait bien différent séduisait, dans ce spectacle, le persécuteur et nous. Il applaudissait aux souffrances du martyr, et nous à la cause pour laquelle il souffrait ; il était heureux de le voir souffrir, et nous de voir pourquoi il souffrait ; il se complaisait dans les douleurs de sa victime, et nous dans sa vertu ; lui, dans ses blessures, et nous, dans sa couronne ; lui, dans la durée de ses souffrances, et nous, dans son énergie à les supporter ; lui, dans les torturés corporelles, et nous, dans la fermeté et la persévérance de sa foi. Si donc le persécuteur trouvait sa cruauté satisfaite, toujours est-il que la vérité prêchée par le martyr était pour lui un remords et un tourment ; de notre côté, si l’horreur des supplices nous glaçait d’horreur, du moins la mort de Vincent était pour nous une grande victoire. Il restait vainqueur, non pas en lui-même et par lui-même, mais en Celui et par Celui qui, du haut de sa croix, prête à tous son puissant secours et nous a laissé dans ses propres souffrances un exemple et un appui. En nous appelant à la récompense, il nous exhorte au combat, et il nous contemple dans la lutte afin de venir au secours de notre faiblesse. A son athlète il détermine l’œuvre à accomplir et propose la récompense à recevoir, afin de prêter son appui et d’empêcher toute défaillance. Qu’il prie donc simplement celui qui veut combattre simplement, triompher généreusement et régner heureusement.

3. Nous avons entendu notre frère confessant la sainte doctrine et confondant son persécuteur par la constance et la véracité de ses réponses. Mais auparavant nous avons entendu le Seigneur s’écriant : « Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous (1)». Si donc saint Vincent a confondu ses adversaires, c’est parce qu’il a loué dans le Seigneur ses propres discours. Il savait dire : « Je louerai ma parole dans le Seigneur, je louerai mon discours dans le Seigneur ; j’espérerai dans le Seigneur, je ne craindrai pas ce que l’homme pourrait me faire (2)». Nous avons vu ce martyr supportant avec une admirable patience des tourments inouïs, mais il se tenait dans une complète dépendance à l’égard de Dieu. « Car c’est de Dieu que lui venait la patience (3)» ; toutefois, comme il connaissait notre fragilité humaine, comme il craignait toute défaillance qui aurait pu lui faire renier Jésus-Christ et combler de joie son persécuteur, il savait à qui il adressait ces belles paroles : « Mon Dieu, arrachez-moi de la main du pécheur, de la main de celui qui méprise votre loi et la foule indignement aux pieds ; car vous êtes ma patience (4)» . L’auteur de ces saints cantiques nous enseignait comment un chrétien doit demander d’être délivré des mains de ses ennemis ; ce n’est pas sans souffrir, mais en supportant patiemment toutes ses souffrances : « Arrachez-moi des mains du pécheur, des mains de celui qui méprise votre loi et la foule aux pieds». Si vous voulez savoir quelle délivrance il implore, écoutez ce qui suit : « Car vous êtes ma patience ». Toute souffrance est glorieuse quand elle est accompagnée de cette pieuse confession : « Afin que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur (5)». Que personne donc ne présume de son coeur, quand il proclame sa pensée ; que personne ne présume de ses forces, quand il subit la tentation ; car lorsque nos paroles sont dictées par la sagesse, cette sagesse ne nous vient que de Dieu, et c’est de Dieu aussi que nous vient la patience avec laquelle nous supportons nos souffrances. La volonté vient de nous ; mais du moment que Dieu nous appelle, nous sommes déterminés à vouloir. La prière est notre oeuvre ; mais nous ne savons pas ce que nous devons demander. C’est à nous de recevoir, mais que recevons-nous, si nous n’avons rien? C’est nous qui possédons, mais que possédons-nous, si nous ne recevons rien? Voilà pourquoi « celui qui se glorifie, doit se glorifier dans le Seigneur».

4. C’est ainsi que le martyr saint Vincent a mérité d’être couronné par le Seigneur, car c’est dans le Seigneur qu’il a désiré d’être glorifié par la sagesse et la patience. Il est digne de vos plus grands éloges, il est digne de l’éternelle félicité dont l’espérance lui a fait mépriser toutes les menaces de son juge, tous les tourments de son bourreau. Ses souffrances sont passées, mais son bonheur n’aura point de fin. Ses membres furent brisés, ses entrailles déchirées ; il fut soumis aux tortures les plus horribles, aux souffrances les plus cruelles ; mais, alors même que le bourreau se fût montré plus barbare, Vincent se serait écrié:  » Les souffrances de cette vie ne sont rien en vue de la gloire éternelle qui nous attend au ciel « (6).

1. Matth. X, 20.
2. Ps. LV, 11.
3. Ps. LXI, 6. 
4. Ps. LXX, 4, 5. 
5. I Cor. I, 31.
6. Rom. VIII, 18.

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau.

Second sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : — 1. Courage de saint Vincent en présence de Dacianus. — 2. Saint Vincent, vivant et mort, reste vainqueur de Dacianus.

1. Nous avons sous les yeux, mes frères, le plus ravissant, spectacle. Deux hommes combattent l’un contre l’autre, le bourreau et sa victime, Vincent, le serviteur de Dieu, et Dacianus, le fils du démon. Le persécuteur sévissait sur le corps du martyr, mais saint Vincent n’éprouvait aucune crainte, parce qu’il voyait Jésus-Christ combattre pour lui. Malgré la sentence qui le condamnait, il resta vainqueur, parce qu’il n’était point abandonné par Celui dont il confessait hautement la divinité. A toutes les questions qui lui furent posées, il n’hésita pas à répondre et accrut ainsi le courroux de son persécuteur. Il enflamma la haine de son bourreau, afin d’accroître la gloire de son propre martyre. Quelle crainte pouvait inspirer à saint Vincent ce lion furieux et rugissant, puisque cet illustre martyr restait étroitement uni « au Lion de la tribu de Juda(1) », de qui il tirait toute sa force et son courage? Revêtu des armes de Jésus-Christ, Vincent marchait invincible et s’écriait : Que mon adversaire engage la lutte avec moi, si la confiance ne lui fait pas défaut, et il reconnaîtra qu’il se lassera plus tôt de me faire souffrir que moi de supporter mes souffrances. Saint Vincent est envoyé en exil, et il médite sur la voie qui le conduira au ciel. On le livre à la mort, et il se réjouit d’une vie meilleure ; il est étendu sur le chevalet, et sa figure rayonne d’autant plus que son persécuteur s’acharne davantage à le faire souffrir. Il est en face de son juge ; mais pendant qu’il est debout devant son bourreau, il prie dans son coeur le souverain Juge des vivants et des morts et s’écrie : O antique ennemi du genre humain, pourquoi m’épargnerais-tu dans mes souffrances, toi qui as osé tenter mon Dieu, mais sans pouvoir le vaincre ; car tu es resté écrasé sous sa puissance, comme la bête fauve sous les coups du chasseur? Je ne crains, dit-il, aucun des supplices qu’il te plaira de m’infliger, et ce qui ranime mon courage, c’est de te voir prendre à mon égard des airs de pitié et de miséricorde. Démon, lève-toi dans ta fureur ; pour éprouver la foi et le courage d’une âme chrétienne, ce n’est pas trop de tous les tourments réunis.

