Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2016-85. Le divin Enfant réveillé par le cri de la France.

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jan van Ruysbroeck ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (2 décembre 1870).

Bannière des Zouaves Pontificaux à Loigny

La bannière de Loigny

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, à l’occasion de la fête du Bienheureux Charles de Jésus (cf. > ici), je vous citais ces lettres de Son Excellence Monseigneur Bonnet qui confiait « l’Eglise affligée » (Ecclesia Dei afflicta) et « la France meurtrie » à l’intercession de son prêtre que des traîtres avaient assassiné quelques mois plus tôt.
C’est dans la continuité de ces préoccupations spirituelles pressantes – car l’Eglise est toujours, et peut-être bien plus qu’en 1917, affligée ; et la France est encore bien davantage meurtrie de nos jours, même si c’est d’une autre manière – , que je veux vous écrire en ce 2 décembre.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler (par exemple > ici ou > ici) de la collection de canivets de Frère Maximilien-Marie.
Aujourd’hui, en voici un qui, tout en s’accordant merveilleusement à ce temps de l’Avent, qui nous fait tendre vers la Nativité du Verbe de Dieu incarné avec une ardeur renouvelée, s’inscrit admirablement et dans l’anniversaire de la célèbre bataille de Loigny, et dans notre sollicitude spirituelle pour cette France tant aimée où « il y a grande pitié ».

Cette image en taille-douce publiée chez Ch. Letaille (éditeur pontifical -rue Garancière, 5 – Paris) avec la référence PL. 26, s’intitule « Le divin Enfant réveillé par le cri de la France ».

En voici tout d’abord une vue générale :

Le divin Enfant réveillé par le cri de la France

L’en-tête porte cette inscription : « Je crois en Jésus-Christ né de la Vierge Marie » qui surmonte, dans une espèce de mandorle, une représentation de l’Enfant Jésus, couché sur la paille.

cri de la France détail 2

Les yeux du Saint Enfant Jésus sont légèrement inclinés vers le bas où, appuyés contre le bois de sa crèche, nous découvrons une branche de lys, un bourdon de pèlerin avec la gourde qui y est attachée, et une bannière dont la hampe se termine par une croix ouvragée ; sur le tissu blanc de cette bannière est écrit le nom « France ».

Les lys et le bourdon qui encadrent cette bannière blanche symbolisant la France, semblent évoquer le grand élan des pèlerinages nationaux issu de l’effondrement, de la défaite et des humiliations de 1870-1871, alors qu’on espérait une restauration royale, et que la France, pénitente et vouée (c’est-à-dire engagée par un voeu : « Gallia poenitens et devota », comme l’affirme l’inscription sous la grande mosaïque du sanctuaire à Montmartre), se tournait suppliante vers le divin Coeur de Jésus.

cri de la France détail 3

A l’arrière-plan, dans un double rayon qui descend de la représentation des deux Coeurs unis de Jésus et Marie qui sont figurés au sommet de la mandorle, on aperçoit la façade de la basilique de Saint-Pierre au Vatican, avec l’obélisque dressé au centre de la colonnade du Bernin.

La France pénitente et vouée au premier plan, le symbole de l’Eglise romaine à l’arrière-plan, ceci renvoie immanquablement au texte du Voeu National :
« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l’Eglise et du Saint Siège, et contre la personne sacrée du vicaire de Jésus Christ. Nous nous humilions devant Dieu, et réunissant dans notre amour l’Eglise et notre patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés.
Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus Christ le pardon de nos fautes, ainsi que les secours extraordinaires qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France nous promettons de contribuer à l’érection, à Paris, d’un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus ».

N’oublions pas que la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870, au cours de laquelle les Zouaves Pontificaux, rentrés de Rome et incorporés à l’armée française sous le commandement du général Gaston de Sonis, soutinrent héroïquement l’assaut des envahisseurs, eut alors un retentissement considérable.
Sur ce champ de bataille, avait été déployée la bannière du Sacré-Coeur (cf. photo en haut de page) brodée par les Visitandines de Paray-le-Monial et déposée sur le tombeau de Saint Martin à Tours avant d’être confiée au colonel-comte Athanase de Charette, et ce haut fait ne manqua pas d’inspirer les initiateurs du Voeu National, Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.

cri de la France détail 4

Le cartouche gravé au-dessous de cette représentation symbolique fait une allusion explicite au fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! », dont le refrain originel suppliait : « Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur, sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur ! »

cri de la France détail 1

Le verso de cette émouvante image porte ce texte :

Venez, divin Messie, venez renaître au milieu de nous !
La France repentante vous appelle, la France vous tend les bras ;
recevez-la dans les vôtres…

Que les rayons de lumière et d’amour qui s’échappent du soleil ardent de votre divin Coeur, rendent la vue aux aveugles, réchauffent les âmes glacées dans le sommeil de l’oubli et de l’indifférence, ressuscitent nos morts à la grâce ;
et que tous, unis en UN, nous n’ayons plus qu’un seul désir, qu’un seul vouloir :

Le triomphe de l’Eglise,
le règne de Dieu sur la terre,
en attendant la réunion des élus dans la paix et la joie des cieux.

+

O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France !

Nous vous le demandons par le Coeur très saint et immaculé de votre Bienheureuse Mère, à qui votre amour filial n’a jamais rien refusé !

+

Comme je vous l’écrivais en commençant, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, tout ceci demeure bien actuel et nous ne pouvons que le faire nôtre, et crier nous aussi ardemment vers le Ciel :

« O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France ! »

Ainsi soit-il !

Lully.

Voir aussi :
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– La prophétie de Madame Royer sur la France > ici
« Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas » > ici
« Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur » > ici

Coeur de Jésus, sauvez la France !

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 2 décembre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-84. « Dieu l’avait tellement pénétré, qu’il débordait par tout son être en effusions de lumière et de charité. »

1916 – 1er décembre – 2016

Sacré-Coeur Foucauld

Centenaire de la mort
du

Bienheureux Charles de Jésus
prêtre du diocèse de Viviers
& ermite au Sahara

Bienheureux Charles de Foucauld

Sacré-Coeur Foucauld

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce 1er décembre 2016 nous donne la grâce de célébrer le centenaire de la mort du Bienheureux Charles de Jésus (plus connu sous le nom de Charles de Foucauld), au soir du 1er décembre 1916, premier vendredi du mois, spécialement dédié à la réparation envers le divin Coeur de Jésus pour lequel le Père avait une si profonde dévotion, et dont il portait l’image stylisée sur la poitrine.

Vous savez tous qu’au Mesnil-Marie - ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le raconter dans les pages de ce blogue – , nous avons un grand amour pour le Bienheureux Charles de Jésus, duquel nous avons l’immense bonheur de posséder une relique dont j’ai publié la photographie à l’occasion du 110e anniversaire de son ordination ainsi que l’an dernier à cette même date (cf. > ici et > ici).

