Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2020-57. Nous fêtons le 30 avril Sainte Hildegarde de Vintzgau, épouse de Saint Charlemagne et Reine des Francs.

30 avril,
fête de Sainte Hildegarde de Vintzgau, Reine des Francs ;
Commémoraison de Sainte Catherine de Sienne, vierge.

St Charlemagne et Ste Hildegarde - fresque de la Résidence des Princes-Abbés à Kempten

Saint Charlemagne et son épouse Sainte Hildegarde de Vintzgau
(détail d’une fresque baroque des salles d’apparat de la Résidence des Princes-Abbés de Kempten [en français Campidoine] en Souabe)

Armoiries de Charlemagne

Avec Sainte Jeanne de France (cf. > ici), Sainte Bathilde (cf. > ici), Sainte Radegonde et, bien sûr, Sainte Clotilde, Sainte Hildegarde de Vintzgau  est la cinquième Reine des Francs ou Reine de France à avoir été élevée sur les autels et à être honorée d’un culte public par la Sainte Eglise. Elle n’est toutefois pas la plus connue des cinq, il faut bien le reconnaître !

Issue de la famille des Agilolfinges, vieille famille franque proche des Mérovingiens, à laquelle le Roi Clotaire 1er donna le duché de Bavière aux alentours de l’an 555, Hildegarde est née en 758.

A l’âge de 13 ans, en 771, elle épouse le Roi des Francs Charles 1er le GrandSaint Charlemagne – qui a dix ou 15 ans de plus qu’elle (on ne sait pas exactement s’il naquit en 742 ou en 747). Elle lui donnera neuf enfants (dont Louis 1er dit le Pieux).
On ne possède pas aujourd’hui une abondance de détails sur sa vie, si ce n’est que, épouse très aimée et très aimante, elle accompagnait Charlemagne dans ses campagnes militaires. Vers la fin du carême de 774, elle était aussi à ses côtés à Rome, où le Roi des Francs avait été appelé au secours par le pape Adrien 1er lorsque Didier, roi des Lombards, envahissait le Patrimoine de Saint Pierre constitué par Pépin le Bref. Les chroniques de l’époque ont retenu que, à cette occasion, elle offrit au Souverain Pontifie une riche parure pour l’autel de la basilique vaticane.

Profondément chrétienne, on sait qu’elle était liée d’amitié avec Sainte Lioba de Tauberbischofsheim (+ 782) qui demeura quelque temps auprès d’elle à la cour et la conseillait ; qu’elle exerçait de nombreuses charités et qu’elle dotait généreusement les monastères : elle fut la bienfaitrice tout particulièrement des abbayes de Saint-Martin de Tours et de Saint-Denys de ce côté-ci du Rhin, ainsi que de celles de Reichenau en Bade-Wurtemberg et de Kempten en Souabe. Pour cette dernière, elle rapporta, en 774, les reliques des saints Gordien et Épimaque  qu’elle avait obtenues en Italie.

Le 30 avril 783, elle mourut des suites de ses neuvièmes couches, à l’âge de vingt-cinq ans seulement, dans la résidence impériale de Thionville.
Elle fut inhumée le lendemain, 1er mai, à l’ abbaye Saint-Arnould de Metz, et Charlemagne ordonna que des cierges et des lampes fussent allumés sur sa tombe chaque jour ; son épitaphe, magnifiant une épouse très aimée, incarnation de la sagesse et de la vertu, fut composée par le célèbre poète Paul Diacre, auquel nous devons les hymnes liturgiques « Ave, maris Stella » (vêpres de la Sainte Vierge) et « Ut queant laxis » (vêpres de Saint Jean-Baptiste).
Le pape Adrien 1er écrivit au saint Roi franc une lettre de condoléances exprimant ses vifs regrets pour la mort prématurée de cette épouse tendrement chérie.

Charlemagne fit alors de Saint-Arnould de Metz la nécropole d’une partie de sa famille : les sœurs du Roi, certains de ses enfants – dont l’évêque Drogon – et plus tard son successeur Louis le Pieux y furent inhumés.
Malheureusement cette abbaye fut pillée, détruite, incendiée à plusieurs reprises, et ce qui subsistait des tombeaux impériaux fut transféré dans l’église (XIIIe siècle) du couvent des dominicains, elle-même reconstruite au XVIIe siècle puis saccagée à la révolution : autant dire qu’il ne reste – hélas ! – quasi rien du tombeau et des reliques de Sainte Hildegarde de Vintzgau !

Karl Baumeister - Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde

Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde
(panneaux peints en 1895 par Karl Baumeister pour l’église Saint-Jean-Baptiste « auf dem Bussen » en Haute-Souabe)

Armoiries de Charlemagne

2020-56. De la solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, jadis fête du Patronage de Saint Joseph, célébrée au mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques.

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Trois lys blancs

Dans les pages de ce blogue (voir > ici), nous avons publié un article traitant de la grande dévotion de Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel, envers Saint Joseph.
Le Carmel thérésien eut assez vite une fête du Patronage de Saint Joseph dans son calendrier particulier, pour célébrer la protection et la dévotion spéciales du Carmel, héritée de sa sainte réformatrice, et remercier le Patriarche du Nouveau Testament pour toutes ses attentions et prévenances envers l’Ordre.

Le 10 septembre 1847, par un décret nommé « Inclytus Patriarcha Ioseph », le Bienheureux Pie IX étendit à toute l’Eglise latine cette fête du Patronage de saint Joseph, qu’il fixa au troisième dimanche après Pâques sous le rite double de deuxième classe.
Puis, le 8 décembre 1870, par un décret « Urbi et orbi » intitulé « Quemadmodum Deus », dont nous donnons ci-dessous la traduction, ce même Bienheureux Pie IX déclara officiellement Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, et il statua alors que la fête du 19 mars serait désormais célébrée sous le rite double de première classe (mais sans octave, en raison du carême).

En 1911, Saint Pie X changea l’intitulé de cette Fête du Patronage de Saint Joseph qu’il renomma Solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, en même temps qu’il la dotait d’une octave commune (le jour de l’octave étant célébré sous le rite double majeur).
Toutefois, en 1913, dans la volonté de « libérer » les dimanches dont la célébration était trop régulièrement empêchée par celle des fêtes de saints, Saint Pie X déplaça cette solennité au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques, puisque selon la dévotion traditionnelle le mercredi est le jour spécialement dédié à Saint Joseph.

En 1955, les réformes entreprises sous le pontificat du Vénérable Pie XII, supprimèrent cette Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, au profit d’une nouvelle fête, dite de « Saint Joseph ouvrier », fixée au 1er mai dans l’espoir de christianiser la « fête du travail » célébrée ce jour-là par les syndicats d’inspiration marxiste.
Cette tentative se solda, n’hésitons pas à le dire, par un lamentable échec, au point que moins de quinze ans plus tard le calendrier de la réforme liturgique post-conciliaire rétrograda de manière significative cette fête du 1er mai en « mémoire facultative » (sic) !!!

En revanche, pour les vétérocalendaires - qui conservent un calendrier liturgique propre et les rubriques  antérieurs à toutes les réformes intervenues depuis 1950 (dont nous sommes) -, la Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, avec son octave, demeurent.

Eglise St Joseph à Angers - Pie IX proclame Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

Eglise Saint-Joseph, à Angers :
Pie IX proclame Saint Joseph patron de l’Eglise universelle
(l’Eglise étant représentée sous la figure d’un navire dont le saint Pontife tient le gouvernail)

Armoiries de Pie IX

 Décret « Urbi et orbi » Quemadmodum Deus

Pie IX, Pape pour perpétuelle mémoire

De même que Dieu établit le Patriarche Joseph, fils de Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l’Eternel allait envoyer sur la terre Son Fils unique, pour racheter le monde, Il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure ; Il l’établit seigneur et prince de Sa maison et de Ses biens ; Il commit à sa garde Ses plus riches trésors.
En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph Le vit, mais il conversa avec Lui, il Le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il Le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le Pain de l’éternelle vie.

En raison de cette dignité sublime, à laquelle Dieu éleva Son très fidèle serviteur, toujours l’Eglise a exalté et honoré Saint Joseph d’un culte exceptionnel, quoique inférieur à celui qu’elle rend à la Mère de Dieu ; toujours, dans les heures critiques, elle a imploré son assistance.
Or, dans les temps si tristes que nous traversons, quand l’Eglise elle-même, poursuivie de tous côtés par ses ennemis, est accablée de si grandes calamités que les impies se persuadent déjà qu’il est enfin venu le temps où les portes de l’enfer prévaudront contre elle (cf. note ci-dessous), les vénérables Pasteurs de l’Univers catholique, en leur nom et au nom des fidèles confiés à leur sollicitude, ont humblement prié le Souverain Pontife qu’il daignât déclarer Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.

Ces prières ayant été renouvelées plus vives et plus instantes durant le saint concile du Vatican, Notre Saint-Père Pie IX, profondément ému par l’état si lamentable des choses présentes et voulant se mettre, lui et tous les fidèles, sous le très puissant patronage du saint patriarche Joseph, a daigné se rendre aux vœux de tant de vénérables Pontifes.

C’est pourquoi il déclare solennellement Saint Joseph Patron de l’Eglise catholique.

Sa Sainteté ordonne en même temps que la fête du saint, fixée au 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave toutefois, à cause du saint Carême.

Elle a voulu en outre que la présente déclaration fût faite par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en ce jour consacré à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, épouse du très chaste Joseph, et que ce décret ait force de loi, nonobstant toute opposition ou disposition contraire.

S. Congrégation des Rites, Rome,
le 8 décembre 1870

Note : Ce décret du 8 décembre 1870 fait évidemment allusion aux persécutions contre le Saint Siège et le Souverain Pontife menée par la secte maçonnique qui, depuis le milieu du XIXe siècle, a voulu abattre l’Eglise catholique romaine en spoliant les Etats de l’Eglise, garantie de son indépendance depuis Pépin le Bref. Le 20 septembre précédent (cf. > ici), au terme de dix années de combats, et d’invasions progressives du Patrimoine de Saint-Pierre, la ville de Rome a été envahie par les soldats piémontais et le Bienheureux Pie IX s’est, de fait, retrouvé prisonnier dans l’enceinte du Vatican.