2. Dans sa fureur et sa colère, l’impie Dacianus s’écria : Celui-ci ne peut me vaincre ; pendant qu’il est encore vivant, qu’on lui inflige les tourments les plus cruels. O courage indomptable! O force d’âme invincible! Saint Vincent est torturé, broyé, flagellé, brûlé, et quand déjà son âme est allée recueillir la couronne, ses membres sont encore disloqués comme pour donner plus de prise à la souffrance. Vincent qui, chaque jour, rougissait de s’entendre appeler vaincu, semblait crier à son bourreau : Tu es resté maître du corps d’un martyr, mais voici qu’effrayé de te voir vaincu dans ton propre triomphe, tu es contraint d’avouer que ce cadavre lui-même te frappe d’une honteuse défaite. Ta cruauté criminelle, tu l’avouais toi-même, n’a fait que rehausser ma gloire. Maintenant que tu n’as plus entre les mains qu’un corps martyrisé, quel sera ton langage? Mes frères, écoutez ce que dit le bourreau : qu’on jette ce cadavre à la mer! Et comme si quelqu’un lui en eût demandé le motif : de crainte, dit-il, que nous n’ayons à rougir de combattre sans cause. O aveuglement de la fureur! cet impie, ce perfide, ce barbare Dacianus ne comprend donc pas que Celui qui peut rappeler une âme des enfers, peut également arracher à la mer le corps de son martyr. Du moins, dit-il, les flots cacheront sa victoire. Et comment donc cacheront-ils celui qu’ils reçoivent avec honneur? Ecoutez ce cri du Prophète : «La mer est à Dieu, c’est lui qui l’a faite, et ses mains ont jeté les fondements de la terre aride (2)». Poursuis, cruel démon ; tout élément, quel qu’il soit, fera certainement éclater la gloire de notre martyr et attestera ta honte et ta défaite. Voici que la mer a entendu, et toi tu restes sourd ; voici que le vent fait silence, et toi tu souffles la vengeance ; voici que les flots reçoivent avec une crainte respectueuse celui que les matelots leur jettent par tes ordres, et, dociles à l’action de la Providence, ils ramènent au port, avant même le retour de tes sicaires, ce corps précieux réservé aux honneurs de la sépulture. La mer jouit d’une tranquillité parfaite, et toi, cruel, tu restes en proie aux accès de ta fureur inique. Avoue donc l’impuissance de ta rage, puisque les flots eux-mêmes se chargent de rapporter ce cadavre. Puisqu’ils veulent pour lui la sépulture, que peut leur opposer ta sauvage férocité? La victime est échappée à sa misérable cruauté ; puisque Dacianus n’a pas voulu se souvenir de la puissance de Dieu, il ne lui reste plus qu’à pleurer sa honteuse perfidie. Il se flattait d’avoir trouvé un expédient infaillible, mais les flots lui ont refusé leur concours ; le malheureux n’a pas su assurer l’accomplissement de ses désirs ; ou bien, une leçon solennelle devait lui être donnée par la mer qui ne pouvait, contre les ordres de son Créateur, cacher dans ses flancs le corps du martyr. Quel délicieux spectacle de voir un martyr, combattant contre son bourreau, bravant toutes les tortures, terrassant son adversaire pendant sa vie et, après sa mort, rapporté par les flots au rivage. Quelle gloire rejaillit d’un tel martyre, dans lequel Jésus-Christ se plaît à entasser tant de merveilles! Quelle constance déploya saint Vincent! Quelle brillante couronne il s’acquit par sa victoire! N’en doutons pas, mes frères, Celui qui avait soutenu saint Pierre marchant sur les eaux, recueillit lui-même le corps de saint Vincent et l’empêcha de s’abîmer dans les flots. Il ne nous reste donc plus qu’à supplier saint Vincent d’intercéder en notre faveur auprès de Dieu et d’obtenir, par ses mérites, la glorification de l’Eglise de Jésus-Christ, à qui appartiennent l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

1. Apoc. V, 5.
2. Ps. XCIV, 5.

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer.

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (cf. > ici), le texte de son testament (cf. > ici) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (cf. > ici).

Nous voulons aujourd’hui publier ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute
1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ;
2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

Voir aussi :
Quelques précisions concernant le vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur > ici.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-3. Les voies de la délivrance.

«L’homme qui veut trouver la grâce
doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse,
tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux.»

A l’occasion de la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno (voir ici > ici, le texte de la catéchèse que lui a consacrée notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, et signalons aussi que Saint François de Sales cite à plusieurs reprises le livre des révélations de Sainte Angèle), relisons et méditons ce passage bouleversant que l’on trouve au chapitre 35ème du livre de ses révélations :

2011-3. Les voies de la délivrance. dans Nos amis les Saints bangeladafoligno3

Un autre jour j’étais en prière. Je méditais avec une douleur profonde, absolument intérieure, sur la Passion. Je cherchais à mesurer, à peser mes crimes, puisque leur rédemption n’a pas coûté au Fils de Dieu seulement des prières ou seulement des larmes, mais la mort et cette mort ! Je tâchais de calculer ce que peut peser la damnation, puisque, pour soulever ce poids, il n’a fallu ni la mort d’un ange, ni celle d’un archange, mais celle du vrai Dieu ! Et je me plongeais dans la pensée de l’enfer et de ses tourments immenses, et de sa misère infinie, et de ses tortures innombrables! Puis je tâchais de peser mon ingratitude. Pour le bienfait sans nom ni mesure, qu’est-ce que j’apporte en retour? le péché. Le péché quotidien, l’oubli de la résurrection, le refus de coopérer. La miséricorde de Dieu contemplée dans un abîme, dans l’autre mon injustice et ma démence, tout cela me conduisit à une espèce de sagesse. Dans cet état, j’eus la révélation des péchés de toute espèce, et des tortures, et des supplices dont la Passion de Jésus nous a sauvés. J’étais dans la foule ; mais telle fut la lumière de cette vision épouvantable, que ce fut à peine si je, pus m’empêcher de rugir au milieu des hommes. J’eus l’apparition du Christ crucifié. Il me montra comment il avait été suspendu à la croix, et comment l’homme qui se perd est sans excuse à jamais. Car le salut exige de l’homme ce que le médecin exige du malade ; il faut avouer son mal, et exécuter l’ordonnance. Il n’y a pas de dépense à faire pour le traitement. Il n’y a qu’à se montrer au médecin, faire les choses prescrites, et se garder des choses défendues.

