Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

Prière pour demander la glorification de l’abbé Antoine Crozier.

Le chanoine Antoine Crozier sur son lit de mort

- l’Abbé Antoine Crozier (1850-1916) sur son lit de mort -
prêtre de l’archidiocèse de Lyon, chanoine honoraire de la cathédrale de Belley,
remarquable conducteur d’âmes, stigmatisé,
rappelé à Dieu le 10 avril 1916.

Sainte Eucharistie

Prière pour demander à Dieu la glorification de Son fidèle serviteur l’abbé Antoine Crozier :

Dieu notre Père,
Vous appelez des hommes à tout quitter pour Vous suivre,
et Vous en faites des prêtres selon Votre Coeur.

Vous nous avez donné,
en la personne d’Antoine Crozier,
un prêtre admirable de fidélité,
apôtre de Votre miséricorde,
associé en sa chair à la Passion de Votre Fils.

Accordez-nous, par son intercession,
la grâce que nous Vous demandons (…).

Et faites qu’un jour l’Eglise proclame sa sainteté
pour le renouveau des vocations sacerdotales
et du peuple chrétien tout entier.

O Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

(Prière approuvée par Son Eminence le Cardinal-archevêque de Lyon)

Merci de bien vouloir signaler tout grâce particulière
reçue par l’intercession de l’abbé Crozier,
à l’adresse suivante :

Paroisse de l’Immaculée Conception – Abbé Crozier
34, rue Servient. 69003 Lyon.

Sainte Eucharistie

On lira aussi avec profit dans les pages de ce blogue :
- Florilège de citations extraites de la correspondance spirituelle du Père Crozier > ici
- Le texte de son opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » > ici
- Son Chemin de Croix pour la France > ici

2016-26. Où, à l’occasion du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, le Maître-Chat Lully publie quelques citations méconnues de ce très grand maître spirituel.

Samedi 9 avril 2016.
Dans l’Ordre de Saint-Augustin, la fête de la translation de Sainte Monique.

Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans les pages de ce blogue, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la très remarquable figure du chanoine Antoine Crozier (1850-1916), en publiant l’intégralité du texte de l’opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » et de son « Chemin de Croix pour la France ».

Pour une évidente raison de facilité, on présente souvent le chanoine Crozier comme étant un prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui fut en étroite relation d’amitié spirituelle avec le Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916).
Mais il est tout aussi évident qu’on ne peut le « réduire » à cette seule amitié, et encore moins à le placer dans l’ombre du saint ermite saharien.

J’espère avoir un jour la possibilité de vous parler de manière plus exhaustive de sa vie, qui mérite bien d’être connue, d’autant qu’à l’heure actuelle les biographies les plus intéressantes – notamment celle du Révérend Père Maillet, mariste lyonnais, publiée en 1948 – sont quasi introuvables ! Néanmoins, de manière récurrente, dans des publications plus récentes concernant le Bienheureux Charles de Foucauld, ou au sujet des grandes figures lyonaises de spiritualité aux XIXe et XXe siècles, trouve-t-on la mention de plus en plus appuyée du chanoine Crozier et du rayonnement spirituel qu’il exerça, profondément et longtemps après sa mort, sur un très grand nombre d’âmes.
C’est ainsi aussi que nous avons eu la très grande joie et consolation de voir réédité, en avril 2010 (éditions P. Téqui), grâce au zèle diligent d’un ami prêtre, l’opuscule « Comment il faut aimer le Bon Dieu », précieux vademecum de vie chrétienne fervente, d’une stupéfiante simplicité autant que d’une permanente actualité, qui avait connu de très nombreuses éditions depuis sa première publication en 1882, mais qui avait été bien occulté depuis le triomphe apparent de la désertification spirituelle consécutive au second concile du Vatican.

Ce 10 avril 2016 est le jour exact du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier : accablé de souffrances, âgé de seulement de soixante-six ans et deux mois, il s’endormit dans le Seigneur le lundi de la Passion 10 avril 1916, à son domicile (rue du Doyenné, à l’ombre de la Primatiale Saint-Jean dans laquelle il avait reçu les sacrés stigmates de Notre-Seigneur seize ans plus tôt).

Pour marquer ce centenaire, j’ai décidé de vous offrir un petit florilège de citations tirées des lettres de direction sprituelle du chanoine Antoine Crozier.
Je vous en souhaite bonne lecture ; je vous souhaite surtout d’y puiser de grandes forces spirituelles et consolations.

Lully.

frise

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

frise

Petit florilège de citations tirées de la correspondance spirituelle
du
chanoine Antoine Crozier :

« Je crains toujours d’opposer à Notre-Seigneur des obstacles et des bornes.
Je crois voir et sentir que le don de mon coeur à Jésus n’a pas cette générosité, cette plénitude, cette universalité que l’amour d’un Dieu a bien le droit d’attendre et d’exiger…
Il faut un coeur donné, livré, pour donner à Jésus des âmes et des coeurs ! »

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« Ne nous laissons pas absorber par l’intensité et la continuité de la lutte intérieure et extérieure. Soyons toujours et quand même joyeux et dilatés… Dieu aime les âmes gaies.
Les âmes sont comme les plantes : il n’y a que celles qui sont largement épanouies qui reçoivent abondamment la rosée et le soleil, et produisent des fruits… 

Quel puissant apostolat que celui de la joie, de l’amabilité et de la sérénité ! »

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« Un simple acte d’universel abandon est une prière toute puissante sur le Coeur de Dieu.
Quelles grâces peut obtenir, pour l’Eglise et pour les âmes, une vie toute d’abandon et d’union à toutes les volontés de Dieu, à tous les desseins de Jésus ! »

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« Pour nous, perdre du temps, c’est perdre de l’amour et des âmes ! »

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« La prière la plus parfaite est celle de Jésus : Seigneur, que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Ne nous lassons pas de la répéter dans les plus profondes ténèbres et les crises les plus aigües. »

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« Etre saint, c’est rude, cela coûte, il ne faut rien se passer…
La peine, la lutte, cela fait entrer le métier de la sainteté dans le corps : il faut absolument s’y mettre, et ce n’est pas fini. C’est immense, c’est pressé ! »

