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2014-109. Encyclique « Quanta cura » du 8 décembre 1864.

       C’est à la date hautement symbolique du 8 décembre 1864 - pour le dixième anniversaire de la proclamation du dogme de la conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie donc – , que le Bienheureux Pie IX publia l’encyclique « Quanta cura ».

   L’anniversaire de ce texte remarquable, qui condamne les principales erreurs modernes – issues pour la plupart de l’esprit des prétendues lumières et de la révolution française – , n’est, à ma connaissance, jamais marqué par des célébrations particulières…
Il est vrai, qu’à Rome même, et jusqu’à de très hauts postes de la hiérarchie ecclésiastique, ce texte, qui exprime pourtant le magistère authentique de l’Eglise (ce qui n’est pas le cas des « intervioues » dans des avions, ni de certaines prises de parole n’exprimant que des idées personnelles), semble être ignoré ou avoir été relégué aux oubliettes.

   Voilà justement pourquoi, il nous paraît important – voire nécessaire – d’en publier ci-dessous le texte intégral.
Je sais très bien que certains de mes lecteurs habituels n’iront pas plus loin que ces quelques lignes d’introduction. Si toutefois quelques personnes, triomphant des tentations de la paresse spirituelle et intellectuelle, font preuve de véritable courage et, non seulement lisent, mais étudient vraiment en profondeur et assimilent les enseignements de cette encyclique, j’en serais plus qu’heureux !

Nota bene : Cette encyclique fut interdite de publication et de diffusion en France par un décret impérial du 1er janvier 1865. Il est vrai que le très libéral et allié des francs-maçons Napoléon III ne pouvait que se trouver indisposé par ces condamnations du naturalisme et des sociétés secrètes (entre autres erreurs).

le Bienheureux Pie IX

Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie IX du 8 décembre 1864

 « Quanta cura »

A tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.

Pie IX, Pape.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

   1 – Avec quel soin et quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains Nos Prédécesseurs, ont rempli la mission à eux confiée par le Christ Seigneur lui-même en la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ont ainsi accompli leur devoir de paître les agneaux et les brebis ! Sans jamais discontinuer, ont attentivement nourri tout le troupeau du Seigneur des paroles de la foi, ont imprégné de la doctrine de salut, écarté des pâturages empoisonnés, voilà ce dont tout le monde est convaincu et assuré, Vous surtout, Vénérables Frères. Oui vraiment Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu de plus à coeur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l’Église Catholique, à l’honnêteté des moeurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la Cité.

   2 – C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption: ébranler les fondements de la religion catholique et de la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts.

   3 – Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu’à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu’on ne déplorera jamais assez et que tant d’erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C’est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l’Église Catholique à fuir et redouter la contagion d’une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine.

   4 – Cependant, bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos - 15 août 1832).

   5 – Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du « naturalisme », comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que « le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ». Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ». À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de « délire » (Grégoire XVI. Encyclique Mirari Vos) : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ». Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent « la liberté de perdition » (Saint Augustin, Lettre 105), et que « s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Saint Léon, Lettre 164).

   6 – Là où la religion a été mise à l’écart de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D’où l’on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : « La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu’on dit être l’opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l’ordre politique des faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit ». 

   7 – Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu’une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d’amasser et d’accumuler des richesses, ni suivre d’autre loi dans ses actes que l’indomptable désir de l’âme d’être esclave de ses propres passions et intérêts ? C’est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d’une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elle en disant qu’elles n’ont aucune raison légitime d’exister, et c’est ainsi qu’ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l’enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d’heureuse mémoire : « l’abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l’Église comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n’ont établi ces ordres que sous l’inspiration de Dieu » (Lettre au Cardinal de la Rochefoucault – 10 mars 1791).

   8 – Et ils déclarent même dans leur impiété qu’il faut ôter aux citoyens et à l’Église la faculté « de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne », et abolir la loi « qui à des jours déterminés défend les oeuvres serviles pour vaquer au culte divin » sous le prétexte si fallacieux que « la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique ».

   9 – Et non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme, ils affirment que : « La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d’abord le droit d’instruction et d’éducation ». Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs oeuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s’y attend pas, comme Nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse.

   10 – Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d’infliger toutes sortes de vexations indicibles à l’un et l’autre clergé d’où rejaillirent tant d’immenses bienfaits sur l’ordre religieux, civil et culturel, comme l’attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l’histoire; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu’ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l’instruction et l’éducation de la jeunesse.

   11 – Mais il en est d’autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne impudence de soumettre à la discrétion de l’autorité civile l’autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l’Église et à ce Siège Apostolique, et de dénier à cette même Église et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n’ont aucunement honte d’affirmer que : « Les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. – Les actes et les décrets des Pontifes Romains concernant la religion et l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou au moins du consentement du pouvoir civil. – Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes – qu’on y exige ou non le serment de garder le secret – et qui frappent d’anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’associations. – L’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes Romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l’Église, repose sur une confusion de l’ordre spirituel avec l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un bien de ce monde. – L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n’a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. – Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d’attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l’Église, des Familles Religieuses et autres associations pieuses ».

   12 – Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d’où sortent tant d’opinions perverses et d’erreurs. Car ils répètent que « le pouvoir ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu’une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil ».

   13 – Et Nous ne pouvons passer sous silence l’audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que : « Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège Apostolique dont l’objet regarde manifestement le bien général de l’Église, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu’ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux mœurs, leur refuser l’assentiment et l’obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme ». À quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, il n’est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement.

   14 – Au milieu donc d’une telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées.

   15 – Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies. Vous n’ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l’esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d’attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n’avez jamais manqué, avec tout votre zèle, d’élever votre voix épiscopale contre tant d’impiété.

   16 – C’est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous nous adressons une fois de plus avec beaucoup d’affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si virement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands: par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège Apostolique dans la plus grande unité d’esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la volonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins « s’abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles n’ont pas été plantées par son Père » (Saint Ignace martyr, à Philadelphe). Et ne cessez jamais d’inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu’ « heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur » (Psaume 143). Enseignez que « l’autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique » (Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d’Éphèse) et qu’ « il n’y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu’il nous peut suffire d’avoir reçu le libre arbitre en naissant; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c’est-à-dire, qu’oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté » (Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage). N’omettez pas non plus d’enseigner que « le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l’Église » (Saint Léon, Lettre 156) et que « rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d’États et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, rempli de sagesse et de courage, écrivait à l’empereur Zénon : « Qu’ils laissent l’Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté… Il est certain qu’il leur est avantageux de s’appliquer, quand il s’agit de la cause de Dieu, et suivant l’ordre qu’Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ » » (Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800).

   17 – C’est toujours, Vénérables Frères, mais c’est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l’Église et de la société civile, en présence d’une si vaste conspiration d’adversaires et d’un tel amas d’erreurs contre le catholicisme et le Siège Apostolique, qu’il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d’une protection opportune.
A cette fin, Nous avons jugé bon de stimuler la piété de tous les fidèles pour qu’en union avec Nous, et avec vous, ils ne cessent de prier et supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles, le Père très clément des lumières et des miséricordes; qu’ils se réfugient toujours dans la plénitude de la foi auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés à Dieu en son sang; qu’ils demandent avec une perpétuelle instance à son très doux Coeur, victime de sa très ardente charité envers nous, d’attirer tout à lui par les liens de son amour, et de faire que tous les hommes, enflammés de son très saint amour, marchent dignement selon son Coeur, agréables à Dieu en tout, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres. Et, comme les prières des hommes sont indubitablement plus agréables à Dieu quand elles lui parviennent avec des coeurs purs de toute corruption, Nous avons pensé à ouvrir avec une libéralité apostolique aux fidèles chrétiens les célèbres trésors de l’Église dont la distribution Nous est confiée, afin que ces mêmes fidèles excités plus vivement à la vraie piété, et purifiés des taches de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, répandent avec plus de confiance leurs prières à Dieu et obtiennent sa miséricorde et sa grâce.