Pie IX place l'Eglise sous le patronage de Saint Joseph - église de Saint-Ouën-des-Toits

Le Bienheureux Pie IX plaçant l’Eglise universelle sous le patronage de Saint Joseph
(église de Saint-Ouën des Toits – Bas Maine, diocèse de Laval)

On trouvera dans les pages de ce blogue :
- La BD « Ite ad Joseph » > ici
- Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici
- Les salutations à Saint Joseph composées par Saint Jean Eudes > ici
- D’autres prières à Saint Joseph, dont la prière spéciale publiée par Léon XIII marquant son patronage sur l’Eglise universelle > ici

Trois lys blancs

2020-55. De Saint Pierre Canisius, théologien du concile de Trente, modèle des catéchistes, second apôtre de l’Allemagne, & Docteur de l’Eglise.

27 avril,
Fête de Saint Pierre Canisius, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Pierre Canisius, délivrée lors de l’audience pontificale générale du mercredi 9 février 2011.

St Pierre Canisius catéchisant

Saint Pierre Canisius catéchisant

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de saint Pierre Kanis, Canisius, forme latinisée de son nom de famille, une figure très importante du XVIe siècle catholique.
Il était né le 8 mai 1521 à Nimègue, en Hollande. Son père était bourgmestre de la ville. Alors qu’il était étudiant à l’université de Cologne, il fréquenta les moines chartreux de Sainte-Barbara, un centre dynamique de vie catholique, ainsi que d’autres hommes pieux qui cultivaient la spiritualité dite devotio moderna. Il entra dans la Compagnie de Jésus le 8 mai 1543 à Mayence (Rhénanie-Palatinat), après avoir suivi un cours d’exercices spirituels sous la direction du bienheureux Pierre Favre, Petrus Faber, l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola. Ordonné prêtre en juin 1546 à Cologne, dès l’année suivante, comme théologien de l’évêque d’Augsburg, le cardinal Otto Truchsess von Waldburg, il participa au Concile de Trente, où il collabora avec deux confrères, Diego Laínez et Alfonso Salmerón.

En 1548, saint Ignace lui fit terminer sa formation spirituelle à Rome et l’envoya ensuite au Collège de Messine pour accomplir d’humbles travaux domestiques.
Ayant obtenu à Bologne un doctorat en théologie le 4 octobre 1549, il fut destiné par saint Ignace à l’apostolat en Allemagne. Le 2 septembre de cette même année, 1549, il rendit visite au Pape Paul III à Castel Gandolfo, puis se rendit dans la basilique Saint-Pierre pour prier. Là, il implora l’aide des grands saints apôtres Pierre et Paul, afin qu’ils accordent une efficacité permanente à la Bénédiction Apostolique pour son grand destin, pour sa nouvelle mission. Dans son journal, il note certaines phrases de cette prière. Il dit : « J’ai alors ressenti qu’un grand réconfort et que la présence de la grâce m’étaient accordés au moyen de ces intercesseurs [Pierre et Paul]. Ils confirmaient ma mission en Allemagne et semblaient me transmettre, comme apôtre de l’Allemagne, le soutien de leur bienveillance. Tu sais, Seigneur, de combien de façons et combien de fois en ce même jour Tu m’as confié l’Allemagne pour laquelle, par la suite, je continuerais à être sollicité, pour laquelle je désirerais vivre et mourir ».

Nous devons tenir compte du fait que nous nous trouvons à l’époque de la Réforme luthérienne, au moment où la foi catholique dans les pays de langue germanique, face à l’attraction de la Réforme, semblait s’éteindre.
Le devoir de Pierre Canisius, chargé de revitaliser, de renouveler la foi catholique dans les pays germaniques, était presque impossible. Il n’était possible que par la force de la prière. Il n’était possible qu’à partir du centre, c’est-à-dire d’une profonde amitié personnelle avec Jésus Christ ; une amitié avec le Christ dans Son Corps, l’Eglise, qui doit être nourrie dans l’Eucharistie, Sa Présence Réelle.

En suivant la mission reçue par Ignace et par le Pape Paul III, Pierre Canisius partit pour l’Allemagne et se rendit avant tout dans le duché de Bavière, qui pendant de nombreuses années, fut le lieu de son ministère. En tant que doyen, recteur et vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt, il s’occupa de la vie académique de l’Institut et de la réforme religieuse et morale du peuple. A Vienne, où, pendant une brève période, il fut administrateur du diocèse, il accomplit son ministère pastoral dans les hôpitaux et dans les prisons, tant en ville que dans les campagnes, et prépara la publication de son Catéchisme. En 1556, il fonda le Collège de Prague et, jusqu’en 1569, il fut le premier supérieur de la province jésuite de l’Allemagne supérieure.

Dans le cadre de cette charge, il établit dans les pays germaniques un réseau étroit de communautés de son Ordre, en particulier de collèges, qui devinrent des points de départ pour la réforme catholique, pour le renouveau de la foi catholique. A cette époque, il participa également au colloque de Worms avec les dirigeants protestants, parmi lesquels Philip Mélanchthon (1557) ; il exerça la fonction de nonce pontifical en Pologne (1558) ; il participa aux deux Diètes d’Augsbourg (1559 et 1565) ; il accompagna le cardinal Stanislas Hozjusz, légat du Pape Pie IV auprès de l’empereur Ferdinand (1560) ; il intervint à la session finale du Concile de Trente, où il parla de la question de la Communion sous les deux espèces et de l’index des livres interdits (1562).

En 1580, il se retira à Fribourg en Suisse, en se consacrant totalement à la prédication et à la composition de ses œuvres, et c’est là qu’il mourut le 21 décembre 1597.
Béatifié par le bienheureux Pie IX en 1864, il fut proclamé en 1897 le deuxième Apôtre de l’Allemagne par le Pape Léon XIII, et canonisé et proclamé Docteur de l’Eglise par le Pape Pie XI en 1925.

Saint Pierre Canisius passa une bonne partie de sa vie au contact des personnes les plus importantes socialement de son époque et exerça une influence particulière par ses écrits.
Il fut l’éditeur des œuvres complètes de saint Cyrille d’Alexandrie et de saint Léon le Grand, des Lettres de saint Jérôme et des Oraisons de saint Nicolas de Flüe. Il publia des livres de dévotion en plusieurs langues, les biographies de plusieurs saints suisses et de nombreux textes d’homilétique.
Mais ses écrits les plus répandus furent les trois Catéchismes composés entre 1555 et 1558. Le premier Catéchisme était destiné aux étudiants en mesure de comprendre des notions élémentaires de théologie ; le deuxième aux jeunes du peuple pour une première instruction religieuse ; le troisième aux jeunes ayant une formation scolaire de niveau secondaire et supérieur. La doctrine catholique était exposée sous forme de questions et réponses, brièvement, dans des termes bibliques, avec une grande clarté et sans accents polémiques. Rien que de son vivant, on dénombrait déjà 200 éditions de ce Catéchisme ! Et des centaines d’éditions se sont succédé jusqu’au XXe siècle. Ainsi en Allemagne, les personnes de la génération de mon père appelaient encore le Catéchisme simplement le Canisius : il est réellement le catéchiste à travers les siècles, il a formé la foi de personnes pendant des siècles.

C’est bien une caractéristique de saint Pierre Canisius : savoir composer harmonieusement la fidélité aux principes dogmatiques avec le respect dû à chaque personne. Saint Canisius a fait la distinction entre l’apostasie consciente, coupable, de la foi, et la perte de la foi non coupable, du fait des circonstances. Et il a déclaré, à l’égard de Rome, que la plupart des Allemands passés au protestantisme étaient sans faute. A un moment historique de fortes oppositions confessionnelles, il évitait — c’est quelque chose d’extraordinaire — l’âpreté et la rhétorique de la colère — quelque chose de rare comme je l’ai dit en ces temps de débats entre chrétiens, — et il visait uniquement à la présentation des racines spirituelles et à la revitalisation de la foi dans l’Eglise. C’est à cela que servit la connaissance vaste et profonde qu’il avait des Ecritures Saintes et des Pères de l’Eglise : cette même connaissance sur laquelle s’appuya sa relation personnelle avec Dieu et l’austère spiritualité qui lui venait de la devotio moderna et de la mystique rhénane.

La spiritualité de saint Canisius se caractérise par une profonde amitié personnelle avec Jésus. Il écrit, par exemple, le 4 septembre 1549 dans son journal, parlant avec le Seigneur : «Toi, à la fin, comme si Tu m’ouvrais le Cœur du Très Saint Corps, qu’il me semblait voir devant moi, Tu m’as commandé de boire à cette Source, en m’invitant pour ainsi dire à puiser les eaux de mon salut à Tes sources, ô mon Sauveur». Puis il voit que le Sauveur lui donne un vêtement en trois parties qui s’appellent paix, amour et persévérance. Et avec ce vêtement composé de paix, d’amour et de persévérance, Canisius a mené son œuvre de renouveau du catholicisme. Son amitié avec Jésus — qui est au centre de sa personnalité — nourrie par l’amour de la Bible, par l’amour du Sacrement, par l’amour des Pères, cette amitié était clairement unie avec la conscience d’être dans l’Eglise un continuateur de la mission des Apôtres. Et cela nous rappelle que chaque évangélisateur authentique est toujours un instrument uni — et cela même le rend fécond — avec Jésus et avec Son Eglise.

Saint Pierre Canisius s’était formé à l’amitié avec Jésus dans le milieu spirituel de la Chartreuse de Cologne, dans laquelle il était en contact étroit avec deux mystiques chartreux : Johann Lansperger, latinisé en Lanspergius, et Nicolas van Hesche, latinisé en Eschius. Il approfondit par la suite l’expérience de cette amitié, familiaritas stupenda nimis, avec la contemplation des mystères de la vie de Jésus, qui occupent une grande partie des Exercices spirituels de saint Ignace. Son intense dévotion au Cœur du Seigneur, qui atteint son sommet dans la consécration au ministère apostolique dans la Basilique vaticane, trouve ici son fondement.

Dans la spiritualité christocentrique de saint Pierre Canisius s’enracine une conviction profonde : il n’y a pas d’âme soucieuse de sa propre perfection qui ne pratique chaque jour la prière, l’oraison mentale, moyen ordinaire qui permet au disciple de Jésus de vivre dans l’intimité du Maître divin. C’est pourquoi, dans les écrits destinés à l’éducation spirituelle du peuple, notre saint insiste sur l’importance de la liturgie avec ses commentaires des Evangiles, des fêtes, du rite de la Messe et des autres sacrements, mais, dans le même temps, il a soin de montrer aux fidèles la nécessité et la beauté de la prière personnelle qui accompagne et imprègne la participation au culte public de l’Eglise.

