Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2017-24. Lettre de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur les scandales dans l’Eglise du Christ.

Lundi 13 mars 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis longtemps, je conservais « sous le coude » cette lettre écrite il y a presque seize siècles par notre Bienheureux Père Saint Augustin, lettre dont la permanente actualité et la pertinence ne peuvent échapper à aucun fidèle doté d’un peu de bon sens et armé d’un bon catéchisme.
Toutefois, la date à laquelle j’ai choisi de la publier n’est en rien un choix hasardeux.

Dans la Sainte Eglise, il y a – malheureusement ! – toujours eu de mauvais pasteurs, qui ont suivi les traces de Judas.
Il y en a encore et toujours en nos temps ; et il y en aura encore jusqu’à la fin des temps.

Leurs mauvais exemples et leurs enseignements subversifs sont une cause de scandale pour les fidèles ; certains peuvent même en être troublés au point de se détourner de l’Eglise du Christ et d’aller chercher ailleurs une « Eglise de purs » aux pasteurs « parfaits »

Cette réponse de l’admirable Docteur d’Hippone à la vierge Félicie, qui lui avait écrit pour lui faire part de son trouble et de ses interrogations, demeure en nos temps – comme en tous les temps de la laborieuse pérégrination de l’Eglise ici-bas – la meilleure réponse qui puisse être apportée aux inquiétudes des fidèles scandalisés à juste titre aussi bien par les désordres de la conduite que par les élucubrations doctrinales des mauvais pasteurs.

Lully.

nika

Saint Augustin écrivant

Saint Augustin écrivant
(attribution contestée au Caravage)

Lettre 208
de notre Glorieux Père Saint Augustin,
adressée à la dame Félicie,
au sujet des scandales dans l’Eglise
(octobre de l’an 423)

§ 1 – Augustin,
à l’honorable Dame Félicie, sa chère fille en Jésus-Christ,
salut dans le Seigneur.

Je ne doute pas qu’avec une foi comme la vôtre et à la vue des faiblesses ou des iniquités d’autrui, votre âme ne soit troublée, puisque le saint Apôtre, si rempli de charité, nous avoue que nul n’est faible sans qu’il s’affaiblisse avec lui, et que nul n’est scandalisé sans qu’il brûle (2 Cor. XI, 29).
J’en suis touché moi-même, et dans ma sollicitude pour votre salut, qui est dans le Christ, je crois devoir écrire à votre sainteté une lettre de consolation ou d’exhortation. Car vous êtes maintenant si étroitement unie à nous dans le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est Son Eglise et l’unité de Ses membres (Note : Saint Augustin fait ici allusion au fait que Félicie était revenue à l’Eglise catholique après avoir adhéré à l’hérésie et au schisme de Donat) ; vous êtes aimée comme un digne membre de Son Corps divin, et vous vivez avec nous de Son Saint-Esprit.

§ 2 – C’est pourquoi je vous exhorte à ne pas trop vous laisser troubler par ces scandales ; ils ont été prédits, afin que, lorsqu’ils arrivent, nous nous souvenions qu’ils ont été annoncés, et que nous n’en soyons pas très-émus. Le Seigneur lui-même les a ainsi annoncés dans l’Évangile : « Malheur au monde à cause des scandales ! il faut qu’il en arrive ; mais malheur à l’homme par lequel arrive le scandale ! » (Matth. XVIII, 7). Et quels sont ces hommes, sinon ceux dont l’Apôtre a dit qu’ils cherchent leurs propres intérêts et non pas les intérêts de Jésus-Christ (Phil. II, 21).
Il y a donc des pasteurs qui occupent les sièges des Eglises pour le bien des troupeaux du Christ ; et il y en a qui ne songent qu’à jouir des honneurs et des avantages temporels. Il est nécessaire que dans le mouvement des générations humaines ces deux sortes de pasteurs se succèdent, même dans l’Église catholique, jusqu’à la fin des temps et jusqu’au jugement du Seigneur.
Au temps des apôtres, s’il y en eut de semblables, s’il y eut alors de faux frères que l’Apôtre en gémissant signalait comme dangereux (2 Cor. XI, 26) et qu’il supportait avec patience au lieu de s’en séparer avec orgueil, combien plus faut-il qu’il y en ait au temps où nous sommes, puisque le Seigneur a dit clairement de ce siècle, qui approche de la fin du monde : « Parce que l’iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira ». Mais les paroles qui viennent à la suite doivent être pour nous une consolation et un encouragement : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, sera sauvé » (Matth. XXIV, 12 & 13).

§ 3 – De même qu’il y a de bons et de mauvais pasteurs, de même, dans les troupeaux, il y a les bons et les mauvais.
Les bons sont appelés du nom de brebis, les mauvais du nom de boucs ; ils paissent ensemble, jusqu’à ce que vienne le Prince des pasteurs, que l’Evangile nomme « le seul Pasteur » (Jean, X, 16) ; et jusqu’à ce que, selon Sa promesse, Il sépare les brebis des boucs (cf. Matth. XXV, 32).
Il nous a ordonné de réunir : Il S’est réservé de séparer : car Celui-là seul doit séparer, qui ne peut Se tromper.
Les serviteurs orgueilleux qui ont osé faire si aisément la séparation que le Seigneur S’est réservée, se sont séparés eux-mêmes de l’unité catholique. Impurs par le schisme comment auraient-ils pu avoir un troupeau pur ?

§ 4 – C’est notre Pasteur Lui-même qui veut que nous demeurions dans l’unité, et que, blessés par les scandales de ceux qui sont la paille, nous n’abandonnions point l’aire du Seigneur ; Il veut que nous y persévérions comme le froment jusqu’à la venue du divin Vanneur (cf. Matth. III, 12), et que nous supportions, à force de charité, la paille brisée.
Notre Pasteur Lui-même nous avertit dans l’Evangile de ne pas mettre notre espérance même dans les bons pasteurs à cause de leurs bonnes oeuvres, mais de glorifier Celui qui les a faits tels, le Père qui est dans les cieux, et de Le glorifier aussi touchant les mauvais pasteurs, qu’Il a voulu désigner sous le nom de scribes et de pharisiens, enseignant le bien et faisant le mal.

