Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2020-75. « Bède contribua de façon efficace à la construction d’une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne. »

27 mai,
Fête de Saint Bède le Vénérable, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Anniversaire de l’assassinat de Jacques-Joseph de Cathelineau (cf. > ici).

Bède le Vénérable

« Bède contribua de façon efficace à la construction d’une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne. » 

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 18 février 2009

Chers frères et sœurs,

Le saint que nous évoquons aujourd’hui s’appelle Bède et naquit dans le Nord-Est de l’Angleterre, plus exactement dans le Northumberland, en 672/673.
Il raconte lui-même que ses parents, à l’âge de sept ans, le confièrent à l’abbé du proche monastère bénédictin, afin qu’il l’instruise :  « Depuis lors – rappelle-t-il -, j’ai toujours vécu dans ce monastère, me consacrant intensément à l’étude de l’Ecriture et, alors que j’observais la discipline de la Règle et l’engagement quotidien de chanter à l’église, il me fut toujours doux d’apprendre, d’enseigner ou d’écrire » (Historia eccl. Anglorum, v, 24).
De fait, Bède devint l’une des plus éminentes figures d’érudit du haut Moyen-Age, pouvant utiliser les nombreux manuscrits précieux que ses abbés, revenant de leurs fréquents voyages sur le continent et à Rome, lui portaient. L’enseignement et la réputation de ses écrits lui valurent de nombreuses amitiés avec les principales personnalités de son époque, qui l’encouragèrent à poursuivre son travail, dont ils étaient nombreux à tirer bénéfice. Etant tombé malade, il ne cessa pas de travailler, conservant toujours une joie intérieure qui s’exprimait dans la prière et dans le chant. Il concluait son œuvre la plus importante, la Historia ecclesiastica gentis Anglorum, par cette invocation :  « Je te prie, ô bon Jésus, qui avec bienveillance m’a permis de puiser aux douces paroles de ta sagesse, accorde-moi, dans ta bonté, de parvenir un jour à toi, source de toute sagesse, et de me trouver toujours face à ton visage ».
La mort le saisit le 26 mai 735 :  c’était le jour de l’Ascension.

Mort de Bède le Vénérable - William Bell Scott 1856

Mort de Bède le Vénérable
(tableau de William Bell Scott – 1856)

Les Saintes Ecritures sont la source constante de la réflexion théologique de Bède.
Après une étude critique approfondie du texte (une copie du monumental Codex Amiatinus de la Vulgate, sur lequel Bède travailla, nous est parvenue), il commente la Bible, en la lisant dans une optique christologique, c’est-à-dire qu’il réunit deux choses :  d’une part, il écoute ce que dit exactement le texte, il veut réellement écouter, comprendre le texte lui-même ; de l’autre, il est convaincu que la clef pour comprendre l’Ecriture Sainte comme unique Parole de Dieu est le Christ et avec le Christ, dans sa lumière, on comprend l’Ancien et le Nouveau Testament comme « une » Ecriture Sainte. Les événements de l’Ancien et du Nouveau Testament vont de pair, ils sont un chemin vers le Christ, bien qu’ils soient exprimés à travers des signes et des institutions différentes (c’est ce qu’il appelle la concordia sacramentorum). Par exemple, la tente de l’alliance que Moïse dressa dans le désert et le premier et le deuxième temple de Jérusalem sont des images de l’Eglise, nouveau temple édifié sur le Christ et sur les Apôtres avec des pierres vivantes, cimentées par la charité de l’Esprit. Et de même qu’à la construction de l’antique temple contribuèrent également des populations païennes, mettant à disposition des matériaux précieux et l’expérience technique de leurs maîtres d’œuvre, à l’édification de l’Eglise contribuent les apôtres et les maîtres provenant non seulement des antiques souches juive, grecque et latine, mais également des nouveaux peuples, parmi lesquels Bède se plaît à citer les celtes irlandais et les Anglo-saxons. Saint Bède voit croître l’universalité de l’Eglise qui ne se restreint pas à une culture déterminée, mais se compose de toutes les cultures du monde qui doivent s’ouvrir au Christ et trouver en Lui leur point d’arrivée.

L’histoire de l’Eglise est un autre thème cher à Bède.
Après s’être intéressé à l’époque décrite dans les Actes des Apôtres, il reparcourt l’histoire des Pères et des Conciles, convaincu que l’œuvre de l’Esprit Saint continue dans l’histoire. Dans la Chronica Maiora, Bède trace une chronologie qui deviendra la base du Calendrier universel « ab incarnatione Domini« . Déjà à l’époque, on calculait le temps depuis la fondation de la ville de Rome. Bède, voyant que le véritable point de référence, le centre de l’histoire est la naissance du Christ, nous a donné ce calendrier qui lit l’histoire en partant de l’Incarnation du Seigneur. Il enregistre les six premiers Conciles œcuméniques et leurs développements, présentant fidèlement la doctrine christologique, mariologique et sotériologique, et dénonçant les hérésies monophysite et monothélite, iconoclaste et néo-pélagienne. Enfin, il rédige avec beaucoup de rigueur documentaire et d’attention littéraire l‘Histoire ecclésiastiques des peuples Angles, pour laquelle il est reconnu comme le « père de l’historiographie anglaise ».

Bède le Vénérable traduisant le dernier chapitre de Saint Jean - James Doyle Penrose 1926

Saint Bède le Vénérable traduisant le dernier chapitre de Saint Jean
(toile de James Doyle Penrose – 1926)

Les traits caractéristiques de l’Eglise que Bède aime souligner sont :
a) la catholicité, comme fidélité à la tradition et en même temps ouverture aux développements historiques, et comme recherche de l’unité dans la multiplicité, dans la diversité de l’histoire et des cultures, selon les directives que le Pape Grégoire le Grand avait données à l’Apôtre de l’Angleterre, Augustin de Canterbury ;
b) l’apostolicité et la romanité :  à cet égard, il considère comme d’une importance primordiale de convaincre toutes les Eglises celtiques et des Pictes à célébrer de manière unitaire la Pâque selon le calendrier romain. Le Calcul qu’il élabora scientifiquement pour établir la date exacte de la célébration pascale, et donc tout le cycle de l’année liturgique, est devenu le texte de référence pour toute l’Eglise catholique.

Bède fut également un éminent maître de théologie liturgique.
Dans les homélies sur les Evangiles du dimanche et des fêtes, il accomplit une véritable mystagogie, en éduquant les fidèles à célébrer joyeusement les mystères de la foi et à les reproduire de façon cohérente dans la vie, dans l’attente de leur pleine manifestation au retour du Christ, lorsque, avec nos corps glorifiés, nous serons admis en procession d’offrande à l’éternelle liturgie de Dieu au ciel. En suivant le « réalisme » des catéchèses de Cyrille, d’Ambroise et d’Augustin, Bède enseigne que les sacrements de l’initiation chrétienne constituent chaque fidèle « non seulement chrétien, mais Christ ». En effet, chaque fois qu’une âme fidèle accueille et conserve avec amour la Parole de Dieu, à l’image de Marie, elle conçoit et engendre à nouveau le Christ. Et chaque fois qu’un groupe de néophytes reçoit les sacrements de Pâques, l’Eglise s’ »auto-engendre » ou, à travers une expression encore plus hardie, l’Eglise devient « Mère de Dieu » en participant à la génération de ses fils, par l’œuvre de l’Esprit Saint.

Grâce à sa façon de faire de la théologie en mêlant la Bible, la liturgie et l’histoire, Bède transmet un message actuel pour les divers « états de vie »:
a) aux experts (doctores ac doctrices), il rappelle deux devoirs essentiels :  sonder les merveilles de la Parole de Dieu pour les présenter sous une forme attrayante aux fidèles ; exposer les vérités dogmatiques en évitant les complications hérétiques et en s’en tenant à la « simplicité catholique », avec l’attitude des petits et des humbles auxquels Dieu se complaît de révéler les mystères du royaume ;
b) les pasteurs, pour leur part, doivent donner la priorité à la prédication, non seulement à travers le langage verbal ou hagiographique, mais en valorisant également les icônes, les processions et les pèlerinages. Bède leur recommande l’utilisation de la langue vulgaire, comme il le fait lui-même, en expliquant en dialecte du Northumberland le « Notre Père », le « Credo » et en poursuivant jusqu’au dernier jour de sa vie le commentaire en langue vulgaire de l’Evangile de Jean ;
c) aux personnes consacrées qui se consacrent à l’Office divin, en vivant dans la joie de la communion fraternelle et en progressant dans la vie spirituelle à travers l’ascèse et la contemplation, Bède recommande de soigner l’apostolat - personne ne reçoit l’Evangile que pour soi, mais doit l’écouter comme un don également pour les autres – soit en collaborant avec les évêques dans des activités pastorales de divers types en faveur des jeunes communautés chrétiennes, soit en étant disponibles à la mission évangélisatrice auprès des païens, hors de leur pays, comme « peregrini pro amore Dei ».

