Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2019-57. De quelques précisions concernant le vœu de Sa Majesté le Roi Louis XVI au Sacré-Cœur de Jésus.

Vendredi après l’octave du Saint-Sacrement,
Fête du Sacré-Cœur de Jésus.

A l’occasion de cette fête du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je souhaite vous reparler du vœu de Sa Majesté le Roi Louis XVI au Sacré-Cœur.

La belle prière rédigée par le malheureux Souverain ainsi que, à la suite, les promesses solennelles qu’il adressait au divin Cœur de Notre-Seigneur, ont déjà été publiées dans les pages de ce blogue, et je vous y renvoie > ici.
En complément de la présentation qui en était alors faite, je souhaite vous recopier ici de larges extraits d’un texte que j’ai lu à ce sujet dans l’ouvrage intitulé « Le Sacré-Cœur de Jésus et la Tradition – documents recueillis ches les Pères, les Docteurs, les hagiographes, etc. par le R.P. Xavier de Franciosi de la Compagnie de Jésus » (2e édition – Casterman, éditeurs pontificaux – 1908).

Vœu de Louis XVI - basilique de Montmartre

Louis XVI prononçant son vœu à l’adresse du Sacré-Cœur de Jésus :
on reconnaît, blottis contre Sa Majesté, Madame Royale et le petit Dauphin,
tout de suite derrière le Roi, son confesseur, le Bienheureux François-Louis Hébert, à côté de Sa Majesté la Reine,
et enfin au dernier rang, Madame Elisabeth, sœur du Roi
(mosaïque de l’abside de la basilique du Vœu national au Sacré-Cœur à Montmartre)

Scapulaire Sacré-Coeur

Louis XVI et le Sacré-Cœur :

« On connaît les malheurs de Louis XVI , sa captivité et sa mort. Dans sa détresse, l’infortuné Prince (…) se tourna vers le Cœur adorable de Jésus. Voici ce qu’on lit à ce propos dans la correspondance de Madame la Marquise de Carcado, et de Mesdames les Comtesses de Lastic et de Saisseval, témoins oculaires.
Le 10 février 1790, Le Roi, déjà prisonnier dans son propre palais des Tuileries, se rendit sous prétexte d’une promenade du côté de Notre-Dame. Il était accompagné de la Reine Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth, de Madame Royale, du petit Dauphin, âgé de cinq ans, et de plusieurs dames de la Cour, parmi lesquelles se trouvaient Mesdames de Carcado, de Lastic et de Saisseval.
Arrivé sur le parvis, le Roi témoigna à ses gardes, devenu ses geôliers, le désir d’entrer quelques instants dans l’église métropolitaine. L’ayant obtenu, il s’avança jusqu’au sanctuaire avec les personnes de sa maison, s’agenouilla devant la statue de la Sainte Vierge, et consacra sa personne, sa famille et son royaume au Sacré-Cœur de Jésus. Puis voulant joindre l’aumône à la prière, le pieux monarque, le jeune Dauphin, la Reine, les princesses et leurs dames d’honneur firent vœu de donner chaque année une offrande en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus pour le salut de la France. Deux cœurs furent faits de l’or le plus pur, on y mit les noms des associés. Le premier représentait le Cœur miséricordieux de Jésus, le second le Cœur immaculé de Marie. Plus tard ces deux Cœurs furent envoyés à Notre-Dame de Chartres ; il est probable qu’ils y sont encore aujourd’hui (source : Messager du Cœur de Jésus, tome XXXIX, page 460).
Quoi qu’il en soit, Louis ne s’en tint pas là : dans les premiers mois de 1792, après le funeste retour de Varennes, il fit un nouvel effort auprès du Sacré-Cœur. Sous l’inspiration de Monsieur Hébert, son confesseur et l’un des successeurs du Vénérable Père Eudes, il écrit de sa propre main un projet de vœu qu’on a retrouvé dans ses papiers. »

Ici le Père de Franciosi met le texte intégral du vœu que nous avons déjà publié > ici, puis il poursuit :

« Après avoir écrit cette consécration de sa main, Louis XVI, le 21 juin 1792, la remit au Père Hébert, supérieur général des Eudistes et son confesseur, lequel, craignant qu’un tel acte ne se perdit, en fit tirer incessamment plusieurs copies. Il en portait toujours une sur lui. Les autres se dispersèrent, à travers mille périls, au milieu des familles chrétiennes. Grâce à cette précaution, le pieux confesseur de Louis XVI put mourir héroïquement, enveloppé quelques jours après dans les massasres du 2 septembre, sans que son martyre entraînât la perte d’un monument si précieux. La plus célèbre des copies du vœu de Louis XVI est due à Mademoiselle Adélaïde de Cicé, elle avait caché cette copie dans la fente d’une muraille, et elle se plaisait à la communiquer à des personnes amies » (sources : Bougaud « Vie de la Bse Marguerite-Marie », chap. XVI ; Messager du Sacré-Cœur, tome XXXIX pp. 418 et 460 ; Alet « La France et le Sacré-Cœur » 2e partie, chap. VII ; R.P. Letierce « Mois du Sacré-Cœur », 22e jour).

« A l’appui de ce qui vient d’être dit, voici ce que nous lisons dans « l’Ami de la Religon et du Roi », année 1815, tome IIIe page 77 : « On nous a communiqué une prière et un vœu de Louis XVI, qui ont droit d’intéresser les âmes religieuses et sensibles. Il paraît que l’une et l’autre sont du commencement de 1792. Cet infortuné Prince ne se dissimulait pas toute l’étendue des maux qui le menaçaient. touché des malheurs de sa famille et de ceux de son Etat, il rédigea une prière et fit un vœu pour apaiser la colère divine sur la France. Il n’y a pas de doute que la prière et le vœu furent dressés de concert avec M. Hébert, général des Eudistes, son confesseur. Du moins nous connaissons un estimable ecclésiastique, M. l’abbé D., V. de S.L. en L., qui avait des relations avec M. Hébert, et qui fut chargé par lui de transcrire la prière et le vœu. C’est de lui que nous tenons la copie que nous en avons. Il a été appelé dernièrement chez une pieuse princesse qui recueille avec un soin religieux des débris sur une victime chère à sa sensibilité. Interrogé par elle il n’a pas pu assurer si les deux écrits étaient de la main de Louis XVI dont il  ne connaissait pas l’écriture, mais il a certifié qu’ils lui avaient été remis par son confesseur, avec lequel il vivait dans l’intimité. Il paraît même que ces deux pièces ont déjà vu le jour, et qu’elles ont été insérées dans un recueil de prières, imprimé sans nom d’année. Au surplus, elles sont rares et peu connues. Elles donneront une haute idée de la piété de leur auguste auteur. Elles peuvent presque marcher de pair avec ce testament sublime dans sa simplicité, où ce Prince a si bien peint la beauté de ses vues et la religieuse sévérité avec laquelle il se jugeait lui-même. Mais il est temps d’écouter ce vertueux monarque parlant de lui-même… [ici aussi donc, se place le texte déjà publié > ici].
Nous apprenons qu’un autre ecclésiastique, aujourd’hui curé d’une des paroisses de la capitale, M. l’abbé C. curé de B.N., fut chargé par M. Hébert de faire, au nom du Roi, une neuvaine relativement à son vœu. Il la fit en effet dans une maison retirée. Il se rappelle parfaitement le fait, et l’atteste. Nous avons du plaisir à consigner ici ces témoignages et ces détails, qui seront recueillis avec intérêt par les personnes zélées pour la mémoire de l’auguste victime, et empressées de rassembler tout ce qui peut faire éclater ses vertus et constater sa piété. »

