Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2020-93. Saint Alphonse a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

2 août,
Fête de Saint Alphonse-Marie de Liguori, évêque et confesseur ;
Fête de Notre-Dame des Anges et indulgence de la Portioncule (cf. > ici).

St Alphonse-Marie de Liguori - vitrail de la cathédrale de Carlow

Saint Alphonse-Marie de Liguori en prière
(détail d’un vitrail de la cathédrale de Carlow – Irlande)

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Saint Alphonse a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
délivrée le mercredi 30 mars 2011
à l’occasion de l’audience pontificale générale.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’un saint docteur de l’Eglise à qui nous devons beaucoup, car ce fut un éminent théologien moraliste et un maître de vie spirituelle pour tous, en particulier pour les personnes simples. Il est l’auteur des paroles et de la musique de l’un des chants de Noël les plus populaires en Italie et pas seulement : Tu descends des étoiles.

Appartenant à une noble et riche famille napolitaine, Alphonse Marie de Liguori naquit en 1696. Doté de nombreuses qualités intellectuelles, il obtint à seulement 16 ans une maîtrise de droit civil et canonique. Il était l’avocat le plus brillant du barreau de Naples : pendant huit ans il gagna toutes les causes qu’il défendit.
Toutefois, dans son âme assoiffée de Dieu et désireuse de perfection, le Seigneur le conduisait à comprendre que la vocation à laquelle il l’appelait était une autre. En effet, en 1723, indigné par la corruption et l’injustice qui viciaient le milieu juridique, il abandonna sa profession — et avec elle la richesse et le succès — et il décida de devenir prêtre, malgré l’opposition de son père.
Il eut d’excellents maîtres, qui l’initièrent à l’étude de l’Ecriture Sainte, de l’histoire de l’Eglise et de la mystique. Il acquit une vaste culture théologique, qu’il mit à profit quand, quelques années plus tard, il entreprit son œuvre d’écrivain.
Il fut ordonné prêtre en 1726 et il se lia, pour l’exercice de son ministère, à la Congrégation diocésaine des Missions apostoliques. Alphonse commença une action d’évangélisation et de catéchèse dans les couches les plus humbles de la société napolitaine, auxquelles il aimait prêcher, et qu’il instruisait sur les vérités fondamentales de la foi. Un grand nombre de ces personnes, pauvres et modestes, auxquelles il s’adressait, s’adonnaient souvent aux vices et accomplissaient des actes criminels. Il leur enseignait avec patience à prier, les encourageant à améliorer leur façon de vivre. Alphonse obtint d’excellents résultats : dans les quartiers les plus misérables de la ville se multipliaient les groupes de personnes qui, le soir, se réunissaient dans les maisons privées et dans les échoppes, pour prier et pour méditer la Parole de Dieu, sous la direction de plusieurs catéchistes formés par Alphonse et par d’autres prêtres, qui rendaient visite régulièrement à ces groupes de fidèles. Quand, suivant le désir de l’archevêque de Naples, ces réunions furent tenues dans les chapelles de la ville, elles prirent le nom de « chapelles du soir ». Elles furent de véritables sources d’éducation morale, d’assainissement social, d’aide réciproque entre les pauvres : les vols, les duels, la prostitution finirent presque par disparaître.

Même si le contexte social et religieux de l’époque de saint Alphonse étaient bien différent du nôtre, les « chapelles du soir » apparaissent comme un modèle d’action missionnaire auquel nous pouvons nous inspirer également aujourd’hui pour une « nouvelle évangélisation », en particulier des plus pauvres, et pour construire une coexistence humaine plus juste, fraternelle et solidaire. Une tâche de ministère spirituel est confiée aux prêtres, alors que des laïcs bien formés peuvent être des animateurs chrétiens efficaces, un authentique levain évangélique au sein de la société.

Après avoir pensé partir pour évangéliser les peuples païens, Alphonse, à l’âge de 35 ans, entra en contact avec les paysans et les pasteurs des régions intérieures du royaume de Naples et, frappé par leur ignorance religieuse et par l’état d’abandon dans lequel ils se trouvaient, il décida de quitter la capitale et de se consacrer à ces personnes, qui étaient pauvres spirituellement et matériellement.
En 1732, il fonda la Congrégation religieuse du Très Saint Rédempteur, qu’il plaça sous la protection de l’évêque Tommaso Falcoia, et dont par la suite il devint lui-même le successeur.
Ces religieux, guidés par Alphonse, furent d’authentiques missionnaires itinérants, qui atteignaient aussi les villages les plus reculés en exhortant à la conversion et à la persévérance dans la vie chrétienne, en particulier au moyen de la prière. Aujourd’hui encore les Rédemptoristes, présents dans de nombreux pays du monde, avec de nouvelles formes d’apostolat, continuent cette mission d’évangélisation. Je pense à eux avec reconnaissance, en les exhortant à être toujours fidèles à l’exemple de leur saint fondateur.

Estimé pour sa bonté et pour son zèle pastoral, en 1762 Alphonse fut nommé évêque de Sant’Agata dei Goti, un ministère qu’il quitta en 1775 avec l’autorisation du Pape Pie VI, à la suite des maladies dont il était atteint.
Ce même Pape, en 1787, en apprenant la nouvelle de sa mort, qui eut lieu après de grandes souffrances, s’exclama : « C’était un saint ! ». Et il ne se trompait pas : Alphonse fut canonisé en 1839, et en 1871 il fut déclaré Docteur de l’Eglise.
Ce titre lui convient pour de nombreuses raisons. Tout d’abord parce qu’il a proposé un riche enseignement de théologie morale, qui exprime de manière adaptée la doctrine catholique, au point qu’il fut proclamé par le Pape Pie XII « Patron de tous les confesseurs et moralistes ». A son époque, s’était diffusée une interprétation très rigoriste de la vie morale également en raison de la mentalité janséniste qui, au lieu d’alimenter la confiance et l’espérance dans la miséricorde de Dieu, fomentait la peur et présentait un visage de Dieu revêche et sévère, bien éloigné de celui que nous a révélé Jésus. Saint Alphonse, en particulier dans son œuvre principale intitulée Théologie morale, propose une synthèse équilibrée et convaincante entre les exigences de la loi de Dieu, gravée dans nos cœurs, pleinement révélée par le Christ et interprétée de manière faisant autorité par l’Eglise, et les dynamismes de la conscience et de la liberté de l’homme, qui précisément dans l’adhésion à la vérité et au bien permettent la maturation et la réalisation de la personne. Alphonse recommandait aux pasteurs d’âmes et aux confesseurs d’être fidèles à la doctrine morale catholique, en assumant, dans le même temps, une attitude charitable, compréhensive, douce, pour que les pénitents puissent se sentir accompagnés, soutenus, encouragés dans leur chemin de foi et de vie chrétienne. Saint Alphonse ne se lassait jamais de répéter que les prêtres sont un signe visible de la miséricorde infinie de Dieu, qui pardonne et illumine l’esprit et le cœur du pécheur afin qu’il se convertisse et change de vie. A notre époque, où on voit de clairs signes d’égarement de la conscience morale et — il faut le reconnaître — un certain manque d’estime envers le sacrement de la confession, l’enseignement de saint Alphonse est encore de grande actualité.

A côté des œuvres de théologie, saint Alphonse rédigea de très nombreux écrits, destinés à la formation religieuse du peuple. Le style est simple et plaisant. Lues et traduites dans un grand nombre de langues, les œuvres de saint Alphonse ont contribué à façonner la spiritualité populaire des deux derniers siècles. Certaines d’entre elles sont des textes à lire avec un grand intérêt encore aujourd’hui, comme Les Maximes éternellesLes gloires de MarieLa pratique d’amour envers Jésus Christ, une œuvre — cette dernière — qui représente la synthèse de sa pensée et son chef-d’œuvre. Il insiste beaucoup sur la nécessité de la prière, qui permet de s’ouvrir à la Grâce divine pour accomplir quotidiennement la volonté de Dieu et poursuivre la sanctification personnelle.
Au sujet de la prière, il écrit : « Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière, par laquelle on obtient l’aide pour vaincre les concupiscences et les tentations. Et je dis, et je réponds et je répondrai toujours, tant que j’aurai vie, que tout notre salut réside dans la prière ». De là vient son célèbre axiome : « Qui prie se sauve » (Grand moyen de la prière et opuscules semblables. Œuvres ascétiques II, Rome 1962, p. 171). Il me revient à l’esprit, à cet égard, l’exhortation de mon prédécesseur, le vénérable serviteur de Dieu Jean-Paul II : « Nos communautés chrétiennes doivent devenir d’authentiques “écoles” de prière… Il faut alors que l’éducation à la prière devienne en quelque sorte un point déterminant de tout programme pastoral » (Lett. ap. Novo Millennio ineunte, nn. 33.34).

Parmi les formes de prière conseillées avec ferveur par saint Alphonse se détache la visite au Très Saint Sacrement ou, comme nous l’appellerions aujourd’hui, l’adoration, brève ou prolongée, personnelle ou communautaire, devant l’Eucharistie. « Assurément — écrit Alphonse — parmi toutes les dévotions celle d’adorer Jésus sacrement est la première après les sacrements, la plus chère à Dieu, et celle qui nous est la plus utile… Oh, quel délice d’être devant un autel plein de foi… et lui présenter nos nécessités, comme fait un ami avec un autre ami intime !» (Visites au Saint Sacrement et à la Sainte Vierge pour chaque jour du mois. Introduction).
La spiritualité alphonsienne est en effet éminemment christologique, centrée sur le Christ et son Evangile. La méditation du mystère de l’Incarnation et de la Passion du Seigneur sont fréquemment l’objet de sa prédication. Dans ces événements en effet la Rédemption est offerte « copieusement » à tous les hommes.
Et précisement parce qu’elle est christologique, la piété alphonsienne est aussi absolument mariale. D’une grande dévotion pour Marie, il en illustre le rôle dans l’histoire du salut : associée à la Rédemption et Médiatrice de grâce, Mère, Avocate et Reine. En outre, saint Alphonse affirme que la dévotion à Marie nous sera d’un grand réconfort au moment de notre mort. Il était convaincu que la méditation sur notre destin éternel, sur notre appel à participer pour toujours à la béatitude de Dieu, tout comme sur la tragique possibilité de la damnation, contribue à vivre avec sérénité et engagement, et à affronter la réalité de la mort en conservant toujours toute sa confiance dans la bonté de Dieu.

Saint Alphonse de Liguori est un exemple de pasteur zélé, qui a conquis les âmes en prêchant l’Evangile et en administrant les sacrements, s’unissant à une façon d’agir marquée par une bonté sereine et douce, qui naissait de l’intense rapport avec Dieu, qui est la Bonté infinie. Il a eu une vision à la fois réaliste et optimiste des ressources de bien que le Seigneur donne à chaque homme et il a donné importance aux élans et aux sentiments du cœur, ainsi qu’à ceux de l’esprit, pour pouvoir aimer Dieu et son prochain.

En conclusion, je voudrais rappeler que notre saint, de manière analogue à saint François de Sales — dont j’ai parlé il y a quelques semaines — insiste pour nous dire que la sainteté est accessible à chaque chrétien : « Le religieux comme religieux, le séculier comme séculier, le prêtre comme prêtre, le mari comme mari, le marchand comme marchand, le soldat comme soldat, et ainsi de suite pour tout autre statut » (La pratique de l’amour envers Jésus Christ. Œuvres ascétiques I, Rome 1933, p. 79).
Rendons grâce au Seigneur qui, avec sa Providence, suscite des saints et des docteurs en des lieux et en des temps différents, qui parlent le même langage pour nous inviter à croître dans la foi et à vivre avec amour et avec joie notre être chrétiens dans les actions simples de chaque jour, pour avancer sur le chemin de la sainteté, sur la route vers Dieu et vers la joie véritable. Merci.

châsse de Saint Alphonse-Marie de Ligori

Châsse de Saint Alphonse-Marie de Liguori
(Pagani – Campanie)

2020-92. Mardi 11 août 2020 : fête de Sainte Philomène au Mesnil-Marie.

palmes

Nous faisons chaque jour l’expérience de la puissance protection et de la très efficace intercession de Sainte Philomène, céleste protectrice du Refuge Notre-Dame de Compassion en second, après la Très Sainte Mère des Douleurs.
Nous constatons aussi avec émerveillement et action de grâces combien elle se plaît à exaucer les prières de ceux qui viennent la prier au Mesnil-Marie.
Voilà pourquoi, cette année encore, nous vous invitons à célébrer sa fête avec nous.

