Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

Prière de Saint Ephrem de Nisibe pour demander la guérison de l’âme :

18 juin,
Fête de Saint Ephrem de Nisibe, diacre et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Patay (cf. > ici).

   On peu déplorer que beaucoup trop de catholiques, surtout en Occident, ne recourent pas assez aux textes des Pères de l’Eglise pour nourrir et enrichir leur prière. L’œuvre de Saint Ephrem, surnommé « la lyre du Saint-Esprit », est particulièrement riche en formules ardentes dont les fidèles ont tout intérêt à « s’emparer » pour élever leurs âmes vers Dieu et Lui exprimer leurs aspirations au salut, à la sanctification, à l’union intime avec Lui… etc.
La prière pour demander la guérison de l’âme dont nous reproduisons ci-dessous une traduction appartient à cette catégorie :

Hans Memling jeune homme en prière - 1475

Jeune homme en prière
(Hans Memling – 1475 – Galerie nationale, à Londres)

Rétablissez-moi, ô Seigneur, et je serai guéri !

Ô Médecin, qui seul êtes sage et miséricordieux, je supplie Votre bienveillance : guérissez les blessures de mon âme et illuminez les yeux de mon esprit, afin que je puisse comprendre ma place dans Votre dessein éternel !
Et si mon cœur et mon esprit ont été défigurés, que Votre grâce les répare, car elle est comme le sel véritable dont parle Votre Evangile.

Que Vous dirai-je, ô grand Connaisseur du cœur qui sondez le cœur et l’intérieur des hommes ?
En effet, Vous savez que, comme une terre sans eau, mon âme a soif de Vous, et que mon cœur soupire après Vous ; et Votre grâce a toujours rassasié ceux qui Vous aiment.
Ainsi, comme Vous m’avez toujours entendu le dire, à présent ne dédaignez pas ma prière, car Vous voyez que mon esprit, comme un prisonnier, Vous cherche, Vous le seul véritable Sauveur.
Envoyez Votre grâce, pour qu’elle puisse satisfaire ma faim et étancher ma soif, car je Vous désire insatiablement, ô mon Maître !
Et qui peut être rassasié de Vous s’il Vous aime, et qu’il a soif de Votre vérité ?

Ô Donateur de Lumière ! Exaucez mes supplications et accordez-moi Vos dons selon ma prière ; donnez à mon cœur une seule goutte de Votre grâce, afin que la flamme de Votre amour puisse commencer à brûler dans mon cœur, et, comme un feu, qu’elle puisse consumer les mauvaises pensées, comme épines et chardons !

Donnez-moi tout cela en abondance, accordez-le moi comme Dieu à l’homme, comme le roi à ses sujets, et faites croître tout ceci comme un Père aimant.

Ainsi-soit-il !

Rayons de lumière à travers un vitrail

2022-71. Triduum de Sainte Philomène du 9 au 11 août 2022.

Lundi soir 13 juin 2022.

portrait-sainte-philomene-xixe - Copie

Comme chaque année, la fête de Sainte Philomène sera célébrée au Mesnil-Marie le 11 août : en 2022 donc, ce sera un jeudi.
Comme chaque année, ce jeudi 11 août 2022, une Sainte Messe sera assurée dans le rite latin traditionnel et les personnes qui le souhaitent pourront pique-niquer sur place ; l’après-midi un temps de prière et la vénération de la relique de Sainte Philomène seront proposés.

Et comme l’année dernière (cf. > ici), en préparation de cette journée de fête de Sainte Philomène au Mesnil-Marie, une marche priante est organisée à l’intention des amateurs de pèlerinage à pied.

Ce pèlerinage aux allures de randonnée commencera le mardi 9 août au matin : la marche se fera donc sur les journées de mardi et de mercredi et n’excèdera pas 35 km au total.
Il est souhaitable que le rassemblement se fasse au lieu du départ, le lundi 8 août en fin d’après-midi. L’arrivée au Mesnil-Marie sera dans l’après-midi du mercredi 10 août.

Nous allons travailler dans les prochaines semaines à peaufiner le programme, les parcours et tous les détails pratiques, mais si d’ores et déjà des personnes sont intéressées et souhaitent ou participer ou aider à l’organisation, nous leur demandons de se signaler dans les meilleurs délais.
… Et nous demandons à nos amis et aux dévots de Sainte Philomène de bien vouloir faire connaître dans leur entourage l’existence de ce pèlerinage. Nous vous en remercions par avance !

Contact / renseignements  > ici

Gisant de Sainte Philomène au Mesnil-Marie - détail

2022-69. Notre pèlerinage terrestre.

Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte.

Alors que l’octave de la Pentecôte va vers sa fin, voici un sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin (il porte le N°CCCXLVI) qui offre à notre méditation de profondes vérités sur notre condition de voyageurs en chemin vers la vie éternelle, la vie véritable.
Avec la force du divin Paraclet, et munis de Ses dons, nous sommes équipés pour le pèlerinage purificateur et sanctificateur d’ici-bas dont le but est la vision éternelle et béatifiante du Dieu trois fois saint.

Pèlerin solitaire

Par où marchons nous, sinon par la Voie ?
Et où allons nous, si ce n’est à la Vérité et à la Vie ?

§1 – Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu nous faire marcher par Lui et vers Lui.

Rappelons-nous ensemble, mes frères bien-aimés, ces paroles de l’Apôtre : « Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur ; car nous marchons par la foi, et non par la claire vue » (2 Cor. V, 6-7). Ainsi donc en disant : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean, XVI, 6), Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu nous faire marcher par Lui et vers Lui.
Par où en effet marchons-nous, sinon par la voie ?
Et où allons-nous, si ce n’est à la Vérité et à la Vie, savoir, à la vie éternelle, laquelle mérite seule le nom de vie ?

§2 – Les Saintes Ecritures démontrent qu’il n’y a de véritable vie que la vie éternelle.

