Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2010-43. « La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître ».

Jeudi 28 octobre 2010, fête des Saints Apôtres Simon et Jude.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Dans ma précédente chronique (cf.> www), je signalais les pèlerinages auxquels notre Frère Maximilien-Marie a eu l’occasion de participer au cours de l’été dernier. Je voudrais aujourd’hui évoquer celui de la solennité de Sainte Marie-Madeleine, à la basilique royale de Saint-Maximin, le dimanche 25 juillet 2010.

Au terme d’une semaine de festivités particulièrement remarquables, organisées avec le diocèse de Fréjus-Toulon par l’association Santo Madaleno (n’hésitez pas à aller visiter son site!), à l’occasion du 350ème anniversaire du pèlerinage de Louis XIV et de l’offrande par le Grand Roi de l’urne de porphyre dans laquelle les reliques de Sainte Marie-Madeleine furent alors déposées ainsi que du 150ème anniversaire de la translation du chef de la sainte dans le grand reliquaire où il est aujourd’hui exposé, les reliques de tous les Saints de Provence se trouvaient rassemblées à Saint-Maximin : celles de Sainte Marie-Jacobé, Sainte Marie-Salomé et de leur servante Sainte Sara avaient été amenées des Saintes-Maries-de-la-Mer ; celles de Sainte Marthe avaient été apportées de Tarascon et celles de Saint Lazare et de Saint Maximin étaient venues respectivement de Marseille et d’Aix en Provence.

Saint-Maximin 25 juillet 2010 : les reliquaires

Tous les reliquaires des Saints de Provence présentés à la vénération des fidèles dans le choeur de la Basilique de Saint-Maximin, le 25 juillet 2010.

Je ne vous ferai pas un compte-rendu détaillé de la Messe solennelle et de la grande procession de l’après-midi, mais je veux insister aujourd’hui sur les fortes paroles prononcées par Monsieur le Cardinal Franck Rodé, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, qui était venu de Rome pour présider aux célébrations de ce beau dimanche.

Après avoir mis en valeur – bien évidemment – la figure et la sainteté de Sainte Marie-Madeleine, le Cardinal a développé des idées qui sont tout à fait accordées à l’esprit de la fête du Christ-Roi que nous allons célébrer dimanche prochain : il a en effet appelé les fidèles présents à travailler au salut de tous leurs frères et, pour cela, il les a exhortés à être des témoins courageux de leur foi, en rappelant que pour que leur témoignage porte du fruit il doit présenter une rigoureuse cohérence. Aux obstacles, parfois violents, suscités aujourd’hui par un laïcisme outrancier et par la montée d’un anti-christianisme de plus en plus virulent, les chrétiens doivent opposer une fidélité, enracinée dans l’amour véritable, nourrie par une vie spirituelle plus intense, pour qu’elle se concrétise avec encore plus de force dans leur comportement social : « La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître«  a martelé le Cardinal en déplorant aussi la haine de soi, exprimée par le refus de reconnaître ses racines chrétiennes, qui affecte l’Occident et l’entraine à des comportements suicidaires…

Aussi pour vous stimuler spirituellement dans la préparation de la fête du Christ-Roi, je me permets de vous recopier ci-dessous l’intégralité de la seconde partie de l’homélie du Cardinal Rodé, en vous encourageant non seulement à la lire, mais aussi à la méditer et – plus encore – à la mettre en pratique.

Lully.

Cardinal Franck Rodé

Monsieur le Cardinal F.Rodé

Seconde partie de l’homélie prononcée par Monsieur le Cardinal Franck Rodé, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, le dimanche 25 juillet 2010 en la basilique royale de Saint-Maximin à l’occasion de la solennité de Sainte Marie-Madeleine.

(Nota : on peut trouver l’intégralité de l’homélie du Cardinal Rodé et des photos de cette mémorable journée sur le site du diocèse de Fréjus-Toulon > www)

« (…) Devant l’amour débordant et la fidélité héroïque de Sainte Marie-Madeleine, nous pouvons nous poser la question de notre fidélité, la nôtre, personnelle, et celle de notre communauté ecclésiale.

Chers Frères et Soeurs! Nous qui avons connus l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, nous sommes appelés à témoigner de cet amour et de la fidélité du Christ dans le monde. Comme dans sa vie terrestre, le Christ continue d’aimer les hommes et veut les sauver. Mais il ne le fait pas tout seul. Il nous appelle à collaborer à Son oeuvre de salut. Ce que Jésus nous demande, c’est d’être des témoins de Son amour au milieu de nos contemporains. Car l’amour qui habite dans nos coeurs ne peut pas rester caché. Il faut qu’il se manifeste au monde par des actes concrets d’amour envers les frères.

Brossons brièvement le cadre dans lequel il nous est donné de vivre notre amour et notre fidélité au Christ et à Son Eglise.

Il y a indéniablement de très belles choses dans le monde d’aujourd’hui. Prenons par exemple ces vagues énormes de solidarité qui se déclenchent lors de catastrophes naturelles. Des œuvres sociales un peu partout dans le monde venant au secours des plus démunis. Et tant d’actions, parfois très humbles, qui rendent la vie plus belle et plus heureuse.

Mais il y a aussi, dans notre société, des orientations de fond, des attitudes devant la vie, des positions devant la vérité, que le chrétien ne peut pas accepter.

Nous vivons dans une société profondément sécularisée, une société où Dieu est congédié de la scène publique. Mais il y a pire. Des lois contraires au Décalogue ont été votées. Chez certains, on constate une véritable hostilité envers Dieu et l’Eglise. Celle-ci ne cesse d’être accusée par des réseaux médiatiques, qui font d’elle la grande coupable du passé et du présent.

Manifestement, l’Europe a des problèmes avec son passé. Elle peine à l’assumer. Voici quelques années, le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, notait, avec un certain étonnement : « Il y a une haine de soi dans l’Occident qui est étrange et qui peut être considérée comme quelque chose de pathologique : l’Occident tente de s’ouvrir aux valeurs extérieures, mais il ne s’aime pas lui-même. De son histoire, il ne voit que ce qui est déplorable et destructeur, tandis qu’il n’est pas capable de percevoir ce qui est grand et pur ». Rappelons-nous comment, lors du débat sur la constitution européenne, on a voulu occulter la vérité historique des racines chrétiennes de la civilisation européenne. On a refusé d’admettre que le christianisme est le fondement de notre identité collective et qu’il constitue une source privilégiée d’inspiration pour la pensée et l’action de notre continent. Mais est-il possible de faire table rase de plus de quinze siècles d’histoire? Est-il possible de reléguer la foi chrétienne dans le domaine strictement privé de la conscience, sans incidence sur la société? La religion possède naturellement une dimension sociale que les Etats doivent reconnaître. Ce serait en réalité faire œuvre de justice et de sagesse politique que d’assumer notre passé chrétien et de rester fidèles aux grandes valeurs qui ont façonné les Nations européennes.

A l’heure qu’il est, cela semble difficile. Notre monde ne croit plus aux valeurs objectives. Il préfère que chacun crée son propre système, bâti sur des impressions sensibles, sur des émotions fugitives, sur des expériences éphémères. Affirmer une vérité qui se prétendrait universelle serait synonyme d’intolérance. Comme l’affirmait le cardinal Ratzinger avant le conclave qui l’a élu pape, nous vivons sous la dictature d’un relativisme, absolu et intransigeant, qui refuse à quiconque d’affirmer des valeurs et des normes qui s’appliqueraient à tous. Et pourtant, cette liberté sans norme est en soi contradictoire. On prône le droit à satisfaire tous ses désirs, on revendique comme un droit la suppression de la vie humaine dans le sein de la mère si elle n’est pas désirée. On se bat pour la sauvegarde de la terre et de ses ressources et on assassine la vie naissante.

Dans ce contexte, quel témoignage devons-nous donner en priorité?

Celui d’un Dieu vivant qui aime la vie, d’un Dieu d’amour, d’un Dieu fidèle qui nous offre Son pardon et Sa paix. Plus que jamais, notre monde a soif d’une vie qui ait du sens. Il est sensible au témoignage de l’espérance et de la joie authentique. Les chrétiens de ce temps ont donc pour première mission de vivre, simplement et joyeusement, en enfants d’un Dieu qui est Père, qui nous sauve et qui nous aime. En vivant ainsi, ils rendent témoignage, en parole et en acte, d’un Dieu en qui ils ont trouvé miséricorde. Parce que telle est notre expérience et notre joie : Dieu est pure grâce et miséricorde.

