Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2010-36. Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France.

3 septembre,
fête du saint Pape Pie X.

Profitons de la fête de ce jour pour publier un texte très célèbre mais qu’il est toujours bon et réconfortant de lire, particulièrement en nos temps de décadence sociale et spirituelle, temps d’incertitudes et de crise profonde pour notre Patrie.

Saint Pie X, qui aimait beaucoup la France et fut très affecté par les événements douloureux qui affectèrent les catholiques français au cours de son pontificat (expulsion des congrégations, loi dite de « séparation des Eglises et de l’Etat », inventaires et vexations contre le clergé…), prononça un jour ces paroles que l’on considère comme une prophétie sur l’avenir de la France :

Saint Pie X

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux Fonts Baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation.
Les mérites de tant de ses Fils qui prêchent la vérité de l’Evangile dans le monde presque entier et dont beaucoup l’ont scellée de leur sang, les prières de tant de Saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons dans la Gloire Céleste les frères bien-aimés de leur patrie, la piété généreuse de tant de ses Fils, qui, sans s’arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique, et, par dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les Tabernacles répandent leur âme dans les expressions que Dieu même met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes Divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes.
Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répétera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? » . Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même « . Et elle, tremblante, étonnée, dira : »Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

A l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, le saint Pontife prononça aussi les paroles suivantes :

« Je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein Triomphe… Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi, et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le Cœur des Français, répète aussi sans cesse au Ciel la prière : Grand Dieu, sauvez la France ! ».

Avec les mots mêmes de Saint Pie X, prions aujourd’hui pour la France :

« Ô Marie, conçue sans péché,
regardez la France,
priez pour la France,
sauvez la France !
Plus la France est coupable,
lus elle a besoin de votre intercession :
un mot à Jésus reposant dans vos bras, et la France est sauvée !
Ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France ! »

Armoiries de Saint Pie X

Le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion
de la canonisation de Saint Pie X se trouve > ici

2010-34. « Un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle » : dans sa catéchèse du 25 août, Benoît XVI est revenu sur la figure de Saint Augustin.

Notre Saint Père le Pape Benoît XVI a déjà consacré plusieurs catéchèses du mercredi à Saint Augustin dans son cycle sur les Pères de l’Eglise et les grands théologiens chrétiens (cf. > ici, et > ici et encore > ici). Lors de l’audience générale du 25 août 2010 il est revenu sur la figure de celui que l’on peut sans hésitation qualifier de plus grand des Docteurs de l’Occident.

Couronnement de la Vierge et Saint Augustin

Saint Augustin contemplant le couronnement de la T.Ste Vierge

Chers frères et sœurs,

Dans la vie de chacun de nous, il y a des personnes très chères, que nous sentons particulièrement proches, certaines sont déjà dans les bras de Dieu, d’autres parcourent encore avec nous le chemin de la vie : ce sont nos parents, notre famille, les éducateurs ; ce sont des personnes auxquelles nous avons fait du bien ou dont nous avons reçu du bien ; ce sont des personnes sur lesquelles nous savons pouvoir compter. Il est important, cependant, d’avoir également des « compagnons de voyage » sur le chemin de notre vie chrétienne : je pense au directeur spirituel, au confesseur, à des personnes avec lesquelles on peut partager sa propre expérience de foi, mais je pense également à la Vierge Marie et aux saints. Chacun devrait avoir un saint qui lui soit familier, pour le sentir proche à travers la prière et l’intercession, mais également pour l’imiter. Je voudrais donc vous inviter à connaître davantage les saints, à commencer par celui dont vous portez le nom, en lisant sa vie, ses écrits. Soyez certains qu’ils deviendront de bons guides pour aimer encore davantage le Seigneur et des soutiens valables pour votre croissance humaine et chrétienne.

Comme vous le savez, je suis moi aussi lié de manière particulière à certaines figures de saints : parmi celles-ci, outre saint Joseph et saint Benoît dont je porte le nom, ainsi que d’autres, il y a saint Augustin, que j’ai eu le grand don de connaître de près, pour ainsi dire, à travers l’étude et la prière et qui est devenu un bon « compagnon de voyage » dans ma vie et dans mon ministère. Je voudrais souligner encore une fois un aspect important de son expérience humaine et chrétienne, également actuel à notre époque où il semble que le relativisme soit paradoxalement la « vérité » qui doit guider la pensée, les choix, les comportements.

Saint Augustin est un homme qui n’a jamais vécu de manière superficielle ; la soif, la recherche tourmentée et constante de la Vérité est l’une des caractéristiques de fond de son existence ; mais pas cependant des « pseudo-vérités » incapables d’apporter une paix durable dans le cœur, mais de cette Vérité qui donne un sens à l’existence et qui est « la demeure » dans laquelle le cœur trouve la sérénité et la joie. Son chemin, nous le savons, n’a pas été facile : il a pensé trouver la Vérité dans le prestige, dans la carrière, dans la possession des choses, dans les voix qui lui promettaient un bonheur immédiat ; il a commis des erreurs, il a traversé des moments de tristesse, il a affronté des échecs, mais il ne s’est jamais arrêté, il ne s’est jamais contenté de ce qui lui apportait seulement une étincelle de lumière ; il a su regarder au plus profond de lui-même et il s’est rendu compte, comme il l’écrit dans les « Confessions », que cette Vérité, ce Dieu qu’il cherchait de toutes ses forces était plus proche de lui que lui-même. Il avait toujours été à ses côtés, il ne l’avait jamais abandonné, il était dans l’attente de pouvoir entrer de manière définitive dans sa vie(cf. III, 6, 11 ; X, 27, 38). Comme je le disais en commentant le récent film sur sa vie, saint Augustin a compris, dans sa recherche tourmentée, que ce n’est pas lui qui a trouvé la Vérité, mais que c’est la vérité elle-même, qui est Dieu, qui l’a cherché et qui l’a trouvé (cf. L’Osservatore Romano, jeudi 4 septembre 2009, p.8 ). Commentant un passage du troisième chapitre des Confessions, Romano Guardini affirme que saint Augustin comprit que Dieu est « gloire qui nous jette à genoux, boisson qui étanche la soif, trésor qui rend heureux, [...il eut] la certitude apaisante de celui qui a finalement compris, mais également la béatitude de l’amour qui sait : Cela est tout et me suffit » (Pensatori religiosi, Brescia 2001, p. 177).

Toujours dans les Confessions, au Livre neuf, notre saint rapporte une conversation avec sa mère, sainte Monique dont on célèbre la fête vendredi prochain, après-demain. C’est une très belle scène : sa mère et lui sont à Ostie, dans une auberge, et de la fenêtre ils voient le ciel et la mer, et ils transcendent le ciel et la mer, et pendant un moment ils touchent le cœur de Dieu dans le silence des créatures. Et ici apparaît une idée fondamentale dans le chemin vers la Vérité : les créatures doivent se taire si l’on veut qu’apparaisse le silence dans lequel Dieu peut parler. Cela reste vrai aussi à notre époque : on a parfois une sorte de crainte du silence, du recueillement, de penser à ses propres actions, au sens profond de sa propre vie, on préfère souvent ne vivre que le moment qui passe, en ayant l’illusion qu’il apportera un bonheur durable ; on préfère vivre, parce que cela semble plus facile, de manière superficielle, sans penser ; on a peur de chercher la Vérité ou on a peut-être peur que la Vérité nous trouve, nous saisisse et change notre vie, comme cela s’est produit pour saint Augustin.

