Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2009-19. Saint Jean-Marie Vianney, modèle pour tous les prêtres aujourd’hui…

Mercredi de Pâques, 15 avril 2009.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Les mauvais procès qui ont été faits – en France d’une manière toute particulière – à notre Saint-Père le Pape Benoît XVI (cf. > ici), et les polémiques qu’on a soulevées contre certains de ses propos ou mesures de gouvernement ont totalement occulté, même dans les milieux catholiques, un très important discours prononcé par le Souverain Pontife il y a un mois, le 16 mars 2009, devant les participants à la séance plénière de la Congrégation pour le Clergé (c’est-à-dire le « ministère » du saint-Siège chargé de tout ce qui touche à la fonction et à la formation du clergé catholique, mais aussi de la formation religieuse des fidèles, selon les paragraphes 93 à 98 de la Constitution Apostolique « Pastor Bonus »,  de 1984).

Le texte de ce discours se trouve disponible en italien, en anglais, en espagnol et en portugais sur le site du Saint-Siège (cf. > ici), mais pas en français, ou du moins pas encore au moment où j’écris!!!
De ce fait – à ma connaissance – on n’en a trouvé que de très courts extraits dans certains organes de presse écrite ou électronique. Aussi ai-je demandé à une amie qui parle très bien l’italien (et que je remercie chaleureusement au passage), de m’en faire la traduction afin que je puisse le publier ici : vous le constaterez par vous-mêmes, ce texte mériterait d’être dans les mains de tous les prêtres et évêques de France, pour qu’ils le mettent très exactement en application

On notera que le Souverain Pontife insiste une nouvelle fois pour rappeler que le second concile du Vatican doit être reçu et interprété en continuité avec toute la Tradition doctrinale et spirituelle des siècles précédents. On appréciera le rappel de l’importance de l’habit distinctif dont les prêtres doivent être revêtus. On se réjouira de voir mis en valeur, à l’occasion d’une « année sacerdotale spéciale », les exemples de Saint Jean-Marie Vianney, alors que justement, au cours des dernières décennies, j’ai entendu à plusieurs reprises des prêtres – et même des évêques – affirmer que le saint curé d’Ars était « dépassé » et que les prêtres de notre époque ne pouvaient en aucune manière considérer qu’ils devaient être les « hommes de l’autel et du confessionnal » comme l’avait été Saint Jean-Marie Vianney!!!

N’oublions pas de porter d’une manière très spéciale notre Saint-Père le Pape Benoît XVI dans nos prières en ce 16 avril, jour de son 82ème anniversaire, et le 19 avril, quatrième anniversaire de son élection au Souverain Pontificat : grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné en lui un Pasteur selon son coeur!

Frère Maximilien-Marie.

* * * * * * *

Châsse dans laquelle est exposé le corps incorrompu de Saint Jean-Marie Vianney (basilique d'Ars)

Messieurs les Cardinaux,

Frères vénérés dans l’Episcopat et dans le Sacerdoce !

Je suis heureux de pouvoir vous accueillir en audience extraordinaire, à la veille de mon départ pour l’Afrique, où je me rendrai pour remettre l’Instrumentum laboris* de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques, qui se tiendra ici à Rome au mois d’octobre prochain. Je remercie le préfet de la Congrégation, Monsieur le cardinal Cláudio Hummes, pour les paroles cordiales à travers lesquelles il a interprété les sentiments communs. Avec lui je vous salue tous, supérieurs, officials et membres de la Congrégation, avec une âme reconnaissante pour tout le travail que vous accomplissez au service d’un secteur si important de la vie de l’Eglise.

Le thème que vous avez choisi pour cette assemblée plénière – « L’identité missionnaire du sacerdoce dans l’Eglise, comme dimension intrinsèque de l’exercice des tria munera**» – donne lieu à certaines réflexions pour le travail de ces jours-ci et pour les fruits abondants que celui-ci portera certainement. Si l’Eglise tout entière est missionnaire et si chaque chrétien, en vertu du Baptême et de la Confirmation, quasi ex officio (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, N°1305) reçoit le mandat de professer publiquement la foi, le sacerdoce ministériel, également de ce point de vue, se distingue ontologiquement et non seulement en vertu du degré, du sacerdoce baptismal, appelé également sacerdoce commun. En effet, le premier est constitué par le mandat apostolique : «Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création» (Marc XVI, 15). Un tel mandat n’est pas, nous le savons, une simple fonction confiée à des collaborateurs ; ses racines sont plus profondes et doivent être recherchées beaucoup plus loin.

La dimension missionnaire du sacerdoce naît de sa configuration sacramentelle au Christ Tête : elle porte en elle, comme conséquence, une adhésion cordiale et totale à ce que la tradition ecclésiale a identifié comme l’apostolica vivendi forma***. Celle-ci consiste dans la participation à une «vie nouvelle» sur le plan spirituel, à ce «nouveau style de vie», qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui a été celui des apôtres. En vertu de l’imposition des mains de l’évêque et de la prière de consécration de l’Eglise, les candidats deviennent des hommes nouveaux, deviennent «prêtres». Dans cette lumière, il apparaît clairement que les tria munera** sont tout d’abord un don et seulement par la suite une fonction, d’abord une participation à une vie, et donc une potestas****. Certes, la grande tradition ecclésiale a, à juste titre, séparé l’efficacité sacramentelle de la situation existentielle concrète du prêtre, et ainsi, les attentes légitimes des fidèles ont été sauvegardées de façon adéquate. Mais cette juste précision doctrinale n’ôte rien à la tension nécessaire, et même indispensable, vers la perfection morale, qui doit habiter tout cœur authentiquement sacerdotal.

Précisément, pour favoriser cette tension des prêtres vers la perfection spirituelle dont dépend avant tout l’efficacité de leur ministère, j’ai décidé de proclamer une «année sacerdotale» spéciale, qui se tiendra du 19 juin prochain au 19 juin 2010. Nous célébrons en effet le 150e anniversaire de la mort du saint curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, véritable exemple de pasteur au service du troupeau du Christ. Il incombera à votre Congrégation, en accord avec les évêques diocésains et les supérieurs des Instituts religieux, de promouvoir et de coordonner les diverses initiatives spirituelles et pastorales qui sembleront utiles pour faire comprendre toujours plus l’importance du rôle et de la mission du prêtre dans l’Eglise et dans la société contemporaine.

La mission du prêtre, comme le souligne le thème de l’assemblée plénière, se déroule «dans l’Eglise». Une telle dimension ecclésiale, de communion, hiérarchique et doctrinale est absolument indispensable pour toute mission authentique, et en garantit seule l’efficacité spirituelle. Les quatre aspects mentionnés doivent être toujours reconnus comme intimement liés : la mission est «ecclésiale» car personne n’annonce ni n’apporte soi-même, mais dans et à travers son humanité, chaque prêtre doit être bien conscient d’apporter un Autre, Dieu lui-même, au monde. Dieu est l’unique richesse que, en définitive, les hommes désirent trouver dans un prêtre. La mission est une mission «de communion», car elle se déroule dans une unité et une communion dont les aspects importants de visibilité sociale ne sont que secondaires. Ceux-ci, d’autre part, découlent essentiellement de l’intimité divine dont le prêtre est appelé à être l’expert, pour pouvoir conduire, avec humilité et confiance, les âmes qui lui sont confiées à la même rencontre avec le Seigneur. Enfin, les dimensions «hiérarchique» et «doctrinale» suggèrent de répéter l’importance de la discipline (le terme est lié à celui de «disciple») ecclésiastique et de la formation doctrinale, et non seulement théologique, initiale et permanente.

La conscience des changements sociaux radicaux des dernières décennies doit pousser les meilleures énergies ecclésiales à soigner la formation des candidats au ministère. En particulier, elle doit encourager la constante sollicitude des pasteurs envers leurs premiers collaborateurs, tant en cultivant des relations humaines véritablement paternelles, qu’en se préoccupant de leur formation permanente, en particulier sous le profil doctrinal et spirituel. La mission plonge ses racines de façon spéciale dans une formation correcte, développée en communion avec la Tradition ecclésiale ininterrompue, sans césure ni tentation de discontinuité. Dans ce sens, il est important de favoriser chez les prêtres, en particulier chez les jeunes générations, un accueil correct des textes du Concile œcuménique Vatican II, interprétés à la lumière de tout le bagage doctrinal de l’Eglise. Il apparaît également urgent de récupérer la conscience qui pousse les prêtres à être présents, identifiables et reconnaissables tant à travers leur jugement de foi, qu’à travers les vertus personnelles ou encore l’habit, dans les domaines de la culture et de la charité, depuis toujours au cœur de la mission de l’Eglise.

En tant qu’Eglise et en tant que prêtres, nous annonçons Jésus de Nazareth notre Seigneur et Christ, crucifié et ressuscité, Souverain du temps et de l’histoire dans l’heureuse certitude que cette vérité coïncide avec les attentes les plus profondes du cœur humain. Dans le mystère de l’incarnation du Verbe, c’est-à-dire dans le fait que Dieu s’est fait homme comme nous, réside aussi bien le contenu que la méthode de l’annonce chrétienne. La mission trouve ici son véritable moteur : dans Jésus Christ, précisément. Le caractère central du Christ porte en lui la juste valorisation du sacerdoce ministériel, sans lequel il n’y aurait ni l’Eucharistie, ni encore moins la mission ou l’Eglise elle-même. Dans ce sens, il est nécessaire de veiller afin que les «nouvelles structures» ou organisations pastorales ne soient pas pensées pour une époque où l’on devrait «se passer» du ministère ordonné, en partant d’une interprétation erronée de la juste promotion des laïcs, car dans ce cas, on poserait les conditions pour une dilution supplémentaire du sacerdoce ministériel et les éventuelles « solutions » présumées coïncideraient de façon dramatique avec les causes réelles des problématiques contemporaines liées au ministère.

