Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2022-48. Sacrilège ! Sacrilège ! Sacrilège !

Jeudi de la Passion 7 avril 2022.

Christ aux outrages du Mesnil-Marie

Visage de l’ « Ecce Homo » conservé au Mesnil-Marie.

nika

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Il ne se passe pratiquement pas une semaine, sans qu’on nous apprenne quelque nouveau sacrilège ou quelque nouvelle profanation. C’est presque chaque jour que nous parviennent des annonces rapportant que telle église a été vandalisée, ou que ses murs ont été couverts d’inscriptions insultantes, haineuses ou blasphématoires, ou encore que des statues ou croix ont été souillées, brisées ou abimées… Ce sont encore des tentatives d’incendie, des tabernacles fracturés, des ciboires volés, des saintes Hosties jetées à terre et piétinées, quand elles ne sont pas dérobées pour servir à des messes noires ou cérémonies sataniques. Et il y a les blasphèmes courants et – si j’ose dire – « ordinaires » que distillent à foison de prétendus humoristes, des acteurs et des journalistes, pour lesquels l’insulte ou la moquerie contre le christianisme est quasi un lieu commun, gage de succès.
De toutes parts, Notre-Seigneur, Sa Sainte Mère, Son Eglise, Ses consacrés sont vilipendés, sont tournés en dérision, font l’objet de plaisanteries ou la vulgarité et l’obscénité rivalisent de bassesse…
Sur le monde occidental qui fut jadis la Chrétienté règne l’impiété la plus sordide.
Ne nous étonnons pas si Dieu abandonne ce monde aux conséquences de cette impiété et n’exerce plus sur lui les délicates attentions de Sa Providence paternelle.

   « Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi ! ».
La douloureuse plainte de Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie (cf. > ici) est toujours d’une cruelle actualité. Car, après tout, que des personnes qui se glorifient d’être les héritières de « l’esprit des lumières » et des séditieux de la grande révolution (toutes les espèces de républicains, de socialistes, de marxistes, de maçons, et autres prétendus « modernes ») soient en révolte contre Dieu, Sa Révélation et Ses lois, c’est on ne peut plus logique – que pourrait-on attendre d’autre de leur part ? – ; mais ce qui est plus incompréhensible et plus affreux, c’est que l’impiété, le blasphème et le sacrilège ont établi leur règne diabolique dans l’âme et dans l’esprit de nombreux baptisés, de nombreux religieux, de nombreux prêtres et prélats !
Qu’on se souvienne ici des graves avertissements et plaintes de la Très Sainte Mère de Dieu en pleurs à la Salette (cf. > ici) : « Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent vengeance, et voilà que la vengeance est à leur porte, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple… »

   En France, il y a eu trois grandes périodes d’iconoclasme et de destruction du patrimoine religieux. Les deux premières sont le fait des ennemis de la foi et de l’Eglise catholiques : les protestants au XVIème siècle et les révolutionnaires à la fin du XVIIIème siècle : la troisième est le fait d’hommes d’Eglise et de clercs à la suite du concile vaticandeux.
Ce sont aussi trois périodes de multiplication des sacrilèges et profanations : les sectateurs de Calvin et les « patriotes » se sont acharnés contre les statues des saints, contre leurs reliques, contre les calvaires et les croix, et contre les saints tabernacles ; les modernistes et progressistes d’après « le » concile n’ont pas grand chose à leur envier dans leur acharnement à dépouiller les églises – sous le fallacieux prétexte du retour à la pureté originelle -, à briser ou mutiler les autels, à envoyer aux oubliettes ou aux décharges les reliquaires, à désacraliser la liturgie, et à imposer la « communion dans la main » cause d’innombrables sacrilèges !
J’aurais beaucoup, beaucoup, beaucoup à écrire à ce sujet, rien qu’en narrant ce dont j’ai été témoin depuis mon enfance, puisque je suis contemporain de ce prétendu « renouveau conciliaire de l’Eglise », et que j’ai vu de mes propres yeux horrifiés un trop grand nombre de ces impiétés épiscopales et sacerdotales.

   Et cela continue ! Je n’en citerai qu’un unique exemple, très récent.
Il y a quelques semaines, en ce mois de mars 2022, faisant visiter à deux séminaristes la cathédrale de Viviers – au début je voulais taire le nom du lieu, mais j’ai finalement choisi devant Dieu de le citer, quelque désagrément que j’en puisse subir de la part du clergé de ce diocèse en pleine décadence -, nous voulûmes y chanter les vêpres. Nous nous rendîmes dans la « chapelle Saint Jean », édifiée sur le côté sud de la cathédrale avec laquelle elle communique. C’était naguère le chœur d’hiver du vénérable chapitre cathédral, et c’est là que se trouve le Très Saint Sacrement.
Quelle ne fut pas ma douleur en apercevant, sur le marchepied de l’autel, une hostie, gisant au sol !
Cette hostie était-elle consacrée ?
Mes cours de théologie m’ont appris que pour tout ce qui touche aux sacrements il faut être « tutioriste », c’est-à-dire qu’il convient toujours de prendre le parti le plus sûr lorsqu’il peut y avoir une hésitation.
Si, en effet, on peut – malheureusement ! – avoir des doutes légitimes sur la validité de la consécration en de très nombreux cas de célébration de la messe selon la liturgie réformée (défaut d’intention du prêtre, pains d’autel non conformes, indigence des rites célébrées… etc.), n’étant pas doté, comme certains saints, de la faculté de reconnaître un pain d’autel non consacré d’une hostie consacrée, je me devais, prenant le parti le plus sûr, d’agir comme s’il s’agissait d’une hostie consacrée.
Ici, tout portait à penser que, à l’occasion de l’une des très rares messes (selon le rite réformé évidemment) célébrées à la cathédrale, un prêtre (ou un laïc) l’avait laissée choir en rapportant au tabernacle les hosties qui n’avaient pas été consommées lors de la communion : c’est très « facile » – si j’ose dire – d’une part parce que dans la liturgie réformée on porte avec désinvolture le Saint Sacrement sans le couvrir dans des espèces de grandes et larges coupes peu profondes, et d’autre part parce que l’usage d’aubes à très grandes manches entraine souvent qu’un prêtre qui n’y porte pas une extrême attention accroche une hostie avec sa manche lorsqu’il passe le bras au-dessus de ces coupes, et la laisse ensuite tomber au sol lorsqu’il baisse le bras.
Bref ! en l’absence de prêtre, je n’avais qu’une seule chose à faire : consommer cette hostie.
Je me suis donc agenouillé au pied de l’autel, j’ai fait des actes de foi (« Mon Dieu, si Vous êtes présent dans cette hostie, je Vous y adore de toute mon âme et avec tout mon pauvre amour… ») et récité le confiteor comme on le fait avant la sainte communion, puis m’inclinant jusqu’à ce que je puisse atteindre cette hostie avec ma langue (pour ne pas la prendre avec la main), je l’ai consommée.
Je suis resté quelques instants en silence, produisant des actes de réparation, et mon action de grâces s’est prolongée dans le chant des vêpres auquel nous pûmes alors nous livrer avec les deux séminaristes, selon notre dessein initial.

   Loin de moi l’idée de me mettre en valeur à travers ce récit : je me serais très volontiers passé d’avoir à faire cela et, le faisant, je n’ai accompli que mon devoir de serviteur de Sa Divine Majesté. Mon propos n’a pour but que de rappeler – hélas ! trois fois hélas ! – l’actualité des plaintes de Notre-Seigneur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi… ».
Et l’actualité des graves avertissements et des larmes de Notre-Dame en plusieurs de ses apparitions.

   La liturgie réformée postérieurement au concile vaticandeux a été la cause et l’occasion d’une impressionnante édulcoration ou même perte de la foi, pour ce qui concerne la Sainte Eucharistie et le Saint Sacrifice de la Messe : même en n’assistant jamais aux célébrations de la « nouvelle messe », nous le savons bien et en recevons les tristes échos.
A huit jours du Jeudi Saint, que cela nous porte avec toujours davantage de zèle à prier avec ferveur, à offrir des sacrifices et des pénitences avec générosité, à nous livrer toujours davantage à l’amour pour réparer autant qu’il est en notre pouvoir de le faire.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Christ aux outrages du Mesnil-Marie

« Ecce Homo » du Mesnil-Marie

frise

2022-47. La Sainte Messe vécue à l’intention de la France.

   En rangeant des livres anciens récemment acquis pour la bibliothèque du Mesnil-Marie, j’ai trouvé à l’intérieur de l’un d’eux, servant de marque-page, un feuillet jauni, imprimé, sans illustration, en-tête duquel sont écrits ces mots : « A la Messe ! A la Messe ! Pour la France ! ». Il a reçu l’imprimatur de l’évêché de Montpellier le 19 mars 1936 et il était diffusé par l’ « Oeuvre de propagande du Sacré-Cœur » à Lyon. Son texte est signé d’un pseudonyme : Fidelis.
Plus de huit décennies plus tard, ce texte garde une profonde actualité, j’ai donc résolu de le recopier ici dans son intégralité.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Crucifixions avec anges

A la Messe ! A la Messe !
Pour la France !