Chers frères et sœurs, je voudrais dire à tous, même à ceux qui traversent un moment de difficulté dans leur chemin de foi, à ceux qui participent peu à la vie de l’Eglise ou à ceux qui vivent « comme si Dieu n’existait pas », de ne pas avoir peur de la Vérité, de ne jamais interrompre le chemin vers celle-ci, de ne jamais cesser de rechercher la vérité profonde sur soi-même et sur les choses avec l’œil intérieur du cœur. Dieu ne manquera pas de nous donner la Lumière pour nous faire voir et la Chaleur pour faire sentir à notre cœur qu’il nous aime et qu’il désire être aimé.

Que l’intercession de la Vierge Marie, de saint Augustin et de sainte Monique nous accompagne sur ce chemin.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Prières et litanies en l’honneur du Roi Saint Louis.

La fête de Saint Louis IX est l’occasion de prier d’une manière toute particulière pour la France et pour la famille royale : demandons au saint Roi de veiller du haut du Ciel sur le Royaume des Lys et de protéger sa descendance.
Notons au passage que Monseigneur le Duc d’Anjou, de droit Louis XX, est né 760 ans jour pour jour après son saint ancêtre.

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Regardez-nous du haut du Ciel, Ô Saint monarque ! Et dans cette félicité éternelle que vous possédez, soyez sensibles à nos misères : tout indignes que nous sommes de votre secours, ne nous le refusez pas.

Regardez d’un œil favorable ce royaume que vous avez si sagement gouverné, et si tendrement aimé. Si, par la corruption des vices qui s’y sont introduits depuis votre règne, la face vous en paraît défigurée, que cela même soit un motif pour vous intéresser, comme son roi, à le renouveler : si vous y voyez des scandales, aidez-nous à les retrancher.

Étendez surtout votre protection sur notre auguste monarque. C’est votre fils, c’est le chef de votre maison, c’est l’imitation de vos vertus, c’est la vive image de vos héroïques et royales qualités : car il est comme vous le zèle de Dieu, il est comme vous le protecteur de la vraie religion, le restaurateur des autels, l’exterminateur de l’hérésie.

Obtenez-lui les grâces et les lumières dont il a besoin pour achever les grands desseins que Dieu lui inspire ; que cet esprit de Sainteté qui vous a dirigé dans toutes vos voies vienne reposer sur lui ; qu’il nous anime nous-mêmes, et qu’il nous conduise tous à l’éternité bienheureuse. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Ainsi soit-il.

(Bourdaloue – Péroraison du sermon pour la fête de Saint-Louis)

Saint Louis adorant l'Enfant Jésus que lui présente la Vierge

St Louis faisant hommage de sa couronne et de ses armes à l’Enfant Jésus.

Litanies de Saint Louis

 (extraites du Manuel du Tiers Ordre de Saint François)

Seigneur, ayez pitié de nous (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous (bis)
Jésus-Christ, écoutez-nous (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous

Sainte Marie, conçue sans péché, priez pour nous
Sainte Mère de Dieu,
Sainte Vierge des Vierges,

Saint Louis, prince admirable, priez pour nous
Saint Louis, lis de pureté,
Saint Louis, exemple d’humilité,
Saint Louis, image de vertu,
Saint Louis, prodige de pénitence,
Saint Louis, flamme d’amour et d’oraison,
Saint Louis, lampe ardente et brillante,
Saint Louis, vase d’élection,
Saint Louis, vase insigne de religion,
Saint Louis, miroir de la perfection chrétienne,
Saint Louis, très dévot à notre Père saint François,
Saint Louis, contempteur du monde et de ses honneurs,
Saint Louis, plein de zèle pour la maison de Dieu,
Saint Louis, tendre père des pauvres,
Saint Louis, remède des malades,
Saint Louis, appui de la veuve et de l’orphelin,
Saint Louis, juge béni des peuples,
Saint Louis, rédempteur des captifs,
Saint Louis, prédicateur des infidèles,
Saint Louis, deux fois victime pour les Lieux saints,
Saint Louis, terrible dans les combats,
Saint Louis, puissant dans les fers,
Saint Louis, gardien de la France,
Saint Louis, modèle des rois,
Saint Louis, digne de la couronne des rois sur la terre,
Saint Louis, plus digne de la couronne des saints dans le ciel,
Saint Louis, protecteur des armées françaises,
Saint Louis, protecteur du Tiers-Ordre séraphique , priez pour nous

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur

V. Priez pour nous, glorieux saint Louis
R. Afin que nous devenions dignes des promesses de N.-.S.J.-C.

Oraison :

Ô Dieu, qui avez transféré votre confesseur saint Louis d’un royaume terrestre à la gloire céleste, rendez-nous, par ses mérites et son intercession, participants du bonheur du Roi des rois, Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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Sire le Roi, qui envoyiez vos plus beaux chevaliers en escoutes à la pointe de l’armée chrétienne, daignez vous souvenir d’un fils de France qui voudrait se hausser jusqu’à vous pour mieux servir sire Dieu et dame sainte Eglise. Donnez-moi du péché mortel plus d’horreur que n’en eut Joinville qui pourtant fut bon chrétien, et gardez-moi pur comme les lys de votre blason.
Vous qui teniez votre parole, même donnée à un infidèle, faites que jamais mensonge ne passe ma gorge, dût franchise me coûter la vie.
Preux inhabile aux reculades, coupez les ponts à mes feintises, et que je marche toujours au plus dru.
O le plus fier des barons français, inspirez-moi de mépriser les pensées des hommes et donnez-moi le goût de me compromettre et de me croiser pour l’honneur du Christ.
Enfin, Prince, Prince au grand coeur, ne permettez pas que je sois jamais médiocre,mesquin ou vulgaire, mais partagez-moi votre coeur royal et faites qu’à votre exemple je serve à la française, royalement.

Ainsi soit-il.

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Récit de la mort de Saint Louis > ici
Texte des Enseignements de Saint Louis à son fils >
ici

Prière très efficace à Sainte Anne

pour recommander une intention particulière. 

Sainte Anne, la Vierge Marie et l'Enfant Jésus

Sainte Anne, la Sainte Vierge et l’Enfant Jésus.

Très glorieuse Sainte Anne, qui êtes pleine de bonté pour tous ceux qui vous invoquent et pleine de compassion pour tous ceux qui souffrent, me trouvant aux prises avec l’inquiétude et la peine, je viens me jeter à vos pieds et je vous supplie humblement d’intercéder en faveur de cette intention que je vous recommande avec ferveur (…).

