Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2020-44. « Voici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse !»

Dans ce sermon qui, dans l’édition de ses « œuvres complètes » est classé comme le « premier sermon pour la fête de Pâques », notre Bienheureux Père Saint Augustin propose un développement de ce « Haec dies quam fecit Dominus… » que nous entonnons le jour de la Résurrection et que nous répétons à satiété pendant tout l’octave de Pâques.

Vitrail du Christ ressuscité - détail

Voici le jour que le Seigneur a fait ;
réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse !

§1 - La fête de Pâques nous provoque à la joie, parce que tout y est nouveau.

Une lumière éclatante brille pour nous aujourd’hui, parce que le bon Larron est entré dans le ciel sur les pas du Roi des rois. La foule des morts s’est levée, et la conscience des vivants a triomphé.
Contemplez l’Eglise, voyez la multitude des élus, les légions des anges, l’armée des fidèles entourant le précieux autel du Seigneur. La foule est dans la joie, parce que le Seigneur des anges est ressuscité. Les morts sont sortis des enfers et sont redevenus vivants, les hommes sont sortis purifiés de la source d’eau vive et entièrement renouvelés ; Dieu, dans Sa bonté, a pris soin de ressusciter les morts et de renouveler en nous le vieil homme, selon cette parole de l’Ecriture : « L’ancien a disparu, tout est devenu nouveau » (2 Cor. V, 17). Voilà pourquoi nous nous écrions tous : « Voici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse » (Ps. CXVII, 24).
Comment les morts se sont-ils réjouis en sortant de leur tombeau ? Comment ceux qui ont repris naissance ont-ils tressailli d’allégresse en sortant de la source sacrée ? Ceux-là ont chanté le cantique nouveau sur la vie nouvelle, et ceux-ci ont 
chanté l’Alleluia en recevant la grâce précieuse. Disons tous : C’est le jour de la lumière, le jour du pain, afin que nous ne soyons plus soumis ni à la faim ni aux ténèbres ; rassasions-nous, au contraire, du pain de la grâce, et non pas de l’obscurité des nations barbares, car aujourd’hui l’armée des Anges se réjouit avec nous. Que personne ne désire plus le pain matériel, car aujourd’hui est ressuscité « le Pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean, VI, 51). Aujourd’hui les chaînes des enfers sont rompues, que les chaînes de tous les péchés se rompent également.

§2. La grâce de Jésus-Christ mourant, ressuscitant, montant au ciel.

Que notre mère la sainte Eglise surabonde de joie dans la personne de tous ses enfants. Venez , Seigneur , et dites-nous : « La paix soit avec vous , n’ayez aucune crainte » (Luc, IV, 36), et nous jouirons d’une grande sécurité, car en célébrant la loi nous posséderons en toutes choses la lumière éternelle et nous dirons : « Si je marche au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous êtes avec moi, Seigneur » (Ps. XXII, 4).
Soyez donc avec nous, Seigneur, afin que nous n’ayons plus à craindre les 
ombres de la mort et que nous nous réjouissions éternellement en Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrant, ressuscitant et montant au ciel. Par Lui puissions-nous nous élever et nous convertir au Seigneur. Le Seigneur est né, et le monde a repris naissance ; Il a souffert, et l’homme a été sauvé ; Il est ressuscité, et l’enfer a gémi ; Il est monté au ciel, et le trône paternel a tressailli de joie. Pendant que le Sauveur souffrait, les morts ressuscitaient et les vivants se réjouissaient ; lorsqu’Il ressuscita, les captifs sentaient leurs chaînes disparaître, et les anges ne pouvaient contenir leur joie ; quand Il monta au ciel, les esprits célestes furent enivrés de bonheur, et les Apôtres furent attristés ; « mais leur tristesse se changea en joie » (Jean, XVI, 20), et dissipa les ténèbres qui les retenaient dans l’erreur. C’est ainsi que pour nous, après la nuit de labeur, rayonne la joie de la lumière à la splendeur du Dieu Sauveur, selon cette parole : « Vous avez changé ma tristesse en joie » (Ps. XXIX, 12).

§3. Jour de joie et de reconnaissance.

La mort de Jésus-Christ déchirait le voile du temple, brisait les cœurs les plus durs, couvrait la nature d’épaisses ténèbres et inondait nos visages de clartés spirituelles, afin « de nous faire contempler la gloire du Seigneur à visage découvert » (2 Cor. III, 18). Un voile mystique enveloppait la loi ancienne ; ce voile a été déchiré : « la nuit a précédé, le jour s’est approché » (Rom. XIII, 12). Car voici « le jour que le Seigneur a fait, qu’il soit pour nous un sujet de joie et d’allégresse » (Ps. CXVII, 24).
Tous les jours sont l’oeuvre de Dieu, mais celui-ci a été marqué de Son sang. Les morts ressuscités se sont réjouis, combien plus la joie de ce jour doit-elle nous faire tressaillir. Ces morts parcouraient la cité sainte ; pour nous, nous irons à la sainte Eglise ; ils se réunissaient au banquet des saints, pour nous, nous participerons à la table des mystères de Dieu. Que l’armée des anges s’associe à notre joie et à 
notre banquet, offrons nos présents, élevons nos cœurs et modulons sur nos cithares ce chant d’allégresse : « Je monterai à l’autel de Dieu, au Dieu qui réjouit ma jeunesse » (Ps. XLII, 4). Nos iniquités sont pardonnées, nos chaînes sont rompues ; car c’est Dieu Lui-même qui réjouit notre âme ; disons donc de nouveau : « Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse ».

§4. Voici le Jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous donc !

Que personne ne s’attriste s’il se sent pressé par de vives exhortations de perdre la vie plutôt que sa dignité. Quelle que soit, d’ailleurs, la simplicité de son vêtement, qu’il lui suffise de briller par les qualités de l’esprit et du cœur ; car il possédera de cette manière la plus belle gloire, celle de trouver sa joie, non pas dans un vêtement, mais dans la sainteté de ce grand jour. En effet, on ne nous dit pas : Tressaillons dans notre vêtement ; mais : « Réjouissons-nous en ce jour ». Ce jour ne connaît pas les ténèbres, parce que Lui-même le premier a dissipé les ténèbres ; il ne connaît pas l’obscurité, puisqu’Il a chassé toute obscurité ; il ne connaît pas la calomnie et la suggestion du mal, parce que sur la croix Il a détruit nos titres au châtiment. Par Son innocence le Rédempteur nous a mérité l’élection divine, le calomniateur s’est enfui, le père du mensonge a perdu sa cause.
Jour d’indulgence, jour de rémission, jour de délivrance ! La joie fait tressaillir les vivants, et les morts éprouvent un soulagement ineffable. Ce jour joyeux, large, libre et éclatant, a est comme mille années en présence de Dieu (cf. Ps. LXXXIX, 4) ; car « c’est vraiment le jour que Dieu a fait ». Celui qui, toute sa vie, persévérera dans l’amour de Dieu, méritera de se réjouir éternellement dans ce jour, dans lequel les saints feront entendre des chants d’allégresse , seront inondés de toutes les splendeurs, partageront les joies du Sauveur et diront et répéteront en choeur : « Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse » .

Haec dies

2020-35. Du saint archange Gabriel, « Force de Dieu ».

24 mars,
Fête de l’archange Saint Gabriel.

Saint Gabriel - église de Lunéville

L’archange Saint Gabriel
(église de Lunéville)

La Sainte Bible nous fait connaître les noms uniquement de trois des archanges de Dieu : Saint Michel (en l’honneur duquel on trouve dans ce blogue des prières > ici, > ici et > ici), Saint Raphaël (dont nous avons parlé > ici et > ici) et Saint Gabriel, dont la liturgie traditionnelle célèbre la fête le 24 mars, veille de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie. 

Le nom de Saint Gabriel :

Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, dans la langue et la mentalité hébraïques le nom a une signification en rapport avec les qualités et fonctions de la personne auquel il est attribué.
Cela est très spécialement vrai pour les anges. Ainsi le nom de Gabriel signifie « Force de Dieu », et cela exprime donc d’une manière particulière les différentes missions qui lui ont été attribuées par Dieu.