   Il semble que nous arrivions à une de ces heures critiques dont Bossuet disait : « Dieu tient en Ses mains les rênes de tous les empires et Il donne aux peuples, quand il Lui plaît, de grandes et terribles leçons. »

   Souvenons-nous que l’humanité a toujours eu recours aux sacrifices pour obtenir son pardon. Dieu, sous Moïse, en avait fait une loi : « Si quelqu’un a péché, qu’il prenne dans le troupeau une jeune brebis ou une chèvre qu’il offrira, et le prêtre priera pour lui et pour son péché… et il lui sera pardonné » (Lev. V, 6).
Si ces sacrifices (qui n’étaient que l’ombre du nôtre) avaient le pouvoir d’obtenir le pardon, que dire de la Sainte Messe ? « Par l’oblation du Saint Sacrifice, déclare dès le second siècle le pape Alexandre Ier, le Seigneur est réconcilié et nous pardonne la multitude de nos péchés » – et Saint Thomas, de son côté, nous dit que « l’effet propre du Sacrifice de la Messe est de nous réconcilier avec Dieu ».

   Pour crier miséricorde il nous faut la voix puissante de Jésus ! Pour obtenir notre pardon il nous fait Sa prière et Ses immolations, s’interposant entre la Justice de Dieu et les péchés de la France ! Nous ne savons combien de Saints-Sacrifices – et de sacrifices personnels – seront nécessaires pour réparer l’innombrable multitude des péchés de la Patrie, mais nous savons qu’à chaque Messe entendue, et surtout célébrée pour elle, le Seigneur signe avec Son Sang l’expiation d’une part de ces péchés, connus de Lui, et que nous faisons ainsi, pour son salut, un grand travail !

   Vous qui aimez les âmes et voulez les sauver, vous qui aimez votre Pays et voulez le servir, tentez, de grâce, un grand effort de Messes pour la France, remises aux mains de Marie notre divine avocate, en l’honneur des Saintes Plaies de Jésus et de sa douloureuse Compassion elle-même !
Ce serait une excellente pensée, pendant ces Messes célébrées ou entendues en son honneur – qui lui donneront une nouvelle puissance auprès de Dieu – de redire, avec de telles supplications qu’elle n’y puisse résister, la prière très efficace : « Auguste Reine des Cieux et Maîtresse des Anges… » (cf. > ici).
Excellente pensée pensée aussi de propager de toutes nos forces et de redire avec toute notre foi le puissant « Exorcisme de Saint Michel », car c’est lui que, sur l’ordre de Dieu, la Reine des Anges enverra chasser les démons pour établir enfin, sur la terre purifiée, le Règne du Sacré-Cœur.

   Qu’un immense réseau de prières et de Saints Sacrifices enserre tout le sol français en cette période redoutable ! Pour amener, chaque jour, au pied des autels tous ceux qui peuvent entendre l’appel de la Patrie chrétienne, faisons de généreux efforts ! Pour faire célébrer des Messes en réparation des crimes de la France, soyons généreux !
Enfin, heureux habitués de la Messe quotidienne et de la Sainte Table, réveillons notre ferveur pour les Saints Mystères en y associant le souvenir de la France.
   Comment ? Par un moyen aussi simple qu’efficace. Les admirables prières de la Messe peuvent facilement s’accompagner de l’intercession pour la Patrie. Prenons notre missel, et marquons d’une croix les passages susceptibles de cette addition. Voici quelques exemples qu’il serait facile de multiplier.
Au Confiteor : « Je supplie la Bienheureuse Marie toujours vierge, le Bienheureux Archange Michel… etc. de prier pour la France et pour moi le Seigneur notre Dieu ». – A l’appel répété du Kyrie : « Ayez pitié de nous, ayez pitié de la France! » – A l’oblation de l’Hostie : « Recevez, ô Père Saint… cette Hostie sans tache que je Vous offre… pour mes péchés, pour les péchés de la France ! »
Et ainsi de suite. Faites vous-même ce travail personnel plein d’intérêt.
A l’Elévation, une prière ardente où la Patrie ait sa part : « Hostie pure, Hostie sainte, Hostie immaculée, ayez pitié de nous, pardonnez-nous, sauvez-nous, ayez pitié de la France, pardonnez à la France, sauvez la France ! » avec un fervent Parce Domine !
Au Pater : « Que Votre Nom soit sanctifié surtout en France ! Que Votre Règne arrive surtout en France… etc » – Insistons sur le Libera nos : la paix à la France, ô mon Dieu ! – Crions trois fois à l’Agneau de Dieu : « Ayez pitié de la France ! » – Enfin supplions Jésus et Sa Mère, dans notre communion, d’implorer pour elle les miséricordes du Père !

   Si, en plus, nous prions ardemment Jésus présent en nos cœurs qu’Il inspire à Ses prêtres de mettre en toute ferveur la France dans leur memento quotidien, à toutes Ses âmes religieuses d’intensifier leur prière pour la France, nous aurons bien travaillé pour elle !

   Il ne nous restera plus qu’à faire pénitence – toujours pour elle ! 
La France a terriblement offensé Dieu, la France doit expier.
Pour payer ces dettes, Jésus S’adresse à Ses amis, à ceux qui savent, comme Saint Paul, « accomplir en leur chair ce qui manque à la Passion du Christ », la part de souffrances que Ses disciples doivent nécessairement offrir.
Heureuses les âmes qui, en ces mois décisifs, entendent l’appel à la pénitence du Sauveur dans l’Evangile, de Marie à Lourdes !
L’arme à double tranchant de la prière et de la pénitence nous donnera la victoire, à l’heure de Dieu et par Ses moyens à Lui !
nulle prière, nul sacrifice ne se perd : tout concours au triomphe final !

Fidelis.

Imprimatur :
Montepessulano, die 19 Martii 1936.
P. Castel, v.g.

Coeur de Jésus, sauvez la France !

2022-46. L’un et l’unique.

Gustave Thibon est un auteur qui, ceux qui suivent ce blogue depuis longtemps le savent bien, a façonné mon intelligence, alimenté ma réflexion, nourri ma méditation, contribué à ma renaissance spirituelle et préparé ma conversion, depuis mes 14 ans. Ses écrits m’habitent de façon continue, et ont puissamment contribué à façonner mon être profond, ma pensée et ma prière elle-même.
Dans le contexte particulier de la crise de l’Eglise et de la société civile qui tendent l’une et l’autre à fabriquer des clones, tant chez ceux qui suivent passivement le mouvement sans se poser de questions que chez ceux qui veulent résister à l’entraînement du courant, en ces temps où les autorités politiques et ecclésiastiques de toutes tendances et sensibilités  s’accordent en définitive, sous le fallacieux prétexte d’une nécessaire unité (nationale, sanitaire, familiale, scolaire, ecclésiale, communautaire… etc.), à réduire en sujets interchangeables les personnalités les plus diverses, menacées d’être toutes « passées à la moulinette », relire ce paragraphe extrait de « Notre regard qui manque à la Lumière », m’a apporté une très grande force et une consolation incommensurable.
Je le propose à votre réflexion, espérant qu’il vous apportera autant de joie et de vigueur qu’à moi-même…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Jonquilles et Mont Mézenc

Jonquilles en fleur dans les prairies à l’entour du Mont Mézenc

   « L’un et l’unique. – L’unité n’est pas la confusion ; la rupture des limites n’entraîne pas l’abolition des différences. Tout sera distinct dans l’éternité, mais rien ne sera séparé. Je serai moi plus profondément qu’ici-bas, et tu seras toi ; chacun sera lui-même et tous ne seront qu’un. Car l’Un n’abolit pas l’unique : il en fixe à jamais les traits irréductibles et le retour à l’unité sera l’affirmation de la différence.
   Car la distinction et l’unité procèdent du même principe (l’Idée dans le langage de Platon ou la Forme dans celui d’Aristote) qui confère à chaque être sa différence spécifique et individuelle en même temps que sa capacité de communion. Ces deux attributs sont inséparables : plus la différence s’affirme, plus la capacité de communion s’élargit. Si nous suivons l’échelle qui va du minéral à l’homme, nous voyons les êtres devenir de plus en plus originaux et irremplaçables et, corrélativement, de plus en plus susceptibles d’échanges avec le reste du monde. Au plus bas degré, il n’y a ni différence ni échanges entre deux grains de sable. Au sommet, les êtres sont très différenciés, mais ouverts à tout ce qui les entoure par la connaissance et l’amour. Au sommet suprême, Dieu est à la fois le plus distinct et le moins séparé des êtres : il ne ressemble à rien (quis similis Deo ?) et il est partout.
La matière, au contraire, est le principe de la confusion et de la séparation. Son caractère amorphe et indéterminé fait qu’on peut la diviser à l’infini  et que toutes ses parties sont homogènes.
Veut-on des exemples ? Deux personnes qui s’aiment sont irréductibles l’une à l’autre et, en même temps, elles ne font qu’un dans leur amour, tandis que deux machines fabriquées en série sont parfaitement semblables et parfaitement séparées : leur différence est purement spatiale et numérique. Comparez deux amants unis et deux automobiles du même type : là, la communion dans la différence ; ici, la séparation dans l’identité. Rien de ce qui est complémentaire (c’est-à-dire fait pour l’unité) n’est interchangeable et tout ce qui est interchangeable est nécessairement séparé.
C’est malheureusement vers la seconde formule – celle de l’individu séparé et interchangeable – que semble s’orienter l’évolution des sociétés humaines. Le nivellement universel, en tuant les différences entre les hommes, tue aussi la vraie unité sociale, mais il crée du même coup, étant donné que la mort est infiniment plus docile et plus malléable que la vie, mille possibilités d’unité factice, rapide et transformable à loisir : celle qu’impose à des hommes vidés de leur âme et de leur liberté le joug de la force brutale ou l’influence à peine plus subtile de la propagande. »

Gustave Thibon,
in « Notre regard qui manque à la lumière » – 1955 pp. 67-68.

jonquille

2022-45. Saint Isidore de Séville nous apprend à réaliser une synthèse équilibrée entre vie active et vie contemplative.

