Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2017-40. « Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ… »

Anne-Eugénie Milleret de Brou, née le 26 août 1817 dans une famille aisée éloignée de la pratique religieuse, fut convertie à l’âge de 19 ans et fonda à l’âge de 22 ans (1839), sous la Règle de Saint-Augustin, les Religieuses de l’Assomption, vouée à l’éducation et à l’adoration du Très Saint-Sacrement.
Devenue Mère Marie-Eugénie de Jésus, elle présida aux développements de sa fondation. Elle se plaça en 1841 sous la direction spirituelle du Vénérable Emmanuel d’Alzon, vicaire général du diocèse de Nîmes, qui fondera un peu plus tard la congrégation des Augustins de l’Assomption (Assomptionnistes). Ses dernières années furent marquées par les atteintes de la paralysie. Elle rendit son âme à Dieu le 10 mars 1898, dans sa 81e année.
Béatifiée en 1975, elle a été canonisée par S.S. le Pape Benoît XVI en 2007.
Voici un extrait des instructions que Sainte Marie-Eugénie de Jésus donna à ses religieuses pour les inviter à méditer et à approfondir les Sept Paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix.

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Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail compassion

« Voici votre Mère ! »
(vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

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Instruction pour aider à
la méditation des
Sept Paroles de Jésus en Croix :

Il n’est pas possible de se mettre au pied de la Croix de Notre-Seigneur, sans se laisser pénétrer des dernières paroles qu’Il a prononcées. Quand on est auprès d’un lit d’agonie, quand on fait cette dernière veille auprès des personnes qui nous sont chères, comme on conserve dans son cœur les dernières paroles prononcées ! Combien plus, quand ce sont les paroles mêmes de Notre-Seigneur !

Les trois premières disent surtout l’infinie bonté de Notre-Seigneur. Le voilà entouré d’outrages, au milieu des souffrances les plus horribles. Il est cloué sur la croix, Il va mourir dans l’agonie la plus cruelle, et Il est tout occupé des autres, Il ne dit que des paroles d’excuse et de consolation. La première de toutes est celle-ci : Père pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font [Lc 23, 34].

Notre-Seigneur nous avait déjà enseigné à dire dans le Pater : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés [Mt 6, 12]. Il semble que ce soit là une vertu élémentaire, puisque tout chrétien est obligé de la pratiquer. Eh bien, ce n’est pas une vertu qu’on trouve pleine, entière, complète dans toutes les âmes chrétiennes. On trouve souvent une trace, un souvenir de ce qui a blessé, de ce qui a été pénible. C’est ce que Notre-Seigneur veut détruire en vous, quand Il dit : Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Il disait cela de Ses ennemis les plus cruels, de pécheurs endurcis et qui ne se convertiraient pas. Cette parole s’appliquait à Pilate, à Judas qui peut-être n’avait pas encore terminé sa triste vie, à Hérode, à ceux qui sont évidemment morts dans l’impénitence finale, comme elle s’appliquait à ceux qui étaient au pied de la croix et se sont convertis. Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.
Je désire que, par cette parole, vous appreniez à entrer dans l’intérieur du Cœur de Notre-Seigneur. Il n’est qu’amour, miséricorde, et, vis-à-vis de toutes les injures, de tout le mal qu’on Lui fait, ne répond que par des désirs de salut.

La deuxième parole est pour le larron. Notre-Seigneur donne là, pour tous les pécheurs pénitents, une consolation suprême.
Tout pécheur pénitent qui souffre avec Jésus-Christ, qui unit ses souffrances à celles de Jésus-Christ, – car il faut souffrir pour réparer et être pardonné – entend cette parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis [Lc 23, 43]. C’est celle qu’Il adresse à ce grand pécheur qui a recours à Lui.

Tout de suite après, Il S’est occupé de chacun de nous, de vous, de moi, en s’occupant de la très Sainte Vierge. Femme, lui dit-Il, voici ton fils [Jn 19, 26] ; puis, s’adressant à nous, à chacun de nous : Fils, voici ta mère.

À ce moment-là, Il nous a donné ce qu’Il avait de plus précieux, ce qui, en quelque état que nous soyons, doit assurer notre salut. Il nous a donné une mère dans la très Sainte Vierge. Elle, qui avait un si grand sacrifice à faire, nous a acceptés. Notre-Seigneur savait bien qu’Il donnait à la Sainte Vierge des fils indignes d’elle. En effet, dit saint Bernard, quel changement ! Le serviteur à la place du maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, la créature à la place de Jésus [Sermon sur les 12 étoiles, 2e nocturne de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs] – et non seulement une créature comme saint Jean, mais une créature comme vous.

Les autres paroles de Notre-Seigneur s’adressent toutes à Dieu.

Notre-Seigneur avait parlé aux hommes dans la miséricorde et la bonté. Puis Se retournant vers Son Père, Il Lui dit : J’ai soif ! [Jn 19, 28] Cette parole est la plus mystérieuse de toutes. Sans doute, Notre-Seigneur avait extrêmement soif, et la dernière dérision de Ses ennemis fut de Lui offrir le fiel et le vinaigre ; mais aussi Il avait soif des âmes et Il disait à Dieu : « Accordez-Moi des âmes ; je vous donne pour elles Mon sang et Mes douleurs. » C’est dans ce sens-là qu’Il dit cette parole : Sitio, qui a été l’objet de la méditation de tant d’âmes.

Puis Il dit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné ? [Mt 27, 46] Cette parole nous fait pénétrer dans l’intérieur des douleurs de Notre-Seigneur. À ce moment-là ce n’étaient pas seulement les douleurs de l’agonie, mais les douleurs de l’âme que Jésus acceptait et exprimait ainsi. Il était là couvert de nos péchés, frappé par Dieu ; Il était là comme un lépreux, devenu un objet d’abomination, Lui qui était le Fils bien-aimé du Père et l’objet de toutes les complaisances divines. Son âme passait par des angoisses que des âmes saintes ont partagées, quoique de loin. Cette parole, échangée entre Jésus-Christ et Dieu, nous fait voir de quel prix Il a payé nos âmes.

Puis Il dit : Tout est consommé [Jn 19, 30]. J’ai payé pour les âmes, j’ai fait tout ce que Vous demandiez, j’ai accompli tout ce que Vous aviez fixé pour moi. Tout est consommé.

Enfin Sa dernière parole fut celle-ci : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit [Lc 23, 46]. Vous répétez tous les jours cette parole à l’office de Complies. L’Église l’a adoptée pour la prière du soir. Tous les soirs, il faut remettre son âme entre les mains de Dieu, comme si on ne devait plus se réveiller, s’unissant à Notre-Seigneur disant Sa dernière parole : En Vos mains, Seigneur, je remets mon esprit !

Chacune de ces paroles de Notre-Seigneur a été gravée dans le cœur de la très Sainte Vierge. Elle se tenait debout au pied de la croix. 

On représente quelquefois Marie, le cœur percé de sept glaives, et on peut dire que ces sept paroles ont été autant de glaives d’amour.
Certainement elle connaissait Jésus-Christ mieux que nous ne Le connaissons. Cependant, ces dernières paroles si pleines de miséricorde, de pardon, d’indulgence envers le pécheur, si pleines de la bonté de Dieu, ont comme percé le cœur de la très Sainte Vierge, d’amour et de compassion.

Mettez-vous beaucoup au pied de la croix avec elle, regardez Jésus avec elle et comme elle. Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ, et enfin à cette dernière qui marque la consommation du sacrifice : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit !

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Extraits d’une instruction donnée au chapitre, 8 avril 1881.

Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail Compassion (détail)

« Voici votre Mère ! »
(détail du vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

2017-37. Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur les mystères de la Passion de Notre-Seigneur.

Voici un sermon de notre glorieux Père Saint Augustin, adressé aux fidèles un Vendredi Saint, dans lequel le sublime Docteur d’Hippone s’est attaché à faire ressortir les raisons mystérieuses et le symbolisme de certaines circonstances de la Passion décrites dans le Saint Evangile.
En connaisseur inspiré des textes sacrés, Saint Augustin montre les liens profonds de certains détails avec les prophéties de l’Ancien Testament – certaines étant peu connues -, et il met en lumière le sens spirituel de certains autres à côté desquels nous passons souvent sans prêter attention aux mystères qu’ils recèlent…

P. de Champaigne - Crucifixion

Philippe de Champaigne : Crucifixion.

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Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
sur
les mystères de la Passion

§ 1 – Saint Augustin prononce ce sermon un Vendredi Saint. La Passion est la cause de notre salut. Toutefois dans le récit de la Passion se trouvent des mystères que le saint évêque se propose de commenter.

On lit solennellement, et solennellement on honore la Passion de Celui dont le sang a effacé nos péchés, afin que ce culte annuel ranime plus vivement nos souvenirs et que le concours même des populations jette plus d’éclat sur notre foi.
Cette solennité exige donc que nous vous adressions sur la Passion du Seigneur le discours qu’il Lui plait de nous inspirer. C’est sans doute afin de nous aider à faire notre salut et à traverser utilement cette vie, que le Seigneur a daigné nous donner un grand exemple de patience en souffrant ce qu’Il a souffert de la part de Ses ennemis, et afin de nous disposer à souffrir, s’Il le voulait, de semblables douleurs pour l’honneur de l’Evangile.
Cependant comme il n’y a pas eu de contrainte et que tout a été volontaire dans ce qu’Il a enduré en Sa chair mortelle, on croit avec raison que dans les circonstances de Sa Passion dont Il a fait consigner le récit dans l’Evangile, Il a voulu encore indiquer autre chose.

§ 2 – Sens du portement de la Croix.

D’abord, si après avoir été condamné à être crucifié, Il a porté Lui-même Sa croix (Jean XIX, 17), c’était pour nous apprendre à vivre dans la réserve et pour nous montrer, en marchant en avant, ce que doit faire quiconque veut Le suivre.
Du reste Il S’en est expliqué formellement : « Si quelqu’un M’aime, dit-Il, qu’il a prenne sa croix et Me suive » (Matt. XVI, 24). Or, c’est en quelque sorte porter sa croix que de bien gouverner cette nature mortelle.