Comparée à cette vie suprême, la vie mortelle où nous sommes maintenant est plutôt une mort évidente, tant il y a en elle de variations, de changements, et d’inconsistance ; tant elle est de courte durée ! Aussi lorsque ce jeune homme riche Lui eut dit : « Bon Maître, qu’ai-je à faire pour parvenir à la vie éternelle ? », le Seigneur lui répondit : « Si tu veux parvenir à la vie, garde les commandements » (Matth. XIX, 17). Ce riche avait sans doute une vie quelconque, car ce n’était pas à un cadavre, à un homme inanimé que s’adressait le Sauveur ; mais quoique la question fût relative au moyen d’obtenir la vie éternelle, le Seigneur ne répondit pas : « si tu veux parvenir à la vie éternelle », Il dit simplement : « Si tu veux arriver à la vie, garde les commandements ». N’était-ce pas nous dire que la vie qui n’est point éternelle ne mérite pas même le nom de vie, et qu’il n’y a de vraie vie que l’éternelle ?
Voilà pourquoi, en invitant de conseiller l’aumône aux riches, l’Apôtre disait à son tour : « Qu’ils soient riches en bonnes œuvres, qu’ils donnent aisément, qu’ils partagent, qu’ils s’amassent un trésor qui soit pour l’avenir un point d’appui afin d’arriver à la vie véritable » (1 Tim. VI, 18-19).
Que faut-il entendre ici par la vie véritable, sinon l’éternelle vie, laquelle mérite seule le nom de vie, parce que seule elle est bienheureuse ?
Sans aucun doute encore ces riches à qui il disait qu’il fallait commander de mériter la vie véritable, passaient cette vie au milieu de leur opulence ; et si saint Paul avait estimé que cette vie fût la véritable vie, il n’aurait pas dit : « Qu’ils s’amassent un trésor qui soit pour l’avenir un solide point d’appui afin d’arriver à la vie véritable ». Ici donc il nous enseigne que la vie des riches n’est pas la vraie vie, quoique les sots l’appellent et la vraie vie, et la vie bienheureuse. Pourtant comment serait-elle la vie bienheureuse, dès qu’elle n’est pas la vie véritable ?
Il n’y a de vie heureuse que la vraie vie, et il n’y a de vraie vie que la vie éternelle. C’est cette vie que, d’après l’Apôtre, les riches ne possèdent pas malgré toutes leurs délices. Aussi les invite-t-il à la mériter par leurs aumônes, afin de pouvoir entendre à la fin des siècles : «Venez, bénis de Mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; car J’ai eu faim, et vous M’avez donné à manger ». Puis un peu plus loin, le Seigneur montre que ce royaume n’est autre chose que l’éternelle vie : « Ceux-là, dit-Il, iront à l’éternel supplice, et les justes à la vie éternelle » (Matth. XXV, 34-36).

§3 – Le pèlerinage de cette vie terrestre s’accomplit dans la foi, non dans la claire vision.   

Jusqu’à ce que nous soyons arrivés à cette vie, « nous voyageons loin du Seigneur, car nous marchons par la foi, et non par la claire vue » (2 Cor. V, 7). Aussi bien le Christ dit-Il : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean, XVI, 6).
Par la foi, Il est pour nous la Voie ; avec la claire vue, Il sera la Vérité et la Vie.
« Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme » ; c’est la foi : « mais alors ce sera face à face » (1 Cor. XIII, 12) ; c’est-à-dire la claire vue. L’Apôtre dit encore qu’intérieurement « le Christ habite par la foi dans vos cœurs » : c’est la voie, où nous ne voyons que partiellement. Et il rajoute bientôt après : « Connaissez aussi la science suréminente de la charité du Christ, pour être remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. III, 16-19) : ce sera la claire vue ; nous en jouirons quand, remplis de cette plénitude, en possédant ce qui est parfait, nous n’aurons plus ce qui n’est que partiel (cf. 1 Cor. XIII, 10). Saint Paul dit aussi : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ » : voilà la foi. Il poursuit : « Lorsque apparaîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous apparaitrez dans la gloire » (Coloss. III  3-4) : voilà la claire vue.
Saint Jean dit à son tour : « Mes bien-aimés, dès maintenant nous sommes les enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore » : c’est la foi. Il continue : « Or, nous savons que quand Il Se montrera nous Lui serons semblables, puisque nous Le verrons a tel qu’Il est » (Jean III, 2) : ce sera la claire vue.

§4 – En marchant dans la foi, nous devons être fidèles aux préceptes du Seigneur, et c’est ainsi que nous pourrons entrer dans la vie.

Aussi le Seigneur, qui a prononcé ces mots : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », disait-Il, dans un discours aux Juifs et en S’adressant à ceux d’entre eux qui avaient cru en Lui : « Si vous restez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ». Ceux-ci dès lors étaient devenus croyants, car l’Evangéliste s’exprime ainsi : « Or, Jésus disait à ceux qui avaient cru en Lui : Si vous restez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera » (Jean VIII, 31-32). Ainsi donc ils croyaient, et avaient commencé à suivre le Christ comme la voie de la vérité. C’est pourquoi le Christ les exhorte à y rester afin de parvenir au terme.
A quel terme, sinon à celui qu’indiquent ces mots : « La vérité vous délivrera » ?
Vous délivrera de quoi, sinon de toutes les vicissitudes auxquelles est exposée l’inconstance humaine, de toutes les corruptions qui accompagnent la mortalité ?
Ainsi la vraie vie, la vie éternelle, est celle que nous ne possédons pas encore, tant que nous voyageons loin du Seigneur et que nous acquerrons par la foi, puisque nous ne marchons pas moins dans le Seigneur, si nous demeurons attachés à Sa parole avec une invincible constance. Car à ces mots : « Je suis la Voie », répondent ceux-ci : « Si vous demeurez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples» ; et à ces autres : « Et la Vérité et la Vie », ces autres encore : « Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ».

§5 – Ne nous montrons pas présomptueux : accomplissons le pèlerinage d’ici-bas en nous purifiant, sinon nous ne serons pas capables d’entrer dans la vision éternelle.

Durant ce pèlerinage, durant cette vie, tant que dure la foi, à quoi vous exciter ?
Je répéterai ces paroles de l’Apôtre : « Puisque nous avons de telles promesses, mes bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant notre sanctification dans la crainte du Seigneur » (2 Cor. VII, 1).
Désirer voir cette pure et immuable lumière de la vérité avant d’avoir la foi, et quoiqu’on ne puisse la regarder qu’avec un cœur purifié par la foi, attendu qu’il est dit : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Matt. V, 8), c’est ressembler à un aveugle qui voudrait, pour recouvrer la vue, voir cette lumière matérielle du soleil, quand il lui est impossible de la voir avant de n’être plus aveugle.

Saint Esprit

2022-68. Les « saints manqués ».

 Mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte.

   « Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».
          Rd. Père Joseph de Guibert sj.,
in « Dictionnaire de spiritualité », article abnégation col. 106.

Le Tintoret - Vierge à l'Enfant avec les Saints Augustin Catherine Marc et Jean-Baptiste -musée des beaux arts Lyon

Le Tintoret : la Vierge à l’Enfant avec les Saints Augustin, Catherine d’Alexandrie, Marc l’Evangéliste et Jean-Baptiste
(vers 1545-1550)

Musée des Beaux-Arts de Lyon

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Beaucoup d’entre vous aiment à lire des biographies de saints ; et ils ont bien raison !
Souvenons-nous que c’est la lecture de la vie des saints, d’abord résignée et presque forcée, puisque c’était le seul ouvrage qui se trouvât au château de Loyola et qu’en conséquence il n’avait que cela pour meubler les longues journées de sa convalescence, qui fit rentrer Saint Ignace en lui-même et lui fit désirer d’embrasser à son tour les voies de la sainteté.
Ainsi que le chante la préface des saints (au propre de la plupart des diocèses de France), Dieu nous octroie dans leur fréquentation un exemple – et conversatione exemplum -, dans la communion avec eux une communauté – et communione consortium -,  dans leur intercession un secours – et intercessione subsidium – ; « afin que, enveloppés d’une telle nuée de témoins, par la patience nous courrions au combat qui nous est proposé et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire : ut tantam habentem impositam nubem testium, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen, et cum eis percipiamus immarcescibilem gloriae coronam ».