Gisant de Sainte Philomène au Mesnil-Marie - détail

Mardi 11 août 2020

Fête de Sainte Philomène

Programme :

- 10 h – 11 h : possibilité de confessions
- 11 h précises : Sainte Messe de la fête de Sainte Philomène
(célébrée évidemment dans le rite latin traditionnel)

- Repas tiré du sac (apporter autant que possibles vos sièges pliants – merci !)
- 15 h  : chapelet et vénération de la relique de Sainte Philomène

Attention ! Remarques importantes :
- En raison du contexte particulier lié à la crise sanitaire et à aux contraintes imposées par le pouvoir politique – et même si le Mesnil-Marie est une propriété privée et non un « lieu public » -, la Sainte Messe sera célébrée sous une grande tente (nous avons pu remplacer le barnum qui a été grandement endommagé par la tempête à la mi-juin, cf. > ici), apprêtée dignement pour cette célébration.
- Afin de prévoir un aménagement conforme aux recommandations de distanciation, nous invitons avec une certaine insistance les personnes qui souhaitent venir à la Messe à nous prévenir (en utilisant le formulaire de contact > ici, ou bien par téléphone).
- Des bancs seront disposés sous cette tente, mais nous recommandons en outre à ceux qui ne souhaitent pas s’agenouiller directement sur l’herbe d’apporter un coussin ou un linge qu’ils pourront poser au sol devant eux.

Préparation spirituelle à la fête de Sainte Philomène :
Que vous puissiez être présents physiquement ou que vous ne le puissiez pas, nous vous invitons quoi qu’il en soit à préparer la fête de Sainte Philomène par une neuvaine, du dimanche 2 au lundi 10 août.
Pour cette neuvaine, nous vous proposons les prières publiées > ici.

Reliquaire de Sainte Philomène au Mesnil-Marie

2020-86. A l’occasion de la fête de Saint Henri, Sa Majesté le Roi Louis XX met en valeur son prédécesseur Henri V et souligne la justesse et l’actualité de son attitude.

15 juillet 2020,
Fête du Saint-Sépulcre de NSJC (cf. > ici),
Commémoraison de Saint Henri, empereur et confesseur ;
Commémoraison de Saint Basile (Vladimir), prince de Kiev, confesseur « égal aux Apôtres ».

St Henri - détail d'un vitrail de l'église Sainte Marie-Madeleine - Gennevilliers

Saint Henri
(détail d’un vitrail de l’église Sainte Marie-Madeleine de Genevilliers)

Lundi 13 juillet, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié, sur les réseaux sociaux, le message suivant, à l’occasion de la fête de Saint Henri (date à laquelle il est fêté dans le calendrier réformé, car dans le calendrier traditionnel sa fête est célébrée au 15 juillet), fête patronale de son troisième fils, Monseigneur le duc de Touraine.
Voici le texte de ce message qui va bien au-delà de simples vœux de fête à un enfant : la Saint-Henri n’est finalement ici qu’un prétexte pour délivrer un message d’une portée politique absolument remarquable, sur laquelle nous reviendrons.
Nous nous permettons de reproduire en caractères gras les passages de ce texte qui nous paraissent particulièrement importants.

Le 13 juillet, l’Eglise catholique honore Saint Henri.
Au-delà de la pensée et des vœux que la Princesse Marie-Marguerite et moi-même adressons à notre troisième fils, cette fête me ramène au souvenir des rois qui ont porté ce prénom ponctuant l’histoire capétienne depuis le XIème siècle.
Je pense notamment au grand Henri IV, le premier monarque de la branche des Bourbons, mais aussi en cette année qui est celle du bicentenaire de sa naissance, au Comte de Chambord qui aurait dû devenir Henri V.

Peu de princes sont aussi méconnus que ce dernier et voient leur pensée pareillement travestie.
Pourtant, alors que la France se défait un peu plus chaque jour, que les Français sont toujours plus mis à la peine et voient leurs libertés chaque jour plus bafouées, la pensée de ce roi apparaît dans toute sa force et son originalité.
Le Comte de Chambord a refusé avec courage et abnégation de « couronner la Révolution ». Il avait déjà largement perçu les effets néfastes des nouvelles institutions basées sur un droit dévoyé au profit des majorités changeantes et pour lesquelles la souveraineté n’est plus un absolu.
Pour Henri V il était encore temps, par la restauration de la monarchie traditionnelle, de ne pas accepter les fausses valeurs issues d’idéologies qui ne mènent qu’à la mort et à la disparition de la société.
Le drapeau blanc était le signe de cette rupture nécessaire. Sans doute moins perceptible à son époque, cette rupture nécessaire est aujourd’hui d’une profonde actualité.
Pour Henri V, à la suite de tous les rois de France, la fonction royale avait d’abord pour mission de contribuer au bien commun sans lequel il n’y a pas d’avenir possible. Cela est toujours vrai.

Bonne fête de Saint Henri à tous.

Henri, comte de Chambord de jure Henri V

Henri V, dit « le Comte de Chambord »

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2020-85. Nous avons lu et nous avons aimé « Les Martyres d’Orange », par Alexis Neviaski.

9 juillet,
Fête des Bienheureuses Martyres d’Orange ;
Au couvent de Picpus, à Paris, la fête de Notre-Dame de Paix.
palmes
Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
Dans les pages de ce blogue (très précisément > ici), feu le Maître-Chat Lully avait déjà succinctement évoqué les trente-deux religieuses guillotinées à Orange du 6 au 26 juillet 1794 : religieuses appartenant à plusieurs Ordres monastiques, mais pour le plus grand nombre Religieuses du Très Saint-Sacrement (appelées de ce fait « Sacramentines »), et provenant de plusieurs monastères ou couvents du Comtat ou de Provence.
Toutes furent jugées et exécutées à Orange, d’où le nom de « Martyres d’Orange » qui leur est habituellement donné.
Liturgiquement, on parle de la Bienheureuse Madeleine de la Mère de Dieu et de ses trente-et-une compagnes, vierges et martyres.
Cette année 2020 est celle du 95ème anniversaire de leur béatification (qui fut célébrée à Rome le 10 mai 1925), et nous nous réjouissons grandement de ce que, depuis plusieurs mois déjà, leur cause de canonisation a été réactivée par l’archidiocèse d’Avignon.
C’est dans la nouvelle dynamique insufflée à leur culte que les éditons Artège ont publié il y a quelques mois (novembre 2019), un nouvel ouvrage intitulé « Les Martyres d’Orange », que nous avons lu avec le plus grand intérêt et (en particulier parce que d’autres ouvrages plus anciens sont aujourd’hui difficiles à trouver) que nous nous permettons de recommander à nos amis.
Nous émettons seulement une réserve pour la postface, dont la lecture ne présente de toute manière pas grand intérêt, car sa creuse redondance semble vouloir à tout prix et à n’importe quel prix en profiter pour nous refourguer un concile vaticandeux et ses pseudo-prophètes, qui n’ont pas grand’chose à voir avec le très édifiant martyre de ces religieuses qui n’eussent sans aucun doute pas davantage souscrit à « Gaudium et Spes » et à « Dignitatis humanae » qu’elles ne le firent au serment de « liberté-égalité » !
Cela mis à part, le corps de l’ouvrage est un bon résumé de ce que fut la réalité de la révolution et nous fait entrer dans la très belle histoire de ces martyres, racontée dans un style alerte et vivant qui nous les rend extraordinairement proches et attachantes.
Vous trouverez donc ci-dessous, pour achever cette rapide présentation, le texte de la « quatrième de couverture » et une brève notice sur leur auteur que, à plusieurs détails significatifs dans la lecture de cet ouvrage, l’on comprend familier de la pratique de la liturgie latine traditionnelle : la liturgie intensément vécue et aimée des ces moniales exemplaires.
Les Bienheureuses Martyres d'Orange au pied de l'échafaud
Quatrième de couverture :
Le rideau s’ouvre en 1788 : une nouvelle supérieure vient d’être élue au monastère du Saint-Sacrement de Bollène. Madeleine de la Fare, en religion Sœur du Coeur du Marie, est une femme de caractère. Et il en faudra pour mener la communauté à travers la tourmente révolutionnaire qui s’annonce…
Bientôt rattachées à la France, les terres pontificales du Comtat Venaissin sont touchées par les lois qui persécutent l’Église, et somment les religieuses d’apostasier. Mais celles-ci répondent : « La loi humaine ne peut me commander des choses opposées à la loi divine.» En refusant de prêter le serment de « liberté-égalité » devant la commission populaire d’Orange, elles savent leur mort certaine. Cependant, aucune des détenues n’hésite et leur courage édifie jusque sur l’échafaud.
Les 32 martyres d’Orange ont été béatifiées en 1925. Alors que s’ouvre leur procès de canonisation, ces religieuses témoignent de la fécondité de l’attachement au Christ envers et contre tout. Disposant de sources parfois inédites, Alexis Neviaski nous entraîne dans une fresque historique captivante, qui fera référence sur ces héroïnes de la Révolution.

Les martyres d'Orange - Alexis Neviaski

L’auteur :
Conservateur général du patrimoine, Alexis Neviaski est docteur en histoire. Son dernier livre, « Le père Jacques. Carme, éducateur, résistant », est paru chez Tallandier en 2015.

2020-83. De Saint Martial, apôtre & premier évêque de Limoges.

30 juin,
Fête de Saint Martial, apôtre, évangélisateur de l’Aquitaine et confesseur,
Céleste protecteur du village de Saint-Martial et titulaire de son église.

Statue de Saint Martial

Grande statue de Saint-Martial (elle mesure 3,20 m de hauteur)
sculptée en pierre de Saint-Paul-Trois-Châteaux, placée en 1876 dans l’église de Saint-Martial

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la figure de notre cher Saint Martial, que nous fêtons en ce 30 juin (voir > ici ou > ici). Je dois à la vérité de dire que j’ai de plus en plus de dévotion et d’amour pour lui ; aussi ai-je résolu, quoique le texte en soit un peu long, de copier ici l’intégralité de la notice historique qui lui est consacrée dans « Les Petits Bollandistes », notice qui, tout en rappelant les traditions les mieux établies concernant sa vie et son apostolat, fait également justice des attaques qui se sont élevées contre son apostolicité.
Puisse le grand Saint Martial, auquel j’ai appris – grâce à ce texte très riche – que l’on pouvait en toute vérité, selon l’affirmation des Souverains Pontifes, donner le titre d’Apôtre, nous combler tous d’abondantes grâces et bénédictions célestes.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

frise lys

La vie de Saint Martial, apôtre, premier évêque de Limoges et confesseur.

in « Les Petits Bollandistes – Vies des saints«  (tome 7 p. 516 à 527)

Nous ne pouvons être repris de donner à saint Martial le titre d’Apôtre, après que le pape Jean XIX et les conciles de Limoges et de Bourges, dans le IXe siècle lui ont donné ce titre, après que tout récemment encore, la sacrée congrégation des Rites et le pape Pie IX l’ont maintenu dans ce titre d’honneur. C’était aussi l’usage des Églises d’Aquitaine, de France, d’Angleterre, de Constantinople et du Mont Sinaï, où, de temps immémorial, on l’invoquait dans les litanies et les autres prières publiques, au rang des apôtres et avant tous les martyrs, comme il fut vérifié dans ces conciles et surtout au second de Limoges. Ce n’est pas qu’il soit du nombre des douze qui ont composé le collège apostolique ; car c’est à tort que quelques-uns l’ont voulu confondre avec saint Matthias ; mais il est appelé apôtre, parce que, d’après les traditions immémoriales de l’Aquitaine, étant disciple de Notre-Seigneur, et ayant reçu de Lui sa mission, il a travaillé avec les principaux apôtres, de même que saint Barnabé, saint Luc et saint Marc, à la conversion des infidèles, à la destruction de l’idolâtrie, à l’établissement du royaume de Jésus Christ, et à la fondation de l’Église chrétienne. Une ancienne légende de saint Martial, récemment publiée, ne renferme qu’un abrégé des principaux traits de sa vie, savoir : sa mission du temps de saint Pierre, la résurrection de saint Austriclinien, son compagnon d’apostolat, le baptême et le martyre de sainte Valérie, la conversion des habitants de Limoges, la mort bienheureuse du saint évêque, et le récit de quelques miracles opérés à son tombeau. Il existe une légende plus étendue, qui a été faussement attribuée à saint Aurélien, son successeur, mais qu’on peut considérer néanmoins comme un recueil des anciennes traditions du pays, sur la vie et les miracles de l’apôtre de l’Aquitaine. Cette légende a été acceptée, en effet, comme l’expression de la croyance publique, par les évêques et les abbés, qui siégeaient dans les divers conciles où l’on décida la question de l’apostolat de saint Martial. Nous allons en donner le résumé, en y ajoutant d’autres traditions qui avaient cours dans ces siècles de foi qu’on appelle le moyen-âge.

