Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2022-61. « Robert Bellarmin enseigne qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur ».

13 mai,
Fête de Saint Robert Bellarmin, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Dans le diocèse de Viviers, fête de Saint Andéol, sous-diacre et martyr, premier évangélisateur du diocèse.

Saint Robert Bellarmin gravure du XVIIe siècle

Saint Robert Bellarmin

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
dispensée lors de l’audience pontificale générale
du mercredi 23 février 2011

Chers frères et sœurs,

   Saint Robert Bellarmin, dont je désire vous parler aujourd’hui, nous ramène en esprit à l’époque de la douloureuse scission de la chrétienté occidentale, lorsqu’une grave crise politique et religieuse provoqua l’éloignement de nations entières du Siège Apostolique.

   Né le 4 octobre 1542 à Montepulciano, près de Sienne, il est le neveu, du côté de sa mère, du Pape Marcel II.
Il reçut une excellente formation humaniste avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus le 20 septembre 1560. Les études de philosophie et de théologie, qu’il accomplit au Collège Romain, à Padoue et à Louvain, centrées sur Saint Thomas et les Pères de l’Eglise, furent décisives pour son orientation théologique. Ordonné prêtre le 25 mars 1570, il fut pendant quelques années professeur de théologie à Louvain. Appelé par la suite à Rome comme professeur au Collège Romain, il lui fut confiée la chaire d’«Apologétique »; au cours de la décennie où il occupa cette fonction (1576-1586), il prépara une série de leçons qui aboutirent ensuite aux « Controverses », œuvre devenue immédiatement célèbre en raison de la clarté et de la richesse de son contenu et de son ton essentiellement historique.
Le Concile de Trente s’était conclu depuis peu et, pour l’Eglise catholique, il était nécessaire de renforcer et de confirmer son identité notamment face à la réforme protestante. L’action de Robert Bellarmin s’inscrit dans ce contexte. De 1588 à 1594, il fut d’abord père spirituel des étudiants jésuites du Collège Romain, parmi lesquels il rencontra et dirigea Saint Louis Gonzague, puis supérieur religieux. Le Pape Clément VIII le nomma théologien pontifical, consulteur du Saint-Office et recteur du Collège des pénitenciers de la Basilique Saint-Pierre. C’est à la période 1597-1598 que remonte son catéchisme, Doctrine chrétienne abrégée, qui fut son œuvre la plus populaire.

Le 3 mars 1599, il fut créé cardinal par le Pape Clément VIII et, le 18 mars 1602, il fut nommé archevêque de Capoue. Il reçut l’ordination épiscopale le 21 avril de la même année. Au cours des trois années où il fut évêque diocésain, il se distingua par son zèle de prédicateur dans sa cathédrale, par la visite qu’il accomplissait chaque semaine dans les paroisses, par les trois synodes diocésains et le concile provincial auquel il donna vie.
Après avoir participé aux conclaves qui élurent les Papes Léon XI et Paul V, il fut rappelé à Rome, où il devint membre des Congrégations du Saint-Office, de l’Index, des Rites, des évêques et de la Propagation de la foi. Il reçut également des charges diplomatiques, auprès de la République de Venise et de l’Angleterre, pour défendre les droits du Siège Apostolique.
Dans ses dernières années, il rédigea divers livres de spiritualité, dans lesquels il résuma le fruit de ses exercices spirituels annuels. Le peuple chrétien tire aujourd’hui encore une profonde édification de leur lecture.
Il mourut à Rome le 17 septembre 1621.
Le Pape Pie XI le béatifia en 1923, le canonisa en 1930 et le proclama docteur de l’Eglise en 1931.

Saint Robert Bellarmin joua un rôle important dans l’Eglise des dernières décennies du XVIème siècle et des premières du siècle suivant. Ses Controversiae constituèrent un point de référence, encore valable, pour l’ecclésiologie catholique sur les questions concernant la Révélation, la nature de l’Eglise, les Sacrements et l’anthropologie théologique. Dans celles-ci, l’aspect institutionnel de l’Eglise se trouve accentué, en raison des erreurs qui circulaient à l’époque sur ces questions. Toutefois, Bellarmin clarifia également les aspects invisibles de l’Eglise comme Corps mystique et les illustra à travers l’analogie du corps et de l’âme, afin de décrire le rapport entre les richesses intérieures de l’Eglise et les aspects extérieurs qui la rendent perceptible. Dans cette œuvre monumentale, qui tente de systématiser les diverses controverses théologiques de l’époque, il évite toute approche polémique et agressive à l’égard des idées de la réforme, mais en utilisant les arguments de la raison et de la Tradition de l’Eglise, il illustre de manière claire et efficace la doctrine catholique.

