Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2021-29. Le 15 juin, nous fêtons Saint Guy, Saint Modeste et Sainte Crescence.

15 juin,
Fête des Saints Guy, Modeste et Crescence, martyrs.

Le martyrologe romain fait mention de plusieurs saints qui portent le prénom latin de Vitus, qui est traduit en français par Guy.
Au mois de juin, on en trouve deux à trois jours d’intervalle : le plus ancien, fêté le 15 juin en même temps que le couple qui l’a élevé et qui subit avec lui le martyre, est un jeune martyr de 12 ou 13 ans, très populaire aux âges de foi, dont le culte s’est répandu dans toute l’Europe et qui figure au nombre des Quatorze Saints Auxiliateurs (ou Auxiliaires) ; le second, fêté le 12 juin, est le Bienheureux Guy de Cortone (1185-1245), prêtre franciscain qui passa la plus grande partie de sa vie dans une grotte proche de Cortone.

Par un de ces « curieux » tours de passe-passe tels que les modernistes en commirent un grand nombre à l’occasion des réformes liturgiques successives du XXe siècle, le très célèbre et vénéré Saint Guy du 15 juin, dont la vie et le martyre, remplis de miracles éclatants, contrariaient les préjugés rationalistes des pseudo réformateurs, fut éliminé des calendriers français modernes (ce n’est pas le cas en Sicile par exemple ou dans les Pouilles où sa fête donne toujours lieu à de grandes festivités) ; toutefois, comme le prénom Guy était populaire et très répandu, on fit sortir de la pénombre du culte très local où il était confiné, le Bienheureux Guy de Cortone du 12 juin, afin de le substituer au jeune martyr que nombre de prêtres progressistes reléguèrent parmi les « saints légendaires » sans authenticité historique.
Or il me semble que l’acharnement des modernistes à « faire passer à la trappe » les saints thaumaturges populaires, est une raison plus qu’amplement suffisante pour que nous nous intéressions à eux, et pour que nous nous attachions à entretenir leur culte et la ferveur envers eux !

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence - tableau de Mattia de Mare 1753 à Ostuno

Saint Guy entre Saint Modeste et Sainte Crescence
(tableau de Mattia de Mare – 1753 – dans l’église San Vito à Ostuni dans les Pouilles)

Nous ne pouvons pas, dans le format réduit des publications de ce blogue, donner ici toute la vie de Saint Guy en détail ; ceux que cela intéresserait la trouveront par exemple > ici (Vie écrite par le Rd Père Samuel de Chiaramonte, capucin, en italien, mais que ceux qui ne lisent pas l’italien pourront néanmoins aisément lire avec l’aide d’un traducteur automatique, malgré les imperfections dont ces logiciels sont coutumiers).

Né en Sicile vers 290, dans la ville qui se nomme aujourd’hui Mazara del Vallo, Vitus (Guy) était issu d’une famille noble et riche. Son prénom est dérivé de « vita », la vie.
Son père était païen, mais sa mère chrétienne ; elle mourut cependant peu de temps après la naissance de Vitus et son père confia l’enfant à une nourrice et gouvernante nommée Crescence dont l’époux, Modeste, allait faire office de précepteur.
Modeste et Crescence étaient de fervents chrétiens et, tout en prenant soin de Vitus, ils lui enseignèrent aussi la foi chrétienne que l’enfant embrassa avec  enthousiasme si bien que, à sa demande, ils le firent baptiser.
Lorsque son père apprit qu’il avait été baptisé à son insu, il entra dans une violente colère et, sur les conseils d’un juge nommé Valérien, il fit battre Vitus de coups de verges. Non seulement le supplice n’entama pas la résolution du jeune adolescent, mais il n’en proclama sa foi qu’avec davantage de détermination, et Dieu fit à cette occasion quelques miracles éclatants.
Cependant, comme son père réfléchissait à des moyens plus radicaux pour le faire apostasier, averti par un ange, Vitus rejoignit le couple qui le considérait comme un fils adoptif : ils s’enfuient alors de la ville, prirent le bateau et gagnèrent la Lucanie (aujourd’hui la Basilicate, province d’Italie méridionale).

Le jeune Vitus accomplissait toute sorte de miracles et sa renommée se répandit de plus en plus, si bien qu’elle parvint jusqu’aux oreilles de l’empereur Dioclétien, qui le fit venir à Rome – avec Crescence et Modeste - pour guérir son fils possédé par un mauvais esprit. Vitus expulsa le démon, et Dioclétien – qui avait déclenché la plus sanglante des persécutions contre les chrétiens – fit pression sur eux pour qu’ils abandonnassent la vraie foi et sacrifiassent aux idoles.

Vitus, Modeste et Crescence résistèrent à toutes ses sollicitations, promesses et menaces, si bien que Dioclétien, ulcéré, les fit emprisonner, puis soumettre à divers supplices pour les faire apostasier.
Ainsi furent-ils placés dans une chaudière de poix brûlante, mais eux – tels les trois jeunes hébreux dans la fournaise de Nabuchodonosor – ne furent point indisposés et chantaient des hymnes de louange ; ils furent alors présentés à un lion affamé, mais celui-ci se coucha devant eux et leur lécha les pieds. Et comme ce prodige enthousiasmait les assistants et risquait de les gagner à la foi chrétienne, Dioclétien ordonna de les suspendre à un chevalet, instrument de torture sur lequel les corps étaient étirés jusqu’à entraîner la rupture des jointures et des os. Libérés par de nouveaux prodiges, et bien qu’ils fussent très affaiblis par les derniers supplices subis, Vitus, Modeste et Crescence furent conduits par des anges jusqu’au bord du fleuve Sélé, où ils rendirent leurs âmes à leur Créateur : c’était le 15 juin probablement de l’an 303.

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence dans la chadière de poix brûlante

Les Saints Guy, Modeste et Crescence dans la chaudière de poix
(on aperçoit Dioclétien, vêtu comme un grand seigneur du XVe siècle, assistant au supplice depuis une espèce de loggia)

Les corps des martyrs furent discrètement ensevelis sur ces rives du Sélé où ils étaient trépassés. Mais au VIIe siècle Vitus apparut à une pieuse femme de Salerne prénommée Florence (Fiorenza) qui, navigant sur le Sélé, s’y trouva en grand danger de sombrer. Sauvée du naufrage, elle décida d’offrir une sépulture plus importante à l’adolescent martyr et à ses compagnons. C’est ainsi que les trois saints corps furent transportés à Polignano a Mare, près de Bari, dans les Pouilles. L’église qui fut édifiée en 672 en l’honneur des trois martyrs fut par la suite confiée aux bénédictins : ce n’est plus une abbaye de nos jours, mais des parties importantes des reliques de Saint Vitus s’y trouvent toujours.
En effet, au cours des siècles, en raison même des grands miracles accomplis par l’intercession de Saint Vitus, et de la diffusion très large de son culte, des reliques furent distribuées dans toute la Chrétienté : l’abbaye royale de Saint-Denys en reçut sous Pépin le Bref, par exemple, et à partir de Saint-Denys, il y eut encore des transferts de parcelles de ses ossements vers des sanctuaires de Germanie ou d’Europe du nord.
Le chef (c’est-à-dire le crâne) de Saint Guy fut transféré à Prague où la cathédrale lui est dédiée : c’est ainsi que Saint Vitus (Guy) est devenu l’un des célestes protecteurs du royaume de Bohème.

L’intercession de Saint Vitus fut particulièrement efficace contre cette maladie infectieuse du système nerveux que l’on appelle chorée et qui, dans le langage populaire, a été appelée « danse de Saint Guy ».
Saint Guy est également invoqué contre l’épilepsie, la léthargie, les crampes, la rage et les morsures de chiens ou de serpents, l’énurésie, les convulsions et les troubles nerveux en général, ainsi que pour obtenir la grâce de faire une bonne confession.

Statue de Saint Guy portée en procession à Mazara

Statue reliquaire de Saint Guy portée en procession le jour de sa fête à Mazara, sa ville natale.

Prière en l’honneur de Saint Guy :

O glorieux martyr, Saint Guy, par votre héroïque fidélité et votre brûlant amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, obtenez-nous, nous vous en supplions, toutes les vertus nécessaires pour rester nous aussi inébranlablement fidèles à la vraie foi en face des dangers du monde, de ses attraits et de ses menaces.
Vous qui avez guéri d’innombrables malades, montrez-vous encore aujourd’hui compatissant envers ceux qui souffrent, tout spécialement ceux qui sont atteints par des maladies des nerfs et ceux qui sont tourmentés par des convulsions.
Enseignez-nous la grâce d’être attentifs aux inspirations de nos anges gardiens, et de marcher sans découragement, malgré toutes les épreuves, dans les voies de la perfection évangélique.

Ainsi soit-il.

palmes

2021-28. Deux catéchèses de Sa Sainteté le pape Benoît XVI consacrées à la figure de Saint Basile le Grand.

14 juin,
Fête de Saint Basile le Grand, évêque et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Elisée, prophète ;
Anniversaire du massacre des Capucins de Nîmes, le 14 juin 1790 (cf. > ici).

Pour faire mieux connaître aux fidèles les Pères et Docteurs de l’Eglise, Sa Sainteté le pape Benoît XVI, dans les premières années de son pontificat, leur a consacré un ensemble de catéchèses qui résument leurs vies, leurs enseignements principaux et les exemples particulièrement importants qu’ils donnent à nos temps où la doctrine et la spiritualité auhentiques sont si souvent malmenées, méconnues, voire ignorées.
En ce 14 juin, où le calendrier latin traditionnel célèbre la fête de Saint Basile de Césarée, appelé aussi Saint Basile le Grand, il est bon de lire ou de relire les deux catéchèses que le pape Benoît XVI a consacrées à ce très grand saint, qui a exercé une si grande importance sur la théologie et la liturgie, qui demeure l’un des grands patriarches de la vie monastique, et qui est également un des premiers théoriciens de ce que nous appelons aujourd’hui « la doctrine sociale de l’Eglise ». 