Ô Vous qui en apparaissant à Yvon Nicolazic lui avez assuré que tous les trésors du Ciel sont entre vos mains, je vous demande avec une très grande confiance de présenter  mes nécessités à votre Fille très sainte, la Vierge pleine de grâces, et à Jésus,  le Fils de Dieu qui s’est fait votre petit-fils, pour qu’ils me fassent miséricorde.

Ne cessez pas, je vous en supplie, de vous faire mon avocate et d’intercéder pour moi, jusqu’à ce que ma demande obtienne une réponse favorable, si elle est conforme à la toute sainte et adorable Volonté de Dieu et au bien de mon âme. Obtenez-moi par-dessus tout, glorieuse Sainte Anne, d’entrer un jour dans le face à face éternel avec mon divin Sauveur pour le louer, le bénir et l’aimer avec vous et avec Marie dans la famille de tous les saints.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 26 juillet, 2010 |Commentaires fermés

2010-31. La fin et l’esprit de l’Ordre de la Visitation.

Vendredi 2 juillet 2010,
fête de la Visitation de Notre-Dame et premier vendredi du mois.

Willem van Herp - la Visitation

En cette année du 4ème centenaire de la fondation de la Visitation (cf. > ici), nous avons eu l’occasion de rappeler de quelle manière Saint François de Sales avait été amené à envisager la fondation de l’Ordre, avec Sainte Jeanne-Françoise de Chantal (cf. > ici), et comment s’était passée l’ouverture du premier monastère au bord du lac d’Annecy (cf. > ici). Profitons aujourd’hui de ce que cette année la divine Providence a justement voulu que la fête de la Visitation de Notre-Dame coïncidât avec un premier vendredi du mois, jour dédié au Sacré-Coeur de Jésus, pour approfondir la fin propre de l’Ordre et l’esprit particulier que les Saints Fondateurs lui ont donné.

Combien de fois n’ai-je pas entendu dire que Saint François de Sales aurait voulu fonder une congrégation de religieuses dans le but d’en faire des visiteuses des malades et des indigents mais que – les règles canoniques de l’époque ne permettant pas à des religieuses de quitter leur clôture – il avait dû se résigner à n’en faire « que » des contemplatives, lesquelles n’auraient gardé du dessein initial que le nom! Certains ajoutent même que Monsieur Vincent aurait ensuite repris l’idée et aurait réalisé ce que l’évêque de Genève n’avait pas réussi, en contournant l’obstacle des lois ecclésiastiques alors en vigueur et en ne donnant pas aux « Filles de la Charité » le statut canonique de religieuses.

S’il y a quelques petits éléments de vérité dans cette façon de présenter les choses, l’ensemble est néanmoins profondément inexact. Saint François de Sales n’est pas Saint Vincent de Paul et son dessein n’était nullement de créer une congrégation vouée aux oeuvres extérieures de charité. Le nom donné à la fondation n’a pas été choisi en rapport avec  la visite des nécessiteux, mais pour honorer un mystère évangélique : la Visitation de Notre-Dame à Sainte Elisabeth.

Aux religieuses de la Visitation sont donnés comme modèle et idéal de leur consécration les vertus particulières et l’esprit du mystère de la Visitation : mystère d’intime piété, mystère de ferveur simple et joyeuse,  mystère dans lequel l’esprit de contemplation imprègne l’accomplissement des tâches ordinaires, mystère d’émulation discrète, mystère de profonde humilité, mystère de délicat service mutuel, mystère de charité fraternelle

Il est vrai que dans le premier essai des Constitutions de la jeune fondation, Saint François de Sales avait écrit : « Cette Congrégation a deux principaux exercices, l’un de la contemplation et oraison (…); l’autre du service des pauvres et des malades » (Constitutions de 1610). Toutefois l’étude des documents primitifs prouve bien que cette visite des pauvres n’était qu’une « pratique accessoire » (l’expression est de Monseigneur Trochu). En effet ces visites ne devaient prendre aux Visitandines qu’une part restreinte de leur temps : il était prévu qu’elles ne s’y employassent qu’à tour de rôle et deux par deux, désignées pour un mois, et pas plus de deux heures par jour. Dès que le chiffre de douze religieuses était atteint, cela signifiait pour chacune dix mois de l’année pendant laquelle elle ne sortait pas du monastère. Si le saint évêque voulait que ses filles remplissent à la fois le rôle de Marthe et celui de Marie, il n’en demeure pas moins que ce qui était essentiel pour lui était la « meilleure part » (cf. Luc X, 38-42), qu’il donnait l’absolue priorité à la vie de contemplation et de retrait du monde, et qu’il voulait qu’elles soient pleinement des religieuses.

En 1615, la fondation de la Visitation à Lyon (il n’est pas possible de détailler ici toutes les péripéties liées à ce premier essaimage) entrainera l’abandon du projet de visite des pauvres et des malades : les Visitandines seront dorénavant soumises à la clôture, elles prononceront les voeux solennels et seront, dans toute la plénitude canonique du terme, des moniales.

S’il y eut bien une forme de sacrifice dans cette évolution, Saint François de Sales n’y vit point de changement substantiel de son oeuvre. A Monseigneur Denis de Marquemont, archevêque de Lyon, qui lui demandait : « Monseigneur, quelle intention eûtes-vous en fondant ce nouvel institut de femmes, puisque déjà on en compte un si grand nombre? », le saint évêque de Genève répondit : « C’est pour donner à Dieu des filles d’oraison et des âmes si intérieures, qu’elles soient trouvées dignes de servir sa Majesté infinie et de l’adorer en esprit et en vérité. Laissant les grands Ordres déjà établis dans l’Eglise honorer Notre-Seigneur par des vertus éclatantes, je veux que mes filles n’aient d’autre prétention que de le glorifier par leur abaissement ; que ce petit institut de la Visitation soit comme un pauvre colombier d’innocentes colombes, dont le soin et l’emploi est de méditer la loi du Seigneur, sans se faire voir ni entendre dans le monde. »

« Pour en venir en particulier à la fin pour laquelle notre Congrégation a été érigée, et par elle comprendre plus aisément quel est l’esprit particulier de la Visitation, j’ai toujours jugé que c’était un esprit d’une profonde humilité envers Dieu et d’une grande douceur envers le prochain » répètera Saint François de Sales aux premières religieuses (Entretiens spirituels).

Saint François de Sales fondateur de l'Ordre de la Visitation

Plus que partout ailleurs, c’est dans son oeuvre de fondateur que Saint François de Sales apparaît avec le plus de réalisme comme le Docteur de l’Amour divin. Ecartant résolument les prescriptions de grandes austérités habituelles dans les grands Ordres monastiques, voulant que la Visitation puisse recevoir des candidates de petite santé, il ordonne toutes choses à la pratique de la Charité selon le modèle donné par la Vierge Marie dans le mystère de sa Visitation.

