Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2008-57. Les promesses du Sacré-Coeur en faveur de ceux qui pratiqueront cette dévotion.

A l’occasion de la fête de Sainte Marguerite-Marie (17 octobre – voir aussi l’article publié l’an dernier à cette même date, en cliquant ici > www), nous tenons à publier ici le texte des promesses que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faites en faveur des personnes qui pratiqueraient la dévotion envers son Sacré-Coeur. Ces douze promesses constituent un résumé des paroles que Notre-Seigneur a adressées à Sainte Marguerite-Marie en diverses circonstances et en plusieurs occasions. Elles ont été (bien évidemment!) contestées mais il est facile à une personne familière des écrits de Sainte Marguerite-Marie de démontrer qu’elles sont authentiques même si, pour des raisons pratiques, elles ont été rédigées de manière plus simple.

Jésus manifestant son Coeur à Ste Marguerite-Marie

1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

2. Je mettrai la paix dans leur famille.

3. Je les consolerai dans toutes leurs peines.

4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à l’heure de la mort.

5. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.

6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.

7. Les âmes tièdes deviendront ferventes.

8. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.

9. Je bénirai moi-même les maisons où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé.

12. Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que mon divin Cœur se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

Voir aussi les prières en l’honneur du Sacré Coeur de Jésus que nous avons déjà publiées :
- la neuvaine de confiance > www ;
- la prière composée par Sainte Madeleine-Sophie Barat > www ;
- le « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > www ;
- l’acte d’offrande de Saint Claude de la Colombière > www.

Prières et litanies en l’honneur de Saint Michel Archange.

Nous avions déjà évoqué (cf. > ici) les origines de la fondation de l’abbaye du Mont Saint-Michel, mais nous ne pouvons passer sous silence, en ce 16 octobre 2008, le treizième centenaire de la consécration du premier sanctuaire élevé sur le « Mont Tombe » par Saint Aubert, le 16 octobre 708. En cette circonstance, nous vous proposons quelques textes de prières à Saint Michel, toujours utiles dans les combats de notre vie spirituelle…

St  Michel au péril de la mer

Prière de Saint Louis de Gonzague à Saint Michel:

O Prince invincible, gardien fidèle de l’Eglise de Dieu et des âmes justes, vous qui, animé d’une si grande charité et d’un si grand zèle, avez livré tant de batailles et accompli d’entreprises, non pour vous acquérir à vous-même renommée et réputation comme le font les capitaines de ce monde, mais pour accroître et défendre la gloire et l’honneur que nous devons tous à notre Dieu en même temps que pour satisfaire au désir que vous aviez du salut des hommes, venez, je vous en prie, au secours de mon âme qui est attaquée continuellement et mise en danger par ses ennemis : la chair, le monde et le démon. Vous avez conduit jadis le peuple d’Israël dans le désert, veuillez aussi être mon guide et mon compagnon dans le désert de ce monde, jusqu’à ce que vous m’ayez conduit hors de tout danger dans la terre des vivants, dans cette bienheureuse patrie d’où nous sommes tous exilés. Ainsi soit-il.

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Litanies de saint Michel

(pour la récitation privée)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, écoutez-nous.
Christ, exaucez-nous.
Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Marie, Reine des Anges, priez pour nous.
Saint Michel Archange, priez pour nous.
Saint Michel, princes très glorieux, priez pour nous.
Saint Michel, fort dans le combat, priez pour nous.
Saint Michel, vainqueur de Satan, priez pour nous.
Saint Michel, terreur des démons, priez pour nous.
Saint Michel, prince de la milice céleste, priez pour nous.
Saint Michel, héraut de la gloire divine, priez pour nous.
Saint Michel, joie des Anges, priez pour nous.
Saint Michel, honoré des Elus, priez pour nous.
Saint Michel, qui présentez au Très-Haut nos prières, priez pour nous.
Saint Michel, défenseur des âmes justes, priez pour nous.
Saint Michel, messager de Dieu, priez pour nous.
Saint Michel, dont la prière conduit aux cieux, priez pour nous.
Saint Michel, soutien du peuple de Dieu, priez pour nous.
Saint Michel, gardien et patron de l’Eglise, priez pour nous.
Saint Michel, bienfaiteur des peuples qui vous honorent, priez pour nous.
Saint Michel, porte-étendard du salut, priez pour nous.
Saint Michel, notre défenseur dans le combat, priez pour nous.
Saint Michel, ange de la paix, priez pour nous.
Saint Michel, introducteur des âmes dans la lumière sainte, priez pour nous.
Saint Michel, prévôt du Paradis, priez pour nous.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

V./ Priez pour nous, saint Michel Archange.
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

Oraison :

Dieu tout puissant et éternel, qui avez établi saint Michel gardien de l’Eglise et prévôt du paradis, accordez par son intercession, à l’Eglise la prospérité et la paix, à nous la grâce en cette vie et la gloire dans l’éternité. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Imprimatur : Coutances, le 9 mars 1929. Théophile-Marie, évêque de Coutances et Avranches.

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Prière à saint Michel, pour tous nos besoins :

O bienveillant Archange, votre puissance est si grande sur le Cœur de Dieu qu’il ne vous a jamais rien refusé, et votre charité pour nous est telle que tous ceux qui vous invoquent sont assurés de votre perpétuel secours. Pleins de confiance en votre protection, nous venons vous exposer humblement nos besoins. Vous savez s’ils sont nombreux et pressants. Dissipez nos ténèbres, conduisez-nous dans la voie, défendez-nous contre nos ennemis, guérissez nos plaies et prodiguez-nous toutes les tendresses qu’un saint amour peut vous inspirer envers vos fidèles clients. Ainsi soit-il.

Voir aussi les prières en l’honneur de Saint Michel publiées > ici.

2008-56. Célébration du cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII (9 octobre 1958).

En ce jeudi 9 octobre 2008, à 11h30, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI entouré des Cardinaux et des participants au Synode consacré à la Parole de Dieu, a célébré,une Sainte Messe de suffrage à l’occasion du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur le Pape Pie XII. Des fidèles nombreux et recueillis, certains venus à Rome de très loin pour cette circonstance, remplissaient la Basilique de Saint-Pierre au Vatican. La vénération envers le Pape Pie XII, malgré les campagnes de calomnies, grandit dans le monde et sa cause de béatification est en très bonne voie. On peut même affirmer que tous les efforts de ceux qui ont tenté de flétrir son nom et sa mémoire, ont finalement contribué à mieux étudier et à faire mieux connaître la personne et l’oeuvre de ce grand Pape!

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Pour la Sainte Messe du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur le vénéré Pape Pie XII, Sa Sainteté Benoît XVI portait une chasuble rouge de coupe romaine par dessus la dalmatique.

Le chant d’entrée qui accompagnait les rites d’introduction de la Célébration eucharistique était: « In pace factus est locus eius, et in Sion habitatio eius : son repos est dans la paix et son habitation en Sion ». L’évangile qui a été lu avant l’homélie du Saint-Père est un extrait de l’évangile selon Saint Jean (Jn 5, 24-27):  » En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir de prononcer le Jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme ».

Après la Sainte Messe (célébrée en rouge conformément à la tradition liturgique), le Saint-Père Benoît XVI est descendu dans les « Grottes Vaticanes » pour se recueillir sur la tombe du Pape Pie XII. Voici maintenant le texte de l’homélie prononcée par Benoît XVI en cette circonstance:

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés Frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers frères et soeurs,

Le passage du livre du Siracide et le prologue de la Première Lettre de saint Pierre, proclamés comme première et deuxième lecture, nous offrent de significatives occasions de réflexion dans le cadre de cette célébration eucharistique, au cours de laquelle nous faisons mémoire de mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII. Cinquante ans se sont exactement écoulés depuis sa mort, survenue aux premières heures du 9 octobre 1958. Le Siracide, comme nous l’avons écouté, a rappelé à ceux qui veulent suivre le Seigneur qu’ils doivent se préparer à affronter des épreuves, des difficultés et des souffrances. Pour ne pas succomber à ces dernières – exhorte-t-il – il faut un coeur qui soit droit et constant, une fidélité à Dieu et une patience qui soient unies à une inflexible détermination à avancer sur le chemin du bien. La souffrance affine le coeur du disciple du Seigneur, comme l’or est purifié dans la fournaise. “Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient, car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation (2,4-5).

Saint Pierre, de son côté, dans la péricope qui a été proposée, en s’adressant aux chrétiens des communautés d’Asie mineure qui étaient “affligés par diverses épreuves”, va encore plus loin : malgré tout, leur demande-t-il, “Vous en tressaillez de joie” (1P 1, 6). L’épreuve est en effet nécessaire, observe-t-il, “afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ (1P 1, 7). Ensuite, pour la deuxième fois, il les exhorte à être joyeux, et même à exulter “d’une joie indicible et pleine de gloire (v, 8 ). La raison profonde de cette joie spirituelle réside dans l’amour envers Jésus et dans la certitude de sa présence invisible. C’est Lui qui rend inébranlable la foi et l’espérance des croyants, même au cours des phases les plus complexes et les plus dures de l’existence.

À la lumière de ces textes bibliques, nous pouvons lire le parcours terrestre du Pape Pacelli et son long service envers l’Église, commencé sous Léon XIII et poursuivi sous Pie X, Benoît XV et Pie XI. Ces textes bibliques nous aident surtout à comprendre la source à laquelle il a puisé son courage et sa patience au cours de son ministère pontifical qui s’est déroulé durant les douloureuses années du second conflit mondial et la période suivante, non moins complexe, de la reconstruction et des difficiles rapports internationaux, passés à l’histoire sous la significative appellation de “guerre froide”.

Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam” : c’est avec cette invocation extraite du Psaume 50 que Pie XII débutait son testament. Et il poursuivait : “Ces mots que je prononçai, conscient d’être sans mérites et non à la hauteur, au moment où je donnai, en tremblant, mon acceptation à l’élection comme Souverain Pontife, je les répète maintenant avec plus de raison”. Deux années manquaient alors à sa mort. S’abandonner dans les mains miséricordieuses de Dieu : telle fut l’attitude que cultiva constamment mon Prédécesseur vénéré, le dernier des Papes nés à Rome, appartenant à une famille en relation avec le Saint-Siège depuis de nombreuses années.

