Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2021-34. Trois jours de marche vers Sainte Philomène du 8 au 10 août 2021.

Lundi 28 juin 2021,
Fête de Saint Irénée de Lyon, évêque et martyr ;
Vigile des Saints Apôtres Pierre et Paul ;
5ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste.

compostelle-pelerins-costume

A l’initiative de l’un de nos amis, fervent dévot de Sainte Philomène, il y aura un pèlerinage à pied qui viendra au Mesnil-Marie à l’occasion de la fête de Sainte Philomène, célébrée le mercredi 11 août.

Le point de départ sera près de La Voulte-sur-Rhône, le dimanche 8 août en début d’après-midi : cela constitue donc deux jours et demi de marche pour environ 65 km (par les sentiers de randonnée et chemins, essentiellement).
Ce pèlerinage aura lieu quel que soit le nombre de pèlerins.
Il est aussi possible de ne faire qu’une partie du parcours (par exemple la dernière journée, environ 18 km, entre Le Cheylard et le Mesnil-Marie).
Afin de définir et de peaufiner tous les détails pratiques de ce pèlerinage, nous demandons aux personnes qui seraient éventuellement intéressées de se faire connaître dans les plus brefs délais, au moyen de cette messagerie > ici.

nouvelle présentation châsse Sainte Philomène

Gisant et relique de Sainte Philomène au Mesnil-Marie

palmes

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 28 juin, 2021 |Commentaires fermés

2021-33. Il nous revient de rester toujours fidèles à la Sainte Doctrine et aux Traditions de notre Mère l’Église.

Vendredi 25 juin 2021,
Fête de Saint Prosper d’Aquitaine, confesseur ;
Mémoire de Saint Guillaume, abbé ;
2ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste ;
Anniversaire de l’exécution de Georges Cadoudal (cf. > ici).

Lettre mensuelle
aux
membres et amis de la Confrérie Royale

25 juin 2021

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

Blason de la Confrérie Royale

Bien chers amis,
                           

Notre époque peut être qualifiée « d’opinioniste », si vous m’excusez ce néologisme. Tous et chacun ont leur opinion sur ce qu’ils pensent être vrai, juste, beau, sans avoir aucune connaissance dans le domaine sur lequel ils ont une opinion. Telle personne dira : « Selon moi,… » avec une suite de phrases qui sera certainement d’une nullité incroyable et/ou extrême. Ce fléau sociétal n’est qu’un refus de l’autorité légitime ainsi qu’une énième tentative d’imposer un égalitarisme dont personne ne veut (sauf, selon moi, les féministes et autres lgbtqxyz). Ce fléau, Paul VI l’a bien annoncé au monde, est aussi entré dans l’Eglise. Nous avons maintenant des théologiens, ou plutôt des théologiennes, parfois autoproclamés avec seulement un mémoire de théologie… Pensons à Anne Soupa qui candidata pour devenir la première Primate des Gaules.
A-t-elle une maîtrise de la théologie inégalée ? Peut-être est-elle une nouvelle Doctoresse de l’Église, la première Mère de l’Église ? Que nenni ! Elle voulait juste devenir archevêque parce que la femme n’a, selon elle et d’autres “grandes » théologiennes, pas assez de place dans l’Église et qu’elles sont dénigrées… Malheureusement l’ancienne future Primate des Gaules n’est pas la seule à vouloir appliquer son « selon moi » à la doctrine divine de l’Église. « L’Église qui est en Allemagne » et son « chemin synodal » (plutôt « chemin vers le schisme ») demande que l’Église change la morale, jugée dérangeante…  Voila où mènent les opinions de gens incultes, non formés et qui refusent le développement de la théologie depuis la scholastique (et même avant) jusqu’au Concile des années 60… Comme disait le maître Bernard de Chartres 
: « Sumus nani gigantum humeris insidentes », nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Et lorsque les nains se piquent d’être des géants, ceux qui demeurent contents de rester “perchés” sur les épaules des géants se voient qualifiés de fous et d’arriérés par ces géants autoproclamés. Oh humour quand tu nous tiens !

Saint Prosper d'Aquitaine

Vitrail de Saint Prosper dans l’église Sainte Clotilde de Paris

Nous fêtons aujourd’hui Saint Prosper d’Aquitaine (pardon de Nouvelle Aquitaine selon les nouvelles régions gouvernementales), céleste patron des poètes. Quel rapport avec Anne Soupa et notre société « opinioniste » vous vois-je penser. Laissez-moi vous conter brièvement la vie de Saint Prosper. Né en Aquitaine vers 390, notre saint fit ses études à Bordeaux où à Marseille (que chacun se fasse sa propre opinion !), correspondit avec Saint Augustin, alla à Rome et devint secrétaire ou notaire sous le Pape Léon Ier. . Il devint un grand défenseur de Saint Augustin, alors que ledit Père de l’Église était en controverse avec les Pélagiens sur les questions de la Grâce. Après une vie passée à défendre la Foi catholique « orthodoxe », notre Saint quitta ce monde vers 463. Un bon prêtre me direz-vous. Et bien non. Un excellent laïc, et même un mari ayant compris que le plus important dans la vie n’était pas d’avoir des opinions forgées de son côté, mais de devenir un saint. Il écrivait à sa femme : « Relève-moi si je tombe, reprends-toi quand je te signale quelque faute. Qu’il ne nous suffise point d’être un seul corps, soyons aussi une seule âme». Sûrement devenu veuf, il termina sa vie comme moine à Marseille. Voici un véritable exemple d’un Confesseur, d’un nain devenu géant à son tour. Voici l’exemple d’un véritable théologien. La cléricature ne fait ni le théologien, ni le bon théologien. En revanche l’amour inconditionné donné à Dieu oui.

L’amour qu’eut Saint Prosper pour la Sainte Doctrine de l’Église ne plut pas à ceux qui, sciemment ou non, la combattaient. Déjà défaits par Saint Augustin, ils voulurent réduire Saint Prosper au silence en le calomniant. Étant le refuge ordinaire de ceux qui, bien que n’ayant pas la vérité, ont néanmoins l’orgueil de vouloir paraître triompher, cette tactique est toujours d’actualité… Saint Prosper, prévenu par un de ses amis, put détruire toutes ces calomnies et alla plus loin en écrivant son Poème contre les Ingrats, c’est-à-dire contre ceux qui ne reconnaissent pas la nécessité et la gratuité de la grâce de Dieu. (Littérature, Doctrine et rétablissement de la vérité ; du trois en un !).
Saint Prosper ne recueillit ici bas que persécutions comme récompense de ses travaux. Pourtant son zèle brûla toujours jusqu’à sa mort. Le fruit de ses travaux ne lui apporta aucune gloire terrestre, même de nos jours où il est totalement oublié. Sans lui pourtant, la si sublime doctrine augustinienne n’aurait peut-être pas eu autant d’impact. Le dénigrement sur la terre et parfois l’oubli : voila le sort réservé, selon une vision purement naturaliste, aux défenseurs de la Doctrine et de la Vérité. Mais une couronne de gloire ne vaut-elle pas plus qu’une reconnaissance terrestre ? L’exemple de notre Saint vient s’ajouter aux nombreux autres, à la tête desquels se trouve le grand Saint Athanase. Qu’est devenu le Pape Libère qui le condamna jadis pour avoir défendu la vraie foi en désobéissant à Rome ? Une mémoire oubliée. Il en sera de même pour tous ceux qui s’opposent à l’avènement du Règne de Notre Seigneur.

Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence

Saint Athanase défenseur de la Doctrine

A notre petit niveau, il nous revient de rester toujours fidèles à la Sainte Doctrine et aux Traditions de notre Mère l’Église. Nous ne pouvons être médiocres. Cela implique concrètement que, contrairement à nombre d’autoproclamés grands « défenseurs » de la liturgie, doctrine ou discipline multiséculaires de l’Église, nous devons faire le choix de ne pas trier quelles parties garder et quelles parties nous voulons laisser de côté. Le Christ nous demande d’être des saints, et de grands saints ! Pour cela la médiocrité n’est pas la bienvenue. Comme Saint Prosper, nous devons défendre l’Église ainsi que notre Royaume, que nous aimons, avec une authentique virilité (ou féminité pour ces dames !), en prenant garde de ne pas tomber dans les pièges de l’« opinionisme » contemporain.

Puisque nous sommes dans le sujet de l’Église et de la défense des Traditions de notre bonne Mère, profitons de ces prochains jours pour prier particulièrement pour elle, pour que le Vicaire du Christ remplisse ses fonctions et affermisse ses frères dans la Foi. Saint Paul nous avait déjà prévenu : « prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une entière patience et toujours en instruisant, car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils se donneront une foule de docteurs, suivant leurs convoitises et avides de ce qui peut chatouiller leurs oreilles ;  ils les fermeront à la vérité pour les ouvrir à des fables. » (2 Timothée 4, 2-5.). L’Apôtre Pierre, premier Pape que nous fêtons dans quelques jours, ne peut qu’être sensible aux prières pour son successeur. Prions donc pour l’Église, le Pape, les évêques et tout le clergé. Prions pour une véritable recherche de la sainteté. Prions car comme disait la Sainte Vierge à Pontmain : « Priez mes enfants ! Mon Fils se laisse toucher ! ».

Saint Pierre

Saint Pierre en ornements pontificaux
(vitrail de l’église Notre-Dame de Blou)

Excellente fête des Saints Apôtres à tous !

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Marie Pie

Tiare et clefs de Saint Pierre

2021-32. Le vaisseau de l’Église abrite tous ceux qui veulent se soustraire à la corruption du monde, et ils retrouvent dans ses flancs la liberté et la vie.

Quatrième dimanche après la Pentecôte :
Dimanche de la première pêche miraculeuse et de l’appel des premiers Apôtres.

Après l’octave du Sacré-Cœur, nous entrons dans la série des « dimanches verts » (puisque les premier, deuxième et troisième dimanches après la Pentecôte cèdent la place aux fêtes de la Sainte Trinité puis aux solennités du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur) qui nous font approfondir les mystères adorables de la vie publique de Notre-Seigneur et de Ses enseignements.
Le quatrième dimanche met donc sous nos yeux la première pêche miraculeuse et la vocation des premiers apôtres, en particulier celle de Simon-Pierre (Luc V 1-11).
Cette péricope évangélique est propice à un très grand nombre de réflexions et de méditations, parce que – en quelques versets seulement – elle est riche d’un très grand nombre d’enseignements.
Nous pouvons en particulier nous attacher à réfléchir aux voies que nous ouvre notre Bienheureux Père Saint Augustin dans ce court sermon sur « la pêche de Pierre ».