Saint Basile le Grand - gravure du XVIIe siècle

Saint Basile le Grand (gravure du XVIIe siècle)

1 – Catéchèse du mercredi 4 juillet 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Aujourd’hui, nous voulons rappeler l’un des grands Pères de l’Eglise, saint Basile, défini par les textes liturgiques byzantins comme une « lumière de l’Eglise ». Il fut un grand Evêque du IV siècle, que l’Eglise d’Orient tout comme celle d’Occident considère avec admiration, en raison de sa sainteté de vie, de l’excellence de sa doctrine et de la synthèse harmonieuse entre ses qualités spéculatives et pratiques.
Il naquit autour de 330 dans une famille de saints, « authentique Eglise domestique », qui vivait dans un climat de foi profonde. Il accomplit ses études auprès des meilleurs maîtres d’Athènes et de Constantinople. Insatisfait de ses succès dans le monde, et s’étant rendu compte qu’il avait perdu beaucoup de temps en vanités, il confesse lui-même : « Un jour, comme me réveillant d’un sommeil profond, je me tournai vers l’admirable lumière de la vérité de l’Evangile…, et je pleurai sur ma vie misérable » (cf. Ep. 223 – PG 32, 824a). Attiré par le Christ, il commença à regarder vers Lui et à n’écouter que Lui (cf. Moralia 80, 1:  PG 31, 860bc.). Il se consacra avec détermination à la vie monastique dans la prière, dans la méditation des Saintes Ecritures et des écrits des Pères de l’Eglise, et dans l’exercice de la charité (cf. Epp. 2 et 22), suivant également l’exemple de sa sœur, sainte Macrine, qui vivait déjà dans l’ascétisme monacal. Il fut ensuite ordonné prêtre et, enfin, en 370, Evêque de Césarée de Cappadoce, dans l’actuelle Turquie.

A travers sa prédication et ses écrits, il accomplit une intense activité pastorale, théologique et littéraire. Avec un sage équilibre, il sut concilier le service des âmes et le dévouement à la prière et à la méditation dans la solitude. Fort de son expérience personnelle, il encouragea la fondation de nombreuses « fraternités » ou communautés de chrétiens consacrés à Dieu, auxquelles il rendait fréquemment visite (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 29 in laudem Basilii – PG 36, 536b). A travers la parole et les écrits, dont un grand nombre sont parvenus jusqu’à nous (cf. Regulae brevius tractatae, Préambule – PG 31, 1080ab), il les exhortait à vivre et à progresser dans la perfection. Divers législateurs du monachisme antique ont puisé à ses œuvres, dont saint Benoît, qui considérait Basile comme son maître (cf. Regula 73, 5). En réalité, il a créé un monachisme très particulier : non pas fermé à l’Eglise locale, mais ouvert à elle. Ses moines faisaient partie de l’Eglise particulière, ils en étaient le centre vivant qui, précédant les autres fidèles à la suite du Christ, et non seulement dans la foi, montrait la ferme adhésion au Christ – l’amour pour Lui – surtout dans les œuvres de charité. Ces moines, qui avaient des écoles et des hôpitaux, étaient  au service des pauvres et ont ainsi montré l’intégrité de la vie chrétienne. Ainsi, écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II : « Beaucoup pensent que cette institution importante qu’est la vie monastique dans la structure de toute l’Eglise, a été établie au cours des siècles surtout par saint Basile ou au moins qu’elle n’a pas été définie selon sa nature propre sans sa participation décisive »  (Lettre  apostolique  Patres Ecclesiae, n. 2).

En tant qu’Evêque et pasteur de son vaste diocèse, Basile se soucia constamment des conditions matérielles difficiles dans lesquelles vivaient les fidèles; il dénonça avec fermeté les maux ; il s’engagea en faveur des plus pauvres et des laissés-pour-compte ; il intervint également auprès des gouvernants pour soulager les souffrances de la population, en particulier dans les périodes de catastrophes ; il se préoccupa de la liberté de l’Eglise, s’opposant également aux puissants pour défendre le droit de professer la vraie foi (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 48-51 in Laudem Basilii – PG 36, 557c-561c). A Dieu, qui est amour et charité, Basile rendit un précieux témoignage, en construisant plusieurs hospices pour les plus démunis (cf. Basile, Ep. 94 – PG 32, 488bc), une sorte de ville de la miséricorde, qui prit de lui son nom de Basiliade (cf. Sozomène, Historia Eccl. 6, 34:  PG 67, 1397a). Celle-ci se trouve à l’origine des institutions hospitalières modernes d’accueil et de soin des malades.

Conscient que « la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source dont émane toute sa vertu », Basile, bien que toujours soucieux de réaliser la charité qui est la caractéristique de la foi, fut également un sage « réformateur liturgique » (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 34 in laudem Basilii – PG 36, 541c). En effet, il nous a laissé une grande prière eucharistique [ou anaphore] qui tire son nom de lui, et il a donné une organisation fondamentale à la prière et à la psalmodie : sur son impulsion, le peuple aima et connut les Psaumes, et il se rendait en prière également la nuit (cf. Basile, In Psalmum 1, 1-2 – PG 29, 212a-213c). Et ainsi, nous voyons que liturgie, adoration, prière avec l’Eglise et charité vont de pair et se conditionnent réciproquement.

Basile sut s’opposer avec zèle et courage aux hérétiques, qui niaient que Jésus Christ soit Dieu comme le Père (cf. Basile, Ep. 9, 3 – PG 32, 272a ; Ep. 52, 1-3 – PG 32, 392b-396a ; Adv. Eunomium 1, 20 – PG 29, 556c). De même, contre ceux qui n’acceptaient pas la divinité de l’Esprit Saint, il soutint que l’Esprit est Dieu lui aussi, et « doit être compté et glorifié avec le Père et le Fils » (cf. De Spiritu Sancto : SC 17bis, 348). C’est pourquoi Basile est l’un des grands Pères qui ont formulé la doctrine sur la Trinité :  l’unique Dieu, précisément parce qu’il est amour, est un Dieu en trois Personnes, qui forment l’unité la plus profonde qui existe : l’unité divine.

Dans son amour pour le Christ et pour son Evangile, le grand Cappadocien s’engagea également à recomposer les divisions au sein de l’Eglise (cf. Epp. 70 et 243), se prodiguant afin que tous se convertissent au Christ et à sa Parole (cf. De iudicio 4 – PG 31, 660b-661a), force unificatrice, à laquelle tous les croyants doivent obéir (cf. ibid. 1-3 – PG 31, 653a-656c).

En conclusion, Basile se dévoua totalement au service fidèle de l’Eglise et à l’exercice du ministère épiscopal aux multiples aspects. Selon le programme qu’il traça lui-même, il devint « apôtre et ministre du Christ, dispensateur des mystères de Dieu, héraut du royaume, modèle et règle de piété, œil du corps de l’Eglise, pasteur des brebis du Christ, pieux médecin, père et nourricier, coopérateur de Dieu, vigneron de Dieu, bâtisseur du temple de Dieu » (cf. Moralia 80, 11-20 – PG 31, 864b-868b).

C’est ce programme que le saint Evêque remet aux annonciateurs de la Parole – hier comme aujourd’hui -, un programme qu’il s’engagea lui-même généreusement à mettre en pratique. En 379, Basile, qui n’avait pas encore cinquante ans, consumé par les peines et par l’ascèse, retourna à Dieu, « dans l’espérance de la vie éternelle, à travers Jésus Christ Notre Seigneur » (De Baptismo 1, 2, 9). C’était un homme qui a véritablement vécu avec le regard fixé sur le Christ. C’était un homme d’amour envers son prochain. Empli de l’espérance et de la joie de la foi, Basile nous montre comment être réellement chrétiens.

Saint Basile célébrant la divine liturgie - fresque de la cathédrale d'Ohrid en Macédoine

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(fresque de la cathédrale d’Ohrid – Macédoine)

 2 - Catéchèse du mercredi 1er août 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Après ces trois semaines de pause, nous reprenons nos rencontres habituelles du mercredi. Aujourd’hui, je voudrais simplement reprendre la dernière catéchèse, dont le thème était la vie et les écrits de saint Basile, Evêque dans l’actuelle Turquie, en Asie mineure, au IV siècle. La vie de ce grand Saint et ses œuvres sont riches d’éléments de réflexion et d’enseignements précieux pour nous aussi aujourd’hui.

Avant tout, le rappel au mystère de Dieu, qui demeure la référence la plus significative et vitale pour l’homme. Le Père est « le principe de tout et la cause de l’existence de ce qui existe, la racine des vivants » (Hom 15, 2 de fide – PG 31, 465c) et surtout il est « le Père de Notre Seigneur Jésus Christ » (Anaphora sancti Basilii). En remontant à Dieu à travers les créatures, nous « prenons conscience de sa bonté et de sa sagesse » (Basile, Contra Eunomium 1, 14 – PG 29, 544b). Le Fils est l’« image de la bonté du Père et le sceau de forme égale à lui » (cf. Anaphora sancti Basilii). A travers son obéissance et sa passion, le Verbe incarné a réalisé la mission de Rédempteur de l’homme (cf. Basile, In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452ab ; cf. également De Baptismo 1, 2 -  SC 357, 158).

Enfin, il parle largement de l’Esprit Saint, auquel il a consacré tout un livre. Il nous révèle que l’Esprit anime l’Eglise, la remplit de ses dons, la rend sainte. La lumière splendide du mystère divin se reflète sur l’homme, image de Dieu, et en rehausse la dignité. En contemplant le Christ, on comprend pleinement  la dignité de l’homme. Basile s’exclame : « [Homme], rends-toi compte de ta grandeur en considérant le prix versé pour toi:  vois le prix de ton rachat, et comprends ta dignité! » (In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452b). En particulier le chrétien, vivant conformément à l’Evangile, reconnaît que les hommes sont tous frères entre eux, que la vie est une administration des biens reçus de Dieu, en vertu de laquelle chacun est responsable devant les autres et celui qui est riche doit être comme un « exécuteur des ordres de Dieu bienfaiteur » (Hom. 6 de avaritia - PG 32, 1181-1196). Nous devons tous nous aider, et coopérer comme les membres d’un seul corps (Ep. 203, 3).

Et, dans ses homélies, il a également utilisé des paroles courageuses, fortes sur ce point. Celui qui, en effet, selon le commandement de Dieu, veut aimer son prochain comme lui-même, « ne doit posséder rien de plus que ce que possède son prochain » (Hom. in divites - PG 31, 281b).