En Allemagne, où il exerça les fonctions de Nonce Apostolique, d’abord à Munich puis à Berlin jusqu’en 1929, il laissa derrière lui un souvenir emplit de gratitude, surtout pour avoir collaboré avec Benoît XV à la tentative de mettre fin à l’“inutile massacre” de la Grande Guerre, et pour avoir décelé, dès son avènement, le danger constitué par la monstrueuse idéologie nationale-socialiste, avec ses pernicieuses racines antisémite et anti-catholique. Créé Cardinal en décembre 1929, et devenu peu après Secrétaire d’État, il fut un fidèle collaborateur de Pie XI pendant neuf ans, à une époque caractérisée par les totalitarismes : le fascisme, le nazisme et le communisme soviétique, condamnés respectivement par les Encycliques Non abbiamo bisogno, Mit Brennender Sorge et Divini Redemptoris.

Celui qui écoute ma parole et croit (…) a la vie éternelle
(Jn 5, 24). Cette assurance de Jésus, que nous avons écoutée dans l’Évangile, nous fait penser aux moments les plus durs du pontificat de Pie XII lorsque, sentant s’évanouir toute sécurité humaine, il ressentait fortement le besoin d’adhérer au Christ, unique certitude qui ne passe pas, et ce aussi au travers d’un constant effort ascétique. La Parole de Dieu devenait ainsi lumière sur son chemin, un chemin sur lequel le Pape Pacelli dut consoler les réfugiés et les persécutés, essuyer les larmes de douleur et pleurer les innombrables victimes de la guerre. Seul le Christ est la véritable espérance de l’homme; seulement en se confiant en Lui, le coeur humain peut s’ouvrir à l’amour qui gagne sur la haine. Cette conscience accompagna Pie XII au cours de son ministère de Successeur de Pierre, ministère commencé justement alors que s’accumulaient sur l’Europe et sur le reste du monde les nuages menaçants d’un nouveau conflit mondial qu’il tenta d’éviter par tous les moyens : “Le péril est imminent, mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre”, s’était-il écrié dans son radio-message du 24 août 1939 (Acta Apostolici Sedis, XXXI, 1939, p. 334).

La guerre mit en évidence l’amour qu’il nourrissait pour sa “Rome bien-aimée”, un amour témoigné par son intense oeuvre de charité qu’il accomplissait en faveur des persécutés, sans tenir compte d’aucune distinction de religion, d’ethnie, de nationalité, d’appartenance politique. Lorsqu’à maintes reprises, on lui conseilla de laisser le Vatican pour se mettre à l’abri, la ville étant occupée, sa réponse fut toujours la même, identique et décisive : “Je ne laisserai pas Rome et mon poste, même si je devais en mourir
(cf. Summarium, p. 186). Ses familiers et autres témoins firent, en outre, part de ses privations de nourriture, de chauffage, de vêtements, de commodités, qu’il s’imposait volontairement pour partager la condition de la population durement éprouvée par les bombardements et par les conséquences de la guerre (cf. A. Tornielli, Pie XII, Un uomo sul trono di Pietro). Et comment oublier son radio-message pour Noël, en décembre 1942? Avec une voix brisée par l’émotion, il déplora la situation des “centaines de milliers de personnes qui, sans aucune culpabilité de leur part, mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement(AAS, XXXV, 1943, p.23), se référant très clairement à la déportation et à l’extermination perpétrée contre les juifs. Souvent, c’est dans le secret et le silence qu’il a agi parce que, justement, à la lumière des situations concrètes de la complexité de ce moment historique, il avait eu l’intuition que c’est seulement de cette manière que l’on pouvait éviter le pire et sauver le plus grand nombre possible de juifs. Pour ses interventions, de nombreuses et unanimes attestations de reconnaissances lui furent adressées à la fin de la guerre, ainsi qu’au moment de sa mort, par les plus importantes autorités du monde juif, comme par exemple, par le Ministre des Affaires Extérieures d’Israël Golda Meir, qui écrivit : “Quand le martyre le plus épouvantable a frappé notre peuple, durant les dix années de terreur du nazisme, la voix du Souverain Pontife s’est élevée en faveur des victimes”, concluant avec émotion : “Nous pleurons la perte d’un grand serviteur de la paix”.

Malheureusement, le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du Serviteur de Dieu Pie XII, a oublié de mettre en lumière tous les aspects de son polyédrique pontificat. Très nombreux ont été les discours, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence. Paul VI, qui fut son fidèle collaborateur pendant de nombreuses années, le décrivit comme un érudit, un chercheur attentif, ouvert aux voies modernes de la recherche et de la culture, restant fermement, et avec cohérence, fidèle tant aux principes de la rationalité humaine, qu’à l’intangible dépôt des vérités de la foi. Il le considérait comme un précurseur du Concile Vatican II
(cf. Angelus du 10 mars 1974). Dans cette perspective, un grand nombre de ses documents mériteraient d’être rappelés, mais je me limiterai à n’en citer que quelques-uns. Avec l’Encyclique « Mystici Corporis », publiée le 29 juin 1943 alors que la guerre faisait encore rage, il décrivait les rapports spirituels et visibles qui unissent les hommes au Verbe incarné, et proposait d’intégrer, dans cette perspective, tous les principaux thèmes de l’ecclésiologie, offrant pour la première fois une synthèse dogmatique et théologique sur laquelle se baserait la Constitution dogmatique conciliaire  « Lumen Gentium ».

Quelques mois après, le 20 septembre 1943, avec l’Encyclique « Divino Afflante Spiritu », il fixait les normes doctrinales pour l’étude des Saintes Écritures, en mettant en relief son importance et son rôle dans la vie chrétienne. Il s’agit d’un document qui témoigne d’une grande ouverture à la recherche scientifique sur les textes bibliques. Comment ne pas rappeler cette Encyclique, alors que se déroulent les travaux du Synode qui a justement pour thème “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise”? C’est à l’intuition prophétique de Pie XII que nous devons la première étude sérieuse des caractéristiques de l’historiographie antique, pour mieux comprendre la nature des livres sacrés, sans en affaiblir ou en nier leur valeur historique. L’approfondissement des “genres littéraires”, pour mieux comprendre ce que l’auteur sacré avait voulu dire, avait été, jusqu’en 1943, considéré comme suspect, du fait aussi des abus qui y avaient été commis. L’Encyclique ne reconnaissait pas sa juste application, déclarant illégitime son usage pour l’étude non seulement de l’Ancien mais aussi du Nouveau Testament. “Aujourd’hui, cet art – explique le Pape – que l’on a l’habitude d’appeler critique textuelle et qui est, valablement et fructueusement, utilisée dans les éditions des auteurs profanes, s’applique de plein droit aux Livres Sacrés en fonction justement du respect qui est dû à la Parole de Dieu”. Et, il ajoute : “Son objectif est, en effet, de restituer, avec toute la précision possible, sa première teneur au texte sacré, le débarrassant des déformations introduites par les fautes des copistes et le libérant des gloses et des lacunes, des transpositions de mots, des répétitions et des défauts similaires de tout ordre, qui dans les écrits transmis à la main pendant de nombreux siècles, s’infiltraient couramment” (AAS, XXXV, 1943, p.336).

La troisième Encyclique que je voudrais mentionner est « Mediator Dei », consacrée à la liturgie, publiée le 20 novembre 1947. Avec ce Document, le Serviteur de Dieu donna l’impulsion au mouvement liturgique, insistant sur l’ « élément essentiel du culte », qui “doit être celui interne : il est, en effet, nécessaire – écrit-il – de vivre toujours en Christ, de se dédier à Lui, afin qu’en Lui, avec Lui et pour Lui on glorifie le Père. La sainte Liturgie exige que ces deux éléments soient intimement liés… Autrement, la religion devient un formalisme sans fondement et sans contenu”. Ensuite, nous ne pouvons pas, non plus, ne pas évoquer l’importante impulsion que ce Souverain Pontife donna à l’activité missionnaire de l’Église avec les Encycliques « Evangelii praecones »
(1951) et « Fidei donum » (1957), mettant en relief le devoir pour chaque communauté d’annoncer l’Évangile aux personnes, comme le fera, avec une courageuse vigueur, le Concile Vatican II. L’amour pour les missions, le Pape Pacelli l’avait, du reste, manifesté dès le début de son pontificat quand, au mois d’octobre 1939, il avait voulu consacrer personnellement douze évêques provenant de pays de mission, dont un indien, un chinois, un japonais, le premier évêque africain et le premier évêque de Madagascar. Enfin, l’une des ses constantes préoccupations pastorales fut la promotion du rôle des laïcs, pour que la communauté ecclésiale puisse compter sur toutes les énergies et les ressources disponibles. Pour cela aussi, l’Église et le monde lui sont reconnaissants.

Chers frères et soeurs, alors que nous prions pour que la cause de béatification du Serviteur de Dieu, Pie XII, se poursuive normalement, il est bon de rappeler que la sainteté fut son idéal, un idéal qu’il ne manqua pas de proposer à tous. Pour cela, il donna une forte impulsion aux causes de béatification et de canonisation de personnes appartenant à des populations diverses, de représentants de tous les états de vie, fonctions et professions, réservant une vaste place aux femmes. C’est Marie justement, la Femme du salut, qu’il montre à l’humanité comme signe de ferme espérance, en proclamant le dogme de l’Assomption durant l’Année Sainte de 1950. À notre époque qui est, comme alors, assaillie de préoccupations et d’angoisse pour son avenir ; en ce monde où, peut-être encore plus qu’alors, l’éloignement de tant de personnes de la vérité et de la vertu laisse entrevoir des scénarios privés d’espérance, Pie XII nous invite à tourner notre regard vers Marie qui est montée dans la gloire céleste. Il nous invite à l’invoquer avec confiance, pour qu’elle nous fasse apprécier toujours plus la valeur de la vie sur la terre et nous aide à diriger notre regard vers le vrai but auquel nous sommes tous destinés : cette vie éternelle qui, comme Jésus nous l’assure, est déjà possédée par celui qui écoute et suit sa parole. Amen!

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Et voici maintenant un article très intéressant qui « remet quelques pendules à l’heure » :

Une béatification discutée.

par Pierre Gelin.

 » Le cinquantenaire de la mort de Pie XII, le 9 octobre prochain, promet de nouveaux bras de fer entre les partisans de sa «culpabilité» et ceux de sa béatification. La moindre annonce, même infondée, est un prétexte pour relancer la polémique du vide.