Luca Giordano - l'appel des premiers apôtres

Luca Giordano (1634-1705) : l’appel des premiers apôtres.

nika

Cinquante-neuvième sermon
de
notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
la pêche de Pierre

§ 1 – La barque de Pierre est la figure de l’Eglise de Jésus-Christ.

La circonstance présente nous invite à méditer le chapitre de l’Évangile dont on vient de nous donner lecture, et où nous entendons le Sauveur porté sur la barque de Pierre dire à ce dernier : « Gardez-vous de craindre, car à partir de ce moment vous serez pêcheur d’hommes » (Luc V, 10). Cette seule parole nous dévoile tout le mystère de ce passage de l’Évangile.
Au moment même où les disciples contemplaient avec étonnement leurs barques remplies de poissons, quel motif avait le Sauveur de refuser à Pierre l’objet de sa demande et de lui faire une réponse à laquelle cet Apôtre ne pouvait rien comprendre ?
Quand 
on est monté sur une barque, la plus ordinaire préoccupation n’est-elle pas de se maintenir en équilibre, au lieu de songer à convertir les hommes ?
Comprenez donc déjà que cette barque confiée à la direction de Pierre, ce n’est pas une barque ordinaire, mais bien l’Église même de Jésus-Christ. L’Église, tel est ce vaisseau qui, s’élevant au-dessus des flots de l’océan agité de ce monde, a pour mission, non pas de détruire ce qui surnage, mais de le vivifier.
Le pêcheur, monté sur son léger esquif, sauve et conserve les petits poissons arrachés à l’abyme ; de même le vaisseau de l’Église abrite tous ceux qui veulent se soustraire à la corruption du monde, et ils retrouvent dans ses flancs la liberté et la vie. Tel est, en effet, le sens du mot vivifier ; on ne vivifie que ce qui était en vie peu de temps auparavant.
A tous ceux donc qui se sentaient meurtris par les tourbillons du monde et étouffés dans les flots du siècle, Pierre est appelé à rendre la vie ; et s’il s’étonnait de la multitude de poissons qu’il venait de prendre, il s’étonnera bien plus encore de voir des multitudes d’hommes portés sur le vaisseau de l’Eglise.

§ 2 – Pierre pêcheur d’hommes. 

Toute cette lecture que nous venons de faire doit donc recevoir une interprétation prophétique.
Un peu plus haut nous voyons que le Sauveur, toujours assis dans la barque de Pierre, dit à celui-ci : « Dirigez vers la haute mer et jetez vos filets pour pêcher » ; le Sauveur lui apprend moins à jeter ses instruments en pleine mer, qu’à jeter au loin les paroles de la prédication. Saint Paul a saisi toute l’étendue de cette parole, lorsqu’il s’écrie : « O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Rom. XI, 33) et la suite.
Il ne s’agit donc plus d’envelopper des poissons dans un filet, mais de rassembler les hommes sous la bannière de la foi. Ce que fait un filet dans les flots, la foi l’opère sur la terre. Les poissons enveloppés dans un filet ne peuvent plus errer en liberté ; de même la foi protège contre toute erreur l’intelligence de ceux qui croient; le filet conduit à la barque les poissons saisis dans ses plis ; de même la foi conduit au repos ceux qui se laissent guider par sa lumière.
Afin de nous faire mieux comprendre que le Seigneur parlait 
de la pêche spirituelle, Pierre s’écria : « Maître, nous avons fatigué toute la nuit sans rien prendre, mais sur votre parole je jetterai le filet » (Luc V, 10) ; comme s’il eût dit : Puisque la pêche que nous avons continuée toute la nuit est restée pour nous sans résultat, je pêcherai désormais, non plus avec un instrument, mais avec la grâce ; non plus avec des moyens humains, mais avec tout le zèle de la dévotion.
« Sur votre parole, je jetterai le filet » : Nous lisons dans l’Evangile que Notre-Seigneur est le Verbe incarné : « Au commencement était le Verbe » (Jean I, 1), et la suite. Quand donc, se confiant dans la parole, Pierre jette les filets, cela nous indique que c’est en Jésus-Christ qu’il pêche ; pour se conformer aux ordres du Maître, il déroule ses enseignements et sa doctrine, mais toujours c’est au nom de Jésus-Christ qu’il parle, c’est son Evangile qu’il expose ; car c’est à l’Evangile seul qu’il appartient de sauver les âmes.
« Nous avons fatigué toute la nuit sans rien prendre » : Pierre avait réellement travaillé toute la nuit, car en dehors de Jésus-Christ il était plongé dans des ténèbres qui ne lui permettaient pas de voir ce qu’il prenait. Mais dès que la lumière du Sauveur a brillé, les ténèbres ont disparu et Pierre, éclairé par la foi, put distinguer ceux qu’auparavant il ne voyait pas. Jusqu’à ce qu’il eut rencontré Jésus-Christ, Pierre n’avait connu que les ténèbres. De là cette parole de saint Paul : « La nuit a précédé, mais le jour s’est approché » (Rom. XIII, 12).

Voir aussi la méditation publiée > ici.

 Duc in altum - Luc V 1-11

  »Duc in altum » : dirigez-vous vers la haute mer

2021-31. De Saint Ephrem, diacre et docteur de l’Eglise, surnommé « la lyre de l’Esprit-Saint ».

18 juin,
Fête de Saint Ephrem de Nisibe, docteur de l’Eglise ;
Anniversaire de la victoire de Patay en 1429 (cf. > ici).

Saint Ephrem de Nisibe

Saint Ephrem de Nisibe
(tableau dans l’église Saint Ephrem des Syriens, à Paris)

 frise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
dispensée à l’occasion de l’audience pontificale générale
du mercredi 28 novembre 2007

Chers frères et sœurs,

Selon l’opinion commune d’aujourd’hui, le christianisme serait une religion européenne, qui aurait ensuite exporté la culture de ce continent dans d’autres pays. Mais la réalité est beaucoup plus complexe, car la racine de la religion chrétienne se trouve dans l’Ancien Testament, et donc à Jérusalem et dans le monde sémitique.
Le christianisme se nourrit toujours à cette racine de l’Ancien Testament. Son expansion au cours des premiers siècles a eu lieu aussi bien vers l’Occident – vers le monde gréco-latin, où il a ensuite inspiré la culture européenne – que vers l’Orient, jusqu’à la Perse, à l’Inde, contribuant ainsi à susciter une culture spécifique, en langues sémitiques, avec une identité propre.

Pour montrer cette multiplicité culturelle de l’unique foi chrétienne des débuts, j’ai parlé dans la catéchèse de mercredi dernier d’un représentant de cet autre christianisme, Aphraate le Sage persan, presque inconnu chez nous.
Dans cette même optique, je voudrais aujourd’hui parler de saint Ephrem le Syrien, né à Nisibe vers 306 dans une famille chrétienne.
Il fut le représentant le plus important du christianisme de langue syriaque et réussit à concilier d’une manière unique la vocation du théologien et celle du poète. Il se forma et grandit à côté de Jacques, évêque de Nisibe (303-338), et il fonda avec lui l’école de théologie de sa ville. Ordonné diacre, il vécut intensément la vie de la communauté chrétienne locale jusqu’en 363, année où la ville de Nisibe tomba entre les mains des Persans. Ephrem immigra alors à Edesse, où il poursuivit son activité de prédicateur. Il mourut dans cette ville en l’an 373, victime de la contagion de la peste qu’il avait contractée en soignant les malades. On ne sait pas avec certitude s’il était moine, mais il est cependant certain qu’il est resté diacre pendant toute sa vie et qu’il a embrassé l’état de virginité et de pauvreté. C’est ainsi qu’apparaît dans la spécificité de son expression culturelle, l’identité chrétienne commune et fondamentale : la foi, l’espérance – cette espérance qui permet de vivre pauvre et chaste dans ce monde, en plaçant toutes ses attentes dans le Seigneur – et, enfin, la charité, jusqu’au don de soi-même dans le soin des malades de la peste.

Saint Ephrem nous a laissé un grand héritage  théologique :  sa  production considérable peut se regrouper en quatre catégories : les œuvres écrites en prose ordinaire (ses œuvres polémiques, ou bien les commentaires bibliques) ; les œuvres en prose poétique ; les homélies en vers ; et enfin les hymnes, qui sont certainement l’œuvre la plus vaste d’Ephrem.

Il s’agit d’un auteur riche et intéressant sous de nombreux aspects, mais en particulier sous le profil théologique. Si nous voulons aborder sa doctrine, nous devons insister dès le début sur ceci : le fait qu’il fait de la théologie sous une forme poétique. La poésie  lui permet d’approfondir la réflexion  théologique  à  travers  des paradoxes et des images. Dans le même temps sa théologie devient liturgie, devient musique : en effet, c’était un grand compositeur, un musicien.
Théologie, réflexion sur la foi, poésie, chant, louange de Dieu vont de pair ; et c’est précisément dans ce caractère liturgique qu’apparaît avec limpidité la théologie d’Ephrem, la vérité divine. Dans sa recherche de Dieu, dans sa façon de faire de la théologie, il suit le chemin du paradoxe et du symbole. Il privilégie largement les images contrastantes, car elles lui servent à souligner le mystère de Dieu.