Dans sa méditation  sur le verset « ayant incliné la tête, Il remit l’esprit » (Johan. XIX, 30), le Père de Foucauld avait écrit ces lignes prophétiques :
« Mon Seigneur Jésus, Vous êtes mort et mort pour nous ! Si nous avions vraiment la foi en cela, comme nous désirerions de mourir, et de mourir martyrs, comme nous désirerions de mourir dans les souffrances, au lieu de les craindre ! Quel que soit le motif pour lequel on nous tue, si nous, dans l’âme, nous recevons la mort injuste et cruelle comme un don béni de Votre main, si nous Vous en remercions comme d’une douce grâce, comme d’une imitation bienheureuse de Votre fin… alors, quel que soit le motif qu’on a de nous tuer, nous mourrons dans le pur amour et notre mort Vous sera un sacrifice de très agréable odeur, et si ce n’est pas un martyre dans le sens strict du mot et aux yeux des hommes, c’en sera un à Vos yeux, et ce sera une très parfaite image de Votre mort et une fin très amoureuse qui nous conduira droit au ciel ».
Et dans ses notes spirituelles de 1895, il avait noté ces paroles également prophétiques :
« Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, nu, méconnaissable, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué… et désire que ce soit aujourd’hui… Considère que c’est à cette mort que doit aboutir toute ta vie. »

Cimetière de Tamanrasset - tombes de Laperrine et du P. de Foucauld

Cimetière de Tamanrasset :
on y voit, en avant du bordj devant lequel le Père de Foucauld fut assassiné le 1er décembre 1916, le mausolée du général François-Henry Laperrine d’Hautpoul (+ 5 mars 1920) en forme d’obélisque, derrière la première tombe du Bienheureux Charles de Jésus (son corps a par la suite été déplacé pour être enseveli à El-Goléa près de l’église des Pères Blancs).

Sacré-Coeur Foucauld

Cependant je ne veux pas, aujourd’hui, vous faire le récit de la mort du Bienheureux Charles de Jésus : d’autres l’ont fait bien mieux que moi, et il est facile de retrouver ces textes.
En revanche j’ai choisi de porter à votre connaissance deux textes de Son Excellence Monseigneur Joseph Michel Frédéric Bonnet (1835-1923), évêque de Viviers, remarquable par son intelligence spirituelle et par sa profondeur surnaturelle : c’est lui qui, comprenant la vocation particulière de Charles de Foucauld, accepta de l’incardiner dans le diocèse de Viviers et lui fit conférer les Ordres sacrés. De fait, le Père de Foucauld entretiendra toujours avec lui une relation filiale et affectueusement reconnaissante.
Ces deux lettres de Monseigneur Bonnet sont adressées à Madame Raymond de Blic, soeur du Père de Foucauld, et constituent un remarquable témoignage spirituel (je me permets de mettre en caractères gras quelques expressions qui me paraissent spécialement importantes).

« Evêché de Viviers, 17 janvier 1917.

Madame,

le deuil qui vous afflige m’atteint trop douloureusement pour que je m’abstienne d’unir aux vôtres mes légitimes et profonds regrets.
J’ai le sentiment bien vif de ce que vous perdez en la personne du révérend Père de Foucauld. J’ai peu connu, dans ma longue vie, d’âmes plus aimantes, plus délicates, plus généreuses et plus ardentes que la sienne, et j’en ai rarement approché de plus saintes. Dieu l’avait tellement pénétré, qu’il débordait par tout son être en effusions de lumière et de charité.
Vous savez mieux que moi quelle prise avaient sur son coeur et quelles ardeurs y allumaient les grandes et saintes amours de l’Eglise, de la patrie, de la famille ; vous savez à quel point fut héroïque son zèle pour le salut des âmes : son départ pour le ciel sera, pour les contrées dont il préparait si habilement et si courageusement le retour à la foi, un irréparable malheur, à moins que le sang qui vient de les arroser ne leur soit une semence de chrétiens.
Je ne me consolerais pas de ce malheur qui vous frappe, si je ne songeais que votre cher et vénéré martyr est plus vivant que jamais, qu’il a cessé de souffrir, mais qu’il n’a pas cessé de nous aimer ; qu’il est plus près de Dieu, plus puissant sur son coeur, et qu’il l’incline vers l’Eglise affligée, vers la France meurtrie, vers mon diocèse qui l’implore, vers sa famille qui le pleure.
Veuillez agréer, Madame, l’hommage de mes respectueuses et bien vives condoléances.

+ J.M. Frédéric,                         
Evêque de Viviers. »    

La seconde lettre – un billet plutôt – , datée du jour de la Toussaint 1917 est un remerciement pour l’image memento que Madame de Blic avait envoyée au saint prélat :

« Evêché de Viviers, 1er novembre 1917.

Cette précieuse image ne pouvait m’arriver plus opportunément que le jour où ma pensée le cherche, pour lui adresser un ardent souvenir et une fervente prière, dans l’immense légion de saints que l’Eglise propose aujourd’hui à notre particulière intention.
Ce culte public que je lui rends aujourd’hui d’une façon collective, je le lui rends tous les jours dans le secret de mon âme : je lui dois tant ! Il a si souvent efficacement prié pour mon diocèse et pour moi durant sa vie, et je dois taire tout ce qu’il m’a accordé de faveurs depuis qu’il est plus près de Dieu. »

Monseigneur Bonnet évêque de Viviers

Monseigneur Joseph Michel Frédéric Bonnet (1835-1923), évêque de Viviers,
détail de son cénotaphe dans la cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

A l’exemple du grand et saint évêque de Viviers qui nourrissait une si fervente dévotion pour celui qu’il avait amené au sacerdoce, et qui en raison de cela le considérait comme un véritable père en Dieu, que s’accroisse en nos coeurs notre ferveur envers celui qui « débordait par tout son être en effusions de lumière et de charité », le Bienheureux Charles de Jésus, auquel nous recommandons nous aussi « l’Eglise affligée et la France meurtrie », en sus de toutes nos intentions particulières, sûrs de la puissance de son intercession…

Lully.

Armoiries de Mgr Bonnet

Armoiries de S. Exc. Mgr. Bonnet
(détail d’une verrière du choeur de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers)

2016-83. « Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

24 novembre,
Fête de Saint Jean de la Croix.

Saint Jean de la Croix - Avila monastère de l'Incarnation

Saint Jean de la Croix
(Avila, monastère de l’Incarnation)

A l’occasion de la fête de Saint Jean de la Croix, voici une page remarquable de Gustave Thibon : il s’agit du commencement d’une conférence que le philosophe avait intitulée « Saint Jean de la Croix et le monde moderne ». Le philosophe y fait ressortir, avec sa décapante pertinence accoutumée, à quel point la doctrine spirituelle du « Docteur mystique » nous est nécessaire et salutaire…

« Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

« Ce n’est pas sans une grande confusion intérieure que j’ose parler de Jean de la Croix. Je crains de ne vous apporter que des mots. Est-il possible de commenter un tel message sans le vivre intérieurement ? Je songe avec angoisse aux profondes vérités spirituelles qui nous ont été révélées par les sages, les prophètes et les saints. Tout ce que l’homme pouvait dire de Dieu, il l’a dit : les secrets de l’amour et de la vie éternelle traînent dans des livres que nous avons tous lus. Et ces choses que nous savons tous, nous les vivons si peu… C’est là un scandale dont l’habitude seule nous empêche de mesurer l’étendue.
Que je vous entretienne ce soir de Jean de la Croix, que vos esprits et le mien baignent pendant une heure dans ces certitudes nourricières qui sont l’âme de notre destin, et que nous retournions, vous et moi, avec le même coeur charnel empli des mêmes vanités, voilà bien la meilleure preuve du péché originel et du désordre profond installé dans notre nature.
Celui qui n’a pas médité anxieusement sur ce manque de force attractive des vérités suprêmes, sur cette inertie du verbe divin en nous, ne sait rien de la bassesse et de la malice de l’homme.
Il ne sert de rien d’invoquer ici notre faiblesse – nous savons être forts pour conquérir les choses d’en-bas – , ni notre égoïsme : un être fini ne peut pas être absolument égoïste, et nous nous immolons tous les jours aux objets les plus pauvres et les plus caducs. Quels sacrifices ne fait pas l’avare pour un peu d’or, ou l’ambitieux pour de vains honneurs !
Nous ne sommes lâches que devant Dieu.
Nous ne sommes ni faibles, ni égoïstes, nous sommes idolâtres.