En période de famine et de catastrophe, à travers des paroles passionnées, le saint Evêque exhortait les fidèles à « ne pas se révéler plus cruels que les animaux sauvages…, s’appropriant le bien commun, et possédant seul ce qui appartient à tous » (Hom. tempore famis - PG 31, 325a). La pensée profonde de Basile apparaît bien dans cette phrase suggestive : « Tous les indigents regardent nos mains, comme nous-mêmes regardons celles de Dieu, lorsque nous sommes dans le besoin ». Il mérite donc pleinement l’éloge qu’a fait de lui Grégoire de Nazianze, qui a dit après la mort de Basile : « Basile nous persuade que nous, étant hommes, ne devons pas mépriser les hommes, ni offenser le Christ, chef commun de tous, par notre inhumanité envers les hommes; au contraire, face aux malheurs des autres, nous devons nous-mêmes faire le bien, et prêter à Dieu notre miséricorde car nous avons besoin de miséricorde » (Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 63 – PG 36, 580b). Des paroles très actuelles. Nous voyons que saint Basile est réellement l’un des Pères de la Doctrine sociale de l’Eglise.

En outre, Basile nous rappelle qu’afin de garder vivant en nous l’amour  envers  Dieu, et envers les hommes, nous avons besoin de l’Eucharistie, nourriture adaptée pour les baptisés, capable d’alimenter les énergies nouvelles dérivant du Baptême (cf. De Baptismo 1, 3 – SC 357, 192). C’est un motif de grande joie de pouvoir participer à l’Eucharistie (Moralia 21, 3 – PG 31, 741a), instituée « pour conserver sans cesse le souvenir de celui qui est mort et ressuscité pour nous » (Moralia 80, 22 – PG 31, 869b). L’Eucharistie, immense don de Dieu, préserve en chacun de nous le souvenir du sceau baptismal, et permet de vivre en plénitude et dans la fidélité la grâce du Baptême. Pour cela, le saint Evêque recommande la communion fréquente, et même quotidienne :  « Communier même chaque jour, en recevant le saint corps et sang du Christ, est chose bonne et utile; car lui-même dit clairement : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6, 54). Qui doutera donc que communier continuellement à la vie ne soit pas vivre en plénitude ? » (Ep. 93 – PG 32, 484b). L’Eucharistie, en un mot, nous est nécessaire pour accueillir en nous la vraie vie, la vie éternelle (cf. Moralia 21, 1 – PG 31, 737c).

Enfin, Basile s’intéressa naturellement également à la portion élue du peuple de Dieu, que sont les jeunes, l’avenir de la société. Il leur adressa un Discours sur la façon de tirer profit de la  culture  païenne de l’époque. Avec beaucoup d’équilibre et d’ouverture, il reconnaît que dans la littérature classique, grecque et latine, se trouvent des exemples de vertu. Ces exemples de vie droite peuvent être utiles pour le jeune chrétien à la recherche de la vérité et d’une façon de vivre droite (cf. Ad Adolescentes 3). C’est pourquoi, il faut emprunter aux textes des auteurs classiques ce qui est adapté et conforme à la vérité : ainsi, à travers une attitude critique et ouverte – il s’agit précisément d’un véritable « discernement » – les jeunes grandissent dans la liberté. A travers la célèbre image des abeilles, qui ne prennent des fleurs que ce dont elles ont besoin pour le miel, Basile recommande : « Comme les abeilles savent extraire le miel des fleurs, à la différence des autres animaux qui se limitent à jouir du parfum et de la couleur des fleurs, de même, de ces écrits également… on peut recueillir un bénéfice pour l’esprit. Nous devons utiliser ces livres en suivant en tout l’exemple des abeilles. Celles-ci ne vont pas indistinctement sur toutes les fleurs, et ne cherchent pas non plus à tout emporter de celles sur lesquelles elles se posent, mais elles en extraient uniquement ce qui sert à la fabrication du miel et laissent le reste. Et nous, si nous sommes sages, nous prendrons de ces écrits uniquement ce qui est adapté à nous, et conforme à la vérité, et nous laisserons de côté le reste » (Ad Adolescentes 4). Basile, surtout, recommande aux jeunes de croître dans les vertus, dans la façon droite de vivre : « Tandis que les autres biens… passent d’une main à l’autre, comme dans un jeu de dés, seule la vertu est un bien inaliénable, et demeure toute la vie et après la mort » (Ad Adolescentes 5).

Chers frères et sœurs, il me semble que l’on peut dire que ce Père d’une époque lointaine nous parle encore et nous dit des choses importantes. Avant tout, cette participation attentive, critique et créatrice à la culture d’aujourd’hui. Puis, la responsabilité sociale : c’est une époque à laquelle, dans un univers mondialisé, même les peuples géographiquement éloignés sont réellement notre prochain. Nous avons ensuite l’amitié avec le Christ, le Dieu au visage humain. Et, enfin, la connaissance et la reconnaissance envers le Dieu créateur, notre Père à tous : ce n’est qu’ouverts à ce Dieu, le Père commun, que nous pouvons construire un monde juste et un monde fraternel.

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie - Pierre Subleyras

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(Pierre Subleyras [1699-1749] – musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg)

2021-27. De la Messe votive à Saint Michel des premier mardi des mois « pour la sécurité et la prospérité de l’Église et de l’État ».

28 mai,
Fête de Saint Bernard de Menthon, abbé de l’Ordre de Saint Augustin et confesseur ;
Mémoire de Saint Augustin de Cantorbéry, évêque et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Mgr le Dauphin Louis, et de son frère Alphonse, duc de Berry (cf. > ici) ;
Anniversaire du massacre de Bédoin (cf. > ici).

église de Saint-Vaast-La Hougue - vitrail de l'apparition à Saint Aubert

L’apparition de l’archange Saint Michel à Saint Aubert d’Avranches
(vitrail de l’église de Saint-Vaast-La Hougue – Cotentin)

Nous sommes très reconnaissants envers Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de ce blogue une synthèse concernant la dévotion des premier mardi de chaque mois en l’honneur de Saint Michel, protecteur de la France.

En tout temps troublé, la France put toujours compter sur la protection du grand Archange saint Michel.

Dès la construction d’une église sur le Mont-Tombe, Childebert III (683-711) inaugura la longue liste de nos rois qui se rendirent en pèlerinage « au péril de la mer ».
Saint Charlemagne avait fait inscrire, en 802 dit-on, sur ses étendards : « Saint Michel patron et prince de l’Empire des Gaules ».
En 1212 eut lieu au Mont Saint-Michel une croisade de multitudes d’enfants, et donc appelée des Pastoureaux de France.
Sauvé in extremis d’un grave accident, Charles VII fonda en 1423 une messe d’action de grâces en l’honneur de saint Michel. Dès l’année suivante, sainte Jeanne d’Arc entendait l’Archange lui dire : « Je suis Michel protecteur de la France », et elle recevait ses premières leçons surnaturelles la préparant à sa grande mission de salut pour « le saint Royaume », le Mont Saint-Michel et Vaucouleurs constituant les deux bastions de résistance à l’invasion angloise dans le Nord du Royaume.
Le fils de Charles VII, Louis XI, fonda le 1er août 1469 l’Ordre de Saint Michel, dont le collier entoure les armes de France.

En ce milieu du XVIIe siècle, les tout débuts du règne de Louis le Grand furent marqués par les troubles de la Fronde.
Anne d’Autriche (1601-1666) assurait alors auprès de son jeune fils les destinées du Royaume, secondée par le Premier ministre, le cardinal Jules Mazarin (1602-1661). Bien que Louis XIV ait atteint la majorité légale à ses treize ans, le 5 septembre 1651, il avait ce jour-là annoncé solennellement à sa mère :
« Madame, je vous remercie du soin qu’il vous a plu de prendre de mon éducation et de l’administration de mon royaume. Je vous prie de continuer à me donner vos bons avis, et je désire qu’après moi vous soyez le chef de mon Conseil ».

Philippe de Champaigne - Louis XIV renouvellant le voeu de Louis XIII

Philippe de Champaigne : le jeune Louis XIV renouvelant le vœu de Louis XIII

Pour pallier à la révolte princière qui atteint à Paris son paroxysme à l’été 1652, la Reine régente, fit mander à « Monsieur Olier », l’abbé Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657), curé de la paroisse Saint-Sulpice depuis dix ans, de requérir l’aide du Ciel pour faire cesser la guerre civile ravageant le Royaume. Cette paroisse relevait non de la juridiction du Sieur Archevêque de Paris1 mais du Révérendissime Abbé de Saint-Germain-des-Prés2.
Le serviteur de Dieu, figure fondamentale de l’École française de spiritualité3, suggéra la résolution suivante que prononça la Reine :
« Abîmée dans mon néant et prosternée aux pieds de votre auguste et sacrée Majesté, honteuse dans la vue de mes péchés de paraître devant vous, ô mon Dieu, je reconnais la juste vengeance de votre sainte colère, irritée contre moi et contre mon État ; et je me présente toutefois devant vous, au souvenir des saintes paroles que vous dîtes autrefois à un prophète, au sujet d’un Roi pécheur, mais pénitent : J’aurai pitié de lui, et lui pardonnerai, à cause que je le vois humilié en ma présence. En cette confiance, ô mon Dieu, j’ose vous faire vœu d’ériger un autel à votre gloire sous le titre de saint Michel et de tous les anges et sous leur intercession y faire célébrer, tous les premier mardi des mois, le très saint sacrifice de la Messe, afin d’obtenir la paix de l’Église et de l’État ». 

La souveraine acheva par cette supplique à l’Archange, que rapporte « Monsieur Faillon » (1799-1870), prêtre sulpicien et historien du XIXe siècle et biographe de l’abbé Olier :
«  Glorieux saint Michel je me soumets à vous avec toute ma Cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection ; et je me renouvelle, autant qu’il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, par l’amour que vous avez pour cet État, assujettissez-le tout à Dieu et à ceux qui le représentent » 4.

Anonyme vers 1645 - Anne d'Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné

La Reine régente Anne d’Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné
(anonyme, vers 1645)

L’on ne sait exactement où Anne d’Autriche fit ériger un autel au Prince des Anges pour y faire célébrer solennellement, tous les premier mardi des mois, le saint sacrifice de la Messe. Mais la paix revint promptement, le Roi fit son entrée triomphale dans sa capitale le 21 octobre et la France put alors connaître la stabilité et le rayonnement du « Siècle de Louis XIV ».