Tout au long des Constitutions, Directoires et Coutumier, par mille et une petites remarques ou annotations, Saint François de Sales précise l’esprit de l’Institut. S’il souhaite que la nouvelle congrégation soit accueillante à des postulantes ayant déjà un certain âge aussi bien qu’à des jeunes filles, à des constitutions fragiles aussi bien qu’à des vigoureuses, il déclare de manière ferme et nette : « pourvu qu’elles aient l’esprit sain et bien disposé à vivre en une profonde humilité, obéissance, simplicité, douceur, résignation » (Constitutions). S’il accepte les boiteuses de corps, il écarte résolument les boiteuses d’âme, les mélancoliques, les inconstantes et les opiniâtres !

Les prétendantes à la vie religieuse seront éduquées au courage, elles travailleront à extirper de leur âme tout ce qui peut l’affaiblir et à se comporter en filles fortes, généreuses et magnanimes, pratiquant une piété virile, solide, large, sans mièvrerie : leurs principales mortifications doivent prioritairement être celles de l’imagination et des humeurs, de l’amour-propre et de la satisfaction sensible. La Visitandine doit avoir sans cesse les yeux de l’esprit fixés sur le Calvaire afin de ne plus vivre, comme Jésus-Christ son divin Epoux, que pour le salut et la sanctification des âmes.

Le saint fondateur exhorte avec insistance ses filles à n’avoir qu’un seul coeur et une seule âme, à conserver en toutes choses une vigilante sollicitude les unes pour les autres, à être toujours plus délicates dans l’exercice de la charité fraternelle. Il les avertit aussi qu’il ne suffit point d’avoir reçu une excellente formation pour se croire parvenu à la perfection mais qu’elles devront jusqu’à leur dernier souffle travailler à de nouveaux progrès : « Les voeux ne sont jamais accomplis tant qu’il y a quelque chose à faire, et l’obligation de servir Dieu et de faire progrès en son Amour dure toujours jusqu’à la mort« .

« Tout par amour… » On connaît la formule, justement célèbre, qui sonne comme un mot d’ordre. Saint François de Sales insiste à temps et à contretemps pour faire comprendre que si l’Amour est le but de toute vie chrétienne, et à bien plus forte raison de toute vie consacrée, il est aussi le moyen et la voie pour parvenir à ce but. Il a écrit que « l’Amour est l’abrégé de toute la théologie » (Traité de l’Amour Divin VIII,1) : les entretiens spirituels qu’il vient donner à ses filles (et sont aussitôt retranscrits par elles), les réflexions et avis pratiques qu’il donne à certaines occasions, les billets et les diverses lettres de direction, et jusqu’aux anecdotes en apparence les plus anodines montrent son souci de leur faire comprendre que l’amour est aussi l’abrégé de toute la vie religieuse et comment il s’incarne dans tous les détails de leur vie d’oblation.

Communiant ardemment à l’amour qui brûle au Coeur du Verbe incarné, Saint François de Sales – comme nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer (cf. > ici) – prépare sa chère Congrégation a être le lieu privilégié des révélations du Sacré-Coeur de Jésus grâce auxquelles la ferveur de toutes les familles religieuses et la vie spirituelle de toute l’Eglise seront revivifiées et portées à une perfection nouvelle.

Frère Maximilien-Marie.

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2010-26 : Les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation.

Nous l’avons déjà dit, le quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation, en raison des liens qui unissent le Refuge Notre-Dame de Compassion à cette famille religieuse (cf. > ici), est une invitation à se replonger dans l’esprit de Saint François de Sales et fournit l’occasion de nouveaux approfondissements.

A l’occasion du dimanche de la Sainte-Trinité, nous avons retracé la manière dont s’était passée l’ouverture du premier monastère dans la maison dite « de la Galerie » (cf. ici), mais il n’est pas inutile de rappeler ce que furent les préludes à la fondation de l’Ordre.

Saint François de Sales

En accédant au sacerdoce, puis en étant élevé à l’épiscopat, Saint François de Sales ne se trouva pas seulement affronté aux erreurs doctrinales du protestantisme et aux ravages humains et spirituels qu’il avait provoqués dans les populations, mais il fut également aux prises avec les désordres du clergé et le relâchement des ordres monastiques. En 1604, il écrivait au Pape Clément VIII : « Il est très affligeant qu’entre plusieurs monastères établis dans ce diocèse, on n’en puisse à peine trouver un seul où la discipline ne soit ébranlée et même tout à fait foulée aux pieds, en sorte qu’on ne voit plus même un vestige de l’antique et céleste ferveur…« 

Le saint évêque comprenait avec beaucoup de souffrance intérieure qu’il était vain de vouloir porter ses diocésains à vivre avec ferveur et générosité pour Dieu, si les âmes dédiées à Son service continuaient à donner le mauvais exemple.  Il aura fort à faire pour réformer son clergé et mettre en oeuvre les décisions du Concile de Trente concernant l’admission et la formation aux Ordres Sacrés, la « formation continue » des prêtres et la discipline ecclésiastique.

Pour le clergé régulier également il dut prendre des mesures énergiques ; c’est ainsi qu’il remplaça les chanoines réguliers du monastère Notre-Dame d’Abondance, qui n’étaient plus que six – âgés ou infirmes – et incapables d’assurer décemment le culte divin, par les cisterciens de la réforme des Feuillants, remplis de ferveur. Il dut aussi mener une lutte serrée contre les bénédictins relâchés du prieuré de Talloires pour les obliger à se corriger ou à quitter les lieux.

En 1603, dans une lettre au Nonce Apostolique à la Cour de Turin,  Monseigneur de Sales observait que pour réussir à assainir les instituts religieux « il faudrait un réformateur de grande autorité et prudence« . Il avait trop d’humilité pour penser qu’il puisse l’être  lui-même : il est cependant bien vrai que Dieu le destinait à avoir une influence déterminante sur le renouveau de la vie religieuse en général. « Réformateur », Saint François de Sales le sera en devenant fondateur. En effet, non seulement son action en faveur d’une vie religieuse profondément accordée à l’esprit de l’Evangile va donner sa pleine mesure par la fondation de l’Ordre de la Visitation, mais il va se faire que l’esprit particulier qu’il insufflera à cette nouvelle famille religieuse prédisposera l’Ordre à être le lieu privilégié des révélations du Sacré-Coeur, grâce auxquelles l’ensemble des communautés religieuses et l’Eglise tout entière seront ensuite revivifiées.

En 1604, Monsieur de Genève (ses contemporains l’appelaient ainsi : on donnait aux évêques le titre de « Monsieur » suivi du nom de leur évêché) accepta de prêcher le carême à Dijon. C’est ainsi qu’il va entrer en relation d’amitié avec la famille du Président du Parlement de Dijon, Monsieur Frémyot : il y a d’abord le fils, Monseigneur André Frémyot qui vient d’être nommé archevêque de Bourges et n’est pas encore sacré (c’est Saint François de Sales qui lui confèrera la consécration épiscopale), et il y a surtout Jeanne-Françoise, l’une des deux filles.