Jean de la Croix est le grand médecin de l’idolâtrie, tout simplement parce qu’il croit en Dieu au sens fort, au sens vivant du mot. Etymologiquement « croire » signifie prêter, confier. Celui qui croit se confie à Dieu.
La doctrine de Jean peut se résumer en deux mots : tout et rien. Dieu est tout et la créature n’est rien. Plus que cela : il faut que la créature ne soit rien pour tout recevoir. Dieu, qui peut tout, ne travaille en quelque sorte qu’à partir du néant. Nous étions néant quand Dieu nous a appelés à la vie naturelle, il faut que nous redevenions néant pour recevoir dans sa plénitude la vie surnaturelle. C’est le sens du mot de Jésus à Nicodème : « Si l’homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ».
Mais avant de renaître, il faut mourir. Nos échecs, nos lenteurs et nos reculs dans la voie divine procèdent de ce que nous n’avons pas fait le vide en nous, de ce que nous n’avons pas renoncé pour Dieu à tout ce qui n’est pas Dieu. Nous sommes des mendiants aux mains pleines… 
« Toute la beauté des créatures est souveraine laideur devant la beauté infinie de Dieu… Toute la grâce, tout le charme des créatures est matière insipide et répugnante en face de la beauté divine… Tout ce que les créatures du monde renferment de bonté n’est que suprême malice en présence de la bonté divine. Dieu seul est bon… Toute la sagesse du monde n’est que pure et souveraine ignorance devant la sagesse de Dieu… Toute la puissance, toute la liberté du monde n’est que servitude, détresse et captivité, vis-à-vis de la liberté et de la domination divines… » « Ne donnez rien aux créatures si vous voulez garder la face de Dieu présente, claire et pure en votre âme… Dieu et les créatures ne se ressemblent pas. »

Il faut choisir. On ne peut pas poursuivre à la fois le néant et l’absolu. Ces créatures qui ne sont rien, il faut que nous les traitions comme rien.
Le rien… Dans ce monde en délire, où tous les appuis naturels nous manquent à la fois, nous sommes mieux placés que jamais pour sonder le vide de tout le créé.
Biens matériels, liberté, sécurité, vie, patrie, êtres chers, tout ce que nous aimons est vertigineusement précaire et menacé, notre coeur de chair saigne par toutes ses fibres, le rien déborde de toutes parts sur le monde… Excellente préparation extérieure à l’enseignement de Jean de la Croix.
Mais à quoi sert que le rien déferle autour de nous, si nous gardons dans nos âmes les racines des affections dont l’objet nous est ravi ?
Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

Gustave Thibon,
« Saint Jean de la Croix et le monde moderne »
in « Ils sculptent en nous le silence » -Ed. François-Xavier de Guibert, 2003, pp. 29-32.

Christ en croix dessiné par Saint Jean de la Croix

Christ en croix dessiné par Saint Jean de la Croix

Sur Saint Jean de la Croix, voir aussi dans ce blogue :
– Résumé biographique et poème « C’est de nuit » > ici
– Bande dessinée : « Libérer le vol de l’âme » > ici

2016-81. De Saint Georges, premier évêque du Velay, et du bâton miraculeux de Saint Pierre.

Vendredi 11 novembre 2016,
Fête de Saint Martin de Tours (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Point n’est besoin que je vous explique une fois de plus de quelle dévotion nous entourons les saintes reliques (cf. > ici) ; aussi, après vous avoir raconté mon propre pèlerinage auprès de celles de Saint Antoine le Grand (cf. > ici), vais-je vous expliquer comment Frère Maximilien-Marie, après quelques mois de recherche, a pu, ce mercredi 9 novembre en fin d’après-midi, voir le bâton miraculeux de l’apôtre Saint Pierre

St Pierre -détail d'un vitrail de C.E. Kempé - église St-Jacques Hunstanworth, comté de Durham

Le premier évangélisateur et premier évêque du Velay se nommait Georges : selon la tradition, il était du nombre des septante-deux disciples de Notre-Seigneur et, en même temps que Front, qui deviendra le premier évêque de Périgueux, il fut envoyé dans les Gaules par Saint Pierre.
Alors que nos deux missionnaires étaient en route et qu’ils étaient arrivés près du lac de Bolsena, à plus de 27 lieues au nord de Rome, Georges mourut subitement. Son compagnon, Saint Front, repartit pour Rome où Saint Pierre lui remit son bâton de marche, lui demandant de le déposer sur la tombe du défunt.
Par l’imposition du bâton de Saint Pierre, Saint Georges fut rendu à la vie, et ce miracle fut d’ailleurs la cause de nombreuses conversions dans la région de Bolsena.

L’apostolat des deux missionnaires se déploya surtout dans la Gaule Aquitaine (province romaine qui était beaucoup plus vaste que ce que nous appelons aujourd’hui l’Aquitaine puisqu’elle englobait, par exemple, le Velay et le Berry). Saint Front s’établit en Périgord et Saint Georges travailla à l’évangélisation du Velay.
On admet habituellement – car tous les historiens ne sont pas d’accord – qu’il fixa son siège épiscopal à Ruessio (ou Ruessium), qui était alors la principale cité des Vellaves, et qui est aujourd’hui la petite ville de Saint-Paulien.

C’est dans le temps de l’apostolat de Saint Georges, en l’an 45 de notre ère, qu’eut lieu la première apparition de Notre-Dame qui est à l’origine du pèlerinage du Puy, ainsi que cela a été raconté dans ce blogue (cf. > ici).

Avant de se séparer, Saint Front et Saint Georges s’étaient partagés le bâton de Saint Pierre, et jusqu’à la grande révolution la moitié du bâton miraculeux fut pieusement conservée et vénérée dans l’église collégiale de Saint-Paulien

Statue de Saint Georges - église de Saint-Paulien

Saint Georges, fondateur de l’Eglise du Velay et son premier évêque
(statue dans l’église de Saint-Paulien).

Saint Georges évangélisa le Velay pendant de nombreuses années et, bien qu’il eut parfois à endurer de violentes oppositions de la part des païens, il mourut (une deuxième fois) sans avoir subi le martyre : il fut inhumé sur le Mont Anis, près du lieu que la Sainte Mère de Dieu avait désigné pour y être honorée et où Saint Martial  (cf. > ici) était venu consacrer le premier autel (là où est aujourd’hui la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay) et apporter une des chaussures de la Très Sainte Vierge Marie.

Plus tard, au-dessus du tombeau de Saint Georges, fut construite une église, qui devint ensuite collégiale, puis aujourd’hui la chapelle Saint-Georges du grand séminaire du Puy.