4 avril,
Fête de Saint Isidore de Séville, évêque et confesseur, Docteur de l’Eglise.

   Nous continuons à parfaire notre connaissance des Docteurs et Pères de l’Eglise, par le moyen des catéchèses de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI : le 4 avril 636 mourut Saint Isidore, évêque de Séville, qui à la sainteté de la vie et à l’héroïcité des vertus, ajouta une connaissance véritablement encyclopédique. Son œuvre majeure, intitulée « Etymologies » a cherché à rendre compte de l’ensemble du savoir antique et à transmettre à ses lecteurs une solide culture classique en des temps où elle était menacée.
En raison de la méthode de travail qu’il a adoptée pour cet ouvrage, dont la structure évoque celle des bases de données, et dont l’exhaustivité évoque le potentiel d’Internet, Saint Isidore de Séville a été proclamé par l’Eglise saint patron des informaticiens, des utilisateurs de l’informatique, de l’Internet et des internautes.

Saint Isidore de Séville - Bartolomé Esteban Murillo

Saint Isidore de Séville, Doctor Egregius (c’est-à-dire Docteur éminent)
tableau de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) à la cathédrale de Séville

frise

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

dispensée lors de l’audience pontificale générale
du Mercredi 18 juin 2008

L’enseignement de saint Isidore de Séville
sur les relations entre vie active et vie contemplative

 Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de saint Isidore de Séville : il était le petit frère de Léandre, évêque de Séville, et grand ami du Pape Grégoire le Grand. Ce fait est important, car il permet de garder à l’esprit un rapprochement culturel et spirituel indispensable à la compréhension de la personnalité d’Isidore. Il doit en effet beaucoup à Léandre, une personne très exigeante, studieuse et austère, qui avait créé autour de son frère cadet un contexte familial caractérisé par les exigences ascétiques propres à un moine et par les rythmes de travail demandés par un engagement sérieux dans l’étude. En outre, Léandre s’était préoccupé de prédisposer le nécessaire pour faire face à la situation politico-sociale du moment : en effet, au cours de ces décennies les Wisigoths, barbares et ariens, avaient envahi la péninsule ibérique et s’étaient emparé des territoires qui avaient appartenu à l’empire romain. Il fallait donc les gagner à la romanité et au catholicisme. La maison de Léandre et d’Isidore était fournie d’une bibliothèque très riche en œuvres classiques, païennes et chrétiennes. Isidore, qui se sentait attiré simultanément vers les unes et vers les autres, fut donc éduqué à développer, sous la responsabilité de son frère aîné, une très grande discipline en se consacrant à leur étude, avec discrétion et discernement.

Dans l’évêché de Séville, on vivait donc dans un climat serein et ouvert. Nous pouvons le déduire des intérêts culturels et spirituels d’Isidore, tels qu’ils  apparaissent  dans  ses œuvres elles-mêmes, qui comprennent une connaissance encyclopédique de la culture classique païenne et une connaissance approfondie de la culture chrétienne. On explique ainsi l’éclectisme qui caractérise la production littéraire d’Isidore, qui passe avec une extrême facilité de Martial à Augustin, de Cicéron à Grégoire le Grand. La lutte intérieure que dut soutenir le jeune Isidore, devenu successeur de son frère Léandre sur la chaire épiscopale de Séville en 599, ne fut pas du tout facile. Peut-être doit-on précisément à cette lutte constante avec lui-même l’impression d’un excès de volontarisme que l’on perçoit en lisant  les œuvres  de ce grand auteur, considéré comme le dernier des Pères chrétiens de l’Antiquité. Quelques années après sa mort, qui eut lieu en 636, le Concile de Tolède de 653 le définit : « Illustre maître de notre époque, et gloire de l’Eglise catholique ».

Isidore fut sans aucun doute un homme aux contrastes dialectiques accentués. Et, également dans sa vie personnelle, il vécut l’expérience d’un conflit intérieur permanent, très semblable à celui qu’avaient déjà éprouvé Grégoire le Grand et saint Augustin, partagés entre  le  désir  de  solitude,  pour se consacrer uniquement à la méditation de la Parole de Dieu, et les exigences de la charité envers ses frères, se sentant responsable de leur salut en tant qu’évêque. Il écrit, par exemple, à propos des responsables des Eglises : « Le responsable d’une Eglise (vir ecclesiasticus) doit d’une part se laisser crucifier au monde par la mortification de la chair et, de l’autre, accepter la décision de l’ordre ecclésiastique, lorsqu’il provient  de  la  volonté  de Dieu,  de se consacrer au gouvernement avec humilité, même s’il ne voudrait pas le faire » (Sententiarum liber III, 33, 1 : PL 83, col 705 B). Il ajoute ensuite, à peine un paragraphe après : « Les hommes de Dieu (sancti viri) ne désirent pas du tout se consacrer aux choses séculières et gémissent lorsque, par un mystérieux dessein de Dieu, ils sont chargés de certaines responsabilités… Ils font de tout pour les éviter, mais ils acceptent ce qu’ils voudraient fuir et font ce qu’ils auraient voulu éviter. Ils entrent en effet dans le secret du cœur et, à l’intérieur de celui-ci, ils cherchent à comprendre ce que demande la mystérieuse volonté de Dieu. Et lorsqu’ils se rendent compte de devoir se soumettre aux desseins de Dieu, ils humilient le cou de leur cœur sous le joug de la décision divine » (Sententiarum liber III, 33, 3 : PL 83, coll. 705-706).

Pour mieux comprendre Isidore, il faut tout d’abord rappeler la complexité des situations politiques de son temps dont j’ai déjà parlé : au cours des années de son enfance, il avait dû faire l’expérience amère de l’exil. Malgré cela, il était envahi par un grand enthousiasme apostolique : il éprouvait l’ivresse de contribuer à la formation d’un peuple qui retrouvait finalement son unité, tant sur le plan politique que religieux, avec la conversion providentielle de l’héritier au trône wisigoth, Ermenégilde, de l’arianisme à la foi catholique. Il ne faut toutefois pas sous-évaluer l’immense difficulté à affronter de manière appropriée les problèmes très graves, tels que ceux des relations avec les hérétiques et avec les juifs. Toute une série de problèmes qui apparaissent très concrets aujourd’hui également, surtout si l’on considère ce qui se passe dans certaines régions où il semble presque que l’on assiste à nouveau à des situations très semblables à celles qui étaient présentes dans la péninsule ibérique de ce VIème siècle. La richesse des connaissances culturelles dont disposait Isidore lui permettait de confronter sans cesse la nouveauté chrétienne avec l’héritage classique gréco-romain, même s’il semble que plus que le don précieux de la synthèse il possédait celui de  la  collatio, c’est-à-dire celui de recueillir, qui s’exprimait à travers une extraordinaire érudition personnelle, pas toujours aussi ordonnée qu’on aurait pu le désirer.

Il faut dans tous les cas admirer son souci de ne rien négliger de ce que l’expérience humaine avait produit dans l’histoire de sa patrie et du monde entier. Isidore n’aurait rien voulu perdre de ce qui avait été acquis par l’homme au cours des époques anciennes, qu’elle fussent païenne, juive ou chrétienne. On ne doit donc pas s’étonner si, en poursuivant ce but, il lui arrivait parfois de ne pas réussir à transmettre de manière adaptée, comme il l’aurait voulu, les connaissances qu’il possédait à travers les eaux purificatrices de la foi chrétienne. Mais de fait, dans les intentions d’Isidore, les propositions qu’il fait restent cependant toujours en harmonie avec la foi pleinement catholique, qu’il soutenait fermement. Dans le débat à propos des divers problèmes théologiques, il montre qu’il en perçoit la complexité et il propose souvent avec acuité des solutions qui recueillent et expriment la vérité chrétienne complète. Cela a permis aux croyants au cours des siècles de profiter avec reconnaissance de ses définitions jusqu’à notre époque. Un exemple significatif en cette matière nous est offert par l’enseignement d’Isidore sur les relations entre vie active et vie contemplative. Il écrit : « Ceux qui cherchent à atteindre le repos de la contemplation doivent d’abord s’entraîner dans le stade de la vie active ; et ainsi, libérés des scories des péchés, ils seront en mesure d’exhiber ce coeur pur qui est le seul qui permette de voir Dieu » (Differentiarum Lib II, 34, 133 : PL 83, col 91A). Le réalisme d’un véritable pasteur le convainc cependant du risque que les fidèles courent de n’être que des hommes à une dimension. C’est pourquoi il ajoute : « La voie médiane, composée par l’une et par l’autre forme de vie, apparaît généralement plus utile pour résoudre ces tensions qui sont souvent accentuées par le choix d’un seul genre de vie et qui sont, en revanche, mieux tempérées par une alternance des deux formes » (o.c., 134 : ibid., col 91B).

