Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2019-23. Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine (cf. > ici).

« (…) Au reste, Madame, j’ai vu la plus belle chose qu’on puisse imaginer ; c’est un portrait de Madame de Maintenon, fait par Mignard ; elle est habillée en sainte Françoise Romaine : Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. Mignard en a fait aussi un fort beau du Roi (cf. note 1) ; je vous envoie un madrigal que mademoiselle Bernard (cf. note 2) fit impromptu en voyant ces deux portraits : il a eu beaucoup de succès ici : vous jugerez si nous avons raison (…) ».

Ainsi s’exprime Marie-Angélique de Coulanges (cf. note 2) dans une lettre du 29 octobre 1694 adressée à sa cousine, la marquise de Sévigné qui séjournait à Grignan depuis le mois de mai de cette année 1694 et ne reviendra jamais à Paris puisqu’elle y mourra un peu moins de dix-huit mois plus tard (cf. > ici).
Ce portrait de Madame de Maintenon, nous le connaissons bien et à l’occasion de cette fête de Sainte Françoise Romaine, en cette année du troisième centenaire de la mort de l’épouse secrète du Grand Roi (15 avril 1719), nous aurons plaisir à nous attarder un peu à l’admirer.

Pierre Mignard - Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine 1694

Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine
(Pierre Mignard – 1694)

Nous noterons d’abord que ce tableau, daté de 1694, est l’une des dernières œuvres de Pierre Mignard, puisque l’artiste s’éteindra le 30 mai 1695 dans sa quatre-vingt-troisième année. C’est une huile sur toile de 138  cm x 97 cm que l’on peut admirer à Versailles.

En 1694, Françoise d’Aubigné, née le 18 novembre 1635, est donc dans sa cinquante-neuvième année ; son royal époux est dans sa cinquante-sixième année et règne depuis cinquante-et-un ans : ils sont mariés depuis le 9 octobre 1683.

A la suite de l’abominable Princesse Palatine (Madame, épouse de Philippe, duc d’Orléans, frère puiné du Roi), laquelle dans ses lettres multiplie les termes injurieux et grossiers à l’encontre de sa belle-sœur ; à la suite du perfide Saint-Simon, écrivain de talent certes mais très petit par l’esprit, qui la détestait ; à la suite de Voltaire et, dans le sillage de ce dernier, de la majorité des historiens des XIXe et XXe siècles, on a souvent dressé de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, un portrait sombre inspiré par les jalousies et aigreurs d’estomac héréditaires de la branche d’Orléans ainsi que par les rancœurs calomnieuses des prétendus réformés, plus que par la vérité.
Car la vérité n’a rien à voir avec l’idéologie nourrie d’anticatholicisme qui se dresse toutes haines dehors dès que l’on évoque la figure de l’ « épouse secrète » de Louis XIV.
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. Revenons donc au portrait réalisé par Mignard.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 1

Madame de Coulanges a écrit : « Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là ».
Autant dire que Mignard n’a, ici, point fait de… mignardises !
Madame de Coulanges écrit pourtant que la marquise se trouve « embellie » sur ce portrait, qu’elle appelle : « la plus belle chose qu’on puisse imaginer ». On doit toutefois penser qu’il demeure fort ressemblant, naturel et criant de vérité, puisque « aucun portrait ne tient devant celui-là » : nous sommes donc bien en face d’un authentique portrait en lequel les contemporains reconnaissent bien la physionomie et l’expression de Madame de Maintenon, sans artifices de maquillage ou de vêture, mais dont on peut dire qu’il sublime sans flagornerie l’aspect de cette femme bientôt sexagénaire en la représentant dans une pose imprégnée de surnaturel.

En effet, l’attitude que Mignard a donnée à Madame de Maintenon se rapporte à une anecdote de la vie de Sainte Françoise Romaine, sa sainte patronne (dont nous avons par ailleurs présenté la biographie succincte > ici), pour laquelle elle nourrissait une fervente dévotion.
Alors qu’elle était encore dans les liens du mariage et se devait aux devoirs imposés par son rang : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l’office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l’interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu’elle quitta par quatre fois un même verset ; mais, l’affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d’or, quoiqu’auparavant il ne fût écrit qu’en caractères communs. Quelque temps après, l’apôtre Saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait marqué lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l’obéissance » (in « Vie des Saints » par le Rd Père Giry).

Mignard - Madame de Maintenon - détail 2

Comme on peut mieux s’en rendre compte en isolant, comme ci-dessus, les mains de Madame de Maintenon, on voit que sa main gauche (donc à droite pour nous) tient un livre d’heures, ouvert à la page de l’office de la Très Sainte Vierge Marie, et qu’un verset s’y trouve écrit en caractères dorés.
La main droite posée sur la poitrine est un geste dans lequel on peut voir exprimées en même temps la surprise de la Sainte quand elle constate le miracle, et son humble action de grâces à Dieu d’avoir fait l’objet d’une telle attention divine.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 3

Au-delà de la représentation hagiographique, ne peut-on pas voir aussi dans le choix de ce miracle par lequel le Ciel a mis en évidence la soumission aimante de Sainte Françoise à son époux, un discret hommage à l’attitude humble et soumise de la marquise de Maintenon envers son royal époux, qu’elle a aimé passionément mais sans se permettre jamais aucune familiarité, en se tenant toujours dans une attitude de réserve et d’humble service, dans un effacement et une discrétion qui sont les marques d’une haute vertu ?
La citation de la vie de Sainte Françoise Romaine que nous avons faite ci-dessus : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage », s’accorde parfaitement à ce que fut Madame de Maintenon dans la rôle qu’elle tint auprès du Grand Roi.
Louis XIV ne s’y trompait pas lorsque, avec une affectueuse taquinerie, dans l’intimité, il surnommait son épouse secrète « Sainte Françoise » !

Un autre détail est significatif, dans le décor particulièrement dépouillé de ce tableau : vous aurez remarqué en effet qu’il n’y a en arrière-plan ni tenture, ni décor lambrissé, juste une halo de lumière surnaturelle qui rayonne dans le coin supérieur gauche ; vous pouvez aussi voir que Sainte Françoise Romaine est assise sur une simple chaise (son siège n’a pas d’accoudoirs), même si l’on aperçoit un coussin sous son séant ; vous constatez aussi que la petite table à laquelle elle est accoudée est recouverte d’un jeté sans ornementation.
En revanche, sur cette table, on peut voir un unique objet : un sablier.