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« Je crois, j’adore, j’aime dans la nuit, sans voir les étoiles, ni ce qu’elles cachent. J’attends avec une ferme confiance la vision de la réalité qui, seule, me remplira, me rassasiera. 
Est-ce trop d’acheter par les sacrifices de ma foi, par les obscurités de mon pauvre esprit et par les angoisses de mon pauvre coeur, la vision et la possession des divines splendeurs ?
Du fond de nos ténèbres, nous pouvons toujours prier, aimer.
Oui, tout cela sans enthousiasme, mais avec le calme résolu, inébranlable d’une volonté qui ne sait ni se refuser ni se reprendre… »

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« La prière suprême, c’est le fiat de l’Agonie : Que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Et le fiat de la mort : O Mon Père, Je remets Mon âme entre Vos mains ! »

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« S’abandonner, c’est plus que se donner ; c’est l’acte décisif de l’amour, de cet amour parfait qui n’aime absolument plus rien que le Bon Plaisir de Dieu. »

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« L’oeuvre des oeuvres, c’est la sanctification des âmes.
Cela doit nous faire comprendre combien nous devons être fidèles à la grâce, combien nous devons discerner les moindres souffles de l’Esprit d’Amour. »

Sacré-Coeur

Prière pour demander la glorification de l’Abbé A. Crozier > ici

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus !

Prière du Vénérable Pie XII
à
Jésus Ressuscité

(Prière extraite du discours prononcé en italien le Saint Jour de Pâques 25 mars 1951. Encore une fois, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par l’actualité de cette prière du « Pasteur angélique »…)

Passignano le Christ ressuscité

Domenico Cresti, dit Le Passignano : la Résurrection – détail (Pinacothèque Vaticane)

Afin que la joie pascale ne s’éteigne pas avec le déclin du jour, mais qu’elle se prolonge longtemps et qu’elle pénètre les coeurs plus fortement frappés par la tourmente qui bouleverse aujourd’hui le monde, que Votre bénédiction, ô Jésus, descende, pour apporter le renouveau et la paix sur ce peuple qui fait monter vers Vous, d’une voix unanime, un hymne de louange, de gratitude et d’imploration !

Bénissez, ô divin Rédempteur, la hiérarchie sacrée, les ministres du sanctuaire et les aspirants au sacerdoce, tous ceux qui renonçant au monde, se sont consacrés à Vous sous les formes les plus diverses de la vie religieuse.

Bénissez les troupes hardies de l’apostolat des laïques et ravivez en eux, dans la mesure la plus complète, le courage de professer la foi chrétienne, l’ardeur du zèle, la fermeté virile de la fidélité !

Bénissez les dirigeants des nations et inspirez-leur des desseins de justice et de paix, de fraternelle entente et d’aide réciproque, afin que libérés de toute soif de domination et de violence, les peuples puissent vivre et servir Dieu dans un travaill pacifique et une sereine tranquillité, et passer ainsi de la laborieuse journée terrestre à la béatitude de la céleste patrie !

Bénissez les familles dans le sein protecteur desquelles croissent les générations qui formeront l’Eglise de demain ! Bénissez et soutenez les jeunes gens et les jeunes filles, dont la pureté, la valeur, la joie spirituelle sont une des plus ferventes sollicitudes de votre Epouse immaculée !

Bénissez et réconfortez ceux que les plaisirs terrestres et les erreurs insidieuses ont atteints dans leurs sentiments et dans leurs pensées, dans leur conduite et dans leurs oeuvres, et, dans la confusion de la tiédeur, de l’indifférence, de l’éloignement de Dieu, aidez-les à retrouver la voie qui seule conduit à la Vérité et au salut !

Répandez Votre bénédiction sur tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme !
Suscitez en nombre toujours plus grand des âmes généreuses, prêtes à accourir partout où se fait entendre un cri, une plainte, un soupir, prêtes à consacrer leur esprit, leurs bras et leurs biens au soin de tant d’enfants abandonnés dans les rues, au soutien de tant de vieillards privés de tout secours, de tant de miséreux qui ont peine à vivre entre la nécessité et la maladie, de tant de réfugiés errant à la recherche d’une nouvelle patrie, de tant d’opprimés victimes des injustices humaines !
Donnez le courage à tous ceux qui gémissent dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les lieux d’exil et de souffrance, injustement peut-être !
Accroissez la fermeté de ceux qui pâtissent dans leur honneur, leur liberté et leur chair pour la défense de leur foi : exemples lumineux de fidélité à Vous, divin Triomphateur de l’enfer et de la mort !

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus ! Que Votre règne arrive et s’étende ! Que Votre empire resplendisse sur la terre, mieux connu, mieux aimé, plus puissant, comme est infinie la puissance de Votre Sang divin, répandu pour la rédemption du monde entier !

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

2016-20. Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion.

Mercredi Saint.

S’il y a une scène de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a été chère à la piété des fidèles, d’une manière très spéciale à la fin du Moyen-Age et jusqu’au XVIIe siècle, mais qui est bien souvent oubliée aujourd’hui, c’est celle des adieux de Jésus à Sa Mère avant la Passion.

Lorsque l’on parle des « Adieux du Christ à Sa Mère » ou du « Christ prenant congé de Sa Mère », il ne s’agit pas de la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire, scène absente des Saints Evangiles, mais rapportée par la Tradition, qui fait l’objet de la quatrième station du Chemin de la Croix.
Il ne s’agit pas davantage du moment où, déjà crucifié et avant de rendre le dernier soupir, Jésus a remis Saint Jean à Sa Mère et Sa Mère à Saint Jean, l’un et l’autre debouts au pied de Son gibet d’infamie, ainsi que cela nous est rapporté par le quatrième Evangile (Jean XIX, 26-27).

Selon une très antique tradition – car le fait ne se trouve pas non plus dans les Evangiles canoniques, mais il se trouve toutefois confirmé par les révélations dont furent gratifiés plusieurs grands mystiques (note 1) – , avant Sa Passion (le Mercredi Saint au soir où le Jeudi Saint au matin), Notre-Seigneur eut un entretien particulier avec Sa Sainte Mère : l’un et l’autre ayant pleinement conscience que désormais « Son heure » était maintenant venue (cf. Jean II, 4).

