Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2016-17. Du 280e anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Pergolèse.

1736 – 17 mars – 2016

Jean-Baptiste Pergolèse

Jean-Baptiste Draghi, dit Pergolèse

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 17 mars 2016, nous ne célébrons pas seulement la mémoire de Sainte Gertrude de Nivelles, céleste protectrice des chats (cf. > ici) – fête patronale que mon papa-moine n’a pas manqué de me fêter, vous le pensez bien ! – mais nous commémorons aussi le rappel à Dieu d’un jeune artiste de 26 ans, qui s’éteignit en ce jour il y a 280 ans : Jean-Baptiste Draghi, dit Pergolèse.
Ce surnom de PergolèsePergolesi en italien – lui vient de ce que sa famille était originaire de la ville de Pergola, dans les Marches.

Né le 4 janvier 1710, à Jesi, dans la province d’Ancône, Giovanni-Battista Draghi était un enfant remarquablement doué : ce pourquoi, à l’âge de 12 ans, il fut envoyé pour étudier au « Conservatoire des pauvres de Jésus-Christ » (Conservatorio dei poveri di Gesù Cristo) où il fut un élève brillant sous la férule de professeurs exigeants et réputés de l’école napolitaine de musique alors en pleine gloire. La formation musicale y était axée sur les beautés et les prouesses de l’opéra napolitain et de la polyphonie religieuse en vogue.
A sa sortie du Conservatoire, à l’âge de 21 ans (1731), porté par un véritable succès, Jean-Baptiste Pergolèse reçoit des commandes d’opéras et d’oeuvres religieuses : dès l’année suivante (1732), il est appelé à la charge de maître de chapelle du prince Ferdinando Colonna Stigliano, écuyer du vice-roi de Naples.

Je ne m’étends pas ici sur sa carrière et sur sa production musicale… fort courte, puisque dès l’année 1735 il commence à manifester les signes de la maladie qui va l’emporter : la tuberculose.
Au début de l’année 1736, alors qu’il vient tout juste de célébrer son 26e anniversaire, son état de santé l’oblige à se retirer hors de Naples : il est accueilli au couvent des Capucins de Pouzzoles.
Il compose là quelques dernières oeuvres religieuses pour l’église conventuelle des Pères Capucins ; et c’est aussi très probablement là qu’il a écrit la toute dernière, son Stabat Mater, commande du duc de Maddaloni, son mécène, qui lui aurait demandé cette oeuvre pour l’église napolitaine de la Vierge des Sept Douleurs (Santa Maria dei Sette Dolori), église dans laquelle le duc possédait une chapelle votive et où il faisait exécuter des œuvres religieuses chaque troisième dimanche de septembre (pour la solennité des Sept Douleurs de Notre-Dame).

Jean-Baptiste Pergolèse rend son âme à Dieu le 17 mars 1736, âgé de 26 ans deux mois et treize jours.

Dernier chef d’oeuvre d’un jeune compositeur qui a traversé le firmament de la musique baroque napolitaine avec la fulgurance d’une étoile filante d’un éclat particulier, le Stabat Mater de Pergolèse est bien justement l’un des plus célèbres du genre.
Sa renommée fut rapide à travers l’Europe baroque au point que plusieurs compositeurs de renom lui feront des emprunts, le reprendront ou l’adapteront. Pour n’en citer qu’un, et non des moindres : Jean-Sébastien Bach, dès 1740, dans sa cantate « Tilge, Höchster, meine Sünde » (BWV 1083).
En France, le « Manuscrit des Menus Plaisirs du Roy » en conserve aussi une transcription comportant quelques variantes.

En cette veille de la Commémoraison solennelle des Sept Douleurs de Notre-Dame, fête liturgique assignée au vendredi de la Passion, et qui est si importante pour le Refuge Notre-Dame de Compassion, il m’a semblé opportun de rappeler ce deux-cent-quatre-vingtième anniversaire et de vous offrir les enregistrements de deux interprétations de ce sublime Stabat Mater : le premier est un enregistrement public réalisé au Théâtre des Champs-Elysées le 27 janvier 2014, avec Andreas Scholl et Klara Ek, accompagnés par l’ « Academy of Ancient Music » ; le second restitue la version du « Manuscrit des Menus Plaisirs du Roy » évoquée ci-dessus, interprétée par « les Pages & les chantres de la Chapelle Royale » sous le direction d’Olivier Schneebeli.

Puisse cette écoute être pour vous, comme elle l’est pour nous au Mesnil-Marie, bien chers Amis, le support d’une méditation fervente à l’occasion de cette Commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame

Lully.

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Coeur de Marie aux sept glaives

Publié dans:De liturgia, Memento, Prier avec nous |on 17 mars, 2016 |1 Commentaire »

Le cantique « Au sang qu’un Dieu va répandre » :

Dimanche de Laetare, au soir.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce saint temps de Carême, où nous intensifions notre contemplation des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à quelques jours de l’entrée dans le temps de la Passion, je voulais publier dans ces pages les paroles originelles du si populaire cantique « Au sang qu’un Dieu va répandre ».

Il existe en effet plusieurs adaptations, plus ou moins approchantes, des paroles d’origine de ce cantique.
La version la plus répandue est sans doute celle qui a été publiée par Monseigneur Joseph Besnier dans son fameux « Recueil de cantiques populaires ».

