Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2026-58. D’un Crucifix miraculeux qui a été utilisé au Mesnil-Marie dans la liturgie de ce Vendredi Saint 2026.

Vendredi Saint 2 avril 2026.

1 - Crucifix miraculeux - Vendredi Saint 2026 adoration de la Croix

Après son dévoilement en trois étapes,
le Crucifix est déposé sur un coussin violet recouvert d’un linge de lin blanc
et va recevoir l’adoration du clergé et des fidèles.

   En notre Mesnil-Marie, ce vendredi Saint 2 avril 2026, lors de la liturgie de l’adoration de la Croix suivie par la Messe des Présanctifiés, nous avons eu l’immense grâce d’accueillir un Crucifix miraculeux : c’est du moins ce qu’affirme un document manuscrit, qui bien qu’en assez mauvais état reste néanmoins globalement lisible, plié de manière à ne pas dépasser la largeur de la branche verticale de la Croix au verso de laquelle il est collé.

   C’est ce saint Crucifix, qui a été dévoilé solennellement dans la liturgie et qui a été le support de nos adorations pendant le chant des impropères.

Document explicatif collé au Crucifix

Une partie du document explicatif
collé au verso de la branche verticale du Crucifix miraculeux.

   Ce Crucifix ne nous appartient pas : il nous a été prêté par une famille amie à l’occasion de ce Triduum Sacré, et nous lui en sommes infiniment reconnaissants !

   Cette famille l’a elle-même reçu d’un monastère de contemplatives contraint de fermer, faute de vocations.
Qu’il nous soit permis – vous comprenez facilement pourquoi – de ne pas révéler de quel monastère il s’agissait ni même de dévoiler la famille monastique à laquelle il appartenait.

2 - Crucifix miraculeux - Vendredi Saint 2026

Le Crucifix miraculeux pour l’adoration de la Croix
ce Vendredi Saint 2 avril 2026.

   Le document collé au verso de la Croix nous apprend donc que cette Croix se trouvait, avant la grande révolution, dans la cellule d’une moniale favorisée de grâces mystiques : « Elle lui parlait familièrement avec foi et simplicité comme font les saints » dit le manuscrit ; « Et ce [mot illisible en raison d'une déchirure du papier] Crucifix daignait lui répondre soit en hochant la tête soit même en lui parlant » .

   Un jour où cette sainte religieuse était en prière et venait de demander à Notre-Seigneur une réponse - « sur quelque chose d’important », précise le document -, « le saint Crucifix ouvrit la bouche pour lui parler, mais une religieuse étant entrée dans ce moment dans la cellule, la langue du Crucifix s’arrêta au bord des lèvres, et la bouche resta entrouverte comme on le voit maintenant » .

3 - Crucifix miraculeux - Vendredi Saint 2026

5 - Crucifix miraculeux - Vendredi Saint 2026

   La suite du document manuscrit raconte comment, au moment de la révolution, deux religieuses de ce monastère, dont elles furent chassées, l’ont soustrait aux profanations et l’ont conservé caché pendant la Terreur, à laquelle elles échappèrent.

   Leur monastère ne se releva pas après la tourmente révolutionnaire.
Aussi ces deux religieuses – qui avaient pour noms Mère Colombe et Mère Séraphine – rejoignirent-elles une autre maison de leur Ordre, restaurée dans une autre ville du Royaume, où
« pendant plusieurs années elles édifièrent cette communauté par leurs vertus » .

   Enfin, le manuscrit précise qu’en 1872, en raison du fait que ce Crucifix, à l’origine blanc , était dans un état de grande saleté, à cause de son ancienneté et de son histoire (caché pendant la Terreur, déplacé… etc., et peut-être aussi en raison de la vénération dont il a été entouré, vénération qui a sans nul doute été manifestée par des gestes de dévotion et des baisers) a dû être nettoyé : c’est alors qu’il a été colorisé comme on le voit aujourd’hui.

   C’est une immense grâce pour nous d’avoir accueilli ce saint Crucifix : la vénération dont nous l’avons aujourd’hui entouré nous relie d’une manière extrêmement concrète à la foi et à l’amour d’une fervente communauté monastique de l’Ancien Régime, à la fidélité et à l’espérance de religieuses courageuses qui – malgré la persécution – ont persévéré dans leur vocation, se sont sanctifiées, et ont édifié leurs contemporains par leurs vertus, et nous relie également à des générations d’âmes saintes contemplatives qui ont prié devant le Crucifix miraculeux, et qui, grâce à la dévotion qu’il suscite, se sont totalement dévouées à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la prière et le sacrifice…

   Puissions-nous, entraînés par de tels exemples, grandir dans l’amour du divin Crucifié et nous laisser toujours enseigner par Lui.

Ainsi soit-il !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

4 - Crucifix miraculeux - Vendredi Saint 2026

2026-56. « Si tu veux être fidèle, avec Marie verse sur les pieds du Sauveur un parfum précieux. »

Lundi Saint.

   La péricope évangélique que la Sainte Eglise donne à méditer à ses fidèles en ce Lundi Saint est extraite du chapitre XII de l’Evangile selon Saint Jean et dresse devant les regards de notre âme le tableau de l’onction de Notre-Seigneur par la future Sainte Marie-Magdeleine à Béthanie.
Dans le cinquantième des « Traités sur Saint Jean » notre Bienheureux Père Saint Augustin commente cet épisode.

   Contentons-nous aujourd’hui de lire et de méditer seulement deux des quatorze chapitres dont est composé ce cinquantième traité : nous pourrons, par la suite, approfondir les autres aspects du commentaire du grand Docteur d’Hippone. Pour l’heure, ces deux courts chapîtres sont déjà riches d’enseignements profonds.

Le repas chez Simon - Philippe de Champaigne - blogue

Philippe de Champaigne (1602-1674) : le repas chez Simon (vers 1656)
[Musée d'Arts, Nantes].

Si tu veux être fidèle,

avec Marie verse sur les pieds du Sauveur un parfum précieux.

   « Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie, où était mort Lazare, qu’Il avait ressuscité. On Lui donna à souper ; Marthe Le servait et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec Lui » (Jean XII, 1-2).
De peur que les hommes ne s’imaginassent que sa résurrection d’entre les morts n’était qu’un vain fantôme, Lazare était du nombre de ceux qui étaient à table avec Lui ; il était vivant ; il parlait ; il prenait part au festin : la vérité se manifestait ainsi au grand jour, et l’incrédulité des Juifs se trouvait confondue.

   Le Seigneur était donc à table avec Lazare et les autres, et Marthe, une des sœurs de Lazare, les servait.

   Or « Marie », l’autre sœur de Lazare, « prit une livre de vrai nard, parfum précieux, et le répandit sur les pieds de Jésus, et elle les essuya avec ses cheveux, et toute la maison fut remplie de l’odeur du parfum » (Jean XII, 3).
Vous avez entendu le fait : cherchons le mystère qu’il renferme.

   O âme, qui que tu sois, si tu veux être fidèle, avec Marie verse sur les pieds du Sauveur un parfum précieux.
Ce parfum n’était autre que la justice, c’est pourquoi il y en avait une livre. C’était un parfum « de nard » précieux et éprouvé [Nota bene : les mots latins désignant ce parfum traduit par "nard" en français, sont "nardi pistici" : il est essentiel de le savoir pour comprendre la suite du discours de Saint Augustin].
Le nom donné à ce parfum indique, à ce que je crois, la contrée d’où il venait ; mais ce mot n’est pas exempt de mystère, et il convient bien à celui que nous voulons découvrir. En grec, pistis signifie la foi.