§ 3 – Sens du crucifiement au lieu dénommé Calvaire [note : Saint Augustin sous entend que ses auditeurs connaissent le sens de ce mot donné par le Saint Evangile, c’est-à-dire « lieu du crâne »].

S’il a été crucifié sur le Calvaire (Jean XIX, 17-18), c’était pour indiquer que par Sa passion Il remettait tous ces péchés dont il est écrit dans un psaume : « Le nombre de mes iniquités s’est élevé au-dessus des cheveux de ma tête » (Ps. XXXIX, 13).

§ 4 – Symbolisme des deux larrons crucifiés à la droite et à la gauche de Jésus.

Il eut à Ses côtés deux hommes crucifiés avec Lui (Jean XIX, 18) ; c’était pour montrer que des souffrances attendent et ceux qui sont à Sa droite, et ceux qui sont à Sa gauche. Ceux qui sont à Sa droite et desquels Il dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice » (Matt. V, 10) ; ceux qui sont à Sa gauche et dont il est écrit : « Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (I Cor. XIII, 3).

§ 5 – Symbolisme de l’écriteau (titre) de la Croix.

En permettant qu’on plaçât au-dessus de Sa croix le titre où Il était désigné comme « Roi des Juifs » (Jean XIX, 19), Il voulait montrer que même en Le mettant à mort les Juifs ne pouvaient empêcher qu’Il fût leur Roi : aussi viendra-t-Il avec une grande gloire et une puissance souveraine leur rendre selon leurs oeuvres ; et c’est pourquoi il est écrit dans un psaume : « Pour moi, Il M’a établi Roi sur Sion, Sa montagne sainte » (Ps. II, 6).
Ce titre fut écrit en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (ibid. 20) ; c’était pour signifier qu’Il régnerait non-seulement sur les Juifs mais encore sur les Gentils. Aussi après ces mots qui désignent Sa domination sur les Juifs : « Pour moi, j’ai été établi Roi sur Sion, sa montagne sainte » ; Il ajoute aussitôt, pour parler de Son empire sur les Grecs et sur les Latins : « Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui ; demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage et pour domaine jusqu’aux extrémités de l’univers » (Ps. II, 6-7).
Ce n’est pas que les Gentils ne parlent que grec et latin ; c’est que ces deux langues l’emportent sur les autres : la langue grecque, à cause de sa littérature ; la langue latine, à cause de l’habileté politique des Romains. Les trois langues annonçaient donc que toute la gentilité se soumettrait à porter le joug du Christ.
Le titre néanmoins ne portait pas Roi des Gentils, mais Roi des Juifs : c’était afin de rappeler par ce nom propre l’origine même de la race chrétienne : « La loi viendra de Sion, est-il écrit, et de Jérusalem la parole du Seigneur » (Isaïe II, 3). Quels sont d’ailleurs ceux qui disent avec un psaume : « Il nous a assujetti les peuples, il a mis à nos pieds les Gentils » (Ps. XLVI, 4), sinon ceux dont parle ainsi l’Apôtre : « Si les Gentils sont entrés en partage de leurs biens spirituels, ils doivent leur faire part à leur tour de leurs biens temporels » (Rom. XV, 27) ?

§ 6 - Ce n’est pas non plus sans raison que Pilate a refusé de modifier ce titre.

Quand les princes des Juifs demandèrent à Pilate de ne pas mettre, dans un sens absolu, qu’il était Roi des Juifs, mais d’écrire seulement qu’Il prétendait l’être (Jean, XIX, 21), Pilate fut appelé à figurer comment l’olivier sauvage serait greffé sur les rameaux rompus ; car Pilate appartenait à la gentilité et il écrivait alors la profession de foi de ces mêmes Gentils dont Notre-Seigneur avait dit Lui-même : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé et a donné à une nation fidèle à la justice » (Matt. XXI, 43).
Il ne s’ensuit pas néanmoins que le Sauveur ne soit pas le Roi des Juifs. N’est-ce pas la racine qui porte la greffe sauvage et non cette greffe qui porte la racine ? Par suite de leur infidélité, ces rameaux sans doute se sont détachés du tronc ; mais il n’en faut pas conclure que Dieu ait repoussé le peuple prédestiné par Lui. « Moi aussi, dit saint Paul, je suis Israélite » (Rom. XI, 1, 2, 17). De plus, quoique les fils du royaume se jettent dans les ténèbres pour n’avoir pas voulu que le Fils de Dieu régnât sur eux, beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident pour prendre place au banquet, non pas avec Platon et Cicéron, mais avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le Royaume des Cieux (Matt. VIII, 11).
Pilate aussi écrivit Roi des Juifs, et non pas Roi des Grecs et des Latins, quoiqu’il dût régner sur les Gentils ; et ce qu’il écrivit, il l’écrivit sans consentir à le changer malgré les réclamations de ces infidèles (Jean, XIX, 22) : c’est que bien longtemps auparavant il lui avait été dit au livre des psaumes : « N’altère point le titre, tel qu’il est écrit » (Ps. LVI, 1 ; LVII, 2).
C’est donc au Roi des Juifs que croient tous les Gentils ; Il règne sur toute la gentilité, mais comme Roi des Juifs. Telle a donc été la sève de cette racine, qu’elle a pu communiquer sa nature au sauvageon greffé sur elle, sans que ce sauvageon ait pu lui ôter son nom d’olivier véritable.

§ 7 – Symbolisme du partage des vêtements.

Si les soldats s’approprièrent ses vêtements, après en avoir fait quatre parts (Jean XIX, 23), c’est que Ses sacrements devaient se répandre dans les quatre parties du monde.
S’ils tirèrent au sort, au lieu de la partager entre eux, Sa tunique sans couture et d’un seul tissu, depuis le haut jusqu’en bas (ibid. 23-24), ce fut pour démontrer clairement que tous, bons ou méchants, peuvent recevoir sans doute les sacrements extérieurs, qui sont comme les vêtements du Christ, mais que cette foi pure qui produit la perfection de l’unité et qui la produit par la charité qu’a répandue dans nos coeurs le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom. V, 5), n’est pas le partage de tous, mais un don spécial, fait comme au hasard, par la grâce secrète de Dieu. Voilà pourquoi Pierre dit à Simon, qui avait reçu le baptême, mais non pas cette grâce : « Il n’y a pour toi ni a part, ni sort dans cette foi » (Act. VIII, 21).

§ 8 – Raison pour laquelle Jésus S’est adressé à Marie du haut de la Croix.

Du haut de la croix Il reconnut Sa Mère et la recommanda au disciple bien-aimé (Jean XIX, 26-27) ; c’était, au moment où Il mourait comme homme, montrer à propos des sentiments humains – et ce moment n’était pas encore arrivé, quand sur le point de changer l’eau en vin, Il avait dit à cette même Mère : « Que nous importe, à Moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue » (ibid. II, 4).
Aussi n’avait-Il pas puisé dans Marie ce qui appartenait à Sa divinité, comme en elle Il avait puisé ce qui était suspendu à la croix.

§ 9 – Sens de la soif éprouvée par le Sauveur en Croix et symbolisme de l’éponge.

S’Il dit : « J’ai soif », c’est qu’Il avait soif de la foi de Son peuple ; mais comme «en venant chez lui il n’a pas été reçu par les siens » (Jean I, 11), au lieu du doux breuvage de la foi, ceux-ci Lui présentèrent un vinaigre perfide, et le Lui présentèrent avec une éponge.
Ne ressemblaient-ils pas eux-mêmes à cette éponge, étant – comme elle – enflés sans avoir rien de solide, et, comme elle encore, ne s’ouvrant pas en droite ligne pour professer la foi, mais  cachant  de noirs  desseins  dans  leurs  coeurs  aux  replis tortueux ?
Cette éponge était elle-même entourée d’hysope, humble plante dont les racines vigoureuses s’attachent, dit-on, fortement à la pierre : c’est qu’il y avait parmi ce peuple des âmes pour qui ce crime devait être un sujet d’humiliation et de repentir. Le Sauveur les connaissait, en acceptant l’hysope avec le vinaigre ; aussi pria-t-Il pour elles – au rapport d’un autre Evangéliste – lorsqu’Il dit sur la croix : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc XVIII, 34).

§ 10 – Sens des dernières paroles du Sauveur et de Son inclinaison de tête.

En disant : « Tout est consommé », et en rendant l’esprit après avoir incliné la tête (Jean XIX, 30), Il montra que Sa mort n’était pas forcée, mais volontaire, puisqu’Il attendait l’accomplissement de tout ce qu’avaient prédit les prophètes relativement à Lui.
On sait qu’une autre circonstance était prédite aussi dans ces mots : « Et dans ma soif ils M’ont donné à boire du vinaigre » (Ps. LXVIII, 22). Ainsi montrait-Il qu’Il possédait, comme Il l’avait affirmé Lui-même, « le pouvoir de déposer sa vie » (Jean X, 18).
De plus Il rendit l’esprit avec humilité, c’est-à-dire en baissant la tête, parce qu’Il devait le reprendre en relevant la tête à Sa résurrection.
Cette mort et cette inclination de tête indiquaient donc en Lui une grande puissance ; c’est ce qu’annonçait déjà le patriarche Jacob en bénissant Juda : « Tu es monté, lui dit-il, en t’abaissant ; tu t’es endormi comme un lion » (Gen. XLIX, 9) ; c’est que Jésus-Christ devait S’élever en mourant, c’est qu’Il avait alors la puissance du lion.

§ 11 – Raisons pour lesquelles Ses jambes ne furent pas rompues comme aux deux larrons.

Pourquoi les jambes furent-elles rompues aux deux larrons et non pas à Lui, qu’on trouva mort ?
L’Evangile même l’explique : c’était une preuve qu’au sens prophétique Il était bien question de Lui dans la Pâque des Juifs, où il était défendu de rompre les os de la victime [note : c’est la prescription faite aux Hébreux lors des préparatifs du repas pascal avant la sortie d’Egypte, car il est dit par Dieu au sujet de l’agneau : « pas un de ses os ne sera brisé »].

§ 12 – Symbolisme du sang et de l’eau sortis du côté ouvert.

Le sang et l’eau qui de Son côté, ouvert par une lance, coulèrent à terre, désignent sans aucun doute les sacrements qui servent à former l’Eglise.
C’est ainsi qu’Eve fut formée du côté d’Adam endormi, qui figurait le second Adam.