   18 – En conséquence, par les présentes Lettres, en vertu de notre Autorité Apostolique, à tous et chacun des fidèles des deux sexes dans l’univers catholique, Nous accordons une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner durant toute l’année à venir 1865 et non au delà, dans l’espace d’un mois à désigner par vous, Vénérables Frères, et les autres Ordinaires légitimes des lieux, en la même manière et forme exactement que Nous l’avons accordée, au commencement de Notre suprême Pontificat, par Nos Lettres Apostoliques en forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyée à tout votre Ordre épiscopal de l’univers, et commençant par ces mots : « Arcano Divinae Providentiae consilio » et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par Nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites lettres soient observées, et que soient maintenues toutes les exceptions que Nous avons mentionnées. Nous accordons cela nonobstant toutes dispositions contraires, même celles qui seraient dignes d’une mention et d’une dérogation spéciales et individuelles. Et pour écarter tout doute et toute difficulté, Nous vous avons fait parvenir un exemplaire de ces Lettres.

   19 – Prions, Vénérables Frères, « du fond du coeur et de toute notre âme la miséricorde de Dieu, parce qu’il a lui-même ajouté : Je n’éloignerai pas d’eux ma miséricorde. Demandons et nous recevrons, et si nous attendons et que nous tardions à recevoir à cause de la gravité de nos offenses, frappons; car à celui qui frappe on ouvrira, pourvu que nous frappions à la porte avec nos prières, nos gémissements et nos larmes, avec lesquels il faut insister et persévérer, et pourvu que notre prière soit unanime… que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier » (Saint Cyprien, Lettre 11). Et pour que Dieu exauce plus facilement Nos prières et Nos voeux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, faisons participer en toute confiance auprès de lui l’Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, Notre Mère très aimante à tous, « est toute suave… et pleine de miséricorde… se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux misères de tous avec la plus large affection » (Saint Bernard, Sermon sur les douze prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie d’après l’Apocalypse). Comme Reine, debout à la droite de Son Fils Unique, notre Seigneur Jésus-Christ, toute enveloppée dans un vêtement d’or, il n’y a rien qu’Elle ne puisse obtenir de Lui.
Demandons aussi les suffrages du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de son Coapôtre Paul, et de tous les Saints du Ciel qui devenus amis de Dieu, sont parvenus au royaume céleste, possèdent la couronne et la palme, et sûrs de leur immortalité, sont soucieux de notre salut.

   20 – Enfin, demandant pour vous à Dieu de toute Notre âme l’abondance de tous les dons célestes, Nous donnons du fond du coeur et avec amour, en gage de Notre particulière affection, la Bénédiction Apostolique à vous-mêmes, Vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïcs confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l’année 1864, dixième depuis la Définition Dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie Mère de Dieu. Et de Notre Pontificat la dix-neuvième.

PIE IX, PAPE

Armoiries de Pie IX

Tota pulchra es, o Maria !

- 8 décembre -

fête de la conception sans tache
de la
Bienheureuse Vierge Marie

Martino Altomonte - Budapest (1719)

La Vierge immaculée – Martino Altomonte (1719)

Juste quelques lignes pour vous rejoindre en cette très belle fête du 8 décembre, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion. Nous l’avons préparée par la neuvaine recommandée par l’Eglise, et aujourd’hui nos coeurs sont remplis d’allégresse et de ferveur filiale, afin de rendre grâces à Dieu pour le chef d’oeuvre de Sa création, afin de chanter les louanges de la Vierge sans tache qui fut conçue en ce jour, afin d’exulter dans la reconnaissance…

Comme notre Frère Maximilien-Marie, depuis qu’il est levé ce matin, ne cesse de chanter cet ancien cantique latin extrait des « Cantus Mariales », appris lorsqu’il était jeune religieux : « Tota pulchra es, o Maria ! Tota pulchra es ! Vous êtes toute belle, ô Marie, vous êtes toute belle ! », j’ai résolu de vous en adresser ci-dessous le texte complet (inspiré par le cantique des cantiques) avec la partition, et même un enregistrement. Ainsi pourrez-vous le chanter en union avec nous.

Bonne, belle et par dessus tout très fervente
fête de l’Immaculée Conception !

Lully.      

Tota pulchra es, o Maria

3 – Sicut lilium inter spinas : inter filias sic tu Virgo benedicta.
Tuum refulget vestimentum ut nix candidum ;
sicut sol facies tua.

Comme le lis entre les épines : ainsi êtes vous entre les jeunes filles, ô Vierge bénie.
Votre vêtement resplendit blanc comme la neige ;
votre visage est semblable au soleil.

4 – In te spes vitae et virtutis, omnis gratia et viae et veritatis.
Post te curremus in odorem suavissimum
trahentium unguentorum.

En vous réside l’espoir de la vie et de la vertu, toute grâce de conduite et de vérité.
A votre suite nous courrons à l’odeur très suave
de vos parfums qui nous attirent.

5 – Hortus conclusus, fons signatus, Dei Genitrix, et gratiae paradisus.
imber abiit et recessit, hiems transiit,
jam flores apparuerunt.

Jardin clos, fontaine scellée, ô Mère de Dieu, paradis de la grâce.
La pluie a cessé et s’en est allée, l’hiver est passé,
déjà les fleurs sont apparues.

6 – In terra nostra vox audita, vox dulcissima : vox turturis, vox columbae.
Assume pennas, o columba, formosissima !
Surge, propera et veni.

Sur notre terre, une voix s’est fait entendre, une très douce voix : voix de la tourterelle, voix de la colombe.
Prenez votre vol, ô colombe infiniment belle !
Levez-vous, hâtez-vous et venez.

(pour écouter l’enregistrement, faire un clic droit sur l’image ci-dessous > ouvrir dans un nouvel onglet)

Image de prévisualisation YouTube

Et n’oubliez pas :
- l’illumination de vos fenêtres ce soir du 8 décembre > ici
- et ici, le rappel des origines de Notre-Dame > ici

2014-108. « Donnez-moi ce que Vous m’ordonnez ; ordonnez-moi ce qu’il Vous plaît. »

- Vœux pour le début de la nouvelle année liturgique -
Samedi 29 novembre 2014 (*)

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Très chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

« Nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu que vous soyez remplis de la connaissance de Sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ; afin que vous marchiez d’une manière digne de Dieu, Lui plaisant en toutes choses, fructifiant en toutes sortes de bonnes oeuvres, et croissant dans la science de Dieu ; corroborés de toute force par la puissance de Sa gloire, de toute patience et de joie » (Col. I, 9b-11).

Ces versets que nous avons entendus au tout début de l’épître lue au vingt-quatrième et dernier dimanche de l’année liturgique m’ont parus particulièrement adaptés pour introduire ces vœux que, du plus profond du cœur, je tiens à vous adresser pour commencer la nouvelle année liturgique.
Je me suis permis de mettre en caractères gras certaines expressions du texte de Saint Paul sur lesquelles je vais insister ci-dessous.

 - « Remplis de la connaissance de Sa volonté » :
Il en est tant et tant, aujourd’hui, qui attachent davantage d’importance à leur volonté propre, à leurs aises, à leur confort, aux « bonnes relations » humaines, au conformisme social, …etc. plutôt qu’à la sainte volonté de Dieu.
La connaissance de Sa volonté n’est ni difficile, ni impossible à obtenir : elle se trouve exprimée dans les commandements de Dieu, dans les commandements de l’Eglise, dans les préceptes du Saint Evangile, dans l’observation des vertus chrétiennes, toutes choses qui nous sont enseignées par le catéchisme catholique (je dis bien le catéchisme catholique, je ne parle pas des « parcours catéchétiques » en vogue dans beaucoup de diocèses, et dans lesquels la foi catholique est tellement diluée et édulcorée qu’on a de la peine à l’y retrouver !).
Ainsi, celui qui prétend ne pas connaître la sainte volonté de Dieu n’a en réalité aucune excuse.
Quant à la connaissance du dessein particulier que Dieu a sur chacun – ce qui constitue la vocation propre d’une personne – , c’est à chacun, à l’aide de conseillers spirituels prudents, avisés, expérimentés et pleins de sagesse, d’arriver à la connaître, avec la double certitude 1) que Dieu n’exige jamais de nous des choses impossibles (difficiles, certes – dans quelque état de vie que ce soit – mais jamais impossibles), 2) et que la plus excellente des « vocations personnelles » est rarement celle qui est le plus conforme aux aspirations de notre volonté propre – fussent-elles les plus belles, les plus nobles et et les plus généreuses – , mais bien celle qui nous unit le plus à la Croix de Notre-Seigneur, celle qui nous permet le plus de sacrifier cette volonté propre à la volonté divine.