Le sablier est chargé de symboles.
Il figure d’abord, tout naturellement, le temps qui passe dans un inexorable écoulement : en ce sens, il représente la vanité des choses d’ici-bas au regard de l’éternité. C’est une sorte de « memento mori », et ce rappel de la mort constitue un  appel à se mettre en règle avec Dieu avant qu’il ne soit trop tard.
Mais en allant un peu plus loin, les deux parties du sablier, communiquant par un étroit goulot et qui se remplissent l’une l’autre alternativement lorsqu’on le retourne, sont aussi le symbole de la communication entre le ciel et la terre : ce qui a été en haut descend pour remplir ce qui est en bas, puis ce qui est en bas va à son tour remplir ce qui se retrouvera bientôt en haut.
Ne peut-on là aussi voir une discrète évocation du rôle de Madame de Maintenon, dont l’exigeante fidélité à Dieu a ramené le Roi dans l’observance des préceptes divins, puis dont la présence continue à ses côtés en qualité d’épouse a été pour le Grand Roi un constant soutien dans la pratique d’une vie chrétienne exemplaire, et donc une médiation de grâce ? 

Mignard - Madame de Maintenon - détail 4

Autre détail, si l’on peut dire, car il revêt une grande importance : ce sont les vêtements dont est parée cette Sainte Françoise Romaine.
Sa robe n’est point une robe du XVIIe siècle, mais elle évoque bien la coupe des robes de femmes de l’aristocratie romaine au XVe siècle, et son riche tissu de brocart, particulièrement bien rendu par le pinceau de l’artiste, fait bien penser aux tissus italiens du « quatrocento », sans rapport avec ce que les témoins ont rapporté de la manière de se vêtir de Madame de Maintenon.

En revanche, par dessus cette robe, Sainte Françoise Romaine est drapée dans un manteau bleu de France doublé d’hermine, ce qui n’est pas vraiment caractéristique de la sainte, puisque, au Grand Siècle, c’est le symbole évident d’un caractère princier.

On raconte que Mignard fit demander au Roi par sa fille, Madame de Feuguières, s’il pouvait mettre au portrait de Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine.
Or l’on sait que le Roi conserva toujours une certaine forme d’ambigüité sur la manière dont il manifesta – ou cela – la nature exacte de son lien avec la marquise : si tout le monde finit par penser qu’il l’avait épousée, cela ne fut toutefois jamais révélé de manière officielle, bien que le Roi marquât pour elle des attentions et des prévenances révélatrices.
La question de Mignard revenait à demander à Louis XIV : « Madame de Maintenon est-elle bien votre épouse ? » Si donc le Roi répondait : « Oui, vous pouvez mettre à Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine », c’était une façon de dire : « Oui, elle est bien mon épouse et elle a rang de reine ».
Mais cette fois encore le Grand Roi se montra plus rusé que le questionneur et maintint le suspense en faisant porter au peintre cette réponse pleine d’esprit et non exempte d’humour : « Sainte Françoise le mérite bien ! »

Lully.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 5

Notes :
1 – Ce portrait « fort beau » du Roi peint par Pierre Mignard dans le même temps que cette « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine », est celui de Louis XIV en armure, qui fut alors placé dans la galerie d’Apollon.

2 - « Mademoiselle Bernard » : Catherine Bernard (Rouen 1663 – Paris 1712), poétesse, romancière et dramaturge, est la première femme dont une tragédie entre au répertoire de la Comédie Française. Illustre par son esprit et son talent, elle est aussi entre autre le premier auteur du conte « Riquet à la houppe » qui sera ensuite repris par Charles Perrault. Elle fut plusieurs fois couronnée par l’Académie Française et plusieurs fois récompensée par les Jeux Floraux de Toulouse. Le madrigal dont il est ici question ne figure pas dans le corps de la lettre elle-même et semble avoir été perdu.

3 – Marie-Angélique de Coulanges : Marie-Angélique du Gué de Bagnols, née probablement en 1641, épousa en 1659 Philippe-Emmanuel de Coulanges, cousin germain et grand ami de Madame de Sévigné. Elle fréquente alors les beaux esprits du Marais : Madame de La Fayette, Madame de Richelieu, Madame Scarron, et bien sûr sa cousine Madame de Sévigné avec laquelle elle est liée d’une amitié très forte. Elle conserve l’amitié de Françoise d’Aubigné lorsque celle-ci de « veuve Scarron » devient Marquise de Maintenon. Après 1690, la très brillante et pétillante Madame de Coulanges, dont Saint-Simon dit toutefois qu’elle fut « toujours sage et considérée », c’est-à-dire qu’elle ne fut jamais une coquette dont on put douter de la vertu, devint plus grave, plus austère et plus pieuse. Elle mourut âgée de 82 ans  en 1723 dans son hôtel particulier de la rue des Tournelles à Paris.

Blason d'Aubigné

Blason de la famille d’Aubigné

2012-22. « Jésus, ton ineffable image… »

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette fête de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, méditons avec l’un des poèmes – ou plus exactement cantique, puisque Sainte Thérèse indique elle-même l’air sur lequel elle a composé ces vers (en l’occurrence une mélodie profane : « les regrets de Mignon », une romance de Frédéric Boissière) – de la carmélite de Lisieux par lequel elle a laissé transparaître sa dévotion envers le mystère de la Face adorable de Notre-Seigneur.
La dévotion à la Sainte Face était déjà très forte dans la famille Martin, bien avant que quatre de ses filles n’entrassent au Carmel où cette dévotion s’intensifia : en effet, Louis et Zélie Martin étaient inscrits à l’archiconfrérie de la Sainte Face, de Tours (cf. > ici) et leurs filles y furent inscrites elles aussi dans le cours de leur enfance ou adolescence.
Vous trouverez dans ce blogue (cf. > ici) la reproduction du tableau intitulé « Le rêve de l’Enfant Jésus » peint par Sainte Thérèse pour illustrer cette dévotion à la Sainte Face, unie à sa dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur et la prolongeant en quelque manière.
La maladie de Monsieur Martin fut pour Sainte Thérèse l’occasion d’approfondir et intensifier sa contemplation de la Face douloureuse de l’Epoux divin. Le cantique qui suit condense les thèmes spirituels chers à la sainte carmélite et, sous ses dehors littéraires faciles et d’apparence « sucrée », il renferme une théologie spirituelle d’une rare profondeur.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de la Sainte Face

Sur cette photo où elle a pris la pose, Sainte Thérèse porte les représentations des deux grandes dévotions
fortement ancrées en son âme depuis son plus jeune âge : l’Enfant Jésus et la Sainte Face.
La Sainte Face ici représentée est une reproduction de celle qui est vénérée dans l’oratoire de Monsieur Dupont, à Tours.

frise

Cantique à la Sainte Face

Jésus ton ineffable image
Est l’astre qui conduit mes pas ;
Tu le sais bien, ton doux Visage
Est pour moi le ciel ici-bas !
Mon amour découvre les charmes
De tes yeux embellis de pleurs.
Je souris à travers mes larmes,
Quand je contemple tes douleurs.

Oh ! je veux pour te consoler
Vivre ignorée et solitaire ;
Ta beauté que tu sais voiler
Me découvre tout son mystère,
Et vers toi je voudrais voler !

