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2009-6. Discours sur la vocation de la France prononcé le 13 juillet 1937 dans la chaire de Notre-Dame de Paris par Son Eminence le Cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII.

Nous reproduisons ici dans son intégralité ce texte admirable  qu’il n’est pas toujours facile de trouver en entier et qu’il convient pourtant de bien connaître, de relire fréquemment et de méditer assidûment parce que – après plusieurs décennies – il garde une actualité véritablement brûlante. Pour les jeunes générations qui auraient quelques difficultés avec les citations latines qui n’étaient pas traduites par le Cardinal Pacelli, nous avons rajouté en note la traduction française, ainsi que quelques explications relatives à certaines allusions .

Arrivée du cardinal Pacelli à Lisieux en 1937

Son Eminence le Cardinal Pacelli légat a latere du Pape Pie XI
accueilli à son arrivée à Lisieux en 1937

 » Tandis que dans la majesté des fonctions liturgiques, entouré d’une foule immense qui manifestait sa foi enthousiaste et sa tendre dévotion, je célébrais au nom du Souverain Pontife l’inauguration de la basilique érigée en l’honneur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (note1), une inexprimable émotion m’envahissait le coeur d’une suavité si pénétrante que je ne voyais pas sans un mélancolique regret approcher le moment de m’éloigner de Lisieux où je venais de vivre ces heures inoubliables et vraiment célestes.

Mais voici que le parfum dont mon âme était tout embaumée me suivait, m’accompagnait au cours de mon voyage de retour à travers la luxuriante fécondité des plaines et des collines de France, de la douce terre de France, souriante dans la splendeur de sa parure d’été.

Et ce parfum m’accompagne encore ; il m’accompagnera désormais partout. Mais, à me trouver aujourd’hui en cette capitale de la grande nation, au coeur même de cette patrie, toute chargée des fruits de la terre, toute émaillée des fleurs du ciel, du sein de laquelle a germé, sous le soleil divin, la fleur exquise du Carmel, si simple en son héroïque sainteté, si sainte en sa gracieuse simplicité ; à me trouver ici en présence de toute une élite des fils et des filles de France, devant deux cardinaux qui honorent l’Église et la patrie (note 2), l’un pasteur dont la sagesse et la bonté s’emploient à garder la France fidèle à sa vocation catholique, l’autre, docteur, dont la science illustra naguère ici même cette glorieuse vocation, mon émotion redouble encore et la première parole qui jaillit de mon coeur à mes lèvres est pour vous porter à vous et, en vous, à tous les autres fils et filles de France, le salut, le sourire de la grande «  petite sainte  », flos campi et lilium convallium (Cant. 2, 1), decor Carmeli (Is. 35, 2) (note 3), messagère de la miséricorde et de la tendresse divines pour transmettre à la France, à l’Église, à tout le monde, à ce monde trop souvent vide d’amour, sensuel, pervers, inquiet, des effluves d’amour, de pureté, de candeur et de paix.

Mais ce n’est pas seulement le charme de Lisieux et de sa «  petite fleur  » qui me hante en ce moment, dans la chaire de cette cathédrale, c’est aussi l’impression que fait naître en moi cette cathédrale elle-même.

Comment dire, mes frères, tout ce qu’évoque en mon esprit, en mon âme, comme dans l’âme et dans l’esprit de tout catholique, je dirais même dans toute âme droite et dans tout esprit cultivé, le seul nom de Notre-Dame de Paris ! Car ici c’est l’âme même de la France, l’âme de la fille aînée de l’Église, qui parle à mon âme.

Âme de la France d’aujourd’hui qui vient dire ses aspirations, ses angoisses et sa prière ; âme de la France de jadis dont la voix, remontant des profondeurs d’un passé quatorze fois séculaire, évoquant les Gesta Dei per Francos (note 4), parmi les épreuves aussi bien que parmi les triomphes, sonne aux heures critiques comme un chant de noble fierté et d’imperturbable espérance. Voix de Clovis et de Clotilde, voix de Charlemagne, voix de saint Louis surtout, en cette île où il semble vivre encore et qu’il a parée, en la Sainte Chapelle, de la plus glorieuse et de la plus sainte des couronnes ; voix aussi des grands docteurs de l’Université de Paris, des maîtres dans la foi et dans la sainteté…

Leurs souvenirs, leurs noms inscrits sur vos rues, en même temps qu’ils proclament la vaillance et la vertu de vos aïeux, jalonnent comme une route triomphale l’histoire d’une France qui marche et qui avance en dépit de tout, d’une France qui ne meurt pas ! Oh ! ces voix ! j’entends leur innombrable harmonie résonner dans cette cathédrale, chef-d’oeuvre de votre génie et de votre amoureux labeur qui l’ont dressée comme le monument de cette prière, de cet amour, de cette vigilance, dont je trouve le symbole parlant en cet autel où Dieu descend sous les voiles eucharistiques, en cette voûte qui nous abrite tous ensemble sous le manteau maternel de Marie, en ces tours qui semblent sonder l’horizon serein ou menaçant en gardiennes vigilantes de cette capitale. Prêtons l’oreille à la voix de Notre-Dame de Paris.

Au milieu de la rumeur incessante de cette immense métropole, parmi l’agitation des affaires et des plaisirs, dans l’âpre tourbillon de la lutte pour la vie, témoin apitoyé des désespoirs stériles et des joies décevantes, Notre-Dame de Paris, toujours sereine en sa calme et pacifiante gravité, semble répéter sans relâche à tous ceux qui passent : Orate, fratres, Priez, mes frères ; elle semble, dirais-je volontiers, être elle-même un Orate fratres de pierre, une invitation perpétuelle à la prière.

Nous les connaissons les aspirations, les préoccupations de la France d’aujourd’hui ; la génération présente rêve d’être une génération de défricheurs, de pionniers, pour la restauration d’un monde chancelant et désaxé ; elle se sent au coeur l’entrain, l’esprit d’initiative, le besoin irrésistible d’action, un certain amour de la lutte et du risque, une certaine ambition de conquête et de prosélytisme au service de quelque idéal.

Or si, selon les hommes et les partis, l’idéal est bien divers – et c’est le secret de tant de dissensions douloureuses -, l’ardeur de chacun est la même à poursuivre la réalisation, le triomphe universel de son idéal – et c’est, en grande partie, l’explication de l’âpreté et de l’irréductibilité de ces dissensions.

Mais ces aspirations mêmes que, malgré la grande variété de leurs manifestations, nous retrouvons à chaque génération française depuis les origines, comment les expliquer ? Inutile d’invoquer je ne sais quel fatalisme ou quel déterminisme racial. À la France d’aujourd’hui, qui l’interroge, la France d’autrefois va répondre en donnant à cette hérédité son vrai nom : la vocation.

Car, mes frères, les peuples, comme les individus, ont aussi leur vocation providentielle ; comme les individus, ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu’ils sont dociles ou rebelles à leur vocation.

Fouillant de son regard d’aigle le mystère de l’histoire universelle et de ses déconcertantes vicissitudes, le grand évêque de Meaux écrivait : «  Souvenez-vous que ce long enchaînement des causes particulières, qui font et qui défont les empires, dépend des ordres secrets de la Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; il a tous les coeurs en sa main ; tantôt il retient les passions ; tantôt il leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain… C’est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune ; ou parlons-en seulement comme d’un nom dont nous couvrons notre ignorance  » (Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, III, 8).

Le passage de la France dans le monde à travers les siècles est une vivante illustration de cette grande loi de l’histoire de la mystérieuse et pourtant évidente corrélation entre l’accomplissement du devoir naturel et celui de la mission surnaturelle d’un peuple.

Du jour même où le premier héraut de l’Évangile posa le pied sur cette terre des Gaules et où, sur les pas du Romain conquérant, il porta la doctrine de la Croix, de ce jour-là même, la foi au Christ, l’union avec Rome, divinement établie centre de l’Église, deviennent pour le peuple de France la loi même de sa vie. Et toutes les perturbations, toutes les révolutions, n’ont jamais fait que confirmer, d’une manière toujours plus éclatante, l’inéluctable force de cette loi.

L’énergie indomptable à poursuivre l’accomplissement de sa mission a enfanté pour votre patrie des époques mémorables de grandeur, de gloire, en même temps que de large influence sur la grande famille des peuples chrétiens. Et si votre histoire présente aussi ses pages tragiquement douloureuses, c’était aux heures où l’oubli des uns, la négation des autres, obscurcissaient, dans l’esprit de ce peuple, la conscience de sa vocation religieuse et la nécessité de mettre en harmonie la poursuite des fins temporelles et terrestres de la patrie avec les devoirs inhérents à une si noble vocation.

Et, néanmoins, une lumière resplendissante ne cesse de répandre sa clarté sur toute l’histoire de votre peuple ; cette lumière qui, même aux heures les plus obscures, n’a jamais connu de déclin, jamais subi d’éclipse, c’est toute la suite ininterrompue de saints et de héros qui, de la terre de France, sont montés vers le ciel. Par leurs exemples et par leur parole, ils brillent comme des étoiles au firmament, quasi stellae in perpetuas aeternitates (Dan. 12, 3) pour guider la marche de leur peuple, non seulement dans la voie du salut éternel, mais dans son ascension vers une civilisation toujours plus haute et plus délicate.

Saint Remi qui versa l’eau du baptême sur la tête de Clovis ; saint Martin, moine, évêque, apôtre de la Gaule ; saint Césaire d’Arles ; ceux-là et tant d’autres, se profilent avec un relief saisissant sur l’horizon de l’histoire, dans cette période initiale qui, pour troublée qu’elle fût, portait cependant en son sein tout l’avenir de la France. Et, sous leur action, l’Évangile du Christ commence et poursuit, à travers tout le territoire des Gaules, sa marche conquérante, au cours d’une longue et héroïque lutte contre l’esprit d’incrédulité et d’hérésie, contre les défiances et les tracasseries de puissances terrestres, cupides et jalouses. Mais, de ces siècles d’effort courageux et patient, devait sortir enfin la France catholique, cette Gallia sacra, qui va de Louis, le saint roi, à Benoît-Joseph Labre, le saint mendiant ; de Bernard de Clairvaux, à François de Sales, à l’humble Curé d’Ars ; de Geneviève, la bergère de Nanterre, à Bernadette, l’angélique pastourelle de Lourdes ; de Jeanne d’Arc, la vierge guerrière, la sainte de la patrie, à Thérèse de l’Enfant-Jésus, la vierge du cloître, la sainte de la «  petite voie  ».

La vocation de la France, sa mission religieuse ! mes frères, mais cette chaire même ne lui rend-elle pas témoignage ? Cette chaire qui évoque le souvenir des plus illustres maîtres, orateurs, théologiens, moralistes, apôtres, dont la parole, depuis des siècles, franchissant les limites de cette nef, prêche la lumineuse doctrine de vérité, la sainte morale de l’Évangile, l’amour de Dieu pour le monde, les repentirs et les résolutions nécessaires, les luttes à soutenir, les conquêtes à entreprendre, les grandes espérances de salut et de régénération.