   Lorsque j’étais jeune religieux, outre les vies des saints, je me suis très rapidement passionné pour les écrits des saints, en particulier les grands maîtres de la vie spirituelle, ainsi que les études sur leurs enseignements et leur spiritualité.
C’est ainsi que j’avais souvent recours au « Dictionnaire de Spiritualité. Ascétique et mystique. Doctrine et histoire », œuvre monumentale qui avait commencé à paraître en 1932 et n’était alors pas encore achevée (elle ne le sera qu’en 1995).
Je me permets au passage de faire remarquer que, bien évidemment, une publication de cette importance (environ 60.000 pages), réalisée sur plus de six décennies, si elle était pleinement catholique au départ, se ressent – d’année en année et de volume en volume – de l’évolution moderniste et progressiste qui s’est fait jour dans la Sainte Eglise et y a occasionné tant de sinistres : c’est donc in fine une œuvre tout-à-fait inégale dans laquelle on trouve des études absolument passionnantes qui côtoient des articles absolument détestables. Tout dépend des auteurs et contributeurs, de leur mentalité et de leur degré de contamination par l’hérésie. Fermons la parenthèse.
Le Révérend Père Joseph de Guibert (1877-1942), jésuite d’une haute et profonde spiritualité, théologien solide et auteur passionnant, a enrichi les premiers fascicules du « Dictionnaire de Spiritualité » de plusieurs articles remarquables : tout particulièrement celui intitulé « abnégation » : j’étais novice lorsque je le découvris ; je l’ai lu et relu ; je m’en suis même alors servi comme base de mes méditations et oraisons pendant plusieurs semaines. C’est de lui qu’est extraite la citation que j’ai placée ci-dessus : une citation que j’avais alors copiée dans mes carnets personnels, et que j’ai souvent reprise et méditée pendant mes plus de quarante années de vie religieuse, surtout lorsque je me trouvais à un tournant important ou à une étape décisive.

   Que me disaient, que me disent encore ces lignes percutantes ?
Qu’il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, qu’il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, qu’il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour arriver à la sainteté.
En nos temps de confusion théologique et spirituelle, où le sentimentalisme et l’affectivité priment sur la raison et l’objectivité des faits, il est si fréquent d’entendre dire – à la mort d’une personne ou à ses funérailles par exemple -  qu’il était un saint, simplement parce que c’était une plutôt bonne personne, avec des qualités humaines réelles, certes.
Mais ce n’est pas cela la sainteté.
Relisons-le ; redisons-le ; insistons : il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour être un saint.
Si on en reste là, on ne sera jamais qu’un « saint manqué ».

   A l’occasion d’un premier samedi du mois, j’ai entendu, à la fin de la récitation d’un rosaire entier, la très pieuse personne qui avait dirigé la prière réciter une adresse à Dieu – dont je n’ai malheureusement pas retrouvé le texte exact – qui Lui demandait que nous puissions vivre notre vie chrétienne « sans héroïsme ».
Cela m’a laissé dans une grande perplexité. Je crois comprendre que ce qui était demandé était, en définitive, une conversion de la société qui ferait en sorte que les fidèles n’auraient pas à ramer constamment à contrecourant au prix d’efforts continus – et souvent épuisants – pour vivre en conformité avec la foi… Mais « sans héroïsme » ?

   De manière traditionnelle (je ne suis pas certain que cela soit toujours le cas de nos jours), lorsque il y a un procès canonique en vue de la béatification d’une personne, on passe par le menu sa vie et ses œuvres pour savoir si elle a exercé les vertus chrétiennes à un degré héroïque. Le premier degré de reconnaissance qu’une personne pourra être éventuellement béatifié est de ce fait appelé « Décret de reconnaissance de l’héroïcité des vertus », et il est promulgué lorsqu’on a pu répondre en tous points par l’affirmative à cette question : « A-t-on la certitude sur l’héroïcité des vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité envers Dieu et le prochain, ainsi que sur les vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance et celles qui s’y rattachent, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? ».
Sans héroïsme, donc, on aura peut-être de « bonnes » et « pieuses » personnes, mais on n’aura pas de saints.
Juste des « saints manqués » !
« Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».

   La citation du Révérend Père de Guibert nous secoue, nous aiguillonne, nous provoque à un sérieux examen : aspiré-je seulement à une honnête piété et ferveur, ou bien nourris-je l’ambition d’être véritablement un saint ?
La sainteté est ce que Dieu veut pour nous : « La volonté de Dieu, c’est votre sanctification : haec est enim voluntas Dei, sanctificatio vestra » (1 Thess. IV, 3) ; « De même que Celui qui vous a appelés est saint, soyez saints vous aussi dans toute votre conduite, car il est écrit : ‘Vous serez saints parce que Moi Je suis saint’ : secundum eum qui vocavit vos, sanctum, et ipsi in omni conversatione sancti sitis, quoniam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego sanctus sum » (1 Petr. I, 15-16).
Suis-je donc vraiment en plein accord avec la sainte volonté de Dieu ?
Placé-je cette volonté de devenir un saint – et de ne pas rester au stade de « saint manqué »- en tête de mes projets et résolutions de vie ?
Ou bien la sainteté arrive-t-elle derrière mes projets personnels de carrière, derrière mes goûts personnels, après mes ambitions terrestres, un peu comme une option, c’est-à-dire plutôt secondaire, voire facultative ?

   La plénitude des cinquante jours explose en cette rayonnante octave de pourpre et d’or où – après avoir imploré pendant neuf jours le renouvellement et l’amplification de la divine effusion accomplie lors de la première Pentecôte – nous nous extasions dans la répétition des supplications de l’ardente séquence : « Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium, flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium : lavez ce qui est souillé, irriguez ce qui est aride, guérissez ce qui est blessé, assouplissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid, redressez ce qui est tordu… » (séquence de Pentecôte). Cette imploration quotidienne en ces jours n’est-elle pas bienvenue pour nous secouer, pour nous porter à une reviviscence héroïque de nos vies trop facilement ankylosées par le poids de nos routines et de nos ambitions ratatinées aux horizons terrestres ?

Que veux-tu être : un « saint manqué », ou un vrai saint ?

« Mentes nostras, quǽsumus, Dómine, Paráclitus, qui a te procédit, illúminet, et indúcat in omnem, sicut tuus promísit Fílius, veritátem : nous Vous le demandons, Seigneur, que le Paraclet, qui procède de Vous, illumine nos esprits, et, ainsi que l’a promis Votre fils, qu’Il nous conduise dans la pleine vérité » (première collecte du mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte). 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Vitrail Saint-Esprit Basilique Vaticane

Prière de Saint Bonaventure pour demander les sept dons de l’Esprit Saint par la médiation du Christ crucifié et glorifié.

Dimanche de Pentecôte

Saint Esprit

Nous adressons notre prière au Père très clément, par Vous Son Fils unique, qui Vous êtes fait homme pour nous et qui avez été crucifié et glorifié.

Envoyez-nous, de Ses trésors, l’Esprit de grâce aux sept dons, cet Esprit qui a reposé sur Vous en toute plénitude : l’esprit de sagesse, par lequel nous puissions goûter le fruit de l’arbre de vie, que Vous êtes vraiment ; le don d’intelligence, qui puisse illuminer les regards de notre esprit ; le don de conseil, qui nous fasse suivre Vos traces sur les sentiers de la justice ; le don de force, qui enlève aux attaques de l’ennemi leur violence ; le don de science, qui nous remplisse de la lumière fulgurante de la sainte doctrine, pour distinguer le bien du mal ; le don de piété, qui nous donne d’être miséricordieux ; le don de crainte, qui nous éloigne du mal et nous donne la joie par notre révérence envers Votre éternelle Majesté.