Evidemment, nous sommes bien loin des délires modernes et modernistes selon lesquels Jésus n’aurait pas su ce qui allait Lui arriver.
Non ! J’insiste fortement sur ce point : Jésus connaissait bien et dans tous les détails ce qui allait se passer ; Il le voulait (« C’est pour cette heure que Je suis venu » – Jean XII, 27 b), et Il S’avançait librement vers Sa douloureuse Passion.

De son côté, Notre-Dame aussi, depuis l’Annonciation, savait parfaitement – elle qui était remplie de la grâce du Saint-Esprit et qui connaissait très bien les prophéties par lesquelles Jérémie et Isaïe avaient annoncé les souffrances du Messie – à quels tourments et supplices son divin Fils était promis : lorsqu’elle a prononcé son « Fiat », elle l’a fait en pleine connaissance de tout ce à quoi cela l’engageait.
Il n’y a donc rien de plus normal à ce que, avant d’accomplir les mystères sacrés de notre rédemption, Notre-Seigneur ait voulu quelques instants d’intimité spirituelle avec Sa Très Sainte Mère, si parfaitement unie à Sa volonté et à Ses desseins salvateurs…

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - Tolède 1595

Le Greco : le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère (1595 – Tolède, musée de Santa Cruz)

La scène du Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion a été représentée par plusieurs artistes de renom : on pourrait citer pêle-mêle Albrecht Dürer, Cornelis Engelbrechtsz, l’Arétin, le Corrège, Albrecht Altdorfer, Bernhard Strigel,  Lorenzo Lotto, ou Federico Barocci.

Très souvent, ces peintres ont donné une dimension un peu spectaculaire, pathétique, à la représentation de ces adieux : c’est  la douleur naturelle à la perspective de la séparation et de la souffrance qui s’y exprime, parfois jusqu’aux larmes ou à l’évanouissement, comme un écho de la « pâmoison » de Notre-Dame au moment de la rencontre sur le chemin du Golgotha (note 2).

Tel n’est pas le cas du tableau de Domínikos Theotokópoulos (Δομήνικος Θεοτοκόπουλος : car pendant toute sa vie il signera ses œuvres de son nom complet en caractères grecs), plus connu sous son surnom de Le Greco (1541-1614), intitulé « Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère », tableau conservé au musée Santa-Cruz de Tolède et daté de 1595.

Merveilleux tableau, rayonnant d’une profonde compréhension spirituelle du mystère qui se joue en cet instant !
Le Greco n’y a fait figurer que Jésus et Marie : point d’apôtres étonnés ou de disciples émus, point de Madeleine éplorée ou de saintes femmes larmoyantes.
Les visages du Christ et de Sa Mère sont d’une expressive beauté. Une beauté qui semble provenir du plus intime de leur être pour s’épanouir à l’extérieur. Une beauté surnaturelle.
L’intensité des regards – plongés l’un dans l’autre – est si éloquente qu’on comprend bien qu’ils n’ont pas besoin d’entrouvrir les lèvres pour communiquer et pour se comprendre.

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les regards

Point de pathos romantique ni de gestuelle spectaculaire.
Les sentiments sont spiritualisés : le tableau ne laisse aucune place à la sentimentalité ni à la sensiblerie, mais il nous introduit dans une espèce de dialogue sans paroles qui n’en est pas moins d’une exceptionnelle qualité et profondeur d’échanges.

Dans le clair obscur du tableau, après les deux visages, les mains du Christ et de Sa Mère sont ce à quoi il importe de prêter une attention maximale.
De Sa main droite, le Christ fait un geste d’une sobre éloquence. L’index pointé vers le haut désigne-t-il le Ciel, la ville de Jérusalem ou bien encore la proche colline du Golgotha ?
De toute manière, il dit : « Mère, l’heure qui n’était pas encore venue lorsque nous étions à Cana, l’heure d’être totalement livré aux affaires de Mon Père et que mes trois jours d’absence à l’âge de douze ans préfiguraient, l’heure de l’immolation du véritable Agneau Pascal – Mon heure ! – est advenue… »
A la main droite du Christ, répond la main droite de la Vierge posée sur le haut de sa poitrine. A sa manière, elle dit : « Mon Enfant, n’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai conçu en mon sein virginal par la seule action de l’Esprit de Dieu ? N’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai porté pendant neuf mois, que je Vous ai mis au monde dans l’étable de Bethléem, que je Vous ai allaité et que j’ai veillé sur Votre petite enfance comme aucune mère ne l’a jamais fait ici-bas pour aucun des fils des hommes ? Je Vous ai accompagné jusqu’à cette heure pendant les années de Votre vie cachée et de Votre vie publique : jamais je ne me suis mise en travers de Votre chemin, pourtant souvent incompréhensible selon les manières humaines de penser et d’agir, et, quoi qu’il puisse en coûter à ma nature, à ma sensibilité et à mon coeur de mère, ce n’est pas aujourd’hui que je vais opposer la moindre réticence aux desseins de Dieu. Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse selon Votre parole… »

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les mains droites

Le nimbe lumineux qui entoure la tête de Jésus, qui n’est même pas une auréole mais un simple halo dans lequel est exquissée la forme de la Croix, peut signifier tout à la fois l’espèce d’effacement de la puissance divine du Christ dans Sa Passion et l’annonce du caractère glorieux de cette dernière.
La tête de Notre-Dame, elle, n’est pas nimbée, mais son contour est juste mis en valeur par une espèce de rayonnement discret dans lequel on peut voir signifiée la lumière indéfectible de la foi qui n’abandonnera jamais l’âme de Marie, même au plus fort de sa déréliction.

Comme dans les icônes de la « Mère de Dieu de la Passion », les manteaux sombres qui enveloppent le Christ et Sa Mère symbolisent la souffrance, la mort, l’humilité de leur humanité qui dérobait aux regards des humains la grandeur de leurs vertus et de leur sainteté, tandis que le rouge de leur tunique exprime tout à la fois l’ardeur de leur charité et le sang du martyre.