Lorsqu'un Dieu daigne répandre (Besnier)

Ainsi que vous le pouvez voir ci-dessus, les paroles y sont dites « d’après Fénelon » ; quant à la musique, c’est celle d’une mélodie tirée d’un opéra de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736), mélodie qui fut réutilisée pour le générique de la série télévisée pour les enfants « Bonne nuit, les petits » diffusée de 1962 à 1973.

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Ce sont, selon toute vraisemblance, les Sulpiciens, dans le seconde moitié du XVIIIe siècle, qui ont adapté cette mélodie bien profane, alors très à la mode, pour en faire le support des paroles écrites par Fénelon.
Henri Adam de Villiers, maître de chapelle à l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile, à Paris, précise que les paroles françaises qui avaient fait le succès de cette mélodie disaient : « Que ne suis-je la fougère / Où sur la fin du jour, / Se repose ma bergère, / Sous la garde de l’amour ?… » !

Mais revenons au texte lui-même.
A quelle période et pour quelles raisons le texte de Fénelon a-t-il été plus ou moins modifié ? Je ne saurais le dire.
Mais, même si plusieurs motifs, d’ordre religieux aussi bien que politique, font que je me tiens habituellement à une prudente distance de Fénelon, pour cette occurrence on ne peut qu’admirer le style et les sentiments qu’il a exprimés dans ce cantique.
Voici les paroles originelles :

1. Au sang qu’un Dieu va répandre,
Ah ! mêlez du moins vos pleurs,
Chrétiens qui venez entendre
Le récit de ses douleurs.
Puisque c’est pour vos offenses
Que ce Dieu souffre aujourd’hui,
Animés par ses souffrances,
Vivez & mourez pour lui.
 

 

2. Dans un jardin solitaire
Il sent de rudes combats ;
Il prie, il craint, il espère,
Son cœur veut et ne veux pas.
Tantôt la crainte est plus forte,
Et tantôt l’amour plus fort :
Mais enfin l’amour l’emporte
Et lui fait choisir la mort. 

 

3. Judas, que la fureur guide,
L’aborde d’un air soumis ;
Il l’embrasse… et ce perfide
Le livre à ses ennemis !
Judas, un pécheur t’imite
Quand il feint de L’apaiser ;
Souvent sa bouche hypocrite
Le trahit par un baiser. 

 

4. On l’abandonne à la rage
De cent tigres inhumains ;
Sur son aimable visage
Les soldats portent leurs mains
Vous deviez, Anges fidèles,
Témoins de leurs attentats,
Ou le mettre sous vos ailes,
Ou frapper tous ces ingrats. 

 

5. Ils le traînent au grand-prêtre,
Qui seconde leur fureur,
Et ne veut le reconnaître
Que pour un blasphémateur.
Quand il jugera la terre
Ce sauveur aura son tour :
Aux éclats de son tonnerre
Tu le connaîtras un jour. 

 

6. Tandis qu’il se sacrifie,
Tout conspire à l’outrager :
Pierre lui-même l’oublie,
Et le traite d’étranger.
Mais Jésus perce son âme
D’un regard tendre et vainqueur,
Et met d’un seul trait de flamme
Le repentir dans son cœur. 

 

7. Chez Pilate on le compare
Au dernier des scélérats ;
Qu’entends-je ! ô peuple barbare,
Tes cris sont pour Barabbas !
Quelle indigne préférence !
Le juste est abandonné ;
On condamne l’innocence,
Et le crime est pardonné. 

 

8. On le dépouille, on l’attache,
Chacun arme son courroux :
Je vois cet Agneau sans tache
Tombant presque sous les coups.
C’est à nous d’être victimes,
Arrêtez, cruels bourreaux !
C’est pour effacer vos crimes
Que son sang coule à grands flots. 

 

9. Une couronne cruelle
Perce son auguste front :
A ce chef, à ce modèle,
Mondains, vous faites affront.
Il languit dans les supplices,
C’est un homme de douleurs :
Vous vivez dans les délices,
Vous vous couronnez de fleurs. 

 

10. Il marche, il monte au Calvaire
Chargé d’un infâme bois :
De là, comme d’une chaire,
Il fait entendre sa voix :
« Ciel, dérobe à la vengeance
Ceux qui m’osent outrager ! »
C’est ainsi, quand on l’offense,
Qu’un chrétien doit se venger. 

 

11. Une troupe mutinée
L’insulte et crie à l’envi :
S’il changeait sa destinée,
Oui, nous croirions tous en lui !
Il peut la changer sans peine
Malgré vos nœuds et vos clous :
Mais le nœud qui seul l’enchaîne,
C’est l’amour qu’il a pour nous. 

 

12. Ah ! de ce lit de souffrance,
Seigneur, ne descendez pas :
Suspendez votre puissance,
Restez-y jusqu’au trépas.
Mais tenez votre promesse,
Attirez-nous près de vous ;
Pour prix de votre tendresse,
Puissions-nous y mourir tous ! 

 

13. Il expire, et la nature
Dans lui pleure son auteur :
Il n’est point de créature
Qui ne marque sa douleur.
Un spectacle si terrible
Ne pourra-t-il me toucher ?
Et serai-je moins sensible
Que n’est le plus dur rocher ?