   Tu voulais savoir comment pratiquer la justice ? « Le juste vit de la foi » (Rom. I, 17).

   Oins les pieds de Jésus par une vie sainte ; suis les traces du Seigneur. Essuie Ses pieds avec tes cheveux : si tu as du superflu, donne-le aux pauvres, et tu auras essuyé les pieds du Seigneur, car les cheveux sont pour le corps comme quelque chose de superflu.

   Tu vois ce qu’il faut faire de ton superflu : il est superflu pour toi, mais il est nécessaire aux pieds du Seigneur.
Peut-être que, sur la terre, les pieds du Seigneur se trouvent dans le besoin : de qui donc, sinon de Ses membres, doit-Il dire à la fin du monde : « Ce que vous avez fait au moindre des Miens, c’est à Moi que vous l’avez fait » (Matth. XXV, 40) ? Vous avez donné des choses qui ne vous étaient pas nécessaires, mais vous avez soulagé Mes pieds.

Saint Augustin, in « Traités sur Saint Jean »
Traité L, § 5 & 6.

Le repas chez Simon - Philippe de Champaigne - détail

2026-55. L’Annonciation méditée par l’Ecole française de spiritualité.

25 mars,
Fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie.

   Voici le texte de la lettre mensuelle adressée aux membres et amis de la Confrérie Royale à l’occasion du 25 mars 2026 :

Guido Reni Louvre - blogue

Guido Reni (1575-1642) : Annonciation (entre 1625 et 1642)
[Musée du Louvre]

L’Annonciation

méditée par l’Ecole française de spiritualité.

       Dans l’un de ses ouvrages consacré à la spiritualité du sacerdoce, le Révérend Père rédemptoriste Clément Dillenschneider († 1969) vante les richesses doctrinales « de notre incomparable École française de spiritualité. La grandeur de la spiritualité bérullienne est d’être, selon le mot d’Henri Brémond : ‘‘chargée de dogme’’, ce qui fait sa solidité et sa perpétuelle jeunesse. Or la spiritualité de l’École française est empreinte d’un double cachet : elle est par excellence une spiritualité mariale et une spiritualité sacerdotale. Et elle est l’une et l’autre parce qu’elle est centrée sur le mystère de l’Incarnation qui explique à la fois le mystère de Marie et le mystère du prêtre ». L’abbé Brémond précité n’hésite pas à son tour à qualifier ce courant spirituel d’École « sans contredit la plus originale, la plus riche et la plus féconde de celles que vit naître l’âge d’or de notre littérature religieuse ».

   Or, s’il est une prière qui résume admirablement cette spiritualité centrée sur l’Incarnation, c’est bien celle de l’Angélus, qui nous donne de revivre trois fois par jour le mystère de l’Annonciation. Les Maîtres de l’École française ont médité ce passage crucial de l’Évangile avec une profondeur théologique et contemplative remarquable. Parmi eux, le cardinal Pierre de Bérulle († 1629), de pieuse mémoire, l’introducteur du Carmel en France et le chef de file de ce courant spirituel, que le pape Paul V appelait « l’apôtre du Verbe incarné », nous offre une méditation particulièrement riche sur l’Annonciation. Prenons le temps d’en goûter toute la profondeur en lisant ces lignes posément, car une lecture rapide ne nous permettrait pas de tirer toute la saveur spirituelle contenue dans ces paroles inspirées. Comme avec le latin liturgique, la concision terminologique favorise la précision dogmatique.

Ave Maria vignette pour le blogue

L’humilité devant l’ange

            L’Angélus reprend les paroles-mêmes de l’Évangile selon saint Luc :

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je vous salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec vous » (Lc 1, 26-27).

            Pendant la visite de l’ange, l’humilité [de la Sainte Vierge] est si grande qu’elle ne voit pas que Dieu l’élève en un trône pour la couronner comme reine de l’univers et mère de Celui qui l’a créée… Dès longtemps on vous prépare à le concevoir dignement ; mais vous ne l’apercevez pas, ô Vierge humble et sacrée ! Vous ne voyez pas vos grandeurs… car Dieu joint à votre esprit une simplicité divine avec une fidélité parfaite, et vous coopérez sans cesse à une grâce que vous ne discernez pas.

L’Évangile poursuit : À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation (Lc 1, 29)

            Mais ce trouble, explique Bérulle, n’est nullement un ébranlement de faiblesse :

            Si elle se trouble à la parole de Gabriel, ce n’est pas qu’elle ait peur à l’apparition de cet ange en une forme humaine, car sa pureté est solide, innocente et tranquille ; elle est céleste, angélique, et divine ; elle n’est pas faible, défiante, ombrageuse et la garde d’icelle est sans timidité, sans trouble et sans inquiétude… Vous êtes tout angélique d’esprit, de grâce et de condition, vous êtes accoutumée de traiter avec les anges. L’étonnement de la Vierge est un étonnement de l’esprit et non des sens, un étonnement produit par la grâce et non par la nature, un étonnement de lumière et non de faiblesse.

            D’avance, elle adhère fermement à ce qu’elle n’entend pas encore, et quand l’ange reprend : ‘‘Que Vous êtes si heureuse en la recherche de la grâce de Dieu, que vous avez trouvé même la grâce des grâces’’, c’est-à-dire le Fils unique de Dieu, elle répond par une parole de foi signalée, de pureté virginale, de prudence céleste, de conduite divine, de fécondité heureuse.

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Lumière de la foi

            L’échange entre l’ange et Marie conduit alors à la fameuse question : « Quomodo fiet istud ? Comment cela se produira-t-il ? ». Cette interrogation a parfois été mal comprise. Bérulle en souligne au contraire toute la pureté spirituelle :

            Ce n’est pas une parole d’infidélité ni même de curiosité. Avant que cet ange paraisse, la Vierge est trop bien instruite de la naissance du Messie (qui était l’article principal de la foi des juifs) et de la puissance de Dieu (qui est le premier article de la foi du monde) pour avoir peine à croire que le Messie naîtra d’une Vierge, et pour restreindre la puissance divine à le faire naître par le seul moyen commun et ordinaire à la naissance de tous les mortels. Sa lumière est trop grande et sa foi trop élevée pour une erreur si grossière.

            Sans peine donc et sans retardement, elle croit ce qui lui est annoncé, il n’y a pas lieu d’en douter, en la grandeur de sa foi, en la lumière qu’elle a des Écritures et à l’autorité de l’ange qui l’annonce. Mais en la supposant, elle sait qu’il y a plusieurs voies cachées dans les trésors de la puissance divine pour accomplir cet œuvre, et cette connaissance est lumière. Elle exclut cette seule voie qui répugne à son vœu, et c’est fidélité. Elle n’ouvre point son esprit à en conjecturer aucune, et c’est simplicité. Elle ne prend point l’autorité d’en vouloir, d’en choisir, d’en prescrire, d’en affecter une, et c’est humilité. Et puisque Dieu veut faire cet œuvre en elle et avec elle, elle croit pouvoir et devoir s’enquérir du moyen choisi et ordonné dans le conseil de Dieu, et c’est vérité et équité. La Vierge considère ce que cet ange lui propose, et c’est prudence ; elle se rend à la première ouverture qui lui est faite, et c’est facilité ; elle conclut et répond aussitôt, et c’est obéissance.

            Ainsi la foi de Marie apparaît déjà comme parfaite, pleinement docile à l’action divine et contenant tout le chapelet des vertus chrétiennes.