Il s’agit d’une exhortation et d’une méthode qui conservent leur valeur intacte [...] : la vie chrétienne ne croît pas si elle n’est pas nourrie par la participation à la liturgie, de manière particulière à la Messe dominicale, et par la prière personnelle quotidienne, par le contact personnel avec Dieu. Parmi les mille activités et les multiples stimulations qui nous entourent, il est nécessaire de trouver chaque jour des moments de recueillement devant le Seigneur pour l’écouter et parler avec Lui.

Dans le même temps, l’exemple que saint Pierre Canisius nous a laissé, non seulement dans ses œuvres, mais surtout à travers sa vie, est toujours actuel et d’une valeur permanente. Il enseigne avec clarté que le ministère apostolique n’est incisif et ne produit des fruits de salut dans les cœurs que si le prédicateur est un témoin personnel de Jésus et sait être un instrument à sa disposition, étroitement uni à Lui par la foi dans Son Evangile et dans Son Eglise, par une vie moralement cohérente et par une prière incessante comme l’amour. Et cela vaut pour chaque chrétien qui veut vivre avec engagement et fidélité son adhésion au Christ [...].

Armoiries de Benoît XVI

2020-52. « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre ».

21 avril,
Fête de Saint Anselme de Canterbury, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Saint Anselme détail d'un vitrail de la cathédrale de Chester

Saint Anselme : détail d’un vitrail de la cathédrale de Chester

frise

Présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Anselme
par
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Audience générale du mercredi 23 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

A Rome, sur la colline de l’Aventin, se trouve l’abbaye bénédictine de Saint-Anselme. En tant que siège d’un institut d’études supérieures et de l’abbé primat des Bénédictins confédérés, c’est un lieu qui unit la prière, l’étude et le gouvernement, qui sont précisément les trois activités qui caractérisent la vie du saint auquel elle est dédiée :  Anselme d’Aoste, dont nous célébrons cette année (2009) le neuvième centenaire de la mort. Les multiples initiatives, promues spécialement par le diocèse d’Aoste pour cette heureuse occasion, ont souligné l’intérêt que continue de susciter ce penseur médiéval. Il est connu également comme Anselme du Bec et Anselme de Canterbury en raison des villes auxquelles il est lié.
Qui est ce personnage auquel trois localités, éloignées entre elles et situées dans trois nations différentes – Italie, France, Angleterre – se sentent particulièrement liées ?
Moine à la vie spirituelle intense, excellent éducateur de jeunes, théologien possédant une extraordinaire capacité spéculative, sage homme de gouvernement et défenseur intransigeant de la libertas Ecclesiae, de la liberté de l’Eglise, Anselme est l’une des personnalités éminentes du Moyen-âge, qui sut harmoniser toutes ces qualités grâce à une profonde expérience mystique, qui en guida toujours la pensée et l’action.

Saint Anselme naquit en 1033 (ou au début de 1034), à Aoste, premier-né d’une famille noble. Son père était un homme rude, dédié aux plaisirs de la vie et dépensant tous ses biens; sa mère, en revanche, était une femme d’une conduite exemplaire et d’une profonde religiosité (cf. Eadmero, Vita s. Anselmi, PL 159, col. 49). Ce fut elle qui prit soin de la formation humaine et religieuse initiale de son fils, qu’elle confia ensuite aux bénédictins d’un prieuré d’Aoste.
Anselme qui, enfant – comme l’écrit son biographe -, imaginait la demeure du bon Dieu entre les cimes élevées et enneigées des Alpes, rêva une nuit d’être invité dans cette demeure splendide par Dieu Lui-même, qui S’entretint longuement et aimablement avec lui, et à la fin, lui offrit à manger « un morceau de pain très blanc » (ibid., col. 51). Ce rêve suscita en lui la conviction d’être appelé à accomplir une haute mission.
A l’âge de quinze ans, il demanda à être admis dans l’ordre bénédictin, mais son père s’opposa de toute son autorité et ne céda pas même lorsque son fils gravement malade, se sentant proche de la mort, implora l’habit religieux comme suprême réconfort.
Après la guérison et la disparition prématurée de sa mère, Anselme traversa une période de débauche morale :  il négligea ses études et, emporté par les passions terrestres, devint sourd à l’appel de Dieu. Il quitta le foyer familial et commença à errer à travers la France à la recherche de nouvelles expériences. Après trois ans, arrivé en Normandie, il se rendit à l’abbaye bénédictine du Bec, attiré par la renommée de Lanfranc de Pavie, prieur du monastère. Ce fut pour lui une rencontre providentielle et décisive pour le reste de sa vie. Sous la direction de Lanfranc, Anselme reprit en effet avec vigueur ses études, et, en peu de temps, devint non seulement l’élève préféré, mais également le confident du maître. Sa vocation monastique se raviva et, après un examen attentif, à l’âge de 27 ans, il entra dans l’Ordre monastique et fut ordonné prêtre. L’ascèse et l’étude lui ouvrirent de nouveaux horizons, lui faisant retrouver, à un degré bien plus élevé, la proximité avec Dieu qu’il avait eue enfant.

Lorsqu’en 1063, Lanfranc devint abbé de Caen, Anselme, après seulement trois ans de vie monastique, fut nommé prieur du monastère du Bec et maître de l’école claustrale, révélant des dons de brillant éducateur. Il n’aimait pas les méthodes autoritaires ; il comparait les jeunes à de petites plantes qui se développent mieux si elles ne sont pas enfermées dans des serres et il leur accordait une « saine » liberté.
Il était très exigeant avec lui-même et avec les autres dans l’observance monastique, mais plutôt que d’imposer la discipline il s’efforçait de la faire suivre par la persuasion.
A la mort de l’abbé Herluin, fondateur de l’abbaye du Bec, Anselme fut élu à l’unanimité à sa succession :  c’était en février 1079. Entre temps, de nombreux moines avaient été appelés à Canterbury pour apporter aux frères d’outre-Manche le renouveau en cours sur le continent. Leur œuvre fut bien acceptée, au point que Lanfranc de Pavie, abbé de Caen, devint le nouvel archevêque de Canterbury et il demanda à Anselme de passer un certain temps avec lui pour instruire les moines et l’aider dans la situation difficile où se trouvait sa communauté ecclésiale après l’invasion des Normands. Le séjour d’Anselme se révéla très fructueux ; il gagna la sympathie et l’estime générale, si bien qu’à la mort de Lanfranc, il fut choisi pour lui succéder sur le siège archiépiscopal de Canterbury. Il reçut la consécration épiscopale solennelle en décembre 1093.

Anselme s’engagea immédiatement dans une lutte énergique pour la liberté de l’Eglise, soutenant avec courage l’indépendance du pouvoir spirituel par rapport au pouvoir temporel. Il défendit l’Eglise des ingérences indues des autorités politiques, en particulier des rois Guillaume le Rouge et Henri I, trouvant encouragement et appui chez le Pontife Romain, auquel Anselme démontra toujours une adhésion courageuse et cordiale. Cette fidélité lui coûta également, en 1103, l’amertume de l’exil de son siège de Canterbury. Et c’est seulement en 1106, lorsque le roi Henri I renonça à la prétention de conférer les investitures ecclésiastiques, ainsi qu’au prélèvement des taxes et à la confiscation des biens de l’Eglise, qu’Anselme put revenir en Angleterre, accueilli dans la joie par le clergé et par le peuple.
Ainsi s’était heureusement conclue la longue lutte qu’il avait menée avec les armes de la persévérance, de la fierté et de la bonté.
Ce saint archevêque qui suscitait une telle admiration autour de lui, où qu’il se rende, consacra les dernières années de sa vie en particulier à la formation morale du clergé et à la recherche intellectuelle sur des sujets théologiques. Il mourut le 21 avril 1109, accompagné par les paroles de l’Evangile proclamé lors de la Messe de ce jour :  « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec Moi dans Mes épreuves ; et Moi Je dispose pour vous du Royaume comme Mon Père en a disposé pour Moi :  vous mangerez à Ma table en Mon Royaume » (Luc XXII, 28-30). Le songe de ce mystérieux banquet, qu’il avait fait enfant tout au début de son chemin spirituel, trouvait ainsi sa réalisation. Jésus, qui l’avait invité à s’asseoir à Sa table, accueillit saint Anselme, à sa mort, dans le royaume éternel du Père.

« Dieu, je t’en prie, je veux te connaître, je veux t’aimer et pouvoir profiter de toi. Et si, en cette vie, je ne suis pas pleinement capable de cela, que je puisse au moins progresser chaque jour jusqu’à parvenir à la plénitude » (Proslogion, chap. 14).
Cette prière permet de comprendre l’âme mystique de ce grand saint de l’époque médiévale, fondateur de la théologie scolastique, à qui la tradition chrétienne a donné le titre de « Docteur Magnifique », car il cultiva un intense désir d’approfondir les Mystères divins, tout en étant cependant pleinement conscient que le chemin de recherche de Dieu n’est jamais terminé, tout au moins sur cette terre. La clarté et la rigueur logique de sa pensée ont toujours eu comme fin d’« élever l’esprit à la contemplation de Dieu » (ibid., Proemium). Il affirme clairement que celui qui entend faire de la théologie ne peut pas compter seulement sur son intelligence, mais qu’il doit cultiver dans le même temps une profonde expérience de foi.
L’activité du théologien, selon saint Anselme, se développe ainsi en trois stades :  la foi, don gratuit de Dieu qu’il faut accueillir avec humilité ; l’expérience, qui consiste à incarner la parole de Dieu dans sa propre existence quotidienne ; et ensuite la véritable connaissance, qui n’est jamais le fruit de raisonnements aseptisés, mais bien d’une intuition contemplative.
A ce propos, restent plus que jamais utiles également aujourd’hui, pour une saine recherche théologique et pour quiconque désire approfondir la vérité de la foi, ses paroles célèbres :  « Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer Ta profondeur, car je ne peux pas, même de loin, comparer avec elle mon intellect ; mais je désire comprendre, au moins jusqu’à un certain point, Ta vérité, que mon cœur croit et aime. Je ne cherche pas, en effet, à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre«  (ibid., 1).

Triptyque de la vie de Saint Anselme - abbaye du Bec

Triptyque contemporain représentant Saint Anselme et les grandes étapes de sa vie
(abbaye du Bec-Hellouin)

frise

On trouvera dans les pages de ce blogue les textes de plusieurs prières attribuées à Saint Anselme :
- Louange à la très sainte et toute glorieuse Croix de Notre-Seigneur > ici
- Prière à la Mère de Dieu au jour de sa Purification > ici

2020-51. « Il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse ».