Prédication du Christ devant Saint Martial - chapelle Saint-Martial palais des papes

Prédication de Notre-Seigneur Jésus-Christ en présence de Saint Martial et de ses parents
(fresque de la chapelle Saint-Martial au palais des Papes – Avignon)

Saint Martial était hébreu d’origine et de la tribu de Benjamin. Le poète Fortunat, dans des vers qu’il a composés à sa louange, lui adresse ces paroles : «La tribu de Benjamin vous vit naître d’un sang illustre» ; et Grégoire de Tours lui-même, qui s’est mépris sur la véritable époque de sa mission, reconnaît qu’il «était venu d’Orient», avec les deux prêtres qui l’accompagnèrent dans la Gaule.
D’après quelques anciens manuscrits de la légende d’Aurélien, il naquit à Rama,1 petite ville de Palestine dont il est souvent parlé dans l’Écriture. Son père et sa mère, qui vivaient, dans l’observance exacte de la loi de Moïse, l’élevèrent dans la crainte de Dieu ; et quand Jésus Christ commença à prêcher et à faire de grands miracles dans la Galilée et dans la Judée, il eut le bonheur de Le voir et de L’entendre avec ses parents. La parole de ce grand Maître opéra si puissamment dans leur cœur, qu’ils crurent en Lui et Le reconnurent pour le Sauveur et pour le Messie, et ils furent du nombre de ceux dont il est parlé dans l’Évangile, qu’Il baptisa, non pas par Lui-même, mais par Ses disciples. On dit que ce fut saint Pierre qui leur administra ce sacrement, aussi différent du baptême de saint Jean que l’ombre est différente du corps, la figure de la vérité et l’ébauche de l’ouvrage parfait et achevé. Martial, après son baptême, quelque jeune qu’il fût, s’attacha inséparablement à Notre-Seigneur.
Plusieurs docteurs du moyen âge, parmi lesquels nous citerons Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin,2 disent que saint Martial était ce petit enfant que notre Seigneur mit au milieu de Ses disciples, pour leur apprendre à être humbles, lorsqu’ils vinrent Lui demander qui d’entre eux serait le plus grand dans le royaume des cieux ; d’autres écrivains du moyen-âge, rapportent que c’était lui qui apportait les cinq pains d’orge et les deux poissons que Notre-Seigneur multiplia si miraculeusement dans le désert, selon cette parole de saint Philippe : «Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?» Toutefois ces deux traditions ne sont point rapportées dans la légende écrite sous le nom d’Aurélien.
Ce que cette légende rapporte et ce qu’on trouve aussi dans la bulle du pape Jean XIX, c’est que saint Martial eut l’honneur de servir Notre-Seigneur à table, lorsqu’Il mangea pour la dernière fois l’Agneau pascal, et qu’après avoir lavé les pieds de Ses disciples, Il institua le sacrement adorable de l’Eucharistie.
Disciple du Fils de Dieu, il Le vit après Sa Résurrection, assista au glorieux triomphe de Son Ascension, reçut le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, puis s’attacha à saint Pierre, dont il était le parent selon la chair et le fils spirituel.

Baptême de Saint Martial et de ses parents par Saint Pierre - palais des papes

Baptême de Saint Martial et de ses parents par Saint Pierre
(fresque de la chapelle Saint-Martial au palais des Papes – Avignon)

Saint Abbon, abbé de Fleury au Xe siècle, a chanté, dans une Séquence, ces pieuses traditions : «Dans la scène mystique, Martial fut le convive du Christ, et prit ce qui resta du pain céleste ; et, joyeux, il présenta les linges quand le Sauveur Se lava pour essuyer les pieds à Ses disciples ; et loin de s’enfuir de leur réunion sacrée, il fut un membre pieux de cette troupe timide dans laquelle Thomas ne se trouva point ; bien plus, quand le Christ remonta vers le ciel, il mérita d’être béni avec la foule des assistants ; et il ne méprisa point le chœur des apôtres qui louaient Dieu ; mais il reçut avec eux les grâces du Saint-Esprit et le don des langues, et ainsi fortifié, il parvint à Antioche dans la compagnie de Pierre : de là il se rendit dans la grande ville de Rome».
Rome a conservé le souvenir du passage et des prédications de saint Martial. Une tradition de la plus haute antiquité, consignée dans l’ancien bréviaire de Sainte-Marie in Via Lata, lui attribue la fondation de l’Oratoire souterrain de cette église, un des sanctuaires primitifs de Rome chrétienne.
Nous lisons dans cette légende que «saint Pierre étant venu à Rome, fut accompagné entre autres du bienheureux Martial, disciple de Jésus Christ, qui prêchait avec lui la foi chrétienne par les rues et les places publiques, et faisait beaucoup de conversions ; et ainsi le nombre des fidèles augmentait de plus en plus dans la ville. Et parce que saint Pierre demeurait assidûment avec les principaux de Rome, qui admiraient sa nouvelle doctrine, saint Martial demeurait dans un autre quartier de la ville, dans le lieu qui est appelé Via Lata, où il construisit un petit oratoire, dans lequel il célébrait les saints mystères, et répandait des prières avec les autres fidèles du Christ ; et faisant jaillir de son cœur des paroles suaves sur la foi du Christ, il baptisait un grand nombre de néophytes. Quelque temps après, l’apôtre saint Paul vint à Rome, avec un grand nombre de disciples, parmi lesquels se trouvait l’évangéliste saint Luc, et la ville de Rome fut éclairée admirablement par leurs prédications, ainsi que par un soleil resplendissant. Mais saint Pierre, voyant que la foi était fondée et affermie dans Rome, et que la ville était déjà remplie de pieux docteurs, résolut de faire annoncer l’évangile aux provinces adjacentes et d’amener les infidèles à la foi. C’est pourquoi il envoya le bienheureux Martial à Ravenne et «dans les pays au-delà des Monts», pour y prêcher la foi du Christ».
Un commentaire de cette légende, imprimé à Rome au XVIIe siècle, dit que saint Martial, fondateur de l’Oratoire de Sainte-Marie in Via Lata, est le même saint Martial qui a prêché l’évangile aux habitants de Limoges, de Toulouse et de Bordeaux.

Envoi de Saint Martial dans les Gaules - palais des papes Avignon

Saint Martial et ses compagnons sont envoyés dans les Gaules par Saint Pierre
(fresque de la chapelle Saint-Martial au palais des Papes – Avignon)

Le zèle que saint Martial avait déployé, dans la compagnie de saint Pierre, pour la propagation de la foi, détermina donc ce grand apôtre, dont la vue s’étendait sur toute, la terre, à le choisir pour porter la connaissance de Jésus Christ dans les Gaules. Il partit de Rome, accompagné de saint Austriclinien et de saint Alpinien, que saint Pierre lui donna pour collègues, portant dans sa bouche le glaive de la parole de Dieu, pour combattre les philosophes, la superstition des Druides, la puissance des princes et des démons, et, en même temps, pour éclairer les âmes et les embraser du feu de la charité.
Mais après quelques jours de voyage, il se vit privé du secours que l’apôtre lui avait donné, par la mort d’un de ses compagnons, saint Austriclinien, à Cracchianum, sur la rivière. d’Else, aujourd’hui Granciano, près de la ville de Colle di Val d’Elza, en Toscane. Cet accident imprévu la troubla d’abord, et servit d’épreuve à son généreux courage. Il se décida alors à retourner sur ses pas, pour en informer saint Pierre, et le prier de suppléer au dommage qu’il souffrait par la perte d’un secours si considérable. L’apôtre le consola et le fortifia dans sa première résolution ; et, pour lui rendre le secours qu’il avait perdu, il lui donna son bâton, lui recommandant de le mettre sur le corps du mort, avec une ferme confiance qu’il ressusciterait. Martial le prit avec beaucoup de respect, obéit sans résistance à la voix de son maître, s’en revint promptement à Gracchianum, et toucha Austriclinien avec ce bâton. Comme sa foi était incomparablement plus grande que celle de Giézi, serviteur d’Elisée, qui avait eu un ordre semblable d’appliquer le bâton de ce prophète sur le cadavre du fils de la Sunamite, son action fut aussi plus heureuse et plus efficace : Austriclinien en sentit aussitôt la vertu ; il ouvrit les yeux, se leva et pleine santé, et se trouva en état de continuer son voyage, apostolique.
Les anciens actes de saint Martial, en rapportant cette résurrection, s’expriment de la sorte : «La chose arriva comme saint Pierre l’avait annoncé, ainsi que l’atteste la renommée populaire. À peine saint Martial eut-il touché avec le bâton de saint Pierre le cadavre de son compagnon, que les membres que la chaleur du sang avait abandonnés, furent rendus sur le champ, à une nouvelle vie ; Austriclinien commença à voir de ses propres yeux la lumière dont il avait perdu la jouissance en mourant. Pourquoi ce miracle, sinon pour faire briller dans tout son éclat la foi de Pierre au nom duquel il se fit ?»

On voit encore, près le pont de Granciano, une ancienne église dédiée sous l’invocation de saint Martial, et élevée sur le tombeau d’Austriclinien ; on y lit une inscription qui rappelle les traditions les plus glorieuses pour le saint apôtre ; et tout près de là, la ville de Colle a été érigée en titre épiscopal en l’honneur du disciple de Jésus-Christ.

Saint Pierre remet son bâton à Saint Martial - palais des Papes Avignon

Saint Pierre remet son bâton à Saint Martial
(fresque de la chapelle Saint-Martial au palais des Papes – Avignon)

Le pays que saint Martial avait reçu la mission d’évangéliser s’étendait entre le Rhône, la Loire et l’Océan atlantique, et comprenait cette grande partie des Gaules que les anciens appelaient l’Aquitaine.
Après avoir traversé de vastes contrées en semant sur son chemin la parole divine, l’apôtre arriva, avec ses deux disciples, sur les frontières du Limousin. Il entra dans la ville de Toulx, qui n’est aujourd’hui qu’une bourgade située sur une montagne,3 mais qui alors était un château ou ville fortifiée, dont la triple enceinte et les ruines, qui subsistent encore, attestent l’ancienne étendue.
On lit dans la légende d’Aurélien qu’un homme riche de cette ville, qui eut le bonheur de recevoir saint Martial et de le loger plusieurs jours dans sa maison, ne fut pas privé de la récompense de son hospitalité ; il avait une fille unique, possédée d’un furieux démon qui lui faisait souffrir de grands maux et la réduisait à un état déplorable : le saint en eut pitié, et, la délivrant de ce terrible ennemi, la rendit saine et sauve à son père ; il ressuscita aussi le fils du prince, ou gouverneur romain de cette ville, et après avoir conféré le baptême à ce jeune, homme et à un grand nombre d’habitants, il alla au temple des faux dieux et en abattit les statues.

De Toulx, l’Apôtre se rendit dans le bourg d’Abun4 avec l’espérance d’y travailler avec le même succès ; mais les prêtres des idoles, ne pouvant souffrir que le culte qui leur faisait gagner leur vie fût aboli, le frappèrent cruellement, lui et ses bienheureux compagnons. Par un juste châtiment du ciel, ils devinrent aveugles, et, reconnaissant leur crime, ils demandèrent pardon à saint Martial, qui leur rendit la vue. Après que sur une parole de l’apôtre, la statue de Jupiter eut été réduite en poussière, un grand nombre de païens, convertis par ses miracles, reçurent le baptême et brisèrent les images sculptées des démons. Saint Martial guérit encore en ce lieu un paralytique ; et, ayant fait connaître à ceux qu’il avait baptisés qu’il avait reçu l’ordre d’aller plus loin, il se sépara de ses néophytes après les avoir recommandés à Dieu, et se rendit à la cité de Limoges, la principale et la plus peuplée de toutes les villes du Limousin.

Voici ce que nous lisons dans l’ancienne vie de saint Martial :
«À son arrivée à Limoges, il trouva la multitude adonnée au culte des idoles ; il se mit à prêcher avec tant d’instance la parole de Dieu, qu’il fit sur le peuple l’impression la plus salutaire ; au bout de peu de temps, un grand nombre de païens demandèrent à être régénérés dans les eaux du baptême, et à recevoir sur le front l’impression sacrée de la croix de Jésus Christ ; par ses exhortations fréquentes l’homme de Dieu produisit, au lieu de cette cité, des fruits abondants de salut.
Une jeune fille, nommée Valérie, plus noble par sa foi que par son illustre origine, eut le bonheur de plaire à Dieu par ses vertus. Elle était déjà fiancée, elle devait contracter un mariage en rapport avec sa haute naissance ; mais en écoutant fréquemment la parole divine, elle préféra le céleste Époux à un époux terrestre, et, à la voix de Martial, elle parvint à la grâce du baptême ; et l’on rapporte que, comme elle était devenue chrétienne et n’avait pas voulu contracter le mariage projeté, elle fut mise à mort par son fiancé, encore païen».
C’est ainsi que s’exprime cette ancienne vie.