Les fondations de Messes furent assurées jusqu’à la Révolution de 1789. Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour que la France renouât avec cette belle tradition de la « Messe de saint Michel pour la France ».
En 1943 en effet, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’abbé Constant Paulet, ressentant la nécessité d’un sursaut salutaire, lançait la parution du journal « Terre et Foi », y prônant la « maintenance chrétienne et terrienne de la France » et organisant une croisade de messes « pour la France et pour la paix ».
En 1948 il fit sortir de l’oubli la messe du premier mardi en l’honneur de saint Michel et reçut l’imprimatur. En 1956, une vingtaine d’Evêques  l’encouragèrent. Le 15 juin 1962, le pape Jean XXIII accorda sa bénédiction.

Depuis 1988, les Compagnons de Saint Michel Archange – dont feu l’abbé Christian-Philippe Chanut fut l’aumônier comme Chapelain Prieur –, s’efforcent de faire revivre la spiritualité michaëlique à la suite de l’abbé Paulet ; ils ont relevé cette vénérable tradition de la Messe mensuelle «  afin d’obtenir la paix à l’Église et à l’État » et s’efforcent de la faire connaître et de la diffuser.

Il s’agit de célébrer, si les règles liturgiques le permettent, la Messe votive de saint Michel (soit celle du 29 septembre, soit celle du 8 mai en Temps pascal), en offrant surtout l’intention de la Messe pour la France. Et retenant que nos prêtres ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche, n’oublions pas de faire l’aumône d’offrandes de Messe. Le Bon Dieu, qui aime la France, nous le rendra au centuple !

Saint Michel - Paris fontaine Saint-Michel

Statue de l’archange Saint Michel dominant la fontaine éponyme à Paris

P.S. : Note d’accord… qui rassurera ceux d’entre vous qui auront bondi à la lecture du titre et de certaines graphies dans le corps de l’article…
Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ? Oui car lundi, mardi etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs. On écrit : tous les lundis et tous les dimanches.
Suivi par une description de temps (semaine, mois), il faut compter le nombre de ces jours dans cet intervalle de temps. Une semaine n’ayant qu’un seul lundi, l’on écrit: les lundi de chaque semaine. Quant au mois, l’on dira les premier et troisième lundis de chaque mois. Premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et un troisième dans un mois. Mais les deux, ensemble, sont un pluriel. Tous les lundi et mardi de chaque semaine signifie : chaque lundi et chaque mardi de chaque semaine. Lundi et mardi ne peuvent pas être au pluriel puisqu’il n’y en a qu’un par semaine, mais ensemble, ils forment un pluriel (tous les).
Dans le même ordre d’idées, l’on écrit : tous les dimanches matin et le mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée par contre il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi 5.
L’on écrit donc à juste titre : Désormais, je ferai dire – et j’y assisterai dévotement – une Messe de saint Michel pour la France tous les premier mardi des mois…

Abbé Louis de Saint-Taurin

* * * * * * *

Notes :
1 Les évêques de Paris devinrent archevêques en 1622. Ils relevaient jusque là de l’archevêché métropolitain de Sens.
2 Cette abbaye jouissait de l’exemption et dépendait donc directement du Siège Apostolique, ce qui constituait un titre d’indépendance en plein Paris.
3 Selon le concept forgé par Henri Brémont dans son Histoire littéraire du sentiment religieux (t. III, 1929).
4Faillon (abbé Étienne-Michel) : Vie de Monsieur Olier ; Éd. Poussielgue, Frères, Paris, (1841) 1873, t. II, pp.535-536.
5Source : https://leconjugueur.lefigaro.fr/frplurieljour.php.

Mont Saint-Michel au couchant

 

2021-25. Vie et culte de Saint Georges le mégalomartyr.

23 avril,
Fête de Saint Georges, mégalomartyr.

Vous savez, chers Amis, en quelle vénération nous tenons Saint Georges en notre Mesnil-Marie : le Maître-Chat Lully vous en avait d’ailleurs parlé à plusieurs reprises (par exemple > ici, et > ici).
Cette année, à l’occasion de sa fête, nous avons résolu de publier l’intégralité de la notice que lui consacre le Rd Père François Giry dans sa volumineuse « Vie des Saints ».
Nous y ajoutons quelques précisions sous forme de notes explicatives qui nous paraissent utiles pour le lecteur d’aujourd’hui.

Pierre-Paul Rubens - Saint Georges

Pierre-Paul Rubens : Saint Georges
(musée du Prado – Madrid)

« Le cardinal Baronius (note 1) a recherché très-exactement, et recueilli avec une sévère critique, toutes les histoires de saint Georges qui se trouvent dans les plus anciennes bibliothèques ; nous donnons sans aucune difficulté au public ce qu’un si grave auteur nous en a laissé par écrit ; en voici la substance.

Saint Georges naquit en Cappadoce, de parents riches et d’une illustre noblesse ; ils eurent soin de le faire instruire, dès son enfance, en la religion chrétienne. Il ne fut pas plus tôt en âge, qu’il alla à la guerre ; et comme il y était fort adroit, il parvint, en peu de temps, à la charge de tribun, ou de mestre-de-camp dans l’armée de l’empereur ; Dioclétien en fit une estime particulière, à cause de ses belles qualités, et, ne sachant pas qu’il fût chrétien, il se proposait déjà de se servir de lui dans ses plus grandes entreprises. Mais cet empereur, ayant résolu de persécuter l’Eglise et d’abolir entièrement la foi de Jésus-Christ, fit part de son intention à son conseil. Chacun l’approuva avec de grands applaudissements, excepté Georges qui s’y opposa fortement, comme à un dessein injuste et contraire au service du vrai Dieu, qu’il aimait de tout son cœur, et pour la gloire duquel il était prêt à perdre la vie. L’empereur et toute l’assistance reconnurent bien, aux paroles de ce capitaine, qu’il était chrétien : on tâcha de le détourner de sa résolution, lui représentant les bienfaits qu’il avait reçus de son prince, les avantages qu’il en pouvait espérer, et les maux où sa haine et sa disgrâce l’allaient précipiter.

Georges ne fut point ébranlé par ce raisonnement, mais, s’adressant à Dioclétien, il lui dit qu’il ferait mieux de reconnaître le vrai Dieu et de lui rendre le culte qui lui est dû, que de persécuter ses serviteurs ; parce que c’était de lui seul qu’il tenait le sceptre, et non pas de ses idoles. Il n’est pas possible de dire qu’elle fut la rage de l’empereur. Il le fit prendre et jeter en prison ; on le chargea de chaînes, on l’étendit sur le pavé, et on roula sur son corps une grosse pierre, comme pour le moudre ou pour l’écraser. Le lendemain, il fut encore présenté à Dioclétien ; mais ce prince n’ayant rien pu gagner sur la constance de cet illustre Martyr, le fit mettre dans une roue armée de tous côtés de pointes d’acier, afin de le déchirer en mille pièces : durant ce supplice, il fut consolé par une voix du ciel qui s’adressait à lui, et lui disait : Georges, ne crains rien, car je suis avec toi. Il le fut aussi par l’apparition d’un homme, plus brillant que le soleil, et vêtu d’une robe blanche, qui lui tendit la main pour l’embrasser et l’encourager dans ses peines. Aussi les nouveaux tourments qu’on lui fit souffrir renouvelèrent sa patience : ce qui donna un merveilleux contentement aux chrétiens, et une extrême confusion à leurs ennemis. Quelques uns néanmoins se convertirent ; Potoleus, entre autres, et Anatolius, tous deux préteurs, qui perdirent la vie pour Jésus-Christ.

L’empereur, voyant la constance de Georges à l’épreuve de ses supplices, employa la douceur pour tâcher de l’ébranler. Mais ce généreux Confesseur de la vérité ne voulant plus répondre par des paroles, mais par des effets, lui demanda d’aller au temple, pour y voir les dieux qu’il adorait. Dioclétien, croyant que Georges rentrait enfin en lui-même et allait céder, fit assembler le sénat et le peuple, afin qu’ils fussent présents au célèbre sacrifice que Georges devait offrir. Tout le monde ayant les yeux sur lui pour voir ce qu’il ferait, il s’approcha de l’idole d’Appolon ; puis étendant la main, et faisant le signe de la croix : Veux-tu, lui dit-il, que je te fasse des sacrifices comme à Dieu ? Le démon, qui était dans la statue, répondit : Je ne suis pas Dieu, et il n’est point d’autre Dieu que celui que tu prêches. A l’heure même, on entendit des voix lugubres et horribles, qui sortaient de la bouche de ces idoles, et elles tombèrent enfin toutes par terre réduites en pièces et en poussière. Les prêtres de ce temple exhortèrent le peuple à mettre la main sur le saint Martyr, disant à l’empereur qu’il fallait se défaire de ce magicien, et lui trancher la tête, pour empêcher que le mal n’augmentât davantage. Il fut donc mené au lieu du supplice, où, après avoir fait son oraison, il tendit le col au bourreau, et mourut en Notre-Seigneur le 23 avril de l’an 303.

On assigne divers théâtres à son martyre : les uns disent que ce fut à Diospolis (note 2) ; d’autres à Mitilène, en Arménie ; mais l’opinion la plus probable est que ce fut à Nicomédie ; et que de là son corps fut porté, par un de ses serviteurs, à Diospolis en Palestine, où il a reposé longtemps dans un temple fort auguste qu’on lui fit bâtir.

