Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2018-14. Troisième pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay, les 11 et 12 mai 2018.

affiche pèlerinage Confrérie Royale le Puy 11 & 12 mai 2018

Fleur de Lys

Avis très importants :
Merci de les lire avec la plus grande attention

(cela évite ensuite de poser des questions inutiles !!!)

Le troisième pélerinage annuel de la Confrérie Royale au sanctuaire presque bimillénaire du Puy-en-Velaypour le Roi et la France, a lieu chaque année – ainsi que cela a été annoncé depuis plus d’une année (et il en sera ainsi tous les ans) - les vendredi et samedi qui suivent la fête de l’Ascension soit, en 2018, les vendredi 11 et samedi 12 mai.

A partir de ce jour, les inscriptions sont ouvertes :
Notez bien qu’elles seront closes le samedi 24 mars !

Avant de vous inscrire, vous êtes instamment priés de prendre connaissance des éléments suivants :

1) Le pèlerinage commence par la Messe d’ouverture, célébrée le vendredi 11 mai à 11 hdans la chapelle du grand séminaire, et il se clôt après le déjeuner du samedi 12 mai ;

2) Cela signifie qu’il est souhaitable, d’être arrivé et d’avoir procédé à son installation avant cela ;

3) Pour les personnes qui souhaitent loger au grand séminaire : à la demande de l’intendance du séminaire, c’est le secrétariat de la Confrérie Royale qui centralise toutes les inscriptions pour les chambres, ce qui représente pour nous un très gros travail en raison des points suivants :

  • - 3 a) Les personnes qui viennent de très loin peuvent voyager dans la journée du jeudi de l’Ascension 10 mai : elles sont assurées d’avoir la Sainte Messe de la fête de l’Ascension (célébrée selon le rite latin traditionnel évidemment) en fin d’après-midi.
  • - 3 b) Cela signifie donc qu’il est possible de loger au grand séminaire dès le jeudi soir 10 mai : en ce cas, bien le noter sur votre bulletin d’inscription pour que nous réservions la chambre qui vous sera destinée, et pour que, si vous le souhaitez, nous vous inscrivions aussi pour le repas du soir au séminaire ;
  • - 3 c) De la même manière, les personnes qui souhaitent repartir seulement le dimanche 13 mai, peuvent également demander que nous leur réservions la chambre pour la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai, ainsi que, si elles le souhaitent, le dîner du samedi 12 au soir : là encore, il faut bien lire le bulletin d’inscription et nous le signaler ;
  • - 3 d) Lors de votre inscription, merci de nous bien préciser le type de chambre choisie : chambre à un lit, à deux lits ou trois lits (et pour ces deux derniers cas préciser vos compagnons de chambre), avec WC et douche dans la chambre (ou pas), ainsi que si vous prenez la location de draps et de linge de toilette - pour connaître les catégories de chambre et leurs tarifs voir ici > tarifs 2018 ;
  • - 3 e) En fonction de tous ces critères, calculez vous-même s’il vous plaît le montant total de votre dû qui doit comprendre : le prix des trois repas du vendredi midi et soir, et du samedi midi (soit 36 euros), auquel vous ajouterez le prix des repas supplémentaires s’il y a lieu (12 € par repas), le prix de la chambre en fonction de la catégorie choisie, sans omettre les 0,40 € de taxe de séjour par personne et par nuit, multiplié par le nombre de nuitées : cela est un peu fastidieux, nous en avons conscience, mais cela nous facilitera grandement la tâche et nous vous en remercions!

4) Les pèlerins sont également invités – s’ils le peuvent – à prendre en charge les frais des ecclésiastiques qui participent au pèlerinage (repas et hébergement), ainsi qu’auxfrais d’organisation (en particulier pour l’utilisation de la chapelle et la location de la salle de conférence, en faisant un don, même minime, à cette intention (voir sur le bulletin).

5) De la même manière, les amis et sympathisants de la Confrérie Royale qui, pour des raisons diverses, ne peuvent être présents physiquement au pèlerinage, peuvent néanmoins aider à son organisation en effectuant un don : ils sont assurés d’avoir part aux fruits de la prière des pélerins présents auprès de Notre-Dame du Puy .

Tout ceci étant bien lu et assimilé, vous avez maintenant jusqu’au 24 mars, dernier délai, pour vous inscrire, ici Bulletin d’inscription

armoiries confrérie royale

2018-13. Du respect des grandeurs d’établissement.

Vous savez bien que, nous autres chats, sommes très attentifs à tout ce que font nos humains de compagnie et nous montrons toujours très vigilants dans l’observation de leur monde, de leurs manières de faire et de se comporter…
L’univers, principalement catholique et légitimiste, dans lequel la divine Providence m’a placé, s’il est relativement préservé n’en comporte pas moins ses fragilités et ses défaillances qui, pour la plupart du temps, sont dues aux influences de la décadence généralisée qui s’étale en ce siècle.
J’avais constaté en particulier, par des observations directes ou par les échos transmis par des personnes amies, combien certains légitimistes – dont l’attachement sincère et profond à la Légitimité ne peut être mis en doute – pouvaient parfois adopter un ton familier pour parler de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi de jure
Si je suis absolument ennemi de toute forme de « culte de la personnalité » – ce que la saine révérence due au Souverain légitime n’est pas -, comme aussi de toute forme de politesse qui ne serait qu’un vernis de surface sans authenticité, je le suis tout autant des familiarités. J’aime en particulier à rappeler que, avant la funeste révolution, un sujet respectueux ne désignait même jamais son Souverain par un pronom : il était considéré comme irrespectueux de dire « je l’ai vu » mais il convenait de dire « j’ai vu le Roi » ou « j’ai vu Sa Majesté ». Les saints eux-mêmes ne dérogeaint pas à ces usages, ils s’en montraient au contraire les observateurs d’autant plus scrupuleux qu’ils voyaient toute la profonde réalité spirituelle qui s’y rattache.
Nous nous entretenions de cela avec mon papa-moine, et nous en avons également conféré avec notre excellent ami le Révérend Père Jean-François Thomas, qui partage nos sentiments, et comme il excelle à écrire les choses avec autant d’acuité quant au fond que d’élévation quant à la forme, je lui ai demandé s’il consentait à rédiger un article sur ce sujet.
Qu’il soit chat-leureusement remercié d’avoir accédé à ma demande et de s’en être acquitté avec autant de maestria !

Patte de chat Lully.

Fleur de lys

Louis XIII avec la France et la Navarre - Simon Vouet 1624

Louis XIII en majesté accompagné des figures allégoriques de la France et de la Navarre
(Simon Vouet – 1624)

Fleur de lys

Du respect des grandeurs d’établissement

Une des nombreuses destructions révolutionnaires, – présente aussi dans la Constitution américaine dont les pères maçons partageaient les mêmes convictions que les esprits des Lumières -, est celle de la politesse et du respect qui régissent les relations harmonieuses entre les êtres appartenant à différents groupes dans une même société. La révolution française imposa le tutoiement généralisé et pas seulement l’abandon des titres et des privilèges. Elle toucha ainsi au cœur ce que la langue française possédait de plus subtil et de plus raffiné. Certes, cette crise de folie où désormais tout le monde s’apostrophait par des « citoyen » et des « citoyenne » s’apaisa avec la naissance du premier Empire et surtout l’avènement de la Restauration, mais les peuples de France en demeurèrent profondément marqués, à jamais.

La vague révolutionnaire de mai 1968 reprit les mêmes slogans, les « camarades » remplaçant les « citoyens ». Le désir de faire table rase de toute autorité naturelle ou d’établissement fut identique à celui qui anima les sans-culottes. Depuis cette époque, l’usage du tutoiement universel s’imposa de nouveau, dans toutes les couches sociales, y compris dans l’Eglise où le bas et le haut clergé découvrit soudain les vertus d’une familiarité égalitaire, symptôme de la crise d’autorité qui rongeait le corps tout entier.

Notre héritage est donc lourd et débilitant en ce domaine. Nous avons oublié depuis bien longtemps la sage distinction pascalienne entre grandeurs naturelles et grandeurs d’établissement qu’il serait bien utile de se remémorer :

« Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d’établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d’établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. Les dignités et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l’autre les roturiers, en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pour quoi cela? Parce qu’il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l’établissement: après l’établissement elle devient juste, parce qu’il est injuste de la troubler
Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu’elles consistent dans des qualités réelles et effectives de l’âme ou du corps, qui rendent l’une ou l’autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l’esprit, la vertu, la santé, la force.
Nous devons quelque chose à l’une et à l’autre de ces grandeurs; mais comme elles sont d’une nature différente, nous leur devons aussi différents respects.
Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C’est une sottise et une bassesse d’esprit que de leur refuser ces devoirs 
» (Deuxième Discours sur la condition des grands).

Refuser de reconnaître et de respecter les grandeurs d’établissement est donc se condamner à négliger les grandeurs naturelles qui peuvent être présentes en un même homme. Rayer de la carte le respect dû à l’autorité selon son rang est se précipiter dans le chaos et le désordre de relations humaines où tous nagent dans un identique marigot.

