Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2017-4. « Afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

Premier sermon
de

notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la chute de Pierre.

* * * * * * *

Rombouts Theodor - le reniement de Pierre

Theodor Rombouts (Anvers 1597 – Anvers 1637) :
le reniement de Pierre ["Liechtenstein Museum", Vienne (Autriche)]

A l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome, je livre à votre réflexion et méditation ce premier sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur la chute de Pierre : je le tiens en réserve depuis le printemps 2013 – « Qui potest capere capiat » – et crois utile aux âmes et aux intelligences de le publier finalement en ce jour.
Utile pour chacune de nos âmes qui, toujours exposées aux dangers que leur fait courir leur propre fragilité ont toujours davantage besoin, comme le Prince des Apôtres lui-même, de s’humilier pour se mieux relever ; utile aussi pour être moins exposés aux scandales et conserver au mieux la sérénité intérieure dans les difficiles circonstances actuelles de la vie de la Sainte Eglise…

* * * * * * *

« Afin de lui inspirer une humilité salutaire,
le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

§ 1. La présomption de Pierre. 

De Saint Pierre, vous connaissez la sublime profession de foi au sujet de la divinité de Jésus-Christ ; vous savez aussi que, à la voix d’une servante, il renie Celui qu’il avait adoré.
Pour confondre sa présomption, le Sauveur lui avait dit : « Tu me renieras » (Matth. XXVI, 75) ; plus tard aussi, pour affermir son amour, Jésus-Christ lui posa cette question : « M’aimes-tu ? ». C’est donc au moment même où Saint Pierre chancelait dans sa foi, qu’il présuma le plus de ses propres forces.

Le Psalmiste avait depuis longtemps formulé ce reproche : « Ceux qui mettent leur confiance dans leur vertu » (Ps. XLVIII, 7). Pierre méritait donc qu’on lui fît l’application de ces autres paroles : « J’ai dit dans mon abondance : jamais je ne me laisserai ébranler » (Ps. XXIX, 7). Dans son abondance, il avait dit au Sauveur : « Je suis avec Vous jusqu’à la mort » (Luc XXII, 33) ; dans son abondance, il avait dit : « Jamais je ne me laisserai ébranler ».

Toutefois Jésus-Christ, en Sa qualité de suprême Médecin, savait mieux que le malade lui-même ce que réclamait sa maladie. Ce que font les médecins dans les maladies du corps, Jésus-Christ peut le faire dans les maladies de l’âme.
Qu’importe, après tout, au malade, que le médecin lui rende toujours raison du traitement qu’il lui applique ? Le malade peut connaître les souffrances qu’il supporte ; mais quand il s’agit de décider si la maladie est dangereuse, d’en connaître les causes, et de juger de l’efficacité des remèdes, c’est l’oeuvre propre du médecin qui, après avoir examiné le corps, reste libre de communiquer à son malade les raisons du traitement qu’il lui applique.

Quand donc le Seigneur dit à Pierre : « Tu Me renieras trois fois », Il prouvait à Pierre qu’Il avait sondé son coeur.
Or, les prévisions du médecin se réalisèrent, et la présomption du malade se trouva confondue.

§ 2. Sa chute fut salutaire à Pierre parce qu’elle le fit entrer dans la voie de l’humilité.

Continuons à étudier dans le même psaume les révélations que nous fait le Saint-Esprit.
Après avoir dit : « Dans mon abondance, je ne me laisserai jamais ébranler », le Psalmiste, se reprochant d’avoir ainsi présumé de ses propres forces, s’empresse d’ajouter : « Seigneur, par l’effet de Votre volonté, Vous avez ajouté la force à ma beauté ; Vous avez détourné Votre face, et je suis tombé dans le trouble et la confusion » (Ps. XXIX, 8).
Que dit-il ?
Ce que j’avais ne venait que de Vous, et je croyais ne le tenir que de moi ; « mais Vous avez détourné Votre face » ; Vous avez repris ce que Vous m’aviez donné et « je suis tombé dans le trouble et la confusion » ; en Vous retirant de moi, Vous m’avez montré ce que je suis par moi-même.

Ainsi donc, afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps.
Jésus le regarda ensuite, et Pierre versa des larmes amères, comme parle l’Evangile ; c’est ainsi que s’accomplit la prédiction du Sauveur.

Que lisons-nous ? « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint » (Luc XXII, 61).
Si Jésus-Christ ne l’eût pas regardé, Pierre aurait tout oublié. « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint que Jésus lui avait dit : avant que le coq chante, vous Me renierez trois fois, et, étant sorti, il pleura amèrement » (Ibid. 62).
Pour laver le crime de son reniement, Pierre avait donc besoin du baptême des larmes. Mais ce baptême lui-même il n’aurait pu l’avoir si Dieu ne lui en avait fait la grâce.

Rombouts Theodor - reniement détail

Theodor Rombouts : le reniement de Pierre (détail)

2017-3. La prière des ânes.

Jeudi 12 janvier,
7e jour dans l’octave de l’Epiphanie.

J’avoue ne plus très bien savoir qui m’a fait parvenir – il y a déjà un peu de temps de cela – le texte qui va suivre, que j’avais alors mis de côté en vue de le publier. En effet, il m’avait beaucoup plu.
Puisque nous arrivons à la fin de l’octave de l’Epiphanie, qui met un terme aux célébrations de la Nativité de Notre-Seigneur, j’ai résolu de vous le livrer aujourd’hui : d’une part parce que la présence de l’âne dans toutes les représentations relatives à la Naissance du Sauveur est très importante (arrivée à Bethléem, crèche, fuite en Egypte), et d’autre part parce que derrière un certain humour de surface, cette « prière des ânes » renferme des pépites spirituelles très sérieuses et véritablement précieuses pour la vie intérieure de tout chrétien… 

pattes de chat Lully.