Les missions de l’Archange Saint Gabriel :

Dans les Saintes Ecritures, le saint archange Gabriel est nommé de manière tout à fait explicite pour trois missions circonstanciées :

Drost Willem - 1650 vision de Daniel

Vision du Prophète Daniel, par Willem Drost (1650)

A – L’Ange envoyé au saint prophète Daniel pour lui révéler les temps de la venue du Messie :
Daniel est le quatrième des « grands prophètes » de l’Ancien Testament : il est un jeune homme, probablement d’extraction noble, lorsqu’il est emmené captif à Babylone par Nabuchodonosor en 597 avant Jésus-Christ. Avec ses compagnons, Ananias, Azarias et Misaël, il est élevé à la cour et il reste fidèle à la foi et aux observances religieuses d’Israël. Il gagne la confiance du roi, dont il interprète les songes, et de ses successeurs, malgré les intrigues pour le perdre (c’est ce qui lui vaudra d’être jeté dans la fosse aux lions), épreuves au cours desquelles Dieu intervient en sa faveur par d’éclatants miracles. Daniel atteindra un âge très avancé, puisqu’il est encore de ce monde lors de l’Edit de Cyrus (538 avant Jésus-Christ) qui met fin à l’exil à Babylone.
La première fois que l’ange Gabriel lui apparaît, c’est pour lui donner l’interprétation de la vision du bélier et du bouc (Dan. VIII) ; il lui est envoyé ensuite une seconde fois, afin de lui expliquer la fameuse prophétie des septante semaines qui précise la date de la venue du Messie (Dan. IX). 
Cette dernière mission de l’ange Gabriel est donc déjà en lien avec le mystère de l’Incarnation.

B – L’Archange qui apparut au prêtre Zacharie :
La deuxième mission de l’Ange Gabriel mentionnée dans la Bible concerne l’annonce de la naissance du Précurseur à Zacharie, prêtre qui accomplit son service dans le Temple de Jérusalem et qui doit devenir le père du dernier et du plus grand des prophètes. Cela se trouve au premier chapitre de l’Evangile de Saint Luc : l’histoire vous en est connue. Au début, l’ange ne dévoile pas son nom, mais, face à l’incrédulité de Zacharie, il élève la voix et dit : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ! » (Luc I, 19).
Ainsi, Gabriel révèle-t-il un aspect de sa grandeur, qui fait qu’on ne peut douter de sa parole : il se tient devant Dieu. Selon certains mystiques (cela n’est pas de foi) Saint Gabriel aurait été choisi pour prendre la place de Lucifer devant le trône de la Majesté Divine qu’il contemple face à face. Saint Louis de Gonzague le nomme « le premier parmi les Archanges ».
L’apparition à Zacharie révèle un autre aspect de la personnalité de Saint Gabriel, il est un ange qui a un lien particulier avec le sacerdoce et les consacrés : Zacharie est un prêtre, issu de la race sacerdotale d’Aaron dont le sacerdoce deviendra bientôt caduc en étant remplacé par le sacerdoce nouveau institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Saint Gabriel a annoncé la naissance de celui qui a pour mission de préparer la voie au Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance, Jésus-Christ. Saint Jean-Baptiste est un consacré, modèle pour les religieux.
Avec cette intervention prophétique auprès de Saint Zacharie, l’archange Saint Gabriel se rapproche de sa grande et sublime mission : son ambassade auprès de la Vierge de Nazareth, qu’il va accomplir six mois plus tard.
Le fait qu’il soit choisi par Dieu pour cette légation, nous laisse deviner la suréminente dignité de Saint Gabriel : 
« En effet comme le mystère qu’il vint annoncer  ne fut pas une oeuvre ou un mystère ordinaire mais bien le plus excellent et le plus noble que Dieu ait jamais accompli, ainsi devons-nous croire que ce divin messager fut un des plus élevés et des plus dignes personnages que renferme cette céleste hiérarchie » (Saint Louis de Gonzague, méditation sur les saints Anges).

vitrail de l'annonciation

C – L’archange du mystère de l’Incarnation :
Au centre de l’histoire humaine se trouve l’Incarnation du Fils de Dieu, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité.
Pour la réalisation de ce grand mystère – Dieu fait homme -, le Créateur de  toutes choses a député un messager pour demander le consentement de la Très Sainte Vierge.
Ainsi que le faisait remarquer Saint Louis de Gonzague dans la citation donnée ci-dessus, il est évident que Dieu a choisi le plus beau, le plus noble, le plus grand de Ses anges pour recueillir le consentement de la plus noble, la plus sainte et la plus pure de toute les créatures humaines : Marie immaculée !
Nous connaissons tous par cœur, ou presque – du moins je l’espère ! – ce récit de l’Annonciation (Luc I, 26-38). L’iconographie représente habituellement les anges avec des ailes. A ce sujet saint Jean Chrysostome a une belle réflexion : « C’est avec raison  qu’on représente l’Archange Gabriel avec des ailes, non parce que Dieu l’a créé ainsi, mais afin que nous nous souvenions toujours avec reconnaissance de ce vol miraculeux par lequel, se transportant à Nazareth, il entra dans la chambre de la bienheureuse Vierge Marie, s’acquitta de son message, et reçut au nom de Dieu son consentement pour la rédemption du monde ».
Jusqu’à la consommation des siècles, et pendant toute l’éternité, les âmes des élus ne cesseront de contempler et d’approfondir l’incomparable et admirable mystère de l’Annonciation, et nous ne cesserons de reprendre les paroles à la fois si simple et si sublimes de la salutation angélique : « Ave, Maria, gratia plena : Dominus tecum… »
Nous devons en quelque sorte une reconnaissance éternelle à l’archange Saint Gabriel de nous avoir donné l’Ave Maria !

Ange Gabriel à l'Annonciation

D – L’archange Saint Gabriel après l’Annonciation :
Saint Gabriel n’est plus explicitement cité dans les Saintes Ecritures après l’Annonciation. Cependant, selon de pieux auteurs et plusieurs mystiques authentiques, sa mission ne s’arrêta pas là.
Ainsi, plusieurs commentateurs, pensent qu’il fut cet ange dont le nom n’est pas mentionné par l’Evangile, qui se manifesta par trois fois à Saint Joseph : 1) pour lui dire de ne point craindre de prendre chez lui Marie, son épouse, 2) pour l’avertir des desseins criminels d’Hérode et lui enjoindre de fuir en Egypte, et enfin 3) pour lui apprendre la mort de ce même Hérode et l’inviter à revenir en Terre Sainte.
On croit communément qu’il est l’ange qui apparaît aux bergers dans la sainte nuit de Bethléem pour leur révéler la naissance du Sauveur.
Bien que l’Evangile ne mentionne pas que ce soit le fait d’un ange, mais parle seulement de « songe », il est aussi évident pour quelques uns que c’est Saint Gabriel qui se manifeste aux Saints Rois Mages dans ce songe pour les avertir de ne pas retourner chez Hérode mais de rentrer chez eux sans passer par Jérusalem.
Il semblerait que ce soit aussi lui qui apparaît à Notre-Seigneur pour Le consoler dans Son agonie au jardin des Oliviers.
Enfin, s
elon Saint Vincent Ferrier, l’archange Saint Gabriel fut le porteur de la joie de la Résurrection à Notre-Dame. Voici la belle page que l’on peut lire dans la vie de ce saint : « Et comme l’aube n’était pas encore venue, la Sainte Vierge se mit en prière, disant avec le Psalmiste : « Levez-vous Seigneur dans Votre vie nouvelle ». Et alors le Christ envoya l’Ange Gabriel pour annoncer à Sa Mère Sa Résurrection. Et l’Ange dit : « Reine du Ciel, réjouissez-vous ». Et Marie répondit sur le champ : « Quand viendra-t-Il ? Quand Le verrai-je ? » Et à ces mots le Christ apparut et la salua, disant : « Je vous salue, Mère de la vie et de la consolation. » Et la Vierge baisait les marques laissées par les plaies du Christ, et elle dit : « Puisque Vous voilà ressuscité, ma passion est finie, le repos est venu pour moi, désormais on sanctifiera le Jour du Seigneur : le sabbat n’existe plus. »

E – Interventions de l’Archange Saint Gabriel auprès des hommes dans le temps de l’Eglise :
Dans le temps de l’Eglise, le saint Archange Gabriel s’est manifesté à plusieurs reprises auprès des saints. Je n’ai pas la connaissance de la vie de tous les saints, ni de toutes les interventions de l’archange auprès d’eux, mais j’en ai noté quelques unes significatives au cours de mes lectures :
- Auprès de Sainte Jeanne d’Arc : 
Le 3 mai 1431, c’est-à-dire 27 jours avant son martyre, Sainte Jeanne d’Arc témoigna avoir reçu du réconfort de Saint Gabriel venu la visiter dans sa prison. Ainsi à la veille du dernier combat, Saint Michel, l’archange des batailles, laissa-t-il la place à l’Ange Gabriel, qui serait celui qui a consolé notre divin Sauveur dans Son agonie.