Au fond, c’est peut-être cela que le Seigneur a condamné si fermement chez les pharisiens. Ils avaient réduit Dieu à leur mesure : à une étroite justice légale. Ils observaient la loi, donc ils étaient justes, et les autres, telle Marie-Madeleine, étaient pécheurs. Or ce que Jésus nous apprend de Dieu dépasse infiniment cette perception strictement légaliste : Dieu est grâce, il est liberté, il est vie, il est amour. Quant à nous, nous sommes tous de pauvres pécheurs devant lui. Pécheurs et cependant aimés, aimés sans bornes. Voilà le témoignage, si humble et en même temps si grand, que nous sommes appelés à porter à l’homme d’aujourd’hui.

Et le témoignage d’une conscience droite, respectueuse de la vie. Car l’homme a besoin de certaines règles de vie pour marcher vers le bonheur auquel il aspire. Parmi ces règles de vie, il en est auxquelles nous ne pouvons renoncer, car elles sont le fondement même de la vie sociale. Citons en particulier la vérité dans nos relations, l’honnêteté dans les échanges économiques, le respect de l’autre, l’éthique sexuelle et matrimoniale.

A ce propos, je voudrais citer ce qu’écrivait il y a quelques années celui qui est aujourd’hui le Pasteur universel de l’Eglise. « Le mariage monogame, comme structure fondamentale de la relation entre l’homme et la femme, est en même temps comme la cellule de base de la communauté nationale. L’Europe ne serait plus l’Europe si cette cellule fondamentale de son édifice social disparaissait ou était modifiée dans son essence ». De même, les chrétiens sont porteurs d’un véritable humanisme lorsqu’ils apportent la lumière de l’Evangile dans les débats de la bioéthique, lorsqu’ils se prononcent pour le respect de la vie depuis son premier commencement, au moment de la conception, jusqu’à son dernier instant, qui est la mort naturelle.

Dans une société où nous côtoyons des indifférents et des non-croyants, demandons-nous pourquoi la foi apparaît souvent si peu séduisante, insignifiante et même inutile pour tant de nos contemporains. N’est-ce pas par manque de cohérence entre ce que nous annonçons et ce que nous vivons ? Posons-nous franchement cette question, sans crainte de nous remettre en cause : quelle relation avons-nous avec ce Dieu tel qu’il nous a été révélé par Jésus ? Est-il vraiment pour nous, pour moi, ce Dieu d’amour et de pardon qui seul peut donner sens à ma vie ? Notre foi sera vivante et rayonnante, notre rapport avec le Seigneur sera solide s’il est enraciné dans une relation étroite, intime et amoureuse avec Lui. Cette union profonde en lui trouve sa source dans la prière quotidienne, elle se nourrit de l’Eucharistie dominicale, elle s’éclaire à la lumière de Sa Parole, elle s’édifie par la méditation du Credo de l’Eglise Catholique. Notre foi sera contagieuse si elle se fait amour en acte jour après jour, tendresse au sein de la famille, compassion pour les pauvres et les petits, respect et honnêteté dans les relations sociales.

C’est au témoignage d’une vie authentiquement chrétienne que nous sommes appelés, une vie marquée par la conscience d’être des pécheurs pardonnés, vécue dans la liberté intérieure et la joie, une vie sous le signe de la gratuité et du partage. Fortifiés par notre vie intérieure de communion au Christ et guidés par l’amour envers nos frères et sœurs en humanité, nous sommes prêts au dialogue avec eux, afin de leur partager ce qui nous anime profondément. Telle est notre responsabilité chrétienne. Ne rougissons pas de notre foi, même si elle est tournée en dérision. Elle est un don de Dieu et elle est source de paix et de bonheur pour tous.

En 1924, un jeune théologien allemand d’origine italienne, Romano Guardini, considérait les problèmes de son temps. Il écrivait ces mots toujours actuels : « Si nous restons sur le plan où nous nous trouvons aujourd’hui, nous ne réussirons pas à résoudre les problèmes de notre civilisation. Ces problèmes ne seront résolus que s’ils sont affrontés par des hommes nouveaux, des hommes dont le regard soit plus pur, dont l’âme soit plus libre et le cœur plus fort. Des hommes qui vivent à un niveau plus profond de l’être, en qui opèrent les énergies de l’âme, du caractère, de la fidélité, du sacrifice, les énergies de l’esprit, de l’inconditionnel, les énergies de Dieu. Bref des hommes qui sachent prier, des contemplatifs, qui se tiennent constamment devant Dieu ».

Couronne

2010-41. Lettre de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI adressée à tous les séminaristes de l’Eglise Catholique.

En cette fête de Saint Luc l’évangéliste, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a adressé à tous les séminaristes de l’Eglise Catholique une lettre qui leur rappelle paternellement le sens de leur vocation et l’esprit dans lequel ils doivent vivre et agir dès à présent pour devenir des prêtres tels que l’Eglise et les âmes en ont besoin.

Au-delà des destinataires explicitement mentionnés, tous les fidèles liront ce texte avec intérêt pour revivifier leur compréhension de la vocation et du sacerdoce. On souhaite aussi que tous les séminaires existants et que tous les formateurs de futurs prêtres se montrent de très exacts observateurs de ce que le Souverain Pontife rappelle ici.

Enfin cette lecture doit être une incitation puissante à prier avec plus de ferveur et à offrir  avec plus de générosité des sacrifices pour demander de saintes et solides vocations sacerdotales.

La famille Ratzinger avec les deux fils séminaristes

La famille Ratzinger avec les deux frères séminaristes Joseph et Georges.

Chers Séminaristes,

En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit : Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, il n’y a plus besoin de prêtres. Je savais que cette « nouvelle Allemagne » était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une « profession » d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé. Vous, chers amis, vous vous êtes décidés à entrer au séminaire, et vous vous êtes donc mis en chemin vers le ministère sacerdotal dans l’Église catholique, à l’encontre de telles objections et opinions. Vous avez bien fait d’agir ainsi. Car les hommes auront toujours besoin de Dieu, même à l’époque de la domination technique du monde et de la mondialisation : de Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre avec lui et par lui la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Là où l’homme ne perçoit plus Dieu, la vie devient vide ; tout est insuffisant. L’homme cherche alors refuge dans la griserie ou dans la violence qui menacent toujours plus particulièrement la jeunesse. Dieu est vivant. Il a créé chacun de nous et nous connaît donc tous. Il est si grand qu’il a du temps pour nos petites choses : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Dieu est vivant, et il a besoin d’hommes qui vivent pour lui et qui le portent aux autres. Oui, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera.

Le séminaire est une communauté en chemin vers le service sacerdotal. Avec cela, j’ai déjà dit quelque chose de très important : on ne devient pas prêtre tout seul. Il faut « la communauté des disciples », l’ensemble de ceux qui veulent servir l’Église. Par cette lettre, je voudrais mettre en évidence – en jetant aussi un regard en arrière sur ce que fut mon temps au séminaire – quelques éléments importants pour ces années où vous êtes en chemin.

1. Celui qui veut devenir prêtre doit être par-dessus tout « un homme de Dieu », comme le décrit saint Paul (1 Tm 6, 11). Pour nous, Dieu n’est pas une hypothèse lointaine, il n’est pas un inconnu qui s’est retiré après le « big bang ». Dieu s’est montré en Jésus Christ. Sur le visage de Jésus Christ, nous voyons le visage de Dieu. Dans ses paroles, nous entendons Dieu lui-même nous parler. C’est pourquoi, le plus important dans le chemin vers le sacerdoce et durant toute la vie sacerdotale, c’est la relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Le prêtre n’est pas l’administrateur d’une quelconque association dont il cherche à maintenir et à augmenter le nombre des membres. Il est le messager de Dieu parmi les hommes. Il veut conduire à Dieu et ainsi faire croître aussi la communion véritable des hommes entre eux. C’est pour cela, chers amis, qu’il est si important que vous appreniez à vivre en contact constant avec Dieu. Lorsque le Seigneur dit : « Priez en tout temps », il ne nous demande pas naturellement de réciter continuellement des prières, mais de ne jamais perdre le contact intérieur avec Dieu. S’exercer à ce contact est le sens de notre prière. C’est pourquoi il est important que la journée commence et s’achève par la prière. Que nous écoutions Dieu dans la lecture de l’Ecriture. Que nous lui disions nos désirs et nos espérances ; nos joies et nos souffrances, nos erreurs et notre action de grâce pour chaque chose belle et bonne et que, de cette façon, nous l’ayons toujours devant nos yeux comme point de référence de notre vie. Nous prenons alors conscience de nos erreurs et apprenons à travailler pour nous améliorer ; mais nous devenons aussi sensibles à tout le bien et à tout le beau que nous recevons chaque jour comme quelque chose allant de soi et ainsi la gratitude grandit en nous. Et avec la gratitude, grandit la joie pour le fait que Dieu nous est proche et que nous pouvons le servir.