Je ne peux pour le moment présenter que peu de chose de lui, également parce que la poésie est difficilement traduisible, mais pour donner au moins une idée de sa théologie poétique, je voudrais citer en partie deux hymnes. Tout d’abord, également en vue du prochain Avent, je vous propose plusieurs images splendides tirées des hymnes Sur la Nativité du Christ.
Devant la Vierge, Ephrem manifeste son émerveillement avec un ton inspiré :

« Le Seigneur vint en elle pour Se faire serviteur.
Le Verbe vint en elle pour Se taire dans son sein.
La foudre vint en elle pour ne faire aucun bruit.
Le pasteur vint en elle et voici l’Agneau né, qui pleure sans bruit.
Car le sein de Marie a renversé les rôles :
Celui qui créa toutes choses est entré en possession de celles-ci, mais pauvre.
Le Très-Haut vint en Elle (Marie), mais il y entra humble.
La splendeur vint en elle, mais revêtue de vêtements humbles.
Celui qui dispense toutes choses connut la faim.
Celui qui étanche la soif de chacun connut la soif.
Nu et dépouillé Il naquit d’elle, lui qui revêt (de beauté) toutes choses »
(Hymne « De Nativitate » 11, 6-8)

Pour exprimer le mystère du Christ, Ephrem utilise une grande diversité de thèmes, d’expressions, d’images. Dans l’une de ses hymnes, il relie de manière efficace Adam (au paradis) au Christ (dans l’Eucharistie) :

« Ce fut en fermant avec l’épée du chérubin,
que fut fermé le chemin de l’arbre de la vie.
Mais pour les peuples, le Seigneur de cet arbre
s’est donné comme nourriture Lui-même dans l’oblation (eucharistique).
Les arbres de l’Eden furent donnés comme nourriture au premier Adam.
Pour nous, le jardinier du Jardin en personne S‘est fait nourriture pour nos âmes.
En effet, nous étions tous sortis du Paradis avec Adam, qui le laissa derrière lui.
A présent que l’épée a été ôtée là-bas (sur la croix) par la lance nous pouvons y retourner »
(Hymne 49, 9-11).

Pour parler de l’Eucharistie, Ephrem se sert de deux images :  la braise ou le charbon ardent, et la perle. Le thème de la braise est tiré du prophète Isaïe (cf. VI, 6). C’est l’image du séraphin, qui prend la braise avec les pinces, et effleure simplement les lèvres du prophète pour les purifier ; le chrétien, en revanche, touche et consume la Braise, qui est le Christ lui-même :

« Dans ton pain se cache l’Esprit qui ne peut être consommé ;
dans ton vin se trouve le feu qui ne peut être bu.
L’Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin :
voilà une merveille accueillie par nos lèvres.
Le séraphin ne pouvait pas approcher ses doigts de la braise,
qui ne fut approchée que de la bouche d’Isaïe ;
les doigts ne l’ont pas prise, les lèvres ne l’ont pas avalée ;
mais à nous, le Seigneur a permis de faire les deux choses.
Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs,
mais le feu de la grâce descend sur le pain et y reste.
Au lieu du feu qui détruisit l’homme,
nous avons mangé le feu dans le pain,
et nous avons été vivifiés »
(Hymne « De Fide » 10, 8-10).

Voilà encore un dernier exemple des hymnes de saint Ephrem, où il parle de la perle comme symbole de la richesse et de la beauté de la foi :

« Je posai (la perle), mes frères, sur la paume de ma main,
pour pouvoir l’examiner.
Je me mis à l’observer d’un côté puis de l’autre :
elle n’avait qu’un seul aspect de tous les côtés.
(Ainsi) est la recherche du Fils, impénétrable, car elle n’est que lumière.
Dans sa clarté, je vis la Limpidité, qui ne devient pas opaque ;
et dans sa pureté, le grand symbole du corps de Notre Seigneur, qui est pur.
Dans son indivisibilité, je vis la vérité, qui est indivisible »
(Hymne « Sur la Perle » 1, 2-3).

La figure d’Ephrem est encore pleinement actuelle pour la vie des différentes Eglises chrétiennes. Nous le découvrons tout d’abord comme théologien, qui, à partir de l’Ecriture Sainte, réfléchit poétiquement sur le mystère de la Rédemption de l’homme opérée par le Christ, le Verbe de Dieu incarné. Sa réflexion est une réflexion théologique exprimée par des images et des symboles tirés de la nature, de la vie quotidienne et de la Bible. Ephrem confère un caractère didactique et catéchistique à la poésie et aux hymnes pour la liturgie ; il s’agit d’hymnes théologiques et, dans le même temps, adaptées à la récitation ou au chant liturgique. Ephrem se sert de ces hymnes pour diffuser, à l’occasion des fêtes liturgiques, la doctrine de l’Eglise. Au fil du temps, elles se sont révélées un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne.

La réflexion d’Ephrem sur le thème de Dieu créateur est importante : rien n’est isolé dans la création, et le monde est, à côté de l’Ecriture Sainte, une Bible de Dieu. En utilisant de manière erronée sa liberté, l’homme renverse l’ordre de l’univers. Pour Ephrem, le rôle de la femme est important. La façon dont il en parle est toujours inspirée par la sensibilité et le respect : la demeure de Jésus dans le sein de Marie a grandement élevé la dignité de la femme. Pour Ephrem, de même qu’il n’y a pas de Rédemption sans Jésus, il n’y a pas d’Incarnation sans Marie. Les dimensions divines et humaines du mystère de notre Rédemption se trouvent déjà dans les textes d’Ephrem ; de manière poétique et avec des images fondamentalement tirées des Ecritures, il anticipe le cadre théologique et, d’une certaine manière, le langage même des grandes définitions christologiques des conciles du Vème siècle.

Ephrem, honoré par la tradition chrétienne sous le titre de « lyre de l’Esprit Saint », resta diacre de son Eglise pendant toute sa vie. Ce fut un choix décisif et emblématique : il fut diacre, c’est-à-dire serviteur, que ce soit dans le ministère liturgique, ou, plus radicalement, dans l’amour pour le Christ, qu’il chanta de manière inégalable, ou encore, dans la charité envers ses frères, qu’il introduisit avec une rare habileté dans la connaissance de la Révélation divine.

Saint Esprit

2021-30. « Visite comparée » de la basilique de Saint Jean-François Régis à La Louvesc.

16 juin, Fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici et > ici).

Châsse de Saint Jean-François Régis

Châsse renfermant la majeure partie des ossements de Saint Jean-François Régis (basilique de La Louvesc)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Tous ceux qui nous connaissent savent à quel point nous sommes attachés à Saint Jean-François Régis (1597-1640) dont le zèle apostolique et la charité héroïque ont porté de magnifiques fruits de sainteté, spécialement dans ces provinces du Vivarais et du Velay aux confins desquelles est établi notre Mesnil-Marie. Nous avons d’ailleurs toutes les raisons de penser que, lors de ses missions de 1636-1637 dans les hautes Boutières, Saint Jean-François Régis est passé dans notre hameau puisque ses biographes, en sus 1) de la mention de villages très proches d’ici où sa prédication est attestée, 2) ou d’anecdotes le concernant qui ont pour cadre des hameaux distants de seulement quelques lieues, affirment qu’il n’y eut pas un hameau, aussi éloigné qu’il se trouvât, ni une seule ferme, aussi isolée qu’elle fût, où il n’alla prêcher. Nous avons donc une véritable certitude morale que notre hameau, qui comptait une dizaine de feux au début du XVIIe siècle, a reçu sa visite.

Chaque année, nous nous rendons au moins une fois à La Louvesc, pour nous recueillir 1) à la fontaine qu’il a bénite lors de son arrivée dans cette minuscule paroisse de montagne au matin du 24 décembre 1640 (fontaine dont l’eau depuis lors a produit de très nombreux miracles) ; 2) dans la chapelle élevée à l’emplacement du presbytère dans lequel il rendit son âme à Dieu, au soir du 31 décembre 1640, voyant Notre-Seigneur et Notre-Dame venir à sa rencontre pour l’emmener au Paradis ; et 3) dans la basilique érigée au XIXe siècle où se trouve désormais la châsse contenant la majeure partie de ses précieuses reliques.

Ce dernier dimanche, dans l’après-midi, nous sommes donc une nouvelle fois montés à La Louvesc, en préparation spirituelle à la fête de celui que l’on invoque comme « apôtre du Velay et du Vivarais » (notons d’ailleurs au passage que, jusqu’à la révolution française, cette paroisse appartenait à l’archidiocèse de Vienne, même si elle était intégrée au Vivarais royal, dont les contours n’étaient pas identiques à ceux du diocèse de Viviers).

Basilique de La Louvesc - façade principale

Basilique de La Louvesc, façade principale.

De notre pèlerinage à La Louvesc, nous avons, comme à chaque fois, rapporté plusieurs photographies – beaucoup plus que je n’en puis publier ici ! – et nous nous proposons aujourd’hui – parce que cela était un dessein que feu Monseigneur le Maître-Chat Lully nous avait très explictement exprimé avant d’avoir été ravi à notre affection - de vous montrer, en comparant nos propres photographies récentes avec quelques clichés anciens soigneusement conservés dans nos archives, les changements que la pseudo réforme liturgique consécutive au concile vaticandeux a fait subir à cette basilique. Semblables comparaisons avaient déjà donné l’occasion de deux publications dans les pages de ce blogue 1) au sujet de la chapelle du Cénacle (cf. > ici), de laquelle a été retirée en septembre 2018 la châsse de Sainte Thérèse Couderc, et 2) au sujet de l’ancienne chapelle Sainte Agathe de cette basilique de Saint Régis, transformée à cette même époque pour l’accueillir (cf. > ici).

Si les extérieurs de la basilique n’ont pas été atteints par le vandalisme ecclésiastique postconcilaire, vous imaginez sans peine qu’il n’en a pas été de même à l’intérieur.

Entrons donc !
Voici ce que visiteurs et pèlerins découvrent en entrant, de nos jours, dans la basilique Saint Jean-François Régis de La Louvesc :

Basilique de La Louvesc - intérieur en 2021

Et voici ce que l’on pouvait voir jusqu’aux « années 60 » du précédent siècle. La photographie est prise à peu près du même endroit que le cliché immédiatement ci-dessus, et il nous montre cet intérieur de la basilique tel qu’il avait été conçu par son architecte, Pierre-Marie Bossan (1814-1888) auquel nous devons aussi la basilique d’Ars, l’église Notre-Dame de Valence et la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon avec lesquelles la basilique de La Louvesc a une vraie communauté de style.

Basilique de La Louvesc - intérieur antéconciliaire

Malgré les défauts de cette vieille photographie en noir et blanc, on remarque tout de suite certains changements, que la suite va nous permettre de mieux visualiser.