Saint Bède le Vénérable

En se plaçant dans cette perspective, dans le commentaire du Cantique des Cantiques, Bède présente la synagogue et l’Eglise comme des collaboratrices dans la diffusion de la Parole de Dieu. Le Christ Epoux veut une Eglise industrieuse, « le teint hâlé par les efforts de l’évangélisation » – il y a ici une claire évocation de la parole du Cantique des Cantiques (1, 5) où l’épouse dit:  « Nigra sum sed formosa » (je suis noire, et pourtant belle) -, occupée à défricher d’autres champs ou vignes et à établir parmi les nouvelles populations « non pas une cabane provisoire, mais une demeure stable », c’est-à-dire à insérer l’Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles. Dans cette perspective, le saint docteur exhorte les fidèles laïcs à être assidus à l’instruction religieuse, en imitant les « insatiables foules évangéliques, qui ne laissaient pas même le temps aux apôtres de manger un morceau de nourriture ». Il leur enseigne comment prier continuellement, « en reproduisant dans la vie ce qu’ils célèbrent dans la liturgie », en offrant toutes les actions comme sacrifice spirituel en union avec le Christ. Aux parents, il explique que même dans leur petit milieu familial, ils peuvent exercer « la charge sacerdotale de pasteurs et de guides », en formant de façon chrétienne leurs enfants et affirme connaître de nombreux fidèles (hommes et femmes, mariés ou célibataires), « capables d’une conduite irrépréhensible, qui, s’ils sont suivis de façon adéquate, pourraient s’approcher chaque jour de la communion eucharistique » (Epist. ad Ecgberctum, ed. Plummer, p. 419).

La renommée de sainteté et de sagesse dont, déjà au cours de sa vie, Bède jouit, lui valut le titre de « vénérable ». C’est ainsi également que l’appelle le Pape Serge 1er, lorsqu’en 701, il écrit à son abbé en lui demandant qu’il le fasse venir pour un certain temps à Rome afin de le consulter sur des questions d’intérêt universel. Après sa mort, ses écrits furent diffusés largement dans sa patrie et sur le continent européen. Le grand missionnaire d’Allemagne, l’Evêque saint Boniface (+ 754), demanda plusieurs fois à l’archevêque de York et à l’abbé de Wearmouth de faire transcrire certaines de ses œuvres et de les lui envoyer de sorte que lui-même et ses compagnons puissent aussi bénéficier de la lumière spirituelle qui en émanait. Un siècle plus tard, Notkero Galbulo, abbé de Saint-Gall (+ 912), prenant acte de l’extraordinaire influence de Bède, le compara à un nouveau soleil que Dieu avait fait lever non de l’orient, mais de l’occident pour illuminer le monde. Hormis l’emphase rhétorique, il est de fait que, à travers ses œuvres, Bède contribua de façon efficace à la construction d’une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne.
Prions afin qu’aujourd’hui également, se trouvent des personnalités de la stature de Bède pour maintenir uni tout le continent ; prions afin que nous soyons tous prêts à redécouvrir nos racines communes, pour être les bâtisseurs d’une Europe profondément humaine et authentiquement chrétienne.

 Tombeau de Bède le Vénérable - cathédrale de Durham

Tombeau de Saint Bède le Vénérable, dans la cathédrale de Durham

2020-69. Le 12 mai, nous fêtons Saint Jean Stone, prêtre de l’Ordre de Saint Augustin et martyr.

12 mai,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, fête de Saint Jean Stone, prêtre martyr ;
Commémoraison des Saints Nérée, Achille, Domitille et Pancrace.

Saint Jean Stone

Dans le calendrier traditionnel de l’Ordre de Saint Augustin, on trouve à la date du 12 mai la fête de Saint Jean Stone, prêtre et martyr (dans le calendrier réformé il a été déplacé au 25 octobre ou bien au 23 décembre).

Nous ne connaissons pas la date de sa naissance et ne savons rien de sa famille, de son enfance, de sa jeunesse, de son éducation et de sa vocation… En revanche nous sommes certains qu’il était prêtre, docteur en théologie  et qu’il avait exercé des responsabilités comme professeur, puis comme prieur du couvent de Droitwuitch dans le Worcestershire, avant d’être appelé au couvent de Canterbury, probablement sa communauté d’origine, où nous le trouvons au moment où le roi Henri VIII tente de faire déclarer nul son mariage avec Catherine d’Aragon.

C’est en 1527 qu’Henri VIII a entamé les procédures et tenté de mobiliser en sa faveur tout ceux qui comptaient dans l’univers des juristes et des théologiens.
Le Père Jean Stone fut approché par les agents du roi, afin de soutenir les prétentions royales et justifier le divorce d’avec la Reine Catherine, mais ce fut en vain : le Père Stone dénonça l’injustice d’une procédure contraire à la morale et à la justice. Dès ce moment-là, il dénonça aussi publiquement la volonté du roi de se proclamer chef suprême de l’Eglise d’Angleterre. Ce qui arriva bientôt.

Le 3 novembre 1534 est promulgué « l’Acte de Suprématie » qui donne au roi et à ses successeurs le titre de « Chef unique et suprême de l’Eglise d’Angleterre ». Henri VIII, déjà excommunié, est maintenant schismatique. Cet « Acte de Suprématie » est suivi d’une série de mesures sévères à l’encontre des opposants, en particulier la déclaration comme coupable de haute trahison toute personne qui n’y souscrirait pas. Les prêtres, religieux, évêques doivent signer un document officiel reconnaissant le roi comme chef de l’Eglise d’Angleterre.
Henri VIII décide aussi de supprimer monastères et couvents et de confisquer leurs biens. C’est en décembre 1538 que l’évêque Richard Yngworth, agent dévoué du roi, vint au couvent des Augustins de Canterbury pour demander aux religieux de signer, chacun individuellement, deux documents : le premier reconnaissant Henri VIII comme unique et suprême chef de l’Eglise en Angleterre, et le second attestant que les religieux cèdent leur couvent de plein gré…
Seul de tous ses frères, le Père Stone refuse de signer et exprime sans ambiguïté ses objections aux prétentions du roi sur l’Église. Il est immédiatement séparé du reste de la communauté, afin de prévenir toute influence sur les autres moines, et on tente par des menaces de le faire changer d’attitude.
Comme il demeure ferme, on l’envoie à Londres où Thomas Cromwell lui-même s’efforce de le faire plier… en vain. Il est alors emprisonné à la Tour de Londres.

Saint Jean Stone en prison

En octobre 1539, il est renvoyé à Canterbury pour y être jugé, accusé de haute trahison…
Le Père Stone n’a aucune illusion sur l’issue du procès, et il a passé tout le temps de sa captivité à prier afin de se préparer au martyre.
La sentence est rendue le 6 décembre 1539 et normalement l’exécution suit de peu.
Mais un événement va la différer : Anne de Clèves, qui va devenir la quatrième épouse d’Henri VIII, doit passer par Canterbury, normalement le 7 décembre, mais son arrivée a été retardée par le mauvais temps. L’exécution du Père Jean Stone était programmée pour faire partie des festivités organisée en l’honneur de la future (et très éphémère) souveraine.
C’est très probablement le samedi 27 décembre 1539 (tous les historiens ne sont pas d’accord) qu’eurent lieu le passage d’Anne de Clèves et l’exécution de l’héroïque et inébranlable moine de Saint Augustin.
En revanche on est certain que cette exécution ne se fit pas au lieu ordinaire, mais dans un endroit où pouvait se rassembler un grand concours de peuple, et où le supplice pouvait être très bien vu de tous.

Il ne fut pas seulement pendu, mais aussi éventré et écartelé. Son cœur et ses entrailles furent jetés dans un bûcher et sa tête, coupée, fut exposée avec les restes de son corps, à l’une des entrées les plus fréquentées de la ville, pour servir d’avertissement à tous ceux qui seraient tentés de se rebeller.

« Voici que je signe mon apostolat avec mon sang. Dans la mort, je trouverai la vie, car je mourrai pour une cause sainte : la défense de l’Église de Dieu, infaillible et immaculée », avait-il déclaré au moment d’être supplicié.

Le pape Grégoire XIII (élu le 13 mai 1572 – mort le 10 avril 1585) avait voulu qu’une fresque représentant son martyre fut réalisée au Collège Anglais de Rome, puis qu’une gravure soit imprimée.
Le nom du Père Jean Stone fut placé en tête de la liste des martyrs de la persécution anglicane lorsqu’on commença à instruire leur cause de béatification.
Le Père Jean Stone fut béatifiée par le pape Léon XIII le 9 décembre 1886, et canonisé par Paul VI le 25 octobre 1970 avec trente-neuf autres martyrs d’Angleterre et du Pays de Galles de la période 1535-1679.

palmes

2020-67. Message de Sa Majesté à l’occasion de la fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.

Dimanche 10 mai 2020,
Fête nationale de Jeanne d’Arc ;
Solennité liturgique de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) ;
Anniversaire du martyre de Madame Elisabeth de France (cf. > ici).

Ce dimanche 10 mai au matin, deuxième dimanche du mois de mai, à l’occasion de la fête nationale et solennité liturgique de Sainte d’Arc, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux une vidéo sur laquelle il a enregistré un message à l’adresse de tous les Français.
Vous trouverez ci-dessous le texte de ce message et le lien vers cette enregistrement.

Vitrail Sainte Jeanne d'Arc - église Saint-Georges de Néris-les-Bains

Lorsque Jeanne d’Arc élève son étendard au ciel bleu,
la France sait dans quelle direction diriger ses voix et ses prières

Chers Français,

Aujourd’hui, alors que nous commémorons le centenaire de sa canonisation, comme beaucoup de Français, je veux rendre hommage à Jeanne d’Arc. Elle est une des héroïnes les plus authentiques de l’histoire de France, puisqu’elle associe à sa sainteté, l’affirmation de ce qui représente le mieux le devenir d’un peuple, sa volonté de liberté et du bien commun.

Dès lors, on comprend l’identification de tous les Français, à la patronne extraordinaire de la France. Jeanne d’Arc, la Pucelle, apparaît à un moment crucial pour notre patrie.