Pourquoi donc rappeler ce qui semble couler de source ? Tout simplement parce que nous sommes tous touchés par cette habitude de familiarité dévastatrice, y compris au sein des chapelles catholiques traditionalistes et des Français légitimistes. La goujaterie et le laisser-aller dans les moindres rapports humains sont aujourd’hui monnaie courante. L’enfance et la jeunesse, qui reçoivent peu d’éducation en ce domaine, ne sont pas les seuls à souffrir de cette maladie transmise par leurs parents et par leurs familles. Comment nous adressons-nous à nos aînés, à ceux qui sont revêtus de quelque autorité humaine ou divine ? Que transmettons-nous à ceux qui dépendent de notre exemple et de notre enseignement ? De quelle façon parlons-nous des personnes auxquelles nous avons des devoirs de reconnaissance de grandeurs d’établissement, indépendamment de leurs qualités et de leurs vertus personnelles ? Il est par exemple préférable de parler de tout pape régnant comme du « Saint Père » ou du « Souverain Pontife ». Cette marque de respect n’est point lâcheté ou refus de reconnaître les limites humaines de tel ou tel de ces successeurs de Pierre. Elle permet au contraire, dans un second temps, de réfléchir calmement, sans passion et sans vulgarité, à ce qui mérite analyse ou désaccord.

En ce qui regarde notre manière de parler, en privé ou en public, du Prince légitime dont la république a confisqué le trône, le bilan n’est pas plus glorieux. Pourtant son nom est prononcé par le prêtre dans le Canon de la messe, au sein du silence sacré, après celui du Pape régnant et de l’évêque du lieu. Il est le roi que Dieu nous donne, et cette mission dépasse ses péchés personnels et ses manquements. Ce choix divin mérite respect, en toute occasion, et ne permet aucune familiarité, fût-elle enturbannée du prétexte d’un attachement affectueux. Le Roi n’est appelé par son prénom que dans la liturgie de l’Eglise car tous les baptisés sont égaux dans le cœur de Dieu et qu’elle parle alors au nom du Christ, comme le Christ lui-même s’adressant à ses apôtres par leurs prénoms.
Nous n’avons aucun droit, sous le couvert d’une amitié, d’une proximité, d’une affection, de déroger à ce principe régulant les grandeurs d’établissement.
Parler de « Louis », à plus forte raison de « Loulou », en public ou même dans un cercle restreint, est non seulement de très mauvais goût mais reflète à quel point l’influence de la révolution, qui avait fait du Roi un « Capet », a miné notre bon sens, notre respect des grandeurs et de l’autorité.

La paysannerie française du XVIII° siècle, – usage qui s’est poursuivi d’ailleurs très longtemps dans nos campagnes -, possédait une politesse royale lorsqu’il s’agissait de montrer le respect entre les générations : non seulement les enfants vouvoyaient leurs parents, mais les parents vouvoyaient leurs enfants. Cette noble distance permettait aux plus pauvres de garder la dignité dont ils étaient revêtus comme d’autres Christ.
Les apôtres n’appelèrent jamais Notre Seigneur par son nom, mais toujours par des titres révélant son autorité hors du commun. Dans les humbles tâches partagées par le Christ avec ses disciples, comme lorsqu’ils remontaient les filets ensemble, le Maître demeurait tel et la crainte respectueuse habitait ces futurs pêcheurs d’hommes.

Notre Roi terrestre, même s’il n’est pas couronné et ne siège pas sur son trône, mérite le respect qui lui est dû car il a été choisi par Dieu lui-même. Seul Dieu et son Eglise s’adressent à lui en l’appelant Louis. Puissions-nous retrouver, dans toute sa simplicité et sa pureté, cette politesse française exquise et mesurée qui fit la réputation de notre royaume pendant plusieurs siècles. Elle est un signe, certes très terrestre mais inspiré par le Ciel, de notre attachement à l’autorité de Dieu.

Père Jean-François Thomas s.j.
II° dimanche de Carême
25 février 2018

Fleur de lys

2018-12. Du Saint Mors de Constantin que l’on vénère en la cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras.

Vendredi de la 1ère semaine de Carême,
Quatre-Temps de printemps,
Fête des Saints Clous et de la Sainte Lance de Notre-Seigneur.

Fleur de Lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les fêtes anciennes qui n’appartiennent pas au calendrier romain universel mais au calendrier propre de certains diocèses et congrégations, se trouve, assignée au vendredi de la première semaine de carême, la fête en l’honneur des Saints Clous et de la Sainte Lance qui transpercèrent le Corps de Notre-Seigneur en Sa douloureuse Passion.
C’est la raison pour laquelle j’ai résolu aujourd’hui de vous « emmener » jusqu’à Carpentras, capitale du Comtat Venaissin, cité jadis prestigieuse dans la cathédrale de laquelle on vénère depuis le XIIIème siècle l’un des Saints Clous de la Passion connu sous le nom de « Saint Mors de Carpentras » ou, mieux encore, « Saint Mors de Constantin ».

Carpentras les toits de la ville et le clocher de la cathédrale

Carpentras :
- Le clocher de la cathédrale Saint-Siffrein dominant les toits de la vieille ville ;
- Et les armoiries de la cité : « de gueules, au Saint Mors d’Argent ».

Sainte Hélène, impératrice mère de Saint Constantin 1er le Grand, avait retrouvé à Jérusalem, on le sait, le bois de la Sainte Croix et plusieurs autres instruments de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Selon la leçon du bréviaire pour la fête de l’Invention de la Sainte Croix (3 mai), elle apporta à son fils les Clous qui avaient servi à fixer notre divin Rédempteur au bois de Son supplice : « Clavos etiam attulit filio ».
Avec l’un d’entre eux, elle fit réaliser une lame circulaire qui fut enchâssée dans la couronne impériale, et avec un deuxième elle fit fabriquer un mors pour le cheval de bataille de Constantin. Saint Ambroise lui-même l’atteste dans l’oraison funèbre de l’empereur Saint Théodose : « De uno clavo frœnos fieri praecipit, de altero diadema intexuit (…) utroque usus est Constantinus : De l’un des Clous elle ordonna de faire un mors de cheval ; elle en enchâssa un autre dans un diadème (…) Constantin se servit de l’un et de l’autre » (St Ambroise, « De obitu Theodosii oratio » 47).

Saint Ambroise, dans le même texte, à l’encontre de ceux qui trouveraient cette manière de procéder étrange ou qui se scandaliseraient de cette transformation des Clous sacrés de la Passion, loin d’en blâmer la sainte impératrice, l’exalte au contraire comme obéissant à une inspiration céleste et comme « visitée de Dieu pour relever les rois et pour les instruire : elle place la Croix sur leur front pour qu’elle y soit adorée, la Croix dans leurs mains pour qu’elle les dirige ; la couronne est faite de la Croix, afin que la foi resplendisse ; le frein (mors) est fait de la Croix, afin que la vraie puissance gouverne ; un Clou de Jésus-Christ sur le front, où est l’intelligence, un autre Clou de Jésus-Christ dans les mains, où est le commandement. (…) Les rois abusaient de leur indépendance pour courir au vice, ils s’y précipitaient comme des êtres sans raison ; voici la Croix du Seigneur qui les domptera et qui les relèvera de leurs chutes. (…) Cette transformation des Clous de Jésus-Christ n’est donc pas de l’insolence, elle est un acte de piété : non insolentia ista, sed pietas est ! » (St Ambroise, ibid. 47, 48, 51).

Le Saint Mors de Constantin - Carpentras

Carpentras, cathédrale Saint-Siffrein : le Saint Mors de Constantin.

Il est très probable que les successeurs de Saint Constantin n’utilisèrent plus le Saint Mors pour diriger leurs impériales montures mais qu’ils le conservèrent dans la chapelle palatine avec les autres précieuses reliques qui s’y trouvaient rassemblées.

Quoique rares, les autres citations antiques qui en parlent sont néanmoins remarquables.
Ainsi le pape Vigile (élu le 29 mars 537, mort le 7 juin 555), lors du deuxième concile de Constantinople (553) prête-t-il serment en présence du Saint Mors : « Et juravit Beatissimus Papa Vigilius (…) per virtutem sanctorum Clavorum ex quibus crucifixus est Dominus Deus noster, et per sancta quatuor Evangelia, ita per istam virtutem sancti Frœni : Et le Bienheureux Pape Vigile jura (…) par la vertu des saints Clous avec lesquels fut crucifié le Seigneur notre Dieu, et par les quatre saints Evangiles, de même par la vertu spéciale du saint Mors » (Act. conc. quint. – Baluze T.1).
Un autre témoignage se trouve chez Saint Grégoire de Tours (538-594) qui rapporte comment l’empereur Justin II le jeune (vers 520-578) fut délivré d’une obsession diabolique par l’imposition du Saint Mors : « Cum tertia die Frœnum capiti collocasset, locum insidiandi inimicus ultra non habuit : quand le troisième jour il eût placé le Mors sur sa tête, l’ennemi ne trouva plus moyen de le surprendre » (St Greg. de Tours, « De gloria martyrum », liv.1 chap.6).
La mention suivante ne paraît pas avant le XIIème siècle où un chroniqueur scandinave anonyme énumère, parmi les reliques vénérées à Constantinople, « le Mors du roi Constantin ».

C’est lors de l’odieux sac de Constantinople perpétré par les croisés en 1204 que le Saint Mors disparaît de la capitale impériale.
On ne possède aucun détail sur les circonstances du larcin ni sur son auteur. Tout ce que l’on sait, c’est que le Saint Mors réapparaît vingt-deux ans plus tard dans la capitale du Comtat Venaissin, puisque en 1226 il figure sur le sceau de l’évêque Isnard.
A partir de 1260, il devient l’emblème de la ville dont les armes sont désormais : « de gueules, au Saint Mors d’argent »
.