Carducho Bartolomé 1600-1603 (Ermitage St-Petersbourg)

Bartholomé Carducho : la fuite en Egypte (1600-1603)

Prière des ânes :

Donnez-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre…
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de Votre Parole.

Donnez-nous, Seigneur, un dos courageux…
pour supporter les hommes les plus insupportables.

Donnez-nous, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses, autant que les coups de bâton.

Donnez-nous, Seigneur, d’être sourd aux injures et à l’ingratitude :
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.

Ne nous donnez pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.

Mais donnez-nous simplement, Seigneur, de ne jamais désespérer de Votre miséricorde, si gratuite pour ces ânes si disgracieux que nous sommes… d’après ce que disent les pauvres humains qui n’ont rien compris ni aux ânes, ni même à Vous, qui avez fui en Egypte avec un de nos frères, et qui avez fait Votre entrée messianique à Jérusalem sur le dos d’un des nôtres.

Ainsi soit-il !

âne gif

Lire aussi
« La légende de la sauge » > ici

2016-94. Se préparer à entrer dans le mystère de Noël avec la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin (Madame Louise de France).

23 décembre.

En ce jour anniversaire du rappel à Dieu de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, qui avait été dans le siècle Madame Louise de France, fille de Sa Majesté le Roi Louis XV (voir ici > Princesse et carmélite),  nous pouvons nous servir de l’une des méditations qu’elle a elle-même écrite pour se préparer à la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, afin de mieux disposer nos âmes, nos coeurs et nos esprits à entrer dans la véritable dimension spirituelle du mystère de Noël, et à en vivre plus intensément.

Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

La Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, carmélite,
qui avait été dans le siècle Madame Louise de France.

« Qu’un Prince puissant descendît de son trône pour venir se confondre dans les derniers rangs de ses sujets, s’asseoir à leur table, partager leur indigence, et essayer de leur rendre le fardeau de la pauvreté plus supportable, en le portant avec eux ; quelles impressions profondes d’amour et de vénération laisserait dans tous les coeurs le spectacle ou le récit d’un tel héroïsme de générosité !
Pour être plus accoutumés aux prodiges de la miséricorde divine, devons-nous en être moins touchés ? 
Ah ! Plutôt que de permettre, Seigneur, que je me rende coupable d’une ingratitude aussi monstrueuse, donnez-moi de recueillir dans mon âme toute la reconnaissance que l’univers vous doit.

Parmi les réflexions qui viennent tumultueusement se présenter à mon esprit, à la vue de Jésus naissant, cinq objets doivent principalement fixer le désir qu’il veut bien m’inspirer, de lui préparer dans mon coeur une demeure digne de lui.

1 – Son amour infini pour moi.
J’étais présente à ses yeux, dès les premiers moments d’un sacrifice qui a commencé avec l’éternité. Il a daigné pourvoir à tous mes besoins. Pas une de mes misères qui ait échappé au dessein qu’il a formé, de venir lui-même apporter aux plaies du genre humain, les seuls remèdes que pût admettre la justice irritée de son Père ! Les intérêts de sa propre gloire, les ignominies et les besoins de cette chair mortelle qu’il n’a pas dédaigné de revêtir, pour m’élever jusqu’à lui, en s’abaissant jusqu’à moi, rien n’a pu l’arrêter.
O Amour ! qui faites disparaître dans une Dieu tout ce qu’il doit à sa grandeur, échapperez-vous au juste retour dont je me sens redevable ? Ne dois-je pas me donner sans partage à celui qui vient se donner tout entier à moi ?

2 – Sa miséricordieuse charité.
C’est pour tous les hommes, c’est pour les délivrer tous de l’esclavage du péché, pour leur ouvrir à tous l’entrée du Ciel qu’il paraît sur la terre ; j’étais comprise dans cette multitude innombrable de pécheurs qu’il avait la vue et le désir de sauver. Mes infidélités à sa grâce qu’il prévoyait, n’ont pas mis d’obstacle à la générosité de ses démarches pour moi. Sa charité, comme me l’apprend son Apôtre, s’est manifestée en ma faveur, malgré toute mon indignité. Combien ce regard de bonté d’un Dieu naissant doit-il m’apprendre à renfermer dans ma charité ceux-mêmes qui me paraissent si souvent la moins mériter !

3 – Ses profondes abjections.
En quel état paraît à mes yeux le Roi des Rois, le Dieu de l’univers, le dominateur suprême du Ciel et de la terre ! Quelle escorte va l’environner dans la crèche ! Une étable sera son palais ; une cabane exposée à toutes les injures de l’air sera son asile ; de pauvres bergers composeront sa cour, le souffle de deux animaux sera l’unique adoucissement à ses premières souffrances ; telle est l’image abrégée de l’anéantissement auquel il s’est condamné pour moi.
Puis-je croire cette vérité et souffrir encore que mon coeur soit susceptible de cet orgueil qui est le poison de toute la grandeur humaine. En peut-il être d’autre pour une âme chrétienne, que celle qui lui donne une conformité parfaite avec Jésus anéanti dans la crèche ? Qu’il est grand, ce Dieu caché, malgré le voile d’abjection qui le couvre à mes yeux ! Que je serai grande moi-même, quand je m’efforcerai de me rabaisser en sa présence !

4 – Son état d’infirmité et de souffrances.
Jésus les embrasse dès sa naissance, pour m’apprendre à sanctifier les miennes, pour m’y fortifier, et pour m’y consoler. Mais, si le Saint des Saints accepte déjà dans un corps innocent ce douloureux partage, puis-je ne pas m’estimer heureuse des traits de ressemblance qu’il me fournira lui-même dans mille circonstances, où je pourrai unir mes souffrances aux siennes. En qualité de chrétienne et de pécheresse, je suis condamnée à la mortification et à la pénitence. La leçon qu’il me présente dans son berceau est un nouveau motif pour moi de me crucifier dans mes sensualités, et encore plus dans ma volonté propre. Plus je trouve de facilités à la satisfaire, plus j’apprendrai, dans ce premier sacrifice de Jésus naissant, à m’immoler dans tout ce que j’ai de plus intime pour les sens, pour l’esprit et pour le coeur.