Mon âme eut alors l’intelligence de l’antidote qui réside dans le sang du Christ. L’antidote se distribue gratis, et n’exige qu’une disposition. Alors tous mes péchés furent étalés devant mon âme, et je reconnus dans chacun de mes membres une infirmité spirituelle.

Grünewald-détail dans Prier avec nous

Alors, conformément à ce que je venais d’apprendre, je m’efforçai d’étaler devant Dieu toutes les misères de mon âme et de mon corps, et je criai : O Seigneur, mon Dieu, qui tenez dans vos mains ma guérison éternelle, puisque vous avez promis de me guérir si seulement j’étale devant vos yeux mes plaies, Seigneur, puisque je suis l’infirmité même ; puisqu’il n’y a pas en moi un atome qui ne soit une infection et une pourriture, du fond de mon abîme, j’étale devant vos yeux mes misères une à une et tous les péchés de tous mes membres, et toutes les plaies de mon âme, et toutes les plaies de mon corps. Alors, je comptai, je désignai chaque misère, et je dis : Seigneur miséricordieux, qui tenez dans vos mains ma guérison, regardez ma tête : je l’ai couverte mille fois des insignes de l’orgueil ; j’ai donné à mes cheveux, en les tordant, des formes contre nature ; et, disant cela, je ne dis pas tout. Seigneur, regardez mes misérables yeux, pleins d’impudicité et injectés d’envie, …etc.

Je continuais à accuser chacun de mes membres et à raconter leur lamentable histoire.

Jésus écouta tout avec une grande patience, et répondit avec une grande joie. Il montra pour chaque chose le remède dans sa main et l’ordre qui présidait à la rédemption, et je vis sa compassion immense pour mon âme, et il disait : «Ma fille, ne crains ni ne désespère. Quand tu serais infectée de toutes les putréfactions, et morte de toutes les morts, je suis puissant pour te guérir, si tu veux appliquer sur ton âme et sur ton corps ce que je te donnerai. Tu m’as longuement détaillé les infirmités spirituelles de ta tête, tu t’es lamentée au fond de moi. Les attentats que tu as commis, dans tes parures, par les couleurs contre nature que tu as données à tes joues et les torsions contre nature que tu as données à tes cheveux, toute ta fierté honteuse, tout ton orgueil, toute la vaine gloire avec laquelle tu t’es montrée devant les hommes et contre Dieu, toutes ces misères pour lesquelles il te semble qu’une honte éternelle t’attend en enfer, dans l’endroit du lac le plus profond, tout cela est expié! J’ai satisfait, j’ai porté ta pénitence, j’ai souffert horriblement. Pour toutes ces peintures et ces onguents, qui ont déshonoré ta tête, la mienne fut tirée par la barbe, dépouillée de cheveux, percée d’épines, frappée à coups de roseau, ensanglantée, moquée, méprisée, méprisée jusqu’au couronnement!

« Tu te peignais les joues pour les montrer à des hommes malheureux et mendier leurs faveurs ; sois tranquille ; ma face a été couverte par les crachats de ces misérables ; elle a été déformée et gonflée de leurs soufflets ; elle a été cachée sous un voile honteux. Tu t’es servie de tes yeux pour regarder en vain, pour regarder ce qui nuit, pour te réjouir contre Dieu ; mais les miens ont été voilés, ils ont été noyés dans mes larmes d’abord, et dans mon sang ensuite. Le sang qui coulait de ma tête les aveuglait.

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« Pour les crimes de tes oreilles, qui ont entendu l’inutile et le mauvais, et qui ont pris plaisir dans les paroles nuisibles, j’ai fait l’épouvantable pénitence qui a fait pénétrer en moi une tristesse abondante et immense. J’ai entendu les fausses accusations, les paroles dénigrantes, les insultes, les malédictions, les moqueries, les rires, les blasphèmes, la sentence de mort portée par le juge inique, et les pleurs de ma mère! J’ai entendu sa compassion. Tu as connu les plaisirs de la gourmandise, et tu as même abusé des choses qu’on boit ; mais j’ai eu la bouche desséchée par la faim, la soif et le jeûne. On m’a présenté le fiel et le vinaigre. Tu as médit, tu as calomnié, tu t’es moquée, tu as blasphémé, tu as menti, et menti jusqu’au parjure. Ce n’est pas tout. Tu as fait autre chose ; mais j’ai gardé le silence devant les juges et les faux témoins, et mes lèvres closes ne m’ont pas excusé. Mais j’ai toujours annoncé la vérité, et prié Dieu de tout mon coeur pour mes bourreaux. Ton odorat n’est pas pur ; tu te souviens de certains plaisirs dus à de certains parfums ; mais j’ai senti l’odeur infecte des crachats ; je les ai supportés sur ma face, sur mes yeux, sur mes narines.

«Ton cou s’est agité par les mouvements de la colère et de la concupiscence, et de l’orgueil souviens-toi qu’il s’est dressé contre Dieu. Mais le mien a été frappé et meurtri par les soufflets. Pour les péchés de tes épaules, les miennes ont porté la croix. Pour les péchés de tes mains et de tes bras, qui ont fait ce que tu sais bien, mes mains ont été percées de gros clous, fixées au bois, et j’étais suspendu par elles, et elles supportaient mon corps. Pour les péchés de ton coeur, où se sont déchaînées la haine, l’envie et la tristesse, de ton coeur possédé par la concupiscence et par l’amour mauvais, le mien a été percé d’un coup de lance, et c’est de ma blessure qu’a coulé ton remède, l’eau pour éteindre le mauvais feu, le sang pour la rédemption des colères et la rédemption des tristesses. Pour les péchés de tes pieds, pour les danses inutiles, pour leurs marches lascives, pour leurs courses vaines, les miens, qu’on aurait pu attacher seulement, ont été percés et cloués à la croix. Au lieu de tes chaussures à jour, élégamment façonnées, ils ont été couverts de sang. Le sang sortait de leurs blessures, le sang de tout le corps tombait sur eux.

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Pour les péchés de tout ton corps, pour toute ta sensualité dans la veille et dans le sommeil, j’ai été cloué à la croix, frappé horriblement, tiraillé à la façon d’une peau, et étendu sur la croix. J’ai été mouillé des pieds à la tête par la sueur de sang, qui a coulé jusqu’à terre ; j’ai été serré très fortement contre le bois très dur, souffrant d’atroces tortures, criant, soupirant, pleurant, gémissant et je suis mort dans mon gémissement, tué par ces tigres! Pour la rédemption de tes parures vaines, choisies et portées sans but, j’ai été nu sur la croix. Ces misérables se disputaient ma robe et mes vêtements ; ils les jouaient sous mes yeux. Nu comme je suis sorti du sein de la Vierge, livré à l’air, au froid, au vent, aux regards des hommes et des femmes, au haut d’une croix, pour être mieux vu, mieux moqué, mieux déshonoré, j’ai été étendu et étalé.