Toutefois, son héritage tient à la manière dont il conçut son travail.
Les tâches prenantes du gouvernement ne lui empêchèrent pas, en effet, de tendre quotidiennement vers la sainteté en fidélité aux exigences de son statut de religieux, de prêtre et d’évêque. C’est de cette fidélité que découle son engagement dans la prédication. Etant, en tant que prêtre et évêque, avant tout un pasteur d’âmes, il ressentit le devoir de prêcher assidûment. Il prononça des centaines de sermones — les homélies — dans les Flandres, à Rome, à Naples et à Capoue à l’occasion des célébrations liturgiques. Tout aussi nombreuses, ses expositiones et les explanationes destinées aux curés, aux religieuses, aux étudiants du Collège Romain, ont souvent pour objet les Saintes Ecritures, en particulier les Lettres de Saint Paul. Sa prédication et ses catéchèses présentent ce même caractère d’essentialité qu’il avait appris au cours de son éducation ignacienne, visant tout entière à concentrer les forces de l’âme sur le Seigneur Jésus intensément connu, aimé et imité.

Dans les écrits de cet homme de gouvernement on perçoit de manière très claire, malgré la réserve derrière laquelle il cache ses sentiments, le primat qu’il accorde aux enseignements du Christ. Saint Bellarmin offre ainsi un modèle de prière, âme de toute activité : une prière qui écoute la Parole du Seigneur, qui se satisfait d’en contempler la grandeur, qui ne se replie pas sur elle-même, mais est heureuse de s’abandonner à Dieu.
Un signe distinctif de la spiritualité de Robert Bellarmin est la perception vivante et personnelle de l’immense bonté de Dieu, grâce à laquelle notre saint se sentait vraiment le fils bien-aimé de Dieu, et c’était une source de grande joie que de se recueillir, avec sérénité et simplicité, en prière, en contemplation de Dieu. Dans son livre De ascensione mentis in Deum — Elévation de l’esprit à Dieu — composé sur le schéma de l’Itinerarium de Saint Bonaventure, il s’exclame : «O mon âme, ton exemple est Dieu, beauté infinie, lumière sans ombres, splendeur qui dépasse celle de la lune et du soleil. Lève les yeux vers Dieu dans lequel se trouvent les archétypes de toutes les choses, et dont, comme d’une source d’une infinie fécondité, dérive cette variété presque infinie des choses. C’est pourquoi tu dois conclure : celui qui trouve Dieu trouve toute chose, qui perd Dieu perd toute chose».

Dans ce texte, on entend l’écho de la célèbre contemplatio ad amorem obtinendum — contemplation pour obtenir l’amour — des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Robert Bellarmin, qui vit dans la société fastueuse et souvent malsaine de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème siècle, tire de cette contemplation des aspects pratiques et y projette la situation de l’Eglise de son temps avec un vif souffle pastoral.
Dans l’ouvrage De arte bene moriendi — l’art de bien mourir — il indique, par exemple, comme règle sûre d’une bonne vie, et également d’une bonne mort, de méditer souvent et sérieusement le fait que l’on devra rendre compte à Dieu de ses propres actions et de sa propre façon de vivre, et de chercher à ne pas accumuler de richesses sur cette terre, mais à vivre simplement et avec charité de manière à accumuler des biens au Ciel.
Dans l’ouvrage De gemitu colombae — le gémissement de la colombe, où la colombe représente l’Eglise — il rappelle avec force tout le clergé et les fidèles à une réforme personnelle et concrète de leur propre vie, en suivant ce qu’enseignent les Saintes Ecritures et les saints, parmi lesquels il cite en particulier Saint Grégoire de Nazianze, Saint Jean Chrysostome, Saint Jérôme et Saint Augustin, en plus des grands fondateurs des Ordres religieux, tels que Saint Benoît, Saint Dominique et Saint François.
Robert Bellarmin enseigne avec une grande clarté et à travers l’exemple de sa propre vie qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur.

Robert Bellarmin puisait aux Exercices spirituels de Saint Ignace des conseils pour communiquer de manière profonde, également aux plus simples, les beautés des mystères de la foi. Il écrit : «Si tu es sage, tu comprends que tu es créé pour la gloire de Dieu et pour ton salut éternel. Cela est ton but, le centre de ton âme, le trésor de ton cœur. Estime donc comme un vrai bien pour toi ce qui te conduit à ton objectif, un vrai mal ce qui te le fais manquer. Les événements bénéfiques ou l’adversité, la richesse et la pauvreté, la santé et la maladie, les honneurs et les outrages, la vie et la mort, le sage ne doit ni les chercher, ni les fuir pour lui-même. Ils ne sont bons et désirables que s’ils contribuent à la gloire de Dieu et à ton bonheur éternel, ils sont mauvais et à fuir s’ils lui font obstacle» (De ascensione mentis in Deum, grad. 1).

Ces paroles ne sont assurément pas passées de mode, ce sont des paroles que nous devons méditer longuement aujourd’hui pour orienter notre chemin sur cette terre. Elles nous rappellent que le but de notre vie est le Seigneur, le Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ, en qui Il continue à nous appeler et à nous promettre la communion avec Lui. Elles nous rappellent l’importance de s’en remettre au Seigneur, de nous prodiguer dans une vie fidèle à l’Evangile, d’accepter et d’illuminer par la foi et par la prière toute circonstance et toute action de notre vie, toujours tendus vers l’union avec Lui. 

ihs couleur

2022-60. Qui sont les Saints de glace ?

