27 juillet,
Fête de Saint Pantaléon de Nicomédie, médecin anargyre et mégalomartyr (cf. > ici) ;
Chez les Ermites de Saint Augustin, mémoire de la Bienheureuse Lucie de Bufalare, vierge de notre Ordre (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Bouvines (27 juillet 1214 – cf. > ici & > ici) ;
Anniversaire de la mort de Turenne (27 juillet 1675 – cf. > ici) ;
Anniversaire de l’arrestation de Robespierre et de ses complices terroristes (27 juillet 1794).

Sur la côte amalfitaine, en Campanie, la ville de Ravello (province de Salerne),
avec sa cathédrale fondée au XIème siècle.
Ravello est une très ancienne cité de la côte amalfitaine, dans la province de Salerne. Sa cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (Santa-Maria Assunta) a été fondée en 1087.
On ne sait pas précisément à quelle date y fut apportée une ampoule contenant du sang coagulé de Saint Pantaléon : il existe toutefois un document de 1112 attestant qu’à cette date le sang de Saint Pantaléon se trouvait déjà à Ravello.
Il ne saurait donc s’agir, comme l’ont avancé témérairement certains, de l’ampoule qui se trouvait à la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, puisque nous savons aussi que sous le règne du Basileus Michel Paléologue (1259-1282), l’ampoule du sang de Saint Pantaléon s’y trouvait encore.
C’était un usage fréquent à l’époque des persécutions – et l’on en trouve de multiples témoignages dans les actes des martyrs -, que les chrétiens recueillissent le sang des martyrs, soit dans des fioles de verre, soit au moyen de toiles qui l’absorbait lorsqu’on les posait au lieu où ce sang avait été répandu.
Les fioles étaient souvent déposées auprès du corps du martyr dans sa sépulture.
Saint Pantaléon avait été enseveli à Nicomédie, mais lorsque la paix fut donnée à l’Eglise par l’Edit de Constantin, son tombeau devint un lieu de pèlerinage : un sanctuaire fut édifié au-dessus, puis, en raison de la popularité de son culte et des innombrables miracles qui étaient obtenus par son invocation, ses reliques furent dispersées : on trouve mention de son chef à Lyon, de l’un de ses bras à l’abbaye de Saint-Denys, d’autres fragments de ses os à Porto, à Lucques, à Venise… et la fameuse fiole contenant son sang coagulé à Ravello.
Outre cette ampoule, le trésor de la cathédrale de Ravello contient, entre autres pièces remarquables, un splendide buste-reliquaire baroque en argent et vermeil, qui est porté en procession à travers la ville à plusieurs reprises dans l’année.

Buste reliquaire de Saint Pantaléon
[cathédrale de Ravello, Campanie].
Selon la tradition locale, l’ampoule (celle que l’on voit encore aujourd’hui est bien l’ampoule originelle, de forme ronde et applatie) a été apportée par des marchands amalfitains qui commerçaient avec Constantinople : revenant d’Orient avec la précieuse relique par voie maritime, leur navire fut pris dans une forte et longue tempête qui les obligea à mouiller dans les eaux de Ravello ; la durée inhabituelle de la tempête amena à penser que le sang de Saint Pantaléon ne voulait pas qu’on l’emportât ailleurs.
Le clergé et le peuple de la cité descendirent donc en procession jusqu’au rivage où la relique leur fut confiée. Ils remontèrent avec elle vers la cathédrale… et la tempête se calma.
La cité de Ravello a dès lors pris Saint Pantaléon pour saint patron, et lui attribue sa préservation lors de tremblements de terre consécutifs aux éruptions du Vésuve, ainsi que la protection dont elle bénéficia lors de raids mahométans : pour cette raison la cathédrale a rajouté le vocable de Saint Pantaléon à celui de la Madone de l’Assomption (Duomo Santa-Maria Assunta e San Pantaleone).
Le diocèse de Ravello a été fusionné avec celui d’Amalfi en 1818, et la co-cathédrale a été érigée en basilique mineure en 1918.
Au XVIIème siècle, la sainte ampoule contenant le sang coagulé de Saint Pantaléon, qui était jusqu’alors conservée dans une niche pratiquée dans l’un des murs du sanctuaire, fut transférée dans une chapelle érigée spécialement pour elle : la chapelle Saint Pantaléon, merveille de style baroque, surmontée d’une coupole.

Chapelle Saint-Pantaléon de la basilique-cathédrale de Ravello.
On est frappé par la précieuse beauté du devant d’autel de cette chapelle Saint-Pantaléon, réalisé en mosaïque florentine : une sorte de marqueterie de marbres variés, d’albâtre et de nacre, assemblée pour former des thèmes floraux encadrés dans des figures géométriques complexes.
L’élévation de l’autel présente, entre des colonnes de marbre, un tableau central figurant l’une des séquences du martyre de Saint Pantaléon, et, de part et d’autre, des toiles de moindre taille montrant des « portraits » de l’apôtre Saint Thomas, pour le côté de l’Evangile, et, pour le côté de l’épître, de Sainte Barbe (ou Barbara) d’Héliopolis, elle aussi martyrisée à Nicomédie.
Sous le tableau central, on remarque une sorte de grand tabernacle, encastré dans le retable et surmontant le tabernacle pour le Saint-Sacrement : c’est là qu’est conservée depuis 1643, la sainte ampoule du sang de Saint Pantaléon.
Lorsque les portes en sont ouvertes, on peut apercevoir cette ampoule derrière de lourdes grilles dorées.