§ 13 – Raisons pour lesquelles Jésus fut enseveli par des hommes portant les noms de Joseph et de Nicodème.

Joseph et Nicodème L’ensevelissent.
D’après l’interprétation de plusieurs, Joseph signifie « accru », et beaucoup savent que Nicodème, étant un mot grec, est composé de victoire : nikos, et de peuple : demos. Quel est donc Celui qui s’est accru en mourant, sinon Celui qui a dit : « A moins que le grain de froment ne meure, il reste seul ; mais il se multiplie,  s’il meurt » (Jean XII, 24-25) ?
Quel est encore Celui qui en mourant a vaincu le peuple persécuteur, sinon celui qui le jugera après S’être ressuscité ?

P. de Champaigne  - le Christ mort

Philippe de Champaigne : le Christ mort.

2017-36. La Sainte Vierge au pied de la Croix, en qualité de Mère de douleur.

Vendredi de la Passion 7 avril 2017,
Commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame.

Ignaz Günther Pietà de Weyarn

Piétà de l’église des Augustins de Weyarn (Bavière)
oeuvre d’Ignaz Günther (1725-1775)

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Pour marquer la commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame, voici un texte écrit par « Monsieur Baudrand » : il est extrait d’une « Neuvaine à l’honneur du saint Coeur de Marie » que nous avons trouvée dans « L’âme embrasée de l’amour divin, par son union aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie », ouvrage imprimé à Angers en 1712 (ce n’est pas la première édition que nous possédons au Mesnil-Marie).
Henry Baudrand, né à Paris en 1637, était un prêtre sulpicien, docteur en théologie, qui fut curé de Saint-Sulpice de 1689 à 1696. En 1696, il échangea sa charge de curé contre celle de prieur de Saint-Côme, près de Tours. C’est pendant son séjour dans ce prieuré qu’il rédigea plusieurs ouvrages de dévotion. Il mourut le 18 octobre 1699 à Beaune, dans le Gâtinais (aujourd’hui Beaune-la-Rolande) et fut inhumé dans l’église de Beaune.
Dans l’extrait suivant, nous avons modernisé la graphie (vg. « avait » au lieu d’ « avoit », « tourments » au lieu de « tourmens »… etc.) mais nous avons scrupuleusement conservé le style, la ponctuation et les majuscules telles qu’elles se trouvent dans l’ouvrage que nous avons sous les yeux

L'âme embrasée - Baudrand

La Sainte Vierge au pied de la Croix,
en qualité de Mère de douleur.

« 1 – Le saint Vieillard Siméon avait annoncé à Marie qu’un jour viendrait, que le glaive de douleur percerait son âme : depuis ce moment la prophétie commença à s’accomplir dans elle ; mais elle eut son accomplissement parfait au pied de la croix.
Le temps de la passion du Fils, aussi bien que celle de la Mère, étant venu, on ne saurait exprimer quelle fut sa douleur quand elle apprit que Jésus était arrêté, qu’on le traînait de tribunal en tribunal, au milieu des opprobres et des ignominies : douleur plus grande encore quand il fut condamné à la mort ; mais douleur excessive, immense, au-dessus de toute douleur, quand elle le vit sur la croix.
Jamais Mère n’aima son Fils unique avec tant de tendresse, et jamai aussi Mère ne vit un Fils dans de si cruels tourments. Tous les SS. Pères disent qu’elle seule a souffert plus que tous les Martyrs ensemble, dont elle est appelée à juste titre la Reine, Regina Martyrum ; et ils conviennent que, sans un miracle, elle n’aurait pu soutenir le spectacle de cette douloureuse et ingnominieuse Passion de son Fils.
Soumise à la volonté et aux ordres de Dieu, sur le sacrifice de ce divin Fils, non seulement elle ne fit aucune démarche pour le soustraire à la mort, mais elle se résolut même par un courage surnaturel, et bien au-dessus de son sexe, d’accompagner Jésus-Christ sur le Calvaire, et d’assister à sa mort, au pied même de la Croix. Là, tout ce que les bourreaux faisaient souffrir à son Fils, toutes les imprécations, tous les blasphèmes qu’on vomissait contre lui, étaient autant de coups mortels qu’on portait au coeur de la Mère.
Ici, si nous avons quelque sentiment de dévotion pour Marie, quelles doivent être nos dispositions envers elle ?

2 – Jésus, en qualité de victime pour le genre humain, était mourant sur la croix, et Marie, en qualité de Mère de douleur, était agonisante au pied de la croix. L’amour faisant l’office de Sacrificateur, immolait Jésus à son Père céleste sur l’autel de la croix, pour l’expiation de tous les péchés des hommes, et le même amour immolait Marie au pied de cette croix, en lui faisant souffrir dans son coeur tous les tourments que son Fils endurait dans son corps.
Mais ce qui acheva de mettre le comble à cette incompréhensible douleur de cette Mère affligée, ce furent les dernières paroles que lui adressa son Fils expirant ; ces dernières paroles renouvelèrent toutes les plaies dont le coeur de cette Mère mourante était déjà percé. Jésus ayant aperçu au pied de sa croix, sa tendre Mère et son cher Disciple, dit à sa Mère : voilà votre fils ; et à St Jean : voilà votre Mère ; comme s’il disait à Marie : vous n’avez plus en moi de Fils sur la terre ; voilà celui qui vous tiendra ma place et qui prendra soin de vos jours. Quel nouveau glaive de douleur fut alors enfoncé dans le coeur de cette tendre Mère ! Et les SS. Pères ne disent-ils pas avec juste raison, que le martyre de Marie, en ce seul moment, fut plus douloureux et plus violent que celui de tous les Martyrs ensemble, dans tout le cours de leur martyre et de leurs souffrances ?

Depuis ce moment, ô Mère affligée, vous ne menâtes plus sur la terre qu’une vie languissante d’amour ; et ce fut l’excès de cet amour qui termina enfin votre course en ce monde.
Vierge sainte ! en compatissant à vos douleurs, nous devons nous souvenir toujours que c’est par amour pour nous, et par zèle pour notre salut, que vous les avez souffertes, et que vous vous êtes comme immolée vous-même, en consentant à l’immolation de votre Fils. Quels sentiments d’amour, de tendresse, de reconnaissance et de vénération ne devons-nous pas avoir pour vous tant que nous vivrons ?

Je vous les demande, ô mon Dieu ! ces pieux sentiments envers votre tendre Mère, qui veut bien aussi être la mienne ; daignez recevoir et confirmer pour toujours, le dévouement que je lui renouvelle en ce jour pour toute ma vie.

O Mère de douleur par excellence ! faites-moi ressentir les traits douloureux qui percent votre âme, afin que je joigne mes soupirs aux vôtres, mes larmes aux vôtres, et que le reste de ma vie je partage l’affliction que vous avez ressentie au pied de la croix.
Je me reprocherai d’y avoir été jusqu’à présent si peu sensible.
Je réparerai ce coupable oubli, par le zèle que j’aurai désormais pour votre service.
J’irai souvent au pied de la croix unir mes sentiments et mon sacrifice au vôtre.
J’entrerai dans toutes les pratiques de piété capables de vous honorer, et j’honorerai spécialement vos saints Mystères douloureux, que l’Eglise célèbre dans le cours de l’année.

C’est une sainte pratique  de réciter le Stabat Mater tous les Vendredis. »

Abbé Henry Baudrand
in « Neuvaine à l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus et du Saint Coeur de Marie »
Pavie éd. Angers 1712 – p. 153 et sv.

Ignaz Günther Pietà de Weyarn - détail

Piétà de l’église des Augustins de Weyarn – détail.

Autres publications de ce blogue en l’honneur de Notre-Dame de Compassion
A – Prières :
- Ave, Maria en l’honneur de la Vierge de Compassion > ici
- Prière de Compassion et de supplication > ici
- Le chapelet des Sept Douleurs > ici
- Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion > ici
- Prière de St Alphonse en l’honneur des 7 Douleurs > ici

B – Stabat Mater :
- Stabat Mater de Pergolèse > ici
- Stabat Mater de Kodaly > ici

C – Textes de méditation :
- Jean-Jacques Olier : « Marie au Calvaire » (3 textes) à partir d’ > ici
- St François de Sales sur la souffrance de Marie > ici
- Rd. Père Lépicier sur les douleurs de la Vierge > ici

Coeur de Marie aux sept glaives

2017-35. Du Bienheureux Pierre Vigne et du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi.

« Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé
dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

Bienheureux Pierre Vigne

Bx Pierre Vigne

Le Bienheureux Pierre Vigne (1670-1740)
Fondateur du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi
& de la congrégation des Soeurs du Saint-Sacrement

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il faut que je profite de ce Temps de la Passion pour vous entretenir d’une très belle figure de sainteté de notre diocèse de Viviers, le Bienheureux Pierre Vigne, dont la fête est célébrée le 8 juillet - c’est-à-dire pour son « dies natalis » : cette formule latine qui signifie « jour de la naissance », désigne de fait le jour de la naissance au Ciel, qui est le jour de sa mort, survenue le 8 juillet 1740 - , et les photos que vous pourrez voir dans la suite de cet article ont été prises le 8 juillet 2016, lorsque Frère Maximilien-Marie et l’un de ses amis se sont rendus en pèlerinage à Boucieu-le-Roi.

Lully.