Je suis certain que ces jours-ci, le travail de l’assemblée plénière, sous la protection de la Mater Ecclesiae, pourra approfondir ces brèves réflexions que je soumets à l’attention de messieurs les cardinaux, des archevêques et évêques, en invoquant sur tous d’abondants dons célestes, en signe desquels je vous donne, ainsi qu’aux personnes qui vous sont chères, une Bénédiction apostolique spéciale et affectueuse.

* * * * * * *

* Instrumentum laboris = document de travail.
** Tria munera = les trois charges qui incombent au sacerdoce (annoncer, sanctifier, rassembler).
*** Apostolica vivendi forma = manière de vivre comme les Apôtres.
**** Potestas = un pouvoir.

2009-10. Du Bienheureux Noël Pinot et de l’irréductible opposition entre l’esprit du monde et l’attachement à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

21 février,
fête du Bienheureux Noël Pinot.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce matin, au moment de l’oraison, Frère Maximilien-Marie m’a raconté l’histoire du saint dont on commémore aujourd’hui le martyre : le Bienheureux Noël Pinot.

C’était un prêtre angevin, né en 1747, qui était curé de la paroisse du Louroux-Béconnais lorsqu’éclata la grande révolution.
Ayant repoussé le serment constitutionnel, il refusa de s’exiler et continua son ministère clandestinement, jusqu’à ce que – vendu par un paroissien – il soit pris par les révolutionnaires, dans la nuit du 8 février 1794, au moment même où il s’apprêtait à célébrer la Sainte Messe dans une grange.
Il fut conduit à Angers et comparut devant le tribunal révolutionnaire, qui – personne ne s’en étonnera ! – le condamna à la peine capitale.

Son exécution eut lieu le 21 février 1794.
Par dérision, les révolutionnaires voulurent le revêtir des ornements sacerdotaux avec lesquels il avait été capturé.
En gravissant les marches de l’échafaud, l’abbé Noël Pinot commença la récitation des prières au bas de l’autel : « Introibo ad altare Dei… »

La volonté sacrilège des révolutionnaires tournait court pour céder la place au sublime : comme il arrive bien souvent, « le diable porte pierre » (ainsi que le disent les hommes) c’est-à-dire qu’un acte malveillant peut avoir des rebondissements totalement opposés à ce que ses instigateurs avaient prévu.
En l’occurrence, l’exécution de l’abbé Noël Pinot fut une glorification du sacerdoce catholique et manifesta, avec un réalisme saisissant, à quel point le prêtre à l’autel est identifié à Notre-Seigneur, qui agit en lui et par lui dans la célébration des sacrements.

Le martyre du Bienheureux Noël Pinot s’inscrivait dans la continuité logique d’un sacerdoce perpétué dans l’Eglise pour actualiser et renouveler, à travers toutes les générations et jusqu’à la consommation des siècles, le Saint Sacrifice rédempteur. Cela réalisait magnifiquement la parole de Saint Paul : « Je vous en conjure donc, frères, par la miséricorde de Dieu : offrez vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; ce sera pour vous le culte véritable » (Rom. XII,1).

Le martyre du Bienheureux Noël Pinot : Introibo ad altare Dei

Quand j’entends le récit du martyre de ceux qui ont vraiment pris au sérieux  le message du Saint Evangile et dont la fidélité a été poussée jusqu’à l’héroïsme, je suis – bien sûr – rempli d’admiration.
Mais il m’arrive aussi parfois de me demander s’il y a beaucoup de personnes parmi ceux qui se déclarent chrétiens, en notre temps et en ce pays de France particulièrement (car Frère Maximilien-Marie m’a expliqué qu’en certains pays  lointains la persécution violente perdure et que des fidèles endurent sans faiblir de nombreuses vexations, sont torturés et mis à mort en haine de la foi) qui seraient disposées à faire le sacrifice de leur vie plutôt que de trahir le Christ : si, en effet, ils ne sont pas capables de résister à « l’esprit du monde » et se compromettent quotidiennement avec un mode de vie et de pensée contraire aux vertus évangéliques, on peut difficilement imaginer – à moins d’un miracle éclatant de la grâce de Dieu – qu’ils seront capables de résister quand la fidélité exigera d’eux de plus grands sacrifices…

« Vae mundo a scandalis ! malheur au monde à cause des scandales… » (Matth.XVIII, 7).
« L’ouverture au monde » ne peut et ne doit en aucune manière être une  acceptation pure et simple de toutes les modes, intellectuelles ou sociétales, qui sont dans l’air.

Un chrétien sans discernement est exposé à toutes les chutes et à toutes les apostasies : la simplicité de la colombe que Notre-Seigneur Jésus-Christ donne en exemple à ses disciples n’a rien à voir avec la naïveté et la bêtise, lesquelles finissent par devenir gravement coupables !
L’optimisme chrétien procède de la vertu surnaturelle d’espérance ; il ne peut jamais et en aucune manière être une compromission avec des choses contraires à l’amour de Dieu, qui se concrétise par une fidélité joyeuse et pleinement responsable aux préceptes divins dans toutes les circonstances de la vie terrestre.

« Ne vous étonnez pas si le monde vous hait, sachez qu’il m’a eu en haine avant vous. Si vous aviez été du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes point du monde et que je vous ai choisis du milieu du monde, c’est pour cela que le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi… » (Johan. XV, 18-20).

Peut-être trouverez-vous audacieux qu’un tout petit chat se permette d’écrire un tel sermon.
Ne m’en veuillez pas : j’ai laissé parler mon coeur, après la méditation que j’ai faite ce matin auprès de Frère Maximilien-Marie.

Lully.        

2009-10. Du Bienheureux Noël Pinot et de l'irréductible opposition entre l'esprit du monde et l'attachement à Notre-Seigneur Jésus-Christ. dans De liturgia 591115t8qpmw0bs5

On trouvera une prière au Bx Noël Pinot > ici.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 21 février, 2009 |5 Commentaires »

2009-7. Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Nota : Nous reproduisons ici un texte dont il nous a été assuré qu’il est établi sur le manuscrit original et respecte la graphie et ponctuation de l’époque (pour une raison de commodité  de lecture nous y avons seulement rajouté les accents qui manquaient).

Louis XVI dans sa prison

Louis XVI dans sa prison

Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI,
rédigé le 25 décembre 1792,
envoyé à la Commune de Paris le 21 janvier 1793.

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Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatres mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étoient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, mesme depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avoit confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l’Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchire l’Eglise de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporteroi toujours si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Eglise suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent estre dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connoitre scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prestre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent estre contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laqu’elle je suis toujours resté sincérement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourroi du Ministère d’un Prestre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurois pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnestes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Eternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnoissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.

Je recommande à mon fils, s’il avoit le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étoient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devoient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

Je voudrois pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étois sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avois jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérest gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrois de les compromettre si je parlois plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirois calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandois ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avoit portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardoient, les mauvais traitements et les gesnes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prest à paroitre devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.

Louis.

Testament de Louis XVI

Première page du testament de Louis XVI.

Voir aussi
le récit des dernières heures du Roi, ici > www
ainsi que le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie VI en consistoire
où il ne craint pas d’affirmer que le Roi Louis XVI est mort en martyr, ici > www

2009-5. Les dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Voici le récit le plus circonstancié qu’on a pu établir sur les dernières heures du Roy-martyr.

Le 20 janvier, le ministre de la Justice Garat vint signifier au Roy le décret qui le condamnait à mort. Le secrétaire du Conseil exécutif Grouvelle, chevrotant, lut la sentence. Le Roy l’écouta sans un mot. Il remit à Garat une lettre demandant un délai de trois jours pour se préparer à la mort, l’autorisation de revoir sa famille et d’appeler auprès de lui un prêtre de son choix. Pour ce ministère, il désignait l’abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont. La Convention rejeta le délai, mais accorda les autres demandes. Le décret proposé par Cambacérès portait que « la nation française, aussi grande dans sa bienfaisance que rigoureuse dans sa justice, prendra soin de la famille du condamné et lui fera un sort convenable ».
Ce « sort convenable », on le connaît…

Garat fit donc prévenir l’abbé Edgeworth et le ramena lui-même au Temple dans sa voiture. Le prêtre voulut échanger son habit bourgeois contre un costume ecclésiastique, mais Garat lui dit :
- C’est inutile, d’ailleurs le temps nous presse.

Le 20 janvier à six heures du soir, le confesseur entra chez le Roy. Tous les assistants s’étant écartés, ils restèrent seuls. Louis XVI parla un moment avec l’abbé et lui lut son testament. Puis il le pria de passer dans le cabinet voisin pour lui permettre de recevoir sa famille.

La porte s’ouvrit et la Reine entra, tenant son fils par la main ; derrière venaient Madame Elisabeth et Madame Royale. Tous pleuraient. Ils ne savaient rien de précis encore, mais  ils craignaient le pire. Le Roy s’assit, entouré de son épouse et de sa soeur. Sa fille était en face de lui et il tenait l’enfant entre ses genoux. Avec de tendres ménagements, à voix basse, il les avertit. Par la porte vitrée, Cléry les vit s’étreindre en sanglotant.
Tenant ses mains dans les siennes, Louis XVI fit jurer à son fils de ne jamais songer à venger sa mort. Il le bénit et bénit sa fille. Par instants, il gardait le silence et mêlait ses larmes aux leurs. Cette scène poignante se prolongea plus d’une heure et demie… A la fin, quel que soit son courage, il n’en put plus. Il se leva et conduisit sa famille vers la porte. Comme ils voulaient rester encore et s’attachaient à lui en gémissant, il dit :
- Je vous assure que je vous verrai demain matin à huit heures.
- Vous nous le promettez ? supplièrent-ils ensemble.
- Oui, je vous le promets.
- Pourquoi pas à sept heures ? dit la Reine.
- Eh bien oui, à sept heures… Adieu.