Ce Martyr a toujours été très-célèbre, par toutes les Eglises de l’Orient et de l’Occident : les Grecs l’appellent par excellence le grand Martyr (note 3). On dit que saint Germain, évêque de Paris, revenant du pèlerinage de Jérusalem, en apporta le bras, qui lui fut donné par l’empereur Justinien, comme un précieux trésor, et qu’il le mit en l’église de Saint-Vincent, nommée aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés ; et que l’autre de ses bras a depuis été apporté à Cologne, comme il est écrit aux actes de saint Annon, qui en était archevêque. Cela n’empêche pas la tradition des religieux du monastère d’Anchin, près d’Hédin, qui prétendent avoir un des bras de saint Georges : car, comme il y a deux ossements principaux en chaque bras, quatre églises différentes peuvent posséder les bras d’un même Saint. On gardait autrefois son chef à Rome, dans une église qui porte son nom (note 4), où le pape Zacharie le déposa en l’année 751, après l’avoir trouvé, avec son témoignage, dans le lieu patriarcal. Mais en l’année 1600, il fut donné par le pape Clément VIII aux habitants de Ferrare. Les Vénitiens, néanmoins, prétendent le posséder et l’avoir reçu des habitants de l’île d’Engia, en l’année 1462. Mais ces deux choses ne sont pas incompatibles, puisqu’il arrive souvent que le chef d’un Saint est divisé en deux parties ; à chacune desquelles on donne le nom de chef. Saint Grégoire, pape, fit rebâtir dans la ville une église de ce saint Martyr, et saint Grégoire, évêque de Tours, parle de ses reliques aux Livres des miracles, ou la gloire des Martyrs.

Les rois, dans leurs armées, le prennent pour leur patron, et l’Eglise romaine a coutume d’invoquer saint Georges, saint Sébastien et saint Maurice, comme les principaux protecteurs de l’Eglise contre ses ennemis ; parce qu’ayant été vaillants et généreux pour le service de leurs princes temporels, ils ne sont pas moins zélés pour la gloire de l’Epouse mystique du Fils de Dieu.

On représente ordinairement saint Georges en cavalier, qui attaque un dragon pour la défense d’une fille qui implore son secours ; mais c’est plutôt un symbole qu’une histoire, pour dire que cet illustre Martyr a purgé sa province, représentée par cette fille, de l’idolâtrie, figurée par ce dragon sorti des enfers.
Tous les Martyrologes font mémoire de saint Georges au 23 avril, que l’on croit avoir été le jour de son martyre ».

palmes

Notes :

Note 1 - Baronius : Cesare Baronio (1538-1607), couramment appelé selon la forme latinisé « Baronius » dans les ouvrages ecclésiastiques, est un disciple de Saint Philippe Néri, historien ecclésiastique de renom, nommé bibliothécaire de la Bibliothèque apostolique vaticane et créé cardinal, il a réalisé un très important travail de vérification des anciens traditions et documents.
Note 2 - Diospolis : Aujourd’hui Lod, dans l’Etat d’Israël, et précédemment appelé Lydda (d’où le nom de Saint Georges de Lydda souvent donné à notre Grand Martyr), cette cité qui existait à l’âge du bronze et se trouve aussi mentionnée dans le Nouveau Testament (Saint Pierre y accomplit une guérison miraculeuse – cf. Act. IX 32-38). L’église Saint-Georges de Lod conserve toujours, dans sa crypte, le tombeau de Saint Georges.
Note 3 - Grand Martyr : c’est le sens du nom « mégalomartyr », titre que l’usage et la tradition des Eglises d’Orient accordent à 12 saints et 6 saintes martyrs répondant aux quatre critères suivants : 1) l’ancienneté (ils sont antérieurs à 313) ; 2) la popularité ; 3) la laïcité (les évêques et prêtres martyrs sont appelés « hiéromartyrs ») ; et 4) le fait de ne pas être « protomartyr » (premier martyr).
Note 4 - Eglise Saint Georges au Vélabre (Sancti Georgii ad velum aureum), à Rome : construite en 685 sous le vocable de Saint-Sébastien, elle a pris celui de Saint-Georges lorsque, en 751, comme dit dans le texte du Rd. Père Giry, le pape Zacharie y déposa plusieurs reliques du mégalomartyr 

Saint Georges - abbaye de Weltenburg - Bavière

Saint Georges : groupe sculpté en retrait du maître-autel de l’abbaye de Weltenburg (Bavière)

Les textes de la Sainte Messe de la solennité de Saint Joseph :

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Nous avons eu l’occasion de publier (cf. > ici) une notice historique sur cette solennité de Saint Joseph et de publier en même temps le décret du Bienheureux Pie IX proclamant Saint Joseph « Patron de l’Eglise universelle ».
A l’intention spéciale des personnes qui n’auraient pas de missel antérieur à 1955 nous publions ci-dessous les textes propres de la Sainte Messe de cette solennité de Saint Joseph, avec leur traduction en regard.

Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

frise avec lys naturel

Feria IV infra Hebdomadam II post Octavam Paschæ le Mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques
S. IOSEPH SPONSI B. MARIÆ V. SAINT JOSEPH, ÉPOUX de la Bse VIERGE MARIE
Confessoris et Ecclesiæ universalis Patroni Confesseur et Patron de l’Église universelle
Duplex I classis cum Octava communi double de Ière classe avec Octave commune
   
Ant. ad Introitum. Ps. 32, 20-21. Introït
Adiútor et protéctor noster est Dominus : in eo lætábitur cor nostrum, et in nómine sancto eius sperávimus, allelúia, allelúia. Le Seigneur est notre secours et notre protecteur : c’est en lui que notre cœur se réjouira, et c’est en son saint nom que nous avons espéré. Alléluia, alléluia.
Ps. 79, 2.  
Qui regis Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Ioseph. Vous qui conduisez Israël, prêtez l’oreille : vous qui menez Joseph comme une brebis.
V/. Glória Patri.  
   
Oratio. Collecte
Deus, qui ineffabili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quǽsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis. Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.
   
Léctio libri Génesis.  
Gen. 49, 22-26.  
Fílius accréscens Ioseph, fílius accréscens, et decórus aspéctu : fíliæ discurrérunt super murum. Sed exasperavérunt eum, et iurgáti sunt, inviderúntque illi habéntes iácula. Sedit in forti arcus eius, et dissolúta sunt víncula brachiórum et mánuum illíus per manus poténtis Iacob : inde pastor egréssus est, lapis Israël. Deus patris tui erit adiútor tuus, et Omnípotens benedícet tibi benedictiónibus cæli désuper, benedictiónibus abýssi iacéntis deórsum, benedictiónibus úberum et vulvæ. Benedictiónes patris tui confortátæ sunt benedictiónibus patrum eius, donec veníret Desidérium cóllium æternórum : fiant in cápite Ioseph, et in vértice Nazarǽi inter fratres suos. Joseph croîtra et se multipliera de plus en plus. Il est agréable à contempler ; ses rameaux courent le long de la muraille. Mais ceux qui étaient armés de dards l’ont exaspéré, l’ont querellé, et lui ont porté envie. Il a mis son arc et sa confiance dans le Très Fort, et les chaînes de ses mains et de ses bras ont été rompues par la main du Tout-Puissant de Jacob. De là est sorti le pasteur et le rocher d’Israël. Le Dieu de ton père sera ton protecteur, et le Tout-Puissant te comblera des bénédictions du haut du ciel, des bénédictions de l’abîme des eaux d’en bas, des bénédictions du lait des mamelles et du fruit des entrailles. Les bénédictions que te donne ton père surpassent celles qu’il a reçues de ses pères ; et elles dureront, jusqu’à ce que le désir des collines éternelles soit accompli. Que ces bénédictions se répandent sur la tête de Joseph, et sur le haut de la tête de celui qui est un nazaréen entre ses frères.
   
Allelúia, allelúia. V/. De quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos, et ero protéctor eórum semper. Allelúia, allelúia. V/. Dans quelque tribulation qu’ils m’invoquent, je les exaucerai et je serai à jamais leur protecteur.
Allelúia. V/. Fac nos innócuam, Ioseph, decúrrere vitam : sitque tuo semper tuta patrocínio. Allelúia. Allelúia. V/. Faites-nous mener, ô Joseph, une vie sans tache et qui soit toujours en sécurité sous votre patronage. Alléluia.
   
+ Sequéntia sancti Evangélii secundum Lucam. Lecture du Saint Evangile selon saint Luc.
Luc. 3, 21-23.  
In illo témpore : Factum est autem, cum baptizarétur omnis pópulus, et Iesu baptizáto et oránte, apértum est cælum : et descéndit Spíritus Sanctus corporáli spécie sicut colúmba in ipsum : et vox de cælo facta est : Tu es Fílius meus diléctus, in te complácui mihi. Et ipse Iesus erat incípiens quasi annórum trigínta, ut putabátur, fílius Ioseph. En ce temps-là : Il arriva que, tout le peuple recevant le baptême, Jésus ayant aussi été baptisé, comme il priait, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et une voix se fit entendre du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi Je me suis complu. Or Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença Son ministère, étant, comme on le croyait, fils de Joseph.
   
Credo per totam Octavam. Credo pendant tout l’Octave.
   
Ant. ad Offertorium. Ps. 147, 12 et 13. Offertoire
Lauda, Ierúsalem, Dóminum : quóniam confortávit seras portárum tuárum, benedíxit fíliis tuis in te, allelúia, allelúia. Jérusalem, loue le Seigneur : car il a consolidé les verrous de tes portes, il a béni tes fils au milieu de toi. Alléluia, alléluia.
   
Secreta Secrète
Sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsi patrocínio suffúlti, rogámus, Dómine, cleméntiam tuam : ut corda nostra fácias terréna cuncta despícere, ac te verum Deum perfécta caritáte dilígere : Qui vivis. Soutenus par le patronage de l’époux de votre très sainte Mère, nous implorons, Seigneur , votre clémence : faites que nos cœurs méprisent toutes les choses terrestres et vous aiment d’une parfaite charité, vous le vrai Dieu.
Præfatio de S. Ioseph Et te in Festivitáte, quæ dicitur per totam Octavam, iuxta Rubricas. Préface de saint Joseph  »Et, en cette fête… », que l’on dit pendant tout l’Octave selon les rubriques.
   
Ant. ad Communionem. Matth. 1, 16. Communion
Iacob autem génuit Ioseph, virum Maríæ, de qua natus est Iesus, qui vocátur Christus, allelúia, allelúia. Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. Alléluia, alléluia.
   
Postcommunio Postcommunion
Divíni múneris fonte refécti, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, sicut nos facis beáti Ioseph protectióne gaudére ; ita, eius méritis et intercessióne, cæléstis glóriæ fácias esse partícipes. Per Dóminum. Rassasiés à la source du don divin, nous vous demandons, Seigneur, notre Dieu : de même que vous nous avez donné la joie d’être sous la protection du bienheureux Joseph ; ainsi, par ses mérites et son intercession, vous nous fassiez devenir participant de la gloire céleste.

frise avec lys naturel

2021-22. Saint Jean Damascène, « personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine » et « grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle ».