11 mai,
Fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne en Dauphiné, confesseur ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Fontenoy (cf. > ici).

Saints de glace

   Ah ! Les fameux « Saints de glace » !!!
Même ceux qui ne croient plus trop aux saints et à leur pouvoir d’intercession, s’ils vivent en dehors des grands centres urbains (déconnectés des cycles de la nature) et s’intéressent un peu au jardinage, y prêtent attention chaque année, car les bulletins météorologiques de la radio ou de la télévision y font allusion, voire les citent.

   Il y a toutefois un problème : les saints en question ont figuré dans les calendriers liturgiques pendant plus de mille ans, et au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, leurs noms étaient écrits dans tous les almanachs populaires, dont l’incontournable « Almanach des P.T.T. » que l’on trouvait accroché en bonne place dans quasi toutes les cuisines de nos campagnes…
Mais il y eut le concile vaticandeux, avec ses prémisses – dès 1950 – et ses conséquences, qui ont bouleversé bien des habitudes… et le calendrier lui-même : des saints, jadis très populaires, se sont trouvés relégués au second rang ou changés de place, quand ils n’ont pas été purement et simplement éliminés, tandis que les « curés modernes » n’en parlaient plus ou traitaient de superstitions les dictons populaires attachés à leurs fêtes.
S’adaptant aux « mentalités modernes », le calendrier des Postes a modifié les noms des saints de chaque jour, au grand dam des jardiniers;

Mais bref ! Revenons à nos Saints de glace si redoutés : qui sont-ils ? et pourquoi sont-ils craints ?

   En fait, l’expression « les Saints de glace » désigne en premier lieu une période climatologique observée depuis le haut Moyen-Age d’une manière assez générale en Europe occidentale vers la mi-mai : période au cours de laquelle les dernières gelées sont encore possibles en plaine (puisque, évidemment, en zone montagneuse elles peuvent arriver plus tard).
Ces gelées tardives peuvent avoir des effets désastreux dans les jardins où les jeunes pousses, encore très fragiles donc, peuvent être irrémédiablement endommagées ; de même dans les vergers où, après la floraison, les fruits commencent à se former.

   Dans une civilisation profondément chrétienne, où les dates des fêtes des Saints – surtout si ces derniers sont très populaires – constituent des repères pour toute la société, il était naturel que les Saints fêtés en ces jours redoutés des jardiniers donnassent lieu à des dictons très mnémotechniques, avec des variantes selon les provinces, rappelant aux cultivateurs trop pressés combien il importe qu’ils restent très prudents tant que ces jours des dernières gelées ne sont pas passés.

   Dans la plupart des provinces, ce sont donc les 11, 12 et 13 mai, qui sont appelés jours des « Saints de glace », mais en certains lieux on ne parle pas du 11 et l’on mentionne le 14.
Trois jours qui se suivent donc… Mais on oublie fréquemment le quatrième et dernier jour redouté des jardiniers : le 25 mai, fête de Saint Urbain 1er, pape et martyr.
- Le 11 mai est la fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne (en Dauphiné), mort le 11 mai, probablement en 475, il est demeuré célèbre pour avoir institué les prières des Rogations, qui se célèbrent les lundi, mardi et mercredi qui précèdent la fête de l’Ascension.
- Le 12 mai, est fêté un jeune saint de 14 ans originaire de Phrygie, martyrisé en 304, pendant la persécution de Dioclétien : Saint Pancrace. On fête en même temps que lui les Saints Nérée et Achillée, martyrs eux aussi, et Sainte Domitille, vierge et martyre, qui, elle, vécut à la fin du premier siècle et appartenait à la famille impériale.
- Le 13 mai, le martyrologe des Eglises des Gaules mentionne Saint Servais de Tongres, premier évêque de cette cité, objet d’une grande vénération populaire, qui rendit son âme à Dieu le 13 mai 384. Son nom n’étant toutefois plus très répandu, il est parfois confondu avec Saint Gervais, frère de Saint Protais, dont la fête est célébrée le 19 juin.
- Avec le pape et martyr Saint Urbain 1er, déjà mentionné, voilà donc le groupe traditionnellement nommé « Saints de glace », illustrés par ce dicton très facile à mémoriser : « Mamert, Pancrace et Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint Urbain les tient tous dans sa main ».

   Est-il nécessaire de préciser que ces bons Saints ne sont pas les responsables (ni les coupables) des gelées tardives qui peuvent se produire en cette période critique de la mi-mai ? Quelques mécréants, toujours prompts à accuser l’Eglise et les dévots, le croient peut-être, tandis que les personnes pieuses, elles, profitent de l’occurrence de la fête de ces Saints avec les jours des dernières gelées possibles pour demander leur protection et leur intercession…
Qu’ils veillent donc sur vos jardins et vos vergers, sur vos semis et vos jeunes pousses, et puissiez-vous éprouver en ces petites choses de chaque jour combien nous avons de nombreux et puissants amis dans le Ciel !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

chatons jardiniers

2022-59. Message de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la solennité et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.