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Le Fiat de Marie

Vient alors la réponse décisive de la Vierge : Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon votre parole » (Lc 1, 38)

            Bérulle contemple longuement la portée de ces quelques mots :

            Par obéissance, elle se déclare la servante de Dieu. Elle est au terme de grâce qui termine tout le cours de sa vie précédente, vie très haute et préparant à l’état nouveau où elle va entrer à la fin de ces saintes paroles. Cette parole donc n’est pas une parole de piété commune et d’un sens ordinaire, c’est une parole et d’abaissement et d’élévation très grande tout ensemble… Lorsque cette Vierge humble, silencieuse et modeste ouvre la bouche pour la proférer, elle est en la main du Verbe éternel qui est avec elle, qui va s’incarner en elle… Elle correspond dignement à la qualité de sa personne, à la sublimité de sa grâce, à la sainteté de son état, à la divinité de son appartenance au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Son acquiescement est un vœu et une profession solennelle de son abaissement, de sa servitude, de son abandon.

            Le Père oratorien Guillaume Gibieuf († 1650) scrute à son tour toute la portée de ce mot :

            Fiat : c’est une parole non d’étonnement comme la première mais de consentement. C’est une parole non d’inquisition humaine mais de résolution divine. C’est une parole non de suspension mais d’inclination vive et ardente à l’accomplissement du vouloir de Dieu et de son œuvre. Cette simple parole porte en un simple mot deux choses dignes de grands poids : elle porte et un désir d’amour, et un consentement par obéissance, et un consentement si important que d’icelui dépend un œuvre si grand et si nécessaire au ciel et à la terre.

            Et lorsque Marie ajoute :

            Ecce ancilla Domini : par ces paroles, la Vierge change de qualité et entre en un nouvel état. L’ange se retire et Dieu s’approche, et la Vierge demeure en son élévation. Ô merveille ! Ô grandeur ! Les paroles de l’ange s’effectuent : le ciel s’ouvre, le Saint-Esprit descend en la Vierge, la vertu du Très-Haut la remplit, l’œuvre des œuvres s’accomplit.

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Le mystère de l’Incarnation

            Gibieuf contemple alors le mystère qui vient de s’accomplir dans le silence de Nazareth :

            Et en cet heureux moment, le Créateur se fait créature pour ses créatures : l’architecte du ciel et de la terre se forme un corps terrestre pour sanctifier la terre et le ciel ; Dieu se fait homme pour le salut des hommes, et la Vierge devient Mère de Dieu.

            C’est en Nazareth que se font ces merveilles ; c’est en un profond silence et en une nuit obscure ; c’est en un moment, ou pour mieux dire dans les mesures de votre éternité. Mais il faut du temps, de la grâce, de la lumière pour penser dignement à des choses si grandes. Celui qui est la splendeur du Père et vient pour être la lumière du monde daigne éclairer nos ténèbres.

Et l’Évangile conclut sobrement : Alors l’ange la quitta (Lc 1, 38). La sensibilité de Gibieuf lui fait remarquer :

            Et discessit ab illa angelus : c’est la seule dureté que je trouve en un sujet si doux et si délicieux, et dureté pratique au regard d’un si grand ange, et d’un ange qui a grande part à ce mystère. Mais la dignité de l’œuvre de Dieu et la grandeur suprême de la Trinité qui l’opère le porte ainsi.

            Au vrai, c’est toute la cohorte des bons esprits qui accourt auprès de Marie et l’environne pour saluer en elle la Regina angelorum : la Reine des anges, et s’émerveiller devant un tel mystère d’une jeune vierge concevant le Fils de Dieu.

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Marie, temple vivant du Verbe incarné

            À partir de ce moment béni commence pour Marie une vie nouvelle entièrement tournée vers le mystère qu’elle porte en elle :

            Après l’Incarnation, écrit Bérulle, Marie est consommée en grâce très rare et très élevée, mais ce comble n’est qu’un fondement et un commencement d’un nouvel édifice. Car une nouvelle vie commence pour elle, vie pleine de grâces, de lumière et de désir de servir à Dieu en ce haut ministère. Il est plus facile de dire ce qu’elle ne fait pas que ce qu’elle fait : elle est non en un mouvement, mais en un repos, car elle est tranquille ; non en un repos, mais en un mouvement, car elle tend à Dieu et y tend par une vigueur et vivacité admirables.

            Désormais, tous ses actes vont se rapporter à Jésus et à sa mission : la Vierge est occupée en Jésus et elle est seule en toute la terre occupée en Jésus ; seule elle adore le mystère de l’Incarnation [ajoutons : avec tous les saints anges], y applique et absorbe tous ses sens, toutes ses facultés. La grâce et la nature conspirent en elle à établir une disposition éminente et ravissante son cœur et son esprit en Jésus son Fils. Il est présent en elle, il est puissant en elle, il est opérant en elle. Elle est parfaitement disposée à recevoir ces saintes opérations, et à les recevoir selon toute leur énergie et étendue. Elle entre en connaissance de ses secrets puisqu’ils se passent en elle, elle est disposée à en favoriser l’exécution, en acceptant avec lui l’abaissement et la croix qui lui sont réservés. En attendant, elle est tout occupée de lui par admiration qui est une occupation sublime, rare et ravissante, occupée par conservation et garde d’un dépôt sacré.

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Marie médiatrice

            De ce mystère découle également la mission spirituelle de Marie envers les âmes :

            La fonction de la Sainte Vierge est de donner Jésus aux âmes. Comme conséquence de la naissance temporelle qu’il a reçue d’elle, elle acquiert un droit sur lui, et non seulement elle, mais le Père aussi. C’est vous ô Marie qui, lui donnant une nouvelle naissance, donnez commencement au pouvoir du Père vers le Fils parce que vous le mettez en état auquel le Père puisse exercer son pouvoir sur lui. Le Père éternel, qui vous devance une éternité en la production de son Fils, ne vous devance pas d’un seul moment en l’exercice de son autorité sur lui. Tous les deux ont contribué à le former, tous les deux peuvent le donner aux âmes et le Père ne veut point réserver à soi seul cette nouvelle puissance qui lui est donnée par le mystère de l’Incarnation ; car il la communique à la Sainte Vierge et la met en puissance et autorité maternelle sur celui sur lequel il prend puissance et autorité paternelle. Ainsi le Père éternel honore et partage son pouvoir sur son Fils avec la Vierge, à laquelle celui qui est le Fils de Dieu et Dieu même est assujetti pour notre exemple et pour notre amour.

            Dans un sens très proche, Bossuet dira : « Dieu ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la Sainte Vierge, cet ordre ne change plus. Il est et sera toujours véritable qu’ayant reçu par elle une fois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les diverses applications dans tous les états différents qui composent la vie chrétienne ».

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Une vie d’adoration silencieuse

            La vocation profonde de Marie se résume alors en une attitude intérieure : « C’est son état, c’est sa voie, c’est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la Parole éternelle ».

            C’est dans la même ligne que le Père Gibieuf médite lui aussi cet événement :

            Au jour de l’Annonciation, l’huile qui la sacre est la plénitude de la divinité dont elle est imbue et pénétrée pour l’accomplissement du mystère ineffable de l’Incarnation. L’auteur ne veut pas que l’on dise qu’elle est devenue Mère seulement à ce moment-là : Ne dites pas que c’est une créature humaine, élevée à la dignité de Mère de Dieu, mais dites plutôt que c’est la dignité incomparable de Mère de Dieu, établie dans une créature humaine. Ce n’est pas une forme qui s’ajoute, c’est son fonds, c’est sa substance, c’est son tout et elle n’est que cela et elle n’est que capacité de cela. En raison de cela, elle est immaculée dans sa conception, impeccable, incapable même de commettre une faute ; Dieu donne une attention particulière à former son corps, revêtu d’une beauté éminente qui s’explique par celle de son Fils ; il la prépare à sa mission en la conduisant au temple par dispensation et conduite spéciale de son conseil ; elle y est en communication incessante avec Dieu et ses anges qui tiennent à dignation et faveur particulière d’être employés à lui rendre service.