§ 5 – Jésus-Christ parle ainsi des bons pasteurs : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut pas être cachée, on n’allume pas une lampe pour la placer sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matth. V, 14-18).
Mais avertissant les brebis au sujet des mauvais pasteurs, Il disait : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse. Faites ce qu’ils vous disent ; ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas » (Matth. XXIII, 2, 3).
Ainsi prévenues, les brebis du Christ entendent Sa voix, même par les docteurs mauvais, et n’abandonnent pas Son unité.
Ce qu’elles leur entendent dire de bon ne vient pas d’eux, mais de Lui ; et ces brebis paissent en sûreté, parce que, même sous de mauvais pasteurs, elles se nourrissent dans les pâturages du Seigneur. Mais elles n’imitent pas les mauvais pasteurs dans ce qu’ils font de mal, parce que de telles oeuvres ne viennent que d’eux-mêmes et non pas du Christ.
Quant aux bons pasteurs, elles écoutent leurs salutaires instructions et imitent leurs bons exemples.
L’Apôtre était de ce nombre, lui qui disait : « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ » (1 Cor. XI, 1). Celui-là était un flambeau allumé par la Lumière éternelle, par le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et il était placé sur le chandelier parce qu’il se glorifiait dans la croix : « A Dieu ne plaise, disait-il, que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » (Gal. VI, 14 ). Il cherchait non point ses intérêts, mais ceux de son Maître, lorsqu’il exhortait à l’imitation de sa propre vie ceux qu’il avait engendrés par l’Evangile (I Cor. IV, 15). Toutefois il reprend sévèrement ceux qui faisaient des schismes avec les noms des apôtres, et blâme ceux qui disaient : « Moi, je suis à Paul ». Il leur répond : « Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? ou êtes-vous baptisés au nom de Paul ? » (1 Cor. I, 18 ).

§ 6 – Nous comprenons ici que les bons pasteurs ne cherchent pas leurs propres intérêts, mais les intérêts de Jésus-Christ, et que les bonnes brebis, tout en suivant les saints exemples des bons pasteurs qui les ont réunies, ne mettent pas en eux leur espérance, mais plutôt dans le Seigneur qui les a rachetées de son sang, afin que, lorsqu’il leur arrive de tomber sous la houlette de mauvais pasteurs, prêchant la doctrine qui vient du Christ et faisant le mal qui vient d’eux-mêmes, elles fassent ce qu’ils disent et non pas ce qu’ils font, et qu’elles n’abandonnent pas les pâturages de l’unité à cause des enfants d’iniquité.
Les bons et les mauvais se mêlent dans l’Eglise catholique, qui n’est pas seulement répandue en Afrique comme le parti de Donat, mais qui, selon les divines promesses, se propage et se répand au milieu de toutes les nations, « fructifiant et croissant dans le monde entier » (Coloss. I, 6).
Ceux qui en sont séparés, tant qu’ils demeurent ses ennemis, ne peuvent pas être bons ; lors même que quelques-uns d’entre eux sembleraient bons par de louables habitudes de leur vie, ils cesseraient de l’être par la seule séparation : « Celui qui n’est pas avec moi, dit le Seigneur, est contre moi ; et celui qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Matth. XII, 30).

§ 7 – Je vous exhorte donc, honorable Dame et chère fille en Jésus-Christ, à conserver fidèlement ce que vous tenez du Seigneur ; aimez-Le de tout coeur, Lui et Son Eglise ; c’est Lui qui a permis que vous ne perdissiez pas avec les mauvais le fruit de votre virginité et que vous ne périssiez pas.
Si vous sortiez de ce monde séparée de l’unité du corps du Christ, il ne vous servirait de rien d’être restée chaste comme vous l’êtes.
Dieu, qui est riche dans Sa miséricorde, a fait en votre faveur ce qui est écrit dans l’Evangile : les invités au festin du Père de famille, s’étant excusés de ne pouvoir y venir, le maître dit à ses serviteurs : « Allez le long des chemins et des haies, et forcez d’entrer tous ceux que vous trouverez » (Matth. XXII, 9).
Vous donc, quoique vous deviez sincèrement aimer Ses bons serviteurs par le ministère desquels vous avez été forcée d’entrer, vous ne devez cependant mettre votre espérance qu’en Celui qui a préparé le festin : vous avez été sollicitée de vous y rendre pour la vie éternelle et bienheureuse.
En recommandant à ce divin Père de famille votre coeur, votre dessein, votre sainte virginité, votre foi, votre espérance et votre charité, vous ne serez point troublée des scandales qui arriveront jusqu’à la fin ; mais vous serez sauvée par la force inébranlable de votre piété, et vous serez couverte de gloire dans le Seigneur, en persévérant jusqu’à la fin dans son unité.
Apprenez-moi, par une réponse, comment vous aurez reçu ma sollicitude pour vous, que j’ai voulu vous témoigner de mon mieux dans cette lettre.
Que la grâce et la miséricorde de Dieu vous protègent toujours !

nika

2017-22. Du cinquantième anniversaire de la mort de Zoltán Kodály, et de son Stabat Mater.

1967 – 6 mars – 2017

Zoltán Kodály à la fin de sa vie

Zoltán Kodály à la fin de sa vie

Lundi 6 mars 2017,
Fête de Sainte Colette de Corbie.

Le compositeur hongrois Zoltán Kodály, qui était né le 16 décembre 1882, est décédé à Budapest le 6 mars 1967 dans sa 85e année : nous commémorons donc en ce jour-même le cinquantième anniversaire de sa mort.

Des ouvrages spécialisés pourront vous donner de plus amples renseignements sur sa vie, son oeuvre, son style, ses travaux pédagogiques… etc.
Pour ma part, n’étant nullement un spécialiste, mais juste un petit félin mélomane (tous les chats sont des mélomanes), je me garderai bien d’aller au-dela de ma connaissance très limitée de ce compositeur et me contenterai donc, à l’occasion de cet anniversaire, d’évoquer son célèbre Stabat Mater : une oeuvre que j’aime beaucoup entendre, que nous écoutons relativement souvent en notre Mesnil-Marie, et que Frère Maximilien-Marie chante lui-même parfois.