Isidore recherche dans l’exemple du Christ la confirmation définitive d’une juste orientation de vie : « Le sauveur Jésus nous offrit l’exemple de la vie active, lorsque pendant le jour il se consacrait à offrir des signes et des miracles en ville, mais il montrait la voie contemplative lorsqu’il se retirait sur la montagne  et y passait  la nuit  en se consacrant à la prière » (o.c. 134 : ibid.). A la lumière de cet exemple du divin Maître, Isidore peut conclure avec cet enseignement moral précis : « C’est pourquoi le serviteur de Dieu, en imitant le Christ, doit se consacrer à la contemplation sans se refuser à la vie active. Se comporter différemment ne serait pas juste. En effet, de même que l’on aime Dieu à travers la contemplation, on doit aimer son prochain à travers l’action. Il est donc impossible de vivre sans la présence de l’une et de l’autre forme de vie à la fois, et il n’est pas possible d’aimer si l’on ne fait pas l’expérience de l’une comme de l’autre » (o.c., 135 : ibid., col 91C). Je considère qu’il s’agit là de la synthèse d’une vie qui recherche la contemplation de Dieu, le dialogue avec Dieu dans la prière et dans la lecture de l’Ecriture Sainte, ainsi que l’action au service de la communauté humaine et du prochain. Cette synthèse est la leçon que le grand évêque de Séville nous laisse à nous aussi, chrétiens d’aujourd’hui, appelés à témoigner du Christ au début d’un nouveau millénaire.

Isidoro de Sevilla (José Alcoverro) 01

Statue de Saint Isidore de Séville à Madrid
devant la façade de la bibliothèque nationale d’Espagne

frise

2022-43. Présentation et actualité de Saint Jean Climaque.

30 mars,
Fête de Saint Jean Climaque, ermite et abbé, confesseur.

Saint Jean Climaque abbé et confesseur

Catéchèse de
Sa Sainteté le pape Benoît XVI
au cours de
l’audience pontificale générale
du
m
ercredi 11 février 2009

Saint Jean Climaque

Chers frères et sœurs,

Après vingt catéchèses consacrées à l’Apôtre Paul, je voudrais reprendre aujourd’hui la présentation des grands Ecrivains de l’Eglise d’Orient et d’Occident de l’époque médiévale. Et je propose la figure de Jean, dit Climaque, translittération latine du terme grec klímakos, qui signifie de l’échelle (klímax). Il s’agit du titre de son œuvre principale, dans laquelle il décrit l’ascension de la vie humaine vers Dieu. Il naquit vers 575. Sa vie se déroula donc pendant les années où Byzance, capitale de l’empire romain d’Orient, connut la plus grande crise de son histoire. A l’improviste, le cadre géographique de l’empire se transforma et le torrent des invasions barbares fit s’effondrer toutes ses structures. Seule tint bon la structure de l’Eglise, qui continua pendant ces temps difficiles à exercer son action missionnaire, humaine et socio-culturelle, en particulier à travers le réseau des monastères, dans lesquels œuvraient de grandes personnalités religieuses, comme celle, précisément, de Jean Climaque.

Jean vécut et raconta ses expériences spirituelles dans les montagnes du Sinaï, où Moïse rencontra Dieu et Elie en entendit la voix. On conserve des informations le concernant dans une brève Vita (Patrologie Générale 88, 596-608), écrite par le moine Daniel de Raito :  à seize ans, Jean, devenu moine sur le mont Sinaï, y devint le disciple de l’abbé Martirio, un « ancien »; c’est-à-dire un « sage ». Vers vingt ans, il choisit de vivre en ermite dans une grotte au pied de la montagne, dans un lieu appelé Tola, à huit kilomètres du monastère de Sainte-Catherine. Mais la solitude ne l’empêcha pas de rencontrer des personnes souhaitant avoir une direction spirituelle, ainsi que de se rendre en visite dans plusieurs monastères à Alexandrie. En effet, sa retraite d’ermite, loin d’être une fuite du monde et de la réalité humaine, déboucha sur un amour ardent pour les autres (Vita 5) et pour Dieu (Vita 7).
Après quarante ans de vie érémitique vécue dans l’amour pour Dieu et pour son prochain, des années pendant lesquelles il pleura, il pria, il lutta contre les démons, il fut nommé higoumène du grand monastère du mont Sinaï et revint ainsi à la vie cénobitique, dans un monastère. Mais, quelques années avant sa mort, nostalgique de sa vie d’ermite, il laissa à son frère, moine dans le même monastère, la conduite de la communauté. Il mourut après 650. La vie de Jean se développe entre deux montagnes, le Sinaï et le Thabor, et on peut vraiment dire que de lui rayonna la lumière vue par Moïse sur le Sinaï et contemplée par les trois apôtres sur le Thabor.

Il devint célèbre, comme je l’ai déjà dit, pour l’œuvre intitulée l’Echelle (klímax), qualifiée en Occident comme Echelle du paradis (PG 88, 632-1164).
Composée sur la requête insistante du proche higoumène du monastère de Raito au Sinaï, l’Echelle est un traité complet de vie spirituelle, où Jean décrit le chemin du moine depuis le renoncement au monde jusqu’à la perfection de l’amour. C’est un chemin qui – selon ce livre – se développe à travers trente marches, chacune d’elle étant liée à la suivante. Le chemin peut être synthétisé en trois phases successives :  la première s’exprime dans la rupture avec le monde dans le but de retourner à l’état de l’enfance évangélique. L’essentiel n’est donc pas la rupture, mais le lien avec ce que Jésus a dit, c’est-à-dire revenir à la véritable enfance dans un sens spirituel, devenir comme les enfants. Jean commente :  « Une bonne fondation est celle qui est formée par trois bases et par trois colonnes:  innocence, jeûne et chasteté. Que tous les nouveau-nés en Christ (cf. 1 Co 3, 1) commencent par ces choses, en prenant exemple de ceux qui sont nouveau-nés physiquement » (1, 20 ; 636). Le détachement volontaire des personnes et des lieux chers permet à l’âme d’entrer en communion plus profonde avec Dieu. Ce renoncement débouche sur l’obéissance, qui est une voie vers l’humilité à travers les humiliations – qui ne manqueront jamais – de la part des frères. Jean commente :  « Bienheureux celui qui a mortifié sa propre volonté jusqu’à la fin et qui a confié le soin de sa propre personne à son maître dans le Seigneur :  en effet, il sera placé à la droite du Crucifié ! » (4, 37 ; 704).

La deuxième phase du chemin est constituée par le combat spirituel contre les passions. Chaque marche de l’échelle est liée à une passion principale, qui est définie et diagnostiquée, avec l’indication de la thérapie et avec la proposition de la vertu correspondante. L’ensemble de ces marches constitue sans aucun doute le plus important traité de stratégie spirituelle que nous possédons. La lutte contre les passions revêt cependant un caractère positif – elle ne reste pas une chose négative – grâce à l’image du « feu » de l’Esprit Saint :  « Que tous ceux qui entreprennent cette belle lutte (cf. 1 Tm 6, 12), dure et ardue [...], sachent qu’ils sont venus se jeter dans un feu, si vraiment ils désirent que le feu immatériel habite en eux » (1, 18 ; 636). Le feu de l’Esprit Saint qui est feu de l’amour et de la vérité. Seule la force de l’Esprit Saint assure la victoire. Mais selon Jean Climaque, il est important de prendre conscience que les passions ne sont pas mauvaises en soi ; elles le deviennent en raison du mauvais usage qu’en fait la liberté de l’homme. Si elles sont purifiées, les passions ouvrent à l’homme la voie vers Dieu avec des énergies unifiées par l’ascèse et par la grâce et, « si celles-ci ont reçu du Créateur un ordre et un début…, la limite de la vertu est sans fin » (26/2, 37 ; 1068).
La dernière phase du chemin est la perfection chrétienne, qui se développe dans les dernières sept marches de l’Echelle. Il s’agit des stades les plus élevés de la vie spirituelle, dont peuvent faire l’expérience les « ésicastes », les solitaires, ceux qui sont arrivés au calme et à la paix intérieure ; mais ce sont des stades accessibles également aux cénobites les plus fervents. Des trois premiers – simplicité, humilité et discernement – Jean, dans le sillage des Pères du désert, considère le dernier le plus important, c’est-à-dire la capacité de discerner. Chaque comportement doit être soumis au discernement ; en effet, tout dépend des motivations profondes, qu’il faut évaluer. On entre ici dans le vif de la personne et il s’agit de réveiller chez l’ermite, chez le chrétien, la sensibilité spirituelle et le « sens du cœur », dons de Dieu :  « Comme guide et règle en toute chose, après Dieu, nous devons suivre notre conscience » (26/1,5 ;1013). C’est de cette manière que l’on atteint la tranquillité de l’âme, l’esichía, grâce à laquelle l’âme peut se pencher sur l’abîme des mystères divins.