Peut-être des documents attestant de l’authenticité du Saint Mors et racontant de quelle manière il avait été apporté à Carpentras existaient-ils dans les archives de l’évêché ou de la cathédrale, mais celles-ci furent en bonne partie détruites en 1314 dans l’incendie qui fut allumé lors de l’attaque du conclave qui suivit la mort de Clément V (nota : de ce fait le conclave, qui avait débuté le 1er mai 1314 à Carpentras, fut interrompu le 24 juillet de cette même année et ne se réunit à nouveau qu’au début du mois de mars 1316, à Lyon, et aboutit à l’élection laborieuse de Jean XXII le 7 août 1316 : l’Eglise était restée sans pape pendant deux ans et un peu plus de trois mois !).

Reliquaire du Saint Mors de Constantin

Le reliquaire du Saint Mors de Constantin dans son tabernacle
(Carpentras – cathédrale Saint Siffrein)

Le Saint Mors pèse 350 grammes. C’est, écrit Rohault de Fleury, « un véritable mors de cheval, semblable à ceux dont les Romains avaient coutume de se servir. (…) La partie intérieure, que les éperonniers appelent canon ou embouchure, est longue de 17 centimètres. Le mors est entier : c’est un filet en deux parties qui se pénètrent en formant une espèce de charnière ; l’une des boucles est entièrement soudée, l’autre est fermée à chaud et non soudée ; au canon sont attachées deux branches qui ont chancune 160 millimètres de long et 11 millimètres de diamètre. On remarque à chaque extrémité un fourreau en argent doré de 50 millimètres de long ; à l’extrémité de l’embouchure, c’est-à-dire vers le milieu des branches, pendent deux anneaux assez longs et de deux grandeurs différentes. La forge de cette pièce est difficile par son ajustement avec l’appendice des branches ; elle est soignée et apparente. On ne voit pas de trace de lime » (Rohault de Fleury, in « Mémoire sur les instruments de la Passion »).
Tous les historiens qui ont examiné le Saint Mors de près s’accordent pour affirmer qu’il s’agit bien d’un mors byzantin réalisé au IVème siècle.

Le reliquaire médiéval dans lequel il était conservé jusqu’à la révolution était en vermeil : il a – évidemment ! (c’est presque un pléonasme que de le dire) – été détruit par les patriotes qui faisaient main basse sur les métaux précieux en même temps qu’ils s’acharnaient à profaner tout ce qu’il y avait de plus saint dans tout le Royaume.
Fort heureusement, le Saint Mors lui-même échappa à la destruction ou au vol, et fut simplement déposé à la bibliothèque de la ville, où il demeura à titre de « curiosité » jusqu’à la fin de la tourmente.

Le reliquaire actuel, de style néo-byzantin en bronze doré, a été réalisé en 1872 par l’orfèvre lyonnais Thomas Joseph Armand-Calliat.
Sur un pied circulaire, orné de quatre chevaux, est érigée une tige cylindrique munie d’un nœud, comme les calices ou les ostensoirs. Sur ce nœud sont fixés quatre médaillons en émail champlevé représentant les principaux épisodes de l’histoire de la relique.
La custode dans laquelle est enfermé le Saint Mors est tapissée d’un fond damassé, blanc nacré et rouge, constellé de petits clous d’or. Elle est entourée de rinceaux entrelacés dans lesquels sont représentés quatre chérubins aux six ailes émaillées.
Le bord de la custode déroule, en lettres d’or sur un fond d’émail noir, une citation du prophète Zacharie : « In die illa erit, quod super Frœnum equi sanctum Domino omnipotenti : en ce jour-là, le Mors du cheval sera consacré au Seigneur tout-puissant » (Zach. XIV, 20).
Sur le pied est inscrite la citation de Saint Ambroise que nous avons déjà raportée au commencement de cette notice : « De uno clavo frœnos fieri prœcepit, de altero diadema intexuit ; utroque usus est Constantinus ».

autel du Saint Mors

Autel du Saint Mors
(Carpentras – cathédrale Saint Siffrein)

Je n’ai pas trouvé de prière particulière en l’honneur du Saint Mors, sinon ces versets et cette oraison liturgiques que le clergé de la cathédrale Saint-Siffrein rajoutait à l’office des laudes et des vêpres  pour célébrer la commémoraison de l’insigne relique :

Verset et oraison pour la commémoraison du Saint Clou

Pour nous, en sus, nous nous inspirerons des splendides paroles de Saint Ambroise pour supplier le Roi des rois à l’intention de Son lieutenant au Royaume des Lys :

O Dieu, dont la Providence a permis que le Saint Mors du premier empereur chrétien, Saint Constantin le Grand, forgé à partir de l’un des Clous sacrés par lesquels Vous fûtes attaché à la Croix, soit recueilli en ce Comtat qui est aujourd’hui terre de France, nous Vous prions de regarder avec miséricorde le Royaume des Lys égaré loin de Vous : daignez Vous souvenir de toutes les grâces, faveurs et promesses que Vous avez accordées à ses peuples, et, par les mérites de Votre bienheureuse Passion dont nous vénérons avec ferveur ici-bas les précieuses reliques, par l’intercession de Notre-Dame, Votre Mère très sainte debout au pied de la Croix, et à la prière de tous les saints de France, ramenez ce Royaume dans les voies de la conversion, de la pénitence et de la fidélité à Vos desseins ; rendez-lui son Souverain légitime, et donnez-lui de marcher dignement sous l’étendard sacré de la Croix.
Que Votre sainte Croix soit sur son front pour y être adorée ; que Votre sainte Croix soit dans ses mains pour les diriger ; que sa couronne soit faite de la Croix, afin que la foi resplendisse ; que son pouvoir découle de la Croix, afin que la vraie puissance gouverne ; afin qu’à sa suite, les peuples de France, soumis à Vous dans leur intelligence comme dans leurs actes, vivent dans le rayonnement de paix et d’amour de Votre divin Coeur !

Ainsi soit-il.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Reliquaire du Saint Mors - la custode

Fleur de Lys

2018-9. Des Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie et du scapulaire noir de Notre-Dame des Sept Douleurs.

12 février,
Fête des Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie.

Monogramme des Servites

Monogramme des Servites de Marie

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous ne serez sans doute pas étonnés si je vous dit que les Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie sont au nombre de nos saints de prédilection au Mesnil-Marie.
Parce que d’une part leur dévotion est peu répandue en France et que d’autre part l’Ordre des Servites est y également assez peu connu, je me propose aujourd’hui de vous en parler un peu.

- Qui étaient ils ?

Bonfilio [Bonfils] dei Monaldi (né probablement en 1198), Giovanni [Jean] di Buonagiunta (né en 1206), Benedetto [Benoît] – dit Manetto – dell’ Antella (né en 1203), Bartolomeo [Barthélémy] – dit Amadeo – degli Amidei (né en 1204), Ricovero [Ricover] – dit Uguccio [Hugues] – dei Lipi-Uguccioni (né en 1204),  Ghirardino [Girardin] – dit Sostène – Sostegni (né en 1205) et Alessio [Alexis] Falconieri (né en 1200) appartenaient aux meilleures familles de l’opulente cité commerçante de Florence, en Toscane :  en 1233, ils étaient tous âgés de 30 à 35 ans.

Pour avoir de bons repères chronologiques, il faut se souvenir qu’en 1233, nous sommes seulement la septième année après la mort de Saint François d’Assise (+ 3 octobre 1226).  C’est une période particulièrement riche et intense dans le domaine de la spiritualité et de la quête de Dieu, en cette période que l’on a appelée « l’Italie des communes » : de très nombreux laïcs des deux sexes, aspirent à une vie fervente et pénitente sans pour autant entrer dans les ordres monastiques traditionnels dont les grandes abbayes étendent leurs vastes domaines à l’extérieur des cités, tout en exerçant de véritables droits féodaux. C’est ce qui explique le succès des fondations de Saint François d’Assise et de Saint Dominique de Guznam et des Tiers-Ordres pour les fidèles laïcs rattachés à ces deux familles religieuses ; c’est ce qui explique également le souci de réforme des Ordres anciens qui se fait alors jour ; c’est ce qui explique aussi la multiplication des mouvements spirituels pénitents, sous forme de confréries ou de petites fraternités (avec de graves dérives parfois).

Florence vers 1493

Florence : représentation ancienne
(à l’époque où vécurent les Sept Saints Fondateurs, la coupole de la cathédrale n’existait évidemment pas)

- Leur vocation :

Le 15 août 1233 donc, ces sept très fervents laïcs participaient à une pieuse réunion de la confrérie mariale à laquelle ils appartenaient, lorsque la Sainte Mère de Dieu leur apparut à chacun séparément leur demandant, comme le dit la quatrième leçon du brévaire pour la fête de ce jour, « d’embrasser un genre de vie plus saint et plus parfait ».
La biographie rédigée à partir des documents anciens lors de leur canonisation, en 1888 [« Histoire des Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie » par le Père Sostène-Marie Ledoux – éd. Delhomme et Briguet, 1888], met dans la bouche de Notre-Dame les paroles suivantes :
« Quittez le monde, retirez-vous ensemble dans la solitude, afin d’y combattre contre vous-mêmes et d’y vivre entièrement pour Dieu. Vous jouirez ainsi de consolations toutes célestes. Ma protection et mon assistance ne vous manqueront jamais ».