- C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, et par elle seule, que nous pouvons être remplis de « sagesse et d’intelligence spirituelle ».
C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que nous pouvons marcher « d’une manière digne de Dieu ».
C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que nous pouvons « Lui plaire en toutes choses« .
C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que nous pouvons « fructifier en toutes sortes de bonnes oeuvres ».
C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que nous irons « croissant dans la science de Dieu ».
C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que la puissance de la divine gloire pourra vraiment et efficacement nous remplir de force et de joie, dans la patience (et il ne faut pas oublier que la patience est, en définitive, la vertu de ceux qui savent pâtir, la vertu de ceux qui sont unis à la Passion).

- C’est par la connaissance et par la mise en pratique de la sainte et béatifiante volonté de Dieu, que, en un mot, l’homme marche dans les voies de la sainteté, puisque « la volonté de Dieu, c’est votre sanctification », nous assure encore le Saint-Esprit par la plume de Saint Paul (1 Thess. IV, 3).

- A la veille de la nouvelle année liturgique, qui est le cycle de la grâce de Dieu au cœur de nos cycles terrestres, je vous souhaite donc, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, de renouveler votre ferveur et votre zèle, afin de vous sanctifier à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ – contemplé dans Ses mystères – , à la suite de notre très douce Dame Marie – Vierge de toute compassion – , et à la suite de tous ces saints dont nous aimons à célébrer les fêtes tout au long des jours…

Couronne de l'Avent 2014 détails

Couronne de l’Avent 2014 au Mesnil-Marie (détail)

« Sainteté ! Croix ! Sacrifice ! Patience qui évoque le fait de pâtir !… Comme vous y allez ! Vous n’êtes pas franchement drôle, frère Maximilien-Marie ! Vos vœux nous font un peu peur. Vous n’êtes pas réaliste… et tout ce que vous risquez, c’est finalement de porter les âmes au découragement », ne manqueront pas de penser certains (sans forcément me l’oser dire).
Mais puis-je parler un autre langage et délivrer un autre message que Celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ ?
Au monde contemporain qui voudrait réduire l’Evangile à un enseignement de fraternité et de tolérance universelles, sans contours bien définis, sans discernement du bien et du mal ni du vrai et du faux, il importe de rappeler avec vigueur et clarté la « verticalité » essentielle de l’authentique christianisme… et la réalité des fins dernières.

Cette radicalité n’est cependant pas inhumaine : ce Dieu qui exige de nous que, pour marcher dans les voies de la sainteté qu’Il nous commande, nous renoncions à notre propre volonté, que nous embrassions généreusement une vie de sacrifices, que nous allions jusqu’à la Croix, et que nous ayons pour principale et suprême ambition en cette vie de ne rien négliger pour parvenir au Ciel, S’est incarné, Se faisant aussi la Voie - la Voie ouverte, la Voie à portée de nos pas – : Il n’est pas seulement la Vérité lointaine et la Vie inaccessible par nos propres forces ; Il Se fait pour nous le moyen de les atteindre.
Et ce Dieu qui sera notre juste Juge, est aussi Celui qui a versé jusqu’à la dernière goutte de Son Sang pour nous racheter, pour nous arracher à l’enfer : ce n’est pas rien que de devoir un jour comparaître devant un Juge qui nous a aimés jusqu’à une telle extrémité !

Ce pourquoi, chacun de nous, en toute vérité, peut tous les jours de cette vie d’ici-bas, et quelles que soient ses difficultés, ses faiblesses, ses fautes et ses péchés (à partir du moment où il prend la ferme résolution de ne pas s’y complaire mais de travailler à s’en affranchir), répéter avec Saint Augustin : « Donnez-moi ce que Vous m’ordonnez ; ordonnez-moi ce que Vous voulez ! » (Confessions, livre X, chapitre 37).

- Oui ! ô mon Dieu, Dieu d’infinie miséricorde, justement parce que je ne suis pas encore totalement rempli de la connaissance de Votre volonté, donnez-moi d’abord ce que Vous m’ordonnez et Vous pourrez ainsi m’ordonner ensuite tout ce que Vous voulez !
- Parce que j’ai un infini besoin de recevoir la sagesse et l’intelligence spirituelle, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !
- Parce que sans Votre sainte grâce, je serai incapable de marcher d’une manière digne de Vous, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !
- Parce que les liens de mes péchés ont besoin que Vous les rompiez afin que je Vous plaise en toutes choses, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !
- Parce que sans Vous ma vie sera stérile et que je ne fructifierai jamais en toutes sortes de bonnes oeuvres, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !
Parce que sans les dons de Votre Saint-Esprit, il m’est impossible de parvenir à la science de Dieu, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !
- Pour que ce soient Votre propre force qui soit ma force, Votre propre joie qui devienne ma joie, et Votre propre patience qui se fasse ma patience, donnez-moi ce que Vous m’ordonnez et ordonnez-moi ce que Vous voulez !

Car ce n’est pas seulement de bouche – ainsi que nous l’allons faire en ce premier dimanche de l’Avent – , mais par toute ma vie et par chacun des mouvements de mon cœur que je Vous implore et Vous supplie dans une joyeuse confiance et ferme espérance : « Alleluia ! Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam et salutare tuum da nobis : Montrez-nous, ô Seigneur, Votre miséricorde et donnez-nous Votre salut ! »

Bonne, fervente et, surtout, sainte nouvelle année liturgique !

                                                      Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

(*) C’est le 29 novembre que commence la neuvaine préparatoire à la fête de la conception immaculée de Notre-Dame célébrée le 8 décembre, voir > ici.


Alléluia du premier dimanche de l’Avent
(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ») :

Image de prévisualisation YouTube

Voir aussi :
- « Tendus vers Son avènement »  – B.D. pour introduire l’Avent > ici
- Réflexions félines et citations – fin novembre 2013 > ici
- Conseils de St François de Sales pour le début de l’année liturgique > ici
- La couronne de l’Avent > ici

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2014-107. Libérer le vol de l’âme…

24 novembre,
Fête de Saint Jean de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle de Saint Jean de la Croix – le « docteur mystique » -, entre parfaitement dans la thématique générale de la dernière semaine de l’année liturgique : Saint Jean de la Croix, en effet, presque à chaque page, nous ramène à l’essentiel, nous ramène au sens de notre vie sur la terre qui est d’accomplir la sainte volonté de Dieu, de L’aimer et de Le servir de notre mieux ici-bas, afin de sauver notre âme.

   Tandis que notre société contemporaine cherche avant tout la réussite et le confort terrestres, et ne voit dans la religion qu’une chose facultative, presque superflue, qui ne doit surtout pas gêner ce qu’un point de vue strictement « horizontal » considère comme le bonheur et les bonnes relations entre les hommes, la « verticalité » radicale de Saint Jean de la Croix paraît excessive et met mal à l’aise jusqu’à certains catholiques.

