Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2020-63. Pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay (21-23 mai 2020) : par la force des choses, une formule différente !

Nous reproduisons ici à l’intention des amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, qui sont aussi pour beaucoup des amis de la Légitimité et de la Confrérie Royale, le courriel envoyé aujourd’hui par le Prieur de cette dernière pour ce qui concerne le pèlerinage annuel au Puy-en-Velay que les circonstances rendent physiquement impossible à la date prévue, mais qui aura cependant bien lieu d’une manière spirituelle

Nous vous invitons instamment à faire connaître ce « pèlerinage à distance » autour de vous, et vous engageons à être très nombreux à y prendre part.

frise lys

Mercredi 6 mai 2020,

Chers membres et amis de la Confrérie Royale,                      

Ainsi que je vous l’annonçais dans ma lettre du mardi de Pâques (cf. ici), notre pèlerinage annuel au Puy, qui commence habituellement le jeudi de l’Ascension en fin d’après-midi et se déroule sur la journée du vendredi et la matinée du samedi, ne peut avoir lieu, en raison des dispositions imposées aux fidèles par la bêtise d’un gouvernement impie et la lâcheté d’un épiscopat sans virilité (dispositions contraires à la justice, contraires aux droits des fidèles, et – par dessus tout – contraires aux droits de Dieu Notre-Seigneur et à l’honneur qui Lui est dû).
Du moins ne peut-il pas avoir lieu dans les formes souhaitées et prévues, mais nous le maintenons d’une manière spirituelle par le moyen d’internet.

mains jointes - prière

- Concrètement, cela signifie qu’il n’y aura pas de rassemblement « physique » dans la chère cité du Puy-en-Velay (donc pas de frais de voyage, pas de frais d’hébergement et de restauration !!!), et cependant une forme de rassemblement spirituel, aux mêmes dates, à des moments particuliers de la journée, afin de prier ensemble pour le Roi et la France (c’est le but premier de ce pèlerinage), en nous « transportant » par la pensée et la prière, dans ce sanctuaire qui est le lieu de la première apparition mariale connue sur le territoire qui deviendra la France, et qui fut toujours si cher à la piété de nos Rois.

- Concrètement aussi, cela signifie aussi qu’il y a des inscriptions et que les « pèlerins de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay » de ce mois de mai 2020, par le fait même de leur inscription, s’engagent à se rendre disponibles aux moments prévus dans le programme du pèlerinage pour prier en s’unissant aux autres pèlerins inscrits, et qu’ils offrent leurs prières, mais aussi quelques sacrifices ou pénitences volontaires (laissés à la discrétion et générosité de chacun, mais en ayant conscience qu’il ne saurait y avoir de vrai pèlerinage sans pénitence) à l’intention de notre Souverain légitime, ainsi que pour la conversion des cœurs et des intelligences des Français.     

- Concrètement encore, il n’y aura pas de diffusion de cérémonie ou de conférence par internet, nous n’avons pas les moyens ni les capacités pour mettre cela en place, en revanche rien n’empêche que certains participants à ce pèlerinage spirituel, qui se trouvent géographiquement proches, se rassemblent pour l’un ou plusieurs de ces moments de prière en commun programmés.    

- A tous ceux qui seront inscrits, sera envoyé – le mercredi 20 mai – par internet un dossier comprenant le programme détaillé des temps de prière, mais aussi quelques photos du Puy facilitant le « déplacement virtuel » aux pieds de la Vierge Noire devant laquelle se sont agenouillés papes, rois et saints, ainsi que des textes à lire et approfondir, tenant lieu des conférences qui eussent dû avoir lieu au Puy.

Notre-Dame du Puy - Vierge Noire - 12 mai 2018

- Voici un premier aperçu du programme de ce pèlerinage un peu particulier :                

1) Jeudi soir 21 mai - Fête de l’Ascension de Notre-Seigneur :

- à 20 h 30 : « Veni Creator » avec son oraison ; lecture du texte d’introduction au pèlerinage et récitation d’une dizaine de chapelet.

Ad libitum : ceux qui le peuvent, sont invités à faire ce soir-là une heure sainte pour la France, chez eux (devant une belle image ou une statue du Sacré-Cœur s’ils en ont une) ou – si cela est possible – dans une église ou une chapelle devant le Saint Tabernacle.                 

2) Vendredi 22 mai :

- Après la prière du matin : lecture du texte de la première conférence.