Un musicologue a recensé plus de 400 Stabat Mater composés par des musiciens de renom. Depuis le XIIIe siècle, en effet, le texte poignant de Jacopone da Todi a alimenté la piété et la méditation des fidèles, particulièrement pendant le saint temps du Carême, et, en conséquence logique, il a inspiré les compositeurs, soit en raison de commandes, soit pour des raisons de dévotion personnelle liées à quelques circonstances de leur vie ou à l’approche de la mort.
L’un des plus populaires, parmi tous ces Stabat Mater, demeure celui de Jean-Baptiste Pergolèse, écrit quelques mois avant sa mort (je l’avais évoqué > ici), mais au nombre de nos préférés il faut également citer celui de Marc-Antoine Charpentier intitulé « Stabat Mater pour des religieuses » (qui porte la référence H15), et bien sûr celui de Don Antonio Vivaldi (référence RV621).

Zoltán Kodály a composé le sien en 1898 : il avait 16 ans !
Originellement, cette oeuvre fut écrite pour un choeur d’hommes. Il l’a lui même adaptée pour choeur mixte en 1962, cinq ans avant sa mort.
Zoltán Kodály n’a pas composé pour les vingt strophes de la séquence liturgique de la célébration des Sept-Douleurs de Notre-Dame, mais pour quelques unes seulement, et la mélodie est identique pour toutes les strophes. La troisième ligne de chaque strophe est répétée (sauf à la dernière où le « Amen » remplace la reprise du texte).

On est ici bien loin de la théâtralisation des compositions baroques – qui confinent pourtant souvent au sublime – , puisque le jeune compositeur a résolument écarté tout artifice lyrique et a voulu une oeuvre sans accompagnement instrumental : le Stabat Mater de Kodály saisit par une simplicité mélodique quasi grégorienne, et par un dépouillement qui rend plus intérieur la poignante évocation des Douleurs de la Mère de Dieu.
Zoltán Kodály, par une phrase musicale au caractère obsédant, apporte une remarquable intensité dramatique à la description des souffrances de Marie au Calvaire, en même temps que le mouvement produit lors de  la répétition du dernier vers de chaque strophe semble ouvrir la voie à l’espérance pleinement surnaturelle tendue vers la résurrection.

Voilà tout ce que j’avais à vous dire en évoquant ce prodigieux Stabat Mater de Zoltán Kodály, au jour du cinquantième anniversaire de sa mort.
Je vous laisse maintenant écouter l’enregistrement réalisé en 1988 par la « Cappella Musicale Basilica di San Marco » de Milan, sous la direction de Giovanni Vianini, l’une des meilleures interprétations de cette oeuvre que je connaisse. 

Lully.

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2017-21. « La prière de larmes est plus efficace que celle de paroles ».

Second sermon
de

notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la chute de Pierre.

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Mercredi 22 février 2017,
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche,
Mémoire de St Paul, apôtre ;
Mémoire de Ste Marguerite de Cortone, pénitente.

Le 18 janvier, à l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome, j’ai publié le premier sermon de Saint Augustin sur la chute de Pierre (cf. > ici). Premier, car il y en a un second.

A l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche, je livre donc aujourd’hui à votre lecture, à votre réflexion et à votre méditation ce second sermon sur la Chute de Pierre, rempli de réflexions admirables sur la faute et le relèvement, sur le péché et le repentir, sur les larmes et la prière, sur la miséricorde de Dieu et sur notre nécessaire conversion…

* * * * * * *

Lodovico Carracci - St Pierre pénitent - 1613

Lodovico Carracci : Saint Pierre pénitent (1613)

§ 1 – Pierre, comme Adam, fut entraîné par une femme :

Nous le savons, mes frères, l’histoire d’Eve s’est renouvelée à l’égard de Pierre : une femme, une portière, l’a aussi trompé ; comme Adam, cet Apôtre s’est laissé circonvenir par une femme.
C’est l’usage que le sexe [s.e. féminin] s’emploie à tromper, et le diable a dû reconnaître dans cette portière un vase rempli de sa ruse. Il est habitué à ne triompher de la vertu des hommes fidèles que par l’intermédiaire d’une femme. Pour vaincre Adam, Eve lui a servi d’instrument ; une servante lui a suffi pour triompher de Pierre. Le diable, comme nous l’avons lu, s’était glissé dans le Paradis de délices, et – il nous est facile de le comprendre – le prétoire des Juifs ne se trouvait pas à l’abri de ses influences. Dans l’Eden, Satan, déguisé en serpent, attaqua le premier homme ; au tribunal de Caïphe, Judas remplaçait l’animal rampant.
Donc, il y a une similitude complète entre la séduction de Pierre et celle d’Adam, parce que, dans un cas comme dans l’autre, il y eut similitude entre le commandement donné à Adam et les ordres intimés à Pierre. Tous deux, en effet, avaient reçu du Seigneur la défense, celui-ci de le renier, celui-là de toucher au fruit de l’arbre : le premier, de porter la main sur l’arbre de la science ; le second, d’abandonner la sagesse de la croix. L’un goûta du fruit défendu ; l’autre prononça des paroles qui ne devaient point sortir de sa bouche. Et toutefois, il était plus facile à Pierre de renier son maître, qu’à Adam de prévariquer.

§ 2 – Pierre fut secouru plus vite que notre premier père :

Aussi la grâce vint-elle plus vite au secours de Pierre qu’à celui d’Adam.
Au moment où celui-ci se cachait, sur le soir, Dieu alla à sa recherche, et le Sauveur jeta les yeux sur celui-là au moment où il le reniait, au chant du coq. Devenu coupable d’une mauvaise action, notre premier père vit qu’il était nu, et il rougit ; intérieurement troublé à la pensée de ses paroles, réprimandé par sa conscience, l’Apôtre gémit amèrement. Pris comme en flagrant délit, Adam chercha un, refuge dans la solitude ; corrigé de sa faute, Pierre fondit en larmes. Le premier homme se cacha pour se dérober aux regards de l’Eternel ; Dieu lui dit : « Adam où es-tu ?» (Gen. III, 9). Il n’avait pu fuir la présence du Tout-Puissant, mais sa conscience coupable ne trouvait plus de retraite assurée contre les remords ; c’est pourquoi il tremblait. Le Seigneur le regarda, et lui ayant ouvert les yeux, dissipa son erreur. Ce fut aussi en regardant Pierre qu’il le corrigea ; car il est écrit : « Les yeux du Seigneur sont ouverts sur les justes : ses oreilles sont attentives à leurs cris » (Ps XXXIII, 16).