À monter, même pour une seule fois et par circonstance, en cette chaire après de tels hommes, on se sent forcément, j’en fais en ce moment l’expérience, bien petit, bien pauvre ; à parler dans cette chaire, qui a retenti de ces grandes voix, je me sens étrangement confus d’entendre aujourd’hui résonner la mienne.

Et malgré cela, quand je pense au passé de la France, à sa mission, à ses devoirs présents, au rôle qu’elle peut, qu’elle doit jouer pour l’avenir, en un mot, à la vocation de la France, comme je voudrais avoir l’éloquence d’un Lacordaire, l’ascétique pureté d’un Ravignan, la profondeur et l’élévation théologique d’un Monsabré, la finesse psychologique d’un Mgr d’Hulst avec son intelligente compréhension de son temps ! Alors, avec toute l’audace d’un homme qui sent la gravité de la situation, avec l’amour sans lequel il n’y a pas de véritable apostolat, avec la claire connaissance des réalités présentes, condition indispensable de toute rénovation, comme je crierais d’ici à tous les fils et filles de France : «  Soyez fidèles à votre traditionnelle vocation ! Jamais heure n’a été plus grave pour vous en imposer les devoirs, jamais heure plus belle pour y répondre. Ne laissez pas passer l’heure, ne laissez pas s’étioler des dons que Dieu a adaptés à la mission qu’il vous confie ; ne les gaspillez pas, ne les profanez pas au service de quelque autre idéal trompeur, inconsistant ou moins noble et moins digne de vous !  »

Mais, pour cela, je vous le répète, écoutez la voix qui vous crie : «  Priez, Orate, fratres !  » Sinon, vous ne feriez qu’oeuvre humaine, et, à l’heure présente, en face des forces adverses, l’oeuvre purement humaine est vouée à la stérilité, c’est-à-dire à la défaite ; ce serait la faillite de votre vocation.

Oui, c’est bien cela que j’entends dans le dialogue de la France du passé avec la France d’aujourd’hui. Et Notre-Dame de Paris, au temps où ses murs montaient de la terre, était vraiment l’expression joyeuse d’une communauté de foi et de sentiments qui, en dépit de tous les différends et de toutes les faiblesses, inséparables de l’humaine fragilité, unissait tous vos pères en un Orate, fratres dont la toute-puissante douceur dominait toutes les divergences accidentelles. À présent, cet Orate, fratres la voix de cette cathédrale ne cesse pas de le répéter ; mais combien de coeurs dans lesquels il ne trouve plus d’écho ! combien de coeurs pour lesquels il ne semble plus être qu’une provocation à renouveler le geste de Lucifer dans l’orgueilleuse ostentation de leur incrédulité ! Cette voûte sous laquelle s’est manifestée en des élans magnifiques l’âme de la France d’autrefois et où, grâce à Dieu, se manifestent encore la foi et l’amour de la France d’aujourd’hui ; cette voûte qui, il y a sept siècles, joignait ses deux bras vers le ciel comme pour y porter les prières, les désirs, les aspirations d’éternité de vos aïeux et les vôtres, pour recevoir et vous transmettre en retour la grâce et les bénédictions de Dieu ; cette voûte sous laquelle en un temps de crise, l’incrédulité, dans son orgueil superbe, a célébré ses éphémères triomphes par la profanation de ce qu’il y a de plus saint devant le ciel  (note 5); cette voûte, mes frères, contemple aujourd’hui un monde qui a peut-être plus besoin de rédemption qu’en aucune autre époque de l’histoire et qui, en même temps, ne s’est jamais cru plus capable de s’en passer.

Aussi, tandis que je considère cet état de choses et la tâche gigantesque qui, de ce chef, incombe à la génération présente, je crois entendre ces pierres vénérables murmurer avec une pressante tendresse l’exhortation à l’amour ; et moi-même, avec le sentiment de la plus fraternelle affection, je vous la redis, à vous qui croyez à la vocation de la France : «  Mes frères, aimez! Amate, fratres !  »

Tout ce monde qui s’agite au dehors, et dont le flot, comme celui d’une mer déchaînée, vient battre incessamment de son écume de discordes et de haine les rives tranquilles de cette cité, de cette île consacrée à la Reine de la paix, Mère du bel amour ; ce monde-là, comment trouvera-t-il jamais le calme, la guérison, le salut, si vous-mêmes, qui, par une grâce toute gratuite, jouissez de la foi, vous ne réchauffez pas la pureté de cette foi personnelle à l’ardeur irrésistible de l’amour, sans lequel il n’est point de conquête dans le domaine de l’esprit et du cœur ? Un amour qui sait comprendre, un amour qui se sacrifie et qui, par son sacrifice, secourt et transfigure ; voilà le grand besoin, voilà le grand devoir d’aujourd’hui. Sages programmes, larges organisations, tout cela est fort bien ; mais, avant tout, le travail essentiel est celui qui doit s’accomplir au fond de vous-mêmes, sur votre esprit, sur votre coeur, sur toute votre conduite. Celui-là seul qui a établi le Christ roi et centre de son coeur, celui-là seul est capable d’entraîner les autres vers la royauté du Christ. La parole la plus éloquente se heurte aux coeurs systématiquement défiants et hostiles. L’amour ouvre les plus obstinément fermés.

Que d’hommes n’ont perdu la foi au Père qui est dans les cieux que parce qu’ils ont perdu d’abord la confiance dans l’amour de leurs frères qui sont sur la terre, même de ceux qui font profession de vie chrétienne ! Le réveil de ces sentiments fraternels et la claire vue de leurs relations avec la doctrine de l’Évangile reconduiront les fils égarés à la maison du Père.

Au malheureux gisant sur la route, le corps blessé, l’âme plus malade encore, on n’aura que de belles paroles à donner et rien qui fasse sentir l’amour fraternel, rien qui manifeste l’intérêt que l’on porte même à ses nécessités temporelles, et l’on s’étonnera de le voir demeurer sourd à toute cette rhétorique ! Qu’est-elle donc, cette foi qui n’éveille au coeur aucun sentiment qui se traduise par des oeuvres ? Qu’en dit saint Jean, l’apôtre et l’évangéliste de l’amour ? «  Celui qui jouit des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le besoin, ne lui ouvre pas tout grand son coeur, à qui fera-t-on croire qu’il porte en lui l’amour de Dieu ?  » (1 Jn 3, 17.)

La France catholique qui a donné à l’Église, à l’humanité tout entière un saint Vincent de Paul et tant d’autres héros de la charité, ne peut pas ne pas entendre ce cri : Amate, fratres ! Et elle sait que les prochaines pages de son histoire, c’est sa réponse à l’appel de l’amour qui les écrira.

À sa fidélité envers sa vocation, en dépit de toutes les difficultés, de toutes les épreuves, de tous les sacrifices, est lié le sort de la France, sa grandeur temporelle aussi bien que son progrès religieux. Quand j’y songe, de quel coeur, mes frères, j’invoque la Providence divine, qui n’a jamais manqué, aux heures critiques, de donner à la France les grands coeurs dont elle avait besoin, avec quelle ardeur je lui demande de susciter aujourd’hui en elle les héros de l’amour, pour triompher des doctrines de haine, pour apaiser les luttes de classes, pour panser les plaies saignantes du monde, pour hâter le jour où Notre-Dame de Paris abritera de nouveau sous son ombre maternelle tout son peuple, pour lui faire oublier comme un songe éphémère les heures sombres où la discorde et les polémiques lui voilaient le soleil de l’amour, pour faire résonner doucement à son oreille, pour graver profondément dans son esprit la parole si paternelle du premier Vicaire de Jésus-Christ : «  Aimez-vous les uns les autres d’une dilection toute fraternelle, dans la simplicité de vos coeurs  » In fraternitatis amore, simplici ex corde invicem diligite ! (1 P.1, 22).

Ce que je connais, mes frères, de ce pays et de ce peuple français, des directions que lui donnent ses chefs religieux et de la docilité du grand nombre des fidèles ; ce que m’apprennent les écrits des maîtres catholiques de la pensée, les rapports des Congrès et Semaines où les problèmes de l’heure présente sont étudiés à la lumière de la foi divine ; ce que je constate aussi de l’idéalisme avec lequel la jeunesse croyante de la France s’intéresse à la question capitale du prolétariat et à sa solution juste et chrétienne, tout cela certes me remplit d’une ferme confiance que cette même jeunesse, grâce à la rectitude de sa bonne volonté, à son esprit de dévouement et de sacrifice, à sa charité fraternelle, si noble en ses intentions, si loyale en ses efforts, cheminera toujours par les voies droites et sûres. Aussi, loin de moi de douter jamais de si saintes dispositions ; mais, à la généreuse ardeur de la jeune France vers la restauration de l’ordre social chrétien, Notre-Dame de Paris, témoin au cours des siècles passés de tant d’expériences, de tant de désillusions, de tant de belles ardeurs tristement fourvoyées, vous adresse, après son exhortation à l’amour : - Amate, fratres ! – son exhortation à la vigilance, exhortation empreinte de bonté maternelle, mais aussi de gravité et de sollicitude : «  Veillez, mes frères ! Vigilate, fratres !  »

Vigilate ! C’est qu’il ne s’agit plus aujourd’hui, comme en d’autres temps, de soutenir la lutte contre des formes déficientes ou altérées de la civilisation religieuse et la plupart gardant encore une âme de vérité et de justice héritée du christianisme ou inconsciemment puisée à son contact ; aujourd’hui, c’est la substance même du christianisme, la substance même de la religion qui est en jeu ; sa restauration ou sa ruine est l’enjeu des luttes implacables qui bouleversent et ébranlent sur ses bases notre confinent et avec lui le reste du monde.

Le temps n’est plus des indulgentes illusions, des jugements édulcorés qui ne voulaient voir dans les audaces de la pensée, dans les errements du sens moral qu’un inoffensif dilettantisme, occasion de joutes d’écoles, de vains amusements de dialecticiens. L’évolution de ces doctrines, de ces principes touche à son terme ; le courant, qui insensiblement a entraîné les générations d’hier, se précipite aujourd’hui et l’aboutissement de toutes ces déviations des esprits, des volontés, des activités humaines, c’est l’état actuel, le désarroi de l’humanité, dont nous sommes les témoins, non pas découragés, certes ! mais épouvantés.