Vous avez voulu que nous Vous fassions cette demande, dans cette sainte prière que Vous nous avez enseignée ; nous Vous le demandons maintenant par Votre Croix, pour l’honneur de Votre très saint Nom.

A Vous soient, ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint, tout honneur et gloire, action de grâces, honneur et puissance, dans la suite infinie des siècles.

Ainsi soit-il !

Saint Bonaventure José Juarez - Mexico musée Soumaya

Saint Bonaventure inspiré par le divin Crucifié pour écrire
(tableau de José Juarez, vers 1640-1660 – Musée Soumaya à Mexico) 

Voir aussi, la prière au Saint-Esprit extraite des œuvres de Saint Augustin déjà publiée > ici

2022-67. Le doux hôte de l’âme.

Méditation pour la Vigile de la Pentecôte

La colombe du Saint-Esprit dans la "gloire du Bernin" (Basilique Saint-Pierre au Vatican)

Présence de Dieu : « O Esprit Saint, qui daignez habiter en moi, aidez-moi à m’ouvrir totalement à votre action ! »

Méditation :

1 – L’encyclique « Mystici Corporis » (note : publiée par le Vénérable Pie XII le 29 juin 1943) affirme que « le Saint-Esprit est l’âme de l’Eglise ». Ame signifie principe de vie. Cette affirmation équivaut donc à dire que le divin Paraclet est Celui qui fait vivre l’Eglise. De même que l’âme est le principe de vie du corps, ainsi l’Esprit Saint est le principe de la vie de l’Eglise, Corps mystique du Christ (cf. encyclique « Divinum illud munus » [Léon XIII, 9 mai 1897]).
(…) L’Esprit Saint demeurait dans l’Ame du Christ pour la diriger dans l’accomplissement de Sa mission rédemptrice. Jésus aurait pu assumer cette mission tout seul mais Il a voulu pourtant y associer l’Eglise. Et puisque l’Eglise prolonge l’œuvre du Christ, elle a besoin de la même Impulsion qui guidait Son Ame, il lui faut le Saint-Esprit.
En vérité, Jésus nous a mérité Son Esprit sur la Croix ; par Sa mort, Il a expié avant tout le péché, obstacle à l’invasion du Saint-Esprit et, une fois remonté au ciel, Il L’a envoyé aux Apôtres, représentant toute l’Eglise. Maintenant encore, tandis qu’Il siège glorieusement à la droite du Père, intercédant sans cesse pour nous, Il envoie continuellement à l’Eglise l’Esprit Saint qu’Il lui a promis. Et voici que le divin Esprit opère dans l’Eglise ce qu’Il opérait dans la très sainte Ame du Christ : Il lui donne l’impulsion, la meut, la pousse à accomplir la volonté de Dieu, afin qu’elle remplisse sa mission, c’est-à-dire qu’elle prolonge, à travers les siècles, l’œuvre rédemptrice du Sauveur. C’est justement pour cette raison que les anciens Pères ont dit que l’Esprit Saint est l’âme de l’Eglise, et dans le « Credo », l’Eglise elle-même L’invoque : « Dominum et vivificantem » !
Comme l’âme est principe de vie, ainsi l’Esprit Saint vivifie l’Eglise ; Il est l’Impulsion d’amour qui allume en elle le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, qui donne lumière et force aux Pasteurs, ferveur et élan aux Apôtres, courage et foi invincible aux Martyrs.

2 – L’Eglise étant la « société » des fidèles, elle est constituée précisément par leur union ; ce sont les fidèles, c’est-à-dire nous-mêmes, qui formons l’Eglise. Dire que jésus a mérité l’Esprit Saint pour Son Eglise équivaut donc à dire qu’Il L’a mérité pour nous ; affirmer que Jésus, en même temps que le Père, a envoyé et continue à envoyer Son esprit à l’Eglise, c’est affirmer qu’Il nous L’a envoyé et continue à le faire.
L’encyclique « Mystici Corporis » s’exprime exactement en ce sens : l’Esprit Saint est communiqué à l’Eglise avec profusion, pour qu’elle-même et chacun de ses membres soient de jour en jour plus conformes à notre Rédempteur.
Ainsi donc, l’Esprit Saint exerce Son influence non seulement dans le Corps de l’Eglise, mais aussi dans chaque âme où Il habite comme « doux Hôte ». Il est en nous pour envahir nos âmes, les sanctifier, les former à l’image du Christ, et nous pousser à prolonger Sa mission rédemptrice ; Il est cet Elan d’amour qui nous sollicite à accomplir la sainte volonté de Dieu, qui nous oriente vers la glorification de la Très Sainte Trinité, qui nous porte en Dieu.
Mais si l’Esprit Saint est un Elan d’amour qui vient en nous pour nous sanctifier, nous porter en Dieu, comment se fait-il que nous ne devenions pas tous saints ?
Voilà un mystère qui met en évidence notre redoutable responsabilité.
L’Esprit Saint, en même temps que le Père et le fils, nous a créés libres et Il nous veut tels ; c’est pourquoi, en venant en nous, Il respecte notre liberté et ne la violente pas. Tout en désirant entrer dans notre âme et l’envahir, Il ne le fait que si nous Lui donnons libre accès. C’est le cas de rappeler le grand principe sur lequel Sainte Thérèse de Jésus aimait tant insister : « Dieu ne force personne ; Il prend ce que nous Lui donnons. Mais Il ne Se donne pas complètement, tant que nous ne nous sommes pas donnés à lui d’une manière absolue ». Si nous ne nous sanctifions pas, ce n’est pas parce que le Saint-Esprit ne le veut pas – Lui qui nous est envoyé et vient précisément à cette fin – mais parce que nous ne donnons pas pleine liberté à Son action. Voici le point où nous sommes en défaut : nous n’usons pas de notre liberté pour ouvrir entièrement notre âme à Sa puissante et amoureuse invasion. Mais si notre volonté Lui ouvrait complètement les portes, l’Esprit Saint nous prendrait sous Sa direction et, par Lui, nous deviendrions saints.