Résurrection de Saint Georges - tableau du XVIIe s église de Saint-Paulien

Saint Front rendant la vie à Saint Georges en lui imposant le bâton de Saint Pierre
(tableau du XVIIe siècle dans l’église de Saint Paulien).

Je me demandais si, comme – hélas ! – un très grand nombre de précieuses reliques, et comme d’ailleurs l’autre moitié du bâton de Saint Pierre emportée en Périgord par Saint Front, la partie de ce bâton conservée à Saint-Paulien avait été détruite ou perdue lors de la grande révolution, jusqu’à ce que l’un de nos amis prêtres nous eût informés que non.
Soustrait aux pillages et profanations révolutionnaires par un prêtre de Saint-Paulien, le bâton de Saint Pierre fut remis par lui aux « Demoiselles de l’instruction » (congrégation fondée au Puy au XVIIe siècle sous l’impulsion d’Anne-Marie Martel et des prêtres de Saint-Sulpice qui dirigeaient le séminaire) – appelées aujourd’hui Soeurs de l’Enfant Jésus - , après la tourmente et conservé dans leur couvent du Puy.

Tout au long du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, les élèves des « Demoiselles de l’instruction » étaient invités à entourer de vénération la relique du bâton de Saint Pierre.
Mais, après « LE concile » (!!!), cette dévotion disparut du paysage religieux vellave : l’histoire de Saint Georges fut reléguée par beaucoup au nombre des pieuses légendes sans fondement, ceux qui conservèrent son culte placèrent son existence au troisième siècle et non plus à l’âge apostolique, et les reliques – souvent suspectées d’être fausses ou douteuses, voire même accusées de favoriser la « superstition » (ne croirait-on pas entendre les sans-culottes et les patriotes de l’an II ?) – furent remisées au fond des placards de sacristie, quand elles ne furent pas brûlées ou cédées aux brocanteurs…

Vitrine renfermant le bâton de Saint Pierre - soeurs de l'Enfant Jésus le Puy

Vitrine dans laquelle sont exposés le bâton de Saint Pierre et un buste reliquaire de Saint Georges
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Fort heureusement, le bâton de Saint Pierre – même s’il avait été mis à l’écart de la dévotion populaire – ne fut ni détruit ni perdu lors de cette seconde grande révolution qui a ravagé la Sainte Eglise après les années 60 du précédent siècle !

Après avoir interrogé plusieurs personnes, dont quelques prêtres parmi lesquels certains ignoraient tout de cette « légende » et d’autres en sourirent avec condescendance, au terme d’un véritable jeu de piste, Frère Maximilien-Marie finit par apprendre que le bâton de Saint Pierre se trouve actuellement dans l’une des vitrines d’une salle d’exposition présentant l’histoire et les souvenirs de la fondation des « Soeurs de l’Enfant Jésus » – salle d’exposition très rarement ouverte au public – dans la vieille ville du Puy.

Mais une chose était de savoir où se trouvait la relique, autre chose était de parvenir jusqu’à elle !

Appels téléphoniques réitérés en vue d’obtenir un rendez-vous, renvois d’une personne à une autre, demandes restées sans réponse précise ou se heurtant à une demande de rappel ultérieur : ainsi en fut-il pendant cinq mois.
Enfin, il y a quelques jours, frère Maximilien-Marie eut-il la joie de trouver une personne qui consentit à lui ouvrir les portes de la salle où se trouve ladite exposition quasi jamais ouverte au public, et qui lui donna rendez-vous pour ce mercredi 9 novembre en fin d’après-midi…

…Alléluia !

Relique du bâton de Saint Georges 2

Relique du bâton de Saint Pierre et  feuillet manuscrit racontant l’histoire de ce bâton
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Comme nous ne croyons pas au hasard, mais aux mystérieuses dispositions de la Providence (« Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur » ainsi que le proclame l’admirable oraison du septième dimanche après la Pentecôte), nous n’avons pas manqué de remarquer que le 9 novembre en fin d’après-midi, c’est justement le moment où l’Eglise diocésaine du Puy entonne les premières vêpres de la fête de Saint Georges, son fondateur et premier évêque (fête double de première classe avec octave, dans la liturgie traditionnelle), puisque sa fête est célébrée à la date du 10 novembre !

Redisons-le donc : Alléluia !

Relique du bâton de Saint Georges 3

Relique du bâton de Saint Pierre : seule partie visible de ce bâton extraite de sa housse
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Vous pouvez vous en rendre compte par vous-mêmes, grâce aux photographies dont j’accompagne ce texte, puisque notre Frère a eu la permission de réaliser quelques clichés, ce bâton de Saint Pierre se trouve au milieu d’objets divers : livres de piété des XVIIe ou XVIIIe siècles dont usaient les « Demoiselles de l’instruction », documents relatifs à l’histoire de la congrégation,  reliquaires…

Cette moitié du bâton de Saint Pierre doit mesurer entre 70 et 80 centimètres ; elle est placée dans une housse de soie violette avec des motifs jaune d’or et on n’en voit que l’extrémité qui a été tirée hors de la housse.
Le bâton lui-même est de couleur noire ; à son extrémité lui est attaché un ruban de soie bleue, mais notre Frère n’a pas pu voir si ce ruban portait un sceau ; plusieurs feuillets de papier sur lesquels un texte est écrit sont enroulés autour du bâton à l’ouverture de la housse de soie ;  un feuillet manuscrit très endommagé, en partie déroulé, a été placé en dessous du bâton (le texte qui y est calligraphié a été retranscrit sur la feuille imprimée, enfilée dans une pochette plastique, que l’on voit à droite), il raconte les traditions concernant Saint Georges et le bâton de Saint Pierre.

Relique du bâton de Saint Georges 1

Relique du bâton de Saint Pierre dans sa vitrine
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Pour terminer mon compte-rendu de ce soir, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je me contenterai de vous transcrire la traduction que j’ai faite de l’oraison propre de Saint Georges, telle que je l’ai trouvée dans un exemplaire des offices propres du diocèse du Puy, vous invitant ainsi à entrer vous aussi dans le courant multiséculaire de dévotion envers l’apôtre et le premier évêque du Velay :

« O Dieu qui nous avez faits parvenir à la connaissance de Votre Nom par les enseignements salutaires du Bienheureux Georges, dans Votre bienveillance accordez-nous que, ayant conservé la foi dans son intégrité, persévérant jusqu’à la fin dans la pratique des bonnes oeuvres, nous méritions de parvenir aux éternelles récompenses des vertus. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, Votre Fils, qui, avec Vous vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Reliquaire de Saint Georges - soeurs de l'Enfant Jésus le Puy

Buste reliquaire de Saint Georges
(congrégation des Soeurs de l’Enfant Jésus, le Puy-en-Velay).

Litanies de Saint Martin, évêque de Tours et apôtre des Gaules.