            Quand Marie a prononcé le Fiat, émanation singulière du désir que le Père éternel a de donner son Fils au monde, elle entre en société et communication spéciale avec le Verbe : elle a donc en elle le Père et le Fils, le Père comme Époux, le Fils comme Fils et le Saint-Esprit comme le lien sacré et indissoluble du Père et du Fils. Le sein de la Vierge devient un temple où Dieu est plus saintement adoré que dans le ciel ; son Fils, qui remplit ses entrailles de son petit corps, remplit son âme de son esprit et de sa vie. C’est de lui qu’elle reçoit les paroles qui sanctifient saint Jean dès avant sa naissance : y eut-il jamais rien de si efficace et de si puissant ? Quand sa cousine la magnifie, elle magnifie le Seigneur et supprime ainsi les louanges de la créature par les louanges du Créateur.

            À la visite de l’ange, elle entre dans le soin de garder son vœu de virginité et c’est être fidèle à ce Seigneur à qui elle s’est engagée ; et, dans le soin de garder son vœu, elle demande comment cela se pourra faire, et c’est une prudence céleste ; et, après que l’Ange a éclairci tous ses doutes, voyant la volonté de Dieu clairement proposée, ce qui lui reste est de rendre obéissance à son Souverain. Elle accepte dans la double disposition d’abaissement en elle-même et d’élévation à Dieu dont témoigne sa réponse.

            Suivons cet ange pas à pas, et voyons comme il va non à Rome la triomphante, ni à Athènes la savante, ni à Babylone la superbe, ni même à Jérusalem la sainte. Il va en un coin de la Galilée, à une bourgade inconnue, à un Nazareth dont Nathanaël dira un jour : « A Nazareth aliquid boni esse ? De Nazareth, peut-il en sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46).

            Puis : L’Ave Maria est la première parole angélique adressée à la première personne du Nouveau Testament, c’est la première parole évangélique annoncée à la terre : c’est l’Évangile du Père éternel à la Vierge que cet ange porte du ciel.

            Et sur l’intervention du Saint-Esprit comme acteur de ce mystère : La nature ne prendra point part à cet œuvre. Les anges mêmes, employés d’ordinaire dans les œuvres de Dieu, n’y seront point appelés. La main seule du Tout-Puissant y sera appliquée ; et la fécondité de la Vierge sera élevée par puissance divine à concevoir et produire saintement le Saint des saints, le Fils propre et unique de Dieu-même. Rien d’impur et de terrestre ne sera mêlé en cette opération ; tout y sera céleste et divin. Vous aurez, ô Vierge sacrée, et la fleur et le fruit tout ensemble : la fleur de votre virginité et le fruit de votre fécondité.

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L’angélus rythme notre vie chrétienne

            La méditation de l’Angélus n’est pas seulement la contemplation d’un événement passé : elle ouvre sur la vie spirituelle des chrétiens eux-mêmes. Gibeuf évoque à ce propos la parole du Christ :

            “Quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, il est mon frère, ma sœur, ma mère” (Mt 12, 50) : parole mystérieuse mais dont nous apercevons quelque lueur dans la doctrine de votre grand apôtre qui nous apprend que nous sommes vos membres, que vous naissez en nous, que vous y êtes formé, que vous y croissez, que votre corps ne sera consommé et parfait que quand tous ceux que votre Père vous a donnés seront en vous vivant de votre esprit et subsistant en l’unité de votre divine personne ; et que, partant, tous ceux qui servent à la conversion et sanctification des âmes (or tous doivent y servir plus ou moins, selon la grâce qui leur est départie) servent à former et édifier votre corps et vous font office de Mère.

            Ainsi, en récitant l’Angélus, le chrétien est invité à entrer lui-même dans la dynamique du mystère de l’Incarnation : accueillir le Verbe, coopérer à son œuvre et participer à la naissance spirituelle du Christ dans les âmes.

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Par l’intercession de saint Gabriel

            Toute la tradition spirituelle de l’École française converge vers cette vérité : le mystère de l’Incarnation est inséparable de la mission de Marie dans l’histoire du Salut. C’est pourquoi saint Louis-Marie Grignion de Montfort († 1716) peut résumer ainsi cette doctrine : « C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde et c’est aussi par Elle qu’Il doit régner dans le monde ».

            Confions notre avancement spirituel au héraut de l’Incarnation, l’archange saint Gabriel, que nous fêtions liturgiquement hier et qui eut pour mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à la Vierge Marie et de l’éclairer. Lui qui, dans l’Ancien Testament, apparut au prophète Daniel lui annonçant : « Nunc egressus sum ut docerem te et intelligeres : Je suis venu maintenant pour t’instruire et pour que tu comprennes » (Dn 9, 22), qu’il daigne nous instruire dans les voies sprirituelles et nous faire voir la volonté de Dieu en toutes choses ; lui qui, à l’aube du Nouveau Testament, se manifesta à Zaccharie (cf. Lc 1, 13 : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta prière a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils ») puis à la Très Sainte Vierge Marie pour leur annoncer la naissance de leurs fils respectifs, que « l’Archange de la fertilité » rende fructueuses nos actions et nous fasse croître dans l’intimité du Verbe incarné.

R.P. Clément de Sainte-Thérèse

Guido Reni Louvre - détail

2026-54. Récapitulatif des publications de ce blogue relatives à la fête de l’Annonciation :

25 mars,
L’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie (double de 1ère classe),
Au Royaume de France, la fête de l’Annonciation était une fête chômée.

Luca Giordano -Annunciation 1672

Luca Giordano (1634-1705) : Annonciation (1672)
[Musée métropolitain de New-York].

A – Neuvaine préparatoire à la fête de l’Annonciation > ici

B – Textes pour approfondir et méditer :

- « O Annonciation miraculeuse » (Saint Augustin) > ici
- Sermon de Saint Pierre Chrysologue sur l’Annonciation à la Bienheureuse Vierge Marie > ici
- La première oblation du Verbe Incarné : commentaires de Pierre cardinal de Bérulle sur le psaume XXXIX > ici
- Avant l’Annonciation, les Epousailles de Notre-Dame avec Saint Joseph > ici

C – Dans les lettres mensuelles de la Confrérie Royale :

- Le trésor de l’Angélus > ici
- « Marie, notre Amour, notre Vocation, notre Protection » > ici
- Marie, protectrice de la France royale > ici
- L’Annonciation méditée par l’Ecole française de spiritualité > ici

D – Apparitions, sanctuaires et pèlerinages :

- Le miracle de l’osier sanglant (Notre-Dame de l’Osier – 25 mars 1649) > ici

E – Autres événements liés à la date du 25 mars :

- Le 25 mars est le « dies natalis » du saint Bon Larron > ici
- 25 mars 1794 : massacre perpétré dans la forêt de Vezins par les colonnes infernales > ici

Vignette Ave Maria blogue

2026-51. Si vous souhaitez prendre part au règlement des ornements violets pour les messes solennelles…

Samedi de « Sitientes », 21 mars 2026.

vignette de la croix rayonnante au milieu d'acanthes

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Nous arrivons à la dernière partie du Carême, et je voudrais vous montrer une petite merveille qui est arrivée en notre Mesnil-Marie, hier, vendredi de la quatrième semaine de Carême : il s’agit d’ornements liturgiques traditionnels, neufs, pour la célébration des Saintes Messes solennelles dans les temps de pénitence.