L’état de calme, de paix intérieure, prépare l’ »ésicaste » à la prière, qui chez Jean, est double :  la « prière corporelle » et la « prière du cœur ». La première est propre à celui qui doit s’aider de gestes du corps :  tendre les mains, émettre des gémissements, se frapper la poitrine, etc. (15, 26 ; 900) ; la deuxième est spontanée, car elle est l’effet du réveil de la sensibilité spirituelle, don de Dieu à ceux qui se consacrent à la prière corporelle. Chez Jean, elle prend le nom de « prière de Jésus » (Iesoû euché), et est constituée par l’invocation du seul nom de Jésus, une invocation continue comme la respiration :  « Que la mémoire de Jésus ne fasse qu’une seule chose avec ta respiration, et alors, tu connaîtras l’utilité de l’esichía », de la paix intérieure (27/2, 26 ; 1112). A la fin, la prière devient très simple, simplement le nom « Jésus » qui ne fait qu’un avec notre respiration.

Le dernier degré de l’échelle (30), teinté de « la sobre ivresse de l’Esprit », est consacré à la suprême « trinité des vertus »:  la foi, l’espérance et surtout la charité.
De la charité, Jean parle également comme éros (amour humain), figure de l’union matrimoniale de l’âme avec Dieu. Et il choisit encore l’image du feu pour exprimer l’ardeur, la lumière, la purification de l’amour pour Dieu. La force de l’amour humain peut être redirigée vers Dieu, de même que sur l’olivier sauvage peut être greffé l’olivier franc (cf. Rm 11, 24) (15, 66 ; 893). Jean est convaincu qu’une intense expérience de cet éros fait progresser l’âme beaucoup plus que le dur combat contre les passions, car sa puissance est grande. Ainsi prévaut le positivisme sur notre chemin. Mais la charité est considérée également en relation étroite avec l’espérance :  « La force de la charité est l’espérance :  grâce à elle, nous attendons la récompense de la charité… L’espérance est la porte de la charité… L’absence d’espérance anéantit la charité:  c’est à elle que sont liés nos efforts, c’est par elle que sont soutenus nos labeurs, et c’est grâce à elle que nous sommes entourés par la miséricorde de Dieu » (30, 16 ; 1157). La conclusion de l‘Echelle contient la synthèse de l’œuvre avec des paroles que l’auteur fait prononcer à Dieu lui-même :  « Que cette échelle t’enseigne la disposition spirituelle des vertus. Je Me tiens au sommet de cette échelle, comme le dit Mon grand initié (saint Paul) :  Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13) ! » (30, 18 ; 1160).

A ce point, une dernière question s’impose :  l’Echelle, œuvre écrite par un moine ermite qui a vécu il y a mille quatre cents ans, peut-elle encore nous dire quelque chose aujourd’hui ? L’itinéraire existentiel d’un homme qui a toujours vécu sur le mont Sinaï à une époque si lointaine peut-il être d’une quelconque actualité pour nous ?
Dans un premier temps, il semblerait que la réponse doive être « non », car Jean Climaque est trop loin de nous.
Mais, si nous observons d’un peu plus près, nous voyons que cette vie monastique n’est qu’un grand symbole de la vie baptismale, de la vie de chrétien. Elle montre, pour ainsi dire, en lettres capitales ce que nous écrivons jour près jour en lettres minuscules. Il s’agit d’un symbole prophétique qui révèle ce qu’est la vie du baptisé, en communion avec le Christ, avec Sa mort et Sa résurrection.
Pour moi, il est particulièrement important que le sommet de l’ »échelle », que les derniers degrés soient dans le même temps les vertus fondamentales, initiales, et les plus simples :  la foi, l’espérance et la charité. Il ne s’agit pas de vertus uniquement accessibles à des champions de la morale, mais des dons de Dieu à tous les baptisés :  en elles croît également notre vie. Le début est également la fin, le point de départ est également le point d’arrivée :  tout le chemin va vers une réalisation toujours plus radicale de la foi, de l’espérance et de la charité. Dans ces vertus, est présente toute la montée. La foi est fondamentale, car cette vertu implique que je renonce à mon arrogance, à ma pensée ; à la prétention de juger seul, sans m’appuyer sur les autres. Ce chemin vers l’humilité, vers l’enfance spirituelle, est nécessaire :  il faut surmonter l’attitude d’arrogance qui fait dire :  j’en sais plus, à mon époque du XXIe siècle, que ce que pouvaient savoir les hommes de l’époque passée. Il faut en revanche s’en remettre uniquement à l’Ecriture Sainte, à la Parole du Seigneur, contempler avec humilité l’horizon de la foi, pour entrer ainsi dans l’étendue immense du monde universel, du monde de Dieu. De cette façon notre âme croît, la sensibilité du cœur vers Dieu croît. Jean Climaque dit à juste titre que seule l’espérance nous rend capables de vivre la charité. L’espérance dans laquelle nous transcendons les choses de tous les jours, nous n’attendons pas le succès de nos jours terrestres, mais nous attendons à la fin la révélation de Dieu lui-même. Ce n’est que dans cet élargissement de notre âme, dans cette auto-transcendance que notre vie devient grande et que nous pouvons supporter les peines et les déceptions de chaque jour, que nous pouvons être bons avec les autres sans attendre de récompense. Ce n’est que si Dieu existe, cette grande espérance à laquelle je tends que je peux, chaque jour, accomplir les petits pas de ma vie et apprendre ainsi la charité. Dans la charité se cache le mystère de la prière, de la connaissance personnelle de Jésus :  une prière simple, qui tend uniquement à toucher le cœur du Maître divin. Et ainsi, on ouvre son cœur, on apprend de Lui la même bonté, le même amour. Utilisons donc cette « montée » de la foi, de l’espérance et de la charité ; nous parviendrons ainsi à la vraie vie.

Nota bene :
« L’Echelle Sainte » de Saint Jean Climaque est disponible en lecture gratuite en ligne > ici

Saint Jean Climaque l'échelle spirituelle

2022-42. Conte traditionnel russe : les trois arbres.

Rembrandt  les trois arbres -Rijksmuseum Amsterdam

Rembrandt : Les Trois Arbres (Rijksmuseum, Amsterdam)

Il était une fois sur une montagne, trois petits arbres qui discutaient de ce qu’ils feraient lorsqu’ils seraient grands.

Le premier petit arbre, émerveillé par les étoiles brillant au firmament des nuits, disait :
« Moi, quand je serai grand, je voudrais qu’on me transforme en un coffre à trésor splendidement orné, et qu’on me remplisse de pièces d’or et de toutes les plus belles pierreries du monde ».
Le deuxième petit arbre qui aimait à regarder scintiller sous la lune les eaux claires de la rivière dévalant les pentes, et dont on lui avait rapporté qu’elle allait au loin se jeter dans les vagues d’écume de la mer, déclarait :
« Je voudrais qu’on me transforme en un magnifique vaisseau ! Alors, commandé par un vaillant capitaine, je serai invincible pour affronter tous les océans du monde ».
Le troisième petit arbre, qui se plaisait à regarder les sommets aux alentours qui semblaient toucher le ciel, et les villages qu’on apercevait dans les vallées et desquels montaient jusqu’à eux les échos de la vie des hommes avec ses inquiétudes et ses joies, ses peines et ses espérances, ses bonheurs et ses deuils… , rêvait :
« Moi, quand je serai grand, je voudrais être encore plus grand que grand, et tellement grand que, chaque fois que l’on me regardera, on soit obligé de lever très haut les yeux et, de la sorte, obligé de penser à Dieu ».

Le temps s’écoula longtemps au grand sablier de la montagne, au murmure des sources, au clapotis des ruisseaux.
Les printemps succédèrent aux hivers, puis laissèrent la place aux étés.
Les trois petits arbres avaient changé, pris de la force, de la stature, des troncs vigoureux, des branches et des branchages.

Un matin d’automne des voix résonnèrent sur le sentier. Les oiseaux firent silence.
Les arbres se mirent à trembler de toutes leurs feuilles.

Trois bûcherons s’approchèrent des arbres.
Le premier bûcheron, regardant le premier arbre, le déclara parfait et, à grands coups de hache, le fit tomber sur le sentier.
Le deuxième bûcheron, voyant le deuxième arbre, le trouva vigoureux et, à grands coups de hache, le coucha sur le sol boueux.
Le troisième bûcheron se chargea du troisième arbre et, à grands coups de hache, il le fit culbuter dans la clairière dévastée.

Les trois arbres abattus furent ensuite trainés sur le flanc de la montagne.
Chacun sous son écorce imaginait la suite de son destin.