- Auprès de Saint François de Sales :
Il vit à ses côtés l’Archange Saint Gabriel durant la célébration de la Sainte Messe de Minuit, le 25 décembre 1622, soit trois jours avant sa mort ; mais le saint Prince-évêque de Genève et fondateur de la Visitation n’en a pas dit davantage.

-  Auprès de Sainte Marie de Jésus Crucifié (née Myriam Baouardy)
La sainte carmélite a eu le grand privilège, vraiment insolite, d’être « possédée » pendant quatre jours par Saint Gabriel, « l’Ange de Marie » comme il s’est nommé lui-même. Durant tout ce temps, l’ange parla par la bouche de la sainte religieuse et enseigna toute la communauté. La carmélite était absolument inconsciente de ce qui se passait : quand l’heureuse possession se termina, la sainte croyait, en revenant à elle, qu’elle avait été malade pendant longtemps !…

- L’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu à l’Ile Bouchard :
Lors des apparitions de l’Ile Bouchard, du 8 au 14 décembre 1947, la Très Sainte Mère de Dieu était toujours accompagnée d’un « beau ange » – ainsi que disaient les fillettes -, à genoux devant elle et lui présentant un lys. L’une des voyantes demanda à la Très Sainte Vierge : « Mais, Madame, quel est l’ange qui vous accompagne ? » La Vierge Marie se tourna vers l’ange qui, alors qu’il était de profil, se tourna vers l’enfant et avec un beau sourire lui dit : « Je suis l’Ange Gabriel ».

La Vierge Marie et l'ange Gabriel

L’Ile-Bouchard : groupe sculpté représentant l’apparition

F – Saint Gabriel, patron céleste des télécommunications et de la Poste :
Saint Gabriel a été proclamé par l’Eglise, céleste patron des télécommunications et des Postes. Ce patronage se comprend très bien puisque l’archange a été le messager céleste envoyé par Dieu pour demander à la Très Sainte Vierge Marie son consentement pour la réalisation du Mystère de l’Incarnation dans son sein virginal. Le succès de cette ambassade avait déjà valu à Saint Gabriel d’être pris pour protecteur céleste par les ambassadeurs et les diplomates.
Le vénérable pape Pie XII l’a donné pour saint patron à ceux qui travaillent dans les télécommunications par un Bref Apostolique daté du 12 janvier 1951 :
« Tout don excellent, toute grâce parfaite descend d’en haut, du Père des lumières. » C’est pourquoi il faut admirer la sagesse divine qui a permis aux hommes, grâce aux nombreuses inventions nées du génie de notre époque, de pouvoir, par le moyen de l’électricité, télégraphier aux absents avec une merveilleuse rapidité, téléphoner à des distances extraordinaires, envoyer des messages par les ondes aériennes et enfin contempler la vision des choses et des faits qui se trouvent très loin des lieux où ils habitent. Ces instruments, construits selon les règles de l’art, peuvent être très nuisibles s’ils sont employés avec de mauvaises intentions, mais au contraire, si on les utilise comme il faut, ils peuvent aider puissamment au développement et au raffermissement des relations fraternelles entre les hommes, au progrès de la civilisation, à la propagation illimitée des arts et des sciences, et même à l’enseignement des préceptes de la religion, à la transmission de la parole du Pasteur suprême depuis le Siège de Pierre à toutes les nations, et à l’admirable union de tous les cœurs pour diriger vers la Majesté divine des prières publiques faites par ce moyen dans tout l’univers.
C’est pourquoi, notre Mère la Sainte Eglise ne s’est jamais opposée à ce progrès de la civilisation humaine, mais elle a eu et elle a encore le souci de le soutenir, de le développer et de l’encourager dans la plus large mesure, étant donné que tout ce qu’on peut découvrir de vrai et de neuf doit être considéré comme une trace de l’intelligence divine et un signe de sa puissance. Aussi croyons-Nous très opportun d’assurer à ces sciences merveilleuses et à ceux qui les mettent en œuvre ou qui les exploitent, le bienfait spécial d’une protection céleste. A la demande faite par plusieurs personnes remarquables qui, en beaucoup de nations, exercent leur activité dans cette branche, de leur donner à eux et à leurs collègues, comme céleste patron auprès de Dieu, l’archange saint Gabriel qui apporta au genre humain, plongé dans les ténèbres et désespérant presque de son salut, l’annonce longtemps souhaitée de la Rédemption des hommes, Nous décidons d’accueillir favorablement, vu son importance et sa gravité, cette requête qui est selon Notre propre pensée et qui correspond à Nos propres désirs.
Ainsi donc, après avoir pris conseil de Notre vénérable frère Clément Micara, cardinal de la Sainte Eglise, évêque de Velletri et préfet de la S. Congrégation des Rites, toutes choses étant attentivement pesées, de science certaine, et après y avoir mûrement pensé, en usant de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par cette Lettre et pour toujours, Nous constituons et déclarons l’archange saint Gabriel, céleste patron auprès de Dieu de cette profession, de ses spécialistes et employés, en lui attribuant tous les honneurs et privilèges liturgiques qui appartiennent régulièrement aux patrons principaux.
Nous annonçons, Nous établissons, Nous ordonnons que la présente Lettre soit et demeure toujours ferme, valide et efficace ; qu’elle porte et produise tous ses effets dans leur intégrité et leur plénitude ; maintenant et à l’avenir, pour ceux qu’elle concerne ou pourra concerner ; qu’il en faut régulièrement juger et décider ainsi ; que dès maintenant est tenu pour nul et sans effet tout ce qui pourrait être tenté par n’importe qui, en vertu de n’importe quelle autorité, en connaissance de cause ou par ignorance, contre les mesures décrétées par cette Lettre ».
C’est le pape Paul VI qui, en 1972 nomma l’archange Saint Gabriel patron de la Poste.

Pittoni Giambattista - Annonciation 1758

Giambattista Pittoni : l’Annonciation (1758)

Saint Gabriel, protégez-nous des dangers des moyens modernes de communication !

Avec le développement exponentiel des moyens de communication, la multiplication des téléphones portables et de leur technologie de plus en plus sophistiquée, et la généralisation d’Internet, le patronage céleste de Saint Gabriel sur les télécommunications est d’une actualité brûlante.
D’abord en raison de l’usage intensif, voire abusif, d’une technologie qui multiplie les émissions d’ondes dont on ne mesure pas toujours très bien les impacts qu’elles peuvent avoir sur la santé, et ensuite parce que si ces nouvelles technologies peuvent évidemment servir au bien, il est également très facile d’en faire un mauvais usage : usage qui n’est pas nuisible seulement en raison de la perte de temps qu’il occasionne, mais surtout en raison des péchés qu’il favorise, en particulier contre la vertu de pureté. Dans ce domaine, les dégâts sont immenses… pour la plus grande joie du démon !
Prions Saint Gabriel afin qu’il nous aide à faire un bon usage de ces moyens de communications : qu’ils ne soient pas pour nous occasion de ruine spirituelle, cause de la perte de l’amitié divine, facteur de déchéance de l’état de grâce ! Il vaut mieux perdre son smartphone que l’amitié divine…

N’hésitons pas non plus à confier la protection et le bon acheminement de nos envois postaux importants à Saint Gabriel : si le Saint-Siège l’a proclamé saint patron des Postes, ce n’est pas pour rien, surtout en un temps où la perte de conscience professionnelle de nombreuses personnes entraîne des pertes de lettres ou de colis, ou des retards de distribution à peine croyables.