§ 3 – Larmes de Pierre :

Pierre s’en prit donc à ses yeux, mais aucune prière ne tomba de ses lèvres. Je lis dans l’Evangile qu’il pleura, mais, nulle part, je ne lis qu’il prononça un mot de prière ; je vois couler ses larmes, mais je n’entends pas l’aveu de sa faute. Oui, Pierre a pleuré et il s’est tu : c’était justice, car, d’ordinaire, ce qu’on pleure ne s’excuse pas, et ce qu’on ne peut excuser peut se pardonner. Les larmes effacent la faute que la honte empêche d’avouer.
Pleurer, c’est donc, tout à la fois, venir en aide à la honte et obtenir indulgence : par là, on ne rougit pas à demander son pardon, et on l’obtient en le sollicitant. Oui, les larmes sont une sorte de prière muette : elles ne sollicitent pas le pardon, mais elles le méritent ; elles ne font aucun aveu, et pourtant elles obtiennent miséricorde. En réalité, la prière de larmes est plus efficace que celle de paroles, parce qu’en faisant une prière verbale, on peut se tromper, tandis que jamais on ne se trompe en pleurant.
A parler, en effet, il nous est parfois impossible de tout dire, mais toujours nous témoignons entièrement de nos affections par nos pleurs. Aussi Pierre ne fait-il plus usage de sa langue, qui avait proféré le mensonge, qui lui avait fait commettre le péché et perdre la foi ; il a peur qu’on ne croie pas à la profession de foi sortie d’une bouche qui a renié son Dieu : de là sa volonté bien arrêtée de pleurer sa faute, plutôt que d’en faire l’aveu, et de confesser par ses larmes ce que sa langue avait déclaré ne pas connaître.
Si je ne me trompe, voici encore pour Pierre un autre motif de garder le silence : demander son pardon sitôt après sa faute, n’était-ce pas une impudence plus capable d’offenser Dieu, que de l’amener à se montrer indulgent ? Celui qui rougit en sollicitant son pardon, n’obtient-il pas ordinairement plus vite la grâce qu’il demande ?
Donc, en tout état de faute, mieux vaut pleurer d’abord, puis prier. Nous apprenons ainsi, par cet exemple, à porter remède à nos péchés, et il s’ensuit que si l’Apôtre ne nous a pas fait de mal en reniant son Maître, il nous a fait le plus grand bien par la manière dont il a fait pénitence de son péché.

§ 4 – Amour de Pierre pour Notre-Seigneur :

Enfin, imitons-le relativement à ce qu’il a dit en une autre occasion. Le Sauveur lui avait, trois fois de suite, adressé cette question : « Simon , m’aimes-tu ? » (Jean, XXI, 13) et, chaque fois, il avait répondu : « Seigneur, vous le savez, je vous aime ». Et le Seigneur lui dit : « Pais mes brebis ».
La demande et la réponse ont eu lieu trois fois pour réparer le précédent égarement de Pierre. Celui qui, à l’égard de Jésus, avait proféré un triple reniement, prononce maintenant une triple confession, et autant de fois sa faiblesse l’avait entraîné au mal, autant de fois, par ses protestations d’amour, il obtient la grâce du pardon.
Voyez donc combien il a été utile à Pierre de verser des larmes : avant de pleurer, il est tombé ; après avoir pleuré, il s’est relevé ; avant de pleurer, il est devenu prévaricateur ; après avoir pleuré, il a été choisi comme pasteur du troupeau, il a reçu le pouvoir de gouverner les autres, bien qu’il n’ait pas su, d’abord, se diriger lui-même.
Telle fut la grâce que lui accorda Celui qui, avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Lodovico Carracci - St Pierre pénitent (détail)

Lodovico Carracci : Saint Pierre pénitent (détail)

2017-19. Où Saint Claude de La Colombière nous alimente en conseils spirituels contre les tentations de découragement.

15 février,
Fête de Saint Claude de La Colombière.

Saint Claude de La Colombière

Saint Claude de La Colombière (1641-1682) :
« Mon fidèle serviteur et parfait ami » a dit de lui Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie.

Sacré-Coeur gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion de vous entretenir de Saint Claude de La Colombière (cf. > ici), prêtre ô combien admirable de la Compagnie de Jésus, que le Sacré-Coeur Lui-même désigna à Sainte Marguerite-Marie comme Son « fidèle serviteur et parfait ami », et qui fut d’un si précieux secours spirituel à la sainte Visitandine.

En cette année 2017, nous commémorons en même temps le 335e anniversaire de sa mort (+ 15 février 1682) et le 25e anniversaire de sa canonisation (31 mai 1992).

C’est un saint dont les écrits spirituels sont une mine inépuisable pour les âmes en quête de perfection : on y trouve à chaque page d’admirables conseils, tout à la fois stimulants et consolants.
Frère Maximilien-Marie, qui s’en est longuement nourri lorsqu’il était jeune religieux, en a recopié plusieurs pages dans ses propres carnets de notes spirituelles, et je n’ai eu qu’à m’y plonger pour en extraire quelques uns qui me semblent particulièrement propres à vous encourager et vous aider vous aussi dans votre vie spirituelle, où la tentation du découragement est la plus redoutable que l’on puisse affronter.
Je vous laisse donc les découvrir, approfondir et méditer.

Lully.

Sacré-Coeur gif

- « De tous les péchés qui se présenteront à mon esprit, [...] je ferai comme un bloc que je jetterai aux pieds de notre Sauveur, pour être consumé par le feu de Sa miséricorde ; plus le nombre en sera grand, plus ils me paraîtront énormes, d’autant plus volontiers les Lui offrirai-je à consumer, parce que ce que je lui demanderai sera d’autant plus digne d’elle. »

- « La plus faible de toutes les créatures n’a pas plus de sujet de désespoir que la plus forte, parce que notre confiance est en Dieu, qui est également fort pour les forts et pour les faibles. »

- « C’est à Dieu à détruire nos passions, Il le fera quand il Lui plaira ; mais c’est à moi à les réprimer et à les empêcher d’éclater et de m’entraîner au mal. »

- « Il faudrait être dans un perpétuel chagrin s’il fallait se chagriner de toutes les fautes qu’on fait ; on doit se contenter de s’en humilier devant Dieu et d’accepter les mortifications qu’elles vous causent. »

