Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2017-64. Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré

Apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré
dans la chapelle de la rue du Bac pendant l’octave de la translation de Saint Vincent (25 avril – 2 mai 1830) :
le graveur a représenté comme un seul moment la vision des trois couleurs différentes du coeur de Saint Vincent, blanc, rouge feu et rouge noir, alors que cela fut montré sur trois jours consécutifs.

lys 2

Du coeur de Saint Vincent de Paul montré à Sainte Catherine Labouré
comme particulièrement affligé pour la France,
et des leçons qui découlent de cette vision :

Sainte Catherine Labouré (1806-1876) a vu Saint Vincent de Paul pour la première fois dans un songe alors qu’elle avait 15 ou 16 ans. Sur le coup elle ne comprit pas ce que ce prêtre âgé, qu’elle ne connaissait pas, lui signifiait en l’appelant à venir vers lui ; elle ne le réalisa que plus tard lorsque, dans le parloir des Filles de la Charité de Châtillon-sur-Seine, elle vit au mur le portrait de ce prêtre inconnu et apprit qu’il s’agissait de Saint Vincent de Paul. Tout devint alors limpide : Saint Vincent voulait qu’elle entrât chez les Filles de la Charité.

Catherine arriva au noviciat (on disait alors « le séminaire ») des Filles de la Charité, rue du Bac, à Paris, le 21 avril 1830.
Soeur Catherine prit part avec joie et ferveur à la grande procession de la translation du corps de Saint Vincent depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle des Lazaristes, le dimanche 25 avril (cf. > ici), puis à l’octave de prières et d’actions de grâces qui suivit, octave pendant lequel les novices allaient souvent prier dans la chapelle des Lazaristes.

Soeur Catherine aimait particulièrement ces moments de recueillement auprès de la châsse du saint fondateur, et elle avait un peu de peine de la laisser pour rentrer au « séminaire ».
Toutefois, dans la chapelle de la rue du Bac, Soeur Catherine fut, pendant trois jours consécutifs, favorisée de visions pendant lesquelles il lui fut donné de contempler le coeur de Saint Vincent de Paul (Nota bene : le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul ne se trouvait alors pas à Paris dans la chapelle des soeurs, ainsi que nous l’avons vu > ici).

Voici ce qu’elle a écrit : 
« J’avais la consolation de voir son cœur au-dessus de la petite châsse où ses reliques sont exposées. Il m’apparut trois jours de suite d’une manière différente : blanc couleur de chair, et cela annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union. Puis, je l’ai vu couleur de feu, ce qui était le symbole de la charité qui s’allumera dans les cœurs. Il me semblait que la charité devait se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde. Enfin, il m’apparut rouge-noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur. Il me venait des tristesses que j’avais peine à surmonter. Je ne savais ni pourquoi ni comment cette tristesse se portait sur le changement de gouvernement ». 
Une voix intérieure lui dit alors distinctement :
« Le cœur de Saint Vincent est profondément affligé des grands malheurs qui vont fondre sur la France ».
Le dernier jour de l’octave, elle voit le même cœur, d’un rouge vermeil, tandis que la voix intérieure lui explique : 
« Le cœur de Saint Vincent est un peu consolé, parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi ». Ses deux familles, ce sont les deux congrégations religieuses fondées par Saint Vincent de Paul : les Filles de la Charité et les Pères Lazaristes.

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ce sont en tout premier lieu la révolution – dite des « trois glorieuses » - qui va se déchaîner trois mois plus tard et remplacera la monarchie légitime par une royauté d’usurpation acquise aux idées maçonniques et soumise aux faux principes hérités de la révolution.
On le voit bien ici : Le Ciel n’est pas favorable aux révolutions ; Dieu et ses saints sont légitimistes, ils ne sont ni orléanistes ni républicains !

Cela fut confirmé le 6 juin suivant, dimanche de la Sainte Trinité, où Soeur Catherine fut gratifiée d’une nouvelle vision encore plus explicite : 
« Le jour de la Sainte Trinité, Notre-Seigneur m’apparut dans le Très Saint-Sacrement pendant la Sainte Messe, comme un roi, avec la croix sur sa poitrine. Au moment de l’Evangile, il m’a semblé que la croix et tous ses ornements royaux coulaient à terre sous ses pieds, et que Notre-Seigneur restait dépouillé. C’est là que j’ai eu les pensées les plus noires et les plus tristes, comprenant que le roi serait dépouillé de ses habits royaux et les dommages qui en résulteraient ».

Cette identification entre le Roi céleste, Notre-Seigneur Jésus-Christ et son lieu-tenant sur terre, le Roi Charles X, sacré à Reims, n’a guère besoin de commentaires !

Coeur de Saint Vincent de Paul

Coeur de Saint Vincent de Paul dans son reliquaire

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui affligent profondément le coeur de Saint Vincent de Paul, ce sont ensuite les progrès de l’impiété.
En effet, les dommages qui résultent du rejet de la monarchie catholique traditionnelle, liée d’une manière unique et privilégiée à la foi et à l’Eglise catholiques, ce sont la cessation du régime privilégié du catholicisme au sein de l’Etat et de la protection des autorités civiles sur le culte catholique, sur les ecclésiastiques et les religieux catholiques, sur les oeuvres apostoliques et caritatives catholiques ; ce sont l’indifférentisme, qui met toutes les religions sur un pied d’égalité, et, en conséquence, la liberté laissée aux hérétiques et aux païens de répandre leurs croyances infestées d’erreur ; ce sont encore le développement de la maçonnerie et des doctrines politiques et économiques contraires à l’ordre social chrétien ; ce sont aussi les troubles sociaux, les idéologies qu’ils vont engendrer, ainsi que les guerres civiles et internationales qui en découleront et vont empoisonner toute la suite du XIXe siècle et tout le XXe siècle jusqu’aux jours d’hui.
De toutes ces choses, la Madone elle-même viendra parler à Soeur Catherine (cf. > ici), dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, c’est à dire à l’occasion de la fête liturgique de Saint Vincent de Paul.   

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui font que le coeur de Saint Vincent de Paul apparaît d’un rouge-noir inspirant une incoercible tristesse, ce sont l’apostasie de plus en plus affirmée des gouvernements successifs de la France, les lois anti-chrétiennes ou contraires à la loi naturelle, ce sont les infiltrations des idées de Rousseau et de la révolution dans l’esprit des ecclésiastiques eux-mêmes, ne rêvant plus dès lors que d’ « ouverture au monde », et abandonnant pour une illusoire et superficielle concorde terrestre les nécessaires combats pour la défense de l’unique Vérité révélée…

Que de sombres et tristes réalités prophétisées dans ce coeur de Saint Vincent de Paul apparaissant avec cette couleur rouge-noir pour montrer son affliction profonde à la vue des grands malheurs qui allaient fondre sur la France, en raison du changement de gouvernement, en raison de la chute de Charles X, en raison de la révolution, en raison du rejet de la monarchie légitime, en raison de l’usurpation orléaniste, puis en raison de l’établissement de la république !!!

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale
et pour la France :

Glorieux Saint Vincent de Paul, que la divine Providence a voulu si proche de trois de nos plus grands souverains : vous que le Bon Roi Henri se plaisait à rencontrer et à entendre ; vous qui avez assisté Louis XIII à ses derniers instants et avez aidé son âme à laisser une glorieuse couronne terrestre pour aller prendre possession de la couronne mille fois plus glorieuse de l’éternelle félicité ; vous dont les avis et conseils ont éclairé la minorité du règne de Louis XIV et préparé sa fécondité spirituelle ; souvenez-vous aujourd’hui de la descendance de ces grands souverains, et obtenez à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi légitime, toutes les grâces de sagesse, de prudence, de force et de courage qui sont nécessaires à la charge qui a été déposée sur ses épaules du fait de sa naissance et des Lois fondamentales du Royaume.
Du haut du Ciel, assistez-le, guidez-le et conseillez-le, comme vous fîtes jadis ici-bas pour ses glorieux ancêtres : que votre bienveillante intercession lui obtienne les bonnes inspirations pour toutes ses paroles et pour tous ses actes.

Glorieux Saint Vincent, qui fûtes le conseiller avisé de la Reine Anne, veillez sur la Princesse Marie-Marguerite et priez pour qu’elle soit toujours pour notre Prince Louis l’appui aimant, solide et dévoué, sur lequel il pourra toujours compter.

Glorieux Saint Vincent, qui aviez une prédilection spéciale pour les petits enfants, protégez les Enfants de France, et ayez un soin tout particulier de Monseigneur le Dauphin Louis.

Saint Vincent de Paul très compatissant, priez pour ce Royaume de France dont les grands malheurs empirent chaque jour et dont la descente vers l’abîme semble ne plus devoir s’arrêter…
Priez ! Oh, priez pour la France en si grand danger ! Priez pour qu’elle revienne de ses égarements et redevienne en vérité ce Royaume des Lys en tout conforme aux desseins mystérieux de la Providence !
Vous dont le coeur manifesta une si grande tristesse à la vue des maux qui allaient fondre sur la France, obtenez aujourd’hui aux Français les grâces de la conversion et de la pénitence, indispensables au relèvement et à la guérison de ce pays pour lequel vous vous êtes déjà tant dépensé !
Saint Vincent de Paul, modèle ardent de la plus pure charité, obtenez-nous à tous, Princes et sujets, de progresser sans cesse dans la connaissance et la pratique de l’amour de Dieu et du prochain, afin que votre et notre France revive et marche à nouveau dans les voies de la fidélité et de la sainteté, à votre suite, pour la plus grande gloire du Roi des Cieux.

Ainsi soit-il !

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

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Voir aussi :
Lettre de Saint Vincent de Paul faisant le récit de la mort de Louis XIII > ici

 

2017-63. Brève histoire des reliques de Saint Vincent de Paul.

translation du corps de St Vincent de Paul 25 avril 1830

Dimanche 25 avril 1830 : translation solennelle du corps de Saint Vincent de Paul depuis Notre-Dame de Paris jusqu’à la chapelle des Lazaristes (95 rue de Sèvres).
Cette gravure représente l’arrivée de la procession à l’entrée de la chapelle des Lazaristes où le supérieur reçoit Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris auquel on présente l’eau bénite.