* * *

Pierre Vigne est né à Privas, le 20 août 1670, dans une famille de commerçants aisés : très tôt, il a manifesté une vive intelligence et a acquis une instruction bien au-dessus de la moyenne.
Selon une tradition solidement établie, mais aujourd’hui contestée par certains historiens, bien qu’ayant été baptisé dans l’Eglise catholique, le jeune Pierre aurait été un temps séduit par les erreurs des huguenots et, vers l’âge de 20 ans, aurait décidé de se rendre à Genève en vue de devenir pasteur : c’est alors que, croisant un prêtre qui portait le Saint-Sacrement et refusant de manifester le moindre respect pour ce qui était à ses yeux une idolâtrie de papistes, son cheval se cabra, le fit tomber à terre – comme jadis Saül à l’approche de Damas – puis l’animal s’inclina devant la Sainte Eucharistie. Pierre, touché par la grâce, non seulement abandonna son dessein hérétique mais au lieu de faire route vers Genève s’en fut trouver Monseigneur l’évêque de Viviers et demanda à entrer au séminaire pour s’y préparer au sacerdoce !

conversion de Pierre Vigne

Conversion de Pierre Vigne, terrassé devant le Très Saint Sacrement qu’un prêtre portait à un mourant
(tableau exposé au Musée Pierre Vigne à Boucieu-le-Roi)

Pierre Vigne est ordonné prêtre aux Quatre-Temps d’automne, le 18 septembre 1694, et presque aussitôt envoyé comme vicaire à Saint-Agrève, dans le nord du Vivarais : il demeure à ce poste jusqu’en 1700.
Le 27 mai 1700, il part pour Lyon, où il demande à entrer au séminaire des « prêtres de la mission » (appelés aussi Lazaristes) fondés par Saint Vincent de Paul pour les missions populaires 75 ans plus tôt.
En 1702, après ses voeux, il est nommé au sanctuaire de Valfleury, près de Saint-Chamond : il y a là une communauté lazariste qui rayonne en missions nombreuses dans les campagnes environnantes. A la fin de l’année 1704, on l’envoie à Béziers, toujours pour être employé aux missions paroissiales. 

En 1706, nouveau changement de vie : il quitte les Lazaristes et rentre dans sa famille à Privas. Il reprend là ses activités de missionnaire des campagnes : sa prédication et son zèle sont tellement appréciés qu’on voudrait le nommer à la cure de Privas, mais il refuse : il préfère rester missionnaire itinérant, ayant une prédilection pour les pauvres gens des campagnes.
Son grand modèle est Saint Jean-François Régis, l’apôtre du Vivarais et du Velay, mort d’épuisement à La Louvesc le 31 décembre 1640 après avoir multiplié les conversions et les retours à la ferveur.

On a retrouvé dans les écrits du Bienheureux Pierre Vigne la liste des lieux où il prêcha dans les diocèses de Lyon, Toulouse, Montpellier, Rodez, Le Puy, Grenoble, Vienne, Digne, Gap, Die et surtout Valence et Viviers : plus de 180 localités (dans certaines il est revenu plusieurs fois).

Bx Pierre Vigne 2

Les pôles de la spiritualité du Bienheureux Pierre Vigne sont avant tout la Passion, la Messe et le culte du Très Saint-Sacrement ; ce sont aussi les pôles de sa prédication : le Père Pierre Vigne fait aimer Jésus, mort par amour pour nous afin de nous sauver, dont l’oeuvre de rédemption et d’amour accomplie au Calvaire se perpétue à la Messe, cette Sainte Messe catholique, où l’on fait mémoire et actualise les mystères de la Bienheureuse Passion de Notre-Seigneur, Sa Résurrection du séjour des morts et Sa glorieuse Ascension dans les cieux, en offrant à la Majesté divine la Victime parfaite, la Victime sainte, la Victime sans tache, Pain saint de la vie éternelle et Calice du salut perpétuel (cf. prière « Unde et memores » du Canon romain).
Pour cela il faut inlassablement faire mieux connaître Jésus, vrai Dieu et vrai homme, et mettre davantage les âmes en communion vivante avec Lui par la grâce : de ce fait, le ministère de la confession occupe une part importante de l’apostolat du Père Vigne.
Tellement importante que, dans ses déplacements à pied à travers la campagne, il porte son confessional avec lui, toujours prêt à y accueillir les pauvres pécheurs et à leur ouvrir tout grand les réserves de la miséricorde divine…

Bx Pierre Vigne 3

« Si on connaissait bien ce qu’est ce grand Dieu, hélas ! qui ne tremblerait de crainte et ne serait pénétré de regret de l’avoir si souvent offensé ? » a-t-il écrit dans son journal.
Encore et encore, il ramène les âmes à Dieu en les mettant en face de l’amour de ce Dieu qui est allé jusqu’à des extrémités inouïes.
Le repentir profond et l’amour durable sont suscités dans les coeurs par une meilleure connaissance et la méditation de la Passion de Jésus : « Il vous a donné tout Son sang, ne Lui donnerez-vous pas au moins des larmes ? »

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A Boucieu-le-Roi, dans le petit musée qui lui est consacré on conserve ce fameux confessionnal que le Père Vigne transportait sur son dos dans ses courses apostoliques, et à l’intérieur duquel les flots de la grâce ont coulé, réconciliant les pécheurs, consolant les affligés, stimulant ceux qui peinent dans le chemin de la fidélité chrétienne, soutenant les efforts de ceux qui titubent, portant les bons à davantage de ferveur encore…

Confessionnal portatif du Bx Pierre Vigne

Confessional portatif du Bienheureux Pierre Vigne :
sous le siège du confesseur se trouve une espèce de tiroir dans lequel il rangeait des objets de culte, sorte de « chapelle portative » ; ainsi, même dans les églises ou chapelles les plus mal équipées avait-il toujours tout ce qui lui était nécessaire pour une digne célébration de la Sainte Messe et des sacrements.

Comme Saint Paul, le Bienheureux Pierre Vigne prêche la science de Jésus-Christ, Messie crucifié : « Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres, le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous, le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang, non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

« Et comme il sait que l’amour appelle l’amour, non content de commenter à ses auditeurs ce livre de la science suprême, il l’ouvrira sous leurs yeux : son oeuvre la plus chère sera, à la fin de la mission, de planter la Croix du Christ, plus éloquente que des paroles.
« Il a laissé dans les lieux où il a prêché une trentaine de Calvaires ou Chemins de Croix dont quelques-uns sont encore fréquentés à l’heure actuelle… » (Thérèse Ardouin, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.37).
Des Chemins de Croix que l’on peut qualifier de monumentaux : grande Croix érigée sur une colline ou un sommet dominant avec, pour y parvenir, des stations ou chapelles échelonnées le long du sentier que l’on gravit en priant, se souvenant du détail de tous les épisodes de la Passion et les méditant.

Bien loin du « résumé » que constituent les quatorze stations sous forme de tableaux alignés sur les murs intérieurs de nos églises, ces grands Chemins de Croix dont le Père Vigne favorise l’implantation possèdent entre trente et quarante stations. C’est le cas du célèbre Chemin de Croix de Burzet (déjà évoqué dans ce blogue > ici), et surtout celui de Boucieu-le-Roi, celui qui lui tint le plus à coeur.

Bx Pierre Vigne 5

Au coeur de la vallée du Doux, entre Tournon-sur-Rhône et Lamastre, regroupé autour de la colline où se dressait jadis une maison forte, Boucieu-le-Roi est un village de caractère au passé historique fort riche : siège d’une cour royale de justice, ou bailliage, depuis le règne de Philippe le Bel jusqu’au temps de François 1er, le village connut une activité intense aux XIVe et XVe siècles.
Pillé et en partie détruit lors de la guerre de Cent Ans, mais plus encore du fait des exactions des huguenots, le village s’assoupit ensuite.

Au début de l’année 1712, le Père Pierre Vigne y vient pour la première fois et la configuration du village et de ses environs évoque pour lui de manière frappante celle de Jérusalem et de ses alentours : non qu’il se soit rendu en Palestine, mais seulement en raison des descriptions qu’il a pu en lire, tout spécialement dans l’ « Histoire et Voyage de la Terre Sainte » du franciscain Jacques Goujon, ancien supérieur du couvent du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Dans cet ouvrage les lieux de la Passion sont décrits de manière très minutieuse, au point de noter les distances qui se trouvent entre eux.

Impressioné par les « conformités » de Boucieu-le-Roi avec les représentations qu’il a pu se faire à partir de tous les détails du livre du docte franciscain, Pierre Vigne projette aussitôt sur ce coin de terre vivaroise son rêve d’établir un Chemin de Croix qui reproduise le plus exactement possible la disposition des lieux où s’accomplit le mystère de notre Rédemption, de telle sorte qu’en suivant ici de station en station les étapes de la Bienheureuse Passion, le pèlerin parcourra exactement, au pas près, les mêmes distances qui se trouvent à Jérusalem entre les divers sites où s’accomplit le drame divin !

Boucieu-le-Roi vue générale

Boucieu-le-Roi : vue générale du village dans son état actuel.
On distingue l’église, avec son clocher carré trapu, au milieu des maisons villageoises ;
on remarque surtout, à l’emplacement de l’ancien château, en position dominante, la « Maison Pierre Vigne »,
couvent des religieuses du Saint-Sacrement, où se trouve le Calvaire et donc l’aboutissement des stations du « Grand Voyage » établi ici par le Bienheureux Pierre Vigne.

Sur le promontoire où se dresse le château, le Père Vigne a repéré un emplacement libre : endroit idéal pour dresser, entre les croix des deux larrons, celle du bien-aimé Sauveur. Là bas, « du côté de l’orient », il y a une montagne qui figurera parfaitement le Mont des Oliviers, d’autant que dans le vallon qui se trouve au pied coule un ruisseau qu’il baptise aussitôt le Cédron. Dès qu’on franchit le ruisseau, on trouve un terrain « qui a la longueur du Jardin des Oliviers » et près duquel un « rocher creusé » deviendra la grotte de la Sainte Agonie… etc.
Et le Père n’en finit pas de détailler – redisons-le, au pas près, car toutes les stations seront disposées selon les indications de distance précisées par le Père Goujon dans son livre  - les « conformités de Boucieu-le-Roi avec les Saints Lieux de Jérusalem ».

En moins de neuf mois (à partir de la fin de l’année 1712), avec l’aide des habitants et le soutien de quelques généreux donateurs, le Bienheureux Pierre Vigne fait aménager un immense Chemin de Croix de trente stations – autant que de jours dans un mois – en même temps qu’il rédige et fait éditer à Lyon les deux tomes d’un livre intitulé « Méditations pour chaque jour du mois, tirées du plus beau livre que Dieu nous ait donné et qui est Jésus-Christ souffrant et mourant sur la Croix ». L’ouvrage contient enfin des stations « surnuméraires » – au nombre de neuf – , qui vont depuis la mise au tombeau jusqu’à la Pentecôte, et qui font que ce Chemin de Croix recouvre la totalité du mystère pascal.