On constate d’abord la destruction de la chaire, qui était en pierre sculptée et en marbre :

Basilique de La Louvesc - chaire de vérité

Et puisque, derrière la chaire, on peut apercevoir la chapelle de la Très Sainte Vierge, avec son autel surmonté d’une grande statue de Notre-Dame et sa table de communion de marbre, c’est le moment de vous montrer ce que cette chapelle est devenue aujourd’hui : 1) l’autel a été détruit. Il n’en subsiste qu’une partie du devant, représentant le couronnement de la Très Sainte Vierge, exposée comme une simple curiosité sous le porche :

Basilique de La Louvesc - vestige de l'autel de la Vierge

2) la table de communion aussi – évidemment ! – a disparu. En lieu et place on a déménagé ici les fonts baptismaux (ce qui va à l’encontre de toute la Tradition liturgique ancienne). La grande statue de la Madone (dont nous croyons savoir qu’elle a été sauvée de la destruction par Madame Louise André-Delastre, auteur bien connu des milieux traditionnels pour les hagiographies et pieuses publications qu’elle a données à la jeunesse catholique) a été remplacée par une représentation de la Mère de Dieu « d’inspiration mexicaine » nous a-t-on un jour affirmé (peut-être s’agissait-il d’une préparation au culte des autorités romaines qui viendraient plus tard pour les « déesses-mères » d’Amérique du Sud ?) :

Basilique de La Louvesc - chapelle de la Vierge

Nous vous avouons n’être pas très porté à la ferveur en face de cette espèce de « totem », caractéristique d’une foi « revisitée » et « conceptualisée » qui n’est plus génératrice de piété.

Mais le pire est encore à venir ! Voici une vue d’ensemble du sanctuaire avant la sinistre réforme liturgique postconcilaire :

Basilique de la Louvesc - le maître-autel et la table de communion

Sur le cliché ci-dessus, on distingue parfaitement que le sanctuaire est circulaire : son espace est délimité par les quatre grandes colonnes de marbre qui soutiennent la coupole. Le maître autel se trouve au centre du sanctuaire et, en retrait des gradins qui entourent le tabernacle et portent les chandeliers, l’architecte a prévu une élévation surmontée d’un grand ciborium sous lequel sont disposées la châsse de Saint Jean-François Régis (celle-là même dont la photographie figure en tête de cette publication) et sa statue de bronze.

Il faut en particulier dire un mot de la table de communion, absolument remarquable.
Circulaire (c’est elle qui délimite le sanctuaire), au moment des grands pèlerinages, elle permettait à quatre prêtres de donner en même temps la sainte communion, sans avoir à faire des allers et retours, comme c’est habituellement le cas ; ils n’avaient qu’à avancer seulement toujours vers la droite. Cette disposition permettait que la sainte communion se passât de manière toujours très digne et fluide !

Mais voici une autre prise de vue du sanctuaire avant les destructions dont la liturgie réformée a été le prétexte :

Basilique de La Louvesc - le Maître-autel avant la réforme liturgique

Cette vue en couleur du maître-autel permet d’apprécier la richesse des marbres de diverses couleurs et des ornements de bronze qui les complètent.
Enfin, cette autre photographie permet de voir plus en détail le grand reliquaire de Saint Régis dominé par sa statue de bronze.
Ainsi que vous le voyez, cette châsse a été conçue de telle façon qu’on peut en abaisser la paroi antérieure, pour laisser apercevoir les ossements du saint, derrière une vitre :

Basilique de La Louvesc - ciborium du maître-autel et chasse de Saint Régis ouverte

Voyons maintenant ce que la réforme liturgique a fait de ce splendide maître-autel :

Basilique de La Louvesc - autel moderne

Avant même l’entrée en vigueur de la « messe de Paul VI », imposée à partir du 1er dimanche de l’Avent 1969, le maître-autel conçu par Bossan avait été démonté (à la vérité, nous ignorons si le véritable maître-autel, démonté, est entreposé en quelque endroit ou s’il est à jamais perdu), et des travaux entrepris pour le remplacer par un fut de granit sur lequel a été posée une grande pierre carrée ; il fut consacré le 7 décembre 1969. Ainsi toute la remarquable unité de style de la basilique a été irrémédiablement saccagée…

Le Très Saint Sacrement a été relégué dans la minuscule chapelle axiale, dans un tabernacle, qui n’apparaît plus vraiment comme le point de convergence des regards et des cœurs, et ni son style ni le matériau en lequel il a été réalisé n’expriment aussi bien que l’ancien, bien en vu sur le majestueux maître-autel, la vénération traditionnelle de l’Eglise pour la Très Sainte Eucharistie.

Basilique de La Louvesc - sanctuaire état actuel

Les vitraux de ce petit « espace eucharistique » ont été remplacés par des compositions plus ou moins géométriques au sens abscons, si bien que la suite logique du récit imagé de la vie de Saint Jean-François Régis racontée par les vitraux tout au tour de la basilique, se trouve interrompue.

Descendues de leur ciborium, la châsse et la statue de bronze de Saint Jean-François Régis, ont été placée dans la chapelle qui termine le bas-côté droit de la basilique, symétrique de la chapelle de la Sainte Vierge. Comme cette dernière, la chapelle qui est maintenant celle des reliques, a été elle aussi dépouillée de son décor d’origine, de son autel et de sa table de communion :

Basilique de La Louvesc - chapelle des reliques

Quand au système d’ouverture de la châsse qui permettait très facilement l’ostension du chef et des principaux ossements du saint missionnaire, il a été rendu inopérant par un vulgaire fil de fer entortillé : il y a donc plusieurs dizaines d’années maintenant que les fidèles ne peuvent plus voir, comme cela se faisait autrefois, ces précieuses reliques.

Basilique de La Louvesc - reliquaire et statue état actuel

Voilà ce que nous souhaitions vous montrer, chers Amis, à l’occasion de la fête de notre grand et bien-aimé Saint Régis : il nous semble que cette « visite comparée », à travers ces seules photographies commentées, est une illustration plus qu’éloquente – au milieu de centaines de milliers de saccages comparables à travers toute la Chrétienté – de la misère de la liturgie réformée à la suite de ce concile vaticandeux, porteur d’une idéologie mortifère, générateur de vandalisme, de désolation, de perte de la foi et de destruction de la piété, même si ses thuriféraires, après s’être crevé les yeux, persistent à nier la réalité et à chanter « le printemps de l’Eglise » que le dit concile est supposé avoir engendré.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Basilique de La Louvesc - vitrail de la mort de Saint Régis

La mort de Saint Jean-François Régis le 31 décembre 1640 (vitrail de la basilique de La Louvesc)

2021-29. Le 15 juin, nous fêtons Saint Guy, Saint Modeste et Sainte Crescence.

15 juin,
Fête des Saints Guy, Modeste et Crescence, martyrs.

Le martyrologe romain fait mention de plusieurs saints qui portent le prénom latin de Vitus, qui est traduit en français par Guy.
Au mois de juin, on en trouve deux à trois jours d’intervalle : le plus ancien, fêté le 15 juin en même temps que le couple qui l’a élevé et qui subit avec lui le martyre, est un jeune martyr de 12 ou 13 ans, très populaire aux âges de foi, dont le culte s’est répandu dans toute l’Europe et qui figure au nombre des Quatorze Saints Auxiliateurs (ou Auxiliaires) ; le second, fêté le 12 juin, est le Bienheureux Guy de Cortone (1185-1245), prêtre franciscain qui passa la plus grande partie de sa vie dans une grotte proche de Cortone.

Par un de ces « curieux » tours de passe-passe tels que les modernistes en commirent un grand nombre à l’occasion des réformes liturgiques successives du XXe siècle, le très célèbre et vénéré Saint Guy du 15 juin, dont la vie et le martyre, remplis de miracles éclatants, contrariaient les préjugés rationalistes des pseudo réformateurs, fut éliminé des calendriers français modernes (ce n’est pas le cas en Sicile par exemple ou dans les Pouilles où sa fête donne toujours lieu à de grandes festivités) ; toutefois, comme le prénom Guy était populaire et très répandu, on fit sortir de la pénombre du culte très local où il était confiné, le Bienheureux Guy de Cortone du 12 juin, afin de le substituer au jeune martyr que nombre de prêtres progressistes reléguèrent parmi les « saints légendaires » sans authenticité historique.
Or il me semble que l’acharnement des modernistes à « faire passer à la trappe » les saints thaumaturges populaires, est une raison plus qu’amplement suffisante pour que nous nous intéressions à eux, et pour que nous nous attachions à entretenir leur culte et la ferveur envers eux !

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence - tableau de Mattia de Mare 1753 à Ostuno

Saint Guy entre Saint Modeste et Sainte Crescence
(tableau de Mattia de Mare – 1753 – dans l’église San Vito à Ostuni dans les Pouilles)

Nous ne pouvons pas, dans le format réduit des publications de ce blogue, donner ici toute la vie de Saint Guy en détail ; ceux que cela intéresserait la trouveront par exemple > ici (Vie écrite par le Rd Père Samuel de Chiaramonte, capucin, en italien, mais que ceux qui ne lisent pas l’italien pourront néanmoins aisément lire avec l’aide d’un traducteur automatique, malgré les imperfections dont ces logiciels sont coutumiers).

Né en Sicile vers 290, dans la ville qui se nomme aujourd’hui Mazara del Vallo, Vitus (Guy) était issu d’une famille noble et riche. Son prénom est dérivé de « vita », la vie.
Son père était païen, mais sa mère chrétienne ; elle mourut cependant peu de temps après la naissance de Vitus et son père confia l’enfant à une nourrice et gouvernante nommée Crescence dont l’époux, Modeste, allait faire office de précepteur.
Modeste et Crescence étaient de fervents chrétiens et, tout en prenant soin de Vitus, ils lui enseignèrent aussi la foi chrétienne que l’enfant embrassa avec  enthousiasme si bien que, à sa demande, ils le firent baptiser.
Lorsque son père apprit qu’il avait été baptisé à son insu, il entra dans une violente colère et, sur les conseils d’un juge nommé Valérien, il fit battre Vitus de coups de verges. Non seulement le supplice n’entama pas la résolution du jeune adolescent, mais il n’en proclama sa foi qu’avec davantage de détermination, et Dieu fit à cette occasion quelques miracles éclatants.
Cependant, comme son père réfléchissait à des moyens plus radicaux pour le faire apostasier, averti par un ange, Vitus rejoignit le couple qui le considérait comme un fils adoptif : ils s’enfuient alors de la ville, prirent le bateau et gagnèrent la Lucanie (aujourd’hui la Basilicate, province d’Italie méridionale).