À ce sujet, l’année 2007 peut être considérée comme «l’année Pie XII» tant les «révélations» se sont multipliées en dépit du bon sens historique. Afin de bien comprendre la situation actuelle, il convient de revenir sur ces temps forts qui ont amené le pape Benoît XVI à retarder la béatification de son prédécesseur

Beaucoup de bruit pour rien :

En janvier 2007, le général Ion Pacepa, ancien haut dirigeant du KGB, révèle que les communistes ont créé de toutes pièces la légende noire autour de Pie XII : la pièce « Le Vicaire », écrite par Rolf Hochhut, participerait de cette campagne des services secrets visant à briser l’influence d’un pape profondément anticommuniste. Si des soupçons existaient déjà dans les années soixante sur le rôle du KGB dans la parution de cette pièce, jamais une telle preuve n’avait été apportée. Deux mois plus tard éclate la polémique entre Israël et le Saint-Siège – via Mgr Antonio Franco, nonce en Terre Sainte – à propos d’une présentation critique de Pie XII par le Mémorial de Yad Vashem en mars de la même année. La venue du prélat ne s’est faite qu’à la condition de réexaminer les propos tenus sur le pape Pacelli. En avril, le cardinal Bertone publie une circulaire de Pie XII, dont fait mention le père Pierre Blet dans son ouvrage (1), adressée aux instituts religieux et datée du 25 octobre 1943, demandant aux religieux d’accueillir et de sauver tous les Juifs qui le demandent.

Les mois de mai et juin furent particulièrement denses : Pie XII fut au centre de nombreux débats. Tout d’abord, le mardi 15 mai 2007, la Congrégation pour la cause des saints a approuvé à l’unanimité une déclaration sur les vertus du pape Pie XII, laissant dorénavant au pape le soin de reconnaître l’héroïcité de ses vertus. La réaction fut immédiate : la fin du mois de mai vit ressurgir une polémique qui ne fut pas sans rappeler l’affaire de «l’encyclique cachée»… texte qui n’était ni encyclique, ni cachée : Emma Fattorini, historienne reconnue, aurait découvert un discours qu’aurait dû prononcer Pie XI s’il n’était pas mort la veille. Pie XII se serait empressé, sitôt son élection au siège de Pierre, de faire disparaître ce texte dénonçant violemment l’antisémitisme. Bien entendu, cette affaire n’était qu’un vaste tissu d’erreurs ; la première d’entre toutes fut que ce texte avait déjà été publié par… Jean XXIII dans « la Documentation catholique ».

Le 5 juin 2007, Andrea Tornielli publia la première biographie complète de Pie XII, qui fit l’objet d’une présentation officielle au Vatican (2). Cet ouvrage, considéré comme le travail le plus sérieux réalisé jusqu’à présent, souligne tous les aspects de la personnalité du pape Pacelli et de son pontificat. Quelques jours plus tard, le 21 juin, parut en France l’étude du rabbin David Dalin sur l’attitude de Pie XII envers les Juifs (3). La conclusion est sans appel : le pape mériterait d’être «Juste parmi les nations», haute distinction d’un peuple outragé envers ceux qui l’ont aidé.

Cette énumération fastidieuse est destinée à rappeler que la situation, sur le plan international, est tendue dès qu’il s’agit d’aborder le pontificat de Pie XII. C’est cet enchaînement de faits qui a influencé Benoît XVI et l’a amené à reporter la promulgation reconnaissant l’héroïcité des vertus de Pie XII, ouvrant ainsi la voie à sa possible béatification. Avant de porter tout jugement sur cet acte, il nous faut examiner la raison pour laquelle Benoît XVI a agi de la sorte, le 17 décembre dernier : Pie XII ne figurait pas dans la liste des huit personnes promises à une béatification prochaine, avec la grâce de Dieu. Parallèlement, Benoît XVI nomma une commission pour étudier le dossier de son prédécesseur. Il n’en fallut pas plus pour que certains journaux, notamment français, interprètent outrancièrement cette décision, en évoquant une «remise en question», voire «l’enterrement du dossier». Le journaliste Hervé Yannou compara subtilement, et de manière détournée, ce cas avec celui du père Léon Dehon dont le procès de béatification fut suspendu par Benoît XVI suite à la découverte d’écrits antisémites de ce prêtre français. Le pape demanda à une commission d’étudier la question, qui remit un rapport négatif amenant Benoît XVI à classer le dossier. À première vue, que de points communs entre le père Léon Dehon et le pape Pie XII ! Mais que de raccourcis également ! Tout d’abord, il n’y a strictement aucune trace d’antisémitisme dans les écrits de Pie XII, même lorsqu’il n’était encore que l’abbé ou le cardinal Eugenio Pacelli. De plus, la commission qui a été nommée par le pape pour étudier le cas de cette béatification ne laisse aucune ambiguïté sur les intentions de Benoît XVI : il s’agit d’une commission interne à la Secrétaire d’État.

Précisons, pour qui n’est pas habitué des procédés du Vatican, qu’il s’agit d’une décision diplomatique et non théologico-spirituelle ; le vote de la Congrégation pour la cause des saints n’est pas abrogé. Ainsi que l’explique le père Peter Gumpel, jésuite et relateur de la cause (l’équivalent du juge d’instruction) : «Ce ne sont pas les vertus héroïques de Pie XII qui sont en cause, car, de ce point de vie, la Secrétairie d’État, qui est l’organisme diplomatique du Saint-Siège, n’est pas compétente. [C’est donc] une décision sage qui devrait permettre d’évaluer les conséquences d’une béatification de Pie XII à la lumière des relations entre Israël et le Saint-Siège».

La voie de la prudence :

Loin de remettre en cause l’action de son prédécesseur, ainsi que ses vertus, Benoît XVI choisit la voie de la prudence. L’affaire, certes inhabituelle, est diplomatique, politique et contemporaine. Nous pouvons l’approuver ou la déplorer. La récente parution, en mars dernier, de l’ouvrage de Saul Friedländer (4), relayé par tous les grands médias nationaux et internationaux, tend à donner raison au Pape. En effet Saul Friedländer n’est pas un inconnu ; grand historien du nazisme, mondialement connu, ce rescapé de la Shoah s’est fait connaître par un livre publié dès 1964, intitulé « Pie XII et le IIIe Reich, » et qui connut un très vif succès, malgré la fragilité de ses sources. Son nouvel ouvrage évoque de nouveau et à plusieurs reprises l’attitude négative du Vatican avec, en première ligne, Pie XII. Un excellent article de Frédéric Le Moal revient longuement sur cette récente parution (5).

Mais Pie XII a agi. Jean-Marie Mayer, Philippe Levillain, Andrea Tornielli, David Dalin, Pierre Blet, Jean Chaunu, Jean Chélini, Philippe Chenaux, etc., sont autant d’historiens qui, par leurs études, confirment l’action bénéfique de Pie XII, de son ordination sacerdotale à sa mort. Son influence fut palpable sur tous les plans : politique, culturel, humain, théologique, spirituel. Il n’est pas un domaine qui n’ait été traité par ce grand pape.

Sagesse de Benoît XVI :

Face à ces témoignages et à ce foisonnement de documents, la thèse d’un «silence» de Pie XII est un mythe qui ne puise sa force que dans la répétition assourdissante menée par des moyens de communication modernes étouffant réflexion et esprit critique. Mais le mal est fait. Benoît XVI, en retardant l’échéance, ne choisit plus seulement une voie de prudence, mais une voie de sagesse. Certes nous aurions aimé une béatification retentissante pour le 50e anniversaire de la mort de Pie XII ; mais le pape sait que les médias se nourrissent de polémiques pour faire éclore le mensonge et la calomnie. La vérité sur Pie XII ne naîtra pas d’une provocation : elle sera le fruit de l’attitude sapientale de l’Église.

Notes de l’article :
(1) Pierre Blet, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, 1997.
(2) Andrea Tornielli, Pio XII. Eugenio Pacelli. Un uomo sul trono di Pietro, Mondadori, 2007.
(3) David Dalin, Pie XII et les Juifs, Tempora, 2008.
(4) Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs. Les années d’extermination, 1939-1945, Seuil, 2008.
(5) Frédéric Le Moal, « Saul Friedländer et Pie XII », sur www.pie12.com, 7 avril 2008.

2008-53 b. Le Père Ange de Joyeuse et la statue de Notre-Dame de Paix (2nde partie).

2nde Partie : la statue miraculeuse de Notre-Dame de Paix.

Après avoir rapporté la biographie du Père Ange de Joyeuse (ici > www) attachons nous à faire connaître la Madone vénérée sous le nom de Notre-Dame de Paix.

A. Description de la statue :

Le P. Godefroy, archiviste capucin, a fait, en 1935, un travail très documenté :
« En Provence, en Languedoc, en Aquitaine, la civilisation romaine avait laissé son empreinte… A la Renaissance, de nombreux artistes méridionaux se mettent à œuvrer d’après le canon d’Athènes et de Sparte. L’un d’eux entreprend de sculpter, en plein bois, sans doute sur commande, une statuette de la Madone. Artiste, il veut sa Vierge plus belle qu’une déesse. Français, dégoûté des horreurs de la guerre, il la conçoit comme une apparition de la Paix. Double dessein facile à réaliser pour un sculpteur languedocien. Les modèles foisonnent. Sa Vierge est de petite taille : 33 cm, piédestal non compris. Marie, légèrement hanchée à gauche, est vêtue du chiton, la tunique grecque, plissée et fermée. Ce vêtement tombe jusqu’aux pieds, découverts, chaussés de sandales, de forme romaine… L’artiste revêt sa Madone, par-dessus son chiton, d’un casaquin renaissance, décolleté en carré, lacé jusqu’à la taille… Les manches font kimono… En outre, l’artiste a jeté sur les épaules de Marie, selon la mode du temps, un fichu, très légèrement drapé, aux pans noués sur la poitrine et tombant court. Le reste du costume est spécifiquement grec. Marie se drape dans un péplos bordé d’un tuyauté araméen. Roulé autour du bras gauche, ce manteau laisse le bras droit libre et découvert. Dans sa main droite, la Madone tient une branche d’olivier. Sur son bras gauche, repose, vêtu d’une chemise froncée, l’Enfant Jésus, bras tendus. Le Sauveur, tête nue, cheveux frisés, serre dans sa main droite la croix, et dans sa main gauche le globe du monde. La Vierge, elle aussi, porte, à l’antique, le chef découvert… mais sa coiffure offre une note Renaissance… Les cheveux de la Vierge, séparés sur le devant, s’étagent en deux nattes de chaque côté de la tête… Elles forment un chignon à l’arrière et retombent sur le dos en une natte unique. En outre, une cinquième natte, partant de la nuque et formant auréole, est nouée sur le milieu de la tête, en avant.« 

Notre-Dame de Paix (statue héritée de la famille de Joyeuse)

B. La Vierge des Joyeuse :

Le premier texte connu sur la statue de Notre-Dame de Paix provient d’un livre publié en 1660 par le Père Médard de Compiègne, capucin :
« On assure que cette sainte image est l’héritage de l’illustre Maison de Joyeuse, qui demeurait, par succession, à celui des enfants de cette illustre famille qui avait le plus de dévotion à la conserver. »
L’histoire de la statue est donc d’abord intimement liée à celle de la famille de Joyeuse.