Enfin, il y a les deux mains gauches : la main du Christ dans laquelle on peut déjà deviner la crispation douloureuse que produira l’enfoncement du clou, et la main délicate de Marie qui soutient le poignet de son Fils comme pour dire mieux que ne le peuvent faire tous les mots de la terre : « Je serai là ! Je ne Vous suivrai jusqu’au bout, et Vous pourrez toujours puiser dans mon âme unie à la Vôtre, la compassion et la consolation que Vous refuseront alors les coeurs des hommes, ô mon divin Fils ! »
L’index gauche de la Mère de Dieu, pointé vers le bas, veut-il dire : « Votre sang ne sera pas répandu en vain sur cette terre : de cette divine semence lèveront jusqu’à la fin des temps des générations de rachetés et de saints » ? Ou bien constitue-t-il une sorte de signe à l’adresse de celui qui regarde le tableau pour lui dire : « Si bas que tu sois tombé, la Passion de mon Fils peut te relever » ?

Quant à l’index gauche de Jésus ne semble-t-il pas me dire personnellement ce que Saint Jean entendra dans quelques heures : « Voici ta mère » ?

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail

Note 1 : Quand je parle de mystiques, je ne fais pas référence à de pseudo visionnaires qui ont publié des espèces de pieux romans fleuves dégoulinants de sentimentalisme, mais à des saints canonisés dont l’Eglise – sans toutefois obliger les fidèles à y adhérer – reçoit avec une respectueuse vénération les révélations privées : citons par exemple Sainte Gertrude de Helfta, Sainte Brigitte de Suède et Sainte Françoise Romaine, Sainte Angèle de Foligno et Sainte Thérèse d’Avila, Saint Denys l’Aréopagyte et Saint Bernard de Clairvaux, le Bienheureux Henri Suso et Saint Jean de la Croix… etc.

Note 2 : La « pâmoison » ou le « spasme » de Notre-Dame pendant la Passion (soit au moment de la rencontre avec son Fils pendant le chemin de la Croix, soit sur le Calvaire, ou soit enfin au moment de la déposition de Croix) ont été illustrés par de nombreuses représentations aux XVe et XVe siècles : cela permettait aux artistes (peintres ou sculpteurs) une certaine théâtralité dans la mise en scène des douleurs de la Vierge. Toutefois, l’Eglise est intervenue pour mettre fin à ce type de représentation. L’Evangile en effet ne dit pas que Marie s’est évanouie ou qu’elle a perdu connaissance, mais qu’elle était debout au pied de la Croix – « Stabat » (cf. Jean XIX, 25) - attitude exprimant une certaine fermeté dans son extrême douleur et une pleine conscience.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

nika

« Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours ».

- Cantique attribué à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort -

1er février,
Fête du Bienheureux Guillaume Repin
et de ses 98 Bienheureux compagnons – prêtres, religieuses et laïcs – martyrs,
à Angers et à Avrillé, dans les premières semaines de l’année 1794.
Voir > ici, > ici et > ici.

La première édition de ce célèbre cantique se trouve, en 1749, dans un recueil de cantiques pour les missions publié à Lyon par les Jésuites. Une tradition très ancienne en attribue les paroles à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, sans que l’on puisse toutefois l’attester de manière irréfragable : on note que certaines expressions et les idées de ce chant sont plutôt favorables à cette attribution.
Plusieurs témoignages nous rapportent que les ecclésiastiques, religieuses et humbles fidèles massacrés dans les provinces de l’Ouest pendant la grande terreur chantaient ce cantique dans la charette qui les conduisait vers l’échafaud ou dans ces longues files qu’on emmenait à la fusillade.
En cette fête du Bienheureux Guillaume Repin et de ses compagnons, martyrs à Angers et à Avrillé, en complément des textes que j’ai déjà publiés à leur sujet (voir les liens ci-dessus), je veux publier ci-dessous les paroles de ce cantique, telles qu’elles figurent dans l’édition de référence des cantiques de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Martyrs d'Avrillé

Les Bienheureux Martyrs d’Avrillé fusillés au bord des fosses dans lesquels leurs corps vont être jetés
(détail d’un vitrail de la chapelle du Champ des Martyrs)

Je mets ma confiance.

Je mets ma confiance,
Vierge, en votre secours,
Servez-moi de défense,
Prenez soin de mes jours ;
Et quand ma dernière heure
Viendra fixer mon sort,
Obtenez que je meure
De la plus sainte mort.

Sainte Vierge Marie,
Asile des pécheurs,
Prenez part, je vous prie,
A mes justes frayeurs :
Vous êtes mon refuge,
Votre Fils est mon Roi,
Mais Il sera mon Juge,
Intercédez pour moi.

Ah ! Soyez-moi propice
Avant que de mourir,
Apaisez Sa justice,
Je crains de la subir ;
Mère pleine de zèle,
Protégez votre enfant,
Je vous serai fidèle
Jusqu’au dernier instant.

A dessein de vous plaire,
O Reine de mon coeur !
Je promets de rien faire
Qui blesse votre honneur :
Je veux que, par hommage,
Ceux qui me sont sujets,
En tous lieux, à tout âge,
Prennent vos intérêts.

Voyez couler mes larmes,
Mère du bel Amour ;
Finissez mes alarmes
Dans ce mortel séjour :
Venez rompre ma chaîne,
Pour m’approcher de vous,
Aimable Souveraine,
Que mon sort serait doux !

Vous êtes, Vierge Mère,
Après Dieu, mon support ;
Je sais qu’Il est mon Père,
Mais vous êtes mon fort :
Faites que dans la gloire,
Parmi les bienheureux,
Je chante la victoire
Du Monarque des cieux.

« Les Oeuvres du Bx de Montfort »
Ses cantiques avec notes par le R.P. F.Fradet smm, édition type
Librairie mariale – Pontchâteau 1932.

Enfin, voici un autre enregistrement que celui que j’avais déjà publié (tout en bas de page ici), puisque les paroles de ce cantique peuvent-être chantées sur deux mélodies différentes. Dans ma première publication, c’était la mélodie du très ancien noël populaire « Or nous dites Marie » ; ci-dessous voici la seconde version, interprétée par la Schola Sainte-Cécile, avec pour les couplets des paroles qui différent de celles du recueil de référence : le cantique a en effet connu un certain nombre de variantes au XIXe siècle, selon les recueils et leurs diverses éditions.

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Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 1 février, 2016 |Pas de commentaires »

2016-9. De Sainte Bathilde, Reine des Francs, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde,
Mémoire de Sainte Martine,

Anniversaire de la mort de S.A.R. le Prince Alphonse de Bourbon (cf. > ici).