Ex-voto de Madame Elisabeth - cathédrale de Chartres

Les deux Cœurs de Jésus et Marie :
ex-voto de Madame Elisabeth de France offert à la cathédrale de Chartres

Addenda – Quelques commentaires personnels sur la publication du R.P. de Franciosi :

1) – Au premier paragraphe cité ci-dessus, il est question de la visite de Leurs Majestés et de leurs proches à la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 10 février 1790. Cette visite est en effet bien attestée par plusieurs personnes qui furent présentes.
Il faut noter que ce 10 février était l’anniversaire de la publication de l’Edit de Saint-Germain (cf. > ici), par lequel Sa Majesté le Roi Louis XIII avait annoncé la consécration de la France à la Très Sainte Vierge Marie. Quand on y réfléchit bien, il paraît tout-à-fait raisonnable de penser que Sa Majesté le Roi Louis XVI savait pertinemment quel anniversaire ramenait ce 10 février et que la « promenade » qui a conduit la Famille Royale jusqu’à Notre-Dame de Paris n’était en rien fortuite. D’autant qu’on voit le Roi s’avancer résolument vers le sanctuaire pour s’aller agenouiller devant la statue de la Très Sainte Vierge Marie.
Quelle prière fut lue par le Roi et les assistants ce jour là ? Ici, les écrits diffèrent.
Certains auteurs disent que c’est Madame Elisabeth qui fit alors distribuer aux assistants une prière copiée sur plusieurs papiers et en concluent qu’il s’agirait donc d’une prière composée par cette sainte princesse elle-même pour demander la conservation de la foi catholique en France.
D’autres écrivent que le Roi prit le texte d’une prière que proposait aux fidèles de passage dans la cathédrale une pieuse femme qui se trouvait là, et qu’il s’agissait d’une prière de consécration au Cœur de Marie.
D’autres enfin, tels les auteurs que cite ici le R.P. de Franciosi, parlent de consécration au Sacré-Coeur de Jésus.
Nous ne pouvons en fait rien assurer de façon absolue, car ce qui est en revanche tout-à-fait certain c’est que le texte de cette prière ne nous est pas parvenu.

2) – L’ex-voto des deux Cœurs de Jésus et Marie conservé au trésor de la cathédrale de Chartres, dont il est également fait mention dans le premier paragraphe ci-dessus, n’est pas en or, mais en vermeil. Il fut commandé par Madame Elisabeth et envoyé par elle à Notre-Dame de Chartres pour concrétiser sa supplication pour la conservation de la foi catholique dans le Royaume.
Cet ex-voto s’ouvre en effet, comme le montre la photographie ci-dessous, et on y voit écrit non pas tous « les noms des associés » comme le dit le texte cité par le R.P. de Franciosi, mais d’un côté : « le Roi et la famille Royale » et de l’autre « L’Eglise de France ».

intérieur de l'ex-voto de Madame Elisabeth

Intérieur de l’ex-voto de Madame Elisabeth

3) – Enfin la longue citation de « L’Ami de la Religion et du Roi » apporte le témoignage de deux ecclésiastiques, vivants en 1815 et ayant tous deux connu le Bienheureux François-Louis Hébert (on est alors 23 ans après les événements), en faveur de l’authenticité du vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur, niée aujourd’hui par quelques historiens.
Il est tout-à-fait vraisemblable que la « pieuse princesse qui recueille avec un soin religieux des débris sur une victime chère à sa sensibilité » est la fille du Roi-martyr, Marie-Thérèse Charlotte de France, alors duchesse d’Angoulème, dont on sait par de nombreux autres témoignages qu’elle s’est en effet attachée à faire chercher tous les objets ayant appartenus à ses parents qui avaient échappé aux destructions des fanatiques et qui avaient été recueillis par des fidèles. De là l’intérêt qu’elle porte spécialement à savoir si les copies du vœu en possession de ce prêtre, qui n’est mentionné que par ses initiales, sont de la main du feu Roi son père.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Voeu de Louis XVI - église du Sacré-Coeur de Douarnenez

Vœu de Sa Majesté le Roi Louis XVI
(détail d’un vitrail de l’église du Sacré-Cœur de Douarnenez)

Scapulaire Sacré-Coeur

Publié dans:Non classé |on 27 juin, 2019 |1 Commentaire »

2019-55. Le 26 juin, nous fêtons les Bienheureuses Filles de la Charité d’Arras, martyres de la révolution.

26 juin,
Fête de la Bienheureuse Marie-Madeleine Fontaine et de ses compagnes, vierges et martyres ;
Mémoire des Saints Jean et Paul, martyrs ;
Mémoire du 3ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste.

Arras - le beffroi et la petite place

Arras : le beffroi et la petite place

A la veille de la révolution, la « maison de Charité » d’Arras est une ruche active : sept sœurs de Saint Vincent de Paul y assurent les soins aux malades, la visite des familles pauvres et éduquent les jeunes enfants. Leurs services sont très appréciés de la population.
Comme dans tout le Royaume, à Arras, la révolution va rapidement révéler son véritable visage et les lois anti-catholiques vont poser des cas de conscience aux religieuses. L
e 9 avril 1792, la supérieure générale des Filles de la Charité, avait adressé aux sœurs un courrier dans lequel on pouvait lire, entre autres : « Je vous prie de ne pas abandonner le service des pauvres, si vous n’y êtes forcées… Pour pouvoir continuer le service des pauvres, prêtez-vous à tout ce que honnêtement on pourra exiger de vous dans les circonstances présentes, pourvu qu’il n’y ait rien contre la religion, l’Eglise et la conscience. »

Après l’emprisonnement de la Famille Royale, lorsque la situation devient de plus en plus difficile, la supérieure de la petite communauté d’Arras laisse à ses sœurs le choix de rentrer dans leurs familles, si elles le souhaitent ; une seule d’entre elles le fait. Mais lorsque la Terreur va s’installer de manière plus violente dans la capitale de l’Artois, la supérieure va alors ordonner aux deux plus jeunes de la communauté de partir pour l’exil.
A la fin de l’année 1793, quatre sœurs se trouvent donc à Arras et continuent leurs activités.
Ce sont :
- Sœur Marie-Madeleine Fontaine, originaire d’Etrépagny (Vexin normand), entrée dans la Compagnie en 1748 à l’âge de 25 ans. Supérieure de la communauté, sa sagesse et sa compétence sont largement appréciées.
- Sœur Marie-Françoise Lanel, née en 1745 à Eu (Normandie), entré dans la Compagnie des Filles de la Charité à l’âge de 19 ans.
Sœur Thérèse Fantou, née à Miniac-Morvan (Bretagne) en 1747, devenue Fille de la Charité à 24 ans.
- Sœur Jeanne Gérard, née à Cumières (Lorraine) en 1752, et entrée dans la Compagnie des Filles de la Charité en 1776.