Aussitôt après sa mort, survenue à Paris dans la nuit du 26 au 27 septembre 1660, le coeur de Vincent de Paul fut prélevé, embaumé et placé dans un reliquaire en argent offert par la célèbre duchesse d’Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot (1604-1675), nièce du cardinal de Richelieu, présente à l’agonie de Monsieur Vincent (tout comme, entre autres, Armand de Bourbon, prince de Conti, et Jacques-Bénigne Bossuet, alors archidiacre de Metz).

Comme Vincent de Paul ne pouvait pas encore être honoré par un culte public, et alors que son corps était inhumé au milieu du choeur de l’église Saint-Lazare, ce reliquaire fut précieusement conservé à l’abri dans une armoire de la Maison Saint-Lazare.

Soixante-neuf ans plus tard, au mois de septembre 1729, à la suite de la béatification de Monsieur Vincent qui avait été célébrée à Rome le 13 août, son corps placé dans une châsse ainsi que le reliquaire de son coeur furent placés sur un autel de la chapelle : ils y restèrent soixante-deux ans.

pillage de la maison Saint-Lazare le 13 juillet 1789

Pillage de la Maison Saint-Lazare, à Paris, le 13 juillet 1789
(eau-forte de Duplessi-Bertaux)

Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 1789 et presque toute cette journée du 13, la Maison Saint-Lazare fit l’objet d’un pillage et d’un saccage systématiques par les émeutiers parisiens, à la suite d’une rumeur prétendant que du blé et des armes y seraient cachés.

Seule l’église fut à peu près respectée, toutefois le supérieur général des Lazarises, Monsieur Cayla de La Garde, prit des précautions pour que les reliques de Saint Vincent de Paul (canonisé le 16 juin 1737) ne fussent point profanées. En particulier lorsque, à la fin de l’année 1792, la châsse d’argent fut emportée par les révolutionnaires, les ossements de Saint Vincent de Paul et les documents attestant de leur authenticité furent transférés dans une caisse de chêne, dûment scellée avant d’être cachée : cette caisse de chêne accomplira plusieurs déménagements, incognito, au milieu du Paris révolutionnaire jusqu’à être remise aux Filles de la Charité subsistantes lorsqu’on toléra qu’elles reformassent une communauté dédiée au soin des malades.
En 1806, les Filles de la Charité qui étaient alors en charge du précieux dépôt firent reconnaître et authentifier le coffre de chêne scellé, qui ne fut cependant pas ouvert. 

Au mois d’avril 1830, Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, ordonna la reconnaissance canonique solennelle des ossements de Saint Vincent de Paul.
Le coffre de chêne, emporté à l’archevêché, fut ouvert et son contenu fut reconnu pour authentique : outre le squelette du saint, presque entier (car quelques ossements d’un bras et d’une cuisse avaient été prélevés avant la révolution), le coffre renfermait divers objets, vêtements du saint, et surtout des documents permettant leur identification de manière indubitable.

Le squelette fut reconstitué par les chirurgiens de l’Hôtel-Dieu ; les ossements furent entourés d’étoupe et de tissus, tandis que le visage et les mains étaient reconstitués en cire. Le corps fut alors revêtu d’habits sacerdotaux et l’ensemble fut placé dans une lourde châsse d’argent qui fut transportée à Notre-Dame et y resta exposée toute la journée du samedi 24 avril.
Enfin, le dimanche 25 avril 1830, la châsse de Saint Vincent de Paul fit l’objet d’une translation solennelle depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle de la nouvelle maison des Lazaristes, 95 rue de Sèvres (l’enclos de Saint-Lazare ayant été vendu par lots et l’ancien couvent transformé en prison, les Lazaristes avaient dû, au début de la Restauration, construire un nouveau couvent).
A cette procession solennelle assistèrent de nombreux prélats et ecclésiastiques, des princes et des dignitaires civils, au milieu d’une grande ferveur populaire.

La châsse de Saint Vincent de Paul fut placée au-dessus de l’autel et elle n’a pas bougé depuis.
Deux escaliers situés de part et d’autre, à l’arrière du retable, permettent de monter jusqu’à elle. Chaque jour, nombreux sont les pèlerins qui gravissent ces marches afin de se rapprocher des reliques de ce saint si populaire et si compatissant aux misères humaines.

châsse de saint Vincent de Paul au-dessus de l'autel rue de Sèvres

Châsse de Saint Vincent de Paul au-dessus du maître-autel de la chapelle des Lazaristes
Paris, 95 rue de Sèvres

La châsse, oeuvre de l’orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, mesure 2,25 m de long, 65 cm de large et un peu plus d’1 m de hauteur en son milieu. Elle porte un groupe sculpté représentant Saint Vincent de Paul élevé au ciel entouré par quatre anges portant les symboles traditionnels de la foi, de l’espérance et de la charité.

Châsse de Saint Vincent de Paul

Châsse de Saint Vincent de Paul
contenant ses ossements : les mains et le visage sont une reconstitution de cire.

Notons au passage que le crucifix placé sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, derrière ses mains jointes, est celui avec lequel il assista Sa Majesté le Roi Louis XIII lors de son agonie (cf. > ici).

Corps de Saint Vincent de Paul détail - le crucifix

Sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, le crucifix avec lequel il assista Louis XIII à l’agonie.

Le coeur de Saint Vincent de Paul quant à lui connut d’autres péripéties.

Nous avons vu que, depuis la mort même de Monsieur Vincent, il était conservé dans un reliquaire à part : lors de la révolution, Monsieur Cayla de La Garde, supérieur général des Lazaristes, le confia à son assistant, Monsieur Siccardi, pour lui faire quitter la France.
Caché dans un livre dont le centre avait été évidé, le coeur de Saint Vincent de Paul fut emporté à Turin, capitale du Royaume de Sardaigne, où il demeura jusqu’au temps où le Piémont fut occupé par les troupes françaises puis annexé par la république et l’empire. C’est alors que le cardinal Fesh, archevêque de Lyon et demi-frère de Maria-Letizia Ramolino, obtint de faire venir la relique à Lyon.
Elle y arriva le 1er janvier 1805 et y resta jusqu’en 1947.

Cette année 1947 devait voir la canonisation de la Bienheureuse Catherine Labouré. Elle fut effectivement célébrée le dimanche 27 juillet 1947 par Sa Sainteté le Pape Pie XII.

C’est dans cette perspective que, le 15 février 1947, Sœur Blanchot, supérieure générale des Filles de la Charité, alla rencontrer Son Eminence le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et lui exprima son désir : « Vous n’ignorez pas que le cœur de Saint Vincent est apparu plusieurs fois à Soeur Catherine Labouré, nous aimerions donc qu’il soit présent chez nous lors de la glorification de notre Sainte ».
Le cardinal Gerlier promit d’y réfléchir. Mais la mère générale avait besoin d’une réponse rapide, et celle-ci n’arrivait pas.
Impatiente, elle se décida à téléphoner (chose qui n’était pas très courante en 1947, surtout dans les maisons religieuses). Or la poste était en grève ; il était impossible de téléphoner, sauf pour urgence médicale.

Qu’à cela ne tienne : « Urgence du coeur », répondit avec assurance la supérieure à l’employé des Postes. Elle fut donc mise en relation téléphonique avec l’archevêché de Lyon… et reçut l’autorisation d’emporter la relique.

autel St Vincent -Chapelle-rue-du-Bac

Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac :
l’autel de Saint Vincent de Paul se trouve tout à droite.

Rentrée à Paris qu’elle avait quitté au moment de la grande révolution, la relique du coeur de Saint Vincent de Paul est donc depuis lors habituellement exposée au-dessus de l’autel dédié à Saint Vincent de Paul, dans la chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, 140 rue du Bac, à Paris.

reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul rue du Bac

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul
exposé sur l’autel du saint dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse.

Notons toutefois que cette année 2017 est célébrée comme celle du quatrième centenaire du charisme particulier des fondations vincentiennes : c’est en effet le 25 janvier 1617 que, dans la chaire de l’église de Folleville, en Picardie, Monsieur Vincent prononça un sermon demeuré célèbre parce qu’il est à l’origine du lancement de « l’oeuvre de la mission » pour le secours des pauvres et des malades.
Voilà pourquoi, depuis le 25 janvier 2017, le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul est en voyage à travers toute la France puis voyagera dans le monde entier, afin que les cérémonies et les grâces accompagnant les déplacements de l’insigne relique de ce coeur qui fut si parfaitement rempli par l’amour de Dieu et du prochain, suscite de nouveaux élans de charité.

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage en 2017

Le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage,
à travers toute la France et dans le monde entier en 2017 :
protégé par un cylindre de verre et transporté en automobile grâce à un petit brancard,
il va à la rencontre des familles religieuses vincentiennes et des fidèles.

A suivre :
Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France >

Publié dans:Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 18 juillet, 2017 |3 Commentaires »

2017-57. Le vandalisme toujours à l’oeuvre !

Vendredi dans l’octave de Pentecôte 9 juin 2017,
Quatre-Temps d’été.

Cathédrale de Viviers - sanctuaire

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers, vue générale du sanctuaire
(carte postale vers 1960)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce que je vais écrire risque (une fois de plus) de m’attirer de véritables représailles ecclésiastiques, et c’est la raison pour laquelle j’ai attendu un trimestre entier avant de le faire : j’ai hésité, j’ai réfléchi, j’ai médité, j’ai mis la chose en réserve, jusqu’à ce que, au bout de trois mois donc, je me décide fermement aujourd’hui à sortir de mon silence.

Vous savez que le Refuge Notre-Dame de Compassion est implanté sur le territoire du diocèse de Viviers, dans lequel je suis né moi-même, dans lequel j’ai de très anciennes racines familliales, à l’histoire duquel je suis très attaché, comme en témoignent d’ailleurs nombre de textes publiés dans ce blogue.

J’ai un lien spirituel très fort avec l’histoire spirituelle et ecclésiastique de ce diocèse dont la première évangélisation fut l’oeuvre de Saint Andéol, missionné dans les Gaules par Saint Polycarpe, ce qui rattache directement cette Eglise diocésaine à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, l’intime du Sacré-Coeur (cf. > ici et > ici).
Tout au long des dix-huit siècles de son existence, l’Eglise diocésaine de Viviers (d’abord établie à Alba Augusta Helviorum puis transférée à Viviers au début du Ve siècle) a connu des périodes glorieuses et des temps moins reluisants.