Saint Martial présenté sous les traits de Clément VI - palais des papes Avignon

Saint Martial représenté sous les traits du pape Clément VI, commanditaire des fresques
(fresque de la chapelle Saint-Martial du palais des papes – Avignon)

La légende d’Aurélien entre dans de plus grands détails. Saint Martial et ses compagnons, entrant dans la cité de Limoges, reçurent l’hospitalité chez une noble dame, dont la fille unique se nommait Valérie. Il y avait dans la maison un homme si furieux, qu’on était obligé de le tenir lié de beaucoup de chaînes : mais saint Martial ayant fait sur cet homme le signe de la croix, ses chaînes se brisèrent et il fut entièrement guérie. La noble matrone, en voyant ce miracle, pria l’homme de Dieu de la baptiser ; et elle reçut le baptême avec sa fille et la troupe nombreuse de ses serviteurs.
Puis Martial s’étant rendu avec ses disciples dans la vaste enceinte du théâtre, où le peuple était assemblé, pour y prêcher l’évangile du royaume de Dieu, les prêtres des idoles, craignant que ces heureux commencements ne fussent suivis d’une prompte conversion de toute la ville, conçurent une telle rage contre nos saints, qu’ils se saisirent d’eux, les firent battre de verges et les jetèrent en prison. Mais le lendemain, Martial s’étant mis en prière, il parut au milieu du cachot une lumière céleste qui en éclaira les ténèbres et le changea en un temple de gloire ; et, en même temps, les fers tombèrent des pieds et des mains de ces bienheureux prisonniers, et les portes s’ouvrirent pour leur donner la liberté de se retirer. Cependant toute la ville fut agitée d’un furieux tremblement de terre, accompagné d’un tonnerre épouvantable qui la mit en feu ; on vit que Dieu tirait vengeance de l’affront fait à ses serviteurs ; bien plus, les deux principaux prêtres des idoles, qui avaient mis la main sur eux, furent trouvés morts sur la place par la violence de cette tempête, sans que ni leurs vœux sacrilèges, ni leurs sacrifices impies eussent pu les sauver de la justice divine. Les habitants, touchés de ces prodiges, et craignant d’être enveloppés dans cette terrible punition, coururent promptement à la prison pour implorer le secours des saints apôtres. Martial leur promit qu’ils n’éprouveraient point de mal, pourvu qu’ils voulussent croire en Jésus-Christ, et s’offrit même de ressusciter les deux prêtres frappés du tonnerre, afin de leur faire voir la puissance infinie du Dieu qu’il leur prêchait. En effet, à peine leur eut-il commandé de se lever et de dire publiquement au peuple ce qu’il fallait faire pour être sauvé, qu’ils revinrent tous deux en vie, et devinrent en même temps les prédicateurs de la vérité. Ils détestèrent l’erreur dans laquelle ils avaient vécu jusque-là, et où ils avaient entretenu tant de malheureux qui s’étaient perdu et protestèrent qu’il n’y avait point d’autre Dieu, ni au ciel ni sur la terre, que celui que Martial était venu leur annoncer. L’ un d’eux, nommé Aurélien, fut plus tard le successeur de saint Martial. Un si grand miracle fit un merveilleux changement dans toute la ville ; la plupart des idolâtres se convertirent, les statues des faux dieux furent renversées et mises en pièces, et le temple des idoles, où se trouvaient les statues de Jupiter, de Mercure, de Diane et de Vénus, fut changé en une église pour honorer le vrai Dieu. C’est aujourd’hui l’église cathédrale, dédiée en l’honneur du premier martyr saint Étienne. On dit que les personnes qui furent baptisées montèrent jusqu’au nombre de vingt-deux mille : ce qui ne doit pas paraître incroyable, puisque nous voyons qu’en d’autres lieux le nombre des martyrs a souvent été plus grand.

Cependant la pieuse matrone, qui avait donné l’hospitalité à saint Martial et à ses compagnons, vint à mourir. Sa fille, Valérie, était fiancée au gouverneur de la province, que la légende d’Aurélien appelle le due Étienne, sans doute parce que ce nom lui fut donné lorsque plus tard il reçut le baptême à son tour. La jeune vierge méprisa cet époux terrestre pour mériter d’être l’épouse du roi du ciel, et, ayant appris de saint Martial, son maître, les avantages de la virginité sur le mariage, elle consacra la sienne à Jésus-Christ, et fit vœu de la garder inviolablement toute sa vie. Son fiancé, étant de retour à Limoges, et connaissant cette résolution, en fut touché d’une extrême douleur ; puis la fureur succédant à la tristesse, il résolut de se venger, par la mort de cette innocente vierge, de l’affront qu’il prétendait recevoir de ce refus. Il la fit conduire hors de la cité, et ordonna à un de ses officiers de lui trancher la tête.5
On lit dans la légende de sainte Valérie, une particularité qu’on trouve aussi dans les légendes de quelques autres martyrs des premiers siècles — c’est que cette glorieuse vierge, ayant été décapitée, prit sa tête entre ses mains et la porta comme en triomphe jusqu’à l’autel où saint Martial célébrait les saints mystères.
La légende d’Aurélien raconte que, au moment du supplice de Valérie, on vit son âme sainte monter au ciel dans un globe de feu, accompagnée par le concert harmonieux des anges : «Vous êtes heureuse, martyre du Christ : venez dans la splendeur qui ne connaît pas de fin !»
Surpris de ces prodiges, l’officier qui avait tranché la tête à Valérie courut les raconter à son maître. À peine en eut-il fait le récit, qu’il tomba mort à ses pieds, afin que sa mort fît voir à ce seigneur la grandeur du crime qu’il avait commis. Étienne, épouvanté, fit venir Martial en son palais, et, lui ayant promis de faire pénitence s’il rendait la vie à son officier, il fut témoin de cette résurrection et exécuta solennellement la promesse qu’il avait faite. Sa conversion fut suivie de celle d’un grand nombre de soldats de son armée et d’habitants de la ville qui ne s’étaient pas rendus aux premiers miracles de notre saint. Et pour réparer dignement ses fautes passées, le gouverneur aida Martial à étendre et à propager le christianisme dans tout le pays.

Montée au ciel de l'ame de ste Valérie - palais des papes Avignon

Montée au ciel de l’âme de Sainte Valérie
(fresque de la chapelle Saint-Martial au palais des Papes – Avignon)

Notre apôtre, après avoir travaillé avec de si heureux succès à réduire la ville de Limoges sous le joug de Jésus-Christ, entreprit la conquête des autres villes et provinces de cette partie des Gaules, qu’on appelait alors l’Aquitaine ; nous citerons parmi ces villes Angoulême, Bordeaux, Toulouse, Poitiers.
Le titre glorieux qui lui est demeuré, d’Apôtre de l’Aquitaine, fait assez voir que ses courses apostoliques ne furent pas inutiles, qu’il y alluma de tous côtés le flambeau de la foi, qu’il y fit connaître et aimer Jésus-Christ, qu’il y établit des Églises, ordonna des prêtres et des évêques, et fit les autres fonctions de son apostolat.

C’est une tradition immémoriale dans la province d’Angoumois, que saint Martial, se rendant à Bordeaux pour y prêcher l’évangile, passa par la cité d’Angoulême, y séjourna quelque temps, y convertit le peuple à la foi du vrai Dieu, y baptisa saint Ausone et l’ordonna premier évêque de cette ville.
La ville de Bordeaux se reconnaît redevable à saint Martial des premières annonces de la foi. C’est une tradition recueillie dans la légende d’Aurélien, que l’apôtre d’Aquitaine y a prêché l’évangile et opéré des miracles. Un archevêque de Bordeaux, au Xe siècle, disait dans une éloquente prière : «Ne croyons-nous pas que notre ville épiscopale, la cité de Bordeaux, a été par vous acquise à Jésus Christ, et qu’une femme que vous aviez baptisée, imposant votre bâton pastoral sur le prince de la cité, le guérit d’une maladie invétérée ?» Nous voyons encore, dans l’épître aux Bordelais, que les autels des démons furent réduits en poussière, et que le souverain prêtre des idoles, converti à la foi, fut consacré par saint Martial, premier prêtre de cette Église naissante. De Bordeaux, le saint apôtre alla prêcher l’évangile à Mortagne, dans la Saintonge : on y voit encore, en face de la Gironde, un ermitage creusé dans le rocher, dont la chapelle est dédiée sous son invocation, et où l’on dit qu’il résida quelque temps.
Pierre le Vénérable, parlant des premiers apôtres de la Gaule, assure que saint Martial a prêché à Limoges, à Bordeaux et à Poitiers. On dit que lorsqu’il se trouvait dans cette dernière cité, le Sauveur lui apparut, et lui dit : «Sache que, à cette heure même, Pierre est crucifié pour la gloire, de mon nom : c’est pourquoi fonde ici une église en son honneur».
La chronique composée au moyen âge sous le nom de Dexter, l’ami et le contemporain de saint Jérôme, dit que saint Martial a été l’apôtre des habitants de Limoges, de Cahors et de Toulouse. Cette dernière ville avait écrit sa tradition sur la façade de Saint-Sernin, où l’on voyait autrefois une statue de l’apôtre de l’Aquitaine, avec une inscription qui lui donnait pour auxiliaire saint Saturnin ; enfin, l’épître aux habitants de Toulouse est un autre monument du moyen âge qui montre l’antiquité de cette tradition.

D’anciens documents du diocèse de Mende représentent saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan, comme disciple de saint Martial ; de vieilles légendes assurent qu’il a dédié des autels à la Vierge Marie, au Puy-en-Velay, à Rodez, à Mende, à Clermont et à Rocamadour : en un mot, toutes les églises de l’Aquitaine le regardent comme leur apôtre et leur fondateur.

Basilique Notre-Dame de Ceignac - diocèse de Rodez

Basilique Notre-Dame de Ceignac (diocèse de Rodez)

Des manuscrits anciens, que l’on conservait autrefois à Ceignac, constatent que saint Martial vint dans ce lieu, à peu de distance de Rodez, qu’il y dressa une croix et y fit bâtir un sanctuaire en l’honneur de la Vierge. Ce sanctuaire, l’un des plus anciens et des plus vénérés du diocèse de Rodez, s’appela Notre-Dame des Monts, à raison des montagnes qui l’entourent, ou Notre-Dame de Ceignac. Peu à peu, un village se forma autour de ce sanctuaire ; puis une paroisse y fut érigée ; et, la chapelle primitive se trouvant insuffisante, on bâtit à côté une plus grande église, sous le vocable de Sainte-Madeleine. Plus tard, le temps ayant ruiné ces deux églises, on les remplaça par une nouvelle, sous l’invocation de la Sainte Vierge ; c’est l’église actuelle, sauf d’abord le sanctuaire et la première travée, qui, refaits en 1455, si l’on en croit les notices historiques, sont du style ogival secondaire, ainsi que les trois premières chapelles, tandis que le reste de la nef, en style roman, accuse le XIIIe siècle ; sauf, en second lieu, les deux dernières chapelles, qui ont été ajoutées postérieurement, et la voûte de la partie de la nef faite en berceau, ouvrage du XVIIIe siècle ; sauf, enfin, les beaux vitraux modernes, qui forment la rosace de la façade, et qui présentent, dans les autres ouvertures, des médaillons à personnages, d’un goût exquis et d’un effet ravissant.
Au plus haut du retable qui couvre l’abside circulaire, est une Assomption, où l’on a fait figurer, dans un coin du tableau, le duc d’Arpajon, comme un des principaux bienfaiteurs de l’église ; et, dans la partie inférieure du retable, sont trois niches, dont celle du milieu, surmontée d’une couronne fleurdelisée, contient une très grande Vierge avec l’Enfant Jésus sur le bras gauche ; celle de droite renferme l’ancienne Vierge miraculeuse de Coignac, tenant aussi sur le bras gauche son divin Enfant, et au-dessus on lit : Antiquæ imagini Virginis deiparæ miraculis insigni. D. D. D. ; enfin, celle de gauche montre sainte Anne ayant sur les bras, d’un côté l’Enfant Jésus, et de l’autre la Vierge Marie, avec l’inscription Inclitæ parentis Dei genitricis imagini. D. D. D.
La première chapelle à droite présente, d’une part, les douleurs de Marie au saint sépulcre, et, de l’autre, sur le gradin de l’autel, son couronnement dans le ciel. La seconde s’appelle la chapelle de Rodez, à raison du tableau placé au-dessus de l’autel, et qu’offrit la ville de Rodez, en 1653, pour avoir été sauvée de la peste.
Le trésor de Notre-Dame de Ceignac n’est pas moins curieux que l’église même. On y voit une statuette de la Vierge, en argent, ayant à sa base un verre arrondi qu’on applique sur les yeux malades ; un coffret renfermant plusieurs reliques, sur le devant duquel est une figure de la Vierge en relief, qu’on fait baiser aux pèlerins ; vingt lampes d’argent avec des rentes pour leur entretien ; deux calices en vermeil ; deux autres en argent ; une croix avec deux chandeliers, un ciboire, un ostensoir, quatre burettes avec leurs bassins ; le tout également en argent et d’une valeur de plus de cent mille francs. La plus grande partie de ces richesses venaient des seigneurs d’Arpajon, dont le château était voisin. Ces hauts et puissants seigneurs avaient une dévotion spéciale pour Notre-Dame de Ceignac ; ils l’honoraient pendant leur vie, aspiraient à reposer dans son sanctuaire après leur mort ; l’église renferme encore plusieurs de leurs tombeaux. Jean III, baron d’Arpajon, est remarquable entre tous : il institua un chapelain dans l’église, pour y dire la messe chaque vendredi et chaque samedi après les fêtes de la Sainte Vierge, et à chaque anniversaire de son décès ; il donna un canon pour y faire, une cloche ; il obtint du Saint-Siège une indulgence plénière, valable pendant cent ans, pour la visite de l’église, accompagnée de la communion, à une des fêtes de la Sainte Vierge ; enfin, il prescrivit, par son testament du 22 janvier 1516, de l’enterrer dans Notre-Dame de Ceignac et d’y placer sa statue sur son tombeau, entre celles de saint Jean-Baptiste et de saint Christophe, l’y représentant à genoux, les mains jointes, vêtu et armé comme il l’était lorsqu’il fut pris par les Anglais en Picardie.
Les simples fidèles, comme les grand seigneurs, aimaient à déposer leur humble offrande aux pieds de Notre-Dame de Ceignac et ne croyaient jamais pouvoir assez lui exprimer leur reconnaissance. C’est qu’en effet, on ne saurait dire le nombre de miracles opérés par l’invocation de Notre-Dame de Ceignac. Le premier que racontent les notices historiques, et qu’elles placent en 1150, est la guérison d’un prince de Hongrie, seigneur palatin. Privé de la vue, il demandait depuis de longues années sa guérison à la sainte Vierge, lorsque celle-ci, dit la tradition, lui apparut et lui annonça qu’il recouvrerait la vue à Notre-Dame des Monts, près de Rodez. Le prince aussitôt se met en marche avec une escorte de cent hommes ; assailli en route par la tempête, il perd son escorte et arrive à Notre-Dame des Monts, accompagné seulement de trois hommes. Il y fait célébrer la messe, et, entendant derrière lui un bruit d’armes, il se retourne instinctivement, et voit sa bannière avec ses fidèles Hongrois qu’il croyait perdus : un cri de bonheur lui échappe. Grâce à Marie, il a recouvré la vue, il a recouvré son escorte ; en reconnaissance de ces deux bienfaits, il donne sept lampes à l’église avec un vase précieux, où étaient gravés son nom et la date du pèlerinage, et obtient de l’évêque que Notre-Dame des Monts s’appellera désormais Notre-Dame de Ceignac, en mémoire des cent hommes miraculeusement retrouvés en ce lieu. Encore aujourd’hui, il y a dans l’église un monument de ce fait : ce sont trois statues en bois, représentant la Vierge, devant elle le prince à genoux ; derrière le prince, son écuyer, et, au dessus, une inscription rappelant le miracle.