Colloque :

   O esprit Saint, Vous qui avez formé notre Rédempteur dans le sein très pur de la Vierge Marie ; Vous avez animé Jésus en Le guidant en tout ce qu’Il pensait, disait, faisait et souffrait durant Sa vie terrestre, et dans le sacrifice qu’Il offrit Lui-même au Père pour nous sur la Croix. Et lorsque Jésus monta au ciel, Vous êtes venu sur la terre pour y établir le Corps mystique du Christ, qui est l’Eglise, et pour appliquer à ce Corps le fruit de la vie, du Sang, de la Passion et de la mort du Christ. Sans cela, Jésus aurait souffert et serait mort inutilement. De plus, ô Esprit Saint, Vous descendez en nous dans le saint Baptême, pour former Jésus-Christ dans nos âmes, nous incorporer à Lui, nous faire naître et vivre en Lui, nous appliquer les effets et les mérites de Son Sang et de Sa mort, pour nous animer, nous inspirer, nous pousser et diriger en tout ce que nous devons penser, dire, faire et souffrir pour Dieu. Que devrait donc être notre vie ? Oh ! elle devrait être toute sainte, toute divine, toute spirituelle, selon la parole de Jésus : « ce qui naît de l’Esprit est esprit » !
« O divin esprit, je me donne tout entier à Vous. Prenez possession de mon âme, guidez-moi en tout, et faites que je vive comme un véritable enfant de dieu, comme un membre non dégénéré de Jésus-Christ, et comme une chose qui, née de Vous, Vous appartient totalement et doit être entièrement possédée, animée et conduite par Vous » (Saint Jean Eudes).
« O esprit Saint, âme de mon âme, je Vous adore. Eclairez-moi, guidez-moi, consolez-moi, dites-moi ce que je dois faire, donnez-moi Vos ordres. Je Vous promets de me soumettre à tout ce que Vous désirez de moi et d’accepter tout ce que Vous permettrez qui m’arrive » (Cardinal Désiré-Joseph Mercier).

Sainte Trinité - vitrail

2022-66. Lettre encyclique « Ad cœli Reginam » instituant la fête de Marie Reine à la date du 31 mai.

Lettre encyclique
de Sa Sainteté le Pape Pie XII
« Ad cœli Reginam »
du 11 octobre 1954
instituant
à la date du 31 mai la fête
de
La Très Sainte Vierge Marie Reine

Neri di Bicci - Couronnement de la Vierge

Neri di Bicci (1418-1492) :
Le couronnement de la Vierge
avec Saint Antoine le Grand, Saint Augustin, Saint Raphaël et Tobie
(Avignon, musée du Petit Palais)

Monogramme des Servites

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques,
évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique,
ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Introduction : rappel des circonstances et nécessités présentes.

Dès les premiers siècles de l’Église Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l’angoisse des périls menaçants. Jamais ne fut déçue l’espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s’affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d’une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.

Or, après les calamités qui, jusque sous Nos yeux, ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l’attrait des plaisirs corrupteurs, et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisi d’une vive angoisse. Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour, mais aussi celui, de quiconque se glorifie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’année 1950 – il Nous plaît de le rappeler -, en présence d’une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-même défini le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique parmi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’occasion du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’hui une grande consolation de voir à Rome – à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel -, mais également dans le monde entier, la piété envers la Vierge Mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires marials recevoir sans interruption de nombreux et pieux pèlerinages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’occasion, dans Nos allocutions d’audience ou Nos radio-messages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante. À ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima, [3] et que Nous avons qualifié Nous-même de message de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l’Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d’instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de célébrer à nouveau les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les coeurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.

Première partie : preuves dans la Tradition (Ecritures, Pères de l’Eglise et Magistère).

Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob », (Luc I, 32) « Prince de la paix », (Is. IX, 6) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16) avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la Mère au Fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec respect, l’appelait « la Mère de mon Seigneur », (Luc I, 43) aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », montrant clairement qu’en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ardeur de son inspiration poétique, lui prête-t-il ces paroles « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j’ai été honorée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » [6]. Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi » [7].

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde entier » [8]. Prudence déclare que cette mère « s’étonne d’avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » [9].

Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l’appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homélie attribuée à Origène, Marie est appelée par Élisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » [10].

La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signifie Souveraine » [11]. Après lui Saint Chrysologue formule la même pensée d’une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l’Ange l’appelle Souveraine pour qu’elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l’autorité même de son Fils a obtenu de naître et d’être appelée Souveraine » [12].

Épiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’unité de l’Église soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l’intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » [13].

Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » [14].

Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd’hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, Sa Mère toujours Vierge, dans le sein de laquelle, sans cesser d’être Dieu, Il a pris la forme humaine » [15]. Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepté, dépasse toute chose » [16].

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » [17]. Il l’appelle aussi : « Souveraine de tous les habitants de la Terre » [18].

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine »[19] et même de : « Souveraine de toute créature » [20] ; un ancien écrivain de l’Église Occidentale l’appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un diadème d’or » [21].

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’honneur en cette salutation : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » [22].

À partir de ces témoignages et d’autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l’antiquité, les théologiens de l’Église ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont estimé de leur devoir d’approuver et d’encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin Ier appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » [23] ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d’elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » [24] ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les Pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chrétiens » [25].

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte IV, mentionnant avec faveur la doctrine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeexcelsa [26], commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis Son pouvoir [27].

C’est pourquoi Saint Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décerné le titre de Reine » [28].

Deuxième partie : preuves dans la Tradition liturgique et dans l’iconographie.

La sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient retentissent ces accents fervents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s’inclinent devant toi » [29].

Et ceux-ci : « Ô juste, ô très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » [30]. De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’approcherai d’elle avec joie pour chanter dans l’allégresse ses merveilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous » [31].

Dans le Missel éthiopien, on lit : « Ô Marie, centre de l’univers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entièrement remplis de ta sainteté et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », « Regina cœli, laetare », celles aussi que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vêtement d’or couvert d’ornements variés » [33] ; « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puissante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » [35].

Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu’ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l’on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d’Éphèse la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’insignes royaux, ceinte d’un diadème, entourée d’une cohorte d’Anges et de Saints, montrant qu’elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan. L’iconographie, pour traduire la dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enrichie à toutes les époques d’oeuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu’à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d’une couronne éclatante.

Les Pontifes Romains n’ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l’intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie : justifications théologiques. 

Comme Nous l’avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, Son père, et Il régnera dans la maison de Jacob éternellement et Son règne n’aura pas de fin » (Luc I, 32-33) ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » [36]. Il s’ensuit logiquement qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc raison d’écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-même peut-être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l’œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents. « Quelle pensée plus douce – écrivait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XI – pourrait Nous venir à l’esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s’en souviennent : « Vous n’avez pas été rachetés par l’or ou l’argent qui sont des biens corruptibles, … mais par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » [38]. Nous n’appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c’est « d’un grand prix » [39], que « le Christ nous a rachetés » [40].

Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » [41]. Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita » [42]. En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » [43].

De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à Lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, L’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n’ait sur tous, après son Fils, la primauté. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépassé de loin toute créature. Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi seule as bénéficié de par la volonté de Dieu ? » [47]. Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » [48]. Saint Jean Damascène ensuite en vient jusqu’à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et Sa Mère est infinie » [49].

Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d’une telle abondance de grâces qu’elle dépassait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d’heureuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » [50].

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l’excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l’action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de se Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un coeur maternel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX – que, traitant l’affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puissance de ses supplications, maternelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus [51]. À ce propos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d’un pouvoir « presque sans limites » [52] pour concéder des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » [53].

Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d’être soumis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dispose d’un pouvoir royal et brûle d’amour maternel.

Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d’une étroitesse d’esprit excessive quand il s’agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cause du bien infini qu’est Dieu » [54].

Du reste, sur ce point de la doctrine chrétienne comme en d’autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement » [55].

Quatrième partie : institution de la fête de Marie Reine et exhortation.

Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au dessus des chœurs angéliques » [56].