L’itinéraire, à partir de l’église de Boucieu-le-Roi, dans les rues du village et dans ses environs court sur une superficie de quelque deux-cents hectares, suivant un tracé complexe qui se croise lui-même ici ou là.
A partir de l’institution de la Sainte Eucharistie, en passant par les épisodes de l’Agonie à Gethsémani, de l’arrestation, des diverses phases du procès – avec ses allées et venues entre la salle du Sanhédrin, le palais de Caïphe, celui d’Hérode et, le prétoire de Pilate – , de la condamnation et des étapes de la montée au Golgotha, le pèlerin avance dans un cheminement spirituel auquel le Bienheureux Pierre Vigne donne lui-même le nom de « Voyage du Calvaire », ou « Grand Voyage ».

Station du Grand Voyage

Entièrement ruiné par les « patriotes » lors de la grande révolution, le Chemin de Croix de Boucieu-le-Roi (renommé alors Boucieu-le-Doux) fut rétabli dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis dut être restauré après la Grande Guerre et à nouveau en 1965 : à cette date, les chapelles des stations furent ornées des sculptures que l’on peut y voir aujourd’hui, oeuvres du peintre et sculpteur Dante Donzelli (1909-1990).

Station

Dès le moment où il a entrepris l’édification de ce grand Chemin de Croix qui marque à tout jamais le village de Boucieu-le-Roi d’une profonde empreinte surnaturelle, le Bienheureux Pierre Vigne s’est soucié de trouver et de former des personnes qui pourraient accompagner les pèlerins sur cet itinéraire de méditation et de prière, les aidant ainsi à entrer dans le mystère le plus grand et le plus élevé qui soit : celui d’un Dieu qui S’est incarné dans le but de racheter Sa créature déchue au moyen des souffrances de Sa Passion, dans un acte d’amour infini qui appelle l’amour en retour.

Les témoignages de l’époque nous montrent que l’établissement de ce « Grand Voyage » attira rapidement les foules de toutes les paroisses avoisinantes… et de plus loin.
Certains écrits citent les voeux que prononcent les fidèles dans le temps de l’épreuve ou de la maladie : on promet à Dieu, s’Il exauce les prières qu’on Lui adresse, d’aller faire le pèlerinage du Calvaire à Boucieu-le-Roi, en action de grâces…
Et Les miracles ont lieu : des guérisons et des conversions qui étendent la renommée de l’oeuvre du Père Vigne et contribuent à intensifier la ferveur.

Sculpture station

Détail de l’une des sculptures de Dante Donzelli
dans la station évoquant la rencontre de Jésus avec Sa Très Sainte Mère lors de la montée au Calvaire.

Calvaire de Boucieu-le-Roi

Le Calvaire, au sommet de la colline qui domine Boucieu-le-Roi, à côté de la chapelle du couvent des religieuses du Saint-Sacrement : c’est le point culminant du « Grand Voyage ».

« Voici le royal trône où Jésus voulait être :
Ses pieds y sont cloués comme aussi chaque main.
Voilà le saint autel qui soutient ce grand prêtre :
Quel malheur si pour nous Il sacrifie en vain ! »

Bienheureux Pierre Vigne,
extrait des « Considérations sur les souffrances et la mort de Jésus ».

Bx Pierre Vigne 6

Le « Voyage du Calvaire » est destiné prioritairement aux petites gens qui, pour le plus grand nombre en ce début du XVIIIe siècle, sont peu capables de lire, le Père Pierre Vigne souhaite donc des personnes dévouées et disponibles formées à accompagner les pèlerins, à leur expliquer les stations et à les faire prier tout le long de ce Chemin de Croix.

Dès 1714 une jeune femme vient à Boucieu-le-Roi se mettre à disposition du Père pour ce service : elle s’installe au village, où elle fait aussi l’école aux enfants.
Cette première accompagnatrice ne persévère pas mais, avant son départ, d’autres jeunes filles et veuves sont venues se placer sous la direction du Père Vigne : elles sont finalement sept auxquelles il donne le saint habit et remet la Croix, le 30 novembre 1715, dans l’église de Boucieu-le-Roi.
Une nouvelle congrégation religieuse vient de naître.

Les soeurs se relaient tout au long du jour devant le Saint-Sacrement ; matin et soir, elles font de pieuses lectures aux fidèles dans l’église ; elles accompagnent les pèlerins dans le « Voyage du calvaire » ; elles instruisent les enfants et visitent les malades.

Les « Soeurs du Calvaire et de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement », maintenant simplement nommées « Soeurs du Saint-Sacrement », sont aujourd’hui présentes dans cinq pays d’Europe, au Brésil et en Afrique du Sud.

Retour du corps du Bx Pierre Vigne

Après une période presque entièrement consacrée à Boucieu-le-Roi, à son « Grand Voyage » et à la fondation des religieuses, en 1722, le Bienheureux Pierre Vigne repart sur les routes pour des missions qui le mènent parfois fort loin.

L’hiver 1739-1740 est éprouvant pour sa santé : il est dans sa 70ème année et sent ses forces décliner au point que, alors qu’il doit partir prêcher une mission à Rencurel, dans le Vercors, il demande à recevoir l’extrême onction avant de s’y rendre !

Il arrive à Rencurel le 12 juin, prêche et confesse jusqu’au 24 juin. Il est alors totalement épuisé et doit s’aliter. Il envoie un exprès mander « ses chères filles de Boucieu ».
La Supérieure et l’une des premières soeurs se mettent aussitôt en chemin, espérant le sauver par leurs soins et leur prières. En vain.
Aux deux religieuses désolées il fit ses dernières recommandations puis « celui qui n’avait vécu que pour son Dieu ne s’occupa plus que du bonheur d’aller se réunir à Lui dans le séjour de la gloire ».

« La fièvre était si violente qu’elle lui ôtait la respiration ; mais lui revivait les souffrances du Sauveur du monde : prié de boire un remède très amer, il l’accepta avec soumission en souvenir du fiel qui fut donné à Jésus en Croix.
Le souci des âmes le poursuivait jusque dans son agonie ; il murmurait, torturé par la soif : « Ah ! Seigneur ! Si je pouvais prêcher encore, je ferais bien sentir au peuple, par l’expérience que j’en fais moi-même, combien était ardente la soif qu’éprouva Jésus-Christ lorsqu’Il expira pour le salut des hommes ».
La Supérieure de Boucieu, qui était auprès de lui, lui passa, sur sa demande, le crucifix qu’il portait toujours avec lui dans ses missions. Il le contempla avec amour, le baisa, le pressa sur son coeur.
C’était la fin : « ayant ouvert les yeux, il aperçoit Jésus et Sa Sainte Mère et, prononçant ces noms sacrés, il rend son âme entre leurs mains » (Thérèse Ardouin, citant un document contemporain relatant la mort du Père, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.113).

C’était le 8 juillet 1740 vers les 4 h de l’après-midi, c’était un vendredi, et c’était un siècle après la mort de Saint Jean-François Régis qui avait toujours été pour lui un modèle.

Tombe du Bx Pierre Vigne

Tombe du Bienheureux Pierre Vigne,
au pied de l’autel de la Sainte Vierge, dans l’église de Boucieu-le-Roi.

Accompagné par une foule fervente et émue, son corps fut ramené à Boucieu-le-Roi pour y être inhumé dans l’église.

Bx Pierre Vigne 7

Le Bienheureux Pierre Vigne demeure pour toutes les générations de fidèles
un modèle de zèle pour faire connaître et aimer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
une vivante invitation à lire et étudier assidument, inlassablement,
« (…) avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

nika

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 5 avril, 2017 |4 Commentaires »

2017-34. Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur le Chemin du Ciel.

« Souffrons le présent, ayons confiance dans l’avenir. »

Le Christ en prière - vers 1514 - attribué à Niklaus Weckmann

Le Christ en prière
sculpture en bois de tilleul, vers 1514, attribuée à Niklaus Weckmann (1481-1526)

Sermon 217
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin,
vers la fin du Carême,
à propos du chemin du Ciel,
à partir des paroles de
Notre-Seigneur Jésus-Christ :
« Mon Père, Je veux que là où Je suis soient aussi avec Moi ceux que Vous m’avez donnés »
(Jean XVII, 24).

§ 1. Le Christ qui est Dieu prie Dieu Son Père. Rappels concernant la doctrine trinitaire.

Le Christ Notre-Seigneur nous exauce avec Son Père ; pour nous cependant Il a daigné prier Son Père. Est-il rien de plus sûr que notre bonheur, quand il est demandé par Celui qui le donne ? Car Jésus-Christ est en même temps Dieu et homme ; Il prie comme homme, et comme Dieu Il donne ce qu’Il demande. S’Il attribue au Père tout ce que vous devez conserver de Lui, c’est que le Père ne procède pas de Lui, mais Lui du Père. Il rapporte tout à la source dont Il émane, quoique en émanant d’elle Il soit source aussi, puisqu’Il est la source de la vie. C’est donc une source produite par une source. Oui, le Père qui est une source produit une source ; mais il en est de ces deux sources comme du Père et du Fils qui ne sont qu’un seul Dieu. Le Père toutefois n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père et l’Esprit du Père et du Fils n’est ni le Père ni le Fils ; mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu’un seul Dieu. Appuyez-vous sur cette unité pour ne pas tomber en désunissant.

§ 2.  Le Christ demande à Son Père que nous allions au Ciel, séjour de félicité absolue tandis que cette terre est un lieu de craintes et de souffrances.

Vous avez vu ce que demandait le Sauveur, ou plutôt ce qu’Il voulait. Il disait donc : « Je veux, mon Père, que là où Je suis soient aussi ceux que Vous m’avez donnés ». Oui, « Je veux que là où Je suis ils soient aussi avec Moi ».
Oh ! l’heureux séjour ! Oh ! L’inattaquable patrie ! Elle n’a ni ennemi ni épidémie à redouter. Nous y vivrons tranquilles, sans chercher à en sortir ; nous ne trouverions point de plus sûr asile. Sur quelque lieu que se fixe ton choix ici-bas, sur la terre, c’est pour craindre, ce n’est point pour y être en sûreté. Ainsi donc, pendant que tu occupes cette résidence du mal, en d’autres termes, pendant que tu es dans ce siècle, dans cette vie pleine de tentations, de morts, de gémissements et de terreurs, dans ce monde réellement mauvais, fais choix d’une autre contrée pour y porter ton domicile.