Dimanche 8 mai 2022, 2ème dimanche de mai :
Solennité liturgique et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc ;
Commémoraison de l’apparition de Saint Michel au Mont Gargan ;
Commémoraison de Marie, Médiatrice de toutes grâces ;
Commémoraison du 3ème dimanche après Pâques.

Armes de France & Navarre

   Quelques minutes après 7 h du matin (heure officielle), en ce deuxième dimanche de mai, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui a été très rapidement relayé des centaines de fois et chaleureusement commenté par les fidèles sujets de Sa Majesté.
Encore une fois, en quelques mots, notre Souverain légitime nous renvoie à l’essentiel et nous oriente vers les points de réflexion et d’action vers laquelle Il souhaite voir les Français accentuer leurs efforts :

    »En ce jour de la fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme, pensons à la Sainte et à la France. Après le terrible premier conflit mondial, Jeanne a été reconnue comme le symbole de l’amour et du dévouement que les Français peuvent et doivent porter à leur Patrie.
Les siècles et les années passent, Sainte Jeanne d’Arc demeure le modèle de la lutte sans cesse recommencée, pour la souveraineté et l’identité si nécessaires pour l’unité d’un Etat.

   Que Sainte Jeanne d’Arc continue à protéger la France ».

Statue Sainte Jeanne d'Arc Reims

2022-58. Importance de Sainte Monique et de Saint Augustin pour les temps actuels.

4 et 5 mai,
Fêtes de Sainte Monique
et de la Conversion de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

   Voici un court texte d’évocation des Saints Monique et Augustin que nous devons à ce fervent disciple du grand Docteur d’Hippone qu’est le Pape Benoît XVI : en quelques phrases, il met en exergue l’actualité de la grande leçon de leurs deux vies et l’importance qu’ils peuvent avoir aujourd’hui pour les fidèles et pour leurs familles.
Ce texte est spécialement adapté aux deux célébrations qui se suivent les 4 et 5 mai : le « dies natalis » de Sainte Monique d’une part, et – au lendemain de sa fête et pour bien montrer l’importance du rôle que cette sainte mère a joué – la fête de la conversion de notre Bienheureux Père, fête propre à l’Ordre de Saint Augustin, d’autre part.

Saint Augustin et Sainte Monique

Courte exhortation de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de la récitation de l’Angélus
le dimanche 27 août 2006
au balcon de la résidence pontificale d’été à Castel Gandolfo

Chers frères et sœurs,

   Nous rappelons aujourd’hui (…) Sainte Monique et demain, nous rappellerons (…) son fils Saint Augustin.

Leurs témoignages peuvent être d’un grand réconfort et d’une grande aide pour tant de familles à notre époque également. Monique, née à Tagaste, aujourd’hui Souk-Aharàs, en Algérie, au sein d’une famille chrétienne, vécut de façon exemplaire sa mission d’épouse et de mère, aidant son mari Patrice à découvrir la beauté de la foi dans le Christ et la force de l’amour évangélique, capable de vaincre le mal par le bien. Après la mort de celui-ci, survenue de façon prématurée, Monique se consacra avec courage au soin de ses trois enfants, parmi lesquels Augustin, qui au début, la fit souffrir par son tempérament plutôt rebelle. Comme le dira Augustin lui-même par la suite, sa mère l’engendra deux fois ; la seconde exigea un long travail spirituel, fait de prière et de larmes, mais couronné à la fin par la joie de le voir non seulement embrasser la foi et recevoir le Baptême, mais également se consacrer entièrement au service du Christ.
Combien de difficultés existent aujourd’hui également dans les relations familiales et combien de mères sont préoccupées parce que leurs enfants empruntent de mauvais chemins !
Monique, femme sage et solide dans la foi, les invite à ne pas se décourager, mais à persévérer dans leur mission d’épouses et de mères, en conservant fermement la confiance en Dieu et en se raccrochant avec persévérance à la prière.

   Quant à Augustin, toute son existence fut une recherche passionnée de la Vérité.
À la fin, non sans un long tourment intérieur, il découvrit dans le Christ le sens ultime et plénier de sa vie et de toute l’histoire humaine. Au cours de son adolescence, attiré par la beauté terrestre, « il se jeta » sur elle – comme il le confie lui-même (cf. Confessions 10, 27-38) – de façon égoïste et possessive, à travers des comportements qui furent la cause d’une grande douleur pour sa pieuse mère. Mais, à travers un parcours difficile, notamment grâce aux prières de sa mère, Augustin s’ouvrit toujours plus à la plénitude de la vérité et de l’amour, jusqu’à sa conversion, qui eut lieu à Milan sous la direction de l’évêque Saint Ambroise. Il demeurera ainsi le modèle du chemin vers Dieu, Vérité et Bien suprême. « Je vous ai aimée tard – écrit-il dans le célèbre livre des Confessions – beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! Vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais [...] Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous… Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille, votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement » (ibid.).
Que saint Augustin obtienne le don d’une rencontre sincère et profonde avec le Christ à tous les jeunes qui, assoiffés de bonheur, la recherchent en parcourant les mauvais sentiers et se perdent dans des voies sans issue.