Les experts peuvent avec une quasi certitude placer la date de naissance de la statue autour de 1530. Jean de Joyeuse avait quitté le Château de Joyeuse, en Vivarais (aujourd’hui département de l’Ardèche) pour celui que Françoise de Voisins lui avait apporté en dot, le Château de Couiza, dans le Bas-Languedoc en 1518 : ce serait lui qui aurait acquis ou peut-être même fait réaliser la statuette. Il la donna au plus pieux de ses fils, Guillaume, qui l’emporta en 1561 à l’hôtel de trésorerie de Toulouse où il avait été nommé.
De son mariage avec Marie de Batarnay, Guillaume eut sept fils et c’est Henri qui reçut la statuette. Vers la mi-novembre 1576, il l’emporta avec lui  à Paris, au Collège de Navarre, puis en 1582 à l’hôtel du Bouchage, rue Saint-Honoré (à l’actuel emplacement du Temple de l’Oratoire).
Comme nous l’avons dit dans la première partie (cf. > www), Henri, bien qu’attiré par la vie religieuse, dut épouser Catherine de La Vallette. Le couple s’installa, toujours rue Saint-Honoré, dans un hôtel contigu au monastère des Capucins et y aménagea une chapelle pour Notre-Dame.
Quand, à son veuvage, il entra chez les Capucins, il  fit don au couvent de la moitié de son hôtel avec la chapelle que, quelques années plus tard, les capucins, obligés d’agrandir leur couvent, durent démolir. Ils firent alors aménager, au dessus de la porte d’entrée des nouveaux bâtiments, une petite niche où la statue fut exposée.
La petite Madone va rester là 63 ans, discrète, attendant son heure. Toutefois un frère convers, Frère Antoine, qui était fort dévot à cette image, prédit peu avant de mourir que cette statue deviendrait illustre.

C. La statue devient Notre-Dame de Paix :

La guerre de Trente Ans avait désolé l’Europe, et se continuait de diverses manières. Les peuples angoissés imploraient la paix. Or, le 21 juillet 1651, des enfants s’assemblent devant la Madone des Capucins, rue Neuve Saint Honoré, chantant à gorge déployée des Salve Regina. Des processions se forment au chant des litanies de la Sainte Vierge, on vient de tous les quartiers de la capitale. Il y a foule. Chants, prières et… miracles, car des guérisons se produisent ! Notre-Dame est bienfaisante à son peuple, qui – spontanément – l’invoque comme « Notre-Dame de Paix ».
Quelques semaines après cette première procession, précisément le 24 septembre 1651, alors que la dévotion envers elle ne cesse de prendre de l’ampleur, la statue est retirée de la niche au-dessus de la porte pour être exposée dans l’église du couvent, dans la chapelle latérale où reposent les restes du Père Ange. Il se produisait là des miracles et les pèlerins y venaient si nombreux qu’il fallut songer à agrandir la chapelle, ce que fit faire Mademoiselle de Guise, petite-nièce d’Henri de Joyeuse ; la statue fut solennellement installée dans le nouveau sanctuaire par le Nonce apostolique, en présence du Roi, de la Cour et d’un concours immense de parisiens, le 9 juillet 1657.

L’année suivante, le Roi Louis XIV est pris de fièvre typhoïde à Calais, et on craint pour sa vie. La Reine Mère demande des prières. Les capucins s’adressent à Notre-Dame de Paix et la guérison se produit, jugée miraculeuse. Anne d’Autriche commande alors à Michel Corneille un grand tableau en ex-voto (il est aujourd’hui dans les collections du château de Versailles).

ex-voto de la guérison de Louis XIV

Sur cet ex-voto on reconnaît en bas à gauche les capucins en prière aux pieds de Notre-Dame de Paix :
la statue n’est pas reproduite de manière servile mais identifiable grâce à sa coiffure et à son rameau d’olivier dans la main droite.

Cette guérison contribue encore à l’accroissement de la dévotion envers la Madone de la chapelle des Capucins, qui devient un véritable centre de pèlerinage : on y vient en foule, surtout au jour de sa fête, fixée au 9 juillet. On implore la Reine de la Paix pour la paix du Royaume, pour la paix du monde, pour la paix des familles, pour la paix des coeurs… Et un chroniqueur de l’époque témoigne que les grâces reçues sont indicibles. Il en fut ainsi jusqu’à la grande révolution…

D. Dans la tourmente révolutionnaire :

Au mois d’août 1790, les Capucins furent chassés de leur couvent. Un religieux emporte discrètement la statue avec lui et, l’année suivante, il la remet à son Provincial. Ce dernier, pour plus de sécurité, la confie à une demoiselle Papin, soeur du Grand Pénitencier de  l’Archevêché de Paris. Un procès-verbal très détaillé accompagne ce dépôt. En 1792,  Mademoiselle Papin, fuyant Paris à son tour, remit la Vierge à la Duchesse de Luynes, qui, en 1802, en fit constater l’authenticité par l’un des vicaires généraux de l’Archevêché de Paris. Cet acte de reconnaissance et d’authentification existe toujours avec ses cachets de cire rouge bien visibles.

E. Installation de Notre-Dame de Paix à Picpus :

En avril 1806, la Duchesse de Luynes décède. La soeur et le neveu de Mademoiselle Papin, ses héritiers (la statue n’avait été confiée à Madame de Luynes que comme un dépôt provisoire)  en font la cession à la Révérende Mère Henriette Aymer de La Chevalerie, à la demande du Révérend Père Coudrin : ce sont les fondateurs de la Congrégation de l’Adoration des Sacrés Coeurs, dite de Picpus.
Le 6 mai 1806, la statue de Notre-Dame de Paix arrive  au couvent de Picpus (qui garde le cimetière où furent ensevelies les victimes de la grande Terreur guillotinées tout près de là, sur la « place du trône » – devenue « place du trône renversé » sous la révolution, et depuis « place de la nation » – , parmi lesquelles les célèbres Carmélites de Compiègne).
Notre-Dame de Paix est depuis lors la Protectrice de toute la Congrégation, Pères et Sœurs, et sa reproduction se trouve dans toutes les maisons de l’Institut.
Le 9 juillet 1906, la statue de Notre-Dame de Paix fut officiellement couronnée  au nom du Pape Saint Pie X.
Si les foules n’accourent pas de la même manière qu’autrefois aux pieds de la Madonne qui nous vient des Joyeuse, nous pouvons toutefois affirmer qu’elle continue à donner généreusement des grâces de paix à ceux qui viennent les implorer dans la chapelle de Picpus.

2008-53 a. Le Père Ange de Joyeuse et la statue de Notre-Dame de Paix (1ère partie).

Il y a dans l’ordre des Capucins – déjà particulièrement riche en personnalités originales – une figure assez extraordinaire, dont ce 28 septembre 2008 nous donne de commémorer le quatrième centenaire de la mort : je veux parler d’Henri de Joyeuse, en religion le Père Ange, frère mineur capucin.
L’évocation de ce personnage nous donnera aussi l’occasion de parler de Notre-Dame de Paix, statue aujourd’hui vénérée dans la chapelle des Soeurs de Picpus, à Paris.

Ière Partie : Le Père Ange de Joyeuse.

Né à Toulouse le 21 septembre 1563, Henri de Joyeuse était le troisième des sept fils du vicomte Guillaume de Joyeuse, lieutenant général du Roi Henri III pour le Languedoc.

Garçon brillant, et adonné aux études dès son plus jeune âge, il avait éprouvé l’attrait de la vie franciscaine, mais son père – qui avait d’autres ambitions pour ses fils – l’envoya à Paris  avec ses frères François et Scipion suivre les cours du collège de Navarre.
Très rapidement, ces jeunes gens sont introduits à la Cour où ils vont être comblés de faveur : tandis que leur père est fait maréchal de France, l’aîné – Anne – sera nommé Amiral, puis Duc et pair de France, François nommé archevêque de Narbonne puis de Toulouse, et – alors qu’il vient tout juste d’entrer dans sa seizième année – Henri est grand-maître de la garde-robe du Roi dont il est le « mignon » (il reçoit même le surnom d’archi-mignon). Un autre de ses frères est promu grand prieur de l’Ordre de Malte…

De peur de le voir abandonner la Cour pour le couvent où il aimait à faire retraite, Henri III lui fait épouser, le 28 novembre 1581, Catherine de Nogaret de Lavalette, soeur du duc d’Epernon, favori du Roi : Henri a 18 ans, Catherine en a 15.
Leur mariage fut heureux et les deux époux – qui aimaient à se retirer loin de la Cour et s’approfondissaient en piété – firent, d’un commun accord, le vœu qu’à la mort de l’un, le survivant se ferait religieux. Une fille leur naquit, le 10 janvier 1585 au Louvre : Henriette-Catherine.

Henri, âgé de 22 ans, chevalier du Saint-Esprit, et conseiller d’Etat, reçut en cette même année le gouvernement de l’Anjou et du Maine, puis de la Touraine et du Perche.

Courtisans de l'époque d'Hneri III

Au début du mois d’août 1587, son épouse mourut et Henri de Joyeuse voulut accomplir son voeu : le 4 septembre 1587, il entra nuitamment au couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré.
On rapporte qu’en apprenant la chose Henri III se précipita au couvent des Capucins, et  que, découvrant son ancien favori  « la teste rasée et les pieds nuds, peu s’en fallut qu’il ne tomba pasmé à la renverse« .
Henri de Joyeuse reçut alors le nom de frère Ange.
Il prononça ses voeux solennels l’année suivante et, en raison des troubles politiques et religieux qui agitaient le Royaume, il fut envoyé à Venise pour y faire ses études de théologie jusqu’à sa prêtrise, en 1591.
De retour en France, le Père Ange fut nommé gardien (c’est-à-dire supérieur) du couvent d’Arles.