5 – L’étendue de ses satisfactions.
C’est un Dieu qui me prévient, qui me recherche, qui paye pour moi à la justice de son Père. Que pourrais-je craindre avec une caution d’une valeur et d’une vertu aussi efficaces ? Je porterai à ses pieds bien des misères qu’il connaît, et dont il compassion, mais qu’il est disposé à me pardonner, dès que je les détesterai toutes, dès que je n’en aimerai aucune. Indépendamment de tant de promesses miséricordieuses, qu’il m’a adressées tant de fois, ne s’offrira-t-il pas aux yeux de ma foi, avec tous les charmes qui peuvent lui attirer toute ma confiance ?
Non, il ne viendra point à moi en juge, ni en vengeur, mais en Sauveur et en Père. Je me hâterai donc de me jeter entre les bras qu’il daigne me tendre ; je recueillerai avec ardeur ses soupirs ; je le conjurerai d’être mon Jésus et mon libérateur, à l’appui de ces tendres sentiments que je solliciterai au premier trône de son indulgence ; que ne trouverai-je pas de ressources auprès d’un coeur qui ne désire que la pleine confiance du mien.

Ce mystère d’un Dieu naissant, doit donc ranimer tout mon amour pour lui, servir de règle à ma charité pour le prochain, rectifier tous mes jugements et toute ma conduite sur ce qui fait la véritable grandeur, soutenir mon courage dans l’usage de la pénitence chrétienne, réveiller et confirmer toute ma confiance aux miséricordes si étendues, dont la crèche est la dépositaire.
Je demanderai donc avec un redoublement de ferveur, proportionné à tous mes besoins, ces heureux fruits de la fête qui approche ; je purifierai mon âme avec la plus exacte sincérité ; j’y ajouterai avec toutes les protestations de ma douleur, les promesses les plus sincères de ma fidélité future ; je réunirai tous mes désirs les plus ardents et les plus empressés pour attirer les grâces de ce divin Enfant.
Mille fois je lui réitérerai ma consécration entière à son service, ma dépendance, ma gratitude et mon amour.
Venez, lui dirai-je, venez, Auteur de tous les biens, répandez-les dans mon âme ; en la visitant, faites-lui goûter combien il est doux de vous aimer et d’être aimée de vous. Communiquez-moi ces saintes ardeurs dont le coeur de votre sainte Mère était pénétré ; faites passer dans le mien ce feu céleste qui en consume toutes les froideurs ; remplissez-moi de cet esprit de foi, de cette fervente piété, qui accompagnaient ce saint Roi, mon Patron, à votre divin banquet ; qu’il n’y ait rien en moi qui ne se ressente de ces profonds hommages que vous rendirent à la crèche les esprits bienheureux dont elle était investie ; couronnez enfin, ô Dieu naissant ! tous vos bienfaits par cette paix que vous apportez à la terre ; qu’elle règne en moi, comme un gage de votre grâce et de votre clémence ; et qu’elle y persévère par la confiance de ma fidélité et de mon amour !
Le péché seul peut m’en priver. Ah ! Que jamais il ne trouble, il ne ravisse un trésor dont la possession m’est plus chère que tous les biens de ce monde, que ma vie-même.
C’est, ô mon Jésus ! ce que je vous demande, et c’est ce que je ne cesserai de penser, et désirer jusqu’au dernier soupir ; il sera un soupir d’amour pour vous. »

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin.

Quelques autres textes pour se préparer spirituellement à Noël :

- Préparation au mystère de la Nativité avec Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix > ici
- « Chemin de Bethléem, école d’oraison » (Frère Maximilien-Marie) > ici

2016-92. Adaptation au monde moderne ?

Parmi les reproches qui sont faits à l’encontre des Légitimistes qui, à la suite de Monseigneur le Comte de Chambord, de jure Sa Majesté le Roi Henri V, maintiennent coûte que coûte les principes de la royauté française traditionnelle et refusent toute compromission avec les idées qui ont causé la révolution ou en sont les conséquences, il y a celui de ne pas savoir « s’adapter au monde moderne ».
Cela peut se décliner avec des formes voisines, telles que « ne pas comprendre les aspirations de son temps », « ne pas savoir s’inscrire dans le mouvement général », « laisser passer les opportunités d’entrer dans la modernité que nous tend l’Histoire », et autres formules de pure rhétorique qui ne servent qu’à masquer l’abandon des principes pérennes et solides.

Il en est de même dans l’Eglise où l’abandon – la trahison – de la Tradition, reçue des Apôtres et développée organiquement au fil des siècles par les Pères, les saints Docteurs, les Pontifes fidèles (car il en est qui ne le furent pas), les conciles authentiques (car là encore il en est qui ne sont que des brigandages) …etc. , fait l’objet de pseudo justifications sous la formule incantatoire, quasi dogmatique et indéfiniment répétée par les chantres du « renouveau », d’ « adaptation au monde moderne » (ou « au monde de ce temps »).
Dans l’une des conférences de Gustave Thibon – encore et toujours ! – , j’ai relevé une citation qui n’a pas besoin d’être longue pour être percutante, comme souvent.
C’est une réflexion de simple bon sens, une fois de plus ; mais, parce que justement le bon sens est ce qui semble faire le plus défaut dans certains raisonnements, dans certaines intelligences, dans certaines structures d’enseignement, dans certaines sacristies, dans certains presbytères, évêchés ou palais apostoliques, il est bien nécessaire que ce que le bon sens inspire soit rappelé à temps et à contretemps : « opportune, importune » (2 Tim. IV, 2).
Dans ces quelques lignes qui suivent, je me suis autorisé à reproduire en caractères gras ce qui m’y apparaissait comme plus spécialement important.

