Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2022-57. Saint Athanase, « l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés ».

2 mai,
Fête de Saint Athanase d’Alexandrie, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. aussi > ici)

Saint Athanase fresque de la voûte de l'église Santa Maria sopra Minerva Rome

Saint Athanase
fresque à la voûte de l’église Santa Maria sopra Minerva, à Rome

frise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience pontificale générale
du
mercredi 20 juin 2007

St-Esprit & Ste Bible

Chers frères et sœurs,

En poursuivant notre évocation des grands Maîtres de l’Eglise antique, nous voulons aujourd’hui tourner notre  attention  vers  saint Athanase d’Alexandrie. Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme « la colonne de l’Eglise » par le grand théologien et Evêque de Constantinople Grégoire de Nazianze (Discours 21, 26),  et il a toujours été considéré  comme un modèle d’orthodoxie, aussi bien en Orient qu’en Occident. Ce n’est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l’Eglise orientale et occidentale – avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre.

Athanase a été sans aucun doute l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l’incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui – comme le dit le prologue du quatrième Evangile – « Se fit chair et vint habiter parmi nous » (Jean I, 14). C’est précisément pour cette raison qu’Athanase fut également l’adversaire le plus important et le plus tenace de l’hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, selon une tendance récurrente dans l’histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd’hui  aussi.

Probablement né à Alexandrie vers l’an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l’évêque de la métropole égyptienne, Alexandre.
Proche collaborateur de son Evêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l’empereur Constantin en mai 325 pour assurer l’unité de l’Eglise. Les Pères Nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.
Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l’authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n’était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous.
Les évêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le « Symbole de la foi » qui, complété plus tard par le premier concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental – qui exprime la foi de l’Eglise indivise, et que nous répétons aujourd’hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique – figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis :  celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est « de la même substance » que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

A la mort de l’Evêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme évêque d’Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l’égard des théories ariennes condamnées par le concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s’étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l’hostilité implacable des ariens et des philo-ariens. Malgré l’issue sans équivoque du concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau – dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité -, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l’empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l’unité de l’empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible – à son avis – à tous ses sujets dans l’empire.

La crise arienne, que l’on croyait résolue à Nicée, continua ainsi pendant des décennies, avec des événements difficiles et des divisions douloureuses dans l’Eglise. Et à cinq reprises au moins – pendant une période de trente ans, entre 336 et 366 – Athanase fut obligé d’abandonner sa ville, passant dix années en exil et souffrant pour la foi. Mais au cours de ses absences forcées d’Alexandrie, l’évêque eut l’occasion de soutenir et de diffuser en Occident, d’abord à Trèves puis à Rome, la foi nicéenne et également les idéaux du monachisme, embrassés en Egypte par le grand ermite Antoine, à travers un choix de vie dont Athanase fut toujours proche. Saint Antoine, avec sa force spirituelle, était la personne qui soutenait le plus la foi de saint Athanase. Réinstallé définitivement dans son siège, l’évêque d’Alexandrie put se consacrer à la pacification religieuse et à la réorganisation des communautés chrétiennes. Il mourut le 2 mai 373, jour où nous célébrons sa mémoire liturgique.

L’oeuvre doctrinale la plus célèbre du saint évêque alexandrin est le traité sur l’incarnation du Verbe, le Logos divin qui S’est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu « S’est fait homme pour que nous devenions Dieu ; Il S’est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et Il a Lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l’incorruptibilité » (54, 3). En effet, avec Sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme « la paille dans le feu » (8, 4). L’idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n’est pas un Dieu secondaire, Il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement « Dieu avec nous ».

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l’Eglise – qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne – rappelons ensuite les autres lettres qu’il adressa à son ami Sérapion, Evêque de Thmuis, sur la divinité de l’Esprit-Saint, qui est affirmée avec netteté, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d’année aux Eglises et aux monastères d’Egypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.

Enfin, Athanase est également l’auteur de textes de méditation sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d’une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique : la « Vie d’Antoine », c’est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l’évêque d’Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l’ami du grand ermite, au point de recevoir l’une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l’évêque d’Alexandrie lui avait lui-même donné. Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n’est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d’un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu’Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.

Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l’influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d’Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre :  « Qu’il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l’avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n’est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu’Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela soit un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n’était Dieu lui-même qui l’avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l’avait annoncé à Antoine dès le début ? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d’eux sachent qu’il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu » (Vie d’Antoine 93, 5-6).
Oui, frères et sœurs ! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d’Antoine et d’innombrables autres saints, nous montre que « celui qui va vers Dieu ne s’éloigne pas des hommes, mais qu’il se rend au contraire proche d’eux » (encyclique Deus caritas est, n. 42).

Corps des Saints Zacharie, père du Précurseur, et Athanase, patriarche d'Alexandrie - église Saint-Zacharie, Venise

Venise, église Saint-Zacharie :
autel où sont conservés les corps de
Saint Zacharie, père de Saint jean-Baptiste,
et Saint Athanase, patriarche d’Alexandrie.

2022-55. Réponse de Sa Majesté le Roi aux vœux reçus à l’occasion de son anniversaire.

Mardi 26 avril 2022 ;
Fête de Notre-Dame du Bon Conseil (cf. > ici).

Ce mardi 26 avril, en milieu de journée, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a tenu à remercier – par le moyen des réseaux sociaux – toutes les personnes qui, ce 25 avril, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, lui ont adressé des messages d’amitié, d’affection, de loyale et sincère dilection, contenant très souvent l’expression de leur fidélité et de leur espérance.

La réponse donnée aujourd’hui par Sa Majesté est pleine de sagesse et, en quelques mots sobres, est encore une fois lourde de graves et belles leçons, politiques autant que spirituelles.  

Louis XX

Je vous remercie chaleureusement pour les nombreux messages que j’ai reçus à l’occasion de mon anniversaire hier.

Comme vous le savez sans doute, je suis né exactement 760 ans, jour pour jour, après Saint Louis, modèle des gouvernants.

Au quotidien, nous voyons tous combien en politique, et plus largement pour toute action humaine, sans la transcendance et le regard tourné vers Dieu, ce qu’avait incarné en son temps Louis IX et qui lui a valu d’être canonisé, il est bien difficile de « raison garder ».
Sans rendre à Dieu ce que l’on rend aussi à César, il est difficile de trouver le bien commun. Les égoïsmes des individualismes des uns et des autres ont tôt fait de faire perdre à la société ses finalités. Nous le voyons trop actuellement avec notre monde qui a oublié nombre de ses repères traditionnels, préférant le relativisme à la Vérité.

Armes de France & Navarre

 

2022-54. De la condition du pape et du roi.

Lettre mensuelle aux membres et amis de la
Confrérie Royale

- 25 avril 2022 -

armoiries confrérie royale

De la condition du pape et du roi

            Il fut un temps, heureux temps, où le chrétien pouvait s’appuyer sur les deux piliers du pape et du roi, non point qu’il eût constamment les yeux rivés vers deux personnages dont il ne savait que peu de chose, mais il savait qu’il pouvait faire confiance à leur autorité, dans leur domaine respectif, car toute autorité devait rendre des comptes à Dieu directement. Le Vicaire du Christ et le Lieutenant du Christ, même parfois opposés violemment, avaient bien conscience que leur parole n’aurait de prix que si obéissant à Celui qui les avait revêtus d’une puissance passagère et d’une autorité qui ne relevait point de leurs vertus.