Présentation de Saint Jean Damascène

par
Sa Sainteté le pape Benoît XVI

à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 6 mai 2009

 Saint Jean Damascène

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de Jean Damascène, un personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine, un grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle. Il représente surtout un témoin oculaire du passage de la culture chrétienne grecque et syriaque, commune à la partie orientale de l’Empire byzantin, à la culture de l’islam, qui s’est imposée grâce à ses conquêtes militaires sur le territoire reconnu habituellement comme le Moyen ou le Proche Orient.
Jean, né dans une riche famille chrétienne, assuma encore jeune la charge – remplie déjà sans doute par son père – de responsable économique du califat. Mais très vite, insatisfait de la vie de la cour, il choisit la vie monastique, en entrant dans le monastère de Saint-Saba, près de Jérusalem. C’était aux environs de l’an 700. Ne s’éloignant jamais du monastère, il consacra toutes ses forces à l’ascèse et à l’activité littéraire, ne dédaignant pas une certaine activité pastorale, dont témoignent avant tout ses nombreuses Homélies. Sa mémoire liturgique est célébrée le 4 décembre (note : marqué au 4 décembre dans le calendrier réformé après le second concile du Vatican, Saint Jean Damascène est célébré le 27 mars dans le calendrier antérieur à la réforme). Le Pape Léon XIII le proclama docteur de l’Eglise universelle en 1890.

En Orient, on se souvient surtout de ses trois Discours pour légitimer la vénération des images sacrées, qui furent condamnés, après sa mort, par le Concile iconoclaste de Hiéria (754). Mais ces discours furent également le motif fondamental de sa réhabilitation et de sa canonisation de la part des Pères orthodoxes convoqués par le second Concile de Nicée (787), septième Concile œcuménique. Dans ces textes, il est possible de retrouver les premières tentatives théologiques importantes de légitimer la vénération des images sacrées, en les reliant au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie.

Jean Damascène fut, en outre, parmi les premiers à distinguer, dans le culte public et privé des chrétiens, l’adoration (latreia) de la vénération (proskynesis) :  la première ne peut être adressée qu’à Dieu, suprêmement spirituel, la deuxième au contraire peut utiliser une image pour s’adresser à celui qui est représenté dans l’image même. Bien sûr, le saint ne peut en aucun cas être identifié avec la matière qui compose l’icône. Cette distinction se révéla immédiatement très importante pour répondre de façon chrétienne à ceux qui prétendaient universel et éternel l’observance de l’interdit sévère de l’Ancien Testament d’utiliser des images dans le culte. Tel était le grand débat également dans le monde islamique, qui accepte cette tradition juive de l’exclusion totale d’images dans le culte. Les chrétiens, en revanche, dans ce contexte, ont débattu du problème et trouvé la justification pour la vénération des images. Damascène écrit :  « En d’autres temps, Dieu n’avait jamais été représenté en image, étant sans corps et sans visage. Mais à présent que Dieu a été vu dans sa chair et a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible en Dieu. Je ne vénère pas la matière, mais le créateur de la matière, qui s’est fait matière pour moi et a daigné habiter dans la matière et opérer mon salut à travers la matière. Je ne cesserai donc pas de vénérer la matière à travers laquelle m’a été assuré le salut. Mais je ne la vénère absolument pas comme Dieu ! Comment pourrait être Dieu ce qui a reçu l’existence à partir du non-être ?… Mais je vénère et respecte également tout le reste de la matière qui m’a procuré le salut, car pleine d’énergie et de grâces saintes. Le bois de la croix trois fois bénie n’est-il pas matière ? L’encre et le très saint livre des Evangiles ne sont-ils pas matière ? L’autel salvifique qui nous donne le pain de vie n’est-il pas matière ?…. Et, avant tout autre chose, la chair et le sang de mon Seigneur ne sont-ils pas matière ? Ou bien tu dois supprimer le caractère sacré de toutes ces choses, ou bien tu dois accorder à la tradition de l’Eglise la vénération des images de Dieu et celle des amis de Dieu qui sont sanctifiés par le nom qu’ils portent, et qui, pour cette raison, sont habités par la grâce de l’Esprit Saint. N’offense donc pas la matière :  celle-ci n’est pas méprisable ; car rien de ce que Dieu a fait n’est méprisable » (Contra imaginum calumniatores, I, 16, ed; Kotter, pp. 89-90). Nous voyons que, à cause de l’incarnation, la matière apparaît comme divinisée, elle est vue comme la demeure de Dieu. Il s’agit d’une nouvelle vision du monde et des réalités matérielles. Dieu s’est fait chair et la chair est devenue réellement demeure de Dieu, dont la gloire resplendit sur le visage humain du Christ. C’est pourquoi, les sollicitations du Docteur oriental sont aujourd’hui encore d’une très grande actualité, étant donnée la très grande dignité que la matière a reçue dans l’Incarnation, pouvant devenir, dans la foi, le signe et le sacrement efficace de la rencontre de l’homme avec Dieu. Jean Damascène reste donc un témoin privilégié du culte des icônes, qui deviendra l’un des aspects les plus caractéristiques de la théologie et de la spiritualité orientale jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit toutefois d’une forme de culte qui appartient simplement à la foi chrétienne, à la foi dans ce Dieu qui s’est fait chair et s’est rendu visible. L’enseignement de saint Jean Damascène s’inscrit ainsi dans la tradition de l’Eglise universelle, dont la doctrine sacramentelle prévoit que les éléments matériels issus de la nature peuvent devenir un instrument de grâce en vertu de l’invocation (epiclesis) de l’Esprit Saint, accompagnée par la confession de la foi véritable.

Jean Damascène met également en relation avec ces idées de fond la vénération des reliques des saints, sur la base de la conviction que les saints chrétiens, ayant participé de la résurrection du Christ, ne peuvent pas être considérés simplement comme des « morts ». En énumérant, par exemple, ceux dont les reliques ou les images sont dignes de vénération, Jean précise dans son troisième discours en défense des images : « Tout d’abord (nous vénérons) ceux parmi lesquels Dieu s’est reposé, lui le seul saint qui se repose parmi les saints (cf. Is 57, 15), comme la sainte Mère de Dieu et tous les saints. Ce sont eux qui, autant que cela est possible, se sont rendus semblables à Dieu par leur volonté et, par l’inhabitation et l’aide de Dieu, sont dits réellement dieux (cf. Ps 82, 6), non par nature, mais par contingence, de même que le fer incandescent est appelé feu, non par nature mais par contingence et par participation du feu. Il dit en effet :  Vous serez saint parce que je suis saint (Lv 19, 2) » (III, 33, col. 1352 A). Après une série de références de ce type, Jean Damascène pouvait donc déduire avec sérénité :  « Dieu, qui est bon et supérieur à toute bonté, ne se contenta pas de la contemplation de lui-même, mais il voulut qu’il y ait des êtres destinataires de ses bienfaits, qui puissent participer de sa bonté:  c’est pourquoi il créa du néant toutes les choses, visibles et invisibles, y compris l’homme, réalité visible et invisible. Et il le créa en pensant et en le réalisant comme un être capable de pensée (ennoema ergon) enrichi par la parole (logo[i] sympleroumenon) et orienté vers l’esprit (pneumati teleioumenon) » (II, 2, PG, col. 865A). Et pour éclaircir ultérieurement sa pensée, il ajoute :  « Il faut se laisser remplir d’étonnement (thaumazein) par toutes les œuvres de la providence (tes pronoias erga), les louer toutes et les accepter toutes, en surmontant la tentation de trouver en celles-ci des aspects qui, a beaucoup de personnes, semblent injustes ou iniques (adika), et en admettant en revanche que le projet de Dieu (pronoia) va au-delà des capacités cognitives et de compréhension (agnoston kai akatalepton) de l’homme, alors qu’au contraire lui seul connaît nos pensées, nos actions et même notre avenir » (II, 29, PG, col. 964C). Du reste, Platon disait déjà que toute la philosophie commence avec l’émerveillement :  notre foi aussi commence avec l’émerveillement de la création, de la beauté de Dieu qui se fait visible.

L’optimisme de la contemplation naturelle (physikè theoria), de cette manière de voir dans la création visible ce qui est bon, beau et vrai, cet optimisme chrétien n’est pas un optimisme naïf : il tient compte de la blessure infligée à la nature humaine par une liberté de choix voulue par Dieu et utilisée de manière impropre par l’homme, avec toutes les conséquences d’un manque d’harmonie diffus qui en ont dérivées. D’où l’exigence, clairement perçue par le théologien de Damas, que la nature dans laquelle se reflète la bonté et la beauté de Dieu, blessées par notre faute, « soit renforcée et renouvelée » par la descente du Fils de Dieu dans la chair, après que de nombreuses manières et en diverses occasions Dieu lui-même ait cherché à démontrer qu’il avait créé l’homme pour qu’il soit non seulement dans l’ »être », mais dans le « bien-être » (cf. La foi orthodoxe, II, 1, PG 94, col. 981°). Avec un enthousiasme passionné, Jean explique : « Il était nécessaire que la nature soit renforcée et renouvelée et que soit indiquée et enseignée concrètement la voie de la vertu (didachthenai aretes hodòn), qui éloigne de la corruption et conduit à la vie éternelle… C’est ainsi qu’apparut à l’horizon de l’histoire la grande mer de l’amour de Dieu pour l’homme (philanthropias pelagos)… ». C’est une belle expression. Nous voyons, d’une part, la beauté de la création et, de l’autre, la destruction accomplie par la faute humaine. Mais nous voyons dans le Fils de Dieu, qui descend pour renouveler la nature, la mer de l’amour de Dieu pour l’homme. Jean Damascène poursuit : « Lui-même, le Créateur et le Seigneur, lutta pour sa créature en lui transmettant à travers l’exemple son enseignement… Et ainsi, le Fils de Dieu, bien que subsistant dans la forme de Dieu, abaissa les cieux et descendit… auprès de ses serviteurs… en accomplissant la chose la plus nouvelle de toutes, l’unique chose vraiment nouvelle sous le soleil, à travers laquelle se manifesta de fait la puissance infinie de Dieu » (III, 1. PG 94, coll. 981C-984B).