Une grande partie de l’humanité dans l’Europe actuelle est, dans l’ordre religieux, sans patrie, sans foyer. Pour elle, l’Église n’est plus le foyer familial ; Dieu n’est plus le Père ; Jésus-Christ n’est plus qu’un étranger. Tombé des hauteurs de la révélation chrétienne, d’où il pouvait d’un coup d’oeil contempler le monde, l’homme n’en peut plus voir l’ordre dans les contrastes de sa fin temporelle et éternelle ; il ne peut plus entendre et goûter l’harmonie en laquelle viennent se résoudre paisiblement les dissonances. Quel tragique travail de Sisyphe que celui qui consiste à poursuivre la restauration de l’ordre, de la justice, de la félicité terrestre, dans l’oubli ou la négation même des relations essentielles et fondamentales !

Quelle désillusion amère, quelle douloureuse ironie que la lecture des fastes de l’humanité dans laquelle les noms de ceux que, tour à tour, elle a salués comme des précurseurs, des sauveurs, les maîtres de la vie, les artisans du progrès – et qui parfois le furent à certains égards – apparaissent aujourd’hui comme les responsables, inconscients peut-être, des crises dont nous souffrons, les responsables d’un retour, après vingt siècles de christianisme, à un état de choses, à certains égards, plus obscur, plus inhumain que celui qui avait précédé !

Une organisation économique gigantesque a étonné le monde par le fantastique accroissement de la production, et des foules immenses meurent de misère en face de ces producteurs qui souffrent souvent d’une détresse non moins grande, faute de la possibilité d’écouler l’excès monstrueux de leur production. Une savante organisation technique a semblé rendre l’homme définitivement maître des forces de la nature et, dans l’orgueil de sa vie, devant les plus sacrées lois de la nature, l’homme meurt de la fatigue et de la peur de vivre et, lui qui donne à des machines presque l’apparence de la vie, il a peur de transmettre à d’autres sa propre vie, si bien que l’ampleur toujours croissante des cimetières menace d’envahir de tombes tout le sol laissé libre par l’absence des berceaux.

À tous les maux, à toutes les crises, peuvent s’opposer les projets de solution les plus divers, ils ne font que souligner l’impuissance, tout en suscitant de nouveaux antagonismes qui dispersent les efforts. Et ces efforts ont beau s’intensifier jusqu’au sacrifice total de soi-même, pour la réalisation d’un programme pour le salut de la communauté, la disproportion entre le vouloir et le pouvoir humains, entre les plans les plus magnifiques et leur réalisation, entre la fin que l’on poursuit et le succès que l’on obtient, va toujours s’accentuant. Et tant d’essais stériles et malheureux n’aboutissent en fin de compte qu’à exaspérer toujours davantage ceux qui sont las d’expériences vaines et qui réclament impérieusement, farouchement parfois et avec menaces, de vivre et d’être heureux.

Vigilate ! Eh ! oui, il en est tant qui, pareils aux apôtres à Gethsémani, à l’heure même où leur Maître allait être livré, semblent s’endormir dans leur insouciance aveugle, dans la conviction que la menace qui pèse sur le monde ne les regarde pas, qu’ils n’ont aucune part de responsabilité, qu’ils ne courent aucun risque dans la crise où l’univers se débat avec angoisse. Quelle illusion ! Ainsi jadis, sur le mur du palais où Balthasar festoyait, la main mystérieuse écrivait le Mane, Thécel, Pharès (note 6). Encore Balthasar eut-il la prudence et la curiosité d’interroger Daniel, le prophète de Dieu ! Combien aujourd’hui n’ont même pas cette prudente curiosité ! Combien restent sourds et inertes à l’avertissement du Christ à ses apôtres : Vigilate et orate ut non intretis in tentationem ! (note 7).

Vigilate ! Et pourtant l’Église, répétant la parole même du Christ, les avertit. Depuis les derniers règnes surtout, les avertissements se sont faits plus précis ; les encycliques se succèdent ; mais à quoi bon les avertissements, les cris d’alarme, la dénonciation documentée des périls menaçants, si ceux-là mêmes qui, régulièrement et correctement assis au pied de la chaire, en entendent passivement la lecture, s’en retournent chez eux continuer tranquillement leur habituel train de vie sans avoir rien compris ni du danger commun ni de leur devoir en face du danger !

Vigilate ! Ce n’est pas aux seuls insouciants que ce cri s’adresse. Il s’adresse aussi à ces esprits ardents, à ces coeurs généreux et sincères, mais dont le zèle ne s’éclaire pas aux lumières de la prudence et de la sagesse chrétiennes. Dans l’impétueuse fougue de leurs préoccupations sociales, ils risquent de méconnaître les frontières au-delà desquelles la vérité cède à l’erreur, le zèle devient fanatisme et la réforme opportune passe à la révolution. Et quand, pour mettre l’ordre et la lumière dans cette confusion, le Vicaire de Jésus-Christ, quand l’Église, en vertu de sa mission divine, élève la voix sur les grandes questions du jour, sur les problèmes sociaux, faisant la part du vrai et du faux, du licite et de l’illicite, elle n’entend favoriser ni combattre aucun camp ou parti politique, elle n’a rien d’autre en vue que la liberté et la dignité des enfants de Dieu ; de quelque côté qu’elle rencontre l’injustice, elle la dénonce et la condamne ; de quelque côté qu’elle découvre le bien elle le reconnaît et le signale avec joie. Mais il est une chose qu’elle exige de tous ses enfants, c’est que la pureté de leur zèle ne soit pas viciée par des erreurs, admises sans doute de bonne foi et dans la meilleure intention du monde, mais qui n’en sont pas moins dangereuses en fait et qui, en fin de compte, viennent tôt ou tard à être attribuées non seulement à ceux qui les tiennent, mais à l’Église elle-même. Malheur à qui prétendrait faire pactiser la justice avec l’iniquité, concilier les ténèbres avec la lumière ! Quae enim participatio justitiae cum iniquitate ? Aut quae societas luci ad tenebras ? (2 Cor. 6,14.)(note 8).

C’est aux heures de crises, mes frères, que l’on peut juger le coeur et le caractère des hommes, des vaillants et des pusillanimes. C’est à ces heures qu’ils donnent leur mesure et qu’ils font voir s’ils sont à la hauteur de leur vocation, de leur mission.

Nous sommes à une heure de crise. À la vue d’un monde qui tourne le dos à la croix, à la vraie croix du Dieu crucifié et rédempteur, d’un monde qui délaisse les sources d’eau vive pour la fange des citernes contaminées ; à la vue d’adversaires, dont la force et l’orgueilleux défi ne le cèdent en rien au Goliath de la Bible, les pusillanimes peuvent gémir d’avance sur leur inévitable défaite ; mais les vaillants, eux, saluent dans la lutte l’aurore de la victoire ; ils savent très bien leur faiblesse, mais ils savent aussi que le Dieu fort et puissant, Dominus fortis et potens, Dominus potens in praelio (Ps 23, 8 ) (note 9) se fait un jeu de choisir précisément la faiblesse pour confondre la force de ses ennemis. Et le bras de Dieu n’est pas raccourci ! Ecce non est abbreviata manus Domini ut salvare nequeat (Is. 59, 1)(note 10).

Dans un instant, quand, debout à l’autel, j’élèverai vers Dieu la patène avec l’hostie sainte et immaculée pour l’offrir au Père éternel, je lui présenterai en même temps la France catholique avec l’ardente prière que, consciente de sa noble mission et fidèle à sa vocation, unie au Christ dans le sacrifice, elle lui soit unie encore dans son oeuvre d’universelle rédemption.

Et puis, de retour auprès du trône du Père commun pour lui faire part de tout ce que j’aurai vu et éprouvé sur cette terre de France, oh ! comme je voudrais pouvoir faire passer dans son coeur si aimant, pour le faire déborder de joie et de consolation, mon inébranlable espérance que les catholiques de ce pays, de toutes classes et de toutes tendances, ont compris la tâche apostolique que la Providence divine leur confie, qu’ils ont entendu la voix de Notre-Dame de Paris qui leur chante l’Orate, l’Amate, le Vigilate, non comme l’écho d’un «  hier  » évanoui, mais comme l’expression d’un «  aujourd’hui  » croyant, aimant et vigilant, comme le prélude d’un «  demain  » pacifié et béni.

Ô Mère céleste, Notre Dame, vous qui avez donné à cette nation tant de gages insignes, de votre prédilection, implorez pour elle votre divin Fils ; ramenez-la au berceau spirituel de son antique grandeur, aidez-la à recouvrer, sous la lumineuse et douce étoile de la foi et de la vie chrétienne, sa félicité passée, à s’abreuver aux sources où elle puisait jadis cette vigueur surnaturelle, faute de laquelle les plus généreux efforts demeurent fatalement stériles, ou tout au moins bien peu féconds ; aidez-la aussi, unie à tous les gens de bien des autres peuples, à s’établir ici-bas dans la justice et dans la paix, en sorte que, de l’harmonie entre la patrie de la terre et la patrie du ciel, naisse la véritable prospérité des individus et de la société tout entière.

«  Mère du bon conseil  », venez au secours des esprits en désarroi devant la gravité des problèmes qui se posent, des volontés déconcertées dans leur impuissance devant la grandeur des périls qui menacent ! «  Miroir de justice  », regardez le monde où des frères, trop souvent oublieux des grands principes et des grands intérêts communs qui les devraient unir, s’attachent jusqu’à l’intransigeance aux opinions secondaires qui les divisent ; regardez les pauvres déshérités de la vie, dont les légitimes désirs s’exaspèrent au feu de l’envie et qui parfois poursuivent des revendications justes, mais par des voies que la justice réprouve ; ramenez-les dans l’ordre et le calme, dans cette tranquillitas ordinis (note 11) qui seule est la vraie paix !

Regina pacis ! Oh ! oui ! En ces jours où l’horizon est tout chargé de nuages qui assombrissent les coeurs les plus trempés et les plus confiants, soyez vraiment au milieu de ce peuple qui est vôtre la «  Reine de la Paix  » ; écrasez de votre pied virginal le démon de la haine et de la discorde ; faites comprendre au monde, où tant d’âmes droites s’évertuent à édifier le temple de la paix, le secret qui seul assurera le succès de leurs efforts : établir au centre de ce temple le trône royal de votre divin Fils et rendre hommage à sa loi sainte, en laquelle la justice et l’amour s’unissent en un chaste baiser, justitia et pax osculatae sunt (Ps 74, 11) (note 12).

Et que par vous la France, fidèle à sa vocation, soutenue dans son action par la puissance de la prière, par la concorde dans la charité, par une ferme et indéfectible vigilance, exalte dans le monde le triomphe et le règne du Christ Prince de la paix, Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Amen ! « 

Lys de France

Notes explicatives :

1. Le Cardinal E. Pacelli, Secrétaire d’Etat de Sa Sainteté lePape Pie XI avait été envoyé par ce dernier comme Légat pour présider aux cérémonies de la dédicace de la Basilique de Lisieux ; c’est au retour de ces solennités que le Cardinal Pacelli prononça ce discours dans la chaire de Notre-Dame de Paris, le 13 juillet 1937.