Jeanne-Françoise Frémyot baronne de Chantal

Jeanne-Françoise Frémyot est née à Dijon le 23 janvier 1572 (elle plus jeune que Saint François de Sales de 4 ans et demi). Elle n’a que 18 mois lorsque sa mère meurt. Son père lui fit donner une éducation soignée. Elle fait montre dès sa jeunesse d’un esprit vif, d’une volonté ferme et d’une foi profonde. A 20 ans elle a épousé le baron Christophe de Rabutin-Chantal dont elle est très éprise : c’est un mariage heureux! Mais au cours de l’hiver 1600, Christophe est mortellement blessé au cours d’une partie de chasse. Il meurt après neuf jours de terribles souffrances, mais dans des dispositions spirituelles admirables. La jeune veuve a 28 ans et quatre enfants : l’aîné, Celse-Bénigne (*), a tout juste 6 ans ; derrière lui viennent trois filles.

Tout en assumant ses devoirs de mère et de bru, la jeune veuve s’engage dans les voies de la sainteté : elle consacre de longues heures à l’oraison, aux visites charitables auprès des pauvres et des malades, assiste les mourants… Son humilité et sa patience font l’admiration de son entourage. Elle prend pour directeur spirituel un religieux plein de zèle et de ferveur, certes, mais qui dont les qualités de discernement sont fort réduites. Insatisfaite, elle se sent toutefois liée à lui par des voeux qu’il l’a contrainte à prononcer. En 1602, un jour où elle prie Dieu de lui donner un guide spirituel selon son coeur, elle a soudain la vision d’un évêque habillé comme pour dire la messe, tandis qu’une voix lui dit : « Voici le guide bien-aimé de Dieu et des hommes, entre les mains duquel tu dois reposer ta conscience. » Deux ans plus tard, pressé par son père de venir suivre les exercices du carême à Dijon, elle reconnait du premier coup d’oeil en Saint François de Sales, lorsqu’il monte en chaire, l’évêque de sa vision.

Monsieur de Genève aussi, du haut de la chaire, reconnut Madame de Chantal : avant de venir à Dijon, se préparant dans la retraite à ses prédications de carême, il avait vu en esprit une femme de taille plus élevée que la moyenne, au visage empreint de modestie, portant la robe des veuves. Il demanda qui était cette dame à Monseigneur Frémyot, qui fut bien aise de lui dire que c’était sa soeur et qui la lui présenta peu après. Saint François de Sales reçut les confidences de la jeune femme, la libéra de ses voeux imprudents et – après de longues prières – finit par lui déclarer le 5 août suivant qu’il avait acquis la certitude que Dieu voulait qu’il accepte d’être son conseiller spirituel.

Il faudra cependant plusieurs années de maturation pour que la pieuse baronne soit prête à la fondation que Dieu a révélée au saint évêque. D’abord parce qu’il faut que Madame de Chantal lève les obstacles familiaux, et en particulier attende que ses enfants puissent se passer d’elle…

A la Pentecôte 1607, Saint François de Sales s’assure des dispositions de Madame de Chantal. La Révérende Mère de Chaugy – biographe des premières moniales de la Visitation – a relaté ainsi cet entretien :

« Après la messe, avec un visage grave et sérieux, tout recueilli en Dieu, il lui dit : « Ma fille, je suis résolu de ce que je veux faire de vous ». « Et moi, dit-elle, Monseigneur et mon Père, je suis résolue d’obéir ». Sur cela elle se mit à genoux, le bienheureux l’y laissa et se tint debout à deux pas d’elle : « Oui, il faut entrer à Sainte Claire ». « Mon Père, je suis toute prête ». « Non, dit-il, vous n’êtes pas assez robuste, il faut être soeur de l’hôpital de Beaune ». « Tout ce qui vous plaira ». « Ce n’est pas encore ce que je veux, dit-il, il faut être Carmélite ». « Je suis prête d’obéir », répond-elle. Ensuite il lui proposa diverses autres conditions pour l’éprouver et il trouva que c’était une cire amollie par la chaleur divine et disposée à recevoir toutes les formes d’une vie religieuse, telle qu’il lui plairait. Et là-dessus, il lui déclara fort amplement le dessein qu’il avait de notre cher Institut » (Mère de Chaugy, p.95).

Madame de Chantal confiera plus tard qu’à l’énoncé des projets de Monseigneur de Sales elle fut remplie d’un immense bonheur car « je sentis aussitôt une grande correspondance intérieure avec une douce satisfaction et lumière, qui m’assurait que telle était la volonté de Dieu ».

Il faudra encore trois années pour arriver à l’ouverture du premier monastère : trois années riches d’échanges, de mûrissements et de lumières célestes avant qu’au soir du dimanche de la Sainte-Trinité 6 juin 1610 les trois premières Mères et la première Soeur puissent entrer dans la petite maison « de la Galerie » au bord du lac, et y commencer la vie de communauté.

Frère Maximilien-Marie

Armoiries de la Visitation

(*) Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal épousera Marie de Coulanges qui,  en 1626, lui donnera une fille, prénommée elle aussi Marie. Marie de Rabutin-Chantal épousera en 1644 Henri de Sévigné : la célèbre marquise épistolière est donc la petite-fille de Sainte Jeanne de Chantal.

2010-25. Le Sacré-Coeur et la Sainte Eucharistie.

Jeudi après la fête du Sacré-Cœur de Jésus :
Fête du Cœur eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

Attachons-nous aujourd’hui à relever combien Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu que le culte de son Sacré-Coeur soit lié au culte de la Sainte Eucharistie.

La dévotion envers le Cœur adorable de Jésus n’a pas été « inventée » au XVIIème siècle ; on peut dire qu’elle est aussi ancienne que l’Eglise elle-même. Toutefois jusqu’aux apparitions dont fut favorisée Sainte Marguerite-Marie, le culte du Sacré-Cœur était surtout resté le fait d’un nombre assez restreint d’âmes choisies. Nous avions déjà eu l’occasion (cf. > ici) de parler de Sainte Gertrude d’Helfta et de la révélation du Cœur de Jésus qui lui avait été faite le jour de la fête de Saint Jean. La sainte avait alors entendu que la révélation des merveilles du Cœur de Jésus avait « été mise en réserve pour les derniers temps, afin que lorsque la charité du monde alangui ira se refroidissant, il éprouve un renouveau de ferveur à la révélation de semblables merveilles

Au XVIIème siècle donc, Sainte Marguerite-Marie – moniale de la Visitation de Paray-le-Monial – fut l’instrument choisi par la Providence pour faire connaître au « monde alangui » non seulement le Cœur divin du Sauveur, mais aussi l’esprit dans lequel et la manière selon laquelle son culte doit être pratiqué. En tout premier lieu, il importe de  remarquer que la plupart des grandes révélations reçues par Sainte Marguerite-Marie se sont produites en présence du Très Saint-Sacrement.