 

Amédée Gastoué (1873-1943), maître de chapelle, professeur de chant grégorien et de chant choral, président de la Société française de musicologie, trouvant que la mélodie de Pergolèse manquait de profondeur religieuse (et pour cause) en composa une nouvelle, plus conforme à la gravité du sujet du cantique de Fénelon.
Lorsqu’il était jeune religieux, notre Frère Maximilien-Marie a d’ailleurs eu un supérieur qui avait fait ses études sacerdotales à Paris avant la seconde guerre mondiale et qui, pour les chemins de Croix des vendredis de Carême, préférait chanter le cantique de Fénelon sur cette mélodie de Gastoué.

Henri Adam de Villiers, déjà cité ci-dessus, a réalisé une harmonisation à quatre voix pour l’air d’Amédée Gastoué (voir > ici), et c’est cette version qui est interprêtée à l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris, pendant le temps de la Passion.
En voici un enregistrement :

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Je vous encourage à prendre du temps pour intérioriser et pour méditer sur les paroles de ce cantique plus que trois fois centenaire, et même – pourquoi pas ? – à en apprendre par coeur quelques strophes que vous puissiez ainsi chanter, lorsque cela est possible, au cours de vos occupations quotidiennes : Frère Maximilien-Marie fait souvent ainsi lorsqu’il jardine ou qu’il effectue quelque travail manuel, c’est une manière de continuer l’oraison et de garder son âme unie à Notre-Seigneur dans l’accomplissement des tâches ordinaires…

Je vous souhaite toujours plus de ferveur et de générosité pendant cette seconde partie du Carême !

Lully.

Lamentation sur le Christ mort - Nicolas Poussin - 1628

Nicolas Poussin : Lamentation sur le Christ mort (1628)

Publié dans:Prier avec nous |on 6 mars, 2016 |4 Commentaires »

« Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours ».

- Cantique attribué à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort -

1er février,
Fête du Bienheureux Guillaume Repin
et de ses 98 Bienheureux compagnons – prêtres, religieuses et laïcs – martyrs,
à Angers et à Avrillé, dans les premières semaines de l’année 1794.
Voir > ici, > ici et > ici.

La première édition de ce célèbre cantique se trouve, en 1749, dans un recueil de cantiques pour les missions publié à Lyon par les Jésuites. Une tradition très ancienne en attribue les paroles à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, sans que l’on puisse toutefois l’attester de manière irréfragable : on note que certaines expressions et les idées de ce chant sont plutôt favorables à cette attribution.
Plusieurs témoignages nous rapportent que les ecclésiastiques, religieuses et humbles fidèles massacrés dans les provinces de l’Ouest pendant la grande terreur chantaient ce cantique dans la charette qui les conduisait vers l’échafaud ou dans ces longues files qu’on emmenait à la fusillade.
En cette fête du Bienheureux Guillaume Repin et de ses compagnons, martyrs à Angers et à Avrillé, en complément des textes que j’ai déjà publiés à leur sujet (voir les liens ci-dessus), je veux publier ci-dessous les paroles de ce cantique, telles qu’elles figurent dans l’édition de référence des cantiques de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Martyrs d'Avrillé

Les Bienheureux Martyrs d’Avrillé fusillés au bord des fosses dans lesquels leurs corps vont être jetés
(détail d’un vitrail de la chapelle du Champ des Martyrs)

Je mets ma confiance.

Je mets ma confiance,
Vierge, en votre secours,
Servez-moi de défense,
Prenez soin de mes jours ;
Et quand ma dernière heure
Viendra fixer mon sort,
Obtenez que je meure
De la plus sainte mort.

Sainte Vierge Marie,
Asile des pécheurs,
Prenez part, je vous prie,
A mes justes frayeurs :
Vous êtes mon refuge,
Votre Fils est mon Roi,
Mais Il sera mon Juge,
Intercédez pour moi.

Ah ! Soyez-moi propice
Avant que de mourir,
Apaisez Sa justice,
Je crains de la subir ;
Mère pleine de zèle,
Protégez votre enfant,
Je vous serai fidèle
Jusqu’au dernier instant.

A dessein de vous plaire,
O Reine de mon coeur !
Je promets de rien faire
Qui blesse votre honneur :
Je veux que, par hommage,
Ceux qui me sont sujets,
En tous lieux, à tout âge,
Prennent vos intérêts.

Voyez couler mes larmes,
Mère du bel Amour ;
Finissez mes alarmes
Dans ce mortel séjour :
Venez rompre ma chaîne,
Pour m’approcher de vous,
Aimable Souveraine,
Que mon sort serait doux !

Vous êtes, Vierge Mère,
Après Dieu, mon support ;
Je sais qu’Il est mon Père,
Mais vous êtes mon fort :
Faites que dans la gloire,
Parmi les bienheureux,
Je chante la victoire
Du Monarque des cieux.

« Les Oeuvres du Bx de Montfort »
Ses cantiques avec notes par le R.P. F.Fradet smm, édition type
Librairie mariale – Pontchâteau 1932.

Enfin, voici un autre enregistrement que celui que j’avais déjà publié (tout en bas de page ici), puisque les paroles de ce cantique peuvent-être chantées sur deux mélodies différentes. Dans ma première publication, c’était la mélodie du très ancien noël populaire « Or nous dites Marie » ; ci-dessous voici la seconde version, interprétée par la Schola Sainte-Cécile, avec pour les couplets des paroles qui différent de celles du recueil de référence : le cantique a en effet connu un certain nombre de variantes au XIXe siècle, selon les recueils et leurs diverses éditions.