Le jeune Vitus accomplissait toute sorte de miracles et sa renommée se répandit de plus en plus, si bien qu’elle parvint jusqu’aux oreilles de l’empereur Dioclétien, qui le fit venir à Rome – avec Crescence et Modeste - pour guérir son fils possédé par un mauvais esprit. Vitus expulsa le démon, et Dioclétien – qui avait déclenché la plus sanglante des persécutions contre les chrétiens – fit pression sur eux pour qu’ils abandonnassent la vraie foi et sacrifiassent aux idoles.

Vitus, Modeste et Crescence résistèrent à toutes ses sollicitations, promesses et menaces, si bien que Dioclétien, ulcéré, les fit emprisonner, puis soumettre à divers supplices pour les faire apostasier.
Ainsi furent-ils placés dans une chaudière de poix brûlante, mais eux – tels les trois jeunes hébreux dans la fournaise de Nabuchodonosor – ne furent point indisposés et chantaient des hymnes de louange ; ils furent alors présentés à un lion affamé, mais celui-ci se coucha devant eux et leur lécha les pieds. Et comme ce prodige enthousiasmait les assistants et risquait de les gagner à la foi chrétienne, Dioclétien ordonna de les suspendre à un chevalet, instrument de torture sur lequel les corps étaient étirés jusqu’à entraîner la rupture des jointures et des os. Libérés par de nouveaux prodiges, et bien qu’ils fussent très affaiblis par les derniers supplices subis, Vitus, Modeste et Crescence furent conduits par des anges jusqu’au bord du fleuve Sélé, où ils rendirent leurs âmes à leur Créateur : c’était le 15 juin probablement de l’an 303.

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence dans la chadière de poix brûlante

Les Saints Guy, Modeste et Crescence dans la chaudière de poix
(on aperçoit Dioclétien, vêtu comme un grand seigneur du XVe siècle, assistant au supplice depuis une espèce de loggia)

Les corps des martyrs furent discrètement ensevelis sur ces rives du Sélé où ils étaient trépassés. Mais au VIIe siècle Vitus apparut à une pieuse femme de Salerne prénommée Florence (Fiorenza) qui, navigant sur le Sélé, s’y trouva en grand danger de sombrer. Sauvée du naufrage, elle décida d’offrir une sépulture plus importante à l’adolescent martyr et à ses compagnons. C’est ainsi que les trois saints corps furent transportés à Polignano a Mare, près de Bari, dans les Pouilles. L’église qui fut édifiée en 672 en l’honneur des trois martyrs fut par la suite confiée aux bénédictins : ce n’est plus une abbaye de nos jours, mais des parties importantes des reliques de Saint Vitus s’y trouvent toujours.
En effet, au cours des siècles, en raison même des grands miracles accomplis par l’intercession de Saint Vitus, et de la diffusion très large de son culte, des reliques furent distribuées dans toute la Chrétienté : l’abbaye royale de Saint-Denys en reçut sous Pépin le Bref, par exemple, et à partir de Saint-Denys, il y eut encore des transferts de parcelles de ses ossements vers des sanctuaires de Germanie ou d’Europe du nord.
Le chef (c’est-à-dire le crâne) de Saint Guy fut transféré à Prague où la cathédrale lui est dédiée : c’est ainsi que Saint Vitus (Guy) est devenu l’un des célestes protecteurs du royaume de Bohème.

L’intercession de Saint Vitus fut particulièrement efficace contre cette maladie infectieuse du système nerveux que l’on appelle chorée et qui, dans le langage populaire, a été appelée « danse de Saint Guy ».
Saint Guy est également invoqué contre l’épilepsie, la léthargie, les crampes, la rage et les morsures de chiens ou de serpents, l’énurésie, les convulsions et les troubles nerveux en général, ainsi que pour obtenir la grâce de faire une bonne confession.

Statue de Saint Guy portée en procession à Mazara

Statue reliquaire de Saint Guy portée en procession le jour de sa fête à Mazara, sa ville natale.

Prière en l’honneur de Saint Guy :

O glorieux martyr, Saint Guy, par votre héroïque fidélité et votre brûlant amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, obtenez-nous, nous vous en supplions, toutes les vertus nécessaires pour rester nous aussi inébranlablement fidèles à la vraie foi en face des dangers du monde, de ses attraits et de ses menaces.
Vous qui avez guéri d’innombrables malades, montrez-vous encore aujourd’hui compatissant envers ceux qui souffrent, tout spécialement ceux qui sont atteints par des maladies des nerfs et ceux qui sont tourmentés par des convulsions.
Enseignez-nous la grâce d’être attentifs aux inspirations de nos anges gardiens, et de marcher sans découragement, malgré toutes les épreuves, dans les voies de la perfection évangélique.

Ainsi soit-il.

palmes

2021-28. Deux catéchèses de Sa Sainteté le pape Benoît XVI consacrées à la figure de Saint Basile le Grand.

14 juin,
Fête de Saint Basile le Grand, évêque et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Elisée, prophète ;
Anniversaire du massacre des Capucins de Nîmes, le 14 juin 1790 (cf. > ici).

Pour faire mieux connaître aux fidèles les Pères et Docteurs de l’Eglise, Sa Sainteté le pape Benoît XVI, dans les premières années de son pontificat, leur a consacré un ensemble de catéchèses qui résument leurs vies, leurs enseignements principaux et les exemples particulièrement importants qu’ils donnent à nos temps où la doctrine et la spiritualité auhentiques sont si souvent malmenées, méconnues, voire ignorées.
En ce 14 juin, où le calendrier latin traditionnel célèbre la fête de Saint Basile de Césarée, appelé aussi Saint Basile le Grand, il est bon de lire ou de relire les deux catéchèses que le pape Benoît XVI a consacrées à ce très grand saint, qui a exercé une si grande importance sur la théologie et la liturgie, qui demeure l’un des grands patriarches de la vie monastique, et qui est également un des premiers théoriciens de ce que nous appelons aujourd’hui « la doctrine sociale de l’Eglise ». 

Saint Basile le Grand - gravure du XVIIe siècle

Saint Basile le Grand (gravure du XVIIe siècle)

1 – Catéchèse du mercredi 4 juillet 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Aujourd’hui, nous voulons rappeler l’un des grands Pères de l’Eglise, saint Basile, défini par les textes liturgiques byzantins comme une « lumière de l’Eglise ». Il fut un grand Evêque du IV siècle, que l’Eglise d’Orient tout comme celle d’Occident considère avec admiration, en raison de sa sainteté de vie, de l’excellence de sa doctrine et de la synthèse harmonieuse entre ses qualités spéculatives et pratiques.
Il naquit autour de 330 dans une famille de saints, « authentique Eglise domestique », qui vivait dans un climat de foi profonde. Il accomplit ses études auprès des meilleurs maîtres d’Athènes et de Constantinople. Insatisfait de ses succès dans le monde, et s’étant rendu compte qu’il avait perdu beaucoup de temps en vanités, il confesse lui-même : « Un jour, comme me réveillant d’un sommeil profond, je me tournai vers l’admirable lumière de la vérité de l’Evangile…, et je pleurai sur ma vie misérable » (cf. Ep. 223 – PG 32, 824a). Attiré par le Christ, il commença à regarder vers Lui et à n’écouter que Lui (cf. Moralia 80, 1:  PG 31, 860bc.). Il se consacra avec détermination à la vie monastique dans la prière, dans la méditation des Saintes Ecritures et des écrits des Pères de l’Eglise, et dans l’exercice de la charité (cf. Epp. 2 et 22), suivant également l’exemple de sa sœur, sainte Macrine, qui vivait déjà dans l’ascétisme monacal. Il fut ensuite ordonné prêtre et, enfin, en 370, Evêque de Césarée de Cappadoce, dans l’actuelle Turquie.

A travers sa prédication et ses écrits, il accomplit une intense activité pastorale, théologique et littéraire. Avec un sage équilibre, il sut concilier le service des âmes et le dévouement à la prière et à la méditation dans la solitude. Fort de son expérience personnelle, il encouragea la fondation de nombreuses « fraternités » ou communautés de chrétiens consacrés à Dieu, auxquelles il rendait fréquemment visite (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 29 in laudem Basilii – PG 36, 536b). A travers la parole et les écrits, dont un grand nombre sont parvenus jusqu’à nous (cf. Regulae brevius tractatae, Préambule – PG 31, 1080ab), il les exhortait à vivre et à progresser dans la perfection. Divers législateurs du monachisme antique ont puisé à ses œuvres, dont saint Benoît, qui considérait Basile comme son maître (cf. Regula 73, 5). En réalité, il a créé un monachisme très particulier : non pas fermé à l’Eglise locale, mais ouvert à elle. Ses moines faisaient partie de l’Eglise particulière, ils en étaient le centre vivant qui, précédant les autres fidèles à la suite du Christ, et non seulement dans la foi, montrait la ferme adhésion au Christ – l’amour pour Lui – surtout dans les œuvres de charité. Ces moines, qui avaient des écoles et des hôpitaux, étaient  au service des pauvres et ont ainsi montré l’intégrité de la vie chrétienne. Ainsi, écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II : « Beaucoup pensent que cette institution importante qu’est la vie monastique dans la structure de toute l’Eglise, a été établie au cours des siècles surtout par saint Basile ou au moins qu’elle n’a pas été définie selon sa nature propre sans sa participation décisive »  (Lettre  apostolique  Patres Ecclesiae, n. 2).