Lully.

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Adaptation au monde moderne ?

« (…) Je crois que ceux qui parlent de s’adapter à tout prix au monde moderne ne savent pas ce dont le monde moderne a besoin : il a besoin de ce qui lui manque, il n’a pas besoin qu’on surabonde dans son propre sens. Il faut différer beaucoup de son siècle pour le servir.
Au reste, aujourd’hui, la modernité commence à se vomir elle-même. Si l’on nous accuse d’immobilisme, parce que, selon la belle formule d’un jeune philosophe contemporain, nous voulons « nous rapprocher de ce qui ne change jamais plus que nous adapter à ce qui change toujours », parce que nous sommes plus soucieux de nous dépasser nous-mêmes que de ne pas nous laisser dépasser, nous répondrons que se rapprocher du modèle divin, sculpter l’existence à l’image de l’essence, imprimer sur ce qui est la marque de ce qui doit être, cela exige tout de même beaucoup d’énergie, de vigilance, d’initiative et de liberté, infiniment plus que suivre passivement le courant de la mode et se laisser emporter comme une feuille morte par « l’air du temps »… ».

Gustave Thibon,
in « Morales de toujours et morales éternelles »,
conférence du 27 mars 1973 à Waremme (Belgique)
« Les hommes de l’éternel », ed. Mame – Paris 2012 – p. 89]

Gustave Thibon

Acte de donation à la Très Sainte Vierge.

15 décembre,
Octave de l’Immaculée Conception.

Dans un vieux livre de piété provenant d’un monastère de la Visitation aujourd’hui fermé, j’ai découvert, entre les pages, un petit feuillet manuscrit, soigneusement calligraphié, contenant un « Acte de donation à la Très Sainte Vierge ».
En ce jour octave de la fête de l’Immaculée Conception de Notre-Dame, je le recopie à votre intention car il me semble que les admirables dispositions de cette prière peuvent – et même doivent – être aussi celles de chacune de nos âmes, si elles aiment en vérité notre Très Sainte Mère du Ciel…

Nota : Je retranscris exactement le feuillet qui se trouve devant moi, tant pour la ponctuation que pour les majuscules.

Immaculée Conception

Acte de donation à la Très Sainte Vierge - titre

O Marie ! Admirable Mère de Jésus et mon aimable Mère ! puissante Souveraine de l’univers et mon aimbable Souveraine ! me voici à vos pieds avec une joie d’enfant, pour me donner à vous ! à vous, ô ma Bien Aimée, avec tout ce que je suis, tout ce que j’ai, tout ce que je possède et pourrai acquérir dans l’ordre de la nature et de la grâce. Je me remets entre vos mains d’une manière si parfaite, ô ma Mère ! ô Vie de mon âme ! que non seulement je n’aie plus rien après vous avoir tout donné, mais encore qu’à tout jamais, dans le temps, dans l’éternité, je ne puisse plus rien avoir ; mon âme, avec ses facultés, ses affections, ses espérances, mon corps avec ses sens et sa vie corruptible : tout mon être sans la moindre réserve, sans le moindre retour, étant, dès à présent, livré à vous, abandonné à vous, à votre Direction maternelle, à votre Providence pleine d’amour. Aujourd’hui en particulier, je vous donne toutes mes pensées, tous mes sentiments, toutes mes oeuvres de religion, de charité, de pénitence… Je ne suis plus à moi, ô Marie, je suis à vous.
Mais, ô ma ravissante Mère ! quelque absolue que soit ma donation, mon désir, mon vouloir, ne peuvent suffire aux besoins de mon coeur, à mon extrême amour. C’est pourquoi, vous qui êtes si bonne, ô ma Souveraine, faites, je vous prie, mieux encore que je ne puis faire moi-même. Daignez m’attacher et m’unir à vous, me faire votre bien, m’enclore en vos pouvoirs et privilèges de la manière la plus intime, la plus absolue, la plus irrévocable, de la manière que vous connaissez seule, et que je ne connais pas, de sorte que je sois à vous et que je vous serve non seulement par mes actions, mais encore par un état spécial et une condition nouvelle, dans lesquels vous m’aurez vous-même établi.
O Jésus ! Fils du Dieu éternel et Fils de Marie ! qui unissez par votre grâce miséricordieuse nos âmes à votre aimable Mère, daignez me tenir et considérer désormais comme son serviteur et son esclave d’amour ; daignez daignez être vous-même, ô Lien de tous les coeurs ! l’indissoluble lien de mon coeur au Coeur très aimant de votre Mère.
O Jésus ! ô mon Bien ! ô mon Tout ! je vous demande cette précieuse grâce, avec toute l’ardeur dont mon pauvre coeur est capable ; je vous la demande pour la vie, pour l’heure de la mort et pour toute l’éternité.

Ainsi soit-il !

Trois lys blancs

2016-91. De la statue de Henri IV le Grand érigée à Rome au Latran.

Nota :
l’article que je publie ci-dessous aujourd’hui est le millième de ce blogue,
et je suis particulièrement heureux qu’il soit à la gloire de notre Royauté française
et des triomphes de notre foi catholique…

pattes de chatLully.

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13 décembre,
fête de Sainte Lucie,
6e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception,
anniversaire de la naissance de Henri IV.

lys.gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour, nous n’omettons jamais, chaque 13 décembre, de commémorer dans la joie et l’action de grâces, l’anniversaire de la naissance de Henri IV le Grand (13 décembre 1553), notre premier Roi Bourbon, et nous nous rendons par la pensée et la prière jusqu’en l’archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran, à Rome, pour prier, avec l’insigne chapitre de la cathédrale de la Ville Eternelle, « pro felici ac prospero statu Galliae : pour le bonheur et la prospérité de la France ».
Je vous ai déjà entretenu de l’origine de cette vénérable tradition, toujours maintenue (voir > ici), et je ne m’étendrai pas à son sujet ; mais je voudrais aujourd’hui, à l’occasion de ce 13 décembre, vous faire découvrir – ou redécouvrir – la belle statue de bronze érigée en l’honneur de Henri IV dans le narthex nord de la basilique du Latran.