Ta Face est ma seule patrie,
Elle est mon royaume d’amour ;
Elle est ma riante prairie,
Mon doux soleil de chaque jour ;
Elle est le lis de la vallée
Dont le parfum mystérieux
Console mon âme exilée,
Lui fait goûter la paix des cieux.

Elle est mon repos, ma douceur,
Et ma mélodieuse lyre…
Ton Visage, ô mon doux Sauveur,
Est le divin bouquet de myrrhe
Que je veux garder sur mon coeur !

Ta Face est ma seule richesse ;
Je ne demande rien de plus.
En elle, me cachant sans cesse,
Je te ressemblerai, Jésus !
Laisse en moi la divine empreinte
De tes traits remplis de douceurs,
Et bientôt je deviendrai sainte,
Vers toi j’attirerai les coeurs !

Afin que je puisse amasser
Une belle moisson dorée,
De tes feux daigne m’embraser !
Bientôt, de ta bouche adorée,
Donne-moi l’éternel baiser !

                 12 août 1895.

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

2019-20. « C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

23 février,
Fête de Saint Pierre Damien, ermite, cardinal et docteur de l’Eglise ;
Vigile de Saint Mathias, apôtre.

Saint Pierre Damien (1007-1072) n’est pas à proprement parler un saint populaire ; il est même relativement peu connu, et pourtant ce chercheur de Dieu, ce lettré, ce savant, cet ermite, cet évêque, ce cardinal, cet homme de Dieu engagé dans la réforme des mœurs d’un siècle qui, à bien des égards, ressemble beaucoup au nôtre, est finalement un saint très actuel.
Nous, qui vivons mille ans après lui, pouvons tirer un grand profit de ses exemples et de ses enseignements.
Voici la présentation qu’en avait faite Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors d’une audience générale, il y a dix ans.

Saint Pierre Damien

Saint Pierre Damien, revêtu de l’habit des ermites camaldules
offrant ses œuvres à la Madone

« C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

Enseignement donné par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 9 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

Au cours des catéchèses de ces mercredis, je traite certaines grandes figures de la vie de l’Eglise depuis ses origines. Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur l’une des personnalités les plus significatives du XIe siècle, saint Pierre Damien, moine, amant de la solitude et dans le même temps, intrépide homme d’Eglise, engagé personnellement dans l’œuvre de réforme commencée par les Papes de l’époque. Il est né à Ravenne en 1007 dans une famille noble, mais pauvre. Devenu orphelin de ses deux parents, il vécut une enfance marquée par les privations et les souffrances, même si sa sœur Roselinda s’engagea à lui servir de mère et son grand frère Damien l’adopta comme son enfant. C’est précisément pour cela qu’il sera appelé par la suite Pierre de Damien, Pierre Damien. Il suivit une formation d’abord à Faenza, puis à Parme où, à l’âge de 25 ans déjà, nous le trouvons engagé dans l’enseignement. A côté d’une bonne compétence dans le domaine du droit, il acquit une grande habileté et un raffinement dans l’art de composer – l’ars scribendi - et, grâce à sa connaissance des grands classiques latins, il devint l’« un des meilleurs latinistes de son époque, l’un des plus grands écrivains du Moyen Age latin » (J. Leclercq, Pierre Damien, ermite et homme d’Eglise, Rome, 1960, p. 172).

Il se distingua dans les genres littéraires les plus divers :  des lettres aux sermons, des hagiographies aux prières, des poèmes aux épigrammes. Sa sensibilité pour la beauté le conduisait à la contemplation poétique du monde. Pierre Damien concevait l’univers comme une « parabole » inépuisable et une étendue de symboles, à partir de laquelle il interprétait la vie intérieure et la réalité divine et surnaturelle. Dans cette perspective, aux alentours de l’an 1034, la contemplation de l’absolu de Dieu le poussa à se détacher progressivement du monde et de ses réalités éphémères, pour se retirer dans le monastère de Fonte Avellana, fondé quelques décennies plus tôt seulement, mais déjà célèbre en raison de son austérité. Pour édifier les moines, il écrivit la Vie du fondateur, saint Romuald de Ravenne, et s’engagea dans le même temps à en approfondir la spiritualité, en exposant son idéal de monachisme érémitique.

Il faut immédiatement souligner un détail:  l’ermitage de Fonte Avellana était consacré à la Sainte Croix, et la Croix sera le mystère chrétien qui, plus que tout autre, fascinera Pierre Damien. « Celui qui n’aime pas la croix du Christ n’aime pas le Christ », affirme-t-il (Sermo, XVIII 11, p. 117) et il se qualifie comme:  « Petrus crucis Christi servorum famulus - Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ » (Ep. 9, 1). Pierre Damien adresse à la croix de très belles prières, dans lesquelles il révèle une vision de ce mystère aux dimensions cosmiques, car il embrasse toute l’histoire du salut:  « O bienheureuse Croix – s’exclame-t-il – la foi des patriarches, les prophéties des prophètes, le sénat des apôtres chargé de juger, l’armée victorieuse des martyrs et les foules de tous les saints te vénèrent, te prêchent et t’honorent » (Sermo, XVIII 14, p. 304). Chers frères et sœurs, que l’exemple de saint Pierre Damien nous pousse nous aussi à regarder toujours la Croix comme l’acte suprême d’amour de Dieu à l’égard de l’homme, qui nous a donné le salut.

Pour le déroulement de la vie érémitique, ce grand moine rédige une Règle, dans laquelle il souligne profondément la « rigueur de l’ermitage » :  dans le silence du cloître, le moine est appelé à passer une longue vie de prière, diurne et nocturne, avec des jeûnes prolongés et austères ; il doit s’exercer à une généreuse charité fraternelle et à une obéissance au prieur toujours prête et disponible. Dans l’étude et la méditation quotidienne, Pierre Damien découvre les significations mystiques de la Parole de Dieu, trouvant dans celle-ci une nourriture pour sa vie spirituelle. C’est dans ce sens qu’il qualifie la cellule de l’ermitage de « parloir où Dieu converse avec les hommes ». La vie érémitique est pour lui le sommet de la vie chrétienne, elle se trouve « au sommet des états de vie », car le moine, désormais libre des liens du monde et de son propre moi, reçoit « les arrhes de l’Esprit Saint et son âme s’unit heureuse à l’Epoux céleste » (Ep. 18, 17 ; cf. Ep. 28, 43sq). Cela apparaît important également pour nous aujourd’hui, même si nous ne sommes pas des moines :  savoir faire le silence en nous pour écouter la voix de Dieu, chercher, pour ainsi dire un « parloir » où Dieu parle avec nous :  apprendre la Parole de Dieu dans la prière et dans la méditation est le chemin de la vie.