- A 11 h, en union avec la Sainte Messe à laquelle se trouveront les fondateurs de la Confrérie Royale : récitation du chapelet.

- A 15 h : Chemin de Croix pour la France (si possible dans une église ou une chapelle, sinon chez soi).

- A 18 h : lecture du texte de la deuxième conférence.

- A 20 h 30 : lecture de la 3ème conférence ; litanies de la Sainte Vierge.

3) Samedi 23 mai :

- Après la prière du matin : lecture de la quatrième conférence.

- A 11 h, en union avec la Sainte Messe à laquelle se trouveront les fondateurs de la Confrérie Royale : récitation du chapelet.

- Selon les possibilités de chacun, nous vous encourageons, dans l’après-midi de ce samedi, à accomplir un petit pèlerinage en vous rendant dans un sanctuaire proche de chez vous (lieu de pèlerinage régional, ou simplement à défaut église ou chapelle de votre village ou de votre quartier si elle est ouverte), pour y prier pour le Roi et la France, en faisant le déplacement à pied, même si ce n’est que sur quelques centaines de mètres.
Aux membres de la Confrérie Royale, je demande qu’à ce moment-là ils renouvellent chacun avec ferveur leur engagement ou leur vœu de consécration à la Couronne de France.

prière à Notre-Dame

Inscriptions (elles sont ouvertes dès maintenant et jusqu’au 19 mai, date butoir) ou demandes de renseignements complémentaires : pelerinage.confrerie@gmail.com              

Enfin, il faut préciser que ce pèlerinage n’est pas réservé aux seuls membres de la Confrérie, mais qu’il est ouvert à toutes les âmes de bonne volonté, qui veulent prier pour le Roi et la France.

Soyons plus que jamais unis et généreux,
pour Dieu et pour le Roi !  

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.

Armoiries Frère Maximilien Marie

Affiche Pèlerinage Puy-en-Velay 2020

2020-62. « Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

Infatigable chercheur de Dieu, chercheur de vérité et de sens, notre Bienheureux Père Saint Augustin s’est interrogé sur les rapports de l’intelligence et de la foi : dans le sermon qui suit, il s’est attaché à expliquer le sens de ces paroles du prophète Isaïe : « Si vous ne croyez vous ne comprendrez pas.» 

Antonio Rodríguez - Saint Augustin contemplant et écrivant

Antonio Rodriguez (1765-1823) : Saint Augustin contemplant et écrivant le fruit de sa contemplation

frise

« Il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. »

§ 1 – La foi est le principe de la vie surnaturelle, et par conséquence du bonheur.

Le principe d’une vie sainte, de la vie qui mérite l’éternelle vie, est la vraie foi. Or la foi consiste à croire ce qu’on ne voit pas, et la récompense de cette même foi est de voir ce qu’on croit. Le temps de la foi est donc comme le temps des semailles ; employons ce temps à semer. Semons ! Semons, sans nous lasser. Semons toujours. Semons jusqu’à ce que nous récoltions ce que nous avons semé.
Le genre humain s’était éloigné de Dieu et gisait dans ses iniquités ; pour revivre il nous fallait un Sauveur, comme il nous avait fallu un Créateur pour vivre. Dieu dans Sa justice avait condamné l’homme ; Il le délivra dans Sa miséricorde : « Le Dieu d’Israël donnera Lui-même à Son peuple la vertu et la force : qu’Il en soit béni » (Ps. LXVII, 36). Mais pour recevoir ces dons il faut croire ; le dédain les éloigne.

§ 2 – La foi est un pur don pour lequel il faut savoir rendre grâce.

Gardons-nous néanmoins de nous glorifier de la foi, comme si par nous-mêmes nous pouvions quelque chose pour elle.
La foi en effet n’est pas rien, elle est quelque chose de grand, et nul ne la possède que sûrement il ne l’ait reçue : « Qu’as-tu effectivement que tu ne l’aies reçu ? » (
I Cor. IV, 7). Voyez donc, mes bien-aimés, si vous ne devez pas en rendre grâces au Seigneur notre Dieu : prenez garde de vous montrer ingrats pour aucun de ces bienfaits, cette ingratitude vous ferait perdre ce que déjà Il vous a accordé.
Non, je ne puis louer dignement la foi, les fidèles cependant peuvent s’en faire une idée. Or si on s’en fait une idée exacte sous quelque rapport seulement, à combien de dons même divins ne doit-on pas la préférer ? Et s’il est vrai que nous devions reconnaître en nous les moindres bienfaits de Dieu, comment oublier le bienfait qui surpasse tous les autres ?