Le premier arbre allait enfin pouvoir vivre le rêve de sa vie : il se retrouverait bientôt dans la bonne odeur de colle et de copeaux de bois de l’atelier d’un ébéniste de renom…
Mais il fut emmené à l’humble menuiserie d’un village où personne ne commandait de coffre orné auquel confier de riche trésor, mais seulement des mangeoires pour les animaux.

Après deux jours et deux nuits de voyage, le deuxième arbre pensa qu’allait enfin se retrouver sur les galets gris du chantier naval. Les cris aigus des mouettes lui tournaient déjà la tête.
Il ne pouvait pas encore se douter de la mauvaise surprise qui l’attendait : pas un seul armateur n’avait passé commande pour un grand vaisseau ; seul un pêcheur avait commandé une modeste barque de pêche.

Quand au troisième arbre qui n’était plus que désespoir, on le débita en grosses poutres mal équarries qu’on mit à sécher le long d’un mur chez un charpentier.

Beaucoup de mois, beaucoup d’années passèrent sur les rêves détruits des trois arbres.
Beaucoup d’insectes dans leur bois, beaucoup d’araignées, beaucoup de poussières, beaucoup de désespérance…
Les arbres avaient fini par oublier leurs rêves.
Ils avaient cicatrisé.
Ils s’étaient installés dans les torpeurs de l’habitude.
Ils n’attendaient plus rien…

Le premier arbre devenu mangeoire ne sentait même plus la caresse des animaux tirant sur le foin.
Mais une nuit d’hiver la douce lumière d’une étoile plus éclatante que les autres se posa sur lui.
Un homme jeune au maintien doux et modeste et une toute jeune femme vinrent s’abriter dans l’étable.
Au milieu de la nuit, la jeune femme mit au monde un bébé que l’homme emmaillota et coucha dans la mangeoire.
Alors le premier arbre comprit que son rêve se réalisait.

Encore bien des coups de vent, des jours de pluie, des hivers glacés passèrent sur les rives du lac où le deuxième arbre, devenu petite barque de pêcheur, vieillissait lentement dans une mauvaise odeur de poisson.
Jusqu’à ce soir d’été où un groupe d’hommes voulut traverser le lac : ils embarquèrent.
Soudain, alors qu’ils se trouvaient au milieu du lac, une tempête se leva telle qu’on n’en avait jamais vu.
L’homme qui dormait à l’avant et vers lequel tous les autres crièrent affolés, se leva dans la barque, étendit les bras et calma la tempête.
Ainsi le second arbre comprit que son rêve se réalisait.

Peu de temps après cet événement, la ville se mit à résonner d’une étrange rumeur : les gens étaient énervés, on entendait des cris étouffés de femmes inquiètes et des cris de haine, des martèlements de chaussures de soldats…
L’air était rempli de violence, de mauvaise vengeance, d’injustice.

Des hommes vinrent près du hangar pour y tirer de sa torpeur le troisième arbre transformé en poutres.
Ils assemblèrent ces poutres en forme de croix, et, sur cette croix, ils clouèrent le Fils de l’Homme.
Le troisième arbre sut alors que son rêve se réalisait, puisque désormais chaque fois qu’on le regarderait, on penserait à Dieu.

calvaire

2022-41. La source du pardon est ouverte à quiconque veut vivre.

Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
la nécessité de confesser nos péchés
pour obtenir le pardon de Dieu

Pompeo Batoni - le retour de l'enfant prodique

Pompeo Batoni (1708-1787) : le retour de l’enfant prodigue

§ 1. Pour accorder aux hommes son pardon, Dieu les invite à se convertir, mais ils ne l’écoutent pas.

Jamais le Dieu tout-puissant ne refusera Sa miséricorde aux hommes qui obéiront avec foi à Ses commandements, et toutes les fois que notre cœur sera prêt à reconnaître ses fautes, le Seigneur nous en accordera aussitôt le pardon. C’est son désir constant, pourvu que le pécheur ne se complaise pas dans le mal ; car voici ce qu’il dit par l’intermédiaire du Prophète : « Revenez à moi, et je reviendrai à vous » (Zach. 1, 3). Il envoie des hérauts, on les méprise ; Il appelle à Lui les pécheurs, et les pécheurs ne se convertissent pas. Viendra le jour du jugement, où ils demanderont et ne seront pas exaucés. Le Sauveur leur dit : « Revenez de vos voies criminelles » (Zach. 1, 4) ; ils répondent : Nous resterons dans le mauvais chemin. Ne sont-ce point d’impudents contempteurs du Très-Haut ? aussi une condamnation à mort les attend. Puisse chacun de nous dire à Dieu : « J’ai péché » (2 Rois, XII, 13), car aussitôt Il répondra : J’ai pardonné. Par l’effet ordinaire de Sa bonté, Dieu veut accorder aux pécheurs le pardon de leurs fautes, mais, par l’effet habituel de leur malice, les coupables sont tout prêts à refuser leur grâce.

§ 2. Exhortation à ne plus vivre de la vie d’un monde qui passe. 

La source du pardon est ouverte à quiconque veut vivre. Mes frères, vivons, et vivons bien ; car la vie présente passera avec le temps, mais la vie future ne finira jamais. Mais on vous voit aimer cette vie terrestre de manière à réaliser en vous ce que dit Salomon : « Je me suis créé des musiciens et des musiciennes, des échansons et des femmes chargées de me verser à boire » (Eccl. II, 8), et le reste « et je n’ai rien trouvé de mieux que de boire et de manger » (Eccl. VIII, 15). Tu choisis volontiers un pareil genre de vie ; pourquoi donc ne pas faire encore ce qu’il ajoute : « Je n’ai rien trouvé de mieux que de boire et de manger, et cela est vanité des vanités ?» (Eccl. I, 2). C’était justice, car il n’y a vraiment en cela que vanité. Vivre et bien faire, voilà ce qui s’appelle vivre ; mais vivre et mal agir, ce n’est pas réellement vivre. Vivons donc ce petit espace de temps, de manière à mériter de vivre beaucoup dans le séjour éternel qui nous attend. Ici-bas, en effet, ne sommes-nous pas comme en un lieu de passage ? Un jour viendra où nous devrons en sortir, et tu nourris des désirs pareils à ceux que tu nourrirais si tu ne savais pas d’où tu viens. Le monde est devenu la demeure de ton corps, et celui-ci le domicile de ton âme. Ton corps est comme un prolongement du monde, et ton âme lui est étrangère. Le séjour de ton corps est ici-bas ; celui de ton âme, c’est le ciel ; car « ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit » (Jean, III, 6). La chair est venue de la terre et y retournera ; l’esprit est venu du ciel, et quand se briseront les liens qui l’unissent au corps, il y rentrera. Mais quelle dure nécessité, sortir de ce monde ! Où iras-tu donc à ce moment-là ? tu sortiras du monde pour aller au ciel. On redoute de pénétrer dans la maison d’un grand personnage inconnu : par quel moyen gravir les degrés de l’échelle qui aboutit au ciel ? Malgré une conscience pure, on tremble en face d’un tribunal de la terre ; la voix et l’aspect d’un juge remplissent l’âme d’épouvante quelles seront donc les émotions des pécheurs, quand il leur faudra paraître devant Dieu, eux que la seule vue des Anges suffit à jeter dans le trouble ?

§ 3. Excellence de la pénitence et de la conversion démontrée par l’exemple de Jonas et des Ninivites.