Le diocèse de Viviers a été enraciné et fortifié par les labeurs de très remarquables et saints pontifes pendant le haut Moyen-Age, illustré par des évêques véritablement prestigieux depuis l’époque carolingienne jusqu’au XXe siècle ; son chapître cathédral fut puissant et influent ; les lettres et les arts lui doivent des oeuvres magnifiques ; et il faut aussi souligner que – nolens volens – c’est par ses évêques, néanmoins soucieux d’en préserver ses particularismes, que cette petite province du Vivarais a été rattachée au Royaume de France.
Le diocèse de Viviers peut se glorifier d’avoir donné à la Sainte Eglise des saints et de pieux personnages de tout premier ordre ; il fut aussi, pendant l’infâme révolution, une terre de fidélité héroïque à Dieu et au Roi, malgré l’apostasie et la conduite scandaleuse de son évêque (cf. > ici)… etc.

On peut retrouver toute l’histoire du diocèse de Viviers résumée dans sa cathédrale, la cathédrale Saint-Vincent, avec laquelle j’ai une véritable histoire d’amour : si elle porte aussi les stigmates des malheurs des siècles, de la décadence de l’institution ecclésiastique, des trahisons de ses clercs parfois ou de leurs étranges aberrations (cf. > ici), elle n’en demeure pas moins – agrippée à son acropole, derrière les hauts murs de l’antique quartier canonial – le témoignage d’une histoire humaine, artistique et spirituelle à laquelle je me sens viscéralement, amoureusement et indéfectiblement lié.

Et, ce qui me la rend encore plus chère, il me faut spécialement signaler que la cathédrale Saint-Vincent de Viviers fut, jusqu’en 1992, l’une des très rares cathédrales de France (sinon l’unique) où la Sainte Messe latine traditionnelle fut quasi quotidiennement célébrée par feu Monsieur l’abbé Bryan Houghton (cf. > ici), grande figure de la résistance à la décadence doctrinale et liturgique post-concilaire, retiré à Viviers, et auquel le très moderniste évêque d’alors avait accordé cette permission (à la condition que cette Messe demeurât une messe privée).

Cathédrale de Viviers : le maître-autel

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers : le remarquable maître-autel du XVIIIe siècle

A propos de ce remarquable maître-autel du XVIIIe siècle, prodigieuse marquetterie de marbre qui constitue l’une des oeuvres d’art majeures de notre cathédrale, j’ai pu constater avec horreur qu’il a été exécré, c’est-à-dire qu’il a perdu sa consécration, parce que le « tombeau » – ainsi nomme-t-on en liturgie la cavitée aménagée dans la table de l’autel où sont renfermées les reliques lors de la consécration d’un autel – a été fracturé et que les reliques en ont été retirées.
S’agit-il d’un acte de malveillance accompli par un profanateur ou d’une action concertée par quelque ecclésiastique dans un but bien précis ? je l’ignore ; je constate simplement le fait. A quelle date cela a-t-il été commis ? Je ne le sais pas davantage, mais je peux affirmer que cela est postérieur au 28 février 2016, puisque ce jour-là j’ai réalisé des clichés du maître-autel qui attestent qu’il était encore intègre.
Quoi qu’il en soit, cela m’amène à conclure qu’il n’y a actuellement pas d’autel consacré à l’intérieur de la cathédrale de Viviers (puisque ce qui tient lieu d’ « autel face au peuple » ne l’est pas et ne peut l’être – cf. > ici), ce qui est contraire à toutes les règles liturgiques traditionnelles et rendrait aujourd’hui impossible toute célébration selon l’usus antiquior dans la cathédrale elle-même  (nota : il existe des chapelles adjacentes à la cathédrale dans lesquelles subsistent les autels consacrés, mais ces chapelles sont en dehors du périmètre de la cathédrale elle-même).

Mais ce n’est pas – ou du moins pas seulement – au sujet de l’exécration du maître-autel de la cathédrale que j’ai repris ici le titre d’un article du bulletin n°39 (mai 2017) du Centre International Construction et Patrimoine (CICP), association dont je dois dire au passage que je suis très heureux d’être membre.
Cet article, intitulé donc « Le vandalisme toujours à l’oeuvre », aborde, entre autres, un fait relativement récent survenu à la cathédrale de Viviers : un fait survenu il y a trois mois exactement. Ces trois mois justement dont je vous parlais en commençant ces lignes.

« Le vandalisme toujours à l’oeuvre ! »

J’en viens donc au fait.
Le vendredi 10 mars dernier, j’étais de passage à Viviers et je me suis tout naturellement proposé de faire une halte à notre chère cathédrale, afin de m’y recueillir quelques instants. 
Quelle ne fut pas ma douloureuse stupeur en entrant dans la cathédrale ! La table de communion, très belle balustre de style XVIIIe siècle en marbre de Carrare, parfaitement accordée au maître-autel, venait d’être enlevée.
Le méfait était tout-à-fait récent, puisque un monsieur (le sacristain ?) était en train d’épousseter les stalles recouvertes par la poussière de marbre produite par les disqueuses des ouvriers mandatés par les vandales.

Le lendemain, samedi 11 mars 2017, je publiais sur Facebook une photo ancienne de la cathédrale sur laquelle cette table de communion est bien visible – celle-là même qui se trouve en-tête de cet article – avec le texte suivant :
« Vous voyez la magnifique table de communion de style balustre et semi-circulaire, en marbre blanc éclatant, parfaitement accordée au maître-autel, de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers ?
Eh bien ! regardez-la bien sur cette photo… car vous ne pourrez plus la voir in situ : elle avait résisté aux élucubrations liturgiques post-conciliaires jusqu’à ces jours-ci, mais il a – hélas ! – fallu qu’en mars 2017 les barbares iconoclastes (même pas respectueux des règles officielles du N.O.M.) s’acharnassent sur elle : elle a été sciée et démontée ! Elle a été enlevée !
Et maintenant, « ils » doivent se réjouir d’avoir un « espace ouvert » pour des « célébrations plus conviviales », et toutes les autres sornettes protestantisantes dont « ils » se gargarisent !!!
Lorsque nous nous en sommes rendus compte, hier, vendredi 10 mars, il n’y avait plus que les marques au sol, et la poussière produite par les disqueuses des marbriers que le sacristain s’employait à faire disparaître.
Et nous, nous n’avions plus que nos yeux pour pleurer !!! »

Putti - maître-autel de la cathédrale de Viviers

Putti du maître-autel de la cathédrale de Viviers

On m’objectera que cette table de communion n’était pas ancienne puisque elle ne datait que des années 20 du précédent siècle, où elle en avait remplacé une en fer forgé (je possède des cartes postales anciennes sur lesquelles en effet elle n’existe pas encore) : elle avait alors été en bonne partie offerte par les barons Pavin de Lafarge, grands bienfaiteurs du diocèse de Viviers.
A cette objection de la non-ancienneté de cette table de communion, l’article du bulletin n°39 du CICP répond : « (…) le style des balustres s’adaptait parfaitement à un sanctuaire fermé avec au milieu l’autel du XVIIIe siècle ». Et il ajoute, ce que j’ignorais jusqu’alors et que je souligne : « Ce démontage s’est fait sans l’avis des Bâtiments de France ; l’affaire est entre les mains du préfet. »

Il y a d’autres éléments de réponse, d’ordre liturgique eux (ce qui n’est donc pas du domaine de compétence propre du CICP), que je veux ajouter en complément de ma réaction du 11 mars publiée sur Facebook :

1) Ce démontage n’est même pas conforme aux dispositions de la liturgie réformée de 1969 dans laquelle, nonobstant la mode de la communion dans la main, imposée pour des motifs de pure idéologie, la manière officielle de recevoir la sainte communion demeure toujours à genoux et sur la langue : ce pourquoi il doit toujours être proposé aux fidèles de la recevoir ainsi.
Notre cher pape Benoît XVI, dans la célébration du nouvel ordo, donnait l’exemple de ce qui reste la règle liturgique officielle, en dépit des usages contraires généralisés.
La suppression de la table de communion de la cathédrale de Viviers est un témoignage supplémentaire de ce « du passé faisons table rase » (c’est – hélas ! – bien le cas de le dire) qui anime encore un clergé ignorant des normes liturgiques et de ses devoirs, un clergé attardé qui reste crispé sur des modes pseudo-liturgiques qui ont plus d’un demi-siècle et qui sont aujourd’hui récusées par les jeunes générations de prêtres et de fidèles, un clergé modernichon vieillissant figé dans son opposition systématique à tout ce qui porte le nom de tradition mais qui se cramponne à une fausse tradition tenace : celle des abus de pouvoir et du mépris cléricaliste.