- « Si j’étais en votre place, voici comment je me consolerais : je dirais à Dieu avec confiance :
Seigneur, voici une âme qui est au monde pour exercer Votre admirable miséricorde, et pour la faire éclater en présence du ciel et de la terre. Les autres Vous glorifient en faisant voir quelle est la force de Votre grâce, par leur fidélité et leur constance, combien Vous êtes doux et libéral envers ceux qui Vous sont fidèles. Pour moi, je Vous glorifierai en faisant connaître combien Vous êtes bon envers les pécheurs et que Votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n’est capable de l’épuiser, que nulle rechute, quelque honteuse et criminelle qu’elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je Vous ai grièvement offensé, ô mon aimable Rédempteur ; mais ce serait bien encore pis si je Vous faisais cet horrible outrage de penser que Vous n’êtes pas assez bon pour me pardonner. »

- « Je ne sais ce que vous voulez dire avec votre désespoir : on dirait que vous n’avez jamais entendu parler de Dieu ni de Sa miséricorde infinie. Je ne puis plus vous pardonner ces sentiments ; je vous prie d’en prendre l’horreur que vous devez et vous souvenir que tout le mal que vous avez fait n’est rien en comparaison de celui que vous faites en manquant de confiance ; espérez donc jusqu’au bout, je vous le commande par tout le pouvoir que vous m’avez donné sur vous-même (note *) : si vous m’obéissez sur ce point, je vous réponds de votre conversion. »

Note * : On l’aura compris, Saint Claude de La Colombière s’adresse ici à une âme qui lui a demandé d’être son directeur spirituel.

Sacré-Coeur gif

Et on pourra redire avec fruit l’acte d’offrande au Sacré-Coeur de Saint Claude > ici 

2017-7. Quelques réflexions pour comprendre ce que fut en réalité la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI. Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier.

Statue de Louis XVI - Chapelle Expiatoire

« Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »
(paroles attribuées à l’abbé Edgeworth de Firmont au moment de l’exécution du Roi)

Chaque année, la date du 21 janvier ramène l’anniversaire, terrible et magnifique, de l’assassinat de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

Terrible !

- Terrible, parce que la date du 21 janvier 1793 n’est pas seulement celle de la mort injuste d’un homme bon et innocent (des hommes bons et innocents meurent chaque jour depuis les origines de l’humanité, et il en mourra encore chaque jour jusqu’à la fin des temps), comme s’il s’agissait uniquement d’une simple « bavure » – regrettable mais finalement anecdotique – liée aux déchaînement de passions ponctuelles, aujourd’hui dépassées.

- Terrible, parce que le régicide du 21 janvier 1793 doit être compris comme un événement majeur de l’histoire, non seulement de la France, mais de toute l’ancienne Chrétienté, mais de toute l’humanité.

- Terrible, parce que le 21 janvier 1793 est une date-clef pour comprendre les enjeux profonds d’une révolution qui avait commencé bien avant le 14 juillet 1789 et qui se continue et se perpétue avec un impitoyable déroulement logique.

- Terrible, parce que l’exécution de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI fut, dans sa réalité profonde, une sorte de sacrifice humain – prélude à des milliers d’autres – offert à Satan par les ennemis du Règne de Dieu, à fin de sceller dans le sang d’une victime innocente, pure et pieuse, la construction d’une « société nouvelle », tournant le dos aux desseins de Dieu et s’opposant radicalement aux plans du Rédempteur sur le monde.

- Terrible, parce que tant que les faux principes qui ont conduit à l’accomplissement sordide de cette liturgie sacrificielle impie célébrée le 21 janvier 1793 sur la « place de la révolution », présideront aux destinées de la France et empoisonneront les consciences individuelles autant que les pseudo institutions qui constituent les rouages de son fonctionnement aujourd’hui, la France ne pourra en aucune manière se relever mais dégringolera d’abîmes en abîmes, entraînant dans sa chute une grande partie de l’humanité.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

François-Joseph Bosio (1768-1845) : détail de la statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire.

Magnifique !

- Magnifique, parce que, en face d’un déferlement de haine et de l’exacerbation des plus basses passions déchaînées, Sa Majesté le Roi Louis XVI, qui, par bien des côtés était un enfant de son siècle – et donc plus ou moins consciemment imprégné par les idées des pseudo « Lumières » – , a opéré une admirable croissance dans l’ordre de la grâce, jusqu’à parvenir non seulement à sa pleine stature de chrétien sur un plan personnel, mais jusqu’à atteindre sa pleine dimension de Roi Très Chrétien.

- Magnifique, parce que, par l’acceptation libre et responsable du sacrifice de sa vie, ce Souverain profondément attaché à la foi catholique et resté ferme pour la défendre, est arrivé à une authentique conformation au Christ Sauveur en Sa douloreuse Passion : offrant sa vie, pardonnant à ses bourreaux, priant pour que ce crime ne leur soit point imputé, suppliant pour que sa propre mort – sacrilège – ne fasse pas le malheur des peuples sur lesquels la divine Providence l’avait établi roi.

- Magnifique, parce que que nous croyons que Louis est un authentique martyr et que son sacrifice a déjà été, et sera encore, fécond dans l’ordre de la grâce, tant pour ses successeurs que pour le Royaume de France et pour la Sainte Eglise tout entière.

- Magnifique, parce que loin de nous enfermer dans une mélancolie passéiste, le souvenir de ce 21 janvier 1793, revivifié d’année en année, solennellement commémoré et religieusement célébré, entretient et nourrit en nous la formidable espérance d’une résurrection authentique de la monarchie sacrée, d’une reviviscence de la royauté capétienne de droit divin, d’une pleine restauration de la Légitimité, et d’un entier triomphe de la Couronne des Lys sur toutes les puissances infernales auxquelles la révolution a livré la France et le monde

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail 2

Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier :

1) Les dernières heures de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
2) Le testament de Louis XVI > ici
3) « Louis XVI aux Français », complainte > ici
4) Allocution consistoriale du pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI > ici
5) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée devant le pape Pie VI > ici
6) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée à la basilique Saint-Denys, le 21 janvier 2016, par le Rd. Père Augustin Pic, op. > ici
7) Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI > ici
8) Maximes et pensées de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
9) Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
10) La sainte icône représentant Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, exposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie > ici

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-4. « Afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

Premier sermon
de

notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la chute de Pierre.