1 - narthex nord basilique Latran

Rome : entrée nord de l’archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran.
C’est dans ce narthex, sous la loggia des bénédictions, que se trouve la statue de bronze
célébrant les mérites et la catholicité de Henri IV le Grand.

On a trop souvent calomnié la conversion de Henri IV. Le trop fameux « Paris vaut bien une messe » des livres d’histoire de la troisième république n’est en réalité qu’une citation apocryphe qui, si elle a fait florès, trahit néanmoins radicalement l’honnêteté et la profondeur de la conversion du Roi.

L’abjuration solennelle de Henri IV, à Saint-Denys le 25 juillet 1593, devant l’archevêque de Bourges, n’était pas sans consistance : son acceptation par le clergé du Royaume fut relativement rapide. C’est ce qui permit son sacre, célébré à Chartres le 25 février 1594.
Henri IV y reçut alors les sacrements, les évêques de France considérant qu’il n’était plus excommunié, même si la levée solennelle de l’excommunication par le Pape Clément VIII n’intervint qu’à l’automne 1595.
Je précise au passage que l’une des dernières missions que le Ciel confia à Saint Philippe Néri (qui rendit sa belle âme à Dieu le 26 mai 1595) fut justement d’aller trouver le Souverain Pontife et de lui assurer, de la part de Notre-Seigneur, que la conversion du Roi de France était authentique et sérieuse.

2 - statue de Henri IV au Latran

Statue de Sa Majesté le Roi Henri IV dans le narthex nord de la basilique du Latran.

Après la restitution au chapitre du Latran de ses bénéfices sur l’abbaye de Clairac et l’institution de la Messe annuelle « pro felici ac prospero statu Galliae » au jour anniversaire de la naissance du Roi, chaque 13 décembre, fut également décidée l’érection d’un monument commémoratif à la gloire de Henri IV dans le narthex de l’entrée nord de la basilique.

Oeuvre de l’artiste lorrain Nicolas Cordier (1567-1612), qui était installé à Rome depuis 1592, cette statue de bronze représente le premier Roi Bourbon en imperator triomphant.
Commandée en 1606, elle fut achevée et érigée en 1608 à l’emplacement où elle se trouve toujours : dans une espèce de petite abside rectangulaire, voûtée, ornée de stucs et de trompe-l’oeil, habituellement fermée par une grille.

La couleur très sombre du bronze et le contre-jour, conséquence de l’éclairage donné par un oculus pratiqué au sommet de la voûte, font qu’il est souvent très malaisé d’en prendre des clichés satisfaisants. Celui que je publie ci-dessus a été pris par Frère Maximilien-Marie en avril 2010 ; mais pour en apprécier les détails il vaut finalement mieux les examiner sur cette gravure qui date du début de la régence de la Reine Marie et qui se trouve dans les collections du château de Pau.

3 - statue de Henri IV gravure

J’ai néanmoins essayé, avec un résultat médiocre, de vous présenter un gros plan du visage du Bon Roi Henri tel qu’il est figuré sur cette statue :

4 - statue de Henri IV visage

La statue est posée sur un haut piedestal cylindrique sur le devant duquel, dans un encadrement ouvragé où l’on admire les fleurs de lys de France, est enchassée une plaque de marbre noir portant la dédicace.

5 - inscription du socle - statue Henri IV - Latran

En voici le détail :

6 - inscription du socle gros plan - statue Henri IV - Latran

Cette inscription rappelle que le chapitre et les chanoines de la sacrosainte église du Latran ont pris soin de faire ériger cette statue de bronze en reconnaissance, sous le pontificat de Paul V et l’ambassade de Charles de Neufville d’Alincourt.
Mais ce qui la rend spécialement remarquable ce sont les éloges qu’elle dédie au Roi Très Chrétien de France et de Navarre (Francorum et Navarrorum Regi Christianissimo) Henri IV, comparé à Clovis pour sa piété (pietate alteri Clodoveo), à Charlemagne pour l’abondance de ses combats (varietate praeliorum Carolo Magno), et à Saint Louis pour son zèle en faveur de l’extension de la religion (amplificandae studio religionis Sancto Ludovico).

En ce 13 décembre donc, c’est plein de reconnaissance envers le premier Roi Bourbon que nous chantons : « Vive Henri IV, vive ce Roi vaillant ! … Que Dieu maintienne en paix ses descendants ! »
Et, dans les prières que nous faisons monter vers le Ciel pour le salut, la paix et le bonheur de la France, nous demandons avec ferveur le rétablissement du trône de Henri IV et le glorieux avènement effectif de son descendant, héritier et successeur, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX.

7 - lys du socle de la statue de Henri IV

Hymne de foi et d’espérance pour la restauration du Roi légitime > ici

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 13 décembre, 2016 |2 Commentaires »

2016-90. L’alliance adultère de l’Eglise et de la révolution.

Vendredi 9 décembre 2016,
2e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception.