On était en pleine « guerre de religion » et son frère François, archevêque de Toulouse et cardinal, l’appela auprès de lui.
En ce temps, la Ligue catholique guerroyait contre l’armée d’Henri de Navarre, héritier du trône selon les Lois fondamentales du Royaume pour ce qui est du sang, mais que son appartenance au protestantisme rendait inapte à ceindre la Couronne.

Anne de Joyeuse, l’aîné des frères, fut tué à la bataille de Coutras. L’autre frère, Scipion (devenu Duc du fait de la mort d’Anne), gouverneur du Languedoc, assiégeait, avec l’armée de la Ligue, une place forte protestante (Villemur-sur-Tarn). Contraint de battre en retraite, il se noya dans le Tarn, le 19 octobre 1592.
Dès le 21 octobre, sur les pressions conjuguées de son frère, François  cardinal de Joyeuse, du clergé, de la noblesse, du peuple de Toulouse… et de son confesseur, le Père Ange accepta de remplacer son frère décédé. Mais comme ses voeux chez les Capucins ne lui permettaient pas de porter les armes, le Pape Clément VIII – rapidement mis au courant des événements par le Cardinal de Joyeuse – transféra ses voeux dans l’Ordre de Malte, et le Père Ange redevint Henri !
Troisième Duc de Joyeuse et chef de la Ligue en Languedoc avec le titre de gouverneur, il troqua la bure contre la cuirasse par obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques.

Il signa bientôt une trêve d’un an avec le Duc de Montmorency, qui se disait aussi gouverneur du Languedoc – pour l’autre camp – , puis négocia la paix.
En effet, malgré la conversion du Béarnais et le ralliement progressif de la majorité du clergé de France, après son sacre à Chartres (le 27 février 1594), la Ligue ne reconnut  vraiment Henri de Navarre comme Roi de France qu’en janvier 1596, après que le Pape l’eût relevé officiellement de son excommunication !
Henri de Joyeuse fut maintenu dans sa position de lieutenant du Roi en Languedoc ; puis Henri IV  – qui l’avait en haute estime – le nomma maréchal de France, gouverneur de Narbonne et de Carcassonne et capitaine du Mont-Saint-Michel.
Aussi proche d’Henri IV qu’il l’avait été d’Henri III, le Maréchal-duc de Joyeuse ne quitta guère la Cour jusqu’à ce que sa fille épousât Henri de Bourbon, Duc de Montpensier (le 15 mai 1597) (1).
Après ce mariage, Henri de Joyeuse retrouva peu à peu ses anciennes habitudes de piété et de solitude ; il renonça à ses charges, mit ses affaires en ordre et, dans la nuit du 8 au 9 mars 1599, reprit la bure capucine au couvent de Paris, redevenant le Père Ange.

Dès lors il ne se comporta plus qu’en religieux capucin exemplaire, complètement détaché du monde. Il prêcha avec un talent remarquable dans de nombreuses églises, donna des conférences spirituelles aux bénédictines de Montmartre et aux Clarisses, défendit les privilèges des religieux contre le Parlement de Paris, fut élu deux fois Provincial (en 1601 et en 1608), veilla sur la fondation de plusieurs couvents (Beauvais, Le Mans et Alençon).
Sa charité s’exerçait surtout sur le peuple des campagnes et sur les pauvres. Il se dépensa même au service des pestiférés lors de plusieurs épidémies.

Au chapitre général de Rome auquel il participait en 1608, il fut élu définiteur. Il quitta Rome, chargé par le Pape d’une mission auprès du Duc de Savoie, mais mourut au cours du voyage, à Rivoli, le 28 septembre 1608.
Son corps, ramené à Paris sur les ordres de sa fille, fut inhumé au couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré. Il avait atteint un haut niveau de vertu et on regrette que sa cause de béatification n’ait pas été engagée.

Voltaire, travestissant la réalité des faits, s’est moqué de lui dans la « Henriade » mais le Père Ange de Joyeuse demeure l’une des plus attachantes figures religieuses de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècles. N’était-il pas juste de le rappeler à l’occasion du quatrième centenaire de sa mort ?

(à suivre > ici)

(1). Henriette-Catherine fut donc l’aïeule de la « Grande Mademoiselle ».

2008-48. In memoriam : Victimes et martyrs des massacres de septembre 1792.

Fête des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792.

Du 2 au 7 septembre 1792, à Paris, mais aussi dans d’autres villes (Versailles, Orléans, Meaux, Reims…) on assista à un déferlement de violences à peine imaginables , qui sont restées dans l’histoire sous le nom de « Massacres de Septembre ».
On peut voir dans cet épisode – pieusement minoré par les chantres de la grande, belle et généreuse révolution – le préambule de la grande terreur. L’année dernière, le 2 septembre coïncidait avec un dimanche et Frère Maximilien-Marie, puisque le « Mesnil-Marie » était encore tout proche de Paris, avait pu contribuer à l’organisation d’une célébration en l’honneur non seulement des martyrs mais aussi des victimes – trop souvent tombées dans l’oubli – de ces massacres.
Cet fut une Sainte Messe latine traditionnelle, célébrée par Monsieur l’Abbé M******, dans la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.
Pourquoi en ce lieu? Parce que justement l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fut l’un de ces lieux où quelques centaines de malheureuses victimes périrent de manière horrible.
Les chants de cette très belle célébration avaient été assurés par la
Schola Sainte Cécile et vous pourrez aussi vous reporter à ce qui fut p
ublié sur le site de cette excellente formation en cliquant ici > www .

Cette année, notre Frère ne peut pas assister à la Sainte Messe en l’honneur des Martyrs de Septembre, mais cela ne l’empêche pas – par la pensée et la prière – de rejoindre ces glorieux témoins de la Foi et de la fidélité héroïque à la Sainte Eglise Romaine.

Pour moi, je suis allé rechercher dans les archives de Frère Maximilien-Marie le texte par lequel il avait introduit la célébration de l’an dernier car, indépendamment des points de circonstance, il s’y trouve des éléments importants dont il convient de garder le souvenir et d’alimenter notre réflexion…

Lully.

Scène de massacre à la Salpêtrière - septembre 1792

Scène de massacre dans la cour de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en sept.1792

Introduction à la Sainte Messe du dimanche 2 septembre 2007 en la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.

* * *   * * *   * * *

 » Le lundi saint dernier, à l’issue d’une conférence que je venais de donner, un ami (qui n’est pas né en France et dont l’humilité souffrirait que je dévoile ici son nom) me faisait part de son étonnement en constatant que la commémoration des martyrs de septembre et des victimes de la révolution, en dehors des offices célébrés autour du 21 janvier, du 8 juin ou du 16 octobre passait inaperçue, même dans beaucoup de milieux dits « tradis« ; et il me demandait ce qui empêcherait d’organiser une célébration de plus grande envergure que les messes « ordinaires » célébrées sans grande solennité ni – qu’on me pardonne ce mot – publicité.  Après avoir réfléchi et prié, j’ai pris la décision de relever le défi et de tenter d’organiser « quelque chose » : justement en cette année 2007, le 2 septembre, correspond avec un dimanche, jour où – par principe – davantage de personnes sont disponibles pour participer à un rassemblement… surtout religieux.    Le 2 septembre est en effet le jour de la fête liturgique des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792, même si la célébration du dimanche ne permet pas de célébrer la messe propre de la fête. C’est en effet du 2 au 7 septembre 1792, que plusieurs milliers de victimes furent atrocement massacrées dans les prisons de Paris : au Châtelet,  à la Conciergerie, à la Force, dans les maisons religieuses transformées en lieu de détention: l’Abbaye, Saint-Firmin, les Carmes, dans les hôpitaux comme Bicêtre, ou ici même, à la Pitié Salpêtrière.

* * * * * * *

En tout premier lieu, nous devons donc adresser de chaleureux remerciements à Monsieur l’Abbé Gilles Annequin, responsable de l’aumônerie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et Vicaire Épiscopal chargé de la Pastorale de la Santé, ainsi qu’à ses collaborateurs : ce sont eux qui nous accueillent ici, dans cette chapelle fondée par Louis XIV. Au cours de cette Messe nous n’omettrons pas de prier à l’intention de ceux qui aujourd’hui sont aux prises avec la souffrance, du corps ou de l’âme, et nous demanderons à Dieu et à ses saints martyrs, de leur donner des grâce de force, de consolation, et – s’il est possible – de guérison… Nous aurons également à cœur de prier pour que la mission pastorale de Monsieur l’Aumônier et de son équipe porte des fruits de grâce.   Mes remerciements vont bien sûr à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre vont permettre le bon déroulement de la liturgie : choristes, organiste, servants d’autel… et tout particulièrement aussi à notre célébrant, Monsieur l’abbé M******, auxiliaire de l’institut de droit pontifical du Bon Pasteur, au Centre Saint-Paul.   Des remerciements aussi à tous les journalistes, de la presse écrite ou de la radio, remerciements à tous les responsables d’associations, de mouvements ou de sites internet et remerciements à tous les « blogueurs » qui ont relayé l’information… Et des remerciements enfin à vous tous pour votre présence…

Je voudrais ensuite ajouter deux avis pratiques :
a) Le premier, au sujet de… la quête!
Elle servira à régler les honoraires du célébrant, le cachet de l’organiste et à laisser une offrande, que je souhaiterais la plus généreuse possible, pour cette chapelle dont l’entretien et la restauration de certains éléments du mobiliers s’avèrent nécessaires : et j’en profite pour saluer le combat (le mot n’est pas trop fort) que mène Monsieur l’Abbé Annequin pour conserver à cette chapelle son caractère de lieu de culte, consacré à Dieu, alors que certains voudraient l’utiliser à d’autres fins.
b) Le second pour vous signaler qu’à l’issue de la célébration, vous pourrez si vous le désirer emporter un feuillet récapitulatif des évènements de septembre 1792, mais aussi acheter un livret…

Si d’aventure les exemplaires ici disponibles se révélaient insuffisants, vous pourriez nous laisser vos coordonnées et nous procéderions à un nouveau tirage.