Statue de Notre-Dame de Ceignac

Statue actuelle de Notre-Dame de Ceignac

En 1604, vers la Saint-Jean, un orage des plus menaçants s’annonçant dans les airs, le clergé de Ceignac parcourt en procession le village, en conjurant Marie de protéger une terre qui lui était consacrée ; et, tandis que toutes les paroisses voisines sont horriblement ravagées par la grêle, Ceignac seul n’éprouve aucun dommage ; ce qui frappa tellement l’évêque qu’il ordonna que toutes les paroisses du diocèse y iraient en procession ; et son ordre fut fidèlement exécuté. Le récit de tous ces faits se conservait autrefois dans les archives de Ceignac, écrit de la main du prêtre qui avait dirigé la procession.

En 1628, la ville d’Albi fut délivrée de la peste, qui déjà était à ses portes, par le vœu qu’elle fit d’aller visiter, en corps, Notre-Dame de Ceignac ; et elle exécuta ce vœu, le 26 mars de l’année suivante.
En 1653, la ville de Rodez avait déjà perdu, par le même fléau, plusieurs de ses habitants ; elle fait vœu d’aller, aussi en corps, visiter Notre-Dame de Ceignac, et de lui donner deux cents livres pour l’ornement de l’église. Son vœu est aussi exaucé ; et, l’année suivante, non seulement elle l’accomplit fidèlement, mais elle voulut rendre perpétuel le souvenir du miracle par un tableau qui se voit encore dans l’église de Ceignac, et qui représente le Père éternel lançant un javelot, au dessous la Vierge, l’Enfant Jésus, la croix et saint Amand.
À ces miracles publics s’ajoutèrent d’autres en faveur des particuliers, surtout pour obtenir la contrition de leurs fautes, la réconciliation entre les époux divisés, la fécondité des femmes stériles, et l’heureuse issue des embarras qu’on rencontre si souvent dans la vie.
De nos jours encore, on visite avec fruit Notre-Dame de Ceignac. Le séminaire de philosophie, qui est à Rodez, y va, tous les deux ans, en chantant des cantiques ou récitant des prières pendant toute la route. Le petit séminaire de Saint-Pierre s’y rend également. Près de vingt paroisses y vont professionnellement chaque année ; et, de plus, il y vient de douze à quinze mille pèlerins, soit des diverses parties du diocèse, soit des diocèses voisins. On y fait célébrer douze à quinze cents messes par an ; et les ex-voto appendus aux murs de l’église attestent le nombre des bienfaits qui y ont été obtenus.
Indépendamment des grâces que Notre-Dame de Ceignac accordait à ses visiteurs, on était encore attiré à son sanctuaire par deux autres motifs : le premier était, sans parler d’une foule d’autres reliques, des morceaux du vêtement, du voile et de la pierre du sépulcre de la Sainte Vierge, de la crèche de Notre-Seigneur et de Son berceau, de Ses vêtements, de la table où Il mangea avec Ses disciples, du pain de la dernière Cène, de la pierre sur laquelle Il pria à Gethsémani, du roseau de Sa passion, du fiel qu’on Lui offrit à boire et de l’éponge imbibée de vinaigre, enfin de la vraie Croix.
Le second motif était les indulgences dont jouissait ce sanctuaire dès 1420 ; une indulgence plénière, appelée de temps immémorial le grand Pardon, était attachée à la visite de Notre-Dame de Ceignac pour toutes les fêtes chômées de la sainte Vierge, ainsi que pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption, qui est la fête patronale ; et Grégoire XVI, en renouvelant cette indulgence en 1837, l’a étendue au jour de l’Ascension. En 1655, Alexandre VII attacha à la visite des sept autels de l’église les indulgences des sept stations de Rome pour douze fois par an. En 1843, Notre-Dame de Ceignac, par son affiliation à Notre-Dame des Victoires, de Paris, participa aux mêmes privilèges ; et en 1854, affiliée à Notre-Dame de Lorette, elle fut mise en possession de toutes les indulgences attachées à la Santa Casa.

Cortège des anges aux funérailles de Saint Martial - palais des papes Avignon

Le cortège des anges aux funérailles de Saint Martial
(fresque de la chapelle Saint-Martial du palais des papes – Avignon)

L’ancienne vie de saint Martial n’indique pas d’une manière précise l’année de son bienheureux trépas ; mais on lit dans la légende d’Aurélien, que l’an 40, après la Résurrection de Notre-Seigneur, qui était la soixante-quatorzième année du salut, saint Martial, après vingt-huit ans d’épiscopat, se trouvant à Limoges, y reçut l’heureuse nouvelle des approches de sa mort, qui devait le faire jouir de la récompense de ses travaux. Il le fit aussitôt savoir à ses disciples et à ses diocésains, et les ayant assemblés, il les exhorta à persévérer constamment dans la foi et dans la confession de la vérité qu’il leur avait enseignée, et leur donna sa bénédiction. Ensuite, ayant prié pour eux, et ayant imploré pour lui-même la miséricorde de Celui qu’il avait servi avec tant de fidélité, il remit son âme entre Ses mains, pour être couronnée de la gloire qui lui avait été préparée dès le temps de la création du monde.

On dit que, sur le point d’expirer, entendant éclater autour de lui les gémissements et les sanglots, il leva sa main défaillante, et dit à ses disciples : «Silence ! n’entendez-vous pas les beaux chants qui viennent du ciel ? Assurément le Seigneur vient, ainsi qu’il l’a promis». Et, en ce moment, le lieu où il était fut inondé comme par des flots de soleil, et on entendit une voix qui disait : «Âme bénie, sors de ton corps, viens jouir avec moi des douceurs d’une lumière immortelle !» Et lorsque l’âme de Martial montait au ciel au milieu de ces clartés, on entendit un chœur d’esprits bienheureux qui répétait ce verset d’un psaume : «Heureux celui que vous avez choisi et que vous avez appelé à vous : il habitera dans vos parvis éternels».

grande châsse de Saint Martial - limoges église Saint-Michel

La grande châsse de Saint Martial (église Saint-Michel, à Limoges)

Son corps fut inhumé dans le lieu même où sainte Valerie avait reçu la sépulture, et où s’éleva plus tard la basilique de Saint-Pierre-du-Sépulcre, premier fondement de la célèbre abbaye de Saint-Martial.
Il s’y fit dans la suite de nombreux miracles : Grégoire de Tours en rapporte deux. Le premier fut opéré sur une fille, dont les doigts, en punition de quelque péché, s’étaient tellement attachés à la paume de la main, qu’il lui était impossible de les redresser. Elle vint au sépulcre du glorieux Apôtre ; elle y veilla et pria avec beaucoup de ferveur, et, la nuit même du jour de sa fête, elle obtint la guérison de son infirmité. Le second miracle fut opéré sur un homme qui était devenu muet pour avoir fait un faux serment dans l’église ; il se rendit au tombeau du saint, et, ayant longtemps gémi dans son cœur, pour obtenir le pardon de sa faute, il sentit comme une main qui lui touchait la langue et le gosier et répandait une vertu secrète ; ce qui fut si efficace, qu’après qu’il eut fait faire par un prêtre, le signe de la Croix sur sa bouche, il commença à parler comme auparavant.
Un miracle bien plus célèbre, c’est celui de la guérison du mal des Ardents. En 994 une contagion, appelée la peste du feu, exerçait d’affreux ravages dans l’Aquitaine. C’était un feu invisible et secret, qui dévorait les membres auxquels il était attaché, et les faisait tomber du corps. Cette putréfaction des corps vivants répandait dans les airs une odeur insupportable. Les pestiférés mouraient par milliers. Les évêques de l’Aquitaine s’assemblèrent à Limoges, afin d’obtenir de Dieu, par l’intercession de saint Martial, la cessation de ce fléau terrible. Arrivé l’un des premiers, l’archevêque Gombaud alla s’agenouiller devant le tombeau de l’apôtre vénéré, et là, éclatant en larmes et en sanglots, et étendant des mains suppliantes, il fit à haute voix cette éloquente prière, que l’histoire nous a conservée :
«Ô pasteur de l’Aquitaine, vous qui l’avez éclairée des lumières de la foi, levez-vous pour secourir votre peuple !… Ne permettez pas que ces tortures infernales règnent auprès de votre corps sacré ! Ô Martial ! miroir des vertus, ô prince des pontifes, où est donc ce que nous lisons de vous, que vous avez été dans la cène le ministre du Sauveur, quand il lavait les pieds à ses disciples ?… Certainement la tradition de nos anciens pères nous a transmis que vous aviez reçu le don des langues avec les autres disciples … Montrez-vous donc le disciple de Celui qui est la source de la miséricorde ! Oui, j’en prends à mon tous ceux qui m’écoutent, si avant que je m’éloigne de cette ville, vous n’éteignez pas cette flamme dévorante dans le cœur de ceux qui sont ici, si je ne vous vois pas guérir cette multitude, je ne croirai plus rien des choses admirables qu’on dit de vous ! Jamais plus je ne reviendrai dans cette cité pour implorer votre patronage ! C’est en vain qu’on me dira que vous vous appelez le disciple du Seigneur ! C’est en vain qu’on me dira que Dieu vous a envoyé comme apôtre aux nations de l’Occident ! C’est en vain qu’on me dira que vous avez baptisé le peuple de Bordeaux, dont je suis l’évêque, je ne le croirai plus, si je n’obtiens pas la faveur que j’implore pour le salut de cette multitude affligée. Et votre bâton pastoral, que l’on conservait jusqu’à présent dans ma ville épiscopale comme un précieux trésor, cette relique sera vile à mes yeux si vous ne réjouissez pas mon cœur par la guérison de tous ces pauvres malades !»
Une prière faite avec tant de foi méritait d’être exaucée. En effet, la contagion cessa ses ravages, et une joie immense se répandit dans les cœurs.