Ce que saint Thomas d’Aquin écrivit au sujet de la royauté s’applique aussi, avec quelques nuances, à la papauté car chacun de ces princes ont la charge d’une partie de l’humain mais pour l’élever plus haut. Il souligne bien que la voie de la béatitude doit être dégagée de ses obstacles par l’enseignement de l’Église, mais que le roi, à l’image de la royauté décrite dans le Livre du Deutéronome (XVII. 18-19), doit recevoir et méditer chaque jour la loi divine pour gouverner et mener le peuple dans la droiture et la vérité : « Instruit donc par la loi divine, le roi doit principalement se préoccuper de la manière dont la multitude qui lui est soumise mènera une vie bonne. Cette préoccupation se divise en trois points : premièrement, instituer la vie bonne dans la multitude qui lui est soumise ; deuxièmement, celle-ci instituée, la conserver ; troisièmement, celle-ci conservée, la conduire vers une plus haute perfection. » (La Royauté, Livre II, Chapitre 4, a. 4) Ce triple et unique souci doit être partagé aussi par le pape, à un niveau encore plus haut puisqu’il s’agit de la vie intérieure et de foi, mais la préoccupation est similaire et une identique fidélité à cette mission est exigée de lui comme du roi, chacun dans son ordre. Si l’une ou l’autre autorité vient à manquer, l’édifice est ébranlé ; si les deux sont défaillantes et ne répondent plus à leur charge, tout risque bien de s’écrouler, et bien des âmes sont victimes de cette faiblesse. Deux conditions sont donc nécessaires pour mener une vie bonne : agir selon la vertu, comme le disait déjà Pierre Lombard : « La vertu est en effet ce par quoi on vit bien » (Sententiæ, II, d. 27, c. 1) ; et, secondairement, puisque cette condition est instrumentale : posséder des biens corporels suffisants pour pouvoir mettre en pratique des actions vertueuses, comme l’indiquait déjà Aristote dans son Éthique à Nicomaque (I, 9, 1098-1099). Pour que cette vie bonne de la multitude puisse être instituée, il est nécessaire que règne l’unité de la paix, ensuite que l’ensemble soit dirigé vers l’action bonne, et enfin, que le souverain veille à ce qui est suffisant, dans tous les ordres, pour une vie bonne. Après l’institution, premier devoir des dirigeants, vient le temps de la conservation. Le Docteur angélique signale qu’il y a trois obstacles à la permanence du bien public : le bien ne doit pas être ponctuel mais permanent, autant que faire se peut, car les hommes ne durent pas et leur constance est inégale tout au long de leur vie ; le deuxième obstacle provient de la perversité de la volonté qui néglige ce qui est nécessaire ou même qui nuit directement à la paix de la multitude ; enfin le troisième obstacle provient de l’adversité extérieure lorsque la paix est détruite par des invasions, des guerres, des destructions. Face à ces périls, le roi, ou le pape, prendra un triple soin : bien choisir les hommes et veiller à leur remplacement pour les différents offices du bien commun ; édicter des lois, des règlements, des récompenses, des punitions qui empêchent de commettre l’iniquité et qui encourage aux actes vertueux ; et protéger des ennemis extérieurs. Quant à la troisième préoccupation des souverains, elle sera celle de veiller au progrès en corrigeant les erreurs, les désordres, le but étant de toujours parfaire ce qui existe dans ce domaine. Nous renvoyons pour le détail à ce beau traité de saint Thomas.

            Comme nous le précisions, ce qui s’applique au roi temporel est d’autant plus valable pour le souverain pontife,  et  nous comprenons aisément que la responsabilité qui incombe au successeur de Pierre met en jeu son propre salut. Saint Bernard, écrivant à son ancien moine devenu le pape Eugène III, le mettait en face de ses devoirs écrasants : « Vous avez été élevé par la Providence à un poste bien plus haut que celui où vous étiez, mais non pas plus sûr. C’est quelque chose de terrible que ce lieu-ci : oui le lieu où vous êtes est une terre toute sainte. C’est la place de Pierre, c’est la place du Prince des Apôtres, de celui que le Seigneur a établi maître de sa maison et intendant de tous ses biens. Si par malheur vous venez à vous écarter de la voie du Seigneur, souvenez-vous que celui dont vous tenez la place a été enseveli dans le même lieu afin de s’élever et de servir de témoin contre vous. » (Lettres, CCXXXVII) Le même saint Bernard indiquera ailleurs que l’humilité doit être la pierre précieuse la plus brillante parmi les ornements pontificaux car l’humilité doit s’élever en qualité au même titre que l’élévation dans la dignité, la domination mondaine étant interdite aux Apôtres ( De consideratione, Livre II, Chapitre 6). Il invite aussi le pape à une grande sagesse de gouvernement, lui conseillant une immense réserve et donc la modération dans ses propos et ses déclarations, à partir de ce principe : « Il y a plusieurs choses que vous ne devez pas savoir. Il y en a encore plus que vous devez dissimuler, et il y en a quelques-unes dont vous ne devez point vous souvenir. » (De consideratione, Livre IV, Chapitre 6) Le grand moine ne manque pas non plus déloges lorsque le pontife est digne du trône qu’il occupe sans abus de sa part : « C’est le Grand Prêtre, le Pontife souverain, le Chef des Évêques, le successeur des Apôtres ; c’est un autre Abel par la primauté, un autre Noé par le droit de gouverner l’Arche, un autre Melkisédech par le rang qu’il tient entre les Prêtres du Dieu vivant, un autre Abraham par la qualité de Patriarche. Il réunit en sa personne la dignité d’Aaron, l’autorité de moïse, la judicature de Samuel, la puissance de Pierre, l’onction de Jésus-Christ. Enfin, c’est le Pasteur universel, non seulement des brebis, mais des Pasteurs mêmes. » (De consideratione, Livre II, Chapitre 8)  

            Ces quelques rappels sont proposés pour nous aider à garder la paix intérieure lorsque, d’aventure, nous sommes soudain orphelins ou amputés à cause de la faillite de telle ou telle autorité. L’édification de la cité terrestre ne va pas sans heurts, et notre pays souffre aujourd’hui d’erreurs au moins deux fois centenaires. L’Église n’est pas en bonne santé car elle ne répond pas pleinement à sa mission. Il n’empêche que tous les éléments sont encore en place et disponibles pour que les princes des deux ordres, chacun en son domaine, retrouvent un zèle et une foi indéracinables. Notre Seigneur a vaincu. Ne nous laissons pas abattre par des pensées tristes et par le découragement humain.

                                               P. Jean-François Thomas s.j.
                                               Samedi saint
                                               16 avril 2022

Mosaïque du Triclinum Leoninum VIIIeSiecle - ancien palais du Latran

Détail de la mosaïque de l’abside du « Triclinum leoninum » (VIIIème siècle) dans l’ancien palais pontifical au Latran :
Le Christ remet à Saint Sylvestre 1er les clefs de Saint Pierre, et le labarum à l’empereur Saint Constantin 1er le grand.

2022-53. Message de Sa Majesté le Roi après l’attentat contre un prêtre à Nice ce dimanche 24 avril 2022.

Dimanche de Quasimodo 24 avril 2022.

Ce dimanche matin 24 avril 2022, dans l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice, au moment de la célébration de la Messe paroissiale, un individu d’une trentaine d’années a porté un assez grand nombre de coups de couteau au thorax du vicaire d’origine polonaise, le Père Krzyzstof (Christophe) Rudzinski ; une vierge consacrée de la paroisse, Sœur Marie-Claude, qui a tenté de s’interposer, a elle aussi été blessée, à la main, mais sans trop de gravité. Le prêtre a été transporté au CHU Pasteur, de Nice. Dans l’après-midi il a été annoncé que le pronostic vital du prêtre n’est pas engagé. Quant à l’agresseur, il s’est rendu aux forces de l’ordre sans que ces dernières n’aient eu besoin de faire usage de leurs armes ; il a été placé en garde à vue. On parle de troubles bipolaires et de déséquilibre psychique. D’après une source policière, l’homme aurait spontanément déclaré à la Police qu’il est de confession juive et que, en ce jour d’élections, il voulait tuer Emmanuel Macron, mais qu’il s’était finalement rabattu sur une église…

Eglise Saint-Pierre d'Arène Nice 24 avril 2022

Secours et forces de police autour de l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice,
ce dimanche de Quasimodo 24 avril 2022 après l’attentat contre le Père Krzyzstof Rudzinski.

Après avoir appris cet attentat sacrilège contre l’ecclésiastique, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a aussitôt publié ce communiqué par l’intermédiaire des réseaux sociaux :

Je viens d’apprendre avec une immense tristesse qu’un prêtre et qu’une religieuse ont été poignardés à plusieurs reprises dans l’église Saint-Pierre d’Arène de Nice.