En tant qu’Evêque et pasteur de son vaste diocèse, Basile se soucia constamment des conditions matérielles difficiles dans lesquelles vivaient les fidèles; il dénonça avec fermeté les maux ; il s’engagea en faveur des plus pauvres et des laissés-pour-compte ; il intervint également auprès des gouvernants pour soulager les souffrances de la population, en particulier dans les périodes de catastrophes ; il se préoccupa de la liberté de l’Eglise, s’opposant également aux puissants pour défendre le droit de professer la vraie foi (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 48-51 in Laudem Basilii – PG 36, 557c-561c). A Dieu, qui est amour et charité, Basile rendit un précieux témoignage, en construisant plusieurs hospices pour les plus démunis (cf. Basile, Ep. 94 – PG 32, 488bc), une sorte de ville de la miséricorde, qui prit de lui son nom de Basiliade (cf. Sozomène, Historia Eccl. 6, 34:  PG 67, 1397a). Celle-ci se trouve à l’origine des institutions hospitalières modernes d’accueil et de soin des malades.

Conscient que « la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source dont émane toute sa vertu », Basile, bien que toujours soucieux de réaliser la charité qui est la caractéristique de la foi, fut également un sage « réformateur liturgique » (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 34 in laudem Basilii – PG 36, 541c). En effet, il nous a laissé une grande prière eucharistique [ou anaphore] qui tire son nom de lui, et il a donné une organisation fondamentale à la prière et à la psalmodie : sur son impulsion, le peuple aima et connut les Psaumes, et il se rendait en prière également la nuit (cf. Basile, In Psalmum 1, 1-2 – PG 29, 212a-213c). Et ainsi, nous voyons que liturgie, adoration, prière avec l’Eglise et charité vont de pair et se conditionnent réciproquement.

Basile sut s’opposer avec zèle et courage aux hérétiques, qui niaient que Jésus Christ soit Dieu comme le Père (cf. Basile, Ep. 9, 3 – PG 32, 272a ; Ep. 52, 1-3 – PG 32, 392b-396a ; Adv. Eunomium 1, 20 – PG 29, 556c). De même, contre ceux qui n’acceptaient pas la divinité de l’Esprit Saint, il soutint que l’Esprit est Dieu lui aussi, et « doit être compté et glorifié avec le Père et le Fils » (cf. De Spiritu Sancto : SC 17bis, 348). C’est pourquoi Basile est l’un des grands Pères qui ont formulé la doctrine sur la Trinité :  l’unique Dieu, précisément parce qu’il est amour, est un Dieu en trois Personnes, qui forment l’unité la plus profonde qui existe : l’unité divine.

Dans son amour pour le Christ et pour son Evangile, le grand Cappadocien s’engagea également à recomposer les divisions au sein de l’Eglise (cf. Epp. 70 et 243), se prodiguant afin que tous se convertissent au Christ et à sa Parole (cf. De iudicio 4 – PG 31, 660b-661a), force unificatrice, à laquelle tous les croyants doivent obéir (cf. ibid. 1-3 – PG 31, 653a-656c).

En conclusion, Basile se dévoua totalement au service fidèle de l’Eglise et à l’exercice du ministère épiscopal aux multiples aspects. Selon le programme qu’il traça lui-même, il devint « apôtre et ministre du Christ, dispensateur des mystères de Dieu, héraut du royaume, modèle et règle de piété, œil du corps de l’Eglise, pasteur des brebis du Christ, pieux médecin, père et nourricier, coopérateur de Dieu, vigneron de Dieu, bâtisseur du temple de Dieu » (cf. Moralia 80, 11-20 – PG 31, 864b-868b).

C’est ce programme que le saint Evêque remet aux annonciateurs de la Parole – hier comme aujourd’hui -, un programme qu’il s’engagea lui-même généreusement à mettre en pratique. En 379, Basile, qui n’avait pas encore cinquante ans, consumé par les peines et par l’ascèse, retourna à Dieu, « dans l’espérance de la vie éternelle, à travers Jésus Christ Notre Seigneur » (De Baptismo 1, 2, 9). C’était un homme qui a véritablement vécu avec le regard fixé sur le Christ. C’était un homme d’amour envers son prochain. Empli de l’espérance et de la joie de la foi, Basile nous montre comment être réellement chrétiens.

Saint Basile célébrant la divine liturgie - fresque de la cathédrale d'Ohrid en Macédoine

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(fresque de la cathédrale d’Ohrid – Macédoine)

 2 - Catéchèse du mercredi 1er août 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Après ces trois semaines de pause, nous reprenons nos rencontres habituelles du mercredi. Aujourd’hui, je voudrais simplement reprendre la dernière catéchèse, dont le thème était la vie et les écrits de saint Basile, Evêque dans l’actuelle Turquie, en Asie mineure, au IV siècle. La vie de ce grand Saint et ses œuvres sont riches d’éléments de réflexion et d’enseignements précieux pour nous aussi aujourd’hui.

Avant tout, le rappel au mystère de Dieu, qui demeure la référence la plus significative et vitale pour l’homme. Le Père est « le principe de tout et la cause de l’existence de ce qui existe, la racine des vivants » (Hom 15, 2 de fide – PG 31, 465c) et surtout il est « le Père de Notre Seigneur Jésus Christ » (Anaphora sancti Basilii). En remontant à Dieu à travers les créatures, nous « prenons conscience de sa bonté et de sa sagesse » (Basile, Contra Eunomium 1, 14 – PG 29, 544b). Le Fils est l’« image de la bonté du Père et le sceau de forme égale à lui » (cf. Anaphora sancti Basilii). A travers son obéissance et sa passion, le Verbe incarné a réalisé la mission de Rédempteur de l’homme (cf. Basile, In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452ab ; cf. également De Baptismo 1, 2 -  SC 357, 158).

Enfin, il parle largement de l’Esprit Saint, auquel il a consacré tout un livre. Il nous révèle que l’Esprit anime l’Eglise, la remplit de ses dons, la rend sainte. La lumière splendide du mystère divin se reflète sur l’homme, image de Dieu, et en rehausse la dignité. En contemplant le Christ, on comprend pleinement  la dignité de l’homme. Basile s’exclame : « [Homme], rends-toi compte de ta grandeur en considérant le prix versé pour toi:  vois le prix de ton rachat, et comprends ta dignité! » (In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452b). En particulier le chrétien, vivant conformément à l’Evangile, reconnaît que les hommes sont tous frères entre eux, que la vie est une administration des biens reçus de Dieu, en vertu de laquelle chacun est responsable devant les autres et celui qui est riche doit être comme un « exécuteur des ordres de Dieu bienfaiteur » (Hom. 6 de avaritia - PG 32, 1181-1196). Nous devons tous nous aider, et coopérer comme les membres d’un seul corps (Ep. 203, 3).

Et, dans ses homélies, il a également utilisé des paroles courageuses, fortes sur ce point. Celui qui, en effet, selon le commandement de Dieu, veut aimer son prochain comme lui-même, « ne doit posséder rien de plus que ce que possède son prochain » (Hom. in divites - PG 31, 281b).

En période de famine et de catastrophe, à travers des paroles passionnées, le saint Evêque exhortait les fidèles à « ne pas se révéler plus cruels que les animaux sauvages…, s’appropriant le bien commun, et possédant seul ce qui appartient à tous » (Hom. tempore famis - PG 31, 325a). La pensée profonde de Basile apparaît bien dans cette phrase suggestive : « Tous les indigents regardent nos mains, comme nous-mêmes regardons celles de Dieu, lorsque nous sommes dans le besoin ». Il mérite donc pleinement l’éloge qu’a fait de lui Grégoire de Nazianze, qui a dit après la mort de Basile : « Basile nous persuade que nous, étant hommes, ne devons pas mépriser les hommes, ni offenser le Christ, chef commun de tous, par notre inhumanité envers les hommes; au contraire, face aux malheurs des autres, nous devons nous-mêmes faire le bien, et prêter à Dieu notre miséricorde car nous avons besoin de miséricorde » (Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 63 – PG 36, 580b). Des paroles très actuelles. Nous voyons que saint Basile est réellement l’un des Pères de la Doctrine sociale de l’Eglise.

En outre, Basile nous rappelle qu’afin de garder vivant en nous l’amour  envers  Dieu, et envers les hommes, nous avons besoin de l’Eucharistie, nourriture adaptée pour les baptisés, capable d’alimenter les énergies nouvelles dérivant du Baptême (cf. De Baptismo 1, 3 – SC 357, 192). C’est un motif de grande joie de pouvoir participer à l’Eucharistie (Moralia 21, 3 – PG 31, 741a), instituée « pour conserver sans cesse le souvenir de celui qui est mort et ressuscité pour nous » (Moralia 80, 22 – PG 31, 869b). L’Eucharistie, immense don de Dieu, préserve en chacun de nous le souvenir du sceau baptismal, et permet de vivre en plénitude et dans la fidélité la grâce du Baptême. Pour cela, le saint Evêque recommande la communion fréquente, et même quotidienne :  « Communier même chaque jour, en recevant le saint corps et sang du Christ, est chose bonne et utile; car lui-même dit clairement : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6, 54). Qui doutera donc que communier continuellement à la vie ne soit pas vivre en plénitude ? » (Ep. 93 – PG 32, 484b). L’Eucharistie, en un mot, nous est nécessaire pour accueillir en nous la vraie vie, la vie éternelle (cf. Moralia 21, 1 – PG 31, 737c).

Enfin, Basile s’intéressa naturellement également à la portion élue du peuple de Dieu, que sont les jeunes, l’avenir de la société. Il leur adressa un Discours sur la façon de tirer profit de la  culture  païenne de l’époque. Avec beaucoup d’équilibre et d’ouverture, il reconnaît que dans la littérature classique, grecque et latine, se trouvent des exemples de vertu. Ces exemples de vie droite peuvent être utiles pour le jeune chrétien à la recherche de la vérité et d’une façon de vivre droite (cf. Ad Adolescentes 3). C’est pourquoi, il faut emprunter aux textes des auteurs classiques ce qui est adapté et conforme à la vérité : ainsi, à travers une attitude critique et ouverte – il s’agit précisément d’un véritable « discernement » – les jeunes grandissent dans la liberté. A travers la célèbre image des abeilles, qui ne prennent des fleurs que ce dont elles ont besoin pour le miel, Basile recommande : « Comme les abeilles savent extraire le miel des fleurs, à la différence des autres animaux qui se limitent à jouir du parfum et de la couleur des fleurs, de même, de ces écrits également… on peut recueillir un bénéfice pour l’esprit. Nous devons utiliser ces livres en suivant en tout l’exemple des abeilles. Celles-ci ne vont pas indistinctement sur toutes les fleurs, et ne cherchent pas non plus à tout emporter de celles sur lesquelles elles se posent, mais elles en extraient uniquement ce qui sert à la fabrication du miel et laissent le reste. Et nous, si nous sommes sages, nous prendrons de ces écrits uniquement ce qui est adapté à nous, et conforme à la vérité, et nous laisserons de côté le reste » (Ad Adolescentes 4). Basile, surtout, recommande aux jeunes de croître dans les vertus, dans la façon droite de vivre : « Tandis que les autres biens… passent d’une main à l’autre, comme dans un jeu de dés, seule la vertu est un bien inaliénable, et demeure toute la vie et après la mort » (Ad Adolescentes 5).