   Je rappelle au passage que, dans la liturgie traditionnelle, l’expression « Messe solennelle » a un sens rigoureusement précis : une « Messe solennelle » est une Messe où le célébrant est assisté d’un diacre et d’un sous-diacre, dits ministres.

   Pour la Messe solennelle, les ministres sont revêtus d’ornements particuliers représentatifs des Ordres sacrés dont ils accomplissent la fonction : ainsi le diacre est-il revêtu d’une dalmatique et le sous-diacre d’une tunique.
Toutefois, dans les temps de pénitence, la dalmatique et la tunique sont remplacées par des chasubles pliées.
L’histoire et les règles liturgiques concernant les chasubles pliées a été très bien expliquée dans un article du site de la Schola Sainte Cécile, et j’y renvoie mes lecteurs qui voudraient approfondir leurs connaissances à ce sujet > ici.

1 - Ornement violet complet - prêtre et ministres face - blogue

   Pour être exact, je dois ajouter que notre Frère Maximilien-Marie n’a pu, pour cette fois, commander que le minimum des éléments nécessaires à la célébration des Messes solennelles dans les temps de pénitence, c’est-à-dire la chasuble du prêtre, avec son étole et son manipule, la bourse du corporal et le voile du calice ; les deux chasubles pliées pour le diacre et le sous-diacre, chacune avec son manipule, et – pour le diacre – l’étole diaconale habituelle mais aussi le « stolon », ou étole large ; et enfin le voile huméral pour le sous-diacre.

   Quand il en aura la possibilité, notre Frère pourra toujours compléter avec une chape assortie. Pour l’heure, nous devrons nous contenter d’une chape violette de coupe et de tissu disparates.

   Le style de la coupe des ornements qui a été choisi par notre Frère n’est pas la coupe dite romaine ; la plus courante dans les églises ou chapelles dans lesquelles est célébrée la liturgie traditionnelle, mais la coupe que l’on appelle parfois « Saint Philippe Néri » ou bien « Borromée », c’est-à-dire celle qui avait cours à la fin du XVIème siècle ou au début du XVIIème.

2 - Ornement violet complet - prêtre et ministres dos - blogue

   Les deux photos publiées ci-dessus proviennent du catalogue du fabricant, mais je puis vous assurer que ce que nous avons reçu est absolument et rigoureusement conforme à ces clichés.

   Nous sommes particulèrement reconnaissants au couturier que nous avions contacté dans les derniers jours de février seulement et qui a tout mis en œuvre pour que nous soyons livrés avant la Semaine Sainte !

   J’ajoute ci-dessous une photo de détail du tissu violet, des galons et du brocart dont sont composés ces ornements… Nul ne sera étonné – je pense – en remarquant que le motif du damas comporte des fleurs de lys !!!

3 - Ornement violet détail - blogue

   Voici de plus près la chasuble sacerdotale :

4 - Ornement violet - Prêtre - blogue

   Et voici la chasuble pliée (en l’occurrence il s’agit plutôt d’une chasuble coupée) diaconale (celle du sous-diacre est identique), et le « stolon », que le diacre porte à partir de l’Evangile jusqu’à la post-communion, qui est le reliquat d’une antique chasuble roulée, ainsi que l’explique l’article de référence mentionné ci-dessus :

5 - Ornement violet - diacre - blogue

   Enfin, voici le voile huméral que le sous-diacre porte de l’offertoire au « Pater » :

6 - Ornement violeet - voile huméral - blogue

   Comme nous l’enseignent les exemples des saints, et selon une phrase de Saint François d’Assise déjà citée à plusieurs reprises dans les pages de ce blogue : « La pauvreté s’arrête au pied de l’autel » (cf. > ici, > ici et > ici).

   Les moines, qui vont vœu de pauvreté et ne possèdent rien en propre, qui sont économes des biens de ce monde – dont ils considèrent qu’ils leur sont prêtés quand il s’agit d’un usage personnel et dont ils pensent toujours qu’ils doivent rendre compte de l’usage qu’ils en font -, ces moines qui vivent d’aumônes et de charité pour leur vie quotidienne, ne sont en revanche point avares lorsqu’il s’agit d’embellir la Maison de Dieu, de glorifier la Divine Majesté, et de contribuer à la splendeur du culte qui Lui est dû.
C’est dans cet esprit que mon papa-moine agit lui aussi le plus naturellement du monde.

   En cette fin de Carême, où les fidèles sont invités à manifester leur générosité et à concrétiser leurs efforts de conversion et de pénitence par la pratique de l’aumône, je me permets donc de signaler que s’il en est, parmi nos lecteurs, qui veulent employer quelque don pour prendre part au règlement de cet ensemble de mangifiques ornements violets des Messes solennelles, et pour nous permettre par la suite de les compléter par l’acquisition de la chape qui leur est assortie, nous leur en serons très reconnaissants, et nous prierons très spécialement pour que Dieu leur rende en grâces et bénédictions ce qu’ils auront offert pour Sa gloire.

   A toutes fins utiles, je leur rappelle donc le lien qui explique de quelle manière ils peuvent apporter leur contribution à la beauté des offices en notre Oratoire : c’est > ici.

Soyez bénis et chaleureusement remerciés.

Tolbiac.

vignette de la croix rayonnante au milieu d'acanthes

2026-50. Du Crucifix miraculeux de la basilique de Saint-Nicolas-in-Carcere, à Rome.

Samedi de la quatrième semaine de Carême.

Rome église Saint-Nicolas-in-Carcere extérieur

Rome : église Saint-Nicolas-in-Carcere.

       Dans la liturgie romaine traditionnelle, le missel nous rappelle pour chaque jour du Carême, en quelle église de Rome s’accomplit la station : je ne veux pas me lancer aujourd’hui dans l’explication de ce que sont ces stations, parce que cela nous entraînerait beaucoup trop loin et que ce n’est pas cela dont j’ai résolu de vous entretenir aujourd’hui ; mais je veux profiter de ce que la station de ce samedi de la quatrième semaine du Carême se fait à l’église Saint-Nicolas-in-Carcere (c’est-à-dire, littéralement : « en prison »), non pas pour vous faire l’historique de cette église – pourtant très intéressant -, ni pour vous emmener virtuellement en faire une « visite » exhaustive – bien qu’elle le mérite -, mais seulement, in extremis avant que nous ne voilions les crucifix de nos églises et chapelles, pour vous entretenir brièvement de son crucifix miraculeux.

   Ce crucifix, que l’on appelle donc miraculeux, se trouve dans la chapelle de l’abside du bas-côté gauche de l’église (la dite église est d’ailleurs tout à la fois une collégiale et une basilique), qui est aussi de nos jours la chapelle du Très Saint-Sacrement.
C’est un crucifix en bois que l’on date du XIVème siècle, sans pouvoir donner davantage de précisions sur l’année où il fut réalisé ni sur son sculpteur.

   Le visiteur est relativement discrètement guidé vers lui par une simple affichette sur laquelle est écrit, en italien, au-dessus d’une flèche donnant la direction de la chapelle où il se trouve : « Crucifix miraculeux qui a ouvert les yeux le 19 juillet 1796″.

Saint-Nicolas-in-Carcere chapelle du Crucifix - blogue

Crucifix miraculeux de l'église Saint-Nicolas-in-Carcere - blogue

  On ne trouve pas d’indication précise (et exacte) au sujet de ce miracle.