Annonciation détail - Ange Gabriel

Prières du Père Jean-Edouard Lamy
à Saint Gabriel Archange :

« Saint Gabriel, vous qui êtes appelé à juste titre la force de Dieu, puisque vous avez été choisi pour annoncer à Marie le Mystère où le Tout-Puissant a déployé la force de Son bras, faites-nous connaître les trésors renfermés dans la personne du Fils de Dieu, et soyez notre protecteur auprès de Son auguste Mère. » 

Saint Archange Gabriel, messager de la miséricorde de Dieu en faveur des pauvres humains, vous qui avez salué la Très Sainte Vierge par ces paroles : « Je vous salue Marie, pleine de grâce », et qui en avez reçu une réponse d’une si grande humilité, protecteur des âmes, aidez-nous à devenir les imitateurs de son humilité et de son obéissance. »

Ave Maria et lys

2020-31. « Que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel ! »

Message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon
de jure SMTC le Roi Louis XX

en la fête de Saint Joseph

à l’occasion de l’épidémie qui afflige le monde

St Joseph patron de l'Eglise - église Saint-Joseph de Chambérat 03

« Un péril difficilement maîtrisable et très violent met la maladie et la mort au cœur de l’actualité en surgissant aux portes de nos sociétés. Dans un monde entier touché par le virus, France, Espagne, Italie et à peu près toute l’Europe sont confrontées à une crise sanitaire d’une ampleur majeure et oubliée sur notre continent…
Les victimes sont et seront nombreuses et c’est à elles et à leurs familles que j’exprime d’abord mon soutien et ma sympathie. Je pense aussi aux personnels hospitaliers et médicaux si sollicités comme à toutes les bonnes volontés qui vont se déployer autour des malades et de chacun pour assurer la vie quotidienne, je les en remercie et me joins à la prière des catholiques de France. J’ai aussi une pensée reconnaissante pour tous ceux qui vont avoir à maintenir la sécurité publique dans ces temps difficiles.
Demandons à Dieu que tous les malades puissent bénéficier des soins nécessaires à leur état et que les conséquences de toutes sortes qui vont immanquablement peser sur la société, et sans doute pour un temps assez long, puissent, elles aussi, être contenues.                               

Aujourd’hui il s’agit de faire front avec courage et foi. Un sursaut de la part de tous est nécessaire, il en va du bien commun.
Il n’est plus temps d’incriminer les erreurs du passé, il appartient maintenant d’en tirer les leçons et de rectifier ce qui peut l’être. La nécessité de changements nombreux et fondamentaux s’imposera. L’état providence a trouvé ses limites et n’offre qu’une frontière poreuse au virus ; les visions politiques et économiques à court terme ont démontré leurs faiblesses et leur impuissance. Dans l’immédiat, comme dans tous les moments les plus graves de notre histoire, il va s’agir pour les familles d’assumer leur rôle si fondamental dans notre société. C’est à elles et à leur esprit de responsabilité comme à leur détermination que revient la lourde charge de maintenir.
Pendant que les personnels soignants feront leur devoir, les familles assureront les tâches de soins, de formation spirituelle et intellectuelle. Pères et mères responsables. Les uns et les autres devront s’adapter à de nouvelles formes de travail qu’il faudra en partie improviser sans oublier de développer de nouvelles formes de liens, entre les générations notamment, alors qu’il faut limiter les contacts.
Enfin, pour tous les Français, que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel, le sens des autres et du bien commun, celui de la famille, de la patrie, le sens de Dieu.                            

Je pense profondément que par l’intercession de Saint Joseph, protecteur des foyers, que les catholiques fêtent aujourd’hui, les familles trouveront la force de résister à l’épreuve que nous traversons en maintenant la Foi et l’Espérance.                

Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

Armes de France & Navarre

2020-30. La vie et l’enseignement de Saint Cyrille de Jérusalem présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

18 mars,
Fête de Saint Cyrille de Jérusalem, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la belle présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Cyrille de Jérusalem donnée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI au cours de l’audience générale du 27 juin 2007.

Saint Cyrille de Jérusalem

Saint Cyrille de Jérusalem

Chers frères et sœurs!

Notre attention se concentre aujourd’hui sur saint Cyrille de Jérusalem. Sa vie représente le mélange de deux dimensions : d’une part, le soin pastoral et, de l’autre, la participation – malgré lui – aux controverses enflammées qui troublaient alors l’Eglise d’Orient.

Né autour de 315 à Jérusalem, ou dans ses environs, Cyrille reçut une excellente formation littéraire ; ce fut la base de sa culture ecclésiastique, centrée sur l’étude de la Bible. Ordonné prêtre par l’Evêque Maxime, lorsque celui-ci mourut ou fut déposé, en 348, il fut ordonné Evêque par Acacius, archevêque métropolitain influent de Césarée de Palestine, philo-arien, qui était convaincu d’avoir trouvé en lui un allié. Il fut donc soupçonné d’avoir obtenu la nomination épiscopale grâce à des concessions à l’arianisme.
En réalité, Cyrille se heurta très vite à Acacius non seulement sur le terrain doctrinal, mais également sur le terrain juridictionnel, car Cyrille revendiquait l’autonomie de son siège par rapport à l’Eglise métropolitaine de Césarée.
En vingt ans, Cyrille connut trois exils :  le premier en 357, à la suite d’une déposition de la part d’un synode de Jérusalem, suivi en 360 par un deuxième exil voulu par Acacius et, enfin, par un troisième, le plus long – il dura onze ans – en 367, à l’initiative de l’empereur philo-arien Valente. Ce n’est qu’en 378, après la mort de l’empereur, que Cyrille put reprendre définitivement possession de son siège, en rétablissant l’unité et la paix entre les fidèles.
D’autres sources, également anciennes, appuient la thèse de son orthodoxie, mise en doute par plusieurs  sources de  l’époque.  Parmi celles-ci, la lettre synodale de 382, après le deuxième Concile œcuménique de Constantinople (381), auquel Cyrille avait participé en jouant un rôle important, est celle qui fait le plus autorité. Dans cette lettre, envoyée au Pontife romain, les évêques orientaux reconnaissent officiellement l’orthodoxie la plus absolue de Cyrille, la légitimité de son ordination épiscopale et les mérites de son service pastoral, que la mort conclura en 387.

Nous conservons de lui vingt-quatre catéchèses célèbres, qu’il présenta en tant qu’évêque vers 350.
Introduites par une procatéchèse d’accueil, les dix-huit premières sont adressées aux catéchumènes ou illuminands (photizomenoi) ; elles furent tenues dans la Basilique du Saint-Sépulcre. Les premières (1-5) traitent chacune, respectivement, des dispositions préalables au Baptême, de la conversion des coutumes païennes, du sacrement du Baptême, des dix vérités dogmatiques contenues dans le Credo ou Symbole de la foi. Les suivantes (6-18) constituent une « catéchèse continue » sur le Symbole de Jérusalem, dans une optique anti-arienne. Dans les cinq dernières (19-23), appelées « mystagogiques », les deux premières développent un commentaire aux rites du Baptême, les trois dernières portent sur le chrême, sur le Corps et le Sang du Christ et sur la liturgie eucharistique. On y trouve une explication du Notre Père (Oratio dominica) : celle-ci établit un chemin d’initiation à la prière, qui se développe parallèlement à l’initiation aux trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.

La base de l’instruction sur la foi chrétienne se déroulait également dans un but polémique contre les païens, les judéo-chrétiens et les manichéens. L’argumentation était fondée sur la réalisation des promesses de l’Ancien Testament, dans un langage riche d’images. La catéchèse était un moment important, inséré dans le vaste contexte de toute la vie, en particulier liturgique, de la communauté chrétienne, dans le sein maternel de laquelle avait lieu la gestation du futur fidèle, accompagnée par la prière et le témoignage des frères. Dans leur ensemble, les homélies de Cyrille constituent une catéchèse systématique sur la renaissance du chrétien à travers le Baptême. Il dit au catéchumène :  « Tu es tombé dans les filets de l’Eglise (cf. Matth. XIII, 47). Laisse-toi donc prendre vivant ; ne t’enfuis pas, car c’est Jésus qui te prend à son hameçon, non pour te donner la mort mais la résurrection après la mort. Tu dois en effet mourir et ressusciter (cf. Rom. VI, 11-14). Meurs au péché, et vis pour la justice dès aujourd’hui » (Procatéchèse 5).

Du point de vue doctrinal, Cyrille commente le Symbole de Jérusalem en ayant recours à la typologie des Ecritures, dans un rapport « symphonique » entre les deux Testaments, pour arriver au Christ, centre de l’univers. La typologie sera décrite de manière incisive par Augustin d’Hippone : « L’Ancien Testament est le voile du Nouveau Testament, et dans le Nouveau Testament se manifeste l’Ancien » (De catechizandis rudibus, 4, 8). Quant à la catéchèse morale, elle est ancrée de manière profondément unie à la catéchèse doctrinale : l’on fait progressivement descendre le dogme dans les âmes, qui sont ainsi sollicitées à transformer les comportements païens sur la base de la nouvelle vie en Christ, don du Baptême. Enfin, la catéchèse « mystagogique » marquait le sommet de l’instruction que Cyrille dispensait non plus aux catéchumènes, mais aux nouveaux baptisés ou néophytes au cours de la semaine pascale Celle-ci les introduisait à découvrir, sous les rites baptismaux de la Veillée Pascale, les mystères qui y étaient contenus et qui n’étaient pas encore révélés. Illuminés par la lumière d’une foi plus profonde en vertu du Baptême, les néophytes étaient finalement en mesure de mieux les comprendre, ayant désormais célébré leurs rites.