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Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 1 février, 2016 |Pas de commentaires »

2016-9. De Sainte Bathilde, Reine des Francs, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde,
Mémoire de Sainte Martine,

Anniversaire de la mort de S.A.R. le Prince Alphonse de Bourbon (cf. > ici).

Il y a des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
A ce propos, permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse anecdotique amusante : un jour, dans une conversation qui roulait sur l’histoire de l’Eglise et la sainteté, à plusieurs reprises Frère Maximilien-Marie s’était exclamé à la mention de certains noms de saints : « L’une de mes saintes préférées ! » ou encore : « Un de  mes saints de prédilection ! ». Le bon père dominicain qui était son interlocuteur finit par lui rétorquer, dans un soupir : « Dites-nous plutôt quels sont les saints que vous ne préférez pas… La liste sera plus courte ! »

Il y a donc, oui, des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
Et Sainte Bathilde, dont le propre de France mentionne la fête à la date du 30 janvier, est de ce nombre.

Sainte Bathilde sur un vitrail de l'église Ste Radegonde à Poitiers

Sainte Bathilde représentée sur un vitrail de l’église Sainte Radegonde à Poitiers

Anglo-Saxonne de naissance (elle était probablement née en 626 mais d’autres avancent la date de 630), Bathilde avait été emmenée en captivité et vendue comme esclave alors qu’elle était à peine adolescente. Elle avait été achetée par Archambaud (ou Erchinoald), Maire du palais de Clovis II, Roi de Neustrie et de Bourgogne. Clovis II était fils du fameux Roi Dagobert 1er et il n’avait que quatre ans à la mort de son père, en 629. 

Bathilde gagna rapidement la faveur de tous, en raison de son charme, de sa beauté et de sa nature gracieuse et douce. Elle était aimée aussi bien de ses compagnes esclaves, envers lesquelles elle témoignait de nombreuses attentions telles que le nettoyage de leurs chaussures et de leurs vêtements, que de ses maîtres, si bien que lorsque Archambaud perdit son épouse, il résolut d’épouser la jeune esclave.
Bathilde, alarmée par cette perspective, se déguisa avec de vieux vêtements et des haillons, et se cacha le temps de se faire oublier.
Archambaud, p
ensant qu’elle s’était définitivement enfuie, épousa une autre femme. Lorsque Bathilde l’apprit, elle revint au palais pour reprendre son service, essuyant force moqueries parce qu’elle avait préféré la condition d’esclave à celle de princesse. 

Elle attira toutefois l’attention du Roi Clovis II qui était à peine plus âgé qu’elle (il était né en 625), et qui l’épousa : en 649, la jeune esclave devint donc Reine des Francs. 
Elle donna à Clovis II cinq enfants, dont trois fils qui furent Rois après lui : Clotaire III (Roi de Neustrie et de Bourgogne), Childéric II (Roi d’Austrasie puis de tous les Francs après la mort de Clotaire III) et Thierry III (Roi de Neustrie et de Bourgogne à la mort de Clotaire III, rapidement détroné par Childéric II, puis Roi de tous les Francs à la mort de Childéric II et de son cousin Dagobert II). 

Ste Bathilde statue dans les jardins du Palais du Luxembourg (Paris)

Sainte Bathilde : statue érigée dans les jardins du Palais du Luxembourg à Paris (détail).

A la mort de son époux (survenue le 31 octobre 657, alors qu’il n’avait que 22 ans), Bathilde fut nommée régente pour son fils aîné, Clotaire III, Roi de Neustrie, qui n’avait que cinq ans. 
Elle gouverna avec compétence et sagesse pendant huit ans, s’attachant à réformer les abus et à rendre son peuple heureux, ayant pour principaux conseillers Saint Éloi, évêque de Noyon, et Saint Ouen, évêque de Rouen.

N’oubliant jamais qu’elle avait été esclave, Bathilde usa en particulier de son pouvoir pour soulager ceux qui étaient en captivité. A cette époque, il n’était pas rare que les plus pauvres vendissent leurs propres enfants comme esclaves quand ils n’avaient plus de ressources. Bathilde réduisit les impôts, interdit l’achat d’esclaves chrétiens et la vente de sujets francs, et déclara que tout esclave qui mettait le pied dans le Royaume serait libre, dès cet instant. 

Bathilde soutint le travail de l’Eglise de tout son pouvoir, tant en ce qui concerne l’évangélisation de ses peuples que dans les oeuvres d’instruction et de charité. Elle lutta contre la simonie et favorisa la vie religieuse : elle fonda deux abbayes royales – celles de Corbie et de Chelles – et soutenait de ses largesses les abbayes royales de Saint-Denys et de Saint-Martin de Tours, les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Jouarre, de Luxeuil… etc. et nombre d’autres établissements ecclésiastiques et sanctuaires.
Elle fonda et dota des hospices, n’hésitant pas à vendre ses propres bijoux pour venir en aide aux nécessiteux.
Sous son gouvernement enfin, des forêts furent défrichées afin de permettre l’extension des terres agricoles. 