   Sainte Monique et saint Augustin nous invitent à nous adresser avec confiance à Marie, Siège de la Sagesse.
Nous lui confions les parents chrétiens afin que, comme Monique, ils accompagnent par l’exemple et la prière le chemin de leurs enfants.
Nous confions la jeunesse à la Vierge Mère de Dieu, afin que, comme Augustin, elle tende toujours vers la plénitude de la Vérité et de l’Amour, qui est le Christ. Lui seul peut satisfaire les désirs profonds du cœur humain.

Pavie : exposition des reliques de Saint Augustin

Exposition des reliques de Saint Augustin
(basilique basilique San Pietro in Ciel d’Oro, à Pavie)

Prière à Sainte Monique, pour demander la conversion d’un enfant égaré.

L'extase d'Ostie  Sainte Monique et Saint Augustin Ary Scheffer

Sainte Monique et Saint Augustin : l’extase d’Ostie
Ary Scheffer (1795-1858)

     Sainte Monique,
pendant de très longues années, avec une inlassable patience et une admirable persévérance,
vous avez prié et supplié en demandant au Dieu des miséricordes la conversion de votre fils Augustin :
vous avez répandu vos larmes pour celui qui tardait à se repentir ;
vous avez espéré contre toute espérance pour celui qui résistait aux appels de la grâce ;
vous n’avez jamais cédé à la tentation du découragement lors même qu’il semblait si loin de revenir dans les voies du Seigneur.

Quel prodigieux oubli de vous-même, ô mère vraiment exemplaire, dans votre incessante poursuite du salut de votre fils !
Que vous importaient ses succès dans le monde, alors que vous songiez aux périls éternels qu’il encourrait,
et que vous trembliez de le voir éternellement séparé de Dieu !

J’implore votre assistance et votre intercession pour cet enfant, N… , mon enfant, qui comme jadis le vôtre,
vit aujourd’hui éloigné de la foi et de la vie chrétienne.
Du sein de la félicité dont vous jouissez désormais éternellement avec Saint Augustin,
qui, après la vie du corps, doit aussi à vos prières la vie de son âme,

jetez vos regards compatissants sur mon enfant égaré, et joignez vos prières aux miennes pour obtenir de Dieu sa conversion,
son plein retour à Dieu et donnez-lui de revenir à l’observance de Ses commandements.

Cette mission que vous avez accomplie pour votre fils Agustin, je vous supplie de la remplir encore pour mon enfant :
adoptez-le dans votre intercession charitable, afin que se renouvelle en lui le triomphe de la grâce et que soit hâtée sa résurrection spirituelle !

Je vous demande aussi pour moi des grâces d’inlassable patience, de persévérance et de confiante sérénité,
et de m’aider à me cramponner, comme vous l’avez fait vous-même, à la main de Notre-Dame de Consolation,
la toute compatissante Mère de Dieu, modèle et espérance de toutes les mères.

Sainte Monique, priez pour moi !
Sainte Monique, priez pour mon enfant !
Sainte Monique, intercédez pour nous !

Prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Voir aussi :
- Récit de la mort de Sainte Monique par Saint Augustin > ici
- Litanies de Sainte Monique > ici

Autel du corps de Sainte Monique - Rome basilique Saint Augustin au champ de Mars

Autel où se trouve le corps de Sainte Monique
Basilique de Saint Augustin au Champ de Mars, à Rome

2022-57. Saint Athanase, « l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés ».

2 mai,
Fête de Saint Athanase d’Alexandrie, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. aussi > ici)

Saint Athanase fresque de la voûte de l'église Santa Maria sopra Minerva Rome

Saint Athanase
fresque à la voûte de l’église Santa Maria sopra Minerva, à Rome

frise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience pontificale générale
du
mercredi 20 juin 2007

St-Esprit & Ste Bible

Chers frères et sœurs,

En poursuivant notre évocation des grands Maîtres de l’Eglise antique, nous voulons aujourd’hui tourner notre  attention  vers  saint Athanase d’Alexandrie. Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme « la colonne de l’Eglise » par le grand théologien et Evêque de Constantinople Grégoire de Nazianze (Discours 21, 26),  et il a toujours été considéré  comme un modèle d’orthodoxie, aussi bien en Orient qu’en Occident. Ce n’est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l’Eglise orientale et occidentale – avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre.

Athanase a été sans aucun doute l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l’incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui – comme le dit le prologue du quatrième Evangile – « Se fit chair et vint habiter parmi nous » (Jean I, 14). C’est précisément pour cette raison qu’Athanase fut également l’adversaire le plus important et le plus tenace de l’hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, selon une tendance récurrente dans l’histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd’hui  aussi.