Les adieux du Roy à sa famille

Les adieux du Roy à sa famille.

Malgré lui, cet adieu rendit un son tel que les malheureux ne purent étouffer leurs cris. Madame Royale tomba évanouie aux pieds de son père. Cléry et Madame Elisabeth la relevèrent.
Le Roy les embrassa tous encore, et doucement les poussa hors de sa chambre.
- Adieu, adieu, répétait-il, avec un geste navrant de la main.

Il rejoignit l’abbé Edgeworth dans le petit cabinet pratiqué dans la tourelle.
- Hélas, murmura-t-il, il faut que j ‘aime et sois tendrement aimé !
Sa fermeté revenue, il s’entretint avec le prêtre. Jusqu’à minuit et demi, le Roy demeura avec son confesseur. Puis il se coucha.
Cléry voulut lui rouler les cheveux comme d’habitude.
- Ce n’est pas la peine, dit Louis XVI.
Quand le valet de chambre ferma les rideaux, il ajouta : « Cléry, vous m’éveillerez demain à cinq heures
Et il s’endormit d’un profond sommeil.

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21 janvier 1793 :

A cinq heures, Cléry allume le feu. Au peu de bruit qu’il fait, Louis XVI ouvre les yeux, tire son rideau :
- Cinq heures sont-elles sonnées ?
- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.
- J’ai bien dormi, dit le Roy, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?
- Sur mon lit.
- Et vous ? où avez-vous dormi ?
- Sur cette chaise.
- J’en suis fâché, murmure Louis XVI, soucieux toujours du bien-être de ses serviteurs.
- Ah, Sire, dit Cléry en lui baisant la main, puis-je penser à moi dans ce moment ?

Il habille et coiffe son maître devant plusieurs municipaux qui, sans respect, sont entrés dans la chambre.
Puis il transporte une commode au milieu de la pièce pour servir d’autel.
Revêtu de la chasuble, l’abbé commence la messe, que sert Cléry.
Le Roy l’entend à genoux et reçoit la communion, il remercie ensuite le valet de chambre de ses soins et lui recommande son fils :
- Vous lui remettrez ce cachet, vous donnerez cet anneau à la Reine, dites-lui que je le quitte avec peine… Ce petit paquet contient des cheveux de toute ma famille, vous le lui remettrez aussi. Dites à la Reine, à mes chers enfants, à ma soeur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j’ai voulu leur épargner la douleur d’une séparation nouvelle…

Essuyant ses larmes, il murmure alors :
- Je vous charge de leur faire mes adieux.

Il s’est approché du feu, y réchauffe ses mains froides. Il a demandé des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux au lieu du bourreau. Les municipaux, défiants, les refusent.

Dans l’aube triste de ce dimanche d’hiver, un grand bruit environne la Tour. Alertées par la Commune, toutes les troupes de Paris sont sous les armes. L’assassinat, la veille au soir, de Lepeletier de Saint-Fargeau, l’exalté Montagnard, tué d’un coup de sabre par l’ancien garde du corps Deparis, a fait redoubler les précautions militaires. Partout les tambours battent la générale. Les sections armées défilent dans les rues, les vitres résonnent du passage des canons sur les pavés.
A huit heures Santerre arrive au Temple avec des commissaires de la Commune et des gendarmes. Nul ne se découvre.

- Vous venez me chercher ? interroge le roi.
- Oui.
- Je vous demande une minute.

Il rentre dans son cabinet, s’y munit de son testament et le tend à un municipal qui se trouve être le prêtre défroqué Jacques Roux :
- Je vous prie de remettre ce papier à la Reine… Il se reprend, et dit : « à ma femme. »
- Cela ne me regarde point, répond Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l’échafaud.
- C’est juste, dit Louis XVI.

Un autre commissaire s’empare du testament qu’il remettra non à la Reine, mais à la Commune (*).

Louis XVI est vêtu d’un habit brun, avec gilet blanc, culotte grise, bas de soie blancs. Cléry lui présente sa redingote.
- Je n’en ai pas besoin, donnez-moi seulement mon chapeau.

Il lui serre fortement la main, puis, regardant Santerre, dit :
- Partons !

D’un pas égal, il descend l’escalier de la prison. Dans la première cour, il se retourne et regarde à deux reprises l’étage où sont les siens : au double roulement qui a retenti lorsqu’il a franchi la porte de la Tour, ils se sont précipités vainement vers les fenêtres, obstruées par des abat-jour.
- C’en est fait, s’écrie la Reine, nous ne le verrons plus !

Le Roy monte dans sa voiture, un coupé vert, suivi de l’abbé Edgeworth de Firmont. Un lieutenant de gendarmerie et un maréchal des logis s’assoient en face d’eux sur la banquette de devant. Précédés de grenadiers en colonnes denses, de pièces d’artillerie, d’une centaine de tambours, les chevaux partent au pas…
Les fenêtres, comme les boutiques, par ordre restent closes.
Dans la voiture aux vitres embuées, Louis XVI la tête baissée, lit sur le bréviaire du prêtre les prières des agonisants.

Vers dix heures, dans le jour brumeux, la voiture débouche enfin de la rue Royale sur la place de la Révolution. A droite en regardant la Seine, au milieu d’un espace encadré de canons et de cavaliers, non loin du piédestal vide qui supportait naguère la statue de Louis XV, se dresse la guillotine.
La place entière est garnie de troupes. Les spectateurs ont été refoulés très loin. Il ne sort de leur multitude qu’un faible bruit, fait de milliers de halètements, de milliers de soupirs. Tout de suite, sur un ordre de Santerre, l’éclat assourdissant des tambours l’étouffe…

Il est des hommes qui toute leur vie ont paru médiocres mais dont la mort révèle la véritable grandeur : leur âme perce au moment suprême! Louis XVI fut de ces caractères apparemment médiocres que la catastrophe épure et grandit. Son règne est calomnieusement présenté comme n’ayant aucun éclat ni génie, mais nul ne peut nier que sa fin est auréolée de grandeur et de majesté.

L’exécuteur Sanson et deux de ses aides, venus à la voiture, ouvrent la portière ; Louis XVI ne descend pas tout de suite ; il achève sa prière.
Au bas de l’échafaud, les bourreaux veulent le dévêtir. Il les écarte assez rudement, ôte lui-même son habit et défait son col. Puis il s’agenouille aux pieds du prêtre et reçoit sa bénédiction.
Les aides l’entourent et lui prennent les mains.
- Que voulez-vous ? dit-il.
- Vous lier.
- Me lier, non, je n’y consentirai jamais !

Indigné par l’affront, son visage est soudain devenu très rouge. Les bourreaux semblent décidés à user de la force. Il regarde son confesseur comme pour lui demander conseil. L’abbé Edgeworth murmure :
- Faites ce sacrifice, Sire ; ce nouvel outrage est un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.
- Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie.

On lui attache donc les poignets derrière le dos avec un mouchoir, on lui coupe les cheveux. Puis il monte le roide degré de l’échafaud, appuyé lourdement sur le bras du prêtre. A la dernière marche il se redresse et, marchant d’un pas rapide, il va jusqu’à l’extrémité de la plate-forme. Là, face aux Tuileries, témoins de ses dernières grandeurs et de sa chute, faisant un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, il crie d’une voix tonnante :
- Français, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ! Et vous, peuple infortuné…

A cheval, Beaufranchet, adjudant général de Santerre, se précipite vers les tambours, leur jette un ordre. Un roulement brutal interrompt le Roy. Il frappe du pied l’échafaud :
- Silence, faites silence !

On ne l’entend plus. Les bourreaux se saisissent de lui, le lient à la planche…
Le couperet tombe. L’un des aides de Sanson prend la tête du Souverain et, la tenant par les cheveux, la montre aux assistants.
Des fédérés, des furieux escaladent l’échafaud et trempent leurs piques, leurs sabres, leurs mouchoirs, leurs mains dans le sang. Ils crient : « Vive la nation! Vive la République! »

Quelques voix leur répondent. Mais le vrai peuple reste muet, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas présent : la grande majorité des parisiens est terrée chez eux, la place n’est occupée que par les soldats de la révolution et, derrière eux, par quelques groupes d’enragés.

L’abbé descend de la plate-forme et fuit, l’esprit perdu.
Une tradition lui a prêté ces mots, adressés au Roy comme adieu : « Fils de Saint Louis, montez au ciel !« 

Le Roy au pied de l'échafaud

Les restes de Louis XVI, transportés dans un tombereau au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, furent placés dans une bière emplie de chaux vive et enfouis dans une fosse que recouvrit encore une épaisse couche de chaux. Un prêtre constitutionnel marmonna quelques prières sur la tombe, profanation suprême, mais le dernier mot, même devant un cadavre, devait rester à « la loi »…

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(*) Le texte du Testament de Louis XVI peut être lu ici > www

NB. En sus de son testament, on trouvera dans les pages de ce blogue d’autres publications consacrées au Roy-martyr :
- ici > www le texte du discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie VI  lors du consistoire secret du 11 juin 1793 et proclamant la qualité de martyr de Louis XVI.
- ici > www la messe de requiem composée à sa mémoire par Luigi Cherubini.
- ici > www des maximes écrites par le Roy.
- ici > www le texte de son voeu au Sacré-Coeur de Jésus.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 16 janvier, 2009 |15 Commentaires »

2009-2. Le « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau.