Sermon sur le Cierge pascal
attribué à
notre Bienheureux Père Saint Augustin

Ce sermon figure dans les suppléments aux œuvres complètes de notre Glorieux Père Saint Augustin et son attribution ne fait pas l’unanimité : il est cependant bien dans la manière et dans l’esprit du grand Docteur de la grâce, et les explications qu’il donne, sur la symbolique du Cierge pascal, sont des leçons dont nous pouvons tirer un grand profit spirituel. 

Cierge Pascal - Mesnil-Marie Pâques 2020

§1 – Le prédicateur demande l’attention de ses auditeurs.

Pour glorifier le Seigneur Dieu tout-puissant, créateur des choses visibles et des choses invisibles, j’éprouve le besoin d’être soutenu par vos prières, en sorte que je devrai bien moins à mes mérites, qu’au secours miséricordieux du Seigneur même, d’exposer, comme je l’ai entrepris, la louange et la splendide bonté du Créateur.
Soyez donc attentifs, mes frères bien-aimés, afin qu’après avoir secoué de vos cœurs toutes ces pensées charnelles semblables aux ténèbres de la nuit, et allumé dans le secret de vos consciences le flambeau du Christ, vous puissiez recueillir non-seulement de l’oreille, mais aussi du cœur, tout ce qu’il plaira au Seigneur de vous présenter par mon ministère.

§2 – Le cierge est l’image du Juste, et le Cierge pascal, qui rappelle la colonne de nuée et de flamme qui guidait les Hébreux dans le désert, est un symbole du Christ.

Le cierge est une lumière pour la nuit, et l’homme juste une lumière pour ce monde ténébreux. « Vous êtes la lumière du monde », a dit le Seigneur à ceux que Lui-même justifie.
Car on voit dans le cierge trois substances : la cire, la mèche, et la flamme. De même l’homme juste nous offre aussi trois substances : la chair, l’âme, la sagesse. La flamme éclaire, la mèche brûle, la cire se dissout. Les leçons de la sagesse occupent l’âme et 
triomphent de la résistance de la chair. La flamme brûle, la mèche se consume, la cire se répand goutte à goutte ; la sagesse enseigne, l’âme se repent, la chair verse des larmes. La flamme brûle en haut, la mèche se consume à l’intérieur, la cire coule à l’extérieur. C’est d’en haut qu’on prêche la sagesse, invisiblement que l’âme embrasse la pénitence, visiblement que la chair en accomplit les œuvres.
Le jour, on vante la beauté d’un cierge ; la nuit, on en recherche la clarté. C’est ainsi qu’il est pour nous l’image de cette colonne qui marchait devant le peuple d’Israël, dans le désert, et l’empêchait de s’égarer. Une colonne de nuée leur apparaissait, en effet, pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit (Exod. XIII, 31, et Nombres, XIV, 14). Or le jour est la figure de la sécurité en cette vie, comme la nuit est la figure des tribulations. Tel est le jour dont le Prophète a dit dans ses cantiques : « C’est le jour que le Seigneur à signalé sa miséricorde, et la nuit qu’il l’a chantée » (Ps. XLI, 9).
Ce n’est point en venant dans cette vie charnelle que le Seigneur Jésus-Christ a manifesté Sa gloire ; mais cette chair Lui a servi de voile pour nous apparaître, comme au désert la colonne de nuée. Mais, quand viendra la fin des siècles, qui mettra fin à toutes nos joies visibles, alors, sans aucun voile mortel, le Seigneur Lui-même nous apparaîtra dans Sa gloire et dans Sa splendeur, comme la colonne de feu. C’est le propre d’une colonne de feu de brûler et de briller. Brûler, c’est sa puissance ; briller, c’est sa gloire. Brûler, c’est juger ; briller, c’est éclairer. Brûler, c’est la peine des impies ; briller, c’est le bonheur des justes.

Joseph-Anton Feuchtmayer - Eglise de Birnau Angelot tête-miel

Joseph-Anton Feuchtmayer : angelot tête-miel (église de Birnau, en Bade-Wurtemberg)

§3 - Sens mystique de l’abeille et de la cire.

Mais il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse. Notre main le porte, nos yeux le voient, notre cœur le contemple, et notre bouche le célèbre.
La cire est l’oeuvre de l’abeille, dont l’Ecriture nous parle ainsi : « Va vers l’abeille, ô paresseux, et vois comme elle travaille ». Combien son oeuvre est sainte, puisque les rois et les sujets s’emparent de ses travaux pour entretenir leur santé. Aux yeux de tous, elle a de la grâce et de la beauté, et toute faible qu’elle soit, elle ne s’élève qu’avec sagesse.
Que nous 
apprenez-Vous, ô Christ ? Que devons-nous considérer dans l’abeille ? C’est un animal petit et pourvu d’ailes, parce que c’est l’humilité qui s’élève. Elle vole au moyen de deux ailes brillantes. Or, quoi de plus éclatant que la charité ? Et la charité renferme deux préceptes, d’aimer Dieu et d’aimer le prochain, qui sont comme deux ailes pour nous élever au ciel. La douceur est l’oeuvre de l’abeille, et la vérité est dans la bouche du juste ; car le Seigneur nous dit bien haut : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jean, XIV, 6). Et le Prophète nous dit à son tour : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux » (Ps. XXXIII, 9).
Les abeilles aiment leur reine, comme les justes aiment leur Christ. Les abeilles forment des rayons de miel, et les justes des églises. C’est sur les fleurs que celles-ci vont recueillir leur butin, de même que tous les justes s’enrichissent des beautés des Saintes Ecritures, qui font connaître et honorer Dieu, et sont pour eux des prairies émaillées. Les abeilles engendrent sans souillure, de même que les justes engendrent les chrétiens par la chaste prédication de l’Evangile. C’est à ses fils, en effet, que s’adressait Paul, quand il disait : « Eussiez-vous dix mille maîtres en Jésus-Christ, que vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères ; car c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (1 Cor. IV, 15). On distingue, dans le rayon, la cire, le miel, et le couvin. De même, dans l’Eglise, nous avons l’Ecriture, l’intelligence et l’audition. Et comme la cire renferme le miel, ainsi l’Ecriture garde l’intelligence, et de même encore que le couvin a son nid dans la cire, ainsi l’auditeur met son affection dans l’Ecriture ; de même encore que les cellules de rayons contiennent déjà du couvin, sans contenir encore du miel, de même les mystères des Ecritures, avant d’arriver à l’intelligence, exigent d’abord la foi des enfants. Comme la jeune abeille, après avoir pris son essor, remplit de miel ces alvéoles de cire où elle fut nourrie, ainsi les jeunes fidèles, après avoir grandi par la foi et commencé à se diriger par les ailes de la charité, rendent plus solides ces remparts des Saintes Ecritures, dont le respect les a sauvegardés, et qu’à leur tour ils environnent d’un respect plus saint. Qu’on presse des rayons, il en découle du miel que l’on recueille en des vases ; ainsi la P
assion du Seigneur a pressuré les livres de la loi et des Prophètes, et il en a découlé cette connaissance qu’ont recueillie des cœurs spirituels. De même encore, quand on a exprimé le miel, la cire, qui n’a plus de douceur, est plus apte à recevoir l’impression des signes ; de même les gouverneurs du peuple juif n’ont retenu de la Loi et des Prophètes que le sabbat, la circoncision, les néoménies, les azymes, et autres cérémonies semblables, simples vestiges des figures antiques, mais sans aucune douceur de la Loi, comme une cire sans miel.

Samson et le lion - Pierre-Paul Rubens

Pierre-Paul Rubens : Samson et le lion

§4 -  Samson mettant en pièces un lionceau est une figure du Christ en laquelle se continue la symbolique de la cire et de l’abeille.

Mais il est plus visible encore qu’un rayon, la cire, le miel et le couvin, sont la figure des Sacrements de l’Eglise et des bonnes oeuvres qui la rendent féconde.
Aussi, l’Ecriture, au livre des Juges, me suggère-t-elle de vous parler de ce rayon de miel qui fut trouvé dans la gueule d’un lion mort.
Quand Samson, le plus fort des hommes, allait chercher une épouse, il rencontra, sur sa route, un lion, qu’il saisit et tua, comme il eût fait d’un chevreau, et la force d’un si puissant animal s’évanouit sous sa main (Juges, XIV). Il continua sa route, épousa une femme, et s’en revint. Comme il revenait, il se détourna pour voir le cadavre du lion, et trouva que des abeilles avaient bâti dans sa gueule un rayon de miel. Il y a là un grand mystère ; qu’il nous suffise, vu le temps qui nous presse, de vous exposer brièvement cette figure. Ecoutez donc, 
mes frères, autant que vous le pourrez.
Que signifient, et Samson, et le lion, et le rayon de miel ? C’est ce que je vous expliquerai autant que le Seigneur voudra m’inspirer.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans tout l’éclat de Sa beauté, dans la grandeur de Sa puissance, est venu Se choisir pour épouse l’Eglise tirée des nations comme une fille étrangère. C’est à cette Eglise que l’Apôtre adressait ces paroles : « Je vous ai fiancée à cet Epoux unique, à Jésus-Christ, pour vous présenter à Lui comme une vierge pure » (2 Cor. XI, 2). Ce lionceau, c’est le monde ; tous ces hommes épris du siècle, c’est la race de Satan, c’est la foule des impies, qui, dans sa fureur, s’est portée au-devant du Seigneur, pour Lui barrer le passage et empêcher le salut des fidèles par la prédication de l’Evangile. Le peuple des Gentils frémissait de rage, en effet, dans la personne de ses rois, des puissants de ce monde, et dans sa fureur qu’attisait le diable, son père, il se rua contre l’Evangile de Dieu comme un lionceau, et rugit jusqu’à ce qu’il tomba sous la main de l’homme puissant. Mais la persévérance des martyrs dans la foi, brisa cette fureur des païens et les assauts impétueux des persécuteurs. Car ce fut par ces membres, véritablement forts, que le Seigneur vainquit le monde ; et maintenant que nous voyons sa fureur orgueilleuse éteinte par toute la terre, qui ne voit avec joie le lionceau étendu par terre ?

Flamme du Cierge Pascal

2020-46. Un grand défenseur de la foi catholique : Monseigneur Louis-Gaston de Ségur.