Si je ne me trompe, mes frères, la comparaison que je viens d’employer ne manque pas de justesse ; mais si la crainte a glacé nos coeurs, que la prière s’échappe vite de nos lèvres ; que notre pénitence efface, en un clin d’œil, les fautes que notre ignorance a été si longtemps à commettre. Croyez-moi, mes frères, puisqu’en agissant ainsi vous ajoutez foi, non pas à mes propres paroles, mais au commandement du Seigneur, que vous venez d’entendre. La population de Ninive vivait, mais elle ne vivait pas bien ; c’est pourquoi le Seigneur dit au prophète Jonas : « Va dans la grande ville ; là, prêche avec force contre elle, parce que le bruit de sa malice est monté jusqu’à Moi » (Jonas, I, 2). Sa mission avait été d’être un humble prédicateur, et, de fait, il se montra un grand contempteur. On l’avait envoyé à Ninive, et ce fut à Tarse qu’il se rendit. Il méprisa Dieu et s’enfuit dans un vaisseau, comme si la puissance de Dieu ne s’étendait pas jusque sur mer ! Alors il se mit à dormir ; sa sécurité était telle que, durant son sommeil, il ronflait. Pendant ce temps-là, les nautoniers jetaient à l’eau tous les vases qui se trouvaient sur le navire, ils pleuraient, car ils se croyaient condamnés à périr misérablement. Lève-toi ! s’écrièrent-ils enfin ; il faut que nous sachions par le fait de qui nous vient notre malheur. Désigné publiquement par les sorts, il ne chercha point à nier sa faute ; au contraire, il se condamna lui-même. « Prenez-moi », dit-il, « jetez-moi dans la mer, et la tempête s’apaisera » (Jonas I, 12). Les matelots le précipitèrent du haut du vaisseau et, en-dessous des flots, se trouva une baleine qui l’engloutit. Au sein des abîmes son tombeau fut le ventre d’un poisson, et celui-ci le garda intact, dans ses entrailles, l’espace de trois jours. Jonas en sortit aussi sain qu’il y était entré ; alors il se montra docile et accomplit les ordres divins qu’il avait d’abord méprisés et éludés ; aussi le peuple et la ville tout entière firent-ils pénitence en versant des larmes, tandis que Jonas attendait au loin que Dieu fît périr Ninive ; mais le feu, envoyé pour la réduire en cendres, s’éteignit sous le torrent des larmes de ses habitants. Dieu leur pardonna donc leurs égarements, et, au même instant, le Prophète fut saisi de douleur. Seigneur, dit-il, je savais que vous êtes prompt à pardonner, voilà pourquoi je m’étais enfui à Tarse, au lieu d’exécuter Vos ordres. Un peu de fatigue avait rempli son âme de tristesse, et nul sentiment de joie ne s’empara de son coeur, lorsque, à l’égard de Ninive, l’indulgence succéda aux menaces de la justice divine. Il en sortit donc et s’endormit bientôt ; car il avait vu un grand concombre élever au-dessus de sa tête son épais feuillage, pour le défendre contre les ardeurs brûlantes du soleil : cet arbrisseau, sorti de terre par l’ordre du Seigneur, sécha bientôt après sous l’influence de la même volonté divine. Subitement élevé, il disparut tout aussi vite. Il n’y avait pas d’autre nécessité à ce qu’il sortît de terre que celle-ci : Dieu avait promis Son pardon aux pécheurs, afin de les exciter à se convertir.
— Mais, me diras-tu, qui est-ce qui t’autorise à parler ainsi ? — Lis le livre de Jonas, et tu verras que le Prophète pleure sur le sort du concombre ; puis, si tu pousses plus loin la lecture, le Seigneur t’apparaîtra, comme épargnant la ville. « Jonas », dit-il, « tu gémis sur le sort d’une plante qui est venue sans toi, qui s’est accrue en une nuit et qui a péri le lendemain ; et Moi, Je n’épargnerais pas la grande ville de Ninive, où il y a plus de cent vingt mille hommes ? » (Jonas IV, 10-11).

§ 4. Il nous faut pratiquer la pénitence pour être dignes de participer aux mérites de la mort que le Christ a soufferte pour nous.

Mes frères, un seul : « Pardonne ! », suffit à délivrer de la mort un grand nombre. Il y en a beaucoup (je dirais même qu’ils sont en énorme quantité) pour dire : « Mangeons et buvons » (Isaïe, XXII, 13), car c’est notre nature : une fois enfermés dans le tombeau, nous n’avons plus de vie, nous n’avons plus de châtiment à redouter. Non, sans doute, tu n’éprouveras pas de châtiment si tu te convertis et obtiens ton pardon. Avant la passion de ton Sauveur, ton premier père ne pleurait-il pas ? Ignores-tu donc que si Jésus-Christ n’était pas venu, Adam aurait pour toujours été enseveli dans l’enfer ? Jésus-Christ homme est venu pour ce motif : Il S’est anéanti à cause de toi, et afin de te trouver. D’abord, tu avais péché par ignorance, et Il t’a purifié par l’effusion de Son Sang ; mais si, après avoir été instruit, tu recommences à pécher, il est sûr que tu éprouveras toute la sévérité de Sa justice. Donc, en tout ceci, mes frères, obéissons à Ses commandements, et nous deviendrons participants de la récompense qu’Il nous a promise. Ainsi soit-il.

Le retour du fils prodigue - détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame du Rosaire Saint-Ouen

Le retour du fils prodigue,
détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame du Rosaire, de Saint-Ouen.

 

2022-40. Méditation sur les sept douleurs de Saint Joseph.

Lettre aux membres et amis de la
Confrérie Royale

à l’occasion du 25 mars 2022

Blason de la Confrérie Royale

Méditation sur les sept douleurs de Saint Joseph

Chers Amis,

j’aimerais profiter de cette occasion qui m’est donné de vous écrire en ce mois de mars traditionnellement consacré à Saint Joseph pour méditer avec vous sur les sept douleurs de Saint Joseph. Aussi, je commencerai par une considération sur la vocation de Joseph. Cette considération, nous la trouvons contenue dans le premier panégyrique consacré au Grand Saint Joseph et qui est l’œuvre de Bossuet. L’auguste prédicateur s’exprime ainsi : « Entre toutes les vocations, j’en remarque deux, dans les Écritures, qui semblent directement opposées : la première, celle des Apôtres, la seconde, celle de Joseph. Jésus est révélé aux Apôtres, pour l’annoncer par tout l’univers ; Il est révélé à Joseph pour le taire et pour le cacher. Les Apôtres sont des lumières, pour faire voir Jésus-Christ au monde. Joseph est le voile pour le couvrir ; et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Celui qui glorifie les Apôtres par l’honneur de la prédication glorifie Joseph par l’humilité du silence. »
C’est dans l’humilité de ce silence, c’est à travers ce voile mystérieux que je vous propose de méditer sur les douleurs de Saint Joseph. Ce qui revient à méditer sur les épreuves qu’il a dû traverser. Avant de commencer cette médiation, permettez-moi de faire brièvement un rappel sur l’origine de cette dévotion aux sept douleurs et aux sept joies de Saint Joseph. Plus largement, nous verrons le lien qui existe entre Saint Joseph et le royaume de France.
Cette dévotion a été recommandée par le Saint Patriarche lui-même à deux religieux franciscains qui avaient fait naufrage et qui se trouvaient en péril de mort. Dans leur malheur, ils restèrent trois jours et trois nuits au milieu d’une terrible tempête. Au milieu des flots déchaînés, nos deux religieux appellent Saint Joseph à leur secours. Le Grand Saint Joseph les délivra d’une mort certaine et il leur recommanda la dévotion à ses sept douleurs et à ses sept allégresses, promettant sa protection à ceux qui embrasseraient cette dévotion.
Plus largement, la dévotion joséphienne à été encouragée par le Roi. L’apparition de Saint Joseph au berger Gaspard Richard d’Estienne à Cotignac aura une grande influence. Le 7 juin 1660, alors qu’il souffre de la soif, Saint Joseph apparaît à ce berger et lui dit simplement : « Lève cette roche et tu boiras. » Obéissant, notre berger put soulever l’énorme pierre et voir l’eau jaillir et couler sans se tarir. En plus d’étancher la soif du berger, ceux qui malades ou infirmes vinrent boire de l’eau de cette source furent guéris. La nouvelle arrive rapidement jusqu’au roi. Remarquons que c’est ce même jour que Louis XIV fera la connaissance de sa future épouse, Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean-de-Luz. Louis XIV ne tardera pas à faire en sorte que tout le royaume honore Saint Joseph : le 12 mars 1661, soit deux jours seulement après avoir entamé son règne personnel, Louis XIV institue le 19 mars comme jour chômé dans tout le royaume pour honorer saint Joseph.

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Cotignac statue de Saint Joseph au lieu de l'apparition

Statue de Saint Joseph au lieu de son apparition à Cotignac 

À présent, commençons notre méditation :

I.
« Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils n’eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit.
Joseph, son mari, qui était juste et ne voulait pas la diffamer, se proposa de la répudier secrètement. Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit. Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras pour nom Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. » Or tout cela arriva afin que fût accompli ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : Voici que la Vierge sera enceinte et enfantera un fils; et on lui donnera pour nom Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il prit chez lui son épouse. Et il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle enfantât son fils, et il lui donna pour nom Jésus. » (Mt.I,XVIII-XXV)

Avec ce premier épisode, nous pouvons contempler l’affliction et l’angoisse qu’a ressenti notre glorieux Joseph en son cœur. Imaginez la perplexité de la situation pour le chaste Epoux de la Vierge Marie : « Joseph, …qui était juste et ne voulait pas la diffamer, se proposa de la répudier secrètement ». Quelle devait être grande votre douleur à la pensée de devoir renvoyer votre Epouse Immaculée !

Dans votre angoisse, l’ange de Dieu vient vous consoler en vous révélant le grand mystère de l’Incarnation : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit. »
Depuis cet épisode, considérons combien d’hommes ont eu à affronter des difficultés à l’annonce d’une future naissance. Le constat est relativement simple à faire. Si l’homme est proche de Dieu, s’il a la crainte de Dieu au cœur et s’il désire Lui obéir et Lui plaire, alors tout se fera pour la vie, le bon accueil de l’enfant et le soutien de la mère. Par contre, si l’homme -et ils sont nombreux dans notre pays déchristianisé- est loin de Dieu, qu’il Le rejette et que la seule chose qui compte est son propre plaisir et son confort, alors la porte est ouverte aux pires choses, aux crimes les plus ignobles, c’est l’abandon et la mort. Pensons chers amis, à répondre à l’invitation de Son Excellence Mgr. Athanasius Schneider qui rappelle ce que nous pouvons faire pour aider l’Eglise en ces temps de confusion : « Contre le cinquième commandement (« Tu ne tueras pas »), à cause de l’horrible mécanique de l’assassinat de masse des enfants à naître et même de nouveau-nés, … » son Excellence invite à s’engager dans des actes de réparation et d’expiation pour les péchés contre la foi catholique et pour les péchés contre les commandements divins.