Il y a des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
A ce propos, permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse anecdotique amusante : un jour, dans une conversation qui roulait sur l’histoire de l’Eglise et la sainteté, à plusieurs reprises Frère Maximilien-Marie s’était exclamé à la mention de certains noms de saints : « L’une de mes saintes préférées ! » ou encore : « Un de  mes saints de prédilection ! ». Le bon père dominicain qui était son interlocuteur finit par lui rétorquer, dans un soupir : « Dites-nous plutôt quels sont les saints que vous ne préférez pas… La liste sera plus courte ! »

Il y a donc, oui, des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
Et Sainte Bathilde, dont le propre de France mentionne la fête à la date du 30 janvier, est de ce nombre.

Sainte Bathilde sur un vitrail de l'église Ste Radegonde à Poitiers

Sainte Bathilde représentée sur un vitrail de l’église Sainte Radegonde à Poitiers

Anglo-Saxonne de naissance (elle était probablement née en 626 mais d’autres avancent la date de 630), Bathilde avait été emmenée en captivité et vendue comme esclave alors qu’elle était à peine adolescente. Elle avait été achetée par Archambaud (ou Erchinoald), Maire du palais de Clovis II, Roi de Neustrie et de Bourgogne. Clovis II était fils du fameux Roi Dagobert 1er et il n’avait que quatre ans à la mort de son père, en 629. 

Bathilde gagna rapidement la faveur de tous, en raison de son charme, de sa beauté et de sa nature gracieuse et douce. Elle était aimée aussi bien de ses compagnes esclaves, envers lesquelles elle témoignait de nombreuses attentions telles que le nettoyage de leurs chaussures et de leurs vêtements, que de ses maîtres, si bien que lorsque Archambaud perdit son épouse, il résolut d’épouser la jeune esclave.
Bathilde, alarmée par cette perspective, se déguisa avec de vieux vêtements et des haillons, et se cacha le temps de se faire oublier.
Archambaud, p
ensant qu’elle s’était définitivement enfuie, épousa une autre femme. Lorsque Bathilde l’apprit, elle revint au palais pour reprendre son service, essuyant force moqueries parce qu’elle avait préféré la condition d’esclave à celle de princesse. 

Elle attira toutefois l’attention du Roi Clovis II qui était à peine plus âgé qu’elle (il était né en 625), et qui l’épousa : en 649, la jeune esclave devint donc Reine des Francs. 
Elle donna à Clovis II cinq enfants, dont trois fils qui furent Rois après lui : Clotaire III (Roi de Neustrie et de Bourgogne), Childéric II (Roi d’Austrasie puis de tous les Francs après la mort de Clotaire III) et Thierry III (Roi de Neustrie et de Bourgogne à la mort de Clotaire III, rapidement détroné par Childéric II, puis Roi de tous les Francs à la mort de Childéric II et de son cousin Dagobert II). 

Ste Bathilde statue dans les jardins du Palais du Luxembourg (Paris)

Sainte Bathilde : statue érigée dans les jardins du Palais du Luxembourg à Paris (détail).

A la mort de son époux (survenue le 31 octobre 657, alors qu’il n’avait que 22 ans), Bathilde fut nommée régente pour son fils aîné, Clotaire III, Roi de Neustrie, qui n’avait que cinq ans. 
Elle gouverna avec compétence et sagesse pendant huit ans, s’attachant à réformer les abus et à rendre son peuple heureux, ayant pour principaux conseillers Saint Éloi, évêque de Noyon, et Saint Ouen, évêque de Rouen.

N’oubliant jamais qu’elle avait été esclave, Bathilde usa en particulier de son pouvoir pour soulager ceux qui étaient en captivité. A cette époque, il n’était pas rare que les plus pauvres vendissent leurs propres enfants comme esclaves quand ils n’avaient plus de ressources. Bathilde réduisit les impôts, interdit l’achat d’esclaves chrétiens et la vente de sujets francs, et déclara que tout esclave qui mettait le pied dans le Royaume serait libre, dès cet instant. 

Bathilde soutint le travail de l’Eglise de tout son pouvoir, tant en ce qui concerne l’évangélisation de ses peuples que dans les oeuvres d’instruction et de charité. Elle lutta contre la simonie et favorisa la vie religieuse : elle fonda deux abbayes royales – celles de Corbie et de Chelles – et soutenait de ses largesses les abbayes royales de Saint-Denys et de Saint-Martin de Tours, les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Jouarre, de Luxeuil… etc. et nombre d’autres établissements ecclésiastiques et sanctuaires.
Elle fonda et dota des hospices, n’hésitant pas à vendre ses propres bijoux pour venir en aide aux nécessiteux.
Sous son gouvernement enfin, des forêts furent défrichées afin de permettre l’extension des terres agricoles. 

Ste Bathilde près du lit mortuaire de St Eloi

Sainte Bathilde près du lit de mort de Saint Eloi (tableau du XVIIe siècle)

Quand son fils, Clotaire III, fut en âge de gouverner, Bathilde se retira à l’abbaye royale de Chelles, qu’elle avait fondée dans la vallée de la Marne.
On raconte qu’elle eut par trois fois la vision de Saint Eloi, rappelé à Dieu peu de temps auparavant, qui lui enjoignait de quitter le siècle et de prendre le voile.
C’est de tout coeur qu’elle avait renoncé au monde et aux honneurs, aussi ne voulut-elle avoir aucun statut particulier dans la communauté, vivant l’humilité et la parfaite obéissance comme la dernière des moniales : « Il me semble que le plus grand bonheur qui me puisse arriver, c’est d’être foulée aux pieds de tout le monde », aurait-elle déclaré.

Elle mourut à Chelles le 30 janvier 680.
A l’heure de rendre le dernier soupir, elle déclara qu’elle voyait une échelle partant de l’autel de la Sainte Vierge et dressée jusqu’au ciel, et que, sur celle-ci, elle se voyait elle-même montant en compagnie des anges.

Elle fut inhumée à Chelles, et non à Saint-Denis auprès de son époux Clovis II.