Eglise de Saint-Epain (37) - Saint Martin

Saint Martin
(détail d’une verrière de l’église de Saint-Epain, diocèse de Tours)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Saint Martin, Pasteur de la province de Tours, priez pour nous.
Saint Martin, généreux soldat de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Martin, parfait modèle des guerriers, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez su mépriser les biens et les plaisirs du monde, priez pour nous.
Saint Martin, qui n’étant encore que catéchumène, vous êtes dépouillé d’une partie de vos vêtements pour en couvrir un pauvre, priez pour nous.
Saint Martin, qui fûtes un modèle de sobriété et d’abstinence, priez pour nous.
Saint Martin, qui ne parliez que de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Martin, homme d’oraison, priez pour nous.
Saint Martin, ami de la pauvreté, priez pour nous.
Saint Martin, qui consoliez les affligés, priez pour nous.
Saint Martin, qui défendiez les opprimés, priez pour nous.
Saint Martin, homme vraiment apostolique, priez pour nous.
Saint Martin, qui supportiez les injures avec tant de patience, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez été embrasé du feu de la charité, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez opéré tant de merveilles, priez pour nous.
Saint Martin, qui, sur la terre, avez conversé avec les Anges, priez pour nous.
Saint Martin, gloire du sacerdoce, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez si bien prêché par votre exemple l’humilité et la douceur, priez pour nous.
Saint Martin, pontife admirable, priez pour nous.
Saint Martin, la joie et le bonheur de l’Église, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez été tout à la fois évêque et solitaire, priez pour nous.
Saint Martin, qui fûtes l’apôtre des Gaules comme Saint Paul le fut des Gentils, priez pour nous.
Saint Martin, qui, en célébrant les saints mystères avez été environné d’une lumière miraculeuse, priez pour nous.
Saint Martin, qui portiez partout la bonne odeur de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez ressuscité des morts, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez renversé tant d’idoles, priez pour nous.
Saint Martin, qui étiez la terreur des démons, priez pour nous.
Saint Martin, défenseur de la foi catholique, priez pour nous.
Saint Martin de Tours, Confesseur du dogme de la Très Sainte Trinité, priez pour nous.
Saint Martin, qui meniez ici-bas une vie angélique, priez pour nous.
Saint Martin, qui aviez protégé la ville de Tours contre la fureur de ses ennemis, priez pour nous.
Saint Martin, qui fûtes honoré du don de prophétie, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez si glorieusement continué les travaux de Saint Gatien, priez pour nous.
Saint Martin, zélé prédicateur de l’Évangile, priez pour nous.
Saint Martin, homme puissant en œuvres et en paroles, priez pour nous.
Saint Martin, dont le nom et la sainteté sont connus de toute la terre, priez pour nous.
Saint Martin, qui ne vous êtes jamais refusé au travail, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez montré jusqu’à la mort une entière soumission à la sainte Volonté de Dieu, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez fait à Dieu le généreux sacrifice de votre vie, priez pour nous.
Saint Martin, en qui l’ennemi du salut ne trouva rien qui lui appartint, priez pour nous.
Saint Martin, qui avez été reçu dans le sein d’Abraham, priez pour nous.
Saint Martin, dont le tombeau a été illustré par tant de miracles, priez pour nous.
Saint Martin, dont le sépulcre est glorieux, priez pour nous.
Saint Martin, dont la vie et la mort sont admirables, priez pour nous.
Saint Martin, dont les funérailles furent un véritable triomphe, priez pour nous.
Saint Martin, qui régnez maintenant avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Martin, qui êtes la joie de l’Église de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Martin, qui, du haut du ciel, vous intéressez particulièrement à votre troupeau, priez pour nous.

Agneau de Dieu qui portez les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur.
Agneau de Dieu qui portez les péchés du monde, exaucez-nous Seigneur.
Agneau de Dieu qui portez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/ : Saint Martin de Tours, priez pour nous,
R/ : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Oraison : 

Seigneur Dieu, Vous qui voyez que nous ne pouvons rien par nos propres forces, faites, dans Votre Miséricorde, que par l’intercession de Saint Martin de Tours, modèle des Évêques, nous sachions affronter toutes les adversités et sortions vainqueurs de tous nos ennemis visibles et invisibles. Nous Vous le demandons par Jésus-Christ, Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

Basilique st Martin à Tours - Charité de Saint Martin
Charité de Saint Martin
(détail d’une verrière de la basilique Saint-Martin, à Tours)
Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 10 novembre, 2016 |4 Commentaires »

2016-80. Où, à l’occasion de la fête des Saintes Reliques, le Maître-Chat narre la manière dont il a été en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand.

Samedi soir 5 novembre 2016,
Fête des Saintes Reliques.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans ce blogue (cf. > ici), chaque 5 novembre, nous célébrons la fête des Saintes Reliques, fête propre à un certain nombre de diocèses et de congrégations.

En notre Mesnil-Marie, vous le savez aussi, nous gardons dans l’oratoire un assez grand nombre de reliques pour la conservation et l’exposition desquelles notre Frère Maximilien-Marie a aménagé une ancienne bonnetière du début du XVIIIe siècle…

Sacellum reliquiarum dans l'oratoire du Mesnil-Marie

« Sacellum reliquiarum » :
l’armoire des reliques dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

L’un des derniers reliquaires à avoir pris place dans le « sacellum reliquiarum » – l’armoire des reliques – est un morceau de bure, découpé en forme de tunique, qui a été mis en contact direct avec la Sainte Tunique d’Argenteuil.
En effet, comme notre Frère ne pouvait se rendre à la basilique Saint-Denys d’Argenteuil à l’occasion de l’ostension solennelle qui a eu lieu au printemps dernier, il a obtenu du très sympathique recteur de la basilique ce que l’on appelle en jargon ecclésiastique un « tetigit » (ce qui signifie littéralement « il a touché »), c’est-à-dire un morceau d’étoffe qui a touché à l’insigne relique et qui, de ce fait, est devenu lui-même une relique de troisième classe ; c’est un usage très ancien de l’Eglise, puisque, par exemple, on sait que les premiers chrétiens mettaient des linges au contact des tombes des Saints Apôtres Pierre et Paul et les rapportaient chez eux comme des reliques.

Reliquaire de la Sainte Tunique

« Tetigit » de la Sainte Tunique d’Argenteuil au Mesnil-Marie.

Mais, si j’ai pris ce soir la plume, c’est pour vous raconter que, il y a quelques semaines, je ne me suis pas contenté de vénérer les reliques conservées dans notre oratoire, aussi précieuses soient-elles, mais que j’ai eu l’occasion de me rendre « en chair et en os », comme on dit familièrement, en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand. Le fait est assez rare pour que je le souligne, puisque, de manière habituelle, je ne quitte le Mesnil-Marie et ne monte en automobile que pour me rendre chez Madame la Doctoresse des chats…

Je vous ai transcrit, il y a quelques années, une belle histoire de notre Frère Maximilien-Marie sur les liens privilégiés qu’eurent de nombreux saints avec les animaux (cf. la première des quatre parties > ici ; ensuite cliquer sur le lien en fin de chaque épisode). Or, s’il est un saint qui a un rapport très particulier avec les animaux, c’est bien Saint Antoine le Grand, appelé aussi parfois Saint Antoine d’Egypte, « père de tous les moines d’Orient et d’Occident », pour la fête duquel, le 17 janvier, la Sainte Eglise a même institué une bénédiction des animaux (voir > ici).