Saint Pierre Damien, qui fut substantiellement un homme de prière, de méditation, de contemplation, fut également un fin théologien :  sa réflexion sur différents thèmes doctrinaux le conduit à des conclusions importantes pour la vie. Ainsi, par exemple, il expose avec clarté et vivacité la doctrine trinitaire en utilisant déjà, dans le sillage des textes bibliques et patristiques, les trois termes fondamentaux, qui sont ensuite devenus déterminants également pour la philosophie de l’Occident, processio, relatio et persona (cf. Opusc. XXXVIII:  PL CXLV, 633-642; et Opusc. II et III:  ibid., 41sq et 58sq). Toutefois, étant donné que l’analyse théologique du mystère le conduit à contempler la vie intime de Dieu et le dialogue d’amour ineffable entre les trois Personnes divines, il en tire des conclusions ascétiques pour la vie en communauté et pour les relations entre chrétiens latins et grecs, divisés sur ce thème. La méditation sur la figure du Christ a elle aussi des conséquences pratiques significatives, toute l’Ecriture étant axée sur Lui. Le « peuple des juifs – note saint Pierre Damien -, à travers les pages de l’Ecriture Sainte, a comme porté le Christ sur ses épaules » (Sermo XLVI, 15). Le Christ, ajoute-t-il, doit donc se trouver au centre de la vie du moine :  « Que le Christ soit entendu dans notre langue, que le Christ soit vu dans notre vie, qu’il soit perçu dans notre cœur » (Sermo VIII, 5). L’union intime avec le Christ engage non seulement les moines, mais tous les baptisés. Nous trouvons ici un rappel puissant, également pour nous, à ne pas nous laisser totalement prendre par les activités, par les problèmes et par les préoccupations de chaque jour, en oubliant que Jésus doit vraiment être au centre de notre vie.

La communion avec le Christ crée l’unité d’amour entre les chrétiens. Dans la lettre 28, qui est un traité d’ecclésiologie de génie, Pierre Damien développe une profonde théologie de l’Eglise comme communion. « L’Eglise du Christ – écrit-il – est unie dans le lien de la charité au point que, de même qu’elle est une en plusieurs membres, elle est tout entière mystiquement dans chacun des membres ; si bien que toute l’Eglise universelle se dénomme à juste titre unique Epouse du Christ au singulier, et chaque âme élue, par le mystère sacramentel, est considérée comme pleinement Eglise ». Cela est important:  non seulement l’Eglise universelle tout entière est unie, mais en chacun de nous devrait être présente l’Eglise dans sa totalité. Ainsi le service de l’individu devient « expression de l’universalité » (Ep. 28, 9-23). Toutefois, l’image idéale de la « sainte Eglise » illustrée par Pierre Damien ne correspond pas – il le savait bien – à la réalité de son temps. C’est pourquoi il ne craint pas de dénoncer l’état de corruption existant dans les monastères et parmi le clergé, en raison, avant tout, de la pratique de laisser les autorités laïques remettre l’investiture des charges ecclésiastiques :  plusieurs évêques et abbés se comportaient en gouverneurs de leurs propres sujets plus qu’en pasteurs des âmes. Souvent, leur vie morale laissait beaucoup à désirer. C’est pourquoi, avec une grande douleur et tristesse, en 1057, Pierre Damien quitte le monastère et accepte, bien qu’avec difficulté, la nomination comme cardinal évêque d’Ostie, entrant ainsi pleinement en collaboration avec les Papes dans l’entreprise difficile de la réforme de l’Eglise. Il a vu que la contemplation n’était pas suffisante et il a dû renoncer à la beauté de la contemplation pour apporter son aide à l’œuvre de renouveau de l’Eglise. Il a ainsi renoncé à la beauté de l’ermitage et avec courage il a entrepris de nombreux voyages et missions.

Pour son amour de la vie monastique, dix ans plus tard, en 1067, il obtient la permission de retourner à Fonte Avellana, en renonçant au diocèse d’Ostie. Mais la tranquillité à laquelle il aspirait dure peu de temps :  à peine deux ans plus tard, il est envoyé à Francfort dans le tentative d’empêcher le divorce d’Henri IV de sa femme Berthe ; et de nouveau deux ans plus tard, en 1071, il se rend au Mont Cassin pour la consécration de l’église abbatiale, et au début de 1072 il va à Ravenne pour rétablir la paix avec l’archevêque local, qui avait soutenu l’antipape en frappant la ville d’interdiction. Pendant le voyage de retour à son ermitage, une maladie subite le contraint à s’arrêter à Faenza dans le monastère bénédictin de « Santa Maria Vecchia fuori porta », et il y meurt dans la nuit du 22 au 23 février 1072.

Chers frères et sœurs, c’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien et il n’est pas commun de trouver des œuvres de théologie et de spiritualité aussi pointues et vives que celles de l’ermite de Fonte Avellana. Il fut moine jusqu’au bout, avec des formes d’austérité qui aujourd’hui, pourraient presque nous sembler excessives. Mais de cette manière, il a fait de la vie monastique un témoignage éloquent du primat de Dieu et un rappel pour tous à cheminer vers la sainteté, libres de tout compromis avec le mal. Il se consuma, avec une cohérence lucide et une grande sévérité, pour la réforme de l’Eglise de son temps. Il consacra toutes ses énergies spirituelles et physiques au Christ et à l’Eglise, en restant toujours, comme il aimait se définir, Petrus ultimus monachorum servus, Pierre, le dernier serviteur des moines.

Cathédrale de Faenza - châsse de Saint Pierre Damien

Châsse renfermant les restes mortels de Saint Pierre Damien dans la cathédrale de Faenza

Nota bene :
Saint Pierre Damien, pour combattre l’immoralité de son époque et en particulier les mœurs contre-nature qui s’étaient largement répandues dans le clergé lui-même, a écrit « Le livre de Gomorrhe » dont on peut trouver le texte en ligne > ici.

2019-19. Réflexions spécialement dédiées à nos amis prêtres, à l’occasion du 225ème anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot.

Jeudi 21 février 2019,
Fête du Bienheureux Noël Pinot (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Pépin de Landen, duc de Brabant, maire du palais et conseiller des Rois francs ;
Anniversaire de l’allocution consistoriale « Gravissimum » de Saint Pie X (cf. > ici).

Martyre du Bx Noël Pinot

21 février 1794 : le Bienheureux Noël Pinot,
que dans une intention sacrilège ses bourreaux ont revêtu d’une chasuble pour le guillotiner,
monte à l’échafaud comme il montait à l’autel en récitant : « Introibo ad altare Dei… »

1794 – 21 février – 2019

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
et d’une manière très particulière pour vous, nos chers Amis Prêtres,

A l’occasion de ce deux-cent-vingt-cinquième anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot, je souhaite vous faire part de quelques réflexions tout à fait personnelles.