2. Les deux cardinaux mentionnés ici étaient le Cardinal Jean Verdier, archevêque deParis, et le Cardinal Alfred Baudrillart, recteur de l’Institut Catholique de Paris.

3. Traduction des citations : « fleur des champs » et « lys de la vallée » – expressions tirées du Cantique des Cantiques – puis « splendeur du Carmel« , extraite d’Isaïe.

4. Traduction : « la geste – c’est à dire les oeuvres – de Dieu par les Francs ». « Gesta Dei per Francos » était à l’origine le titre de la chronique écrite par Guibert de Nogent (1055-1125), moine de l’abbaye Saint-Germer de Fly, dans le Beauvaisis, dans laquelle il se fit l’historien de la première croisade, dont il était le contemporain. L’expression a fait florès.

5. Le Cardinal Pacelli évoque ici le culte sacrilège de la « déesse Raison » célébré à Notre-Dame pendant la grande révolution : une fille de peu de vertu avait été choisie pour représenter la « Raison » et juchée sur le maître-autel de la cathédrale!!!

6. Livre du Prohète Daniel, chapitre V.

7. Traduction : « Veillez et priez afin que vous n’entriez point en tentation » (Matth. XXVI,41).

8. Traduction :  » Quoi de commun entre la justice et l’iniquité? ou quelle alliance entre la lumière et les ténèbres? « 

9. Traduction : « Le seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans le combat ».

10. Traduction :  » Voici que la main du Seigneur ne s’est point raccourcie pour ne pouvoir sauver ».

11.  Traduction : la tranquillité (qui vient) de l’ordre. L’expression a été forgée par Saint Augustin et reprise très souvent par les Pontifes pour dire que la paix sociale ne peut découler que du respect de l’ordre des choses créé par Dieu.

12. Traduction : Justice et paix se sont embrassées.

Publié dans:Textes spirituels, Vexilla Regis |on 16 janvier, 2009 |7 Commentaires »

2009-5. Les dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Voici le récit le plus circonstancié qu’on a pu établir sur les dernières heures du Roy-martyr.

Le 20 janvier, le ministre de la Justice Garat vint signifier au Roy le décret qui le condamnait à mort. Le secrétaire du Conseil exécutif Grouvelle, chevrotant, lut la sentence. Le Roy l’écouta sans un mot. Il remit à Garat une lettre demandant un délai de trois jours pour se préparer à la mort, l’autorisation de revoir sa famille et d’appeler auprès de lui un prêtre de son choix. Pour ce ministère, il désignait l’abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont. La Convention rejeta le délai, mais accorda les autres demandes. Le décret proposé par Cambacérès portait que « la nation française, aussi grande dans sa bienfaisance que rigoureuse dans sa justice, prendra soin de la famille du condamné et lui fera un sort convenable ».
Ce « sort convenable », on le connaît…

Garat fit donc prévenir l’abbé Edgeworth et le ramena lui-même au Temple dans sa voiture. Le prêtre voulut échanger son habit bourgeois contre un costume ecclésiastique, mais Garat lui dit :
- C’est inutile, d’ailleurs le temps nous presse.

Le 20 janvier à six heures du soir, le confesseur entra chez le Roy. Tous les assistants s’étant écartés, ils restèrent seuls. Louis XVI parla un moment avec l’abbé et lui lut son testament. Puis il le pria de passer dans le cabinet voisin pour lui permettre de recevoir sa famille.

La porte s’ouvrit et la Reine entra, tenant son fils par la main ; derrière venaient Madame Elisabeth et Madame Royale. Tous pleuraient. Ils ne savaient rien de précis encore, mais  ils craignaient le pire. Le Roy s’assit, entouré de son épouse et de sa soeur. Sa fille était en face de lui et il tenait l’enfant entre ses genoux. Avec de tendres ménagements, à voix basse, il les avertit. Par la porte vitrée, Cléry les vit s’étreindre en sanglotant.
Tenant ses mains dans les siennes, Louis XVI fit jurer à son fils de ne jamais songer à venger sa mort. Il le bénit et bénit sa fille. Par instants, il gardait le silence et mêlait ses larmes aux leurs. Cette scène poignante se prolongea plus d’une heure et demie… A la fin, quel que soit son courage, il n’en put plus. Il se leva et conduisit sa famille vers la porte. Comme ils voulaient rester encore et s’attachaient à lui en gémissant, il dit :
- Je vous assure que je vous verrai demain matin à huit heures.
- Vous nous le promettez ? supplièrent-ils ensemble.
- Oui, je vous le promets.
- Pourquoi pas à sept heures ? dit la Reine.
- Eh bien oui, à sept heures… Adieu.

Les adieux du Roy à sa famille

Les adieux du Roy à sa famille.

Malgré lui, cet adieu rendit un son tel que les malheureux ne purent étouffer leurs cris. Madame Royale tomba évanouie aux pieds de son père. Cléry et Madame Elisabeth la relevèrent.
Le Roy les embrassa tous encore, et doucement les poussa hors de sa chambre.
- Adieu, adieu, répétait-il, avec un geste navrant de la main.

Il rejoignit l’abbé Edgeworth dans le petit cabinet pratiqué dans la tourelle.
- Hélas, murmura-t-il, il faut que j ‘aime et sois tendrement aimé !
Sa fermeté revenue, il s’entretint avec le prêtre. Jusqu’à minuit et demi, le Roy demeura avec son confesseur. Puis il se coucha.
Cléry voulut lui rouler les cheveux comme d’habitude.
- Ce n’est pas la peine, dit Louis XVI.
Quand le valet de chambre ferma les rideaux, il ajouta : « Cléry, vous m’éveillerez demain à cinq heures
Et il s’endormit d’un profond sommeil.

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21 janvier 1793 :

A cinq heures, Cléry allume le feu. Au peu de bruit qu’il fait, Louis XVI ouvre les yeux, tire son rideau :
- Cinq heures sont-elles sonnées ?
- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.
- J’ai bien dormi, dit le Roy, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?
- Sur mon lit.
- Et vous ? où avez-vous dormi ?
- Sur cette chaise.
- J’en suis fâché, murmure Louis XVI, soucieux toujours du bien-être de ses serviteurs.
- Ah, Sire, dit Cléry en lui baisant la main, puis-je penser à moi dans ce moment ?

Il habille et coiffe son maître devant plusieurs municipaux qui, sans respect, sont entrés dans la chambre.
Puis il transporte une commode au milieu de la pièce pour servir d’autel.
Revêtu de la chasuble, l’abbé commence la messe, que sert Cléry.
Le Roy l’entend à genoux et reçoit la communion, il remercie ensuite le valet de chambre de ses soins et lui recommande son fils :
- Vous lui remettrez ce cachet, vous donnerez cet anneau à la Reine, dites-lui que je le quitte avec peine… Ce petit paquet contient des cheveux de toute ma famille, vous le lui remettrez aussi. Dites à la Reine, à mes chers enfants, à ma soeur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j’ai voulu leur épargner la douleur d’une séparation nouvelle…

Essuyant ses larmes, il murmure alors :
- Je vous charge de leur faire mes adieux.

Il s’est approché du feu, y réchauffe ses mains froides. Il a demandé des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux au lieu du bourreau. Les municipaux, défiants, les refusent.

Dans l’aube triste de ce dimanche d’hiver, un grand bruit environne la Tour. Alertées par la Commune, toutes les troupes de Paris sont sous les armes. L’assassinat, la veille au soir, de Lepeletier de Saint-Fargeau, l’exalté Montagnard, tué d’un coup de sabre par l’ancien garde du corps Deparis, a fait redoubler les précautions militaires. Partout les tambours battent la générale. Les sections armées défilent dans les rues, les vitres résonnent du passage des canons sur les pavés.
A huit heures Santerre arrive au Temple avec des commissaires de la Commune et des gendarmes. Nul ne se découvre.

- Vous venez me chercher ? interroge le roi.
- Oui.
- Je vous demande une minute.

Il rentre dans son cabinet, s’y munit de son testament et le tend à un municipal qui se trouve être le prêtre défroqué Jacques Roux :
- Je vous prie de remettre ce papier à la Reine… Il se reprend, et dit : « à ma femme. »
- Cela ne me regarde point, répond Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l’échafaud.
- C’est juste, dit Louis XVI.

Un autre commissaire s’empare du testament qu’il remettra non à la Reine, mais à la Commune (*).

Louis XVI est vêtu d’un habit brun, avec gilet blanc, culotte grise, bas de soie blancs. Cléry lui présente sa redingote.
- Je n’en ai pas besoin, donnez-moi seulement mon chapeau.

Il lui serre fortement la main, puis, regardant Santerre, dit :
- Partons !

D’un pas égal, il descend l’escalier de la prison. Dans la première cour, il se retourne et regarde à deux reprises l’étage où sont les siens : au double roulement qui a retenti lorsqu’il a franchi la porte de la Tour, ils se sont précipités vainement vers les fenêtres, obstruées par des abat-jour.
- C’en est fait, s’écrie la Reine, nous ne le verrons plus !

Le Roy monte dans sa voiture, un coupé vert, suivi de l’abbé Edgeworth de Firmont. Un lieutenant de gendarmerie et un maréchal des logis s’assoient en face d’eux sur la banquette de devant. Précédés de grenadiers en colonnes denses, de pièces d’artillerie, d’une centaine de tambours, les chevaux partent au pas…
Les fenêtres, comme les boutiques, par ordre restent closes.
Dans la voiture aux vitres embuées, Louis XVI la tête baissée, lit sur le bréviaire du prêtre les prières des agonisants.

Vers dix heures, dans le jour brumeux, la voiture débouche enfin de la rue Royale sur la place de la Révolution. A droite en regardant la Seine, au milieu d’un espace encadré de canons et de cavaliers, non loin du piédestal vide qui supportait naguère la statue de Louis XV, se dresse la guillotine.
La place entière est garnie de troupes. Les spectateurs ont été refoulés très loin. Il ne sort de leur multitude qu’un faible bruit, fait de milliers de halètements, de milliers de soupirs. Tout de suite, sur un ordre de Santerre, l’éclat assourdissant des tambours l’étouffe…

Il est des hommes qui toute leur vie ont paru médiocres mais dont la mort révèle la véritable grandeur : leur âme perce au moment suprême! Louis XVI fut de ces caractères apparemment médiocres que la catastrophe épure et grandit. Son règne est calomnieusement présenté comme n’ayant aucun éclat ni génie, mais nul ne peut nier que sa fin est auréolée de grandeur et de majesté.

L’exécuteur Sanson et deux de ses aides, venus à la voiture, ouvrent la portière ; Louis XVI ne descend pas tout de suite ; il achève sa prière.
Au bas de l’échafaud, les bourreaux veulent le dévêtir. Il les écarte assez rudement, ôte lui-même son habit et défait son col. Puis il s’agenouille aux pieds du prêtre et reçoit sa bénédiction.
Les aides l’entourent et lui prennent les mains.
- Que voulez-vous ? dit-il.
- Vous lier.
- Me lier, non, je n’y consentirai jamais !