Avec les néophytes d’origine grecque, Cyrille s’appuyait en particulier sur la faculté visuelle qui leur était particulièrement adaptée. C’était le passage du rite au mystère, qui valorisait l’effet psychologique de la surprise et l’expérience vécue au cours de la nuit pascale. Voici un texte qui explique le mystère du Baptême : « A trois reprises vous avez été immergés dans l’eau et à chaque fois vous en êtes ressortis, pour symboliser les trois jours de la sépulture du Christ, c’est-à-dire imitant à travers ce rite notre Sauveur, qui passa trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (cf. Matth. XII, 40). Lors de la première émersion de l’eau, vous avez célébré le souvenir du premier jour passé par le Christ dans le sépulcre, de même qu’avec la première immersion vous en avez confessé la première nuit passée dans le sépulcre : vous avez été vous aussi comme celui qui est dans la nuit et qui ne voit pas, et celui qui, en revanche, est au jour et jouit de la lumière. Alors qu’auparavant vous étiez plongés dans la nuit et ne pouviez rien voir, en émergeant, en revanche, vous vous êtes trouvés en plein jour. Mystère de la mort et de la naissance, cette eau du salut a été pour vous une tombe et une mère… Pour vous… le moment pour mourir coïncida avec le moment pour naître : un seul et même moment a réalisé les deux événements » (Deuxième catéchèse mystagogique, 4).

Le mystère qu’il faut saisir est le dessein du Christ, qui se réalise à travers les actions salvifiques du Christ dans l’Eglise. A son tour, la dimension mystagogique s’accompagne de celle des symboles, qui expriment le vécu spirituel qu’ils font « exploser ». Ainsi, la catéchèse de Cyrille, sur la base des trois composantes décrites – doctrinale, morale et, enfin mystagogique -, apparaît comme une catéchèse globale dans l’Esprit. La dimension mystagogique réalise la synthèse des deux premières, en les orientant vers la célébration sacramentelle, dans laquelle se réalise le salut de tout l’homme.

Il s’agit, en définitive, d’une catéchèse intégrale, qui – concernant le corps, l’âme et l’esprit – reste emblématique également pour la formation catéchétique des chrétiens d’aujourd’hui.

Armoiries de Benoît XVI

Prière par l’intercession de Saint Roch pour les temps d’épidémie.

nika

Prière à Saint Roch en temps d'épidémie

Vous trouverez aussi dans ce blogue les litanies de Saint Roch > ici

nika

2020-27. Le 10 mars, nous fêtons Sainte Marie-Eugénie de Jésus.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus Milleret de Brou

Sainte Marie-Eugénie de Jésus, jeune religieuse

Sainte Marie-Eugénie de Jésus est l’un des fleurons de la famille augustinienne sur la terre de France ; elle est aussi un magnifique exemple du grand renouveau catholique consécutif aux persécutions de la révolution et de l’empire. 

Anne-Eugénie Milleret de Brou est née à Metz le 25 Août 1817.
Son enfance se passe entre l’hôtel particulier des Milleret de Brou, dans cette ville, et leur vaste propriété de Preisch, aux frontières du Luxembourg, de l’Allemagne et de la France. Enfance insouciante et comblée, d
ans un milieu aisé et déchristianisé : son père, haut-fonctionnaire, est dit voltairien ; sa mère, excellente éducatrice sur le plan humain, ne pratique que par pur formalisme.
Toutefois Anne-Eugénie connaîtra une véritable rencontre mystique avec Notre-Seigneur Jésus Christ le jour de sa première Communion, à Noël 1829.

Après 1830, son père, ruiné, doit vendre la propriété de Preisch, puis l’hôtel particulier de Metz.
Ses parents se séparent et Anne-Eugénie suit sa mère à Paris. Mais en 1832, Madame Milleret de Brou est emportée par l’épidémie de choléra. La jeune fille est alors recueillie par de riches amis, à Châlons.

Elle a 17 ans et connaît alors le désarroi et la solitude dans les mondanités qui l’entourent : « Je passai quelques années à me questionner sur la base et l’effet des croyances que je n’avais pas comprises… Mon ignorance de l’enseignement de l’Église était inconcevable et pourtant j’avais reçu les instructions communes du catéchisme » (lettre au Rd Père Lacordaire, en 1841).

Finalement, son père la fait revenir à Paris.
Durant le  carême de 1836, elle va entendre les prédications du Père Lacordaire à Notre-Dame et c’est ce qui lui permet de retrouver la lumière : « Votre parole me donnait une Foi que rien ne devait plus faire vaciller » (ibid.). Plus tard elle dira : 
« Ma vocation date de Notre-Dame ».
Elle se passionne alors pour le mouvement de renouveau chrétien qui bouillonne autour des Lamenais, Montalembert et leurs amis. Parmi eux, l’abbé Théodore Combalot dont elle suit les prédications à Saint-Sulpice en mars 1837.

Ce prêtre rêvait de fonder une congrégation religieuse dédiée à Notre-Dame de l’Assomption dont le but serait de donner aux jeunes filles des milieux dirigeants, marqués par l’incroyance, une solide éducation humaine et chrétienne.
De son côté, Anne-Eugénie rêvait de réaliser une vocation religieuse : après quelques hésitations légitimes, elle accepte le projet de l’abbé Combalot, qui l’envoie en formation au monastère de la Visitation de la Côte Saint-André, en Dauphiné, à mi-chemin entre Vienne et Voiron. Elle s’y imprègne de manière durable de l’esprit et de la spiritualité de Saint François de Sales. 

Au mois d’octobre 1838, elle fait la connaissance de l’abbé Emmanuel d’Alzon (1810-1880) qui a été ordonné en 1834 et qui est vicaire général du diocèse de Nîmes. C’est la naissance d’une grande amitié spirituelle qui durera 40 ans.
Anne-Eugénie a déjà des idées très précises quant à la pédagogie qu’elle devra mettre en œuvre : elle ne veut pas d’une éducation mondaine sur laquelle la formation spirituelle ne serait qu’un vernis ; elle ne veut pas non plus d’une éducation essentiellement religieuse avec une formation humaine indigente. Elle entend donner aux jeunes filles une formation de tout l’être à la lumière du Christ.

Avril 1839 : elles sont deux jeunes filles à se réunir dans ce but, dans un petit appartement de la rue Férou, juste à côté de l’église Saint-Sulpice à Paris ; en octobre, elles sont quatre dans une maison de la rue de Vaugirard, étudiant la théologie, l’Écriture Sainte et les sciences profanes. Il y a là en particulier Kate O’Neill, une irlandaise qui prendra le nom de Sœur Thérèse-Emmanuel ; sa forte personnalité accompagnera celle qui devient Mère Marie-Eugénie de Jésus de son amitié et de son aide durant toute sa vie.
Mère Marie-Eugénie rédige les constitutions de la congrégation, destinées à compléter la Règle de Saint-Augustin sous laquelle elles sont réunies. Ces constitutions sont approuvées par l’archevêque de Paris en 1840.

En mai 1841, le sœurs se séparent définitivement de l’abbé Combalot dont la direction fantasque et le manque de discernement mettent en danger la jeune communauté. Marie-Eugénie se place sous la direction de l’abbé d’Alzon et Monseigneur Denis Affre, archevêque de Paris, leur offre l’appui de son vicaire général, Monseigneur Gros : c’est une véritable libération.
Les sœurs reprennent leurs études et, le 14 août 1841, elles font leur profession religieuse. Mère Marie-Eugénie a 24 ans.

Les débuts sont difficiles : elles sont dans une très grande pauvreté et les vocations peinent à venir.
Une première école est ouverte au printemps 1842, impasse des Vignes (aujourd’hui rue Rataud) dans le quartier du Val de Grâce.
Quelques années plus tard, la congrégation pourra acquérir le château de la Tuilerie, à Auteuil, où sera construit leur monastère et le pensionnat de jeunes filles. En 1849 les religieuses fondent en Afrique du Sud, en 1850 en Angleterre, puis ce sera l’Espagne, la Nouvelle Calédonie, l’Italie, le Nicaragua, les Philippines, le Salvador… etc. 
Rome approuve la congrégation des Religieuses de l’Assomption en 1867 ; les constitutions sont définitivement approuvées en avril 1888.