2) Tout liturgiste sérieux, qui connaît les plus anciens rites, d’Orient comme d’Occident, sait que c’est un usage général, universel, dont on peut légitimement penser qu’il appartient à la Tradition Apostolique, qu’il DOIT y avoir une séparation entre le sanctuaire, espace sacré dans lequel se tiennent les ministres sacrés, et la partie de l’église où se trouvent les fidèles.
Les élucubrations modernichonnes qui, au prix d’aberrations telles que celle que nous pleurons et dénonçons aujourd’hui, n’ont rien à voir avec un retour à des usages antiques ou à la liturgie de l’Eglise des premiers âges : i
ci encore, il s’agit de pure idéologie.
L’on ne peut donc que déplorer qu’en 2017, alors que justement le peuple fidèle aspire ardemment à retrouver une dimension véritablement sacrée dans les rites qui lui sont proposés, nous devions encore subir les effets dévastateurs de la dictature de clercs ignorants et bornés qui se comportent comme de minables petits chefs.

angelot du maître-autel de la cathédrale de Viviers

Angelot (détail du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers)

Ainsi que le fait judicieusement remarquer l’article sus-cité du bulletin n°39 du CICP : « On sait que les trois grands moments du vandalisme du patrimoine religieux ont été les Guerres de religion, la Révolution et… le concile de Vatican II. (…) Depuis longtemps le clergé de Viviers veut la disparition de l’autel du XVIIIe siècle et de la table de communion de la cathédrale. (…) On vient de supprimer la table de communion. (…) L’autel risque de faire les frais de la phase suivante de destruction : on voudrait, paraît-il, lui enlever toute sa superstructure pour en faire une table à utiliser pour le culte actuel. Cela n’a aucun sens. Qui plus est, le dispositif actuel permet de montrer l’évolution de la liturgie au visiteur.
Et puis il n’y aura plus de raison de s’arrêter : pourquoi ne pas supprimer les stalles qui ne servent plus à rien, comme cela s’est fait ailleurs ? Et les tapisseries qui rappellent une époque révolue, avant que l’Eglise ne s’entiche d’une soi-disant simplicité ? Voudrait-on un bâtiment nu, vide de tout élément artistique ? »

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, chers amis de l’art et du patrimoine religieux toujours exposé au vandalisme – un vandalisme d’autant plus scandaleux lorsqu’il émane de ceux qui devraient au contraire s’employer à préserver et à chérir les monuments sacrés hérités du passé – , priez avec moi pour que le dépeçage du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers n’ait pas lieu et pour que, s’il est encore possible, le préfet de l’Ardèche, ordonne le rétablissement de la table de communion.
Vous penserez peut-être que je suis insensé d’espérer cela, mais je crois que Dieu peut accomplir des miracles, même quand il lui faut parfois les faire à l’encontre de l’action dévastatrice de Ses ministres…

                                                                                            Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Miséricorde de l'une des stalles de la cathédrale de Viviers

Miséricorde de l’une des stalles de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

2017-53. Du sanctuaire de Notre-Dame de Bon-secours et de Consolation à Fresneau.

Samedi 6 mai 2017,
Premier samedi du mois de Marie ;

Fête de Saint Jean devant la Porte Latine.

Ave pretiosa - Fresneau détail du vitrail d'Adhémar de Monteil

« Ave Pretiosa »
Armoiries du village de Marsanne sur le territoire duquel se trouve le sanctuaire de Fresneau :
« D’azur à une croix de légat pommelée d’argent »
La devise – qui est celle qu’Adhémar de Monteil choisit lors de son élévation à l’épiscopat (en 1077),
constitue une invocation à la Madone : à la fois Notre-Dame de Fresneau, si proche des fiefs des Adhémar, et Notre-Dame du Puy, siège de son évêché – est aussi devenue celle du sanctuaire.

lys.gif

Ce lundi 1er mai 2017, premier jour du mois de Marie, des membres ou amis de la Confrérie Royale, du Cercle légitimiste Crillon le Brave (Dauphiné), du Cercle légitimiste Saint Louis Roi de France (vicomté de Nîmes) et du Cercle légitimiste abbé Claude Allier (Vivarais), se sont retrouvés pour une journée de prière, d’amitié et de découverte patrimoniale.

A l’invitation du Cercle légitimiste Crillon le Brave du Dauphiné, ils ont visité le sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau, y ont assisté à la Sainte Messe, puis se sont rendus à Crest où ils ont visité la fameuse tour : le plus haut donjon de France.

En ce premier samedi du mois de Marie, à l’aide des photographies prises lors de ce pèlerinage accompli en début de semaine, je souhaite vous présenter cet antique sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau

Lully.

Fresneau : le sanctuaire originel

Fresneau : la chapelle « originelle »
plusieurs fois reconstruite au même lieu depuis le XIème siècle.

A un peu moins de neuf lieues au sud de Valence et à quelque quatre lieues au nord-est de Montélimar, se trouve le très ancien village de Marsanne.
Un peu à l’extérieur du village, dans le vallon boisé appelé la Combe de Fresneau, se trouve un sanctuaire millénaire en l’honneur de la Madone, toujours bien fréquenté par les pèlerins.
La statue de la Très Sainte Vierge Marie, Notre-Dame de Fresneau, y a été solennellement couronnée au nom du Bienheureux pape Pie IX, le 8 septembre 1855.

C’est probablement dans la deuxième moitié du Xème siècle ou la première moitié du XIème siècle qu’il faut placer les origines du sanctuaire.
Là, à l’entrée de la Combe de Fresneau, près d’une source fraîche et abondante, un berger avait placé une rustique statue de la Vierge Marie qu’il avait lui-même sculptée.

Un maçon, tailleur de pierre de Marsanne, qui avait une fille aveugle de naissance et dont l’épouse était morte en mettant cette enfant au monde, remontait souvent ce vallon de Fresneau jusqu’à une petite carrière en amont de la source.
La jeune fille, qui restait près de la source et du modeste oratoire à y prier la Sainte Mère de Dieu, entendit un jour cette dernière lui demander de faire construire une chapelle en ce lieu, lui promettant en retour de lui accorder la vue.

Fresneau vitrail représentant l'apparition

Fresneau : vitrail représentant l’apparition…
(à la vérité, la représentation est assez fantaisiste, bien dans le style « troubadour » du XIXème siècle où ce vitrail fut réalisé ; en effet une jeune fille du XIème siècle dont le père était maçon n’était certainement pas vêtue de la sorte).

La jeune fille révéla à son père la demande de la Madone, qu’il accueillit fort mal. La Vierge insista auprès de la jeune fille, et la jeune fille auprès de son père, lequel s’entêta dans son refus jusqu’à ce que…

Le curé de Marsanne avait commandé un bénitier pour son église. Une fois le travail accompli, le tailleur de pierre le scella dans l’église à l’endroit désigné par le prêtre, mais à trois reprises, au matin des jours suivants, le bénitier fut retrouvé à l’entrée du vallon de Fresneau, à proximité de la source.

Fresneau vitrail illustrant le bénitier miraculeux

Cet événement insolite ne put rester caché et les curieux commencèrent à affluer.
Le père, ébranlé, finit par dire : « Eh bien ! Tu l’auras ta chapelle, à condition que la vue te soit donnée… » L’enfant passa sur ses yeux de l’eau de la source et s’écria : « Je vois ! »

Une petite chapelle fut donc construite, en l’honneur de Notre-Dame des Bois : le bénitier miraculeux y prit tout naturellement sa place… et s’y trouve toujours car il n’a plus eu l’envie de déménager depuis lors !

Fresneau le bénitier miraculeux

Fresneau : le bénitier miraculeux dans la chapelle originelle.

A côté de la chapelle, souvent appelée aujourd’hui « petit sanctuaire », la source dont l’eau avait guéri la jeune fille de sa cécité, sourd toujours, abondante et fraîche, et de très nombreuses personnes viennent s’y approvisionner.

Depuis le premier miracle, c’est une succession innombrable de grâces et de prodiges – physiques et spirituels – dont cette eau a été la cause.

Fresneau la source miraculeuse

Surplombant la vasque dans laquelle s’écoule la source miraculeuse, une croix de pierre porte en son centre l’inscription : « Si scires donum Dei : si vous connaissiez le don de Dieu ». C’est l’une des paroles dites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la Samaritaine, au puits de Jacob, et il convient de penser à ce qui suit immédiatement : « Si vous connaissiez le don de Dieu et qui est Celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être Lui en eussiez-vous demandé vous-même et Il vous eût donné d’une eau vive » (Johan. IV, 10) et « (…) Celui qui boira de l’eau que Je lui donnerai n’aura jamais soif ; mais l’eau que Je lui donnerai deviendra une fontaine d’eau jaillissante jusque dans la vie éternelle » (Johan. IV, 13).
Une autre inscription latine, non tirée des Saintes Ecritures, est gravée au pied de la cette croix : « Ad fontem fidei veniat languidus : que le languide vienne à la source de la foi ».

Fresneau croix de la source

La croix au-dessus de la source miraculeuse.

La chapelle originelle, qui n’était guère plus qu’un oratoire, fut visitée en 1449 par le Dauphin de France, futur Louis XI.
Elle fut malheureusement entièrement dévastée et rasée par les fanatiques huguenots en 1589.
En 1605, les habitants de Marsanne relevèrent l’abside et la dédièrent à Notre-Dame de Bon-Secours, puis, dans les années qui suivirent, ils y adjoignirent une petite nef, laquelle fut prolongée vers 1682.
Au XVIIIème siècle, la chapelle fut ornée de peintures murales à la gloire de la Très Sainte Vierge et reçut un campanile ; en action de grâces pour sa conversion, un gentilhomme heureux d’avoir recouvré la foi de ses aïeux obtint que l’on adjoignît au vocable de Notre-Dame de Bon-Secours celui de Notre-Dame de Consolation.

Aux jours de la satanique révolution, le sanctuaire fut à nouveau pillé et saccagé : tout ce qu’il contenait fut brûlé par les « patriotes », y compris la statue en bois de la Madone. Le bâtiment dévasté fut vendu comme « bien national » en 1796.
L’acquéreur la restitua en 1803 et le mouvement de dévotion reprit tandis que les villageois s’employaient à réparer, consolider et réapproprier les lieux.
C’est alors que fut sculptée une nouvelle statue de la Très Sainte Vierge Marie, pour remplacer celle qui avait été livrée aux flammes par les doux et pacifiques disciples des « lumières »

La construction d’un sanctuaire plus vaste, plus apte à accueillir des foules et à la célébration de cérémonies solennelles (comme nous le verrons plus loin), entraîna malheureusement un nouveau déclin de la petite chapelle, au point qu’à la veille de la première guerre mondiale elle menaçait ruine. 

Une nouvelle restauration eut lieu de 1925 à 1928, et encore une autre en 2005 , très peu de temps après laquelle la chapelle fut odieusement profanée et dut être réconciliée une nouvelle fois : l’autel « face au peuple » qui y fut édifié et consacré en 2007 reçut alors des reliques des Bienheureux Jacinthe et François, les deux plus jeunes voyants de Fatima.

Fresneau intérieur de la chapelle originelle

L’intérieur de la chapelle originelle, appelée aussi « petit sanctuaire » dans son état actuel.

Mais avant d’aller plus loin il nous faut revenir au XIème siècle.