* * * * * * *

Quel sens faut-il donner au rassemblement de ce jour?
Notre réunion en ce lieu, pour honorer le souvenir des martyrs et des victimes de la grande révolution, n’est pas une manifestation « politique » (du moins au sens courant de ce mot) et elle n’est pas non plus « partisane ».
A une époque où on nous rebat les oreilles avec le « devoir de mémoire », mais où justement la « mémoire officielle » se fait singulièrement sélective – partielle et partiale – notre identité catholique nous oblige à dire et à répéter, à la suite d’un grand nombre de pontifes et de saints, que l’idéologie des prétendues « lumières » et la révolution de 1789, sous le couvert de fallacieux slogans humanitaires, sont une impasse qui entraînent l’humanité vers une effrayante déshumanisation, ramènent l’homme à un état de brute pire que l’animal, et conduisent le monde à la ruine.
Nous le savons bien, l’essence de la révolution tient dans la révolte contre un ordre temporel qui, parce qu’il est humain, ne peut certes jamais être parfait, mais dont les références étaient prioritairement le Christ et Sa Loi.
Derrière les atrocités de la révolution, notre regard – exercé par la contemplation des réalités surnaturelles – nous montre indubitablement l’action de l’ennemi du plan de Dieu, l’ennemi du salut des hommes, l’ennemi du bonheur de l’homme, lui qui est « menteur et homicide dès le commencement« , lui qui, aux origines du monde, a crié « non serviam: je ne servirai pas! » , lui qui, par le biais de mille séductions, porte l’homme à crier à son tour: nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous!
Voilà pourquoi les conséquences de l’idéologie des prétendues « lumières » et de la révolution de 1789 se retrouvent dans tous les systèmes totalitaires qui, depuis près de deux siècles, ont voulu re-former l’homme et la société en dehors de sa nature et en dehors de sa vocation surnaturelle.
Réunis dans le souvenir de ces milliers de nos frères, immolés dans une fureur sanguinaire difficilement concevable, notre présence ici, aujourd’hui, dans ce lieu, est une forme de protestation contre les attentats sacrilèges, répétés et toujours amplifiés, qui portent atteinte aux droits et la royauté de Dieu, et par conséquence logique aussi qui portent atteinte à la dignité de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et appelé au partage de la béatitude divine.
Nous ne sommes pas venus pour assister à un « meeting » politique, mais pour participer de toute la ferveur de notre âme à la Sainte Messe catholique,  c’est à dire au renouvellement mystique de l’acte sublime du Calvaire, par lequel le Christ notre Roi opère le salut de l’humanité et nous obtient toutes les grâces nécessaires pour parvenir à notre fin surnaturelle et éternelle.
Nous assisterons à la Sainte Messe dans le souvenir de ces martyrs glorieux, que l’Eglise a élevés aux honneurs des autels, et dont le sang, généreusement versé à la suite du Christ immolé, a permis un vrai renouvellement de l’Eglise de France : le sang des martyrs est toujours semence de chrétienté! Mais nous nous souviendrons aussi de ces victimes, connues ou inconnues, qui furent sauvagement assassinées à seule fin d’instaurer une politique de terreur : prisonniers politiques, gardes suisses, prisonniers de droit commun, malades, aliénés, orphelins, handicapés… sacrifiés par l’idéologie révolutionnaire en invoquant une liberté, une l’égalité et une fraternité dont on peut – selon la recommandation du Saint Evangile – juger de la vérité par les fruits.
Lorsqu’ils refusent l’ordre voulu par Dieu, les plus nobles idéaux se pervertissent; quand il refuse le Sang versé par son Rédempteur, l’homme s’enfonce dans les plus sanguinaires folies; quand elles refusent la royauté du Sacré-Cœur de Jésus, les sociétés accumulent les ruines!

Nous ne sommes pas ici parce que nous serions des « passéistes », congelés dans un sempiternel regret d’époques révolues; nous ne sommes pas des « rétrogrades », dont la seule ambition tendrait à une forme de revanche aigrie sur l’histoire… Nous sommes des catholiques qui, avec les critères de l’Evangile diagnostiquons le mal qui ronge et détruit le monde dans lequel la Providence nous a placés, et qui voulons – avec l’humilité des serviteurs de la Vérité – qu’il revienne à la santé et à la vie. Qui oserait traiter le médecin qui travaille à rendre la santé à son patient de « rétrograde »? Quel homme de bon sens pourrait prétendre que lorsqu’un malade recouvre la santé il retourne en arrière et fait du passéisme?
Notre monde est malade, notre société est malade, la France est malade… et nous en souhaitons la guérison, le retour à la vie. Voilà pourquoi nous nous tournons vers Celui qui affirme « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie« , et qui dit encore « Je suis venu pour les malades et les pécheurs« . Nous nous tournons vers Lui en Le suppliant pour qu’Il guérisse les plaies, cicatrise les blessures, et ressuscite ce qui a été touché par la mort spirituelle : Que le Christ soit victorieux de toutes les forces de mort et de corruption, que le Cœur du Christ touche et guérisse le cœur de notre pauvre humanité, que l’Amour du Cœur du Christ règne dès à présent et pour toujours, voilà notre souhait, notre prière, et l’objet de notre combat.

 » Christus vincit!  Christus regnat!  Christus imperat! « 

Prière au Saint-Esprit extraite des oeuvres de Saint Augustin :

Nous revenons sans cesse et approfondissons toujours davantage les textes de notre glorieux Père Saint Augustin (puisque le Refuge Notre-Dame de Compassion est établi sous la Règle de Saint Augustin).

Nous vous renvoyons bien évidemment aux cinq enseignements donnés par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, lors des audiences générales du mercredi dans les premières semaines de l’année 2008, et dont nous avons retranscrit l’intégralité > [1) ici ; 2) ici & 3-4-5) ici].

Voici aujourd’hui une prière au Saint-Esprit tirée des oeuvres du grand Docteur de l’Eglise d’Occident.

fresque de Saint Augustin (Florence)

Saint Augustin par Sandro Boticelli (fresque vers 1480)

La colombe du Saint-Esprit dans la "gloire du Bernin" (Basilique Saint-Pierre au Vatican)

O divin Amour, ô lien sacré qui unissez le Père et le Fils, Esprit tout puissant, fidèle Consolateur des affligés, pénétrez dans les abîmes profonds de mon cœur et faites-y briller votre éclatante lumière.
Répandez votre douce rosée sur cette terre déserte, afin de faire cesser sa longue aridité.
Envoyez les traits célestes de votre amour jusqu’au sanctuaire de mon âme, afin qu’en y pénétrant ils allument des flammes ardentes qui consument toutes mes faiblesses, mes négligences et mes langueurs.
Venez donc, venez doux Consolateur des âmes désolées, refuge dans les dangers et protecteur dans la détresse. Venez, vous qui lavez les âmes de leurs souillures et qui guérissez leurs plaies. Venez, force du faible, appui de celui qui tombe. Venez, Docteur des humbles et vainqueur des orgueilleux. Venez, Père des orphelins, espérance des pauvres, trésor de ceux qui sont dans l’indigence. Venez, étoile des navigateurs, port assuré de ceux qui ont fait naufrage. Venez, force des vivants et salut de ceux qui vont mourir.Venez, ô Esprit-Saint, venez et ayez pitié de moi. Rendez mon âme simple, docile et fidèle, et condescendez à ma faiblesse, avec tant de bonté que ma petitesse trouve grâce devant votre grandeur infinie, mon impuissance devant votre force, mes offenses devant la multitude de vos miséricordes. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, mon Sauveur.

Ainsi soit-il.

frise avec lys naturel

On trouvera aussi une homélie de St Augustin
sous forme de prière embrasée à l’Esprit-Saint, ici > www

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 27 août, 2008 |6 Commentaires »

2008-46. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI met en évidence deux saints : Thérèse-Bénédicte de la Croix et Maximilien-Marie Kolbe :

En ce mercredi 13 août 2008, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI – rentré à Castel Gandolfo après quelques jours de repos dans la province du Sud Tyrol – , s’est montré au balcon de la Cour intérieure du Palais Apostolique pour rencontrer les fidèles rassemblés pour l’Audience générale du mercredi. Dans le discours en langue italienne, le Pape s’est arrêté sur les figures de deux Saints fêtés ces jours-ci : Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (dans le monde Edith Stein) et Saint Maximilien-Marie Kolbe. Après le Pater Noster et la Bénédiction Apostolique, le Saint Père a adressé des salutations en diverses langues aux groupes de fidèles présents.

Catéchèse du Saint-Père en langue italienne

 » Chers frères et sœurs !

Rentré de Bressanone, où j’ai pu passer une période de repos, je suis content de vous rencontrer et de vous saluer, chers habitants de Castel Gandolfo, et vous, chers pèlerins, qui êtes venus aujourd’hui me rendre visite. Je voudrais encore une fois remercier ceux qui m’ont accueilli et ont veillé sur mon séjour en montagne. Ces journées ont été des journées de détente sereine, où je n’ai pas cessé de rappeler au Seigneur tous ceux qui se confient à mes prières. Et ceux qui m’écrivent en me demandant de prier pour eux, sont vraiment très nombreux. Ils me manifestent leurs joies, mais aussi leurs préoccupations, leurs projets de vie, mais aussi les problèmes familiaux et de travail, les attentes et les espoirs qu’ils portent dans leur cœur, à côté des inquiétudes liées aux incertitudes que l’humanité vit en ce moment. Je peux assurer à tous et à chacun mon souvenir, tout particulièrement dans la célébration quotidienne de la Sainte Messe et dans la récitation du Saint Rosaire. Je sais bien que le premier service que je peux rendre à l’Église et à l’humanité est vraiment celui de la prière, parce qu’en priant je mets avec confiance dans les mains du Seigneur, le ministère que Lui-même m’a confié, avec le destin de la communauté ecclésiale et civile tout entière.