« Pour tes richesses mal acquises, que tu as retenues ou dépensées, j’ai porté la pauvreté, sans palais, sans maison, sans abri pour naître ni pour vivre, ni pour mourir, et je n’aurais pas eu de sépulcre, et j’aurai été livré aux chiens et aux oiseaux de proie, si quelqu’un par pitié pour ma grande misère, ne m’eût donné place dans un sépulcre à lui. J’ai dépensé pour les pécheurs mon sang et ma vie, et je n’ai rien gardé pour moi. La pauvreté m’a tenu compagnie dans la vie et dans la mort. »

Le Christ parle ainsi, et parce que mon âme avait reçu la délectation des péchés du corps, je vis les douleurs de toute nature portées par l’âme du Christ, je les vis dans leur diversité et dans leur horreur. Je vis son âme torturée par la passion de son corps, par la douleur de sa mère, par notre refus d’adorer, par notre refus de compatir.

Et il ajouta :
« Tu ne trouveras ni péché ni maladie de l’âme, dont je n’aie porté la peine et offert le remède. A cause des immenses douleurs que vos âmes misérables devaient subir en enfer, j’ai voulu être torturé pleinement et totalement. Ne t’afflige donc pas ; mais tiens-moi compagnie dans la douleur, dans l’opprobre et dans la pauvreté.

«Marie-Magdeleine était malade, elle fit ce que j’ai dit et désira sa délivrance, et elle fut délivrée de tout, parce qu’elle l’avait désiré. Celui qui le désirerait comme elle serait délivré comme elle.

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Le Crucifié ajouta :
«Quand mes fils, abandonnant mon royaume, se sont faits enfants du diable, s’ils reviennent au Père, le Père a une grande joie et leur fait sentir la délectation supérieure. Le Père a une telle joie, qu’il leur donne une certaine délectation qu’il ne donne pas aux vierges fidèles. Ceci vient de l’immense amour qu’il a pour eux, et de l’immense miséricorde qu’excite la vue de leur misère. Ceci vient encore de ce que le pécheur, devant la majesté et la clémence du Seigneur, se reconnaît digne de l’enfer. C’est pourquoi plus grand l’homme aura été dans le péché, plus grand il pourra être aussi dans l’autre abîme. »

Et il ajouta :
« L’homme qui veut trouver la grâce doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse, tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux».

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Voir aussi le texte « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée » > ici

2011-1. Voeux pour l’an de grâce 2011.

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Note Liturgique :

« Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos coeurs. Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Eglise, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Eglise célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes. Autrefois la sainte Eglise Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.« 

(Dom Guéranger – « L’Année Liturgique », premières phrases de la notice concernant le 1er janvier).

Lippi - la Circoncision (détail)

Fra Filippo Lippi – La Circoncision (détail).

Samedi 1er janvier 2011.

Du plus profond du coeur, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous souhaite, selon la belle tradition des voeux liée à ce « jour de l’an », une bonne et heureuse année 2011.

Au-delà de la tournure usuelle, et parfois un peu usée, voyez l’expression d’une amitié véritable qui désire pour chacun de vous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers, que l’année civile qui commence en ce jour vous permette de vivre – autant que possible – avec ces biens précieux de la santé, de la force physique et plus encore morale, de la paix intérieure et de la joie spirituelle, qui sont des éléments si importants pour notre épanouissement terrestre, et qui entrent dans la préparation de cette plénitude éternelle que le Dieu qui nous aime veut nous donner…

Et si, en raison de la fragilité de notre condition humaine, nous ne pouvons échapper  à certaines épreuves, à certaines infirmités et aux deuils, que l’Enfant divin, dont la liturgie nous rappelle aujourd’hui qu’il a reçu son Nom signifiant « Sauveur » en versant son Sang précieux pour la première fois, vous accorde largement les grâces pour les porter avec courage et force, pour les surmonter dans la persévérance et l’espérance, pour les unir dans la foi à l’oeuvre de rédemption et de sanctification du monde à laquelle le Christ Sauveur veut nous associer à travers ces croix que permet la divine Providence…

Je termine ces voeux en vous adressant à chacun en particulier ces belles paroles que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a prononcées hier soir, en conclusion de son homélie aux vêpres d’action de grâces pour l’année écoulée qu’il présidait dans la basilique vaticane :
« Chers frères et sœurs, nous sommes invités à regarder vers l’avenir et à le regarder avec cette espérance qui est le dernier mot du 
Te Deum : In Te, Domine, speravi : non confundar in aeternum! En Vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai pas confondu pour l’éternité ». Pour nous donner le Christ, notre Espérance, c’est toujours Elle, la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, qui est là. Comme elle le fit pour les bergers et pour les mages, ses bras et son cœur continuent à offrir toujours plus au monde Jésus, son Fils et notre Sauveur. En Lui est toute notre espérance, car par Lui est venu pour chaque homme le salut et la paix. Amen! » (*)

Que 2011 vous soit à tous, selon la belle et antique expression héritée des siècles de foi, un véritable an de grâce, avec l’assurance de ma prière fidèle et amicale!

Frère Maximilien-Marie.

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(*) Traduction par nos soins.

Quand l’année s’achève : dialogue d’une âme fatiguée avec son Seigneur…

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Gerrit van Honthorst : adoration des Bergers.

- Vous voilà, mon Dieu.
Vous me cherchiez ? Que me voulez-vous ?
Je n’ai rien à Vous donner.
Depuis notre dernière rencontre, je n’ai rien mis de côté pour Vous.
Rien… pas une bonne action. J’étais trop lasse.
Rien… pas une bonne parole. J’étais trop triste.
Rien que le dégoût de vivre, l’ennui, la stérilité.

- Donne !

- La hâte, chaque jour, de voir la journée finie, sans servir à rien ; le désir de repos loin du devoir et des oeuvres, le détachement du bien à faire, le dégoût de Vous, ô mon Dieu !

- Donne !

- La torpeur de l’âme, le remords de ma mollesse et la mollesse plus forte que le remords…

- Donne !

- Des troubles, des épouvantes, des doutes…

- Donne !

- Seigneur, voilà que, comme un chiffonnier, Vous allez ramasser des déchets, des immondices.
Qu’en voulez-Vous faire, Seigneur ?

- Le Royaume des Cieux !

Marie Noël, in « Notes intimes »

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Gerrit van Honthorst : adoration des bergers (détail)

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 31 décembre, 2010 |24 Commentaires »

2010-56. Chemin de Bethléem, école d’oraison.

Georges La Tour

O mon âme, tu voudrais te faire belle, somptueuse, pour ton Roi, ton Sauveur, ton Dieu, ton Epoux !