Ils se rendirent compte qu’ils étaient sept à avoir bénéficié de cette même grâce et de ce même appel, et ayant demandé conseil à l’archevêque de Florence, le 8 septembre suivant, en la fête de la Nativité de Notre-Dame,  « afin de débuter dans une vie plus sainte au jour même où la Mère de Dieu avait commencé sa vie très sainte parmi les mortels » (bréviaire – 4ème leçon de matines), ayant renoncé à leur rang et à leurs richesses et portant un rude cilice sous des habits de pauvres, ils commencèrent à mener la vie commune dans une humble masure accolée à un oratoire hors des murs de la ville.
« Dieu montra par un miracle combien cette résolution, Lui était agréable. Peu de temps après, comme ces sept hommes parcouraient la ville de Florence, en demandant l’aumône aux portes des maisons, il arriva tout à coup qu’ils furent acclamés Serviteurs de la bienheureuse Vierge Marie par la voix de petits enfants, et entre autres de Saint Philippe Beniti à peine âgé de quatre mois. Ce nom leur fut désormais toujours conservé » (bréviaire – 5ème leçon de matines)..

Il faut apporter ici une précision lexicale : en français, on parle des Servites de Marie, et on rapproche bien sûr le mot « servite » de celui de « serviteur ». En français, un « serviteur » est une personne qui est « au service » d’une autre, d’où le sens habituel de domestique, d’employé de maison. Même s’il se trouve dans un emploi subalterne, un « serviteur » demeure une personne qui jouit pleinement de ses droits civiques, qui est salariée mais juridiquement libre au regard de la loi.
En italien, comme en latin, on emploie le mot « servi ». Or « servi » est le pluriel de « servus » qui exprime en fait bien autre chose que notre moderne idée de « service ». Un « servus », en latin classique, c’est un esclave. Aussi pour bien comprendre en vérité le nom qui fut attribué miraculeusement à nos sept Florentins par les petits enfants il faut avoir bien présente à l’esprit cette notion d’esclavage : un « servus » ne s’appartient pas à lui-même, il est la propriété d’une autre personne qui a tous les droits sur lui. Les Servites de Marie sont les esclaves de la Sainte Mère de Dieu : ils ont abdiqué leur liberté entre ses mains, ils lui appartiennent en totalité, ils sont dans son entière dépendance, ils sont ses esclaves. Si l’on voulait rendre exactement en français tout ce que contient le mot – latin ou italien – « servi », il faudrait plutôt le traduire par « serf ». L’idée du « saint esclavage de Marie » n’est donc pas une notion inventée de toutes pièces par Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

C’est très probablement dès le début de leur vie commune aux portes de Florence que les Sept Saints Fondateurs adoptèrent la pratique de la récitation du chapelet des Sept Douleurs (voir > ici).
C’est là aussi qu’ils adoptèrent un règlement de vie commune et qu’ils décidèrent d’être des mendiants, dépendant totalement des aumônes et dons suscités par la divine Providence dans le coeur de charitables fidèles.

Sept Saints Fondateurs des Servites

Les Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites de Marie
recevant de la Très Sainte Vierge l’habit noir et le scapulaire noir en l’honneur de ses Sept Douleurs.

- La fondation de l’Ordre des Servites :

La cinquième leçon du bréviaire continue : « Voulant éviter le concours du peuple et pressés par l’amour de la solitude, ils se retirèrent tous au mont Sénar. Ils y commencèrent un genre de vie vraiment céleste. Habitant des cavernes, vivant d’eau et d’herbes sauvages, ils mortifiaient leur corps par des veilles et d’autres austérités. La passion du Christ et les douleurs de sa Mère affligée étaient l’objet de leurs continuelles méditations. Comme ils s’y livraient avec plus d’ardeur un jour de Vendredi Saint, la bienheureuse Vierge elle-même leur apparut à deux reprises, leur montrant l’habit sombre qu’ils devaient revêtir, et leur fit connaître qu’elle aurait pour très agréable qu’ils établissent dans l’Église un nouvel Ordre religieux, destiné à garder perpétuellement et à propager parmi les peuples la dévotion aux douleurs qu’elle a souffertes pour nous au pied de la croix du Seigneur… »

Le Mont Sénar – en italien Monte Senario – est une élévation qui se trouve à 4 lieues au nord de Florence et culmine à quelque 818 mètres.
C’était un endroit paisible et boisé relativement difficile d’accès, ce qui en faisait un lieu propice à la solitude et à une vie de recueillement, et il appartenait en partie à la mense épiscopale de Florence.
Nos sept pieux Florentins, dont la vie fervente et mortifiée aux portes de la cité attirait de plus en plus de visiteurs désireux de les interroger et de s’entretenir de spiritualité avec eux, aspirèrent rapidement à une plus grande solitude. S’ils ne possédaient rien, ils étaient toutefois les protégés de l’archevêque. Rien d’étonnant dès lors à ce que la Madone leur désignât elle-même ce mont pour qu’ils en fassent leur thébaïde et que le pieux archevêque ne s’empressât d’acquiescer à ce qu’ils s’y retirassent. C’était à la fin du mois de mai 1234.
Ils bâtirent une chapelle (un prêtre s’était adjoint à eux en qualité de chapelain) et aménagèrent pour eux-mêmes les grottes et cavités naturelles qui se trouvaient aux alentours : leur vie dès lors s’équilibra entre les offices en commun et les moments de prière et de travail en solitaires. A tour de rôle, ils allaient quêter dans les villages voisins.
Peu à peu, des jeunes gens vinrent les trouver et leur demandèrent de s’associer à leur vie si édifiante.

L’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu authentifiée par l’Eglise et rappelée dans la cinquième leçon du bréviaire citée plus haut eut lieu le Vendredi Saint  13 avril 1240. Ils virent, au milieu d’une nuée d’anges dont certains portaient les instruments de la Passion, la Vierge Marie resplendissante qui portait en ses mains des vêtements de couleur noire. Tout près d’elle, un ange tenait un livre dans une main et une palme d’or dans l’autre. Elle leur adressa ces paroles :
« (…) Voyez le genre de vêtements dont je veux que vous soyez revêtus : ils indiquent par leur couleur sombre les douleurs que j’ai ressenties en ce jour par suite de la mort de mon Fils unique. Vous avez dédaigné les vêtements aux couleurs variées usités dans le monde ; aussi il vous sera désormais facile de porter ceux-ci, qui rappelleront extérieurement les douleurs que j’ai endurées dans mon cœur. Recevez également cette Règle d’Augustin, afin qu’ornés du titre d’or de mes Serviteurs, vous obteniez cette palme de la vie éternelle ».

L’archevêque de Florence, lui-même averti par une communication de la Mère de Dieu, fut heureux de présider lui-même à la cérémonie de vêture au cours de laquelle ils prirent le saint habit confectionné sur le modèle que leur avait montré la Bienheureuse Vierge, puis, après le temps du noviciat de recevoir leurs vœux de religion.

couvent et basilique du Monte Senario

Couvent et basilique du Monte Senario (état actuel)
lieu où se retirèrent les Sept Saints Fondateurs et où la Madone leur remit le scapulaire noir en l’honneur de ses Sept Douleurs

- Développement et approbation de l’Ordre – mort et canonisation des Sept Saints Fondateurs :

« Ces bienheureux Pères, auxquels de nombreux compagnons vinrent bientôt s’adjoindre, commencèrent alors à parcourir les villes et les bourgades de l’Italie, principalement celles de l’Étrurie ; ils prêchèrent partout Jésus crucifié, apaisant les discordes civiles et rappelant au sentier de la vertu une multitude presque infinie de pauvres égarés. La France, l’Allemagne et la Pologne, aussi bien que l’Italie, eurent part à leurs travaux évangéliques. Enfin, après avoir répandu au loin la bonne odeur du Christ et s’être rendus illustres par des miracles, ils quittèrent cette terre pour s’en aller au Seigneur. Comme la religion et la vraie fraternité les avaient réunis dans un seul et même amour pendant leur vie, ainsi, après leur mort, furent-ils ensevelis dans le même tombeau et entourés de la même vénération parmi les peuples.
Les souverains Pontifes Clément XI et Benoît XIII confirmèrent de leur autorité suprême le culte qui leur était constamment rendu depuis plusieurs siècles. Léon XIII ayant approuvé les miracles que Dieu avait opérés par leur intercession, après que, déclarés Vénérables, il eut été permis de les invoquer en commun, les inscrivit au catalogue des Saints dans la cinquantième année de son sacerdoce et régla qu’à l’avenir, un Office et une Messe seraient célébrés chaque année en leur honneur dans l’Église universelle »
(bréviaire – sixième leçon de matines).

Je n’entrerai pas dans les détails des développements de l’Ordre, ni des péripéties et controverses qui agitèrent l’Eglise à cette époque et suscitèrent quelques difficultés pour sa reconnaissance définitive par le Saint Siège comme Ordre mendiant de droit pontifical. Je n’entrerai pas davantage dans les détails de la vie et de la mort des Sept Saints Fondateurs : six d’entre eux furent ordonnés prêtres, mais Saint Alexis Falconieri, par humilité, refusa d’être élevé au sacerdoce et voulut s’attacher aux plus humbles tâches pour le service de ses frères. En revanche il survécut longuement à ses six compagnons puisqu’il s’éteignit le 17 février 1310 à l’âge de 110 ans !
Il fut le directeur spirituel de sa petite nièce, Sainte Julienne Falconieri (1270-1341), fondatrice des Soeurs Servites de Marie.