* * * * * * *

Rombouts Theodor - le reniement de Pierre

Theodor Rombouts (Anvers 1597 – Anvers 1637) :
le reniement de Pierre ["Liechtenstein Museum", Vienne (Autriche)]

A l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome, je livre à votre réflexion et méditation ce premier sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur la chute de Pierre : je le tiens en réserve depuis le printemps 2013 – « Qui potest capere capiat » – et crois utile aux âmes et aux intelligences de le publier finalement en ce jour.
Utile pour chacune de nos âmes qui, toujours exposées aux dangers que leur fait courir leur propre fragilité ont toujours davantage besoin, comme le Prince des Apôtres lui-même, de s’humilier pour se mieux relever ; utile aussi pour être moins exposés aux scandales et conserver au mieux la sérénité intérieure dans les difficiles circonstances actuelles de la vie de la Sainte Eglise…

* * * * * * *

« Afin de lui inspirer une humilité salutaire,
le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

§ 1. La présomption de Pierre. 

De Saint Pierre, vous connaissez la sublime profession de foi au sujet de la divinité de Jésus-Christ ; vous savez aussi que, à la voix d’une servante, il renie Celui qu’il avait adoré.
Pour confondre sa présomption, le Sauveur lui avait dit : « Tu me renieras » (Matth. XXVI, 75) ; plus tard aussi, pour affermir son amour, Jésus-Christ lui posa cette question : « M’aimes-tu ? ». C’est donc au moment même où Saint Pierre chancelait dans sa foi, qu’il présuma le plus de ses propres forces.

Le Psalmiste avait depuis longtemps formulé ce reproche : « Ceux qui mettent leur confiance dans leur vertu » (Ps. XLVIII, 7). Pierre méritait donc qu’on lui fît l’application de ces autres paroles : « J’ai dit dans mon abondance : jamais je ne me laisserai ébranler » (Ps. XXIX, 7). Dans son abondance, il avait dit au Sauveur : « Je suis avec Vous jusqu’à la mort » (Luc XXII, 33) ; dans son abondance, il avait dit : « Jamais je ne me laisserai ébranler ».

Toutefois Jésus-Christ, en Sa qualité de suprême Médecin, savait mieux que le malade lui-même ce que réclamait sa maladie. Ce que font les médecins dans les maladies du corps, Jésus-Christ peut le faire dans les maladies de l’âme.
Qu’importe, après tout, au malade, que le médecin lui rende toujours raison du traitement qu’il lui applique ? Le malade peut connaître les souffrances qu’il supporte ; mais quand il s’agit de décider si la maladie est dangereuse, d’en connaître les causes, et de juger de l’efficacité des remèdes, c’est l’oeuvre propre du médecin qui, après avoir examiné le corps, reste libre de communiquer à son malade les raisons du traitement qu’il lui applique.

Quand donc le Seigneur dit à Pierre : « Tu Me renieras trois fois », Il prouvait à Pierre qu’Il avait sondé son coeur.
Or, les prévisions du médecin se réalisèrent, et la présomption du malade se trouva confondue.

§ 2. Sa chute fut salutaire à Pierre parce qu’elle le fit entrer dans la voie de l’humilité.

Continuons à étudier dans le même psaume les révélations que nous fait le Saint-Esprit.
Après avoir dit : « Dans mon abondance, je ne me laisserai jamais ébranler », le Psalmiste, se reprochant d’avoir ainsi présumé de ses propres forces, s’empresse d’ajouter : « Seigneur, par l’effet de Votre volonté, Vous avez ajouté la force à ma beauté ; Vous avez détourné Votre face, et je suis tombé dans le trouble et la confusion » (Ps. XXIX, 8).
Que dit-il ?
Ce que j’avais ne venait que de Vous, et je croyais ne le tenir que de moi ; « mais Vous avez détourné Votre face » ; Vous avez repris ce que Vous m’aviez donné et « je suis tombé dans le trouble et la confusion » ; en Vous retirant de moi, Vous m’avez montré ce que je suis par moi-même.

Ainsi donc, afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps.
Jésus le regarda ensuite, et Pierre versa des larmes amères, comme parle l’Evangile ; c’est ainsi que s’accomplit la prédiction du Sauveur.

Que lisons-nous ? « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint » (Luc XXII, 61).
Si Jésus-Christ ne l’eût pas regardé, Pierre aurait tout oublié. « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint que Jésus lui avait dit : avant que le coq chante, vous Me renierez trois fois, et, étant sorti, il pleura amèrement » (Ibid. 62).
Pour laver le crime de son reniement, Pierre avait donc besoin du baptême des larmes. Mais ce baptême lui-même il n’aurait pu l’avoir si Dieu ne lui en avait fait la grâce.

Rombouts Theodor - reniement détail

Theodor Rombouts : le reniement de Pierre (détail)

2017-3. La prière des ânes.

Jeudi 12 janvier,
7e jour dans l’octave de l’Epiphanie.

J’avoue ne plus très bien savoir qui m’a fait parvenir – il y a déjà un peu de temps de cela – le texte qui va suivre, que j’avais alors mis de côté en vue de le publier. En effet, il m’avait beaucoup plu.
Puisque nous arrivons à la fin de l’octave de l’Epiphanie, qui met un terme aux célébrations de la Nativité de Notre-Seigneur, j’ai résolu de vous le livrer aujourd’hui : d’une part parce que la présence de l’âne dans toutes les représentations relatives à la Naissance du Sauveur est très importante (arrivée à Bethléem, crèche, fuite en Egypte), et d’autre part parce que derrière un certain humour de surface, cette « prière des ânes » renferme des pépites spirituelles très sérieuses et véritablement précieuses pour la vie intérieure de tout chrétien… 

pattes de chat Lully.

Carducho Bartolomé 1600-1603 (Ermitage St-Petersbourg)

Bartholomé Carducho : la fuite en Egypte (1600-1603)

Prière des ânes :

Donnez-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre…
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de Votre Parole.

Donnez-nous, Seigneur, un dos courageux…
pour supporter les hommes les plus insupportables.

Donnez-nous, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses, autant que les coups de bâton.

Donnez-nous, Seigneur, d’être sourd aux injures et à l’ingratitude :
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.

Ne nous donnez pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.