2. Dieu n’est pas seulement une parole pour nous. Dans les sacrements il se donne à nous en personne, à travers les choses corporelles. Le centre de notre rapport avec Dieu et de la configuration de notre vie, c’est l’Eucharistie. La célébrer en y participant intérieurement et rencontrer ainsi le Christ en personne doit être le centre de toutes nos journées. Saint Cyprien a interprété la demande de l’Evangile : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », en disant, entre autre, que « notre » pain, le pain que nous pouvons recevoir en chrétiens dans l’Eglise, est le Seigneur eucharistique lui-même. Dans la demande du Notre Père, nous prions donc pour qu’il nous donne chaque jour « notre » pain ; qu’il soit toujours la nourriture de notre vie. Que le Christ ressuscité, qui se donne à nous dans l’Eucharistie modèle vraiment toute notre vie par les splendeurs de son amour divin. Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l’Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles – passé, présent et avenir s’unissent en un unique grand chœur de prière. Comme je puis l’affirmer à propos de mon propre chemin, c’est une chose enthousiasmante que d’apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant !

3. Le Sacrement de Pénitence aussi est important. Il m’enseigne à me regarder du point de vue de Dieu, et m’oblige à être honnête envers moi-même. Il me conduit à l’humilité. Le Curé d’Ars a dit une fois : Vous pensez que cela n’a pas de sens d’obtenir l’absolution aujourd’hui, sachant que demain vous ferez de nouveau les mêmes péchés. Mais, – a-t-il dit – Dieu lui-même oublie en cet instant vos péchés de demain pour vous donner sa grâce aujourd’hui. Bien que nous ayons à combattre continuellement contre les mêmes erreurs, il est important de s’opposer à l’abrutissement de l’âme, à l’indifférence qui se résigne au fait d’être ainsi fait. Il est important de continuer à marcher, sans être scrupuleux, dans la conscience reconnaissante que Dieu me pardonne toujours de nouveau. Mais aussi sans l’indifférence qui ne ferait plus lutter pour la sainteté et pour l’amélioration. Et en me laissant pardonner, j’apprends encore à pardonner aux autres. Reconnaissant ma misère, je deviens plus tolérant et compréhensif devant les faiblesses du prochain.

4. Maintenez en vous la sensibilité pour la piété populaire, qui est différente selon les cultures, mais qui est aussi toujours très semblable, parce que le cœur de l’homme est, en fin de compte, toujours le même. Certes, la piété populaire tend vers l’irrationalité, parfois même vers l’extériorité. Pourtant l’exclure est une grande erreur. A travers elle, la foi est entrée dans le cœur des hommes, elle a fait partie de leurs sentiments, de leurs habitudes, de leur manière commune de sentir et de vivre. C’est pourquoi la piété populaire est un grand patrimoine de l’Eglise. La foi s’est faite chair et sang. La piété populaire doit certainement être toujours purifiée, recentrée, mais elle mérite notre amour et elle nous rend nous-mêmes de façon pleinement réelle « Peuple de Dieu ».

5. Le temps du séminaire est aussi et par-dessus tout un temps d’étude. La foi chrétienne a une dimension rationnelle et intellectuelle qui lui est essentielle. Sans elle, la foi ne serait pas elle-même. Paul parle d’«une forme d’enseignement » à laquelle nous avons été confiés dans le baptême (Rm 6, 17). Vous connaissez tous la parole de saint Pierre, considérée par les théologiens médiévaux comme la justification d’une théologie rationnelle et scientifiquement élaborée : « Toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande ‘raison’ (logos) de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Apprendre à devenir capable de donner de telles réponses est l’un des principaux buts des années de séminaire. Je ne peux que vous prier avec insistance : Etudiez avec sérieux ! Mettez à profit les années d’étude ! Vous ne vous en repentirez pas. Certes, souvent la matière des études semble très éloignée de la pratique de la vie chrétienne et du service pastoral. Toutefois il est complètement erroné de poser toujours immédiatement la question pragmatique : est-ce que cela pourra me servir plus tard ? Est-ce-que cela sera d’une utilité pratique, pastorale ? Il ne s’agit pas justement d’apprendre seulement ce qui est évidemment utile, mais de connaître et de comprendre la structure interne de la foi dans sa totalité, pour qu’elle devienne ainsi réponse aux demandes des hommes, lesquels changent du point de vue extérieur de générations en générations, tout en restant au fond les mêmes. C’est pourquoi il est important d’aller au-delà des questions changeantes du moment pour comprendre les questions vraiment fondamentales et ainsi comprendre aussi les réponses comme de vraies réponses. Il est important de connaître à fond la Sainte Ecriture en entier, dans son unité d’Ancien et de Nouveau Testament : la formation des textes, leur particularité littéraire, leur composition progressive jusqu’à former le canon des livres sacrés, leur unité dynamique intérieure qui ne se trouve pas en surface, mais qui, seule, donne à tous et à chacun des textes leur pleine signification. Il est important de connaître les Pères et les grands Conciles, dans lesquels l’Eglise a assimilé, en réfléchissant et en croyant, les affirmations essentielles de l’Ecriture. Je pourrais continuer encore : ce que nous appelons la dogmatique, c’est la manière de comprendre les contenus de la foi dans leur unité, et même dans leur ultime simplicité : chaque détail unique est finalement simple déploiement de la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté et se manifeste à nous. Je n’ai pas besoin de dire expressément l’importance de la connaissance des questions essentielles de la théologie morale et de la doctrine sociale catholique. Combien est importante aujourd’hui la théologie œcuménique ; la connaissance des différentes communautés chrétiennes est une évidence ; pareillement, la nécessité d’une orientation fondamentale sur les grandes religions, sans oublier la philosophie : la compréhension de la quête des hommes et des questions qu’ils se posent, auxquelles la foi veut apporter une réponse. Mais apprenez aussi à comprendre et – j’ose dire – à aimer le droit canon dans sa nécessité intrinsèque et dans les formes de son application pratique : une société sans droit serait une société privée de droits. Le droit est condition de l’amour. Je ne veux pas maintenant poursuivre cette énumération, mais seulement redire encore : aimez l’étude de la théologie et poursuivez-la avec une sensibilité attentive pour enraciner la théologie dans la communauté vivante de l’Eglise, laquelle, avec son autorité, n’est pas un pôle opposé à la science théologique, mais son présupposé. Sans l’Eglise qui croit, la théologie cesse d’être elle-même et devient un ensemble de diverses disciplines sans unité intérieure.

6. Les années de séminaire doivent être aussi un temps de maturation humaine. Pour le prêtre, qui devra accompagner les autres le long du chemin de la vie et jusqu’aux portes de la mort, il est important qu’il ait lui-même mis en juste équilibre le cœur et l’intelligence, la raison et le sentiment, le corps et l’âme, et qu’il soit humainement « intègre ». C’est pour cela que la tradition chrétienne a toujours uni aux « vertus théologales », « les vertus cardinales », dérivées de l’expérience humaine et de la philosophie, et en général la saine tradition éthique de l’humanité. Paul le dit aux Philippiens de façon très claire : « Enfin, frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper » (4, 8). L’intégration de la sexualité dans l’ensemble de la personnalité fait aussi partie de ce contexte. La sexualité est un don du Créateur, mais aussi une tâche qui regarde le développement de l’être humain. Lorsqu’elle n’est pas intégrée dans la personne, la sexualité devient quelque chose de banal et en même temps destructive. Nous le voyons aujourd’hui dans notre société à travers de nombreux exemples. Récemment, nous avons dû constater avec une grande peine que des prêtres ont défiguré leur ministère par l’abus sexuel d’enfants et de jeunes. Au lieu de conduire les personnes vers une humanité mature, et d’en être l’exemple, ils ont provoqué, par leurs abus, des destructions dont nous éprouvons une profonde douleur et un profond regret. A cause de tout cela peut surgir en beaucoup, peut-être aussi en vous-mêmes, la question de savoir s’il est bien de devenir prêtre ; si le chemin du célibat est raisonnable comme vie humaine. Mais l’abus, qui est à réprouver absolument, ne peut discréditer la mission sacerdotale, laquelle demeure grande et pure. Grâce à Dieu, nous connaissons tous des prêtres convaincants, pleins de foi, qui témoignent que dans cet état et précisément dans la vie du célibat, on peut parvenir à une humanité authentique, pure et mature. Ce qui est arrivé doit toutefois nous rendre plus vigilants et attentifs, justement pour nous interroger soigneusement nous-mêmes, devant Dieu, dans le chemin vers le sacerdoce, pour comprendre si c’est sa volonté pour moi. Les confesseurs et vos supérieurs ont cette tâche de vous accompagner et de vous aider dans ce parcours de discernement. Pratiquer les vertus humaines fondamentales est un élément essentiel de votre chemin, en gardant le regard fixé sur le Dieu qui s’est manifesté dans le Christ, en se laissant toujours de nouveau purifier par Lui.