   Le plus précieux, le plus exhaustif et le plus précis de tous mes anciens livres écrit pour guider les pélerins romains, ouvrage dans lequel je trouve habituellement toutes les antiques traditions, ainsi que le détail des miracles ou reliques conservés dans les églises de la Ville Eternelle, n’en parle pas.

   Lors de mes séjours romains, il y a plusieurs lustres de cela, un vieux chanoine de cette collégiale m’avait assuré que le miracle avait eu lieu alors qu’un prêtre célébrait la Sainte Messe à cet autel. Il m’avait également fait remarquer que certains prétendent que ce prêtre aurait été Saint Gaspard del Bufalo, mais que cette attrbution est pour le moins fantaisiste : la date du miracle est certaine – 19 juillet 1796 -, et Saint Gaspard del Bufalo n’était alors âgé  que de dix ans ! Il sera ordonné prêtre en 1808.

   Dans les corridors des sacristies on conserve des plaques de marbre qui rappellent que le Pape Pie VII a accordé à perpétuité la délivance des peines du Purgatoire en faveur de l’âme du défunt pour laquelle tout prêtre, séculier ou régulier, célèbrera la Sainte Messe sur cet autel du crucifix miraculeux (c’est ce que l’on appelle un « autel privilégié ») : 

Privilège accordé par Pie VII - blogue

   … et les célébrations du centenaire du miracle, le 19 juillet 1896 :

centenaire du miracle - blogue

   Mais de plus amples détails, point !

   A titre personnel (et même si ma curiosité se trouve mortifiée par une telle carence de détails pour un miracle pourtant dûment authentifié par la Sainte Eglise), je vous confierai que je suis assez attaché à cette église, et surtout au saint crucifix qui s’y trouve, pour une raison très personnelle : lors de la mort de Monsieur mon Père, le 31 août 2005, l’une de mes amies, qui habitait alors à Rome – à moins de 500 mètres de la Basilique de Saint-Nicolas-in-Carcere -, m’a dit au téléphone : « Je file de ce pas à l’église et vais demander à l’un des chanoines que je connais assez bien, s’il peut célébrer dès aujourd’hui, ou bien demain matin, la Messe à l’autel du crucifix miraculeux, à l’intention de l’âme de votre papa… »
Ainsi fut fait, et ce me fut une immense consolation spirituelle.

   Lors de mon retour à Rome, à quelque temps de là, je n’ai pas manqué d’aller prier à Saint-Nicolas-in-Carcere, avec d’intimes sentiments de gratitude, parce que j’avais, dans la foi surnaturelle, la certitude que la miséricorde de Notre-Seigneur crucifié s’était déployée avec munificence pour délivrer l’âme de mon père des flammes du Purgatoire.

Crucifix de Saint-Nicolas in Carcere - blogue

   Voilà donc ce qu’évoque pour moi la station de ce samedi de la quatrième semaine de Carême, et je me permets d’élargir maintenant mon propos en vous exhortant à ne jamais douter de la puissance de la Croix sur laquelle s’accomplit l’œuvre de la miséricorde rédemptrice.

   Voilà pourquoi nous pouvons, avec une immense confiance, prier ainsi :

   « O Dieu, qui en faveur de ceux qui espèrent en Vous, choisissez de prendre en pitié plutôt que de Vous irriter : donnez-nous de pleurer convenablement le mal que nous avons commis, afin que nous méritions de trouver la grâce de Votre consolation… »
[oraison supra populum à la conclusion de la Messe de la férie de ce jour]

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Crucifix miraculeux de Saint-Nicolas-in-Carcere - blogue

2026-48. Si vous avez la charité, exercez-la par une sainte conduite ; et, si vous en manquez, obtenez-la par la prière.

Mardi de la quatrième semaine de Carême.

vignette avec symboles augustiniens - blogue

       Notre Bienheureux Père Saint Augustin est un incomparable guide et stimulateur de la ferveur dans notre parcours spirituel du Carême : voici un autre de ses courts sermons (il porte le numéro CCIX dans l’édition des œuvres complètes) destinés à ses ouailles de la fin du IVème ou du début du Vème siècles afin de les soutenir et les encourager.
Par delà les siècles, n’est-il pas, en définitive, très réconfortant de bien comprendre que le grand Docteur de la Grâce, et grand connaisseur de l’âme humaine, se tient aujourd’hui à nos côtés pour assurer nos pas dans les voies du salut ?

Murillo - Saint Augustin entre le Christ et la Vierge

Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) :
Saint Augustin entre le Christ crucifié et la Vierge (vers 1664)
[musée du Prado, Madrid].

* * * * *

Si vous avez la charité,

exercez-la par une sainte conduite ;

et, si vous en manquez, obtenez-la par la prière.

vignette avec symboles augustiniens - blogue

1. Introduction au discours : Saint Augustin rappelle l’importance du Carême et de sa discipline sacrée :

   Nous voici parvenus à l’époque solennelle où je dois avertir votre charité de penser davantage à l’âme et de châtier le corps. Nous voici en effet à ces quarante jours si sacrés dans tout l’univers, que célèbre par des exercices publics de religion la partie du monde que Dieu Se réconcilie par le Christ.

2. En temps de Carême, il importe au premier chef de combattre les inimitiés, et, pour cela, de triompher des vices qui jusqu’ici nous empêchent de pardonner :

   Les inimitiés ne devraient jamais naître ou devraient mourir à l’instant : si toutefois il en est que la négligence, l’opiniâtreté ou une honte plus superbe que modeste ait entretenues entre nos frères jusqu’à ce jour, Ah ! que maintenant au moins on sache y mettre fin. Le soleil ne devait pas se coucher sur elles (Eph. IV, 26) ; après que tant de fois le soleil s’est couché et levé sur elles, qu’elles s’éteignent enfin et se couchent à leur tour sans se relever jamais.
La négligence oublie d’y mettre un terme ; l’opiniâtreté refuse d’accorder le pardon à qui le sollicite ; et la honte orgueilleuse dédaigne de le demander. Ces trois vices entretiennent ces inimitiés funestes qui tuent les âmes en qui elles ne meurent pas.
A la négligence donc opposez le souvenir, la compassion à l’opiniâtreté, et une humble prudence à la honte orgueilleuse.

   Se souvient-on d’avoir négligé de se réconcilier ? Qu’on s’éveille et qu’on secoue cette torpeur.
Veut-on exiger d’un autre tout ce qu’il doit ? Qu’on se rappelle combien soi-même on doit à Dieu.
Rougit-on de demander pardon à son frère ? Qu’on surmonte cette honte funeste par une louable crainte.

   En mettant ainsi fin, en donnant ainsi la mort à ces inimitiés fatales, vous recouvrerez la vie. La charité s’acquitte de tous ces devoirs, car elle n’agit pas insolemment (1 Cor. XIII, 4). Si donc vous avez la charité, mes frères, exercez-la par une sainte conduite ; et si vous en manquez, obtenez-la par la prière.

vignette avec symboles augustiniens - blogue

3. L’aumône : celui qui jeûne doit verser dans le sein des pauvres ce qu’il se retranche, et celui qui ne peut jeûner doit, par compensation, donner davantage encore.