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II.
Pour contempler la deuxième douleur de Saint Joseph, père nourricier du Fils de Dieu, il nous faut aller à la crèche : « Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Lc.II, III-VII)

Contemplons la tristesse avec laquelle Joseph a vu naître l’Enfant Jésus dans une si grande pauvreté…mais à nouveau la joie vient du ciel et les anges en concert chantent les louanges divines : « Tout à coup se joignit à l’ange une troupe de la milice céleste, louant Dieu et disant :  » Gloire, dans les hauteurs, à Dieu ! Et, sur terre, paix chez les hommes de bon vouloir !  » » (Lc.II, XIII-XIV) Considérons l’extrême pauvreté dans laquelle est venu le Fils de Dieu. Au dernier Noël, combien d’hommes ont laissé Jésus dans le froid. Leur cœur s’est refroidi, l’ardeur de leur âme s’est éteinte. Dans la consommation des fêtes, ils pensent – disent-ils – « croquer la vie à pleines dents », « profiter à fond » alors que finalement, ils se laissent dévorer et comme engloutir par l’esprit du monde et de ses séductions.

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III.
La troisième douleur de Joseph, très obéissant observateur des lois divines fût de voir le Sang précieux de l’Enfant versé lors de la circoncision : « Les huit jours étant accomplis pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom que l’ange avait donné avant qu’il eût été conçu dans le sein maternel. » (Lc II, XXI) et en même temps, le nom de Jésus vient combler de joie le cœur de Joseph qui sait que ce nom est le nom Sauveur.

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IV.
Avec la quatrième douleur de Saint Joseph, nous rejoignons la bienheureuse Vierge Marie, car c’est évidement Elle et l’Enfant Jésus qui sont visés par la prophétie du vieillard Syméon :
« Or, il y avait à Jérusalem un homme nommé Siméon; c’était un homme juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui. L’Esprit-Saint lui avait révélé qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc dans le temple, poussé par l’Esprit. Et comme ses parents amenaient l’enfant Jésus pour observer les coutumes légales à son égard, lui-même le reçut en ses bras, et il bénit Dieu en disant :  » Maintenant, ô Maître, vous congédiez votre serviteur en paix, selon votre parole ; car mes yeux ont vu le salut, que vous avez préparé à la face de tous les peuples, lumière qui doit éclairer les nations et gloire d’Israël, votre peuple.  » Et son père et sa mère étaient dans l’étonnement pour les choses que l’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et il dit à Marie, sa mère :  » Voici qu’il est placé pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction, vous-même, un glaive transpercera votre âme, afin que soient révélées les pensées d’un grand nombre de cœurs. » (Luc II, XXV-XXXV)

À l’annonce des douleurs qui allaient toucher le cœur de Sa Très Sainte Épouse, Joseph partage cette douleur et en même temps son cœur est comblé de joie. Car si un glaive doit transpercer le cœur de Marie, …c’est « afin que soient révélées les pensées d’un grand nombre de cœurs ». À l’heure des affrontements entre la Russie et l’Ukraine, nous pouvons reprendre la pensée et l’espérance de S.Ex. Mgr. Schneider : « J’espère, et je crois, qu’un jour, par un acte parfait de consécration de la Russie au Cœur Immaculé par un prochain pape, le ciel déversera de très abondantes grâces pour l’Église et pour l’humanité, et pour la pleine conversion de la Russie ».

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V.
Voyons à présent l’épisode de la fuite en Egypte qui est la source de la cinquième douleur de Saint Joseph : « Après leur départ, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit :  » Lève toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.  » Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Egypte. » (Math.II, XIII-XIV)

Ainsi c’est de nuit que Saint Joseph doit fuir avec les deux « Sacrés dépôts »qui lui ont été confiés : Jésus et Marie. En contemplant cette cinquième douleur de Joseph, méditons sur la nécessité de notre fuite du péché et recherchons toujours notre refuge et notre joie en Jésus et Marie.

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VI.
La sixième douleur de Saint Joseph est étroitement liée à la précédente. En effet, nous lisons :
« Hérode étant mort, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph en Egypte, et lui dit :  » Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant sont morts.  » Et lui, s’étant levé, prit l’Enfant et sa Mère, et il vint dans la terre d’Israël. Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il eut peur d’y aller, et, ayant été averti en songe, il gagna la région de la Galilée et vint habiter dans une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dit les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. » (Math. II, XIX-XXIII)

Ainsi, nous voyons que la joie de ramener l’Enfant Jésus d’Égypte fut troublée par la crainte d’Archélaüs. Mais à nouveau un ange vient rassurer notre glorieux Joseph et lui offre la joie de l’existence cachée à Nazareth avec Jésus et Marie. « Demander à Dieu la grâce d’accepter les croix de cette vie terrestre par amour pour Lui et comme moyen d’intercession et d’expiation pour le salut éternel de tous les membres de la famille ».

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VII.
Enfin, la septième et dernière douleur de Joseph nous invite à contempler l’épisode si douloureux de la perte de Jésus à Jérusalem : « L’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. Or ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem, pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils étaient montés selon la coutume de la fête, et qu’ils s’en retournaient, le temps étant passé, l’Enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne le surent pas. Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit :  » Mon Enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés. » (Lc II, XL-L)

Quelle douleur et quelle angoisse de perdre un enfant ! Mais quelle joie de le retrouver !
Prions Chers Amis, prions Saint Joseph et demandons-lui de ne jamais perdre Jésus. Si par malheur, il nous arrivait de nous en éloigner, demandons la force de retourner à Lui au plus vite dans la douleur et les pleurs, en criant de tout notre cœur : Jésus, notre joie !
Ainsi soit-il.

Abbé Louis-Samson de La Ferté

Saint Joseph - détail d'une bannière

Détail d’une bannière de Saint Joseph (XIXème siècle)

2022-39. Consécration au Cœur immaculé de Notre-Dame pour ce 25 mars 2022.

Jeudi 24 mars 2022,
Fête de Saint Gabriel, archange (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Siméon de Trente, enfant martyr.

Notre-Dame de Fatima

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Cent-cinq ans après les apparitions de Notre-Dame à Fatima (1917-2022), et après moultes guerres et catastrophes, François, actuel occupant officiel du trône pontifical, vient d’annoncer qu’il consacrera solennellement la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie, demain vendredi 25 mars. On trouve le texte qu’il prononcera > ici.
Il a appelé tous les évêques à s’unir à lui ; les prêtres et les fidèles sont eux aussi fortement incités à s’associer à cet acte. Voilà pourquoi je vous invite à vous y unir vous aussi par la prière, par exemple par la récitation d’un chapelet, et autant que possible en groupe, suivi par la récitation d’un acte de consécration en union avec toute l’Eglise.
Ce peut être, ce vendredi 25 mars en même temps que la cérémonie pénitentielle qui sera célébrée à partir de 17 h dans la basilique vaticane (François récitant l’acte de consécration à 18 h 30 en simultané avec son aumônier au sanctuaire de Fatima), ou bien – si vous n’êtes pas disponible en fin d’après-midi – à un autre moment de la journée (à la fin de la Messe si vous avez la possibilité d’y assister, ou en conclusion du Chemin de Croix…) ; de préférence dans une église ou une chapelle, ou encore dans l’oratoire familial.

Nous avons tous conscience de l’importance et de l’actualité du message de Fatima pour obtenir la conversion de la Russie et des pécheurs, ainsi que la paix pour l’Église et le monde. L’acte décidé par François pour demain est attendu par le peuple chrétien fidèle depuis près d’un siècle.

Malheureusement, il manque à cet acte de consécration des éléments expressément demandés par la Très Sainte Vierge ; profitons toutefois d’un événement si exceptionnel pour nous y associer, quitte à le compléter par la formule que le Prévôt du Chapitre de Saint Remi a adaptée avec M. Yves de Lassus, spécialiste des apparitions de Fatima, et en lien avec le R.P. Jean-François Thomas, sj, prieur de la Confrérie Royale, qui la soutient et l’encourage parfaitement : explications et formule  ici
Rien n’empêche, si vous organisez une réunion de prières, de prononcer les deux actes, l’un au début, l’autre à la fin. Voici le lien des deux textes de consécrations > iciIl vous suffit de cliquer sur ce lien et d’imprimer le pdf qui s’ouvre.

En ce moment si solennel pour l’Église et pour le monde, en cette fête où « le Verbe S’est fait chair » (Verbum caro factum est) dans le sein très pur de Notre-Dame Immaculée, nous vous souhaitons une très sainte fête de l’Annonciation et Incarnation du Seigneur, sous la protection de l’Archange Saint Michel, de son collègue Saint Gabriel (célébré aujourd’hui 24 mars), de Saint Joseph (le mois de mars lui est consacré) et du Bon Larron Saint Dismas (fêté le 25 mars).

 Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis et dona nobis pacem !

Bonne, fervente et sainte fête de l’Annonciation de Notre-Dame.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

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