Mais donnez-nous simplement, Seigneur, de ne jamais désespérer de Votre miséricorde, si gratuite pour ces ânes si disgracieux que nous sommes… d’après ce que disent les pauvres humains qui n’ont rien compris ni aux ânes, ni même à Vous, qui avez fui en Egypte avec un de nos frères, et qui avez fait Votre entrée messianique à Jérusalem sur le dos d’un des nôtres.

Ainsi soit-il !

âne gif

Lire aussi
« La légende de la sauge » > ici

2016-94. Se préparer à entrer dans le mystère de Noël avec la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin (Madame Louise de France).

23 décembre.

En ce jour anniversaire du rappel à Dieu de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, qui avait été dans le siècle Madame Louise de France, fille de Sa Majesté le Roi Louis XV (voir ici > Princesse et carmélite),  nous pouvons nous servir de l’une des méditations qu’elle a elle-même écrite pour se préparer à la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, afin de mieux disposer nos âmes, nos coeurs et nos esprits à entrer dans la véritable dimension spirituelle du mystère de Noël, et à en vivre plus intensément.

Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

La Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, carmélite,
qui avait été dans le siècle Madame Louise de France.

« Qu’un Prince puissant descendît de son trône pour venir se confondre dans les derniers rangs de ses sujets, s’asseoir à leur table, partager leur indigence, et essayer de leur rendre le fardeau de la pauvreté plus supportable, en le portant avec eux ; quelles impressions profondes d’amour et de vénération laisserait dans tous les coeurs le spectacle ou le récit d’un tel héroïsme de générosité !
Pour être plus accoutumés aux prodiges de la miséricorde divine, devons-nous en être moins touchés ? 
Ah ! Plutôt que de permettre, Seigneur, que je me rende coupable d’une ingratitude aussi monstrueuse, donnez-moi de recueillir dans mon âme toute la reconnaissance que l’univers vous doit.

Parmi les réflexions qui viennent tumultueusement se présenter à mon esprit, à la vue de Jésus naissant, cinq objets doivent principalement fixer le désir qu’il veut bien m’inspirer, de lui préparer dans mon coeur une demeure digne de lui.

1 – Son amour infini pour moi.
J’étais présente à ses yeux, dès les premiers moments d’un sacrifice qui a commencé avec l’éternité. Il a daigné pourvoir à tous mes besoins. Pas une de mes misères qui ait échappé au dessein qu’il a formé, de venir lui-même apporter aux plaies du genre humain, les seuls remèdes que pût admettre la justice irritée de son Père ! Les intérêts de sa propre gloire, les ignominies et les besoins de cette chair mortelle qu’il n’a pas dédaigné de revêtir, pour m’élever jusqu’à lui, en s’abaissant jusqu’à moi, rien n’a pu l’arrêter.
O Amour ! qui faites disparaître dans une Dieu tout ce qu’il doit à sa grandeur, échapperez-vous au juste retour dont je me sens redevable ? Ne dois-je pas me donner sans partage à celui qui vient se donner tout entier à moi ?

2 – Sa miséricordieuse charité.
C’est pour tous les hommes, c’est pour les délivrer tous de l’esclavage du péché, pour leur ouvrir à tous l’entrée du Ciel qu’il paraît sur la terre ; j’étais comprise dans cette multitude innombrable de pécheurs qu’il avait la vue et le désir de sauver. Mes infidélités à sa grâce qu’il prévoyait, n’ont pas mis d’obstacle à la générosité de ses démarches pour moi. Sa charité, comme me l’apprend son Apôtre, s’est manifestée en ma faveur, malgré toute mon indignité. Combien ce regard de bonté d’un Dieu naissant doit-il m’apprendre à renfermer dans ma charité ceux-mêmes qui me paraissent si souvent la moins mériter !

3 – Ses profondes abjections.
En quel état paraît à mes yeux le Roi des Rois, le Dieu de l’univers, le dominateur suprême du Ciel et de la terre ! Quelle escorte va l’environner dans la crèche ! Une étable sera son palais ; une cabane exposée à toutes les injures de l’air sera son asile ; de pauvres bergers composeront sa cour, le souffle de deux animaux sera l’unique adoucissement à ses premières souffrances ; telle est l’image abrégée de l’anéantissement auquel il s’est condamné pour moi.
Puis-je croire cette vérité et souffrir encore que mon coeur soit susceptible de cet orgueil qui est le poison de toute la grandeur humaine. En peut-il être d’autre pour une âme chrétienne, que celle qui lui donne une conformité parfaite avec Jésus anéanti dans la crèche ? Qu’il est grand, ce Dieu caché, malgré le voile d’abjection qui le couvre à mes yeux ! Que je serai grande moi-même, quand je m’efforcerai de me rabaisser en sa présence !

4 – Son état d’infirmité et de souffrances.
Jésus les embrasse dès sa naissance, pour m’apprendre à sanctifier les miennes, pour m’y fortifier, et pour m’y consoler. Mais, si le Saint des Saints accepte déjà dans un corps innocent ce douloureux partage, puis-je ne pas m’estimer heureuse des traits de ressemblance qu’il me fournira lui-même dans mille circonstances, où je pourrai unir mes souffrances aux siennes. En qualité de chrétienne et de pécheresse, je suis condamnée à la mortification et à la pénitence. La leçon qu’il me présente dans son berceau est un nouveau motif pour moi de me crucifier dans mes sensualités, et encore plus dans ma volonté propre. Plus je trouve de facilités à la satisfaire, plus j’apprendrai, dans ce premier sacrifice de Jésus naissant, à m’immoler dans tout ce que j’ai de plus intime pour les sens, pour l’esprit et pour le coeur.

5 – L’étendue de ses satisfactions.
C’est un Dieu qui me prévient, qui me recherche, qui paye pour moi à la justice de son Père. Que pourrais-je craindre avec une caution d’une valeur et d’une vertu aussi efficaces ? Je porterai à ses pieds bien des misères qu’il connaît, et dont il compassion, mais qu’il est disposé à me pardonner, dès que je les détesterai toutes, dès que je n’en aimerai aucune. Indépendamment de tant de promesses miséricordieuses, qu’il m’a adressées tant de fois, ne s’offrira-t-il pas aux yeux de ma foi, avec tous les charmes qui peuvent lui attirer toute ma confiance ?
Non, il ne viendra point à moi en juge, ni en vengeur, mais en Sauveur et en Père. Je me hâterai donc de me jeter entre les bras qu’il daigne me tendre ; je recueillerai avec ardeur ses soupirs ; je le conjurerai d’être mon Jésus et mon libérateur, à l’appui de ces tendres sentiments que je solliciterai au premier trône de son indulgence ; que ne trouverai-je pas de ressources auprès d’un coeur qui ne désire que la pleine confiance du mien.