Chers frères et sœurs, il me semble que l’on peut dire que ce Père d’une époque lointaine nous parle encore et nous dit des choses importantes. Avant tout, cette participation attentive, critique et créatrice à la culture d’aujourd’hui. Puis, la responsabilité sociale : c’est une époque à laquelle, dans un univers mondialisé, même les peuples géographiquement éloignés sont réellement notre prochain. Nous avons ensuite l’amitié avec le Christ, le Dieu au visage humain. Et, enfin, la connaissance et la reconnaissance envers le Dieu créateur, notre Père à tous : ce n’est qu’ouverts à ce Dieu, le Père commun, que nous pouvons construire un monde juste et un monde fraternel.

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie - Pierre Subleyras

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(Pierre Subleyras [1699-1749] – musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg)

2021-27. De la Messe votive à Saint Michel des premier mardi des mois « pour la sécurité et la prospérité de l’Église et de l’État ».

28 mai,
Fête de Saint Bernard de Menthon, abbé de l’Ordre de Saint Augustin et confesseur ;
Mémoire de Saint Augustin de Cantorbéry, évêque et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Mgr le Dauphin Louis, et de son frère Alphonse, duc de Berry (cf. > ici) ;
Anniversaire du massacre de Bédoin (cf. > ici).

église de Saint-Vaast-La Hougue - vitrail de l'apparition à Saint Aubert

L’apparition de l’archange Saint Michel à Saint Aubert d’Avranches
(vitrail de l’église de Saint-Vaast-La Hougue – Cotentin)

Nous sommes très reconnaissants envers Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de ce blogue une synthèse concernant la dévotion des premier mardi de chaque mois en l’honneur de Saint Michel, protecteur de la France.

En tout temps troublé, la France put toujours compter sur la protection du grand Archange saint Michel.

Dès la construction d’une église sur le Mont-Tombe, Childebert III (683-711) inaugura la longue liste de nos rois qui se rendirent en pèlerinage « au péril de la mer ».
Saint Charlemagne avait fait inscrire, en 802 dit-on, sur ses étendards : « Saint Michel patron et prince de l’Empire des Gaules ».
En 1212 eut lieu au Mont Saint-Michel une croisade de multitudes d’enfants, et donc appelée des Pastoureaux de France.
Sauvé in extremis d’un grave accident, Charles VII fonda en 1423 une messe d’action de grâces en l’honneur de saint Michel. Dès l’année suivante, sainte Jeanne d’Arc entendait l’Archange lui dire : « Je suis Michel protecteur de la France », et elle recevait ses premières leçons surnaturelles la préparant à sa grande mission de salut pour « le saint Royaume », le Mont Saint-Michel et Vaucouleurs constituant les deux bastions de résistance à l’invasion angloise dans le Nord du Royaume.
Le fils de Charles VII, Louis XI, fonda le 1er août 1469 l’Ordre de Saint Michel, dont le collier entoure les armes de France.

En ce milieu du XVIIe siècle, les tout débuts du règne de Louis le Grand furent marqués par les troubles de la Fronde.
Anne d’Autriche (1601-1666) assurait alors auprès de son jeune fils les destinées du Royaume, secondée par le Premier ministre, le cardinal Jules Mazarin (1602-1661). Bien que Louis XIV ait atteint la majorité légale à ses treize ans, le 5 septembre 1651, il avait ce jour-là annoncé solennellement à sa mère :
« Madame, je vous remercie du soin qu’il vous a plu de prendre de mon éducation et de l’administration de mon royaume. Je vous prie de continuer à me donner vos bons avis, et je désire qu’après moi vous soyez le chef de mon Conseil ».

Philippe de Champaigne - Louis XIV renouvellant le voeu de Louis XIII

Philippe de Champaigne : le jeune Louis XIV renouvelant le vœu de Louis XIII

Pour pallier à la révolte princière qui atteint à Paris son paroxysme à l’été 1652, la Reine régente, fit mander à « Monsieur Olier », l’abbé Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657), curé de la paroisse Saint-Sulpice depuis dix ans, de requérir l’aide du Ciel pour faire cesser la guerre civile ravageant le Royaume. Cette paroisse relevait non de la juridiction du Sieur Archevêque de Paris1 mais du Révérendissime Abbé de Saint-Germain-des-Prés2.
Le serviteur de Dieu, figure fondamentale de l’École française de spiritualité3, suggéra la résolution suivante que prononça la Reine :
« Abîmée dans mon néant et prosternée aux pieds de votre auguste et sacrée Majesté, honteuse dans la vue de mes péchés de paraître devant vous, ô mon Dieu, je reconnais la juste vengeance de votre sainte colère, irritée contre moi et contre mon État ; et je me présente toutefois devant vous, au souvenir des saintes paroles que vous dîtes autrefois à un prophète, au sujet d’un Roi pécheur, mais pénitent : J’aurai pitié de lui, et lui pardonnerai, à cause que je le vois humilié en ma présence. En cette confiance, ô mon Dieu, j’ose vous faire vœu d’ériger un autel à votre gloire sous le titre de saint Michel et de tous les anges et sous leur intercession y faire célébrer, tous les premier mardi des mois, le très saint sacrifice de la Messe, afin d’obtenir la paix de l’Église et de l’État ». 

La souveraine acheva par cette supplique à l’Archange, que rapporte « Monsieur Faillon » (1799-1870), prêtre sulpicien et historien du XIXe siècle et biographe de l’abbé Olier :
«  Glorieux saint Michel je me soumets à vous avec toute ma Cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection ; et je me renouvelle, autant qu’il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, par l’amour que vous avez pour cet État, assujettissez-le tout à Dieu et à ceux qui le représentent » 4.

Anonyme vers 1645 - Anne d'Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné

La Reine régente Anne d’Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné
(anonyme, vers 1645)

L’on ne sait exactement où Anne d’Autriche fit ériger un autel au Prince des Anges pour y faire célébrer solennellement, tous les premier mardi des mois, le saint sacrifice de la Messe. Mais la paix revint promptement, le Roi fit son entrée triomphale dans sa capitale le 21 octobre et la France put alors connaître la stabilité et le rayonnement du « Siècle de Louis XIV ».

Les fondations de Messes furent assurées jusqu’à la Révolution de 1789. Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour que la France renouât avec cette belle tradition de la « Messe de saint Michel pour la France ».
En 1943 en effet, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’abbé Constant Paulet, ressentant la nécessité d’un sursaut salutaire, lançait la parution du journal « Terre et Foi », y prônant la « maintenance chrétienne et terrienne de la France » et organisant une croisade de messes « pour la France et pour la paix ».
En 1948 il fit sortir de l’oubli la messe du premier mardi en l’honneur de saint Michel et reçut l’imprimatur. En 1956, une vingtaine d’Evêques  l’encouragèrent. Le 15 juin 1962, le pape Jean XXIII accorda sa bénédiction.

Depuis 1988, les Compagnons de Saint Michel Archange – dont feu l’abbé Christian-Philippe Chanut fut l’aumônier comme Chapelain Prieur –, s’efforcent de faire revivre la spiritualité michaëlique à la suite de l’abbé Paulet ; ils ont relevé cette vénérable tradition de la Messe mensuelle «  afin d’obtenir la paix à l’Église et à l’État » et s’efforcent de la faire connaître et de la diffuser.

Il s’agit de célébrer, si les règles liturgiques le permettent, la Messe votive de saint Michel (soit celle du 29 septembre, soit celle du 8 mai en Temps pascal), en offrant surtout l’intention de la Messe pour la France. Et retenant que nos prêtres ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche, n’oublions pas de faire l’aumône d’offrandes de Messe. Le Bon Dieu, qui aime la France, nous le rendra au centuple !

Saint Michel - Paris fontaine Saint-Michel

Statue de l’archange Saint Michel dominant la fontaine éponyme à Paris

P.S. : Note d’accord… qui rassurera ceux d’entre vous qui auront bondi à la lecture du titre et de certaines graphies dans le corps de l’article…
Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ? Oui car lundi, mardi etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs. On écrit : tous les lundis et tous les dimanches.
Suivi par une description de temps (semaine, mois), il faut compter le nombre de ces jours dans cet intervalle de temps. Une semaine n’ayant qu’un seul lundi, l’on écrit: les lundi de chaque semaine. Quant au mois, l’on dira les premier et troisième lundis de chaque mois. Premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et un troisième dans un mois. Mais les deux, ensemble, sont un pluriel. Tous les lundi et mardi de chaque semaine signifie : chaque lundi et chaque mardi de chaque semaine. Lundi et mardi ne peuvent pas être au pluriel puisqu’il n’y en a qu’un par semaine, mais ensemble, ils forment un pluriel (tous les).
Dans le même ordre d’idées, l’on écrit : tous les dimanches matin et le mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée par contre il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi 5.
L’on écrit donc à juste titre : Désormais, je ferai dire – et j’y assisterai dévotement – une Messe de saint Michel pour la France tous les premier mardi des mois…

Abbé Louis de Saint-Taurin

* * * * * * *

Notes :
1 Les évêques de Paris devinrent archevêques en 1622. Ils relevaient jusque là de l’archevêché métropolitain de Sens.
2 Cette abbaye jouissait de l’exemption et dépendait donc directement du Siège Apostolique, ce qui constituait un titre d’indépendance en plein Paris.
3 Selon le concept forgé par Henri Brémont dans son Histoire littéraire du sentiment religieux (t. III, 1929).
4Faillon (abbé Étienne-Michel) : Vie de Monsieur Olier ; Éd. Poussielgue, Frères, Paris, (1841) 1873, t. II, pp.535-536.
5Source : https://leconjugueur.lefigaro.fr/frplurieljour.php.