Cette époque présente de nombreuses similitudes avec la nôtre : la France et les Français semblaient avoir perdu une grande partie de leur espoir, se sentant dépassés par les forces supérieures et diffuses qui leur inoculent l’incertitude de l’avenir, s’installant le doute puis le renoncement.

Heureusement, la fille aînée de l’Eglise n’est pas seule. La Providence s’est manifestée avec une force inhabituelle au cours de l´histoire de notre nation, depuis le baptême et le couronnement de Clovis, la sainteté de Louis IX, l’onction du sacre, l’ardente volonté de Louis XIII de consacrer la France à Notre-Dame de l’Assomption.

Avec Jeanne d’Arc, le destin élira une personne humble, pour que la France puisse tenir ses promesses de fidélité. Une paysanne, sans expérience militaire ou politique, pour réaliser un double exploit inexplicable : chasser les ennemis du royaume en redonnant à tous les Français la dignité perdue et la foi.

À l’heure dramatique actuelle, certains souhaitent que cet anniversaire passe inaperçu, mais la France, toujours fidèle à ses traditions et, les Français voulant retrouver confiance dans leur avenir, ne peuvent manquer d’exprimer leur attachement à la Sainte. Lorsque Jeanne d’Arc élève son étendard au ciel bleu, la France sait dans quelle direction diriger ses voix et ses prières.

Comme elle disait : « les hommes combattent et Dieu seul, donne la victoire », voilà le plus grand héritage et la référence sans équivoque de notre histoire, nécessaire pour construire l’avenir.

Vive Sainte Jeanne d´Arc, vive les Français, vive la France.

 Louis,
Duc d’Anjou.

Pour visionner l’enregistrement vidéo de ce message :
Faire un « clic » droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »

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grandes armes de France

2020-65. De Saint Grégoire de Nazianze : force exemplaire dans la défense de la foi de Nicée et délicatesse poétique inégalée pour chanter la douceur divine.

9 mai,
Fête de Saint Grégoire de Nazianze, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Au cours de l’été 2007, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a consacré les enseignements de deux audiences générales à la figure particulièrement importante de Saint Grégoire de Nazianze. En voici les textes, qui permettent d’avoir une meilleure connaissance de la vie, de l’œuvre et des écrits de ce Père et Docteur de l’Eglise, auprès duquel les âmes en quête d’intimité divine trouveront de grandes leçons et un grand réconfort spirituel :  

Saint Grégoire de Nazianze - Le Dominiquin

Saint Grégoire de Nazianze, par Le Dominiquin
(chapelle Saint-Nil à Grottaferrata, 1608-1610)

Saint Grégoire de Nazianze, fidèle serviteur
qui, avec une intelligence aiguë, a défendu Dieu dans ses écrits

et qui, avec tant d’amour, l’a chanté dans ses poésies.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du 8 août 2007

Chers frères et sœurs !

Mercredi dernier, j’ai parlé d’un grand maître de la foi, le Père de l’Eglise saint Basile. Aujourd’hui, je voudrais parler de son ami Grégoire de Nazianze, lui aussi, comme Basile, originaire de Cappadoce. Illustre théologien, orateur et défenseur de la foi chrétienne au IV siècle, il fut célèbre pour son éloquence et avait également, en tant que poète, une âme raffinée et sensible.

Grégoire naquit au sein d’une noble famille. Sa mère le consacra à Dieu dès sa naissance qui eut lieu autour de l’an 330. Après une première éducation familiale, il fréquenta les écoles les plus célèbres de son temps : il fut d’abord à Césarée de Cappadoce, où il se lia d’amitié avec Basile, futur évêque de cette ville, puis il séjourna dans d’autres métropoles du monde antique, comme Alexandrie d’Egypte et surtout Athènes, où il rencontra de nouveau Basile (cf. Oratio 43, 14-24:  SC 384, 146-180). En réévoquant son amitié avec lui, Grégoire écrira plus tard : « Alors, non seulement je me sentais empli de vénération pour mon grand Basile, pour ses mœurs sérieuses et la maturité et la sagesse de ses écrits, mais j’en encourageais également d’autres, qui ne le connaissaient pas encore, à en faire autant… Nous étions guidés par le même désir de savoir… Telle était notre compétition :  non pas qui était le premier, mais qui permettait à l’autre de l’être. On aurait dit que nous avions une unique âme et un seul corps » (Oratio 43, 16.20:  SC 384, 154-156.164). Ce sont des paroles qui sont un peu l’autoportrait de cette noble âme. Mais l’on peut également imaginer que cet homme, qui était fortement projeté au-delà des valeurs terrestres, a beaucoup souffert pour les choses de ce monde.

De retour chez lui, Grégoire reçut le baptême et s’orienta vers la vie monastique : la solitude, la méditation philosophique et spirituelle le fascinaient :  « Rien ne me semble plus grand que cela :  faire taire ses sens, sortir de la chair du monde, se recueillir en soi, ne plus s’occuper des choses humaines, sinon celles strictement nécessaires ; parler avec soi-même et avec Dieu, conduire une vie qui transcende les choses visibles ; porter dans l’âme des images divines toujours pures, sans y mêler les formes terrestres et erronées, être véritablement le reflet immaculé de Dieu et des choses divines, et le devenir toujours plus, en puisant la lumière à la lumière… ; jouir, dans l’espérance présente, du bien à venir et converser avec les anges ; avoir déjà quitté la terre, tout en restant sur terre, transporté vers le haut par l’esprit » (Oratio, 2, 7:  SC 247, 96).

Comme il le confie dans son autobiographie (cf. Carmina [historica] 2, 1, 11 de vita sua 340-349:  PG 37, 1053), il reçut l’ordination sacerdotale avec une certaine réticence, car il savait qu’il aurait dû faire ensuite le Pasteur, s’occuper des autres, de leurs affaires, et donc ne plus se recueillir ainsi dans la pure méditation : toutefois, il accepta ensuite cette vocation, et accomplit le ministère pastoral en pleine obéissance acceptant, comme cela lui arrivait souvent dans la vie, d’être porté par la Providence là où il ne voulait pas aller. (cf. Jn 21, 18).
En 371, son ami Basile, évêque de Césarée, contre la volonté de Grégoire lui-même, voulut le consacrer évêque de Sasimes, une petite ville ayant une importance stratégique en Cappadoce. Toutefois, en raison de diverses difficultés, il n’en prit jamais possession et demeura en revanche dans la ville de Nazianze.

Vers 379, Grégoire fut appelé à Constantinople, la capitale, pour guider la petite communauté catholique fidèle au Concile de Nicée et à la foi trinitaire. La majorité adhérait au contraire à l’arianisme, qui était « politiquement correct » et considéré comme politiquement utile par les empereurs. Ainsi, il se trouva dans une situation de minorité, entouré d’hostilité. Dans la petite église de l’Anastasis, il prononça cinq discours théologiques (Orationes 27-31:  SC 250, 70-343) précisément pour défendre et rendre également intelligible la foi trinitaire. Il s’agit de discours demeurés célèbres en raison de la sûreté de la doctrine, de l’habilité du raisonnement, qui fait réellement comprendre qu’il s’agit bien de la logique divine. Et la splendeur de la forme également les rend aujourd’hui fascinants. Grégoire reçut, en raison de ces discours, l’appellation de « théologien ». Ainsi, il fut appelé par l’Eglise orthodoxe le « théologien ». Et cela parce que pour lui, la théologie n’est pas une réflexion purement humaine, et encore moins le fruit uniquement de spéculations complexes, mais parce qu’elle découle d’une vie de prière et de sainteté, d’un dialogue assidu avec Dieu. Et précisément ainsi, elle fait apparaître à notre raison la réalité de Dieu, le mystère trinitaire. Dans le silence de la contemplation, mêlé de stupeur face aux merveilles du mystère révélé, l’âme accueille la beauté et la gloire divine.

Alors qu’il participait au second Concile œcuménique de 381, Grégoire fut élu évêque de Constantinople et assura la présidence du Concile. Mais très vite, une forte opposition se déchaîna contre lui, jusqu’à devenir insoutenable. Pour une âme aussi sensible, ces inimitiés étaient insupportables. Il se répétait ce que Grégoire avait déjà dénoncé auparavant à travers des paroles implorantes : « Nous avons divisé le Christ, nous qui aimions tant Dieu et le Christ ! Nous nous sommes mentis les uns aux autres à cause de la Vérité, nous avons nourri des sentiments de haine à cause de l’Amour, nous nous sommes divisés les uns les autres ! » (Oratio 6, 3:  SC 405, 128). On en arriva ainsi, dans un climat de tension, à sa démission. Dans la cathédrale bondée, Grégoire prononça un discours d’adieu d’un grand effet et d’une grande dignité (cf. Oratio 42:  SC 384, 48-114). Il concluait son intervention implorante par ces paroles : « Adieu, grande ville aimée du Christ… Mes fils, je vous en supplie, conservez le dépôt [de la foi] qui vous a été confié (cf. 1 Tm 6, 20), souvenez-vous de mes souffrances (cf. Col 4, 18). Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous » (cf. Oratio 42, 27:  SC 384, 112-114).