Né en 1055, Adhémar de Monteil, issu de la Maison des Adhémar, branche de la lignée des comtes de Valence, bien qu’aîné de sa fratrie et destiné par ses parents à la carrière des armes, embrassa l’état ecclésiastique.
Prévôt de la cathédrale de Valence, Adhémar de Monteil fut choisit en 1077 par le pape Saint Grégoire VII pour devenir évêque du Puy en remplacement du simoniaque Etienne de Polignac, excommunié et déposé. Le nouvel évêque, acteur de la réforme grégorienne, devra lutter contre les abus et s’opposer avec énergie aux empiètements et exactions des puissants féodaux du Velay.
En 1086, il se rendit en pèlerinage à Jérusalem. A cette époque la route de Jérusalem passait par Marsanne : la tradition rapporte qu’il serait revenu s’agenouiller dans l’humble sanctuaire de Fresneau, qui devait déjà être bien cher au coeur d’Adhémar de Monteil.
Selon la tradition encore, sa devise épiscopale « Ave Pretiosa : je vous salue, ô Précieuse ! » est une invocation mariale adressée en même temps à la Madone de Fresneau dont il s’éloignait en partant pour le Velay, et à la Vierge du Puy dans la cathédrale de laquelle il allait prendre possession de son siège épiscopal. 

Ainsi Adhémar de Monteil est-il un vivant trait d’union entre le petit sanctuaire de Fresneau et la très fameuse « chambre angélique » du Puy.

Fresneau vitrail d'Adhémar de Monteil

Adhémar de Monteil (1055-1098)
vitrail du « grand sanctuaire » de Notre-Dame de Fresneau

Chacun se souvient qu’Adhémar de Monteil est particulièrement lié à l’histoire de la première croisade. Il accueillit le Bienheureux Urbain II au Puy vers la fin de l’été 1095, alors que ce Pontife se dirigeait vers Clermont où il réunit le concile qui, après avoir pris un certain nombre de mesures disciplinaires relatives au contexte ecclésial de l’époque, se termina par l’appel du pape à prendre la croix pour aller délivrer les Lieux Saints tombés au pouvoir des sectateurs de Mahomet.

Adhémar de Monteil, enthousiasmé, fut le premier à s’engager pour la croisade. Urbain II le nomma son légat pontifical au milieu des troupes croisées.

Le 1er août 1098, à Antioche de Syrie, Adhémar de Monteil, victime d’une épidémie, rendit son âme à Dieu. Avant de mourir, il exprima le désir que soient donnés au prieuré Saint-Félix de Marsanne, dont les religieux étaient en charge du culte dans la petite chapelle de Fresneau,  tous les objets de sa chapelle pontificale.
C’est ce qui explique la croix de légat qui figure depuis lors dans les armoiries de Marsanne, et aussi que la devise épiscopale de l’illustre évêque du Puy, « Ave Pretiosa », soit devenue celle du sanctuaire de Fresneau.
Quant aux objets que Marsanne hérita d’Adhémar de Monteil, ils furent bien évidemment les malheureuses victimes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité révolutionnaires…

Fresneau mort d'Adhémar de Monteil

Vitrail du « grand sanctuaire » de Fresneau représentant la mort d’Adhémar de Monteil,
à Antioche le 1er août 1098,
et le leg des objets de sa chapelle pontificale au prieuré de Marsanne
dont les religieux étaient en charge du culte dans la chapelle de Fresneau.

Dans le grand mouvement de reconquête catholique qui anime le XIXème siècle français, la dévotion mariale occupe une place de choix : les apparitions ou manifestations de la Sainte Mère de Dieu sur le sol de France y contribuent puissamment (1830 rue du Bac et 1836 Notre-Dame des Victoires, à Paris ; 1846 à La Salette ; 1858 à Lourdes ; 1871 à Pontmain ; 1875 à Pellevoisin), et les anciens lieux de pèlerinage qui renaissent après les dévastations révolutionnaires sont des lieux privilégiés de ré-évangélisation.

En 1854, l’année où fut proclamé le dogme de la conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, le Bienheureux pape Pie IX fut directement sollicité de divers côtés (le colonel de Baillencourt, qui était à la tête du 40ème Régiment d’Infanterie en garnison à Rome, et qui était soutenu par Monseigneur de Ségur ; S.Exc.Mgr Chatrousse, évêque de Valence, présent à Rome pour les cérémonies du 8 décembre 1854… etc.) en faveur du petit sanctuaire de Fresneau, si bien que, par des brefs apostoliques en date du 15 janvier 1855, le Bienheureux Pie IX accorda de précieuses indulgences aux pèlerins de Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation ainsi que les honneurs du couronnement à sa statue : le Souverain Pontife bénit d’ailleurs lui-même à Rome la couronne de vermeil qui serait bientôt solennellement placée sur la tête de la Madone.

Le couronnement de Notre-Dame de Fresneau fut célébré solennellement le 8 septembre 1855 au milieu d’un grand concours de peuple.

Fresneau vitrail du Bx Pie IX

Le Bienheureux Pie IX bénissant la couronne de vermeil destinée à Notre-Dame de Fresneau
(détail d’un vitrail du « grand sanctuaire »)

Ce renouveau du pèlerinage, en particulier au moment des cérémonies du couronnement, fit vivement ressentir la nécessité d’un lieu de culte plus vaste.
Le curé de Marsanne et quelques autres zélés dévots de Notre-Dame, encouragés par l’évêque de Valence, se dépensaient sans compter pour la construction d’une grande chapelle, mais les difficultés surgissaient à chaque pas, toujours plus nombreuses, toujours plus décourageantes.

Les promotteurs du projet, décontenancés, se rendirent à Ars afin d’y requérir l’avis du saint curé. La réponse de Saint Jean-Marie Vianney fut sans ambiguïté : « La Sainte Vierge veut à Fresneau un sanctuaire. Les difficultés disparaîtront. Il s’y fera beaucoup de bien ! »

Effectivement, la prophétie du saint curé ne tarda pas à se réaliser : les difficultés disparurent bientôt. La première pierre du « grand sanctuaire » fut bénite le 8 septembre 1857, et trois ans plus tard, le 8 septembre 1860, la Sainte Messe put être célébrée dans cette nouvelle chapelle.

Le Saint Curé d'Ars encourage les promotteurs de la construction du sanctuaire

Le saint curé d’Ars encourage l’édification du grand sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau
(détail du vitrail de Saint Jean-Marie Vianney dans le « grand sanctuaire »)

Le lien du sanctuaire de Fresneau avec le saint curé d’Ars est aujourd’hui signifié par un important reliquaire de Saint Jean-Marie Vianney accroché au mur de la grande chapelle, juste au-dessous du vitrail représentant le saint et son intervention si encourageante.

Fresneau reliques du Saint Curé d'Ars

Reliquaire de Saint Jean-Marie Vianney dans le « grand sanctuaire » de Fresneau.

Ce sanctuaire plus vaste achevé en 1860 a été édifié dans le style néo gothique que l’on affectionnait à l’époque.
A l’extérieur, il possède la particularité d’avoir, sur les deux contreforts qui encadrent le grand porche d’entrée, deux canons portant les aigles impériales russes.
Ces deux canons ont été offerts par Napoléon III (c’était le temps où cet homme au « coeur double » – ainsi que l’avait décrit Notre-Dame de La Salette – cherchait hypocritement à s’assurer le soutien des catholiques) ; ils ont été pris aux Russes lors de la bataille de Malakoff, le 8 septembre 1855, c’est-à-dire le jour même où fut couronnée Notre-Dame de Fresneau.

Fresneau le sanctuaire du XIXe siècle

Façade du « grand sanctuaire » de Fresneau

L’intérieur de la grande chapelle est une seule large nef, lumineuse et bien équilibrée. Il n’a fort heureusement pas été massacré par les aménagements post-conciliaires : mis à part l’installation d’un autel « face au peuple », aisément escamotable, dans l’avant-choeur, on apprécie que le maître-autel (dans les gradins duquel sont disposés de nombreux reliquaires), les stalles, la table de communion, la chaire de vérité, les confessionnaux, les statues et les bannières soient restés à leur place.

Fresneau intérieur du grand sanctuaire

Intérieur du « grand sanctuaire » de Fresneau

Dès que l’on entre, le regard est attiré par la Vierge couronnée qui trône, entourée de deux anges musiciens agenouillés, dans une espèce de grand ciborium néo-gothique édifié à l’arrière du maître-autel.

Fresneau la Vierge couronnée

Le ciborium dans lequel trône la statue couronnée de Notre-Dame de Fresneau ;
on remarque du côté de l’Evangile le vitrail représentant l’apparition, la guérison de la jeune aveugle
et le miracle du bénitier,
et du côté de l’épître le Bienheureux Pie IX bénissant la couronne destinée à la statue de Notre-dame de Fresneau.

C’est dans ce sanctuaire que nos pèlerins de la Confrérie Royale, des Cercles Légitimistes du Dauphiné, de la Vicomté de Nîmes, et du Vivarais, auxquels s’étaient joints quelques amis et pèlerins de passage, ont eu la joie, ce lundi 1er mai 2017, d’assister à la Sainte Messe célébrée – dans le rite latin traditionnel bien sûr – par Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin, grand prieur de la Confrérie Royale.

Fresneau le maître-autel prêt pour la Sainte Messe tridentine

Le maître-autel du sanctuaire de Fresneau apprêtée pour la célébration de la Sainte Messe traditionnelle,
ce lundi 1er mai 2017

Depuis combien d’années (voire de décennies) la Sainte Messe latine traditionnelle n’avait-elle pas été célébrée sur ce maître-autel du sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau ?
Depuis combien de temps l’introït « Salve Sancta Parens » et la sublime Messe IX « cum jubilo » n’avaient-ils pas résonné sous cette voûte ?
Quant au « Domine, salvum fac Regem », étant donné que le sanctuaire fut édifié sous le second empire (en pire), il est vraisemblable qu’il n’y avait jamais été chanté…

Fresneau Sainte Messe tridentine le 1er mai 2017

L’élévation du calice lors de la Sainte Messe célébrée par le Grand Prieur de la Confrérie Royale
en présence de membres et d’amis des Cercles Légitimistes du Dauphiné, du Vivarais et de la Vicomté de Nîmes,
ce 1er mai 2017

Très touchant humble et sublime sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation de Fresneau !
Il nous rappelle, par ses liens avec la grande histoire de notre patrie pendant près d’un millénaire, que le Royaume de France est le Royaume de Marieregnum Galliae, regnum Mariae – ; et nous y trouvons une nouvelle et urgente invitation à prier avec toujours plus d’intensité et de ferveur, à offrir toujours davantage de pénitences et de sacrifices, à oeuvrer avec toujours plus d’ardeur à notre propre conversion et à celle de ceux qui nous entourent, pour que notre France, pénitente et dévouée – Gallia poenitens et devota – revienne aux Coeurs de Jésus et Marie, afin de renouer avec la vocation qui lui a été donnée dans les fonts baptismaux de Reims, et pour redevenir le beau Royaume des Lys !