Basilique du Monte Senario - châsse des Sept Saints Fondateurs

Basilique du Monte Senario :
en arrière de l’autel majeur, sous le ciborium, la châsse qui renferme les corps des Sept Saints Fondateurs

- Le scapulaire noir des Sept Douleurs de Notre-Dame :

Le scapulaire noir des Sept Douleurs de Notre-Dame, est un scapulaire approuvé par l’Eglise qui y a attaché des grâces spirituelles et des indulgences.
Comme tous les scapulaires, il se compose de deux rectangles de laine noire reliés entre eux par des cordons. Bien qu’elles ne soient pas nécessaires, sur ces rectangles d’étoffe sont souvent cousues des représentations pieuses de la Piéta ou du Coeur de Marie transpercé de sept glaives.
Ce scapulaire noir est la « réduction » du grand scapulaire des religieux tel qu’il fut donné par la Mère de Dieu elle-même aux Sept Saints Fondateurs de l’Ordre des Servites le Vendredi Saint 13 avril 1240.
Originellement, le scapulaire noir des Sept Douleurs était donné aux membres des confréries de la Vierge des Douleurs et du Tiers Ordre des Servites de Marie comme signe de leur lien avec l’Ordre. Les personnes qui le portent doivent s’engager à réciter quotidiennement au moins sept Pater noster et sept Ave Maria en l’honneur des Sept Douleurs de Notre-Dame et à les honorer par une vie chrétienne exemplaire, la pratique de la pénitence et la méditation assidue des souffrances de Marie.
Autrefois, seuls les Servites étaient habilités à les bénir et à les imposer, mais à l’heure actuelle le code de droit canonique en vigueur autorise tout prêtre à administrer tous les sacramentaux dont les scapulaires font partie.

Il ne faut pas confondre le scapulaire noir des Sept Douleurs de Notre-Dame avec le scapulaire noir de la Passion dont l’origine se trouve dans la congrégation des Passionistes.

Sept Saints Fondateurs - détail

«Voyez le genre de vêtements dont je veux que vous soyez revêtus :
ils indiquent par leur couleur sombre les douleurs que j’ai ressenties en ce jour par suite de la mort de mon Fils unique.»

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2018-8. Edit de Saint-Germain par lequel Sa Majesté le Roi Louis XIII a publié et ordonné la consécration du Royaume de France à la Très Sainte Vierge Marie sous le vocable de son Assomption.

- 10 février 1638 -

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En l’an 1636, la Très Sainte Vierge Marie fit savoir à la Révérende Mère Anne-Marie de Jésus Crucifié (de Goulaine), religieuse stigmatisée que Monsieur le Cardinal de Richelieu tenait en très haute estime, qu’elle désirait que la France lui soit solennellement consacrée par le Roi. L’année suivante, Sa Majesté le Roi Louis XIII, « dans le secret de son coeur », consacra sa personne et son Royaume à Notre-Dame. Dans le même temps, par tout le Royaume, montaient vers le Ciel d’ardentes prières pour qu’un Dauphin fût donné à la France. Leurs Majestés elles-mêmes, multipliaient les prières, les pèlerinages et les pieuses donations afin d’obtenir un héritier, attendu depuis vingt-deux années.
La Sainte Mère de Dieu répondit en apparaîssant à un religieux augustin du couvent de Notre-Dame des Victoires, dnt l’église venait d’être fondée depuis peu par le Roi, en action de grâces pour la victoire sur les protestants. La Très Sainte Vierge Marie demandait en particulier trois neuvaines réalisées successivement en son sanctuaire de Cotignac en Provence, à Notre-Dame de Paris et dans l’église Notre-Dame des Victoires.
Ces faits mystiques furent portés à la connaissance de Sa Majesté la Reine Anne. Le religieux, frère Fiacre de Sainte-Marguerite, acheva les trois neuvaines demandées par la Madone le 5 décembre 1637 et c’est très exactement neuf mois après jour pour jour, le 5 septembre 1638, que naquit le Dauphin Louis Dieudonné, futur Louis XIV (cf. > ici).
Dès que la Reine fut certaine de sa grossesse, et sans attendre la naissance pour savoir si l’enfant royal serait garçon ou fille, Sa Majesté le Roi Louis XIII publia, le 10 février 1638, cet Edit de Saint-Germain, acte officiel par le moyen duquel il fait connaître au Royaume de France la consécration qu’il fait de sa personne, de sa couronne et de tout son Royaume à Notre-Dame et promulgue la manière dont cette consacration devra être solennellement renouvelée chaque année à la date du 15 août.

Louis XIII offrant sa couronne à Notre-Dame - Nicolas Coustou

Louis XIII offrant sa couronne à Notre-Dame
(oeuvre de Nicolas Coustou – détail du monument du Vœu de Louis XIII à Notre-Dame de Paris)

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Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre,
à tous ceux qui ces présentes lettres verront,
salut.

Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’Il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d’effets merveilleux de Sa bonté que d’accidents qui nous menaçaient.
Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins.
En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, Il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, Il S’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé Ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.
Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, iI a donné des succès si heureux à nos armes qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, Il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme Sa Providence a fondé cet Etat, Sa bonté le conserve, et Sa puissance le défend.
Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de Sa Majesté divine que nous adorons en trois Personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée Croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par Son Fils rabaissé jusqu’à nous et à ce Fils par Sa mère élevée jusqu’à Lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de Le porter, les rendront hosties agréables, et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire.
Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre [note].

Nous admonestons le sieur archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la Grand’ Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales plus solennelles.
Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu’à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents.
Et d’autant qu’il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.

signature de Louis XIII

Armes de France & Navarre

[note] Louis XIII mourut sans avoir pu réaliser ce dessein mais Louis XIV se chargea d’acquitter le monument prévu par le vœu de son père. La décoration du chœur de Notre-Dame, entreprise par le Grand Roi, ne fut achevée qu’en 1714 : la Très Sainte Vierge Marie y est représentée assise au pied de la croix, tenant le Christ mort sur ses genoux ; du côté de l’épître Louis XIII, et du côté de l’Evangile Louis XIV – puisqu’il voulut se réunir à son père dans cet acte solennel – offrent leur couronne à la Vierge. Malgré les saccages et pillages des révolutions et troubles politiques de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, et malgré le démantèlement du maître-autel de la cathédrale lors de la réforme liturgique postérieure au second concile du Vatican, ces œuvres sont encore à leur place dans le fond du sanctuaire de Notre-Dame de Paris, ainsi qu’on peut le voir ci-dessous.

Voir aussi dans les pages de ce blogue :
- Manière d’accomplir la procession du Vœu de Louis XIII > ici
- Décret de Pie XI proclamant ND de l’Assomption patronne principale de la France > ici

P1080750 France, Paris, «le voeu de Louis XIII» dans le fond du choeur de la cathédrale Notre-Dame; Louis XIII et Louis XIV entourent la Vierge de pitié «Pieta»

Monument du Vœu de Louis XIII (cathédrale Notre-Dame de Paris)

« Venez à mon aide par les mérites de votre chaste Purification ! »

Prière
à la

Sainte Mère de Dieu
au
saint jour de sa Purification

(attribuée à Saint Anselme)

église st Joseph de Chambérat (Bourbonnais)

La Purification de Notre-Dame et la présentation de Jésus au Temple
(vitrail de l’église Saint-Joseph, à Chambérat dans le bocage bourbonnais)

frise avec lys naturel

« Venez à mon aide par les mérites de votre chaste Purification ! »

O Vierge très sublime, par les mérites de votre sainte Purification donnez-moi la force contre vos ennemis.

Vous êtes très sainte, ô Vierge, toute pure de corps, toute belle dans votre vie. Votre coeur et votre bouche n’ont jamais été souillés ; vous êtes belle infiniment, pure infiniment, Vierge toute chaste de corps et d’esprit.

Vous qui ne deviez rien à la loi, vous avez pourtant voulu, pour donner un exemple d’humilité, remplir le devoir prescrit à toutes les mères. Vous avez porté au Temple, pour être purifié avec vous, ô chaste Mère, Celui qui connaît nos péchés. Rien n’existe en effet qui ne soit ouvert et nu devant Lui ; c’est Lui qui nous purifie de nos péchés cachés, si nous les confessons et si nous faisons pénitence chaque jour ; c’est Lui qui préserve Ses serviteurs du péché d’orgueil, s’ils se mortifient.
Vous avez porté au Temple, pour être purifié avec vous, Celui dont le Sang répandu sur la Croix de Sa Passion, nous a lavés de la tache originelle et qui nous purifie tous les jours sur l’autel de la Croix, par les saints mystères, des péchés que nous regrettons et que nous avons confessés.
Vous avez porté au Temple, pour être purifié avec vous, Celui qui est devenu pour nous le grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech ; qui compatit sans fin à notre faiblesse et ne cesse d’avoir pitié de nous ; qui nous réconcilie, comme un prêtre fidèle, avec Dieu le Père, acquittant les péchés du peuple par l’offrande que Lui, Dieu de Dieu, fait chaque jour à Dieu le Père.
Car si nous nous repentons et si nous confessons nos péchés, Dieu, qui est fidèle, juste et patient, nous accordera l’indulgence et le pardon.

En Son Nom, ô Vierge très pure, je me réfugie vers vous.
En Son Nom très doux et en Son Amour, recevez-moi, clémente Souveraine, et venez à mon aide par les mérites de votre chaste Purification !
Faites que je me sente, ô ma grande joie, tellement purifié pour l’éternité des taches de ma conscience, que nulle souillure ou mauvaise action ne m’attriste plus.