1820 – 15 avril – 2020

Bicentenaire de la naissance
de
Mgr Louis-Gaston de Ségur

 frise

Ce mercredi 15 avril 2020 est l’exact deuxième centenaire de la naissance de Monseigneur de Ségur, dont les nombreuses publications demeurent d’une grande actualité en raison de leur sûreté doctrinale, de leur profondeur spirituelle et de la pertinence des réponses qu’elles apportent à nombre de sujets mis à mal par l’anticatholicisme et le modernisme.
Dans les pages de ce blogue, vous trouverez de sa plume l’explication de « Ce qu’est le droit divin » (cf. > ici) et le beau texte « Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise » (cf. > ici).
Nous sommes très reconnaissants à notre amie M.V. d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de nos lecteurs (et à la mémoire de Monseigneur le Maître-Chat Lully pour lequel elle avait beaucoup d’affection) une présentation biographique de ce saint prélat.

frise

Mgr de Ségur est une figure marquante du catholicisme français de la deuxième moitié du XIXe siècle, mais le connaissons-nous vraiment ?
En ce jour, 15 avril 2020, où nous célébrons le deux-centième anniversaire de sa naissance, en voici un rapide portrait.

Louis-Gaston, Adrien de Ségur naquit à Paris le 15 avril 1820.
Son père, Eugène de Ségur, était le petit-fils de Louis-Philippe de Ségur, membre de l’Académie Française, et sa mère, la Comtesse Sophie de Ségur, née Rostopchine, était la fille de Fiodor Rostopchine, ancien ministre du tsar Paul Ier et ancien gouverneur de Moscou.

Il fut baptisé le 17 avril 1820 en l’église Saint-Thomas d’Aquin, paroisse de sa famille.
Son parrain était son arrière-grand-père paternel Louis-Philippe de Ségur, et sa marraine, sa grand-mère maternelle, Catherine Rostopchine.

La famille Ségur n’était pas réputée pour sa ferveur religieuse. Ils étaient ce qu’on appelait à l’époque des « libéraux ». Ils avaient servi l’empire, avec zèle pour certains, tel le général Philippe de Ségur, oncle d’Eugène de Ségur, qui fut aide de camp de Napoléon Ier et était présent à Moscou en 1812 lors de l’incendie de Moscou.
Même Sophie de Ségur, convertie au catholicisme sous l’influence de sa mère Catherine Rostopchine, ne faisait preuve que d’une piété très tiède.

Louis-Gaston grandit à Paris et en Normandie, au Château des Nouettes (Aube, Orne), acquis par ses parents en 1822, grâce à la générosité du Comte Rostopchine.

Il était très proche de sa mère et fut désespéré lorsque son père décida de le mettre en pension dans un collège de Fontenay-aux-Roses, alors qu’il n’avait que 6 ans.

De cette période, Mgr de Ségur conserva un très mauvais souvenir. La séparation d’avec sa mère les fit souffrir l’un et l’autre.
Son éducation religieuse fut très superficielle. Il fit sa première communion le 16 juin 1833 et fut confirmé une semaine plus tard. On ne sait pas grand-chose de la pratique religieuse de Mgr de Ségur pendant son enfance et son adolescence, mais il avouera beaucoup plus tard à son secrétaire, l’abbé Diringer : « Quand je pense que l’année qui a suivi ma première communion, personne ne nous a dit de faire nos pâques !».

Quand il eut 15 ans, le Comte de Ségur son père le changea d’école et le mit au Collège royal de Bourbon (maintenant Lycée Condorcet) à Paris. Il y obtint le baccalauréat en février 1838.

GASTON DE SEGUR AUTOPORTRAIT

Gaston de Ségur, jeune homme : Autoportrait

L’année 1838 est une année-clef pour Louis-Gaston de Ségur. C’est celle de sa conversion, certainement due en grande partie à sa grand-mère Rostopchine qui était venue en France voir sa fille et ses petits-enfants et resta 18 mois auprès d’eux. Cette dernière lui avait offert l’ « Introduction à la vie dévote » de St François de Sales.
Sur sa conversion elle-même, nous ne savons pratiquement rien. Seule une inscription de sa main au dos d’une image pieuse en fait foi « Souvenir de ma conversion à Aube, Notre Dame de Septembre 1838 (le 8)».

C’est à ce moment-là que Gaston de Ségur fit connaissance de son cousin le prince Augustin Galitzine, petit-fils de sa grand-tante Alexandra Galitzine, sœur aînée de sa grand-mère Rostopchine.
C’est Augustin qui le fit entrer dans la Conférence Saint-Vincent de Paul où il fit la connaissance de Pierre Olivaint, qui devint lui aussi prêtre et fut assassiné par les communards. Tous les trois exerçaient leur charité infatigable auprès des plus pauvres.

A la fin de l’été 1838, il commença les études de droit que son père avait choisies pour lui, car il le destinait à la carrière diplomatique. Il obtint sa licence en droit en mai 1841.

Parallèlement à ses études de droit, il fréquenta l’atelier du peinte Paul Delaroche. Mais il le quitta au bout de six mois, tant il était rebuté par la liberté de mœurs qui y régnait.

Dès la fin de ses études de droit, Eugène de Ségur fit entrer son fils dans la diplomatie, grâce à ses relations et en particulier avec son amitié avec le Comte de Latour-Maubourg qui était alors ambassadeur de France près le Saint-Siège. C’est ainsi que Gaston de Ségur fut nommé attaché d’ambassade à Rome au début de l’année 1842, Grégoire XVI étant alors le pape régnant.

Dès son arrivée à Rome le 1er mars 1842, il fit la connaissance du Père de Villefort, sj.
Ce dernier sut très vite discerner la vocation latente du jeune attaché d’ambassade. Il l’amena progressivement à accepter l’appel de Dieu et, à la fête de Noël 1842, le père de Villefort reçut dans la chapelle de Saint Ignace, au Gesu de Rome, son vœu de perpétuelle chasteté et sa promesse d’entrer dans les ordres.

Gaston de Ségur en informa rapidement ses parents.
Son père fut absolument furieux de sa décision et essaya par tous les moyens de le faire changer d’avis. Sa mère fut désespérée et essaya elle aussi de le faire changer d’avis, usant de sa tendresse comme moyen d’action. Mais il resta inébranlable et rentra au Séminaire de Saint-Sulpice à Issy en octobre 1843.
Gaston aurait voulu faire ses études à Rome, mais son père s’y opposa catégoriquement.

Le 18 décembre 1847, Louis-Gaston de Ségur fut ordonné prêtre à Saint-Sulpice par Mgr Affre, archevêque de Paris qui devait tomber l’année suivante sous les balles en se rendant comme médiateur de paix à la barricade du faubourg Saint-Antoine.

Des amis à qui il avait confié son secret rapportèrent plus tard que lors de sa première messe, dite le lendemain de son ordination à la chapelle de la Sainte Vierge, à Saint-Sulpice, et alors qu’il tenait pour la première fois dans ses mains le Corps de Jésus, il demanda à la Sainte Vierge de lui envoyer, comme grâce spéciale et bénédiction de son sacerdoce, l’infirmité qui le crucifierait le plus, sans nuire à la fécondité de son ministère.

Louis-Gaston de Ségur prêtre

Après son ordination, l’abbé de Ségur n’exerça pas de ministère en paroisse, mais auprès des pauvres, des enfants, des ouvriers, des soldats avec un groupe de prêtres réunis en communauté rue Cassette.
Tout en menant une vie austère, il se dépensa sans compter dans son apostolat, au point qu’au bout d’un an il tomba sérieusement malade. Il dut garder la chambre pendant six semaines. C’est pendant cette période de réclusion forcée qu’il rédigea le premier de ses ouvrages : « 
Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion ».
C’est ainsi qu’il se découvrit une nouvelle « vocation », celle de l’écriture. Tout au long de sa vie il rédigea de très nombreux ouvrages sur la doctrine catholique la plus rigoureuse s’adressant aux publics les plus divers.

Une fois guéri, il reprit son ministère à Paris.
De grands changements avaient eu lieu depuis son ordination : la « révolution » de 1848, l’élection du Prince Napoléon comme président de la république en décembre de la même année et le coup d’état de ce dernier le 2 décembre 1851, qui mit fin à la deuxième république et lui permit de rétablir l’empire l’année suivante.

Les Ségur qui avaient été bonapartistes sous Napoléon Ier, puis monarchistes sous Charles X et Louis-Philippe, redevinrent bonapartistes sous Napoléon III !
Mgr de Ségur avait pour règle de ne pas se mêler de politique. Mais il accueillit avec satisfaction le rétablissement de l’ordre en France qui devait permettre à l’Eglise d’être à l’abri des impiétés et des violences révolutionnaires. Il ignorait alors que ce coup d’état allait changer beaucoup de choses pour lui dans la poursuite de son ministère.

Peu après son arrivée au pouvoir, Napoléon III songea à envoyer un auditeur de Rote à Rome pour rétablir de bonnes relations avec la Papauté. Elu en 1846, Pie IX était alors le pape régnant.

Le choix de Napoléon III se porta sur l’abbé de Ségur en raison de ses qualités personnelles bien sûr, mais aussi de ses origines familiales, de sa formation juridique et de son expérience diplomatique à Rome dix ans auparavant. L’abbé de Ségur hésita longuement avant d’accepter, car il n’appréciait pas la vie mondaine, mais il y vit la main de Dieu qui lui permettait ainsi d’œuvrer pour le plus grand bien de l’Eglise.

Il partit donc pour Rome en mars 1852 et fut désigné depuis lors sous le nom de « Mgr de Ségur ».
Il fut accueilli à son arrivée par Mgr Xavier de Mérode, son cousin, qui était alors aumônier du pape. Il fut reçu immédiatement par Pie IX qui l’accueillit avec la plus grande bienveillance. De ce jour, Pie IX et Mgr de Ségur furent très proches et cette proximité perdura jusqu’à la mort du Souverain Pontife en 1878.

A Rome, Mgr de Ségur trouva en Mgr de Mérode et Mgr Bastide, chapelain de Saint-Louis des Français et attaché en qualité d’aumônier aux armées françaises et pontificales, de véritables amis.

Dès octobre 1852, Mgr de Ségur reçut la visite de sa mère et de ses sœurs Sabine, Henriette, accompagnée de son mari Armand Fresnaut, et Olga. C’est à cette occasion que la famille Ségur fit la connaissance de Louis Veuillot, journaliste ultramontain, qui devait reste leur ami jusqu’à la fin de ses jours.

