Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2022-60. Qui sont les Saints de glace ?

11 mai,
Fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne en Dauphiné, confesseur ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Fontenoy (cf. > ici).

Saints de glace

   Ah ! Les fameux « Saints de glace » !!!
Même ceux qui ne croient plus trop aux saints et à leur pouvoir d’intercession, s’ils vivent en dehors des grands centres urbains (déconnectés des cycles de la nature) et s’intéressent un peu au jardinage, y prêtent attention chaque année, car les bulletins météorologiques de la radio ou de la télévision y font allusion, voire les citent.

   Il y a toutefois un problème : les saints en question ont figuré dans les calendriers liturgiques pendant plus de mille ans, et au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, leurs noms étaient écrits dans tous les almanachs populaires, dont l’incontournable « Almanach des P.T.T. » que l’on trouvait accroché en bonne place dans quasi toutes les cuisines de nos campagnes…
Mais il y eut le concile vaticandeux, avec ses prémisses – dès 1950 – et ses conséquences, qui ont bouleversé bien des habitudes… et le calendrier lui-même : des saints, jadis très populaires, se sont trouvés relégués au second rang ou changés de place, quand ils n’ont pas été purement et simplement éliminés, tandis que les « curés modernes » n’en parlaient plus ou traitaient de superstitions les dictons populaires attachés à leurs fêtes.
S’adaptant aux « mentalités modernes », le calendrier des Postes a modifié les noms des saints de chaque jour, au grand dam des jardiniers;

Mais bref ! Revenons à nos Saints de glace si redoutés : qui sont-ils ? et pourquoi sont-ils craints ?

   En fait, l’expression « les Saints de glace » désigne en premier lieu une période climatologique observée depuis le haut Moyen-Age d’une manière assez générale en Europe occidentale vers la mi-mai : période au cours de laquelle les dernières gelées sont encore possibles en plaine (puisque, évidemment, en zone montagneuse elles peuvent arriver plus tard).
Ces gelées tardives peuvent avoir des effets désastreux dans les jardins où les jeunes pousses, encore très fragiles donc, peuvent être irrémédiablement endommagées ; de même dans les vergers où, après la floraison, les fruits commencent à se former.

   Dans une civilisation profondément chrétienne, où les dates des fêtes des Saints – surtout si ces derniers sont très populaires – constituent des repères pour toute la société, il était naturel que les Saints fêtés en ces jours redoutés des jardiniers donnassent lieu à des dictons très mnémotechniques, avec des variantes selon les provinces, rappelant aux cultivateurs trop pressés combien il importe qu’ils restent très prudents tant que ces jours des dernières gelées ne sont pas passés.

   Dans la plupart des provinces, ce sont donc les 11, 12 et 13 mai, qui sont appelés jours des « Saints de glace », mais en certains lieux on ne parle pas du 11 et l’on mentionne le 14.
Trois jours qui se suivent donc… Mais on oublie fréquemment le quatrième et dernier jour redouté des jardiniers : le 25 mai, fête de Saint Urbain 1er, pape et martyr.
- Le 11 mai est la fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne (en Dauphiné), mort le 11 mai, probablement en 475, il est demeuré célèbre pour avoir institué les prières des Rogations, qui se célèbrent les lundi, mardi et mercredi qui précèdent la fête de l’Ascension.
- Le 12 mai, est fêté un jeune saint de 14 ans originaire de Phrygie, martyrisé en 304, pendant la persécution de Dioclétien : Saint Pancrace. On fête en même temps que lui les Saints Nérée et Achillée, martyrs eux aussi, et Sainte Domitille, vierge et martyre, qui, elle, vécut à la fin du premier siècle et appartenait à la famille impériale.
- Le 13 mai, le martyrologe des Eglises des Gaules mentionne Saint Servais de Tongres, premier évêque de cette cité, objet d’une grande vénération populaire, qui rendit son âme à Dieu le 13 mai 384. Son nom n’étant toutefois plus très répandu, il est parfois confondu avec Saint Gervais, frère de Saint Protais, dont la fête est célébrée le 19 juin.
- Avec le pape et martyr Saint Urbain 1er, déjà mentionné, voilà donc le groupe traditionnellement nommé « Saints de glace », illustrés par ce dicton très facile à mémoriser : « Mamert, Pancrace et Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint Urbain les tient tous dans sa main ».

   Est-il nécessaire de préciser que ces bons Saints ne sont pas les responsables (ni les coupables) des gelées tardives qui peuvent se produire en cette période critique de la mi-mai ? Quelques mécréants, toujours prompts à accuser l’Eglise et les dévots, le croient peut-être, tandis que les personnes pieuses, elles, profitent de l’occurrence de la fête de ces Saints avec les jours des dernières gelées possibles pour demander leur protection et leur intercession…
Qu’ils veillent donc sur vos jardins et vos vergers, sur vos semis et vos jeunes pousses, et puissiez-vous éprouver en ces petites choses de chaque jour combien nous avons de nombreux et puissants amis dans le Ciel !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

chatons jardiniers

2022-59. Message de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la solennité et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.

Dimanche 8 mai 2022, 2ème dimanche de mai :
Solennité liturgique et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc ;
Commémoraison de l’apparition de Saint Michel au Mont Gargan ;
Commémoraison de Marie, Médiatrice de toutes grâces ;
Commémoraison du 3ème dimanche après Pâques.