J’adresse mes pensées et mes prières pour le Père Christophe et la Sœur Marie-Claude qui ont été pris en charge par les pompiers, leurs proches et toute la communauté catholique.

Grandes armes de France

2022-52. Chante et marche !

Samedi in albis.

   Le recueil des sermons de notre Bienheureux Père Saint Augustin contient de très nombreux sermons pour la fête de Pâques et pour les jours qui la suivent. En ce samedi « in albis », méditons à l’aide de celui qui suit, où le Docteur d’Hippone se livre à des commentaires sur le sens de l’Alléluia en rapport avec notre vie terrestre et ses luttes, en rapport avec l’espérance de notre victoire finale et la résurrection de notre corps lui-même, à la suite du Christ ressuscité.

Anges chanteurs - détail du rétable de l'Agneau mystique - Van Eyck

Anges chanteurs
(détail du retable de l’Agneau mystique, de Jan van Eyck)

frise fleurs de lys

 Sermon CCLVI
de notre Bienheureux Père Saint Augustin,
qui est le vingt-septième pour la semaine de Pâques :
La louange divine.

§ 1. Pour chanter l’Alléluia en pleine cohérence, il faut que tout en nous loue Dieu. De ce point de vue ce chant ne convient parfaitement qu’au ciel. Ne laissons pas toutefois de le répéter sur la terre malgré les tentations et les épreuves : d’abord parce que c’est le lieu où Dieu nous délivre du mal. 

   C’est au Seigneur notre Dieu que je dois d’être présent de corps parmi vous et de chanter l’Alléluia avec votre charité. Alléluia signifiant « Louez Dieu », louons le Seigneur, mes frères, louons-Le par notre conduite et par nos paroles, par nos sentiments et par nos discours, par notre langage et par notre vie. Dieu ne veut aucun désaccord dans celui qui répète ce chant. Commençons donc par mettre d’accord en nous la langue avec la vie, la conscience avec les lèvres ; oui, mettons d’accord nos mœurs avec nos paroles, dans la crainte que nos bonnes paroles ne rendent témoignage contre nos mauvaises mœurs.
Oh ! que l’Alléluia sera heureux dans le ciel, où les anges sont le temple de Dieu. Là, que l’accord parfait en louant Dieu ! quelle allégresse assurée en Le chantant ! Là encore, point de loi dans les membres pour résister à la loi de l’esprit ; point de lutte dans la convoitise pour menacer la charité d’une défaite. Afin donc de pouvoir chanter alors l’Alléluia avec sécurité, chantons-le maintenant avec quelque sollicitude.
Pourquoi avec sollicitude ? Tu ne veux pas que j’en aie lorsque je lis : « La vie humaine n’est-elle pas sur la terre une épreuve ? » (Job VII, 1). Tu ne veux pas que j’en aie lorsqu’on me crie : « Veillez et priez pour que vous n’entriez point en tentation ? » (Marc, IV, 38). Tu ne veux pas que j’en aie quand les tentations sont tellement nombreuses, que la prière même nous prescrit de dire : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » ? - Hélas ! nous demandons chaque jour, et chaque jour nous contractons des dettes -. Tu ne veux pas que j’en aie, lorsque j’implore chaque jour le pardon de mes péchés et du secours dans mes dangers ? Car si je dis, en vue de mes péchés passés : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous-mêmes pardonnons à ceux qui nous ont offensés », j’ajoute aussitôt, en vue des périls dont je suis menacé : « Ne nous induisez pas en tentation » (Matt. VI, 12-13). Comment de plus le peuple chrétien est-il au sein du bonheur, puis qu’il crie avec moi : « Délivrez-nous du mal » ?
Toutefois, mes frères, au milieu même de ce mal, chantons l’Alléluia, en l’honneur de ce Dieu bon qui nous en délivre.
Pourquoi regarder autour de toi en cherchant de quoi Il te délivre, puisque réellement Il te délivre du mal ? Ne va pas si loin, ne porte pas de tous côtés le regard de ton esprit. Rentre en toi-même, regarde-toi ; c’est en toi qu’est le mal, et Dieu te délivre de toi lorsqu’Il te délivre du mal. Ecoute l’Apôtre et comprends de quel mal tu as besoin d’être délivré : « Je me complais, dit-il, dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui résiste à la loi de mon esprit, et qui m’assujettit à la loi du péché, laquelle est » (Rom. VII, 22-25). Où est-elle ? « M’assujettit à la loi du péché, laquelle est dans mes membres ». Il me semble te voir captif de je ne sais quels peuples barbares ; il me semble te voir captif de je ne sais quelles nations étrangères ou de je ne sais quels autres maîtres parmi les hommes : « Laquelle est dans mes membres ». Crie donc avec lui : « Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera ? » De quoi ? dis-le. L’un demande à être délivré du bourreau ; un autre, de la prison ; celui-ci, de l’esclavage chez les barbares ; celui-là, de la fièvre et de la maladie. Dites-nous, ô Apôtre, non pas où nous pouvons être envoyés ou conduits, mais ce que nous portons avec nous, ce que nous sommes ; dites donc : « Du corps de cette mort ». Du corps de cette mort ? Oui, « du corps de cette mort ».

§ 2. Saint Augustin se livre, sous la forme d’un dialogue fictif, à une explication du mystère de la rédemption de notre corps, lieu de beaucoup de nos combats, mais qui nous sera rendu purifié et ressuscité.

   Ce corps de mort, dit un autre, ne fait point partie de moi ; il est pour moi une prison provisoire, une chaîne qui me retient pur quelque temps ; je suis dans ce corps de mort, je ne le suis pas.
— Raisonner ainsi est un obstacle à ta délivrance.
— Je suis esprit, dit-on, et non pas chair, seulement là chair me sert d’habitation ; une fois donc que j’en serai sorti , n’y serai-je pas étranger ?
— Voulez-vous, mes frères, que ce soit l’Apôtre ou moi qui réponde à ce raisonnement ?
Mais si c’était moi, peut-être que l’indignité du ministre rejaillirait sur la valeur de la réponse. Je me tais donc. Prête avec moi l’oreille au Docteur des gentils ; pour en finir, avec ton objection, écoute avec moi ce Vase d’élection. Ecoute, mais répète d’abord ce que tu viens de dire.
Tu disais donc ceci : Je ne suis pas chair, mais esprit. Le corps est une prison où je gémis ; une fois rompues ces chaînes et ce cachot tombé en ruines, je suis libre et je m’échappe. La terre reste à la terre et l’esprit rentre au ciel ; je m’en vais donc, je laisse ici ce qui n’est pas moi. N’est-ce pas là ce que tu disais ?
— C’est bien cela.
— Je ne répondrai pas ; répondez, ô Apôtre, répondez, je vous en conjure. Vous avez prêché pour qu’on vous entende ; vous avez écrit pour qu’on vous lise, tout nous invite à vous croire. Répétez : « Qui me délivrera du corps de cette mort ? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur ». De quoi vous délivre-t-elle ? « Du corps de cette mort ».
Mais vous n’êtes pas le corps de cette mort ? Il répond : « Ainsi par l’esprit j’obéis moi-même à la loi de Dieu , et par le corps à la loi du péché » (Rom. VII, 22-25).
« Moi-même ? » Comment vous-même feriez-vous des choses si différentes ?
— Si j’obéis par l’esprit, c’est que j’aime ; par la chair, c’est que je convoite ; il est vrai, je suis vainqueur si je ne consens pas au mal ; mais je lutte, car l’ennemi me presse vigoureusement.
— Mais une fois délivré de cette chair, ô Apôtre, est-il vrai que tu ne seras plus qu’un esprit ?
— En face de la mort, à laquelle nul n’échappe, l’Apôtre répond : Je ne laisse pas pour toujours mon corps, je le dépose pour quelque temps.
— Vous reviendrez donc dans ce corps de mort ? Mais quoi ? Ecoutons plutôt ses propres paroles. Comment donc rentrerez-vous dans ce corps de mort d’où vous avez demandé à être tiré, avec un accent si religieux ?
— Il est vrai, reprend-il, je rentrerai dans ce corps, mais ce ne sera plus le corps de cette mort.
— Ecoute donc, ignorant, écoute, toi qui fermes l’oreille à ce qu’on te lit chaque jour ; écoute comment il rentrera dans ce corps, sans que ce corps soit le corps de cette mort. Sans doute ce ne sera pas un autre corps ; mais « il faut que, corruptible, ce corps se revête d’incorruptibilité, et que mortel, il se revête d’immortalité » (1 Cor. XV, 53). Mes frères, lorsque l’Apôtre prononçait ces mots : Ce corps corruptible, ce corps mortel, ne semblait-il pas toucher sa chair avec sa parole ? Il n’aura donc pas un autre corps.
— Non, dit-il, je ne dépose pas ce corps de terre pour reprendre en place un corps aérien ou un corps éthéré. C’est le même corps que je reçois, mais il ne sera plus « de cette mort ». Il faut donc « que corruptible, ce corps », et non pas un autre, « se revête d’incorruptibilité, et que mortel, ce corps », et non pas un autre, « se revête d’immortalité. Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture : « La mort a été anéantie dans sa victoire ».
Chantez l’Alléluia« Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture », ce cri de triomphe et non ce chant du combat : « La mort a été anéantie dans sa victoire ».
Chantez l’Alléluia« O mort, où est ton aiguillon ? »
Chantez Alléluia : « Or l’aiguillon de la mort est le péché » (1 Cor. XV, 53-56). Tu chercheras sa place, mais sans même la trouver (cf. Ps. XXXVI, 10).