§ 3. Pour aller au Ciel il faut pratiquer le bien. Différences entre le séjour d’ici-bas et celui du Ciel.

Mais tu ne saurais te transporter au séjour du bien, si tu n’as fait du bien dans ce pays du mal.
Quelle résidence que cette autre où personne ne souffre de la faim ?  Mais pour habiter cette heureuse patrie où la faim est inconnue, dans la patrie malheureuse où nous sommes, partage ton pain avec celui qui a faim. Là nul n’est étranger, chacun est dans son pays.
Veux-tu donc habiter ce séjour heureux où il n’y a point d’étranger ? Dans ce séjour malheureux ouvre ta porte à celui qui est sans asile. Donne l’hospitalité, dans ce pays du malheur, à l’étranger, afin d’être admis toi-même sur la terre fortunée où tu ne pourras la recevoir.
Sur cette terre bénie, personne n’est sans vêtement, il n’y a ni froid ni chaleur excessifs ; à quoi bon des habitations et des vêtements. Au lieu d’habitation on y trouve la protection divine ; on y trouve l’abri dont il est dit : « Je me réfugierai à l’ombre de Vos ailes » (Ps. LVI, 2). Ici donc reçois dans ta demeure celui qui n’en a pas, et tu pourras parvenir au lieu fortuné où tu trouveras un abri qu’il ne te faudra point restaurer, attendu que la pluie ne saurait le détériorer. Là jaillit perpétuellement la fontaine de vérité, eau féconde qui répand la joie et non l’humidité, source de véritable vie. Que voir en effet dans ces mots : « En Vous est la fontaine de vie » (Ps. XXXV, 10) » ; sinon ceux-ci : « Le Verbe était en Dieu  » (Jean I, 14 ) ?
Ainsi donc, mes bien-aimés, faites le bien dans ce séjour du mal, afin de parvenir au séjour heureux dont nous parle en ces termes Celui qui nous le prépare : « Je veux que là où Je suis ils soient aussi avec Moi ». Il est monté pour nous le préparer, afin que le trouvant prêt nous y entrions sans crainte. C’est Lui qui l’a préparé ; demeurez donc en Lui. Le Christ serait-Il pour toi une demeure trop étroite ? Craindrais-tu encore Sa passion ? Mais Il est ressuscité d’entre les morts, et Il ne meurt plus, et la mort n’aura plus sur Lui d’empire (Rom. VI, 9).

§ 4. Ce monde est marqué par le mal et la division. Le Ciel sera le lieu de l’unité en Dieu.

Ce siècle est à la fois le séjour et le temps du mal.
Faisons le bien dans ce séjour du mal, conduisons-nous bien dans ce temps du mal ; ce séjour et ce temps passeront pour faire place à l’éternelle habitation et aux jours éternels du bien, lesquels ne seront qu’un seul jour.
Pourquoi disons-nous ici des jours mauvais ? Parce que l’un passe pour être remplacé par un autre. Aujourd’hui passe pour être remplacé par demain, comme hier a passé pour être remplacé par aujourd’hui. Mais où rien ne passe on ne compte qu’un jour.
Ce jour est aussi et le Christ et son Père, avec cette distinction que le Père est un jour qui ne vient d’aucun jour, tandis que le Fils est un jour venu d’un jour.

§ 5. Le temps du Carême et de la Passion sont liés aux peines d’ici-bas. Le temps de la résurrection est l’annonce et le gage du bonheur du Ciel.

Ainsi donc Jésus-Christ Notre-Seigneur, par Sa Passion, nous prêche les fatigues et les accablements de ce siècle ; Il nous prêche, par Sa Résurrection, la vie éternelle et bienheureuse du siècle futur.
Souffrons le présent, ayons confiance dans l’avenir.
Aussi le temps actuel que nous passons dans le jeûne et dans des observances propres à nous inspirer la contrition, est-il l’emblème des fatigues du siècle présent ; comme les jours qui se préparent sont l’emblème du siècle futur, où nous ne sommes pas encore.
Hélas ! oui, ils en sont l’emblème, car nous ne le tenons pas. La tristesse doit durer en effet jusqu’à la Passion ; après la Résurrection, les chants de louanges !

Le Christ en prière - détail

Le Christ en prière attribué à Niklaus Weckmann – détail.

2017-26. De l’exposition consacrée à Saint Louis au coeur du Kremlin et de quelques réflexions qu’elle suscite.

Mercredi 15 mars 2017,
Fête de Sainte Louise de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité,
Mémoire de Saint Longin, centurion qui ouvrit le côté sacré de NSJC,
Mémoire du mercredi de la 2e semaine de Carême.

Statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis en bois polychrome (vers 1300)
provenant de la Sainte Chapelle [appartenant aujourd'hui aux collections du Musée de Cluny] 

fleur de lys gif2

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour et le 175e anniversaire de la mort de Luigi Cherubini dont je vous ai entretenus ce matin (cf. > ici), ce 15 mars 2017 marque le centième anniversaire de l’abdication de Sa Majesté Impériale le Tsar Nicolas II.

Nicolas II captif à Tsarkoié-Selo en 1917

Sa Majesté le Tsar Nicolas II
captif à Tsarkoié-Sélo en 1917

C’est en effet le 15 mars 1917 (2 mars selon le calendrier julien) que l’infortuné Nicolas II, Tsar de toutes les Russies, sous la pression des généraux et des représentants de la Douma, abdiqua. D’abord en faveur de son fils le Tsarévitch Alexis, âgé de 12 ans et malade, puis – se reprenant – en faveur de son frère puiné le Grand Duc Michel Alexandrovitch Romanov, lequel, devenu le Tsar Michel II pendant un jour, au vu de la situation et sous la pression d’Alexandre Kerensky, renonça à son tour au trône le 16 mars 1917 (3 mars selon le calendrier julien).

Après un peu plus de trois siècles de règne, la dynastie des Romanov était engloutie par la révolution et, huit mois plus tard, avec la « révolution d’octobre » (7 novembre 1917), la Sainte Russie allait sombrer dans l’une des plus sanglantes et des plus longues persécutions anti-chrétiennes de l’histoire.
Comme le déclarera la Très Sainte Vierge Marie à Fatima, quatre mois après cette abdication de Nicolas II et quatre mois avant la prise de pouvoir par les bolcheviques, la Russie allait répandre « ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église » (deuxième partie du « secret » donné aux enfants le 13 juillet 1917). 

Révolution russe destruction d'une église

Destruction d’une église lors de la révolution bolchevique de 1917

Or voici que cent ans quasi jour pour jour après l’abdication du Tsar Nicolas II (faut-il parler des « hasards du calendrier » ?), vient d’être inaugurée, au Kremlin même, une exposition des plus remarquables intitulée « Saint Louis et les reliques de la Sainte Chapelle », en partie reprise de l’exposition présentée par le Centre des Monuments Nationaux à la Conciergerie, d’octobre 2014 à janvier 2015, à partir de ses propres collections et de celles du Louvre, de la Bibliothèque Nationale, des Archives Nationales et du Musée de Cluny.

L’exposition met en valeur le contexte et la richesse de la création artistique au temps de Saint Louis, sur les chantiers extraordinaires conduits sous son règne, et tout spécialement celui de la Sainte Chapelle.
Les panneaux de vitraux de la Sainte Chapelle démontés au cours de la restauration du XIXème, et présentés lors de l’exposition parisienne après restauration, sont parmi les pièces centrales de cette exposition.
L’évangéliaire de Saint Louis, objet particulièrement précieux représentatif de la maitrise des orfèvres français de cette période, habituellement conservé à la Bibliothèque Nationale, se trouve également parmi les trésors présentés.
Un choix de sculptures reflétant la structure de la Sainte Chapelle, des manuscrits enluminés et quelques autres chefs d’oeuvres d’orfèvrerie du XIIIème siècle – au total septante pièces prestigieuses – sont également exposés au vieux palais des Patriarches, dans l’enceinte du Kremlin, pendant trois mois entiers (mars, avril & mai 2017).

Comme le souligne l’ambassade de France en Russie « un grand nombre des objets présentés pour cette exposition n’est jamais sorti de France et il s’agit donc d’une grande première ».

Le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg a lui aussi pris part à l’exposition, en prêtant de magnifiques émaux de Limoges et des pièces en ivoire des XIIIe et XIVe siècles issus de ses collections.

Enluminure Saint Louis

« La valeur sacrée des objets que nous présentons est évidente pour les croyants. Les représentants des autres confessions, les athées et les agnostiques s’intéresseront à l’aspect historique et artistique de ces reliquaires. Nous ne pouvons pas affirmer qu’ils contenaient des objets réellement liés à Jésus-Christ, mais ce dont nous sommes certains, c’est qu’ils ont été vénérés durant plusieurs siècles. Et, ne serait-ce que pour cette raison, ils méritent notre intérêt et notre respect » a déclaré Olga Dmitrieva, directrice adjointe des musées du Kremlin et commissaire de l’exposition.

couronne reliquaire de St Louis

Couronne reliquaire de Saint Louis (1260-1280) :
elle contenait des ossements des apôtres et du bois de la Sainte Croix ;
Saint Louis l’a tenue entre ses mains, puis l’a offerte au couvent des Dominicains de Liège
 [collections du Musée du Louvre].

« Le peuple de France a été très heureux de voir les reliques du Christ arriver sur le sol français. Les gens y ont vu une bénédiction, un signe de distinction. Ils se sont sentis investis d’une mission suprême et se sont persuadés que, désormais, le Ciel leur était particulièrement bienveillant », a encore ajouté Olga Dmitrieva.

De nos jours, il faut le signaler, des cars de pèlerins russes font chaque mois l’aller-retour jusqu’à Paris afin qu’ils puissent prendre part à la vénération de la Sainte Couronne d’Epines, les premiers vendredis de chaque mois (et aussi tous les vendredis de Carême), à Notre-Dame de Paris.

Si la Sainte Couronne d’Epines ne pouvait, bien évidemment, pas faire partie des pièces de l’exposition, elle est tout particulièrement évoquée à travers le reliquaire de 1806, prêtée par le Trésor de la Cathédrale.