Il retourna à Nazianze et, pendant deux ans environ, il se consacra au soin pastoral de cette communauté chrétienne. Puis, il se retira définitivement dans la solitude, dans la proche Arianze, sa terre natale, où il consacra à l’étude et à la vie ascétique. Au cours de cette période, il composa la plus grande partie de son œuvre poétique, surtout autobiographique :  le « De vita sua », une relecture en vers de son chemin humain et spirituel, le chemin exemplaire d’un chrétien qui souffre, d’un homme d’une grande intériorité dans un monde chargé de conflits. C’est un homme qui nous fait ressentir le primat de Dieu, et qui nous parle donc également à nous, à notre monde : sans Dieu, l’homme perd sa grandeur, sans Dieu, le véritable humanisme n’existe pas. Ecoutons donc cette voix et cherchons à connaître nous aussi le visage de Dieu. Dans l’une de ses poésies, il avait écrit, en s’adressant à Dieu : « Sois clément, Toi, l’Au-Delà de tous » (Carmina [dogmatica] 1, 1, 29:  PG 37, 508). Et, en 390, Dieu accueillait dans ses bras ce fidèle serviteur qui, avec une intelligence aiguë, l’avait défendu dans ses écrits et qui, avec tant d’amour, l’avait chanté dans ses poésies.

* * *

Saint Grégoire de Nazianze - église Saint Vincent de Paul à Marseille

Vitrail de l’église Saint-Vincent de Paul à Marseille

Splendeur des enseignements de Saint Grégoire de Nazianze.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du 22 août 2007  

Chers frères et sœurs,

Dans le cadre des portraits des grands Pères et Docteurs de l’Eglise que je cherche à offrir dans ces catéchèses, j’ai parlé la dernière fois de saint Grégoire de Nazainze, évêque du IVe siècle, et je voudrais aujourd’hui encore compléter ce portrait d’un grand maître. Nous chercherons aujourd’hui à recueillir certains de ses enseignements. En réfléchissant sur la mission que Dieu lui avait confiée, saint Grégoire de Nazianze concluait :  « J’ai été créé pour m’élever jusqu’à Dieu à travers mes actions » (Oratio 14, 6 de pauperum amore:  PG 35, 865). De fait, il plaça son talent d’écrivain et d’orateur au service de Dieu et de l’Eglise. Il rédigea de multiples discours, diverses homélies et panégyriques, de nombreuses lettres et œuvres poétiques (près de 18.000 vers !) :  une activité vraiment prodigieuse. Il avait compris que telle était la mission que Dieu lui avait confiée :  « Serviteur de la Parole, j’adhère au ministère de la Parole ; que jamais je ne néglige ce bien. Cette vocation je l’apprécie et je la considère, j’en tire plus de joie que de toutes les autres choses mises ensemble » (Oratio 6, 5:  SC 405, 134; cf. également Oratio 4, 10).

Grégoire de Nazianze était un homme doux, et au cours de sa vie il chercha toujours à accomplir une oeuvre de paix dans l’Eglise de son temps, lacérée par les discordes et les hérésies. Avec audace évangélique, il s’efforça de surmonter sa timidité pour proclamer la vérité de la foi. Il ressentait profondément le désir de s’approcher de Dieu, de s’unir à Lui. C’est ce qu’il exprime lui-même dans l’une de ses poésies, où il écrit :  parmi les « grands flots de la mer de la vie, / agitée ici et là par des vents impétueux, / … / une seule chose m’était chère, constituait ma richesse, / mon réconfort et l’oubli des peines, / la lumière de la Sainte Trinité » (Carmina [historica] 2, 1, 15:  PG 37, 1250sq.).

Grégoire fit resplendir la lumière de la Trinité, en défendant la foi proclamée par le Concile de Nicée : un seul Dieu  en  trois personnes égales et distinctes – le Père, le Fils et l’Esprit Saint -, « triple lumière qui en une unique / splendeur se rassemble » (Hymne vespéral :  Carmina [historica] 2, 1, 32:  PG 37, 512). Dans le sillage de saint Paul (1 Co 8, 6), Grégoire affirme ensuite, « pour nous il y a un Dieu, le Père, dont tout procède ; un Seigneur, Jésus Christ, à travers qui tout est ; et un Esprit Saint en qui tout est » (Oratio 39, 12:  SC 358, 172).

Grégoire a profondément souligné la pleine humanité du Christ : pour racheter l’homme dans sa totalité, corps, âme et esprit, le Christ assuma toutes les composantes de la nature humaine, autrement l’homme n’aurait pas été sauvé. Contre l’hérésie d’Apollinaire, qui soutenait que Jésus-Christ n’avait pas assumé une âme rationnelle, Grégoire affronte le problème à la lumière du mystère du salut : « Ce qui n’a pas été assumé, n’a pas été guéri » (Ep 101, 32:  SC 208, 50), et si le Christ n’avait pas été « doté d’une intelligence rationnelle, comment aurait-il pu être homme ? » (Ep 101, 34:  SC 208, 50). C’était précisément notre intelligence, notre raison qui avait et qui a besoin de la relation, de la rencontre avec Dieu dans le Christ. En devenant homme, le Christ nous a donné la possibilité de devenir, à notre tour, comme Lui. Grégoire de Nazianze exhorte : « Cherchons à être comme le Christ, car le Christ est lui aussi devenu comme nous :  cherchons à devenir des dieux grâce à Lui, du moment que Lui-même, par notre intermédiaire, est devenu homme. Il assuma le pire, pour nous faire don du meilleur » (Oratio 1, 5:  SC 247, 78).

Marie, qui a donné la nature humaine au Christ, est la véritable Mère de Dieu (Theotókos:  cf Ep. 101, 16:  SC 208, 42, et en vue de sa très haute mission elle a été « pré-purifiée » (Oratio 38, 13:  SC 358, 132, comme une sorte de lointain prélude du dogme de l’Immaculée Conception). Marie est proposée comme modèle aux chrétiens, en particulier aux vierges, et comme secours à invoquer dans les nécessités (cf. Oratio 24, 11:  SC 282, 60-64).

Grégoire nous rappelle que, comme personnes humaines, nous devons être solidaires les uns des autres. Il écrit : « Nous sommes tous un dans le Seigneur (cf. Rm 12, 5), riches et pauvres, esclaves et personnes libres, personnes saines et malades ; et la tête dont tout dérive est unique : Jésus-Christ. Et, comme le font les membres d’un seul corps, que chacun s’occupe de chacun, et tous de tous ». Ensuite, en faisant référence aux malades et aux personnes en difficulté, il conclut : « C’est notre unique salut pour notre chair et notre âme :  la charité envers eux » (Oratio 14, 8 de pauperum amore:  PG 35, 868ab). Grégoire souligne que l’homme doit imiter la bonté et l’amour de Dieu, et il recommande donc : « Si tu es sain et riche, soulage les besoins de celui qui est malade et pauvre ; si tu n’es pas tombé, secours celui qui a chuté et qui vit dans la souffrance ; si tu es heureux, console celui qui est triste ; si tu as de la chance, aide celui qui est poursuivi par le mauvais sort. Donne à Dieu une preuve de reconnaissance, car tu es l’un de ceux qui peuvent faire du bien, et non de ceux qui ont besoin d’en recevoir… Sois riche non seulement de biens, mais également de piété ; pas seulement d’or, mais de vertus, ou mieux, uniquement de celle-ci. Dépasse la réputation de ton prochain en te montrant meilleur que tous ; fais toi Dieu pour le malheureux, en imitant la miséricorde de Dieu » (Oratio 14, 26 de pauperum amore:  PG 35, 892bc).

Grégoire nous enseigne tout d’abord l’importance et la nécessité de la prière. Il affirme qu’il « est nécessaire de se rappeler de Dieu plus souvent que l’on respire » (Oratio 27, 4:  PG 250, 78), car la prière est la rencontre de la soif de Dieu avec notre soif. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui (cf. Oratio 40, 27:  SC 358, 260). Dans la prière nous devons tourner notre cœur vers Dieu, pour nous remettre à Lui comme offrande à purifier et à transformer. Dans la prière nous voyons tout à la lumière du Christ, nous ôtons nos masques et nous nous plongeons dans la vérité et dans l’écoute de Dieu, en nourrissant le feu de l’amour.

Dans une poésie, qui est en même temps une méditation sur le but de la vie et une invocation implicite à Dieu, Grégoire écrit : « Tu as une tâche, mon âme, / une grande tâche si tu le veux. / Scrute-toi sérieusement, / ton être, ton destin ; / d’où tu viens et où tu devras aller ; / cherche à savoir si la vie que tu vis est vie / ou s’il y a quelque chose de plus. / Tu as une tâche, mon âme, / purifie donc ta vie : / considère, je te prie, Dieu et ses mystères, / recherche ce qu’il y avait avant cet univers / et ce qu’il est pour toi, / d’où il vient, et quel sera son destin. / Voilà ta tâche, /mon âme, / purifie donc ta vie » (Carmina [historica] 2, 1, 78:  PG 37, 1425-1426). Le saint évêque demande sans cesse de l’aide au Christ, pour être relevé et reprendre le chemin : « J’ai été déçu, ô mon Christ, / en raison de ma trop grande présomption : / des hauteurs je suis tombé profondément bas. / Mais relève-moi à nouveau à présent, car je vois / que j’ai été trompé par ma propre personne ; / si je crois à nouveau trop en moi, / je tomberai immédiatement, et la chute sera fatale » (Carmina [historica] 2, 1, 67:  PG 37, 1408).