Ce mystère d’un Dieu naissant, doit donc ranimer tout mon amour pour lui, servir de règle à ma charité pour le prochain, rectifier tous mes jugements et toute ma conduite sur ce qui fait la véritable grandeur, soutenir mon courage dans l’usage de la pénitence chrétienne, réveiller et confirmer toute ma confiance aux miséricordes si étendues, dont la crèche est la dépositaire.
Je demanderai donc avec un redoublement de ferveur, proportionné à tous mes besoins, ces heureux fruits de la fête qui approche ; je purifierai mon âme avec la plus exacte sincérité ; j’y ajouterai avec toutes les protestations de ma douleur, les promesses les plus sincères de ma fidélité future ; je réunirai tous mes désirs les plus ardents et les plus empressés pour attirer les grâces de ce divin Enfant.
Mille fois je lui réitérerai ma consécration entière à son service, ma dépendance, ma gratitude et mon amour.
Venez, lui dirai-je, venez, Auteur de tous les biens, répandez-les dans mon âme ; en la visitant, faites-lui goûter combien il est doux de vous aimer et d’être aimée de vous. Communiquez-moi ces saintes ardeurs dont le coeur de votre sainte Mère était pénétré ; faites passer dans le mien ce feu céleste qui en consume toutes les froideurs ; remplissez-moi de cet esprit de foi, de cette fervente piété, qui accompagnaient ce saint Roi, mon Patron, à votre divin banquet ; qu’il n’y ait rien en moi qui ne se ressente de ces profonds hommages que vous rendirent à la crèche les esprits bienheureux dont elle était investie ; couronnez enfin, ô Dieu naissant ! tous vos bienfaits par cette paix que vous apportez à la terre ; qu’elle règne en moi, comme un gage de votre grâce et de votre clémence ; et qu’elle y persévère par la confiance de ma fidélité et de mon amour !
Le péché seul peut m’en priver. Ah ! Que jamais il ne trouble, il ne ravisse un trésor dont la possession m’est plus chère que tous les biens de ce monde, que ma vie-même.
C’est, ô mon Jésus ! ce que je vous demande, et c’est ce que je ne cesserai de penser, et désirer jusqu’au dernier soupir ; il sera un soupir d’amour pour vous. »

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin.

Quelques autres textes pour se préparer spirituellement à Noël :

- Préparation au mystère de la Nativité avec Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix > ici
- « Chemin de Bethléem, école d’oraison » (Frère Maximilien-Marie) > ici

2016-92. Adaptation au monde moderne ?

Parmi les reproches qui sont faits à l’encontre des Légitimistes qui, à la suite de Monseigneur le Comte de Chambord, de jure Sa Majesté le Roi Henri V, maintiennent coûte que coûte les principes de la royauté française traditionnelle et refusent toute compromission avec les idées qui ont causé la révolution ou en sont les conséquences, il y a celui de ne pas savoir « s’adapter au monde moderne ».
Cela peut se décliner avec des formes voisines, telles que « ne pas comprendre les aspirations de son temps », « ne pas savoir s’inscrire dans le mouvement général », « laisser passer les opportunités d’entrer dans la modernité que nous tend l’Histoire », et autres formules de pure rhétorique qui ne servent qu’à masquer l’abandon des principes pérennes et solides.

Il en est de même dans l’Eglise où l’abandon – la trahison – de la Tradition, reçue des Apôtres et développée organiquement au fil des siècles par les Pères, les saints Docteurs, les Pontifes fidèles (car il en est qui ne le furent pas), les conciles authentiques (car là encore il en est qui ne sont que des brigandages) …etc. , fait l’objet de pseudo justifications sous la formule incantatoire, quasi dogmatique et indéfiniment répétée par les chantres du « renouveau », d’ « adaptation au monde moderne » (ou « au monde de ce temps »).
Dans l’une des conférences de Gustave Thibon – encore et toujours ! – , j’ai relevé une citation qui n’a pas besoin d’être longue pour être percutante, comme souvent.
C’est une réflexion de simple bon sens, une fois de plus ; mais, parce que justement le bon sens est ce qui semble faire le plus défaut dans certains raisonnements, dans certaines intelligences, dans certaines structures d’enseignement, dans certaines sacristies, dans certains presbytères, évêchés ou palais apostoliques, il est bien nécessaire que ce que le bon sens inspire soit rappelé à temps et à contretemps : « opportune, importune » (2 Tim. IV, 2).
Dans ces quelques lignes qui suivent, je me suis autorisé à reproduire en caractères gras ce qui m’y apparaissait comme plus spécialement important.

Lully.

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*  *  *

Adaptation au monde moderne ?

« (…) Je crois que ceux qui parlent de s’adapter à tout prix au monde moderne ne savent pas ce dont le monde moderne a besoin : il a besoin de ce qui lui manque, il n’a pas besoin qu’on surabonde dans son propre sens. Il faut différer beaucoup de son siècle pour le servir.
Au reste, aujourd’hui, la modernité commence à se vomir elle-même. Si l’on nous accuse d’immobilisme, parce que, selon la belle formule d’un jeune philosophe contemporain, nous voulons « nous rapprocher de ce qui ne change jamais plus que nous adapter à ce qui change toujours », parce que nous sommes plus soucieux de nous dépasser nous-mêmes que de ne pas nous laisser dépasser, nous répondrons que se rapprocher du modèle divin, sculpter l’existence à l’image de l’essence, imprimer sur ce qui est la marque de ce qui doit être, cela exige tout de même beaucoup d’énergie, de vigilance, d’initiative et de liberté, infiniment plus que suivre passivement le courant de la mode et se laisser emporter comme une feuille morte par « l’air du temps »… ».

Gustave Thibon,
in « Morales de toujours et morales éternelles »,
conférence du 27 mars 1973 à Waremme (Belgique)
« Les hommes de l’éternel », ed. Mame – Paris 2012 – p. 89]

Gustave Thibon

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