Ste Bathilde près du lit mortuaire de St Eloi

Sainte Bathilde près du lit de mort de Saint Eloi (tableau du XVIIe siècle)

Quand son fils, Clotaire III, fut en âge de gouverner, Bathilde se retira à l’abbaye royale de Chelles, qu’elle avait fondée dans la vallée de la Marne.
On raconte qu’elle eut par trois fois la vision de Saint Eloi, rappelé à Dieu peu de temps auparavant, qui lui enjoignait de quitter le siècle et de prendre le voile.
C’est de tout coeur qu’elle avait renoncé au monde et aux honneurs, aussi ne voulut-elle avoir aucun statut particulier dans la communauté, vivant l’humilité et la parfaite obéissance comme la dernière des moniales : « Il me semble que le plus grand bonheur qui me puisse arriver, c’est d’être foulée aux pieds de tout le monde », aurait-elle déclaré.

Elle mourut à Chelles le 30 janvier 680.
A l’heure de rendre le dernier soupir, elle déclara qu’elle voyait une échelle partant de l’autel de la Sainte Vierge et dressée jusqu’au ciel, et que, sur celle-ci, elle se voyait elle-même montant en compagnie des anges.

Elle fut inhumée à Chelles, et non à Saint-Denis auprès de son époux Clovis II.

Vénérée dès après sa mort, son culte fut promu par les abbesses de Chelles (nombre d’entre elles étaient de la famille royale), en particulier par Sainte Gisèle (+ 810), abbesse de Chelles et soeur de Saint Charlemagne.
Quoique ses reliques eussent déjà fait l’objet d’une élévation (ce qui, à cette époque, correspondait à peu de choses près à ce que nous appelons aujourd’hui une canonisation), présidée par l’évêque de Paris, et de translations, Sainte Bathilde fut définitivement canonisée par le pape Nicolas II, au Xe siècle.
Ses reliques furent protégées par les habitants de Chelles lors des pillages et profanations révolutionnaires, et nous ont donc été conservées.

Leonhard Beck 1480-1552 vision de Ste Bathilde

Vision de Sainte Bathilde (gravure de Leonhard Beck – XVe siècle)

Oraison propre de la Messe de Sainte Bathilde :

O Dieu, qui avez enseigné à la Bienheureuse Bathilde à passer de tout son coeur de la grandeur du monde à l’humilité de la Croix, accordez-nous que, par son intercession et son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables de la terre, et par l’embrassement de Votre Croix nous triomphions de tout ce qui nous est contraire.
O Vous qui vivez et régnez… etc.

Oraison de la fête de Ste Bathilde

Invocations pour le début de l’année nouvelle :

« Benedices coronae anni benignitatis tuae ! »
(Ps. LXIV, 12 a)
Vous bénissez la couronne de l’année, objet de Votre bonté.

Pierre-Paul Rubens - anges musiciens

Pierre-Paul Rubens : anges musiciens.

Invocations pour le début de l’année nouvelle :

O Dieu, Père Eternel et Souverain, qui demeurez semblable à Vous-même, Vous dont les années ne passent point, accordez-nous de passer pieusement cette année nouvelle à Votre saint service.
Ne nous privez pas de ce qui nous est nécessaire pour la vie de l’âme et du corps, et faites que nous puissions, par notre zèle et notre piété, nous soumettre en toutes choses à Votre sainte volonté.
Bénissez, Seigneur, la couronne de cette année que nous accorde Votre bonté, afin que nos champs soient remplis d’abondance et que nous, qui cheminons dans une vallée de larmes, nous soyons habités de Votre douce paix.

O Verbe incréé, Créateur de l’univers, incommensurable et éternelle Sagesse, Alpha et Oméga de l’histoire et de ce monde, bénissez-nous avec une surabondante largesse quand nous venons humblement nous placer sous Votre toute-puissante et miséricordieuse protection, et que nous Vous demandons Vos grâces pour chacun des jours qui formeront la couronne de cette année qui commence.
Que Votre paix garde ce Royaume, garde nos cités et garde nos familles, par l’intercession de Votre Très Sainte Mère toujours vierge, par qui Vous êtes venu au milieu de nous à la plénitude des temps : sauvez nos âmes et préservez-les de toute souillure ; et par la vertu de Votre Sang rédempteur protégez-nous des attaques de l’ennemi.

Souverain Maître des siècles, Esprit Saint, divin Paraclet, par Lequel les temps et les années sont conduits vers leur terme, nous présentons à Votre bénigne Majesté la couronne de cette année nouvelle, afin que Votre suave munificence la remplisse chaque jour de Ses dons, par lesquels Vous nous aiderez à être fidèles aux préceptes de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à marcher dans des voies qui Lui plaisent, à éviter le mal et à pratiquer le bien, puis, quand viendra notre heure, à remettre avec une humble confiance notre âme entre Ses mains.

Ainsi soit-il !

couronne de Noël Meilleurs voeux

Et l’on pourra lire ou relire la « Métaphysique des voeux » publiée > ici

Publié dans:Prier avec nous |on 31 décembre, 2015 |4 Commentaires »

Prière du vénérable Pie XII à Marie, Mère immaculée.

Martino Altomonte - Budapest - Immaculée Conception (1719)

La Vierge immaculée – Martino Altomonte, Budapest (1719).

O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent.

Nous sommes accablés sous nos fautes et succombons sous le poids d’infinies misères, et pourtant nous admirons et chantons l’incomparable richesse des dons sublimes dont Dieu vous a comblée plus que toute autre créature, depuis le premier instant de votre Conception jusqu’au jour où, élevée au Ciel, Il vous a couronnée Reine de l’univers.