§ 3. Si nous sommes ici-bas dans le temps des combats, nous sommes en même temps dans le temps de la victoire, car Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces : en permettant des épreuves, Il nous aide aussi à en triompher. Voilà pourquoi il nous faut avancer avec courage.

   Ici encore, au milieu de tant de dangers et de tentations, nous et les autres, chantons l’Alléluia. « Car Dieu est fidèle, et Il ne permettra pas, est-il dit, que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ». Ici donc, pour ce motif, répétons Alléluia. L’homme est encore coupable, mais Dieu est fidèle. Il n’est pas dit de Lui qu’Il ne permettra pas que vous soyez tentés, mais : « Il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ; Il vous fera une issue dans la tentation, afin que vous puissiez persévérer » (1 Cor. X, 13). Tu es entré dans cette tentation ; Dieu te ménage une issue afin que tu ne succombes pas ; afin que si la prédication te façonne, la tribulation te durcisse comme le vase du potier. Donc en y entrant, songe à cette issue, car Dieu est fidèle ; « Il veillera sur ton entrée et sur ta sortie » (Ps. CXX, 8).
Or, quand ce corps sera devenu immortel et incorruptible, quand il n’y aura plus aucune tentation, attendu que le corps aura passé par la mort ; pourquoi ? « A cause du péché »; — « L’esprit sera plein de vie » ; pourquoi ? « A cause de la justification ». Laisserons-nous donc ce corps mort ? Non, écoute : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels » (Rom. VIII, 10-11). Notre corps maintenant est un corps animal, il sera alors tout spirituel. Car si « le premier homme a été fait pour être une âme vivante, le dernier l’a été pour être un esprit vivifiant » (1 Cor. XV, 44-45). Voilà pourquoi « Il vivifiera aussi vos corps mortels, à cause de Son Esprit qui habite en vous ».
Oh ! que l’on sera heureux, que l’on sera tranquille alors en chantant l’Alléluia ! Là, point d’adversaire ; et quand il n’y a point d’ennemi, on ne perd aucun ami. Là nous chanterons les louanges de Dieu. Ici encore nous les chantons ; mais ici c’est au milieu de nos sollicitudes ; ce sera là sans inquiétude ; ici nous devons mourir, là vivre toujours ; ici nous n’avons que l’espérance, là la réalité ; ici nous sommes en voyage, et là dans notre patrie. Maintenant donc, mes frères, chantons, non pour égayer notre repos, mais pour alléger notre travail. Chante, mais comme chanteraient les voyageurs ; avance donc en même temps ; charme tes fatigues en chantant, garde-toi d’aimer la paresse ; chante et marche.
Marche ! qu’est-ce-à-dire ? Fais des progrès, mais des progrès dans le bien, car il en est, dit l’Apôtre, qui en font dans le mal (cf. 2 Tim. II, 13). Tu marcheras dont en faisant des progrès ; mais que ce soit dans le bien, que ce soit dans la bonne foi, que ce soit dans les bonnes mœurs ; chante et avance ! Ne t’égare pas, ne te retourne pas, ne reste pas en chemin !

Prière après le sermon :
   Tournons-nous avec un cœur pur vers le Seigneur notre Dieu, le Père tout-puissant ; rendons-Lui, dans la mesure de notre petitesse, d’immenses et abondantes actions de grâces ; supplions de toute notre âme Son incomparable bonté de daigner agréer et exaucer nos prières ; qu’Il daigne aussi, dans Sa force, éloigner de nos actions et de nos pensées l’influence ennemie, multiplier en nous la foi, diriger notre esprit, nous donner des pensées spirituelles et nous conduire à Sa propre félicité. Au nom de Jésus-Christ, Son Fils et Notre-Seigneur, qui étant Dieu vit et règne avec Lui dans l’unité du Saint-Esprit et durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

Adoration de l'Agneau - détail du rétable de l'Agneau mystique - Van Eyck

L’adoration de l’Agneau
(détail du retable de l’Agneau mystique, de Jan van Eyck)

frise fleurs de lys

2022-51. Message royal à l’occasion de la fête de Pâques.

Dimanche de Pâques au soir, 17 avril 2022.

Vers le milieu de cet après-midi du dimanche de Pâques, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le bref message suivant à l’adresse des Français.
On sent, par la brièveté même de ce message, que notre Souverain légitime veut éviter de gloser sur certaines actualités à la manière des commentateurs politiques qui enfoncent les portes ouvertes du prêt-à-penser avec lequel on façonne la prétendue opinion publique… En revanche en trois phrases courtes, notre Prince ramène les choses à l’essentiel, et même à l’Essentiel.

Armes de France & Navarre

Je vous adresse mes vœux de joyeuse fête de Pâques.

Qu’ils soient pour tous les Français l’occasion d’espérer et d’aimer et pour chaque chrétien, l’Esperance retrouvée dans le Christ qui a sauvé le monde.

Gardons dans nos prières les chrétiens persécutés du monde entier.

Louis XX octobre 2021

Pour méditer le Chemin de la Croix avec la Mère des Douleurs.

Voici le texte d’un « Chemin de Croix » relativement court, mais qui, justement en raison de la brièveté des textes proposés comme point de départ des méditations, permet à chacun d’intérioriser dans la contemplation et le silence le mystère divin proposé à chacune des stations de la « via dolorosa », vécue en union avec la Très Sainte Mère des Douleurs. Je l’ai écrit à l’intention spéciale des Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion en cette Semaine Sainte 2022, afin qu’il soit le socle de moments d’intimité silencieuse avec Notre-Seigneur et Notre-Dame des Douleurs, sans se perdre dans de « hautes » considérations mais en se référant à tout moment au concret de nos vies quotidiennes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Déploration par Bernardino Lanino

Bernardino Lanino (1512-1583) : Déploration sur le Christ mort

Prière préparatoire :

O Jésus, notre doux Sauveur, me voici humblement prosterné à vos pieds, afin d’implorer votre infinie miséricorde, pour moi, pour les pécheurs, pour les mourants, et pour les âmes des fidèles trépassés. Daignez m’appliquer les mérites de Votre sainte Passion, que je vais méditer.
O Notre-Dame des Sept Douleurs, daignez m’inspirer les sentiments de compassion et d’amour avec lesquels vous avez, la première, suivi votre divin Fils, dans la voie douloureuse du Calvaire.

Avant chaque station :
V/ Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons.

R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Après chaque station :
Pater noster. Ave Maria. Gloria Patri.
V/ Ayez pitié de nous, Seigneur.