Sainte Mère de Dieu, recevez-moi et intercédez pour le pécheur que je suis auprès de votre doux Enfant Jésus-Christ, le fruit béni de votre sein, et ayez pitié de moi !

Ainsi soit-il !

église st Joseph de Chambérat détail

La tradition de la « Crèche blanche » le jour de la chandeleur > ici
« Des chats et des crêpes » > ici

2018-6. De la Bienheureuse Marie-Christine de Savoie, reine des Deux-Siciles.

31 janvier,
Fête de la Bienheureuse Marie-Christine de Savoie,
Mémoire de Saint Jean Bosco, confesseur.

frise

Avec la Bienheureuse Marie-Christine de Savoie, nous est donnée une preuve supplémentaire de l’extraordinaire fécondité spirituelle des royautés catholiques traditionnelles – dans les membres des familles que Dieu choisit pour perpétuer l’institution royale aussi bien que dans leurs oeuvres – à partir du moment où elles correspondent en vérité aux grâces que Dieu leur confère et fait passer par elles.

La Bienheureuse Marie-Christine appartient en outre à la prodigieuse cohorte des « jeunes saints » qui, tels Saint Louis de Gonzague, Saint Gabriel de l’Addolorata, Saint Dominique Savio, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et plusieurs centaines d’autres, sont parvenus à la plénitude de leur sainteté avant d’avoir atteint l’âge de 25 ans !

Armes de la Maison de Savoie

Blason de la Maison de Savoie

Une illustre parentèle :

La Bienheureuse Marie-Christine de Savoie est, ainsi que son nom l’indique, issue de la lignée des comtes de Savoie-Piémont, lignée qui régna depuis 1263 sur le comté puis duché souverain de Savoie et sur la Principauté du Piémont, ainsi que, à partir de 1720, sur le royaume de Sardaigne.
Les Savoie-Piémont descendent du Bienheureux Amédée IX de Savoie (1435-1472) – élevé sur les autels en 1677 grâce à l’initiative et aux efforts qu’avait entrepris Saint François de Sales – , et de Yolande de France (1434-1478), fille de Charles VII le victorieux. De ce fait, les princes de la maison de Savoie-Piémont portent aussi dans leurs veines du sang de Saint Louis.

En outre, fille du Roi Victor-Emmanuel 1er  de Sardaigne (1759-1824), dont la mère était Marie-Antoinette d’Espagne, Marie-Christine est une arrière-petite-fille de Philippe V d’Espagne (1683-1746) et descend donc du Roi-Soleil.
Son père, Victor-Emmanuel 1er, a succédé à son frère aîné Charles-Emmanuel IV (1741-1819) lequel avait été l’époux de la Vénérable Marie-Clotilde de France (1759-1802) ; il est également le frère des princesses Marie-Josèphe et Marie-Thérèse de Savoie, épouses respectives des comtes de Provence et d’Artois, frères puînés du Roi Louis XVI.
Dans un arbre généalogique Marie-Christine de Savoie est donc nièce par alliance des Rois de France Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Enfin, par sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche-Este (1773-1832), Marie-Christine de Savoie est une arrière petite-fille de François-Etienne de Lorraine, empereur germanique sous le nom de François 1er (1708-1765), et de Marie-Thérèse de Habsbourg, impératrice consort, roi de Bohème, roi de Hongrie et archiduchesse d’Autriche (1717-1780).
Notre Reine Marie-Antoinette (1755-1793) est donc la grand-tante de la princesse Marie-Christine de Savoie.

La vue d’un tel tableau d’alliances illustres – illustres par la sainteté, illustres par le zèle catholique et illustres par la défense des valeurs traditionnelles de la royauté – , ne peut que nous porter à déplorer que, après l’abdication du Roi Victor-Emmanuel 1er (en 1821) et la mort sans postérité de son successeur le Roi Charles-Félix (1765-1831), la branche cadette des Savoie-Carignan, devenue l’héritière des duché de Savoie, principauté de Piémont et royaume de Sardaigne, ait adopté des idées libérales et se soit ensuite compromise de la manière que l’on sait, dans l’aventure de l’unité italienne avec ses dérives anticatholiques et ses alliances maçonniques !

Bienheureuse Marie-Christine de Savoie

La Bienheureuse Marie-Christine de Savoie,
reine des Deux-Siciles (1812-1836)

Biographie :

Mais revenons à la Bienheureuse Marie-Christine.

Dernière des sept enfants de Victor-Emmanuel 1er de Sardaigne et de Marie-Thérèse d’Autriche-Este, Marie-Christine naît le 14 novembre 1812 à Cagliari, en Sardaigne.
En effet, en raison de l’occupation par les troupes révolutionnaires puis napoléoniennes de la Savoie et du Piémont, la cour de Turin avait dû se réfugier sur ses terres insulaires sardes.
A la chute de l’empire baudruche de Napoléon, le Roi Victor-Emmanuel 1er récupère la partie continentale de son royaume (duché de Savoie, comté de Nice, Pas de Suse, marquisat de Saluces et principauté de Piémont) que le Congrès de Vienne augmente même du territoire de la défunte république de Gênes.

Déjà enfant, la personnalité de Marie-Christine peut être caractérisée par deux points principaux : une force d’esprit hors du commun et une grande foi.
A l’occasion de l’Année Sainte de 1825 (elle est alors âgée de treize ans), à Rome, où elle rencontre à plusieurs reprises Sa Sainteté le Pape Léon XII, elle attire l’attention et impressionne tant par ses qualités que par sa beauté.

En 1821, son père, le Roi Victor-Emmanuel 1er a préféré abdiquer plutôt que d’octroyer une constitution libérale sous la pression d’une insurrection révolutionnaire ; il meurt en 1824. Son successeur, son frère puîné le Roi Charles-Félix, moyennant quelques réformes, parviendra à maintenir la constitution traditionnelle de ses Etats.

Pendant toutes ces années, la cour de Turin est réputée austère et profondément imprégnée de ferveur religieuse, mais cela ne suffit pas à Marie-Christine dans le coeur de laquelle croît le désir d’être religieuse cloîtrée. Toutefois, écoutant l’avis de son directeur spirituel et du Roi, elle accepte de se marier avec son lointain cousin, le Roi Ferdinand II des Deux-Siciles.
Elle dira : « Je ne sais comment j’ai pu changer d’opinion et dire « oui » alors que j’étais totalement inclinée vers la vie religieuse. Je ne peux que le voir comme la volonté de Dieu. »
Le mariage est célébré au printemps 1832.

Après l’arrivée de Marie-Christine, la cour de Naples se rendit rapidement compte que Ferdinand II n’avait pas seulement une reine à ses côtés, mais également une conseillère de grande valeur.
Le peuple napolitain acclamait déjà son immense générosité : en guise de cadeau de mariage, n’avait-elle pas partagé sa propre dot entre 240 jeunes femmes napolitaines pour qu’elles puissent se marier ? N’était-ce pas aussi elle qui, avec le produit de la vente des cadeaux qu’elle avait reçus pour ses noces, avait payé l’emprunt de tant de gages au Mont de Piété ?
Voilà pourquoi la pluie qui avait accueilli les nouveaux époux dans le port le jour de leur arrivée, était interprétée par beaucoup comme un signe de prospérité et de bénédictions célestes pour tout le Royaume.

Peu à peu, Marie-Christine, par sa délicatesse et sa constance, conquit la cour de Naples.
La première à ressentir le changement fut sa belle-mère, qui avait depuis longtemps une relation difficile avec son fils. La patience et la délicate sollicitude de Marie-Christine permirent la réconciliation de la mère et du fils.
Ses exemples de foi et de cohérence chrétienne influèrent aussi sur la cour de Naples qui n’était pas particulièrement connue pour sa bonne conduite : elle introduisit la prière et la Sainte Messe dans la vie de la cour, et entraîna son époux – d’un tempérament exubérant et parfois fantasque – dans une vie plus fervente.

La Reine Marie-Christine avait un très grand souci des pauvres, nous l’avons déjà souligné, mais elle manifesta en outre une attention toute spéciale aux condamnés à mort. Elle sauva la vie de beaucoup de condamnés, même celle de l’un d’entre eux qui avait attenté à la vie de son époux. On a écrit que pendant ses trois années de règne à Naples, l’échafaud ne fut pas utilisé. Pour celle que le peuple napolitain surnomma très rapidement « la Reginella santa », la loi la plus grande était la miséricorde.

Avant chaque conseil d’Etat, Ferdinand II passait chez son épouse et récitait avec elle trois Ave Maria, invoquait l’Esprit-Saint puis demandait la bénédiction de sa femme. Pendant que se déroulait le conseil d’Etat, Marie-Christine continuait de prier dans la chapelle du palais.
Le Roi Ferdinand II se souviendra, ému, de ces moments, et dira que beaucoup de décisions justes et prudentes furent dues à son épouse.

L’attention de la Reine se porta également sur le travail de ses sujets, en particulier les femmes. Elle créa et développa pour elles la « Colonia San Leucio » où furent produites des soieries qui étaient exportées dans toute l’Europe.
Le statut de cette « Colonia » était très avancé pour l’époque : droits héréditaires égaux pour les hommes et les femmes, éducation scolaire obligatoire, gestion collective du travail et des bénéfices, prise en charge des orphelins, …etc.

En 1835, enfin, la Reine put annoncer au Roi Ferdinand II qu’elle allait être mère : tous deux avaient multiplié les pèlerinages et les supplications pour obtenir un héritier au trône de Naples.
Mais cette joie fut bientôt marquée par l’inquiétude et la souffrance en raison des difficultés des derniers mois de la grossesse.