Probablement né à Alexandrie vers l’an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l’évêque de la métropole égyptienne, Alexandre.
Proche collaborateur de son Evêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l’empereur Constantin en mai 325 pour assurer l’unité de l’Eglise. Les Pères Nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.
Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l’authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n’était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous.
Les évêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le « Symbole de la foi » qui, complété plus tard par le premier concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental – qui exprime la foi de l’Eglise indivise, et que nous répétons aujourd’hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique – figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis :  celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est « de la même substance » que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

A la mort de l’Evêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme évêque d’Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l’égard des théories ariennes condamnées par le concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s’étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l’hostilité implacable des ariens et des philo-ariens. Malgré l’issue sans équivoque du concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau – dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité -, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l’empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l’unité de l’empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible – à son avis – à tous ses sujets dans l’empire.

La crise arienne, que l’on croyait résolue à Nicée, continua ainsi pendant des décennies, avec des événements difficiles et des divisions douloureuses dans l’Eglise. Et à cinq reprises au moins – pendant une période de trente ans, entre 336 et 366 – Athanase fut obligé d’abandonner sa ville, passant dix années en exil et souffrant pour la foi. Mais au cours de ses absences forcées d’Alexandrie, l’évêque eut l’occasion de soutenir et de diffuser en Occident, d’abord à Trèves puis à Rome, la foi nicéenne et également les idéaux du monachisme, embrassés en Egypte par le grand ermite Antoine, à travers un choix de vie dont Athanase fut toujours proche. Saint Antoine, avec sa force spirituelle, était la personne qui soutenait le plus la foi de saint Athanase. Réinstallé définitivement dans son siège, l’évêque d’Alexandrie put se consacrer à la pacification religieuse et à la réorganisation des communautés chrétiennes. Il mourut le 2 mai 373, jour où nous célébrons sa mémoire liturgique.

L’oeuvre doctrinale la plus célèbre du saint évêque alexandrin est le traité sur l’incarnation du Verbe, le Logos divin qui S’est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu « S’est fait homme pour que nous devenions Dieu ; Il S’est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et Il a Lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l’incorruptibilité » (54, 3). En effet, avec Sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme « la paille dans le feu » (8, 4). L’idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n’est pas un Dieu secondaire, Il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement « Dieu avec nous ».

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l’Eglise – qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne – rappelons ensuite les autres lettres qu’il adressa à son ami Sérapion, Evêque de Thmuis, sur la divinité de l’Esprit-Saint, qui est affirmée avec netteté, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d’année aux Eglises et aux monastères d’Egypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.

Enfin, Athanase est également l’auteur de textes de méditation sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d’une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique : la « Vie d’Antoine », c’est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l’évêque d’Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l’ami du grand ermite, au point de recevoir l’une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l’évêque d’Alexandrie lui avait lui-même donné. Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n’est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d’un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu’Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.

Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l’influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d’Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre :  « Qu’il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l’avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n’est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu’Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela soit un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n’était Dieu lui-même qui l’avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l’avait annoncé à Antoine dès le début ? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d’eux sachent qu’il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu » (Vie d’Antoine 93, 5-6).
Oui, frères et sœurs ! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d’Antoine et d’innombrables autres saints, nous montre que « celui qui va vers Dieu ne s’éloigne pas des hommes, mais qu’il se rend au contraire proche d’eux » (encyclique Deus caritas est, n. 42).

Corps des Saints Zacharie, père du Précurseur, et Athanase, patriarche d'Alexandrie - église Saint-Zacharie, Venise

Venise, église Saint-Zacharie :
autel où sont conservés les corps de
Saint Zacharie, père de Saint jean-Baptiste,
et Saint Athanase, patriarche d’Alexandrie.

2022-55. Réponse de Sa Majesté le Roi aux vœux reçus à l’occasion de son anniversaire.

Mardi 26 avril 2022 ;
Fête de Notre-Dame du Bon Conseil (cf. > ici).

Ce mardi 26 avril, en milieu de journée, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a tenu à remercier – par le moyen des réseaux sociaux – toutes les personnes qui, ce 25 avril, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, lui ont adressé des messages d’amitié, d’affection, de loyale et sincère dilection, contenant très souvent l’expression de leur fidélité et de leur espérance.

La réponse donnée aujourd’hui par Sa Majesté est pleine de sagesse et, en quelques mots sobres, est encore une fois lourde de graves et belles leçons, politiques autant que spirituelles.  

Louis XX

Je vous remercie chaleureusement pour les nombreux messages que j’ai reçus à l’occasion de mon anniversaire hier.

Comme vous le savez sans doute, je suis né exactement 760 ans, jour pour jour, après Saint Louis, modèle des gouvernants.

Au quotidien, nous voyons tous combien en politique, et plus largement pour toute action humaine, sans la transcendance et le regard tourné vers Dieu, ce qu’avait incarné en son temps Louis IX et qui lui a valu d’être canonisé, il est bien difficile de « raison garder ».
Sans rendre à Dieu ce que l’on rend aussi à César, il est difficile de trouver le bien commun. Les égoïsmes des individualismes des uns et des autres ont tôt fait de faire perdre à la société ses finalités. Nous le voyons trop actuellement avec notre monde qui a oublié nombre de ses repères traditionnels, préférant le relativisme à la Vérité.