Joseph Lebon

Joseph Lebon, prêtre oratorien apostat

Le prêtre apostat, Joseph Lebon, envoyé à Arras par le comité de salut public fait régner dans la ville un climat de violence et de peur. La maison de Charité devient « maison de l’Humanité » ; un directeur pointilleux y est installé, surveillant l’activité des sœurs ; les vexations s’intensifient ; les faux témoignages se multiplient. Les héroïques filles de Saint Vincent de Paul sont plusieurs fois sommées de prêter le serment dit de « liberté-égalité », mais elles le repoussent énergiquement comme contraire à leurs consciences.
Le pape Benoît XV a loué leur attitude en ces termes : « Elles refusèrent de prêter un serment pour des lois iniques, parce qu’elles voulurent garder immaculée leur foi, parce qu’elles n’écoutèrent que la voix de la conscience, qui les avertissait de ne pas s’écarter non seulement des commandements, mais des conseils du Chef suprême de l’Eglise. »

Le 14 février 1794, les sœurs sont arrêtées et conduites à l’abbatiale Saint-Vaast, transformée en prison, puis à celle de la Providence. Près des prisonnières, désemparées devant l’incertitude de leur avenir, elles apportent écoute et compassion. Sept semaines après leur incarcération, le 4 avril, les sœurs subissent un premier interrogatoire devant deux membres du comité de surveillance, les citoyens Pater et Boizard, décidés à ne pas traîner. Le principal chef d’accusation sera qu’on a découvert dans leur maison des exemplaires de publications contre-révolutionnaires (sans doute mises là par le directeur qu’on leur avait imposé).
Voici le procès verbal de l’interrogatoire de Sœur Marie-Madeleine Fontaine :
« L’an deuxième de la République une et indivisible, le quinze germinal, en exécution de l’arrêté du Comité de surveillance et révolutionnaire de ce jour, a été amenée, pardevant les membres qui le composent, Madeleine Fontaine, laquelle a répondu de la manière suivante aux questions qui lui ont été proposées :
Interrogée de ses nom, surnom, âge, qualité et demeure – A répondu s’appeler Madeleine Fontaine, âgée de soixante onze ans, cy-devant soeur de la Charité d’Arras, actuellement en la maison d’arrêt dite de la Providence.
A elle demandé si elle sait pourquoi elle est en la maison d’arrêt. – A répondu que non.
A elle demandé si elle en soupçonne le motif. – A répondu qu’elle soupçonne que c’est à cause qu’elle a refusé de prêter le serment, ne le devant pas, n’étant pas religieuse [Note : en effet, selon l’usage de l’époque, les Filles de la Charité, qui ne prononcent pas des vœux solennels et ne sont pas des cloîtrées, ne sont pas considérées comme des religieuses au sens canonique strict, et de ce fait donc elles arguent ne pas être obligés par le serment que la loi impose à tous les religieux et religieuses] .
A elle demandé qu’elles (sic) étoient ses liaisons pendant qu’elle étoit sœur de la Charité. – A répondu qu’elle n’en a eu qu’avec les pauvres au service desquels elle s’étoit dévouée.
A elle demandé si elle lisoit les papiers publics, et si elle en recevoit pour sa maison. – A répondu que non, qu’elle n’étoit pas assez riche pour cela.
A elle demandé si personne ne les lui faisoit passer journellement. – A répondu que non, qu’elle n’avoit pas le tems de s’abonner.
A elle demandé si elle n’a pas lu l’Ami des Campagnes et la Protestation des catoliques d’Alais et le Courrier Boîteux. – A répondu que non.
A elle demandé si elle a connoissance qu’il ait été déposé ches elle, quelques paquets de Gazettes Marchand, un paquet du Courrier Boîteux et les brochures cydessus. – A répondu que non.
A elle représenté lesdits paquets et demandé si elle les a vus ou s’ils ont appartenu à sa maison. – A répondu que non.
Lecture faite à laditte Fontaine de ses réponses aux interrogats (sic) cydessus. – Elle a déclaré qu’elles contiennent vérité et a signé.
Madeleine FONTAINE - PATER - BOIZARD, président. »

Dans la soirée de ce 4 avril, le Comité de surveillance se réunit pour la seconde fois et prit l’arrêté suivant :
« Vu la dénonciation couchée, cejourd’hui, sur le registre reposant en la secrétairerie du Comité de surveillance et révolutionnaire d’Arras, par le citoyen Mury, directeur de la Maison de secours dite de la Charité, la déposition d’Eugénie Mury sa fille, aussi de cejourd’hui, les réponses des nommées Madeleine Fontaine, Marie Lanel, Madeleine Fanto (sic) et Jeanne Gérard, toutes quatre cy-devant soeurs de la Charité, actuellement détenues en la maison d’arrêt dite de la Providence, aux interrogats (sic) qui leur ont été aussi cejourd’hui proposés.
L’Assemblée, considérant qu’il résulte des pièces ci-dessus une violente présomption que lesdites Fontaine, Lanel, Fanto et Gérard ont caché en la maison par elles ci-devant habitée, des papiers de gazettes contre-révolutionnaires et tendant à exciter à la révolte et allumer la guerre civile dans ce département.
Arrête, que lesdites Fontaine, Lanel, Fanto et Gérard seront conduite en la maison d’arrêt du tribunal révolutionnaire du département, et que les pièces ci-dessus reprises, ensemble le présent arrêté, seront envoyés à l’Administration du District d’Arras dans les vingt-quatre heures, conformément aux dispositions de la loi du dix-huit nivôse dernier.
BOIZARD, Président - GUILLEMAN, Secrétaire. »

Ainsi de la négation unanime des quatre accusées, jointe à l’invraisemblance du fait reproché, et à l’impossibilité de trouver une preuve juridique, il résulte pour les juges de Joseph Lebon « une violente présomption » que les soeurs sont coupables.
Elles sont alors conduites à la maison d’arrêt des Baudets. Le registre aux écrous de cette prison fait mention de leur entrée, à la date du 16 germinal (5 avril) :
« L’an 2e de la République une et indivisible ont été amenées en la maison des Baudets, les citoyennes Madeleine Fontaine, Marie Lanel, Madeleine Fanto (sic) et Jeanne Gérard, toutes quatre cy-devant soeurs de la Charité, transférées de la maison de la Providence, et ce, par ordre du Comité de surveillance et révolutionnaire d’Arras, avec défense au gardien de les laisser sortir avant qu’il en soit autrement ordonné. » 

Dans leur nouvelle prison, les soeurs trouvèrent plus de désolation et de tristesse que dans la maison de la Providence. La maison d’arrêt des Baudets d’Arras était de fait, comme la Conciergerie à Paris, le vestibule du tribunal révolutionnaire, sinon le premier degré de l’échafaud.
Elles y furent retenues 
quatre-vingt-deux jours, du 5 avril au 25 juin. Pendant les douze semaines de cette détention en ce lieu de tourments, les soeurs virent de plus près les souffrances, parfois atroces, de leurs malheureux compagnons de captivité.

Quelques rares échos de leurs sentiments intimes sont arrivés jusqu’à nous. La soeur Fantou parvint à donner des nouvelles à sa famille ; une lettre longtemps conservée et malheureusement perdue aujourd’hui, résumait l’état d’âme des Filles de Saint Vincent.
Vivement frappées de la désolation qui régnait autour d’elles, elles souffraient surtout de voir tant d’innocents jetés chaque jour dans les cachots, puis, appelés pour être contraints de monter dans les fatales charrettes qui les emmenaient à Cambrai où était dressée la guillotine. Sans illusions pour elles-mêmes, elles n’attendaient plus que la mort et se préparaient généreusement à consommer leur sacrifice.
La soeur Fantou avait appris la terrible persécution qui sévissait en Bretagne, au lendemain de la défaite de la Grande Armée Catholique et Royale, et, du fond de sa prison, elle recommanda aux siens d’être fidèles à la Religion et à Dieu, et de tout souffrir plutôt que d’abandonner leur Foi.