A Rome Mgr de Ségur remplit son rôle d’auditeur, c’est-à-dire de juge, avec une grande conscience de ses devoirs. Il put mener à bien l’une des difficiles négociations dont il s’était chargé, à savoir le rétablissement progressif de la liturgie romaine en France. Il réussit pleinement dans ses négociations entre le Saint-Siège et le Séminaire de Saint-Sulpice, qui devait l’introduire dans sa règle, et un accord fut signé en novembre 1853. L’autre grande négociation à laquelle il prit part n’aboutit jamais : le sacre de Napoléon III à Paris par le Pape.

C’est en cette année 1853 qu’un événement personnel changea pour toujours la destinée de Mgr de Ségur.
Le 1er
 mai, il sentit une sorte de voile rouge s’étendre sur son œil gauche. Il venait de perdre partiellement la vue. Devant ce malheur, Mgr de Ségur ne se révolta pas. Il était résigné et était persuadé que bientôt il perdrait totalement la vue.

Pendant l’année qui suivit la perte de son œil, Mgr de Ségur continua ses fonctions d’auditeur de Rote et et ses bonnes œuvres à Rome. Il s’appliqua à apprendre tous les gestes de la vie quotidienne, sans le secours de son œil droit encore valide. Il apprit par cœur le maximum de textes de la messe et de l’écriture sainte.
Le 2 septembre 1854, alors qu’il était en vacances au château des Nouettes avec sa famille, il perdit définitivement la vue. Sa mère et ses frères et sœurs en furent bouleversés, mais lui accepta cette infirmité avec une grande résignation.

Mgr de Ségur prélat

A l’automne 1854 il accepta de retourner à Rome, mais il savait que c’était provisoire. Il fut accueilli avec une grande bonté par le Pape Pie IX. Il eut le grand bonheur d’assister en décembre à la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.
Il resta à Rome jusqu’à la fin 1855, tout en préparant son retour en France. De son côté, le Pape Pie IX cherchait tous les moyens de nommer Mgr de Ségur à une haute charge. Finalement il le nomma Chanoine du chapitre de Saint-Denis, honneur normalement réservé aux évêques en retraite, mais, à cause de sa cécité, un obstacle canonique empêchait de le sacrer évêque. Pie IX y suppléa en publiant le 4 janvier 1856 un bref enregistré au Conseil d’Etat qui disait : « Nous vous conférons et accordons les insignes et privilèges d’honneur qui sont propres aux évêques, de sorte que vous en puissiez user et jouir librement et licitement ».
Aussitôt après, il donna sa démission d’auditeur de Rote et reprit le chemin de la France.

Il revint à Paris pour reprendre son apostolat auprès de tous les déshérités. Il y joignit l’autre grande œuvre de sa vie : son combat contre l’erreur sous toutes ses formes, notamment contre la franc-maçonnerie et contre le protestantisme. Par ses écrits, ses prédications, il se dévoua totalement à cet apostolat. Il continua bien sûr ses œuvres de charité. C’est ainsi qu’ en 1859 il participa notamment à la fondation de l’Association catholique Saint François de Sales pour la défense et la conservation de la foi.
Il fut également l’un des initiateurs des Congrès Eucharistiques, dont le premier eut lieu en 1881, l’année de sa mort.

Mgr de Ségur s’éteignit à Paris le 9 juin 1881.
Ses funérailles furent célébrées le 13 juillet en l’église de Saint-Thomas d’Aquin, où il avait été baptisé. Le 19, son corps fut transporté en Bretagne, à Pluneret près de Sainte-Anne d’Auray, où il repose aux côtés de sa mère la Comtesse de Ségur.

M.V.

Pluneret - tombe de Mgr de Ségur

2020-44. « Voici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse !»

Dans ce sermon qui, dans l’édition de ses « œuvres complètes » est classé comme le « premier sermon pour la fête de Pâques », notre Bienheureux Père Saint Augustin propose un développement de ce « Haec dies quam fecit Dominus… » que nous entonnons le jour de la Résurrection et que nous répétons à satiété pendant tout l’octave de Pâques.

Vitrail du Christ ressuscité - détail

Voici le jour que le Seigneur a fait ;
réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse !

§1 - La fête de Pâques nous provoque à la joie, parce que tout y est nouveau.

Une lumière éclatante brille pour nous aujourd’hui, parce que le bon Larron est entré dans le ciel sur les pas du Roi des rois. La foule des morts s’est levée, et la conscience des vivants a triomphé.
Contemplez l’Eglise, voyez la multitude des élus, les légions des anges, l’armée des fidèles entourant le précieux autel du Seigneur. La foule est dans la joie, parce que le Seigneur des anges est ressuscité. Les morts sont sortis des enfers et sont redevenus vivants, les hommes sont sortis purifiés de la source d’eau vive et entièrement renouvelés ; Dieu, dans Sa bonté, a pris soin de ressusciter les morts et de renouveler en nous le vieil homme, selon cette parole de l’Ecriture : « L’ancien a disparu, tout est devenu nouveau » (2 Cor. V, 17). Voilà pourquoi nous nous écrions tous : « Voici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse » (Ps. CXVII, 24).
Comment les morts se sont-ils réjouis en sortant de leur tombeau ? Comment ceux qui ont repris naissance ont-ils tressailli d’allégresse en sortant de la source sacrée ? Ceux-là ont chanté le cantique nouveau sur la vie nouvelle, et ceux-ci ont 
chanté l’Alleluia en recevant la grâce précieuse. Disons tous : C’est le jour de la lumière, le jour du pain, afin que nous ne soyons plus soumis ni à la faim ni aux ténèbres ; rassasions-nous, au contraire, du pain de la grâce, et non pas de l’obscurité des nations barbares, car aujourd’hui l’armée des Anges se réjouit avec nous. Que personne ne désire plus le pain matériel, car aujourd’hui est ressuscité « le Pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean, VI, 51). Aujourd’hui les chaînes des enfers sont rompues, que les chaînes de tous les péchés se rompent également.

§2. La grâce de Jésus-Christ mourant, ressuscitant, montant au ciel.

Que notre mère la sainte Eglise surabonde de joie dans la personne de tous ses enfants. Venez , Seigneur , et dites-nous : « La paix soit avec vous , n’ayez aucune crainte » (Luc, IV, 36), et nous jouirons d’une grande sécurité, car en célébrant la loi nous posséderons en toutes choses la lumière éternelle et nous dirons : « Si je marche au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous êtes avec moi, Seigneur » (Ps. XXII, 4).
Soyez donc avec nous, Seigneur, afin que nous n’ayons plus à craindre les 
ombres de la mort et que nous nous réjouissions éternellement en Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrant, ressuscitant et montant au ciel. Par Lui puissions-nous nous élever et nous convertir au Seigneur. Le Seigneur est né, et le monde a repris naissance ; Il a souffert, et l’homme a été sauvé ; Il est ressuscité, et l’enfer a gémi ; Il est monté au ciel, et le trône paternel a tressailli de joie. Pendant que le Sauveur souffrait, les morts ressuscitaient et les vivants se réjouissaient ; lorsqu’Il ressuscita, les captifs sentaient leurs chaînes disparaître, et les anges ne pouvaient contenir leur joie ; quand Il monta au ciel, les esprits célestes furent enivrés de bonheur, et les Apôtres furent attristés ; « mais leur tristesse se changea en joie » (Jean, XVI, 20), et dissipa les ténèbres qui les retenaient dans l’erreur. C’est ainsi que pour nous, après la nuit de labeur, rayonne la joie de la lumière à la splendeur du Dieu Sauveur, selon cette parole : « Vous avez changé ma tristesse en joie » (Ps. XXIX, 12).

§3. Jour de joie et de reconnaissance.

La mort de Jésus-Christ déchirait le voile du temple, brisait les cœurs les plus durs, couvrait la nature d’épaisses ténèbres et inondait nos visages de clartés spirituelles, afin « de nous faire contempler la gloire du Seigneur à visage découvert » (2 Cor. III, 18). Un voile mystique enveloppait la loi ancienne ; ce voile a été déchiré : « la nuit a précédé, le jour s’est approché » (Rom. XIII, 12). Car voici « le jour que le Seigneur a fait, qu’il soit pour nous un sujet de joie et d’allégresse » (Ps. CXVII, 24).
Tous les jours sont l’oeuvre de Dieu, mais celui-ci a été marqué de Son sang. Les morts ressuscités se sont réjouis, combien plus la joie de ce jour doit-elle nous faire tressaillir. Ces morts parcouraient la cité sainte ; pour nous, nous irons à la sainte Eglise ; ils se réunissaient au banquet des saints, pour nous, nous participerons à la table des mystères de Dieu. Que l’armée des anges s’associe à notre joie et à 
notre banquet, offrons nos présents, élevons nos cœurs et modulons sur nos cithares ce chant d’allégresse : « Je monterai à l’autel de Dieu, au Dieu qui réjouit ma jeunesse » (Ps. XLII, 4). Nos iniquités sont pardonnées, nos chaînes sont rompues ; car c’est Dieu Lui-même qui réjouit notre âme ; disons donc de nouveau : « Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse ».

§4. Voici le Jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous donc !

Que personne ne s’attriste s’il se sent pressé par de vives exhortations de perdre la vie plutôt que sa dignité. Quelle que soit, d’ailleurs, la simplicité de son vêtement, qu’il lui suffise de briller par les qualités de l’esprit et du cœur ; car il possédera de cette manière la plus belle gloire, celle de trouver sa joie, non pas dans un vêtement, mais dans la sainteté de ce grand jour. En effet, on ne nous dit pas : Tressaillons dans notre vêtement ; mais : « Réjouissons-nous en ce jour ». Ce jour ne connaît pas les ténèbres, parce que Lui-même le premier a dissipé les ténèbres ; il ne connaît pas l’obscurité, puisqu’Il a chassé toute obscurité ; il ne connaît pas la calomnie et la suggestion du mal, parce que sur la croix Il a détruit nos titres au châtiment. Par Son innocence le Rédempteur nous a mérité l’élection divine, le calomniateur s’est enfui, le père du mensonge a perdu sa cause.
Jour d’indulgence, jour de rémission, jour de délivrance ! La joie fait tressaillir les vivants, et les morts éprouvent un soulagement ineffable. Ce jour joyeux, large, libre et éclatant, a est comme mille années en présence de Dieu (cf. Ps. LXXXIX, 4) ; car « c’est vraiment le jour que Dieu a fait ». Celui qui, toute sa vie, persévérera dans l’amour de Dieu, méritera de se réjouir éternellement dans ce jour, dans lequel les saints feront entendre des chants d’allégresse , seront inondés de toutes les splendeurs, partageront les joies du Sauveur et diront et répéteront en choeur : « Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse » .

Haec dies

2020-35. Du saint archange Gabriel, « Force de Dieu ».