   Comme nous devons maintenant rendre nos prières plus ferventes ; afin de leur donner de solides appuis, faisons l’aumône avec plus de ferveur aussi ; ajoutons à nos largesses ce que nous nous retranchons, par le jeûne et par l’abstinence, de nos aliments ordinaires. Et toutefois ceux qui par besoin ou par habitude contractée ne peuvent pratiquer l’abstinence ni conséquemment donner aux pauvres ce qu’ils se retranchent, doivent donner plus abondamment encore, donner avec piété précisément parce qu’ils ne se retranchent rien, s’ils ne peuvent donner quelque valeur à leurs supplications en châtiant leurs corps, ils doivent enfermer dans le coeur du pauvre une aumône plus abondante, car elle saura prier pour eux.
Voici en effet le conseil éminemment salutaire et digne de toute confiance que donnent les saintes Ecritures : « Enferme ton aumône dans le cœur de l’indigent, et elle priera pour toi » (Eccli. XXIX, 15).

4. Prendre au sérieux l’abstinence : il ne faut point négliger cette vraie mortification, remède à nos concupiscences.

   Nous invitons aussi ceux qui s’abstiennent de viandes à ne pas rejeter comme impurs les vases où elles ont cuit. « Tout est pur, dit l’Apôtre, pour ceux qui sont purs » (Tit. I, 15).
Aux yeux de la vraie science, ces sortes d’observances n’ont point pour but l’éloignement de ce qui est impur, mais la répression de la concupiscence.

   Combien donc s’égarent ceux qui se privent de chairs pour se procurer d’autres aliments plus difficiles à préparer et de plus haut prix !
Ce n’est point pratiquer l’abstinence, c’est modifier ses jouissances.
Comment inviter ces hommes à donner aux pauvres ce qu’ils se retranchent, puisqu’ils ne renoncent à leurs aliments ordinaires que pour dépenser davantage à s’en procurer d’autres ?
A cette époque donc jeûnez plus fréquemment, dépensez moins pour vous-mêmes et donnez plus largement aux malheureux.

vignette avec symboles augustiniens - blogue

5. Saint Augustin rappelle la règle venue de l’âge apostolique : en Carême, les époux s’abstiennent de relations intimes.

   Il convient aussi de quitter maintenant le lit conjugal : « pour un temps, dit l’Apôtre, et pour s’appliquer à la prière ; puis revenez comme vous étiez, de crainte que Satan ne vous tente par votre incontinence » (1 Cor. VII, 5).
Est-il si pénible et si difficile, quand on est marié, d’observer durant quelques jours ce que les saintes veuves ont entrepris de faire jusqu’à la fin de leur vie et les vierges consacrées durant leur vie tout entière ?

6. Conclusion : la discipline quadragésimale est un devoir, mais ce devoir ne s’entend que dans l’humilité et la charité surnaturelle.

   Mais en accomplissant tous ces devoirs, il faut s’enflammer d’ardeur et réprimer l’orgueil.
Que nul ne se réjouisse du mérite d’avoir donné, jusqu’à perdre le mérite de l’humilité. Quelles que soient les autres grâces que l’on ait reçues de Dieu, il n’en est aucune pour nous faire mériter en rien, si elles ne sont unies par le lien de la charité.

Murillo - Saint Augustin entre le Christ et la Vierge - détail

2026-40. Leçons hagiographiques des matines de la fête de Sainte Françoise Romaine au Bréviaire romain traditionnel.

9 mars,
fête de Sainte Françoise Romaine, veuve ;
mémoire de la férie de Carême.

Orazio Gentileschi - Vision de Sainte Françoise romaine - blogue

Orazio Gentileschi (1563–1639) :
Vision de Sainte Françoise Romaine (1618-1620)

[Galerie nationale des Marches, Urbino]

angelot baroque - vignette blogue

Leçons hagiographiques des matines

de la fête de

Sainte François Romaine

(Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon : 

   Françoise, noble dame romaine, donna dès l’enfance de remarquables exemples de vertus : méprisant les jeux puérils et les attraits du monde, elle trouvait ses délices dans la solitude et l’oraison.
A l’âge de onze ans, elle forma le dessein de consacrer à Dieu sa virginité et d’entrer dans un monastère. Néanmoins, par une humble soumission à la volonté de ses parents, elle épousa Laurent de Ponziani, jeune homme dont la fortune égalait la noblesse.
Dans l’état du mariage, elle conserva toujours, autant qu’elle le put, le genre de vie austère qu’elle s’était proposé, ayant en horreur les spectacles, les festins et autres divertissements semblables, portant des vêtements de laine et d’une grande simplicité, donnant à l’oraison ou au service du prochain ce qui lui restait de temps après l’accomplissement de ses devoirs domestiques.
Elle s’appliquait avec le plus grand soin à retirer les dames romaines des pompes du siècle et à les détourner de la vanité des parures. C’est pour ces motifs qu’elle fonda à Rome, du vivant de son mari, la maison des Oblates de la Congrégation du Mont-Olivet sous la règle de Saint Benoît.
Elle supporta avec la plus courageuse constance l’exil de son mari, la perte de ses biens, les malheurs de sa maison, et, rendant grâces avec le bienheureux Job, elle lui empruntait fréquemment ces paroles : « Le Seigneur me l’a donné, le Seigneur me l’a ôté, que le nom du Seigneur soit béni ».

angelot baroque - vignette blogue

Cinquième leçon : 

   Son mari étant mort, elle accourut à la maison des Oblates dont il a été parlé plus haut, et implora avec beaucoup de larmes, les pieds nus, la corde au cou, et prosternée contre terre, la grâce d’être reçue parmi elles.
Ayant obtenu la réalisation de ses désirs, elle se glorifiait, bien qu’elle fût la mère de toutes, de ne porter d’autre titre que celui de servante, de femme très vile, et de vase impur. Ses paroles et ses actions manifestaient le mépris qu’elle faisait d’elle-même ; souvent on la vit revenir d’une vigne située dans le voisinage de la ville, et traverser Rome, portant sur la tête un faisceau de sarments, ou conduisant un âne chargé de bois.
Elle secourait les pauvres et leur faisait d’abondantes aumônes, visitait les malades dans les hôpitaux, et les fortifiait en leur donnant, avec la nourriture du corps, de salutaires avis. Elle s’efforçait constamment de réduire son corps en servitude par des veilles, des jeûnes, le cilice, la ceinture de fer, et de fréquentes disciplines. Elle ne faisait qu’un repas par jour, et il se composait d’herbes et de légumes ; sa boisson était de l’eau.
Quelquefois cependant, elle modéra un peu ses austérités corporelles sur l’ordre de son confesseur, à l’égard duquel sa dépendance était extrême.

angelot baroque - vignette blogue

Sixième leçon : 

   Elle contemplait avec une si grande ferveur d’esprit et une telle abondance de larmes les divins mystères et surtout la Passion du Seigneur Jésus, qu’elle semblait prête à expirer par la violence de la douleur. Souvent aussi, lorsqu’elle priait, principalement après avoir reçu le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie, elle demeurait immobile, l’esprit élevé en Dieu, et ravie par la contemplation des choses célestes.
Aussi l’ennemi du genre humain employa-t-il tous ses efforts pour la détourner de son genre de vie par divers outrages et par des coups ; mais elle ne le craignait pas et déjoua toujours ses artifices. Elle remporta sur lui un glorieux triomphe, grâce au secours de son ange gardien avec lequel elle conversait familièrement.
Elle brilla par le don de guérir les malades, et par celui de prophétie qui lui faisait annoncer les événements futurs et pénétrer les secrets des cœurs.
Plus d’une fois, pendant qu’elle marchait toute occupée de Dieu, l’eau qui ruisselait ou la pluie qui tombait, ne la mouillèrent point.
Le Seigneur multiplia à sa prière quelques petits morceaux de pain, suffisant à peine pour nourrir trois sœurs, de telle sorte que non seulement quinze en furent rassasiées, mais qu’il en resta encore de quoi remplir une corbeille.
Un jour, elle apaisa d’une façon complète la soif de ces mêmes sœurs qui, au mois de janvier, arrangeaient du bois hors de Rome, ayant obtenu de Dieu, par un miracle, que des grappes de raisin toutes fraîches parussent sur une vigne suspendue à un arbre.
Enfin, éclatante de vertus et célèbre par ses miracles, elle s’en alla au Seigneur dans la cinquante-sixième armée de son âge : le Souverain Pontife Paul V l’a mise au nombre des Saintes.