De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre – l’Église en recueillerait de grands fruits, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Coeur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’approchent donc avec une confiance plus grande qu’auparavant, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l’adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu’ils s’efforcent surtout de s’arracher à la servitude du péché et qu’ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d’une dévotion filiale, à la royauté d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que de grandes assemblées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n’importe quelle gemme soit l’objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce de blasphèmes impies, signe d’une âme corrompue, contre un nom qui brille d’une telle majesté et que la grâce maternelle rend vénérable ; qu’on n’ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.

Que tous s’efforcent selon leur condition de reproduire dans leur coeur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l’envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d’aider et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu’à présent restées impuissantes. Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied virginal, sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l’éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu’elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est due, pour qu’ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l’Évangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l’exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.

Nous pensons également que la Fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l’empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des événements inquiétants. N’est-Elle pas l’arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’alliance pacifique ? (Cf. Gen. IX, 13). « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l’ont tendu » (Eccl, XLIII, 12-13). Que quiconque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et personne ne doit se croire exempté de ce tribut de reconnaissance et d’amour – l’invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu’il respecte et défende la paix qui n’est ni injustice impunie ni licence effrénée, mais concorde bien ordonnée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; c’est à la conserver et à l’accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces voeux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout coeur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Armoiries de Pie XII

Notes :

  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens corona ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dogmatica, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes’ Werke, T. IX, p. 48 (ex catena Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nominibus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exstitit castitatis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter opera S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide orthodoxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De laudibus Mariae (inter opera Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De virginitate perpetua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199-200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeexcelsa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glorie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex liturgia Armenorum : in festo Assumptionis, hymnus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hymni ‘Akatistos (in ritu byzantino).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nostrae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sexti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide orthodoxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas primas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum septem dolorum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excellentia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus profecio A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597-598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem populi : A. S. S., XXVIII, 1895-1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903-1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani generis : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]

2022-65. La réalité des temps que nous vivons pourrait être profondément modifiée et changer de cap, si nous étions des âmes de contemplation et d’émerveillement…

L'Ascension et le zodiaque - cathédrale de Chartres portail royal côté gauche

L’Ascension de Notre-Seigneur entourée des signes du zodiaque :
Cathédrale Notre-Dame de Chartres, portail royal (XIIe siècle), porche gauche.

frise fleurs de lys

Lettre aux membres et sympathisants
de la Confrérie Royale

- 25 mai 2022 -

Riga quod est aridum…
Flecte quod est rigidum…
Fove quod est frigidum…
Sana quod est saucium…

(séquence de Pentecôte)

Chers Membres et sympathisants de la Confrérie Royale,

   Les rencontres providentielles du calendrier font que ce « 25 du mois », en ce mois de mai 2022, coïncide avec la Vigile de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ : demain, la Sainte Eglise notre Mère, dans sa liturgie, nous invitera à exulter et à exhaler des cantiques de fervente allégresse pour célébrer l’entrée triomphale de notre divin Rédempteur dans le Royaume céleste, Royaume qu’Il n’a jamais quitté certes en Sa qualité de Verbe éternel, mais où Son humanité -  Son Corps et Son Ame – entre pour la première fois, à la tête du cortège triomphal de tous les Justes de l’Ancien Testament (et du début du Nouveau, tels Saint Joseph et Saint Jean-Baptiste) qui attendaient ce jour dans les Limbes bienheureuses (« le sein d’Abraham » comme les appelle Notre-Seigneur Lui-même dans l’histoire – qui n’est pas une parabole – du pauvre Lazare et du mauvais riche).

   En ce saint jour de l’Ascension donc Notre-Seigneur, vrai Dieu et vrai Homme, donne à cette humanité qu’Il tient d’Adam, donne à Son Corps qui a souffert pour nos péchés, donne à Sa chair ressuscitée, d’entrer dans la plénitude de Son Règne victorieux et éternel, en tête du cortège des âmes sauvées, encore séparées de leurs corps qu’elles ne retrouveront qu’au jour de la résurrection générale.

   C’est un mystère profond dont les subtils arcanes échappent à notre intelligence limitée : la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité qui, sans quitter le Ciel, en est « descendue » pour S’incarner, revient aujourd’hui en ce Ciel qu’Elle n’a jamais quitté en Sa qualité de Dieu en y introduisant ce que Dieu par nature ne pouvait avoir : une chair et une âme humaines ! Et les humains rachetés et sanctifiés qui L’accompagnent en un triomphal cortège sont, eux, encore dépouillés d’une partie de leur être : leurs corps en attente de résurrection !

   Voilà des certitudes de foi, voilà des éléments épars – comme les quelques pièces déjà assemblées d’un puzzle qui nous permettent de deviner confusément ce que sera le tableau achevé -, mais voilà encore tant de « trous noirs » dans le firmament de notre compréhension du Mystère !

   Nous scrutons donc ce Ciel, et notre Roi d’Amour qui y monte, davantage avec les regards d’une contemplation qui adore et s’émerveille de la Toute Puissance divine qu’avec les questions d’une volonté de compréhension absolue de type mathématique… La complexité du Mystère et toutes les zones d’ombre qui subsistent ici-bas et ne nous apparaîtront dans leur pleine lumière que lorsque nous entrerons nous-mêmes dans la vision divine, nous donnent l’occasion de nous élever dans une sublime réjouissance sans cesser de nous humilier devant le Dieu que nulle raison et nulle intelligence humaines ne peuvent prétendre saisir et enfermer dans leurs petites capacités !

   Pourquoi vous écris-je ces choses, qui peuvent paraître bien absconses et bien peu accordées à la réalité des temps que nous vivons ?

Parce que je crois que la réalité des temps que nous vivons pourrait être profondément modifiée et changer de cap, si nous étions des âmes de contemplation et d’émerveillement, d’adoration et de louange, comme le furent les grands chercheurs de Dieu, comme le furent un Saint Augustin – toujours à se poser des questions peu communes et à pousser ses auditeurs ou ses lecteurs à s’en poser -, ou une Sainte Angèle de Foligno.

   Le grand – le très grand – drame de bien des catholiques de notre triste époque est qu’ils ne savent pas s’émerveiller et s’émouvoir des mystères sacrés de leur sainte religion, qu’ils ne savent pas en contempler amoureusement les données révélées, en évitant les écueils des faux mysticismes d’une part, ou des sécheresses rationalistes d’autre part. Pour ceux-ci ce seront des questions finalement purement « techniques » et totalement arides d’un point de vue spirituel, pour ceux-là les nébuleuses brouillonnes alimentées aux sources troubles de pseudo « âmes privilégiées » dont les voies n’ont pas été authentifiées par la Sainte Eglise (voire condamnées) qui les égare dans un piétisme imprégné d’une sentimentalité sans fruits de véritables vertus évangéliques vécues de manière héroïque. 

   Je pose quelques questions :

-         La récitation ou le chant du « Credo » sont-ils pour vous l’énumération d’une liste de dogmes plus ou moins subis, à la manière dont un élève de primaire appliqué réciterait la liste des présidents de la troisième république ?

-         Ou bien cette récitation procède-t-elle d’une adhésion vivante et amoureuse à la Révélation divine ?

-         La récitation ou le chant du « Credo » vous font-ils tressailler d’allégresse et exulter intérieurement dans une action de grâces personnelle qui jaillit de la joie d’avoir reçu, à la mesure pourtant bien limitée encore de nos capacités présentes, d’avoir part à la révélation des Mystères divins ?