Notre-Dame de Fresneau

Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation,
priez pour nous,
priez pour la France égarée,
priez pour que le lieu-tenant sacré du Roi des Cieux puisse bientôt rétablir
le règne du divin Coeur de Jésus

en ce doux Royaume de France qui gémit sous un pouvoir oppresseur !

lys.gif

2017-52. A propos du 90ème anniversaire de Sa Sainteté le Pape émérite Benoît XVI.

Samedi 6 mai 2017,
Premier samedi du mois
dédié à la réparation envers le Coeur douloureux et immaculé de Marie.

90 ans de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Sa Sainteté le Pape émérite Benoît XVI
photographié à l’occasion de son nonantième anniversaire
lors de la réception de la délégation bavaroise au monastère « Mater Ecclesiae »

Armoiries de Benoît XVI

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce premier samedi du mois de Marie, nous avons reçu au courrier un pli qui nous a comblés d’émotion et de joie profondes : émotion et joie que nous voulons partager avec vous.

Je pense que vous avez tous su que Sa Sainteté le Pape émérite Benoît XVI a fêté le Saint Jour de Pâques 16 avril dernier le 90ème anniversaire de sa naissance : 16 avril 1927 – 16 avril 2017 !

Pour l’occasion, notre Frère Maximilien-Marie avait adressé à Sa Sainteté une carte de voeux, très symboliquement datée du Jeudi Saint.

90 ans de Benoît XVI enveloppe

90 ans de Benoît XVI carte recto

90 ans de Benoît XVI carte verso

La réponse (dont nous ne doutions pas, et c’est la raison pour laquelle nous avons attendu pour évoquer ce 90e anniversaire dans les pages de ce blogue), réponse émanant de la Secrétairerie d’Etat et transmise par la Nonciature Apostolique à Paris, nous est arrivée en ce jour et c’est elle qui nous a tant émus et réjouis.

Réponse aux voeux d'anniversaire de Benoît XVI

Nous continuons à prier pour ce très grand Pontife auquel nous devons tant et, dans l’action de grâces, nous le recommandons ardemment à la Très Sainte Mère de Dieu, et la nôtre.

Lully.

frise avec lys naturel

2017-50. Où l’on reparle des ecclésiastiques martyrisés par les huguenots à Lamastre le 3 mai 1587 et de la chapelle des Saints Os.

1587 – 3 mai – 2017

Lamastre : quartier de Macheville

Ancienne carte postale montrant le quartier de Macheville à Lamastre
tel qu’il était au début du XXe siècle

Mercredi 3 mai 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parce que ce 3 mai 2017 marque l’exact 430ème anniversaire de cet évènement à la fois tragique et glorieux, je voudrais aujourd’hui évoquer à nouveau avec vous le martyre de sept ecclésiastiques catholiques (prêtres et religieux), perpétré par les fanatiques huguenots à Lamastre le 3 mai 1587.
J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de ces martyrs il y a quatre ans (cf. > ici). Permettez-moi donc de reprendre en partie ce que j’écrivais alors :

« Lamastre – en occitan La Mastra – est aujourd’hui une commune d’environ 2500 habitants, formée en 1790 par la réunion de trois petites communautés d’Ancien Régime, dans cette partie du Haut Vivarais qui appartenait alors à l’ancien diocèse de Valence.
Sur un éperon rocheux qui domine la bourgade, se trouve le quartier de Macheville – qui était l’une de ces trois communautés historiques – serré autour de l’église catholique et des bâtiments de l’ancien prieuré bénédictin.
A côté du cimetière et mitoyenne de l’église, existe une petite chapelle du XVIIe siècle, couramment appelée « Chapelle des Saints Os » : une tradition orale constante et un mouvement de vénération populaire très vif parmi les paroissiens sous l’Ancien Régime, rapportaient qu’en ce lieu avaient été ensevelis sept prêtres et religieux martyrisés par les huguenots.

Chapelle des Saints Os au chevet de l'église de Macheville à Lamastre

Chapelle des Saints Os au chevet de l’église de Macheville à Lamastre

« En 1863, un court texte manuscrit fut découvert venant confirmer cette tradition, précisant la date du massacre – le 3 mai 1587 – et son auteur : le capitaine protestant Jacques de Chambaud (dont nous avons eu l’occasion d’évoquer la figure à propos du pèlerinage de Notre-Dame de Pradelles > ici).
Voici le texte de cette notice, mise en français moderne et publiée par l’Abbé Mollier dans son ouvrage « Saints et pieux personnages du Vivarais » (ouvrage publié en 1895 avec l’approbation de Son Excellence Monseigneur Bonnet, évêque de Viviers – tome 2) :

« Bientôt, après avoir saccagé la ville de Desaignes, tous les brigands et le capitaine Chambaud se mirent en chemin pour le bourg de La Mastre, où se trouvaient bon nombre des leurs et avaient grande puissance dans le château. Il y avait dans ce pays quelques catholiques qui s’étaient cachés dans les murailles du prieuré.
Or, comme ce jour il se faisait toutes les années une procession jusqu’en un lieu où était une chapelle et une Vierge miraculeuse, le prieur de l’endroit nommé P. de La Gruterie et le sieur Gaspard de La Roche, prêtre de ce même lieu, et un bon nombre de prêtres et de fidèles réfugiés dans le prieuré, allèrent pieusement et avec ferveur, sans armes que croix et bannière, obtenir la clémence de Dieu.
Les massacreurs aperçurent les fidèles catholiques, qui priaient comme sans crainte, et se précipitèrent avec fureur sur eux sans défense, car les gens s’étaient enfuis dans les champs. Ils firent passer plusieurs fois leurs chevaux sur leurs corps, puis les jetèrent dans le ravin après en avoir occis les têtes qu’ils jetèrent du bas des murailles dans l’intérieur du prieuré. » 

Or j’ai quelques éléments nouveaux à ajouter aujourd’hui…

Reproduction naïve du tableau des martyrs de Lamastre

Petite reproduction naïve du  grand tableau des martyrs du 3 mai 1587
qui se trouvait jadis dans la chapelle des Saints Os à Lamastre

En effet, au cours de l’été 2016, Frère Maximilien-Marie a eu l’occasion de se rendre à Lamastre et, grâce à l’amicale bienveillance du prêtre alors en charge de la paroisse, il a pu accéder à l’intérieur de la dite « Chapelle des Saints Os » habituellement fermée parce qu’elle ne sert plus guère que comme annexe de rangement de la sacristie avec laquelle elle communique.

Le grand tableau représentant les sept ecclésiastiques martyrs que les anciens textes mentionnent et qui dataient selon toute vraisemblance du début du XVIIème siècle, lors de la construction de cette chapelle, ne s’y trouve plus.
Au presbytère cependant s’en trouve une reproduction naïve d’environ 30 cm x 25 cm, dont la photographie se trouve ci-dessus.

Soulevant une grande trappe pratiquée dans le plancher de la chapelle, Monsieur le Curé permit à Frère Maximilien-Marie de descendre dans la crypte où, après les fouilles pratiquée en 1863 par le curé de l’époque consécutivement à la découverte de la notre manuscrite sus-citée, furent déposés, dans un châsse en bois sur le devant de laquelle sont pratiquées cinq ouvertures vitrées, les sept crânes et les principaux ossements que l’on découvrit alors.

Châsse en bois dans la crypte de la chapelle des saints os

La châsse en bois renfermant les crânes et les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
dans la crypte de la chapelle des Saints Os à Lamastre

Cette modeste châsse maintenue à environ 1,20 m au-dessus du sol par des barres de fer.
Au-dessous, on voit une sorte de trou qui montre que le niveau de cette crypte n’est pas le plus bas : il y a en effet au-dessous une sorte de cavité ou de caveau grossièrement maçonné qui est le lieu de la sépulture des martyrs, retrouvé lors des fouilles de 1863.

Trou dans le sol de la crypte de la chapelle des saints os

Dans le sol de la crypte de la chapelle des Saints Os de Lamastre
au pied de la châsse de bois renfermant les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
un trou permet de deviner le niveau inférieur où les corps ont été découverts

Voici donc les quelques compléments et illustrations que je pouvais apporter à l’histoire des saints martyrs de Lamastre, en ce jour du 430ème anniversaire de leur martyre.
Je reprends aujourd’hui en guise de conclusion les paroles que Monseigneur Joseph Guibert (ancien évêque de Viviers, alors archevêque de Tours et futur cardinal-archevêque de Paris) écrivait en 1863 au curé de Lamastre qui avait dirigé ces fouilles et fait recuillir les « Saints Os » dans cette châsse : « Les catholiques doivent trouver dans ce fait historique un nouveau motif de fidélité à notre sainte religion pour laquelle leurs ancêtres savaient mourir. Les protestants eux-mêmes pourraient recueillir d’utiles leçons de ces découvertres. Prions Dieu qu’il les éclaire et qu’il les touche ».

Lully.

Martyrs Lamastre 3 mai 1587

Reliquaire en buis renfermant des parcelles d’ossements des martyrs du 3 mai 1587 à Lamastre
conservé dans l’oratoire du Mesnil-Marie

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 3 mai, 2017 |3 Commentaires »

Prière de Sa Sainteté le Pape Pie XII pour les vocations sacerdotales :

Le deuxième dimanche après Pâques, appelé dimanche du Bon Pasteur en raison de la péricope évangélique lue à la Messe en ce jour, est traditionnellement un dimanche particulièrement voué à la prière pour les vocations sacerdotales.
Voici une belle prière pour les vocations sacerdotales composée originellement en italien par Sa Sainteté le Pape Pie XII en 1957 un peu moins d’un an avant sa mort.