La collaboration avec l’abbé d’Alzon se traduit aussi par la fondation par ce dernier, en 1845, des Augustins de l’Assomption puis, en 1865, des Oblates de l’Assomption. Cette même année 1865, le Rd Père Pernet, assomptionniste, fonde encore les Petites Sœurs de l’Assomption. Enfin en 1896, un autre assomptionniste, le Rd Père Picard, fondera les Orantes de l’Assomption. Toutes ces congrégations constituent la famille spirituelle de l’Assomption

La mort du Rd Père Emmanuel d’Alzon, le 21 novembre 1880, sonne l’annonce du dépouillement qu’elle avait reconnu nécessaire en 1854 : « Dieu veut que tout tombe autour de moi ». Sœur Thérèse-Emmanuel disparaît à son tour le 3 mai 1888, et sa solitude se creuse davantage. La croissance de la congrégation est une lourde charge pour elle qui a dû enchaîner voyages, constructions, consultations, décisions… En 1894, elle doit déposer sa charge.

Quand elle découvre l’impuissance de la vieillesse, « un état où ne reste plus que l’Amour », elle s’efface peu à peu : « Je n’ai plus qu’à être bonne ». Sa santé s’altère. Vaincue par la paralysie en 1897, elle n’aura plus que son regard pour le dire.

Elle rend son âme à Dieu le 10 Mars 1898.
Béatifiée le 9 février 1975, elle a été canonisée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI le dimanche de la Sainte Trinité 3 juin 2007.
Son corps repose dans la chapelle de la maison-mère, rue de l’Assomption, à Paris.

* * * * * * *

On trouvera aussi dans ce blogue une instruction de Sainte Marie-Eugénie de Jésus
pour aider à la méditation des sept paroles de Jésus en Croix (extraits) > ici

Sainte Marie-Eugénie de Jésus âgée

Photo de Sainte Marie-Eugénie de Jésus vers la fin de sa vie

2020-26. « Votre foi est notre victoire ! »

13 février,
Au diocèse de Viviers, fête de Saint Avit de Vienne.

Sextus Alcimus Ecditius Avitus, en français Avit, né à Vienne vers 450, est issu d’une lignée de haute noblesse gallo-romaine d’origine arverne : il est le fils du sénateur Esychius (qui, vers 475, fut élu archevêque de Vienne à la mort de Saint Mamert), et le petit neveu de l’empereur Aparchus Avitus (455-456).
Avit fut d’abord marié et père de famille mais, veuf à 40 ans, il distribue ses biens aux pauvres et entre au monastère : on ne l’y laissera pas longtemps car en 490 il est élu pour succéder à son père à la tête de l’archidiocèse de Vienne où il demeurera une trentaine d’années environ. Théologien, lettré et poète, Avit fut un pasteur exemplaire. C’est lui qui présida en 517 le concile d’Epaone qui restaura la discipline ecclésiastique. Saint Avit est le frère de Saint Apollinaire, évêque de Valence (qu’il ne faut pas confondre avec Saint Sidoine Apollinaire évêque de Clermont, avec lequel il a aussi des liens de parenté).
Il eut à cœur de lutter contre l’arianisme alors triomphant dans le royaume burgonde auquel appartenait la province ecclésiastique de Vienne : s’il ne parvint pas à convertir le roi Gondebaud, il eut une influence décisive sur le fils de celui-ci, Sigismond, qu’il convertit à la foi de Nicée, et sur sa nièce, Clotilde, future reine des Francs.

Saint Avit mourut un 5 février (peut-être en l’an 518). C’est à ce jour qu’il figure au martyrologe romain.
Toutefois, dans le diocèse de Viviers, jadis suffragant de l’archevêché de Vienne et qui, lors de la suppression de ce siège épiscopal, a hérité de ses paroisses situées sur la rive droite du Rhône, le calendrier traditionnel le fête à la date du 13 février.

Saint Avit - Jörg Breu

Saint Avit de Vienne (œuvre de Jörg Breu).

On cite souvent la formule « votre foi est notre victoire » extraite de la lettre que Saint Avit écrivit au Roi Clovis, empêché qu’il fut alors de se rendre à Reims pour son baptême. Mais qui connaît l’intégralité de cette lettre ? Nous avons donc résolu de vous en donner le texte intégral ci-dessous.

« Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d’envelopper la finesse de votre discernement de l’ombre de leurs discours aux idées changeantes, divergents dans leur multitude, vides de la vérité du christianisme (note 1).Tandis que nous renvoyons ces disputes à l’éternité, tandis que nous réservons au jugement dernier de connaître le bien fondé de chaque opinion, dès à présent a jailli le trait de lumière de la vérité. Car c’est de nos jours que la divine Providence a trouvé un arbitre. En faisant votre choix, c’est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire (note 2). Dans ces cas-là, d’ordinaire, la plupart des hommes objectent les coutumes nationales et l’observance religieuse de leurs pères, si par hasard ils sont poussés à rechercher la saine croyance par les encouragements des prêtres ou les suggestions de quelque compagnon. Ainsi préfèrent-ils coupablement le respect humain au salut, et, en observant, dans les chaînes de l’incrédulité, un vain respect de leurs ancêtres, avouent-ils en quelque sorte ne savoir quoi choisir ; que leur coupable retenue renonce donc à cette échappatoire après un tel miracle. Vous, ne gardant de toute une lignée d’antique origine que la seule noblesse, vous avez voulu extraire de vous-même, pour votre race, tout ce qui peut rehausser le rang d’une haute naissance. Vous avez des modèles du bien, vous avez voulu être celui du mieux (note 3). 

Vous êtes digne de vos ancêtres puisque vous régnez en ce monde ; vous avez fondé pour vos descendants afin de régner au ciel. Que la Grèce, évidemment, se réjouisse d’un prince de notre loi, mais non plus de ce qu’elle mérite seule la faveur d’un tel don. L’éclat en illumine aussi votre pays, et, du côté de l’occident, resplendit sur le roi la lumière de l’antique étoile du matin (note 4). Elle commença de luire à la bienvenue naissance de notre Sauveur. Que l’onde de la régénération vous dispose donc au salut en ce jour où le monde a reçu le maître du ciel né pour sa rédemption. Que ce jour soit votre anniversaire comme il est celui du Seigneur, le jour où vous êtes né au Christ, le jour où le Christ est né au monde, le jour où vous avez consacré votre âme à Dieu, votre vie aux hommes d’aujourd’hui, votre gloire à la postérité. Que dire donc de cette très glorieuse solennité de votre régénération ? Si, je ne me suis pas rendu personnellement à ses offices, je n’ai pourtant pas manqué de communier à ses joies, dès le moment où la bonté divine a envoyé cette grâce à vos pays et que, avant votre baptême, nous est parvenue la nouvelle de la très-sublime humilité avec laquelle vous faisiez profession de catéchumène ; en suite de quoi, après cette attente, la nuit sainte nous a trouvé sans inquiétude à votre sujet. Car nous parlions et nous discutions entre nous de l’événement, tandis qu’une troupe nombreuse d’évêques assemblés, ranimait les membres royaux avec les eaux de vie, dans la pompe du service divin, tandis que se courbait devant les serviteurs de Dieu cette tête terrible aux nations, tandis que, grandi sous un casque de cheveux, vous assumiez le casque du salut, l’onction sacrée, tandis que, ayant un instant déposé la protection des cuirasses, vos membres immaculés resplendissaient de la blancheur immaculée des vêtements (note 5). Elle fera, comme vous le croyez, ô le plus heureux des rois, elle fera dis-je, cette faiblesse de vos vêtements, que dorénavant s’accroisse la force de vos armes ; et tout ce qui avait fait jusqu’à présent la chance, c’est à la sainteté que vous le devez désormais. Je voudrais bien attacher à vos louanges quelque exhortation, si quelque chose échappait à votre science ou à votre attention (note 6). Mais faut-il que nous prêchions dans ses détails la foi, que vous avez aperçue sans prédicateur et sans exposé complet ? Ou peut-être l’humilité, que vous nous avez déjà manifestée par attachement et que vous nous devez désormais par votre profession de foi ? Ou bien la miséricorde qu’un peuple encore récemment captif, délivré par vous, manifeste au monde par sa joie, à Dieu par ses larmes ? (note 7) Il n’y a qu’une chose que nous désirions voir s’accroître, puisque, par vous, Dieu va faire votre nation toute sienne, répandez aussi, du trésor de votre cœur, des semences de foi vers les peuples d’au-delà, encore fixés dans l’ignorance naturelle et que n’ont pas corrompus les germes des fausses doctrines. N’ayez ni honte ni regret, même en envoyant des ambassades à ce sujet, de construire l’édifice du Dieu qui a tant élevé le vôtre » (note 8).  