Armes de France & Navarre

   Quelques minutes après 7 h du matin (heure officielle), en ce deuxième dimanche de mai, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui a été très rapidement relayé des centaines de fois et chaleureusement commenté par les fidèles sujets de Sa Majesté.
Encore une fois, en quelques mots, notre Souverain légitime nous renvoie à l’essentiel et nous oriente vers les points de réflexion et d’action vers laquelle Il souhaite voir les Français accentuer leurs efforts :

    »En ce jour de la fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme, pensons à la Sainte et à la France. Après le terrible premier conflit mondial, Jeanne a été reconnue comme le symbole de l’amour et du dévouement que les Français peuvent et doivent porter à leur Patrie.
Les siècles et les années passent, Sainte Jeanne d’Arc demeure le modèle de la lutte sans cesse recommencée, pour la souveraineté et l’identité si nécessaires pour l’unité d’un Etat.

   Que Sainte Jeanne d’Arc continue à protéger la France ».

Statue Sainte Jeanne d'Arc Reims

2022-58. Importance de Sainte Monique et de Saint Augustin pour les temps actuels.

4 et 5 mai,
Fêtes de Sainte Monique
et de la Conversion de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

   Voici un court texte d’évocation des Saints Monique et Augustin que nous devons à ce fervent disciple du grand Docteur d’Hippone qu’est le Pape Benoît XVI : en quelques phrases, il met en exergue l’actualité de la grande leçon de leurs deux vies et l’importance qu’ils peuvent avoir aujourd’hui pour les fidèles et pour leurs familles.
Ce texte est spécialement adapté aux deux célébrations qui se suivent les 4 et 5 mai : le « dies natalis » de Sainte Monique d’une part, et – au lendemain de sa fête et pour bien montrer l’importance du rôle que cette sainte mère a joué – la fête de la conversion de notre Bienheureux Père, fête propre à l’Ordre de Saint Augustin, d’autre part.

Saint Augustin et Sainte Monique

Courte exhortation de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de la récitation de l’Angélus
le dimanche 27 août 2006
au balcon de la résidence pontificale d’été à Castel Gandolfo

Chers frères et sœurs,

   Nous rappelons aujourd’hui (…) Sainte Monique et demain, nous rappellerons (…) son fils Saint Augustin.

Leurs témoignages peuvent être d’un grand réconfort et d’une grande aide pour tant de familles à notre époque également. Monique, née à Tagaste, aujourd’hui Souk-Aharàs, en Algérie, au sein d’une famille chrétienne, vécut de façon exemplaire sa mission d’épouse et de mère, aidant son mari Patrice à découvrir la beauté de la foi dans le Christ et la force de l’amour évangélique, capable de vaincre le mal par le bien. Après la mort de celui-ci, survenue de façon prématurée, Monique se consacra avec courage au soin de ses trois enfants, parmi lesquels Augustin, qui au début, la fit souffrir par son tempérament plutôt rebelle. Comme le dira Augustin lui-même par la suite, sa mère l’engendra deux fois ; la seconde exigea un long travail spirituel, fait de prière et de larmes, mais couronné à la fin par la joie de le voir non seulement embrasser la foi et recevoir le Baptême, mais également se consacrer entièrement au service du Christ.
Combien de difficultés existent aujourd’hui également dans les relations familiales et combien de mères sont préoccupées parce que leurs enfants empruntent de mauvais chemins !
Monique, femme sage et solide dans la foi, les invite à ne pas se décourager, mais à persévérer dans leur mission d’épouses et de mères, en conservant fermement la confiance en Dieu et en se raccrochant avec persévérance à la prière.

   Quant à Augustin, toute son existence fut une recherche passionnée de la Vérité.
À la fin, non sans un long tourment intérieur, il découvrit dans le Christ le sens ultime et plénier de sa vie et de toute l’histoire humaine. Au cours de son adolescence, attiré par la beauté terrestre, « il se jeta » sur elle – comme il le confie lui-même (cf. Confessions 10, 27-38) – de façon égoïste et possessive, à travers des comportements qui furent la cause d’une grande douleur pour sa pieuse mère. Mais, à travers un parcours difficile, notamment grâce aux prières de sa mère, Augustin s’ouvrit toujours plus à la plénitude de la vérité et de l’amour, jusqu’à sa conversion, qui eut lieu à Milan sous la direction de l’évêque Saint Ambroise. Il demeurera ainsi le modèle du chemin vers Dieu, Vérité et Bien suprême. « Je vous ai aimée tard – écrit-il dans le célèbre livre des Confessions – beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! Vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais [...] Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous… Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille, votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement » (ibid.).
Que saint Augustin obtienne le don d’une rencontre sincère et profonde avec le Christ à tous les jeunes qui, assoiffés de bonheur, la recherchent en parcourant les mauvais sentiers et se perdent dans des voies sans issue.

   Sainte Monique et saint Augustin nous invitent à nous adresser avec confiance à Marie, Siège de la Sagesse.
Nous lui confions les parents chrétiens afin que, comme Monique, ils accompagnent par l’exemple et la prière le chemin de leurs enfants.
Nous confions la jeunesse à la Vierge Mère de Dieu, afin que, comme Augustin, elle tende toujours vers la plénitude de la Vérité et de l’Amour, qui est le Christ. Lui seul peut satisfaire les désirs profonds du cœur humain.

Pavie : exposition des reliques de Saint Augustin

Exposition des reliques de Saint Augustin
(basilique basilique San Pietro in Ciel d’Oro, à Pavie)

Prière à Sainte Monique, pour demander la conversion d’un enfant égaré.