24 mars,
Fête de l’archange Saint Gabriel.

Saint Gabriel - église de Lunéville

L’archange Saint Gabriel
(église de Lunéville)

La Sainte Bible nous fait connaître les noms uniquement de trois des archanges de Dieu : Saint Michel (en l’honneur duquel on trouve dans ce blogue des prières > ici, > ici et > ici), Saint Raphaël (dont nous avons parlé > ici et > ici) et Saint Gabriel, dont la liturgie traditionnelle célèbre la fête le 24 mars, veille de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie. 

Le nom de Saint Gabriel :

Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, dans la langue et la mentalité hébraïques le nom a une signification en rapport avec les qualités et fonctions de la personne auquel il est attribué.
Cela est très spécialement vrai pour les anges. Ainsi le nom de Gabriel signifie « Force de Dieu », et cela exprime donc d’une manière particulière les différentes missions qui lui ont été attribuées par Dieu.

Les missions de l’Archange Saint Gabriel :

Dans les Saintes Ecritures, le saint archange Gabriel est nommé de manière tout à fait explicite pour trois missions circonstanciées :

Drost Willem - 1650 vision de Daniel

Vision du Prophète Daniel, par Willem Drost (1650)

A – L’Ange envoyé au saint prophète Daniel pour lui révéler les temps de la venue du Messie :
Daniel est le quatrième des « grands prophètes » de l’Ancien Testament : il est un jeune homme, probablement d’extraction noble, lorsqu’il est emmené captif à Babylone par Nabuchodonosor en 597 avant Jésus-Christ. Avec ses compagnons, Ananias, Azarias et Misaël, il est élevé à la cour et il reste fidèle à la foi et aux observances religieuses d’Israël. Il gagne la confiance du roi, dont il interprète les songes, et de ses successeurs, malgré les intrigues pour le perdre (c’est ce qui lui vaudra d’être jeté dans la fosse aux lions), épreuves au cours desquelles Dieu intervient en sa faveur par d’éclatants miracles. Daniel atteindra un âge très avancé, puisqu’il est encore de ce monde lors de l’Edit de Cyrus (538 avant Jésus-Christ) qui met fin à l’exil à Babylone.
La première fois que l’ange Gabriel lui apparaît, c’est pour lui donner l’interprétation de la vision du bélier et du bouc (Dan. VIII) ; il lui est envoyé ensuite une seconde fois, afin de lui expliquer la fameuse prophétie des septante semaines qui précise la date de la venue du Messie (Dan. IX). 
Cette dernière mission de l’ange Gabriel est donc déjà en lien avec le mystère de l’Incarnation.

B – L’Archange qui apparut au prêtre Zacharie :
La deuxième mission de l’Ange Gabriel mentionnée dans la Bible concerne l’annonce de la naissance du Précurseur à Zacharie, prêtre qui accomplit son service dans le Temple de Jérusalem et qui doit devenir le père du dernier et du plus grand des prophètes. Cela se trouve au premier chapitre de l’Evangile de Saint Luc : l’histoire vous en est connue. Au début, l’ange ne dévoile pas son nom, mais, face à l’incrédulité de Zacharie, il élève la voix et dit : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ! » (Luc I, 19).
Ainsi, Gabriel révèle-t-il un aspect de sa grandeur, qui fait qu’on ne peut douter de sa parole : il se tient devant Dieu. Selon certains mystiques (cela n’est pas de foi) Saint Gabriel aurait été choisi pour prendre la place de Lucifer devant le trône de la Majesté Divine qu’il contemple face à face. Saint Louis de Gonzague le nomme « le premier parmi les Archanges ».
L’apparition à Zacharie révèle un autre aspect de la personnalité de Saint Gabriel, il est un ange qui a un lien particulier avec le sacerdoce et les consacrés : Zacharie est un prêtre, issu de la race sacerdotale d’Aaron dont le sacerdoce deviendra bientôt caduc en étant remplacé par le sacerdoce nouveau institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Saint Gabriel a annoncé la naissance de celui qui a pour mission de préparer la voie au Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance, Jésus-Christ. Saint Jean-Baptiste est un consacré, modèle pour les religieux.
Avec cette intervention prophétique auprès de Saint Zacharie, l’archange Saint Gabriel se rapproche de sa grande et sublime mission : son ambassade auprès de la Vierge de Nazareth, qu’il va accomplir six mois plus tard.
Le fait qu’il soit choisi par Dieu pour cette légation, nous laisse deviner la suréminente dignité de Saint Gabriel : 
« En effet comme le mystère qu’il vint annoncer  ne fut pas une oeuvre ou un mystère ordinaire mais bien le plus excellent et le plus noble que Dieu ait jamais accompli, ainsi devons-nous croire que ce divin messager fut un des plus élevés et des plus dignes personnages que renferme cette céleste hiérarchie » (Saint Louis de Gonzague, méditation sur les saints Anges).

vitrail de l'annonciation

C – L’archange du mystère de l’Incarnation :
Au centre de l’histoire humaine se trouve l’Incarnation du Fils de Dieu, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité.
Pour la réalisation de ce grand mystère – Dieu fait homme -, le Créateur de  toutes choses a député un messager pour demander le consentement de la Très Sainte Vierge.
Ainsi que le faisait remarquer Saint Louis de Gonzague dans la citation donnée ci-dessus, il est évident que Dieu a choisi le plus beau, le plus noble, le plus grand de Ses anges pour recueillir le consentement de la plus noble, la plus sainte et la plus pure de toute les créatures humaines : Marie immaculée !
Nous connaissons tous par cœur, ou presque – du moins je l’espère ! – ce récit de l’Annonciation (Luc I, 26-38). L’iconographie représente habituellement les anges avec des ailes. A ce sujet saint Jean Chrysostome a une belle réflexion : « C’est avec raison  qu’on représente l’Archange Gabriel avec des ailes, non parce que Dieu l’a créé ainsi, mais afin que nous nous souvenions toujours avec reconnaissance de ce vol miraculeux par lequel, se transportant à Nazareth, il entra dans la chambre de la bienheureuse Vierge Marie, s’acquitta de son message, et reçut au nom de Dieu son consentement pour la rédemption du monde ».
Jusqu’à la consommation des siècles, et pendant toute l’éternité, les âmes des élus ne cesseront de contempler et d’approfondir l’incomparable et admirable mystère de l’Annonciation, et nous ne cesserons de reprendre les paroles à la fois si simple et si sublimes de la salutation angélique : « Ave, Maria, gratia plena : Dominus tecum… »
Nous devons en quelque sorte une reconnaissance éternelle à l’archange Saint Gabriel de nous avoir donné l’Ave Maria !

Ange Gabriel à l'Annonciation

D – L’archange Saint Gabriel après l’Annonciation :
Saint Gabriel n’est plus explicitement cité dans les Saintes Ecritures après l’Annonciation. Cependant, selon de pieux auteurs et plusieurs mystiques authentiques, sa mission ne s’arrêta pas là.
Ainsi, plusieurs commentateurs, pensent qu’il fut cet ange dont le nom n’est pas mentionné par l’Evangile, qui se manifesta par trois fois à Saint Joseph : 1) pour lui dire de ne point craindre de prendre chez lui Marie, son épouse, 2) pour l’avertir des desseins criminels d’Hérode et lui enjoindre de fuir en Egypte, et enfin 3) pour lui apprendre la mort de ce même Hérode et l’inviter à revenir en Terre Sainte.
On croit communément qu’il est l’ange qui apparaît aux bergers dans la sainte nuit de Bethléem pour leur révéler la naissance du Sauveur.
Bien que l’Evangile ne mentionne pas que ce soit le fait d’un ange, mais parle seulement de « songe », il est aussi évident pour quelques uns que c’est Saint Gabriel qui se manifeste aux Saints Rois Mages dans ce songe pour les avertir de ne pas retourner chez Hérode mais de rentrer chez eux sans passer par Jérusalem.
Il semblerait que ce soit aussi lui qui apparaît à Notre-Seigneur pour Le consoler dans Son agonie au jardin des Oliviers.
Enfin, s
elon Saint Vincent Ferrier, l’archange Saint Gabriel fut le porteur de la joie de la Résurrection à Notre-Dame. Voici la belle page que l’on peut lire dans la vie de ce saint : « Et comme l’aube n’était pas encore venue, la Sainte Vierge se mit en prière, disant avec le Psalmiste : « Levez-vous Seigneur dans Votre vie nouvelle ». Et alors le Christ envoya l’Ange Gabriel pour annoncer à Sa Mère Sa Résurrection. Et l’Ange dit : « Reine du Ciel, réjouissez-vous ». Et Marie répondit sur le champ : « Quand viendra-t-Il ? Quand Le verrai-je ? » Et à ces mots le Christ apparut et la salua, disant : « Je vous salue, Mère de la vie et de la consolation. » Et la Vierge baisait les marques laissées par les plaies du Christ, et elle dit : « Puisque Vous voilà ressuscité, ma passion est finie, le repos est venu pour moi, désormais on sanctifiera le Jour du Seigneur : le sabbat n’existe plus. »

E – Interventions de l’Archange Saint Gabriel auprès des hommes dans le temps de l’Eglise :
Dans le temps de l’Eglise, le saint Archange Gabriel s’est manifesté à plusieurs reprises auprès des saints. Je n’ai pas la connaissance de la vie de tous les saints, ni de toutes les interventions de l’archange auprès d’eux, mais j’en ai noté quelques unes significatives au cours de mes lectures :
- Auprès de Sainte Jeanne d’Arc : 
Le 3 mai 1431, c’est-à-dire 27 jours avant son martyre, Sainte Jeanne d’Arc témoigna avoir reçu du réconfort de Saint Gabriel venu la visiter dans sa prison. Ainsi à la veille du dernier combat, Saint Michel, l’archange des batailles, laissa-t-il la place à l’Ange Gabriel, qui serait celui qui a consolé notre divin Sauveur dans Son agonie.

- Auprès de Saint François de Sales :
Il vit à ses côtés l’Archange Saint Gabriel durant la célébration de la Sainte Messe de Minuit, le 25 décembre 1622, soit trois jours avant sa mort ; mais le saint Prince-évêque de Genève et fondateur de la Visitation n’en a pas dit davantage.