   Pourtant Saint Jean de la Croix ne se lit, ne se comprend, ne s’assimile et ne se met en pratique que dans et par l’amour.
Saint Jean de la Croix n’est pas un stoïcien ; Saint Jean de la Croix n’est pas le théoricien de performances ascétiques recherchées pour elles-mêmes ; Saint Jean de la Croix n’est qu’un amant passionnément épris de Celui qui est l’Amour, et il est un entraîneur dans les voies de la connaissance et de la pratique de l’amour de l’Amour !
Un amour total, un amour sans concession, un amour ennemi des compromissions et des faux-semblants, un amour qui débusque impitoyablement les égoïsmes secrets cachés sous les apparences de vertu, un amour qui décape les vernis craquelés des caricatures d’amour pour libérer pleinement le vol amoureux de l’âme vers son Dieu-Amour !

   Nous nous croyons si facilement libres alors que nous sommes ligotés par une multitude de liens ténus auxquels nous ne prenons pas garde ou que nous considérons avec trop de légèreté comme des choses sans importance, vénielles…

                                                    Lully.

Libérer le vol de l'âme - détail 1

Libérer le vol de l'âme - BD 1

Libérer le vol de l'âme - BD 2

Sur Saint Jean de la Croix voir aussi :
- Notice biographique et poème « C’est de nuit » > ici
- Présentation de sa vie et de son œuvre par Benoît XVI > ici
- Texte de Gustave Thibon sur Saint Jean de la Croix > ici

Libérer le vol de l'âme - détail 2

& Toutes les B.D. publiées sur ce blogue > ici.

2014-106. La fin des temps, la tribulation, le retour du Christ, le Jugement dernier et la vie du monde à venir.

Dimanche soir 23 novembre 2014,
XXIVe et dernier dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Nous avons médité, et tout au long de cette semaine – la dernière de l’année liturgique – nous allons continuer à méditer sur les magnifiques textes de la Messe de ce dimanche, dernier dimanche après la Pentecôte, dimanche de l’annonce de la fin des temps.
Frère Maximilien-Marie m’a rapporté le texte du sermon qu’a prononcé, à la Messe de ce dimanche, Monsieur l’Abbé Henri V., et j’ai l’autorisation de le publier sur mon blogue : je vous le livre donc à mon tour, afin qu’il vous aide à méditer sur les profonds et terrifiants mystères associés à la fin de ce monde, mais plus encore pour qu’il vous fortifie dans la foi, nourrisse votre espérance, stimule votre charité et votre zèle, au milieu des temps troublés que nous vivons…

Lully.

Chapelle Scrovegni à Padoue fresque du Jugement dernier Giotto di Bondone 1306

Giotto di Bondone : fresque du Jugement dernier
Padoue, chapelle Scrovegni – 1306

Sermon de Monsieur l’Abbé Henri V.,
pour le
dimanche de l’annonce de la fin des temps
(24ème et dernier après la Pentecôte),

23 novembre 2014

       « Le monde et le temps prendront fin un jour.

   Le Seigneur a donné des signes qui annonceront cette fin. Parmi eux, des événements terribles, des calamités, mais surtout l’épreuve finale du combat entre l’Eglise et les forces du mal antéchrist.

   Sans doute que l’Eglise sera éclipsée et subira une persécution morale autant que physique à l’image de la Passion de Jésus-Christ. Car, cependant, le propos de l’Evangile n’est pas de nous troubler ou de nous effrayer, mais au contraire de nous consoler et de nous faire redoubler d’espérance : votre délivrance sera alors proche parce que le Christ reviendra victorieux dans la gloire.

   Chers Amis, tout, autour de nous, a de quoi nous faire penser que nous sommes dans ces temps qui sont les derniers.
Au sujet de l’Eglise, voici ce qu’écrivait le Pape Benoît XVI : « Peut-être devons nous dire adieu à l’idée d’une Eglise rassemblant tous les peuples. Il est possible que nous soyons au seuil d’une nouvelle ère, constituée tout autrement de l’histoire de l’Eglise, où le christianisme existera plutôt sous le signe du grain de sénevé, en petits groupes apparemment sans importance, mais qui vivent intensément pour lutter contre le mal. Elle sera davantage l’Eglise de minorités, elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur Foi. »

   Lorsque nous verrons l’abomination de la désolation : que celui qui peut comprendre comprenne…

   Voici les événements qui marqueront la fin de ce monde : d‘abord le retour glorieux du Seigneur terrassant les forces impies et infernales. Nul n’en connaît ni l’heure ni le jour. Il se fera alors que le monde ne s’y attendra pas, mais il sera espéré et attendu par les fidèles.

   Aura lieu alors la résurrection de tous les morts, qui précédera le Jugement dernier. Ce sera l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation. Le Jugement dernier révélera jusque dans tous ses secrets ce que chacun aura accompli durant sa vie. Il mettra en lumière la fidélité des justes et la malice des infidèles, mais aussi l’oeuvre de la grâce et de la miséricorde de Dieu.

   Ce Jugement dernier sera général : le Christ y prononcera sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’oeuvre de la création et de toute l’économie du salut, nous comprendrons les chemins admirables par lesquels sa Providence aura conduit toutes choses vers leur fin.
Le Jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort.

   Alors, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. L’Eglise sera consommée dans la gloire céleste, les justes régneront avec le Christ dans la béatitude éternelle.
Tout l’univers lui-même, intimement lié au sort du genre humain sera transformé par la Puissance du Christ en lequel il trouvera sa perfection. Cette rénovation mystérieuse qui transformera le monde à la suite du triomphe de l’Eglise établira « les cieux nouveaux et la terre nouvelle ». Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres ».

   Dans cet univers nouveau, la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes : « Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleurs, de cris et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé ».

   L’Eglise réalisera l’unité du genre humain voulue par Dieu dès la création. Les élus unis au Christ formeront la Communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu, l’épouse de l’Agneau. Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les fautes et les souillures. La vision béatifique dans laquelle la Très Sainte Trinité s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion. Amen. »

Giotto di Bondone - Christ du Jugement, fresque de Padoue 1306

Autres textes de ce blogue en rapport avec ce thème :
- Méditation pour le soir du dernier dimanche après la Pentecôte > ici
- Cantique du Jugement dernier > ici
- Du temps où surviendra la fin du monde et des signes qui la précèderont > ici
- Au sujet du nombre des élus (St Augustin – extraits d’un sermon) > ici
- Réalité de l’existence de l’enfer > ici

2014-105. « L’extase de Sainte Cécile » peinte par Raphaël.

22 novembre,
Fête de Sainte Cécile, vierge et martyre ;
Mémoire de Saint Calmin, duc d’Aquitaine et ermite, confesseur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Au Mesnil-Marie, je vous l’ai déjà écrit, nous aimons particulièrement Sainte Cécile, célèbre vierge martyre romaine, et j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une hymne latine du XVe siècle que nous chantons volontiers en son honneur (cf. > O felix Caecilia).
En ce jour, où je souhaite une bonne fête patronale à tous nos amis musiciens et chanteurs, je vous propose aussi de prendre un moment pour contempler une célèbre toile de Raphaël (Raffaello Sanzio, 1483-1520) connue sous le nom de « l’extase de Sainte Cécile », mais parfois aussi comme « Sainte Cécile entourée de Saints ».

Raphaël l'extase de Sainte Cécile 1514-15 - Bologne

Raphaël : « l’extase de Sainte Cécile » 1514-1515 – Bologne

   A l’origine, cette oeuvre – importante déjà par ses dimensions : 2,38 m de hauteur pour 1,50 m de largueur – est une commande pour une chapelle latérale de l’église San Giovanni in Monte, à Bologne.
En 1793, le tableau fut volé par les troupes de la révolution française et emporté à Paris ; restitué en 1815, il se trouve depuis lors à la Pinacothèque nationale de Bologne.

   Dans cette oeuvre, Raphaël n’a pas voulu représenter quelque épisode de la vie ou du martyre de Sainte Cécile ; cette dernière n’est même pas figurée avec les attributs conventionnels de la virginité et du martyre – le lys et la palme – , comme elle l’est en d’autres fameuses compositions. L’artiste l’a simplement identifiée au moyen de l’orgue qu’elle tient en mains et des divers instruments qui sont déposés à ses pieds.