Tu voudrais Lui dire de belles choses, tu voudrais être fervente, brûlante d’amour… Tu voudrais, oh, tu voudrais…
Te voilà cependant comme une pauvresse en haillons ; te voilà muette et stupide ; te voilà insensible et glacée…

Mon âme, Celui que tu désires et que tu appelles, Celui qui te désire et qui t’appelle, est venu à ta rencontre : prends le chemin de Bethléem !

Le chemin de Bethléem est un petit chemin étroit où ne peuvent passer que les petits, les humbles, les pauvres : ceux qui n’ont aucun bagage.

Et de plus, c’est la nuit, mon âme. Ton regard doit mourir aux clartés de la terre.
Il te faut toi aussi entrer dans la nuit, rester « dans le noir »…

Et c’est le froid, mon âme ; il faut subir ce froid, s’éloigner de  toutes les chaleurs humaines, savoir rester dans ce froid…

C’est le silence, mon âme ; il te faut rester sourde à tous les bruits du monde, à tous les appels qui montent de ce « moi », égoïste jamais satisfait, et faire taire toute clameur pour entendre Celui qui « n’a dit qu’une Parole et la dit toujours en éternel silence » (St Jean de la Croix)…
Savoir rester en total silence !

Il te faut devenir semblable à Lui, mon âme !

Bethléem est ce « rien » où se cache le « Tout » de ton Dieu !

Tu te plains de ne pouvoir « faire oraison », parce que tu te sens dans un tel état de « rien être », de « rien pouvoir », de « rien valoir »… qu’il t’es absolument impossible, lorsque tu te trouves devant Dieu, de Lui exprimer ta foi, ta confiance, ton amour. Tu te trouves être devant Lui, selon l’expression de l’Ecriture, « comme une bête de somme » (Ps. LXXII, 23).

Mais précisément, cet état est celui qui te met en mesure de rendre une plus parfaite adoration : cette impuissance est ta vérité la plus profonde, et donc la vérité la plus exacte pour faire oraison.
Là est l’humilité !

En présence de Dieu, un « rien » qui se reconnaît rien, qui ne sait rien, qui ne sent rien et qui ne peut absolument rien, c’est cela qui adore : il reconnaît qu’en face de l’Etre absolu, il n’est que dépendance et vide ; il retourne au « Tout »; il se restitue tel qu’il est, n’attendant de rien autre ce qui le comblera.

De même que le petit enfant, rempli de sa faim, de ses salissures, de son impuissance, de son ignorance… etc., vient et revient à sa mère pour être, tour à tour, nourri, lavé, instruit par celle qui lui a donné la vie, ainsi l’âme devant Dieu.

Mon oraison n’est pas autre chose qu’un retour vers Vous, ô mon Dieu !

(Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur – 4 décembre 1986)

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 20 décembre, 2010 |9 Commentaires »

2010-54. Du Bienheureux Urbain V (1310-1370).

Bx Urbain V

Cette année 2010 a marqué le 7ème centenaire de la naissance  (et aussi le 640ème anniversaire de la mort) du Bienheureux Urbain V. Sa fête liturgique se célèbre le 19 décembre et c’est la raison pour laquelle – même si elle est, cette année, occultée par le quatrième dimanche de l’Avent -  nous voulons que ce modeste blogue se fasse l’écho de cet anniversaire.

Né en 1310 au château de Grizac, près de Florac, Guillaume de Grimoard fit à Toulouse et à Montpellier de brillantes études en lettres, sciences, philosophie et droit, entrecoupées de séjours dans la demeure familiale, aux confins des Cévennes et du Gévaudan. Rentré comme simple moine à l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille, il fut très vite apprécié comme l’un des meilleurs maîtres de son temps et enseigna le droit à Montpellier, Paris, Avignon et Toulouse. « Une foule de disciples entourait sa chaire pour recueillir avidement la doctrine qui tombait à flots de ses lèvres. »

Il fut ensuite désigné par le Pape Clément VI comme abbé de Saint-Germain d’Auxerre dont il réforma et la règle et l’administration. Envoyé comme légat du Pape en Italie, il revint pour recevoir d’Innocent VI la charge d’abbé de Saint-Victor de Marseille, avant d’être élu Pape à l’unanimité en 1362 alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque.

Ses huit années de pontificat furent très remplies :  il sut se rapprocher de nos frères orthodoxes, ramena dans l’unité de l’Eglise des communautés séparées, envoya un légat à Pékin et fonda le premier évêché de Chine. Courageux réformateur, au coeur d’une époque extrêmement troublée, il astreint les évêques et abbés à résider dans leurs diocèses ou leurs abbayes et obligea ces dernières à revenir à l’observance de leurs règles (il fut en particulier le restaurateur du mont Cassin). Humaniste éclairé, intellectuel de grande envergure et juriste consulté dans toute la chrétienté, il correspondit avec les plus grands esprits de son temps (Pétrarque, Boccace, Sainte Brigitte de Suède…), participa au rayonnement du savoir et de la culture de l’Europe chrétienne tant par ses enseignements que par la création des universités de Genève, Cracovie, Vienne et Pecs (Hongrie) qu’il fonda et dota ; il encouragea de nombreux artistes. Selon son vœu le plus cher il fut le premier pape d’Avignon à revenir à Rome où il se dépensa sans compter à rétablir le prestige de la papauté. En tout cela, il resta un fidèle disciple de Saint Benoît car, homme de Dieu avant tout, il avait gardé l’humilité du moine et couchait revêtu de son habit de bénédictin dans un appentis de planches.

Après sa mort, de nombreuses demandes de canonisation parvinrent à son successeur, Grégoire XI, émanant de souverains et de prélats ; mais le grand schisme d’Occident qui survint bientôt après gela toute procédure et il fallut attendre 1870 pour que le Bienheureux Pape Pie IX  l’élevât aux honneurs des autels.

Madame Claire de Gatellier, qui nous honore de son amitié, nous a autorisés à publier ici l’article où elle fait à la fois la recension de la biographie que Yves Chiron a publiée à l’occasion de ce 7ème centenaire et un rapide compte-rendu du colloque qui s’est déroulé en octobre dernier à Paris à l’initiative de l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V ; qu’elle en soit vivement remerciée.

Yves Chiron Urbain V

Urbain V, le bienheureux

par Madame Claire de Gatellier.

Cette fois encore, Yves Chiron ne nous décevra pas. Après ses ouvrages passionnants sur les papes Pie IX, Saint Pie X, Pie XI et Paul VI, cet auteur spécialiste de l’histoire de l’Eglise remonte dans le temps – 7 siècles – puisque son dernier ouvrage concerne un pape encore trop méconnu quoique bienheureux : Urbain V, avant-dernier pape d’Avignon (1310-1370).