L'extase d'Ostie  Sainte Monique et Saint Augustin Ary Scheffer

Sainte Monique et Saint Augustin : l’extase d’Ostie
Ary Scheffer (1795-1858)

     Sainte Monique,
pendant de très longues années, avec une inlassable patience et une admirable persévérance,
vous avez prié et supplié en demandant au Dieu des miséricordes la conversion de votre fils Augustin :
vous avez répandu vos larmes pour celui qui tardait à se repentir ;
vous avez espéré contre toute espérance pour celui qui résistait aux appels de la grâce ;
vous n’avez jamais cédé à la tentation du découragement lors même qu’il semblait si loin de revenir dans les voies du Seigneur.

Quel prodigieux oubli de vous-même, ô mère vraiment exemplaire, dans votre incessante poursuite du salut de votre fils !
Que vous importaient ses succès dans le monde, alors que vous songiez aux périls éternels qu’il encourrait,
et que vous trembliez de le voir éternellement séparé de Dieu !

J’implore votre assistance et votre intercession pour cet enfant, N… , mon enfant, qui comme jadis le vôtre,
vit aujourd’hui éloigné de la foi et de la vie chrétienne.
Du sein de la félicité dont vous jouissez désormais éternellement avec Saint Augustin,
qui, après la vie du corps, doit aussi à vos prières la vie de son âme,

jetez vos regards compatissants sur mon enfant égaré, et joignez vos prières aux miennes pour obtenir de Dieu sa conversion,
son plein retour à Dieu et donnez-lui de revenir à l’observance de Ses commandements.

Cette mission que vous avez accomplie pour votre fils Agustin, je vous supplie de la remplir encore pour mon enfant :
adoptez-le dans votre intercession charitable, afin que se renouvelle en lui le triomphe de la grâce et que soit hâtée sa résurrection spirituelle !

Je vous demande aussi pour moi des grâces d’inlassable patience, de persévérance et de confiante sérénité,
et de m’aider à me cramponner, comme vous l’avez fait vous-même, à la main de Notre-Dame de Consolation,
la toute compatissante Mère de Dieu, modèle et espérance de toutes les mères.

Sainte Monique, priez pour moi !
Sainte Monique, priez pour mon enfant !
Sainte Monique, intercédez pour nous !

Prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Voir aussi :
- Récit de la mort de Sainte Monique par Saint Augustin > ici
- Litanies de Sainte Monique > ici

Autel du corps de Sainte Monique - Rome basilique Saint Augustin au champ de Mars

Autel où se trouve le corps de Sainte Monique
Basilique de Saint Augustin au Champ de Mars, à Rome

2022-57. Saint Athanase, « l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés ».

2 mai,
Fête de Saint Athanase d’Alexandrie, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. aussi > ici)

Saint Athanase fresque de la voûte de l'église Santa Maria sopra Minerva Rome

Saint Athanase
fresque à la voûte de l’église Santa Maria sopra Minerva, à Rome

frise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience pontificale générale
du
mercredi 20 juin 2007

St-Esprit & Ste Bible

Chers frères et sœurs,

En poursuivant notre évocation des grands Maîtres de l’Eglise antique, nous voulons aujourd’hui tourner notre  attention  vers  saint Athanase d’Alexandrie. Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme « la colonne de l’Eglise » par le grand théologien et Evêque de Constantinople Grégoire de Nazianze (Discours 21, 26),  et il a toujours été considéré  comme un modèle d’orthodoxie, aussi bien en Orient qu’en Occident. Ce n’est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l’Eglise orientale et occidentale – avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre.

Athanase a été sans aucun doute l’un des Pères de l’Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l’incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui – comme le dit le prologue du quatrième Evangile – « Se fit chair et vint habiter parmi nous » (Jean I, 14). C’est précisément pour cette raison qu’Athanase fut également l’adversaire le plus important et le plus tenace de l’hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, selon une tendance récurrente dans l’histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd’hui  aussi.

Probablement né à Alexandrie vers l’an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l’évêque de la métropole égyptienne, Alexandre.
Proche collaborateur de son Evêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l’empereur Constantin en mai 325 pour assurer l’unité de l’Eglise. Les Pères Nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.
Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l’authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n’était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être « intermédiaire » entre Dieu et l’homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous.
Les évêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le « Symbole de la foi » qui, complété plus tard par le premier concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental – qui exprime la foi de l’Eglise indivise, et que nous répétons aujourd’hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique – figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis :  celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est « de la même substance » que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

A la mort de l’Evêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme évêque d’Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l’égard des théories ariennes condamnées par le concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s’étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l’hostilité implacable des ariens et des philo-ariens. Malgré l’issue sans équivoque du concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau – dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité -, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l’empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l’unité de l’empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible – à son avis – à tous ses sujets dans l’empire.

La crise arienne, que l’on croyait résolue à Nicée, continua ainsi pendant des décennies, avec des événements difficiles et des divisions douloureuses dans l’Eglise. Et à cinq reprises au moins – pendant une période de trente ans, entre 336 et 366 – Athanase fut obligé d’abandonner sa ville, passant dix années en exil et souffrant pour la foi. Mais au cours de ses absences forcées d’Alexandrie, l’évêque eut l’occasion de soutenir et de diffuser en Occident, d’abord à Trèves puis à Rome, la foi nicéenne et également les idéaux du monachisme, embrassés en Egypte par le grand ermite Antoine, à travers un choix de vie dont Athanase fut toujours proche. Saint Antoine, avec sa force spirituelle, était la personne qui soutenait le plus la foi de saint Athanase. Réinstallé définitivement dans son siège, l’évêque d’Alexandrie put se consacrer à la pacification religieuse et à la réorganisation des communautés chrétiennes. Il mourut le 2 mai 373, jour où nous célébrons sa mémoire liturgique.