Armes de France & Navarre

 

2022-54. De la condition du pape et du roi.

Lettre mensuelle aux membres et amis de la
Confrérie Royale

- 25 avril 2022 -

armoiries confrérie royale

De la condition du pape et du roi

            Il fut un temps, heureux temps, où le chrétien pouvait s’appuyer sur les deux piliers du pape et du roi, non point qu’il eût constamment les yeux rivés vers deux personnages dont il ne savait que peu de chose, mais il savait qu’il pouvait faire confiance à leur autorité, dans leur domaine respectif, car toute autorité devait rendre des comptes à Dieu directement. Le Vicaire du Christ et le Lieutenant du Christ, même parfois opposés violemment, avaient bien conscience que leur parole n’aurait de prix que si obéissant à Celui qui les avait revêtus d’une puissance passagère et d’une autorité qui ne relevait point de leurs vertus.

Ce que saint Thomas d’Aquin écrivit au sujet de la royauté s’applique aussi, avec quelques nuances, à la papauté car chacun de ces princes ont la charge d’une partie de l’humain mais pour l’élever plus haut. Il souligne bien que la voie de la béatitude doit être dégagée de ses obstacles par l’enseignement de l’Église, mais que le roi, à l’image de la royauté décrite dans le Livre du Deutéronome (XVII. 18-19), doit recevoir et méditer chaque jour la loi divine pour gouverner et mener le peuple dans la droiture et la vérité : « Instruit donc par la loi divine, le roi doit principalement se préoccuper de la manière dont la multitude qui lui est soumise mènera une vie bonne. Cette préoccupation se divise en trois points : premièrement, instituer la vie bonne dans la multitude qui lui est soumise ; deuxièmement, celle-ci instituée, la conserver ; troisièmement, celle-ci conservée, la conduire vers une plus haute perfection. » (La Royauté, Livre II, Chapitre 4, a. 4) Ce triple et unique souci doit être partagé aussi par le pape, à un niveau encore plus haut puisqu’il s’agit de la vie intérieure et de foi, mais la préoccupation est similaire et une identique fidélité à cette mission est exigée de lui comme du roi, chacun dans son ordre. Si l’une ou l’autre autorité vient à manquer, l’édifice est ébranlé ; si les deux sont défaillantes et ne répondent plus à leur charge, tout risque bien de s’écrouler, et bien des âmes sont victimes de cette faiblesse. Deux conditions sont donc nécessaires pour mener une vie bonne : agir selon la vertu, comme le disait déjà Pierre Lombard : « La vertu est en effet ce par quoi on vit bien » (Sententiæ, II, d. 27, c. 1) ; et, secondairement, puisque cette condition est instrumentale : posséder des biens corporels suffisants pour pouvoir mettre en pratique des actions vertueuses, comme l’indiquait déjà Aristote dans son Éthique à Nicomaque (I, 9, 1098-1099). Pour que cette vie bonne de la multitude puisse être instituée, il est nécessaire que règne l’unité de la paix, ensuite que l’ensemble soit dirigé vers l’action bonne, et enfin, que le souverain veille à ce qui est suffisant, dans tous les ordres, pour une vie bonne. Après l’institution, premier devoir des dirigeants, vient le temps de la conservation. Le Docteur angélique signale qu’il y a trois obstacles à la permanence du bien public : le bien ne doit pas être ponctuel mais permanent, autant que faire se peut, car les hommes ne durent pas et leur constance est inégale tout au long de leur vie ; le deuxième obstacle provient de la perversité de la volonté qui néglige ce qui est nécessaire ou même qui nuit directement à la paix de la multitude ; enfin le troisième obstacle provient de l’adversité extérieure lorsque la paix est détruite par des invasions, des guerres, des destructions. Face à ces périls, le roi, ou le pape, prendra un triple soin : bien choisir les hommes et veiller à leur remplacement pour les différents offices du bien commun ; édicter des lois, des règlements, des récompenses, des punitions qui empêchent de commettre l’iniquité et qui encourage aux actes vertueux ; et protéger des ennemis extérieurs. Quant à la troisième préoccupation des souverains, elle sera celle de veiller au progrès en corrigeant les erreurs, les désordres, le but étant de toujours parfaire ce qui existe dans ce domaine. Nous renvoyons pour le détail à ce beau traité de saint Thomas.