Vénérée dès après sa mort, son culte fut promu par les abbesses de Chelles (nombre d’entre elles étaient de la famille royale), en particulier par Sainte Gisèle (+ 810), abbesse de Chelles et soeur de Saint Charlemagne.
Quoique ses reliques eussent déjà fait l’objet d’une élévation (ce qui, à cette époque, correspondait à peu de choses près à ce que nous appelons aujourd’hui une canonisation), présidée par l’évêque de Paris, et de translations, Sainte Bathilde fut définitivement canonisée par le pape Nicolas II, au Xe siècle.
Ses reliques furent protégées par les habitants de Chelles lors des pillages et profanations révolutionnaires, et nous ont donc été conservées.

Leonhard Beck 1480-1552 vision de Ste Bathilde

Vision de Sainte Bathilde (gravure de Leonhard Beck – XVe siècle)

Oraison propre de la Messe de Sainte Bathilde :

O Dieu, qui avez enseigné à la Bienheureuse Bathilde à passer de tout son coeur de la grandeur du monde à l’humilité de la Croix, accordez-nous que, par son intercession et son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables de la terre, et par l’embrassement de Votre Croix nous triomphions de tout ce qui nous est contraire.
O Vous qui vivez et régnez… etc.

Oraison de la fête de Ste Bathilde

2016-5. Abbé Edgeworth de Firmont : correspondance, récits, lettres inédites.

frise lys

Plutôt que de dire que « nous lisons », il est plus exact de dire que « nous étudions » en ce moment, au Mesnil-Marie, le gros volume (presque 600 pages), que le Révérend Père Pic o.p. - bien connu pour sa sûreté doctrinale, théologique et politique – a fait paraître aux éditions du Cerf en 2013.

Cet ouvrage est remarquable à plus d’un titre : d’une part il réunit tous les écrits actuellement connus sortis sous la plume de l’Abbé Edgeworth de Firmont, ce prêtre dont la mémoire reste à jamais bénie pour le ministère qu’il accomplit auprès de Sa Majesté le Roi Louis XVI les 20 et 21 janvier 1793 ; mais d’autre part, à travers une longue et rigoureuse introduction, puis par des notes précises, il nous permet d’entrer  de manière exacte dans l’univers de cet ecclésiastique et d’en saisir au mieux toute l’envergure et l’importance, qui ne se réduit pas à sa seule présence auprès du Roi-martyr à l’instant suprême.

Un ouvrage qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques de ceux qui s’intéressent au vrai visage de la révolution et qui vénèrent la famille royale immolée.
Un ouvrage qui ne doit pas seulement être bien placé sur une étagère, mais qu’il convient de lire plus d’une fois, d’approfondir et même, en certains passages, de méditer assidûment afin de se bien pénétrer de toute sa richesse historique et spirituelle.

Edgeworth Pic

Abbé Edgeworth de Firmont : « Correspondance, récits, lettres inédites »
Edition établie, présentée et annotée par le Rd. Père Augustin Pic op
(Ed. du Cerf – 2013)

Quatrième de couverture :

Les brefs mémoires et la correspondance de l’abbé Edgeworth de Firmont, ultime confesseur de Louis XVI, ont été publiés presque huit ans après sa mort en 1807, sous la Restauration. L’essentiel en a été repris en Angleterre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une petite monographie traduite en France à l’occasion du bicentenaire de la Révolution. Ces textes et cette étude n’avaient toutefois donné lieu à aucune approche historique de fond. La découverte d’une trentaine de lettres manuscrites nous a donné l’occasion de reprendre l’ensemble de ces textes pour les faire mieux connaître.
On trouvera réunis ici les textes de 1815 et 1818, dont la Relation des derniers instants du Roi et ces lettres nouvelles sont aussi intéressantes sur la vie et l’esprit de leur auteur qu’utiles pour vérifier l’authenticité des pièces déjà publiées. L’introduction fait état des connaissances sur le personnage, par la mise en lumière de ses réseaux de relations et d’amitiés en France, en Irlande, en Angleterre et ailleurs, de son statut institutionnel dans l’Eglise de Paris pendant la crise révolutionnaire (historiquement douteux avant ces nouvelles lettres), de son lien à la famille royale aux Tuileries puis au Temple, de ses fonctions auprès de Louis XVIII émigré, de ses convictions sur le rapport du politique et du religieux, et de sa spiritualité.
Cette première étude sur un homme dont le souvenir qu’on en garde se réduit le plus souvent au célèbre « Fils de saint Louis, montez au ciel », qu’il ne se souvenait plus d’avoir prononcé un certain 21 janvier 1793, permet aussi d’entrevoir quelques personnalités, maintenant bien oubliées, du clergé contre-révolutionnaire.

Augustin Pic, dominicain, docteur en théologie de l’université de Strasbourg, est enseignant en spiritualité à l’université catholique de l’Ouest (Angers).

Abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont

frise lys

Tous les textes relatifs à Sa Majesté le Roi Louis XVI et à son martyre
publiés dans les pages de ce blogue :
- Un récit des dernières heures du Souverain > ici
- Le testament de Louis XVI > ici

– Son voeu au Sacré-Coeur > ici
– Maximes et pensées de Louis XVI > ici
– La complainte « Louis XVI aux Français » > ici
– L’allocution consistoriale du Pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI > ici
– L’oraison funèbre de Louis XVI prononcée à Rome devant le Pape > ici
– Le récit de l’exhumation des restes de Louis XVI et Marie-Antoinette en janvier 1815 – à partir d’ > ici
– Le transfert des dépouilles royales à Saint-Denis (21 janvier 1815) > ici
– Les funérailles solennelles des Souverains martyrs le 21 janvier 1815 > ici
– La Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI (20 janvier 1816) > ici

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2016 |1 Commentaire »

2015-108. Du huit-cent-cinquantième anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne et de la séquence « Urbs Aquensis » en son honneur.

1165 – 29 décembre – 2015

Charlemagne trésor d'aix la chapelle détail de la chasse 1215 orfèvre rhénan anonyme

Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle : le Bienheureux Charlemagne
(détail de l’un des reliquaires – bronze doré 1215)

C’est aujourd’hui, 29 décembre 2015, le huit-cent-cinquantième anniversaire de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Charlemagne (rappelons qu’à cette époque on ne faisait pas encore de différence entre les « bienheureux » et les « saints »), qui fut célébrée à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165.