Reliques de Sainte Françoise Romaine

Basilique Sainte-Françoise-Romaine (Santa Francesca Romana)
dite aussi basilique Sainte-Marie nouvelle (Santa-Maria-Nova), à Rome,
châsse avec le squelette de la Sainte.

Autres publications concernant Sainte Françoise Romaine et son culte :

- Vision de l’enfer accordée à Sainte Françoise Romaine > ici
- Nicolas Poussin : « Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste » > ici
- Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine » > ici

2026-38. Sa doctrine féconde est plus efficace que toute autre pour combattre victorieusement les erreurs de tous les temps.

7 mars,
Fête de Saint Thomas d’Aquin, prêtre et confesseur, docteur de l’Eglise (cf. aussi > ici) ;
Anniversaire de la mort de la Vénérable Marie-Clotilde de France, reine (cf. > ici & > ici) ;
Anniversaire de la découverte de la statue de Sainte Anne par Yvon Nicolazic (cf. > ici).

Tableau de Saint Thomas d'Aquin enseignant toute l'Eglise - Notre-Dame de Paris

Antoine Nicolas (XVIIe siècle) :
Saint Thomas d’Aquin, fontaine de sagesse (1648),
tableau offert à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Paris en 1974
par un couvent dominicain
à l’occasion du 7ème centenaire de la mort de Saint Thomas d’Aquin.

Vignette - livre ouvert

Leçons historiques des matines

de la fête de

Saint Thomas d’Aquin

(au Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon : 

   Le Bienheureux Thomas, l’insigne ornement du monde chrétien et la lumière de l’Eglise, était fils de Landulphe, comte d’Aquin, et de Théodora de Naples, tous deux de noble extraction. Petit enfant, il donna une marque de la tendre dévotion qu’il devait avoir pour la Mère de Dieu. Ayant trouvé un papier sur lequel était écrite la salutation angélique, il le retint serré dans sa main, malgré les efforts de sa nourrice pour le lui enlever ; et quand sa mère le lui eut ravi de force, il le réclama par ses pleurs et par ses gestes, et l’avala sitôt qu’il lui eut été rendu.
A l’âge de cinq ans, on le conduisit au Mont-Cassin et on le confia aux moines de Saint Benoît. De là, il fut envoyé à Naples, pour y achever ses études, et il n’était encore qu’adolescent lorsqu’il s’engagea dans l’Ordre des Frères Prêcheurs.
Sa mère et ses frères en conçurent une vive indignation : ceux-ci s’emparèrent de lui, comme il se rendait à Paris, et l’enfermèrent au château de Saint-Jean. Là, on n’omit aucune vexation pour le faire renoncer à sa sainte résolution ; on alla jusqu’à introduire auprès de Thomas une courtisane, mais il la chassa avec un tison ardent. Aussitôt après, le bienheureux jeune homme, priant à genoux devant l’image de la croix, entra dans un doux sommeil, pendant lequel il lui sembla que les Anges lui ceignaient les reins. Depuis ce moment il fut exempt des révoltes de la chair.
Il persuada ses sœurs, venues dans ce château pour le détourner de son pieux dessein, de mépriser les embarras du siècle et de se consacrer aux exercices d’une vie toute céleste.

Diego Velazquez Tentation de Saint Thomas 1632 Orihuela

Diego Vélasquez (1599-1660) : la tentation de Saint Thomas d’Aquin (1632)
[Musée des Arts Sacrés de la Cathédrale, Orihuela (Espagne)].

Cinquième leçon : 

   On l’aida à s’échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que frère Jean le Teutonique, Maître général de l’Ordre des Frères Prêcheurs, le conduisit à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie sous Albert le Grand. Ayant atteint sa vingt-cinquième année, il reçut le titre de Maître, et il expliqua publiquement avec le plus grand succès, les écrits des philosophes et des théologiens.
Jamais il ne se livra à l’étude ou à la composition, sans avoir prié auparavant. Lorsque certains passages de la sainte Écriture lui offraient des difficultés, il ajoutait le jeûne à l’oraison. Il avait même coutume de dire à frère Reginald, son compagnon, que ce qu’il savait, il l’avait plutôt appris par inspiration divine qu’il ne l’avait acquis par l’étude et par son travail.
Un jour qu’il priait avec ardeur, à Naples, devant l’image de Jésus crucifié, il entendit cette parole : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas, quelle récompense désires-tu ? » Il répondit : « Point d’autre, Seigneur, que Vous-même ».
Il lisait assidûment les recueils des Pères, et il n’y avait point d’auteur qu’il n’eût approfondi avec soin. Ses ouvrages, remarquables par leur multitude et leur variété, sont si excellents, les difficultés y sont si bien éclaircies, que sa doctrine féconde, exempte de toute erreur et admirablement d’accord avec les vérités révélées, est plus efficace que toute autre pour combattre victorieusement les erreurs de tous les temps.

Extase de Saint Thomas - Santi di Tito Florence - blogue

Santi di Tito (1536-1603) : Vision de Saint Thomas d’Aquin
[église Saint-Marc, Florence]

Sixième leçon : 

   Appelé à Rome par le souverain Pontife Urbain IV, Thomas composa, sur son ordre, l’Office ecclésiastique qui devait se célébrer dans la solennité du Corps du Christ.
Mais il refusa les honneurs qu’on lui offrit et même l’archevêché de Naples que lui proposa Clément IV.
Il ne cessait d’annoncer la parole de Dieu : un jour dans l’octave de Pâques, après un de ses sermons à la basilique de Saint-Pierre, une femme toucha le bord de sa robe, et fut ainsi guérie d’un flux de sang.
Envoyé par le Bienheureux Grégoire X au concile de Lyon, il tomba malade au monastère de Fosse-Neuve ; c’est là qu’il a commenté, au milieu de ses souffrances, le Cantique des cantiques.
Il mourut en ce lieu, dans la cinquantième année de son âge, l’an du salut mil deux cent soixante-quatorze, le jour des nones de mars.
Des miracles le rendirent encore illustre après sa mort, et quand ils eurent été examinés et prouvés, Jean XXII le mit au nombre des Saints en l’année mil trois cent vingt-trois. Plus tard son corps fut transporté à Toulouse par ordre du Pape Urbain V.
Comparé aux esprits angéliques, tant à cause de son innocence que de son génie, Thomas a obtenu à juste titre le nom de Docteur angélique, qui lui a été confirmé par l’autorité de Saint Pie V. Enfin, pour répondre favorablement aux suppliques et aux vœux de presque tous les Prélats du monde catholique, pour combattre surtout la contagion de tant de systèmes philosophiques éloignés de la vérité, pour l’accroissement des sciences et l’utilité commune du genre humain, Léon XIII, après avoir consulté la Congrégation des Rites sacrés, l’a déclaré et institué, par Lettres apostoliques, le céleste patron de toutes les écoles catholiques.

Autel sous lequel se trouve la châsse contenant le corps de Saint Thomas d'Aquin Toulouse

Châsse renfermant le corps de Saint Thomas d’Aquin
sous l’autel de l’église des Jacobins, à Toulouse.

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