Baptême de Clovis

Saint Avit, archevêque d’une métropole située à l’intérieur du royaume burgonde dont le roi arien Gondebaud était ennemi de Clovis, ne put se rendre au baptême de ce dernier, comme le firent de nombreux évêques gallo-romains, et c’est pourquoi il lui adressa cette lettre demeurée fameuse.

Notes : 

[1] « Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d’envelopper la finesse de votre discernement de l’ombre… » : Saint Avit fait allusion à toutes les manœuvres par lesquelles les hérétiques ariens ont essayé d’empêcher la conversion de Clovis à la foi de Nicée.

[2] « En faisant votre choix, c’est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire » : Saint Avit note ici l’importance de la conversion de Clovis, dont la situation de roi et de fils de l’Eglise romaine fait désormais un arbitre dans les Gaules : c’est lui qui tranchera en cas de litige entre les diverses communautés, et il tranchera selon sa foi, la foi catholique. Ainsi la conversion de Clovis à la foi nicéenne est-elle la victoire de l’épiscopat catholique.

[3] Se réfugiant dans le respect des coutumes ancestrales, le roi burgonde Gondebaud ainsi que les autres rois ariens rejetaient toute idée de conversion. Le miracle de la conversion du roi païen des Francs saliens balaie les croyances païennes ou hérétiques et fait des autres souverains qui se partagent alors les terres de l’Empire d’Occident des coupables, puisqu’ils résistent à la grâce.

[4] Il est le premier roi germanique converti au catholicisme. Digne de ses ancêtres, car il règne, il offre par sa conversion le royaume de Dieu à ses descendants.

[5] Avit fait allusion à la cérémonie même du baptême qui eut lieu le jour de Noël. Toute la cérémonie est évoquée : le roi comme catéchumène (candidat au baptême), les eaux de la vie (le baptême d’eau), l’onction sainte (l’onction du saint Chrême, qui n’a rien à voir avec le sacre royal), la blancheur des vêtements (les vêtements blancs dont sont revêtus les nouveaux baptisés).

[6]  Le royaume, dirigé jusqu’alors sans ligne directrice, sans autre objectif que l’intérêt immédiat du roi, trouve à travers le baptême de celui-ci le chemin qui conduira son peuple au salut. Un lien est créé avec le Dieu chrétien, par la foi.

 [7] Avit fait probablement allusion à la libération des prisonniers de guerre gallo-romains auxquels Clovis a rendu la liberté. Mais cela peut aussi s’entendre plus largement du sentiment de libération éprouvé par tous les gallo-romains, catholiques, qui, se trouvant sous la domination de rois ariens ou païens, saluent la conversion du Roi des Francs (et ses victoires sur les rois ariens) comme une libération.

[8] Saint Avit invite Clovis à un véritable travail missionnaire : il lui suggère d’œuvrer à la conversion des peuples païens « les peuples d’au-delà, » en dehors de ceux qui sont corrompus par les fausses doctrines (arianisme). C’est une vue prophétique de l’œuvre missionnaire des Rois Francs.

Saint Avit entre Saint Mamert et Saint Apollinaire

Saint Avit de Vienne, représenté entre Saint Mamert et Saint Sidoine Apollinaire

2020-21. « O Jésus, avec les mains de Marie, je veux m’offrir aujourd’hui avec Vous au Père éternel. »

2 février,
Fête de la Purification de Notre-Dame.

Chandeleur - Purification - Présentation au temple

Elévation :
« O Seigneur, je viens à Vous et Vous supplie, par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, de purifier mon âme… »

Méditation :

1er point :

La solennité de ce jour, qui clôt le temps de Noël, est une fête de Jésus aussi bien que de Marie : Jésus est présenté au temple par Sa Mère quarante jours après Sa naissance, selon la prescription de la loi ; Marie se soumet au rite de la purification.

La liturgie célèbre, avant tout, la première entrée de Jésus-Enfant dans le temple : « Voici que le Seigneur Dominateur vient dans Son saint temple : Réjouis-toi et sois dans l’allégresse, Sion, en accourant au-devant de ton Dieu » (bréviaire). Allons à Sa rencontre nous aussi ; que nos sentiments rivalisent avec ceux du vieillard Siméon qui « mû par l’Esprit-Saint, alla au temple » et, plein de joie, reçut l’Enfant Jésus dans ses bras.

Aujourd’hui, pour mieux célébrer cette rencontre, l’Eglise bénit les cierges et nous les remet ; en procession, cierges allumés, nous entrons dans le temple. Le cierge allumé est le symbole de la vie chrétienne, de la foi et de la grâce qui doivent resplendir dans notre âme. Mais il est aussi l’image du Christ, lumière du monde, « lumière qui doit éclairer les nations », tel que L’a salué Siméon. Le cierge allumé nous rappelle que nous devons toujours porter avec nous le Christ, source de notre vie, auteur de la foi et de la grâce. Jésus Lui-même, par Sa grâce, nous dispose à aller à Sa rencontre avec une foi plus vive et un plus grand amour. Puisse, en ce jour, notre rencontre avec Lui être particulièrement intime et sanctifiante !

Jésus est présenté au temple pour être offert au Père. Le rachat n’a pas d’effet sur Lui comme sur les autres premiers-nés des Hébreux. Il est la Victime qui devra être immolée pour le salut du monde. Sa présentation au temple est, pour ainsi dire, l’offertoire de Sa vie, le sacrifice s’accomplira plus tard sur le Calvaire. Offrons-nous en même temps que Jésus.

Chandeleur - Vieillard Siméon

2ème point :

Jésus est présenté au temple par Sa Mère : contemplons donc aujourd’hui Marie dans sa fonction de Co-Rédemptrice.
La Vierge n’ignorait pas que Jésus était le Sauveur du monde et, à travers le voile de la prophétie, elle sentait que Sa mission s’accomplirait dans une mystère de douleur auquel elle aurait à participer, en sa qualité de Mère. La prophétie de Siméon : « Quant à toi, un glaive de douleur transpercera ton âme » (Luc II, 35), confirma son intuition. Dans le secret de son cœur, Marie dut répéter en cet instant son fiat : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc I, 38). En offrant son Fils, elle s’offre elle-même, toujours intimement unie à Son sort à Lui.

Mais avant d’entrer dans le temple pour y présenter Jésus, Marie veut se soumettre à la loi de la purification légale. Bien qu’elle soit consciente de sa virginité, elle se met au rang de toutes les autres mères juives et, confondue avec elles, elle attend humblement son tour, portant « une paire de tourterelles », l’offrande des pauvres. Nous voyons Jésus et Marie se soumettre à des lois auxquelles ils n’étaient pas tenus : Jésus ne devait pas être racheté, Marie ne devait pas être purifiée. Leçon d’humilité et de respect envers la loi de Dieu.

Il y a des lois auxquelles nous sommes tenus et auxquelles notre amour-propre nous soustrait sous de faux prétextes : ce sont des dispenses abusives réclamées au nom de droits en réalité inexistants. Humilions-nous et, alors que Marie n’avait nullement besoin d’être purifiée, reconnaissons notre extrême besoin de purification intérieure.

Chandeleur - Purification - Présentation au temple

Colloque :

« O Jésus, Vous êtes allé Vous offrir au temple. Qui Vous a offert ? La Vierge Marie qui n’a jamais eu d’égale, et n’en aura jamais. Marie Vous a offert, elle qui, par la bouche de la sagesse, fut appelée par Votre Père la « toute belle »…
A qui Vous a-t-elle offert ? A Dieu, essence infinie, sublime dans Sa création, fécond dans Son héritage, insondable dans Ses desseins, gracieux et suave dans l’amour.
Et qu’a-t-elle offert ? Vous, Verbe éternel, substance de l’Essence divine, Fils du Très-Haut, Législateur de l’univers, Vous, qui avez reçu tant de noms illustres et choisis : ô Clef de David, ô Roi des nations, ô Emmanuel !