            Comme nous le précisions, ce qui s’applique au roi temporel est d’autant plus valable pour le souverain pontife,  et  nous comprenons aisément que la responsabilité qui incombe au successeur de Pierre met en jeu son propre salut. Saint Bernard, écrivant à son ancien moine devenu le pape Eugène III, le mettait en face de ses devoirs écrasants : « Vous avez été élevé par la Providence à un poste bien plus haut que celui où vous étiez, mais non pas plus sûr. C’est quelque chose de terrible que ce lieu-ci : oui le lieu où vous êtes est une terre toute sainte. C’est la place de Pierre, c’est la place du Prince des Apôtres, de celui que le Seigneur a établi maître de sa maison et intendant de tous ses biens. Si par malheur vous venez à vous écarter de la voie du Seigneur, souvenez-vous que celui dont vous tenez la place a été enseveli dans le même lieu afin de s’élever et de servir de témoin contre vous. » (Lettres, CCXXXVII) Le même saint Bernard indiquera ailleurs que l’humilité doit être la pierre précieuse la plus brillante parmi les ornements pontificaux car l’humilité doit s’élever en qualité au même titre que l’élévation dans la dignité, la domination mondaine étant interdite aux Apôtres ( De consideratione, Livre II, Chapitre 6). Il invite aussi le pape à une grande sagesse de gouvernement, lui conseillant une immense réserve et donc la modération dans ses propos et ses déclarations, à partir de ce principe : « Il y a plusieurs choses que vous ne devez pas savoir. Il y en a encore plus que vous devez dissimuler, et il y en a quelques-unes dont vous ne devez point vous souvenir. » (De consideratione, Livre IV, Chapitre 6) Le grand moine ne manque pas non plus déloges lorsque le pontife est digne du trône qu’il occupe sans abus de sa part : « C’est le Grand Prêtre, le Pontife souverain, le Chef des Évêques, le successeur des Apôtres ; c’est un autre Abel par la primauté, un autre Noé par le droit de gouverner l’Arche, un autre Melkisédech par le rang qu’il tient entre les Prêtres du Dieu vivant, un autre Abraham par la qualité de Patriarche. Il réunit en sa personne la dignité d’Aaron, l’autorité de moïse, la judicature de Samuel, la puissance de Pierre, l’onction de Jésus-Christ. Enfin, c’est le Pasteur universel, non seulement des brebis, mais des Pasteurs mêmes. » (De consideratione, Livre II, Chapitre 8)  

            Ces quelques rappels sont proposés pour nous aider à garder la paix intérieure lorsque, d’aventure, nous sommes soudain orphelins ou amputés à cause de la faillite de telle ou telle autorité. L’édification de la cité terrestre ne va pas sans heurts, et notre pays souffre aujourd’hui d’erreurs au moins deux fois centenaires. L’Église n’est pas en bonne santé car elle ne répond pas pleinement à sa mission. Il n’empêche que tous les éléments sont encore en place et disponibles pour que les princes des deux ordres, chacun en son domaine, retrouvent un zèle et une foi indéracinables. Notre Seigneur a vaincu. Ne nous laissons pas abattre par des pensées tristes et par le découragement humain.

                                               P. Jean-François Thomas s.j.
                                               Samedi saint
                                               16 avril 2022

Mosaïque du Triclinum Leoninum VIIIeSiecle - ancien palais du Latran

Détail de la mosaïque de l’abside du « Triclinum leoninum » (VIIIème siècle) dans l’ancien palais pontifical au Latran :
Le Christ remet à Saint Sylvestre 1er les clefs de Saint Pierre, et le labarum à l’empereur Saint Constantin 1er le grand.

2022-53. Message de Sa Majesté le Roi après l’attentat contre un prêtre à Nice ce dimanche 24 avril 2022.

Dimanche de Quasimodo 24 avril 2022.

Ce dimanche matin 24 avril 2022, dans l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice, au moment de la célébration de la Messe paroissiale, un individu d’une trentaine d’années a porté un assez grand nombre de coups de couteau au thorax du vicaire d’origine polonaise, le Père Krzyzstof (Christophe) Rudzinski ; une vierge consacrée de la paroisse, Sœur Marie-Claude, qui a tenté de s’interposer, a elle aussi été blessée, à la main, mais sans trop de gravité. Le prêtre a été transporté au CHU Pasteur, de Nice. Dans l’après-midi il a été annoncé que le pronostic vital du prêtre n’est pas engagé. Quant à l’agresseur, il s’est rendu aux forces de l’ordre sans que ces dernières n’aient eu besoin de faire usage de leurs armes ; il a été placé en garde à vue. On parle de troubles bipolaires et de déséquilibre psychique. D’après une source policière, l’homme aurait spontanément déclaré à la Police qu’il est de confession juive et que, en ce jour d’élections, il voulait tuer Emmanuel Macron, mais qu’il s’était finalement rabattu sur une église…

Eglise Saint-Pierre d'Arène Nice 24 avril 2022

Secours et forces de police autour de l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice,
ce dimanche de Quasimodo 24 avril 2022 après l’attentat contre le Père Krzyzstof Rudzinski.

Après avoir appris cet attentat sacrilège contre l’ecclésiastique, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a aussitôt publié ce communiqué par l’intermédiaire des réseaux sociaux :

Je viens d’apprendre avec une immense tristesse qu’un prêtre et qu’une religieuse ont été poignardés à plusieurs reprises dans l’église Saint-Pierre d’Arène de Nice.

J’adresse mes pensées et mes prières pour le Père Christophe et la Sœur Marie-Claude qui ont été pris en charge par les pompiers, leurs proches et toute la communauté catholique.

Grandes armes de France

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