Indigné par l’affront, son visage est soudain devenu très rouge. Les bourreaux semblent décidés à user de la force. Il regarde son confesseur comme pour lui demander conseil. L’abbé Edgeworth murmure :
- Faites ce sacrifice, Sire ; ce nouvel outrage est un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.
- Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie.

On lui attache donc les poignets derrière le dos avec un mouchoir, on lui coupe les cheveux. Puis il monte le roide degré de l’échafaud, appuyé lourdement sur le bras du prêtre. A la dernière marche il se redresse et, marchant d’un pas rapide, il va jusqu’à l’extrémité de la plate-forme. Là, face aux Tuileries, témoins de ses dernières grandeurs et de sa chute, faisant un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, il crie d’une voix tonnante :
- Français, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ! Et vous, peuple infortuné…

A cheval, Beaufranchet, adjudant général de Santerre, se précipite vers les tambours, leur jette un ordre. Un roulement brutal interrompt le Roy. Il frappe du pied l’échafaud :
- Silence, faites silence !

On ne l’entend plus. Les bourreaux se saisissent de lui, le lient à la planche…
Le couperet tombe. L’un des aides de Sanson prend la tête du Souverain et, la tenant par les cheveux, la montre aux assistants.
Des fédérés, des furieux escaladent l’échafaud et trempent leurs piques, leurs sabres, leurs mouchoirs, leurs mains dans le sang. Ils crient : « Vive la nation! Vive la République! »

Quelques voix leur répondent. Mais le vrai peuple reste muet, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas présent : la grande majorité des parisiens est terrée chez eux, la place n’est occupée que par les soldats de la révolution et, derrière eux, par quelques groupes d’enragés.

L’abbé descend de la plate-forme et fuit, l’esprit perdu.
Une tradition lui a prêté ces mots, adressés au Roy comme adieu : « Fils de Saint Louis, montez au ciel !« 

Le Roy au pied de l'échafaud

Les restes de Louis XVI, transportés dans un tombereau au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, furent placés dans une bière emplie de chaux vive et enfouis dans une fosse que recouvrit encore une épaisse couche de chaux. Un prêtre constitutionnel marmonna quelques prières sur la tombe, profanation suprême, mais le dernier mot, même devant un cadavre, devait rester à « la loi »…

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(*) Le texte du Testament de Louis XVI peut être lu ici > www

NB. En sus de son testament, on trouvera dans les pages de ce blogue d’autres publications consacrées au Roy-martyr :
- ici > www le texte du discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie VI  lors du consistoire secret du 11 juin 1793 et proclamant la qualité de martyr de Louis XVI.
- ici > www la messe de requiem composée à sa mémoire par Luigi Cherubini.
- ici > www des maximes écrites par le Roy.
- ici > www le texte de son voeu au Sacré-Coeur de Jésus.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 16 janvier, 2009 |20 Commentaires »

Prière au Cœur immaculé de Marie Refuge des pécheurs.

A l’occasion de la fête du Cœur immaculé de Marie Refuge des pécheurs, célébrée dans l’archidiocèse de Paris, et dans plusieurs autres diocèses et congrégations à la date du 16 janvier (qui est le jour de la fête patronale de l’archiconfrérie fondée par l’abbé Dufriche-Desgenettes dans l’église Notre-Dame des Victoires), pensons à prier avec ferveur la Très Sainte Vierge pour le soulagement et la délivrance de nos défunts, pour les pécheurs qui sont à l’agonie, et pour demander à notre Mère pleine de compassion de nous assister au moment de notre propre mort.

Notre-Dame des Victoires

O Marie, Reine toute miséricordieuse, je viens vous offrir mes prières et mes sacrifices aux intentions des âmes qui souffrent dans le purgatoire : Mère toute compatissante, dont le Cœur douloureux et immaculé est le refuge des pécheurs, vous pouvez adoucir leurs souffrances, vous pouvez éteindre les flammes qui les dévorent, vous pouvez réduire le temps de leur purification, et leur ouvrir les portes du Ciel. Usez donc, je vous en supplie, de votre pouvoir en leur faveur, et tout particulièrement en faveur des âmes les plus délaissées.

Vierge qu’on n’invoque jamais en vain, nous vous recommandons aussi tous les pécheurs qui sont en ce moment à l’agonie : obtenez à leurs coeurs ces grâces de conversion et de repentir qui les arracheront pour toujours aux liens du péché et les feront quitter cette terre portés par la divine charité.

Et nous-mêmes, en cet instant où « maintenant » et « l’heure de notre mort » ne seront plus qu’un, nous vous demandons d’être à nos côtés pour nous assister, nous fortifier et nous défendre contre les ultimes assauts de l’ennemi. Soyez là pour recevoir notre âme : qu’elle soit présentée à Jésus par vos mains maternelles, qu’elle entende de Lui des paroles de miséricorde et de paix, et qu’elle soit introduite par vous dans le Royaume de l’Amour éternel.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur)

NB. L’historique de la fondation de la Basilique Notre-Dame des Victoires se trouve > ici

Publié dans:De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 15 janvier, 2009 |8 Commentaires »

2009-3. L’apparition de la Sainte Face sur le Voile de Sainte Véronique, le 6 janvier 1849.

Le samedi 6 janvier 1849, se produisit dans la Basilique Saint-Pierre au Vatican un prodige qui a été relaté par le journal de la Basilique et fut confirmé par le Pape Léon XIII dans un bref daté du 1er octobre 1885.

* * * * * * *

Pour bien comprendre ce qui se passa il importe d’abord de se remettre dans le contexte historique.

A cette date, le Bienheureux Pape Pie IX se trouvait en exil à Gaëte, dans le Royaume de Naples. L’année 1848, en effet, avait vu se succéder des révolutions dans toute l’Europe. Rome – capitale des Etats de l’Eglise – n’avait pas été épargnée par le ferment révolutionnaire et par les troubles : c’est ainsi que le 15 novembre 1848, Pellegrino Rossi  – ministre de  l’intérieur et des finances, qui jouissait de l’entière confiance de Pie IX -,  avait été lâchement assassiné. Le Souverain Pontife voyait les troubles grandir et ne se sentait plus en sûreté. La volonté de poursuivre son ministère spirituel en toute indépendance l’avait finalement contraint à quitter Rome ; il était allé demandé protection et asile auprès des Souverains de Naples. Cet exil dura 17 mois. Pendant ce temps, de manière assez fréquente, le clergé et les fidèles de Rome organisaient dans les diverses églises de la Ville Eternelle des cérémonies ferventes pour demander à Dieu la fin des troubles et le retour du Pape.

La deuxième chose qu’il faut savoir (ceux qui sont allés à Rome et ont eu une visite guidée de la Basilique Saint-Pierre s’en souviennent peut-être), c’est que la Basilique Saint-Pierre ne renferme pas seulement la tombe du Prince des Apôtres, mais qu’au cours des siècles son « trésor » a été enrichi d’importantes et précieuses reliques au nombre desquelles on compte une part importante du Bois de la Sainte Croix (amené de Jérusalem par l’impératrice Sainte Hélène), le fer de la lance avec lequel le centurion a ouvert le côté du Christ mort (découvert grâce à un miracle, en 1099, par Adhémar de Monteil dans une église d’Antioche de Syrie où le reliquaire avait été emmuré par crainte des profanations sarrasines, puis oublié), et le voile de la pieuse femme qui, sur le chemin du Calvaire, avait essuyé le visage ensanglanté du Christ.

Ce voile avait reçu le nom de « veronica« , contraction et latinisation de veron ‘ikon, que l’on peut traduire par « image véritable ».
Malgré les assertions infondées d’un certain nombre d’historiens et de chercheurs qui veulent à tout prix – et au mépris d’une tradition fermement établie – que l’image qui se trouve sur le linceul de Turin soit à l’origine de la « légende » de Sainte Véronique, je persiste à affirmer qu’il s’agit bien de deux images miraculeuses différentes.

La tradition les distingue bien en effet :
1) d’une part, le linceul – actuellement conservé à Turin mais fut vénéré à Constantinople jusqu’au moment de l’odieuse mise à sac de la ville par les croisés (en avril 1204) – sur lequel se trouve une image en trois dimensions, « projetée » sur le linge, et qui reste totalement inexpliquée dans l’état actuel des sciences ;
2) et d’autre part le linge avec lequel cette courageuse hiérosolymite, prise de compassion, essuya la sueur, le sang et les crachats mêlés à la poussière qui souillaient le visage du Sauveur. Sur ce voile, il s’agissait probablement d’une empreinte laissée par  les matières épongées lors du contact direct (et non d’une projection). Il s’agissait de ce fait d’une image « déformée ». Vous obtiendrez quelque chose de semblable si vous vous barbouillez la figure avec de la suie et que vous vous essuyez ensuite avec un linge : en l’appliquant sur toute la surface du visage, vous obtiendrez  ensuite votre propre portrait, mais vos traits  seront déformés par une espèce d’amplification, puisque tous les contours de ce qui est en relief se retrouveront développés à plat.

De très anciennes traditions, dont on ne veut plus tenir compte aujourd’hui, nous rapportent que l’empereur Tibère avait entendu rapporter certaines choses sur ce Jésus qui, même au-delà de la mort, recrutait des disciples et opérait des miracles. Alors qu’il se trouvait très malade et que ses médecins étaient impuissants à lui rendre la santé, il avait appris qu’une image réputée miraculeuse du Christ était en possession d’une femme, parmi ses disciples. Il la fit donc rechercher et venir à son chevet ; il entendit de sa bouche le récit de la Passion du Sauveur et recouvra la santé en contemplant son image, cette veron ‘ikon, dont le nom finit par être donné à la femme qui avait bénéficié du miracle.

Le voile miraculeux resta donc à Rome où il est réputé demeurer aujourd’hui encore. Il n’est plus guère exposé à la vénération des foules de nos jours, mais j’ai eu l’occasion de rencontrer un vieux cordelier qui l’avait vu de près sous le règne de Pie XII et m’a expliqué que l’image figurant sur le voile était tellement estompée qu’elle était devenue presque imperceptible à l’oeil.

* * * * * * *

Le samedi 6 janvier 1849 donc, les chanoines de la Basilique Vaticane, ainsi qu’une foule de fidèles, étaient à genoux en présence des Reliques Majeures solennellement exposées. Tous purent soudain observer que sur la « véronique », l’image estompée devenait de plus en plus nette et reformait le visage vivant de Notre-Seigneur Jésus-Christ : les déformations en avaient disparu, parce que les amplifications dues à l’applatissement des traits avaient retrouvé leur relief ! C’était bien le visage de l’Homme des douleurs décrit par Isaïe, non pas dans l’apaisement de la mort comme il apparaît sur le linceul, mais saisi comme par un instantané dans le cours du chemin de la Croix.