Grégoire a donc ressenti le besoin de s’approcher de Dieu pour surmonter la lassitude de son propre moi. Il a fait l’expérience de l’élan de l’âme, de la vivacité d’un esprit sensible et de l’instabilité du bonheur éphémère. Pour lui, dans le drame d’une vie sur laquelle pesait la conscience de sa propre faiblesse et de sa propre misère, l’expérience de l’amour de Dieu l’a toujours emporté. Ame, tu as une tâche – nous dit saint Grégoire à nous aussi – , la tâche de trouver la véritable lumière, de trouver la véritable élévation de ta vie. Et ta vie est de rencontrer Dieu, qui a soif de notre soif.

Saint Grégoire de Nazianze - ancienne église Saint François de Sales à Paris

Détail d’un vitrail de l’ancienne église Saint-François de Sales, à Paris

2020-63. Pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay (21-23 mai 2020) : par la force des choses, une formule différente !

Nous reproduisons ici à l’intention des amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, qui sont aussi pour beaucoup des amis de la Légitimité et de la Confrérie Royale, le courriel envoyé aujourd’hui par le Prieur de cette dernière pour ce qui concerne le pèlerinage annuel au Puy-en-Velay que les circonstances rendent physiquement impossible à la date prévue, mais qui aura cependant bien lieu d’une manière spirituelle

Nous vous invitons instamment à faire connaître ce « pèlerinage à distance » autour de vous, et vous engageons à être très nombreux à y prendre part.

frise lys

Mercredi 6 mai 2020,

Chers membres et amis de la Confrérie Royale,                      

Ainsi que je vous l’annonçais dans ma lettre du mardi de Pâques (cf. ici), notre pèlerinage annuel au Puy, qui commence habituellement le jeudi de l’Ascension en fin d’après-midi et se déroule sur la journée du vendredi et la matinée du samedi, ne peut avoir lieu, en raison des dispositions imposées aux fidèles par la bêtise d’un gouvernement impie et la lâcheté d’un épiscopat sans virilité (dispositions contraires à la justice, contraires aux droits des fidèles, et – par dessus tout – contraires aux droits de Dieu Notre-Seigneur et à l’honneur qui Lui est dû).
Du moins ne peut-il pas avoir lieu dans les formes souhaitées et prévues, mais nous le maintenons d’une manière spirituelle par le moyen d’internet.

mains jointes - prière

- Concrètement, cela signifie qu’il n’y aura pas de rassemblement « physique » dans la chère cité du Puy-en-Velay (donc pas de frais de voyage, pas de frais d’hébergement et de restauration !!!), et cependant une forme de rassemblement spirituel, aux mêmes dates, à des moments particuliers de la journée, afin de prier ensemble pour le Roi et la France (c’est le but premier de ce pèlerinage), en nous « transportant » par la pensée et la prière, dans ce sanctuaire qui est le lieu de la première apparition mariale connue sur le territoire qui deviendra la France, et qui fut toujours si cher à la piété de nos Rois.

- Concrètement aussi, cela signifie aussi qu’il y a des inscriptions et que les « pèlerins de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay » de ce mois de mai 2020, par le fait même de leur inscription, s’engagent à se rendre disponibles aux moments prévus dans le programme du pèlerinage pour prier en s’unissant aux autres pèlerins inscrits, et qu’ils offrent leurs prières, mais aussi quelques sacrifices ou pénitences volontaires (laissés à la discrétion et générosité de chacun, mais en ayant conscience qu’il ne saurait y avoir de vrai pèlerinage sans pénitence) à l’intention de notre Souverain légitime, ainsi que pour la conversion des cœurs et des intelligences des Français.     

- Concrètement encore, il n’y aura pas de diffusion de cérémonie ou de conférence par internet, nous n’avons pas les moyens ni les capacités pour mettre cela en place, en revanche rien n’empêche que certains participants à ce pèlerinage spirituel, qui se trouvent géographiquement proches, se rassemblent pour l’un ou plusieurs de ces moments de prière en commun programmés.    

- A tous ceux qui seront inscrits, sera envoyé – le mercredi 20 mai – par internet un dossier comprenant le programme détaillé des temps de prière, mais aussi quelques photos du Puy facilitant le « déplacement virtuel » aux pieds de la Vierge Noire devant laquelle se sont agenouillés papes, rois et saints, ainsi que des textes à lire et approfondir, tenant lieu des conférences qui eussent dû avoir lieu au Puy.

Notre-Dame du Puy - Vierge Noire - 12 mai 2018

- Voici un premier aperçu du programme de ce pèlerinage un peu particulier :                

1) Jeudi soir 21 mai - Fête de l’Ascension de Notre-Seigneur :

- à 20 h 30 : « Veni Creator » avec son oraison ; lecture du texte d’introduction au pèlerinage et récitation d’une dizaine de chapelet.

Ad libitum : ceux qui le peuvent, sont invités à faire ce soir-là une heure sainte pour la France, chez eux (devant une belle image ou une statue du Sacré-Cœur s’ils en ont une) ou – si cela est possible – dans une église ou une chapelle devant le Saint Tabernacle.                 

2) Vendredi 22 mai :

- Après la prière du matin : lecture du texte de la première conférence.

- A 11 h, en union avec la Sainte Messe à laquelle se trouveront les fondateurs de la Confrérie Royale : récitation du chapelet.

- A 15 h : Chemin de Croix pour la France (si possible dans une église ou une chapelle, sinon chez soi).

- A 18 h : lecture du texte de la deuxième conférence.

- A 20 h 30 : lecture de la 3ème conférence ; litanies de la Sainte Vierge.

3) Samedi 23 mai :

- Après la prière du matin : lecture de la quatrième conférence.

- A 11 h, en union avec la Sainte Messe à laquelle se trouveront les fondateurs de la Confrérie Royale : récitation du chapelet.

- Selon les possibilités de chacun, nous vous encourageons, dans l’après-midi de ce samedi, à accomplir un petit pèlerinage en vous rendant dans un sanctuaire proche de chez vous (lieu de pèlerinage régional, ou simplement à défaut église ou chapelle de votre village ou de votre quartier si elle est ouverte), pour y prier pour le Roi et la France, en faisant le déplacement à pied, même si ce n’est que sur quelques centaines de mètres.
Aux membres de la Confrérie Royale, je demande qu’à ce moment-là ils renouvellent chacun avec ferveur leur engagement ou leur vœu de consécration à la Couronne de France.

prière à Notre-Dame

Inscriptions (elles sont ouvertes dès maintenant et jusqu’au 19 mai, date butoir) ou demandes de renseignements complémentaires : pelerinage.confrerie@gmail.com              

Enfin, il faut préciser que ce pèlerinage n’est pas réservé aux seuls membres de la Confrérie, mais qu’il est ouvert à toutes les âmes de bonne volonté, qui veulent prier pour le Roi et la France.

Soyons plus que jamais unis et généreux,
pour Dieu et pour le Roi !  

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.

Armoiries Frère Maximilien Marie

Affiche Pèlerinage Puy-en-Velay 2020

2020-62. « Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

Infatigable chercheur de Dieu, chercheur de vérité et de sens, notre Bienheureux Père Saint Augustin s’est interrogé sur les rapports de l’intelligence et de la foi : dans le sermon qui suit, il s’est attaché à expliquer le sens de ces paroles du prophète Isaïe : « Si vous ne croyez vous ne comprendrez pas.» 

Antonio Rodríguez - Saint Augustin contemplant et écrivant

Antonio Rodriguez (1765-1823) : Saint Augustin contemplant et écrivant le fruit de sa contemplation

frise

« Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

§ 1 – La foi est le principe de la vie surnaturelle, et par conséquence du bonheur.

Le principe d’une vie sainte, de la vie qui mérite l’éternelle vie, est la vraie foi. Or la foi consiste à croire ce qu’on ne voit pas, et la récompense de cette même foi est de voir ce qu’on croit. Le temps de la foi est donc comme le temps des semailles ; employons ce temps à semer. Semons ! Semons, sans nous lasser. Semons toujours. Semons jusqu’à ce que nous récoltions ce que nous avons semé.
Le genre humain s’était éloigné de Dieu et gisait dans ses iniquités ; pour revivre il nous fallait un Sauveur, comme il nous avait fallu un Créateur pour vivre. Dieu dans Sa justice avait condamné l’homme ; Il le délivra dans Sa miséricorde : « Le Dieu d’Israël donnera Lui-même à Son peuple la vertu et la force : qu’Il en soit béni » (Ps. LXVII, 36). Mais pour recevoir ces dons il faut croire ; le dédain les éloigne.

§ 2 – La foi est un pur don pour lequel il faut savoir rendre grâce.

Gardons-nous néanmoins de nous glorifier de la foi, comme si par nous-mêmes nous pouvions quelque chose pour elle.
La foi en effet n’est pas rien, elle est quelque chose de grand, et nul ne la possède que sûrement il ne l’ait reçue : « Qu’as-tu effectivement que tu ne l’aies reçu ? » (
I Cor. IV, 7). Voyez donc, mes bien-aimés, si vous ne devez pas en rendre grâces au Seigneur notre Dieu : prenez garde de vous montrer ingrats pour aucun de ces bienfaits, cette ingratitude vous ferait perdre ce que déjà Il vous a accordé.
Non, je ne puis louer dignement la foi, les fidèles cependant peuvent s’en faire une idée. Or si on s’en fait une idée exacte sous quelque rapport seulement, à combien de dons même divins ne doit-on pas la préférer ? Et s’il est vrai que nous devions reconnaître en nous les moindres bienfaits de Dieu, comment oublier le bienfait qui surpasse tous les autres ?

§ 3 – L’homme a reçu de Dieu des privilèges qui le différencient de toutes les autres créatures.