-         En un mot, votre chant ou votre récitation du « Symbole » sont-ils routiniers ou imprégnés de vie, de votre vie intérieure ?

   Permettez-moi un exemple tiré de mon histoire personnelle.
Jeune religieux, j’ai eu la grâce de connaître un conseiller spirituel qui ne manquait pas d’originalité et qui avait un don particulier pour briser ces paisibles routines d’une vie de piété bien « dans les clous ». Un jour, il me suggéra pour mon action de grâces après la Sainte Communion, de « chanter » intérieurement (pas à haute voix afin de ne pas déranger les autres religieux, et aussi pour ne pas paraître complètement « fada ») le Symbole de Nicée-Constantinople, comme on le chante pendant la Messe aux jours de fête et les dimanches, en m’efforçant de bien penser, avec le maximum d’application, à chacun des mots de cette solennelle affirmation de la foi de l’Eglise.
Le chant intérieur, mais très joyeux et très contemplatif, de cette profession de foi m’est devenu familier depuis tant d’années : et le Bon Dieu m’a donné d’expérimenter en retour combien est vrai le titre d’un très ancien (et remarquable) ouvrage que l’on trouvait jadis dans les séminaires et maisons de formation : « Les dogmes, générateurs de la piété ».

   La piété n’est pas faite de « petites pratiques de dévotion » mises bout à bout et entassées les unes sur les autres, en multipliant les formules récitées de façon machinale.
La piété est vie, et comme le Saint-Esprit Lui-même dont elle est un don précieux, elle doit souffler comme un vent impétueux en notre âme pour en pulvériser les étroitesses et y faire brûler ces flammes ardentes, qui éclairent et qui réchauffent, qui sont apparues au-dessus des apôtres et des disciples au saint jour de la Pentecôte.

   Je vous invite et exhorte très ardemment, après avoir contemplé avec ferveur le mystère de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à entrer avec une ardeur enthousiaste dans la préparation de la si grande et si sublime fête de la Pentecôte, particulièrement par la neuvaine très officiellement encouragée par l’Eglise, qui nous fait appeler de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre volonté, de tout notre amour, un renouvellement des dons reçus au saint baptême et à la confirmation, pour gagner en esprit contemplatif et élever le monde en nous élevant dans la contemplation des Mystères divins.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

frise fleurs de lys

 Prière pour demander les sept dons du Saint-Esprit :

Ô Jésus, qui, avant de monter au ciel, avez promis à vos Apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit pour les instruire, les consoler et les fortifier, daignez faire descendre en nous aussi ce divin Paraclet.

- Venez en nous, Esprit de la Crainte du Seigneur, faites que nous redoutions par-dessus tout de contrister notre Père Céleste et que nous fuyions les séductions du malin.

- Venez en nous, Esprit de Piété, remplissez nos cœurs de la tendresse la plus filiale pour Dieu et de la mansuétude la plus parfaite à l’égard de nos frères.

- Venez en nous, Esprit de Science, éclairez-nous sur la vanité des choses de ce monde, faites que, voyant en elles des images des perfections divines, nous nous en servions pour élever nos cœurs vers Celui qui les a créés pour notre service.

- Venez en nous, Esprit de Force, donnez-nous le courage de supporter avec patience les souffrances et les épreuves de la vie, et faites-nous surmonter généreusement tous les obstacles qui s’opposeraient à l’accomplissement de nos devoirs.

- Venez en nous, Esprit de Conseil, accordez-nous la grâce de discerner, dans les occasions difficiles, ce que nous devons faire pour accomplir la volonté de Dieu, et ce que nous devons dire pour diriger ceux dont nous sommes les guides.

- Venez en nous, Esprit d’ Intelligence, que votre divine lumière nous fasse pénétrer les vérités, et les mystères de la religion, et qu’elle rende notre foi si vive, qu’elle soit l’inspiratrice de tous nos sentiments et de tous nos actes.

- Venez en nous. Esprit de Sagesse, faites que nous goûtions la suavité des choses divines à tel point que notre cœur les aime uniquement et qu’il puise dans cet amour une paix inaltérable.

Gloire au Père qui nous a créés, au Fils qui nous a rachetés, au Saint-Esprit qui nous a sanctifiés.

Mosaïque de la Pentecôte - basilique du Rosaire Lourdes - Copie

Mosaïque de la Pentecôte
Basilique du Saint Rosaire, à Lourdes.

2022-61. « Robert Bellarmin enseigne qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur ».

13 mai,
Fête de Saint Robert Bellarmin, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Dans le diocèse de Viviers, fête de Saint Andéol, sous-diacre et martyr, premier évangélisateur du diocèse.

Saint Robert Bellarmin gravure du XVIIe siècle

Saint Robert Bellarmin

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
dispensée lors de l’audience pontificale générale
du mercredi 23 février 2011

Chers frères et sœurs,

   Saint Robert Bellarmin, dont je désire vous parler aujourd’hui, nous ramène en esprit à l’époque de la douloureuse scission de la chrétienté occidentale, lorsqu’une grave crise politique et religieuse provoqua l’éloignement de nations entières du Siège Apostolique.

   Né le 4 octobre 1542 à Montepulciano, près de Sienne, il est le neveu, du côté de sa mère, du Pape Marcel II.
Il reçut une excellente formation humaniste avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus le 20 septembre 1560. Les études de philosophie et de théologie, qu’il accomplit au Collège Romain, à Padoue et à Louvain, centrées sur Saint Thomas et les Pères de l’Eglise, furent décisives pour son orientation théologique. Ordonné prêtre le 25 mars 1570, il fut pendant quelques années professeur de théologie à Louvain. Appelé par la suite à Rome comme professeur au Collège Romain, il lui fut confiée la chaire d’«Apologétique »; au cours de la décennie où il occupa cette fonction (1576-1586), il prépara une série de leçons qui aboutirent ensuite aux « Controverses », œuvre devenue immédiatement célèbre en raison de la clarté et de la richesse de son contenu et de son ton essentiellement historique.
Le Concile de Trente s’était conclu depuis peu et, pour l’Eglise catholique, il était nécessaire de renforcer et de confirmer son identité notamment face à la réforme protestante. L’action de Robert Bellarmin s’inscrit dans ce contexte. De 1588 à 1594, il fut d’abord père spirituel des étudiants jésuites du Collège Romain, parmi lesquels il rencontra et dirigea Saint Louis Gonzague, puis supérieur religieux. Le Pape Clément VIII le nomma théologien pontifical, consulteur du Saint-Office et recteur du Collège des pénitenciers de la Basilique Saint-Pierre. C’est à la période 1597-1598 que remonte son catéchisme, Doctrine chrétienne abrégée, qui fut son œuvre la plus populaire.