Le dimanche 25 juin, un convoi régulier était déjà parti. Après les transes mortelles de l’appel des condamnés et la tristesse des adieux, les détenus des Baudets se croyaient pour ce jour, à l’abri de nouvelles alertes, quand tout à coup arriva de Cambrai une lettre de l’accusateur public Caubrière, disant au citoyen Ansart, agent national près le District :
« Frère, fais partir, sitôt la réception de la présente, les quatre ci-devant soeurs de la Charité dont l’administration a fait passer les pièces au représentant. Ne perds pas un instant. Fais-les venir la nuit au grand trot. Je compte sur ton zèle pour la punition des conspirateurs : je les attends donc demain de très grand matin.

J. CAUBRIERE. »
La suscription portait ces mots significatifs : « Très pressé : par ordonnance. »
Un convoi extraordinaire fut aussitôt organisé, qui s’ébranla à 1 h du matin.

transfert des soeurs d'arras à cambrai

Transfert des Filles de la Charité d’Arras vers l’échafaud
(tableau, dans l’église de Miniac-Morvan, village natal de la Sœur Thérèse Fantou)

A son arrivée à Cambrai, vers 8 h 30, la charrette fut dirigée sur la maison d’arrêt du tribunal, située rue de la Force, tout près de l’Hôtel-de-Ville. Le geôlier n’attendait pas les nouvelles venues : mécontent, il prétexta le trop-plein de la prison. La voiture dut se remettre en marche et prendre le chemin de l’ancien séminaire où on les enferme dans la chapelle. La nouvelle se répandit très vite que des soeurs d’Arras venaient d’arriver et qu’elles étaient conduites directement au tribunal et à l’échafaud. Des femmes du peuple très émues de ce douloureux spectacle et ne voulant pas se trouver sur la place en face de la guillotine, quand coulerait le sang des vierges consacrées à Dieu, vendirent au plus tôt, presque pour rien, leurs légumes, beurre ou autres produits, et quittèrent le marché.

Le moment arriva pour les soeurs de comparaître devant ces hommes qui n’avaient rien d’humain. Elles suivirent le couloir intérieur de la salle, gravirent l’escalier rapide de la grande estrade et parurent aux regards d’une foule plutôt sympathique ; mais la condamnation à mort était inévitable, elle ne se fit pas attendre.

La Soeur Marie-Madeleine Fontaine, principale accusée, fut condamnée la première comme « pieuse contre-révolutionnaire, ayant conservé pieusement et même caché sous un tas de paille une foule de brochures et de journaux renfermant le royalisme le plus effréné, ayant refusé le serment, ayant même insulté aux commissaires du district en leur disant que cela n’irait pas, qu’il n’y avait plus de diable (sic) dans l’enfer, qu’ils étaient sur la terre ».
La même peine était portée contre les soeurs Jeanne Gérard, Marie Lanel, Thérèse-Madeleine Fantou, « complices de ladite Madeleine Fontaine. »

Le peuple savait bien que la véritable cause de la prison et de la mort des soeurs, était leur titre de vierges consacrées à Dieu, leur attachement inébranlable à la religion chrétienne et à leur saint état. Aussi n’y eut-il aucun cri d’approbation ni applaudissement à l’énoncé de la sentence. Les sœurs  furent donc amenées aux bourreaux charger de procéder à leur « toilette ».
Les soeurs tenaient à la main leurs chapelets, dont la récitation les consolait et soutenait leur courage. Le bourreau voulut les leur enlever, pour leur lier les mains derrière le dos. Elles, jusque-là douces comme des agneaux et, en apparence, insensibles à tout, à l’exemple du divin Maître, elles s’étaient laissé arrêter, conduire dans différentes prisons, traduire devant les juges sans opposer la moindre résistance, pour la première fois, se montrèrent indignées, se redressèrent vivement, pressèrent le chapelet sur leur poitrine et refusèrent catégoriquement de s’en dessaisir. Un des accusateurs publics, Darthé, ordonna grossièrement d’aller de l’avant et de leur arracher ce qu’il appelait des amulettes ; l’huissier André, plus spirituel, voulut soulever l’hilarité des spectateurs habitués à se moquer des choses les plus saintes, et, dans ce but, il proposa de placer les chapelets en forme de couronne sur la tête des victimes, ce qui fut accepté.
Les soeurs virent dans cette couronne une preuve touchante de la bienveillance spéciale que leur témoignait leur Mère du Ciel, et 
parées de leur virginale couronne, fortes d’une fidélité inébranlable à leur vocation et à leurs vœux, elles allèrent à la mort et au triomphe avec une douce joie. Elles continuèrent de prier sous le regards de la foule pressée autour de la charrette, et en imposèrent aux plus malveillants. Le silence réservé, sympathique, qui avait accueilli leur condamnation, les accompagna dans les rues de Cambrai.

L’attitude de la Sœur Fontaine frappait plus particulièrement les assistants : elle était l’âme du groupe, elle avait davantage l’air inspiré et c’est elle surtout qui parlait et consolait au nom du Bon Dieu.

Filles de la Charité d'Arras

Le martyre des Filles de la Charité d’Arras
à Cambrai le lundi 26 juin 1794

Sur la Place d’Armes, au pied de la guillotine, les soeurs tombèrent à genoux et attendirent, dans la prière, le moment de consommer leur sacrifice ; bientôt elles gravirent lentement, l’une après l’autre, les degrés sanglants de l’échafaud ; on entendit plusieurs fois, coup sur coup, le cliquetis funèbre du lourd couteau et on vit rouler trois têtes.
La Sœur Fontaine mourut la dernière. Avant de se présenter au bourreau, elle voulut, une dernière fois, adresser des paroles de consolation et d’espérance au peuple assemblé qui n’avait cessé de les respecter, elle et ses compagnes. Elle s’avança vers lui, nous dit une lettre du temps, et, pleine de foi et de confiance, elle cria avec force : « Chrétiens, écoutez-moi. Nous sommes les dernières victimes. Demain la persécution aura cessé, l’échafaud sera détruit, et les autels de Jésus se relèveront glorieux. » Sa tête roula sur la place et alla heurter celles des trois compagnes, tandis que sa belle âme, unie aux leurs, montait au ciel.
Leurs corps furent jetés dans la fosse commune du cimetière de la porte Notre-Dame, appelé aujourd’hui cimetière Saint-Géry.

Elles ont été béatifiées le 13 juin 1920 par Sa Sainteté le pape Benoît XV.

nika

Oraison :

Dieu éternel et tout-puissant, Vous avez donné aux Bienheureuses Marie-Madeleine, Marie-Françoise, Thérèse et Jeanne, le courage de mourir pour la liberté de la Foi : que leur prière nous obtienne la grâce de supporter toute adversité par amour du Christ et de tendre de toutes nos forces jusqu’à Lui qui vit et règne avec Vous, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

palmes

Publié dans:Non classé |on 25 juin, 2019 |5 Commentaires »

2019-54. Du dernier « Ave, Maria » de Georges Cadoudal.

- 25 juin 1804 -

frise lys deuil

Georges Cadoudal

Georges Cadoudal

Je ne veux point aujourd’hui présenter ici une biographie de Georges Cadoudal (1771-1804), mais seulement rapporter une courte anecdote, qui m’a beaucoup marqué, et qui se place seulement quelques instants avant le moment où le couperet allait lui trancher la tête.