7. Aujourd’hui, les débuts de la vocation sacerdotale sont plus variés et différents que par le passé. La décision de devenir prêtre naît aujourd’hui souvent au sein d’une expérience professionnelle séculière déjà commencée. Elle mûrit souvent dans la communauté, spécialement dans les mouvements, qui favorisent une rencontre communautaire avec le Christ et son Eglise, une expérience spirituelle et la joie dans le service de la foi. La décision mûrit aussi dans les rencontres tout à fait personnelles avec la grandeur et la misère de l’être humain. Ainsi, les candidats au sacerdoce vivent souvent sur des continents spirituels extrêmement divers. Il pourra être difficile de reconnaître les éléments communs du futur envoyé et de son itinéraire spirituel. C’est vraiment pour cela que le séminaire est important comme communauté en chemin au-dessus des diverses formes de spiritualité. Les mouvements sont une chose magnifique. Vous savez combien je les apprécie et les aime comme don de l’Esprit Saint à l’Eglise. Ils doivent toutefois être évalués selon la manière avec laquelle ils sont tous ouverts à la réalité catholique commune, à la vie de l’unique et commune Eglise du Christ qui, dans toute sa variété demeure toutefois une. Le séminaire est la période où vous apprenez les uns avec les autres, les uns des autres. Dans la vie en commun, peut-être difficile parfois, vous devez apprendre la générosité et la tolérance non seulement en vous supportant mutuellement, mais en vous enrichissant les uns les autres, si bien que chacun puisse apporter ses dons particuliers à l’ensemble, tandis que tous servent la même Eglise, le même Seigneur. Cette école de tolérance, bien plus, d’acceptation et de compréhension mutuelles dans l’unité du Corps du Christ, fait partie des éléments importants de vos années de séminaire.

Chers séminaristes ! J’ai voulu vous montrer par ces lignes combien je pense à vous surtout en ces temps difficiles et combien je vous suis proche par la prière. Priez aussi pour moi, pour que je puisse bien remplir mon service, tant que le Seigneur le veut. Je confie votre cheminement de préparation au sacerdoce à la protection de la Vierge Marie, dont la maison fut une école de bien et de grâce. Que Dieu tout-puissant vous bénisse tous, le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Du Vatican, le 18 octobre 2010.

Vôtre dans le Seigneur 

BENEDICTUS PP. XVI

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Publié dans:Lectures & relectures, Textes spirituels |on 18 octobre, 2010 |5 Commentaires »

2010-40. Du Saint Rosaire redoutable aux démons.

 

Rosaire & Lépante - église ND de la Victoire à Londres

Vitrail de l’église Notre-Dame de la Victoire à Londres

Il y aurait une véritable témérité à tenir pour négligeable l’insistance avec laquelle la Très Sainte Vierge rappelle l’importance de la prière du Rosaire, pour obtenir aussi bien de nombreuses grâces personnelles que des grâces de paix pour le monde tout entier, des grâces de victoire pour la Chrétienté sur les forces du mal qui l’assaillent, des grâces de fécondité spirituelle pour l’Eglise et des grâces de salut pour les âmes.

Les Saints, les Pontifes, les grands auteurs spirituels depuis plus de 500 ans ont eux aussi parlé avec enthousiasme des fruits spirituels et des grâces temporelles qui sont dus à la prière du Rosaire.
Le dimanche 10 octobre 2010, à la suite de très nombreux papes qui l’ont précédé, au moment de la prière de l’Angélus, le Souverain Pontife Benoît XVI déclarait encore :
« 
… Je voudrais rappeler que le Rosaire est une prière biblique, toute remplie de la Sainte Ecriture. Elle est une prière du coeur, dans laquelle la répétition de l’ Ave Maria oriente la pensée et l’affection vers le Christ, et se fait ainsi prière confiante à Sa et notre Mère. C’est une prière qui aide à méditer la Parole de Dieu et à assimiler la Communion Eucharistique, sur le modèle de Marie qui gardait dans son coeur tout ce que Jésus faisait et disait et même Sa Présence… »

Selon la célèbre phrase du saint homme Job : « La vie de l’homme sur la terre est un combat » (Job VII,1).
Qui dit combat, dit aussi armes.
L’expérience de l’Eglise place le Saint Rosaire parmi les armes spirituelles les plus efficaces, parce que c’est une arme particulièrement redoutée des ennemis de la Foi, une arme qui – en raison du recours constant à Marie, « forte comme une armée rangée en bataille » – est terrible aux démons et fait trembler l’enfer tout entier.

En continuant mes investigations dans les albums de ces modestes bandes dessinées que Frère Maximilien-Marie avait jadis réalisées pour illustrer ses enseignements catéchétiques, j’en ai trouvé une qui illustre bien mes propos de ce jour et que je vous reproduis ci-dessous.

Continuons avec ferveur notre parcours spirituel et nos invocations à Notre-Dame en ce mois du Très Saint Rosaire.

Lully.

Chapelet

« Un seul ‘Je vous salue, Marie’ bien dit fait trembler l’enfer tout entier. »
(Saint Curé d’Ars)

2010-40. Du Saint Rosaire redoutable aux démons. dans Bandes dessinées rosaire1rosaire2 dans De liturgia

NB. : On trouvera > ici , des prières qui conviennent particulièrement au Mois du Saint Rosaire pour accompagner la récitation du chapelet.

Chapelet

Prière de Mélanie Calvat, bergère de La Salette, pour les temps de calamités :

Nous avons déjà parlé de l’apparition de La Salette et publié les « secrets » qui furent confiés aux deux enfants (voir > ici et > ici).
Parce que l’Eglise et la société sont aujourd’hui affrontées à de multiples attaques d’inspiration diabolique -  qui viennent tant de l’extérieur que de l’intérieur – nous vous invitons aussi à prier avec les mots  qui jaillirent sous la plume de la sainte voyante, au spectacle de tant de maux :

Apparition de La Salette

La Salette : apparition de la Vierge en pleurs.

Père Éternel, voici Votre Fils, Jésus-Christ, mis en croix pour nous ! En Son Nom et par Ses mérites, ayez pitié de nous, pauvres pécheurs, parce que repentants, nous recourons à Votre infinie miséricorde. Laissez-Vous toucher, ayez pitié de nous qui sommes Votre héritage. Ne violez pas, Seigneur, le pacte que Vous avez fait d’exaucer la prière que Vous font Vos enfants.

Il est vrai que par nos grandes iniquités nous avons irrité Votre Justice, mais Vous, mon Dieu, qui êtes bon par nature, faites resplendir la grandeur de Votre infinie miséricorde. Seigneur, si Vous voulez faire attention à nos iniquités, qui pourra subsister en Votre présence ? Seigneur, nous confessons que nous sommes très coupables et que ce sont nos péchés qui ont attirés ces fléaux sur nous.

Mais Vous, Seigneur, qui avez bien voulu que tous les jours nous Vous appelions Notre Père, regardez à présent la grande affliction de Vos enfants, et épargnez de si grands fléaux. Oh ! faites grâce, ô mon Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, faites grâce par l’amour que Vous avez pour Vous-même, par l’amour de la Vierge Marie, « notre Maman », pardonnez-nous !

Souvenez-vous, ô Seigneur, que nous sommes appelés Votre peuple, ayez pitié de la folie humaine. Envoyez un rayon de Votre divine lumière qui dissipe les ténèbres de notre intelligence et que notre âme amendée change ses voies et ne sature plus d’amertume le Cœur de son Dieu! Seigneur, la main seule de Votre infinie miséricorde peut nous sauver de tant de fléaux. Seigneur, nous sommes enivrés d’afflictions intérieures et extérieures, ayez pitié de nous ! Détournez, ô Seigneur, Votre face de nos péchés et regardez Jésus-Christ qui Vous a donné satisfaction en souffrant et en mourant pour nous, Il est Votre Fils! Et ainsi nous célébrons Votre infinie miséricorde.

Vite, exaucez-nous, Seigneur, autrement notre courage sera bien amoindri, car nous sommes tombés dans un état si misérable ! Vite, Seigneur, faites sentir Votre miséricorde, car nous n’espérons plus qu’en Vous seul, qui êtes Notre Père, Notre Créateur, et qui devez conserver et sauver ceux qui sont Vôtres pour toujours.