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Le 5 janvier 1759 naquit, dans la paroisse du Pin-en-Mauges (diocèse d’Angers), Jacques Cathelineau. Le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de ce héros, qui est en même temps une authentique et haute figure de sainteté, n’est honoré d’aucune commémoration officielle, mais nous ne saurions nous en étonner (!!!) ; il nous paraîtrait même injurieux que les actuelles autorités de notre pays – puisqu’elles revendiquent haut et fort l’héritage de la grande révolution – veuillent s’acquitter d’un « devoir de mémoire » envers celui dont la vie et les engagements dénoncent l’impiété des fondements idéologiques et la vacuité des principes auxquels elles se réfèrent… Puissent du moins les coeurs loyaux et fidèles ne pas manquer de célébrer dans la reconnaissance et la fidélité la mémoire de celui qui, très tôt de son vivant déjà, fut surnommé « le Saint d’Anjou« !

* * * * * * *

Jacques était le second d’une famille de cinq enfants. Son père, Jean Cathelineau, exerçait  le métier de tailleur de pierres, mais s’acquittait aussi de manière exemplaire des fonctions de sacristain. Le petit Jacques grandit d’une certaine manière à l’ombre du sanctuaire : les exemples de ses parents et les enseignements de son curé, firent croître en lui  et lui permirent de personnaliser une foi profonde et une piété sincère, ancrées dans une compréhension véritablement surnaturelle des choses d’ici-bas.

Il n’y avait pas d’école au Pin-en-Mauges, mais le curé, qui lui avait inculqué les premiers éléments de l’instruction et avait remarqué l’intelligence et les qualités du petit Jacques, proposa à ses parents de lui faire poursuivre ses études chez l’un des ses confrères, dans une paroisse des environs. C’est ainsi que Jacques Cathelineau acquit des connaissances supérieures à celles de la moyenne des gens du peuple.

Il travailla d’abord comme tailleur de pierres, ainsi que son père, mais au moment où la révolution éclate il exerce le métier de colporteur. A l’âge de 18 ans, le 4 février 1777, il a épousé Louise Godin, qui est de 9 ans son aînée. De leur union naîtront dix enfants, dont cinq mourront avant d’achever leur première année. Jacques avait aussi succédé à son père dans ses fonctions de sacristain et de chantre à l’église du Pin.

Le 12 mars 1793, en application de la loi qui a décrété la « levée en masse », a lieu le tirage aux sort des conscrits à Saint-Florent le Vieil. La population angevine, déjà profondément indisposée par l’exécution du Roi et par la persécution contre ses « bons prêtres », n’a aucune envie de voir partir ses jeunes gens aux frontières pour défendre une république qui n’est absolument pas aimée. Ce jour là donc, toute la ville de Saint-Florent exaspérée s’est rassemblée pour s’opposer à la conscription ; elle va le faire d’une manière expéditive : les agents de la conscription et les patriotes sont lynchés. Ceux qui ne sont pas tués ne doivent leur salut qu’à la fuite. Désormais les évènements sont engagés, la guerre est inéluctable.

Jacques Cathelineau, âgé de 35 ans et qui a la charge d’une famille, n’est pas concerné par la conscription. Il n’a pas fait partie des émeutiers, mais maintenant que la guerre est là, avec les encouragements de son curé, il s’est décidé à rassembler autour de lui les hommes du village : on était au temps de la Passion, et c’est au chant du Vexilla Regis (cf. > ici) qu’ils prirent les armes et se mirent en route, pour défendre leurs autels et leurs foyers.

Un peu partout dans les Mauges, des paysans et des artisans,  munis comme eux de leurs fourches et de leurs faux, chassent les « patriotes ». Les paysans cherchent ceux qu’ils croient les plus qualifiés pour prendre la tête du mouvement ; ils vont donc dans les gentilhommières de leurs villages et ils supplient leurs « Messieurs »  de les organiser et de les entraîner : un grand nombre d’entre eux n’a-t-il d’ailleurs pas un passé militaire? Jean-Nicolas Stofflet et Jacques Cathelineau  seront les deux seuls roturiers portés à la tête d’une armée.

Je ne vais pas refaire ici l’histoire détaillée du début des « Guerres de Vendée », mais  je me contenterai de noter que lorsque – au bout d’un mois de combats dispersés -  la Grande Armée Catholique et Royale est constituée, la stature de chef et le charisme  de Jacques Cathelineau sont pleinement reconnus. Ils le seront de plus en plus, à tel point que lorsqu’il s’agira de nommer un Généralissime, c’est sur lui que se porteront unanimement les suffrages des autres chefs de l’insurrection (12 juin 1793). Tous reconnaissent et saluent en lui une piété éclairée, inspiratrice de décisions pratiques aussi audacieuses que pertinentes, et une intégrité parfaite : il n’agit jamais par ambition personnelle et il est irréprochable. On peut dire qu’il symbolise et représente parfaitement le soulèvement  populaire vendéen dans ses idéaux spirituels.

Mortellement blessé le 29 juin, lors du siège de Nantes, Jacques Cathelineau rendit sa belle âme à Dieu le 14 juillet 1793 à Saint-Florent le Vieil. Sa cause de béatification fut introduite dès la fin du XIXème siècle mais la plus grande partie des pièces informatives  du procès diocésain ont péri dans l’incendie des archives de l’évêché d’Angers, en 1944, et  l’instruction s’en trouve, de ce fait, bloquée. Cependant que cela ne nous empêche pas de prendre modèle sur lui et de l’invoquer en privé, lorsque nous prions pour la France…

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 janvier, 2009 |2 Commentaires »

2008-63. Le 18 novembre nous fêtons les Bienheureuses Visitandines de Madrid martyrisées en 1936.

Croix de la Bienheureuse Maria Cecilia

Croix de la Bienheureuse Maria-Cecilia, déformée par les balles de la fusillade

Rappel historique :

La monarchie espagnole a été abolie en 1931.
L’hostilité des républicains envers la religion  catholique va devenir de plus en plus virulente à partir de 1933, après des élections favorables à la gauche. Rapidement une législation anticléricale est instaurée : interdiction  faite aux religieux d’enseigner et d’avoir des activités leur permettant de vivre, suppression des jésuites… et déjà, des églises sont incendiées.
La gauche républicaine a mal calculé ; il faut peu connaître le peuple espagnol pour penser qu’il accepte cette violence anti-religieuse sans réaction : les élections de décembre 1933 ramènent au pouvoir une majorité de droite. Peut-être la crise aurait-elle pu être terminée si, à ce moment, des solutions inspirées du catholicisme social avaient été mises en œuvre :  il n’en est malheureusement rien et les conservateurs paralysent les plans de réforme nécessaires.

L’été 1934 voit éclater la « révolution des Asturies » : des prêtres et des religieuses sont assassinés.
La gauche, jusqu’alors dispersée, se regroupe en un « frente popular » qui arrive au pouvoir lors des élections de février 1936 : composé de communistes, de socialistes et d’anarchistes d’opinions souvent divergentes, ce front populaire trouve son unité dans un anti-catholicisme haineux, et cela bien que les évêques espagnols aient – au début – reconnu sa légitimité.
Les violences éclatent dès juin 1936 : ce gouvernement républicain de style révolutionnaire se lance dans une sanglante persécution qui va faire une foule de victimes en quelques semaines. Bien évidemment, tout le peuple ne soutient pas cette persécution, mais  la terreur est à l’ordre du jour : à la chambre, un député monarchiste proteste et, dès le lendemain – 14 juillet 1936 – , il est assassiné.

Les différents partis de droite, apeurés, se regroupent dans un parti unique : la « Phalange ». Désormais, tous les ingrédients sont prêts pour une guerre civile.
Le général Francisco Franco se révolte et lance, le 18 Juillet, l’ « Alziamento Nacional » (souvent traduit par « Mouvement national » alors que littéralement cela signifie : soulèvement national). Il est suivi par une grande partie de l’armée.
L’Espagne entre  alors dans une terrible guerre civile : les « républicains » (appelés aussi – et à juste titre – « rouges » car leur but est de faire de l’Espagne un état satellite de l’URSS), renforcés par des « brigades internationales », et les « nationalistes » (ou « franquistes »), aidés en finale par la Wehrmacht allemande et les fascistes italiens, vont s’affronter sans merci pendant trente-deux mois (1936-1938).

A la faveur de la guerre, les « rouges » se livrent à la plus grande persécution religieuse qu’ait jamais connu l’Espagne : à cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité, c’est un ouragan révolutionnaire comparable à celui de la révolution française, qui s’abat sur toutes les régions où domine leur influence politique.
Sur la liste noire des personnes à abattre, les ecclésiastiques figurent en tout premier lieu.
Les exactions se multiplient : incendies de couvents, d’évêchés, d’églises, destruction du patrimoine artistique sacré… etc.
Les républicains procèdent à des exécutions massives, accompagnées d’une férocité inouïe. Malheureusement, il y eut aussi des violences injustifiées et condamnables dans l’autre parti.

On dénombre parmi les victimes : 13 évêques, 4184 prêtres, 2385 religieux, 283 religieuses et des milliers de fidèles laïcs.

Ceux que l’Église béatifie sont vraiment martyrs car ils ont été tués en haine de la Foi : ce ne sont pas de simples « victimes de guerre », car ils n’étaient pas engagés dans les combats, ni dans les luttes partisanes.
Le Pape Jean-Paul II a tenu à le préciser le 11 mars 2001 : « Les bienheureux qui sont élevés à l’honneur des autels n’étaient pas impliqués dans des luttes politiques ou idéologiques, et ne voulaient pas y entrer. (…) Ils ont vécu en aimant et sont morts en pardonnant ».