R/ Ayez pitié de nous.
V/Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.
R/ Ainsi soit-il

1ère station : Jésus est condamné à mort.
O Très Sainte Vierge Marie, voici que votre Fils, celui auquel vous avez donné la vie, est condamné à mort. Ce sont nos propres péchés qui L’ont condamné, Lui qui n’en a jamais commis : mais Il est l’Agneau de Dieu qui a pris sur Lui nos fautes et a voulu paraître comme le coupable universel devant la justice divine offensée.
Vous êtes là, auprès de Jésus, pour souffrir avec Lui et pour vous associer à sa grande mission de Sauveur. Aidez-nous à dire, comme vous, un non ferme et résolu à toutes les formes du péché, puisqu’il empêche la grâce méritée par Votre divin Fils de demeurer et de croître dans nos âmes.

2ème station : Jésus est chargé de la croix.
O Mère du divin Rédempteur, Jésus Lui-même nous a dit : « Si quelqu’un veut être Mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive ». Toute votre vie nous montre combien vous-même, sa propre Mère, avez été Sa parfaite disciple, pratiquant en toutes choses l’abnégation et portant la Croix à Sa suite. Apprenez-nous à accepter toutes les petites croix de chaque jour, et à embrasser avec générosité tous les sacrifices qui se présentent à nous, afin de parvenir nous aussi à L’aimer comme vous L’avez aimé.

3ème station : Jésus tombe une première fois.
O Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus, votre Fils trébuche et tombe, accablé par le poids de nos péchés. Mais Il se relève pour aller jusqu’au bout de Sa mission salvatrice.
Chacun de nos péchés est une chute, qui fait un mal profond à notre âme. Vous êtes invoquée comme Notre-Dame de la Sainte Espérance : enseignez-nous à nous relever comme Jésus nous en donne ici l’exemple ! Prenez-nous par la main et remettez-nous debout pour avancer malgré tout sur le chemin du ciel.

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.
En rencontrant votre Fils sur le chemin du calvaire, ô très douce Vierge Marie, votre âme a ressenti avec une terrible acuité ce glaive de douleur qui vous avez été prédit par le vieillard Siméon. Depuis la salutation de l’archange au jour de l’annonciation, toute votre vie n’a été que la parfaite continuation de votre réponse d’alors : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Vous le dites encore à Jésus, en silence, dans cette terrible rencontre. Vous ne vous mettez pas en travers de Sa route, mais vous êtes là pour Lui dire : « Humble servante de Votre volonté sainte, je Vous accompagnerai jusqu’au bout, ô mon divin Enfant ! »
Mère très affligée, priez pour que nous ne nous opposions jamais aux divines volontés de votre Fils, quoi qu’il puisse nous en coûter.

5ème station : Jésus reçoit l’aide du Cyrénéen.
Sainte Mère de Dieu, ainsi que l’a fait Simon de Cyrène, chacun de nous peut venir en aide à votre divin Fils. Nous pouvons même faire davantage, puisque lui fut réquisitionné alors que nous pouvons, nous, nous porter volontaires pour collaborer à Sa mission de Sauveur et de Sanctificateur des âmes.
A votre exemple, nous voudrions nous aussi venir volontairement en aide à Jésus. Pour cela, il ne nous suffit pas seulement d’accepter avec une résignation passive, mais de nous livrer et d’offrir avec enthousiasme à chacune des occasions de sacrifice qui se présentent ! Notre-Dame du oui, nous nous remettons entre vos mains pour mieux appartenir à Jésus ; nous nous consacrons totalement à vous, pour arriver par vous à dire toujours et en toutes choses oui à Jésus.

6ème station : Sainte Véronique essuie la Face ensanglantée de Jésus.
Très Sainte Vierge réparatrice, votre Fils a miraculeusement imprimé sur le voile de Sainte Véronique l’image de Son Visage sacré, pour la récompenser de son courage et de sa fidélité : nous vous prions aujourd’hui de nous permettre d’entendre en vérité Ses appels à la réparation et de nous inspirer les réponses que nous pouvons concrètement y apporter, quand tant de chrétiens et tant de consacrés négligent d’y répondre. Nous savons que Jésus ne se laissera pas vaincre en générosité et qu’Il imprimera en notre âme les traits de Sa divine ressemblance, pour nous fortifier dans les voies, si pénibles pour notre nature peu encline à porter la souffrance, où nous pourrons consoler Son Cœur de toutes les indifférences, mépris et sacrilèges dont Il est abreuvé.

7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois.
O très pure Vierge Marie, Jésus, votre Fils tombe à nouveau sous le poids de nos péchés… Pourquoi cette chute ? Parce que je retombe moi-même souvent dans mes erreurs coupables !
Mais Il Se relève encore, et c’est pour nous rappeler que si nous tombons souvent il est tout aussi souvent disposé à pardonner à ceux qui s’humilient et reviennent vers Lui avec douleur et contrition.
Mère compatissante, faites-vous toujours notre avocate, et obtenez-nous la grâce de ne jamais différer le moment de la contrition sincère et d’une salutaire confession.

8ème station : Jésus s’adresse aux femmes de Jérusalem qui se lamentent.
Très Sainte Vierge Marie, alors que votre Fils s’adresse aux femmes de Jérusalem pour les inviter à ne pas verser de larmes de pur sentiment sur Lui, mais à pleurer sur la cause de Ses souffrances, c’est-à-dire le péché, accordez-moi de profiter pleinement de cette leçon et de savoir à mon tour la transmettre au monde qui se lamente sur les effets dont il approuve les causes et refuse de s’amender.
Reine du monde, et – à un degré tout particulier – Reine de France, présentez à Jésus vos incommensurables douleurs, pour obtenir au monde et à la France les grâces de véritable conversion sans laquelle ils courront à l’abîme !

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.
Notre-Dame du Perpétuel Secours, Mère de Jésus et notre Mère, votre Fils innocent tombe encore ! Il n’est plus pourtant qu’à une faible distance du sommet de la colline du Golgotha. Et même si, à chaque fois Ses douleurs – et la vôtre – se font plus intenses et plus vives, Il rassemble encore toutes Ses forces pour Se relever et aller jusqu’au bout de Son chemin d’humiliations et de souffrances.
Pourquoi est-il encore tombé ? Parce que, malgré mes meilleures résolutions et mes efforts sincères, je tombe encore moi aussi, et que dans mes chutes je suis porté à me décourager et à abandonner. Il Se relève donc pour me relever avec Lui et me donner, en ce moment précis, des grâces de courage et de persévérance. Vierge très forte, Vierge très prudente, Vierge persévérante et Victorieuse de toutes les embûches de l’ennemi qui veut nous empêcher de nous relever, priez pour nous, priez pour moi !

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.
Marie Immaculée, Vierge très chaste, notre Mère très pure, combien vous souffrez de voir ainsi votre Fils mis à nu devant ceux qui moquent et raillent ! Jésus a consenti pleinement à cette nouvelle humiliation, en même temps que l’arrachage impitoyable de Ses vêtements ravive toutes les souffrances de Sa Flagellation, pour expier toutes les fautes liées à nos sensualités coupables.
O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui sommes couverts de la honte de nos péchés : purifiez-nous dans l’effusion salutaire du Très Précieux Sang de votre Fils qui coule ici en telle abondance et que Sa divine puissance nous rende forts contre les attaques de l’esprit d’impureté.

11ème station : Jésus est cloué sur la croix.
Notre-Dame de Compassion, chacun des coups qui enfoncent dans les mains et les pieds de votre Fils les clous qui le rivent impitoyablement au bois de Son supplice, retentit avec un effrayant poids de souffrance dans votre cœur maternel. Mais vous ne vous plaignez pas et vous faites pleinement vôtre la prière de Jésus en cet instant : « Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
Médiatrice du pardon et avocate des pécheurs, A ce moment, tous les hommes sont devenus vos enfants et vous les aimez tous bien plus qu’une mère ne peut les aimer. Si une mère aime ses enfants, comment un enfant ne peut-il aimer sa mère. Faites nous vous aimer et conduisez nous, dans l’amour, à votre divin fils Jésus.