L’oeuvre doctrinale la plus célèbre du saint évêque alexandrin est le traité sur l’incarnation du Verbe, le Logos divin qui S’est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu « S’est fait homme pour que nous devenions Dieu ; Il S’est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et Il a Lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l’incorruptibilité » (54, 3). En effet, avec Sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme « la paille dans le feu » (8, 4). L’idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n’est pas un Dieu secondaire, Il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement « Dieu avec nous ».

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l’Eglise – qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne – rappelons ensuite les autres lettres qu’il adressa à son ami Sérapion, Evêque de Thmuis, sur la divinité de l’Esprit-Saint, qui est affirmée avec netteté, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d’année aux Eglises et aux monastères d’Egypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.

Enfin, Athanase est également l’auteur de textes de méditation sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d’une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique : la « Vie d’Antoine », c’est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l’évêque d’Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l’ami du grand ermite, au point de recevoir l’une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l’évêque d’Alexandrie lui avait lui-même donné. Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n’est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d’un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu’Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.

Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l’influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d’Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre :  « Qu’il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l’avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n’est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu’Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela soit un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n’était Dieu lui-même qui l’avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l’avait annoncé à Antoine dès le début ? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d’eux sachent qu’il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu » (Vie d’Antoine 93, 5-6).
Oui, frères et sœurs ! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d’Antoine et d’innombrables autres saints, nous montre que « celui qui va vers Dieu ne s’éloigne pas des hommes, mais qu’il se rend au contraire proche d’eux » (encyclique Deus caritas est, n. 42).

Corps des Saints Zacharie, père du Précurseur, et Athanase, patriarche d'Alexandrie - église Saint-Zacharie, Venise

Venise, église Saint-Zacharie :
autel où sont conservés les corps de
Saint Zacharie, père de Saint jean-Baptiste,
et Saint Athanase, patriarche d’Alexandrie.

2022-55. Réponse de Sa Majesté le Roi aux vœux reçus à l’occasion de son anniversaire.

Mardi 26 avril 2022 ;
Fête de Notre-Dame du Bon Conseil (cf. > ici).

Ce mardi 26 avril, en milieu de journée, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a tenu à remercier – par le moyen des réseaux sociaux – toutes les personnes qui, ce 25 avril, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, lui ont adressé des messages d’amitié, d’affection, de loyale et sincère dilection, contenant très souvent l’expression de leur fidélité et de leur espérance.

La réponse donnée aujourd’hui par Sa Majesté est pleine de sagesse et, en quelques mots sobres, est encore une fois lourde de graves et belles leçons, politiques autant que spirituelles.  

Louis XX

Je vous remercie chaleureusement pour les nombreux messages que j’ai reçus à l’occasion de mon anniversaire hier.

Comme vous le savez sans doute, je suis né exactement 760 ans, jour pour jour, après Saint Louis, modèle des gouvernants.

Au quotidien, nous voyons tous combien en politique, et plus largement pour toute action humaine, sans la transcendance et le regard tourné vers Dieu, ce qu’avait incarné en son temps Louis IX et qui lui a valu d’être canonisé, il est bien difficile de « raison garder ».
Sans rendre à Dieu ce que l’on rend aussi à César, il est difficile de trouver le bien commun. Les égoïsmes des individualismes des uns et des autres ont tôt fait de faire perdre à la société ses finalités. Nous le voyons trop actuellement avec notre monde qui a oublié nombre de ses repères traditionnels, préférant le relativisme à la Vérité.

Armes de France & Navarre

 

2022-54. De la condition du pape et du roi.

Lettre mensuelle aux membres et amis de la
Confrérie Royale

- 25 avril 2022 -

armoiries confrérie royale

De la condition du pape et du roi

            Il fut un temps, heureux temps, où le chrétien pouvait s’appuyer sur les deux piliers du pape et du roi, non point qu’il eût constamment les yeux rivés vers deux personnages dont il ne savait que peu de chose, mais il savait qu’il pouvait faire confiance à leur autorité, dans leur domaine respectif, car toute autorité devait rendre des comptes à Dieu directement. Le Vicaire du Christ et le Lieutenant du Christ, même parfois opposés violemment, avaient bien conscience que leur parole n’aurait de prix que si obéissant à Celui qui les avait revêtus d’une puissance passagère et d’une autorité qui ne relevait point de leurs vertus.