Celui qui prie ne perd jamais l’espérance, même lorsqu’il lui arrive de se trouver dans des situations difficiles et même humainement désespérées. C’est ce que nous enseignent les Saintes Écritures et ce dont l’histoire de l’Église témoigne. Combien d’exemples, en effet, nous pourrions évoquer de situations dans lesquelles la prière a vraiment été un soutien sur le chemin des saints et du peuple chrétien! Parmi les témoignages de notre époque, je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci : Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien-Marie Kolbe que nous célèbrerons demain, 14 août, veille de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Tous les deux ont terminé par le martyre leur expérience terrestre dans le camp d’Auschwitz. Apparemment, leurs existences pourraient être retenues comme une défaite, mais c’est précisément dans leur martyre que se reflète l’éclat de l’amour qui vainc les ténèbres de l’égoïsme et de la haine. On a attribué à Saint Maximilien Kolbe les paroles suivantes qu’il aurait prononcées dans la pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n’est pas une force créatrice : c’est seulement l’amour ». Et la preuve héroïque de l’amour fut le don généreux qu’il fit de sa personne en échange de son compagnon de captivité, don qui a culminé quand il est mort de faim dans le bunker, le 14 août 1941.

Edith Stein, le 6 août de l’année suivante, à trois jours de sa fin dramatique, en approchant quelques sœurs du monastère d’Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est même ici parmi nous. Jusqu’à présent, j’ai pu très bien prier et j’ai dit avec tout mon cœur : ‘Ave, Crux, spes unica’ ». Des témoins qui réussirent à fuir l’horrible massacre, racontèrent que Thérèse-Bénédicte de la Croix, alors qu’elle était vêtue du vêtement carmélitain et avançait consciente vers la mort, se distinguait par son comportement empli de paix et par son attitude sereine, par son comportement calme, et attentive aux nécessités de tous. La prière fut le secret de cette Sainte co-patronne de l’Europe, qui «après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, elle dût vivre jusqu’au bout le mystère de la Croix (Lettre Apostolique « Spes aedificandi » : Enseignements de Jean Paul II, XX, 2, 1999 pag.511).

« Ave Maria! » : ce fut la dernière invocation sur les lèvres saint Maximilien-Marie Kolbe alors qu’il tendait le bras à celui qui le tuait par une injection d’acide phénique. Il est émouvant de constater que le recours humble et confiant à la Vierge Marie est toujours source de courage et de sérénité. Alors que nous nous préparons à célébrer la solennité de l’Assomption, qui est une des célébrations mariales les plus chères à la tradition chrétienne, renouvelons notre confiance à Celle qui, du Ciel, veille avec un amour maternel sur nous à tout moment. C’est en effet ce que nous disons dans la prière familière de l’Ave Maria Lui demandant de prier pour nous «maintenant et à l’heure de notre mort».

Saint Maximilien-Marie Kolbe

2008-40. 22 juillet, fête de Sainte Marie-Magdeleine.

En ce jour de la fête de Sainte Marie-Magdeleine, nous reproduisons ici le texte d’une conférence donnée par Mgr Jean-Pierre Ravotti à la Sainte Baume le lundi de Pentecôte 5 juin 2006. Mgr Ravotti, qui a grandi à Saint-Maximin à l’ombre du couvent des dominicains abritant les reliques de sainte Marie-Madeleine, nous livre ici les raisons de son attachement à cette haute figure de sainteté que les Provençaux continuent d’honorer et aimer eux aussi (source: site des dominicains de la Sainte Baume > www).

2008-40. 22 juillet, fête de Sainte Marie-Magdeleine. dans Nos amis les Saints reliquaire2copie

Reliquaire du chef de Sainte Marie-Magdeleine dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin.

« Avant d’aborder mon sujet, je voudrais apporter quelques précisions que je considère comme importantes car, d’une part, elles me permettent de délimiter l’argument – le thème de ma « conversation (conversazione comme on dit de façon si charmante en italien) » – et, d’autre part, elles vous permettent, à vous qui m’écoutez, de ne pas attendre de moi ce que je ne suis nullement en mesure de vous offrir.

Première précision : je ne suis ni un exégète ni un historien. Je n’ai donc aucune compétence particulière pour vous parler de Marie-Madeleine, un personnage évangélique d’autant plus attrayant qu’il demeure par certains aspects bien mystérieux. L’histoire s’est bien vite emparée de ce personnage, sans toutefois parvenir à élucider complètement le mystère. L’essai de Dan Brown – le fameux « Da Vinci Code » – truffé d’erreurs historiques n’y est d’ailleurs pas plus parvenu que d’autres bien plus sérieux et crédibles! J’éviterai donc de me lancer dans des discussions exégétiques ou historiques dont je me sens bien incapable… Accueillez ce que je vais vous dire simplement comme un témoignage. Je n’ai que mon cœur d’homme et que ma foi de chrétien et de prêtre pour vous parler de celle «que mon cœur aime», selon l’expression du Cantique des Cantiques, texte biblique que la tradition liturgique a mis sur les lèvres de Marie-Madeleine. Et vous le savez bien, mes amis, vous surtout les Provençaux, on parle toujours volontiers de ceux que l’on aime!

Deuxième précision : je suis mû par une autre conviction, qui s’est affermie au cours des années. Ce n’est pas nous qui choisissons les saints ; ce sont eux, au contraire, qui nous choisissent et qui s’imposent à nous. Je veux dire par là que ce que nous recevons d’eux est infiniment plus important et plus déterminant, infiniment plus précieux que le peu que nous pouvons leur offrir ou que tout ce que nous pouvons imaginer à leur sujet.
J’ai grandi à l’ombre de la Basilique de Saint-Maximin. J’en connais tous les recoins. La Madeleine de mon enfance était liée aux fastes des célébrations en son honneur. Il n’y avait pas que Huysmans – pardonnez-moi la comparaison – qui était sensible à cette beauté parlante de la liturgie ! En mûrissant – non pas au sens populaire de l’expression : «Il est mûr!» – j’ai mieux appris à découvrir cette présence de Marie-Madeleine comme un don et une grâce offerts à ma vie, en particulier à ma vie de prêtre. Aussi je fais mienne la conviction du Père Vayssière, gardien de la Grotte de la Sainte-Baume, qui rétorquait à des touristes ou à des pèlerins curieux de savoir si Marie-Madeleine était vraiment venue sur nos terres provençales : «Je ne sais pas si elle est venue, je ne sais pas si elle n’est pas venue, ce que je sais c’est qu’elle y est!»

Une dernière précision. La Marie-Madeleine à laquelle je pense et que j’aime, parce que je dois non pas expliquer mais raconter les raisons d’un amour – du reste, un amour ne s’explique pas, il ne peut que se raconter ! – est celle qui a toujours été reçue à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume, au moins depuis Charles II d’Anjou. C’est la Madeleine de Grégoire le Grand, pour qui la pécheresse de saint Luc, la sœur de Marthe et de Lazare et la femme qui est clairement nommée dans les Évangiles Marie la Magdaléenne ne font qu’un. Je sais toutes les querelles, anciennes et modernes, que cette identification a suscitées. Comme je l’ai déjà dit, je n’entends pas m’introduire dans ces délicates questions d’exégèse. Permettez-moi cependant de préciser – et je ne suis pas le seul à le penser – qu’il est tout à fait légitime de défendre la figure évangélique de cette Marie-Madeleine qui, comme le dit Régis Burnet , «parle davantage au cœur».

Je ne m’en tiendrai donc – il va s’en dire – qu’à la Marie-Madeleine des Évangiles canoniques telle que l’a reçue la tradition occidentale latine, qui, si elle a en saint Grégoire le Grand son interprète le plus autorisé, n’en est pas moins confirmée par de nombreux Pères de l’Église (saint Augustin [Commentaire de l’Évangile de Jean], Hippolyte de Rome…). Les Évangiles «apocryphes» n’offrent aucune crédibilité car ils sont nés de courants minoritaires influencés par le gnosticisme.

Cette Marie-Madeleine «composite», comme la définissent les auteurs modernes – le Père Bruckberger parlait d’elle comme de «la femme coupée en morceaux» – recèle bien des richesses et des subtilités. Elle laisse entrevoir une figure certes complexe, mais, aux détours d’un cheminement long et fécond, d’une profonde unité psychologique et spirituelle – une figure très vraisemblable, donc! Rien de paradoxal, sinon en apparence, rien de décousu, rien de choquant dans cette existence pourtant si mouvementée, mais une tension continuelle et persévérante vers une parfaite unité. Marie-Madeleine est l’image d’une existence, d’une vie humaine « unifiée » par la foi en Jésus-Christ. La convertie devient disciple, car se convertir signifie marcher à la suite du Christ, et le disciple devient apôtre, puisque l’on ne peut être disciple sans être témoin de Jésus et porteur de son Évangile. Tous les convertis se reconnaissent en Marie-Madeleine. Comme elle, ils retrouvent en Jésus-Christ le sens et l’unité de leur vie. Je ne retiendrai qu’un nom, Charles de Foucauld, qui à trois reprises (1900, 1902 et 1913) est venu à la Grotte de la Sainte-Baume et a beaucoup écrit sur sainte Marie-Madeleine.

Mais le temps passe… et il faut encore que je vous dise pourquoi j’aime Marie-Madeleine.

1. Une femme

J’aime Marie-Madeleine – faudrait-il le taire? – d’abord et surtout parce qu’elle est une femme. C’est bien ainsi que nous la présente saint Luc dans son Évangile de la pécheresse pardonnée : «Et voici qu’une femme…» (Luc VII, 37). N’allez pas croire à une figure figée, embaumée, mièvre, comme certains imaginent les saints… Pensez plutôt à ces belles femmes au passage desquelles on se retourne pour les contempler plus longuement. Une femme en chair et en os, quoi ! L’iconographie plus récente privilégie d’ailleurs cette image. Il n’y a pas que des Madeleine exsangues et décharnées, dont l’abondante chevelure est le seul vêtement. Dans tout l’Évangile, Marie-Madeleine apparaît bien comme une femme avec une sensibilité, des réactions, des gestes de femme. Vous voyez un homme parfumant les pieds ou la tête de Jésus!

Marie a bien un cœur de chair, qui vibre, qui s’émeut, qui se passionne, qui gémit aussi, qui cherche, qui s’accroche, avec cette ténacité et cette fidélité, ce courage, dont les femmes seules sont capables. Comme le fait la liturgie, aussi bien l’ancienne liturgie de sainte Marie-Madeleine que la nouvelle, on peut bien lui prêter les confidences de l’Épouse du Cantique des Cantiques : «J’ai cherché celui que mon cœur aime [...], je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas» (Cant III, 1.4). Remarquez combien ce texte se rapproche de la page de saint Jean racontant la rencontre de Marie de Magdala avec le Ressuscité au matin de Pâques. Toujours ces mêmes attitudes de femme empressée, désireuse de retrouver et de retenir l’objet de son amour : «Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? [...] Cesse de me tenir (ou : Ne me retiens pas ainsi)… » (Jean XX, 15.17).