Le 6 janvier 1836, naquit l’héritier du trône, prénommé François – le futur François II des Deux-Siciles.
Mais la Reine Marie-Christine était rongée par une infection généralisée et se trouva bientôt à toute extrémité.
Le 31 janvier, elle demanda à embrasser une dernière fois son petit François, puis elle déclara au Roi : « Maintenant vous répondrez de lui devant Dieu et devant le peuple… Quand il sera grand, vous lui direz que sa mère est morte pour lui. »

Ce même jour, 31 janvier 1836, à Casertes, elle rendit sa belle âme à Dieu, Souverain des Rois de la terre : elle était âgée de 23 ans deux mois et 15 jours.
L’annonce de sa maladie et de sa mort produisirent une consternation générale. Elle n’avait été Reine que pendant trois années, mais ces trois années avait profondément impressionné et marqué tout son peuple.

Bienheureuse Marie-Christine de Savoie

Vingt-trois ans plus tard, en 1859, le Bienheureux Pie IX la déclare vénérable.
En cette même année 1859, a lieu, à la mort de Ferdinand II, son père, l’avènement du très pieux Roi François II qui vient d’épouser Marie-Sophie, duchesse en Bavière, soeur cadette de l’impératrice Elisabeth (« Sissi »).
François II a été le dernier souverain régnant sur les Deux-Siciles, puisqu’en 1860 et 1861 son royaume fut envahi par les troupes de Garibaldi puis par l’armée piémontaise…

Les remous politiques de la deuxième moitié du XIXème siècle et du XXème siècle n’ont pas facilité l’avancement du procès en béatification de la Reine Marie-Christine.
Enfin, en 2013, a été officiellement reconnu un miracle survenu par son intercession et le Saint-Siège donna son aval pour sa béatification.
Celle-ci a été célébrée à Naples le samedi 25 janvier 2014, dans la basilique Santa-Chiara (Sainte-Claire), nécropole des Rois de Naples.

Trois lys blancs

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 31 janvier, 2018 |2 Commentaires »

2018-5. Il nous faut maintenant entrer dans la préparation spirituelle du Grand Carême.

Lambert Jacobsz - les ouvriers de la onzième heure

Lambert Jacobsz [1598-1636] : la parabole des ouvriers de la onzième heure
(musée des Beaux-Arts de Rouen)

Samedi veille de la Septuagésime.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le saint temps du Carême – institué par les saints Apôtres de Notre-Seigneur – est quelque chose de trop important, de trop grand, lourd de trop de conséquences, pour que nous l’abordions à la légère, et sans véritable et sérieuse préparation.
C’est la raison pour laquelle toutes les liturgies antiques lui ont adjoint un préfixe : cet avant-Carême, qui porte le nom de temps de la Septuagésime dans le rite latin traditionnel, constitue une espèce de vestibule d’entrée dans le temps de notre réforme spirituelle.

« (…) La liturgie nous présente aujourd’hui le programme de ce que nous avons à faire pour opérer en nous une conversion nouvelle et sérieuse, afin de ressusciter ensuite avec le Christ à Pâques. La collecte de la Messe, en nous rappelant que nous sommes pécheurs, nous invite à des sentiments de profonde humilité : « … afin que nous, qui sommes justement affligés à cause de nos péchés, en soyons délivrés par Votre miséricorde ». Le premier pas vers la conversion consiste toujours à reconnaître humblement que nous en avons besoin. Le tiède doit devenir fervent, le fervent, arriver à la perfection, le parfait, atteindre l’héroïsme des vertus. Qui peut se vanter de n’avoir pas à progresser en vertu, en sainteté ? Chaque progrès nouveau réalise une conversion nouvelle à Dieu,  conversio ad Deum. Dans l’Epître, Saint Paul nous stimule à accomplir ce travail spirituel incessant : pour arriver à la sainteté, à la gloire du Ciel, il ne faut pas se fatiguer de courir et de combattre. Ceux qui courent dans le stade, luttent et se fatiguent dans la lice « pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne impérissable. Moi donc, - dit l’Apôtreje cours, je frappe, mais non dans le vide, car je châtie mon corps et le réduis en servitude ». Voici le premier point du programme : lutte généreuse pour nous vaincre nous-mêmes, surmonter le mal et conquérir le bien ; renoncement à nous-mêmes par l’humilité ; abnégation du corps par la mortification physique. Seuls ceux qui luttent et se fatiquent remporteront le prix. Courons donc, nous aussi, de manière à obtenir la récompense.

« L’Evangile nous présente la seconde partie du programme de ce temps liturgique : ne pas rester oisifs, mais travailler assidûment dans la vigne du Seigneur. La première vigne à cultiver est notre âme. Dieu vient à notre rencontre par Sa grâce, mais Il ne veut pas nous sanctifier seul ; Il attend notre collaboration. Ce dimanche renouvelle pour chaque âme le grand appel à la sainteté. Dans Son amour, Dieu va en quête de Ses enfants dispersés et oisifs, et les réprimande avec douceur : Pourquoi restez-vous là à ne rien faire ? « Dieu,  dit Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, appelle à diverses heures, parce que les états des créatures sont différents, et, en cette diversité, on découvre fort bien la grandeur de Dieu et Sa bénignité qui ne manquent jamais – en quelque temps ou situation que nous nous trouvions – de nous appeler par Ses divines inspirations ». Heureux ceux qui, dès leur jeunesse, ont entendu et suivi l’appel divin ! Mais chaque heure est celle de Dieu, et Dieu passe et appelle jusqu’à l’heure suprême. Quel réconfort et, tout à la fois, quel stimulant que de répondre finalement à l’appel du Seigneur ! « Oh ! Si vous vouliez écouter Sa voix, au moins en ce jour ! N’endurcissez pas vos coeurs » (Ps. 94).
Outre la vigne de notre âme, nous devons considérer la vigne de l’Eglise, où tant d’âmes attendent d’être conquises par le Christ. Personne ne peut se croire dispensé de penser au bien d’autrui. Quelque humble que soit notre place dans le Corps mystique du Christ, nous sommes tous ses membres et, dès lors, chacun de nous doit coopérer au bien des autres. Pour tous existe la possibilité d’une action apostolique efficace par l’exemple, la prière et le sacrifice. Si, jusqu’à présent, nous avons fait peu de chose, écoutons aujourd’hui la parole de Jésus : « Allez, vous aussi, dans Ma vigne ». Allons-y, et embrassons avec générosité le travail que le Seigneur nous offre : rien ne doit nous paraître trop pénible, lorsqu’il s’agit de gagner des âmes. »

Rd Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd
in « Intimité divine – méditations sur la vie intérieure pour tous les jours de l’année » – Dimanche de la Septuagésime.

Oratoire du Mesnil-Marie - Septuagésime

Oratoire du Mesnil-Marie à l’entrée du temps de la Septuagésime.

Autres publications de ce blogue pour entrer dans la préparation au Carême :
- Présentation du temps de la Septuagésime > ici
- Les adieux à l’Alléluia > ici
- BD « Ne brisez pas le miroir » > ici
- BD « Bas les masques » > ici
- Et les quatre BD du « Reportage infernal » à partir d’ > ici (ensuite suivre le lien à la fin de chaque BD)

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 27 janvier, 2018 |Pas de commentaires »

2018-2. Du somptueux reliquaire renfermant les corps des trois Saints Rois Mages, à Cologne.

Châsse des Saints Rois Mages - cathédrale de Cologne

Cathédrale de Cologne : châsse renfermant les corps des trois Saints Rois Mages.

La châsse des Saints Rois Mages est le plus important des grands reliquaires du Moyen-Âge qui subsitent, tant par ses dimensions (longueur : 2,20 m ; largeur : 1,10 m ; hauteur : 1,53 m) et par sa richesse ornementale que par son contenu.

Réalisée entre (environ) 1190 et 1220 pour recevoir les corps des trois Saints Rois Gaspard, Melchior et Balthasar, transférés de Milan à Cologne en 1164, elle est l’oeuvre de l’orfèvre Nicolas de Verdun, puis des ateliers colonais et mosans qui lui ont succédé.
Cette œuvre maîtresse met en scène un ensemble de personnages réalisés en or et en argent repoussés, dorés à chaud, de plaques filigranes à pierres enchâssées (précieuses, fines, gemmes au clivage antique, camées), d’émaux sur ses piliers, arcatures et profilés. Les scènes en relief relatent ensemble l’histoire du salut, depuis le commencement des temps jusqu’au Jugement Dernier.

Mise à l’abri du pillage des troupes révolutionnaires françaises en 1794, la châsse dut cependant être restaurée au début du XIXème siècle, mais elle fut alors modifiée.
La dernière restauration, réalisée entre 1961 et 1973, lui a permis de recouvrer la quasi-intégralité de sa forme originelle, bien que certains éléments aient été à jamais perdus.

Cette grande châsse est exposée à la vénération des fidèles en proéminence derrière le maître-autel médiéval de la cathédrale de Cologne et constitue ainsi le centre de cette majestueuse et imposante cathédrale, elle-même conçue comme un grandiose reliquaire de pierre construit spécialement pour elle.