12ème station : Jésus meurt sur la croix.
Après trois heures d’agonie, dans un grand cri, Jésus rend Son âme à Son Père. Et vous, Ô Marie, bien qu’ayant vécu dans une étroite communion toutes les souffrances de Jésus, vous n’avez même pas la consolation de rendre le dernier soupir en même temps que Lui ! Au pied de cette croix d’infamie et de gloire, et sans goûter la mort, vous avez enduré davantage que tous les tourments de tous les martyrs de tous les temps réunis !
Mère très douloureuse, Mère très affligée, Reine des martyrs – et désormais notre Mère -, parce que vous avez tout souffert avec Jésus et en Jésus, vous êtes à tout jamais la fontaine de toute consolation en laquelle nous devons venir puiser les grâces de notre fidélité chrétienne, avec la force de gravir sous votre conduite le difficile chemin de l’union parfaite avec Jésus.

13ème station : Jésus, descendu de la croix, est remis à sa Très Sainte Mère.
Notre-Dame des Sept-Douleurs, Vierge de Piété, votre Enfant divin repose encore quelques instants entre vos bras : toutes Ses plaies sont gravées dans vos yeux de Mère, et – plus encore – dans votre âme de co-rédemptrice. Tout est accompli de ce que l’archange vous avez fait comprendre au jour de l’Annonciation. Tout est accompli des prophéties concernant notre salut. Ceux qui ne se sauvent pas, ceux qui ne se sauveront pas ne le doivent qu’à la malice de leur volonté et de leurs actes : du côté de Dieu, tout est accompli !
Pour que nous n’ayons pas le malheur de laisser les grâces de Dieu sans fruit dans nos vies, gravez profondément dans nos cœurs le souvenir vivant et continu des Saintes Plaies de Jésus telles que vous les avez contemplées pour qu’elles nous aident à fixer profondément en notre volonté la mâle résolution d’éviter l’enfer et de gagner le ciel.

14ème station : Jésus est déposé dans le sépulcre.
C’est vous, ô Marie, qui, assistée par le petit groupe des derniers fidèles, avez déposé le corps adorable de Jésus dans le tombeau. Son âme est descendue aux enfers où les justes de l’Ancien Testament acclament déjà Sa victoire. Dans le grand silence de votre cœur où la vive flamme de la foi et de l’espérance brûle indéfectiblement, vous veillez désormais dans l’attente de la très certaine résurrection de votre Fils, notre Rédempteur.
Dans votre prière, Sainte Mère des Douleurs, redites-vous en ce moment : « Le Puissant a fait pour moi de grandes choses, et saint est Son Nom » ?

Votre action de grâces pour les bienfaits de cette horrible et bienheureuse Passion de votre Fils, doit maintenant devenir la nôtre, et, avec votre aide, ô Marie – juvante Maria ! – nous prenons aujourd’hui la résolution de faire que toute notre vie, en toutes circonstances, soit action de grâces à Jésus pour Ses incommensurables bienfaits.

Prières finales :
O Dieu, dans la Passion duquel, suivant la prophétie de Siméon, un glaive de douleur a transpercé le Cœur immaculé de la toute glorieuse Vierge Marie, votre Mère, accordez-nous, dans votre miséricorde, que vénérant et méditant sans cesse le souvenir de ses douleurs, nous éprouvions, maintenant et à l’heure de notre mort, les heureux fruits de sa compassion : ô Vous qui étant Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, vivez et régnez pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Coeur de Marie aux sept glaives

2022-50. Quelques réflexions sur le thème de la vocation (3ème partie) : où l’on commence à parler des avortoirs de vocations.

Mardi saint.

Pierre-Antoine Novelli - ordination sacerdotale

Pierre-Antoine Novelli (1729-1804) : ordination sacerdotale

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Profitant de la proximité du Jeudi Saint, je voudrais continuer avec vous les réflexions sur le thème de la vocation que j’avais commencées il y a déjà plusieurs mois (cf. > ici et > ici).
Je les dédie spécialement à tous mes amis prêtres, qui ont très souvent dû soutenir d’âpres et longues luttes pour arriver à l’ordination, ainsi qu’aux séminaristes que j’ai l’honneur autant que la joie d’accompagner dans leur formation.

Ecrivant à tous les séminaristes de l’Eglise catholique romaine le 18 octobre 2010 (cf. > ici), Sa Sainteté le Pape Benoît XVI commençait sa lettre par cette anecdote : « En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit : Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, il n’y a plus besoin de prêtres. Je savais que cette « nouvelle Allemagne » était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres ».

Puis, le Pape ajoutait aussitôt : « Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une « profession » d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé. Vous, chers amis, vous vous êtes décidés à entrer au séminaire, et vous vous êtes donc mis en chemin vers le ministère sacerdotal dans l’Église catholique, à l’encontre de telles objections et opinions. Vous avez bien fait d’agir ainsi. Car les hommes auront toujours besoin de Dieu, même à l’époque de la domination technique du monde et de la mondialisation : de Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre avec lui et par lui la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Là où l’homme ne perçoit plus Dieu, la vie devient vide ; tout est insuffisant. L’homme cherche alors refuge dans la griserie ou dans la violence qui menacent toujours plus particulièrement la jeunesse. Dieu est vivant. Il a créé chacun de nous et nous connaît donc tous. Il est si grand qu’il a du temps pour nos petites choses : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Dieu est vivant, et il a besoin d’hommes qui vivent pour lui et qui le portent aux autres. Oui, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera ».

Nous ne sommes certes plus dans le contexte si particulier de l’Allemagne dominée par le parti nazi, pour lequel (l’histoire contemporaine fait mine de l’oublier et tend à laisser croire qu’il n’y aurait qu’une seule partie de l’humanité qui aurait été persécutée) l’Eglise catholique et son clergé étaient tout aussi indésirables et tout autant à éradiquer que les Israélites. En ce sens, oui, « la situation est complètement différente ». Mais, le Pape Benoît le laissait finalement bien entendre, si elle est différente dans ses formes, l’opposition des idéologies dominantes à la vocation religieuse et sacerdotale n’a absolument pas désarmé : à l’idéologie nazie ont succédé celles d’un matérialisme pratique triomphant, de l’hédonisme, du libéralisme, du laxisme moral, et – à l’intérieur même de la Sainte Eglise – du modernisme de type progressiste qui, pour dépeupler les séminaires et faire dégringoler de manière spectaculaire les vocations s’est en définitive révélé bien plus efficace que les persécutions extérieures ! De fait, déjà affaiblies depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les structures ecclésiastiques au sein desquelles étaient reçues et formées les vocations religieuses et sacerdotales (scolasticats, juvénats, noviciats et séminaires) se sont rapidement vidées et écroulées comme des châteaux de carte sous l’effet d’un courant d’air dans les années qui ont suivi ce fameux concile qui se faisait fort de constituer les prémices d’un nouveau « printemps de l’Eglise » et prétendait fermer péremptoirement le bec aux « prophètes de malheur » !

Je ne détaillerai pas ici les innombrables scandales dont, en Occident, ces séminaires, diocésains ou interdiocésains, sont devenus les cadres. Mais il faut dire et redire qu’un très grand nombre d’entre eux sont devenus les repaires de supérieurs vicieux et les bauges de prétendues vocations adonnées à d’infames turpitudes, accomplissant sans plus aucune vergogne ce que la Très Sainte Mère de Dieu en pleurs avait annoncé à La Salette : « (…) On verra l’abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de l’Eglise seront putréfiées et le Démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu’ils doivent recevoir, parce que le Démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l’amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la Terre (…) » (cf. > ici).
Je pourrais – malheureusement ! – citer une multitude de témoignages directs de jeunes gens qui sont passés dans ces pépinières du nouveau clergé et qui m’ont confié des faits indubitables de la perversion introduite dans ces maisons, jadis fondées pour être des écoles de pureté, d’humilité et de piété autant que des sanctuaires de la saine doctrine catholique, auxquels s’appliquent encore une fois les paroles prophétiques de Notre-Dame de La Salette : « (…) les lieux saints sont dans la corruption : beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d’Asmodée et des siens (…) ».
Je confesse sans aucune contrition que, depuis de très nombreuses années déjà, je ne m’afflige en aucune manière lorsque j’apprends que tel ou tel séminaire de France ferme ses portes : je considère qu’il s’agit tout simplement d’une forme de miséricorde du Dieu trois fois saint pour Son Eglise !
Certes, quelques prêtres encore pieux et vertueux peuvent en sortir, malgré les efforts conjugués de l’enfer et des supérieurs ou professeurs progressistes qui y font la loi, souvent parce que, en cachette de ces derniers, ces séminaristes vont chercher ailleurs les antidotes au modernisme théologique et spirituel qui règne en ces nids d’hérésies, en même temps qu’ils trouvent discrètement en d’autres lieux le soutien et les conseils pour ne pas se laisser gagner par la pourriture des maisons de formation officielles. Là encore, je pourrais citer de nombreux cas.