Apparition du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie

Notre-Seigneur, déchirant en quelque sorte le voile eucharistique  pour manifester son Cœur, attire notre attention sur le Très Saint Sacrement : Il proclame hautement l’amour dont – vivant dans l’Hostie – Il est embrasé ; Il fait connaître à quel point l’indifférence et les manques de respect des hommes envers ce Sacrement Le font souffrir ; Il demande avec insistance un culte d’amour et de réparation qui fasse contrepoids aux outrages dont Il est la victime. Voici pour rappel quelques extraits des écrits de Sainte Marguerite-Marie qui sont parmi les plus importants.

* * * * * * *

Sainte Marguerite-Marie avait déjà reçu de nombreuses grâces mystiques, mais le jour de la fête de Saint Jean l’Evangéliste – 27 décembre 1673 – (notons le parallélisme avec la grâce qu’avait reçu Sainte Gertrude en cette même fête quelque quatre siècles auparavant) Notre-Seigneur lui révèle pour la première fois les mystères de Son divin Cœur :
« Une fois que j’étais devant le Saint-Sacrement (…), Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Coeur sacré, qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois (…). Il me dit : « Mon divin Coeur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition (…). »

Un peu plus tard Sainte Marguerite-Marie entend ces paroles :
« J’ai une soif ardente d’être aimé des hommes dans le Très Saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s’efforce selon mon désir de me désaltérer en usant envers moi de quelque retour. »

Ensuite il y a cette importante révélation (date incertaine, mais sans doute un vendredi) au cours de l’année 1674 :
« Une fois entre autres que le Saint Sacrement était exposé, mon doux Maître se présenta à moi tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Coeur, qui était la vive source de ces flammes.
« Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances : « Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j’ai souffert en ma Passion ; d’autant que s’ils me rendaient quelque retour d’amour, j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux et voudrais, s’il se pouvait, en faire davantage, mais ils n’ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. Toi du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude autant que tu pourras en être capable. Sois attentive à ma voix et à ce que je te demande :
« Premièrement, tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l’obéissance te le voudra permettre, quelques mortifications qui t’en doivent arriver, lesquelles tu dois recevoir comme des gages de mon amour.

« Tu communieras, de plus, tous les premiers vendredis de chaque mois; et toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives…« 

Enfin il y a cette apparition, connue sous le nom de « grande révélation« . Elle eut lieu en 1675 :
« Etant une fois devant le Saint-Sacrement, un jour de son octave (…) me découvrant son Cœur, il me dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les ingratitudes qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels (…).« 

* * * * * * *

Nous le disions plus haut, mais j’insiste parce que les textes vous l’ont bien fait ressortir  et parce que le culte du Sacré-Cœur a été dévié de cette orientation voulue par Jésus : la dévotion au divin Cœur de Jésus, telle que Notre-Seigneur Lui-même l’a enseignée à Sainte Marguerite-Marie et telle qu’il a voulu qu’elle la transmette aux hommes, est un culte de réparation pour tous les péchés commis envers le Saint Sacrement (Jésus emploie les mots d’indifférences, froideurs, mépris, manques de respects, irrévérences, sacrilèges…), soit lorsqu’il est exposé sur les autels, soit lorsqu’il est reçu indignement dans la sainte communion (en se plaignant que ce sont des consacrés qui en usent ainsi !).

La manière dont il veut que cette réparation soit accomplie, c’est de contrebalancer ces fautes par un plus grand amour, un plus grand respect, une plus grande adoration, une plus grande attention envers la Sainte Eucharistie : en communiant davantage, en communiant avec plus de ferveur, et en consacrant plus de temps à l’adoration du Très Saint Sacrement.

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Prières au Cœur Eucharistique de N.S.J.C. :
- Supplication au Cœur eucharistique > ici
- Prière écrite par le Rd Père Lepidi > ici

2010-24. De Sainte Pétronille et de sa protection sur la France.

1er juin, fête de Sainte Pétronille ;
Commémoraison de Sainte Angèle Mérici ;
Commencement du mois du Sacré-Cœur (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 1er juin – en réalité sa mention au martyrologe est le au 31 mai mais la fête de Marie Reine, instituée par le vénérable Pie XII en 1954 pour conclure solennellement le « mois de Marie », nous oblige à décaler d’un jour sa célébration liturgique – nous célébrons la fête de Sainte Pétronille, fête qui fut extrêmement populaire jadis en France, comme en témoigne un certain nombre de dictons. J’ai retenu celui-ci : « Pluie de Sainte Pétronille, quarante jours mouillera nos guenilles ». Cela ne me réjouit guère parce qu’il a plu une grande partie de la matinée et, même si la fin de l’après-midi a été radieuse, je crains  très fort que nous n’ayons un été pourri…

Mais revenons à la sainte elle-même.
Elle est malheureusement bien oubliée à notre époque et c’est fort dommage. En effet, depuis le temps de Pépin le Bref, elle a été considérée comme une protectrice spéciale du Royaume de France.
Il faut d’ailleurs noter que chaque année, depuis des siècles et jusqu’à nos jours, cette fête est marquée, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, par une messe particulière célébrée pour la France à l’autel où sont conservées les reliques de Sainte Pétronille.

Cette tradition m’a amené à chercher des explications, que je voudrais vous faire connaître à mon tour. Cet approfondissement n’est que la préparation à quelques réflexions que je me propose de publier une prochaine fois au sujet d’une expression assez couramment  employée pour parler de la France.

Avant de vous livrer les éléments de cette étude sur Sainte Pétronille, je vous rappelle que le mois de juin qui commence est consacré au Sacré-Coeur de Jésus et je vous encourage chaleureusement à approfondir chaque jour les mystères d’amour contenus dans « ce Coeur qui a tant aimé les hommes » mais qui ne reçoit bien souvent en contrepartie qu’indifférences, ingratitudes ou mépris…

Lully.                 

* * * * * * *

1- Qui était Sainte Pétronille?

Dans son ouvrage « Rome et ses vieilles églises« , Emile Mâle écrit :

« Il y avait chez certains membres de la famille des Flaviens une inquiétude religieuse qui leur faisait prêter l’oreille à tout ce qui venait de la Judée. Vespasien, avant le siège de Jérusalem, avait consulté le mystérieux oracle du Mont Carmel. Titus avait vécu entouré de Juifs ; il avait reçu dans son intimité le juif Josèphe qui écrivait l’histoire de sa nation, et il avait aimé une juive, la séduisante Bérénice. On assurait qu’il avait voulu sauver le temple de Jérusalem, que ses soldats avaient détruit malgré sa défense. Les Flaviens ne pouvaient ignorer ni le Dieu unique des Hébreux, ni leurs espérances messianiques, et l’on comprend que quelques uns d’entre eux aient été préparés à accueillir le christianisme.