L’ouverture de ce tabernacle se fait par l’arrière de l’autel, où de non moins dissuasives grilles et une vitre de haute protection empêchent toute espèce d’effraction. La photo ci-dessous montre la sainte ampoule telle qu’on peut l’apercevoir au plus près au moment de la liquéfaction.
Cette liquéfaction est absolument documentée depuis 1577 (mais cela ne signifie pas que cela ne se produisait pas auparavant : nous ne possédons simplement pas de documents l’attestant), les évêques, les chanoines de la cathédrale, le peuple de Ravello ainsi que les pèlerins (ou curieux) que cela attire, assistent de manière récurrente, depuis des siècles, à ce phénome étonnant : le 27 juillet, à l’occasion de la fête de Saint Pantaléon, le sang du martyr qui, d’ordinaire, se présente comme un amas coagulé et brunâtre, se liquéfie et redevient rouge vif, comme cela se produit à Naples avec le sang de Saint Janvier. Toutefois, à la différence du sang du célèbre évêque de Bénévent, il n’y a pas de « mauvaise surprise » à Ravello : le miracle se produit toujours, tous les 27 juillet (et, de ce fait, à sa non liquéfaction n’est pas attribué de mauvais présage).
En outre, il n’est pas rare que cette liquéfaction se produise de manière inattendue, en présence de certains pèlerins, lorsque le saint médecin guérit l’un ou l’autre des fidèles venus l’implorer ; et cela quelle que soit la date.

Nous avons aussi réussi à trouver une photographie (elle n’est malheureusement pas très nette, car ancienne) de la sainte ampoule du sang de Saint Pantaléon, sortie de son tabernacle de sécurité.
En effet, depuis 1643 le reliquaire n’est sorti que très exceptionnellement de ce tabernacle.
Il n’est pas extrait au moment du prodige pour être bougé, présenté au peuple, porté, brandi, et encore moins agité comme cela se fait à Naples avec l’ampoule du sang de Saint Janvier.
Ce fait rend très difficile la prise de photographies au moment du miracle, puisque cela ne se peut faire qu’au travers des grilles et vitres.
Voici donc cette photo prise à l’occasion d’une très rare sortie de son tabernacle :

La partie principale du reliquaire évoque bien un objet d’orfèvrerie médiévale, peut-être byzantine, sur laquelle a été ajouté postérieurement une espèce de pinacle de type gothique flamboyant surmonté d’une statuette de Saint Pantaléon.
Lorsque le sang est « inactif », il n’occupe qu’un peu plus de la moitié de la fiole. Il semble qu’il soit disposé en quatre strates : le niveau le plus bas, dense et sombre, semble être constitué de sable ou de terre mêlée de sang ; la deuxième strate semble être faite de terre, avec une plus grande quantité de sang ; la troisième est faite de sang pur, coagulé en temps ordinaire, mais qui prend une couleur rubis lorsqu’il se liquéfie ; enfin la strate supérieure semble faite d’une espèce de mousse blanchâtre.
Ceux qui ont pu examiner de très près la liquéfaction rapportent qu’au moment de celle-ci, la strate de sang pur devient véritablement comme du sang frais, et que de petites bulles se forment, remontant à travers lui, en même temps que son volume augmente puisqu’il arrive que son niveau parvienne parfois presque jusqu’au sommet de l’ampoule.
Quant au dépôt de mousse blanchâtre qu’on observe ordinairement en surface, il fait alors penser à du lait. Saint Alphonse de Ligori, qui fut témoin oculaire du miracle, parle de sang entrecoupé de lait : ce qui correspond évidemment bien à Saint Pantaléon dont les actes du martyre rapportent que lorsqu’on le décapita il répandit non seulement du sang mais aussi du lait (sans doute la raison qui l’a fait choisir pour saint patron par les nourrices).

Liquéfaction du sang de Saint Pantaléon dans son ampoule, à l’intérieur de son tabernacle.

Les évêques de Ravello se sont montrés généreux, au cours des siècles, et ils ont profité de ces liquéfactions pour prélever quelques gouttes de ce sang et les enfermer dans des fioles de cristal qui furent offertes à d’autres diocèses : ainsi en trouve-t-on à Padoue et à Venise (Vénétie), à Lanciano (Abruzzes), à Martignano (Pouilles), à Crema (Lombardie), à Limbadi (Calabre), à Montauro (Calabre)… et peut-être en d’autres endroits ; et enfin aussi à Madrid.
Pour ce dernier lieu, ce fut un présent accordé à Sa Majesté Catholique le Roi Philippe III d’Espagne, qui le confia aux moniales augustines récollettes du monastère de l’Incarnation qu’il a fondé dans sa capitale en 1611. Le sang du martyr y a rejoint un prodigieux trésor de plus de sept-cents reliques de saints.
Dans tous les lieux où l’on conserve du sang de Saint Pantaléon le miracle de la liquéfaction est observé, le jour de sa fête ou en d’autres occasions.
A Ravello même, il n’est pas rare que le sang commence à se liquéfier dès la mi-juillet, et cela peut durer pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la fête.
En revanche, on ne sait pas ce qu’est devenue l’ampoule du sang de Saint Pantaléon vénérée à la basilique Sainte-Sophie de Constantinople : attestée en 1057, on sait que sous le règne de Michel Paléologue, déjà cité ci-dessus, dans le troisième quart du treizième siècle, le miracle de la liquéfaction se produisit à Constantinople.
Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.
Reliquaire du sang de Saint Pantaléon
au Monastère royal de l’Incarnation à Madrid,
où le miracle de la liquéfaction se produit chaque année.