   Celui qui regarde ce tableau d’une manière trop rapide ou superficielle n’y verra sans doute que la représentation du patronage de Sainte Cécile sur les musiciens, les luthiers et autres fabricants d’instruments de musique.
Mais un examen plus approfondi nous conduira bien plus avant dans le message que l’artiste a voulu délivrer au travers de cette oeuvre, et c’est à cela que je vous convie aujourd’hui.

   Pour ce qui concerne les caractères techniques de la composition, on remarquera tout d’abord qu’il n’y a pas à proprement parler de perspective, puisqu’il n’y a pas de ligne de fuite. L’impression de profondeur est donnée par trois plans picturaux bien distincts, et par la taille donnée aux objets ou personnages qui les constituent.

   La partie centrale, celle qui occupe le plus de place, est un groupe de cinq personnages : cinq saints.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - deuxième plan

Partie centrale du tableau : le groupe des saints.

   - Au centre, se trouve Sainte Cécile. Elle est la seule à être représentée complètement de face.
Debout dans un vêtement élégant et richement brodé, légèrement déhanchée, la jeune femme relève délicatement la tête en même temps qu’elle l’incline un peu sur son épaule gauche. Ses yeux sont fixés au ciel dans une contemplation muette ; c’est sans doute de là que vient le nom donné au tableau : « l’extase de Sainte Cécile ».
Cécile en effet ne chante pas, ses lèvres sont fermées. Elle ne joue pas non plus de son instrument ; on remarque, tout au contraire, que ses mains retiennent à peine le petit orgue positif tenu à l’envers, dont les tuyaux commencent à se déboiter du sommier et semblent devoir rejoindre les divers instruments qui jonchent le sol.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'orgue perdant ses tuyaux

   L’inclinaison de la tête de la Sainte, son déhanchement – accentué par le mouvement de ses bras – et la position de son pied droit donnent une impression de gracilité presque fragile, mais il y a dans l’expression de son visage quelque chose qui, sans altérer sa profonde douceur, rayonne d’une solide détermination et d’un ferme détachement des choses terrestres…

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Sainte Cécile

   Les quatre saints qui l’entourent sont :
- sur la gauche du tableau, d’abord Saint Paul, vêtu d’une tunique verte et enveloppé d’un manteau rouge, et Saint Jean, apôtre et évangéliste. On les identifie aisément à leurs attributs.
Saint Paul est accompagné d’une épée qui, dans l’iconographie traditionnelle, représente bien davantage le glaive de la Parole de Dieu (c’est lui-même qui, dans l’épître aux Hébreux, fait cette comparaison avec un glaive à double tranchant – cf. Heb. IV, 12) que l’épée par laquelle il fut martyrisé.
Saint Jean, quant à lui, peut être identifié grâce à l’aigle qui apparaît entre les plis du manteau de Saint Paul et la tunique de Sainte Cécile. Remarquez aussi le livre sur lequel est posé la serre de cet aigle : d’aucuns diront qu’il s’agit de l’Evangile écrit par Saint Jean, mais peut-être – comme on peut observer que ce livre possède un fermoir – l’artiste a-t-il voulu évoquer aussi le livre scellé à l’ouverture duquel Saint Jean a assisté dans les visions de l’Apocalypse, puis le livre qu’il lui a été ordonné de dévorer (cf. Apoc. V et X).

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'épée de Saint Paul et l'aigle de Saint Jean

   - Du côté droit du tableau sont représentés Sainte Marie-Magdeleine et Saint Augustin :
Saint Augustin est revêtu d’une chape brodée et tient fermement sa crosse épiscopale dans la main droite.
Sainte Marie-Magdeleine, en vêtements clairs qui contrastent avec les teintes soutenues des vêtements de Saint Paul qui lui fait face, porte un petit vase évocateur de celui qui contenait le parfum de très grand prix qu’elle a répandu sur les pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Béthanie, quelques jours avant la Passion.

On remarque que Sainte Marie-Magdeleine est la seule dont le regard soit tourné vers nous, un regard qui semble nous scruter avec une insistance particulière.
Saint Paul, les paupières à demi abaissées, semble absorbé par une vision intérieure, tandis que, en arrière de Sainte Cécile dont nous avons déjà évoqué les yeux levés au ciel, Saint Jean et Saint Augustin échangent un regard d’une remarquable intensité.

   Les têtes des cinq saints sont alignées sur une même ligne horizontale (on appelle ce principe pictural « isocéphalité »), ce qui semble indiquer qu’il ne sont pas inférieurs en sainteté les uns par rapport aux autres. C’est l’alignement de ces cinq visages, avec leurs expressions propres, qui donne en réalité la ligne d’horizon du tableau, bien plus que les quelques détails paysagers qui apparaissent tout au fond.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile deuxième plan détail - les têtes des Saints

   La verticalité de la composition est assurée par l’épée de Saint Paul d’un côté, et par la crosse de Saint Augustin, prolongée par l’ombre de la robe de Sainte Marie-Magdeleine de l’autre.
Enfin une espèce de croix de Saint André, un X dont les deux branches ne sont pas exactement égales ni symétriques, structure encore le groupe des cinq personnages : une première diagonale puissante, véritable ligne de force, part de l’œil de Saint Paul, court le long de son avant-bras, continue sur l’avant-bras de Sainte Cécile et les tuyaux de l’orgue, pour descendre en dessous de la jambe de Sainte Marie-Magdeleine ; la seconde diagonale descend du bras de Sainte Marie-Magdeleine et passe par le bord du sommier de l’orgue pour aboutir à l’œil acéré de l’aigle. Avec la ligne verticale de la crosse de Saint Augustin, ces deux diagonales circonscrivent exactement l’orgue dans un triangle rectangle presque parfait.
Je ne suis pas très habile pour tracer des traits droits sur une image, mais j’ai néanmoins tenté de faire figurer ces axes de la composition sur le cliché ci-dessous.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile lignes de composition

   Je vous parlais de trois plans picturaux, et j’ai commencé, en vous détaillant les personnages, par vous parler en fait du deuxième plan : il est vrai que c’est celui auquel s’attachent spontanément et naturellement nos regards.
Mais cela ne doit néanmoins pas nous faire oublier les deux autres plans : le premier plan consiste, au bas de la composition, en un amoncellement d’instruments de musique, et le troisième plan, tout en haut, figure un chœur céleste.

   Considérons donc maintenant le premier plan (que certains spécialistes pensent ne pas être de la main de Raphaël lui-même : l’artiste en aurait laissé la réalisation à l’un de ses collaborateurs, spécialiste des natures mortes : Giovanni da Udine). Il représente, avons-nous dit, un amoncellement d’instruments : une viole, plusieurs tambourins, une paire de cymbales, des flutes et un triangle.
Ces instruments sont disposés sans ordre apparent, certains sont entremêlés. Il se dégage d’eux un sentiment d’abandon. Ils sont muets, et certains donnent même l’impression d’être abîmés.
Comme je l’ai expliqué plus haut, l’orgue que Sainte Cécile tient encore dans ses mains ne sonne plus et ses tuyaux qui se détachent vont bientôt rejoindre les instruments qui gisent sur le sol… 

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - premier plan

   Tout à l’opposé, dans le haut du tableau, en troisième plan, apparaît un chœur céleste.
Les cieux sont ouverts et, assis sur les nuées, six anges chantent en suivant les indications notées dans deux livres ouverts : ce troisième plan, qu’un oeil superficiel considérerait facilement comme un pur détail, constitue en réalité la clef d’interprétation de tout le tableau.

   Comme la grande majorité des artistes du quatrocento, en effet, Raphaël était pétri par une culture humaniste et chrétienne dont la plupart de nos contemporains n’ont pas la moindre idée, et qui est sous-jacente à ses compositions : l’artiste ne se contentait donc pas de peindre de « jolies choses », purement décoratives, mais il transmettait dans sa peinture un message symbolique et spirituel nourri par la connaissance des auteurs antiques (spécialement les platoniciens et néo-platoniciens), des Saintes Ecritures et des Pères de l’Eglise.