Saint Antoine le Grand entouré d'animaux - détail de la châsse de Saint Antoine

Saint Antoine le Grand dans le désert entouré d’animaux qu’il bénit
(bas relief d’argent – détail de la châsse de Saint Antoine le Grand à Saint-Antoine-l’Abbaye)

Les reliques de Saint Antoine le Grand se trouvent, depuis la seconde moitié du XIe siècle, dans l’église abbatiale du village aujourd’hui dénommé Saint-Antoine-l’Abbaye, en Dauphiné, à une trentaine de lieues environ de notre Mesnil-Marie.
Frère Maximilien-Marie s’y rend lui-même en pèlerinage environ une fois par an. D’habitude, il ne m’y emmène pas, car il sait que je n’apprécie pas trop les voyages en automobile…

…Toutefois, à la mi-octobre dernière, notre Frère devait se rendre à La Salette : en effet, l’association des descendants des Zouaves Pontificaux, avec laquelle vous savez qu’il a des liens étroits (cf. par exemple > ici), en cette année du cent-septentième anniversaire de l’apparition et parce que Maximin Giraud a lui-même intégré un temps le corps des Zouaves Pontificaux, tenait à La Salette son assemblée générale annuelle. C’était donc une occasion unique d’approfondir le message donné aux hommes par la Sainte Mère de Dieu sur la sainte montagne, et de réfléchir sur les prolongements de cette apparition dans l’histoire de l’Eglise et de la Chrétienté… D’ailleurs, Frère Maximilien-Marie était sollicité pour donner une conférence sur ces thèmes lors du séjour.

Bref ! Accompagné d’un ami, notre Frère devait partir pour La Salette le 13 octobre dans la matinée et ne revenir que le samedi 15 octobre en fin d’après-midi.
Il m’a demandé si – bien que je n’aimasse point les longs trajets en voiture – je voulais l’accompagner, ou si je préférais rester pendant trois jours tout seul au Mesnil-Marie (avec toutefois la visite d’un voisin une fois par jour pour remplir mon écuelle). Tout bien réfléchi, j’ai opté pour le voyage à La Salette : même si je savais qu’à l’hôtellerie du sanctuaire je resterai dans sa cellule, du moins étais-je sûr que je ne serai jamais trop longtemps séparé de mon papa-moine !

Saint-Antoine-l'Abbaye

Saint-Antoine-l’Abbaye : l’abbatiale dominant le village.

De La Salette même, je ne vous dirai rien de plus aujourd’hui car cela n’entre pas dans mon propos, mais c’est parce que je m’étais montré particulièrement sage et patient durant les longs voyages et pendant le séjour à l’hôtellerie du sanctuaire que, lors de notre retour, Frère Maximilien-Marie a proposé que nous fassions une halte à Saint-Antoine-l’Abbaye, afin qu’il puisse me présenter directement à la bénédiction et protection de Saint Antoine le Grand.
Sitôt dit, sitôt fait, car le village n’est pas très éloigné de l’autoroute que nous empruntions.

Maître-autel de l'abbatiale Saint-Antoine

Maître-autel de l’abbatiale, à l’intérieur duquel sont conservées les reliques de Saint Antoine.

C’est dans mon panier de voyage que Frère Maximilien-Marie m’a introduit dans l’abbatiale : il m’en avait tellement parlé que j’ai bien reconnu tout ce qu’il m’ en avait décrit.

J’ai été impressionné par la majesté et les proportions du splendide maître-autel de marbre et de bronze à l’intérieur duquel sont conservées les reliques du saint anachorète.
Mais je me suis aussi très rapidement senti en pays de connaissance, puisque deux de mes congénères montent la garde de part et d’autre du lieu sacré où sont conservées ces insignes reliques…

Lion gardant les reliques de Saint Antoine

Lion gardant les reliques de Saint Antoine (détail du maître-autel)

C’est par l’arrière du maître-autel que, à travers une lourde grille de bronze, l’on peut apercevoir la châsse d’argent en laquelle sont renfermés les précieux ossements du grand Saint Antoine.

arrière du maître-autel

L’arrière du maître-autel et la grille par laquelle on aperçoit le reliquaire.

Frère Maximilien-Marie m’a alors fait sortir de mon panier, et, me tenant dans ses bras, m’a présenté à cette grille, pour que je sois au plus près des reliques…

Lully près des reliques de Saint Antoine 1

Lully près des reliques de Saint Antoine 2

Dans mon coeur, je me suis uni à la prière affectueuse de mon papa-moine qui me confiait à la protection de Saint Antoine et me recommandait à sa bénédiction.

J’ai aussi pu admirer cette très belle châsse, et frère Maximilien-Marie m’a expliqué que, lors du pèlerinage annuel (à l’Ascension, je crois), elle est extraite du maître-autel, portée en procession dans la cour d’honneur de l’abbaye, et que, à l’issue de cette procession, les fidèles ont l’habitude de passer sous le reliquaire maintenu un peu en hauteur.

châsse de Saint Antoine le grand

Châsse de Saint Antoine le Grand, en bois sombre et en argent, telle qu’on peut l’apercevoir à travers la grille du maître-autel (les bas reliefs représentent des scènes de la vie et la mort de Saint Antoine).

Ce samedi 15 octobre, où je fus donc « présenté à Saint Antoine », reste donc un grand et beau jour pour moi : je suis vraiment très heureux d’avoir pu approcher si près de sa châsse et j’ai voulu profiter de la fête liturgique propre des saintes reliques pour vous partager ma joie…

Pour terminer, laissez-moi vous montrer ce beau tableau d’un peintre baroque de l’école napolitaine, Francesco Guarino (1611-1654), représentant la rencontre de Saint Antoine avec le centaure : j’aime particulièrement cette oeuvre parce que Saint Antoine y est vêtu de noir et de blanc… comme je le suis moi-même !

pattes de chatLully.

Francesco Guarino Saint Antoine et le centaure 1642

Francesco Guarino : Saint Antoine et le centaure (1642)

2016-72. Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Lépante - tableau illustrant la bataille

Tableau de la bataille de Lépante représentant, au-dessus, des flottes chrétienne et mahométane,
la Très Sainte Vierge Marie, brandissant un glaive, intervenant avec l’armée des anges,
pour venir en aide aux combattants de la Chrétienté.

Cessons de donner de la prière du Saint Rosaire l’image d’un doux et pieux ronronnement de fidèles inoffensifs cantonnés dans leurs églises et leurs paisibles « groupes de prière »…

Non ! Le rosaire est une arme de guerre, un glaive meurtrier, un fléau d’arme, une « kalach » spirituelle.
Les fidèles qui le prient doivent l’avoir en main pour s’en servir comme d’une arme impitoyable.

Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille !
Réciter son chapelet est un acte militant au sens étymologique du terme : un acte de militaire.
Et souvenons-nous bien que par le sacrement de la confirmation qu’il a reçu chacun d’entre nous a été fait combattant : « miles Christi ».
Eh bien ! la prière du rosaire est vraiment un acte de guerre, un acte combattant, un acte tout à la fois défensif et offensif qui blessera l’ennemi, qui l’empêchera de nuire, qui tâchera de le faire saigner, jusqu’à le vider de son sang et le faire mourir.

On doit dire le rosaire avec l’esprit du chevalier qui, après avoir revêtu cotte de maille et armure, enfourche son destrier caparaçonné et s’en va au combat pour en découdre sans ménagement, pour faire du mal à l’ennemi, pour le terrasser et le tuer, sans pitié.
Vaincre à tout prix et ne pas mourir n’ont pas d’autre alternative.