Le général chouan était un homme de conviction ; la foi était profondément ancrée en lui, en son âme, en sa vie, en ses réactions.
Ce 25 juin 1804, il est environ 11 heures du matin lorsqu’il arrive, avec ses onze compagnons, au pied de l’échafaud, dressé en place de grève. Il s’est dûment préparé à la mort, en vrai chrétien, et il est accompagné de son dernier confesseur, Monsieur l’abbé de Kervanan.
Georges Cadoudal, qui a refusé toute démarche de demande de grâce auprès du Buonaparte (lequel avait laissé entendre qu’il la lui aurait accordée : il espérait en effet le « retourner » et en faire un homme à lui), a demandé à être guillotiné le premier, contrairement à l’usage selon lequel le chef de bande était exécuté en dernier, afin que ses compagnons ne puissent douter de son engagement et penser qu’il pourrait accepter une grâce de dernière minute.
Il avance donc d’un pas résolu vers la guillotine et récite à voix haute « Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni ! Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant ! »
L’abbé de Kernavan, étonné de ne pas entrendre le chouan achever la prière, lui dit : « Continuez… »
Mais Cadoudal, hausse les épaules et esquisse un sourire : « A quoi bon, Monsieur l’Abbé ? Et à l’heure de notre mort, n’est-ce pas maintenant ? »

Avant que la lame ne lui tranche le cou, il a encore le cran de crier à trois reprises : « Vive le Roi ! »

frise lys deuil

Publié dans:Non classé |on 25 juin, 2019 |3 Commentaires »

2019-52. De la triple donation de la France.

- mardi 21 juin 1429 -

à Saint-Benoît sur Loire

Est-il besoin de présenter et de commenter longuement ce texte ?
Sa concision même et les paroles presque lapidaires de Sainte Jeanne d’Arc sont plus éloquentes que de longues démonstrations argumentées : la France est à Dieu, et Dieu la confie au Roi légitime en qualité de lieu-tenant.
C’est simple et limpide, et c’est tout le sens de nos engagements qui sont spirituels qui, en toute cohérence, ont nécessairement des conséquences temporelles.

Rencontre-Charles-et-Jeanne

Jeanne devant Charles VII
(enluminure du manuscrit de Martial d’Auvergne « Les Vigiles de Charles VII », vers 1484 – BNF)

Jehanne dit à Charles :

« Sire, me promettez-vous de me donner ce que je vous demanderai ? »

Le Roi hésite, puis consent.

« Sire, donnez-moi votre royaume ».

Le Roi, stupéfait, hésite de nouveau ; mais, tenu par sa promesse et subjugué par l’ascendant surnaturel de la jeune fille :

« Jehanne, je vous donne mon royaume ».

Cela ne suffit pas : la Pucelle exige qu’un acte notarié en soit solennellement dressé et signé par les quatre secrétaires du Roi ; après quoi, voyant celui-ci tout interdit et embarrassé de ce qu’il avait fait :

« Voici le plus pauvre chevalier de France : il n’a plus rien ».

Puis aussitôt après, s’adressant aux secrétaires :

« Écrivez : Jehanne donne le royaume à Jésus-Christ ».

Et bientôt après :

« Jésus rend le royaume à Charles ».

Père Jean Dupuy, o.p., Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 1885, p. 652,
d’après le Breviarium historiale, texte rédigé au cours de l’été 1429.

Sacre de Charles VII - vitrail de l'église de Lunévillenéville - détail

Le sacre de Charles VII
(détail d’une verrière de l’église de Lunéville)

Publié dans:Non classé |on 20 juin, 2019 |2 Commentaires »

2019-50. Simples questions au jour anniversaire de la victoire de Patay.

Mardi 18 juin 2019,
Fête de Saint Ephrem, confesseur et docteur de l’Eglise ;
590ème anniversaire de la victoire de Patay (18 juin 1429).

18 juin 1429 - bataille de Patay

La victoire de Patay (Lionel Royer – basilique du Bois-Chenu, à Domremy)

Imaginez un seul instant que, au lieu de prendre l’épée et d’entraîner les hommes d’armes à la bataille, Jeanne ait voulu susciter un grand défilé pacifiste « Je suis Charlie (VII) »
Imaginez un seul instant que, au lieu de flanquer de bonnes déculottées aux Godons et aux Bourguignons, elle ait organisé des « meetings » pour la paix, au nom de la fraternité universelle (obligatoire et laïque)…
Imaginez un seul instant que, au lieu de proclamer : « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire », elle ait lancé des débats télévisés sur une chaîne d’information continue avec les représentants du « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples », de la « Ligue des droits de l’homme », du « Conseil pontifical justice et paix » et de « l’Ordre indépendant du B’nai B’rith »
Imaginez un seul instant qu’au lieu de renvoyer de l’armée les ribaudes et d’inciter les guerriers à la confession, elle ait établi des « marches des fiertés » festives et colorées pour que tous les types de sexualité puissent s’épanouir librement parmi les soldats…
Imaginez un seul instant qu’au lieu d’entendre dévotement la Sainte Messe les deux genoux en terre et d’y communier, elle ait préféré participer à des rencontres œcuméniques où chacun serait venu dire son sentiment avec la certitude que l’Esprit-Saint lui parle directement au cœur…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de s’obstiner à vouloir conduire à Reims pour y être sacré un Roi qui doutait de sa propre légitimité, elle ait coordonné un référendum d’initiative populaire où chacun se serait exprimé sur la forme du gouvernement à donner à la France…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de rappeler que le Roi légitime est lieu-tenant de Dieu en France, elle ait institué le suffrage universel  (à la proportionnelle) en affirmant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation »
Imaginez qu’au lieu de s’acharner à « bouter l’Anglois hors de France », elle se soit érigée en prophétesse de l’accueil indifférencié de tous les hommes et de toutes les différences…

C’est en se posant de semblables questions, qui pourraient alors donner lieu à la rédaction d’époustoufflantes uchronies que nous pouvons mesurer à quel point Chesterton était un véritable prophète lorsqu’il écrivait en 1908 : « Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus, elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles. Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles… » (Gilbert Keith Chesterton, « Orthodoxie »).

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise la décadence absolue de notre époque, tant sur le plan intellectuel que spirituel, la décadence de la pensée politique et de la pensée religieuse.

C’est en se posant de semblables questions que l’on perçoit de manière irréfragable que si Jeanne avait agi ainsi elle ne serait pas devenue sainte, la sainte que nous aimons, admirons et vénérons.

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise que s’il en eût été ainsi en 1429, nous ne serions sans doute aujourd’hui ni français ni catholiques, parce qu’il n’y aurait probablement plus depuis belle lurette ni France ni catholicisme !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Publié dans:Non classé |on 18 juin, 2019 |7 Commentaires »

2019-41. Du sermon de Saint Antoine de Padoue aux poissons.