« Que m’enseignez-Vous, ô Seigneur, en Vous offrant au temple ? Vous me montrez Votre respect pour la loi en voulant l’observer ; Vous m’enseignez l’adoration, car Vous Vous êtes offert au Père, non comme Son égal, quoique Vous le fussiez vraiment, mais comme homme. Vous m’avez donné ici le modèle du respect que je dois à Votre loi, car je n’ai pas seulement pour loi les dix commandements, mais aussi la Règle et les Constitutions. Cette loi m’est toute douceur et suavité, mais je me la rends amère quand je ne renonce pas à moi-même, car alors, au lieu de la porter suavement, la loi est obligée de me porter » (Sainte Marie-Madeleine de Pazzi).

O Jésus, avec les mains de Marie, je veux m’offrir aujourd’hui avec Vous au Père éternel. Mais Vous êtes l’Hostie pure, sainte, immaculée, tandis que je suis plein de souillures, de misères, de péchés.
O Marie, ma Mère, vous qui avez voulu être purifiée, bien qu’exempte de la moindre ombre d’imperfection, purifiez, je vous prie, ma pauvre âme, afin qu’elle soit moins indigne d’être offerte au Père en même temps que Son Jésus qui est aussi le vôtre.
O Vierge très pure, acheminez-moi vers une purification intérieure et profonde et puis, accompagnez-moi vous-même afin que ma pusillanimité ne me fasse pas défaillir devant l’âpreté du chemin.

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd,
in « Intimité divine – méditations sur la vie intérieure pour tous les jours de l’année » (1957).

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres publications relatives à la fête de la Chandeleur :
- Des adieux à la Crèche et de la Crèche blanche > ici
- « Des chats et des crêpes » > ici

2020-17. Où, en la fête de Saint François de Sales, on célèbre aussi le jubilé d’argent d’une affiliation à l’Ordre de la Visitation.

Mercredi 29 janvier 2020,
Fête de Saint François de Sales (cf. > ici, > ici, et > ici).

Saint François de Sales

Saint François de Sales
(ce tableau se trouvait naguère dans la chapelle de l’ancien monastère de la Visitation au Puy-en-Velay
dont les bâtiments ont été vendus il y a peu par le diocèse au Conseil départemental de la Haute-Loire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il y a dix ans exactement, le 29 janvier 2010, le Maître-Chat Lully, vous parlait de l’ouverture de l’année jubilaire du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation par Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal (cf. > ici) et, à cette occasion, il vous entretenait du quinzième anniversaire de mon affiliation à cet Ordre.

Comme il me semble savoir encore un peu compter [15 + 10 = 25, n'est-ce pas ?], cela signifie que je suis parvenu au vingt-cinquième anniversaire de cette affiliation : un quart de siècle !
D’une certaine manière donc, je célèbre aujourd’hui, dans l’intimité de mon cœur, un jubilé : un jubilé d’argent, pour reprendre l’attribution symbolique des matériaux et métaux que l’on associe aux anniversaires.

Dans sa publication du 29 janvier 2010, Monseigneur le Maître-Chat vous expliquait en quoi consiste l’affiliation à l’Ordre de la Visitation et reproduisait le texte du dialogue qui eut lieu au monastère de la Visitation de Chartres (monastère hélas fermé depuis !) ce 29 janvier 1995 (aller voir > ici) en présence du tableau intitulé « Le Rêve de l’Enfant Jésus » peint par Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face (présenté > ici).
Au terme des six mois de ce « quasi noviciat » (c’est l’expression utilisée à la Visitation pour parler du temps de préparation spirituelle à cette affiliation pratiqué sous la direction de l’une des Chères Mères), la présence de ce tableau, apporté spécialement à la chapelle pour l’occasion, était évidemment chargée d’une très forte valeur symbolique que vous comprendrez aisément.

Cela fait donc un quart de siècle que je suis devenu fils spirituel de Saint François de Sales et de Sainte Jeanne de Chantal ; un quart de siècle que je suis humblement fier de porter cette croix d’argent qui me fut alors remise, et dans laquelle j’ai placé des reliques (de troisième classe) de ces saints fondateurs, ainsi que de Sainte Marguerite-Marie, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, Sœur Marie-Marthe Chambon (cf. > ici) et d’une autre mystique du XXe siècle à laquelle je dois beaucoup ; un quart de siècle que, plusieurs fois par jour, je vénère cette croix par un baiser, dont je puis certifier qu’il n’est jamais accompli par routine.

Croix de l'Ordre de la Visitation

Croix de l’Ordre de la Visitation
reçue le dimanche 29 janvier 1995

Permettez-moi, chers et fidèles Amis, à l’occasion de ce jubilé d’argent, d’offrir à votre lecture et à votre méditation quelques lignes des notes abondantes que j’avais prises lors de ma préparation de cette affiliation sous la direction de la Révérende Mère Supérieure du monastère de Chartres :

- La « spiritualité » n’est rien d’autre que la connaissance de la voie et des moyens qui conduisent à la perfection.
Quelle voie ? « Je suis la voie – Ego sum via » ; « Nul ne vient au Père que par Moi » ; « Celui qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres » : il ne peut y avoir d’autre voie que Jésus Lui-même.
Quels moyens ? fondamentalement la Loi et les préceptes, perfectionnés par les « conseils évangéliques » : ce sont les guides infaillibles de la vie parfaite. Mais « la plénitude de la loi, c’est l’amour » (Rom. XIII, 10). Il ne faut jamais confondre les moyens et la fin : préceptes et conseils ne sont pas une fin en eux-mêmes ; leur raison d’être, c’est la perfection de la charité. La charité surnaturelle – et non ses déformations humaines – est le but, la fin dont les yeux ne se doivent jamais détacher.  

- Le propre de Saint François de Sales est d’avoir mis en valeur le concept d’amour : son titre est d’ailleurs « Docteur de l’Amour divin ». Tout son enseignement spirituel tend à établir cet amour divin dans les cœurs et à l’y faire croître. Il insiste pour que cet amour soit non seulement au terme de la vie spirituelle, mais pour qu’il en soit le moteur constant, pour qu’il soit tout en tout, et pour que cet amour soit filial, confiant et paisible, joyeux, aimable et énergique [...].

- En réaction contre l’hérésie calviniste, lourde de conséquences désastreuses pour la vie intérieure, puis du jansénisme naissant, Saint François de Sales ne préconise en fait de crainte et de tremblement devant Dieu, que la peur de l’enfant qui aime son Père et qui, à tout prix, ne veut ni le contrister, ni désirer ou penser que ce qu’Il veut ou pense.
C’est ainsi que notre Bienheureux Père « faisait toutes ses actions purement et simplement pour le seul amour de Dieu, Lequel il craignait parce qu’il L’aimait, et L’aimait pour Lui-même » (déposition au procès de béatification).

- La spiritualité de Saint François de Sales produit un profond équilibre : la constatation des misères humaines est portée par lui à produire non seulement le sentiment de l’infinie perfection divine, mais aussi de Son Amour méconnu ou offensé, et partant au désir de la réparation par la pénitence, ou de la prévention par la mortification.
Mais loin de plonger l’âme dans un repliement sur soi, après sa faute, il va jusqu’à lui faire trouver sans ses chutes le moyen d’intensifier son amour filial !

Saint François de Sales (image d'Epinal)

Saint François de Sales, Docteur de l’Amour divin
(image d’Epinal du XIXème siècle)

En conclusion, s’il m’est permis de formuler un souhait, c’est celui-ci : que chacun d’entre vous connaisse toujours davantage l’esprit de Saint François de Sales ; que vous lisiez et relisiez ses œuvres – en particulier l’incontournable « Introduction à la vie dévote » et le non moins important « Traité de l’Amour de Dieu » – œuvres en lesquelles on trouve constamment de nouveaux trésors ; et que, nourris de cette nourriture substantielle, remède puissant contre nombre d’erreurs et spiritualités frelatées répandues à notre époque, vous marchiez joyeusement sous sa conduite dans les voies d’une authentique sainteté.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Et dans les pages de ce blogue vous trouverez aussi :
- La présentation de Saint François de Sales par Benoît XVI > ici
- Les litanies de Saint François de Sales > ici
- Quelques bons ouvrages d’introduction à Saint François de Sales > ici
- Une prière célèbre de Saint François de Sales à la Très Sainte Vierge > ici
- Les préludes de la fondation de l’Ordre de la Visitation > ici
- Le récit de la journée de la fondation de la Visitation > ici
- La fin et l’esprit de l’Ordre de la Visitation > ici

Armoiries de Saint François de Sales

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