« Parmi ces convertis de la famille flavienne, il y eut, outre Flavius Clemens et Domitille, une jeune fille du nom de Petronilla, à qui une inscription donne le titre de martyre. Son nom est un diminutif féminin de Petro, et elle descendait de Titus Flavius Petro, le grand père de Vespasien. C’est pourquoi elle fut ensevelie dans les Catacombes de Domitille qui étaient celles de sa famille. »

Emile Mâle décrit les galeries des catacombes de Domitille, puis la basilique souterraine des Saints Nérée et Achillée renfermant leurs tombeaux.
Il dit alors :

« Un autre tombeau attirait aussi les prières des fidèles, celui de Petronilla. Il se trouvait dans une petite chapelle, communiquant avec la basilique et décorée d’une curieuse fresque : une jeune sainte, qu’une inscription nomme Petronella martyr, introduit dans le ciel une chrétienne appelée Veneranda (…). Petronella, que les textes nomment toujours Petronilla, était aussi vénérée dans la basilique souterraine que Nérée et Achillée, car les anciens guides des pèlerins associent son nom à celui des deux martyrs. Il ne subsiste malheureusement aucun témoignage des premiers siècles sur sainte Pétronille, et son histoire véritable est inconnue. Au VIème siècle, on lui créa une légende. L’auteur de ce petit roman, imaginant que le nom de Petronilla était un diminutif féminin de Petrus, fit de la jeune sainte une fille de saint Pierre. Un comte romain, nommé Flaccus, séduit par sa beauté, la demande en mariage ; mais la jeune fille, qui a fait vœu de se consacrer à Dieu, refuse de l’épouser. Le comte la menace de la faire mettre à mort comme chrétienne, si, au bout de trois jours, elle ne lui donne pas une réponse favorable. Pétronille prie et jeûne pour s’affermir dans sa résolution et, à la fin du troisième jour, Dieu voulant lui épargner le martyre, qu’elle a accepté dans son coeur, la rappelle à Lui. Le comte Flaccus ne peut qu’assister à ses funérailles.

Le Guerchin - Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille

Le Guerchin : Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille.

« Ce récit, où rien ne rappelle la Rome des Césars et l’âge des persécutions, fut tenu pour authentique. Pétronille fut désormais appelée la fille de saint Pierre, et on racontait aux pèlerins que l’inscription qu’ils lisaient sur son tombeau : Aureliae Petronillae filliae dulcissimae, avait été gravée par saint Pierre lui-même.

« Le sarcophage de sainte Pétronille resta dans les catacombes de Domitille jusqu’au VIIIème siècle, c’est alors qu’il en fut retiré et transporté à Saint-Pierre. Chose extraordinaire, le transfert des reliques de sainte Pétronille est associé à de grands événements de l’histoire de la papauté et de l’histoire de la France » (Rome et ses vieilles églises, Flammarion 1965 pp. 34-36).

* * * * * * *

2- Pourquoi Sainte Pétronille est-elle considérée comme l’une protectrice de la monarchie française?

Continuons la lecture d’Emile Mâle :

« En 753, le pape Etienne II était menacé par les Lombards. Leur roi, Astolphe, voulait achever la conquête de l’Italie centrale, s’emparer de Rome et en faire sa capitale. Le pape, convaincu qu’il n’avait rien à attendre de l’empereur d’Orient, franchit les Alpes et vint demander aide et protection à Pépin le Bref. Le roi envoya à sa rencontre son fils aîné, Charles, celui qui devait être Charlemagne, puis il l’accueillit lui-même avec le plus profond respect : on vit alors, pour la première fois, un souverain marcher, comme un écuyer, près du cheval du pape. Pépin lui promit son appui et il tint sa promesse. Il fit deux expéditions victorieuses en Italie et enleva à Astolphe une partie de ses conquêtes pour en faire hommage au pape. Afin d’assurer pour l’avenir l’indépendance de la papauté, il créa l’Etat pontifical, qui devait durer plus de mille ans.

« Une fresque du XVIème siècle, dans la Sala Regia, au Vatican, montre Pépin s’avançant en triomphateur : il est vêtu en empereur romain, mais il a sur le front la couronne fleurdelisée des rois de France. Devant lui Astolphe, couronné du cercle de fer des rois Lombards, marche dans l’attitude humiliée d’un vaincu. Un jeune guerrier porte sur un plateau une statuette d’or : ce sont les Etats de l’Eglise personnifiés que le vainqueur vient offrir au pape.

« Ainsi, au XVIème siècle, la papauté exprimait encore sa reconnaissance au roi des Francs, qui s’était fait le chevalier de l’Eglise. Elle la lui avait exprimée, dès le VIIIème siècle, d’une autre façon.

« Le pape Etienne II, étant à Saint-Denis, donna à Pépin le Bref, comme protectrice, sainte Pétronille, et il lui promit de transférer ses reliques des Catacombes où elles reposaient, dans une chapelle de Saint-Pierre, qui deviendrait celle des rois Francs.

« Ce choix de sainte Pétronille semble fort extraordinaire et les vieux chroniqueurs ne nous l’expliquent pas. Mais nous en devinons la raison. En défendant le pape, en lui donnant un royaume, Pépin le Bref devenait le fils de l’Eglise, le fils de saint Pierre. Dans une lettre qu’Etienne II lui avait envoyée et que saint Pierre lui-même était censé avoir écrite, il faisait dire à l’apôtre que Pépin et les deux jeunes princes, Charles et Carloman, étaient « ses fils adoptifs ». Il paraissait donc naturel que sainte Pétronille, fille de saint Pierre, devint la patronne des rois Francs, qui semblaient maintenant faire partie de sa famille. C’était une sœur qui protégeait ses frères.

« Le pape Etienne II mourut sans avoir pu tenir sa promesse, mais un des premiers actes de Paul Ier, son successeur, fut de transporter le sarcophage de sainte Pétronille à saint Pierre. Il ne fut pas placé dans l’église même, mais dans un monument voisin. Il y avait, sur la gauche de la basilique, deux mausolées, qui avaient été élevés pour servir de sépulture à la famille de Théodose ; ils étaient circulaires, comme les tombeaux d’Hadrien et d’Auguste, mais n’en avaient pas les dimensions colossales. La famille de Théodose, qui s’était promis de longues destinées, laissa ces deux monuments presque vides. L’un d’eux, cependant, avait reçu le tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius : c’est là que fut placé le sarcophage de sainte Pétronille. »

Emile Mâle – je ne puis tout recopier ici – détaille ensuite la façon dont les rois Francs et les pontifes embellirent et ornèrent cette chapelle, qui devint en quelque sorte le symbole de l’alliance de la papauté et de la monarchie franque.
Le culte de la martyre romaine se répandit en France. Nombre de femmes reçurent son prénom ou les formes qui en sont dérivées : Perrine, Pernelle, Perronelle…
Louis XI fit faire des prières spéciales à Sainte Pétronille quand le Dauphin fut gravement malade. Et lorsque celui-ci – reconnaissant de devoir la vie à l’antique protectrice des rois francs – fut devenu le roi Charles VIII et vint à Rome, il « toucha les écrouelles » et fit des guérisons, dans cette chapelle de Sainte Pétronille où il était venu rendre grâces.