Après avoir évoqué il y a quelques jours Saint Antoine le Grand, appelé aussi Saint Antoine du désert ou Saint Antoine d’Egypte (cf. > ici), je veux aujourd’hui évoquer un autre très grand saint qui porte lui aussi ce prénom d’Antoine et qui figure au nombre des saints les plus populaires et les plus vénérés dans toute la Chrétienté : Saint Antoine de Padoue.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de la grande dévotion qui est la nôtre envers cet extraordinaire thaumaturge (par exemple > ici). Vous trouverez aussi dans les pages de ce blogue la belle catéchèse du 10 février 2010 dans laquelle le pape Benoît XVI a présenté sa vie et son œuvre (cf. > ici), ainsi que la prière que j’ai composée et qui, selon les témoignages reçus, semble avoir quelque « efficacité » (cf. > ici).
Mais en ce jour, je veux tout simplement retranscrire ici le chapitre XL des « Fioretti » de Saint François d’Assise qui raconte l’un des miracles de Saint Antoine de Padoue : le sermon aux poissons.
Dieu, qui n’a de mépris pour aucune de Ses créatures, se sert parfois de ces animaux que certains « spirituels » considèrent comme négligeables, au prétexte qu’ils ne sont pas dotés, comme l’homme, d’un esprit créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et appelé à recevoir la vie divine, pour donner de grandes leçons et confondre ceux qui se prétendent « spirituels » et en raison de cela n’ont point d’égard pour les animaux…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons - vitrail de l'église Saint-Ferdinant à Arcachon

Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons
(vitrail de l’église Saint-Ferdinand à Arcachon)

Gif animé poisson d'avril 3

Du miracle que Dieu fit lorsque Saint Antoine, étant à Rimini, prêcha aux poissons de la mer

Le Christ béni voulant montrer la grande sainteté de son très fidèle serviteur Saint Antoine, et combien dévotement il fallait entendre sa prédication et sa sainte doctrine, se servit une fois entre autres des animaux sans raison, c’est-à-dire des poissons, pour reprendre la sottise des infidèles hérétiques (note : il s’agissait de personnes séduites par les erreurs des cathares), à la manière dont il avait jadis, dans le Vieux Testament repris par la bouche de l’ânesse, l’ignorance de Balaam.

Saint Antoine était donc une fois à Rimini où il y avait une grande multitudes d’hérétiques, et il voulait les ramener à la lumière de la vraie Foi et dans le chemin de la Vérité : pendant plusieurs jours il leur prêcha et disputa avec eux de la Foi du Christ et de la Sainte Ecriture ; mais non seulement ils ne se rendaient point à ses saints discours, mais même, comme endurcis et obstinés, ils ne voulaient pas l’écouter ; aussi, un jour, par divine inspiration, Saint Antoine s’en alla à l’embouchure du fleuve au bord de la mer ; et se tenant sur la rive entre la mer et le fleuve, il commença, comme s’il prêchait, par dire aux poissons de la part de Dieu :
« Ecoutez la parole de Dieu, vous poissons de la mer et du fleuve, puisque les infidèles hérétiques refusent de l’entendre. »

A peine eut-il ainsi parlé qu’il vint aussitôt vers lui, à la rive, une telle multitude de poissons, grands, petits et moyens, que jamais dans cette mer et dans ce fleuve on en avait vu une si grande quantité ; et tous se tenaient la tête hors de l’eau et demeuraient attentifs tournés vers le visage de Saint Antoine, tous en très grande paix, en très grand calme, en très grand ordre ; car au premier rang et le plus près de la rive se tenaient les plus petits poissons, et derrière eux les poissons moyens, et en arrière encore, où l’eau était plus profonde, les plus grands poissons.

Les poissons étant donc ainsi rangés en tel ordre et disposition, Saint Antoine commença à leur prêcher solennellement ; il parla ainsi :
« Mes frères les poissons, vous êtes fort obligés, selon votre pouvoir, de rendre grâce à votre Créateur, qui vous a donné un si noble élément pour votre habitation, en sorte qu’à votre choix vous avez des eaux douces et des eaux salées ; Il vous a donné beaucoup de refuges pour éviter les tempêtes ; Il vous a donné encore un élément clair et transparent et la nourriture qui vous permette de vivre. Dieu votre Créateur courtois et plein de bonté, quand Il vous créa, vous donna l’ordre de croître et de vous multiplier, et vous donna Sa Bénédiction. Puis, au déluge universel, alors que mouraient tous les autres animaux, Dieu vous conserva seuls sans dommage. Ensuite, Il vous a donné des nageoires pour pouvoir aller çà et là partout où il vous plaît. A vous il fut accordé, par le commandement de Dieu, de garder le Prophète Jonas et après trois jours de le rejeter à terre sain et sauf. Vous avez offert le cens à Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, comme un petit pauvre, n’avait pas de quoi payer. Par un mystère singulier, vous avez été la nourriture de l’éternel Roi Jésus-Christ avant et après Sa Résurrection. Pour tout cela, vous êtes extrêmement obligés de louer et de bénir Dieu, qui vous a donné tant de bienfaits de plus qu’aux autres créatures. »

A ces paroles et enseignements, et autres semblables de Saint Antoine, les poissons commencèrent à ouvrir la bouche et à incliner la tête, et par ces signes de respect et d’autres encore, ils louaient Dieu comme il leur était possible.
Alors Saint Antoine, voyant un tel repsect des poissons envers leur Créateur, se réjouit en esprit et dit à haute voix : « Béni soit le Dieu éternel, parce que les poissons des eaux L’honorent plus que ne le font les hommes hérétiques, et que les animaux sans raison écoutent mieux Sa Parole que les hommes infidèles ».
Et plus Saint Antoine prêchait, plus croissait la multitude des poissons, et pas un ne quittait la place qu’il avait prise.

A ce miracle, les gens de la ville commencèrent d’accourir et, parmi eux, y vinrent même les susdits hérétiques, qui, voyant le miracle si merveilleux et manifeste, le coeur touché de componction, se jetèrent tous aux pieds de Saint Antoine pour entendre sa prédication.
Alors Saint Antoine commenca de prêcher sur la Foi Catholique et prêcha si noblement sur ce sujet qu’il convertit tous ces hérétiques et les fit retourner à la vraie Foi du Christ ; tous les fidèles en demeurèrent en grande allégresse, réconfortés et fortifiés dans la Foi.
Cela fait, Saint Antoine congédia les poissons avec la bénédiction de Dieu, et tous s’en allèrent donnant de merveilleux signes d’allégresse ; et le peuple fit de même.
Puis Saint Antoine resta à Rimini pendant nombre de jours, prêchant et produisant beaucoup de fruits spirituels dans les âmes.

A la louange du Christ. Amen.

Fioretti de saint François d’Assise, chapître XL.

Gif animé poisson

Publié dans:Non classé |on 16 mai, 2019 |4 Commentaires »

2019-40. De la très admirable abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné.

Samedi 11 mai 2019,
Fête transférée de Marie-Médiatrice de toutes grâces (habituellement célébrée le 8) ;
Commémoraison de Saint Mamert, évêque et confesseur (le 1er des saints de glace) ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand en Dauphiné (11 mai 1070).

Saint-Antoine l'Abbaye - gravure

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans sa chronique du 18 janvier dernier (cf. > ici), le Maître-Chat Lully, évoquant le pèlerinage que j’avais accompli la veille auprès des reliques de Saint Antoine le Grand (appelé aussi Saint Antoine d’Egypte ou Saint Antoine du désert), vous promettait la publication d’une série de photographies de cette admirable église abbatiale prises ce 17 janvier.
Les jours, les semaines et les mois ont passé… La promesse tient toujours !
Tout vient à point pour qui sait attendre : comme c’est aujourd’hui, 11 mai, l’anniversaire de la translation des reliques du « Père de tous les moines d’Orient et d’Occident », la date me paraît particulièrement indiquée pour tenir la promesse que le Maître-Chat vous avait alors faite.