1) Chaque fois qu’il y a eu des crises dans la société et – par contre-coup – dans la Sainte Eglise, le sacerdoce catholique a été attaqué.
Ces attaques peuvent être rangées dans deux grandes catégories : 1) des attaques contre la doctrine du sacerdoce, qui vont souvent de pair avec les attaques contre la Messe, contre la doctrine eucharistique, contre la foi dans le renouvellement sacramentel du Saint Sacrifice du Calvaire, puisque le sacerdoce et la Messe sont indissociablement liés ; et 2) des attaques contre la discipline que l’Eglise impose à ses prêtres, c’est-à-dire le plus souvent en rapport avec les mœurs et la vertu.

Cela s’est particulièrement vérifié avec les hérésies protestantes.
Cela s’est également vérifié lors de la révolution française, au cours de laquelle, en même temps qu’il y eut une quantité innombrable de profanations des lieux consacrés et de tout le mobilier liturgique – ordonnés à la digne célébration des Saints Mystères -, une quantité innombrable de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie, une quantité innombrable de célébrations impies de la Sainte Messe (citons pour exemple l’abominable messe de la « fête de la fédération » célébrée par l’évêque mécréant et libertin Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ou bien toutes les messes célébrées par des prêtres « jureurs » pour des « patriotes » infidèles et blasphémateurs…), une quantité innombrable de prêtres qui renièrent leur sacerdoce et rompirent les engagements sacrés qu’ils avaient solennellement jurés devant les saints autels.
Cela c’est vérifié une fois de plus avec la crise d’inspiration moderniste qui a éclaté au grand jour à l’occasion du second concile du Vatican et qui se continue encore en nos tristes temps.

Sainte Eucharistie

2) Ce modernisme a dévasté les communautés religieuses, vidé les séminaires, vu des milliers de prêtres défroquer, et d’autres milliers qui, s’ils n’ont pas défroqué, ont remis en question ou ouvertement combattu des pans entiers de la doctrine catholique, entraînant la perte ou l’affaiblessement de la foi pour des centaines de milliers de fidèles.
Ce modernisme – rejeton des idées du protestantisme et de l’idéologie révolutionnaire -, a été, comme le protestantisme et comme la révolution, la cause d’innombrables destructions, d’innombrables célébrations impies, la cause d’innombrables profanations ou sacrilèges, la cause d’innombrables parjures, reniements et apostasies.
En bien des lieux, la crise de l’Eglise qui couvait de manière larvée depuis le début du XXe siècle et a explosé à l’occasion du second concile du Vatican, a semblé donner à la Chrétienté déjà ébranlée par le protestantisme et la révolution, un ultime et définitif coup mortel.

3) Il n’est pas exagéré d’établir une analogie entre les héroïques réfractaires du temps de la grande révolution avec les non moins héroïques réfractaires aux réformes postconciliaires.
Il n’est pas non plus exagéré de comparer nombre de prêtres, religieux, évêques et hauts prélats qui se sont rués comme de beaux diables dans la course aux réformes les plus folles, avec les « jureurs » du temps de la grande révolution : on y retrouve des Siéyès, des Talleyrand, des Loménie de Brienne, des Grégoire, des Gobel, des Savine, des Fouché, des Le Bon… etc.
De la même manière que nombre de prêtres jureurs, puis apostats, ont été des régicides, des dénonciateurs de leurs confrères réfractaires, des persécuteurs voire des bourreaux de prêtres, religieux, religieuses et vrais fidèles restés inébranlables dans leur foi et leurs engagements, nombre de prêtres ou évêques « post-conciliaires » se sont montrés les zélés et impitoyables persécuteurs des prêtres, religieux et fidèles qui entendaient garder la liturgie traditionnelle et demeurer inébranlables dans la foi catholique authentique.
Cela n’est d’ailleurs malheureusement pas terminé au moment où j’écris…
Ces fervents disciples de la modernité doctrinale, liturgique et disciplinaire – ces modernes « jureurs » -, s’ils n’envoient pas les modernes réfractaires à la lanterne, à la guillotine ou à la noyade de manière physique, savent cependant faire à peu près la même chose dans l’ordre psychologique et moral, et ils ne se font bien souvent pas scrupule d’utiliser le mensonge et la calomnie afin de tuer de réputation ceux qui entendent rester fidèles envers et contre tout.
Je pourrais ici donner des exemples en grande quantité, mais je suis bien certain que vous aussi, mes chers Amis, vous avez – hélas ! – un certain nombre de ces exemples présents à l’esprit en me lisant.

palmes

4) En regardant aujourd’hui la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi regarder et saluer ces prêtres d’aujourd’hui qui résistent à l’esprit de la révolution doctrinale, spirituelle et liturgique qui désole et désertifie la Sainte Eglise de Dieu.
En rendant grâces aujourd’hui pour la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi rendre grâces à Dieu pour ces prêtres d’aujourd’hui qui demeurent fidèles à la foi reçue des saints Apôtres, et qui, malgré les critiques, mauvais procédés, mauvais exemples et parfois les véritables persécutions que déploient contre eux les modernes « jureurs », continuent à leurs ouailles l’inestimable bienfait de leur ministère authentiquement catholique, l’incommensurable fécondité de la liturgie catholique traditionnelle, l’authentique secours divin d’un enseignement en tous points catholique, la précieuse charité d’une fidélité à leurs engagements solennels à la discipline traditionnelle du clergé catholique, lors même que la chasteté est méprisée et décriée dans toute la société et que les scandales de l’inconduite de tant de clercs, jusqu’aux plus hauts degrés de la hiérarchie, navrent la Sainte Eglise de Dieu !

5) « Introibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat juventutem meam ! »
Chers Messieurs les Chanoines, chers Messieurs les Abbés, chers Révérends Pères que nous connaissons, côtoyons avec bonheur et estimons ; vous qui continuez en ces jours les combats héroïques des réfractaires de la grande révolution, des réfractaires de l’immédiat « après-concile » – ces prêtres courageux auxquels nous devons tant et qui pour la plupart sont aujourd’hui partis recevoir la récompense des combats de leur fidélité -, en face d’une société décadente et au sein d’une Eglise dévastée, soyez très chaleureusement remerciés pour votre présence, votre persévérance et votre solide constance, quand par ailleurs trop de prêtres et de dignitaires ecclésiastiques, selon les propres paroles de la Sainte Mère de Dieu à La Salette « (…) par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, (…) sont devenus des cloaques d’impureté » (cf. > ici) !
Même si cela échappe à la compréhension du plus grand nombre, sachez qu’il en est malgré tout quelques uns qui savent ce que représente pour vous le fait de monter à l’autel où – per Ipsum et cum Ipso et in Ipso – vous vous offrez, sacrifiez et immolez avec l’unique divin Rédempteur.