Quelques années plus tard, le cardinal français Jean de Bilhères Lagraulas voulut orner la chapelle de Sainte Pétronille d’une statue de la Vierge de Pitié. Il en passa commande à un jeune sculpteur de 23 ans qui commençait à avoir quelque réputation : Michel-Angelo Buonarotti…
C’est ainsi que la fameuse Pietà de Michel-Ange vit le jour !
Toutefois ce chef d’oeuvre ne resta pas longtemps dans la chapelle des rois de France. : en 1544, elle fut détruite – comme l’ensemble de la basilique constantinienne et des bâtiments qui l’entouraient – pour permettre la construction de l’actuelle basilique vaticane.
Le nouveau Saint-Pierre accueillit la Piéta dans la première chapelle à droite de l’entrée et le sarcophage de Sainte Pétronille fut placé dans un autel qui lui fut consacré dans le bras septentrional du transept. Au dessus de l’autel, une mosaïque reproduit le tableau du Guerchin.

Basilique de Saint-Pierre au Vatican : autel des reliques de Sainte Pétronille

Basilique Saint-Pierre au Vatican :
autel contenant le sarcophage de Sainte Pétronille,
mosaïque reproduisant le tableau du Guerchin et lampe votive pour la France.

Cette chapelle de Sainte Pétronille perpétue le souvenir de l’antique alliance de la papauté et des Francs.
En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de l’autel une lampe dont la flamme ne doit jamais s’éteindre et dont l’inscription dédicatoire dit : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ».
C’est à cet autel que, chaque année, à l’occasion de la fête de Sainte Pétronille, comme nous le disions au début, une messe est célébrée pour la France : tous les Français se trouvant à Rome y sont invités… Le gouvernement français y est officiellement représenté par le personnel de son ambassade près le Saint-Siège.

2010-23. Dimanche de la Sainte Trinité 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Voici ce qu’on peut lire dans le coutumier des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie: « La fête de la Sainte Trinité, jour auquel Dieu donna commencement à la Congrégation en l’an 1610…« 

Sainte Trinité 1610 : Saint François de Sales remet à la baronne de Chantal le livre de la Règle

Nous avons évoqué > ici , l’ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation. Si le 6 juin de cette année 2010 en est bien l’anniversaire exact selon les éphémérides, les anciens livres de la Congrégation célèbrent à deux reprises la mémoire de cet évènement a) en l’associant à la fête de la Très Sainte Trinité, puis b) à la date du 6 juin (puisque le 6 juin 1610 était cette année-là celui du dimanche de cette fête), jour qui doit être chômé dans la Congrégation lorsqu’il tombe en semaine.

Initialement, Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal avaient choisi la date hautement symbolique du dimanche de Pentecôte, 30 mai 1610, mais divers contretemps les obligèrent à sursoir d’une semaine. C’est ainsi que l’ouverture du premier monastère de l’ordre fut définitivement fixée au dimanche de la Sainte Trinité, qui coïncidait avec la fête de Saint Claude. Ce ne fut pas sans frapper Madame de Chantal qui se rappela qu’au tout début de sa rencontre avec le saint évêque de Genève, elle avait entendu dans un songe une voix mystérieuse qui lui annonçait son « entrée au repos des enfants de Dieu » par la « porte de Saint Claude » : la divine Providence avait de toute évidence prévu et voulu ce délai.

Le matin du dimanche 6 juin 1610 donc, Madame de Chantal et ses deux premières compagnes – Mesdemoiselles Favre et de Bréchard -, vinrent dans l’oratoire de l’évêché : elles y assistèrent à la Messe de Monseigneur et communièrent de sa main. Elles passèrent ensuite une partie du dimanche soit à prier dans les église d’Annecy, soit à visiter des familles pauvres. Elles soupèrent à l’évêché avec Monseigneur et ses frères, le chanoine Jean-François et les seigneurs Louis et Bernard de Sales. En sortant de table, on passa à l’oratoire.

« Vous êtes bien heureuses, vous que le Seigneur a sauvées, dit Monseigneur aux trois femmes agenouillées devant lui. Ayez un très grand et très humble courage, Dieu sera votre Dieu! » Puis il remit à Madame de Chantal l’ébauche de la Règle : « Suivez ce chemin, ma très chère fille, et le faites suivre à celles que le Ciel a destinées pour suivre vos traces« . Enfin, les yeux levés, il les bénit toutes les trois « au Nom du Père tout-puissant qui les attirait, du Fils éternelle Sagesse qui les régissait et du Saint-Esprit qui les animait de ses amoureuses flammes« .

Par cette belle et longue soirée dominicale, les promeneurs se dirigeaient en grand nombre vers la rive du lac. Ils s’arrêtèrent pour contempler un spectacle sans exemple : sur les neuf heures, la baronne de Chantal avait quitté l’évêché – donnant le bras à son gendre Bernard de Sales, frère puiné du saint évêque -, suivie de mesdemoiselles Jacqueline Favre et Charlotte de Bréchard, qu’entouraient le chanoine Jean-François et le seigneur Louis de Sales ainsi qu’un groupe d’amis, heureux de témoigner de leur sympathie à l’oeuvre naissante. Un murmure de louanges parcourut le peuple et des acclamations retentirent.

A la maison de la Galerie, Jacqueline Coste, déjà en fonction sous son costume de servante (en effet les Soeurs tourières porteront pendant longtemps l’habit ordinaire des domestiques de ce temps), ouvrit la porte aux arrivantes. Après s’être recueillies dans la petite chapelle, les nouvelles Religieuses montèrent dans leurs chambres. Jeanne-Françoise de Chantal s’écria alors : « Voici le lieu de nos délices et de notre repos! » A trois reprises elle entonna le Gloria Patri que ses compagnes chantèrent avec elle. Ensuite elle embrassa cordialement ses deux soeurs en religion qui, à genoux, firent entre ses mains promesse de fidèle obéissance. La prière du soir achevée, la Mère de Chantal – ce sera désormais son nom – lut à ses filles la Sainte Règle ; et dès lors – note la Mère de Chaugy dans ses mémoires – « le petit volume de cette grande loi ne bougea de sa bouche« .

Le lendemain matin, au lever, toutes trois revêtirent leur costume de noviciat : robe noire, collet blanc, bandeau noir au front, coiffe de taffetas noir nouée sous le menton, qu’elle garderont jusqu’au jour de leur profession où alors à proprement parler elles prendront le voile. Elles se mirent en oraison dans leur chapelle où, à huit heures, Monseigneur vint dire la Messe et établit la clôture. Il déclara qu’il n’avait plus désormais devant lui ni dame ni demoiselles, mais une Mère qui vivait parmi des Soeurs. Et l’on rapporte qu’en rentrant à l’évêché il dit à ses frères avec un sourire empreint d’une innocente malice : « Vraiment, nos dames n’ont pas pris une coiffure à leur avantage« …

(d’après Monseigneur Francis Trochu)

Lire aussi ici « les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation », en cliquant > ici.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 29 mai, 2010 |1 Commentaire »
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