Je n’ai aucune envie de redire ici ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire à ce sujet le 28 janvier 2014 à l’occasion du douzième centenaire de la mort du grand Roi des Francs et Empereur (cf. > ici), même si quelques « catho-hyper-coincés » – qui s’estiment sans doute mieux inspirés que le pape Benoît XIV (1740-1758) qui trancha pourtant la question, au terme d’une polémique de plusieurs siècles – continuent à nous faire grief de conserver et de défendre le culte liturgique du Bienheureux Charlemagne.

Justement, dans un premier temps, la fête de la translation de Saint Charlemagne (on entend par translation l’acte de transporter des reliques d’un lieu à un autre, en l’occurrence il s’agissait ici de la cérémonie par laquelle on avait retiré ses restes de son tombeau pour les déposer dans une chasse et les exposer à la vénération des fidèles, le 29 décembre 1165) fut célébrée avec plus d’éclat que son dies natalis (le jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 28 janvier).
Ce n’est qu’après 1215 que la fête de Saint Charlemagne au 28 janvier supplanta en solennité l’anniversaire du 29 décembre.

C’est du temps où la principale fête du saint roi et empereur était donc celle du 29 décembre que date la séquence « Urbs Aquensis », dont je publie aujourd’hui, à l’occasion de ce huit-cent-cinquantième anniversaire, le texte latin et la traduction ci-dessous.

Cette pièce constitue l’un des plus anciens témoins qui soient parvenus jusqu’à nous de la liturgie de Saint Charlemagne.
D’Aix-la-Chapelle pour laquelle elle avait été composée, cette prose se répandit assez rapidement dans tout l’empire (parfois avec des adaptations : des villes qui avaient été elles aussi des résidences impériales substituant leur nom à celui d’Aix à la première ligne).
Abandonné au XIX ème siècle, l’usage de cette séquence a été rétabli à Aix-la-Chapelle en 1931 (on en trouvera la partition sur le site de la Schola Sainte-Cécile > ici).

Au temps de la guerre de cent ans, Sainte Jeanne d’Arc voyait Saint Louis et Saint Charlemagne à genoux devant le trône de Dieu, Le suppliant pour la France et pour son Roi légitime.
Ainsi donc de même, en nos temps troublés et malheureux, recourrons avec ferveur à l’intercession du saint empereur pour que Dieu délivre la France et l’Europe des grands maux dont elles sont menacées…

Lully.

Armoiries de Charlemagne

Urbs Aquensis, urbs regalis,
Regni sedes principalis,
Prima regni curia,

Regi regum pange laudes
Quae de magni regis gaudes
Caroli praesentia.

Iste coetus psallat laetus,
Psallat chorus hic sonorus
Vocali concordia.

At dum manus operatur
Bonum, quod cor meditatur,
Dulcis est psalmodia.

Hac in die duo festa
Magni regis magna gesta
Recolat Ecclesia.

Reges terrae et omnes populi
Omnes simul plaudant et singuli
Celebri laetitia.

 

Hic est Christi miles fortis
Et invictae dux cohortis
Decem sternit millia.

Terram purgat lolio
Atque metis gladio
Ex messe zizania.

Hic est magnus imperator,
Boni fructus bonus sator
Et prudens agricola.

Infideles hic convertit
Fana, deos, hic evertit
Et confregit idola.

Hic superbos domat reges,
Hic regnare santas leges
Fecit cum justitia.

Quam tuetur sine fine
Ut et justus, sed nec sine
Sit misericordia.

Oleo laetitiae unctus dono gratiae
Ceteris prae regibus, cum corona gloriae
Majestatis regiae, insignitur fascibus.

 

O Rex mundi triumphator,
Jesu Christi conregator,
Sit pro nobis exorator,
Sancte Pater Carole,

Emundati a peccatis,
Ut in regno claritatis
Nos, plebs tua, cum beatis
Caeli simus incolae.

Stella maris, ô Maria,
Mundi salus, vitae via,
Vacillantum rege gressus
Et ad Regem des accessus
In perenni gloria.

Christe, splendor Dei Patris,
Incorruptae Fili Matris,
Per hunc sanctum, cujus festa
Celebramus, nobis praesta
Sempiterna gaudia.

Amen.

Cité d’Aix, cité royale,
Siège principal de la royauté,
Palais préféré de nos princes,

du Roi des rois chante la louange,
en ce jour où tu te réjouis de la fête
du grand roi Charles.

Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.

Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, ce que le cœur médite
est une douce psalmodie.

En ce double jour de fête,
que l’Église honore
la grande geste du grand roi.

Que les rois de la terre et tous les peuples applaudissent ensemble et fassent entendre un unique concert joyeux.

C’est ici le fort soldat du Christ,
et le chef de l’invincible cohorte
qui en renverse dix mille.

Il purge la terre de l’ivraie,
et de son glaive il affranchit la moisson
en extirpant l’ivraie.

C’est là le grand Empereur,
bon semeur d’une bonne semence
et prudent cultivateur.

Il convertit les infidèles,
il renverse temples et dieux,
et il brise les idoles.

Il dompte les rois superbes,
il fait régner les saintes lois
avec la justice.

Les yeux sans cesse fixés sur elle,
De sorte qu’en étant juste, il ne soit
Cependant pas sans miséricorde.

Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.

Ô Roi triomphateur du monde,
toi qui règnes avec Jésus-Christ,
sois pour nous un intercesseur,
ô Charles, notre père saint !

Afin que, purs de tout péché,
dans le royaume de la lumière,
nous, ton peuple, avec les bienheureux
Nous soyons habitants du Ciel.

Étoile de la mer, ô Marie,
salut du monde, voie de la vie,
dirige nos pas vacillants
et donne-nous accès auprès du Roi
dans la gloire sans fin.

Ô Christ, splendeur de Dieu le Père,
fils d’une Mère sans tache,
par ce Saint dont nous célébrons la fête, daigne nous accorder
l’éternelle joie.

Ainsi soit-il !

Aix-la-Chapelle, cathédrale

Aix-la-Chapelle : la cathédrale

2015-107. Où l’on évoque, au jour du centenaire de sa naissance, la figure d’Edith Piaf et ses liens privilégiés avec Sainte Thérèse de Lisieux.

Samedi des Quatre-Temps d’hiver 19 décembre 2015,
mémoire du Bienheureux Urbain V (cf. > ici),
centenaire de la naissance d’Edith Piaf.