En 1849, les pèlerins présents dans la Basilique Saint-Pierre n’avaient bien évidemment pas avec eux d’appareils photographiques pour  immortaliser cette manifestation miraculeuse (j’emploie à dessein ce mot de manifestation, puisque le 6 janvier est la fête de l’Epiphanie, mot dérivé du grec et qui signifie justement  manifestation – au sens d’apparition -, et que nos frères chrétiens d’Orient nomment encore plus explicitement ce jour « Théophanie », c’est à dire manifestation de Dieu). Le seul moyen dont on disposait pour garder le souvenir et propager l’image de ce miracle fut donc la gravure : selon les déclarations des témoins, un graveur tenta de rendre les traits de l’apparition et l’on procéda à des impressions (non seulement sur papier mais aussi sur tissu) de l’image ainsi obtenue. Ces reproductions furent données par les chanoines de la Basilique Vaticane avec un certificat d’authenticité portant le sceau de cire rouge du Chapitre.

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

En France, Monsieur Léon Papin-Dupont, surnommé le saint homme de Tours, reçut une de ces reproductions et l’installa à la place d’honneur dans son salon, bientôt converti en oratoire (cf. > ici). En effet les grâces, physiques et spirituelles, obtenues en priant devant cette image et en invoquant la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, se multiplièrent rapidement, conformément aux révélations qu’avaient reçues, quelques années auparavant, dans cette même ville de Tours, une carmélite du nom de Soeur Marie de Saint-Pierre. Une confrérie de prière fut établie dans l’oratoire de Monsieur Dupont et il est intéressant de noter que la famille Martin se fit inscrire sur les registres de cette confrérie. La petite dernière, Thérèse, fut profondément marquée par cette dévotion, très implantée au Carmel de Lisieux, et choisit en conséquence de porter en religion le nom de Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face…

Nous terminerons donc l’évocation de ce miracle en publiant l’une des prières à la Sainte Face écrite par celle qu’un Pape a désignée comme « la plus grande sainte des temps modernes » :

Ô Jésus, qui dans votre cruelle Passion êtes devenu
’’l’opprobre des hommes et l’homme de douleurs’’,
je vénère votre divin visage,
sur lequel brillaient la beauté et la douceur de la divinité,
maintenant devenu pour moi
comme le visage d’un ’’lépreux’’ !

Mais sous ses traits défigurés,
je reconnais votre amour infini
et je me consume du désir de vous aimer
et de vous faire aimer de tous les hommes.
Les larmes qui coulèrent si abondamment de vos yeux
m’apparaissent comme des perles précieuses
que j’aime à recueillir,
afin d’acheter avec leur valeur infinie
les âmes des pauvres pêcheurs.

Ô Jésus, dont le visage est la seule beauté
qui ravit mon coeur,
j’accepte de ne pas voir ici-bas,
la douceur de votre regard,
de ne pas sentir l’inexprimable baiser
de votre bouche sainte ;
mais je vous supplie d’imprimer en moi
votre divine resemblance,
de m’embraser de votre amour,
afin qu’il me consume rapidement
et que j’arrive bientôt à voir
votre glorieux visage dans le Ciel.
Ainsi soit-il.

Voir aussi la publication sur la dévotion à la Sainte Face > ici

Publié dans:Memento, Prier avec nous |on 5 janvier, 2009 |5 Commentaires »

2009-2. Le « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau.

2009-2. Le

Le 5 janvier 1759 naquit, dans la paroisse du Pin-en-Mauges (diocèse d’Angers), Jacques Cathelineau.

L’anniversaire de la naissance de ce héros, qui est en même temps une authentique et haute figure de sainteté, n’est honoré d’aucune commémoration officielle, mais nous ne saurions nous en étonner (!!!) ; il nous paraîtrait même injurieux que les actuelles autorités de notre pays – puisqu’elles revendiquent haut et fort l’héritage de la grande révolution – veuillent s’acquitter d’un « devoir de mémoire » envers celui dont la vie et les engagements dénoncent l’impiété des fondements idéologiques et la vacuité des principes auxquels elles se réfèrent…
Puissent du moins les coeurs loyaux et fidèles ne pas manquer de célébrer dans la reconnaissance et la fidélité la mémoire de celui qui, très tôt de son vivant déjà, fut surnommé « le Saint d’Anjou« !

* * * * * * *

Jacques était le second d’une famille de cinq enfants. Son père, Jean Cathelineau, exerçait  le métier de tailleur de pierres, mais s’acquittait aussi de manière exemplaire des fonctions de sacristain. Le petit Jacques grandit d’une certaine manière à l’ombre du sanctuaire : les exemples de ses parents et les enseignements de son curé, firent croître en lui  et lui permirent de personnaliser une foi profonde et une piété sincère, ancrées dans une compréhension véritablement surnaturelle des choses d’ici-bas.

Il n’y avait pas d’école au Pin-en-Mauges, mais le curé, qui lui avait inculqué les premiers éléments de l’instruction et avait remarqué l’intelligence et les qualités du petit Jacques, proposa à ses parents de lui faire poursuivre ses études chez l’un des ses confrères, dans une paroisse des environs. C’est ainsi que Jacques Cathelineau acquit des connaissances supérieures à celles de la moyenne des gens du peuple.

Il travailla d’abord comme tailleur de pierres, ainsi que son père, mais au moment où la révolution éclate il exerce le métier de colporteur. A l’âge de 18 ans, le 4 février 1777, il a épousé Louise Godin, qui est de 9 ans son aînée. De leur union naîtront dix enfants, dont cinq mourront avant d’achever leur première année. Jacques avait aussi succédé à son père dans ses fonctions de sacristain et de chantre à l’église du Pin.

Le 12 mars 1793, en application de la loi qui a décrété la « levée en masse », a lieu le tirage aux sort des conscrits à Saint-Florent le Vieil. La population angevine, déjà profondément indisposée par l’exécution du Roi et par la persécution contre ses « bons prêtres », n’a aucune envie de voir partir ses jeunes gens aux frontières pour défendre une république qui n’est absolument pas aimée. Ce jour là donc, toute la ville de Saint-Florent exaspérée s’est rassemblée pour s’opposer à la conscription ; elle va le faire d’une manière expéditive : les agents de la conscription et les patriotes sont lynchés. Ceux qui ne sont pas tués ne doivent leur salut qu’à la fuite. Désormais les évènements sont engagés, la guerre est inéluctable.

Jacques Cathelineau, âgé de 35 ans et qui a la charge d’une famille, n’est pas concerné par la conscription. Il n’a pas fait partie des émeutiers, mais maintenant que la guerre est là, avec les encouragements de son curé, il s’est décidé à rassembler autour de lui les hommes du village : on était au temps de la Passion, et c’est au chant du Vexilla Regis (cf. > ici) qu’ils prirent les armes et se mirent en route, pour défendre leurs autels et leurs foyers.

Un peu partout dans les Mauges, des paysans et des artisans,  munis comme eux de leurs fourches et de leurs faux, chassent les « patriotes ». Les paysans cherchent ceux qu’ils croient les plus qualifiés pour prendre la tête du mouvement ; ils vont donc dans les gentilhommières de leurs villages et ils supplient leurs « Messieurs »  de les organiser et de les entraîner : un grand nombre d’entre eux n’a-t-il d’ailleurs pas un passé militaire? Jean-Nicolas Stofflet et Jacques Cathelineau  seront les deux seuls roturiers portés à la tête d’une armée.

Je ne vais pas refaire ici l’histoire détaillée du début des « Guerres de Vendée », mais  je me contenterai de noter que lorsque – au bout d’un mois de combats dispersés -  la Grande Armée Catholique et Royale est constituée, la stature de chef et le charisme  de Jacques Cathelineau sont pleinement reconnus. Ils le seront de plus en plus, à tel point que lorsqu’il s’agira de nommer un Généralissime, c’est sur lui que se porteront unanimement les suffrages des autres chefs de l’insurrection (12 juin 1793). Tous reconnaissent et saluent en lui une piété éclairée, inspiratrice de décisions pratiques aussi audacieuses que pertinentes, et une intégrité parfaite : il n’agit jamais par ambition personnelle et il est irréprochable. On peut dire qu’il symbolise et représente parfaitement le soulèvement  populaire vendéen dans ses idéaux spirituels.

Mortellement blessé le 29 juin, lors du siège de Nantes, Jacques Cathelineau rendit sa belle âme à Dieu le 14 juillet 1793 à Saint-Florent le Vieil. Sa cause de béatification fut introduite dès la fin du XIXème siècle mais la plus grande partie des pièces informatives  du procès diocésain ont péri dans l’incendie des archives de l’évêché d’Angers, en 1944, et  l’instruction s’en trouve, de ce fait, bloquée. Cependant que cela ne nous empêche pas de prendre modèle sur lui et de l’invoquer en privé, lorsque nous prions pour la France…

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 janvier, 2009 |4 Commentaires »

2009-1. Voeux pour l’année 2009.

Vitrail de la Vierge à l'Enfant

Chers, bien chers Amis,

« Saluons l’année nouvelle avec joie et confiance, elle est un présent de la bonté de Dieu »… En ce dernier jour de l’année 2008, je n’hésite pas à faire miennes ces paroles de Saint François de Sales et à vous les adresser.

Malgré toutes les inquiétudes dont l’ombre pèse  – parfois si lourdement – sur nos familles et sur nos pays, malgré la crise grave qui secoue notre monde, malgré la tristesse des maladies et des deuils qui ont éprouvé un si grand nombre d’entre vous, je viens vers vous à travers ces quelques modestes lignes afin de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2009… Oh, oui! je vous la souhaite la meilleure possible, même si nous avons  conscience que le bonheur parfait ne sera jamais atteint ici-bas, et même si nous pressentons que les semaines et les mois à venir – comme ceux de l’année qui s’achève – ne seront pas exempts de peines et de souffrances.

Cependant – malgré et au-delà de toutes les difficultés de cette condition terrestre -, ayant bien présent à l’esprit et au coeur  chacun de vos visages, chacune de vos intentions,  de vos joies et de vos peines, de vos espérances et de vos attentes, je vous présente ces voeux fervents, profondément enracinés dans l’amitié. Ce ne sont pas de simples « voeux pieux », énoncés de façon formelle : c’est par-dessus tout une prière que je dépose dans le Coeur de Jésus et de Marie.

De toute la ferveur de mon âme, je vous recommande - vous-mêmes et tous les vôtres, tous ceux qui vous sont chers, tous ceux que vous portez dans vos coeurs – au divin Roi d’Amour et à sa très Sainte Mère, je vous confie à leur bénédiction aimante : qu’ils vous accordent chaque jour la force,  physique et morale, pour avancer et persévérer dans la voie montante et difficile du quotidien ; qu’ils vous donnent le courage et la consolation intérieure, nécessaires pour ne pas céder aux tentations du découragement ; qu’ils emplissent vos coeurs de paix et de lumière; qu’ils vous conduisent dans la voie de la plénitude intérieure dans l’amour, qui seul est grand, qui seul est fécond, qui est la source de toute vraie richesse et de tout vrai bonheur!