Nous pouvons imaginer le réconfort et la joie que diffusaient dans le cœur des fidèles ces paroles riches d’images si fascinantes. Nous les écoutons nous aussi, aujourd’hui, en partageant les mêmes sentiments que les chrétiens de l’époque : Dieu veut reposer en nous, il veut renouveler la nature également par l’intermédiaire de notre conversion, il veut nous faire participer de sa divinité. Que le Seigneur nous aide à faire de ces mots la substance de notre vie.

Note :
Dans ce blogue, on trouvera des extraits d’une homélie de Saint Jean Damascène
à l’occasion de la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge > ici

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2021-19. Vie de foi de Saint Joseph.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge (cf. > ici) ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste ;
Commencement de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici).

Saint Joseph - vitrail

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A votre école, ô glorieux Saint Joseph, je désire apprendre à vivre de foi, me laissant guider en tout par la divine Providence.

Méditation :

1. – L’attitude fondamentale de la vie de Saint Joseph est toute de confiance et d’abandon à Dieu ; elle jaillit de sa foi. Saint Matthieu dit qu’il était « un homme juste » (Matth. I, 19) ; or la Sainte Ecriture enseigne que « le juste vit de foi » (Rom. I, 17), et on peut bien affirmer qu’aucune créature – après la Très Sainte Vierge – n’a vécu de foi autant que Joseph. Ayant passé sa vie, en effet, dans la sphère du mystère de l’Incarnation, il a dû nécessairement traverser toutes ces obscurités qui enveloppèrent l’accomplissement du grand mystère. Joseph eut donc besoin d’une grande foi, continuellement nourrie de souffrance et imprégnée d’angoisse. Les perplexités soulevées en lui par la maternité mystérieuse de Marie, la pauvreté extrême et les inquiétudes de Bethléem, les privations de la fuite en Egypte, firent gémir son âme délicate, au point qu’aux moments les plus graves, il eut besoin de l’intervention d’un Ange, pour le soutenir et l’introduire dans les profondeurs du mystère divin qui se déroulait sous ses yeux. Et Joseph se laissa guider avec la docilité et la confiance aveugle d’un enfant. L’Evangile rapporte quatre faits qui en témoignent :
1° L’Ange met fin à ses angoisses en lui ordonnant de prendre chez lui Marie, sa très sainte Epouse, « car ce qui est né en elle est l’œuvre de l’Esprit Saint ». Joseph n’hésite pas un instant et fait « ce que lui avait commandé l’Ange du Seigneur » (Matth. I, 20 et 24).
2° L’Ange l’avertit de « prendre l’Enfant et sa mère et de fuir en Egypte » (Matth. II, 13) : sans délai, au cœur de la nuit, le Saint se lève pour exécuter l’ordre. La fuite présentait objectivement d’énormes difficultés : les très grandes incommodités et les dangers du voyage, la pauvreté extrême, l’exil en terre étrangère. Mais l’Ange a parlé et Joseph obéit.
3° Après la mort d’Hérode, l’Ange lui ordonne de retourner dans la terre d’Israël.
4° L’Ange l’avise de se retirer en Galilée (cf. Matth. II, 19-23).
Nous avons ici quatre actes de foi et d’obéissance aveugle. Joseph n’hésite ni ne raisonne, il n’oppose aucune objection parce qu’il se confie totalement en Dieu, qu’il croit pleinement en Lui, en sa parole, en sa divine Providence.

Songe de Saint Joseph - église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe

Songe de Saint Joseph
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe)

2. – Toute la vie de Saint Joseph se résume en une adhésion ininterrompue au plan divin, même si celui-ci comporte pour lui des situations fort mystérieuses et obscures.
Dans notre vie aussi, il y a toujours un peu de mystère, soit parce que Dieu aime travailler d’une manière cachée, secrète, soit parce que son action est toujours impénétrable à notre pauvre intelligence humaine. Il y faut donc ce regard de foi, cette confiance totale qui, en s’appuyant sur la bonté infinie de Dieu, nous convainc que toujours, et à travers toutes les circonstances, Il veut notre bien et dispose tout à cette fin. Seule cette confiance nous permettra, comme Saint Joseph, de dire toujours oui à quelque manifestation que ce soit de la volonté divine, un oui humble, prompt, confiant, malgré les obscurités, les difficultés, le mystère… Dieu s’est servi des Anges pour manifester sa volonté à Joseph ; pour nous, Il se sert de nos supérieurs qui, comme les Anges, sont ses messagers, ses envoyés. Obéissons avec la simplicité de Joseph, assurés que Dieu peut se servir de n’importe quelle personne, de n’importe quelle circonstance, pour nous faire connaître et réaliser son divin vouloir, exactement comme Il s’est servi de l’édit de César pour conduire Joseph à Bethléem où devait naître Jésus. L’empereur romain avait bien d’autres intentions, mais Dieu s’est servi de cet acte politique pour effectuer le plan de l’Incarnation. Il est toujours vrai que Dieu gouverne et dirige tout vers l’accomplissement de sa volonté.
Une autre caractéristique de la vie de Saint Joseph est de s’être consacré entièrement à la mission confiée par Dieu à ses soins : être le gardien et le soutien de Jésus et de sa Mère. Joseph ne vit pas pour lui-même, pour ses intérêts personnels, mais uniquement pour Dieu qu’il sert en Jésus et Marie. Saint Joseph est ainsi le vrai modèle des âmes intérieures, des âmes qui aspirent à vivre totalement pour et avec Dieu, dans l’accomplissement de la mission qu’elles ont reçue de Lui.

St Joseph charpentier -  This splendid stained glass window is by Sir Ninian Comper and is in the Lady chapel of Downside Abbey church.  - 4215794179_bf3edea644_o

L’atelier de Saint Joseph
(vitrail de Sir Ninian Comper – chapelle de la Vierge, église de Downside Abbey)

Colloque :

« O Joseph, combien je vous aime ! Comme j’aime à penser à votre vie toute simple et si humble ! Comme nous, vous avez vécu de foi. Je vous contemple dans la petite maison de Nazareth, à côté de Jésus et de Marie, tout occupé à travailler pour eux. Il me semble vous voir raboter, puis vous essuyer le front de temps en temps, et vous hâter pour terminer à temps le travail à remettre aux clients. Bien que vivant à côté du Fils de Dieu, votre vie a été tout ordinaire, car Jésus ne faisait certainement pas de miracles inutiles. Dans votre vie, tout s’est passé comme dans la nôtre. Et que de peines, de fatigues, de périls ! Oh ! Comme on serait étonné si on savait tout ce que vous avez souffert ! » (cf. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus in « Conseils et Souvenirs » et « Novissima Verba »).
« Je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans penser à vous, glorieux Saint Joseph, sans vous remercier de les avoir si bien aidés ! Il me semble que, pour ce motif, les personnes d’oraison vous doivent une affection toute spéciale…
Une longue expérience m’a montré les grâces que vous nous obtenez de Dieu, c’est pourquoi je voudrais convaincre toutes les âmes qu’elles doivent vous porter une grande dévotion. Je n’ai pas connu une seule personne, ayant une vraie dévotion pour vous, et vous honorant d’un culte particulier, qui n’ait fait de sensibles progrès dans la vertu. Vous aidez d’une manière toute spéciale les âmes qui se recommandent à vous…
J’ai vu clairement que votre secours a été toujours plus grand que ce que j’aurais espéré. Je ne me souviens pas d’avoir jamais imploré de vous une grâce sans l’avoir obtenue immédiatement. Le Seigneur veut nous faire comprendre par là que, s’Il vous a été soumis sur la terre, où en votre qualité de Père et de gardien, vous pouviez Lui commander, Il répond également au ciel à toutes vos suppliques » (cf. Ste Thérèse de Jésus, in « Vie » aux chap. V et VI).
O cher Saint Joseph, c’est donc avec une pleine confiance que je me mets sous votre protection ; enseignez-moi à vivre comme vous, de foi et d’abandon à Dieu, apprenez-moi à vivre uniquement pour Lui, en me consacrant tout entier à son service.

Rd Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd.
in « Intimité divine », sanctoral du mois de mars.

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue :
- les prières de Saint François de Sales, du Bienheureux Pie IX et de Léon XIII > ici :
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > ici ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > ici ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > ici ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici ;
- « De Saint Joseph et de Sainte Thérèse de Jésus » > ici ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage » > ici,
et « Ite ad Ioseph ! » > ici .

2021-18. Nous avons lu : « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI » de Dominique Sabourdin-Perrin.

7 mars,
Dies natalis de la Vénérable Marie-Clotilde de France (cf. > ici).

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

La Vénérable Marie-Clotilde de France, Reine de Piémont-Sardaigne
(23 septembre 1759 – 7 mars 1802)

Lorsque, en 2015, j’avais rédigé dans les pages de ce blogue (cf. > ici) une notice biographique sur « Madame Clotilde », j’écrivais ces lignes : « (…) il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens ». L’année 2020 aura permis un changement en ce domaine puisque Madame Dominique Sabourdin-Perrin, historienne qui a déjà été remarquée par ses ouvrages – entre autres – sur la Famille Royale pendant la révolution, a fait paraître aux éditions Salvator un livre de plus de 300 pages intitulé « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI ».

La lecture de cet ouvrage est aisée, presque pédagogique pourrait-on dire, et tout en nous plongeant dans l’histoire, elle nous livre une assez bonne présentation de la vie de cette Fille de France devenue Reine de Piémont-Sardaigne qui est parvenue à un très haut degré de perfection chrétienne.

Quatrième de couverture :

Qui se souvient de la vénérable Marie-Clotilde de France (1759-1802), la sœur oubliée de Louis XVI et de Madame Élisabeth, dont pourtant le pape Jean-Paul II a reconnu en 1982 l’héroïcité des vertus ? Son mariage a été le dernier célébré à Versailles en 1775, juste après le sacre de Louis XVI. Elle épouse alors le prince de Piémont-Sardaigne et part vivre à Turin. Avec son mari, elle va recevoir à sa cour toute l’émigration française, dont ses frères, les futurs rois Louis XVIII et Charles X. Mais devenue reine de Piémont-Sardaigne en 1796, elle doit s’exiler avec sa famille à travers l’Italie, de crainte d’être enlevée par les Français. Elle témoigne en dépit de ces événements d’une foi profonde, faite de piété et d’austérité. Elle instaure ainsi le culte de Notre-Dame de Pitié dans ses États, avant de mourir, à Naples, à l’âge de 42 ans. 