A Dieu nous sommes redevables d’être ce que nous sommes : à quel autre devons-nous de n’être pas entièrement rien ?
Mais les bois et les pierres sont aussi quelque chose n’est-ce pas également à Dieu qu’ils en sont redevables ? Qu’avons-nous alors de plus qu’eux ? Ils n’ont pas la vie, tandis que nous la possédons. Mais la vie même nous est commune avec les arbres et les végétaux. On parle en effet de la vie de la vigne. De fait, si elle n’était pas vivante, il ne serait pas écrit : « Il a tué leurs vignes par la grêle » (
Ps. LXXVII, 47). Elle vit donc quand elle verdit et en se desséchant elle meurt. Mais cette sorte de vie est dépourvue de sentiment. Et nous ? Nous sentons. On connaît les cinq sens corporels : nous voyons, nous entendons, nous flairons, nous goûtons et le tact répandu dans tout notre corps nous aide à discerner ce qui est mou et ce qui est dur, ce qui est âpre et ce qui est poli, ce qui est chaud et ce qui est froid. Oui, nous avons cinq sens : mais des animaux les possèdent également. 
Il y a certainement en nous quelque chose de plus ; et toutefois, mes frères, si nous considérions déjà les dons que nous venons d’énumérer, quelles actions de grâces, quelles louanges de nous faudrait-il pas élever vers le Créateur ?
Mais enfin quel est ce plus qui nous distingue des animaux ? L’intelligence, la raison, le discernement ; car ils n’appartiennent ni aux quadrupèdes, ni aux oiseaux, ni aux poissons, et c’est dans ces facultés que brille en nous l’image de Dieu. En effet, dans le récit que fait l’Ecriture de notre création, elle dit expressément pour nous préférer, ou plutôt pour nous préposer aux animaux, en d’autres termes pour nous les soumettre : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ; qu’il ait l’empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tous les animaux et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre » (
Gen. I, 28). D’où lui vient cet empire ? De l’image de Dieu ; aussi adresse-t-on à quelques-uns ce reproche : « Ne ressemblez ni au cheval ni au mulet, animaux sans intelligence »
(Ps. XXXI, 9).
Cependant l’intelligence diffère de la raison. Car nous avons la raison avant d’avoir l’intelligence de quoi que ce soit, mais nous ne saurions avoir l’intelligence sans avoir la raison. L’homme est donc un animal doué de raison ou pour parler plus clairement et plus brièvement, un animal raisonnable, un animal qui possède naturellement la raison et qui la possède avant même de comprendre. Pourquoi effectivement cherche-t-il à comprendre, sinon parce que la raison préexiste en lui ?
La faculté qui nous rend supérieurs aux bêtes est donc ce que nous devons principalement cultiver, retoucher en quelque sorte et réformer en nous. Mais qui en sera capable, sinon l’artiste divin qui nous a formés ? Nous avons pu défigurer l’image de Dieu en nous, nous ne saurions la réparer. Ainsi donc, pour tout résumer en quelques mots, nous partageons l’être avec les bois et les pierres ; la vie avec les arbres ; le sentiment avec les bêtes ; l’intelligence avec les anges.
Par les yeux nous discernons les couleurs, le son par les oreilles, l’odeur par les narines, les saveurs par le goût, la chaleur par le tact et le mérite par l’intelligence.

§ 4 – Comment obtenir la foi ? La compréhension est-elle nécessaire à la foi, ou la foi nécessaire à la compréhension ? Qui pourra nous répondre sur ce sujet ? St Pierre nous enseigne qu’il nous faut être attentif à la réponse donnée par le prophète – Importance et fiabilité de la parole des prophètes.

Attention ! Chacun veut comprendre, il n’est personne qui n’ait ce désir ; mais tous ne veulent pas croire.
On me dit : Je dois comprendre pour croire ; je réponds : Crois pour comprendre. C’est donc entre nous une espèce de controverse, l’un disant : Je dois comprendre pour croire, et l’autre : Au contraire crois pour comprendre.
Pour nous entendre cherchons un juge et que nul ne prononce dans sa propre cause. Or à quel juge nous arrêter ? Après avoir examiné tous les hommes, j’ignore s’il est possible de rencontrer un juge préférable à l’homme que Dieu a choisi pour Son organe. Ainsi donc pour terminer ce débat n’ouvrons point les auteurs profanes, ne nous faisons point juger par un poète, mais par un prophète.
Lorsque accompagné de deux autres disciples du Sauveur, le bienheureux Apôtre Pierre, était sur la montagne avec le Seigneur Lui-même, il entendit une voix descendue du ciel, laquelle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances écoutez-Le !» (Matt. XVII, 5). Et en rappelant ce trait, le même Apôtre dit dans une de ses épîtres : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte ». Or après ces mots : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel », il ajoute : « Et nous avons la parole plus certaine des prophètes » (II Pierre, I, 18-19). Cette voix a retenti du haut du ciel ; et la parole des prophètes est pourtant plus certaine.
Soyez attentifs, mes bien-aimés : que Dieu seconde et mes désirs et votre attente, afin que je dise ce que je veux et comme je veux.
Qui de nous ne s’étonnerait d’entendre dire à l’Apôtre que la parole des prophètes est plus certaine qu’une voix descendue du ciel ? Il dit plus certaine ; plus certaine et non pas meilleure ni plus vraie. La parole descendue du.ciel est en effet aussi vraie que la parole des prophètes ; elle est aussi bonne, aussi utile. Que signifie donc plus certaine, sinon plus propre à inspirer la conviction ? Pourquoi ? Parce qu’il est des infidèles qui accusent le Christ d’avoir eu recours à la magie pour faire ce qu’Il a fait. En recourant aux conjectures humaines et aux prestiges coupables, les infidèles pourraient donc attribuer aussi aux arts magiques cette voix descendue du ciel.
Quant aux prophètes, ils sont antérieurs non-seulement à l’émission de cette voix, mais encore à l’Incarnation du Christ.
Le Christ ne S’était pas fait homme encore lorsqu’Il les envoya. Toi donc qui fais de lui un magicien, dis-moi : s’Il a pu, grâce à la magie, Se faire adorer même après Sa mort, avant de naître exerçait-il cet art ? Voilà pourquoi l’Apôtre Pierre a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». La voix du ciel est pour les fidèles un avertissement ; et pour les infidèles la parole des prophètes est une conviction. Ainsi donc, mes bien-aimés, nous comprenons pour quel motif Pierre a dit, même après avoir entendu la voix descendue du ciel : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ».
Voyez aussi quelle n’est pas la bonté du Christ ! Ce même Pierre de qui nous tenons cette sentence était un pêcheur, et aujourd’hui c’est pour un orateur un grand sujet de gloire de pouvoir le comprendre. Aussi l’Apôtre Paul disait aux premiers chrétiens : « Voyez, frères, votre vocation : ce n’est pas un grand nombre de sages selon la chair, ni un grand nombre de puissants et de grands que Dieu a choisis ; mais ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort ; Il a choisi aussi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages ; enfin Dieu a choisi ce qui est vil et méprisable selon le monde et les choses qui ne sont rien comme si elles étaient, pour anéantir les choses qui sont » (I Cor, I, 26-23).
De fait, si le Christ avait d’abord choisi l’orateur, l’orateur dirait : Ce choix est dû au mérite de mon éloquence. S’Il avait choisi le sénateur, celui-ci dirait encore : Ce choix est dû à la dignité qui me distingue. Si enfin Il avait d’abord choisi l’empereur, l’empereur dirait à son tour : C’est à ma puissance que je dois cette élection.
Que ces grands du monde attendent donc, qu’ils attendent un peu ; on ne les oublie pas, on ne les méprise pas, mais qu’ils attendent quelque temps, car ils pourraient en eux-mêmes se glorifier, d’eux-mêmes. Donne-moi plutôt ce pêcheur, dit le Christ, donne-moi cet homme grossier, cet ignorant, donne-moi cet homme à qui le sénateur dédaigne d’adresser la parole lors même qu’il lui achète son poisson : voilà celui qu’Il me faut, car il sera manifeste que c’est Moi qui fais tout, quand je l’aurai rempli de Moi-même. Sans doute J’appellerai aussi le sénateur, l’orateur et l’empereur, oui J’agirai sur le sénateur, mais sur le pêcheur mon action est plus visible. Le sénateur pourrait se glorifier de lui-même, l’orateur et l’empereur le pourraient également ; le pêcheur ne saurait se glorifier que du Christ. Viens donc, ô pêcheur, viens le premier pour enseigner la salutaire vertu d’humilité ; il conviendra mieux ensuite d’amener l’empereur par ton ministère.
Rappelez donc à votre souvenir ce pêcheur saint, juste, bon, rempli du Christ ; et dont les vastes filets jetés sur le monde ont dû retirer de l’abîme ce peuple avec les autres ; souvenez-vous que c’est lui qui a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». Je veux donc un prophète pour juge de notre controverse. De quoi s’agissait-il entre nous ? Tu disais : Je dois comprendre pour croire ; et moi : Crois pour comprendre. Voilà le motif du débat. Cherchons un juge, adressons-nous à un prophète, ou plutôt que Dieu même prononce par la bouche d’un prophète. Maintenant taisons-nous ; on sait ce qui a été dit de part et d’autre. Je veux comprendre, dis-tu, pour croire ; crois, répliqué-je, pour comprendre. Voici le prophète : « Si vous ne croyez, dit-il, vous ne comprendrez pas » (Isaïe, VII, 9, selon les LXX).