Reliquaire de la Sainte Couronne d'Epines de 1806

Reliquaire de la Couronne d’épines, réalisé en 1806 par Pascal Lemaître
lorsque la précieuse relique a été rendue à l’Eglise et transférée à Notre-Dame de Paris.

En effet, le reliquaire originel avait été détruit pendant la révolution
et la sainte relique – heureusement sauvée de la destruction – avait finalement été déposée à la Bibliothèque nationale comme un objet de curiosité.

Saint Louis, on s’en souvient, avait acquis la Sainte Couronne d’Epines du dernier empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, ainsi qu’une vingtaine d’autres précieuses reliques de la Passion du Christ, telles que le fer de la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Éponge (reliques qui ont disparu à la révolution), pour une somme équivalant alors au budget triennal du Royaume de France, soit 135 000 livres.

La construction de la Sainte Chapelle – reliquaire architectural édifié spécialement pour accueillir ces trésors – lui a coûté bien moins : 40 000 livres, c’est-à-dire le budget de l’Etat d’une année seulement.

De telles dépenses étaient pleinement justifiées.
Outre la création pour elle d’un chef-d’œuvre absolu de l’art gothique, en la plaçant au coeur du Palais, au centre du siège du pouvoir royal, Saint Louis a fait de la Sainte Couronne d’Epines le palladium de la monarchie capétienne, élevant le Royaume de France à un rang inégalé au-dessus de tous les autres pays européens, accroissant considérablement et durablement son prestige, et asseyant son autorité spirituelle pour plusieurs siècles.

Grâce à cette formidable acquisition, Saint Louis est indubitablement devenu le chef de file du monde chrétien, et il a allumé dans l’âme de son peuple une flamme sacrée pérenne qui, malgré les siècles d’impiété et de perte de la foi, continue de brûler au coeur du petit reste qui vit encore des idéaux de la royauté capétienne traditionnelle, royauté sacrée, royauté de droit divin.

Evangéliaire de Saint Louis

Evangéliaire de Saint Louis
[Collections de la Bibliothèque Nationale]

Au-delà des motifs artistiques qui président à cette exposition, c’est aujourd’hui encore ce prestige inégalé de la royauté et des valeurs chrétiennes incarnées par Saint Louis qui – même de manière inconsciente –  y attire des centaines de Russes chaque jour.

Au-delà des tensions politiques entretenues par les idéologies dont les chefs d’Etat sont les trop zélés serviteurs, et qui empoisonnent aujourd’hui la vie de leurs peuples, une telle exposition revêt un caractère que je n’hésite pas à qualifier de prophétique.
Car même si la France et la Russie sont l’une et l’autre encore bien empêtrées dans les liens qu’elles ont hérités des révolutions de 1789 et de 1917, nous pouvons – et même nous devons – espérer leur conversion profonde, condition de leur authentique relèvement, condition de la restauration pleine et entière de leur gloire par le rétablissement plein et entier de leurs monarchies traditionnelles respectives.

C’est une espérance toute surnaturelle, certes, c’est-à-dire qui est fondée sur la foi, fondée sur les promesses divines dont les grâces du passé sont les signes certains, dont les grâces du passé sont le gage des grâces à venir.
Dans cette espérance, ne cessons pas de prier et d’offrir à Dieu des sacrifices généreux, unis aux mérites infinis de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Orante

Prière pour demander à Dieu des grâces par l’intercession de Sa servante Zita de Bourbon-Parme afin d’obtenir sa béatification.

14 mars
dies natalis de la servante de Dieu

Zita de Bourbon-Parme,

épouse du Bienheureux Charles 1er de Habsbourg-Lorraine,
Impératrice d’Autriche,
Reine de Hongrie et Reine de Bohème,
Princesse de Parme.

* * * * * * *

L’ouverture du procès diocésain en vue de la béatification de la servante de Dieu Zita de Bourbon-Parme a eu lieu le 10 décembre 2009 dans le diocèse du Mans, diocèse dans lequel est sise l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, dont l’impératrice et reine était oblate et où elle fit de fréquents séjours.
Voici la prière pour demander des grâces par son intercession en vue de la béatification espérée.

* * * * * * *

Vénérable Zita de Bourbon-Parme

Prière
pour demander à Dieu des grâces
par l’intercession de Sa servante
Zita de Bourbon-Parme
afin d’obtenir sa béatification :

Dieu, notre Père, Vous avez racheté le monde par l’abaissement de Votre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Lui qui était roi, S’est fait serviteur et a donné Sa vie pour la multitude. C’est pourquoi Vous L’avez exalté.

Daignez maintenant accorder à Votre Servante Zita, impératrice et reine, d’être élevée sur les autels de Votre Église.
En elle, Vous nous donnez un exemple admirable de foi et d’espérance face aux épreuves, ainsi qu’une confiance inébranlable en Votre divine Providence.

Nous Vous prions pour qu’avec son époux, le Bienheureux Empereur Charles, Zita devienne, pour les couples, un modèle d’amour et de fidélité conjugale et, pour les familles, un maître d’éducation chrétienne. Que pour tous, elle puisse être un exemple de service et d’amour du prochain, elle qui, en toutes circonstances, sut élargir son cœur à tous, spécialement aux plus pauvres.

Par son intercession, exaucez notre prière (formuler ici la grâce que l’on demande).
Nous Vous le demandons par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

 Pater noster, 3 Ave Maria, Gloria Patri.

Imprimatur :
+ Yves Le Saux, évêque du Mans
9 juillet 2009.

Site de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita de Bourbon-Parme > ici.

2017-24. Lettre de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur les scandales dans l’Eglise du Christ.

Lundi 13 mars 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis longtemps, je conservais « sous le coude » cette lettre écrite il y a presque seize siècles par notre Bienheureux Père Saint Augustin, lettre dont la permanente actualité et la pertinence ne peuvent échapper à aucun fidèle doté d’un peu de bon sens et armé d’un bon catéchisme.
Toutefois, la date à laquelle j’ai choisi de la publier n’est en rien un choix hasardeux.

Dans la Sainte Eglise, il y a – malheureusement ! – toujours eu de mauvais pasteurs, qui ont suivi les traces de Judas.
Il y en a encore et toujours en nos temps ; et il y en aura encore jusqu’à la fin des temps.

Leurs mauvais exemples et leurs enseignements subversifs sont une cause de scandale pour les fidèles ; certains peuvent même en être troublés au point de se détourner de l’Eglise du Christ et d’aller chercher ailleurs une « Eglise de purs » aux pasteurs « parfaits »

Cette réponse de l’admirable Docteur d’Hippone à la vierge Félicie, qui lui avait écrit pour lui faire part de son trouble et de ses interrogations, demeure en nos temps – comme en tous les temps de la laborieuse pérégrination de l’Eglise ici-bas – la meilleure réponse qui puisse être apportée aux inquiétudes des fidèles scandalisés à juste titre aussi bien par les désordres de la conduite que par les élucubrations doctrinales des mauvais pasteurs.

Lully.

nika

Saint Augustin écrivant

Saint Augustin écrivant
(attribution contestée au Caravage)

Lettre 208
de notre Glorieux Père Saint Augustin,
adressée à la dame Félicie,
au sujet des scandales dans l’Eglise
(octobre de l’an 423)

§ 1 – Augustin,
à l’honorable Dame Félicie, sa chère fille en Jésus-Christ,
salut dans le Seigneur.

Je ne doute pas qu’avec une foi comme la vôtre et à la vue des faiblesses ou des iniquités d’autrui, votre âme ne soit troublée, puisque le saint Apôtre, si rempli de charité, nous avoue que nul n’est faible sans qu’il s’affaiblisse avec lui, et que nul n’est scandalisé sans qu’il brûle (2 Cor. XI, 29).
J’en suis touché moi-même, et dans ma sollicitude pour votre salut, qui est dans le Christ, je crois devoir écrire à votre sainteté une lettre de consolation ou d’exhortation. Car vous êtes maintenant si étroitement unie à nous dans le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est Son Eglise et l’unité de Ses membres (Note : Saint Augustin fait ici allusion au fait que Félicie était revenue à l’Eglise catholique après avoir adhéré à l’hérésie et au schisme de Donat) ; vous êtes aimée comme un digne membre de Son Corps divin, et vous vivez avec nous de Son Saint-Esprit.

§ 2 – C’est pourquoi je vous exhorte à ne pas trop vous laisser troubler par ces scandales ; ils ont été prédits, afin que, lorsqu’ils arrivent, nous nous souvenions qu’ils ont été annoncés, et que nous n’en soyons pas très-émus. Le Seigneur lui-même les a ainsi annoncés dans l’Évangile : « Malheur au monde à cause des scandales ! il faut qu’il en arrive ; mais malheur à l’homme par lequel arrive le scandale ! » (Matth. XVIII, 7). Et quels sont ces hommes, sinon ceux dont l’Apôtre a dit qu’ils cherchent leurs propres intérêts et non pas les intérêts de Jésus-Christ (Phil. II, 21).
Il y a donc des pasteurs qui occupent les sièges des Eglises pour le bien des troupeaux du Christ ; et il y en a qui ne songent qu’à jouir des honneurs et des avantages temporels. Il est nécessaire que dans le mouvement des générations humaines ces deux sortes de pasteurs se succèdent, même dans l’Église catholique, jusqu’à la fin des temps et jusqu’au jugement du Seigneur.
Au temps des apôtres, s’il y en eut de semblables, s’il y eut alors de faux frères que l’Apôtre en gémissant signalait comme dangereux (2 Cor. XI, 26) et qu’il supportait avec patience au lieu de s’en séparer avec orgueil, combien plus faut-il qu’il y en ait au temps où nous sommes, puisque le Seigneur a dit clairement de ce siècle, qui approche de la fin du monde : « Parce que l’iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira ». Mais les paroles qui viennent à la suite doivent être pour nous une consolation et un encouragement : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, sera sauvé » (Matth. XXIV, 12 & 13).