Ce que saint Thomas d’Aquin écrivit au sujet de la royauté s’applique aussi, avec quelques nuances, à la papauté car chacun de ces princes ont la charge d’une partie de l’humain mais pour l’élever plus haut. Il souligne bien que la voie de la béatitude doit être dégagée de ses obstacles par l’enseignement de l’Église, mais que le roi, à l’image de la royauté décrite dans le Livre du Deutéronome (XVII. 18-19), doit recevoir et méditer chaque jour la loi divine pour gouverner et mener le peuple dans la droiture et la vérité : « Instruit donc par la loi divine, le roi doit principalement se préoccuper de la manière dont la multitude qui lui est soumise mènera une vie bonne. Cette préoccupation se divise en trois points : premièrement, instituer la vie bonne dans la multitude qui lui est soumise ; deuxièmement, celle-ci instituée, la conserver ; troisièmement, celle-ci conservée, la conduire vers une plus haute perfection. » (La Royauté, Livre II, Chapitre 4, a. 4) Ce triple et unique souci doit être partagé aussi par le pape, à un niveau encore plus haut puisqu’il s’agit de la vie intérieure et de foi, mais la préoccupation est similaire et une identique fidélité à cette mission est exigée de lui comme du roi, chacun dans son ordre. Si l’une ou l’autre autorité vient à manquer, l’édifice est ébranlé ; si les deux sont défaillantes et ne répondent plus à leur charge, tout risque bien de s’écrouler, et bien des âmes sont victimes de cette faiblesse. Deux conditions sont donc nécessaires pour mener une vie bonne : agir selon la vertu, comme le disait déjà Pierre Lombard : « La vertu est en effet ce par quoi on vit bien » (Sententiæ, II, d. 27, c. 1) ; et, secondairement, puisque cette condition est instrumentale : posséder des biens corporels suffisants pour pouvoir mettre en pratique des actions vertueuses, comme l’indiquait déjà Aristote dans son Éthique à Nicomaque (I, 9, 1098-1099). Pour que cette vie bonne de la multitude puisse être instituée, il est nécessaire que règne l’unité de la paix, ensuite que l’ensemble soit dirigé vers l’action bonne, et enfin, que le souverain veille à ce qui est suffisant, dans tous les ordres, pour une vie bonne. Après l’institution, premier devoir des dirigeants, vient le temps de la conservation. Le Docteur angélique signale qu’il y a trois obstacles à la permanence du bien public : le bien ne doit pas être ponctuel mais permanent, autant que faire se peut, car les hommes ne durent pas et leur constance est inégale tout au long de leur vie ; le deuxième obstacle provient de la perversité de la volonté qui néglige ce qui est nécessaire ou même qui nuit directement à la paix de la multitude ; enfin le troisième obstacle provient de l’adversité extérieure lorsque la paix est détruite par des invasions, des guerres, des destructions. Face à ces périls, le roi, ou le pape, prendra un triple soin : bien choisir les hommes et veiller à leur remplacement pour les différents offices du bien commun ; édicter des lois, des règlements, des récompenses, des punitions qui empêchent de commettre l’iniquité et qui encourage aux actes vertueux ; et protéger des ennemis extérieurs. Quant à la troisième préoccupation des souverains, elle sera celle de veiller au progrès en corrigeant les erreurs, les désordres, le but étant de toujours parfaire ce qui existe dans ce domaine. Nous renvoyons pour le détail à ce beau traité de saint Thomas.

            Comme nous le précisions, ce qui s’applique au roi temporel est d’autant plus valable pour le souverain pontife,  et  nous comprenons aisément que la responsabilité qui incombe au successeur de Pierre met en jeu son propre salut. Saint Bernard, écrivant à son ancien moine devenu le pape Eugène III, le mettait en face de ses devoirs écrasants : « Vous avez été élevé par la Providence à un poste bien plus haut que celui où vous étiez, mais non pas plus sûr. C’est quelque chose de terrible que ce lieu-ci : oui le lieu où vous êtes est une terre toute sainte. C’est la place de Pierre, c’est la place du Prince des Apôtres, de celui que le Seigneur a établi maître de sa maison et intendant de tous ses biens. Si par malheur vous venez à vous écarter de la voie du Seigneur, souvenez-vous que celui dont vous tenez la place a été enseveli dans le même lieu afin de s’élever et de servir de témoin contre vous. » (Lettres, CCXXXVII) Le même saint Bernard indiquera ailleurs que l’humilité doit être la pierre précieuse la plus brillante parmi les ornements pontificaux car l’humilité doit s’élever en qualité au même titre que l’élévation dans la dignité, la domination mondaine étant interdite aux Apôtres ( De consideratione, Livre II, Chapitre 6). Il invite aussi le pape à une grande sagesse de gouvernement, lui conseillant une immense réserve et donc la modération dans ses propos et ses déclarations, à partir de ce principe : « Il y a plusieurs choses que vous ne devez pas savoir. Il y en a encore plus que vous devez dissimuler, et il y en a quelques-unes dont vous ne devez point vous souvenir. » (De consideratione, Livre IV, Chapitre 6) Le grand moine ne manque pas non plus déloges lorsque le pontife est digne du trône qu’il occupe sans abus de sa part : « C’est le Grand Prêtre, le Pontife souverain, le Chef des Évêques, le successeur des Apôtres ; c’est un autre Abel par la primauté, un autre Noé par le droit de gouverner l’Arche, un autre Melkisédech par le rang qu’il tient entre les Prêtres du Dieu vivant, un autre Abraham par la qualité de Patriarche. Il réunit en sa personne la dignité d’Aaron, l’autorité de moïse, la judicature de Samuel, la puissance de Pierre, l’onction de Jésus-Christ. Enfin, c’est le Pasteur universel, non seulement des brebis, mais des Pasteurs mêmes. » (De consideratione, Livre II, Chapitre 8)  

            Ces quelques rappels sont proposés pour nous aider à garder la paix intérieure lorsque, d’aventure, nous sommes soudain orphelins ou amputés à cause de la faillite de telle ou telle autorité. L’édification de la cité terrestre ne va pas sans heurts, et notre pays souffre aujourd’hui d’erreurs au moins deux fois centenaires. L’Église n’est pas en bonne santé car elle ne répond pas pleinement à sa mission. Il n’empêche que tous les éléments sont encore en place et disponibles pour que les princes des deux ordres, chacun en son domaine, retrouvent un zèle et une foi indéracinables. Notre Seigneur a vaincu. Ne nous laissons pas abattre par des pensées tristes et par le découragement humain.