§ 3 – L’homme a reçu de Dieu des privilèges qui le différencient de toutes les autres créatures.

A Dieu nous sommes redevables d’être ce que nous sommes : à quel autre devons-nous de n’être pas entièrement rien ?
Mais les bois et les pierres sont aussi quelque chose n’est-ce pas également à Dieu qu’ils en sont redevables ? Qu’avons-nous alors de plus qu’eux ? Ils n’ont pas la vie, tandis que nous la possédons. Mais la vie même nous est commune avec les arbres et les végétaux. On parle en effet de la vie de la vigne. De fait, si elle n’était pas vivante, il ne serait pas écrit : « Il a tué leurs vignes par la grêle » (
Ps. LXXVII, 47). Elle vit donc quand elle verdit et en se desséchant elle meurt. Mais cette sorte de vie est dépourvue de sentiment. Et nous ? Nous sentons. On connaît les cinq sens corporels : nous voyons, nous entendons, nous flairons, nous goûtons et le tact répandu dans tout notre corps nous aide à discerner ce qui est mou et ce qui est dur, ce qui est âpre et ce qui est poli, ce qui est chaud et ce qui est froid. Oui, nous avons cinq sens : mais des animaux les possèdent également. 
Il y a certainement en nous quelque chose de plus ; et toutefois, mes frères, si nous considérions déjà les dons que nous venons d’énumérer, quelles actions de grâces, quelles louanges de nous faudrait-il pas élever vers le Créateur ?
Mais enfin quel est ce plus qui nous distingue des animaux ? L’intelligence, la raison, le discernement ; car ils n’appartiennent ni aux quadrupèdes, ni aux oiseaux, ni aux poissons, et c’est dans ces facultés que brille en nous l’image de Dieu. En effet, dans le récit que fait l’Ecriture de notre création, elle dit expressément pour nous préférer, ou plutôt pour nous préposer aux animaux, en d’autres termes pour nous les soumettre : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ; qu’il ait l’empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tous les animaux et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre » (
Gen. I, 28). D’où lui vient cet empire ? De l’image de Dieu ; aussi adresse-t-on à quelques-uns ce reproche : « Ne ressemblez ni au cheval ni au mulet, animaux sans intelligence »
(Ps. XXXI, 9).
Cependant l’intelligence diffère de la raison. Car nous avons la raison avant d’avoir l’intelligence de quoi que ce soit, mais nous ne saurions avoir l’intelligence sans avoir la raison. L’homme est donc un animal doué de raison ou pour parler plus clairement et plus brièvement, un animal raisonnable, un animal qui possède naturellement la raison et qui la possède avant même de comprendre. Pourquoi effectivement cherche-t-il à comprendre, sinon parce que la raison préexiste en lui ?
La faculté qui nous rend supérieurs aux bêtes est donc ce que nous devons principalement cultiver, retoucher en quelque sorte et réformer en nous. Mais qui en sera capable, sinon l’artiste divin qui nous a formés ? Nous avons pu défigurer l’image de Dieu en nous, nous ne saurions la réparer. Ainsi donc, pour tout résumer en quelques mots, nous partageons l’être avec les bois et les pierres ; la vie avec les arbres ; le sentiment avec les bêtes ; l’intelligence avec les anges.
Par les yeux nous discernons les couleurs, le son par les oreilles, l’odeur par les narines, les saveurs par le goût, la chaleur par le tact et le mérite par l’intelligence.

§ 4 – Comment obtenir la foi ? La compréhension est-elle nécessaire à la foi, ou la foi nécessaire à la compréhension ? Qui pourra nous répondre sur ce sujet ? St Pierre nous enseigne qu’il nous faut être attentif à la réponse donnée par le prophète – Importance et fiabilité de la parole des prophètes.