Mont Saint-Michel au couchant

 

2021-25. Vie et culte de Saint Georges le mégalomartyr.

23 avril,
Fête de Saint Georges, mégalomartyr.

Vous savez, chers Amis, en quelle vénération nous tenons Saint Georges en notre Mesnil-Marie : le Maître-Chat Lully vous en avait d’ailleurs parlé à plusieurs reprises (par exemple > ici, et > ici).
Cette année, à l’occasion de sa fête, nous avons résolu de publier l’intégralité de la notice que lui consacre le Rd Père François Giry dans sa volumineuse « Vie des Saints ».
Nous y ajoutons quelques précisions sous forme de notes explicatives qui nous paraissent utiles pour le lecteur d’aujourd’hui.

Pierre-Paul Rubens - Saint Georges

Pierre-Paul Rubens : Saint Georges
(musée du Prado – Madrid)

« Le cardinal Baronius (note 1) a recherché très-exactement, et recueilli avec une sévère critique, toutes les histoires de saint Georges qui se trouvent dans les plus anciennes bibliothèques ; nous donnons sans aucune difficulté au public ce qu’un si grave auteur nous en a laissé par écrit ; en voici la substance.

Saint Georges naquit en Cappadoce, de parents riches et d’une illustre noblesse ; ils eurent soin de le faire instruire, dès son enfance, en la religion chrétienne. Il ne fut pas plus tôt en âge, qu’il alla à la guerre ; et comme il y était fort adroit, il parvint, en peu de temps, à la charge de tribun, ou de mestre-de-camp dans l’armée de l’empereur ; Dioclétien en fit une estime particulière, à cause de ses belles qualités, et, ne sachant pas qu’il fût chrétien, il se proposait déjà de se servir de lui dans ses plus grandes entreprises. Mais cet empereur, ayant résolu de persécuter l’Eglise et d’abolir entièrement la foi de Jésus-Christ, fit part de son intention à son conseil. Chacun l’approuva avec de grands applaudissements, excepté Georges qui s’y opposa fortement, comme à un dessein injuste et contraire au service du vrai Dieu, qu’il aimait de tout son cœur, et pour la gloire duquel il était prêt à perdre la vie. L’empereur et toute l’assistance reconnurent bien, aux paroles de ce capitaine, qu’il était chrétien : on tâcha de le détourner de sa résolution, lui représentant les bienfaits qu’il avait reçus de son prince, les avantages qu’il en pouvait espérer, et les maux où sa haine et sa disgrâce l’allaient précipiter.

Georges ne fut point ébranlé par ce raisonnement, mais, s’adressant à Dioclétien, il lui dit qu’il ferait mieux de reconnaître le vrai Dieu et de lui rendre le culte qui lui est dû, que de persécuter ses serviteurs ; parce que c’était de lui seul qu’il tenait le sceptre, et non pas de ses idoles. Il n’est pas possible de dire qu’elle fut la rage de l’empereur. Il le fit prendre et jeter en prison ; on le chargea de chaînes, on l’étendit sur le pavé, et on roula sur son corps une grosse pierre, comme pour le moudre ou pour l’écraser. Le lendemain, il fut encore présenté à Dioclétien ; mais ce prince n’ayant rien pu gagner sur la constance de cet illustre Martyr, le fit mettre dans une roue armée de tous côtés de pointes d’acier, afin de le déchirer en mille pièces : durant ce supplice, il fut consolé par une voix du ciel qui s’adressait à lui, et lui disait : Georges, ne crains rien, car je suis avec toi. Il le fut aussi par l’apparition d’un homme, plus brillant que le soleil, et vêtu d’une robe blanche, qui lui tendit la main pour l’embrasser et l’encourager dans ses peines. Aussi les nouveaux tourments qu’on lui fit souffrir renouvelèrent sa patience : ce qui donna un merveilleux contentement aux chrétiens, et une extrême confusion à leurs ennemis. Quelques uns néanmoins se convertirent ; Potoleus, entre autres, et Anatolius, tous deux préteurs, qui perdirent la vie pour Jésus-Christ.

L’empereur, voyant la constance de Georges à l’épreuve de ses supplices, employa la douceur pour tâcher de l’ébranler. Mais ce généreux Confesseur de la vérité ne voulant plus répondre par des paroles, mais par des effets, lui demanda d’aller au temple, pour y voir les dieux qu’il adorait. Dioclétien, croyant que Georges rentrait enfin en lui-même et allait céder, fit assembler le sénat et le peuple, afin qu’ils fussent présents au célèbre sacrifice que Georges devait offrir. Tout le monde ayant les yeux sur lui pour voir ce qu’il ferait, il s’approcha de l’idole d’Appolon ; puis étendant la main, et faisant le signe de la croix : Veux-tu, lui dit-il, que je te fasse des sacrifices comme à Dieu ? Le démon, qui était dans la statue, répondit : Je ne suis pas Dieu, et il n’est point d’autre Dieu que celui que tu prêches. A l’heure même, on entendit des voix lugubres et horribles, qui sortaient de la bouche de ces idoles, et elles tombèrent enfin toutes par terre réduites en pièces et en poussière. Les prêtres de ce temple exhortèrent le peuple à mettre la main sur le saint Martyr, disant à l’empereur qu’il fallait se défaire de ce magicien, et lui trancher la tête, pour empêcher que le mal n’augmentât davantage. Il fut donc mené au lieu du supplice, où, après avoir fait son oraison, il tendit le col au bourreau, et mourut en Notre-Seigneur le 23 avril de l’an 303.

On assigne divers théâtres à son martyre : les uns disent que ce fut à Diospolis (note 2) ; d’autres à Mitilène, en Arménie ; mais l’opinion la plus probable est que ce fut à Nicomédie ; et que de là son corps fut porté, par un de ses serviteurs, à Diospolis en Palestine, où il a reposé longtemps dans un temple fort auguste qu’on lui fit bâtir.

Ce Martyr a toujours été très-célèbre, par toutes les Eglises de l’Orient et de l’Occident : les Grecs l’appellent par excellence le grand Martyr (note 3). On dit que saint Germain, évêque de Paris, revenant du pèlerinage de Jérusalem, en apporta le bras, qui lui fut donné par l’empereur Justinien, comme un précieux trésor, et qu’il le mit en l’église de Saint-Vincent, nommée aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés ; et que l’autre de ses bras a depuis été apporté à Cologne, comme il est écrit aux actes de saint Annon, qui en était archevêque. Cela n’empêche pas la tradition des religieux du monastère d’Anchin, près d’Hédin, qui prétendent avoir un des bras de saint Georges : car, comme il y a deux ossements principaux en chaque bras, quatre églises différentes peuvent posséder les bras d’un même Saint. On gardait autrefois son chef à Rome, dans une église qui porte son nom (note 4), où le pape Zacharie le déposa en l’année 751, après l’avoir trouvé, avec son témoignage, dans le lieu patriarcal. Mais en l’année 1600, il fut donné par le pape Clément VIII aux habitants de Ferrare. Les Vénitiens, néanmoins, prétendent le posséder et l’avoir reçu des habitants de l’île d’Engia, en l’année 1462. Mais ces deux choses ne sont pas incompatibles, puisqu’il arrive souvent que le chef d’un Saint est divisé en deux parties ; à chacune desquelles on donne le nom de chef. Saint Grégoire, pape, fit rebâtir dans la ville une église de ce saint Martyr, et saint Grégoire, évêque de Tours, parle de ses reliques aux Livres des miracles, ou la gloire des Martyrs.

Les rois, dans leurs armées, le prennent pour leur patron, et l’Eglise romaine a coutume d’invoquer saint Georges, saint Sébastien et saint Maurice, comme les principaux protecteurs de l’Eglise contre ses ennemis ; parce qu’ayant été vaillants et généreux pour le service de leurs princes temporels, ils ne sont pas moins zélés pour la gloire de l’Epouse mystique du Fils de Dieu.

On représente ordinairement saint Georges en cavalier, qui attaque un dragon pour la défense d’une fille qui implore son secours ; mais c’est plutôt un symbole qu’une histoire, pour dire que cet illustre Martyr a purgé sa province, représentée par cette fille, de l’idolâtrie, figurée par ce dragon sorti des enfers.
Tous les Martyrologes font mémoire de saint Georges au 23 avril, que l’on croit avoir été le jour de son martyre ».

palmes

Notes :

Note 1 - Baronius : Cesare Baronio (1538-1607), couramment appelé selon la forme latinisé « Baronius » dans les ouvrages ecclésiastiques, est un disciple de Saint Philippe Néri, historien ecclésiastique de renom, nommé bibliothécaire de la Bibliothèque apostolique vaticane et créé cardinal, il a réalisé un très important travail de vérification des anciens traditions et documents.
Note 2 - Diospolis : Aujourd’hui Lod, dans l’Etat d’Israël, et précédemment appelé Lydda (d’où le nom de Saint Georges de Lydda souvent donné à notre Grand Martyr), cette cité qui existait à l’âge du bronze et se trouve aussi mentionnée dans le Nouveau Testament (Saint Pierre y accomplit une guérison miraculeuse – cf. Act. IX 32-38). L’église Saint-Georges de Lod conserve toujours, dans sa crypte, le tombeau de Saint Georges.
Note 3 - Grand Martyr : c’est le sens du nom « mégalomartyr », titre que l’usage et la tradition des Eglises d’Orient accordent à 12 saints et 6 saintes martyrs répondant aux quatre critères suivants : 1) l’ancienneté (ils sont antérieurs à 313) ; 2) la popularité ; 3) la laïcité (les évêques et prêtres martyrs sont appelés « hiéromartyrs ») ; et 4) le fait de ne pas être « protomartyr » (premier martyr).
Note 4 - Eglise Saint Georges au Vélabre (Sancti Georgii ad velum aureum), à Rome : construite en 685 sous le vocable de Saint-Sébastien, elle a pris celui de Saint-Georges lorsque, en 751, comme dit dans le texte du Rd. Père Giry, le pape Zacharie y déposa plusieurs reliques du mégalomartyr 

Saint Georges - abbaye de Weltenburg - Bavière

Saint Georges : groupe sculpté en retrait du maître-autel de l’abbaye de Weltenburg (Bavière)

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