                                               P. Jean-François Thomas s.j.
                                               Samedi saint
                                               16 avril 2022

Mosaïque du Triclinum Leoninum VIIIeSiecle - ancien palais du Latran

Détail de la mosaïque de l’abside du « Triclinum leoninum » (VIIIème siècle) dans l’ancien palais pontifical au Latran :
Le Christ remet à Saint Sylvestre 1er les clefs de Saint Pierre, et le labarum à l’empereur Saint Constantin 1er le grand.

2022-53. Message de Sa Majesté le Roi après l’attentat contre un prêtre à Nice ce dimanche 24 avril 2022.

Dimanche de Quasimodo 24 avril 2022.

Ce dimanche matin 24 avril 2022, dans l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice, au moment de la célébration de la Messe paroissiale, un individu d’une trentaine d’années a porté un assez grand nombre de coups de couteau au thorax du vicaire d’origine polonaise, le Père Krzyzstof (Christophe) Rudzinski ; une vierge consacrée de la paroisse, Sœur Marie-Claude, qui a tenté de s’interposer, a elle aussi été blessée, à la main, mais sans trop de gravité. Le prêtre a été transporté au CHU Pasteur, de Nice. Dans l’après-midi il a été annoncé que le pronostic vital du prêtre n’est pas engagé. Quant à l’agresseur, il s’est rendu aux forces de l’ordre sans que ces dernières n’aient eu besoin de faire usage de leurs armes ; il a été placé en garde à vue. On parle de troubles bipolaires et de déséquilibre psychique. D’après une source policière, l’homme aurait spontanément déclaré à la Police qu’il est de confession juive et que, en ce jour d’élections, il voulait tuer Emmanuel Macron, mais qu’il s’était finalement rabattu sur une église…

Eglise Saint-Pierre d'Arène Nice 24 avril 2022

Secours et forces de police autour de l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice,
ce dimanche de Quasimodo 24 avril 2022 après l’attentat contre le Père Krzyzstof Rudzinski.

Après avoir appris cet attentat sacrilège contre l’ecclésiastique, Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a aussitôt publié ce communiqué par l’intermédiaire des réseaux sociaux :

Je viens d’apprendre avec une immense tristesse qu’un prêtre et qu’une religieuse ont été poignardés à plusieurs reprises dans l’église Saint-Pierre d’Arène de Nice.

J’adresse mes pensées et mes prières pour le Père Christophe et la Sœur Marie-Claude qui ont été pris en charge par les pompiers, leurs proches et toute la communauté catholique.

Grandes armes de France

2022-52. Chante et marche !

Samedi in albis.

   Le recueil des sermons de notre Bienheureux Père Saint Augustin contient de très nombreux sermons pour la fête de Pâques et pour les jours qui la suivent. En ce samedi « in albis », méditons à l’aide de celui qui suit, où le Docteur d’Hippone se livre à des commentaires sur le sens de l’Alléluia en rapport avec notre vie terrestre et ses luttes, en rapport avec l’espérance de notre victoire finale et la résurrection de notre corps lui-même, à la suite du Christ ressuscité.

Anges chanteurs - détail du rétable de l'Agneau mystique - Van Eyck

Anges chanteurs
(détail du retable de l’Agneau mystique, de Jan van Eyck)

frise fleurs de lys

 Sermon CCLVI
de notre Bienheureux Père Saint Augustin,
qui est le vingt-septième pour la semaine de Pâques :
La louange divine.

§ 1. Pour chanter l’Alléluia en pleine cohérence, il faut que tout en nous loue Dieu. De ce point de vue ce chant ne convient parfaitement qu’au ciel. Ne laissons pas toutefois de le répéter sur la terre malgré les tentations et les épreuves : d’abord parce que c’est le lieu où Dieu nous délivre du mal. 