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pape médiéval ? Il faut lire Yves Chiron pour saisir toute la modernité de ce grand juriste, réformateur et bâtisseur, bénédictin et mécène, diplomate et amoureux de la nature, cet illustre pape bien français a beaucoup à dire aujourd’hui…

Prenons par exemple l’Angleterre. Au lendemain du voyage étonnant de Benoît XVI, magnifique succès malgré les oracles catastrophistes de la plupart des media français, il est intéressant de découvrir qu’un grand archevêque de Cantorbery, Simon de Langham, promu cardinal par Urbain V, s’est ému de voir les deux universités d’Angleterre imprégnées de naturalisme et de pélagianisme et y a porté remède avec le soutien du pape… pour un temps.

Dans cette seconde moitié du XIVe siècle, désorganisé par les deux grandes pestes et par un relâchement général des idées et des mœurs, nous avons là un pape qui, par petites touches obstinées et judicieuses a jeté les bases d’un état pontifical moderne, cherché à élever toujours plus le niveau d’instruction des clercs aussi bien que des laïcs et donné l’exemple d’une vie de moine.

Il était en effet bénédictin. Remarqué pour ses talents de juriste et professeur recherché (il enseigna à Montpellier, Toulouse et Paris) il devint père abbé de la grande abbaye Saint-Victor de Marseille juste avant de devenir pape. Mais toute sa vie, il voulut garder l’habit bénédictin et sa frugalité coutumière est restée celle d’un moine, même à cette cour si brillante qu’était Avignon.

Moine frugal pour lui-même, il n’était pourtant pas austère et s’il se nourrissait de peu et dormait « à la dure », rien n’était trop beau cependant pour les nombreuses églises ou cathédrales qu’il a richement dotées et embellies. Il aimait la nature, les oiseaux et les fleurs comme en témoignent les décorations murales du palais des papes et les vastes jardins qu’il y a fait créer. Mais toujours très pragmatique, concret et charitable, il fit en sorte que ces jardins et « vergers » « contribuent au ravitaillement des cuisines pontificales », Ils servaient aussi à alimenter la « pignotte ». Employant une bonne douzaine de personnes, cette « aumônerie du pape », selon Yves Chiron, s’occupait des largesses pontificales : « 355 repas étaient servis chaque jour » aux pauvres d’Avignon « auxquels s’ajoutaient la distribution quotidienne des petits pains d’un poids moyen de 60 grammes. Entre 6 000 et 10 000 pains étaient distribués chaque jour, parfois jusqu’à 30 000. » C’est aussi à ce pape écologiste que nous devons les jardins du Vatican.

Mais notre pape était aussi un grand réformateur. Réformateur, non pas par grands décrets, et conciles mais par des quantités de micro-décisions personnalisées. Anne-Marie Hayez, archiviste-paléographe, ingénieur au CNRS largement citée par Yves Chiron a dépouillé pas moins de 28 000 lettres d’Urbain V. Correspondances régulières avec tous les rois et empereurs de l’époque, avec les évêques, les pères abbés, les professeurs, les artistes de son temps.

Yves Chiron montre de façon fort intéressante comment, dès le début de son pontificat, Urbain V « a essayé de lutter contre le carriérisme des clercs, le cumul des bénéfices et la non-résidence, source de tant de maux spirituels. » Pour cela, il commença par commander à tous les évêques et archevêques de communiquer à ses services la liste de tous les titulaires de bénéfices. Rappelons qu’un bénéfice était une charge ecclésiastique qui permettait de recevoir des revenus même sans résider là où est cette charge. Puis il opère en trois points : réduire le cumul des bénéfices ; imposer la résidence pour les bénéfices avec « cura animarum », c’est-à-dire charge pastorale, et veiller à ce que les candidats aient les compétences requises. Avec menace d’excommunication s’il le faut…

Si, comme le dit Yves Chiron « la politique bénéficiale d’Urbain V est un premier indicateur de sa volonté de réformer l’Eglise », elle ne s’arrête pas là. Il combat aussi les Vaudois qui, en Provence et en Dauphiné préparaient les voies au protestantisme ; les Fraticelles de Naples et de Pérouse qui abusaient la bonne foi des gens par leur attitude humble et modeste ; les Sociniens de Venise qui croyaient à la parole d’Aristote plus qu’à celle du Christ, mais un Aristote revu par Averroès. Ils enseignaient l’éternité de la matière et le plus grossier panthéisme et persécutèrent Pétrarque ; le frère Denys, qui enseignait la théologie à Paris, fraticelle déguisé qui niait le droit de propriété au nom du Christ, sans parler des hérésies des universités Anglaises évoquées plus haut.

Les ordres religieux furent aussi une préoccupation constante de notre pape bénédictin. Il restaura la vie monastique qui s’était beaucoup relâchée en maints endroits. Citons simplement parmi d’autres, la restauration, au propre et au figuré du Mont Cassin, de Subiaco, la reprise en main des grands ordres dominicains, bénédictins et franciscains, la fondation suscitée et généreusement dotée par Urbain V de nombreux monastères… etc.

Bref ! si l’on veut tout savoir sur le bienheureux pape Urbain V, ses bienfaits dans le monde universitaire, ses missions et tentatives de croisade en Orient, la conversion de l’empereur Jean V Paléologue, son retour à Rome, sa sainteté même, alors il faut vraiment lire le livre. La préface, écrite par Mgr Jacolin, évêque de Mende (diocèse d’origine d’Urbain V) vaudrait à elle seule, s’il en était besoin, la lecture du livre. Résumant parfaitement la vie d’Urbain V en la replaçant dans son époque, elle resitue la vie de l’Eglise en ses fondements : les apôtres et les prophètes.

Pour conclure, citons Yves Chiron : « Sur la longue durée, est remarquable son souci de défendre les droits, spirituels et temporels de l’Eglise. Il n’a pas cherché à plaire aux princes de son temps, il n’a pas sacrifié les intérêts et la liberté de l’Eglise aux exigences des pouvoirs politiques de l’époque. Enfin, sur le plan personnel, « Ce bénédictin fut un des pontifes les plus savants, pieux et intègres de tout le XIVe siècle. »

L’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V a commémoré le septième centenaire de sa naissance par un colloque au Collège des Bernardins, à Paris, le 9 octobre dernier. A cette occasion, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon a souligné qu’à l’heure où l’Europe se cherche une identité, des racines, des raisons d’être, d’agir et d’espérer, Urbain V a beaucoup à dire.

Parvis de la cathédrale de Mende : statue du Bienheureux Urbain V

Statue du Bx Urbain V sur le parvis de la cathédrale de Mende.

Prière pour obtenir des grâces par l’intercession du Bienheureux Urbain V

Seigneur Notre Dieu, nous Vous rendons grâce pour le serviteur que Vous avez placé autrefois à la tête de l’Eglise, le Bienheureux Pape Urbain V, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l’avez suscité pour qu’il soit le sage réformateur du clergé, qu’il défende les droits et la liberté de l’Eglise et propage l’évangile parmi les nations infidèles.

Faites que sa mission porte du fruit encore aujourd’hui ; nous Vous en supplions, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession (…), et si telle est Votre volonté, daignez glorifier Votre serviteur par Jésus le Christ Notre-Seigneur,

Ainsi soit-il.