Bonne, très bonne et surtout sainte année 2009!

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Textes spirituels |on 31 décembre, 2008 |19 Commentaires »

Une belle prière à l’Enfant Jésus avant la nuit sainte de la Nativité.

Enfant Jésus vainqueur du mal

Divin Enfant Jésus,
ayez pitié des gens tout seuls, ayez pitié des âmes solitaires.

Recueillez-les tous,
prenez-les toutes avec Vous en ce soir de fête,
en cette nuit d’Amour, en cette aurore de paix et d’espérance,
afin que leur cœur endolori, leur âme en détresse
trouvent un refuge près du plus aimant, du plus doux, du plus tendre,
du seul tout-puissant et vrai Ami.

Si je les sais,
si je les sens blottis près de Vous,
ô mon Roi !
toutes mes souffrances seront fondues, oubliées dans l’amour.

Saint Enfant de la crèche,
qui apportez la bénédiction sur la terre,
venez dans les âmes qui Vous attendent, Vous appellent,
faites briller en elles votre Ciel,
Votre demeure aimée, Votre maison de repos, Votre crèche bénie…

Voir aussi « Prières simples devant la crèche » > ici

Publié dans:Prier avec nous |on 29 décembre, 2008 |2 Commentaires »

2008-70. Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI prononcé le saint Jour de Noël 2008 à l’occasion de la bénédiction Urbi et Orbi :

Noël 2008 : bénédiction Urbi et Orbi.

« Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus » (Tit. II, 11).

Chers frères et Soeurs,

par les paroles de l’apôtre Paul, je renouvelle la joyeuse annonce de la naissance du Christ : oui, aujourd’hui, « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » !

Elle s’est manifestée! C’est ce que l’Église célèbre aujourd’hui. La grâce de Dieu, riche en bonté et en tendresse, n’est plus cachée, mais «elle s’est manifestée», elle s’est manifestée dans la chair, elle a montré son visage. Où? À Bethléem. Quand? Sous César Auguste, durant le premier recensement, auquel fait même allusion l’évangéliste Luc. Et qui est celui qui la révèle? Un nouveau-né, le Fils de la Vierge Marie. En Lui s’est manifestée la grâce de Dieu notre Sauveur. C’est pourquoi cet Enfant s’appelle Jehoshua, Jésus, ce qui signifie « Dieu sauve ».

La grâce de Dieu s’est manifestée : voilà pourquoi Noël est une fête de lumière. Non pas une lumière totale, comme celle qui enveloppe toute chose en plein jour, mais une clarté qui s’allume dans la nuit et se répand à partir d’un point précis de l’univers : de la grotte de Bethléem, où l’Enfant-Dieu est « venu au jour ». En réalité, c’est Lui la lumière même qui se propage, comme le représentent bien de nombreux tableaux de la Nativité. Il est la lumière, qui en apparaissant dissout la brume, rompt les ténèbres et nous permet de comprendre le sens et la valeur de notre existence et de l’histoire. Chaque crèche est une invitation simple et éloquente à ouvrir notre coeur et notre esprit au mystère de la vie. Elle est une rencontre avec la Vie immortelle, qui s’est faite mortelle dans la scène mystique de Noël ; une scène que nous pouvons admirer ici aussi, sur cette place, comme en d’innombrables églises et chapelles du monde entier, et dans toutes les maisons où le Nom de Jésus est adoré.
La grâce de Dieu s’est manifestée à tous les hommes. Oui, Jésus, le visage du Dieu-qui-sauve, ne s’est pas manifesté seulement pour quelques-uns, pour certains, mais pour tous. C’est vrai que, dans l’humble et austère demeure de Bethléem, peu de personnes l’ont rencontré, mais Lui est venu pour tous : juifs et païens, riches et pauvres, proches et lointains, croyants et non croyants… tous. La grâce surnaturelle, par la volonté de Dieu, est destinée à toute créature. Il faut cependant que l’être humain l’accueille, prononce son « oui », comme Marie, afin que son coeur soit illuminé par un rayon de cette lumière divine. Ceux qui accueillirent le Verbe incarné, cette nuit-là, ce furent Marie et Joseph qui l’attendaient avec amour et les bergers qui veillaient auprès de leurs troupeaux
(cf. Luc  II, 1-20). Une petite communauté, donc, accourue pour adorer l’enfant Jésus ; une petite communauté qui représente l’Église et tous les hommes de bonne volonté. Aujourd’hui encore, ceux qui dans la vie L’attendent et Le cherchent rencontrent le Dieu qui, par amour, s’est fait notre frère ; tous ceux qui ont le coeur tendu vers Lui, désirent connaître son visage et contribuer à l’avènement de son Règne. Jésus lui-même le dira dans sa prédication : ce sont les pauvres de coeur, les affligés, les doux, les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de coeur, les artisans de paix, les persécutés pour la justice (cf. Matth. V, 3-10). Ce sont eux qui reconnaissent en Jésus le visage de Dieu et repartent, comme les bergers de Bethléem, avec un coeur renouvelé par la joie de son amour.

Frères et Soeurs qui m’écoutez, c’est à tous les hommes qu’est destinée l’annonce d’espérance qui constitue le coeur du message de Noël. Jésus est né pour tous et, comme à Bethléem Marie l’offrit au regard des bergers, en ce jour, l’Église le présente à l’humanité entière, afin que toute personne et toute situation humaine, puisse faire l’expérience de la puissance de la grâce salvatrice de Dieu, qui, seule, peut transformer le mal en bien, qui, seule, peut changer le coeur de l’homme et en faire une « oasis » de paix.

Puissent les nombreuses populations qui vivent encore dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort (cf. Luc I, 79), faire l’expérience de la puissance de la grâce salvatrice de Dieu ! Que la lumière divine de Bethléem se répande en Terre Sainte, où l’horizon semble redevenir sombre pour les Israéliens et les Palestiniens ; qu’elle se répande au Liban, en Irak et partout au Moyen-Orient. Qu’elle féconde les efforts de tous ceux qui ne se résignent pas à la logique perverse de l’affrontement et de la violence et qui privilégient au contraire la voie du dialogue et de la négociation, pour apaiser les tensions internes à chaque pays et trouver des solutions justes et durables aux conflits qui tourmentent la région. C’est à cette lumière qui transforme et renouvelle qu’aspirent les habitants du Zimbabwe, en Afrique, pris depuis trop de temps dans l’étreinte d’une crise politique et sociale qui, malheureusement, continue de s’aggraver, comme aussi les hommes et les femmes de la République Démocratique du Congo, spécialement dans la région tourmentée du Kivu, et encore du Darfour, au Soudan, et de la Somalie, dont les souffrances interminables sont une tragique conséquence de l’absence de stabilité et de paix. Cette lumière, ce sont surtout les enfants de ces pays et de tous les pays en difficulté qui l’attendent, afin qu’une espérance soit rendue à leur avenir.

Là où la dignité et les droits de la personne humaine sont piétinés ; là où les égoïsmes personnels ou de groupe prévalent sur le bien commun ; là où l’on risque de s’habituer à la haine fratricide et à l’exploitation de l’homme par l’homme ; là où des luttes intestines divisent groupes et ethnies et déchirent la vie en commun ; là où le terrorisme continue à frapper ; là où manque le nécessaire pour survivre ; là où l’on regarde avec appréhension vers un avenir qui devient toujours plus incertain, même dans les Nations qui sont dans l’aisance : que là resplendisse la Lumière de Noël et qu’elle encourage chacun à faire son propre devoir, dans un esprit d’authentique solidarité. Si chacun pense uniquement à ses propres intérêts, le monde ne peut qu’aller à sa ruine.

Chers frères et Soeurs, aujourd’hui « la grâce de Dieu Sauveur s’est manifestée » (cf. Tit. II, 11), dans notre monde, qui a ses potentialités et ses faiblesses, ses progrès et ses crises, ses espoirs et ses angoisses. Aujourd’hui, resplendit la lumière de Jésus Christ, Fils du Très-Haut et fils de la Vierge Marie : « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel ». Nous l’adorons en ce jour, en tous les coins de la terre, emmailloté et déposé dans une pauvre mangeoire. Nous l’adorons en silence tandis que Lui, encore bébé, semble nous dire pour notre consolation : N’ayez pas peur ! « C’est moi qui suis Dieu, il n’y en a pas d’autre » (Is. XLV, 22). Venez à moi, hommes et femmes, peuples et nations, venez à moi, ne craignez pas : je suis venu vous apporter l’amour du Père, vous montrer le chemin de la paix.

Allons, donc, frères ! Pressons-nous, comme les bergers dans la nuit de Bethléem. Dieu est venu à notre rencontre et nous a montré son visage, riche en grâce et en miséricorde ! Que sa venue ne soit pas vaine pour nous ! Cherchons Jésus, laissons-nous attirer par sa lumière, qui efface du coeur de l’homme la tristesse et la peur; approchons-nous avec confiance ; prosternons-nous avec humilité, pour l’adorer. Bon Noël à tous !

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 25 décembre, 2008 |Commentaires fermés

2008-67. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI nous rappelle la spiritualité de l’Avent…

A l’occasion du 1er dimanche de l’Avent, notre Saint Père le Pape Benoît XVI s’est rendu le dimanche 30 novembre 2008 à la basilique de Saint-Laurent hors les murs. Il y accomplissait une visite pastorale – comme évêque de Rome – mais venait aussi y célébrer « l’année laurentienne » (c’est à dire l’année jubilaire en l’honneur de Saint Laurent), promulguée pour honorer le 1750ème anniversaire du martyre du saint diacre. Le Pape Benoît XVI a rappelé le sens de l’Avent, et a aussi évoqué les figures de Pie XII et du Bienheureux Pie IX dont le corps repose dans la basilique et devant lequel le Souverain Pontife est allé se recueillir à l’issue de la Sainte Messe (cf. photo ci-dessous).

Benoît XVI se recueille devant la chasse de son prédécesseur le Bx Pie IX - 30 nov. 2008

Chers frères et sœurs,

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous entrons dans cette période de quatre semaines par laquelle commence une nouvelle année liturgique et qui nous prépare immédiatement à la fête de Noël, mémoire de l’Incarnation du Christ dans l’histoire. Le message spirituel de l’Avent est toutefois plus profond et nous projette déjà vers le retour glorieux du Seigneur, à la fin de l’histoire. Adventus est le terme latin qui pourrait être traduit par «arrivée», «venue», «présence». Dans le langage du monde antique, il s’agissait d’un terme technique qui indiquait l’arrivée d’un fonctionnaire, en particulier la visite de rois ou d’empereurs dans les provinces, mais qui pouvait également être utilisé pour l’apparition d’une divinité, qui sortait de sa demeure cachée et manifestait ainsi sa puissance divine : sa présence était célébrée solennellement dans le culte.