Ostension du chef de Saint Martial

Ostension du Chef de Saint Martial
(église Saint Michel – Limoges)

Nous avons dit, en commençant, de quelles sources nous tirerions les principales actions de saint Martial. Il y a deux siècles, on rejeta comme apocryphe la légende composée sous le nom d’Aurélien, successeur de saint Martial dans l’épiscopat, l’un des deux prêtres des idoles qui moururent d’un coup de foudre et qu’il avait rendus à la vie. En rejetant cette légende, on ne se contenta pas de contester au saint évêque le titre d’apôtre, comme on avait fait dans le XIe siècle, mais on combattit encore l’antiquité de sa mission et sa qualité de disciple de Jésus-Christ. Mais quoique cet écrit ne soit pas d’Aurélien, disciple et successeur de saint Martial, comme le montrent certaines manières de parler qui sont beaucoup plus récentes, cela ne doit point préjudicier à la vérité de l’histoire que nous avons racontée. Cet écrit est au moins un recueil des anciennes traditions du pays sur saint Martial : car la biographie d’un saint que tout un pays connaît est nécessairement conforme à ce que la tradition locale dit de ce saint. D’ailleurs les discussions et les définitions des divers conciles qui ont recherché les titres de l’apostolat de saint Martial, la déclaration de deux souverains pontifes, Jean XIX et Clément VI, les témoignages de tant de Martyrologes, de Rituels et de Litanies qu’on lisait publiquement dans l’Église, il y a plus de huit cents ans, nous doivent suffire pour croire indubitablement que saint Martial est un des disciples de Notre-Seigneur, et qu’il est venu dans les Gaules envoyé par saint Pierre.
Il est vrai que Grégoire de Tours a mis plus tard sa mission, mais on a réfuté le texte de cet historien d’une façon si péremptoire, qu’il n’est plus permis de s’en servir pour combattre l’antiquité du premier établissement des Églises de France. Et en effet, s’il fallait y déférer, les évêques des conciles que nous avons cités, qui n’ont pu ignorer le texte de cet historien, n’auraient eu garde de définir, au contraire, que saint Martial doit être apôtre, parce qu’étant des soixante-douze disciples de Notre Seigneur, il a reçu de Lui mission de prêcher l’évangile et de coopérer avec les douze apôtres à la conversion du monde : ce que nous voyons, néanmoins, qu’ils ont fait sans contestation. D’ailleurs la découverte récente des anciens actes de saint Martial est venue démontrer que la tradition immémoriale du Limousin, écrite avant Grégoire de Tours, était que saint Martial avait reçu, du temps de saint Pierre, sa mission apostolique.

fermeture et scellement de la coupe reliquaire du chef après ostension et bras reliquaire de Saint Martial

L’évêque de Limoges, assisté d’un représentant de la Confrérie de Saint-Martial,
procède à la fermeture et au scellement de la coupe reliquaire contenant le Chef de Saint Martial
après son ostension & bras reliquaire de Saint Martial


1 Un cosmographe du 16 e siècle, André Thêvet, dit avoir vu à trois lieues de Rama, au village d’Arouha, une église bâtie en l’honneur de saint Martial, que l’on disait natif de ce lien. (Cosmog,. Univers., t. 1, P. 169.)

2 Nous pouvons citer encore Anselme de Laon, Pierre Comestor, Gérald de Fratchet, Adam de Clermont, Durand de Mende, Nicolas de Lyre, Ludolphe le Chartreux etc.

3 Toulx-Sainte-Croix, canton de Boussac (Creuse), et non pas Tulle (Corrèze), comme l’ont avancé quelques auteurs peu versés dans les traditions du pays. Voir sur les ruines et les monuments de la ville celtique de Toulx les Recherches de M. Barailon, membre correspondant de l’institut, p. 316 et 331.

4 Chef-lieu de canton (Creuse), sur la voie romaine de Lyon à Limoges.

5 Sainte Valérie est honorée comme première martyre de l’Aquitaine dans le diocèse de Limoges, où l’on célèbre en son honneur, le 10 décembre, un office double de second classe.

2020-82. Du feu de la Saint-Jean, et des hymnes de la Nativité de Saint Jean-Baptiste traduits et mis en vers français par Pierre Corneille.

Mercredi 24 juin 2020,
Fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Selon la tradition, au soir du 23 juin, au moment où la nuit commence à tomber, le clergé sort de l’église en procession et s’avance jusqu’au bûcher qu’on a préparé pour le feu de la Saint-Jean : le rituel romain conserve la bénédiction particulière que la Sainte Eglise accorde à ce grand feu de joie, qu’on allume en chantant la fameuse hymne « Ut queant laxis » des vêpres de cette fête.

Dans l’ancienne France, à Paris, outre les feux des paroisses et des quartiers, un grand bûcher était dressé devant l’église Saint-Jean en Grève (située entre l’hôtel de ville et l’église des Saints Gervais et Protais, démolie entre 1797 et 1800) et c’était généralement le Roi lui-même, lorsqu’il résidait au Louvre, qui venait l’allumer.
Dans les provinces, c’était souvent le seigneur du lieu auquel, après la bénédiction, revenait l’honneur de porter la flamme au bûcher dressé devant l’église du village.

Je me suis promis, tant que je vivrais et que j’en aurais la possibilité matérielle, d’allumer un feu chaque année au soir du 23 juin au moment où les ténèbres s’étendent sur la terre, en suivant le rituel multiséculaire, en application de la phrase du Saint Evangile : « Jean était la lampe ardente et luisante, et un moment vous avez voulu vous réjouir à sa lumière » (Jean V, 35), même si je suis tout seul et que je n’édifie pas un grand bûcher qui brûlera toute la nuit.
C’était le cas hier soir : en raison de la sécheresse et du vent, afin de prévenir tout risque d’incendie, j’ai préparé mon mini feu de la Saint-Jean dans une cuvette métallique, à quelques coudées de la porte de l’oratoire.

A votre intention (et pour le plaisir de mes propres yeux aussi), j’ai pris de nombreuses photos du ballet des flammes qui, comme Saint Jean-Baptiste, n’étaient « pas la Lumière mais (étaient là) pour rendre témoignage à la Lumière (…) : la vraie Lumière qui illumine tout homme venant en ce monde » (cf. Jean I, 8-9).
Voici quelques uns de ces clichés, entre lesquels j’intercale la magnifique traduction versifiée des hymnes liturgiques de cette fête réalisée par Pierre Corneille (1606-1684).

feu de la Saint-Jean 1

Hymne des vêpres :

Redonne l’innocence à nos lèvres coupables,
Et nous inspire des ardeurs,
Digne et saint Précurseur, qui nous rendent capables
De chanter tes grandeurs.

Un ange tout exprès envoyé vers ton père,
Du ciel en ta faveur ouvert,
lui prescrivit ton nom, prédit ton ministère,
Et ta vie au désert.

feu de la Saint-Jean 2

Lui, qui n’osa donner une entière croyance
Aux promesses du roi des rois,
En demeura muet jusques à ta naissance,
Qui lui rendit la voix.

feu de la Saint-Jean 3

Prisonnier dans un flanc, tu reconnus ton maître
Enfermé dans un autre flanc,
Et le fis, tout caché, hautement reconnaître
Aux auteurs de ton sang.

Gloire soit à jamais au Père inconcevable !
Gloire au Verbe-Chair en tout lieu !
Gloire à leur Esprit Saint, ainsi qu’eux ineffable,
Avec eux un seul Dieu !

feu de la Saint-Jean 4

feu de la Saint-Jean 5

Hymne des matines :

Tu portes au désert tes plus tendres années,
Et tu fuis tout commerce humain,
Tant tu trembles de voir tes vertus profanées
Par le moindre mot dit en vain.

feu de la Saint-Jean 6

Ceint d’un cuir de brebis, ton corps pour couverture
Prend un rude poil de chameau,
La langouste et le miel pour toute nourriture,
Et pour tout breuvage un peu d’eau.

Vous n’avez que prévu, que prédit le Messie,
Prophètes, en termes couverts :
Lui seul montre du doigt la figure éclaircie
Dans le Sauveur de l’univers.

feu de la Saint-Jean 7

Aussi d’aucune femme on n’a jamais vu naître
De mérites plus achevés ;
Et le ciel le choisit pour baptiser son Maître,
Et laver qui nous a lavés.

Gloire soit à jamais au Père inconcevable !
Gloire au Verbe-Chair en tout lieu !
Gloire à leur Esprit Saint, ainsi qu’eux ineffable,
Qui n’est avec eux qu’un seul Dieu !

feu de la Saint-Jean 8

feu de la Saint-Jean 9

Hymne des laudes :

Ô trop et trop heureux, toi qui vécus sans tache !
Que ton haut mérite surprend,
Martyr, qu’à ton désert ton innocence attache,
Toi, des prophètes le plus grand !

feu de la Saint-Jean 10

Les uns de trente fleurs parent une couronne
Qui les empêche de vieillir ;
D’autres en ont le double, et la tienne te donne
Jusqu’à cent fruits à recueillir.

Amollis donc, grand saint, de nos cœurs indociles
La dureté par tes vertus ;
Aplanis les sentiers âpres et difficiles,
Redresse les chemins tortus.

feu de la Saint-Jean 11

Purge si bien nos cœurs de toute indigne envie,
Que l’Auteur, le Sauveur de tous,
Quand Il voudra jeter les yeux sur notre vie,
Aime à descendre et vivre en nous.

Ô grand Dieu, qui n’entends au ciel que des louanges
A la gloire de Ton saint Nom,
Si nous joignons d’ici nos voix aux voix des anges,
C’est pour Te demander pardon.

feu de la Saint-Jean 12

Autres textes en rapport avec la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste :
- Un commentaire du Maître-Chat Lully > ici
- Homélie de Saint Augustin : « La Voix apparaît la première et bientôt le Verbe suivra » > ici
- Homélie de Saint Augustin : « La Voix et la Parole » > ici

2020-80. Saint Paulin de Nole, chantre de l’amitié chrétienne comme manifestation de l’unique Corps du Christ animé par l’Esprit Saint.

22 juin,
Fête de Saint Paulin de Nole, évêque et confesseur ;
6ème jour du carême des Saints Apôtres (cf. > ici).

Continuons notre approfondissement de la connaissance des Saints Pères et Docteurs de l’Eglise au moyen des enseignements de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, pétri de la connaissance amoureuse de nos Pères dans la foi : voici la majeure partie du texte de la catéchèse que Sa Sainteté a consacrée à la figure de Saint Paulin de Nole.

Buste reliquaire de Saint Paulin de Nole

Buste reliquaire de Saint Paulin de Nole

Saint Paulin de Nole, chantre de l’amitié chrétienne comme manifestation de l’unique Corps du Christ animé par l’Esprit Saint. 

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale du
mercredi 12 décembre 2007

Chers frères et sœurs,

Le Père de l’Eglise sur lequel nous portons aujourd’hui notre attention est saint Paulin de Nole.

Contemporain de saint Augustin, auquel il fut lié par une vive amitié, Paulin exerça son ministère en Campanie, à Nole, où il fut moine, puis prêtre et évêque. Il était cependant originaire d’Aquitaine, dans le sud de la France et précisément de Bordeaux, où il était né dans une famille de haut rang. Il y reçut une bonne formation littéraire, ayant pour maître le poète Ausone. Il s’éloigna une première fois de son pays natal pour suivre une carrière politique précoce, qui le vit accéder, encore à un jeune âge, à la charge de gouverneur de la Campanie. Dans cette carrière publique, il fit admirer ses dons de sagesse et de douceur. Ce fut au cours de cette période que la grâce fit germer dans son cœur la semence de la conversion. L’impulsion vint de la foi simple et intense avec laquelle le peuple honorait la tombe d’un saint, le martyr Félix, dans le Sanctuaire de l’actuel Cimitile. En tant que responsable du bien public, Paulin s’intéressa à ce Sanctuaire et fit construire un hospice pour les pauvres et une route pour rendre l’accès aux nombreux pèlerins plus aisé.

Tandis qu’il œuvrait pour construire la cité terrestre, il découvrait la route vers la cité céleste. La rencontre avec le Christ fut le point d’arrivée d’un chemin difficile, semé d’épreuves. Des circonstances douloureuses, à commencer par la disparition des faveurs de l’autorité politique, lui firent toucher du doigt l’aspect éphémère des choses. Après avoir découvert la foi, il écrira :  « L’homme sans le Christ n’est que poussière et ombre » (Chant X, 289).
Souhaitant faire la lumière sur le sens de l’existence, il se rendit à Milan pour se mettre à l’école d’Ambroise. Il compléta ensuite sa formation chrétienne dans sa terre natale, où il reçut le baptême des mains de l’évêque Delphin de Bordeaux.
Sur son parcours de foi se trouve également le mariage. Il épousa en effet Teresia, une pieuse noble dame de Barcelone, dont il eut un fils. Il aurait continué à vivre en bon laïc chrétien, si la mort de son enfant après quelques jours ne fût pas arrivée pour l’ébranler, lui montrant que le dessein de Dieu pour sa vie était un autre.
Il se sentit en effet appelé à se donner au Christ dans une vie ascétique rigoureuse.