Châsse des Saints Rois Mages - cathédrale de Cologne

Cathédrale de Cologne : face antérieure de la châsse des Saints Rois Mages

La partie antérieure de la châsse a été réalisée à partir d’un don de l’empereur Otton IV de Brunswick au tout début du XIIIème siècle.
Cette face avant de la châsse est la seule à avoir été ouvrée à l’or pur. C’est également ici que sont réunis les gemmes et camées les plus précieux.

Le bas relief supérieur montre le Christ en majesté entre deux anges : cette représentation du Christ-Roi rappelle évidemment que l’autorité royale des souverains chrétiens de la terre émane de la Royauté divine.
Le bas relief inférieur présente deux des aspects du mystère liturgique de l’Epiphanie : à gauche, les trois Saints Rois - suivis par un quatrième personnage portant lui-aussi une cassette et qui n’est probablement autre qu’Otton IV lui-même – s’avancent vers la Vierge Marie, assise sur un trône et couronnée, présentant l’Enfant Jésus à leur adoration ; à droite, c’est la scène du baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ par Jean-Baptiste.

Châsse des Rois Mages - détail l'adoration des Rois

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Détail de la face antérieure : l’Adoration des Rois Mages.

Châsse des Rois Mages - détail Otton IV derrière les Rois Mages

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Détail de la face antérieure : Otton IV à la suite des Rois Mages.

Châsse des Rois Mages - détail le baptême de NS

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Détail de la face antérieure : le baptême de Notre-Seigneur.

La partie trapézoidale intermédiaire entre les bas-reliefs du bas et du haut de cette face antérieure de la châsse  constitue en réalité une espèce de volet qui peut être retiré : en l’ôtant on dévoile une grille derrière laquelle sont les crânes des trois Saints Rois.
Ce dispositif permettait non seulement aux regards des pélerins de les apercevoir, mais également, à travers cette grille et à l’aide d’une pince, de faire toucher aux saintes reliques de petits morceaux de toile ou des images de papier portant une prière ainsi que, bien souvent, une représentation des Saints Rois Mages.
Ces reliques de contact, étaient ensuite emportées par les pélerins et attestaient de leur pélerinage à Cologne.

Châsse des Saints Rois Mages ouverte

Châsse des Saints Rois Mages ouverte.
A travers la grille on aperçoit les noms des Saints Rois Mages :
- à gauche Gaspard, au centre Melchior et à droite Balthasar -
juste en arrière se trouvent leurs chefs (têtes).

Au Mesnil-Marie, à défaut de posséder un fragment des ossements des Saints Rois Mages (ce que nous souhaiterions beaucoup !), nous conservons précieusement plusieurs de ces images qui ont été mises en contact avec leurs chefs et qui ont valeur de reliques de troisième classe (cf. explication > ici). 

Relique de contact Saints Rois Mages

Image-relique des Saints Rois Mages provenant de Cologne conservée au Mesnil-Marie
Traduction :

Trois Saints Rois
Gaspard – Melchior – Balthasar
Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
* * *
Depuis les temps anciens les trois Saints Rois sont vénérés comme des modèles de foi,
et protecteurs contre les dangers des voyages ainsi que contre beaucoup de maladies.
Cette image a touché aux reliques des trois Saints Rois dans la cathédrale de Cologne.

Lors de sa création, au XIIIème siècle, la châsse des Saints Rois Mages fut ornée de 222 pierres précieuses, semi-précieuses et camées antiques. De ces 222 originelles seulement 138 sont encore en place.
Aujourd’hui, toutefois, les pierres qui s’y trouvent serties sont au nombre de 304. Les 166 pierres qui sont en sus des 138 originelles correspondent à des dons, des rajouts ou des restaurations effectués tout au long des siècles.

La présence de ces pierres et camées est liée, certes, à un désir d’ornementation avec le dessein de faire de la châsse une oeuvre particulièrement riche et précieuse, mais ce niveau de compréhension, le plus basique, ne suffit pas : il y a en effet un aspect symbolique qui, au Moyen-Âge, est absolument prioritaire et fondamental.
La forme architecturale de la châsse, est celle d’un édifice religieux : une basilique chrétienne à trois nefs. En cela la châsse représente la Ville Sainte, la Jérusalem céleste, dont nos églises d’ici-bas sont une préfiguration. Or la Cité céleste est peuplée par les saints, et Saint Jean, dans l’Apocalypse, nous la décrit en des termes qui ne sont pas sans rappeler l’orfèvrerie, d’autant qu’il précise qu’elle est construite d’or pur et de jaspe, et que ses murailles sont constellées de pierres précieuses dont il dresse la liste (cf. Apoc. XXI).

Camée antique sur la châsse des Saints Rois

L’un des camées antiques qui est serti sur la châsse des Saints Rois Mages.

Les deux côtés de la châsse sont habituellement désignés par les appelations « côté de David » et « côté de Salomon » : un même programme iconographique s’y développe.
Au niveau inférieur, sous une série de sept arcatures trilobées, sont représentés quatorze prophètes, parmi lesquels se trouve, à chaque fois au centre, d’un côté le roi David et de l’autre le roi Salomon (ce qui explique les noms donnés à chacune de ces faces). Comme les Saints Rois Mages, David et Salomon sont des modèles pour tous les souverains chrétiens.
Sur la toiture en pente de ce niveau inférieur se trouvaient (elles ont aujourd’hui disparu) des scènes de la vie du Christ.
Au niveau supérieur, sous sept arcatures encore, sont représentés les douze apôtres et, au centre, d’un côté un chérubin et de l’autre un séraphin. Chacun des apôtres est figuré avec la représentation d’une ville : celle dans laquelle il a établi son siège épiscopal.
Sur la toiture du niveau supérieur, elles aussi disparues, se trouvaient des représentations relatives à la fin du monde et au Jugement Dernier.

De la sorte, de bas en haut, se trouvaient figurés, dans une sorte de progression chronologique autant que théologique, le temps des préparations (Ancien Testament, temps de la synagogue), l’avènement du Christ Sauveur, le temps de l’Eglise (symbolisée par les apôtres) et la fin des temps.

Dans les écoinçons, en outre, se trouvent ou se trouvaient des représentations des vertus (en partie disparues ou ayant changé de place) dont le Christ a été le modèle, et que ses fidèles doivent imiter pour parvenir à la sainteté.

Châsse des Saints Rois - côté de David

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Le « côté de David » : le saint roi prophète se trouve au centre des sculptures du niveau inférieur.

Châsse des Saints Rois - côté de Salomon

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Le « côté de Salomon » : le roi pacifique, figure du Christ-Roi, se trouve au centre des sculptures du niveau inférieur.

Enfin, examinons la face arrière de la châsse : plus que la face antérieure, elle donne l’impression de deux sarcophages accolés l’un à l’autre au niveau inférieur, et par dessus lesquels on en a posé un troisième.

Dans son niveau supérieur, on y voit la représentation du Christ, au centre, qui couronne, à sa droite et à sa gauche, les Saints Félix et Nabor, représentés en costume de soldats du début du XIIIème siècle, avec leurs côtes de maille.
En effet, en 1164, ce ne furent pas seulement les corps des trois Saints Rois Mages qui furent rapportés de Milan (où ils se trouvaient depuis que la sainte Basilissa Hélène, mère de Saint Constantin le Grand, les y avaient déposées) par Renaud de Dassel (+ 1167), archevêque de Cologne et chancelier de l’Empire, mais aussi celles de ces deux soldats maures de l’armée de Maximien, martyrisés probablement en 303, et dont les reliques jusqu’alors se trouvaient également à Milan. Leurs ossements furent placés avec les corps des trois Saints Rois dans cette châsse.

L’effigie de l’archevêque Renaud de Dassel, auquel Cologne doit d’avoir bénéficié de la translation de ces saintes reliques, se trouve, en buste, en dessous des pieds du Christ rémunérateur.

Châsse des Saints Rois Mages - face arrière

Cathédrale de Cologne : face arrière de la châsse des Saints Rois Mages

Au niveau inférieur de cette face arrière de la châsse, sont représentés deux épisodes de la Passion du Christ, grâce à laquelle les hommes peuvent être sauvés et accéder à la Jérusalem céleste : à gauche, la Flagellation et, à droite, la Crucifixion.
Entre les deux scènes est figuré Isaïe qui, plus que tous les autres prophètes, a décrit prophétiquement avec une précision quasi chirurgicale la Passion du divin Rédempteur.

Châsse des Saints Rois face arrière détail - la Flagellation

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Détail de la face arrière : la Flagellation ;
au-dessus de la scène se trouve la représentation de la Patience entre deux anges qui compatissent.

Châsse des Saints Rois face arrière détail - la Crucifixion

Châsse des Saints Rois Mages (cathédrale de Cologne)
Détail de la face arrière : la Crucifixion ;
au-dessus de la scène un ange tient l’Ancien Testament qui annonçait le Saint Sacrifice rédempteur,
il est entouré des représentations du soleil et de la lune.

Il y aurait sans nul doute encore de très nombreux détails de cette merveilleuse châsse des Saints Rois Mages que l’on pourrait expliquer et commenter, mais je crois vous avoir donné ici, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un aperçu déjà exhaustif du trésor artistique et spirituel qu’elle représente, et j’espère qu’à travers ces quelques lignes, c’est une sorte de petit « pélerinage par la pensée » que vous aurez accompli avec moi jusqu’à Cologne auprès des précieuses reliques des Saints Gaspard, Melchior et Balthasar.

Lully.

On pourra aussi lire ou relire ce qui concerne
l’Etoile miraculeuse des Saints Mages > ici

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Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 12 janvier, 2018 |5 Commentaires »
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