   C’est au Seigneur notre Dieu que je dois d’être présent de corps parmi vous et de chanter l’Alléluia avec votre charité. Alléluia signifiant « Louez Dieu », louons le Seigneur, mes frères, louons-Le par notre conduite et par nos paroles, par nos sentiments et par nos discours, par notre langage et par notre vie. Dieu ne veut aucun désaccord dans celui qui répète ce chant. Commençons donc par mettre d’accord en nous la langue avec la vie, la conscience avec les lèvres ; oui, mettons d’accord nos mœurs avec nos paroles, dans la crainte que nos bonnes paroles ne rendent témoignage contre nos mauvaises mœurs.
Oh ! que l’Alléluia sera heureux dans le ciel, où les anges sont le temple de Dieu. Là, que l’accord parfait en louant Dieu ! quelle allégresse assurée en Le chantant ! Là encore, point de loi dans les membres pour résister à la loi de l’esprit ; point de lutte dans la convoitise pour menacer la charité d’une défaite. Afin donc de pouvoir chanter alors l’Alléluia avec sécurité, chantons-le maintenant avec quelque sollicitude.
Pourquoi avec sollicitude ? Tu ne veux pas que j’en aie lorsque je lis : « La vie humaine n’est-elle pas sur la terre une épreuve ? » (Job VII, 1). Tu ne veux pas que j’en aie lorsqu’on me crie : « Veillez et priez pour que vous n’entriez point en tentation ? » (Marc, IV, 38). Tu ne veux pas que j’en aie quand les tentations sont tellement nombreuses, que la prière même nous prescrit de dire : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » ? - Hélas ! nous demandons chaque jour, et chaque jour nous contractons des dettes -. Tu ne veux pas que j’en aie, lorsque j’implore chaque jour le pardon de mes péchés et du secours dans mes dangers ? Car si je dis, en vue de mes péchés passés : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous-mêmes pardonnons à ceux qui nous ont offensés », j’ajoute aussitôt, en vue des périls dont je suis menacé : « Ne nous induisez pas en tentation » (Matt. VI, 12-13). Comment de plus le peuple chrétien est-il au sein du bonheur, puis qu’il crie avec moi : « Délivrez-nous du mal » ?
Toutefois, mes frères, au milieu même de ce mal, chantons l’Alléluia, en l’honneur de ce Dieu bon qui nous en délivre.
Pourquoi regarder autour de toi en cherchant de quoi Il te délivre, puisque réellement Il te délivre du mal ? Ne va pas si loin, ne porte pas de tous côtés le regard de ton esprit. Rentre en toi-même, regarde-toi ; c’est en toi qu’est le mal, et Dieu te délivre de toi lorsqu’Il te délivre du mal. Ecoute l’Apôtre et comprends de quel mal tu as besoin d’être délivré : « Je me complais, dit-il, dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui résiste à la loi de mon esprit, et qui m’assujettit à la loi du péché, laquelle est » (Rom. VII, 22-25). Où est-elle ? « M’assujettit à la loi du péché, laquelle est dans mes membres ». Il me semble te voir captif de je ne sais quels peuples barbares ; il me semble te voir captif de je ne sais quelles nations étrangères ou de je ne sais quels autres maîtres parmi les hommes : « Laquelle est dans mes membres ». Crie donc avec lui : « Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera ? » De quoi ? dis-le. L’un demande à être délivré du bourreau ; un autre, de la prison ; celui-ci, de l’esclavage chez les barbares ; celui-là, de la fièvre et de la maladie. Dites-nous, ô Apôtre, non pas où nous pouvons être envoyés ou conduits, mais ce que nous portons avec nous, ce que nous sommes ; dites donc : « Du corps de cette mort ». Du corps de cette mort ? Oui, « du corps de cette mort ».

§ 2. Saint Augustin se livre, sous la forme d’un dialogue fictif, à une explication du mystère de la rédemption de notre corps, lieu de beaucoup de nos combats, mais qui nous sera rendu purifié et ressuscité.

   Ce corps de mort, dit un autre, ne fait point partie de moi ; il est pour moi une prison provisoire, une chaîne qui me retient pur quelque temps ; je suis dans ce corps de mort, je ne le suis pas.
— Raisonner ainsi est un obstacle à ta délivrance.
— Je suis esprit, dit-on, et non pas chair, seulement là chair me sert d’habitation ; une fois donc que j’en serai sorti , n’y serai-je pas étranger ?
— Voulez-vous, mes frères, que ce soit l’Apôtre ou moi qui réponde à ce raisonnement ?
Mais si c’était moi, peut-être que l’indignité du ministre rejaillirait sur la valeur de la réponse. Je me tais donc. Prête avec moi l’oreille au Docteur des gentils ; pour en finir, avec ton objection, écoute avec moi ce Vase d’élection. Ecoute, mais répète d’abord ce que tu viens de dire.
Tu disais donc ceci : Je ne suis pas chair, mais esprit. Le corps est une prison où je gémis ; une fois rompues ces chaînes et ce cachot tombé en ruines, je suis libre et je m’échappe. La terre reste à la terre et l’esprit rentre au ciel ; je m’en vais donc, je laisse ici ce qui n’est pas moi. N’est-ce pas là ce que tu disais ?
— C’est bien cela.
— Je ne répondrai pas ; répondez, ô Apôtre, répondez, je vous en conjure. Vous avez prêché pour qu’on vous entende ; vous avez écrit pour qu’on vous lise, tout nous invite à vous croire. Répétez : « Qui me délivrera du corps de cette mort ? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur ». De quoi vous délivre-t-elle ? « Du corps de cette mort ».
Mais vous n’êtes pas le corps de cette mort ? Il répond : « Ainsi par l’esprit j’obéis moi-même à la loi de Dieu , et par le corps à la loi du péché » (Rom. VII, 22-25).
« Moi-même ? » Comment vous-même feriez-vous des choses si différentes ?
— Si j’obéis par l’esprit, c’est que j’aime ; par la chair, c’est que je convoite ; il est vrai, je suis vainqueur si je ne consens pas au mal ; mais je lutte, car l’ennemi me presse vigoureusement.
— Mais une fois délivré de cette chair, ô Apôtre, est-il vrai que tu ne seras plus qu’un esprit ?
— En face de la mort, à laquelle nul n’échappe, l’Apôtre répond : Je ne laisse pas pour toujours mon corps, je le dépose pour quelque temps.
— Vous reviendrez donc dans ce corps de mort ? Mais quoi ? Ecoutons plutôt ses propres paroles. Comment donc rentrerez-vous dans ce corps de mort d’où vous avez demandé à être tiré, avec un accent si religieux ?
— Il est vrai, reprend-il, je rentrerai dans ce corps, mais ce ne sera plus le corps de cette mort.
— Ecoute donc, ignorant, écoute, toi qui fermes l’oreille à ce qu’on te lit chaque jour ; écoute comment il rentrera dans ce corps, sans que ce corps soit le corps de cette mort. Sans doute ce ne sera pas un autre corps ; mais « il faut que, corruptible, ce corps se revête d’incorruptibilité, et que mortel, il se revête d’immortalité » (1 Cor. XV, 53). Mes frères, lorsque l’Apôtre prononçait ces mots : Ce corps corruptible, ce corps mortel, ne semblait-il pas toucher sa chair avec sa parole ? Il n’aura donc pas un autre corps.
— Non, dit-il, je ne dépose pas ce corps de terre pour reprendre en place un corps aérien ou un corps éthéré. C’est le même corps que je reçois, mais il ne sera plus « de cette mort ». Il faut donc « que corruptible, ce corps », et non pas un autre, « se revête d’incorruptibilité, et que mortel, ce corps », et non pas un autre, « se revête d’immortalité. Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture : « La mort a été anéantie dans sa victoire ».
Chantez l’Alléluia« Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture », ce cri de triomphe et non ce chant du combat : « La mort a été anéantie dans sa victoire ».
Chantez l’Alléluia« O mort, où est ton aiguillon ? »
Chantez Alléluia : « Or l’aiguillon de la mort est le péché » (1 Cor. XV, 53-56). Tu chercheras sa place, mais sans même la trouver (cf. Ps. XXXVI, 10).