A chaque mystère, je suis dans un corps à corps avec l’ennemi.
Lutte sans merci contre le traître tapi au fond de moi ; lutte sans merci contre le monde, l’esprit du monde et tous leurs hideux sattelites : hérésies, maçonnerie, révolution, libéralisme, socialisme, capitalisme, sectes diaboliques, islamisme, hypersexualisme… etc. ; lutte sans merci contre l’enfer déchaîné, répandu sur la terre, et oeuvrant sans répît pour faire tomber les âmes en enfer.

A chaque « Ave, Maria », je suis dans la mêlée et je frappe – un coup après l’autre, inlassablement répété, continûment réitéré – sur l’ennemi, pour défoncer sa cuirasse, pour la percer, lui transpercer le corps et le mettre à mort.
Et il faudra recommencer, encore et encore : « Ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue », disait notre bienheureux Père Saint Augustin. Trop de chrétiens l’ont oublié et négocient leurs petits arrangements avec l’ennemi pour mener une vie chrétienne sans gêne et sans combat ; c’est sans nul doute l’une des raisons pour laquelle la Chrétienté se porte si mal.

Rappelons nous que la fête de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, a été originellement nommée Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire, instituée comme une débordante action de grâce pour le salut de la Chrétienté, menacée par l’islam, obtenu de manière spectaculaire à la bataille de Lépante.
Ainsi la fête du 7 octobre n’est-elle pas une fête mineure de dévotion pour bigottes iréniques : elle est la célébration jubilatoire de la victoire, bien plus que ne peuvent l’être les commémorations civiles d’armistice !
Fête de la victoire contre tous les ennemis du règne du Christ, victoire de Son Eglise, victoire de la Chrétienté.
Chaque fois que je saisis mon chapelet, je ne dois pas seulement me souvenir de Lépante, mais je dois en vérité actualiser Lépante : je dois transposer la lutte acharnée de Lépante, et sa victoire, à tous les combats actuels de la Sainte Eglise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Lépante  - détail

Voir aussi la bande dessinée
« Du Saint Rosaire redoutable aux démons » > ici

2016-71. « Pour que son peuple soit ramené à la foi de ses aïeux et à la pratique religieuse ».

3 octobre,
Fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face,
céleste patronne de la France en second avec Sainte Jehanne d’Arc.

Profitons de cette fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face pour lire ou relire la lettre apostolique par laquelle Sa Sainteté le Pape Pie XII a proclamé celle-ci patronne céleste de la France en second, après Notre-Dame de l’Assomption.
Nous nous sommes permis, en reproduisant ce texte, de mettre en caractères gras les passages qui expliquent et motivent ce céleste patronage : les « ruines immenses tant spirituelles que temporelles » de notre temps sont sans nul doute différentes de celles laissées par la seconde guerre mondiale, mais elles n’en sont pas moins réelles et graves, nécessitant peut-être plus encore le recours à nos célestes protecteurs…

Ste Thérèse jouant Ste Jehanne d'Arc dans une récréation du Carmel

« J’aime la France ma patrie,
Je veux lui conserver la foi ;
Je lui sacrifierai ma vie
Et je combattrai pour mon roi. »
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus jouant le rôle de Sainte Jehanne d’Arc
lors d’une récréation au Carmel.

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PIE XII
Lettre Apostolique

« Sanctae Romanae Ecclesiae »

par laquelle Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, vierge, carmélite de Lisieux,
est établie patronne en second de toute la France.

Le cardinal de la Sainte Eglise romaine, archevêque de Paris (note 1), Nous fait connaître, parlant aussi au nom de tous les autres cardinaux, archevêques et évêques de France, son souhait ardent de Nous voir daigner, par un effet de Notre bienveillance, déclarer sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus patronne en second de la France entière.
Comme la très noble nation française a déjà, depuis plusieurs siècles, pour patronne principale la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, et pour patronne en second, sainte Jeanne d’Arc, depuis sa canonisation, les évêques, d’un commun accord, ont jugé opportun, surtout en ces temps de détresse, de ménager aux fidèles de France une autre intercession particulière auprès de Dieu, celle de la sainte carmélite de Lisieux qui, pour que la foi catholique se conserve toujours et avec fermeté chez ses compatriotes, a témoigné à sa patrie un grand amour en la recommandant à Dieu le plus possible.
Le cardinal de Paris ajoute que Notre prédécesseur, de récente mémoire, le pape Pie XI, avait bien voulu instituer sainte Thérèse patronne des missions ; et puisque aujourd’hui la France elle-même, en raison des ruines immenses tant spirituelles que temporelles que la dure et terrible guerre présente lui a causées, peut être considérée comme un très vaste champ à cultiver par le labeur missionnaire pour que son peuple soit ramené à la foi de ses aïeux et à la pratique religieuse, il ne faut pas douter que ce saint patronage, instamment sollicité, tournera au plus grand bien et au profit spirituel de la nation française ; car tout le monde connaît de quelle affection, de quelle gloire, de quel culte vous, les Français, même des classes les plus humbles, honorez sainte Thérèse.
Au vrai, Nous-même déjà, avant d’être élevé au pontificat suprême, lorsque Nous accomplissions les fonctions de légat dans la ville de Lisieux, en 1937 (note 2), Nous avons recueilli à ce sujet des témoignages éclatants et mémorables, si bien que les voeux que le cardinal de Paris, parlant à la fois en son nom personnel et au nom des autres évêques, Nous présente avec instance, Nous estimons qu’ils doivent être favorablement accueillis aujourd’hui.
C’est pourquoi, après avoir entendu Notre Vénérable Frère le cardinal de la Sainte Eglise romaine, évêque de Palestrina, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites (note 3), de science certaine, et après mûre délibération, usant de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la teneur de la présente lettre et d’une façon perpétuelle, Nous déclarons et instituons sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus patronne en second de toute la France auprès de Dieu, en ajoutant tous les privilèges liturgiques et les honneurs qui appartiennent d’ordinaire aux célestes patrons de ce genre. Nonobstant toutes choses contraires.
Nous accordons et proclamons ces faveurs en décrétant que la présente lettre est et restera toujours valable dans toute sa force et son efficacité, qu’elle a et gardera ses effets pleins et entiers, qu’aujourd’hui et à l’avenir elle assurera la plénitude de ses avantages à ceux à qui elle s’adresse ou pourra s’adresser ; qu’il faut ainsi juger et décider, et que serait nul et sans effet à partir de maintenant tout ce qui pourrait être tenté en dehors de ceci, sciemment ou par ignorance, par qui que ce soit, par n’importe quelle autorité.

Donné à Rome, auprès de Saint Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 3 mai de l’an 1944, le sixième de Notre Pontificat.

L. Card. Maglione, Secrétaire d’Etat.

A. A. S-, XXXVI, 1944, p. 329
Texte latin sur le site du Saint-Siège > ici

Armoiries de Pie XII

Note 1 : Il s’agissait alors de Son Eminence Monsieur le Cardinal Emmanuel Suhard.
Note 2 : Son Eminence Monsieur le Cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII, avait été le légat a latere de S.S. le Pape Pie XI en juillet 1937 aux cérémonies de la dédicace de la basilique de Lisieux. C’est après les fêtes de Lisieux qu’il prononça à Paris, dans la chaire de Notre-Dame, le fameux discours sur la vocation de la France (cf. > ici).
Note 3 :
Son Eminence Monsieur le Cardinal Carlo Saloti.

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2016-70. Les Saints Evangiles, écrits par d’authentiques témoins de la vie et des enseignements du Christ.