O limpide Source de foi, abreuvez nos esprits des vérités éternelles !
O Lis odorant de toute sainteté, captivez nos coeurs par votre céleste parfum !
O Triomphatrice du mal et de la mort, inspirez-nous une profonde horreur pour le péché qui rend l’âme abominable à Dieu et esclave de l’enfer !

Ecoutez, ô Bien-Aimée de Dieu, le cri fervent qui s’élève de chaque coeur fidèle (…).
Penchez-vous sur nos plaies douloureuses.
Changez le coeur des méchants, séchez les larmes des affligés et des opprimés, réconfortez les pauvres et les petits, éteignez les haines, adoucissez la dureté des moeurs, gardez à la jeunesse sa fleur de pureté, protégez la Sainte Eglise, faites que tous les hommes ressentent l’attrait de la bonté chrétienne.
Qu’en votre nom, qui retentit harmonieusement dans les Cieux, les hommes se reconnaissent frères et les nations membres d’une seule famille, sur laquelle resplendisse le soleil d’une paix sincère et universelle.

Accueillez, ô très douce Mère, nos humbles prières, et obtenez-nous par-dessus tout de pouvoir un jour, partageant votre bonheur, redire devant votre trône, l’hymne qui monte aujourd’hui sur la terre autour de vos autels : « Vous êtes toute belle, ô Marie ! Vous êtes la gloire, la joie, l’honneur de notre peuple. »

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

(prière composée en italien pour l’Année Mariale, le 21 novembre 1953)

2015-95. « La France retrouvera sa paix et sa grandeur par l’union autour de ce qui a toujours fait sa force et sa constance, ses valeurs puisées aux sources de son histoire. »

Lundi 16 novembre 2015,
Fête de Sainte Gertrude la Grande (voir > ici et > ici).

Même s’il a déjà été relayé par de très nombreuses publications légitimistes, il est de notre devoir de retranscrire également ici le communiqué publié samedi 14 novembre par le Secrétariat du Prince, après les actes de terrorisme perpétrés à Paris dans la soirée de ce vendredi 13 novembre.
Pour nous, chrétiens, à la suite de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, il ne s’agit pas seulement de « penser » mais aussi de prier .

Prier :
1) pour le salut des âmes de ces victimes décédées (car, il convient de le rappeler, Dieu – qui est hors du temps – , en considération des prières faites après l’événement, peut accorder des grâces, notamment en ce qui touche à la conversion, au repentir et au salut éternel, reçues par ces victimes au moment de leur mort) ;
2) pour les blessés, afin de les soutenir et pour leur obtenir des grâces de guérison (physiques, psychologiques et spirituelles) ;
3) pour leurs proches qui portent le poids du deuil ou qui se resserrent auprès de leurs blessés ;
4) pour la France…

Vous remarquerez très particulièrement la dernière phrase de ce communiqué qui, malgré sa concision, n’en est pas moins lourd d’un message fondamental : « Comme en d’autres temps troublés, la France retrouvera sa paix et sa grandeur par l’union autour de ce qui a toujours fait sa force et sa constance, ses valeurs puisées aux sources de son histoire »,.
C’est bien là, malgré les nécessaires pudeur et sobriété imposées par les circonstances, une manière non équivoque de rappeler a) que la France – de nos jours – a perdu toute grandeur (puisqu’on ne peut retrouver que ce qui a été perdu), et b) que les valeurs qui ont toujours fait la force et la constance de la France ne sont pas les prétendues « valeurs de la république« , mais bien les authentiques principes qui ont présidé à la naissance de la France il y a plus de quinze siècles : l’alliance scellée dans les fonts baptismaux de Reims, aux sources de notre histoire.

Armes de France pour le deuil

Communiqué de Monseigneur le Duc d’Anjou :

Au moment où la lâcheté provoquant l’horreur endeuille Paris et la France tout entière, je fais part de ma profonde émotion.
Mes pensées et mes prières vont aux victimes et à leurs familles. Aux morts et aux blessés innocents. Aux gardiens de la sécurité et de la santé.
Au-delà de la douleur et de l’indignation, face à cet acte de guerre, il appartient à tous d’être responsables et confiants dans l’avenir.
Comme en d’autres temps troublés, la France retrouvera sa paix et sa grandeur par l’union autour de ce qui a toujours fait sa force et sa constance, ses valeurs puisées aux sources de son histoire.

Louis de Bourbon, duc d’Anjou

frise lys deuil

La prose latine « Languentibus » pour les trépassés.

Pieuse supplication à la Vierge de Compassion
à l’intention des âmes des fidèles trépassés

2 novembre,
Commémoraison solennelle des fidèles défunts.

Il y a déjà fort longtemps que nous recherchions un enregistrement de la prose latine « Languentibus » que nous puissions intégrer dans ce blogue. N’en trouvant pas, nous dûmes nous résoudre à en réaliser un nous-mêmes dans l’oratoire du Mesnil-Marie, avec « les moyens du bords » (c’est-à-dire avec une toute petite caméra de poche placée devant la statue de Notre-Dame de Compassion, n’ayant pas la possibilité de supprimer les bruits de fond, avec un unique « chantre » qui est loin d’être parfait…) : vous aurez la bonté de pardonner toutes ces imperfections, s’il vous plaît.