Vierge séraphique

La Vierge séraphique :
« Gaude, Maria Virgo, cunctas hæreses sola interemisti in universo mundo »
(Réjouissez-vous ô Vierge Marie, vous seule avez vaincu toutes les hérésies dans le monde entier)

Alors que le mois de décembre file à la vitesse « V » et entraîne cette année 2016 vers sa fin, je veux revenir sur un anniversaire  que nous n’avons pas eu le temps de mentionner à sa date exacte, le 29 août dernier, mais sur lequel nous avons abondamment réfléchi et médité pendant des mois et des mois : le quarantième anniversaire de ce que, in illo tempore, l’on a appelé « la Messe de Lille », au cours de cet été 1976 qui a manifesté d’une manière médiatique retentissante le courage exemplaire de Son Excellence Monseigneur Marcel Lefèbvre.
Je devine déjà que certaines personnes, qui ne nous aiment guère, vont s’empresser de tirer profit de cette publication pour nous clouer au pilori du « lefèbvrisme », crime que certains ecclésiastiques – surtout lorsqu’ils se gargarisent de tolérance et de miséricorde – considèrent comme absolument impardonnable, tant en ce monde que dans l’autre.

Pour ce qui me concerne, je n’étais alors que dans la pensée de Dieu. Mais notre Frère, qui était alors âgé de 14 ans, s’en souvient parfaitement ; et pour cause.
Dégoûté – c’est exactement le terme qui convient, car il y avait vraiment de quoi inspirer la nausée – du pseudo catholicisme que son entourage familial, paroissial, diocésain et scolaire (car il était scolarisé dans un collège tenu par des religieux totalement sécularisés et sinistrés par le modernisme triomphant), le futur Frère Maximilien-Marie s’éloignait de l’Eglise, de Notre-Seigneur Jésus-Christ et même de Dieu, puisque cette « Eglise conciliaire » ne lui apportait rien de consistant, liturgiquement, spirituellement et doctrinalement.
En revanche, il gardait au coeur le souvenir fervent de la Messe qu’il avait connue avant la réforme liturgique : Messe dont il n’avait pas besoin de comprendre matériellement les mots latins pour comprendre spirituellement les mystères qu’elle célébrait, et pour être comme irrésistiblement élevé vers Dieu…
Mais tous – parents, éducateurs, prêtres et religieux – lui répétaient à satiété que tout cela était révolu, définitivement révolu, et qu’il fallait « vivre avec son temps » : c
e temps du « printemps de l’Eglise » et d’une « dynamique nouvelle », « plus évangélique »… Tu parles ! On n’a jamais vu l’Eglise en perte de dynamisme et d’influence autant qu’en ces années-là : les fidèles en masse abandonnaient la pratique religieuse et s’éloignaient de la morale évangélique aussi bien que de la foi, tandis que les clercs apostasiaient et défroquaient comme jamais ! 

Bref ! Lorsque, le 29 juin 1976, les médias commencèrent à parler des ordinations sacerdotales conférées par Son Excellence Monseigneur Lefèbvre malgré la défense qui lui en avait été signifiée par le Saint-Siège, lorsque le 22 juillet 1976 fut fulminée contre lui une suspens a divinis, et lorsque le 29 août suivant Monseigneur Lefèbvre prononça, à Lille, une homélie fleuve – véritablement historique – , celui qui deviendrait Frère Maximilien-Marie recommença à s’intéresser à l’Eglise catholique et se sentit envahi par une espérance jamais éprouvée jusqu’alors ;  espérance qui ne l’a jamais quitté depuis.
Car c’est cette homélie fleuve – et particulièrement les extraits que je vais publier ci-dessous – qui lui donnèrent le goût et le courage d’ouvrir le livre du catéchisme qu’on ne lui avait jamais enseigné – ni à la paroisse ni au collège – , de s’instruire de la foi catholique authentique (dont on peut dire qu’on avait pris grand soin de lui cacher jusque là), de l’approfondir et d’en vivre.
Car cet adolescent dégoûté, qui sera quelques années plus tard Frère Maximilien-Marie, n’est pas devenu « lefèbvriste » à ce moment-là. Il est tout simplement devenu vraiment catholique, dans un milieu et en un moment où quasi tous – parents, éducateurs, prêtres et religieux – cessaient en réalité de l’être, même s’ils continuaient à « aller à la Messe » et à fréquenter les structures institutionnelles de l’Eglise.

Quarante ans plus tard, il est bon et salutaire de relire les paroles fortes et quasi prophétiques de Monseigneur Lefèbvre, à Lille, ce 29 août 1976.
La dénonciation vigoureuse de « l’alliance adultère de l’Eglise et de la révolution » a peut-être pris davantage de force et de sens de nos jours, en 2016, qu’alors, puisque plus encore qu’en 1976 nous constatons que les vocations sacerdotales sont en chute libre, que la pratique religieuse se raréfie encore, que les paroisses rurales – territorialement surdimensionnées – sont réduites à des coquilles vides ou presque, que des diocèses autrefois florissants se retrouvent avec beaucoup moins de prêtres qu’au sortir de la grande révolution, que ceux qui se disent catholiques remettent en question des pans entiers de la doctrine révélée (la divinité du Christ et Sa Résurrection, le Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence réelle, le purgatoire, voire – excusez du peu – le dogme de la Sainte Trinité, puisqu’ils affirment avoir le « même Dieu » que les mahométans qui nient catégoriquement la Sainte Trinité et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ !) …etc.

Pour marquer donc, dans l’action de grâces, ce quarantième anniversaire, après en avoir longuement parlé avec notre Frère Maximilien-Marie, il nous a semblé important et utile de reproduire ci-dessous ces extraits – non pas « lefèbvristes » mais tout simplement pleinement catholiques – de cette fameuse homélie de Lille.

Lully.

Lille 29 août 1976 Monseigneur Lefèbvre

Son Excellence Monseigneur Marcel Lefèbvre
à Lille, le dimanche 29 août 1976.

L’alliance adultère de l’Eglise et de la révolution.