Après avoir recueilli des renseignements donnés par la Tradition de l’Eglise à travers les sources documentaires hagiographiques (cf. > ici), au sujet de l’Evangile selon Saint Matthieu, voici aujourd’hui ce qu’écrit notre glorieux Père Saint Augustin à propos de l’origine apostolique des Saints Evangiles, de leur autorité fondée sur cette apostolicité (et donc sur leur authenticité : on entend par authenticité le fait qu’ils sont bien de la main de ceux auxquels la Tradition les attribue), et du point de vue qui a inspiré le travail de rédaction de chaque Evangéliste.
Le texte reproduit ci-dessous est celui des deux premiers chapitres du « De consensu Evangelistarum : de l’accord des Evangélistes », que le grand Docteur d’Hippone a rédigé autour de l’an 400.

Sandro Botticelli - St Augustin dans son cabinet de travail - Florence Offices

Saint Augustin dans son cabinet de travail
Tempera sur panneau de Sandro Boticelli – Florence, musée des Offices.

Les Saints Evangiles, écrits par d’authentiques témoins de la vie et des enseignements du Christ :

Chapître 1er : Autorité des Evangiles.

§ 1. Parmi tous les livres divins, contenus dans les Saintes Écritures, l’Évangile tient à bon droit le premier rang. Nous y voyons, en effet, l’explication et l’accomplissement de ce que la Loi et les Prophètes ont annoncé et figuré. Il eut pour premiers prédicateurs les Apôtres qui, de leurs propres yeux, virent dans la chair ici-bas notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et qui ensuite revêtus de la fonction d’Évangélistes s’employèrent à publier dans le monde ce qu’ils se souvenaient de Lui avoir entendu dire ou de Lui avoir vu faire ; ils annoncèrent aussi les événements divins et mémorables de Sa naissance et de Ses premières années, dont ils ne furent pas les témoins, n’étant devenus que plus tard Ses disciples, mais dont ils purent s’informer près de Lui ou de Ses parents ou d’autres personnes, et qu’ils purent connaître enfin par les témoignages les plus sûrs et les plus véridiques. Deux d’entre eux, saint Matthieu et saint Jean nous ont même laissé sur Lui, chacun dans un livre, ce qu’ils ont cru devoir consigner par écrit.

§ 2. Comme on aurait pu croire qu’il importait à la connaissance et à la prédication de l’Evangile, d’établir une différence entre les Évangélistes, et d’examiner s’ils étaient du nombre des disciples qui, durant les jours de l’apparition du Seigneur dans la chair, L’ont suivi et ont vécu à Son service, ou du nombre de ceux qui ont cru sur le rapport des premiers Apôtres après l’avoir recueilli fidèlement : la divine Providence a pourvu par l’Esprit-Saint à ce que quelques-uns des disciples de ces mêmes Apôtres reçussent non-seulement le pouvoir d’annoncer l’Évangile mais encore celui de l’écrire. Nous en comptons deux, saint Marc et saint Luc.
Pour les autres hommes qui ont essayé ou ont eu la présomption à écrire sur les actions du Seigneur Lui-même ou de ceux qu’Il avait réunis autour de Lui ; ils n’ont offert à aucune époque les conditions voulues pour que l’Église les considérât comme organes de la vérité et reçut leurs écrits dans le Canon des Livres Saints : non-seulement, du côté du caractère, ils ne donnaient pas les garanties qu’il fallait pour qu’on dût croire à leurs récits, mais de plus les récits eux-mêmes contenaient plusieurs choses opposées à la règle catholique et apostolique de la foi et condamnées par la saine doctrine.

Chapître 2 : Ordre et manière d’écrire des Evangélistes.

§ 3. Ces quatre Evangélistes, bien connus dans l’univers entier, dont le nombre mystérieux, égal aux quatre parties du monde, indique peut-être en quelque façon, que l’Église est répandue par toute la terre, ont écrit dans cet ordre, suivant le témoignage de la Tradition : d’abord saint Matthieu, puis saint Marc, ensuite saint Luc  et enfin saint Jean.
Ainsi l’ordre dans lequel ils ont connu et prêché l’Évangile n’est pas celui dans lequel ils l’ont écrit. Car pour la connaissance et la prédication de l’Évangile, les premiers, sans aucun doute, ont été les Apôtres, qui ont suivi le Seigneur durant les jours de Son apparition dans la chair, L’ont entendu parler, L’ont vu agir et ont reçu de Sa bouche la mission d’évangéliser le monde.
Quant aux écrits, par une disposition certaine de la Providence divine, les deux qui appartiennent au nombre des disciples que le Seigneur a choisis avant Sa passion, tiennent l’un la première place, c’est saint Matthieu, l’autre la dernière, c’est Saint Jean ; ils semblent ainsi soutenir et protéger de tout côté, ainsi que des enfants chéris et placés entre eux à ce titre, les deux évangélistes qui, sans être des leurs, ont suivi le Christ en les écoutant comme Ses organes.

§ 4. La Tradition nous apprend, comme un fait bien avéré, que saint Matthieu seul parmi ces quatre évangélistes a écrit en hébreu et que les autres ont écrit en grec. Bien que chacun d’eux paraisse avoir adopté dans sa narration une marche particulière, on ne voit pas que les derniers aient écrit sans savoir que d’autres l’eussent déjà fait, et ce n’est pas par ignorance que les uns omettent certains événements rapportés dans les livres des autres. Chacun a voulu concourir efficacement à une oeuvre divine, suivant l’inspiration qu’il avait reçue, sans s’aider inutilement du travail d’autrui.
En effet, saint Matthieu a envisagé l’Incarnation du côté de l’origine royale de Notre-Seigneur et n’a guère considéré dans, les actes et les paroles de Jésus-Christ que ce qui a rapport à la vie présente des hommes. Saint Marc, qui vient après lui, semble être son page et son abréviateur. Car il n’emprunte rien de ce qui est exclusivement propre au récit de saint Jean ; il ajoute très-peu de choses à ce que nous savons d’ailleurs ; il prend encore moins dans les faits que saint Luc est seul à rapporter; mais il reproduit presque tout ce que renferme le récit de saint Matthieu et souvent à peu-près dans les mêmes termes ; toujours d’accord avec cet Evangéliste, jamais en désaccord avec les deux autres. Pour saint Luc, on le voit surtout occupé de l’origine sacerdotale du Seigneur et de son rôle de pontife. Aussi bien, dans la généalogie qu’il trace de Jésus-Christ, pour remonter jusqu’à David il ne suit pas la ligne royale, mais par une autre quine compte pas de rois, il arrive à Nathan fils de David (1), lequel ne fut pas roi non plus. Ce n’est pas comme saint Matthieu (2), qui de David vient à Salomon, héritier de son trône, et descend jusqu’à Jésus-Christ, en prenant par ordre tous les rois de Juda qu’il réunit dans un nombre mystérieux dont nous parlerons plus loin.

(1) : Luc, III, 31.
(2) : Matt. I, 6.

in « Oeuvres Complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois en français »,
sous la direction de M. Raulx, tome V, Bar-Le-Duc, L. Guérins & Cie éditeurs, 1867

Sandro Botticelli - St Augustin dans son cabinet de travail - détail

Publié dans:Lectures & relectures, Nos amis les Saints |on 22 septembre, 2016 |1 Commentaire »
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