En plein accord avec son épouse Teresia, il vendit ses biens au profit des pauvres et, avec elle, quitta l’Aquitaine pour Nole, où les deux époux établirent leur demeure à côté de la Basilique du protecteur saint Félix, vivant désormais dans une chasteté fraternelle, selon une forme de vie que d’autres personnes adoptèrent.
Le rythme communautaire était typiquement monastique, mais Paulin, qui avait été ordonné prêtre à Barcelone, commença également à s’engager dans le ministère sacerdotal en faveur des pèlerins. Cela lui valut la sympathie et la confiance de la communauté chrétienne, qui, à la mort de l’évêque, vers 409, voulut le choisir comme successeur sur la chaire de Nole.
Son action pastorale s’intensifia, se caractérisant par une attention particulière à l’égard des pauvres. Il laissa l’image d’un authentique pasteur de la charité, comme le décrivit saint Grégoire le Grand dans le chapitre III de ses Dialogues, où Paulin est décrit alors qu’il accomplit le geste héroïque de s’offrir comme prisonnier à la place du fils d’une veuve. L’épisode est historiquement controversé, mais il nous reste la figure d’un évêque au grand cœur, qui sut rester proche de son peuple face aux tristes événements des invasions barbares.

La conversion de Paulin impressionna ses contemporains. Son maître Ausone, un poète païen, se sentit « trahi », et lui adressa des paroles amères, lui reprochant d’une part le « mépris », jugé insensé, des biens matériels et, de l’autre, l’abandon de la vocation de lettré. Paulin répliqua que son don aux pauvres ne signifiait pas le mépris des choses terrestres, mais plutôt leur valorisation pour l’objectif plus élevé de la charité. Quant aux engagements littéraires, ce dont Paulin avait pris congé n’était pas le talent poétique, qu’il aurait continué à cultiver, mais les thèmes poétiques inspirés de la mythologie et des idéaux païens. Une nouvelle esthétique gouvernait désormais sa sensibilité : il s’agissait de la beauté du Dieu incarné, crucifié et ressuscité, dont il se faisait maintenant le chantre. En réalité, il n’avait pas abandonné la poésie, mais il puisait désormais son inspiration dans l’Evangile, comme il le dit dans ce vers :  « Pour moi l’unique art est la foi, et le Christ est ma poésie » (« At nobis ars una fides, et musica Christus » : Chant XX, 32).

Ses chants sont des textes de foi et d’amour, dans lesquels l’histoire quotidienne des petits et des grands événements est comprise comme l’histoire du salut, comme l’histoire de Dieu parmi nous. Un grand nombre de ces compositions, intitulées « Chants de Noël », sont liées à la fête du martyr Félix, qu’il avait élu comme Patron céleste. En rappelant saint Félix, il entendait glorifier le Christ lui-même, ayant la ferme conviction que l’intercession du saint lui avait obtenu la grâce de la conversion : « Dans ta lumière, joyeux, j’ai aimé le Christ » (Chant XXI, 373). Il voulut exprimer ce même concept en agrandissant les dimensions du sanctuaire avec une nouvelle basilique, qu’il fit décorer de manière à ce que les peintures, expliquées par des légendes appropriées, puissent constituer une catéchèse visible pour les pèlerins. Il expliquait  ainsi son projet d’un Chant consacré à un autre grand catéchète, saint Nicetas de Remesiana, alors qu’il l’accompagnait pendant la visite dans ses Basiliques : « Je désire à présent que tu contemples les peintures qui se déroulent en une longue série sur les murs des portiques peints… Il nous a semblé utile de représenter grâce à la peinture des thèmes sacrés dans toute la maison de Félix, dans l’espérance que, à la vue de ces images, la figure peinte suscite l’intérêt des esprits émerveillés des paysans » (Chant XXVII, vv. 511.580-583).
Aujourd’hui encore, on peut admirer les restes de ces réalisations, qui placent à juste titre le saint de Nole parmi les figures de référence de l’archéologie chrétienne.

Dans la retraite ascétique de Cimitile, la vie s’écoulait dans la pauvreté, dans la prière, entièrement plongée dans la « lectio divina ». L’Ecriture lue, méditée, assimilée, était la lumière sous le rayon de laquelle le saint de Nole examinait son âme, dans une tension vers la perfection. A ceux qui l’admiraient d’avoir pris la décision d’abandonner les biens matériels, il rappelait que ce geste était bien loin de représenter la pleine conversion : « L’abandon ou la vente des biens temporels possédés dans ce monde ne constitue pas l’accomplissement, mais seulement le début de la course dans le stade; ce n’est pas, pour ainsi dire, le but, mais seulement le départ. En effet, l’athlète ne gagne pas au moment où il se déshabille, car il dépose ses vêtements précisément pour commencer à lutter; mais il n’est digne d’être couronné comme vainqueur qu’après avoir combattu comme il se doit » (cf. Ep. XXIV, 7 à Sulpice Sévère).

A côté de l’ascèse et de la parole de Dieu, la charité : dans la communauté monastique les pauvres étaient chez eux. Paulin ne se limitait pas à leur faire l’aumône : il les accueillait comme s’ils étaient le Christ lui-même. Il leur avait réservé une partie du monastère et, en agissant ainsi, il ne lui semblait pas tant donner que recevoir, dans un échange de don entre l’accueil offert et la gratitude orante des assistés. Il appelait les pauvres ses « patrons » (cf. Ep. XIII, 11 à Pammachius) et, observant qu’ils étaient logés à l’étage inférieur, il aimait dire que leur prière servait de fondement à sa maison (cf. Chant XXI, 393-394).

Saint Paulin n’écrivit pas de traités de théologie, mais ses chants et sa correspondance intense sont riches d’une théologie vécue, imprégnée par la Parole de Dieu, constamment étudiée comme une lumière pour la vie.
Le sens de l’Eglise comme mystère d’unité apparaît en particulier. Il vivait surtout la communion à travers une intense pratique de l’amitié spirituelle. Paulin fut un véritable maître à cet égard, faisant de sa vie un carrefour d’esprits élus : de Martin de Tours à Jérôme, d’Ambroise à Augustin, de Delphin de Bordeaux à Nicetas de Remesiana, de Victrix de Rouen à Rufin d’Aquilée, de Pammachius à Sulpice Sévère, et à tant d’autres encore, plus ou moins célèbres.
C’est dans ce climat que naissent les pages intenses écrites à Augustin. Au-delà du contenu de chaque lettre, on est impressionné par la chaleur avec laquelle le saint de Nole célèbre l’amitié elle-même, en tant que manifestation de l’unique Corps du Christ animé par l’Esprit Saint. En voici un passage significatif, au début de la correspondance entre les deux amis : « Il ne faut pas s’émerveiller si, bien qu’étant loin, nous sommes présents l’un à l’autre et sans nous être connus nous nous connaissons, car nous sommes les membres d’un seul corps, nous avons un unique chef, nous sommes inondés par une unique grâce, nous vivons d’un seul pain, nous marchons sur une unique voie, nous habitons la même maison » (Ep. 6, 2).
Comme on peut le voir, il s’agit d’une très belle description de ce que signifie être chrétiens, être Corps du Christ, vivre dans la communion de l’Eglise. La théologie de notre époque a précisément trouvé dans le concept de communion, la clef pour approcher du mystère de l’Eglise. Le témoignage de saint Paulin de Nole nous aide à percevoir l’Eglise (…) comme un sacrement de la communion intime avec Dieu et ainsi de l’unité de nous tous et enfin de tout le genre humain

Saint Paulin de Nole - image de dévotion populaire

Selon la tradition, représentée sur cette image de dévotion populaire,
c’est à Saint Paulin de Nole que l’on doit la coutume de faire annoncer les offices
par la sonnerie des cloches :
l’art de fondre le bronze pour en faire des instruments sonores était une spécialité de la province de Campanie
d’où le nom de « campana » donné en italien à la cloche
(et le nom de campanile en français, pour désigner le lieu où sont suspendues les cloches)

2020-78. Du jeûne des Apôtres appelé aussi carême des Saints Apôtres.

16 juin,
Fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici et > ici).

icône de l'envoi des apôtres

Icône grecque représentant la Vigne Sainte :
le Christ est le Cep et les Saints Apôtres sont les sarments (cf. Jean XV, 5)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que vous aviez pu le lire dans les pages de ce blogue (cf. > ici), le cinquième des sept carêmes que nous pratiquons au Mesnil-Marie, est le Carême des Saints Apôtres, dont je voudrais vous entretenir quelque peu à la veille de le commencer.

Durée de ce carême :

Comme dans les Églises d’Orient (catholiques ou orthodoxes), la tradition monastique occidentale conserve plusieurs périodes de jeûne et d’abstinence, appelés « carêmes », même s’ils ne sont pas toujours des « quarantaines » (ce qui est le sens originel du mot « carême »).
Nos carêmes de Pâques et de Noël sont de vraies quarantaines, le carême de la Dormition de la Mère de Dieu (cf. > ici) de même que celui de la Sainte Croix et de la Mère des Douleurs ne durent que quinze jours chacun, ceux de l’Epiphanie et de la Pentecôte ne s’étendent que sur neuf jours.
Chez la plupart des chrétiens d’Orient – qui suivent le calendrier byzantin -, le carême des Saints Apôtres commence le lundi qui suit la fête de tous les saints, laquelle est célébrée au premier dimanche après la Pentecôte, et il va jusqu’à la fête des saints apôtres Pierre et Paul. C
omme il suit le premier dimanche après la Pentecôte et dépend donc de la date de Pâques, ce carême est de longueur variable, pouvant s’étendre, selon les années, tantôt sur plusieurs semaines tantôt sur quelques jours seulement.
Au Mesnil-Marie, il est célébré à date fixe, et commence toujours le 17 juin (plus exactement le 16 après les complies) pour s’achever à la fin de la vigile des Saints Pierre et Paul : il dure donc exactement 
douze jours,  un nombre à forte portée symbolique.

Parmi les jours de ce carême, il y en a un où l’abstinence stricte est levée : la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, le 24 juin, fête de première classe pour laquelle le poisson est alors autorisé.
Certaines années, lorsque la date de Pâques est tardive, on peut aussi avoir la fête du Sacré-Cœur de Jésus qui arrive pendant ce carême : quand cela se produit, le poisson est aussi autorisé le jour de cette fête de première classe.

Pourquoi ce jeûne ?

Le pape Saint Léon Ier le grand témoigne, dans un sermon prononcé pour la Pentecôte qui porte le numéro LXXVIII, que ce jeûne consécutif à la Pentecôte, a aussi existé dans l’Eglise latine.
Saint Léon en fait remonter l’institution aux Apôtres eux-mêmes, et il en développe le sens :

« La fête d’aujourd’hui, bien-aimée, consacrée par la descente du Saint-Esprit, est suivie, comme vous le savez, d’un jeûne solennel, lequel, étant une institution salutaire pour la guérison de l’âme et du corps, nous devons respecter avec une dévotion fervente.
Car lorsque les apôtres ont été remplis de la puissance promise et que l’Esprit de vérité est entré dans leurs cœurs, nous ne doutons pas que parmi les autres mystères de la doctrine céleste, cette discipline de la retenue spirituelle ait été établie pour la première fois à la demande du Paraclet, afin que les esprits sanctifiés par le jeûne soient plus aptes à recevoir le Chrême. 
Les disciples du Christ bénéficiaient de la protection du Tout-Puissant et les chefs de l’Église naissante étaient gardés par toute la divinité du Père et du Fils par la présence du Saint-Esprit. Mais contre les menaces d’attaques des persécuteurs, contre les cris terrifiants des impies, ils ne pouvaient pas se battre avec une force corporelle ou une chair dorlotée, car ce qui ravit l’extérieur fait davantage de mal à l’homme intérieur, et plus la substance charnelle est gardée dans la sujétion, plus l’âme raisonnable est purifiée.
Et donc ces enseignants, qui ont instruit tous les fils de l’Église par leurs exemples et leurs traditions, ont commencé les rudiments de la guerre chrétienne avec des jeûnes saints. Devant lutter contre les méchancetés spirituelles, ils pourraient revêtir l’armure de l’abstinence pour tuer les incitations au vice. 
Car les ennemis invisibles et les ennemis incorporels n’auront aucune force contre nous, si nous ne sommes empêtrés dans aucune convoitise de la chair. Le désir de nous blesser est en effet toujours actif chez le tentateur, mais il sera désarmé et impuissant, s’il ne trouve en nous aucun point par lequel il puisse nous attaquer (…).

Par conséquent, après les jours de sainte joie que nous avons consacrés à l’honneur du Seigneur ressuscité des morts puis montant au ciel, et après avoir reçu le don du Saint-Esprit, un jeûne est ordonné comme une pratique saine et nécessaire, de sorte que, si par hasard par négligence ou désordre, même au milieu des joies de la fête, une licence indue a éclaté, elle puisse être corrigée par le remède de la stricte abstinence, qui doit être accomplie avec le plus grand scrupule, afin que demeure en nous ce qui a été divinement accordé en ce jour à l’Église demeure.
Pour avoir été faits temples du Saint-Esprit, et avoir plus que jamais été irrigués avec une plus grande abondance par le flux divin, nous ne devons être vaincus par aucune convoitise ni tenus en possession par aucun vice, afin que l’habitation de la puissance divine puisse être imprimée sans souillure.
Et cela, assurément, il est possible à tous de l’obtenir, Dieu nous aidant et nous guidant, si par la purification du jeûne et par la libéralité miséricordieuse, nous nous efforçons d’être libérés de la saleté des péchés et d’être riches en fruits d’amour (…) ». 