Bon Pasteur - Mosaïque à Saint-Laurent-hors-les-Murs - Rome

Le Bon Pasteur
(mosaïque de la Basilique de Saint-Laurent hors les murs, à Rome)

Seigneur Jésus, Souverain Prêtre et Pasteur universel, qui nous avez enseigné à prier en disant : « Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à Sa moisson » (Matth. IX, 38), écoutez avec bienveillance nos supplications, et suscitez en grand nombre des âmes généreuses qui, animées par Votre exemple et soutenues par Votre grâce, aspirent à être les ministres et les continuateurs de Votre vrai et unique sacerdoce.

Faites que les embûches et les calomnies de l’ennemi mauvais, secondé par l’esprit indifférent et matérialiste du siècle, n’obscurcissent pas parmi les fidèles la sublime splendeur et la profonde estime due à la mission de ceux qui, sans être du monde, vivent dans le monde, pour être les dispensateurs des divins mystères.
Faites que, pour préparer de bonnes vocations, continuent toujours à être promus dans la jeunesse l’instruction religieuse, la piété sincère, la pureté de la vie et le culte des idéaux les plus élevés.
Faites que, pour les seconder, la famille chrétienne ne cesse jamais d’être une pépinière d’âmes pures et ferventes, consciente de l’honneur de donner au Seigneur quelques-uns de ses nombreux rejetons.
Faites qu’à Votre Eglise, dans toutes les parties du monde, ne manquent pas les moyens nécessaires pour accueillir, favoriser, former et conduire à terme les bonnes vocations qui s’offrent à elle.
Et afin que tout cela devienne une réalité, ô Jésus, qui désirez tant le bien et le salut de tous, faites que la puissance irrésistible de Votre grâce ne cesse de descendre du ciel, jusqu’à être en de nombreux esprits d’abord appel silencieux, puis généreuse réponse et enfin persévérance dans Votre saint service.

N’êtes-Vous pas affligé, Seigneur, à la vue de tant de multitudes, semblables à des troupeaux sans pasteur, sans personne qui leur rompe le pain de Votre parole, qui leur présente l’eau de Votre grâce, en péril de demeurer à la merci des loups rapaces, qui sans cesse les guettent ?
Ne souffrez-Vous pas de contempler tant de champs où n’a pas encore pénétré le soc de la charrue, où croissent, sans que personne leur dispute le terrain, les chardons et les ronces ?
N’êtes-Vous pas peiné de considérer tant de Vos jardins, hier verdoyants et touffus, près de se faner et de devenir incultes ?
Permettrez-Vous que tant de moissons déjà mûres s’égrènent et se perdent faute de bras pour les récolter ?

O Marie, Mère très pure, des mains très pitoyables de qui nous avons reçu le plus Saint de tous les prêtres ; ô glorieux patriarche Saint Joseph, exemple parfait de correspondance aux appels divins ; ô saints prêtres, qui formez au ciel autour de l’Agneau de Dieu un choeur de prédilection ; obtenez-nous de nombreuses et bonnes vocations, afin que le troupeau du Seigneur, soutenu et guidé par des pasteurs vigilants, puisse rejoindre les très doux pâturages de l’éternelle félicité.

Ainsi soit-il !

Armoiries de Pie XII

Voir aussi la prière de Pie XII pour la sanctification du clergé > ici

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 30 avril, 2017 |1 Commentaire »

2017-43. « La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. »

Agnus Dei

Le mystère de la Croix ne se comprend bien que dans la lumière de Pâques : ce pourquoi au cours de la liturgie du Vendredi Saint, après le dévoilement solennel de la Croix et le chant des Impropères, l’Eglise chante cette antienne : « Crucem Tuam adoramus, Domine, et sanctam resurrectionem Tuam laudamus et glorificamus… Nous adorons Votre Croix, ô Seigneur, et nous louons et glorifions Votre sainte résurrection ! »
Et la joie de Pâques n’évacue pas le mystère de la Croix, bien au contraire : elle le magnifie et le transfigure pour le faire rayonner glorieusement sur le monde.

En cette octave de Pâques, nous avons donc choisi de proposer à votre méditation ce texte remarquable et splendide du Bienheureux Vladimir Ghika – un des auteurs spirituels particulièrement aimé, lu et approfondi en notre Mesnil-Marie – que nous trouvons propre à apporter courage et consolation à tous ceux qui peinent et souffrent en ce bas monde, et que nous dédions à tous nos amis aux prises avec les diverses et multiples formes de la souffrance.

Crucifix chapelle Rome

La Croix rayonnante de l’Homme des Douleurs
(crucifix exposé dans une chapelle proche de la place Saint Sylvestre, à Rome)

Le mystère de la Souffrance :

« Souffrir, c’est ressentir en soi une privation et une limite. Privation de ce qu’on aime, limite apportée à ce qu’on aime. On souffre à proportion de son amour. La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. C’est en quelque sorte son ombre ardente et terrible – une ombre de sa taille, sauf quand le soir allonge les ombres. Une ombre révélatrice, qui nous dénonce. Elle suit, sans les jamais quitter, toutes nos aspirations, depuis l’amour obscur et inconscient que l’homme éprouve pour la plénitude, si restreinte, de son être propre, jusqu’à l’amour lumineux et désintéressé qu’il peut ressentir pour l’Être parfait, pour le Dieu infini.

Souffrir, c’est être blessé en l’un des mille amours qui nous composent. C’est éprouver une privation et une limite, soit dans les biens qu’on a possédés, soit dans ceux dont on a besoin, soit dans ceux que l’on désire. La souffrance peut affecter ainsi un de nos amours dans le passé, le présent ou l’avenir. Et par là, de même que l’amour qui lui donne naissance, elle lèse notre personnalité et la déborde. La souffrance est de la sorte une réalité, forte comme nous-même, une réalité adverse qui est en nous et qui est contre nous ; elle marque un arrêt plus ou moins complet d’une de ces motions du monde qui nous font être. C’est une négation, mais avant tout, une négation réelle. Le stoïcisme seul a voulu se donner le luxe de mettre en doute cette réalité, pour mieux en triompher dans la pratique. Il l’a fait au moyen d’un paradoxe de volonté, tout en phrases, sans rien changer à l’éternelle vérité des choses.

Il y a donc là une affreuse certitude, éprouvée par chacun, mais aussi, en même temps, une sorte de monstrueuse anomalie, que chacun reconnaît, tout comme cette réalité indéniable. La souffrance paraît une étrangère haineuse dans l’harmonie générale d’un univers d’ordre et de bonté où chaque être semble tendre par nature à se pleinement accomplir.

Aussi notre raison, dès qu’elle examine le problème de la douleur, ne peut la concevoir que comme restitution d’un équilibre perdu, ou comme attente d’un équilibre à retrouver ; dans le premier cas, châtiment d’un mal, châtiment qui rétablit pour ainsi dire un ordre moral interrompu ; dans le second, crédit méritoire sur une autre vie, qui, pour des âmes immortelles, constitue le seul état définitif, après une courte épreuve. La balance des maux et des fautes, des peines et des culpabilités, étant manifestement inégale et irrégulière en ce monde, l’un et l’autre cas ne représentent pour notre intelligence qu’un fragment de réponse à l’énigme, celle-ci destinée à ne se résoudre pleinement que grâce à l’intervention d’une « inconnue » certaine, les mystères d’un autre monde où se réalise la Justice.

Jusqu’où s’étend ici-bas cette double compensation ? On ne peut le savoir. Le secret en demeure pour la raison entre les mains d’un Dieu qu’elle a le pouvoir, et le devoir, d’affirmer, de prouver, de proclamer, sans assez arriver à Lui, sans pénétrer l’abîme de ses desseins.

Notre intelligence naturelle nous montre donc, dès le premier abord, le sens de la souffrance dans l’ordre moral, dans l’autre vie que cet ordre moral exige si impérieusement, dans la Sagesse et la Bonté de Dieu.
Elle nous montre ceci avec force, mais avec toutes les défaillances pratiques d’une lumière dont l’emploi dépend de nous, dont les ressources sont bornées, – avec toutes les ténébreuses angoisses d’une vie où l’entrecroisement de mille influences vient gêner le libre exercice de notre jugement.

Et quand même elle serait pleine, puissante et calme, cette raison, on sent que sa seule réponse à un problème comme celui de la douleur, aurait quelque chose de froid, d’incomplet, d’inefficace ; on sent que cette réponse tomberait bien à côté de nous. Que peut un raisonnement à une blessure d’amour ? Quel bien profond peut-il lui faire, et n’est-elle pas digne aussi d’être illuminée par autre chose qu’un pâle reflet d’intelligence créée ? Nous savons que la raison n’a pas tort, mais nous savons que nos larmes ont un peu raison, puisqu’elles ont raison de nous-mêmes.

Le problème se résout là plus loin que l’envol de notre pensée. Celui qui peut nous le rendre clair (et bienfaisant, comme toute chose connue) c’est et c’est seulement notre Dieu qui, suivant la parole de saint Jean, est plus grand que notre coeur. Il a tenu à l’éclairer d’une admirable clarté. Sans lui, sans sa grâce d’ailleurs, sur ce point, notre raison même chancelle, et, insuffisamment soutenue, ne va pas jusqu’au bout de ses propres conceptions : nous avons vu et nous savons qu’elle peut porter les vérités essentielles qui jettent un premier jour sur le sens de la douleur. Mais la raison d’un incroyant n’est pas, en pratique, une raison complète et vivante dans son propre domaine. Il y a toujours une angoisse, une incertitude, une misère inquiète dans les pensées de l’incrédule. «In cogitationibus impii interrogatio est… » Et plutôt que de voir dans la raison la confirmation partielle, mais forte, et l’attente suppliante de la foi, il rétrograde en deçà de l’usage normal de ses facultés; il écarte Dieu, l’immortalité de l’âme, l’autre monde toutes choses qu’il redoute – (données fournies pourtant aussi bien par la science que par la foi), et se prépare ainsi pour ici-bas une vie diminuée d’essor, pour cet autre monde qu’il n’a pas, même humainement, le droit de méconnaître, des souffrances sans nom et sans fin.