Le village de Saint-Antoine l’abbaye se trouve à proximité de Saint-Marcellin, dans l’actuel département de l’Isère. Il s’appelait autrefois Saint-Antoine en Dauphiné, nom qui avait supplanté, à partir de l’arrivée des reliques de Saint Antoine déposées dans l’église du prieuré bénédictin qui était établi ici, celui de La Motte aux bois qu’il portait originellement.
Voici aujourd’hui la vue de l’ensemble du bourg, couronné par les bâtiments de l’abbaye, qui se découvre à vos yeux, émergeant des brumes matinales, lorsque vous arrivez par le sud au matin de la fête liturgique de Saint Antoine.

Saint-Antoine l'Abbaye, vue générale

Après avoir gravi les ruelles pentues du bourg, vous avez aujourd’hui deux possibilités pour accéder à l’église abbatiale.
La première est cette entrée monumentale de l’ancienne abbaye : elle donne accès à la grande cour en bordure de laquelle sont bâtis les communs, ainsi qu’une partie des bâtiments claustraux.
C’est aujourd’hui l’entrée la plus usitée.

Porte d'entrée de l'abbaye

Voici cette grande cour telle qu’elle apparaît lorsqu’on passe le porche.
Comme elle est plantée d’arbres : il est plus facile d’en apprécier les dimensions et la perspective en hiver, lorsque les branches sont dépouillées de leurs feuilles.

La grande cour de l'abbaye

C’est ainsi en particulier que l’on peut admirer dans son ensemble la façade du pavillon abbatial qui domine cette grande cour…

Pavillon abbatial

… et avoir un recul suffisant pour admirer le clocher, avec sa toiture caractéristique de tuiles vernissées.

clocher de l'abbatiale

A la base de ce clocher se trouve l’entrée latérale de l’église abbatiale, qui donne dans le transept sud.

entrée latérale de l'abbatiale

C’est également depuis cette grande cour que l’on peut admirer l’ensemble du côté sud de l’église, avec les grandes baies gothiques des chapelles latérales édifiées entre les contreforts du bas-côté : chacune de ces baies gothique présente des caractéristiques originales, différentes de celles de sa voisine.

côté sud de l'abbatiale

Le second accès à l’église abbatiale, qui était jadis le principal pour les pèlerins, est constitué par un escalier qui amène à une porte donnant directement sur le parvis de l’église.

Degré de la porte du parvis de l'abbatiale

Porte du parvis

Parvis aperçu par la porte du dégré

Cette vue aérienne ancienne permet de bien voir la disposition de l’église abbatiale, et l’ensemble des bâtiments claustraux, ainsi que les deux portes d’accès : tout à gauche, en avant de l’église, la porte accédant sur le parvis, et tout à droite la porte monumentale de l’abbaye.

vue aérienne de l'ensemble abbatial

En arrivant sur le parvis, on est saisi par la beauté de la façade occidentale (malgré les dommages que lui firent subir les huguenots).

façade principale de l'abbatiale Saint-Antoine

L’étroitesse du parvis ne permettant pas d’avoir un recul suffisant pour la photographier dans son intégralité, j’ai là encore dû recourir à une ancienne carte postale offrant une vue aérienne.

Façade occidentale de l'abbatiale

Entrons maintenant dans l’abbatiale : on est impressionné par l’harmonie des proportions et la luminosité de l’édifice.

Nef principale vue générale

Levons les yeux pour admirer la succession des croisées d’ogives des voûtes de la grand’nef…

voûtes de la grand nef

… ainsi que l’élégance des voûtes de l’abside.

voûtes de l'abside

Le maître-autel, réalisé en 1667, est édifié légèrement en avant du transept.
Son architecture est tout-à-fait originale.

Maître-autel

Ce maître-autel renferme la châsse dans laquelle sont conservées les reliques de Saint Antoine le Grand.
Sur la face antérieure, on remarque une ouverture ovale très ouvragée, fermée par un volet de bois intérieur qui, lorsqu’on l’ouvre, permet d’apercevoir la châssse.

maître-autel : face antérieure

Une autre curiosité consiste dans le fait que les degrés de l’autel sont en nombre pair et non impair.

Maître-autel

Il ne comporte pas de tabernacle, mais il est surmonté d’une espèce d’oculus à l’intérieur duquel est suspendu la colombe symbolisant le Saint-Esprit.
Au sommet, deux anges debout élèvent une couronne fermée au-dessus du « Tau » qui est l’un des insignes de Saint Antoine le Grand et de l’Ordre des Antonins.

Maître-autel, face arrière et voûtes

La face arrière du maître-autel est élevée en bordure du transept.
Ce transept a en effet été conçu pour être un lieu de passage pour les pèlerins : passage qui sépare le sanctuaire et le chœur des religieux.
C’est à cet endroit précis que l’on peut être au plus près de la châsse de Saint Antoine : en effet une ouverture semblable à cette qui se trouve sur la face antérieure est pratiquée dans cette face arrière.
Au dessus de cette ouverture on peut lire : « Faciam te in toto orbe nominari » que l’on peut traduire par : « Je ferai connaître ton nom à tout l’univers », phrase qui fut dite par le Seigneur à Saint Antoine à l’issue de l’un de ses héroïques combats contre le démon.

Maître autel face arrière

C’est donc ici que l’on peut apercevoir la grande châsse d’argent dans laquelle se trouvent les reliques de Saint Antoine.

Aperçu de la châsse de Saint Antoine

En nous retournant vers l’est, ayant donc la face arrière du maître-autel dans notre dos, nous nous trouvons devant le chœur des religieux, autrefois fermé par une grille (fondue à la révolution) et pourvu de 97 belles stalles du XVIIe siècle.
Les trois fenêtres ogivales de l’abside sont illustrées par trois grands vitraux figuratifs du XIXe siècle.

Verrières du chœur

Celui du centre représente bien évidemment Saint Antoine le Grand auquel cette abbatiale est dédiée.

Vitrail de Saint Antoine

Le vitrail de droite représente le baron Josselin de Châteauneuf de l’Albe, qui rapporta les reliques de Saint Antoine de Constantinople, et les plaça ici le 11 mai 1070, fondant de ce fait le pèlerinage…

Josselin de Châteauneuf

… ce que rappelle aussi une inscription peinte à l’entrée du chœur :

inscription rappelant la translation des reliques

Et le vitrail de gauche représente le pape Calixte II (1050 – 1124), né Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne en Dauphiné, élu au Souverain Pontificat à Cluny le 2 février 1119, qui procéda en personne à la dédicace de cette abbatiale le 20 mars 1119, onze jours après son couronnement dans la primatiale de Vienne.

Calixte II

Cela est également rappelé par une inscription peinte à l’entrée du chœur :

Inscription souvenir de la dédicace

Dans le transept sud se trouve une chapelle où se trouve un splendide retable du XVIIe siècle, dont le tableau représente la rencontre de Saint Antoine le Grand avec Saint Paul, premier ermite.

autel de la rencontre de Saint Paul et Saint Antoine

tableau de la rencontre de Saint Paul et Saint Antoine

Sur le côté de cette chapelle se trouve aussi une statue de Saint Antoine que j’aime très particulièrement :

Statue de Saint Antoine

C’est souvent devant elle que je place le cierge que je ne manque jamais d’allumer en l’honneur de ce très grand saint.
J’en aime l’expression naïve, presque rustique, mais rayonnante de bonhomie…

statue de saint Antoine détail

… et j’ai beaucoup d’affection pour le petit cochon qui, à ses pieds, semble émerger de sa grande cape d’ermite !

statue de saint Antoine détail

Avant de quitter l’abbatiale, admirons le splendide grand orgue des XVIIe et XVIIIe siècles !