(Sœur Marie de la Croix, née Mélanie Calvat, bergère de La Salette)

Soeur Marie de la Croix (Mélanie Calvat)

Bien volontiers j’enrichis cette dévote prière de la pieuse Mélanie Calvat de 4O jours d’indulgence chaque fois qu’on voudra bien la réciter.            

Acquaviva, le 8 septembre 1905,
+ Fr. Carlo-Giuseppe Cecchini, o.p.
Évêque du Titre d’Alicarnasse, Prélat ordinaire d’Altamura et d’Acquaviva delle Fonti.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 18 septembre, 2010 |7 Commentaires »

2010-38. Catéchèses de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI consacrées à Sainte Hildegarde de Bingen.

Le 17 septembre, nous célébrons la fête de Sainte Hildegarde de Bingen, vierge, abbesse, prophétesse, Docteur de l’Eglise et co-patronne de l’Europe.

Longtemps ignorée du grand public, cette très grande mystique a fait l’objet d’une sorte de redécouverte dans la seconde moitié du XXème siècle et jouit en nos temps d’une assez grande popularité, même en dehors de l’Eglise : ses compositions musicales font l’objet d’éditions et d’interprétations qui jouissent d’un véritable succès ; ses indications sur les bienfaits des minéraux et des plantes recueillent la plus grande attention  de nombreux scientifiques, naturopathes, botanistes, phytothérapeutes… etc. ; tandis que ses recettes (de cuisine, de tisanes ou de remèdes divers) connaissent  un véritable engouement.
C’est au point qu’on peut parfois se demander s’il n’y aurait pas chez certains une volonté de « récupération », idéologique ou marchande, de Sainte Hildegarde ! J’ai moi-même entendu certaines personnes, qui effaceraient volontiers le christianisme de la culture occidentale et qui nient la possibilité du fait mystique, recourir à des explications historiquement fausses pour pouvoir utiliser Sainte Hildegarde en dehors de toute référence chrétienne et de toute manifestation surnaturelle : ils prétendent par exemple que la grande abbesse du XIIème siècle tiendrait sa connaissance des secrets de la nature des chamanes des pays baltes dont elle serait allé recueillir les enseignements… Cela est absolument contraire aux sources historiques ! Comment d’ailleurs une femme qui a vécu dans un cloître rhénan depuis l’âge de 8 ans eût-elle pu aller  se promener dans l’extrême nord-est européen ?

En septembre 2010, à l’occasion de deux catéchèses du mercredi, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a fait une présentation de Sainte Hildegarde. Il l’a replacée dans son contexte historique et spirituel, a présenté son oeuvre et en a aussi profité pour « remettre quelques pendules à l’heure » au sujet de la  mystique authentique et de la place des femmes dans l’Eglise.

Sainte Hildegarde

A. Catéchèse du mercredi 1er septembre 2010:

Chers frères et sœurs,

En 1988, à l’occasion de l’Année mariale, le vénérable Jean-Paul II a écrit une Lettre apostolique intitulée Mulieris dignitatem, traitant du rôle précieux que les femmes ont accompli et accomplissent dans la vie de l’Eglise. «L’Eglise – y lit-on – rend grâce pour toutes les manifestations du génie féminin apparues au cours de l’histoire, dans tous les peuples et dans toutes les nations ; elle rend grâce pour tous les charismes dont l’Esprit Saint a doté les femmes dans l’histoire du Peuple de Dieu, pour toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à leur espérance et à leur amour : elle rend grâce pour tous les fruits de la sainteté féminine» (n. 31).

Egalement, au cours des siècles de l’histoire que nous appelons habituellement Moyen-Age, diverses figures de femmes se distinguent par la sainteté de leur vie et la richesse de leur enseignement. Aujourd’hui, je voudrais commencer à vous présenter l’une d’entre elles : Sainte Hildegarde de Bingen, qui a vécu en Allemagne au XIIe siècle.

Elle naquit en 1098 en Rhénanie, à Bermersheim, près d’Alzey, et mourut en 1179, à l’âge de 81 ans, en dépit de ses conditions de santé depuis toujours fragiles. Hildegarde appartenait à une famille noble et nombreuse, et dès sa naissance, elle fut vouée par ses parents au service à Dieu. A l’âge de huit ans, afin de recevoir une formation humaine et chrétienne appropriée, elle fut confiée aux soins de la maîtresse Judith de Spanheim, qui s’était retirée en clôture dans le monastère bénédictin Saint-Disibode. C’est ainsi que se forma un petit monastère féminin de clôture, qui suivait la Règle de saint Benoît. Hildegarde reçut le voile des mains de l’évêque Othon de Bamberg et en 1136, à la mort de mère Judith, devenue supérieure de la communauté, ses consœurs l’appelèrent à lui succéder. Elle accomplit cette charge en mettant à profit ses dons de femme cultivée, spirituellement élevée et capable d’affronter avec compétence les aspects liés à l’organisation de la vie de clôture. Quelques années plus tard, notamment en raison du nombre croissant de jeunes femmes qui frappaient à la porte du monastère, Hildegarde fonda une autre communauté à Bingen, intitulée à saint Rupert, où elle passa le reste de sa vie. Le style avec lequel elle exerçait le ministère de l’autorité est exemplaire pour toute communauté religieuse : celui-ci suscitait une sainte émulation dans la pratique du bien, au point que, comme il ressort des témoignages de l’époque, la mère et les filles rivalisaient de zèle dans l’estime et le service réciproque.

Déjà au cours des années où elle était supérieure du monastère Saint-Disibode, Hildegarde avait commencé à dicter ses visions mystiques, qu’elle avait depuis un certain temps, à son conseiller spirituel, le moine Volmar, et à sa secrétaire, une consœur à laquelle elle était très affectionnée Richarde de Strade. Comme cela est toujours le cas dans la vie des véritables mystiques, Hildegarde voulut se soumettre aussi à l’autorité de personnes sages pour discerner l’origine de ses visions, craignant qu’elles soient le fruit d’illusions et qu’elles ne viennent pas de Dieu. Elle s’adressa donc à la personne qui, à l’époque, bénéficiait de la plus haute estime dans l’Eglise : saint Bernard de Clairvaux, dont j’ai déjà parlé dans certaines catéchèses. Celui-ci rassura et encouragea Hildegarde. Mais en 1147, elle reçut une autre approbation très importante. Le pape Eugène III, qui présidait un synode à Trêves, lut un texte dicté par Hildegarde, qui lui avait été présenté par l’archevêque Henri de Mayence. Le pape autorisa la mystique à écrire ses visions et à parler en public. A partir de ce moment, le prestige spirituel d’Hildegarde grandit toujours davantage, d’autant plus que ses contemporains lui attribuèrent le titre de «prophétesse teutonique». Tel est, chers amis, le sceau d’une expérience authentique de l’Esprit Saint, source de tout charisme : la personne dépositaire de dons surnaturels ne s’en vante jamais, ne les affiche pas, et surtout, fait preuve d’une obéissance totale à l’autorité ecclésiale. En effet, chaque don accordé par l’Esprit Saint est destiné à l’édification de l’Eglise, et l’Eglise, à travers ses pasteurs, en reconnaît l’authenticité.

Je parlerai encore une fois mercredi prochain de cette grande femme «prophétesse», qui nous parle avec une grande actualité aujourd’hui aussi, à travers sa capacité courageuse à discerner les signes des temps, son amour pour la création, sa médecine, sa poésie, sa musique, qui est aujourd’hui reconstruite, son amour pour le Christ et pour son Eglise, qui souffrait aussi à cette époque, qui était blessée également à cette époque par les péchés des prêtres et des laïcs, et d’autant plus aimée comme corps du Christ. Ainsi sainte Hildegarde nous parle-t-elle; nous en parlerons encore mercredi prochain. Merci pour votre attention.

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B. Catéchèse du mercredi 8 septembre 2010:

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd’hui reprendre et poursuivre la réflexion sur sainte Hildegarde de Bingen, figure importante de femme au Moyen âge, qui se distingua par sa sagesse spirituelle et la sainteté de sa vie. Les visions mystiques d’Hildegarde ressemblent à celles des prophètes de l’Ancien Testament : s’exprimant à travers les expressions culturelles et religieuses de son époque, elle interprétait les Saintes Ecritures à la lumière de Dieu, les appliquant aux diverses circonstances de la vie. Ainsi, tous ceux qui l’écoutaient se sentaient exhortés à pratiquer un style d’existence chrétienne cohérent et engagé. Dans une lettre à saint Bernard, la mystique de Rhénanie confesse : «La vision envahit tout mon être : je ne vois plus avec les yeux du corps, mais elle m’apparaît dans l’esprit des mystères… Je connais la signification profonde de ce qui est exposé dans le psautier, dans l’Evangile, et d’autres livres, qui m’apparaissent en vision. Celle-ci brûle comme une flamme dans ma poitrine et dans mon âme, et m’enseigne à comprendre en profondeur le texte» (Espitolarium pars prima I-XC : CCCM 91).