Le chrétien, lui, complète et illumine, avec le secours de Dieu, sa connaissance naturelle de la douleur. La souffrance ne cesse pas, pour lui, d’exister, en théorie comme en pratique. Au contraire, elle existe pour lui plus que pour aucun autre ; il la sent d’abord, il la sent plus que n’importe qui, car son âme est plus pure et par conséquent moins distraite, moins arrachée par mille objets divers à cette douleur ; il la connaît, il la comprend, avec tout le mystère d’enveloppement et de possession contenu en ce mot « comprendre » ; il en multiplie les sujets ; il doit manier et conduire cette chose terrible, aller jusqu’à l’aimer, jusqu’à la chercher, quand elle est noble et belle et qu’elle le jette plus vite en Dieu.

C’est qu’il a pour tout faire la grande lumière et la grande force de la Révélation. Le chrétien sait, le chrétien croit, et il vit de cette science et de cette foi. Nous allons suivre la chaîne lumineuse de vérités qui l’entraîne et l’éclaire en même temps, et voir ce que devient la souffrance dans la clarté de Dieu, dans le plan des divines cohésions, en passant par ces anneaux qui se tiennent: le péché originel, la rédemption, l’oeuvre du salut, le monde du bonheur éternel.

Même ainsi, même avec tous les secours de la foi, le mystère d’une chose aussi profonde (profonde comme l’énigme du mal) suivi en tenant une chaîne dont les deux bouts sont au ciel, ne saurait être pleinement éclairci dès à présent : sa complète compréhension est réservée à ce monde où il nous est dit qu’il n’y aura plus de larmes dans des yeux qui verront Dieu face à face. Et là même, comme pour en perpétuer non seulement le sens mais le caractère secret, il en demeurera encore une trace étrange, – pour Dieu seul : les cinq plaies ineffaçables de Notre-Seigneur, – dernier héritage et seul souvenir de l’infinité de la faute, lavée dans l’infinité de la douleur par l’infinité de l’amour.

Mais si, sur la terre, il doit toujours subsister dans la souffrance quelque mystère pour le chrétien, c’est un mystère comme ceux de sa religion, fait pour augmenter sa foi, son espérance, son amour, ses mérites ; un de ces mystères admirables et féconds, pleins de leçons plus hautes que tous les enseignements des choses. – Intermédiaire entre les mystères de la nature, qui nous débordent par leur nombre et leur complexité, mais qui ne sont pas, par eux-mêmes, au-dessus de notre portée – et les mystères de la religion, qui nous dépassent essentiellement, l’ordre des mystères de la souffrance constitue comme un état à côté de la nature et une préparation au monde surnaturel. C’est d’ailleurs l’ordre choisi par l’Homme-Dieu pour faire passer l’humanité d’un monde à l’autre. Il y a dans la douleur quelque chose de l’essence mystérieuse du sacrement.
Elle est comme un
sacrement de néant, le sacrement des « absences réelles », une sorte de sacrement à rebours … Dieu porté par le vide… »

Bienheureux Vladimir Ghika,
in « Entretiens spirituels » – Beauchesne, 1961 pp. 61-66

Bx Vladimir Ghika

Le Bienheureux Vladimir Ghika (1873-1954)

2017-41. Marqués et imbibés par le Sang du Christ Sauveur, nous sommes arrachés à la puissance de l’ange de mort pour être réunis aux élus du Ciel.

Samedi-Saint.

Le Samedi Saint, avec la Très Sainte Vierge Marie, nous veillons dans l’attente de la Résurrection de Notre-Seigneur.
Nous pouvons, bien sûr, relire et méditer la très ancienne et très célèbre homélie pour le Samedi Saint que nous avons déjà publiée (cf. > ici), en laquelle l’auteur décrit la descente de Notre-Seigneur aux enfers ; et nous pouvons également relire et approfondir les explications et commentaires de Saint Thomas d’Aquin sur ce point de notre foi si méconnu aujourd’hui (cf. > ici).

Mais nous vous proposons aussi de découvrir un sermon de notre glorieux Père Saint Augustin prononcé à l’occasion d’une Vigile de Pâques, sermon dans lequel il développe les motifs de notre joie et établit le parallèle entre le sang protecteur de l’agneau sacrifié par les Hébreux la nuit de leur passage de l’esclavage de l’Egypte vers la liberté, et le Précieux Sang de l’Agneau véritable qui a mis fin à la Pâque ancienne par l’offrande de l’unique Sacrifice rédempteur.

Agnus Dei

Marqués et imbibés par le Sang du Christ Sauveur,
nous sommes arrachés à la puissance de l’ange de mort
pour être réunis aux élus du Ciel.

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
pour la
Vigile de Pâques

§ 1 – Qu’il faut célébrer solennellement la Vigile de Pâques.

Avec l’aide miséricordieuse de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, nous devons, frères bien-aimés, célébrer religieusement ce jour qui Lui est solennellement consacré : qu’en cette fête, Sa bonté ineffable à notre égard soit, pour nous, un sujet d’admiration !
En effet, Il ne S’est point contenté de subir toutes sortes d’infirmités pour opérer l’oeuvre de notre rédemption, Il a voulu encore partager le culte que nous rendons à Dieu en différentes solennités, et faire de chacune d’elles une occasion précieuse de mériter l’éternel bonheur ; car, alors, notre sainte religion nous invite, par ses attraits, à sortir du long sommeil de notre inertie ; aussi, pour nous préparer à la célébration de ces grands jours, nous éveillons-nous, non point malgré nous, mais avec empressement et de bon coeur.
Puisque nous avons entendu volontiers Son appel, sortons donc de notre léthargie, passons, dans les élans de la joie, cette sainte nuit de Pâques, et célébrons cette grande solennité avec toute la dévotion dont notre âme est capable. Elevons-nous au-dessus de ce monde, pour échapper à la mort qui doit le ravager : par nos désirs, faisons descendre du ciel les rayons brillants de Sa divinité, célébrons la Pâque, « non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de l’iniquité, mais avec les, azymes de la sincérité et de la vérité » (1 Cor. V, 8), c’est-à-dire, non dans l’amertume de la malice humaine, car tout ce qui ne vient que de l’homme n’est pas sincère, mais dans la sincérité de la sainteté qui vient de Dieu. La sainteté qui vient de Dieu consiste dans la chasteté, l’humilité, la bonté, la miséricorde, l’humanité, la justice, la douceur, la patience, la vérité, la paix, la bénignité : tel est l’ensemble de la sainteté chrétienne, que corrompt le levain de la malice humaine ; or, ce levain n’est autre que l’impudicité, l’orgueil, l’envie, l’iniquité, l’avarice, l’intempérance, le mensonge, la discorde, la haine, la vaine gloire, toutes choses auxquelles l’apôtre Saint Paul veut que nous restions étrangers ; car il nous dit : « Non avec le vieux levain de la malice ».

§ 2 - Pourquoi cette Vigile doit être pour nous un jour d’allégresse.

Que la Pâque du Christ devienne le sujet de notre joie !
C’est pour nous, en effet, qu’Il naît, qu’Il meurt dans les souffrances et qu’Il ressuscite ; c’est afin que, par Lui, nous renaissions à la vie au milieu des tribulations, et qu’avec Lui nous ressuscitions dans la pratique de la vertu.
N’a-t-il pas, dans cette nuit, opéré la restauration de toutes choses ?
Il y est ressuscité en qualité de prémices, afin que nous ressuscitions tous après Lui : Il y brise les chaînes de notre esclavage, Il nous rend la vie que nous avons perdue en Adam. Celui qui nous a formés à l’origine des temps, revient, après Son voyage sur cette terre, à Sa patrie, au Paradis, de la porte duquel Il a écarté le chérubin. A partir de cette nuit où s’est opérée la résurrection du Seigneur, le paradis est ouvert. Il n’est fermé que pour ceux qui se le ferment, mais il n’est ouvert que par la puissance du Christ. Qu’Il revienne donc au ciel, et nous devons Le croire ; qu’Il revienne au ciel Celui qui ne l’a jamais quitté ! Qu’il monte à côté du Père, Celui qui y est toujours resté.
De fait, ne croyons-nous pas que la vie est morte pour nous ? Et comment la vie est-elle morte ? Nous croyons que le Christ, qui est mort, qui a été enseveli, qui est ressuscité et monté au ciel, n’a jamais, pour cela, quitté le Père et le Saint-Esprit.

§ 3 – Accomplissons notre passage avec le Christ (car « Pâque » signifie passage), afin d’être sauvés.

« Phase » ou « Pâque » signifie : passage ou traversée. Consacrons-nous nous-mêmes en nous marquant du Sang du Christ ; ainsi passera, sans nous nuire, celui qui ravage le monde ; ainsi la mort, qui doit faire tant de victimes, nous épargnera. Ceux-là sont épargnés par le démon, ceux-là échappent à ses coups, devant lesquels il ne s’arrête pas ; car le Sang du Christ une fois placé sur une âme, les innombrables gouttes de pluie que le diable répand sur le monde ne peuvent ni humecter ni délecter cette âme. Puissions-nous donc nous trouver ainsi imbibés du Sang du Christ, c’est-à-dire marqués du signe de sa mort !
Ce signe reste parfaitement imprimé sur nous, aussi longtemps que nous mourons et que nous vivons pour Celui qui est mort pour nous. Le sang du Christ rejaillit, en quelque sorte, sur nous, quand nous portons Sa mort en nous (2 Cor. IV, 10), de manière à ne jamais le laisser effacer par la pluie des passions humaines ou par l’eau torrentielle des persécutions du siècle. Que ce Sang sèche donc sur nous, qu’il en devienne à jamais inséparable ; qu’il se répande sur nous et nous teigne : que non-seulement il nous teigne, mais nous purifie encore, après qu’il nous aura fait mourir au monde.
Le Dieu qui a imprimé le signe de Sa croix sur tous nos membres, peut les purifier toujours. C’est par là que nous pourrons nous réunir aux élus dans le ciel, moyennant le secours de Celui qui vit et règne, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Descente aux limbes, Duccio, Maesta, Sienne

Duccio di Buoninsegna : le Christ dans les limbes
(« Maesta » de Sienne 1308-1311)

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