§ 5 – Le prophète Isaïe proclame qu’il est nécessaire de croire pour arriver à comprendre. S’ensuit-il qu’il ne faille pas comprendre pour croire ? Ceux qui demandent à comprendre pour croire ont déjà tant soit peu de foi ; ils veulent donc comprendre pour croire davantage, comprendre ma parole pour croire la parole de Dieu.

Pensez-vous néanmoins, mes bien-aimés, qu’il n’y a rien de vrai dans cette assertion : Je veux comprendre pour croire. Eh ! que prétendons-nous maintenant, si ce n’est d’amener à croire, non ceux qui ne croient nullement, mais ceux qui ne croient guère encore ? Seraient-ils ici, s’ils ne croyaient pas du tout ? La foi les a amenés à écouter, la foi les rend présents à la prédication de la parole de Dieu ; mais il faut arroser, nourrir et fortifier le germe de cette foi. C’est ce que nous faisons. « J’ai planté, dit l’Apôtre, Apollo a arrosé ; c’est Dieu qui donne l’accroissement. C’est pourquoi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (I Cor. III, 6,-7). Ainsi en parlant, en exhortant, en enseignant, en persuadant, nous pouvons planter et arroser, mais sans faire croître.
C’est ce que savait cet homme avec qui s’entretenait un jour le Seigneur. La foi commençait à germer en lui, elle était tendre et fragile encore, elle était toute tremblante et cependant elle n’était pas entièrement nulle et c’était pour lui venir en aide qu’il disait : « Je crois, Seigneur ! »
Lorsque tout à l’heure on lisait l’Évangile, vous avez entendu ces mots : « Si tu peux croire, disait le Seigneur Jésus au père de l’enfant, tout est possible à qui a la foi ». Et se considérant soi-même, se posant en face de soi-même, sans se livrer à une téméraire confiance cet homme examine d’abord sa conscience ; il reconnaît qu’en lui il y a quelque peu de foi, mais il voit aussi que cette foi tremble : ni l’une ni l’autre de ces deux choses ne lui échappe. Il confesse donc la première et pour la seconde il demande un secours. « Je crois, dit-il, Seigneur ! » Ne devait-il pas ajouter : Aidez ma foi ? Il ne parle pas ainsi. « Je crois, Seigneur », dit-il. Je vois ici quelque chose de réel, je ne mens pas ; je crois et je dis vrai ; mais je vois aussi je ne sais quoi qui me déplaît. Je voudrais être ferme, mais je tremble encore. En vous parlant je suis debout, je ne suis pas renversé puisque je crois ; mais je chancelle : « Aidez mon incrédulité » (Marc, IX, 22, 23).
Ainsi, mes bien-aimés, celui-là même que j’ai en face, avec qui je suis dans une controverse que j’ai demandé au Prophète de vouloir bien dirimer, n’est pas non plus entièrement étranger à la vérité quand il dit : Je veux comprendre pour croire. Pourquoi ce que je dis présentement, sinon pour amener à croire ceux qui ne croient pas encore ? Mais peuvent-ils croire s’ils ne comprennent ce que je dis ?
Il est donc vrai sous un rapport que l’on doit comprendre pour croire, et il est vrai aussi de dire avec le prophète, que l’on doit croire pour comprendre.
Donc entendons-nous : Oui, il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. Voulez-vous que j’explique en deux mots et qu’il n’y ait plus de contestation possible ? Je dirai à chacun : Comprends ma parole, pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre.

Saint Augustin

Voir aussi :
- L’enseignement de S.S. le Pape Benoît XVI au sujet des « trois conversions » de Saint Augustin > ici

Litanies de Sainte Monique.

Sainte Monique, mère de notre Bienheureux Père Saint Augustin, est un modèle pour les épouses, les veuves, les mères inquiètes pour le salut éternel de leurs enfants… Elle est aussi un modèle de vie religieuse car, même si elle n’a pas à proprement parler fait une profession monastique, la tradition augustinienne la représente avec raison revêtue de l’habit religieux des moniales augustines, parce qu’elle prit une part discrète mais active à la maturation de la vie monastique augustinienne lors du séjour de Saint Augustin et des ses proches à Cassiciacum (cf. > ici), alors que le jeune converti se préparait à recevoir le saint baptême.
Ainsi, tous les états de vie trouvent-ils en Sainte Monique un modèle en même temps qu’une intercessrice (cf. note en bas de page) d’autant plus puissante qu’elle est capable de comprendre leurs besoins et de compatir à leurs nécessités spirituelles.

Sainte Monique fortifiée par l'apparition d'un ange - Pietro Maggi 1714 - église St Marc Milan

Sainte Monique encouragée et fortifiée par l’apparition d’un ange
(Pietro Maggi, 1714 – église Saint-marc, à Milan)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Ô Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Marie, Reine des Cieux, priez pour nous.
Sainte Marie, Mère de conversion, priez pour nous.

Saint Augustin, priez pour nous.

Sainte Monique, qui avez mis à profit les rigueurs salutaires d’une éducation chrétienne, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des épouses, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des femmes chrétiennes, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez procuré par l’exemple de vos vertus, la conversion de votre mari infidèle, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des mères et des veuves, priez pour nous.
Sainte Monique, mère de Saint Augustin, priez pour nous.
Sainte Monique, qui l’avez pleuré dans ses égarements, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez persévéré dans vos brûlantes prières, priez pour nous.
Sainte Monique, aussi discrète que zélée dans la poursuite du Salut de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui étiez la sauvegarde de votre fils absent, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez obtenu pour votre fils la guérison d’une maladie mortelle, priez pour nous.
Sainte Monique, dont l’espérance a été soutenue par les paroles prophétiques d’un saint évêque, priez pour nous.
Sainte Monique, dont les larmes ont acheté la conversion de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez joui de la consolation de le voir fidèle, priez pour nous.
Sainte Monique, qui vous êtes saintement entretenue avec lui des choses du Salut, priez pour nous.
Sainte Monique, qui vous êtes paisiblement endormie dans le Seigneur, priez pour nous.
Sainte Monique, sur qui a rejailli la gloire de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui ne pouvez refuser votre suffrage aux mères qui prient et pleurent comme vous, priez pour nous.
Sainte Monique, qui en avez écouté plusieurs dans leurs angoisses, priez pour nous.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/ Priez pour nous, Sainte Monique,
R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Ô Dieu qui avez écouté les prières et les larmes de Sainte Monique, et qui avez accordé à ses supplications, non seulement la conversion, mais encore l’éclatante sainteté de son fils, daignez nous accorder la grâce de Vous implorer avec tant de ferveur et d’humilité, et que, comme elle, nous obtenions et le salut de nos enfants, et notre propre sanctification.
Nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur qui vit et règne avec Vous et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

R./ Ainsi soit-il.

Tiré du « Litaniaire, ou Recueil complet de litanies et de divers exercices de piété »,
du Frère Anicet de Sainte-Suzanne,
(éd. Aubanel Frères, Avignon – 1879)

S. Agostino Roma - Urna di S.Monica

Rome, basilique de Saint Augustin : sarcophage renfermant le corps de Sainte Monique

Voir aussi :
- Récit de la mort de Sainte Monique par Saint Augustin > ici
- La Sainte Ceinture de Notre-Dame de Consolation > ici 

frise

Note :
Le mot intercessrice ici employé comme féminin d’intercesseur n’est pas un néologisme d’inspiration féministe ni un barbarisme. Quoique d’un usage relativement rare, ce féminin, formé sur le même principe que le féminin du mot acteur, se trouve au XVIIIe siècle (par exemple dans le Journal des principales audiences du Parlement de Paris, en 1757) ainsi qu’aux XIXe et XXe siècles chez plusieurs écrivains amoureux de termes recherchés, tels François-Emmanuel d’Emskerque, vicomte de Toulongeon (1748-1812) ou Emmanuel Berl (1892-1976) qui écrit : « Comme on voyait sans cesse surgir le diable, on voyait sans cesse les anges descendre du ciel, pour secourir le chrétien aux abois ; et à la tête de ces légions célestes, l’intercessrice suprême : la Vierge. » (in « Histoire de l’Europe : L’Europe classique » p.48).

2020-57. Nous fêtons le 30 avril Sainte Hildegarde de Vintzgau, épouse de Saint Charlemagne et Reine des Francs.

30 avril,
fête de Sainte Hildegarde de Vintzgau, Reine des Francs ;
Commémoraison de Sainte Catherine de Sienne, vierge.

St Charlemagne et Ste Hildegarde - fresque de la Résidence des Princes-Abbés à Kempten

Saint Charlemagne et son épouse Sainte Hildegarde de Vintzgau
(détail d’une fresque baroque des salles d’apparat de la Résidence des Princes-Abbés de Kempten [en français Campidoine] en Souabe)

Armoiries de Charlemagne

Avec Sainte Jeanne de France (cf. > ici), Sainte Bathilde (cf. > ici), Sainte Radegonde et, bien sûr, Sainte Clotilde, Sainte Hildegarde de Vintzgau  est la cinquième Reine des Francs ou Reine de France à avoir été élevée sur les autels et à être honorée d’un culte public par la Sainte Eglise. Elle n’est toutefois pas la plus connue des cinq, il faut bien le reconnaître !

Issue de la famille des Agilolfinges, vieille famille franque proche des Mérovingiens, à laquelle le Roi Clotaire 1er donna le duché de Bavière aux alentours de l’an 555, Hildegarde est née en 758.