Le 3 mars 1599, il fut créé cardinal par le Pape Clément VIII et, le 18 mars 1602, il fut nommé archevêque de Capoue. Il reçut l’ordination épiscopale le 21 avril de la même année. Au cours des trois années où il fut évêque diocésain, il se distingua par son zèle de prédicateur dans sa cathédrale, par la visite qu’il accomplissait chaque semaine dans les paroisses, par les trois synodes diocésains et le concile provincial auquel il donna vie.
Après avoir participé aux conclaves qui élurent les Papes Léon XI et Paul V, il fut rappelé à Rome, où il devint membre des Congrégations du Saint-Office, de l’Index, des Rites, des évêques et de la Propagation de la foi. Il reçut également des charges diplomatiques, auprès de la République de Venise et de l’Angleterre, pour défendre les droits du Siège Apostolique.
Dans ses dernières années, il rédigea divers livres de spiritualité, dans lesquels il résuma le fruit de ses exercices spirituels annuels. Le peuple chrétien tire aujourd’hui encore une profonde édification de leur lecture.
Il mourut à Rome le 17 septembre 1621.
Le Pape Pie XI le béatifia en 1923, le canonisa en 1930 et le proclama docteur de l’Eglise en 1931.

Saint Robert Bellarmin joua un rôle important dans l’Eglise des dernières décennies du XVIème siècle et des premières du siècle suivant. Ses Controversiae constituèrent un point de référence, encore valable, pour l’ecclésiologie catholique sur les questions concernant la Révélation, la nature de l’Eglise, les Sacrements et l’anthropologie théologique. Dans celles-ci, l’aspect institutionnel de l’Eglise se trouve accentué, en raison des erreurs qui circulaient à l’époque sur ces questions. Toutefois, Bellarmin clarifia également les aspects invisibles de l’Eglise comme Corps mystique et les illustra à travers l’analogie du corps et de l’âme, afin de décrire le rapport entre les richesses intérieures de l’Eglise et les aspects extérieurs qui la rendent perceptible. Dans cette œuvre monumentale, qui tente de systématiser les diverses controverses théologiques de l’époque, il évite toute approche polémique et agressive à l’égard des idées de la réforme, mais en utilisant les arguments de la raison et de la Tradition de l’Eglise, il illustre de manière claire et efficace la doctrine catholique.

Toutefois, son héritage tient à la manière dont il conçut son travail.
Les tâches prenantes du gouvernement ne lui empêchèrent pas, en effet, de tendre quotidiennement vers la sainteté en fidélité aux exigences de son statut de religieux, de prêtre et d’évêque. C’est de cette fidélité que découle son engagement dans la prédication. Etant, en tant que prêtre et évêque, avant tout un pasteur d’âmes, il ressentit le devoir de prêcher assidûment. Il prononça des centaines de sermones — les homélies — dans les Flandres, à Rome, à Naples et à Capoue à l’occasion des célébrations liturgiques. Tout aussi nombreuses, ses expositiones et les explanationes destinées aux curés, aux religieuses, aux étudiants du Collège Romain, ont souvent pour objet les Saintes Ecritures, en particulier les Lettres de Saint Paul. Sa prédication et ses catéchèses présentent ce même caractère d’essentialité qu’il avait appris au cours de son éducation ignacienne, visant tout entière à concentrer les forces de l’âme sur le Seigneur Jésus intensément connu, aimé et imité.

Dans les écrits de cet homme de gouvernement on perçoit de manière très claire, malgré la réserve derrière laquelle il cache ses sentiments, le primat qu’il accorde aux enseignements du Christ. Saint Bellarmin offre ainsi un modèle de prière, âme de toute activité : une prière qui écoute la Parole du Seigneur, qui se satisfait d’en contempler la grandeur, qui ne se replie pas sur elle-même, mais est heureuse de s’abandonner à Dieu.
Un signe distinctif de la spiritualité de Robert Bellarmin est la perception vivante et personnelle de l’immense bonté de Dieu, grâce à laquelle notre saint se sentait vraiment le fils bien-aimé de Dieu, et c’était une source de grande joie que de se recueillir, avec sérénité et simplicité, en prière, en contemplation de Dieu. Dans son livre De ascensione mentis in Deum — Elévation de l’esprit à Dieu — composé sur le schéma de l’Itinerarium de Saint Bonaventure, il s’exclame : «O mon âme, ton exemple est Dieu, beauté infinie, lumière sans ombres, splendeur qui dépasse celle de la lune et du soleil. Lève les yeux vers Dieu dans lequel se trouvent les archétypes de toutes les choses, et dont, comme d’une source d’une infinie fécondité, dérive cette variété presque infinie des choses. C’est pourquoi tu dois conclure : celui qui trouve Dieu trouve toute chose, qui perd Dieu perd toute chose».

Dans ce texte, on entend l’écho de la célèbre contemplatio ad amorem obtinendum — contemplation pour obtenir l’amour — des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Robert Bellarmin, qui vit dans la société fastueuse et souvent malsaine de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème siècle, tire de cette contemplation des aspects pratiques et y projette la situation de l’Eglise de son temps avec un vif souffle pastoral.
Dans l’ouvrage De arte bene moriendi — l’art de bien mourir — il indique, par exemple, comme règle sûre d’une bonne vie, et également d’une bonne mort, de méditer souvent et sérieusement le fait que l’on devra rendre compte à Dieu de ses propres actions et de sa propre façon de vivre, et de chercher à ne pas accumuler de richesses sur cette terre, mais à vivre simplement et avec charité de manière à accumuler des biens au Ciel.
Dans l’ouvrage De gemitu colombae — le gémissement de la colombe, où la colombe représente l’Eglise — il rappelle avec force tout le clergé et les fidèles à une réforme personnelle et concrète de leur propre vie, en suivant ce qu’enseignent les Saintes Ecritures et les saints, parmi lesquels il cite en particulier Saint Grégoire de Nazianze, Saint Jean Chrysostome, Saint Jérôme et Saint Augustin, en plus des grands fondateurs des Ordres religieux, tels que Saint Benoît, Saint Dominique et Saint François.
Robert Bellarmin enseigne avec une grande clarté et à travers l’exemple de sa propre vie qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur.

Robert Bellarmin puisait aux Exercices spirituels de Saint Ignace des conseils pour communiquer de manière profonde, également aux plus simples, les beautés des mystères de la foi. Il écrit : «Si tu es sage, tu comprends que tu es créé pour la gloire de Dieu et pour ton salut éternel. Cela est ton but, le centre de ton âme, le trésor de ton cœur. Estime donc comme un vrai bien pour toi ce qui te conduit à ton objectif, un vrai mal ce qui te le fais manquer. Les événements bénéfiques ou l’adversité, la richesse et la pauvreté, la santé et la maladie, les honneurs et les outrages, la vie et la mort, le sage ne doit ni les chercher, ni les fuir pour lui-même. Ils ne sont bons et désirables que s’ils contribuent à la gloire de Dieu et à ton bonheur éternel, ils sont mauvais et à fuir s’ils lui font obstacle» (De ascensione mentis in Deum, grad. 1).

Ces paroles ne sont assurément pas passées de mode, ce sont des paroles que nous devons méditer longuement aujourd’hui pour orienter notre chemin sur cette terre. Elles nous rappellent que le but de notre vie est le Seigneur, le Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ, en qui Il continue à nous appeler et à nous promettre la communion avec Lui. Elles nous rappellent l’importance de s’en remettre au Seigneur, de nous prodiguer dans une vie fidèle à l’Evangile, d’accepter et d’illuminer par la foi et par la prière toute circonstance et toute action de notre vie, toujours tendus vers l’union avec Lui. 

ihs couleur

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