Grand orgue

L’abbatiale de Saint Antoine renferme encore de très nombreuses merveilles d’art sacré en sus des reliques du « Père de tous les moines », je vous en montrerai peut-être un autre jour d’autres exemples.
C’est l’un de mes lieux de pèlerinage favori auquel j’aime à me rendre au moins une fois par an, pour demander à Saint Antoine le Grand les grâces et bénédictions dont j’ai besoin dans ma vie monastique.

Le Maître-Chat Lully lui-même y a été emmené et placé sous la protection de ce très grand saint à l’automne 2016 (cf. > ici), puisque il ne faut pas oublier que Saint Antoine du désert est l’un des saints protecteurs des animaux (cf. > ici).

En cet anniversaire de l’arrivée de ses précieuses reliques en ce lieu béni, que Saint Antoine nous bénisse, nous, et tous nos charmants compagnons à quatre pattes !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Clocher de l'abbatiale Saint-Antoine

Publié dans:Non classé |on 11 mai, 2019 |5 Commentaires »

Une autre belle prière de Madame Elisabeth de France (1764 – 1794)

10 mai,
Fête de Saint Jean d’Avila, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Anniversaire du martyre de Madame Elisabeth de France (10 mai 1794).

Médaillon de marbre de Madame Elisabeth

Ce 10 mai 2019 est l’exact deux-cent-vingt-cinquième anniversaire du martyre de Son Altesse Royale Elisabeth Philippine Marie Hélène de France, communément appelée Madame Elisabeth (+ 10 mai 1794).
Nous ne pouvons que recommander la lecture des excellentes biographies – il en existe plusieurs – de cette héroïque Princesse dont NN.SS. les Evêques de France ont décidé de relancer la cause de béatfication.
Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue (cf. > ici) une prière pour demander des grâces par son intercession, ainsi que la très célèbre prière d’abandon confiant dite « de Madame Elisabeth », qui est en réalité une prière qu’elle récitait fréquemment et qu’elle recommandait à ses proches mais qui n’est pas de sa composition (cf. > ici).
En revanche, le texte publié ci-dessous, sur cette ancienne image de dévotion, est bien de sa plume, et nous pouvons à notre tour nous l’approprier : elle n’est pas très longue, elle peut se mémoriser aisément, et il sera alors facile de la réciter dans le cours de nos journées.

Trois lys blancs

Prière de Madame Elisabeth

Trois lys blancs

Publié dans:Non classé |on 10 mai, 2019 |7 Commentaires »

2019-38. « Ainsi la croix qui avait été jusqu’alors pour les hommes un sujet d’opprobre et de mépris, devint un objet de vénération et de gloire ».

3 mai,
Fête de l’Invention de la Sainte Croix ;
Pieuse mémoire des clercs massacrés à Lamastre par les huguenots le 3 mai 1587 (cf. > ici et > ici).

Parce que la fête de l’Invention de la Sainte Croix, célébrée depuis des siècles à la date du 3 mai, était traditionnellement un repère important de l’année liturgique (par exemple, dans le diocèse de Viviers où nous vivons, elle marquait le début des processions dominicales prescrites tous les dimanches avant la Grand’Messe et ce jusqu’au 14 septembre) est malheureusement aujourd’hui bien oubliée et que beaucoup de fidèles (* note) ignorent les circonstances de la découverte (c’est le sens du mot « invention ») du bois sacré de la Croix sur laquelle Notre-Seigneur a accompli notre salut, nous avons décidé de publier ici les textes du bréviaire traditionnel qui résument cette découverte, dans les leçons du deuxième nocturne des matines de cette fête.

Note :
Et d’ailleurs cela n’est pas seulement ignoré de beaucoup de fidèles mais aussi de nombreux prêtres, puisque ces faits ne se trouvent plus relatés que dans les bréviaires antérieurs à la réforme de Jean XXIII : ainsi donc beaucoup de prêtres traditionnels célébrant selon le missel et le bréviaire conformes au calendrier et aux rubriques de 1960 n’en entendent jamais parler !
Quant aux prêtres formés dans les séminaires diocésains ou interdiocésains – qui ne sont bien souvent que des foyers d’impiété – pour la nouvelle liturgie s’ils en entendent parler c’est comme pieuses « légendes » sans consistance historique et prêtant à sourire…

Agnolo Gaddi invention de la Sainte Croix

Agnolo Gaddi (1350 – 1396) : l’histoire de la Sainte Croix
(fresques de la chapelle du chœur de la basilique Sainte-Croix, à Florence, 1385-87)

L’invention de la Sainte Croix de Notre-Seigneur
par
l’impératrice Sainte Hélène

(Leçons du bréviaire au deuxième nocturne des matines de la fête de l’Invention de la Sainte Croix)

Quatrième leçon :
Après l’insigne victoire que remporta sur Maxence l’empereur Constantin, auquel le signe de la Croix du Seigneur avait été manifesté (cf. > ici, > ici et > ici), Hélène, mère de Constantin, avertie en songe, vint à Jérusalem dans le dessein d’y rechercher la Croix.
Sur le Calvaire, elle fit abattre une statue de marbre représentant Vénus ; c’était pour abolir tout souvenir de la Passion de Jésus-Christ, que les Gentils avaient, depuis environ cent quatre-vingts ans, placé cette statue à l’endroit même où la Croix avait été plantée.
Hélène agit de même au lieu où était la crèche du Sauveur, et au lieu où Il était ressuscité, ayant fait enlever du premier le simulacre d’Adonis, et du second, celui de Jupiter. 

Cinquième leçon :
On déblaya l’endroit où devait être la Croix, et, en creusant, l’on découvrit trois croix profondément enfouies, mais le titre de la Croix du Seigneur fut trouvé à part et comme l’on ne voyait pas à laquelle des trois croix il avait été fixé, un miracle mit fin au doute.
Macaire, Évêque de Jérusalem, après avoir fait adresser à Dieu des prières, fit toucher l’une après l’autre les trois croix à une femme qui était gravement malade. L’attouchement des deux premières ne lui fut d’aucun secours, mais lorsqu’on eut approché la troisième de l’infirme, cette personne fut aussitôt guérie. 

Sixième leçon :
Ayant ainsi retrouvé la croix, instrument de notre salut, Hélène éleva au même lieu une église, vraiment magnifique où elle laissa une partie de la Croix, enfermée dans une châsse d’argent ; elle en apporta une autre partie à son fils Constantin, et on la déposa à Rome dans l’église appelée Sainte-Croix-en-Jérusalem, construite sur l’emplacement du palais de Sertorius.
Hélène remit encore à son fils les clous avec lesquels le très saint corps de Jésus-Christ avait été attaché (voir aussi > ici).
C’est alors que Constantin porta une loi, pour défendre qu’on fît désormais subir à quelqu’un le supplice de la croix ; et ainsi la croix qui avait été jusqu’alors pour les hommes un sujet d’opprobre et de mépris, devint un objet de vénération et de gloire. 

Ste Hélène - église Saint Honoré d'Eylau -  nef gauche

L’impératrice Sainte Hélène
et son fils l’empereur Saint Constantin 1er le Grand
(vitrail de l’église neuve Saint-Honoré d’Eylau, à Paris)

Publié dans:Non classé |on 2 mai, 2019 |5 Commentaires »
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