A l’âge de 13 ans, en 771, elle épouse le Roi des Francs Charles 1er le GrandSaint Charlemagne – qui a dix ou 15 ans de plus qu’elle (on ne sait pas exactement s’il naquit en 742 ou en 747). Elle lui donnera neuf enfants (dont Louis 1er dit le Pieux).
On ne possède pas aujourd’hui une abondance de détails sur sa vie, si ce n’est que, épouse très aimée et très aimante, elle accompagnait Charlemagne dans ses campagnes militaires. Vers la fin du carême de 774, elle était aussi à ses côtés à Rome, où le Roi des Francs avait été appelé au secours par le pape Adrien 1er lorsque Didier, roi des Lombards, envahissait le Patrimoine de Saint Pierre constitué par Pépin le Bref. Les chroniques de l’époque ont retenu que, à cette occasion, elle offrit au Souverain Pontifie une riche parure pour l’autel de la basilique vaticane.

Profondément chrétienne, on sait qu’elle était liée d’amitié avec Sainte Lioba de Tauberbischofsheim (+ 782) qui demeura quelque temps auprès d’elle à la cour et la conseillait ; qu’elle exerçait de nombreuses charités et qu’elle dotait généreusement les monastères : elle fut la bienfaitrice tout particulièrement des abbayes de Saint-Martin de Tours et de Saint-Denys de ce côté-ci du Rhin, ainsi que de celles de Reichenau en Bade-Wurtemberg et de Kempten en Souabe. Pour cette dernière, elle rapporta, en 774, les reliques des saints Gordien et Épimaque  qu’elle avait obtenues en Italie.

Le 30 avril 783, elle mourut des suites de ses neuvièmes couches, à l’âge de vingt-cinq ans seulement, dans la résidence impériale de Thionville.
Elle fut inhumée le lendemain, 1er mai, à l’ abbaye Saint-Arnould de Metz, et Charlemagne ordonna que des cierges et des lampes fussent allumés sur sa tombe chaque jour ; son épitaphe, magnifiant une épouse très aimée, incarnation de la sagesse et de la vertu, fut composée par le célèbre poète Paul Diacre, auquel nous devons les hymnes liturgiques « Ave, maris Stella » (vêpres de la Sainte Vierge) et « Ut queant laxis » (vêpres de Saint Jean-Baptiste).
Le pape Adrien 1er écrivit au saint Roi franc une lettre de condoléances exprimant ses vifs regrets pour la mort prématurée de cette épouse tendrement chérie.

Charlemagne fit alors de Saint-Arnould de Metz la nécropole d’une partie de sa famille : les sœurs du Roi, certains de ses enfants – dont l’évêque Drogon – et plus tard son successeur Louis le Pieux y furent inhumés.
Malheureusement cette abbaye fut pillée, détruite, incendiée à plusieurs reprises, et ce qui subsistait des tombeaux impériaux fut transféré dans l’église (XIIIe siècle) du couvent des dominicains, elle-même reconstruite au XVIIe siècle puis saccagée à la révolution : autant dire qu’il ne reste – hélas ! – quasi rien du tombeau et des reliques de Sainte Hildegarde de Vintzgau !

Karl Baumeister - Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde

Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde
(panneaux peints en 1895 par Karl Baumeister pour l’église Saint-Jean-Baptiste « auf dem Bussen » en Haute-Souabe)

Armoiries de Charlemagne

2020-56. De la solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, jadis fête du Patronage de Saint Joseph, célébrée au mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques.

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Trois lys blancs

Dans les pages de ce blogue (voir > ici), nous avons publié un article traitant de la grande dévotion de Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel, envers Saint Joseph.
Le Carmel thérésien eut assez vite une fête du Patronage de Saint Joseph dans son calendrier particulier, pour célébrer la protection et la dévotion spéciales du Carmel, héritée de sa sainte réformatrice, et remercier le Patriarche du Nouveau Testament pour toutes ses attentions et prévenances envers l’Ordre.

Le 10 septembre 1847, par un décret nommé « Inclytus Patriarcha Ioseph », le Bienheureux Pie IX étendit à toute l’Eglise latine cette fête du Patronage de saint Joseph, qu’il fixa au troisième dimanche après Pâques sous le rite double de deuxième classe.
Puis, le 8 décembre 1870, par un décret « Urbi et orbi » intitulé « Quemadmodum Deus », dont nous donnons ci-dessous la traduction, ce même Bienheureux Pie IX déclara officiellement Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, et il statua alors que la fête du 19 mars serait désormais célébrée sous le rite double de première classe (mais sans octave, en raison du carême).

En 1911, Saint Pie X changea l’intitulé de cette Fête du Patronage de Saint Joseph qu’il renomma Solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, en même temps qu’il la dotait d’une octave commune (le jour de l’octave étant célébré sous le rite double majeur).
Toutefois, en 1913, dans la volonté de « libérer » les dimanches dont la célébration était trop régulièrement empêchée par celle des fêtes de saints, Saint Pie X déplaça cette solennité au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques, puisque selon la dévotion traditionnelle le mercredi est le jour spécialement dédié à Saint Joseph.

En 1955, les réformes entreprises sous le pontificat du Vénérable Pie XII, supprimèrent cette Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, au profit d’une nouvelle fête, dite de « Saint Joseph ouvrier », fixée au 1er mai dans l’espoir de christianiser la « fête du travail » célébrée ce jour-là par les syndicats d’inspiration marxiste.
Cette tentative se solda, n’hésitons pas à le dire, par un lamentable échec, au point que moins de quinze ans plus tard le calendrier de la réforme liturgique post-conciliaire rétrograda de manière significative cette fête du 1er mai en « mémoire facultative » (sic) !!!

En revanche, pour les vétérocalendaires - qui conservent un calendrier liturgique propre et les rubriques  antérieurs à toutes les réformes intervenues depuis 1950 (dont nous sommes) -, la Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, avec son octave, demeurent.

Eglise St Joseph à Angers - Pie IX proclame Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

Eglise Saint-Joseph, à Angers :
Pie IX proclame Saint Joseph patron de l’Eglise universelle
(l’Eglise étant représentée sous la figure d’un navire dont le saint Pontife tient le gouvernail)

Armoiries de Pie IX

 Décret « Urbi et orbi » Quemadmodum Deus

Pie IX, Pape pour perpétuelle mémoire

De même que Dieu établit le Patriarche Joseph, fils de Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l’Eternel allait envoyer sur la terre Son Fils unique, pour racheter le monde, Il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure ; Il l’établit seigneur et prince de Sa maison et de Ses biens ; Il commit à sa garde Ses plus riches trésors.
En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph Le vit, mais il conversa avec Lui, il Le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il Le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le Pain de l’éternelle vie.

En raison de cette dignité sublime, à laquelle Dieu éleva Son très fidèle serviteur, toujours l’Eglise a exalté et honoré Saint Joseph d’un culte exceptionnel, quoique inférieur à celui qu’elle rend à la Mère de Dieu ; toujours, dans les heures critiques, elle a imploré son assistance.
Or, dans les temps si tristes que nous traversons, quand l’Eglise elle-même, poursuivie de tous côtés par ses ennemis, est accablée de si grandes calamités que les impies se persuadent déjà qu’il est enfin venu le temps où les portes de l’enfer prévaudront contre elle (cf. note ci-dessous), les vénérables Pasteurs de l’Univers catholique, en leur nom et au nom des fidèles confiés à leur sollicitude, ont humblement prié le Souverain Pontife qu’il daignât déclarer Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.

Ces prières ayant été renouvelées plus vives et plus instantes durant le saint concile du Vatican, Notre Saint-Père Pie IX, profondément ému par l’état si lamentable des choses présentes et voulant se mettre, lui et tous les fidèles, sous le très puissant patronage du saint patriarche Joseph, a daigné se rendre aux vœux de tant de vénérables Pontifes.

C’est pourquoi il déclare solennellement Saint Joseph Patron de l’Eglise catholique.

Sa Sainteté ordonne en même temps que la fête du saint, fixée au 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave toutefois, à cause du saint Carême.

Elle a voulu en outre que la présente déclaration fût faite par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en ce jour consacré à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, épouse du très chaste Joseph, et que ce décret ait force de loi, nonobstant toute opposition ou disposition contraire.

S. Congrégation des Rites, Rome,
le 8 décembre 1870

Note : Ce décret du 8 décembre 1870 fait évidemment allusion aux persécutions contre le Saint Siège et le Souverain Pontife menée par la secte maçonnique qui, depuis le milieu du XIXe siècle, a voulu abattre l’Eglise catholique romaine en spoliant les Etats de l’Eglise, garantie de son indépendance depuis Pépin le Bref. Le 20 septembre précédent (cf. > ici), au terme de dix années de combats, et d’invasions progressives du Patrimoine de Saint-Pierre, la ville de Rome a été envahie par les soldats piémontais et le Bienheureux Pie IX s’est, de fait, retrouvé prisonnier dans l’enceinte du Vatican.

Pie IX place l'Eglise sous le patronage de Saint Joseph - église de Saint-Ouën-des-Toits

Le Bienheureux Pie IX plaçant l’Eglise universelle sous le patronage de Saint Joseph
(église de Saint-Ouën des Toits – Bas Maine, diocèse de Laval)

On trouvera dans les pages de ce blogue :
- La BD « Ite ad Joseph » > ici
- Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici
- Les salutations à Saint Joseph composées par Saint Jean Eudes > ici
- D’autres prières à Saint Joseph, dont la prière spéciale publiée par Léon XIII marquant son patronage sur l’Eglise universelle > ici

Trois lys blancs

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