Autel où sont conservées les reliques des Sept Bienheureuses Visitandines Martyres

Autel dans lequel sont conservées les reliques des sept Bienheureuses

Les sept Visitandines Martyres :

Le premier monastère de la Visitation en Espagne fut établi à Madrid en 1748. C’est à cette communauté qu’appartiennent les sept martyres que l’on célèbre le 18 novembre.

Lorsque éclate la guerre civile, les  moniales Visitandines se rendent rapidement compte qu’il est dangereux de rester en ville et décident de se retirer dans un petit village de Navarre, Oronoz. Toutefois un groupe de sept religieuses va rester sur place parce que l’église du couvent est encore ouverte au culte.
Avant de partir, la Mère Supérieure leur prépare – en cas de danger – un appartement où elle pourront trouver refuge, à proximité du monastère. Sœur Marie du Refuge est désignée pour diriger cette petite communauté : en vraie Visitandine, elle anime le courage, la confiance et la foi des autres sœurs.
Toutes sont conscientes d’être exposées à des sévices et à la mort violente mais, dans la prière et le silence, elles intensifient le don généreux d’elles-mêmes qu’elles ont déjà fait à Dieu par leur profession monastique, et elles s’offrent pour que la grâce de la paix soit rendue à l’Eglise d’Espagne.

Le 18 juillet 1936, le monastère est attaqué, pillé, incendié…
Les Visitandines ont eu le temps de fuir, mais elles ne peuvent plus quitter l’appartement en sous-sol où elles sont réfugiées : il est devenu un minuscule couvent où l’on prie constamment pour l’Espagne. Quelques prêtres, lorsque cela est possible, leur rendent visite et célèbrent pour elles la Sainte Messe. Lorsque le risque est plus important ils s’abstiennent de venir, mais la sœur d’une des religieuses leur apporte la sainte communion.
Leur présence est connue de leurs voisins, qui les aiment… à l’exception de deux personnes qui habitent l’immeuble et qui vont les dénoncer par haine de la religion.
Une période d’incertitude et d’angoisse commence alors : les sœurs subissent plusieurs fouilles au cours desquelles elles sont insultées et dépouillées de leurs biens. Lors de la fouille du 17 novembre, les miliciens annoncent qu’ils reviendront le lendemain.
Sœur Marie du Refuge propose à ses soeurs de les conduire dans des consulats où elles seront hors d’atteinte. Mais la ferveur des Filles de Saint François de Sales est plus forte que la crainte de la mort et elles s’écrient : « Quelle joie, le martyre va arriver bientôt! (…) Si l’Espagne doit être sauvée en versant notre sang, que ce soit le plus tôt possible!« 
Elles passent la nuit à prier.

Le 18 novembre 1936, vers 19h, une patrouille de la F.A.I (Fédération Anarchiste Ibérique) fait irruption dans l’appartement. On oblige toutes les religieuses à sortir, même Sœur Maria-Inès, malade, atteinte d’une forte fièvre.
Dans la rue on entend les cris de la populace. En voyant les Sœurs faire le signe de croix, une voix s’élève : « C’est ici qu’il faut les tuer, car se signer est une provocation! »
La sérénité des moniales contraste avec ce vacarme.
Elles sont fusillées quelques minutes plus tard, se tenant toutes par la main.

Cependant la plus jeune des religieuses – Soeur Maria-Cecilia, âgée de 26 ans – ne fut pas  atteinte par les balles et, prise de panique, lâchant la main de la soeur morte à côté d’elle, elle partit en courant dans la nuit. Un peu plus loin, croisant des policiers et reprenant courage, elle leur cria : « Je suis l’une des religieuses… »
Elle fut à nouveau arrêtée et on la conduisit dans l’une des innombrables prisons improvisées de la ville, dans lesquelles siégeaient des « tribunaux populaires ». Interrogée, elle témoigna sans faiblir de son identité et de sa foi et fut condamnée à mort.
On la fusilla au matin du 23 novembre, avec une autre femme et une dizaine de jeunes gens, contre un mur du cimetière. On peut donc dire qu’elle a subi le martyre à deux reprises.
Son corps, jeté dans une fosse commune, put être identifié, après la guerre, grâce à sa croix de Visitandine, tordue par les balles (vous pouvez en voir une photographie au commencement de cet article)
.

Ces 7 Bienheureuses Visitandines sont :
1) Sœur Marie du Refuge (Maria-Gabriela) de Hinojasa y Naveros, qui était née le 24 juillet 1872 à Alhama (Grenade) et était la responsable du groupe ;
2) Sœur Josefa-Maria (Maria del Carmen) Barrera y Izaguirre, née le 23 mai 1881 à El Ferrol (La Coruna) ;
3) Sœur Teresia-Maria (Laura) Cavestany y Anduaga, née le 30 juillet 1888 à Puerto Real (Cadix) ;
4) Sœur Maria-Angela (Martina) Olaizola y Garagarça, née le 12 novembre 1893 à Azpeitia (Guipuzcoa) ;
5) Sœur Maria-Engracia (Josepha-Joachima) Lecuona y Aramburu, née le 02 juillet 1897 à Oyarzun (Guipuzcoa) ;
6) Sœur Maria-Inès (Agnès) Zudaire y Galdeano, née le 28 janvier 1900 à Echavarri (Navarre) ;
7) Sœur Maria-Cecilia (Maria-Félicité) Cendoya y Araquistain, née le 10 janvier 1910 à Azpeitia (Guipuzcoa), celle qui fut exécutée le 23 novembre.

Elles ont été béatifiées, à Rome, le 10 mai 1998.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 17 novembre, 2008 |4 Commentaires »

2008-60. Saint Glinglin : un Saint dont tout le monde parle mais dont on ne peut jamais célébrer la fête!

 

2008-60. Saint Glinglin : un Saint dont tout le monde parle mais dont on ne peut jamais célébrer la fête! dans Chronique de Lully dyn002original100160gif2582326252bfec892843f9590a88cd226fbca7f

Aujourd’hui, il fait ici un temps épouvantable ; un temps humide et froid : un temps à ne pas mettre un matou dehors !
Frère Maximilien-Marie essaie de me trouver quelques distractions pour que je trouve le temps un peu moins long. En faisant des rangements, il a retrouvé un gros livre de contes et il s’est écrié : « Ah, puisque nous sommes dans les jours proches de la fête de tous les Saints, voilà un livre qui est bien de circonstance ! » Et il me l’a tendu.
Le titre m’a étonné : « Les contes de la Saint Glinglin » (*).
Lorsque les hommes disent « à la Saint-Glinglin », ils veulent dire « jamais », et je me demandais bien pourquoi.
Alors je me suis assis près du poêle, j’ai ouvert le gros livre et j’ai lu à haute voix l’histoire de Saint Glinglin et de la belle Lurette :

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« De son vrai nom, saint Glinglin s’appelait Galahan O’Galahan. C’était un Irlandais. Il était moine au monastère du bon abbé saint Brandan qui découvrit l’Amérique bien des siècles avant Christophe Colomb. Ayant appris la maçonnerie dans son enfance, il était devenu le tailleur de pierre du couvent. C’est lui qui creusa de ses mains, dans le granit le plus fin et le plus dur, l’auge miraculeuse à bord de laquelle saint Brandan s’embarqua pour aller découvrir l’Amérique. On le considérait comme le plus habile sculpteur de toute l’Irlande. Il faisait des statues, des chapiteaux, des tables, des cheminées. Tout le monde l’admirait beaucoup.
Seulement il avait un grave défaut : il était épouvantablement étourdi. Il oubliait tout, sauf l’heure des repas, et encore c’est parce qu’il avait faim. Il oubliait jusqu’à son nom.

Même dans son métier, il avait des distractions lamentables. Un jour qu’on lui avait commandé une série de statues pour la nouvelle chapelle du couvent, il fit une grande barbe blanche à la Sainte Vierge et, à saint Pierre, il mit un chignon. Or, comme chacun le sait, saint Pierre est complètement chauve. Ce fut un beau scandale dans le chapitre, où les chauves ne manquaient pas. Galahan O’Galahan dut expier son double sacrilège par une pénitence de huit jours au pain et à l’eau.

Le bon saint Brandan, qui l’aimait bien, était fort attristé par ces incartades.
- Mon petit, disait-il, prends garde à ton étourderie. Elle te jouera un mauvais tour.
- Je sais, mon Père, soupirait-il. Je me dis toujours que je vais faire attention, que je vais me rappeler les choses mais cinq minutes après, j’ai tout oublié, j’ai même oublié que je n’ai pas de mémoire !
- Hélas ! mon petit, je crains fort que cette malheureuse infirmité ne t’empêche d’être jamais un saint !

Il faut vous dire qu’en Irlande, à cette époque, tous les gens qui se respectaient finissaient par devenir ou des rois ou des saints. Les autres étaient très mal considérés. C’est bien cela qui faisait souffrir Galahan. Il s’approchait de l’âge où un moine, conscient de ses devoirs, songeait à sa canonisation. Mais allez donc canoniser une tête de linotte pareille ! Le malheureux dépérissait à vue d’œil. Il ne se passait pas de semaines sans qu’il apprit qu’un des ses frères plus jeunes, parfois un de ceux qu’il avait connu moinillon, réussissait à faire son trou dans le calendrier. Chaque fois il passait la nuit en macérations et en prières, prenait de bonnes résolutions, jurait qu’il serait moins étourdi. Mais, le lendemain matin, il avait tout oublié.