Les visions mystiques d’Hildegarde sont riches de contenus théologiques. Elles font référence aux événements principaux de l’histoire du salut, et adoptent un langage principalement poétique et symbolique. Par exemple, dans son œuvre la plus célèbre, intitulée Scivias, c’est-à-dire «Connais les voies», elle résume en trente-cinq visions les événements de l’histoire du salut, de la création du monde à la fin des temps. Avec les traits caractéristiques de la sensibilité féminine, Hildegarde développe, précisément dans la partie centrale de son œuvre, le thème du mariage mystique entre Dieu et l’humanité réalisé dans l’Incarnation. Sur l’arbre de la Croix s’accomplissent les noces du Fils de Dieu avec l’Eglise, son épouse, emplie de grâce et rendue capable de donner à Dieu de nouveaux fils, dans l’amour de l’Esprit Saint (cf. Visio tertia : PL 197, 453c).

A partir de ces brèves évocations, nous voyons déjà que la théologie peut également recevoir une contribution particulière des femmes, car elles sont capables de parler de Dieu et des mystères de la foi à travers leur intelligence et leur sensibilité particulières. J’encourage donc toutes celles qui accomplissent ce service à l’accomplir avec un profond esprit ecclésial, en nourrissant leur réflexion à la prière et en puisant à la grande richesse, encore en partie inexplorée, de la tradition mystique médiévale, surtout celle représentée par des modèles lumineux, comme le fut précisément Hildegarde de Bingen.

La mystique rhénane est aussi l’auteur d’autres écrits, dont deux particulièrement importants parce qu’ils témoignent, comme le Scivias, de ses visions mystiques : ce sont le Liber vitae meritorum (Livre des mérites de la vie) et le Liber divinorum operum (Livre des œuvres divines), appelé aussi De operatione Dei. Dans le premier est décrite une unique et vigoureuse vision de Dieu qui vivifie l’univers par sa force et sa lumière. Hildegarde souligne la profonde relation entre l’homme et Dieu et nous rappelle que toute la création, dont l’homme est le sommet, reçoit la vie de la Trinité. Cet écrit est centré sur la relation entre les vertus et les vices, qui fait que l’être humain doit affronter chaque jour le défi des vices, qui l’éloignent dans son cheminement vers Dieu et les vertus, qui le favorisent. L’invitation est de s’éloigner du mal pour glorifier Dieu et pour entrer, après une existence vertueuse, dans la vie «toute de joie». Dans la seconde œuvre, considérée par beaucoup comme son chef-d’œuvre, elle décrit encore la création dans son rapport avec Dieu et la place centrale de l’homme, en manifestant un fort christocentrisme au ton biblique et patristique. La sainte, qui présente cinq visions inspirées par le Prologue de l’Evangile de saint Jean, rapporte les paroles que le Fils adresse au Père : « Toute l’œuvre que tu as voulue et tu m’as confiée, je l’ai menée à bien, et voici que je suis en toi, et toi en moi, et que nous sommes un » (Pars III, Visio X : PL 197, 1025a).

Dans d’autres écrits, enfin, Hildegarde manifeste la versatilité des intérêts et la vivacité culturelle des monastères féminins du Moyen âge, à contre-courant des préjugés qui pèsent encore sur l’époque. Hildegarde s’occupa de médecine et de sciences naturelles, ainsi que de musique, étant dotée de talent artistique. Elle composa aussi des hymnes, des antiennes et des chants, réunis sous le titre de Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum (Symphonie de l’harmonie des révélations célestes), qui étaient joyeusement interprétés dans ses monastères, diffusant un climat de sérénité, et qui sont également parvenus jusqu’à nous. Pour elle, la création tout entière est une symphonie de l’Esprit Saint, qui est en soi joie et jubilation.

La popularité dont Hildegarde était entourée poussait de nombreuses personnes à l’interpeller. C’est pour cette raison que nous disposons d’un grand nombre de ses lettres. Des communautés monastiques masculines et féminines, des évêques et des abbés s’adressaient à elle. De nombreuses réponses restent valables également pour nous. Par exemple, Hildegarde écrivit ce qui suit à une communauté religieuse féminine : «La vie spirituelle doit faire l’objet de beaucoup de dévouement. Au début, la fatigue est amère. Car elle exige le renoncement aux manifestations extérieures, au plaisir de la chair et à d’autres choses semblables. Mais si elle se laisse fasciner par la sainteté, une âme sainte trouvera le mépris même du monde, doux et agréable. Il suffit seulement, avec intelligence, de veiller à ce que l’âme ne se fane pas » (E. Gronau, Hildegard. Vita di una donna profetica alle origini dell’età moderna, Milan 1996, p. 402). Et lorsque l’empereur Frédéric Barberousse fut à l’origine d’un schisme ecclésial opposant trois antipapes au Pape légitime Alexandre III, Hildegarde, inspirée par ses visions, n’hésita pas à lui rappeler qu’il était lui aussi sujet au jugement de Dieu. Avec l’audace qui caractérise chaque prophète, elle écrivit à l’empereur ces mots de la part de Dieu : «Attention, attention à cette mauvaise conduite des impies qui me méprisent ! Prête-moi attention, ô roi, si tu veux vivre ! Autrement mon épée te transpercera ! »(ibid., p. 142).

Avec l’autorité spirituelle dont elle était dotée, au cours des dernières années de sa vie, Hildegarde se mit en voyage, malgré son âge avancé et les conditions difficiles des déplacements, pour parler de Dieu aux populations. Tous l’écoutaient volontiers, même lorsqu’elle prenait un ton sévère : ils la considéraient comme une messagère envoyée par Dieu. Elle rappelait surtout les communautés monastiques et le clergé à une vie conforme à leur vocation. De manière particulière, Hildegarde s’opposa au mouvement des cathares allemands. Ces derniers – à la lettre cathares signifie «purs» – prônaient une réforme radicale de l’Eglise, en particulier pour combattre les abus du clergé. Elle leur reprocha sévèrement de vouloir renverser la nature même de l’Eglise, en leur rappelant qu’un véritable renouvellement de la communauté ecclésiale ne s’obtient pas tant avec le changement des structures, qu’avec un esprit de pénitence sincère et un chemin actif de conversion. Il s’agit là d’un message que nous ne devrions jamais oublier. Invoquons toujours l’Esprit Saint afin qu’il suscite dans l’Eglise des femmes saintes et courageuses, comme sainte Hildegarde de Bingen, qui, en valorisant les dons reçus par Dieu, apportent leur contribution précieuse et spécifique à la croissance spirituelle de nos communautés !

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Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

Statue de Notre-Dame de Compassion de taille naturelle au Mesnil-Marie

Ô Notre-Dame de Compassion, je me présente humblement devant Vous pour implorer votre secours.

Vous êtes toute puissante auprès du Dieu d’Amour dont la dépouille mortelle repose sur vos genoux : son front blessé par les épines, son visage meurtri, ses yeux éteints, ses lèvres livides, son corps horriblement lacéré, les plaies de ses mains et de ses pieds, la blessure béante de son côté, indiquent ce qu’Il a souffert pour le salut de nos âmes.

Debout au pied de sa croix, Vous avez partagé son sacrifice et Vous êtes devenue, à un titre nouveau, Médiatrice de toutes grâces. C’est là, en effet, que Jésus notre Sauveur nous a confiés à votre maternelle sollicitude lorsqu’Il Vous a dit : « Voici votre fils » et qu’Il a ajouté en Vous montrant à Saint Jean : « Voilà votre Mère »!

Ô Marie, bénissez-moi, puisque donc je suis votre enfant! Obtenez-moi de vivre dans une conformité toujours plus grande avec les préceptes de vie et d’amour que Jésus nous a enseignés, et qu’Il soit toujours davantage le Roi de mon coeur.

Et puisque la Croix est le don le plus précieux qu’Il puisse partager avec ceux qu’Il appelle à devenir ses amis, apprenez-moi à sanctifier mes souffrances et à les unir au Saint Sacrifice de l’Agneau divin.

Votre regard tourné vers le Ciel m’enseigne que, loin de Vous replier sur votre souffrance, ô Vierge des Douleurs, Vous êtes parfaitement associée aux intentions rédemptrices de Jésus et que Vous priez pour moi, Vous intercédez pour moi, Vous offrez le martyre de votre Coeur pour moi…

Oui, ô Mère bien-aimée, Vous que la Sainte Eglise proclame Refuge des pécheurs et Consolatrice des affligés, priez, priez pour moi!