-  Auprès de Sainte Marie de Jésus Crucifié (née Myriam Baouardy)
La sainte carmélite a eu le grand privilège, vraiment insolite, d’être « possédée » pendant quatre jours par Saint Gabriel, « l’Ange de Marie » comme il s’est nommé lui-même. Durant tout ce temps, l’ange parla par la bouche de la sainte religieuse et enseigna toute la communauté. La carmélite était absolument inconsciente de ce qui se passait : quand l’heureuse possession se termina, la sainte croyait, en revenant à elle, qu’elle avait été malade pendant longtemps !…

- L’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu à l’Ile Bouchard :
Lors des apparitions de l’Ile Bouchard, du 8 au 14 décembre 1947, la Très Sainte Mère de Dieu était toujours accompagnée d’un « beau ange » – ainsi que disaient les fillettes -, à genoux devant elle et lui présentant un lys. L’une des voyantes demanda à la Très Sainte Vierge : « Mais, Madame, quel est l’ange qui vous accompagne ? » La Vierge Marie se tourna vers l’ange qui, alors qu’il était de profil, se tourna vers l’enfant et avec un beau sourire lui dit : « Je suis l’Ange Gabriel ».

La Vierge Marie et l'ange Gabriel

L’Ile-Bouchard : groupe sculpté représentant l’apparition

F – Saint Gabriel, patron céleste des télécommunications et de la Poste :
Saint Gabriel a été proclamé par l’Eglise, céleste patron des télécommunications et des Postes. Ce patronage se comprend très bien puisque l’archange a été le messager céleste envoyé par Dieu pour demander à la Très Sainte Vierge Marie son consentement pour la réalisation du Mystère de l’Incarnation dans son sein virginal. Le succès de cette ambassade avait déjà valu à Saint Gabriel d’être pris pour protecteur céleste par les ambassadeurs et les diplomates.
Le vénérable pape Pie XII l’a donné pour saint patron à ceux qui travaillent dans les télécommunications par un Bref Apostolique daté du 12 janvier 1951 :
« Tout don excellent, toute grâce parfaite descend d’en haut, du Père des lumières. » C’est pourquoi il faut admirer la sagesse divine qui a permis aux hommes, grâce aux nombreuses inventions nées du génie de notre époque, de pouvoir, par le moyen de l’électricité, télégraphier aux absents avec une merveilleuse rapidité, téléphoner à des distances extraordinaires, envoyer des messages par les ondes aériennes et enfin contempler la vision des choses et des faits qui se trouvent très loin des lieux où ils habitent. Ces instruments, construits selon les règles de l’art, peuvent être très nuisibles s’ils sont employés avec de mauvaises intentions, mais au contraire, si on les utilise comme il faut, ils peuvent aider puissamment au développement et au raffermissement des relations fraternelles entre les hommes, au progrès de la civilisation, à la propagation illimitée des arts et des sciences, et même à l’enseignement des préceptes de la religion, à la transmission de la parole du Pasteur suprême depuis le Siège de Pierre à toutes les nations, et à l’admirable union de tous les cœurs pour diriger vers la Majesté divine des prières publiques faites par ce moyen dans tout l’univers.
C’est pourquoi, notre Mère la Sainte Eglise ne s’est jamais opposée à ce progrès de la civilisation humaine, mais elle a eu et elle a encore le souci de le soutenir, de le développer et de l’encourager dans la plus large mesure, étant donné que tout ce qu’on peut découvrir de vrai et de neuf doit être considéré comme une trace de l’intelligence divine et un signe de sa puissance. Aussi croyons-Nous très opportun d’assurer à ces sciences merveilleuses et à ceux qui les mettent en œuvre ou qui les exploitent, le bienfait spécial d’une protection céleste. A la demande faite par plusieurs personnes remarquables qui, en beaucoup de nations, exercent leur activité dans cette branche, de leur donner à eux et à leurs collègues, comme céleste patron auprès de Dieu, l’archange saint Gabriel qui apporta au genre humain, plongé dans les ténèbres et désespérant presque de son salut, l’annonce longtemps souhaitée de la Rédemption des hommes, Nous décidons d’accueillir favorablement, vu son importance et sa gravité, cette requête qui est selon Notre propre pensée et qui correspond à Nos propres désirs.
Ainsi donc, après avoir pris conseil de Notre vénérable frère Clément Micara, cardinal de la Sainte Eglise, évêque de Velletri et préfet de la S. Congrégation des Rites, toutes choses étant attentivement pesées, de science certaine, et après y avoir mûrement pensé, en usant de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par cette Lettre et pour toujours, Nous constituons et déclarons l’archange saint Gabriel, céleste patron auprès de Dieu de cette profession, de ses spécialistes et employés, en lui attribuant tous les honneurs et privilèges liturgiques qui appartiennent régulièrement aux patrons principaux.
Nous annonçons, Nous établissons, Nous ordonnons que la présente Lettre soit et demeure toujours ferme, valide et efficace ; qu’elle porte et produise tous ses effets dans leur intégrité et leur plénitude ; maintenant et à l’avenir, pour ceux qu’elle concerne ou pourra concerner ; qu’il en faut régulièrement juger et décider ainsi ; que dès maintenant est tenu pour nul et sans effet tout ce qui pourrait être tenté par n’importe qui, en vertu de n’importe quelle autorité, en connaissance de cause ou par ignorance, contre les mesures décrétées par cette Lettre ».
C’est le pape Paul VI qui, en 1972 nomma l’archange Saint Gabriel patron de la Poste.

Pittoni Giambattista - Annonciation 1758

Giambattista Pittoni : l’Annonciation (1758)

Saint Gabriel, protégez-nous des dangers des moyens modernes de communication !

Avec le développement exponentiel des moyens de communication, la multiplication des téléphones portables et de leur technologie de plus en plus sophistiquée, et la généralisation d’Internet, le patronage céleste de Saint Gabriel sur les télécommunications est d’une actualité brûlante.
D’abord en raison de l’usage intensif, voire abusif, d’une technologie qui multiplie les émissions d’ondes dont on ne mesure pas toujours très bien les impacts qu’elles peuvent avoir sur la santé, et ensuite parce que si ces nouvelles technologies peuvent évidemment servir au bien, il est également très facile d’en faire un mauvais usage : usage qui n’est pas nuisible seulement en raison de la perte de temps qu’il occasionne, mais surtout en raison des péchés qu’il favorise, en particulier contre la vertu de pureté. Dans ce domaine, les dégâts sont immenses… pour la plus grande joie du démon !
Prions Saint Gabriel afin qu’il nous aide à faire un bon usage de ces moyens de communications : qu’ils ne soient pas pour nous occasion de ruine spirituelle, cause de la perte de l’amitié divine, facteur de déchéance de l’état de grâce ! Il vaut mieux perdre son smartphone que l’amitié divine…

N’hésitons pas non plus à confier la protection et le bon acheminement de nos envois postaux importants à Saint Gabriel : si le Saint-Siège l’a proclamé saint patron des Postes, ce n’est pas pour rien, surtout en un temps où la perte de conscience professionnelle de nombreuses personnes entraîne des pertes de lettres ou de colis, ou des retards de distribution à peine croyables.

Annonciation détail - Ange Gabriel

Prières du Père Jean-Edouard Lamy
à Saint Gabriel Archange :

« Saint Gabriel, vous qui êtes appelé à juste titre la force de Dieu, puisque vous avez été choisi pour annoncer à Marie le Mystère où le Tout-Puissant a déployé la force de Son bras, faites-nous connaître les trésors renfermés dans la personne du Fils de Dieu, et soyez notre protecteur auprès de Son auguste Mère. » 

Saint Archange Gabriel, messager de la miséricorde de Dieu en faveur des pauvres humains, vous qui avez salué la Très Sainte Vierge par ces paroles : « Je vous salue Marie, pleine de grâce », et qui en avez reçu une réponse d’une si grande humilité, protecteur des âmes, aidez-nous à devenir les imitateurs de son humilité et de son obéissance. »

Ave Maria et lys

2020-31. « Que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel ! »

Message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon
de jure SMTC le Roi Louis XX

en la fête de Saint Joseph

à l’occasion de l’épidémie qui afflige le monde

St Joseph patron de l'Eglise - église Saint-Joseph de Chambérat 03

« Un péril difficilement maîtrisable et très violent met la maladie et la mort au cœur de l’actualité en surgissant aux portes de nos sociétés. Dans un monde entier touché par le virus, France, Espagne, Italie et à peu près toute l’Europe sont confrontées à une crise sanitaire d’une ampleur majeure et oubliée sur notre continent…
Les victimes sont et seront nombreuses et c’est à elles et à leurs familles que j’exprime d’abord mon soutien et ma sympathie. Je pense aussi aux personnels hospitaliers et médicaux si sollicités comme à toutes les bonnes volontés qui vont se déployer autour des malades et de chacun pour assurer la vie quotidienne, je les en remercie et me joins à la prière des catholiques de France. J’ai aussi une pensée reconnaissante pour tous ceux qui vont avoir à maintenir la sécurité publique dans ces temps difficiles.
Demandons à Dieu que tous les malades puissent bénéficier des soins nécessaires à leur état et que les conséquences de toutes sortes qui vont immanquablement peser sur la société, et sans doute pour un temps assez long, puissent, elles aussi, être contenues.                               

Aujourd’hui il s’agit de faire front avec courage et foi. Un sursaut de la part de tous est nécessaire, il en va du bien commun.
Il n’est plus temps d’incriminer les erreurs du passé, il appartient maintenant d’en tirer les leçons et de rectifier ce qui peut l’être. La nécessité de changements nombreux et fondamentaux s’imposera. L’état providence a trouvé ses limites et n’offre qu’une frontière poreuse au virus ; les visions politiques et économiques à court terme ont démontré leurs faiblesses et leur impuissance. Dans l’immédiat, comme dans tous les moments les plus graves de notre histoire, il va s’agir pour les familles d’assumer leur rôle si fondamental dans notre société. C’est à elles et à leur esprit de responsabilité comme à leur détermination que revient la lourde charge de maintenir.
Pendant que les personnels soignants feront leur devoir, les familles assureront les tâches de soins, de formation spirituelle et intellectuelle. Pères et mères responsables. Les uns et les autres devront s’adapter à de nouvelles formes de travail qu’il faudra en partie improviser sans oublier de développer de nouvelles formes de liens, entre les générations notamment, alors qu’il faut limiter les contacts.
Enfin, pour tous les Français, que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel, le sens des autres et du bien commun, celui de la famille, de la patrie, le sens de Dieu.                            

Je pense profondément que par l’intercession de Saint Joseph, protecteur des foyers, que les catholiques fêtent aujourd’hui, les familles trouveront la force de résister à l’épreuve que nous traversons en maintenant la Foi et l’Espérance.                

Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

Armes de France & Navarre

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