Pourquoi tenions-nous tant à publier cette prose ?
Parce que, malheureusement, elle est aujourd’hui trop peu connue, et – par suite – ne se trouve que rarement interprétée dans les églises et chapelles traditionnelles, alors qu’il s’agit d’une magnifique prière chantée qui sollicite l’intercession de la Vierge de Compassion en faveur de nos frères souffrants du Purgatoire.
Quant aux « modernes », il y a belle lurette qu’ils ont envoyé dans les oubliettes des « vieilles croyances surannées » la doctrine du Purgatoire, et les paroles de ce chant leur hérisse le poil…

Le texte de cette prose a été de manière récurrente attribué à un certain Dom Jean de Langoueznou, abbé de Landévennec au milieu du XIV ème siècle : attribution des plus fantaisistes semble-t-il.
Monsieur H. de La Villemarqué, dans le « Bulletin de la Société Archéologique du Finistère » (Tome XIX, année 1892, pp. 190 et suivantes) a en effet montré qu’il n’existait pas de Jean de Langoueznou dans la liste des abbés de Landévennec, et que le texte de la seconde moitié du XVI ème siècle qui lui attribue la paternité de ce chant empile les erreurs historiques et les incohérences…
Peu importe finalement l’auteur de cette prose latine et la date de sa composition : ce qui compte c’est la qualité du texte et la poignante intensité de sa prière à la Mère de toute Compassion en faveur des âmes des trépassés.

La version ici enregistrée est conforme au texte publié par Monsieur le Chanoine Joseph Besnier, directeur de la Maîtrise de la Cathédrale de Nantes, dans son « Manuel pratique de chants liturgiques » (10 ème édition – 1955). Nous savons toutefois que l’on trouve dans d’autres ouvrages des paroles légèrement différentes, d’autres couplets ou des variantes musicales, nous nous en sommes tenus ici à ce que notre Frère Maximilien-Marie a appris jadis au noviciat.

Languentibus - Oraison à la Vierge de Compassion pour les âmes des trépassés

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Traduction :

1. A ceux qui languissent dans le Purgatoire,
Qui sont purifiées par un feu 
très ardent,
Et subissent les tourments 
d’un lourd supplice,
Que votre 
compassion soit en aide :
O Marie !

2. Vous êtes la Source ouverte qui lave les fautes,
Vous venez en aide à tous et ne repoussez personne :
Etendez votre main vers les défunts
Qui languissent sous des peines continues :
O Marie !

3. Faites que les larmes, que vous regardez avec bonté,
Et que nous répandons aux pieds du Juge,
Eteignent bientôt la force de la flamme vengeresse,
Afin que nos défunts soient associés aux Choeurs angéliques :
O Marie !

4. Et lorsque viendra l’examen rigoureux,
Lors du redoutable jugement de Dieu,
Suppliez votre Fils qui sera notre Juge,
Afin que notre héritage soit avec les Saints :
O Marie !

Le suffrage pour les âmes du Purgatoire

Antoine Guerra, dit « le jeune », rétable de l’église Saint-André de Cattlar (1709) :
La Très Sainte Vierge Marie et Saint André intercédant pour les âmes du Purgatoire.

Voir aussi :
- Prière à la Vierge de Compassion en faveur des âmes du Purgatoire > ici
- Les indulgences applicables aux défunts > ici
- le « Musée du Purgatoire » à Rome > ici

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 1 novembre, 2015 |6 Commentaires »

Méditation devant l’image de la Vierge Adolescente « Mater Admirabilis ».

Le 20 octobre 2007 déjà, dans les toutes premières semaines d’existence de mon blogue, j’avais tenu à vous parler de « la sainte image de Mater Admirabilis » (cf. > ici) dont la dévotion s’est répandue dans le monde entier, sous l’impulsion des Dames du Sacré-Coeur, à partir du couvent de la Trinité des Monts, à Rome.
En ce 20 octobre 2015, la découverte de deux belles images anciennes (vous savez que nous les aimons et en avons une petite collection au Mesnil-Marie), me donne l’occasion de vous rappeler cette belle dévotion envers la Mère Admirable, modèle et maîtresse de vie intérieure, et de vous recopier ci-dessous, le texte d’une belle méditation en rapport avec l’image de Mater Admirabilis : texte tiré d’un opuscule publié en 1865 (c’était alors sa troisième édition) par l’abbé Alfred Monnin (qui est aussi l’auteur d’une célèbre biographie du Saint Curé d’Ars) avec l’imprimatur de Son Excellence Monseigneur Pierre-Henri Gérault de Langalerie, évêque de Belley ; texte remarquable parce qu’il est nourrit et comme tissé de références bibliques ; texte remarquable aussi parce qu’il remet bien des choses à l’endroit pour nous qui vivons en un monde qui a oublié le sens véritable de la vie sur terre et de la vocation chrétienne…

Puisse la Mère Admirable vous envelopper tous dans sa propre contemplation pour vous introduire dans la douce intimité du Dieu Trois Fois Saint.

Lully.

Mater admirabilis - image dévotion XIXe siècle

Elévation à la Très Sainte Adolescente dans le Temple :

Vierge bénie entre toutes les vierges, c’est avec bonheur que je vous vois cacher dans le Temple de Jérusalem les grâces inestimables dont Dieu vous a remplie. Le monde n’était pas encore digne de les apercevoir. Je vénère, en vous, ce terrain virginal où Dieu va déposer le fruit divin de son amour.