Un jour saint Brandan lui dit : « Mon enfant, tu as mauvaise mine. Il faut changer d’air. D’ailleurs les voyages forment la jeunesse et un gamin de soixante ans, comme toi, devrait en tirer profit. Va au port préparer mon auge miraculeuse. Je t’emmène avec moi en Aquitaine ».

Saint Brandan avait en effet l’habitude d’aller chaque automne dans le Midi de la France pour y faire sa cure de raisin frais au moment de la vendange. Galahan O’Galahan ne se fit pas répéter deux fois l’ordre de son prieur. Il courut au port et passa l’auge à la pierre ponce afin qu’elle fendit mieux les flots. Sous le banc de granit, il logea le bissac qui contenait son maigre bagage et celui de saint Brandan. Il y ajouta les outils de son art, une gouge et un maillet, pour le cas où il rencontrerait quelque chose de pierre valant la peine d’être taillé.

Un beau jour donc, l’abbé et le moine débarquèrent de l’auge sur les rives de la Garonne. C’était la mi-septembre et les paysans étaient dans les vignes en train de vendanger. A peine débarqué, saint Brandan s’en fut voir son vieil ami, le prieur du couvent de Saint-Macaire. Il laissa son auge à la garde de Galahan et, avant de partir, il lui recommanda bien de songer à venir le prendre au couvent un peu avant l’heure de complies.

Il faisait un beau soleil, bien doré. Galahan fit quelques pas le long de la berge parmi les aubiers, puis soupirant d’aise, il s’étendit dans l’herbe. Trois minutes plus tard, il se relevait avec un cri de désespoir. Il avait tout oublié. Mais tout : les recommandations de l’abbé, l’heure où il devait aller le chercher, l’endroit où il avait amarré l’auge… Il avait même oublié le nom du pays où il se trouvait. La tête dans les mains, il se mit à pleurer.

Au bout d’un moment, un léger bruit lui fit lever la tête. Il vit devant lui une petite fille qui le regardait curieusement avec ses grand yeux noirs. Elle pouvait avoir neuf ans.
C’était une très gentille petite fille et elle habitait Saint-Macaire, où son papa était tonnelier ; elle s’appelait Lurette. Et comme elle était fort jolie, quand on parlait d’elle on disait «la belle Lurette». C’est même sous ce nom qu’elle est devenue célèbre.

Entre autres qualités, Lurette avait bon cœur. Elle s’assit à côté du moine.
- Pourquoi pleurez-vous ? dit-elle.
- Je… euh… j’ai oublié, répondit Galahan.

C’était vrai, il avait oublié pourquoi il pleurait. Mais comme Lurette lui avait parlé en français, il s’était ressouvenu qu’il était en France. Cela le consola un peu. Il essuya ses larmes avec la robe de bure ; Lurette sourit.
- Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle.
- Galahan O’Galahan.

Il faut dire qu’il parlait avec l’accent irlandais, qui tient un peu le milieu entre l’accent anglais et l’accent auvergnat. Lurette compris qu’il disait Glinglin.
- Glinglin, dit-elle, c’est un joli nom. On dirait une cloche du dimanche. La saint Glinglin sera une fête carillonnée.

A ces mots, le malheureux eut une nouvelle crise de larmes. Pressé de questions affectueuses, il finit par expliquer à la petite fille la cause et l’origine de tous ses malheurs.
- C’est une maudite distraction, Lurette, j’ai la cervelle comme une passoire.
- Il faut vous en corriger, Glinglin. C’est une question de volonté.

Elle répétait ce qu’elle avait entendu dire par sa maîtresse d’école. Lurette était une très bonne élève. Elle entreprit de faire l’éducation de son nouvel ami. Pour entraîner sa mémoire, elle lui apprenait la table de multiplication, la plus difficile, celle de sept. Pendant tout ce temps que les Irlandais restèrent en Aquitaine, le moine et la petite fille se retrouvèrent matin et soir. Glinglin, puisque c’était son nouveau nom, avait commencé une belle statue de Lurette et, tandis qu’il tapait à grands coups de maillet sur la gouge, ne s’interrompant que pour grappiller un raisin, elle lui posait des colles :
- Sept fois six, Glinglin ?
- Trente six… non, quarante deux, Lurette. Tourne un peu la tête à gauche.
- Sept fois neuf ?

Ça c’était plus dur. Il se grattait la tête d’un air penaud.
- Sept fois neuf ?…Malheur, j’ai encore oublié ! Tu vois, je ne suis bon à rien, Lurette.
- Mais si, Glinglin. Un petit effort, voyons. Sept fois neuf soixante trois. Répétez…
- Sept fois neuf soixante trois. Relève cette mèche de cheveux.

Et ainsi de suite. Quand vint le moment de quitter Lurette et de rentrer en Irlande, Glinglin avait fait des progrès considérables. En fermant les yeux et en serrant les dents, il arrivait à se rappeler les choses quelques fois deux heures de suite. Le bon abbé saint Brandan en fut ravi. Il donna sa bénédiction à Lurette et promit de ramener le moine avec lui l’année suivante.

Pendant toute cette année là, Glinglin fut un modèle d’exactitude et d’attention ; il arrivait à l’heure aux offices. Il rangeait ses outils, le travail terminé, et se rappelait où il les avait mis le lendemain matin. En secret, il avait même appris la table de huit pour faire une surprise à Lurette.

Vint enfin la saison des vendanges. Au moins quinze jours à l’avance, l’auge était prête. Un bon vent poussa saint Brandan et Glinglin vers l’Aquitaine. Par un soir d’or et de pourpre, ils touchèrent la rive. Debout à l’avant de l’auge, Glinglin cherchait Lurette des yeux.

Hélas ! dans les vignes désertes, aucun vigneron ne chantait. A la chapelle du prieuré, une cloche sonnait le glas. Inquiets, les deux voyageurs mirent pied à terre et montèrent vers le village. A l’entrée du couvent, un moinillon tout en larmes leur conta la triste nouvelle : quelques jours plus tôt, Lurette avait été prise de fièvre et elle était morte le matin même en parlant de son grand ami Glinglin.

On l’enterra dans le jardin du monastère et Glinglin lui fit une belle tombe sur laquelle il plaça la statue qu’il avait exécutée l’année précédente. Les gens allaient souvent la voir les jours de promenade et y posaient des fleurs. Elle est restée là pendant des siècles. Elle n’y est plus maintenant, mais elle y est restée si longtemps qu’on a pris l’habitude de la voir ; si bien qu’aujourd’hui, quand on veut dire qu’une chose est très ancienne, on dit : « Il y a belle lurette ». Saint Brandan abrégea sa visite. Le retour en Irlande fut triste. Glinglin était inconsolable. Un temps, il essaya de se souvenir des leçons que lui donnait sa petite amie, mais sa nature oublieuse reprit le dessus. Six mois plus tard, c’est à peine s’il savait encore sept fois deux quatorze. Bientôt, il ne lui resta plus que son chagrin. Il était plus étourdi, plus distrait que jamais, et saint Brandan abandonna toute espérance de le voir canoniser de son vivant.

Il finit par mourir à son tour. Et, là encore, il fut victime de son incurable distraction. On lui avait pourtant bien expliqué le chemin du Paradis. Mais, au moment de partir, rien à faire, il avait tout oublié. Vers le haut ? vers le bas ? à droite ? à gauche ? au nord ? au sud ? Perdu dans l’espace immense, il erra des jours, des années, peut être des siècles. Il avait perdu tout espoir lorsqu’un beau matin, au détour d’un nuage, il tomba sur la porte du Paradis. Il sonna. Avec un grand bruit de clefs, saint Pierre vint lui ouvrir. Il le toisa sans aménité.
- Ha, ha ! s’écria-t-il d’une voix aigre-douce. Mais c’est Galahan O’Galahan, l’illustre sculpteur, qui nous fait enfin l’honneur d’une visite. Que viens-tu faire ici, songe creux ? Je te croyais au Purgatoire.

Rien qu’au ton du grand saint Pierre, Glinglin comprit qu’il n’avait pas oublié l’affaire du chignon. Fort gêné, il se gratta la tête. Saint Pierre se méprit sur le sens de son geste.
- Quoi ? gronda-t-il. Quoi ? Tête de linotte, tu as le toupet de venir me demander une auréole ? T’imagines-tu que nous manquions de saints au point de prendre des faibles d’esprit, des gâcheurs de pierre, des… des coiffeurs pour dames ?

Il s’étranglait d’indignation. Le pauvre moine ne savait que dire et regardait tristement la pointe de ses sandales quand soudain une voix claire lui fit lever les yeux comme jadis sur les bords de la Garonne.
- Glinglin, enfin vous voilà ! je commençais à m’ennuyer sans vous. Mais maintenant que vous êtes là, vous allez voir comme c’est amusant le Paradis. D’abord on va vous donner une auréole puisque vous êtes un saint, n’est ce pas bon saint Pierre ?
- Tu connais ce bon à rien, petite ? Eh bien, je ne te fais pas mon compliment. Quant à l’auréole, il peut se brosser, tu m’entends ?

Toute rouge, Lurette tapa du pied : « Vous êtes un méchant, saint Pierre. Glinglin n’est pas un bon à rien. Seulement il est un peu étourdi. Mais il fait tout ce qu’il peut pour s’en corriger. Il sait la table de sept sur le bout du doigt. Tenez, écoutez : sept fois neuf, Glinglin ? »
- Cinquante six, répondit Glinglin en baissant le nez.
- Tu vois, ricana saint Pierre, un bon à rien, c’est ce que je disais… Eh là , petite, tu ne vas pas pleurer maintenant.