   Au premier plan, nous l’avons vu, les instruments terrestres gisent muets.
Au deuxième plan, les saints n’ouvrent pas la bouche : l’orgue s’échappe des mains de Sainte Cécile ; mais en revanche on peut dire que leurs yeux parlent.
Au troisième plan, les anges chantent.
Et ces anges sont six.
Saint Augustin, spécialement expert à décrypter les mystères contenus dans les nombres, a expliqué que le six est un chiffre parfait, puisqu’il est le seul à être égal à la somme des chiffres par lequel il peut être divisé (6 = 1 + 2 + 3). Le six exprime donc la perfection secrète contenue dans les oeuvres de Dieu.
Les six anges qui chantent symbolisent donc la louange parfaite que la créature peut rendre à son Créateur.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - troisième plan

   Au premier plan, l’amoncellement des instrument dont personne ne joue symbolise la musica instrumentalis - la musique instrumentale - , qui n’est faite, quelle que soit la perfection des harmonies qu’ont élaborées les compositeurs, que de vibrations physiques, de sons qui n’ont pas de sens si l’esprit de l’homme ne vient lui en donner.
Au deuxième plan, figurée par les Saints, est la musica spiritualis - la musique spirituelle – qui est justement celle dans laquelle le génie de l’homme a insufflé la capacité d’élever l’âme à un certain degré de contemplation : ainsi sont les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels dont Saint Paul dit qu’ils sont utiles à la sanctification de chacun et à la cohésion de toute l’Eglise (Eph. V, 19).
Enfin au troisième plan, qui est le plan supérieur, se situe la musica caelestis – la musique céleste – , la sublime harmonie et jubilation parfaite qui jaillit du partage éternel de la vision divine et de la communion absolue à la vie intime de Dieu.

   Les Saints qui sont ici représentés n’ont certainement pas été choisis par hasard, ni simplement parce que les commanditaires du tableau auraient eu une dévotion particulière à leur endroit. Il y a une cohésion profonde dans le choix de ces cinq habitants des cieux, une cohésion profonde avec le fait que ce tableau s’articule autour du personnage de Sainte Cécile, céleste protectrice des musiciens.

    »Cantantibus organis, Caecilia Domino decantabat dicens : Fiat cor meum immaculatum, ut non confundar ». Tandis que les instruments chantaient, Cécile, elle, chantait sans relâche (dans son coeur) pour le Seigneur en disant : que mon coeur soit sans tache, afin que je ne sois pas confondue.
La première et très célèbre antienne de l’office de Sainte Cécile, illustre bien le passage de la musica instrumentalis à la musica spiritualis : de la musique instrumentale à la musique spirituelle, des sons joués par les instruments matériels au chant spirituel, qui est prière et qui transforme toute la vie de l’homme en louange divine par la pratique des vertus pour parvenir ensuite à la contemplation céleste, à l’ineffable musica caelestis.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - yeux de Sainte Cécile

   Saint Paul, ainsi qu’il en témoigne dans la seconde épître aux Corinthiens (2 Cor. XII 2-4), fut élevé jusqu’au troisième ciel et, dans son ravissement, y entendit des harmonies célestes intraduisibles dans la langue des hommes.
Saint Jean, comme il l’a décrit dans l’Apocalypse, a vu la liturgie qui se célèbre autour du trône de Dieu, et il a retranscrit les hymnes que chantent les anges et les saints.
Sainte Marie-Magdeleine, selon la tradition, dans la solitude de la Sainte Beaume, sept fois par jour, était emportée aux cieux par les anges pour y chanter avec eux la louange divine.
Saint Augustin enfin, notre glorieux Père Saint Augustin, dont les résistances à la grâce cédèrent et furent emportées comme lorsque des flots tempétueux rompent un barrage, au moment où, dans le jardin de Milan, il entendit une voix enfantine chanter  « Tolle ! Lege ! Prends ! Lis ! », a rédigé un traité sur la musiqueDe Musica - dans lequel, après avoir exposé les règles de la métrique et de la rythmique, analysant les mouvements du cœur et de l’esprit humain, les mouvements des corps et de l’univers, il remonte d’harmonie en harmonie, comme par une échelle mystique, jusqu’à l’Harmonie éternelle et immuable, Dieu, Principe et Ordonnateur de l’harmonie universelle.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Saint Augustin

   Que cette divine harmonie habite dans vos coeurs et préside à vos vies, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, et que, grâce à la glorieuse intercession de Sainte Cécile, nous menions une sainte vie ici-bas pour être finalement trouvés dignes de nous retrouver tous dans les cieux et d’y chanter ensemble les divines et éternelles louanges !

Lully.

Chat pianiste

2014-104. « Elle venait, avec un amour non pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans réserve. »

Extraits du premier sermon
de
Saint François de Sales
pour
la fête de la Présentation de Notre-Dame.

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       Selon la grande tradition spirituelle de l’Ecole Française, la fête de la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple – le 21 novembre - , est une fête importante en notre Mesnil-Marie.
Nous sommes, bien évidemment, très fermement opposés aux théories modernes – ou plus exactement modernistes – qui nient la réalité historique de cet évènement.

   Dans les pages de ce blogue, j’ai déjà publié la traduction de l’hymne liturgique particulier à cette fête que l’on trouve dans l’ancien propre de l’archidiocèse de Paris (cf. > ici), un extrait de la méditation de Monsieur Olier pour cette fête (cf. > ici), ainsi que des extraits du texte de Saint Alphonse de Ligori consacré à ce mystère dans « les Gloires de Marie » (cf. > ici).

   Voici aujourd’hui  des extraits d’un sermon de Saint François de Sales (dans notre édition des « Oeuvres de Saint François de Sales », il y a deux sermons pour cette fête, les extraits que nous publions ci-dessous appartiennent au premier).
Ce sermon fut prononcé pour les religieuses de la Visitation pour lesquelles, ainsi que dans un certain nombre de congrégations religieuses et de familles spirituelles, cette fête donne l’occasion d’une cérémonie particulière du renouvellement des saints voeux.

Lully.    

Colin de Vermont cathédrale St-Louis Versailles

La Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple
tableau de la cathédrale Saint-Louis de Versailles par Hyacinthe Collin de Vermont (1693-1761)