Le Temple est pour vous le jardin fermé du Cantique. La rosée du Seigneur tombe sur vous, continue et féconde. Le Christ germe de vous comme un lis : sa racine pousse avec force comme celle des plantes du Liban ; ses branches s’étendent en vigoureux rameaux ; sa gloire est celle de l’olivier, son parfum celui de l’encens (cf. Os. XIV). Mère future et très admirable de mon Dieu, laissez-moi vous admirer de plus près. Laissez-moi dire un mot des secrets que vous me révélez ! Avant d’adorer Jésus dans vos bras, et penché sur votre Coeur, c’est votre Coeur que je vénère. Je le proclame après celui de Jésus le chef-d’oeuvre de la création. Tout ce qui avait été vertu avant vous, au ciel et sur la terre, vous le résumez en vous seule ; tout ce qui sera vertu après vous, seule vous l’exprimez déjà en une perfection sublime. Je vénère en vous la femme chrétienne par excellence, et je recueille près de vous tous ces fruits de vertu qui feront plus tard les jeunes filles, les mères, les veuves de la Sainte Eglise. Mais vous m’apparaissez plus belle encore : c’est comme Vierge des vierges que je vous salue dans le Temple, comme le type parfait des âmes consacrées à Dieu par les voeux de la Religion.

La première, vous avez fait entendre le cantique de la pauvreté, de la chasteté, de l’obéissance ; cantique qui permet aux hommes de louer Dieu comme le font les anges ! Près de vous tout ce que l’état religieux offre de charme, de sécurité et de paix se retrouve avec sa grâce primitive : la virginité avec ses isolements, la solitude avec ses silences, le désert sacré avec ses clôtures impénétrables, la modestie avec ses voiles, le recueillement avec ses prières, le travail avec ses saints offices… Tout ce qui assure l’innocence, tout ce qui entretient et calme à la fois ses pudiques alarmes, tout ce qui la fait courir dans les voies de la perfection !…

C’est vous, ô Enfant admirable, qui inaugurez cette nouvelle alliance qui s’appelle du doux nom de paix et qui est toute fondée sur l’amour ! Vous parlez avec Dieu la langue de l’amour, la langue de l’âme réparée, la langue de l’homme innocent, la langue des anges !

Femme incomparable de l’Ecriture, vous avez découvert la perle perdue depuis quatre mille ans ! Vous avez appelé vos voisines, et, dans votre joie, vous leur avez appris cette vie supérieure de la créature, qui croit n’en pouvoir jamais faire assez pour se séparer du créé et se mieux unir  à son Créateur… cette vie du véritable exil, où tout est compliqué, vide, froid et insipide, si ce n’est le souvenir et l’attente de Dieu !

Laissez-moi donc m’agenouiller devant votre Coeur virginal, sainte fileuse du Temple ! Laissez-moi admirer en vous ces grâces qui vont devenir le germe de tous les ordres de l’Eglise. De la surabondance de vos mérites, très-sainte Adolescente, l’Eglise constituera un trésor réservé, où toutes les âmes d’élite viendront puiser pour atteindre la plénitude de leur vocation.

Les pasteurs s’approcheront, et, comme les bergers de Bethléem, vous les consolerez et vous les fortifierez durant les longues veilles de la nuit qui semble près de s’étendre sur le monde…
Les religieux s’approcheront et ils trouveront en vous l’esprit d’immolation qui les fera demeurer sur l’autel comme des victimes qu’on égorge.
Les prêtres s’approcheront et vous leur apprendrez à offrir, dans la pureté, l’Agneau de Dieu.
Les hommes de la génération présente s’approcheront, et, dans ces temps laborieux, vous en ferez les ouvriers de la vérité et de la justice, pour mettre un terme  aux grandes iniquités, essuyer les larmes des faibles, et hâter cette moisson divine qui nourrira les âmes d’une plus abondate et plus efficace effusion de la lumière divine.
Les jeunes gens s’approcheront, et vous leur donnerez le courage de la lutte ; vous leur apprendrez l’emploi de la force, et, renonçant à cet avenir matériel de faux biens, de plaisirs décevants, de paresse immorale, d’ennuis et de désenchantements prévus, ils iront, eux aussi, travailler à la vigne du Maître.
Les mères s’approcheront, et elles sauront de vous comment on se rend apte à préparer, par le sublime devoir de l’éducation, les germes de l’avenir ; quelle est la force qui raffermit, bénit et glorifie la famille, et, par la famille, la société tout entière.
Les jeunes filles s’approcheront, et votre modestie, s’insinuant en elles, leur fera connaître ses charmes, mille fois plus aimables que tous les prestiges de la vanité et toutes les séductions du monde.
Les fidèles de tous les âges et de toutes les conditions accourront de toutes parts, et vous leur donnerez, en abondance, ces grâces de pureté, de dévoûment, de patience, de douceur et de force qui les feront passer, à leur tour, dans cette grande et unique oblation des élus que la sainte Epouse de Notre-Seigneur, depuis les jours du Calvaire, ne cesse d’offrir à son divin Epoux.

Mater admirabilis ora pro nobis canivet

Publié dans:De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 20 octobre, 2015 |1 Commentaire »
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