En adoptant le terme d’Avent, les chrétiens voulaient exprimer la relation particulière qui les unissait au Christ crucifié et ressuscité. Il est le Roi, qui, étant entré dans cette pauvre province dénommée terre, nous a fait don de sa visite, et, après sa Résurrection et son Ascension au ciel, a voulu dans tous les cas rester avec nous : nous percevons sa présence mystérieuse dans l’assemblée liturgique. En célébrant l’Eucharistie, nous proclamons en effet qu’Il ne s’est pas retiré du monde, et qu’il ne nous a pas laissés seuls, et, même si nous ne pouvons pas le voir et le toucher comme c’est le cas avec les réalités matérielles et sensibles, Il est toutefois avec nous et parmi nous ; il est même en nous, car il peut attirer à lui et communiquer sa vie à tout croyant qui lui ouvre son cœur. L’Avent signifie donc faire mémoire de la première venue du Seigneur dans la chair, en pensant déjà à son retour définitif et, dans le même temps, cela signifie reconnaître que le Christ présent parmi nous devient notre compagnon de voyage dans la vie de l’Église qui en célèbre le mystère. Chers frères et sœurs, cette conscience nourrie dans l’écoute de la Parole de Dieu devrait nous aider à voir le monde avec un regard différent, à interpréter les différents événements de la vie et de l’histoire comme des paroles que Dieu nous adresse, comme des signes de son amour qui nous assure de sa proximité dans chaque situation ; en particulier, cette conscience devrait nous préparer à l’accueillir lorsque « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin« , comme nous le répéterons d’ici peu dans le Credo. Dans cette perspective, l’Avent devient pour tous les chrétiens un temps d’attente et d’espérance, un temps privilégié d’écoute et de réflexion, à condition de se laisser guider par la liturgie qui nous invite à aller à la rencontre du Seigneur qui vient.

«Viens, Seigneur Jésus» : chers amis, cette invocation ardente de la communauté chrétienne des débuts doit également devenir notre aspiration constante, l’aspiration de l’Église de tout temps, qui désire et se prépare à la rencontre avec son Époux. «Seigneur, fais resplendir ton visage et nous serons sauvés» : c’est la prière que nous avons élevée, il y a peu de temps, à travers les paroles du Psaume responsorial. Et le prophète Isaïe nous a révélé, dans la première lecture, que le visage de notre Sauveur est celui d’un père tendre et miséricordieux, qui prend soin de nous en toute circonstance car nous sommes l’œuvre de ses mains : «Toi, Seigneur, tu es notre Père, notre rédempteur, tel est ton nom depuis toujours» (Is. LXIII, 16). Notre Dieu est un père disposé à pardonner les pécheurs repentis et à accueillir tous ceux qui ont confiance dans sa miséricorde (cf. Is. LXIV, 4). Nous nous étions éloignés de Lui à cause du péché en tombant sous la domination de la mort, mais Il a eu pitié de nous et de sa propre initiative, sans aucun mérite de notre part, Il a décidé de venir à notre rencontre, en envoyant son Fils unique comme notre Rédempteur. Face à un si grand mystère d’amour, notre action de grâce s’élève spontanément, et notre invocation devient plus confiante : «Montre nous, Seigneur, ta miséricorde et donne-nous ton salut» (cf. verset d’acclamation de l’Evangile).

Chers frères et sœurs, la pensée de la présence du Christ et de son retour certain quand les temps seront accomplis est plus que jamais significative dans votre Basilique qui jouxte l’imposant cimetière monumental du Verano, où reposent, dans l’attente de la Résurrection, un grand nombre de nos défunts. Combien de fois dans ce temple sont célébrées des liturgies d’obsèques ; combien de fois retentissent pleines de réconfort les paroles de la liturgie : «Dans le Christ ton Fils, notre Sauveur, resplendit devant nous l’espérance de la bienheureuse résurrection, et si la certitude de devoir mourir nous attriste, nous sommes réconfortés par la promesse de l’immortalité future!» (cf. 1ère préface pour les défunts).

Mais votre Basilique monumentale, qui nous conduit par la pensée à celle des origines qui fut construite par l’empereur Constantin, puis transformée jusqu’à prendre sa forme actuelle, parle surtout du martyre glorieux de saint Laurent, archidiacre du Pape saint Sixte II et son délégué dans l’administration des biens communs de la communauté. Je suis venu aujourd’hui célébrer la Sainte Eucharistie pour m’unir à vous pour lui rendre hommage dans une circonstance véritablement particulière, à l’occasion de l’année jubilaire de saint Laurent, proclamée pour commémorer les 1750 ans de la naissance au ciel du saint diacre. L’histoire nous confirme combien le nom de ce saint, sur le tombeau duquel nous sommes réunis, est glorieux. Sa sollicitude pour les pauvres, le service généreux qu’il rendit à l’Église de Rome dans le domaine de l’assistance et de la charité, la fidélité au Pape, qu’il a poussée jusqu’à vouloir le suivre dans l’épreuve suprême du martyre, et le témoignage héroïque du sang, rendu peu de jours auparavant seulement, sont des faits universellement connus. Saint Léon le Grand, dans une belle homélie, commente ainsi l’atroce martyre de cet «illustre héros» : «Les flammes ne purent vaincre la charité du Christ ; et le feu qui le brûlait à l’extérieur fut plus faible que celui qui l’animait à l’intérieur». Et il ajoutait : «Le Seigneur a voulu exalter à ce point son nom glorieux dans le monde entier que de l’Orient à l’Occident, dans la splendeur infiniment vive de la lumière irradiée par les plus grands diacres, la même gloire qui est venue à Jérusalem à travers Etienne est échue également à Rome grâce à Laurent» (St Léon le Grand, homélie N° 85, 4).

Nous célébrons cette année le 50e anniversaire de la mort du Serviteur de Dieu, le Pape Pie XII, et cela rappelle à notre mémoire un événement particulièrement dramatique dans l’histoire pluriséculaire de votre basilique, qui a eu lieu lors du second conflit mondial lorsque, exactement le 19 juillet 1943, un violent bombardement provoqua des dommages très graves au bâtiment et à tout le quartier, semant la mort et la destruction. On ne pourra jamais effacer de la mémoire de l’histoire le geste généreux accompli à cette occasion par mon vénéré prédécesseur, qui courut immédiatement porter secours et réconforter la population durement frappée, parmi les décombres encore brûlants. Je n’oublie pas, en outre, que cette même Basilique accueille les urnes de deux autres grandes personnalités : en effet, dans l’hypogée sont placées à la vénération des fidèles les dépouilles mortelles du bienheureux Pie IX, tandis que, dans l’atrium, est située la tombe d’Alcide de Gasperi, guide sage et tempéré de l’Italie dans les difficiles années de la reconstruction de l’après-guerre et, dans le même temps, éminent homme d’État capable de contempler l’Europe à travers une ample vision chrétienne.

Tandis que nous sommes réunis ici en prière, je suis heureux de vous saluer tous avec affection, en commençant par le cardinal-vicaire, par Mgr le vice-gérant, qui est également l’Abbé commendataire de la basilique, par l’évêque auxiliaire du secteur Nord et par votre curé, le père Bruno Mustacchio, que je remercie pour les aimables paroles qu’il m’a adressées au début de la célébration liturgique. Je salue le ministre général de l’ordre des capucins, ainsi que les confrères de la communauté qui accomplissent leur service avec zèle et dévouement, en accueillant les nombreux pèlerins, en assistant avec charité les pauvres et en témoignant de l’espérance dans le Christ ressuscité à tous ceux qui se rendent en visite au cimetière du Verano. Je désire vous assurer de ma reconnaissance, et, surtout, de mon souvenir dans la prière. Je salue en outre les nombreux groupes engagés dans l’animation de la catéchèse, de la liturgie, de la charité, les membres des deux chœurs polyphoniques, le tiers-ordre franciscain local et régional. J’ai appris ensuite avec plaisir que ce lieu abrite depuis quelques années l’«atelier missionnaire diocésain», pour éduquer les communautés paroissiales à la conscience missionnaire, et je m’unis volontiers à vous pour souhaiter que cette initiative de notre diocèse contribue à susciter une courageuse action pastorale missionnaire, qui apporte l’annonce de l’amour miséricordieux de Dieu partout dans chaque lieu de Rome, en touchant en particulier les jeunes et les familles. Je voudrais enfin étendre ma pensée aux habitants du quartier, en particulier aux personnes âgées, aux malades, aux personnes seules et en difficulté. Je rappelle tous et chacun au cours de cette messe.

Chers frères et sœurs, en ce début de l’Avent, quel meilleur message recueillir de saint Laurent que celui de la sainteté ? Il nous répète que la sainteté, c’est-à-dire aller à la rencontre du Christ qui vient continuellement nous rendre visite, ne passe pas de mode, et, avec le temps, resplendit même de façon lumineuse et manifeste la tension permanente de l’homme vers Dieu. Que cette célébration jubilaire soit donc l’occasion pour votre communauté paroissiale d’une adhésion renouvelée au Christ, d’un plus grand approfondissement du sens d’appartenance à son Corps mystique qui est l’Église, et d’un engagement constant d’évangélisation à travers la charité. Que Laurent, témoin héroïque du Christ crucifié et ressuscité, soit pour chacun un exemple d’adhésion docile à la volonté divine afin que, comme nous avons entendu l’apôtre Paul le rappeler aux Corinthiens, nous vivions nous aussi de façon à être «irréprochables» le jour du Seigneur (cf. 1 Cor. I, 7-9).

Nous préparer à l’avènement du Christ est également l’exhortation que nous recueillons de l’Evangile d’aujourd’hui : «Veillez», nous dit Jésus dans la brève parabole de Luc du maître de la maison qui part, mais ne sait pas s’il reviendra (cf. Marc XIII, 33-37). Veiller signifie suivre le Seigneur, choisir ce qu’il a choisi, aimer ce qu’il a aimé, conformer sa vie à la sienne ; veiller signifie passer chaque instant de notre temps dans l’horizon de son amour sans se laisser abattre par les inévitables difficultés et problèmes quotidiens. C’est ce qu’a fait saint Laurent, et c’est ce que nous devons faire, et nous demandons au Seigneur de nous donner sa grâce afin que l’Avent soit un encouragement pour tous à marcher dans cette direction. Que l’humble Vierge de Nazareth, Marie, élue par Dieu pour devenir la Mère du Rédempteur, saint André, dont nous célébrons aujourd’hui la fête et saint Laurent, exemple d’intrépide fidélité chrétienne jusqu’au martyre, nous guident et nous accompagnent de leur intercession. Amen !

Guirlande de sapin - gif

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 4 décembre, 2008 |2 Commentaires »
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