(prière éditée avec la permission de Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon)

Armoiries d'Urbain V

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intermédiaire du bienheureux Pape Urbain V, sont priées de les faire connaître à l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V, (www.pape-urbain-v.org) château de Grizac, 48220 Le Pont de Montvert. On lira également avec intérêt le travail effectué par Monsieur Antoine de Rosny, « Urbain V, un pape du Gévaudan », disponible à la Maison de la Lozère, 1 bis rue Hautefeuille, 75006 Paris, ou dans les librairies de la Lozère.

2010-50. De la fête de Sainte Geneviève des Ardents.

Sainte Geneviève des Ardents,

céleste protectrice de la Gendarmerie Française :

origines de cette fête et précisions sur le culte de Sainte Geneviève. 

* * * * * * *

Depuis l’année 1131, le diocèse de Paris célèbre dans son calendrier propre, à la date du 26 novembre, une fête particulière qui porte le nom de « Sainte Geneviève des Ardents« .
Cette célébration fut instituée par le Pape Innocent II pour commémorer dans l’action de grâces la cessation d’une épidémie du « mal des ardents » par le recours à de ferventes prières publiques à Sainte Geneviève, céleste patronne de Paris et protectrice du Royaume.

l'intercession de Sainte Geneviève.

G.F. Doyen, toile de 1767 : l’intercession de Sainte Geneviève délivrant la France du mal des ardents
(Paris – église Saint-Roch).

Le « mal des ardents » (nommé également « feu Saint-Antoine » ou  aussi « feu sacré ») est plus couramment appelé de nos jours « ergotisme »: il est en effet dû à l’ingestion de farines contaminées par l’ergot de seigle.

L’ergot du seigle est une espèce de champignon parasite de certaines graminées qui se présente sous forme de minces bâtonnets de deux à trois centimètres accolés à la tige de l’épi. Il peut se trouver mêlé au grain et moulu avec lui. C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies. Les symptômes sont essentiellement neurologiques et entrainent  des infirmités graves et incurables, et même fréquemment la mort : frissons suivis de chaleurs, douleurs violentes à la tête et aux reins, abcès des glandes axillaires et inguinales, maux de ventre, brûlures internes, convulsions, délires, prostration, gangrène des membres… Il n’existe pas d’antidote.
Très fréquentes au Moyen-Age, les épidémies du « mal des ardents » ont à peu près disparu du fait des traitements fongicides. Notons toutefois que la
dernière épidémie recensée en France a eu lieu à Pont-Saint-Esprit en 1951. Actuellement l’ergot de seigle est utilisé en pharmacie : sous forme d’une molécule nommée  dihydroergotamine, il entre dans la composition de médicaments contre la migraine.

En l’an 1130, une terrible épidémie du « mal des ardents » ravagea Paris et une partie de la France, où elle fit des milliers de victimes.
Pour conjurer le fléau, l’évêque de Paris ordonna des jeûnes et des prières publiques, puis il demanda que l’on transportât les malades sur le chemin de la procession solennelle qu’il conduirait depuis la basilique de Sainte-Geneviève (ancienne basilique des Saints Apôtres construite par Clovis à la demande de Sainte Geneviève, où la Sainte avait été enterrée et dont le nom avait fini par supplanter celui des Apôtres) jusqu’à Notre-Dame : c’était le 26 novembre.
Les malades qui touchèrent la châsse furent immédiatement guéris et, de tous ceux qui étaient à Paris, les chroniques du temps nous disent que seuls trois sceptiques moururent. Ensuite le mal commença à décroître rapidement et disparut.

Procession de la châsse de Sainte Geneviève et guérisons

Miracles pendant la procession de la châsse de Sainte Geneviève.

L’année suivante, comme nous l’écrivions au début, le pape Innocent II institua la fête de « Sainte Geneviève des Ardents », à cette date du 26 novembre où elle est restée dans le calendrier propre de Paris. 

Au XXème siècle, le 18 mai 1962, le Pape Jean XXIII déclara Sainte Geneviève «Patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes français, gardiens de l’ordre public»; il assigna alors, comme fête propre de ce patronage, la fête du 26 novembre : voilà donc la raison pour laquelle l’Evêque aux Armées Françaises célèbre normalement  une Messe « officielle » pour la gendarmerie ce jour-là, et pour laquelle dans toute la France, autour de cette date, les gendarmes honorent leur céleste protectrice, et non à l’occasion de la fête du 3 janvier.

Une petite église Sainte Geneviève des Ardents existait sur ce qui est maintenant la place du parvis de Notre-Dame (son emplacement a été marqué sur le dallage moderne et on en voit quelques vestiges dans la crypte archéologique). Contrairement à ce que des auteurs trop peu documentés ont écrit elle n’avait pas de rapport direct avec ce miracle : elle existait antérieurement à l’épidémie de 1130. D’abord connue sous le nom de « Sainte Geneviève la Petite » (pour la différencier de la basilique Sainte Geneviève) ce n’est qu’à partir de 1518 qu’elle est nommée église Sainte-Geneviève des Ardents (peut-être à l’instigation d’un curé soucieux de promouvoir le sanctuaire dont il avait la charge?).
Selon une antique tradition, difficile à prouver, cette église aurait occupé l’emplacement de la maison de Sainte Geneviève. Elle jouait un rôle important dans les coutumes ecclésiastiques parisiennes de l’Ancien Régime, puisque c’est là que l’évêque de Paris nouvellement élu (le siège épiscopal de Paris n’a été promu au rang d’archevêché qu’en 1622) était présenté à son Chapitre, et c’est de là que l’abbé de Sainte-Geneviève le conduisait à sa cathédrale pour y faire sa première entrée. Cette petite église fut démolie en 1747 pour permettre l’agrandissement de l’Hospice des Enfants Trouvés. (*)

A partir de cet épisode du mal des ardents, des processions solennelles de la châsse de Sainte Geneviève (distinctes des processions annuelles ordinairement programmées) furent organisées chaque fois que de graves nécessités publiques semblaient imposer un recours solennel et officiel à Sainte Geneviève : inondations, pluies dévastatrices, sécheresse, épidémies, guerres, calamités publiques, maladie du Souverain …etc.
Ces processions solennelles eurent lieu 77 fois. Elles résultaient d’une demande du peuple chrétien, transmise par les officiers municipaux au Parlement de Paris : après une concertation dans laquelle intervenaient l’Evêque, l’Abbé de Sainte-Geneviève et la Cour, le Parlement promulguait un arrêt. L’Evêque ordonnait alors une journée de jeûne général pour la veille de la procession (les Génovéfains – c’est-à-dire les chanoines réguliers de l’abbaye Sainte-Geneviève – , eux, devaient jeûner trois jours consécutifs) et pendant tous les jours précédant la procession les paroisses parisiennes venaient en procession à tour de rôle jusqu’au tombeau de la Sainte. La veille de la procession, la  précieuse châsse était descendue du monument au sommet duquel elle était juchée, tandis qu’on chantait les psaumes de la pénitence : on la déposait sur un reposoir et une garde d’honneur et de prières l’entourait toute la nuit. La procession se déroulait selon un cérémonial précis et immuable : tous les corps constitués – civils autant qu’ecclésiastiques -, toutes les confréries, corporations et congrégations religieuses étaient tenus d’y assister ; les châsses de Saint Marcel et d’autres saints dont les reliques étaient conservées à Paris étaient également apportées pour entourer celle de la Protectrice de la capitale. Selon un parcours inchangé, la procession se rendait à Notre-Dame, où une Messe solennelle était chantée, avant de remonter sur la Montagne Sainte-Geneviève.
La dernière procession solennelle fut célébrée en juin 1765.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Ordre de la Procession de la Châsse de Sainte Geneviève (1709).