Mes amis, la vie chrétienne est sans cesse un appel au dépassement, à la conversion, à la vie nouvelle. Mais Dieu ne saurait nous demander de renoncer à notre humanité, lui qui nous a créés «à son image et à sa ressemblance» (cf. Gen I, 27), Lui qui en Jésus-Christ a pris chair, notre chair, de la Vierge Marie. La foi n’exige nullement le reniement de notre humanité, mais bien plutôt sa transfiguration. Nous sommes appelés à la vivre, à l’incarner, à lui donner chair, dans nos cœurs et dans nos corps, sur cette «terre douloureuse, dramatique et magnifique», comme le disait Paul VI dans son testament. Alors, il n’est pas indifférent que nous soyons des hommes ou des femmes. Femmes qui m’écoutez, laissez-moi chanter en Marie-Madeleine et dans vos vies cet éternel féminin qui est plus à même d’accueillir, de comprendre et de vivre le mystère, et donc plus à même d’aimer! Lorsque vous entendez dire que la religion est une affaire de femmes, réjouissez-vous : on vous fait le plus beau compliment!

2. Une pécheresse

J’aime Marie-Madeleine – oserais-je le dire ? – parce qu’elle est pécheresse, se sait pécheresse et ne cache pas sa misère. La pire des illusions consiste à l’oublier et à se croire justes, alors que nous avons tous infiniment besoin du pardon de Dieu. Laissez-moi vous dire à ce propos que l’abandon de la confession n’est sûrement pas un gain, mais bien plutôt une perte : perte du sens de Dieu, perte du sens du péché, perte de notre capacité de pardon, de notre capacité à accueillir et à offrir le pardon. Je suis souvent impressionné par la dureté et la raideur de notre monde. On ne veut plus de normes, surtout morales, tout est enfin permis… mais lorsqu’un pauvre homme tombe, lorsque le scandale éclate, on devient impitoyable. L’Église, qui expérimente elle aussi sa misère, fait tout le contraire. Elle nous rappelle, parfois dans le désert, que nous ne saurions vivre sans une loi morale et des principes éthiques, mais lorsque quelqu’un succombe, elle est toujours prête à lui offrir sa miséricorde, qui n’est autre que celle de Dieu.

J’ai évoqué tout à l’heure le souvenir de Charles de Foucauld. Qu’il me soit permis de vous rappeler que sa conversion est née de sa confession à l’abbé Huvelin, en l’église Saint-Augustin de Paris, un jour de fin octobre 1886. Il y était allé pour s’entretenir avec un prêtre, pour lui demander des explications, pour «s’instruire», nous dit-il. Le prêtre l’invita simplement à se reconnaître pécheur et à accueillir le pardon de Dieu.

C’est cette même vérité que j’aime en Marie-Madeleine. Elle ne triche pas avec Dieu : elle reconnaît sa faute et elle pleure son péché, en appelant à la seule miséricorde de Jésus. Marie-Madeleine devient ainsi porteuse d’un suave parfum d’espérance. Les icônes orientales et les plus anciennes peintures de l’Occident la représentent très souvent comme la «myrophore», la femme aux parfums, du matin de Pâques. Ne vous étonnez pas de la trouver dans le jardin du tombeau. Elle n’y va pas pour embaumer un corps, mort, mais pour y rencontrer la vie qui naît et renaît sans cesse du pardon de Dieu.

Mes amis, il est bienfaisant de nous reconnaître pécheurs. Sachons être comme ces frères dominicains qui entraient jadis au couvent en demandant, selon la formule d’admission dans l’ordre des Prêcheurs, «la miséricorde Dieu et celle de leurs frères».

3. Une femme d’audace

J’aime aussi Marie-Madeleine parce qu’elle n’est pas un personnage étriqué, guindé, ni une sainte nitouche, ni une vieille fille renfrognée, mais une femme d’audace, une chrétienne qui ose. Le Père Bruckberger l’a si bien dit : «Elle voit grand, elle aime grand, elle ne frappe qu’aux portes dont le marteau est à hauteur de cavalier. Par sa seule beauté, par son style, pas la hardiesse et la justesse de ses gestes, elle est trop spectaculaire. Elle est provocante. Elle provoque l’admiration et du côté de l’ombre, la colère.»

Rien ne l’arrête, Madeleine. Elle ne recule devant rien, ni devant les «quand dira-t-on» des bien-pensants, ni devant l’incrédulité de tant de contemporains de Jésus, ni devant l’insécurité et la souffrance de la Passion, alors que tous se sont enfuis, ni devant l’obscurité du chemin qui mène au tombeau. Marie connaît des gestes fous et l’étonnante prodigalité de l’amour. Elle ose approcher le Maître, le toucher, lui saisir les pieds, les baigner de ses larmes et les essuyer de ses cheveux dénoués, les couvrir de baisers et les oindre d’un parfum au prix aussi démesuré que son geste. Cette audace impressionne tellement l’évangéliste Jean que lorsqu’il raconte la résurrection de Lazare et fait allusion, au début du récit, à sa sœur Marie, il prend soin de préciser, faisant probablement allusion au récit plus ancien de Luc, que c’était celle-là même «qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux» (Jean 11, 2).

Dans le cortège des saints, il y a plus de fous – ces «fols en Dieu» comme les appelle la tradition spirituelle de l’Orient chrétien – que de gens sagement alignés. C’est là un des aspects les plus déconcertants de la sainteté ! Pensez à François d’Assise distribuant aux pauvres toute la fortune paternelle et se présentant nu devant l’évêque d’Assise pour pouvoir désormais dire en toute vérité : «Notre Père…» À saint Dominique décidant de disperser ses premiers frères, alors que l’Ordre pouvait paraître encore si fragile. À Catherine de Sienne exhortant le Pape, avec quelle tendresse et quelle fougue!, à quitter Avignon et à regagner le Siège de Rome. À Don Bosco, que certains confrères de Turin auraient voulu faire enfermer. À Charles de Foucauld, vivant à Nazareth dans une cabane de jardinier. À Mère Térésa dans un mouroir de Calcutta… Notre monde repu et enlisé, notre Église qui tourne parfois en rond autour de ses problèmes internes et où l’on perd souvent son temps dans des discours inutiles, ont tant besoin de témoins de cette sainte folie de l’Évangile. Si sainte Marie-Madeleine pouvait nous donner l’audace de l’annonce, le courage des gestes toujours un peu fous de la miséricorde gratuite, inventive et prévenante!

Puissions-nous, comme elle, être des chrétiens qui osent, qui risquent…!, qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent, même si personne ne semble nous entendre, qui osent aller là où personne ne va, qui osent faire ce que les autres refusent de faire, qui osent s’approcher de ceux que tous récusent ou repoussent, qui osent des gestes de vérité et d’amour, alors que la plupart s’enferment dans leurs préjugés et leurs jugements impitoyables.

4. Une sainte

J’aime Marie-Madeleine parce qu’elle est la compagne et la complice des saints. Il n’y a pas que la sordide solidarité du mal et dans le mal. Pensez à tous ces liens de misère qui enchaînent parfois des groupes et lient les hommes les uns aux autres ; les scandales finissent souvent par éclabousser bien des gens…

Il existe aussi une solidarité du bien et dans le bien. Marie-Madeleine est une femme qui fascine car le témoignage de sa vie résonne comme un puissant appel, comme une provocation à la sainteté. Je ne m’étonne pas qu’elle ait eu, de tout temps, tant d’amis, non seulement parmi les pécheurs, mais aussi parmi des gens en quête de Dieu et de sainteté. J’ai parlé il y a peu de saint Grégoire le Grand, mais comment oublier Louis IX – saint Louis – qui vint en pèlerinage à la Sainte-Baume, sainte Catherine de Sienne, saint François d’Assise, sainte Catherine de Ricci, sainte Thérèse d’Avila… Plus prés de nous, Charles de Foucauld – qui a été enfin béatifié le 13 novembre 2005 -, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le Père Lacordaire, à qui nos lieux magdaléniens doivent tout, le Père Vayssière, le Père Lataste (fondateur des dominicaines de Béthanie pour le rachat et la réhabilitation des prisonnières et des prostituées)…

Lorsqu’on considère le nombre d’ouvrages qui paraissent chaque année sur Marie-Madeleine, on se dit qu’elle n’a pas fini d’attirer l’attention et de susciter un intérêt certain.

5. Une femme enveloppée de mystère

J’aime enfin Marie-Madeleine – et c’est peut-être la seule vraie raison d’un amour qui au fond demeure inexplicable -, parce qu’elle reste enveloppée de mystère. Qui est-elle au juste, cette femme ? Est-elle bien venue chez nous ou ne sommes-nous pas plutôt allés à elle? Personnage déconcertant et fascinant, Marie de Magdala n’en finit jamais de nous interroger et de plonger nos vies dans le mystère même de Jésus, le Fils de Dieu fait homme. Lui aussi on croit le connaître, et pourtant, comme elle, il reste sans cesse à découvrir.

La seule chose dont je suis sûr c’est, pour reprendre le mot du Père Étienne Vayssière, que Marie-Madeleine est bien ici. Elle est dans notre Fenestrado Basilico à la gloire dédiée. Elle est au cœur de l’histoire de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume comme elle est au cœur de nos vies. Qu’elle y enracine la foi. Qu’elle y fasse fleurir un feu de son amour!

 * * * * * * *

Je voudrais vous citer, pour (au moins) finir en beauté, les derniers mots du Père Lacordaire dans son admirable petit livre sur sainte Marie-Madeleine. Ce fut sa dernière œuvre, écrite en 1860, sur son lit de mort, et il est significatif qu’il l’ait dédié à Marie-Madeleine, cette femme que lui aussi aimait tant.

Le P. Lacordaire conclut : «Oh ! qui que vous soyez… si jamais vous avez connu les larmes du repentir, ou celles de l’amour, ne refusez pas à Marie-Madeleine qui a tant pleuré et tant aimé, une goutte de ce parfum dont elle embauma les pieds de votre Sauveur.»

J’espère, mes amis, vous avoir offert un peu de cette fragrance d’amour pour Marie-Madeleine dont mon cœur est comblé. »

Publié dans:Nos amis les Saints, Textes spirituels |on 22 juillet, 2008 |4 Commentaires »
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