§ 3 – De même qu’il y a de bons et de mauvais pasteurs, de même, dans les troupeaux, il y a les bons et les mauvais.
Les bons sont appelés du nom de brebis, les mauvais du nom de boucs ; ils paissent ensemble, jusqu’à ce que vienne le Prince des pasteurs, que l’Evangile nomme « le seul Pasteur » (Jean, X, 16) ; et jusqu’à ce que, selon Sa promesse, Il sépare les brebis des boucs (cf. Matth. XXV, 32).
Il nous a ordonné de réunir : Il S’est réservé de séparer : car Celui-là seul doit séparer, qui ne peut Se tromper.
Les serviteurs orgueilleux qui ont osé faire si aisément la séparation que le Seigneur S’est réservée, se sont séparés eux-mêmes de l’unité catholique. Impurs par le schisme comment auraient-ils pu avoir un troupeau pur ?

§ 4 – C’est notre Pasteur Lui-même qui veut que nous demeurions dans l’unité, et que, blessés par les scandales de ceux qui sont la paille, nous n’abandonnions point l’aire du Seigneur ; Il veut que nous y persévérions comme le froment jusqu’à la venue du divin Vanneur (cf. Matth. III, 12), et que nous supportions, à force de charité, la paille brisée.
Notre Pasteur Lui-même nous avertit dans l’Evangile de ne pas mettre notre espérance même dans les bons pasteurs à cause de leurs bonnes oeuvres, mais de glorifier Celui qui les a faits tels, le Père qui est dans les cieux, et de Le glorifier aussi touchant les mauvais pasteurs, qu’Il a voulu désigner sous le nom de scribes et de pharisiens, enseignant le bien et faisant le mal.

§ 5 – Jésus-Christ parle ainsi des bons pasteurs : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut pas être cachée, on n’allume pas une lampe pour la placer sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matth. V, 14-18).
Mais avertissant les brebis au sujet des mauvais pasteurs, Il disait : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse. Faites ce qu’ils vous disent ; ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas » (Matth. XXIII, 2, 3).
Ainsi prévenues, les brebis du Christ entendent Sa voix, même par les docteurs mauvais, et n’abandonnent pas Son unité.
Ce qu’elles leur entendent dire de bon ne vient pas d’eux, mais de Lui ; et ces brebis paissent en sûreté, parce que, même sous de mauvais pasteurs, elles se nourrissent dans les pâturages du Seigneur. Mais elles n’imitent pas les mauvais pasteurs dans ce qu’ils font de mal, parce que de telles oeuvres ne viennent que d’eux-mêmes et non pas du Christ.
Quant aux bons pasteurs, elles écoutent leurs salutaires instructions et imitent leurs bons exemples.
L’Apôtre était de ce nombre, lui qui disait : « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ » (1 Cor. XI, 1). Celui-là était un flambeau allumé par la Lumière éternelle, par le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et il était placé sur le chandelier parce qu’il se glorifiait dans la croix : « A Dieu ne plaise, disait-il, que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » (Gal. VI, 14 ). Il cherchait non point ses intérêts, mais ceux de son Maître, lorsqu’il exhortait à l’imitation de sa propre vie ceux qu’il avait engendrés par l’Evangile (I Cor. IV, 15). Toutefois il reprend sévèrement ceux qui faisaient des schismes avec les noms des apôtres, et blâme ceux qui disaient : « Moi, je suis à Paul ». Il leur répond : « Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? ou êtes-vous baptisés au nom de Paul ? » (1 Cor. I, 18 ).

§ 6 – Nous comprenons ici que les bons pasteurs ne cherchent pas leurs propres intérêts, mais les intérêts de Jésus-Christ, et que les bonnes brebis, tout en suivant les saints exemples des bons pasteurs qui les ont réunies, ne mettent pas en eux leur espérance, mais plutôt dans le Seigneur qui les a rachetées de son sang, afin que, lorsqu’il leur arrive de tomber sous la houlette de mauvais pasteurs, prêchant la doctrine qui vient du Christ et faisant le mal qui vient d’eux-mêmes, elles fassent ce qu’ils disent et non pas ce qu’ils font, et qu’elles n’abandonnent pas les pâturages de l’unité à cause des enfants d’iniquité.
Les bons et les mauvais se mêlent dans l’Eglise catholique, qui n’est pas seulement répandue en Afrique comme le parti de Donat, mais qui, selon les divines promesses, se propage et se répand au milieu de toutes les nations, « fructifiant et croissant dans le monde entier » (Coloss. I, 6).
Ceux qui en sont séparés, tant qu’ils demeurent ses ennemis, ne peuvent pas être bons ; lors même que quelques-uns d’entre eux sembleraient bons par de louables habitudes de leur vie, ils cesseraient de l’être par la seule séparation : « Celui qui n’est pas avec moi, dit le Seigneur, est contre moi ; et celui qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Matth. XII, 30).

§ 7 – Je vous exhorte donc, honorable Dame et chère fille en Jésus-Christ, à conserver fidèlement ce que vous tenez du Seigneur ; aimez-Le de tout coeur, Lui et Son Eglise ; c’est Lui qui a permis que vous ne perdissiez pas avec les mauvais le fruit de votre virginité et que vous ne périssiez pas.
Si vous sortiez de ce monde séparée de l’unité du corps du Christ, il ne vous servirait de rien d’être restée chaste comme vous l’êtes.
Dieu, qui est riche dans Sa miséricorde, a fait en votre faveur ce qui est écrit dans l’Evangile : les invités au festin du Père de famille, s’étant excusés de ne pouvoir y venir, le maître dit à ses serviteurs : « Allez le long des chemins et des haies, et forcez d’entrer tous ceux que vous trouverez » (Matth. XXII, 9).
Vous donc, quoique vous deviez sincèrement aimer Ses bons serviteurs par le ministère desquels vous avez été forcée d’entrer, vous ne devez cependant mettre votre espérance qu’en Celui qui a préparé le festin : vous avez été sollicitée de vous y rendre pour la vie éternelle et bienheureuse.
En recommandant à ce divin Père de famille votre coeur, votre dessein, votre sainte virginité, votre foi, votre espérance et votre charité, vous ne serez point troublée des scandales qui arriveront jusqu’à la fin ; mais vous serez sauvée par la force inébranlable de votre piété, et vous serez couverte de gloire dans le Seigneur, en persévérant jusqu’à la fin dans son unité.
Apprenez-moi, par une réponse, comment vous aurez reçu ma sollicitude pour vous, que j’ai voulu vous témoigner de mon mieux dans cette lettre.
Que la grâce et la miséricorde de Dieu vous protègent toujours !

nika

2017-22. Du cinquantième anniversaire de la mort de Zoltán Kodály, et de son Stabat Mater.

1967 – 6 mars – 2017

Zoltán Kodály à la fin de sa vie

Zoltán Kodály à la fin de sa vie

Lundi 6 mars 2017,
Fête de Sainte Colette de Corbie.

Le compositeur hongrois Zoltán Kodály, qui était né le 16 décembre 1882, est décédé à Budapest le 6 mars 1967 dans sa 85e année : nous commémorons donc en ce jour-même le cinquantième anniversaire de sa mort.

Des ouvrages spécialisés pourront vous donner de plus amples renseignements sur sa vie, son oeuvre, son style, ses travaux pédagogiques… etc.
Pour ma part, n’étant nullement un spécialiste, mais juste un petit félin mélomane (tous les chats sont des mélomanes), je me garderai bien d’aller au-dela de ma connaissance très limitée de ce compositeur et me contenterai donc, à l’occasion de cet anniversaire, d’évoquer son célèbre Stabat Mater : une oeuvre que j’aime beaucoup entendre, que nous écoutons relativement souvent en notre Mesnil-Marie, et que Frère Maximilien-Marie chante lui-même parfois.

Un musicologue a recensé plus de 400 Stabat Mater composés par des musiciens de renom. Depuis le XIIIe siècle, en effet, le texte poignant de Jacopone da Todi a alimenté la piété et la méditation des fidèles, particulièrement pendant le saint temps du Carême, et, en conséquence logique, il a inspiré les compositeurs, soit en raison de commandes, soit pour des raisons de dévotion personnelle liées à quelques circonstances de leur vie ou à l’approche de la mort.
L’un des plus populaires, parmi tous ces Stabat Mater, demeure celui de Jean-Baptiste Pergolèse, écrit quelques mois avant sa mort (je l’avais évoqué > ici), mais au nombre de nos préférés il faut également citer celui de Marc-Antoine Charpentier intitulé « Stabat Mater pour des religieuses » (qui porte la référence H15), et bien sûr celui de Don Antonio Vivaldi (référence RV621).

Zoltán Kodály a composé le sien en 1898 : il avait 16 ans !
Originellement, cette oeuvre fut écrite pour un choeur d’hommes. Il l’a lui même adaptée pour choeur mixte en 1962, cinq ans avant sa mort.
Zoltán Kodály n’a pas composé pour les vingt strophes de la séquence liturgique de la célébration des Sept-Douleurs de Notre-Dame, mais pour quelques unes seulement, et la mélodie est identique pour toutes les strophes. La troisième ligne de chaque strophe est répétée (sauf à la dernière où le « Amen » remplace la reprise du texte).

On est ici bien loin de la théâtralisation des compositions baroques – qui confinent pourtant souvent au sublime – , puisque le jeune compositeur a résolument écarté tout artifice lyrique et a voulu une oeuvre sans accompagnement instrumental : le Stabat Mater de Kodály saisit par une simplicité mélodique quasi grégorienne, et par un dépouillement qui rend plus intérieur la poignante évocation des Douleurs de la Mère de Dieu.
Zoltán Kodály, par une phrase musicale au caractère obsédant, apporte une remarquable intensité dramatique à la description des souffrances de Marie au Calvaire, en même temps que le mouvement produit lors de  la répétition du dernier vers de chaque strophe semble ouvrir la voie à l’espérance pleinement surnaturelle tendue vers la résurrection.

Voilà tout ce que j’avais à vous dire en évoquant ce prodigieux Stabat Mater de Zoltán Kodály, au jour du cinquantième anniversaire de sa mort.
Je vous laisse maintenant écouter l’enregistrement réalisé en 1988 par la « Cappella Musicale Basilica di San Marco » de Milan, sous la direction de Giovanni Vianini, l’une des meilleures interprétations de cette oeuvre que je connaisse. 

Lully.

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