Lurette était en larmes. Saint Pierre à gauche, Glinglin à droite essayaient vainement de la consoler. Quand elle fut un peu calmée, le porte-clefs du Paradis bougonna : « Bon, bon, ça va, je vais lui donner son auréole ».

Il fouilla dans un coffre et en tira une vieille auréole dont la dorure commençait à s’écailler.
- Tiens, prends ça, toi. Elle est un peu rouillée, mais tu n’auras qu’à y mettre de l’huile de coude. Tu peux écrire « saint » sur ta carte de visite, animal. Mais c’est bien pour la petite que je fais ça.

Le nouveau saint était radieux. L’auréole était un peu grande, mais il se garda bien de protester ; il lança un sourire de reconnaissance à Lurette. Déjà saint Pierre revenait avec un gros registre.
- Voyons un peu… il faut que je t’inscrive, maintenant. Nous disons, nom et qualité… Saint Galahan… sexe, masculin… Profession… hum, pas sculpteur tout de même… tailleur de pierre… nationalité, irlandaise. Bon. Maintenant, il te faut une fête. Ça va être commode, avec le calendrier chargé comme il l’est ! Enfin, voyons la date de ta mort ?

Saint Glinglin pâlit sous sa nouvelle auréole. Depuis le temps qu’il errait dans l’espace, il avait perdu le compte des jours et il était bien incapable de dire quand il était mort.
- Je… je ne sais pas, bon saint Pierre.
- Tu ne sais pas ? Et qui va le savoir alors ? C’est tout de même un peu fort! et ta date de naissance ?
- Je… j’ai oublié, bon saint Pierre
- Tu commences à m’énerver à la fin ! bon sang, quel empoté ! Alors il n’y a plus qu’une solution. Donne moi la date de ton baptême. Vite !

Saint Glinglin resta silencieux. Il avait aussi oublié la date de son baptême. Cette fois, saint Pierre se fâcha tout rouge : « Comment, mauvais chrétien ? Passe que tu oublies ta naissance et ta mort, qui ne sont d’ailleurs pas des événements bien remarquables ; mais ton baptême ! C’en est trop ! Tu as de la chance d’avoir déjà ton auréole. Les règlements ne me permettent pas de te la reprendre, sans cela ce serait déjà fait ! En tout cas pour la fête, tu attendras d’avoir retrouvé la mémoire ! Je t’ai assez vu ! »

D’un geste sec, il referma son registre et, prenant Lurette par la main, rentra dans le paradis, laissant saint Glinglin planté sur le seuil.
- Mais, protesta faiblement le malheureux, quand pourrai-je entrer au Paradis ?
- Le jour de la saint Glinglin, lui jeta saint Pierre en claquant la porte.

Et, depuis ce temps, assis sur un nuage à l’entrée du Paradis, le pauvre saint Glinglin essaie de retrouver le jour de son baptême qui sera aussi le jour de sa fête. Il n’y est pas encore parvenu ; de temps en temps, pour qu’il ne s’ennuie pas, Lurette lui porte un morceau d’étoile qu’il s’amuse à sculpter pour elle. Quand il n’est pas content de son travail, il jette les morceaux par dessus bord et ce sont les étoiles filantes… »

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Voilà, j’espère que ce conte vous aura plu autant qu’à moi. Frère Maximilien-Marie aussi l’aime beaucoup (même s’il trouve que Monsieur Escarpit n’a pas été très gentil avec le bon saint Pierre en le dépeignant comme un horrible grincheux rancunier) ; d’ailleurs pendant que je lisais il a éclaté de rire à plusieurs reprises !
Et puis, même si l’histoire s’achève de manière un peu triste, je trouve qu’il y a beaucoup de bons éléments à en tirer. En particulier, soyons honnête, je sais  enfin – et vous aussi maintenant vous savez – pourquoi on dit « il y a belle lurette » et « à la saint-glinglin ».
Alors, pour en revenir à la fête de Toussaint toute proche, je me permets de vous faire un sermon de douze mots : « N’attendez pas la saint Glinglin pour travailler à devenir des saints ! »

pattes de chatLully.                    

(*) Robert Escarpit : « Les contes de la Saint Glinglin ».

Nota bene :
M. Rat, dans son « Dictionnaire des locutions françaises » explique que les étudiants en droit apprennaient (l’apprennent-ils toujours ?) l’anecdote suivante : à une époque où les échéances de paiement étaient en référence avec les fêtes religieuses (par exemple « à la Saint-Michel »), un débiteur malicieux avait promis à son créancier (sans doute pas très avisé) qu’il le paierait le jour de la saint Glinglin. Le créancier ne voyant rien venir avait fini par porter l’affaire devant la justice et le tribunal avait, non sans humour (une fois n’est pas coutume), rendu le jugement suivant : 
« Attendu que la Saint-Glinglin ne figure pas dans le calendrier, mais qu’il existe à la date du 1er novembre une fête collective de tous les saints qui n’ont pu y trouver place ; attendu, en conséquence, qu’il y a lieu de fixer au 1er novembre la date de la Saint-Glinglin ; par ces motifs, contradictoirement et en dernier ressort, condamne le débiteur à payer la somme réclamée avant le 1er novembre ». Selon la jurisprudence française donc, la Saint Glinglin est reportée à la Toussaint !!!

Publié dans:Chronique de Lully, Nos amis les Saints |on 29 octobre, 2008 |10 Commentaires »

2008-59. Saint Raphaël, l’archange des guérisons divines.

1. Saint Raphaël dans la Sainte Ecriture
et dans la tradition biblique :

Le nom porté par cet Archange signifie « Dieu guérit« : on sait que dans la tradition biblique, le nom exprime et représente la personnalité – l’être profond – de celui, qui le porte. C’est essentiellement par le livre de Tobie que nous connaissons cet ange qui se présentera lui-même comme « l’un des sept qui se tiennent devant le Seigneur« (1).

Tobie est le nom d’un pieux israélite captif à Ninive.  Le livre de la Sainte Ecriture qui porte son nom nous raconte une histoire touchante, pleine de délicatesse et d’enseignements spirituels : dans sa première partie (chapitres I à III), il nous présente deux personnes justes et bonnes, Tobie et Sara, éprouvées par la souffrance ; une deuxième partie (IV à XII) nous montre comment Dieu, par le moyen de l’ange Raphaël, va leur venir en aide : Tobie sera guéri de sa cécité et Sara libérée du pouvoir d’un démon ; enfin la troisième partie (XIII & XIV) conclut l’ouvrage par le cantique d’action de grâces de Tobie et les perspectives de relèvement d’Israël.

L’archange Saint Raphaël est un personnage clef dans cet ouvrage : ayant pris une apparence humaine et sous le nom d’emprunt d’Azarias, il se présente au jeune Tobie (en effet deux hommes portent le nom de Tobie : le père et le fils ont le même prénom ; pour des raisons de commodité nous en parlerons donc en précisant « Tobie l’ancien » pour l’un et « le jeune Tobie » pour l’autre) ; il lui propose de le conduire en Mêdie, où son père l’envoie pour recouvrer une dette.
Après avoir inspiré confiance à Tobie l’ancien, il guidera donc le jeune Tobie et lui prodiguera de judicieux conseils ; il l’invite à s’arrêter à Ecbatane, chez Raguël – un de ses parents – et à demander la main de Sara, fille de son hôte. Pour déjouer les maléfices du démon Asmodée, qui a déjà tué, avant même que le mariage soit consommé, les sept précédents maris de Sara, Raphaël enseigne à Tobie un moyen infaillible : il faut brûler le coeur et le foie d’un certain poisson que Tobie a capturé grâce à lui, et la fumée écartera tout esprit mauvais.
Après le mariage de Tobie, Raphaël continuera seul le voyage jusqu’en Mêdie et reviendra avec l’argent dû à Tobie l’ancien.
A leur retour à Ninive, toujours sur les instructions de l’ange, Tobie le jeune oint les yeux de son père avec le fiel du même poisson, ce qui lui rend la vue. Le miracle illumine le coeur du pieux vieillard qui chante alors les louanges de Dieu et la splendeur de la Jérusalem à venir. Puis Raphaël « retourne vers Celui qui l’a envoyé« 
(2).

Le nom de cet ange n’apparaît pas ailleurs dans la Bible, mais on le trouve dans le Livre d’Hénoch (un apocryphe qui avait une grande audience chez les Juifs et – semble-t-il aussi – chez les premiers chrétiens puisque Saint Jude y fait allusion dans son épître au verset 14).

Au temps de Notre-Seigneur, l’ange de la piscine probatique venait agiter l’eau à certains jours et le premier malade qui descendait dans la piscine après cette agitation mystérieuse était toujours guéri (3). Cet Ange, croit-on, était Saint Raphaël et c’est la raison pour laquelle l’Eglise a choisi ce récit évangélique pour la Messe propre de la fête de l’archange, le 24 octobre.

(1) Tobie XII,15.
(2) Tobie XII,20.
(3) Jean, V,4.

2. L’Archange Saint Raphaël dans la tradition chrétienne :

L’archange Saint Raphaël est souvent considéré comme appartenant à l’ordre des séraphins. Il est aussi considéré par un certain nombres d’auteurs spirituels comme le chef des anges gardiens, et aussi comme l’ange de la Providence qui veille sur toute l’humanité.

On le représente habituellement avec un bâton, des sandales, une gourde et une besace retenue par une bandoulière autour de son épaule : il marche en compagnie d’un jeune homme, le jeune Tobie, et de son chien ; c’est tout naturellement qu’on l’invoque comme le céleste protecteur des voyageurs et des pèlerins : et pas seulement ceux qui sont en déplacement physique mais  aussi de ceux dont la démarche intérieure est en quête de Dieu.