Sainte Eucharistie

6) Et parce que l’incompréhension de beaucoup, les hostilités plus ou moins affichées de tant de ceux qui vous devraient soutenir, les apparentes infécondités de vos efforts et de votre fidélité, peuvent se révéler parfois si éprouvantes, permettez-moi, en vous plaçant aux côtés du Bienheureux Noël Pinot gravissant les marches de l’échafaud, de vous dédier aujourd’hui ces lignes qu’écrivait à l’un de ses « frères prêtres » Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face :
« Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice audessus de nos forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute l’amertume du calice qu’il présente à notre âme. Lorsqu’il demande le sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à moins d’une grâce toute particulière, de ne pas s’écrier comme lui au jardin de l’Agonie : « Mon Père, que ce calice s’éloigne de moi… » Mais empressons-nous d’ajouter aussi : « Que votre volonté soit faite et non la mienne » (Matth. XXVI, 39). Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu’il a tremblé à la vue du calice amer, ce calice qu’il avait autrefois si ardemment désiré.
Monsieur l’Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur vous l’a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe qu’il vous présente. Un saint l’a dit « Le plus grand honneur que Dieu puisse faire à une âme, ce n’est pas de lui donner beaucoup, c’est de lui demander beaucoup ». Jésus vous traite en privilégié ; il veut que, déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous sauviez des âmes. N’est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a racheté le monde ? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre vie pour lui ; mais le martyre du coeur n’est pas moins fécond que l’effusion du sang ; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J’ai donc bien raison de dire que votre part est belle, qu’elle est digne d’un apôtre du Christ » (Sainte Thérèse de Lisieux, lettre 213 du 26 décembre 1895).

Avec une profonde et surnaturelle gratitude,
dans l’espérance.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

palmes

2019-18. Pèlerinage légitimiste annuel au Puy-en-Velay avec la Confrérie Royale.

Affiche pele ascension 2019 - allégée

Parmi les anniversaires et diverses commémorations de cette année 2019, figure le centenaire de la consécration de la basilique du Sacré-Cœur érigée au sommet de la colline de Montmartre, à Paris, aussi appelée basilique du Vœu national.
Initialement prévue pour le 17 octobre 1914, cette cérémonie fut ajournée en raison du déclenchement de la guerre, et finalement célébrée le 16 octobre 1919.

Le Vœu national, prononcé en pleine débandade militaire lors de l’effondrement du second empire, peu après que les « Volontaires de l’Ouest » (anciens Zouaves Pontificaux) eussent hissé la bannière du Sacré-Cœur sur le champ de bataille de Loigny (2 décembre 1870), a profondément marqué les catholiques français de cette fin du XIXe siècle. Ses promoteurs firent le voyage à Frosdhorf afin d’y rencontrer Henri V – le comte de Chambord – en exil, et l’édification de la basilique de Montmartre, votée par l’assemblée nationale et soutenue par l’épiscopat français, voulait réaliser l’une des demandes que Sainte Marguerite-Marie Alacoque avait été chargée par Notre-Seigneur de transmettre au Grand Roi, le « Fils aîné de (Son) Sacré-Cœur ».

Les fondateurs de la Confrérie Royale ont donc choisi, pour ce quatrième pèlerinage annuel au Puy-en-Velay, de rappeler ce centenaire, non pour une évocation historique des événements qui ont suscité le Vœu national et des péripéties qui tissent l’histoire de la basilique de Montmartre, mais en reprenant et approfondissant le message essentiel que cet édifice qui domine Paris proclame à la face de la France, du monde tout entier et de la Sainte Eglise, résumé par ces mots latins que l’on peut lire sur la mosaïque du sanctuaire : « Gallia pœnitens et devota et grata » : la France, pénitente, consacrée et reconnaissante.

Pénitence, consécration et action de grâces : la Confrérie Royale reprend à son compte les grandes leçons spirituelles de l’histoire du Royaume de France et les fait siennes aujourd’hui, parce que ce sont des leçons permanentes dont il faut bien se pénétrer et dont il faut vivre en profondeur pour ne pas désespérer et pour œuvrer efficacement au service de la France et de son Souverain légitime.

Nous vous donnons donc rendez-vous au Puy les 30, 31 mai et 1er juin prochains pour ce quatrième pèlerinage annuel en ce sanctuaire du Puy demandé au 1er siècle de notre ère par la Sainte Mère de Dieu elle-même, en ce sanctuaire où une vingtaine de nos Rois est venue implorer la protection et le secours de Notre-Dame, en ce sanctuaire lié d’une manière suréminente au salut du Royaume ainsi que l’ont tout particulièrement illustré Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc.

Précisons enfin qu’il n’est pas requis d’être membre de la Confrérie Royale pour participer à ce pèlerinage : il est ouvert à toute âme de bonne volonté désireuse de prier pour la France et pour son Souverain légitime.

Pèlerinage légitimiste au Puy - message du Prince 4 juin 2016

Pour consulter les informations pratiques, le programme général et imprimer le bulletin d’inscription de ce pèlerinage, cliquez > fichier pdf Présentation du pèlerinage – informations – bulletin inscription

armoiries confrérie royale

2019-17. Des actes extrêmement graves qui nient les fondements de notre société et de son héritage chrétien.

Samedi 16 février 2019,
Samedi précédant l’entrée dans la Septuagésime (cf. > ici).

Hier, vendredi 15 février 2019, dans la soirée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, en digne « Fils de Saint Louis », a publié un communiqué officiel de protestation relatif aux profanations d’églises et sacrilèges qui se sont multipliés depuis quelques semaines.

Puisse sa voix être entendue !
Puissent aussi les catholiques de France, en dignes « fils des croisés », se montrer de dignes défenseurs de l’honneur de Dieu, de Sa Très Sainte Mère et de Ses saints, de zélés gardiens de leurs lieux de culte en face d’une impiété grandissant, et de fervents réparateurs des blasphèmes et sacrilèges perpétrés.

Protestation duc d'Anjou 15 février 2019

Extrait du communiqué de Monseigneur le duc d’Anjou tel qu’il a été publié sur son compte Twitter

Communiqué de Monseigneur le duc d’Anjou
à l’occasion des
nombreuses profanations d’églises en France :

J’ai appris avec une très grande tristesse comme Français et une profonde indignation comme catholique, les profanations d’églises qui se multiplient sur l’ensemble du territoire. Elles font suite aux dégradations de lieux de culte ou de cimetières. 
Je ne peux que condamner ces actes extrêmement graves qui nient les fondements de notre société et notamment de son héritage chrétien.

Je me joins à l’inquiétude et aux protestations des autorités religieuses et civiles qui condamnent publiquement ces actes blasphématoires et je demande aux autorités que des mesures fortes soient prises.

Que Saint Louis protège la France !

Louis,
Duc d’Anjou

Grandes armes de France

2019-14. Longue vie à Henri de Jésus, duc de Touraine !