Priez pour les membres de ma famille, et en particulier pour ceux que la mort a ravis à notre affection (…). Priez pour nos malades (…) : adoucissez leurs souffrances, apaisez les inquiétudes de leurs coeurs et, s’il se peut, ramenez les à la pleine santé… Priez aussi pour tous ceux qui se recommandent à ma pauvre prière (…) : prenez et gardez dans votre Coeur compatissant toutes ces intentions que je porte devant Vous!

Aidé de votre secours, fortifié par votre exemple, j’élève moi aussi mon regard vers le Ciel et, dans les peines et les luttes, dans les souffrances et les épreuves de cette vie, je veux avec Vous redire la prière de Jésus agonisant : « Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu, et non la mienne! » Cet abandon plein de confiance et cette foi pleine d’espérance seront pour mon âme une force ici-bas et la voie pour atteindre à votre suite le bonheur éternel dans lequel Vous régnez à jamais au sein de la Trinité Bienheureuse.

Ainsi soit-il.

Notre-Dame de Compassion, soyez notre refuge! (3 fois)

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Sacrés Coeurs de Jésus et Marie

On trouvera > ici, l’histoire de la statue de Notre-Dame de Compassion vénérée au Mesnil-Marie.

Voici aussi quelques autres prières pour honorer la Compassion et les Douleurs de Notre-Dame :
- l’ Ave Maria de Notre-Dame des Douleurs > ici,
- une prière à la Vierge de Compassion pour les âmes du Purgatoire > ici,
- une neuvaine pour préparer la fête de Notre-Dame de Compassion > ici,
- et le chapelet des Sept Douleurs > ici.

2010-37. Du 150ème anniversaire de la statue de Notre-Dame de France au Puy-en-Velay.

Panorama du Puy en Velay

Panorama de la ville du Puy (cliquer pour agrandir)

12 septembre 1860 – 12 septembre 2010 :

Il y a 150 ans jour pour jour que fut bénite la grande statue de la Vierge à l’Enfant, nommée Notre-Dame de France, qui domine la ville du Puy-en-Velay.

Fondue dans le bronze de 213 canons pris aux Russes le 8 septembre 1855 à la bataille de Sébastopol, cette oeuvre monumentale, haute de 22,70 mètres et pesant 835 tonnes, a pu être réalisée grâce à une souscription nationale. Elle s’inscrit dans le grand mouvement de renouveau  spirituel du XIXème siècle :  malgré la grande révolution et ses petites soeurs de 1830 et de 1848, qui ont causé de grands tords à l’Eglise et ont éloigné d’elles des pans entiers de la société, le catholicisme français au milieu du XIXème siècle donne une image d’unité et de croissance, de zèle et de ferveur. L’épiscopat est moins tenté par les sirènes du gallicanisme, les vocations sacerdotales et religieuses sont en hausse, l’expansion missionnaire est admirable de générosité et d’audace, les oeuvres sociales et éducatives fleurissent… L’élan qui suscite l’édification de la statue de Notre-Dame de France est bien représenté par les audaces techniques de ce temps qui vont être mises au service de ce monument de foi et d’espérance.

Ce temps est aussi, bien sûr, une période de grande ferveur mariale : au moment de la bénédiction de la statue, Notre-Dame s’est déjà manifestée à la rue du Bac, à La Salette et à Lourdes; elle apparaîtra encore à Pontmain et Pellevoisin. Dans chacune de ces apparitions, Marie parle de la France et lui indique les voies de la conversion et de la pénitence par lesquelles elle retrouvera son unité et la paix sociale. La basilique de Notre-Dame des Victoires est le centre de la dévotion au Coeur immaculé de Marie, refuge des pécheurs, et des centaines de conversion se produisent dans son rayonnement.

La première pierre du socle de Notre-Dame de France est bénite le 8 décembre 1854, en communion avec le Bienheureux Pape Pie IX qui proclame le dogme de la Conception Immaculée de Marie.

Notre-Dame de France - 1860

Image souvenir du 12 septembre 1860

(Cliquer dessus pour agrandir)

La ville et le diocèse du Puy-en-Velay ont célébré ce 150ème anniversaire à l’occasion des solennités du 15 août : cette date, en effet, permettait à davantage de pèlerins d’être présents. Mais en ce dimanche 12 septembre 2010, notre Frère Maximilien-Marie n’a bien évidemment pas manqué de faire un pèlerinage jubilaire individuel au Puy, dans le recueillement intérieur et l’action de grâces. Il m’en a ramené quelques documents, telle la photo de ce tableau qui a voulu fixer sur la toile le moment de la bénédiction de la statue monumentale (cliquer sur la vignette pour voir en grand):

bénédiction de la statue de ND de France

J’ai aussi sous les yeux le récit d’Adrien Roselat, journaliste du « Moniteur de la Haute-Loire », qui fit le 13 septembre 1860 le compte-rendu de la cérémonie de la veille. Je ne résiste pas au plaisir de vous le retranscrire, car – même 150 ans plus tard – il transmet encore quelque chose de l’émotion et de la ferveur qui marquèrent cette journée :

« Dès le 11 septembre, d’innombrables caravanes de pèlerins se pressent aux barrières de la ville. Tous les genres de véhicules se suivent sans discontinuité. Les arrivants récitent à haute voix les litanies de la Sainte Vierge ou chantent des cantiques de circonstance, improvisés. Les églises du Puy restent ouvertes toute la nuit pour abriter les pèlerins.

A 7 heures du matin, l’artillerie municipale se fait entendre place du Martouret. A 9 heures et demi, le son de toutes les cloches des églises donne le signal de la procession générale qui, formée sur les grands escaliers de la Cathédrale, se dirige alors vers la place Saint-Laurent où douze gendarmes à cheval ouvrent le défilé.

Dans cet important cortège : les membres du chapitre, 4000 religieux ou religieuses dont 800 prêtres, 123 séminaristes, 52 chanoines étrangers, 20 chanoines titulaires ou honoraires du diocèse, 500 pénitents blancs, 420 Frères du Sacré-Coeur, 600 religieuses de l’instruction, 200 religieuses de saint-Joseph, 32 soeurs franciscaines, 120 soeurs de Saint-Pierre… Les diverses corporations de la ville, tous les corps de métiers rangés sous leurs bannières respectives, les membres de la commission de l’oeuvre résidant au Puy, les quatre délégués de la commission parisienne, M. le Préfet de la Haute-Loire suivi des membres du Conseil de Préfecture, le général commandant la subdivision, le maire du Puy et son conseil, Bonnassieux auteur de la statue, Prénat fondeur, les princes Alphonse et Camille de Polignac, gagnent avec ferveur la place du Breuil où doit se dérouler la bénédiction.

Les prélats et les notabilités prennent place sur l’estrade qui fait face à la statue. Aux côtés de Mgr de Morlhon siègent : Son Eminence le Cardinal Donnet évêque de Bordeaux, Mgr de Gerphanion archevêque d’Albi, Mgr Guibert archevêque de Tours, Mgr Peron évêque de Clermont, Mgr de Marguerye évêque d’Autun, Mgr Berteheau évêque de Tulle, Mgr Foulquier évêque de Mende, Mgr Lyonnet évêque de Valence, Mgr de Charbonnel évêque de Toronto, Mgr de Pompignac évêque de Saint-Flour, Mgr Delcusy évêque de Viviers.

Les regards se tournent alors vers le Rocher Corneille. Le clergé entonne un hymne à la Vierge et le voile qui recouvrait Notre-Dame de France est retiré au son des tambours et clairons et des salves d’artillerie. Les prélats procèdent alors à la bénédiction de la statue, l’assistance entonne le Salve Regina, puis Mgr de Morlhon célèbre la Messe. Le sermon est prononcé par le chanoine Cambalot.

Puis la procession gagne après un long circuit les escaliers de la Cathédrale où les douze prélats donnent finalement la bénédiction solennelle à l’assistance.

Les notables et les commissions se rendent alors au Grand Séminaire pour se restaurer. Dans la salle du banquet, ont été placés les bustes de Napoléon III et Pie IX. Le soir, illuminations, lanternes vénitiennes, guirlandes de fleurs envahissent la cité. Sur la place du Breuil, sur l’estrade, des choeurs entonnent des cantiques à la Vierge pendant qu’un feu d’artifice est tiré. La statue apparaît entourée de feux de bengale. Des feux allumés sur les collines entourant la ville embrasent l’horizon. A onze heures, les illuminations s’éteignent et la ville du Puy s’endort en paix.« 

Notre-Dame de France illuminée au dessus de la Cathédrale

Que Notre-Dame de France bénisse le pays dont elle est la Reine! Qu’elle bénisse et protège chacun d’entre vous, chacune de vos familles! Qu’elle intercède pour la France et lui donne de revenir à la Source purifiante et sanctifiante qui coule du divin Coeur de Jésus pour y être lavée et pardonnée, pour y être régénérée et vivifiée, pour y renouveler l’alliance avec la Sagesse Eternelle jadis conclue dans les fonts baptismaux de Reims…

Lully.