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       « (…) Cette Sainte Vierge donc n’étant encore âgée que de trois ans, fut apportée une partie du chemin de Nazareth en Jérusalem pour être offerte à Dieu en Son Temple, et l’autre partie elle y vint avec ses petits pieds. O Dieu ! que j’eusse bien désiré de me pouvoir représenter la consolation et suavité de ce voyage.
Ceux qui allaient au Temple de Jérusalem pour y présenter des offrandes à la divine Majesté chantaient le long du chemin le psaume : « Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini ; bienheureux sont ceux qui marchent sans macule et sans tache de péché en la voie des commandements de Dieu. » O combien gracieusement et avec quelle mélodie est-ce que l’entonna notre glorieuse Reine et Maîtresse ? de quoi les anges furent tellement ravis et étonnés, que troupes à troupes ils venaient pour écouter cette divine harmonie, et les cieux ouverts ils se penchaient sur les balustres de la Jérusalem céleste, pour considérer cette Sainte Vierge, laquelle étant parvenue au Temple.
O mes chères âmes, combien allègrement pensez-vous qu’elle monta les quinze degrés de l’autel ; car elle venait, avec un amour non pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans réserve ; et semble que si elle eût osé elle eût dit à ces bonnes dames qui élevaient les filles que l’on dédiait à Dieu dans le Temple : Me voici entre vos mains comme une boule de cire, faites de moi tout ce qu’il vous plaira, je ne ferai nulle résistance à votre volonté.
Aussi était-elle si soumise qu’elle se laissait tourner à toute main, sans jamais témoigner aucune inclination à chose quelconque, se rendant si condescendante qu’elle ravissait tous ceux qui la voyaient, commençant dès-lors à imiter son divin Fils, lequel devait être si soumis à la volonté d’un chacun, que nonobstant qu’il fût en Son pouvoir de résister à tous, Il ne le voulut pourtant jamais faire : et si bien au commencement de Sa Passion il montra Sa toute-puissance, lorsque comme un lion de la tribu de Juda Il se prit à rugir cette parole : « Ego sum, c’est Moi », quand les Juifs Le cherchant pour Le faire mourir, Il leur demanda : « Quem quaeritis ? Qui cherchez-vous ? » Ils Lui dirent : Jésus de Nazareth. C’est Moi, leur dit-il, et par cette parole Il les renversa tous par terre. Mais soudain les ayant fait relever, Il cacha Sa toute-puissance sous le manteau d’une sainte mansuétude et débonnaireté, si bien que dès-lors ils Le prirent et Le conduisirent à la mort, sans que jamais ils vissent en Lui aucune résistance, leur permettant non seulement de Le tondre et dépouiller comme un doux agnelet, mais encore de Lui ôter jusqu’à Sa propre vie, pour accomplir la volonté de Son Père éternel.
Donc la Sainte Vierge, prévoyant cela, se soumit en toute chose, sans réserve quelconque, à tout ce qu’on voulait d’elle, se donnant et abandonnant totalement à la merci de la divine volonté ; mais avec tant de perfection, que jamais nulle créature ne se donna ni s’abandonna si absolument et si parfaitement à la divine Majesté, comme elle fit non seulement en sa sainte conception, mais encore en sa présentation, qui est pour vous autres, mes chères soeurs, une très grande solennité, puisqu’en icelle vous vous venez derechef offrir et consacrer à Dieu par le renouvellement et confirmation de vos voeux.
Or la coutume de faire ce renouvellement s’est toujours pratiquée, et dès le commencement de l’Eglise les anciens chrétiens la pratiquaient au jour anniversaire de leur baptême, qui était le jour qu’ils s’étaient dédiés à Dieu (…). Certes, il est très à propos que les religieux et religieuses les imitent, et fassent tous les ans une fête particulière, au jour de leur dédicace et de leur entrée en la religion : mais d’autant qu’ils ne doivent rien avoir de particulier, vous avez très à propos, mes chères soeurs, choisi le jour de la présentation de Notre-Dame, pour faire ce renouvellement toutes ensemble, et vous offrir derechef à la divine Majesté, sous la protection de cette Sainte Vierge, afin de l’accompagner en son offrande : en quoi se vérifie ce qui a été prédit par le saint prophète David, que plusieurs vierges seraient, à son imitation, amenées après elle au Temple de Dieu pour Lui être offertes et consacrées pour servantes perpétuelles, « Adducentur Regi virgines post eam et proximae ejus afferentur tibi, in laetitia, et exultatione adducentur in Templum Regis » : or il est dit encore qu’elles seront amenées, et viendront avec joie et exultation. C’est donc un jour de joie et de consolation pour vos âmes, que le jour de votre renouvellement et commémoration de votre dédicace à la divine bonté. (…) »

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Extrait du coutumier et directoire
pour les Soeurs Religieuses de la Visitation Sainte Marie :

Coutumier de la Visitation - 21 novembre 001

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2014-103. In memoriam : Dom Marie-Grégoire Girard, osb.

17 novembre,
Fête de Saint Grégoire de Tours, premier historien de la France chrétienne, évêque et confesseur ;
Mémoire de Saint Aignan, évêque d’Orléans et confesseur ;
Mémoire de Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée et confesseur ;
Anniversaire de l’exécution, à Lyon, de Dominique Allier, chef chouan (+ 17 nov. 1798 – cf. ici) ;
Pieuse mémoire du Rd. Père Michel André, prêtre résistant au modernisme (+ 17 nov. 2000 – cf. ici) ;
Pieuse mémoire de Dom Marie-Grégoire Girard osb, ermite (+ 17 nov. 2013).

nika

4 mars 1932  -  17 ou 18 novembre 2013

Dom Marie-Grégoire Girard osb

Dom Marie-Grégoire Girard, osb

       A l’occasion de l’anniversaire de sa mort, laissez-moi vous parler d’un homme assez extraordinaire que j’ai un peu connu : moine bénédictin,  ermite, ascète, veilleur, témoin de la lumière dans les ténèbres de ce monde, le Père Marie-Grégoire.

   Michel Girard était né le 4 mars 1932 à Fontainebleau. Entré tout jeune homme à l’abbaye bénédictine de Fleury (Saint-Benoît sur Loire), où il reçut le nom de Frère Marie-Grégoire, il prononça les vœux monastiques le 18 novembre 1952 – huit mois et demi après son vingtième anniversaire – , puis fut ordonné prêtre le 11 juin 1960.

   Après quatorze ans de vie commune (exerçant les fonctions de cérémoniaire et de sacristain), il est appelé à une plus extrême radicalité. Sa vocation à la vie érémitique ayant été authentifiée par ses supérieurs et conseillers spirituels, il entra en solitude en janvier 1965.
Il s’installa d’abord en Suisse, puis en 1967 dans de vieux bâtiments du village de Sainte-Croix, à quelques kilomètres à l’ouest de Die.
Après deux ou trois autres essais en des lieux qui se révélèrent finalement peu propices au recueillement ou à son genre de vie, au début des années 70 il trouva enfin un lieu conforme à la vie très austère et retirée à laquelle il aspirait, sur une crête, à quelque 760 m d’altitude au-dessus du tout petit village de Saint-Andéol en Quint, toujours dans le Diois.

   Son ermitage était une petite cabane de planches, de la taille d’un abri de jardin, sans confort et sans électricité bien sûr. Le Père disait plaisamment qu’il avait l’eau courante, en désignant la source qui sourdait une cinquantaine de mètres en contrebas de son ermitage (avec une pente avoisinant les 80%).
Pour rendre visite au Père Marie-Grégoire, il fallait laisser son véhicule sur la place de Saint-Andéol en Quint, près de la minuscule église, puis, par un chemin étroit – malaisé en certains passages (je me souviens d’y être allé à l’automne et on pouvait facilement glisser) – monter, monter, monter à travers la forêt, pendant environ trois quart d’heure.

   Son alimentation était strictement végétarienne et, en quarante-huit ans de vie érémitique, le Père Marie-Grégoire n’a jamais vu le médecin.
Homme de très profonde spiritualité – sinon il n’aurait pas « duré » dans cette solitude ! – , accueillant à tous avec bonhommie, son regard pénétrant semblait aller jusqu’aux tréfonds de l’âme de celui avec qui il conversait.
Sérieux, certes, rayonnant de la foi tranquille qui l’habitait même lorsque la conversation ne tournait pas sur un sujet pieux, « l’ermite du Diois » portait un regard d’une impitoyable lucidité sur les dérives du monde contemporain, les travers de notre société, et les déviances ou errances de « l’Eglise dans le monde de ce temps » (et sur certains « hommes d’Eglise » qui ne sont pas des « hommes de Dieu »).
Mais si ses propos étaient fermes, au point de sembler durs à entendre pour certaines oreilles, ils n’étaient cependant jamais amers, et Dom Marie-Grégoire persillait volontiers la conversation de traits d’humour, voire de réflexions un peu goguenardes, qui faisaient pétiller ses pupilles d’une malice quasi enfantine.

   « Travailleur infatigable, tant manuellement qu’intellectuellement, il avait entièrement écrit et confectionné à la main ses livres d’office, et composé quelques volumineux ouvrages bibliques et apologétiques » (homélie des obsèques prononcée par le T.Rd. Père Abbé de Fleury, le 29 novembre 2013).