Vendredi soir 1er février 2019,
Premier vendredi du mois dédié au Sacré-Cœur ;
Fête du Bx Guillaume Repin et de ses compagnons, martyrs d’Angers et d’Avrillé (cf. > ici, > ici et > ici).

Trois lys blancs

Te Deum laudamus !

Annonce naissance Henri duc de Touraine

Sur son compte Twitter, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a ajouté les précisions suivantes :
« Je suis heureux, avec Marie-Marguerite, de vous annoncer la naissance d’Henri, notre quatrième enfant, aujourd’hui à 13:05 GMT. Il pèse 4,200 kg et mesure 53 cm. La maman et le bébé se portent bien. Nous remercions tous ceux qui s’associent à cette naissance par la prière ».

Nous invitons tous nos amis à se réjouir avec nous de cette naissance et de faire monter vers Dieu de très vives et ferventes actions de grâces, priant le Roi du Ciel de bénir ce nouveau Fils de France, de lui accorder longue vie, et de protéger toute la Famille Royale.

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duc de Touraine

2019-12. Trentième anniversaire !

1989 – 30 janvier – 2019

Mercredi 30 janvier 2019,
Fête de Sainte Bathilde, Reine, veuve et moniale (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Martine, vierge et martyre ;
30ème anniversaire de la mort de SM le Roi Alphonse II (cf. > ici) ;
30ème anniversaire de l’avènement de SM le Roi Louis XX.

Grandes Armes de France

Le Roi est mort ! Vive le Roi !

« En France, le Roi ne meurt pas », dit l’ancien adage qui résume la Loi fondamentale du Royaume (cf. > ici) selon laquelle la succession à la Couronne est immédiate et instantanée : un Roi est Roi dès que son prédécesseur a rendu le dernier soupir, quel que soit son âge, du moment qu’il est le plus proche parent mâle du Roi défunt et qu’il est catholique.
Un autre adage exprime lui encore cette loi  par ces mots d’un éloquent laconisme : « le mort saisit le vif ».

Ce n’est pas le Sacre qui fait le Roi, mais c’est la force de la coutume successorale. Ce pourquoi l’on dit, selon les termes des légistes royaux, que le Sacre est déclaratif et non constitutif de la Royauté (même si dans une conception populaire encore fréquemment répandue au XVème siècle, et aujourd’hui reprise par quelques royalistes ignorants des Lois fondamentales, le Roi ne serait tel qu’après son Sacre).
Le Sacre, par les onctions et les prières de la Sainte Eglise, rend la Personne du Roi sacrée : cela a pour conséquence qu’attenter à Sa personne, à Sa vie et à Ses droits constitue à proprement parler un sacrilège.

Le rappel de ces principes véritablement « constitutionnels » de la monarchie capétienne traditionnelle explique pourquoi l’anniversaire de la mort d’un Souverain est en même temps celui de l’avènement de Son successeur.
En ce 30 janvier 2019, nous commémorons en même temps l’anniversaire de la mort, dite « accidentelle », de Sa Majesté le Roi Alphonse II, appelé de manière usuelle duc d’Anjou et de Cadix, qui nous plongea dans une douloureuse stupeur ; et le joyeux anniversaire de l’avènement de Son fils sous le nom de Louis XX, appelé de manière usuelle duc d’Anjou : « Le Roi est mort ! Vive le Roi ! ».

Sur son compte Twitter, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure donc Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié hier soir le message suivant d’une pudique sobriété qui dévoile cependant à Ses fidèles sujets quelque chose de la délicatesse de Ses sentiments et de Sa fidélité à la mémoire et aux exemples de Son regretté père :

tweet royal du 29 janvier au soir

Avec toute la Légitimité, dans la perpétuation de nos traditions royales, par laquelle nous manifestons notre indéfectible et ardente fidélité aux desseins de Dieu sur ce Royaume de France, nous commémorons donc avec ferveur ce trentième anniversaire et, avec l’incomparable Jean-Baptiste Lully, nous prions avec ferveur au moyen de cette prière divinement inspirée au roi-prophète David en conclusion du psaume « Exaudiat », et que nous reprenons avec ardeur et amour plusieurs fois par jour « Domine, salvum fac Regem, et exaudi nos in die qua invocaverimus Te » :

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Trois lys blancs

2019-10. La Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société.

Jeudi 24 janvier 2019,
Fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

Le Révérend Père Augustin Pic o.p. (cf. > ici et > ici), dont l’amitié et la confiance nous honorent, vient de nous adresser aujourd’hui le texte de l’homélie qu’il a prononcée ce dernier dimanche, 20 janvier 2019, lors de la messe célébrée en présence de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, à la Chapelle Expiatoire, à Paris.
Nous remercions très chaleureusement le Révérend Père Pic de nous avoir autorisés à publier ce texte que l’on lira et approfondira avec le grand profit, en raison de l’analyse plus que pertinente qu’il présente et des perspectives spirituelles qu’il développe.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

Statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (par François-Joseph Bosio)

Bien aimé Fils de Saint Louis, mes bien chers Frères,

Roi chrétien, celui pour qui nous venons prier ici chaque année eût apprécié qu’avant d’évoquer sa tragédie, le sermon commençât par Dieu et Son dessein sur l’humanité. C’est donc ce que je tenterai ce matin pour introduire notre traditionnelle méditation sur Louis XVI qui sera brève.

Le Dieu unique n’ayant besoin, pour être l’amour parfait, de rien ni de personne puisque avant de créer quoi que ce soit Il est Père, Fils et Saint-Esprit, décida néanmoins de faire exister les anges dans le ciel puis les hommes sur la terre. Pourquoi ? Pour les associer à Sa vie divine qui est béatitude absolue précisément parce qu’elle est amour parfait du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Au fond, Dieu produit les êtres perfectibles dont Il n’a pas besoin pour leur communiquer cette ineffable perfection et ainsi les rendre heureux tous ensemble en Lui seul. Alors qu’Il pouvait tout laisser au néant sans cesser d’être, Il a voulu cela !