Marie-Clotilde de France par Dominique Sabourdin-Perrin

Remarques personnelles :

Bien écrit et de plutôt « bon esprit », ce livre présente l’avantage indéniable d’offrir à nos contemporains une biographie de « Madame Clotilde » qui ne se limite pas aux seuls faits historiques, mais nous montre aussi un peu de l’âme de cette Princesse et de son ascension spirituelle. Un peu seulement, car du point de vue spirituel, l’ouvrage de Monseigneur Luigi Bottiglia, publié en 1816, c’est-à-dire seulement 14 ans après la mort de la Souveraine (et du vivant même du Roi Charles-Emmanuel IV son époux), dédié au pape Pie VII qui venait de la déclarer Vénérable, est d’une bien plus grande profondeur… mais il est plutôt difficile à trouver de nos jours.
Je regrette que Madame Sabourin-Perrin, à plusieurs reprises, cède au poncif mille fois répété par les chroniqueurs mondains et superficiels selon lequel la cour de Turin aurait été « ennuyeuse », car cela dénote une certaine incompréhension de ce que doit être la cour de souverains véritablement catholiques respectueux des préceptes de la Sainte Eglise et de leurs peuples, mais je ne m’étendrai pas là-dessus.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

2021-11. Saint Cyrille d’Alexandrie, témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné.

9 février,
fête de Saint Cyrille d’Alexandrie, docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Sainte Apolline, martyre ;
Mémoire de la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, vierge de l’Ordre de Saint-Augustin.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse

Au concile d’Ephèse (431), Saint Cyrille d’Alexandrie défend la foi de Nicée
(mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

Saint Cyrille d’Alexandrie, Docteur de l’Eglise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 3 octobre 2007

Chers frères et sœurs,

Poursuivant notre itinéraire sur les traces des Pères de l’Eglise, nous rencontrons une grande figure : saint Cyrille d’Alexandrie.

Lié à la controverse christologique qui conduisit au Concile d’Ephèse de 431, et dernier représentant important de la tradition alexandrine, dans l’Orient grec, Cyrille fut plus tard défini le « gardien de l’exactitude » – qu’il faut comprendre comme gardien de la vraie foi – et même « sceau des Pères ». Ces antiques expressions expriment un fait qui est caractéristique de Cyrille, c’est-à-dire la référence constante de l’évêque d’Alexandrie aux auteurs ecclésiastiques précédents (parmi ceux-ci, Athanase en particulier), dans le but de montrer la continuité de sa théologie avec la tradition. Il s’insère volontairement, explicitement dans la tradition de l’Eglise, dans laquelle il reconnaît la garantie de la continuité avec les Apôtres et avec le Christ lui-même. Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu’en Occident, saint Cyrille fut proclamé Docteur de l’Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, qui, dans le même temps, attribua ce titre également à un autre représentant important de la patristique grecque, saint Cyrille de Jérusalem. Ainsi, se révélaient l’attention et l’amour pour les traditions chrétiennes orientales de ce Pape, qui voulut ensuite proclamer saint Jean Damascène Docteur de l’Eglise, montrant ainsi que tant la tradition orientale qu’occidentale exprime la doctrine de l’unique Eglise du Christ.

On sait très peu de choses sur la vie de Cyrille avant son élection sur l’important siège d’Alexandrie. Neveu de Théophile, qui en tant qu’évêque, dirigea d’une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385, Cyrille naquit probablement dans la même métropole égyptienne entre 370 et 380. Il fut très tôt dirigé vers la vie ecclésiastique et reçut une bonne éducation, tant culturelle que théologique. En 403, il se trouvait à Constantinople à la suite de son puissant oncle et il participa dans cette même ville au Synode appelé « du Chêne », qui déposa l’évêque de la ville, Jean (appelé plus tard Chrysostome), marquant ainsi le triomphe du siège alexandrin sur celui, traditionnellement rival, de Constantinople, où résidait l’empereur. A la mort de son oncle Théophile, Cyrille encore jeune fut élu évêque de l’influente Eglise d’Alexandrie en 412, qu’il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans, visant toujours à en affirmer le primat dans tout l’Orient, également fort des liens traditionnels avec Rome.

Deux ou trois ans plus tard, en 417 ou 418, l’évêque d’Alexandrie se montra réaliste en recomposant la rupture de la communion avec Constantinople, qui durait désormais depuis 406, suite à la déposition de Jean Chrysostome. Mais l’ancienne opposition avec le siège de Constantinople se ralluma une dizaine d’années plus tard, lorsqu’en 428, Nestor y fut élu, un moine sévère et faisant autorité, de formation antiochienne. En effet, le nouvel évêque de Constantinople suscita très vite des oppositions, car dans sa prédication, il préférait pour Marie le titre de « Mère du Christ » (Christotòkos), à celui – déjà très cher à la dévotion populaire – de « Mère de Dieu » (Theotòkos). Le motif de ce choix de l’évêque Nestor était son adhésion à la christologie de type antiochien qui, pour préserver l’importance de l’humanité du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinité. Et ainsi, l’union entre Dieu et l’homme dans le Christ n’était plus véritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de « Mère de Dieu ».

La réaction de Cyrille – alors le plus grand représentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondément souligner l’unité de la personne du Christ – fut presque immédiate, et se manifesta par tous les moyens déjà à partir de 429, s’adressant également dans quelques lettres à Nestor lui-même. Dans la deuxième (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en février 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de préserver la foi du Peuple de Dieu. Tel était son critère, par ailleurs encore valable aujourd’hui : la foi du Peuple de Dieu  est  l’expression de la tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il écrit ainsi à Nestor :  « Il faut exposer au peuple l’enseignement et l’interprétation de la foi de la manière la plus irrépréhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu’un seul des petits qui croient dans le Christ subira un châtiment intolérable ».

Dans cette même lettre à Nestor – une lettre qui plus tard, en 451, devait être approuvée par le concile de Chalcédoine, le quatrième concile œcuménique – Cyrille décrit avec clarté sa foi christologique : « Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une véritable unité sont différentes, mais de toutes les deux n’a résulté qu’un seul Christ et Fils ; non parce qu’en raison de l’unité ait été éliminée la différence des natures, mais plutôt parce que divinité et humanité, réunies en une union indicible et inénarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils ». Et cela est important : réellement, la véritable humanité et la véritable divinité s’unissent en une seule Personne, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi, poursuit l’évêque d’Alexandrie, « nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens où nous adorons l’homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l’idée de la séparation lorsque nous disons « avec », mais dans le sens où nous adorons un seul et le même, car son corps n’est pas étranger au Logos, avec lequel il s’assied également aux côtés de son Père, non comme si deux fils s’asseyaient à côté de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair ».

Très vite, l’évêque d’Alexandrie, grâce à de sages alliances, obtint que Nestor soit condamné à plusieurs reprises : par le siège romain, puis par une série de douze anathèmes qu’il composa lui-même et, enfin, par le Concile qui se tint à Ephèse en 431, le troisième concile œcuménique. L’assemblée, qui connut des épisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dévotion à Marie  et  avec  l’exil  de l’évêque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnaître à la Vierge le titre de « Mère de Dieu », à cause d’une christologie erronée, qui suscitait des divisions dans le Christ lui-même. Après avoir ainsi prévalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, dès 433, à une formule théologique de compromis et de réconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif : d’une part, il y a la clarté de la doctrine de la foi, mais de l’autre, également la recherche intense de l’unité et de la réconciliation. Au cours des années suivantes, il se consacra de toutes les façons possibles à défendre et à éclaircir sa position théologique jusqu’à sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444.

Les écrits de Cyrille – vraiment très nombreux et largement publiés également dans diverses traductions latines et orientales déjà de son vivant, témoignant de leur succès immédiat – sont d’une importance primordiale pour l’histoire du christianisme. Ses commentaires de nombreux livres vétéro-testamentaires et du Nouveau Testament, parmi lesquels tout le Pentateuque, Isaïe, les Psaumes et les Evangiles de Jean et de Luc, sont importants. Ses nombreuses œuvres doctrinales sont également notables ; dans celles-ci revient la défense de la foi trinitaire contre les thèses ariennes et contre celles de Nestor. La base de l’enseignement de Cyrille est la tradition ecclésiastique, et en particulier, comme je l’ai mentionné, les écrits d’Athanase, son grand  prédécesseur sur le siège alexandrin. Parmi les autres écrits de Cyrille, il faut enfin rappeler les livres « Contre Julien », dernière grande réponse aux polémiques antichrétiennes, dictée par l’évêque d’Alexandrie probablement au cours des dernières années de sa vie, pour répondre à l’œuvre « Contre les Galiléens », écrite de nombreuses années auparavant, en 363, par l’empereur qui fut qualifié d’Apostat pour avoir abandonné le christianisme dans lequel il avait été éduqué.

La foi chrétienne est tout d’abord une rencontre avec Jésus, « une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon » (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d’Alexandrie a été un témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, soulignant en particulier son unité, comme il le répète en 433 dans la première lettre (PG 77, 228-237) à l’évêque Succenso :  « Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jésus Christ, que ce soit avant l’incarnation ou après l’incarnation. En effet, le Logos né de Dieu le Père n’était pas un fils, et celui né de la Sainte Vierge un autre fils ; mais nous croyons que précisément Celui qui existe depuis toute éternité est né également selon la chair d’une femme ». Cette affirmation, au-delà de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jésus Logos né du Père est également bien enracinée dans l’histoire, car, comme l’affirme saint Cyrille, ce même Jésus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotòkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous.
Et cela est important : Dieu est éternel, il est né d’une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous  vivons  dans  cette  certitude, en elle  nous  trouvons  le  chemin de notre vie.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse détail - Saint Cyrille d'Alexandrie

Saint Cyrille d’Alexandrie défendant pour la Vierge Marie le titre de « Mère de Dieu »
comme expression de la véritable foi de Nicée
(détail de la mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

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