Un sens plus aiguisé de l’apostolicité de l’Église et un amour plus fervent des Saints Apôtres :

Les auteurs spirituels des siècles suivants, ont encore développé le sens de ce carême des Saints Apôtres : après la Pentecôte, ils se sont dispersés, s’en allant dans toutes les contrées du monde ainsi que Notre-Seigneur leur en avait donné le commandement, afin d’enseigner, de faire des disciples, de convertir les peuples, de baptiser,  et d’établir partout la Sainte Eglise du Christ, si bien que toutes les Eglises particulières sur toute la surface de cette terre peuvent être rattachées à la succession apostolique comme en une sorte de généalogie spirituelle.
Avec ce jeûne donc, les fidèles expriment aux Apôtres leur reconnaissance pour leurs labeurs apostoliques, pour les persécutions qu’ils ont éprouvées durant leur mission, et ils demandent à ces glorieux Apôtres de leur obtenir toujours plus et de leur conserver le « sensus Ecclesiae – le sens de l’Église ».
La vie chrétienne est en effet une vie « ecclésiale » (même pour les ermites et les solitaires) ; la vie chrétienne se vit en un corps, le Corps mystique du Christ, ainsi que l’a enseigné Saint Paul dans plusieurs épîtres :

« Car, comme dans un seul corps nous avons beaucoup de membres et que tous les membres n’ont point la même fonction, ainsi, quoique beaucoup, nous sommes un seul corps en Jésus-Christ, étant tous en particulier les membres les uns des autres » (Rom. XII, 4-5).

« Car comme le corps est un, quoique ayant beaucoup de membres, et que tous les membres du corps, quoique nombreux, ne soient cependant qu’un seul corps, ainsi est le Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps, soit Juifs soit Grecs, soit esclaves soit (hommes) libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Cor. XII, 12-13).

« Or vous êtes le corps du Christ, et les membres d’un membre » (1 Cor. XII, 27).

« Moi qui maintenant me réjouis dans mes souffrances pour vous, et accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Église » (Col I, 24).

Entrant dans le temps après la Pentecôte (le plus long de tous les temps liturgiques au cours duquel la Sainte Eglise nous demande d’approfondir toujours davantage l’esprit de l’Evangile afin d’en mieux vivre et rayonner), nous le faisons en plaçant nos pas dans ceux des Apôtres et des premiers disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, implorant d’être fortifiés dans une très ferme volonté de nous montrer nous-mêmes des disciples dignes de ce nom, véritables « membres » du corps de l’Église fondée sur les Saints Apôtres, en particulier les Saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise que nous allons fêter le 29 juin, et auxquels nous demandons la grâce de les suivre et de les imiter avec plus d’exactitude et de ferveur.
La grâce d’une dévotion plus vive aux Saints Apôtres a en effet pour corollaire un ancrage plus solide dans la Sainte Tradition, et elle porte les fruits d’une plus grande vitalité spirituelle et d’une meilleure capacité à témoigner et transmettre la foi authentique, dans la stricte et absolue fidélité à l’enseignement reçu des Apôtres.

Article connexe :
Apostolicité et Tradition > ici

icône de la mission des Apôtres

La mission des Apôtres
icône russe attribuée à Fédor Zubov (1615-1689) :
conservée au musée de Yaroslavl, cette icône de très grandes dimensions (146,5 x 174,5)
est une composition complexe illustrant la croissance du Corps mystique du Christ, par la représentation de Sa Sainte Humanité qui est en quelque sorte prolongée, dans une espèce de rayonnement, par l’appel, la mission apostolique et le martyre des Saints Apôtres.

2020-77. Nuit de folie au Mesnil-Marie…

Vendredi soir 12 juin 2020,
Vendredi dans l’octave du Saint-Sacrement.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Mon titre, j’en conviens, est un peu « aguicheur » : il a peut-être suscité en votre esprit quelques interrogations et titillé votre curiosité… Mais je vous rassure tout de suite, et vous allez vous en rendre compte en poursuivant votre lecture, cette « nuit de folie » n’a rien à voir avec celles dont les mondains et les jouisseurs sont si friands !

Allons donc au fait, si vous le voulez bien.
Et pour que tout soit bien clair, permettez-moi tout d’abord de vous demander de regarder avec attention cette photographie…

Le Mesnil-Marie, avec le barnum sur la terrasse Saint-Charlemagne

La tente de réception installée sur la terrasse Saint-Charlemagne, dominant l’aire de stationnement au pied du Mesnil-Marie

Grâce à cette photographie, en effet, vous pouvez visualiser tous les éléments  de mon récit : elle est prise depuis la route départementale et l’on voit au premier plan l’aire de stationnement (avec à droite le « Berlingo » gris) aménagé au pied du Mesnil-Marie, dont vous apercevez l’extrémité est de la façade sud.
Vous pouvez également voir, en surplomb de cette aire de stationnement, l’espace plan sur lequel est installé une tente de réception blanche : c’est la terrasse Saint-Charlemagne, construite au XVIIe siècle après l’élévation de gros murs en pierres sèches.

Cette tente de réception – communément appelée barnum – mesure quatre mètres dans sa largeur et huit dans sa longueur : elle nous est fort aimablement prêtée par de fidèles amis, afin d’avoir, pendant l’été, un espace fort agréable où l’on peut dresser des tables et recevoir davantage de convives que ne le permet la petite salle à manger de notre Mesnil-Marie.
On y déjeune très agréablement à l’abri des ardeurs du soleil ou des intempéries. Des cloisons de toile peuvent aussi être installées sur les quatre côtés, pour se protéger des courants d’air et bénéficier d’un bel espace clos.
Le samedi 6 juin dernier, par exemple, un groupe d’amis fidèles était venu partager un joyeux déjeuner.

La tente de réception le samedi 6 juin 2020

Déjeuner amical au Mesnil-Marie le samedi 6 juin 2020

Déjeuner amical du samedi 6 juin 2020

C’est là aussi que les pèlerins de Sainte Philomène peuvent déjeuner chaque 11 août, ainsi que les participants aux diverses récollections que nous pouvons organiser.

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Vous savez aussi, chers Amis, combien, en notre vallée profonde au piémont du Mézenc, les épisodes cévenols peuvent se montrer violents et dévastateurs.
Toutefois, hier, au soir de la fête du Très Saint-Sacrement, le bulletin météorologique n’était pas particulièrement alarmant, même si je savais que nous devions nous attendre à une pluie un peu abondante (et bien nécessaire car l’hiver a été très sec) et à du vent : les provinces voisines – Gévaudan, Velay – avaient été placées en « vigilance orange » par Météo France, mais pas notre Vivarais.
Comme je devais partir au matin de ce vendredi 12 juin pour ne rentrer qu’à la nuit tombée ce prochain dimanche, avant d’aller prendre mon repos j’avais prié ma chère Sainte Philomène de préserver le hameau de la grêle – toujours possible en cette saison – pendant mon absence.

Après l’Heure Sainte et la récitation des matines et des laudes de ce vendredi, je m’étais couché un peu après minuit et demi et j’ai dormi presque trois heures et demi : me relevant un peu avant quatre heures, je jetai un œil par la fenêtre et m’aperçus que le barnum, quoique solidement arrimé au sol de la terrasse Saint-Charlemagne et quelque pesant qu’il fût, venait d’être emporté par un violent coup de vent et gisait, à l’envers, entre les deux automobiles qui se trouvaient sur l’aire de stationnement en contrebas.

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Sans prendre la peine de me vêtir ni de chausser des bottes, je me précipitai dehors : sur la terrasse Saint-Charlemagne, sièges, bancs, tréteaux et plateaux des tables gisaient éparpillés.

Je descendis jusqu’à l’aire de stationnement et remarquai tout de suite que les deux autos n’avaient pas été endommagées, alors que la lourde tubulure de la tente les touchait.
Je remarquai aussi que l’étendard du Refuge Notre-Dame de Compassion et sa hampe, bien que gisant à terre, n’étaient pas non plus abîmés, tandis que les draps que j’avais lavés les jours précédents et que j’avais mis à sécher sur une corde à linge tendue à l’intérieur de la tente étaient dans un état pitoyable.
Les deux drapeaux fleurdelysés attachés aux deux extrémités de la tente, à l’intérieur, n’étaient pas abîmés eux non plus.

Je relevai l’étendard du Refuge Notre-Dame de Compassion, mais ne parvint pas à défaire les nœuds très serrés par lesquels les drapeaux du Roi étaient attachés aux cloisons de toile.
Dégoulinant, je remontai au Mesnil-Marie avec l’étendard : par la fenêtre, je pris le cliché qui se trouve ci-dessus, enfilai des vêtements de pluie et des bottes, puis ressortis pour déplacer le « Duster » noir (que l’on voit au premier plan de la photographie ci-dessus) et commencer à ramasser et rassembler les chaises et tréteaux qui risquaient à tout moment d’être soulevés par le vent tourbillonnant, et causer de nouveaux dégâts en retombant.

Très peu de temps après avoir éloigné le « Duster », une nouvelle bourrasque retourna le barnum comme une crêpe en le faisant retomber lourdement là où s’était trouvé le véhicule, ainsi que sur une partie de la chaussée : si je n’eusse pas déplacé le « Duster » il eût alors été gravement endommagé par les piquets de la tente qui en eussent pulvérisé les vitres !

Phase 2 des déplacements du barnum après le déplacement du Duster

Cette nouvelle position de la tente me permit-elle du moins de déplacer notre vieux « Berlingo » pour le mettre à son tour hors d’atteinte des vagabondages dévastateurs de la tente !

Puis je m’efforçais de détacher les toiles latérales du barnum, ce qui était extrêmement long, difficile et pénible au milieu des éléments déchaînés, quand une nouvelle bourrasque retourna encore une fois complètement la tente pour la faire retomber lourdement sur son toit, là où peu de temps auparavant était stationné le « Berlingo ».

Phase 3 des déplacements du barnum

Je voyais bien que c’étaient les toiles qui offraient le plus de prise au vent, et c’est la raison pour laquelle, après avoir « neutralisé » tous les autres objets épars qui eussent pu être soulevés par les bourrasques et causer des blessures en retombant, je m’efforçais de désolidariser les toiles de l’armature métallique : j’y travaillais lorsque, une fois encore, un coup de vent souleva toiles et tubulure, les précipitant sur la chaussée. Je m’arc-boutai de toutes mes forces pour les retenir… en vain : je faillis alors être précipité dans le ruisseau, de l’autre côté de la route !

Là, je n’ai pas eu le temps de remonter pour faire un cliché de cette phase des déplacements du barnum, alors je l’ai grossièrement fait figurer au trait rouge sur la photographie ci-dessous .

Phase 4 évoquée au trait

La tente barrait complètement la chaussée et, seul, il m’était impossible de l’en retirer.

Terrorisé, je hurlais alors : « Sainte Philomène, s’il vous plait, faites en sorte que cela ne provoque pas d’accident ! »
En effet, on approchait de six heures, heure à laquelle commencent à circuler des camions et des véhicules de personnes se rendant au travail.

Justement, j’aperçus au loin les faisceaux lumineux des phares d’une auto se dirigeant vers le hameau : je me précipitai à sa rencontre pour lui faire signe de s’arrêter.
C’était une jeune femme, infirmière libérale, qui se rendait auprès de ses premiers patients : elle me proposa, courageusement, de m’aider à retirer le barnum de la route.
Non sans mal, à nous deux, tirant de toutes nos forces, hahanant et ruisselant, nous arrivâmes à dégager le passage et à ramener la tente sur l’aire de stationnement.

Trois quart d’heure plus tard j’avais réussi à détacher entièrement la toile de l’armature, et donc à sécuriser la zone.
Le jour poignait : je fus ouvrir le poulailler puis je remontai au Mesnil-Marie pour ôter mes vêtements dégoulinants, prendre une douche chaude et avaler un grand bol de thé.

Phase ultime

Enfin je me rendis à l’oratoire où je remerciais Notre-Seigneur, Notre-Dame et Sainte Philomène parce que le pire avait été évité.

Gisant de Sainte Philomène et statue de Notre-Dame du Puy dans l'oratoire du Mesnil-Marie

Gisant de Sainte Philomène et copie de la Vierge Noire du Puy, dans l’oratoire du Mesnil-Marie
avec la veilleuse allumée ce matin en action de grâces pour leur protection

Deux heures plus tard, mon filleul Jean-Baptiste et sa maman vinrent pour m’aider à démonter entièrement l’armature métallique et plier les toiles trempées, ce qui nous prit deux bonnes heures, en attendant de les pouvoir étaler au soleil pour les faire sécher.

Voilà donc les détails de cette « nuit de folie » vécue par votre serviteur en son ermitage au cœur de l’épisode cévenol de ce vendredi 12 juin.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Coeur douloureux et immaculé de Marie

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