« (…) Que s’est-il passé dans ce concile?
Nous pouvons le savoir facilement en lisant les livres de ceux qui ont été précisément les instruments de ce changement dans l’Eglise qui s’est opéré sous nos yeux. Lisez par exemple : « L’oecuménisme vu par un franc-maçon » de Marsaudon. Lisez le livre du sénateur du Doubs, Monsieur Prélot, « Le Catholicisme libéral », écrit en 1969. Il vous dira que c’est le concile qui est à l’origine de ce changement, lui catholique libéral, il le dit dans les premières pages de son livre : «Nous avons lutté pendant un siècle et demi pour faire prévaloir nos opinions à l’intérieur de l’Eglise, et nous n’y avons pas réussi. Enfin est venu Vatican II et nous avons triomphé. Désormais les thèses et les principes du catholicisme libéral sont définitivement et officiellement acceptés par la Sainte Eglise».
Vous croyez que ce n’est pas là un témoignage ? Ce n’est pas moi qui le dis, cela. Mais lui le dit en triomphant, nous, nous le disons en pleurant.

Qu’est-ce qu’ont voulu en effet les catholiques libéraux pendant un siècle et demi ?
Marier l’Eglise et la révolution, marier l’Eglise et la subversion, marier l’Eglise et les forces destructrices de la société et de toutes sociétés, la société familiale, civile, religieuse.
Ce mariage de l’Eglise, il est inscrit dans le concile. Prenez le schéma « Gaudium et Spes », et vous y trouverez : «Il faut marier les principes de l’Eglise avec les conceptions de l’homme moderne». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il faut marier l’Eglise, l’Eglise catholique, l’Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec des principes qui sont contraires à cette Eglise, qui la minent, qui ont toujours été contre l’Eglise.

C’est précisément ce mariage qui a été tenté dans le concile par des hommes d’Eglise, et non par l’Eglise, car jamais l’Eglise ne peut admettre une chose comme celle-là.
Pendant un siècle et demi précisément, tous les Souverains Pontifes ont condamné ce catholicisme libéral, ont refusé ce mariage avec les idées de la révolution, de ceux qui ont adoré la Déesse-Raison.
Les papes n’ont jamais pu accepter des choses semblables. Et pendant cette révolution, des prêtres sont montés à l’échafaud, des religieuses ont été persécutées et également assassinées. Souvenez-vous des pontons de Nantes où étaient amassés tous les prêtres fidèles et que l’on coulait au large. Voilà ce qu’a fait la révolution !
Eh bien ! je vous le dis, mes biens chers frères, ce qu’a fait la révolution n’est rien à côté de ce qu’a fait le concile Vatican II, rien !
Il eut mieux valu que les 30, les 40, les 50000 prêtres qui ont abandonné leur soutane, qui ont abandonné leur serment fait devant Dieu, soient martyrisés, aillent à l’échafaud, ils auraient au moins gagné leur âme. Maintenant, ils risquent de la perdre (…).

En définitive, la révolution française lorsqu’elle faisait des martyrs accomplissait l’adage des premiers siècles : «Sanguis martyrum, semen christianorum», le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Et ils le savent bien ceux qui persécutent les chrétiens, ils ont peur d’en faire des martyrs. Et on ne veut plus faire de martyrs !
Cela a été le summum de la victoire du démon : détruire l’Eglise par obéissance. Détruire l’Eglise par obéissance. Nous la voyons détruite tous les jours sous nos yeux : les séminaires vides, ce beau séminaire de Lille qui était rempli de séminaristes, où sont-ils ces séminaristes ? Qui sont-ils encore ces séminaristes ? Savent-ils qu’ils vont être prêtres ? Savent-ils ce qu’ils vont faire quand ils vont être prêtres ?
Ah ! Et cela précisément parce que cette union voulue par les catholiques libéraux entre l’Eglise et la Révolution est une union adultère ! De cette union adultère ne peut venir que des bâtards.
Et qui sont ces bâtards ? Ce sont nos rites. Le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards. Nous ne savons plus si ce sont des sacrements qui donnent la grâce ou qui ne la donnent pas. Nous ne savons plus si cette messe nous donne le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou si elle ne les donne pas. Les prêtres qui sortent des séminaires ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont. C’est le cardinal de Cincinnati qui, à Rome, disait : « Pourquoi il n’y a plus de vocations ? parce que l’Eglise ne sait plus ce qu’est un prêtre ».
Alors, comment peut-elle encore former des prêtres si elle ne sait plus ce qu’est un prêtre ? Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. Ils ne savent pas qu’ils sont faits pour monter à l’Autel, pour offrir le Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour donner Jésus-Christ aux âmes, et appeler les âmes à Jésus-Christ. Voilà ce que c’est qu’un prêtre, et nos jeunes qui sont ici le comprennent bien. Toute leur vie va être consacrée à cela, à aimer, à adorer, à servir Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie, parce qu’ils y croient, à la présence de Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie !

Cette union adultère de l’Eglise et de la révolution se concrétise par le dialogue.
L’Eglise, si elle a à dialoguer, c’est pour convertir. Notre-Seigneur a dit : «Allez, enseignez toutes les nations, convertissez-les». Mais il n’a pas dit : «Dialoguez avec elles pour ne pas les convertir, pour essayer de vous mettre sur le même pied qu’elles».
L’erreur et la vérité ne sont pas compatibles. Si on a de la charité pour les autres (…), on doit leur donner Notre-Seigneur, leur donner la richesse que l’on a et non pas converser avec eux, dialoguer avec eux sur un pied d’égalité.
La vérité et l’erreur ne sont pas sur un pied d’égalité. Ce serait mettre Dieu et le diable sur le même pied, puisque le diable est le père du mensonge, le père de l’erreur (…) ».

Son Excellence Monseigneur Marcel Lefèbvre (1905-1991),
ancien archevêque de Dakar, ancien délégué apostolique pour l’Afrique française,
archevêque-évêque émérite de Tulle, ancien supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit,
homélie du dimanche 29 août 1976, Lille. 