§ 3. Si nous sommes ici-bas dans le temps des combats, nous sommes en même temps dans le temps de la victoire, car Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces : en permettant des épreuves, Il nous aide aussi à en triompher. Voilà pourquoi il nous faut avancer avec courage.

   Ici encore, au milieu de tant de dangers et de tentations, nous et les autres, chantons l’Alléluia. « Car Dieu est fidèle, et Il ne permettra pas, est-il dit, que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ». Ici donc, pour ce motif, répétons Alléluia. L’homme est encore coupable, mais Dieu est fidèle. Il n’est pas dit de Lui qu’Il ne permettra pas que vous soyez tentés, mais : « Il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ; Il vous fera une issue dans la tentation, afin que vous puissiez persévérer » (1 Cor. X, 13). Tu es entré dans cette tentation ; Dieu te ménage une issue afin que tu ne succombes pas ; afin que si la prédication te façonne, la tribulation te durcisse comme le vase du potier. Donc en y entrant, songe à cette issue, car Dieu est fidèle ; « Il veillera sur ton entrée et sur ta sortie » (Ps. CXX, 8).
Or, quand ce corps sera devenu immortel et incorruptible, quand il n’y aura plus aucune tentation, attendu que le corps aura passé par la mort ; pourquoi ? « A cause du péché »; — « L’esprit sera plein de vie » ; pourquoi ? « A cause de la justification ». Laisserons-nous donc ce corps mort ? Non, écoute : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels » (Rom. VIII, 10-11). Notre corps maintenant est un corps animal, il sera alors tout spirituel. Car si « le premier homme a été fait pour être une âme vivante, le dernier l’a été pour être un esprit vivifiant » (1 Cor. XV, 44-45). Voilà pourquoi « Il vivifiera aussi vos corps mortels, à cause de Son Esprit qui habite en vous ».
Oh ! que l’on sera heureux, que l’on sera tranquille alors en chantant l’Alléluia ! Là, point d’adversaire ; et quand il n’y a point d’ennemi, on ne perd aucun ami. Là nous chanterons les louanges de Dieu. Ici encore nous les chantons ; mais ici c’est au milieu de nos sollicitudes ; ce sera là sans inquiétude ; ici nous devons mourir, là vivre toujours ; ici nous n’avons que l’espérance, là la réalité ; ici nous sommes en voyage, et là dans notre patrie. Maintenant donc, mes frères, chantons, non pour égayer notre repos, mais pour alléger notre travail. Chante, mais comme chanteraient les voyageurs ; avance donc en même temps ; charme tes fatigues en chantant, garde-toi d’aimer la paresse ; chante et marche.
Marche ! qu’est-ce-à-dire ? Fais des progrès, mais des progrès dans le bien, car il en est, dit l’Apôtre, qui en font dans le mal (cf. 2 Tim. II, 13). Tu marcheras dont en faisant des progrès ; mais que ce soit dans le bien, que ce soit dans la bonne foi, que ce soit dans les bonnes mœurs ; chante et avance ! Ne t’égare pas, ne te retourne pas, ne reste pas en chemin !

Prière après le sermon :
   Tournons-nous avec un cœur pur vers le Seigneur notre Dieu, le Père tout-puissant ; rendons-Lui, dans la mesure de notre petitesse, d’immenses et abondantes actions de grâces ; supplions de toute notre âme Son incomparable bonté de daigner agréer et exaucer nos prières ; qu’Il daigne aussi, dans Sa force, éloigner de nos actions et de nos pensées l’influence ennemie, multiplier en nous la foi, diriger notre esprit, nous donner des pensées spirituelles et nous conduire à Sa propre félicité. Au nom de Jésus-Christ, Son Fils et Notre-Seigneur, qui étant Dieu vit et règne avec Lui dans l’unité du Saint-Esprit et durant les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

Adoration de l'Agneau - détail du rétable de l'Agneau mystique - Van Eyck

L’adoration de l’Agneau
(détail du retable de l’Agneau mystique, de Jan van Eyck)

frise fleurs de lys

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