Edith Piaf enfant

Edith toute petite fille

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je fais partie de ceux que sa voix émeut et chamboule jusqu’au plus intime de l’être – cela ne se contrôle pas, c’est physique – , je suis aussi du nombre de ceux que sa vie si chaotique touche profondément, et ce n’est pas en raison d’une frénésie « pipole ». Voilà pourquoi je ne veux pas laisser passer ce 19 décembre 2015 sans évoquer le centenaire de la naissance d’Edith Giovanna Gassion, née à Paris le 19 décembre 1915, mondialement connue sous son nom de scène : Edith Piaf.

Certaines bonnes âmes réprouveront peut-être mon attachement à cette « fille de rien », élevée dans une maison close, sans éducation religieuse, aux défauts si marqués, à la vie sentimentale si agitée et scandaleuse, et à laquelle l’Eglise refusera les funérailles ecclésiastiques (note *) : « J’ai péché… Mea culpa !… Que ceux qui n’ont jamais péché me jettent la première pierre ; que ceux qui n’ont jamais aimé me refusent une prière… » a-t-elle chanté dans « Mea culpa ».
Et finalement, même si la grâce de Dieu nous a préservés de semblables errements, n’en est-il pas pourtant ainsi aussi pour chacun d’entre nous ?

Tout à la fois ange et démon, Edith, même si elle n’a pas fait de déclarations ni de déballages intimes sur cet aspect encore largement ignoré de sa vie, était en dépit de tout animée par une profonde et sincère croyance : la foi des pauvres gens qui n’ont pas reçu d’instruction religieuse et auxquels la rue a servi d’école de vie.
Une foi authentique toutefois, qui ne se pose pas de questions théologiques mais croit en une vie éternelle au-delà de la mort et qui, dans l’ignorance pratique du Bon Dieu, de Sa Loi et de Ses sacrements, cherche cependant à aller vers Lui par l’intercession de Ses saints.
« Il n’est pas possible qu’une fois mort on ne soit vraiment que poussière… Il y a quelque chose qui nous échappe, que nous ne connaissons pas… Je crois en Dieu. Il serait trop injuste que ceux qui ont souffert sur cette terre ne trouvent la paix que réduits en poussière. Le Paradis viendra… après le Jugement dernier » dit-elle à son infirmière quelques jours avant de mourir. Et aussi : « Je n’ai pas peur de la mort. C’est une autre vie qui commence », et elle lui demande d’aller à l’église Sainte-Rita de Nice pour y faire brûler un cierge. L’infirmière objecte : « Mais, Edith, j’y suis allée la semaine dernière… » et s’attire cette réponse : « Retournes-y, deux cierges valent mieux qu’un ! »

La foi fruste d’Edith s’exprimait dans le culte des saints, et au plus haut point par la relation privilégiée qu’elle eut avec Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Ses proches en ont témoigné : Edith la colérique, Edith la jalouse, Edith la luxurieuse, et malgré tout Edith au coeur d’enfant vivait dans une proximité quotidienne et quasi physique avec la petite carmélite de Lisieux.

On le sait, à l’âge de six ans, devenue aveugle à cause d’une kératite aigüe, Edith fut guérie à la suite d’un pélerinage à Lisieux.
Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de sourire en pensant à ce pèlerinage si peu conventionnel où l’on vit une mère maquerelle et ses « filles » – qui, même si elles avaient fait de gros efforts de tenue afin de paraître « respectables », ne pouvait pas passer inaperçues – venir s’agenouiller et prier sur la tombe de la bienheureuse, avec une petite fille portant un bandeau noir sur les yeux…
Depuis lors, Edith a toujours gardé un lien intime et profond avec la sainte carmélite : elle retournera souvent prier à Lisieux (y emmenant parfois ses amants !) ; tous les soirs, elle s’agenouillait pour prier devant l’image de Thérèse posée en évidence sur son chevet, lors même qu’il y avait un homme dans son lit ; il lui est arrivé de monter à genoux – incognito – les escaliers de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, pour demander pardon à la sainte après une mauvaise action ; et plusieurs fois aussi il est arrivé à Edith de sentir un parfum de rose surnaturel, signe des grâces de Thérèse…
Chaque fois qu’elle entrait en scène, Edith se signait et embrassait la croix qu’elle portait toujours autour du cou.

« Edith et Thérèse, la Sainte et la Pécheresse » : Jacqueline Cartier et Hugues Vassal ont cosigné, il y a déjà plusieurs années, cet ouvrage qu’on ne peut lire (ou relire) sans émotion.
N
ous touchons là au mystère des âmes et à la stupéfiante manière dont le Bon Dieu peut établir des relations privilégiées entre certaines d’entre elles pour, malgré tout, communiquer Ses grâces et oeuvrer au salut des pécheurs.

Ici, je ne peux m’empêcher de vous rapporter, en guise de conclusion, cette admirable citation du chanoine Antoine Crozier, ce prêtre lyonnais stigmatisé que j’aime tant et qui fut l’ami intime du Bienheureux Charles de Foucauld (cf. > ici et ici) :
« De même qu’Il va prendre très loin, sur l’immensité des mers, les pluies qu’Il fait tomber dans nos champs, Dieu va prendre plus loin encore les grâces qu’Il nous donne. Et c’est ainsi que, dans le livre de nos vies, les plus belles pages sont souvent écrites par les mérites des autres, par les prières de quelque moine ou de quelque carmélite, immolés silencieusement au fond de leur cloître »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.       

Edith et Thérèse la sainte et la pécheresse

« Edith et Thérèse – la Sainte et la Pécheresse »
Jacqueline Cartier et Hugues Vassal (ed. Anne Carrière)

Note * : on remarquera toutefois que malgré le refus des funérailles à l’église (l’Osservatore Romano faisant remarquer qu’elle avait vécu en état de péché public), plusieurs ecclésiastiques furent présents au cimetière lors des obsèques d’Edith. Outre le curé de sa paroisse parisienne et le Rd Père Leclerc, dominicain et aumônier du monde des spectacles, fut aussi présent Monseigneur Martin, venu spécialement de Rome pour la circonstance, qui gardait à Edith une reconnaissance éternelle parce que, à Marseille, « elle l’avait sauvé du suicide et lui avait rendu la foi ».

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 19 décembre, 2015 |8 Commentaires »
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