Saint Raphaël peint par Verrocchio

On le prie bien évidemment pour la guérison des malades, pour être délivré des vexations diaboliques et pour être préservé de la cécité, aussi bien physique que spirituelle.

Le culte de saint Raphaël Archange existe dans l’Eglise depuis les premiers siècles et il s’intensifia à la suite d’interventions jugées miraculeuses. En voici un exemple : Saint Magnus, évêque d’Héraclée, fuyant les barbares  à travers les lagunes, eut une apparition de Saint Raphaël qui lui promit sa protection mais lui demanda « en échange » d’ériger une église dans un lieu qui devint plus tard un quartier de Venise nommé Dorso duro, et le saint Archange fut depuis lors invoqué comme l’un des protecteurs particuliers de Venise.

3. Prières à l’Archange Saint Raphaël :

3a – Pour demander une grâce particulière :

Glorieux Archange Saint Raphaël,
Prince de la cour céleste, très illustre par les dons de Conseil et de Sagesse, Guide des voyageurs, Consolation de ceux qui souffrent ou que la maladie tourmente, je vous supplie de m’assister dans toutes mes nécessités et dans les peines de cette vie, de la même manière que vous avez jadis secouru la famille de Tobie dans ses tribulations.
Puisque – selon votre nom – vous êtes « Remède de Dieu », je vous supplie humblement de guérir mon âme de ses nombreuses infirmités, et mon corps des maux qui l’affligent. Je vous demande en particulier……
(nommer ici la grâce particulière que l’on confie à l’intercession de l’Archange).
Soutenez-moi dans le périlleux voyage de cette vie, préservez-moi des attaques démoniaques et du découragement, en sorte que je parvienne sous votre conduite jusqu’à la céleste patrie où je pourrai avec vous et tous les Choeurs des Anges chanter éternellement les miséricordes du Seigneur.

Ainsi soit-il.

3b – Pour être préservé de la cécité physique et spirituelle
(d’après un manuscrit du XIème siècle) :

Venez à mon secours, je vous en supplie, glorieux Prince Saint Raphaël, médecin des âmes et des corps ! O vous qui avez guéri les yeux du vieux Tobie, donnez à mes yeux la lumière physique et à mon âme la lumière spirituelle ; et par vos célestes supplications, éloignez de moi toutes ténèbres.

Ainsi soit-il.

* * * * * * *

Texte publié par  Lully en 2007 au sujet de la fête du 24 octobre et de Saint Raphaël > ici.

2008-58. Le 23 octobre, nous fêtons les Bienheureuses Ursulines martyres de Valenciennes :

En 1790, trente-deux religieuses habitaient le couvent des Ursulines de Valenciennes : conformément à leur vocation, elles se consacraient à l’éducation des jeunes filles.
Quand, le 18 août 1792, les congrégations religieuses enseignantes furent contraintes de se disperser, les Ursulines durent abandonner leur maison et s’exilèrent en Belgique, à Mons (deux religieuses Brigittines, chassées de leur couvent, s’intégrèrent alors à la communauté).

Au printemps 1793, les troupes autrichiennes occupèrent Valenciennes.
Les religieuses revinrent alors dans leur couvent, rouvrirent leurs classes et reprirent leur apostolat auprès de la jeunesse de la ville.
Cette situation dura plus d’un an.

Mais, en août 1794, l’armée autrichienne dut abandonner la ville qui fut investie par les troupes révolutionnaires.
Les « patriotes » valenciennois s’empressèrent d’incarcérer plus d’un millier de personnes, considérées comme ennemies de la république et accusées – selon la terminologie en vogue – d’être des « aristocrates » et des « fanatiques ». Parmi elles, dix religieuses Ursulines (dont les deux anciennes Brigittines) et une ancienne Clarisse qui avait rejoint la communauté des Ursulines, où sa soeur de sang était religieuse, parce que son monastère était supprimé : arrêtées le 3 septembre 1794, elles furent emprisonnées… dans leur propre couvent !
Notons au passage que la tête de Robespierre était tombée depuis déjà plusieurs semaines et que les livres d’histoire nous enseignent que, depuis lors, la « Terreur » était terminée…

Néanmoins, quelques jours après, les habitants de la place d’armes virent se dresser une guillotine à l’endroit traditionnel des exécutions capitales, soit, à quelques mètres près, entre l’entrée de la rue de Paris et celle de la ruelle Burianne.
Les Ursulines furent tenues au courant ; Soeur Anne-Marie Erraux avoua avoir une grande frayeur à se présenter devant le bourreau si cela devait se produire. La Mère Supérieure lui rétorqua : « Je passerai devant vous pour vous montrer l’exemple ».

Le 13 octobre, sept personnes (dont trois prêtres) furent condamnées à mort.
Le 15 octobre, sept autres prêtres furent guillotinés.
Enfin, le 17 octobre, cinq Ursulines et trois prêtres comparurent devant le tribunal.

Mère Marie-Clotilde avait donné ordre à ses Sœurs de déclarer qu’elles n’avaient pas émigré, puisqu’elles étaient allées à Mons avec un laisser-passer en règle et qu’elles n’étaient rentrées que pour rendre service aux habitants qui leur avaient demandé de reprendre l’instruction de leurs enfants.
Elles s’en tinrent à cette défense face au président qui les interrogeait. Puisqu’elles étaient sorties du territoire avec des papiers en règle, que pouvait-on encore leur reprocher ? Rien … et le tribunal ne pourrait que les relâcher.
Mais la « justice » révolutionnaire ne voyait pas les choses de la même façon et, surtout, elle ne pouvait admettre que les Ursulines eussent repris leur vie communautaire et réorganisé l’enseignement catholique dans une ville occupée par les Autrichiens.

Le Tribunal voulait donc  leur mort ; aussi rédigea-t-il une sentence où l’injuste se mêlait à l’infâme : « Les susnommées se sont rendues coupables du crime d’émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l’ennemi, des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l’unanimité qu’elles ont encouru la peine de mort prononcée par les décrets des 23 et 25 octobre 1792 ».

On peut imaginer l’émotion qui étreignit les cinq Ursulines en retrouvant leurs sœurs dans la prison et en leur apprenant la condamnation dont elles venaient d’être frappées.
L’éxécution eut lieu le même jour…

guillotine

Simplement vêtues d’un jupon et d’une chemise, les cheveux coupés courts pour faciliter le travail du couperet, elles s’avancèrent vers la guillotine en priant à haute voix avec une dignité et un calme qui impressionnèrent tous les spectateurs. A leur vue, la foule ne proféra ni cris de mort ni insultes. Des témoins déclarèrent ensuite avoir vu des gens pleurer, d’autres dirent avoir entendu ces paroles d’une religieuse à ses compagnes : « Courage, mes Sœurs, nous allons au ciel ! »

Les cinq autres Ursulines et la Clarisse ne doutaient point du sort qui les attendait.
Mère Marie-Clotilde put faire passer à l’une de ses nièces une lettre, conservée depuis lors avec piété par sa famille, dans laquelle elle exprimait les sentiments qui l’animaient à l’approche de la mort. Elle y disait notamment que le moment lui tardait de verser son sang pour sa Foi et ajoutait : « Prenez part à mon bonheur ! »

Le 23 octobre, elle furent convoquées devant la commission militaire.
Même interrogatoire, mêmes réponses, même sentence.
La supérieure eut beau vouloir tout prendre sur elle, les juges demeurèrent implacables.

Elles furent également exécutées le jour même.
Mère Marie-Clotilde déclara aux soldats de l’escorte : « Citoyens, nous vous sommes fort obligées, ce jour est le plus beau de notre vie ! »
Elle monta la première sur l’échafaud, en chantant le Magnificat, et montra, en ce suprême instant, toute la force d’âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie.

Les corps des victimes furent transportés au cimetière Saint-Roch, récemment créé, mais on n’a jamais pu retrouver le lieu exact de leur inhumation.

Ces onze religieuses martyrisées furent béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV.
Voici les noms de ces femmes héroïques :

1 – Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia (née Clotilde-Angèle Paillot),  guillotinée à l’âge de 55 ans ;
2 – Soeur Marie-Ursule de Saint-Bernardin (née Hyacinthe-Augustine Bourla), 48 ans ;
3 – Soeur Marie-Cordule de Saint-Dominique (née Jeanne-Louise Barré), 44 ans ;
4 – Soeur Marie-Augustine du Sacré-Coeur (née Marie-Madeleine Déjardins), 34 ans ;
5 – Soeur Marie-Louise de Saint-François-d’Assise (née Marie-Geneviève Ducrez), 38 ans ;
6 – Soeur Anne-Marie (née Augustine Erraux), ancienne Brigittine, 32 ans ;
7 – Soeur Marie-Françoise (née Liévine Lacroix), ancienne Brigittine, 41 ans ;
8 – Soeur Marie-Scholastique de saint-Jacques (née Marie-Marguerite Leroux), 43 ans ;
9 – Soeur Marie-Laurentine de Saint-Stanislas (née Marie-Reine Prin), 47 ans ;
10 – Soeur Marie-Nathalie de Saint-Louis (née Marie-Louise Vanot), 66 ans,
11 – Soeur Joséphine (née Anne-Joseph Leroux), Clarisse, âgée de 47 ans.

Oraison : 
Seigneur notre Dieu, Vous avez glorifié par le martyre la bienheureuse Marie-Clotilde et ses compagnes ; faites, nous Vous en prions, que suivant l’exemple de leur foi et de leur charité apostolique, nous soyons affermis dans Votre amour de sorte que rien ne puisse nous séparer de Vous. Nous Vous le demandons par Jésus, Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.

Ursulines martyres de Valenciennes

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