Mais en créant, Ce Dieu unique ne peut que Se régler sur ce qu’Il est. Or Il est relation puisque Il est Trinité. Ainsi, Il fera l’homme relation et c’est ainsi qu’Il l’appellera à l’amour, puisqu’il n’est point d’amour sans relation. Amour envers Lui avant tout, c’est le premier commandement, d’où Jeanne d’Arc et son fameux Dieu premier servi, formule qui sauva la France et son roi et nous inspire encore, envers autrui ensuite, dont Il nous charge comme Il Se charge Lui-même de nous, c’est le second commandement égal au premier. Un premier supérieur au second, je le rappelle, et un second égal au premier, contradiction qui, enseignée par Jésus-Christ, n’est point contradiction mais mystère de vie surnaturelle. Et c’est en ces deux commandements que repose toute la Loi et tous les Prophètes, toute l’Ecriture ; et de ces deux que l’histoire humaine entière, collective et individuelle, reçoit sa loi fondamentale ; et sur ces deux qu’après la mort chacun sera jugé, et que tous, à la fin de l’Histoire, auront à répondre devant Dieu et les uns devant les autres. Au soir de cette vie, disait sainte Thérèse de Lisieux qu’un Louis XVI n’eût point manqué de lire et relire au Temple avec recueillement si la chère Carmélite avait pu écrire un siècle plus tôt, au soir de cette vie, disait-elle, je serai jugée sur l’amour

Là est le fond du christianisme en son mystère, qu’à la plénitude des temps vint réaliser Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, en vivant, mourant et ressuscitant selon la chair, et en répandant le Saint-Esprit à la prière de Marie vierge et mère, pour que chacun dans l’Eglise ait part aux souffrances et à la gloire de ce rédempteur et sauveur. Mais là est aussi, bien aimé Prince et bien chers Frères, ce que dut vivre à sa mesure celui qui nous rassemble ici.

Car ce fils du XVIIIe siècle et, pour une part, des Lumières, garda, du sacre de 1775 au sacrifice de 1793, la certitude d’avoir été chargé par Dieu même, selon la loi successorale, des destinées de la France. S’il est bien vrai que Dieu nous chargeant les uns des autres comme Il Se charge Lui-même de nous, Il charge certains d’entre nous de tous les autres à titre de supérieur, soit spirituel avec la Hiérarchie de l’Eglise, soit temporel comme c’est le cas pour les rois. De là deux points bien ancrés dans le cœur aimant de Louis et sur lesquels il ne transigea pas :

Que la puissance législative et exécutive est inhérente à la fonction royale qui est de faire le bien, mieux, de procurer le bien commun, au Nom du Seigneur, comme Son lieutenant, doctrine puisée à la fois dans la tradition du droit divin et dans le vœu presque unanime des cahiers de doléance, qu’il fut probablement le seul à respecter (cahiers n’aspirant à aucune démocratie mais à une représentation nationale associée au Roi dans la confection de la loi). Et plus, je le crois, dans le droit divin et le vœu des cahiers que dans les ouvrages ou articles, qu’il put fréquenter, de certains auteurs, publicistes ou autres, favorables à un pouvoir fort, à la prussienne.

Qu’une restauration religieuse s’imposait. Voulue dès le sacre, voulue plus encore, à la fin, dans l’ambition qu’il s’était donnée de nous consacrer tous au Sacré Cœur, comme l’avait fait Louis XIII à Notre Dame de l’Assomption, s’il recouvrait un jour sa puissance (à quoi, dans les derniers mois, son réalisme politique crut de moins en moins). Car les dangers courus par la piété et la morale à l’époque n’avaient rien d’illusoire, nous le savons, et ce qu’il voit aujourd’hui de là où il est ne peut malheureusement que lui donner raison…

Voilà bien les deux dimensions de la fonction royale : procurer le bien temporel et par là contribuer en une mesure certaine au bien spirituel dont est chargée spécialement la puissance ecclésiastique. On aura beau dire tout ce qu’on voudra et parfois non sans justesse sur les hésitations et tergiversations de celui qui présida à nos destinées à l’un des pires moments de notre histoire, ce noyau de convictions inspirées d’en haut et reçues de ses pères lui resta. D’où sa mort qui fut celle d’un saint, car la Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société. Certains dans le personnel révolutionnaire ne furent pas sans esprit religieux, comme Grégoire, d’autres sans spiritualisme, comme Robespierre, pour ne parler que de ceux-là, mais la tendance lourde, et criminelle, fut bien à la subversion.

Je cite un historien, prêtre, qui publia autour de 1800 un Louis XVI détrôné avant d’être roi : « Nous pardonnerait-on de rapprocher en exemple le maître de son ministre, l’homme-Dieu de l’homme-roi ? Le divin héritier du trône de David, la sagesse et la vertu par essence, en se montrant à son peuple à une époque d’endurcissement et de perversité, venait recueillir de ses insignes bienfaits l’ingratitude et la mort. Et c’était néanmoins à ce crime fameux, c’était à ce mystérieux régicide qu’était attaché, dans les décrets éternels, le rétablissement du règne de la vertu sur la terre. Ainsi Louis XVI, en naissant pour le trône, au sein d’une nation dégénérée, au milieu d’un siècle que maîtrisait l’impiété, naissait pour ses malheurs, si toutefois on peut appeler de ce nom les tragiques événements qui ont épuré sa belle âme et couronné ses vertus. Et pourquoi ne nous serait-il pas permis d’augurer que ce même attentat, qui a conduit d’abord un peuple dépravé sous des châtiments mémorables, décidera aussi son retour et celui de l’Europe entière à tous les principes oubliés … ».

Le retour aux principes oubliés ! Combien se fait-il attendre depuis plus de deux siècles. Mais, Chrétiens, il est cette différence entre une espérance purement humaine et celle qui vient de Dieu, qu’en ne se réalisant pas (toute attente mondaine finit par décevoir), la première laisse le cœur vide de vérité et plein de tristesse mais que la seconde, même lorsqu’elle manque ou tarde à se réaliser, donne une plénitude et une joie célestes. De là, on se prépare activement soit à la fin du monde si elle est proche (elle l’est d’ailleurs de plus en plus depuis le temps qu’on l’annonce en chantant le Credo – mais pensons-nous toujours à ce que nous chantons?), soit, si elle reste éloignée, à tous les relèvements, entiers ou partiels et quel qu’en soit le jour ou le siècle, relèvements obtenus par retour aux principes oubliés.

Fils de saint Louis, mes bien chers Frères, gardons deux paroles. Une déjà forte et l’autre qui l’est plus encore. La première est d’un païen mais bon philosophe, la seconde est de Dieu, et c’est tout dire. Sénèque, que Louis parfait latiniste avait lu, écrivait ceci dans l’une de ses admirables lettres à Lucilius :

Aliquid severum est verum gaudium.

Qu’on peut rendre ici, un peu familièrement certes, par

La vraie joie, c’est du sérieux !

 Jésus-Christ dont Louis fut disciple sur le trône et jusque sous le fer du bourreau déclara, Lui :

Ma joie, nul ne vous l’enlèvera.

Qu’à la prière de saint Louis et bientôt peut-être de madame Elisabeth, cette joie de Dieu, l’éternelle jeunesse du monde au fond de nos cœurs, y grandisse et embellisse envers et contre tout. Seront alors, vraiment, Dieu glorifié et le monde édifié.

Fr. Augustin Pic, O.P..

Prédication du Rd Père Pic chapelle expiatoire 20 janvier 2019

Le Révérend Père Augustin Pic o.p., prédicateur de Sa Majesté ce dimanche 20 janvier 2019 à la Chapelle Expiatoire

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