De la même manière qu’il existe des avortoirs pour mettre fin à des vies humaines en gestation, il existe des avortoirs de vocations. Nombre de séminaires ou de maisons religieuses prétendument dédiées à la formation ont joué ce rôle depuis soixante ans.
Certes, il y a bien quelques sujets qui sont arrivés à devenir prêtres :
- les uns en gobant les poisons qu’on leur a inoculés ; pour la plupart on se demande alors souvent s’ils sont vraiment des prêtres catholiques compte-tenu de la manière dont ils sont vêtus, dont ils se comportent, dont ils enseignent et dont ils célèbrent ;
- les autres en « faisant FOMEC », comme on dit à l’armée, c’est-à-dire en se fondant dans le paysage ecclésiastique même s’ils n’adhèrent pas vraiment à ce qui leur a été inculqué, en raison d’une espèce de résistance intérieure non manifeste, dans l’attente du moment où ils pourront prudemment et progressivement se montrer plus catholiques et plus traditionnels que ce qu’on eût voulu qu’ils fussent. Mais ceux qui ont agi ainsi n’en sont jamais sortis sans de profondes blessures spirituelles et psychologiques.
En dehors de ces deux types de prêtres sortis des séminaires « conciliaires », on trouve des centaines et des centaines de jeunes gens qui, présentant pourtant des signes relativement certains de vocation religieuse ou sacerdotale, ont été poussés vers la sortie par les idéologues qui dirigeaient (dirigent encore) ces maisons de formation, parce qu’ils n’avaient « pas le profil des prêtres que l’Eglise souhaite pour le monde d’aujourd’hui » (sic) – ce que l’on peut souvent traduire par : « sujet trop traditionnel, trop pieux, pas assez perméable à la nouvelle théologie ou aux nouvelles formes de la pastorale » -, ou bien se sont découragés et sont retournés dans le monde en abandonnant toute idée de plus haut service.

Je ne doute pas que Notre-Seigneur ne se lasse pas d’appeler à Lui ; je ne doute absolument pas qu’il y a toujours des jeunes gens qui sont appelés par Lui au sacerdoce et à la vie religieuse ; je ne doute en aucune manière que la plupart de ceux qui entendent cet appel (quand ils sont dans les conditions psychologiques et spirituelles pour l’entendre) portent en eux les capacités de générosité et d’enthousiasme de leur jeunesse pour y répondre… En revanche je doute fortement de l’aptitude de l’écrasante majorité des maisons de formation « conciliaires » à permettre à ces vocations de se fortifier, de s’épanouir et de parvenir à leur plénitude en leur assurant un enseignement strictement catholique pour ce qui concerne la doctrine, comme pour tout ce qui touche à la rigueur spirituelle et les bonnes mœurs.
Même si – hélas ! – ils ne sont pas totalement à l’abri de recevoir des brebis galeuses ou des loups rapaces déguisés en brebis, les maisons de formation et séminaires des instituts et fraternités traditionnels, échappent dans l’ensemble assez heureusement à cette contagion issue du modernisme (sans s’en trouver totalement à l’abri, car le démon s’acharne aussi à les détruire de toutes les manières). 

A l’occasion du Jeudi Saint, fête du Sacerdoce catholique, il y a un devoir impérieux de prier non seulement pour nos prêtres, dont c’est la fête, mais aussi une véritable urgence de prier pour les futurs prêtres, séminaristes et religieux, afin que leur vocation s’épanouisse et se fortifie saintement dans les cadres les plus adéquats à une formation doctrinale et spirituelle qui fera d’eux en vérité des prêtres selon le Cœur de Jésus, en sorte que leur futur et très précieux ministère de sainteté et de sanctification permette le relèvement de notre pauvre Eglise en crise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Calice & Sacré-Coeur

2022-49. Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur le corps de Jésus-Christ, Temple véritable dont le temple de Jérusalem et les quarante-six années de la construction étaient la figure.

Samedi de la Passion.

Avant d’entrer solennellement dans la Semaine Sainte, voici un sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin qui est appelé « neuvième sermon sur la fête de Pâques » dans lequel le grand Docteur d’Hippone commente pour les fidèles un passage de la controverse qui opposa Notre-Seigneur aux Juifs, controverse qui fera l’objet de l’une des accusations lancées contre Lui devant le Sanhédrin, ainsi que nous l’entendrons dans le chant de la Passion le Vendredi Saint : La destruction du temple et son relèvement en trois jours. Dans ce sermon, qui peut sembler curieux à bien des esprits contemporains, Saint Augustin, qui sait que Dieu a « disposé toutes choses avec mesure, nombre et poids » (cf. Sagesse XI, 20), se livre à une explication spirituelle fondée sur la numérologie sacrée.

Jésus dans la maison du grand prêtre Anne - José de Madrazo 1803

Jésus sur le point d’être souffleté dans la maison du grand prêtre Anne
[Tableau de José Sotero de Madrazo y Agudo (1781-1859) - Musée du Prado, Madrid]

§ 1. Le corps de Jésus-Christ est un temple.

Dans l’Evangile selon Saint Jean, nous lisons que les Juifs, jaloux de toutes les merveilles opérées par le Sauveur, Lui posèrent cette question : « Quel signe nous donnez-Vous du pouvoir que Vous avez de faire ces choses ? » Le Seigneur leur répondit : « Détruisez ce temple et Je le relèverai en trois jours ». Et ils dirent : « Quarante-six ans ont été employés à la construction de ce temple, et vous le relèverez en trois jours ? » (Jean II, 18-19). Ne l’oubliez pas, mes frères, les Juifs étaient charnels, et ils jugeaient charnellement de toutes choses. Jésus parlait spirituellement ; mais comme eux vivaient charnellement, ils comprenaient charnellement. Or, qui peut comprendre de quel temple parlait le Sauveur ? Le pouvaient-ils, eux qui nourrissaient contre Lui des pensées et des desseins criminels ? Mais nous n’avons pas à nous inquiéter sur ce point, car l’Évangile nous apprend de quel temple parlait le Sauveur. En effet, Jésus venait de dire : « Détruisez ce temple et Je le rebâtirai en trois jours ». Les Juifs répondirent : « Quarante-six ans ont été employés à la construction de ce temple, et Vous le rebâtirez en trois jours ? » L’Évangéliste continue : « Or, Jésus parlait du temple de Son corps » (Jean II, 21). Telle est la pensée du Sauveur dans toute sa simplicité. D’un autre côté, il est connu de tous que Jésus, après avoir été mis à mort par les Juifs, ressuscita le troisième jour. Les Juifs peuvent bien dire qu’ils n’en savent rien, parce qu’ils sont hors de l’Église ; mais à nous ce fait est parfaitement connu, parce que nous savons en qui nous croyons. En effet, par cette solennité que nous célébrons aujourd’hui chaque année nous rappelons le souvenir anniversaire de la destruction de ce même temple et de sa réédification. Toutefois on peut nous demander s’il n’y a pas quelque mystère dans ces paroles : « Quarante-six ans ont été employés à la construction de ce temple ». Il y aurait beaucoup d’observations à présenter sur cette pensée, mais nous nous contenterons de quelques remarques courtes et faciles à saisir.

§ 2. Ce temple a été rebâti par le Père comme par le Fils : la résurrection est l’œuvre des deux ensemble.