Armoiries de Mgr Lefèbvre

Armoiries de S.Exc. Mgr. Marcel Lefèbvre

2016-89. « O Mère admirable, c’est bien avec raison que l’on vous appelle ainsi ! »

Extrait du « Coeur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu »
de
Saint Jean Eudes

Basilique supérieure Lourdes - La Trinité et l'Immaculée

La Sainte Trinité et la Vierge immaculée
(vitrail de la basilique supérieure à Lourdes)

« O Mère admirable, c’est bien avec raison que l’on vous appelle ainsi ! Car véritablement vous êtes admirable en toutes choses et en toutes manières.

Admirable en la beauté angélique et en la pureté séraphique de votre corps virginal. Admirable en la sainteté très éminente de votre âme bienheureuse. Admirable en toutes les facultés de l’un et de l’autre, dont vous avez toujours fait un très saint usage pour la gloire du Saint des saints.

Admirable en toutes vos pensées, en toutes vos paroles, en toutes vos actions : en vos pensées, qui n’ont jamais eu d’autre but que de plaire à Dieu seul ; en vos paroles, qui ont toujours été comme les paroles de Dieu, conformément à ce divin précepte : « Si quelqu’un parle, que ses paroles soient comme les paroles de Dieu » (1 Petr. IV, 11) ; en vos actions, qui ont toutes été consacrées à sa divine Majesté.

Admirable en vos souffrances, qui vous ont rendue digne d’être associée avec le Sauveur en l’oeuvre de la Rédemption du monde.

Admirable en tous les états et en tous les mystères de votre vie, qui sont autant d’abîmes de merveilles.
Admirable en votre Conception immaculée, qui est pleine de merveilles.
Admirable en votre Naissance, qui a été le sujet d’une joie indicible et éternelle à tout l’univers.
Admirable en votre saint Nom de Marie.
Admirable en votre entretien avec l’Archange saint Gabriel, quand il vous a annoncé le mystère ineffable de l’Incarnation.
Admirable dans toutes les choses grandes qui se sont passées en vous, au moment heureux où ce mystère incomparable y a été accompli.
Admirable en tous les moments des neuf mois que le Verbe incarné a résidé en qualité de Fils unique de Marie dans vos bénites entrailles.
Admirable en toutes les paroles contenues dans le divin cantique que vous avez prononcé après avoir salué votre cousine Elisabeth.
Admirable en tous les pas que vous avez faits allant à Bethléem pour y enfanter le Sauveur du monde.
Admirable dans le mystère de son Epiphanie, c’est-à-dire de sa manifestation aux saints Rois qui ont trouvé l’Enfant de Bethléem avec Marie sa mère, et l’ont adoré avec elle.
Admirable dans la sainte conversation que vous avez eue avec ce Fils bien-aimé, spécialement durant les trente premières années de sa vie.
Admirable dans la part que votre charité vous a donnée dans le premier miracle qu’il a fait aux noces de Cana.
Admirable en la communication qu’il vous a faite de sa croix et de ses souffrances, et dans le sacrifice que vous avez fait de lui-même au pied de sa croix.
Admirable dans les choses qui se sont passées, lorsque étant ressuscité il vous a visitée.
Admirable dans les dispositions avec lesquelles vous avez reçu le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte.
Admirable en votre sainte mort, en votre glorieuse Assomption, en la vie bienheureuse que vous avez dans le ciel.

Admirable en toutes les qualités dont Dieu vous a ornée, de Fille aimée du Père, de Mère du Fils de Dieu, d’Epouse du Saint-Esprit, de sanctuaire de la très sainte Trinité, de Reine des hommes et des Anges, de Mère des chrétiens, de Consolatrice des affligés, d’Avocate des pécheurs, de Refuge de tous les misérables. »

Saint Jean Eudes,
in « le Coeur admirable de la très sainte Mère de Dieu » (1681) – livre 1er, chapitre 1.

Trois lys blancs

Voir aussi :
- Tota pulchra es > ici
- Litanies du Saint Coeur de Marie > ici
- Prière du vénérable Pie XII à Marie, Mère immaculée > ici
- Saint Jean Eudes : « Le Coeur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous » > ici
- Saint Jean Eudes : « C’est dans son Coeur que Marie a porté le Christ et qu’elle Le porte pour l’éternité » > ici
- Origines de Notre-Dame selon la Légende Dorée > ici
- BD « La nouvelle Arche » > ici
- BD « Dans l’arche du Coeur immaculé » > ici

2016-88. « Je protégerai, dans l’arche de mon Coeur immaculé, ceux qui lui seront consacrés ».

7 décembre,
Fête de Saint Ambroise ;
Vigile de la Conception immaculée de la Bse Vierge Marie.

L'Immaculée Conception - Monastère de la Visitation rue de Vaugirard à Paris

L’Immaculée Conception
(tableau du Monastère de la Visitation de la rue de Vaugirard, Paris)

Trois lys blancs

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En guise d’ultime préparation à la très grande et si belle fête de la Conception sans tache de la Très Sainte Mère de Dieu, je vous propose, ci-dessous, une autre des petites bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie.
En réalité, elle était originellement la suite de celle qui s’intitule « la Nouvelle Arche » et que j’avais publiée à l’occasion de la fête de Notre-Dame de Pontmain, en 2014 (cf. > ici).
Je vous souhaite d’entrer saintement dans cette fête si chère à la piété catholique et d’honorer avec ferveur notre Mère céleste dans le mystère de sa conception immaculée.
Et si vous le pouvez, ne négligez pas d’illuminer vos fenêtres au soir du 8 décembre (explications > ici).

Patte de chat Lully.

Dans l'arche du Coeur immaculé recto

Dans l'arche du Coeur immaculé verso

Trois lys blancs

Autres publications en rapport avec le 8 décembre :
- Tota pulchra es > ici
- Origines de Notre-Dame selon la Légende Dorée > ici
- Le 8 décembre illuminons nos fenêtres > ici

Et retrouvez toutes les bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie publiées dans ce blogue en cliquant > ici

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