   « Paradoxalement, cet ermite perché sur son nid d’aigle, totalement en marge de la société, connut un large rayonnement (…). Sa vie rayonna parce qu’elle était « cachée avec le Christ en Dieu » (Col. III, 1), qu’il n’y avait pas de hiatus entre ce qu’il professait et ce qu’il pratiquait, qu’il possédait le sens des relations, connaissant tout le monde, se souvenant du nom de chacun, priant pour tous. Il réussit à harmoniser un retrait du monde sans compromis et une présence attentive à celui-ci ; il nous indique ainsi le secret de l’apostolat : ce n’est pas une affaire de recettes, de méthodes ou d’organisation, mais d’authenticité de vie, de ferveur intérieure et de forte conviction » (ibid.).

   C’est un promeneur qui, le 18 novembre 2013, trouva le corps sans vie du Père, recouvert d’une mince pellicule de neige, son bidon à côté de lui, entre son ermitage et la source. Comme il avait un peu neigé dans les premières heures de cette journée du 18 novembre, on en a déduit qu’il était mort soit le 17, soit aux premières lueurs du 18 : le jour du soixante et unième anniversaire de sa profession monastique !
Comme lors de la profession des saints voeux, d’ailleurs, il était prosterné de tout son long, visage contre terre… 

   Beaucoup de ceux qui l’ont connu, beaucoup de ceux qui – un peu « dérangés » par le choc de leur première rencontre avec ce veilleur sur la montagne – ont décidé de remonter à son ermitage pour interroger, se laisser interroger et écouter, beaucoup de ceux qui entretenaient avec lui une correspondance, n’hésitent pas à dire qu’ils ont connu en lui un véritable saint : un saint à la manière des anciens pères du désert, un saint aux vertus plus éclatantes que celles de certains récents « canonisés » dont l’impact semble plus médiatique ou idéologique que profondément surnaturel.
Ce que j’ai moi-même personnellement retenu de mes échanges avec Dom Marie-Grégoire est trop personnel pour que j’en fasse état ici aujourd’hui, mais, n’ayant appris son décès que plusieurs longues semaines après, je ne pouvais laisser passer le premier anniversaire de son rappel à Dieu sans, dans ma modeste mesure, rendre témoignage de la vie quotidiennement héroïque qui fut la sienne…

Ut in omnibus glorificetur Deus
Afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Saint Andéol en Quint - l'église

Saint-Andéol en Quint : le centre du village avec sa toute petite église
[c’est là qu’il fallait laisser sa voiture avant d’entamer la « grimpette » jusqu’à l’ermitage du Père Marie-Grégoire)

2014-102. De l’anniversaire de la profession de foi tridentine.

- 13 novembre 1564 -

Armoiries de Pie IV (Jean-Ange de Médicis)

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Pie IV

       Le 13 novembre 1564, conformément aux décisions du saint concile de Trente concernant la réforme générale de l’Eglise, afin d’assurer la transmission de la doctrine catholique authentique, par les Constitutions Apostoliques « Iniuctum nobis » et « In sacrosancta Beati Petri » publiées toutes deux en ce jour, Sa Sainteté le Pape Pie IV rendit obligatoire dans toute l’Eglise une profession de foi : tous les évêques, tous les prêtres et tous les clercs chargés d’enseigner devraient désormais en faire une profession publique avant d’entrer en fonction.
A la suite du premier concile du Vatican, en 1877, le texte de cette profession de foi tridentine fut complété par deux ajouts.
En 1910, le Pape Saint Pie X y ajouta le serment antimoderniste (dont le texte a déjà été publié dans les pages de ce blogue > ici) et l’ensemble de cette « profession de foi catholique » fut mis en tête du Code de Droit canonique publié en 1917.
Comme nous avions eu l’occasion de le dire (cf. > ici), Paul VI abrogea l’obligation de ce serment en 1967, jusqu’à ce que, en 1998, Jean-Paul II promulgue une nouvelle profession de foi, qui n’a ni la même teneur ni la même force.
A l’occasion donc de l’anniversaire de cette promulgation, il nous a paru judicieux et utile pour la foi de nos amis et de nos lecteurs, de redonner ci-dessous la traduction en français du texte de cette « profession de foi tridentine ».

Arnolfo di Cambio St Pierre (Vatican)

Basilique de Saint-Pierre au Vatican :
Statue de Saint Pierre par Arnolfo di Cambio (vers 1300)

       Moi, N…, je crois et je professe d’une foi ferme tous et chacun des articles contenus dans le symbole de la foi dont se sert l’Église romaine, c’est-à-dire : 

   Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles ; et en un Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel [homoousios] au Père, par qui tout a été fait ; qui pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, par le Saint Esprit s’est incarné de la Vierge Marie, et s’est fait homme ; il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ; a souffert ; a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son règne n’aura pas de fin ; et en l’Esprit Saint, le Seigneur, qui vivifie ; qui procède du Père et du Fils ; qui avec le Père et le Fils est conjointement adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes. 

   Et en une Eglise sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

   J’accepte et j’embrasse très fermement les traditions apostoliques et celles de l’Église, et toutes les autres observances et constitutions de cette même Église. De même j’accepte l’Écriture sainte, suivant le sens qu’a tenu et que tient notre sainte mère l’Église, à qui il appartient de juger du véritable sens et de l’interprétation des saintes Écritures. Je n’accepterai et je n’interpréterai jamais l’Écriture que selon le consentement unanime des Pères.

   Je professe aussi qu’il y a, véritablement et à proprement parler, sept sacrements de la Loi nouvelle, institués par notre Seigneur Jésus-Christ et nécessaires au salut du genre humain, bien que tous ne le soient pas pour chacun : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage. Ils confèrent la grâce et, parmi eux, le baptême, la confirmation et l’ordre ne peuvent être réitérés sans sacrilège. Je reçois et j’accepte aussi les rites reçus et approuvés de l’Église catholique dans l’administration solennelle des dits sacrements.

   J’embrasse et je reçois tous et chacun des articles qui ont été définis et déclarés au saint concile de Trente sur le péché originel et la justification.

   Je professe également qu’à la messe est offert à Dieu un sacrifice véritable, proprement dit, propitiatoire pour les vivants et les morts, et que, dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, se trouvent vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et qu’un changement s’accomplit, de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sang, changement que l’Église catholique appelle transsubstantiation. J’affirme aussi que, sous une seule des espèces, c’est le Christ tout entier et complet et le véritable sacrement qu’on reçoit.

   Je tiens sans défaillance qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles. Et également que les saints qui règnent conjointement avec le Christ doivent être vénérés et invoqués ; qu’ils offrent pour nous des prières à Dieu et que leurs reliques doivent être vénérées. Je déclare fermement qu’on peut avoir et garder les images du Christ et de la mère de Dieu toujours vierge, ainsi que celles des autres saints, et qu’il faut leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus. J’affirme aussi que le pouvoir des indulgences a été laissé par le Christ dans l’Église et que leur usage est très salutaire au peuple chrétien.

   Je reconnais la sainte, catholique et apostolique Église romaine comme la mère et la maîtresse de toutes les Églises. Je promets et je jure vraie obéissance au Pontife romain, successeur du bienheureux Pierre, chef des Apôtres. et vicaire de Jésus-Christ.

   Je reçois et je professe sans en douter tout ce qui, par les saints canons et par les conciles œcuméniques, principalement par le saint concile de Trente [et par le concile œcuménique du Vatican (1)], a été transmis, défini et déclaré [spécialement sur le primat du Pontife romain et son magistère infaillible (1)]. En même temps, je condamne, je rejette et j’anathématise également tout ce qui leur est contraire et toute espèce d’hérésie condamnée, rejetée et anathématisée par l’Église.

   Cette vraie foi catholique, hors de laquelle personne ne peut être sauvé, que je professe présentement de plein gré et que je tiens sincèrement, moi, N… je promets, je prends l’engagement, et je jure de la garder et de la confesser, Dieu aidant, entière et inviolée, très fidèlement jusqu’à mon dernier soupir, et de prendre soin, autant que je le pourrai, qu’elle soit tenue, enseignée et prêchée par ceux qui dépendent de moi ou par ceux sur qui ma charge me demandera de veiller. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles. 

(1) : Ajouts de 1877.

Tiare et clefs de Saint Pierre

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