Nous savons, mes frères, qu’Adam a été seul créé directement par Dieu ; nous savons qu’il représentait le genre humain tout entier ; qu’en transgressant le précepte divin il fut pour ainsi dire brisé ; qu’il se trouve pour ainsi dire subdivisé en chacun de nous, de manière à se retrouver tout entier dans la société et dans l’union réciproque de tous les hommes ; et enfin qu’il ne peut que gémir pour nous, puisqu’il se trouve renouvelé en nous par Jésus-Christ. Le Sauveur est sorti de la race d’Adam, mais sans avoir le péché d’Adam. Il est venu sans péché, afin d’expier dans Son corps le péché d’Adam, et de ramener l’homme à Son image et à Sa ressemblance, tel qu’il avait été d’abord créé. La chair que Jésus-Christ reçut d’Adam, tel est donc le temple que les Juifs ont détruit, et que le Sauveur a réédifié en trois jours. En effet, Jésus-Christ en Sa qualité de Dieu fort, tout-puissant et égal au Père, a ressuscité Son corps. En quel sens donc l’Apôtre dit-il : « Qui l’a ressuscité d’entre les morts ? » (Rom. IV, 24). De qui parle-t-il ? Du Père. C’est ainsi qu’il a dit de Jésus-Christ : « Il S’est fait obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix ; voilà pourquoi Dieu L’a ressuscité d’entre les morts et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom » (Philip. II, 8, 9). Je Le ressusciterai donc ; qui donc ressuscitera ? Le Père, à qui le Christ Lui-même dit dans le psaume : « Ressuscitez-Moi, et Je leur rendrais » (Ps. XL, 11). C’est donc le Père qui a ressuscité Jésus-Christ, et non pas Jésus-Christ qui S’est ressuscité Lui-même. Mes frères, que cette conclusion ne vous scandalise pas. Le Père, que fait-Il sans Son Verbe, que fait-Il sans Son Fils unique ? « Toutes choses ont été faites par Lui, et rien n’a été fait sans Lui » (Jean I, 3). Puisqu’Il est Dieu Lui-même, c’est donc de Lui aussi qu’il a été dit : « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ». De là vous devez conclure qu’Il S’est ressuscité Lui-même. Écoutez. Que le Juif nous dise lui-même ce qu’il a entendu : « Détruisez ce temple, et je le réédifierai en trois jours ». C’est le Père qui le réédifie, mais le Fils accomplit cette oeuvre comme le Père, et le Père comme le Fils. Jésus-Christ nous dit dans l’Évangile : « Mon Père et Moi Nous ne sommes qu’un » (Jean X, 30) ; et ailleurs : « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également » (Jean V, 19).

§ 3. Le nombre de quarante-six ans désigne les quatre parties de la terre.

Que signifie ce nombre de quarante-six années dont parlent les Juifs : « Quarante-six années ont été employées à la construction de ce temple ». Je disais tout à l’heure qu’Adam se retrouve dans l’ensemble du genre humain ; je reviens sur cette pensée pour la faire mieux ressortir encore. Les quatre lettres dont nous nous servons pour écrire le mot Adam, sont précisément, dans la langue grecque, les quatre premières lettres des quatre points cardinaux qui renferment le monde tout entier : l’Orient, l’Occident, le Nord et le Midi. C’est de ces quatre points que le Seigneur a dit : « Je rassemblerai Mes élus des quatre vents du ciel » (Matth. XXIV, 31) ; David avait dit également: « Qu’ils parlent, ceux qui ont été rachetés, qu’il a rachetés de la puissance de l’ennemi, depuis l’Orient et l’Occident, le Nord et le Midi ». Or, en grec, Orient se prononce : Anathole ; Occident, Dytis ; Nord , Arctos ; et Midi, Mesembria. En prenant la première lettre de chacun de ces quatre noms on obtient : Adam ; et comme c’est de la chair d’Adam que Jésus-Christ a reçu Son propre corps, plus tard attaché à la croix, ce corps est réellement le temple dont il est dit : « Je le rebâtirai en trois jours ; et les Juifs répondirent : Quarante-six ans ont été employés à la construction de ce temple, et Vous le  rebâtirez en trois jours ? Or, Jésus parlait du temple de Son corps ».

§ 4. Ce nombre mystique se retrouve dans Adam. 

D’un autre côté, ne peut-on pas montrer que le chiffre quarante-six (XLVI) compose le nom d’Adam ? Or, ce nombre est pour nous très mystérieux, non seulement parce qu’il forme le nom même d’Adam, mais encore celui de Jésus-Christ dont il indique le mode surnaturel de conception. Examinons d’abord le nom du premier homme, Adam. En grec, l’Alpha représente dans la numération la valeur de : un ; le Bêta, la valeur de deux ; le Gamma, la valeur de trois ; et le Delta, la valeur de quatre, et ainsi de suite des autres lettres de l’alphabet, qui servent à la fois à écrire et à compter. Par exemple le Mu a la valeur de quarante (tessaraconta). Or, cherchez la valeur de ces lettres et vous trouverez Adam. Nous y trouvons l’Alpha, ou : un ; le Delta, quatre ; or quatre ajoutés à un égalent cinq ; nous retrouvons de nouveau Alpha ou un qui, ajouté à cinq, égale six ; enfin le Mu qui vaut quarante, ce qui donne quarante-six, ou le nombre d’années employées à la construction du temple.

§ 5. Il se retrouve aussi dans la naissance du second Adam.

Et parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu que Son corps fût formé de la race d’Adam, sans toutefois recevoir la souillure du péché originel, il suit que c’est dans cette race qu’Il a pris le temple de Son corps, en rejetant l’iniquité originelle. Or, cette chair, qu’Il tira d’Adam, fut la chair de Marie, et le corps du Seigneur fut formé du corps de Marie. Ce corps a été crucifié par les Juifs et ressuscité trois jours après par le Sauveur Lui-même. C’est ainsi que ces Juifs ont détruit ce temple qui a duré quarante-six ans à construire, tandis que Jésus-Christ l’a reconstruit en trois jours. En effet, si j’en crois les médecins, le corps humain emploie quarante-six jours à se former dans le sein maternel. Pendant les sept premiers jours ce corps n’est encore qu’une espèce de lait ; pendant les neuf jours suivants il se convertit en sang ; il se solidifie pendant les douze jours qui suivent et enfin, pendant les dix-huit jours qui succèdent, tout le corps est formé par les divers linéaments des membres. A partir de ce moment jusqu’à la naissance le corps ne fait plus que grandir et s’accroître. Or, ces quarante-six jours, si vous les multipliez par six, c’est-à-dire par les six âges de l’homme, l’enfance, la puéritie, l’adolescence, la jeunesse, l’âge moyen et la vieillesse, on trouve le chiffre de deux cent soixante-seize, c’est-à-dire de neuf mois et six jours, qui se comptent depuis le huitième jour des kalendes d’avril, jour de la conception et de la mort de Jésus-Christ jusqu’au huitième jour des calendes de janvier, jour de la naissance du Sauveur… Ce n’est donc pas sans raison que quarante-six années sont assignées à la construction du temple, figure du corps de Jésus-Christ ; car autant d’années le temple a mises à se construire, autant de jours le corps de Jésus-Christ a mis à se former.

§ 6. Conclusion.

Telle est l’explication de ces paroles « Détruisez ce temple, et je le rétablirai en trois jours. Les Juifs répondirent : Quarante-six ans ont été employés à la construction du temple, et vous le rétablirez en trois jours ? Or, Jésus parlait du temple de Son corps ». Nous bénissons le Seigneur qui daigne révéler à Ses serviteurs les mystères les plus cachés. Que notre foi repose donc toujours sur l’humilité de notre coeur, afin que nous méritions de recevoir de Dieu la récompense du royaume céleste.

Jésus dans la maison du grand prêtre Anne - José de Madrazo 1803 - détail

Jésus sur le point d’être souffleté dans la maison du grand prêtre Anne – détail
[Tableau de José Sotero de Madrazo y Agudo (1781-1859) - Musée du Prado, Madrid]

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