Armoiries de la ville du Puy en Velay

2010-36. Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France.

3 septembre,
fête du saint Pape Pie X.

Profitons de la fête de ce jour pour publier un texte très célèbre mais qu’il est toujours bon et réconfortant de lire, particulièrement en nos temps de décadence sociale et spirituelle, temps d’incertitudes et de crise profonde pour notre Patrie.

Saint Pie X, qui aimait beaucoup la France et fut très affecté par les événements douloureux qui affectèrent les catholiques français au cours de son pontificat (expulsion des congrégations, loi dite de « séparation des Eglises et de l’Etat », inventaires et vexations contre le clergé…), prononça un jour ces paroles que l’on considère comme une prophétie sur l’avenir de la France :

Saint Pie X

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux Fonts Baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation.
Les mérites de tant de ses Fils qui prêchent la vérité de l’Evangile dans le monde presque entier et dont beaucoup l’ont scellée de leur sang, les prières de tant de Saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons dans la Gloire Céleste les frères bien-aimés de leur patrie, la piété généreuse de tant de ses Fils, qui, sans s’arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique, et, par dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les Tabernacles répandent leur âme dans les expressions que Dieu même met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes Divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes.
Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répétera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? » . Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même « . Et elle, tremblante, étonnée, dira : »Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

A l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, le saint Pontife prononça aussi les paroles suivantes :

« Je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein Triomphe… Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi, et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le Cœur des Français, répète aussi sans cesse au Ciel la prière : Grand Dieu, sauvez la France ! ».

Avec les mots mêmes de Saint Pie X, prions aujourd’hui pour la France :

« Ô Marie, conçue sans péché,
regardez la France,
priez pour la France,
sauvez la France !
Plus la France est coupable,
lus elle a besoin de votre intercession :
un mot à Jésus reposant dans vos bras, et la France est sauvée !
Ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France ! »

Armoiries de Saint Pie X

Le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion
de la canonisation de Saint Pie X se trouve > ici

2010-34. « Un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle » : dans sa catéchèse du 25 août, Benoît XVI est revenu sur la figure de Saint Augustin.

Notre Saint Père le Pape Benoît XVI a déjà consacré plusieurs catéchèses du mercredi à Saint Augustin dans son cycle sur les Pères de l’Eglise et les grands théologiens chrétiens (cf. > ici, et > ici et encore > ici). Lors de l’audience générale du 25 août 2010 il est revenu sur la figure de celui que l’on peut sans hésitation qualifier de plus grand des Docteurs de l’Occident.

Couronnement de la Vierge et Saint Augustin

Saint Augustin contemplant le couronnement de la T.Ste Vierge

Chers frères et sœurs,

Dans la vie de chacun de nous, il y a des personnes très chères, que nous sentons particulièrement proches, certaines sont déjà dans les bras de Dieu, d’autres parcourent encore avec nous le chemin de la vie : ce sont nos parents, notre famille, les éducateurs ; ce sont des personnes auxquelles nous avons fait du bien ou dont nous avons reçu du bien ; ce sont des personnes sur lesquelles nous savons pouvoir compter. Il est important, cependant, d’avoir également des « compagnons de voyage » sur le chemin de notre vie chrétienne : je pense au directeur spirituel, au confesseur, à des personnes avec lesquelles on peut partager sa propre expérience de foi, mais je pense également à la Vierge Marie et aux saints. Chacun devrait avoir un saint qui lui soit familier, pour le sentir proche à travers la prière et l’intercession, mais également pour l’imiter. Je voudrais donc vous inviter à connaître davantage les saints, à commencer par celui dont vous portez le nom, en lisant sa vie, ses écrits. Soyez certains qu’ils deviendront de bons guides pour aimer encore davantage le Seigneur et des soutiens valables pour votre croissance humaine et chrétienne.

Comme vous le savez, je suis moi aussi lié de manière particulière à certaines figures de saints : parmi celles-ci, outre saint Joseph et saint Benoît dont je porte le nom, ainsi que d’autres, il y a saint Augustin, que j’ai eu le grand don de connaître de près, pour ainsi dire, à travers l’étude et la prière et qui est devenu un bon « compagnon de voyage » dans ma vie et dans mon ministère. Je voudrais souligner encore une fois un aspect important de son expérience humaine et chrétienne, également actuel à notre époque où il semble que le relativisme soit paradoxalement la « vérité » qui doit guider la pensée, les choix, les comportements.

Saint Augustin est un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle ; la soif, la recherche tourmentée et constante de la Vérité est l’une des caractéristiques de fond de son existence ; mais pas cependant des « pseudo-vérités » incapables d’apporter une paix durable dans le cœur, mais de cette Vérité qui donne un sens à l’existence et qui est « la demeure » dans laquelle le cœur trouve la sérénité et la joie. Son chemin, nous le savons, n’a pas été facile : il a pensé trouver la Vérité dans le prestige, dans la carrière, dans la possession des choses, dans les voix qui lui promettaient un bonheur immédiat ; il a commis des erreurs, il a traversé des moments de tristesse, il a affronté des échecs, mais il ne s’est jamais arrêté, il ne s’est jamais contenté de ce qui lui apportait seulement une étincelle de lumière ; il a su regarder au plus profond de lui-même et il s’est rendu compte, comme il l’écrit dans les « Confessions », que cette Vérité, ce Dieu qu’il cherchait de toutes ses forces était plus proche de lui que lui-même. Il avait toujours été à ses côtés, il ne l’avait jamais abandonné, il était dans l’attente de pouvoir entrer de manière définitive dans sa vie(cf. III, 6, 11 ; X, 27, 38). Comme je le disais en commentant le récent film sur sa vie, saint Augustin a compris, dans sa recherche tourmentée, que ce n’est pas lui qui a trouvé la Vérité, mais que c’est la vérité elle-même, qui est Dieu, qui l’a cherché et qui l’a trouvé (cf. L’Osservatore Romano, jeudi 4 septembre 2009, p.8 ). Commentant un passage du troisième chapitre des Confessions, Romano Guardini affirme que saint Augustin comprit que Dieu est « gloire qui nous jette à genoux, boisson qui étanche la soif, trésor qui rend heureux, [...il eut] la certitude apaisante de celui qui a finalement compris, mais également la béatitude de l’amour qui sait : Cela est tout et me suffit » (Pensatori religiosi, Brescia 2001, p. 177).

Toujours dans les Confessions, au Livre neuf, notre saint rapporte une conversation avec sa mère, sainte Monique dont on célèbre la fête vendredi prochain, après-demain. C’est une très belle scène : sa mère et lui sont à Ostie, dans une auberge, et de la fenêtre ils voient le ciel et la mer, et ils transcendent le ciel et la mer, et pendant un moment ils touchent le cœur de Dieu dans le silence des créatures. Et ici apparaît une idée fondamentale dans le chemin vers la Vérité : les créatures doivent se taire si l’on veut qu’apparaisse le silence dans lequel Dieu peut parler. Cela reste vrai aussi à notre époque : on a parfois une sorte de crainte du silence, du recueillement, de penser à ses propres actions, au sens profond de sa propre vie, on préfère souvent ne vivre que le moment qui passe, en ayant l’illusion qu’il apportera un bonheur durable ; on préfère vivre, parce que cela semble plus facile, de manière superficielle, sans penser ; on a peur de chercher la Vérité ou on a peut-être peur que la Vérité nous trouve, nous saisisse et change notre vie, comme cela s’est produit pour saint Augustin.

Chers frères et sœurs, je voudrais dire à tous, même à ceux qui traversent un moment de difficulté dans leur chemin de foi, à ceux qui participent peu à la vie de l’Eglise ou à ceux qui vivent « comme si Dieu n’existait pas », de ne pas avoir peur de la Vérité, de ne jamais interrompre le chemin vers celle-ci, de ne jamais cesser de rechercher la vérité profonde sur soi-même et sur les choses avec l’œil intérieur du cœur. Dieu ne manquera pas de nous donner la Lumière pour nous faire voir et la Chaleur pour faire sentir à notre cœur qu’il nous aime et qu’il désire être aimé.

Que l’intercession de la Vierge Marie, de saint Augustin et de sainte Monique nous accompagne sur ce chemin.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

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