On sait que malheureusement, en 1793, les révolutionnaires dans leur volonté d’effacer par tous les moyens l’imprégnation du catholicisme dans la société française, détruisirent la châsse de Sainte Geneviève : les joyaux qui l’ornaient furent volés et les saintes reliques profanées et brûlées en place de Grève.
La confrérie des porteurs de la châsse de Sainte Geneviève subsiste cependant et, depuis quelques années à l’occasion de la fête de Sainte Geneviève et de la neuvaine solennelle dont elle est entourée à Paris, une procession – qui n’a certes pas tout le lustre des cérémonies de jadis – est à nouveau organisée dans les rues de la capitale avec les reliques qui ont échappé au vandalisme révolutionnaire.

Nous terminerons cette « excursion historique » dont la fête de Sainte Geneviève des Ardents nous a donné l’occasion en priant avec la collecte propre de ce jour :

O Dieu, qui avez illustré notre protectrice, la Bienheureuse Vierge Geneviève, par la gloire de nombreux miracles, faites, nous Vous le demandons, que par ses prières nous soyons délivrés du feu des passions, puisque, par votre grâce, elle éteignit en ce jour le feu dévorant qui brûlait les membres des hommes. Nous vous le demandons par Jésus-Christ votre Fils et Notre-Seigneur, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(En latin : Deus, qui beatæ Genovefæ Virginis patrocinium multiplici virtutum gloria decorasti : concede nobis, quæsumus ; ut ejus precibus a vitiorum æstu liberemur, quæ hodie per gratiam tuam in membris humanis ignis devorantis extinxit incendium. Per Dominum …)

Blason de Paris

(*) Notons aussi, pour la petite histoire, que cette église Sainte-Geneviève des Ardents présentait sous son porche une statue de sainte Geneviève, ce qui semble tout à fait normal, mais aussi, dans une petite niche, une statue du célèbre alchimiste Nicolas Flamel qui avait été un bienfaiteur de cette paroisse.

- Voir également :
« Réflexions à propos de Sainte Geneviève » publiées > ici
Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève > ici

Acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur du Christ Roi.

La prière de consécration du genre humain au Sacré-Coeur a d’abord été promulguée par le Pape Léon XIII en complément de l’encyclique « Annum Sacrum » du 25 mai 1899 dans laquelle il prescrivait que cette consécration devait être faite dans toutes les églises de l’univers catholique à l’occasion d’un triduum solennel célébré à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, les 9, 10 et 11 juin suivants. Par la suite , Saint Pie X décréta que cette consécration devait être renouvelée chaque année, devant le Saint Sacrement exposé, à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur.

Le 11 décembre 1925, par l’encyclique « Quas Primas », le Pape Pie XI institue la fête du Christ Roi et il prescrit que dorénavant c’est à ce jour – dernier dimanche d’octobre – que sera lu dans toutes les églises cet acte de consécration qui reçoit une nouvelle formulation (celle que nous publions ci-dessous) : « En vertu de notre autorité apostolique, nous instituons la fête du Christ-Roi. Et nous ordonnons qu’elle soit célébrée le dernier dimanche d’octobre, dimanche qui précède immédiatement la fête de tous les saints. Nous ordonnons également que soit renouvelée chaque année et ce même jour de la fête du Christ-Roi la consécration du genre humain au Sacré-Cœur, dont notre prédécesseur de sainte mémoire Pie X avait déjà ordonné le renouvellement annuel… »  Et ce même Pie XI (encyclique « Miserentissimus Redemptor » du 8 mai 1928) accentua le caractère de réparation de la fête du Sacré Coeur en prescrivant ce jour-là en remplacement de l’acte de consécration une « amende honorable » solennelle.

Au moment des réformes promulguées sous les pontificats de Jean XXIII et de Paul VI, la fête du Christ Roi fut déplacée au dernier dimanche de l’année liturgique (voir ce que nous avons écrit sur ce déplacement qui marque aussi un déplacement du sens de la fête > ici) et l’acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur est demeuré attaché à cette fête, mais amputé de la partie que nous signalons ci-dessous entre [...].

A la récitation publique de cette prière devant le Très Saint Sacrement exposé, le jour de la fête du Christ-Roi, la Sainte Eglise attache le don d’une indulgence plénière, aux conditions habituelles.

Christ Roi

Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain, jetez un regard sur nous qui sommes humblement prosternés devant votre autel. Nous sommes à vous, nous voulons être à vous, et afin de vous être plus fermement unis, voici que chacun d’entre nous se consacre spontanément à votre Sacré Cœur.

Beaucoup ne vous ont jamais connu, beaucoup ont méprisé vos commandements et vous ont renié. Miséricordieux Jésus, ayez pitié des uns et des autres et ramenez-les tous à votre Sacré Cœur.

Seigneur, soyez le roi, non seulement des fidèles qui ne se sont jamais éloignés de vous, mais aussi des enfants prodigues qui vous ont abandonné ; faites qu’ils rentrent bientôt dans la maison paternelle pour qu’ils ne périssent pas de misère et de faim.

Soyez le roi de ceux qui vivent dans l’erreur ou que la discorde a séparés de vous ; ramenez-les au port de la vérité et à l’unité de la foi, afin que bientôt il n’y ait plus qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur.

[Soyez le roi de tous ceux qui sont encore égarés dans les ténèbres de l’idolâtrie ou de l’islamisme, et ne refusez pas de les attirer tous à la lumière de votre royaume.

Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de Rédemption, le sang qu’autrefois ils appelaient sur leurs têtes.]

Accordez, Seigneur, à votre Eglise une liberté sûre et sans entraves ; accordez à tous les peuples l’ordre et la paix. Faites que d’un pôle du monde à l’autre une seule voix retentisse : « Loué soit le divin Cœur qui nous a acquis le salut! A lui, honneur et gloire dans tous les siècles des siècles! »

Ainsi soit-il. 

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