Attention ! Chacun veut comprendre, il n’est personne qui n’ait ce désir ; mais tous ne veulent pas croire.
On me dit : Je dois comprendre pour croire ; je réponds : Crois pour comprendre. C’est donc entre nous une espèce de controverse, l’un disant : Je dois comprendre pour croire, et l’autre : Au contraire crois pour comprendre.
Pour nous entendre cherchons un juge et que nul ne prononce dans sa propre cause. Or à quel juge nous arrêter ? Après avoir examiné tous les hommes, j’ignore s’il est possible de rencontrer un juge préférable à l’homme que Dieu a choisi pour Son organe. Ainsi donc pour terminer ce débat n’ouvrons point les auteurs profanes, ne nous faisons point juger par un poète, mais par un prophète.
Lorsque accompagné de deux autres disciples du Sauveur, le bienheureux Apôtre Pierre, était sur la montagne avec le Seigneur Lui-même, il entendit une voix descendue du ciel, laquelle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances écoutez-Le !» (Matt. XVII, 5). Et en rappelant ce trait, le même Apôtre dit dans une de ses épîtres : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la montagne sainte ». Or après ces mots : « Nous avons entendu cette voix descendue du ciel », il ajoute : « Et nous avons la parole plus certaine des prophètes » (II Pierre, I, 18-19). Cette voix a retenti du haut du ciel ; et la parole des prophètes est pourtant plus certaine.
Soyez attentifs, mes bien-aimés : que Dieu seconde et mes désirs et votre attente, afin que je dise ce que je veux et comme je veux.
Qui de nous ne s’étonnerait d’entendre dire à l’Apôtre que la parole des prophètes est plus certaine qu’une voix descendue du ciel ? Il dit plus certaine ; plus certaine et non pas meilleure ni plus vraie. La parole descendue du.ciel est en effet aussi vraie que la parole des prophètes ; elle est aussi bonne, aussi utile. Que signifie donc plus certaine, sinon plus propre à inspirer la conviction ? Pourquoi ? Parce qu’il est des infidèles qui accusent le Christ d’avoir eu recours à la magie pour faire ce qu’Il a fait. En recourant aux conjectures humaines et aux prestiges coupables, les infidèles pourraient donc attribuer aussi aux arts magiques cette voix descendue du ciel.
Quant aux prophètes, ils sont antérieurs non-seulement à l’émission de cette voix, mais encore à l’Incarnation du Christ.
Le Christ ne S’était pas fait homme encore lorsqu’Il les envoya. Toi donc qui fais de lui un magicien, dis-moi : s’Il a pu, grâce à la magie, Se faire adorer même après Sa mort, avant de naître exerçait-il cet art ? Voilà pourquoi l’Apôtre Pierre a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». La voix du ciel est pour les fidèles un avertissement ; et pour les infidèles la parole des prophètes est une conviction. Ainsi donc, mes bien-aimés, nous comprenons pour quel motif Pierre a dit, même après avoir entendu la voix descendue du ciel : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ».
Voyez aussi quelle n’est pas la bonté du Christ ! Ce même Pierre de qui nous tenons cette sentence était un pêcheur, et aujourd’hui c’est pour un orateur un grand sujet de gloire de pouvoir le comprendre. Aussi l’Apôtre Paul disait aux premiers chrétiens : « Voyez, frères, votre vocation : ce n’est pas un grand nombre de sages selon la chair, ni un grand nombre de puissants et de grands que Dieu a choisis ; mais ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort ; Il a choisi aussi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages ; enfin Dieu a choisi ce qui est vil et méprisable selon le monde et les choses qui ne sont rien comme si elles étaient, pour anéantir les choses qui sont » (I Cor, I, 26-23).
De fait, si le Christ avait d’abord choisi l’orateur, l’orateur dirait : Ce choix est dû au mérite de mon éloquence. S’Il avait choisi le sénateur, celui-ci dirait encore : Ce choix est dû à la dignité qui me distingue. Si enfin Il avait d’abord choisi l’empereur, l’empereur dirait à son tour : C’est à ma puissance que je dois cette élection.
Que ces grands du monde attendent donc, qu’ils attendent un peu ; on ne les oublie pas, on ne les méprise pas, mais qu’ils attendent quelque temps, car ils pourraient en eux-mêmes se glorifier, d’eux-mêmes. Donne-moi plutôt ce pêcheur, dit le Christ, donne-moi cet homme grossier, cet ignorant, donne-moi cet homme à qui le sénateur dédaigne d’adresser la parole lors même qu’il lui achète son poisson : voilà celui qu’Il me faut, car il sera manifeste que c’est Moi qui fais tout, quand je l’aurai rempli de Moi-même. Sans doute J’appellerai aussi le sénateur, l’orateur et l’empereur, oui J’agirai sur le sénateur, mais sur le pêcheur mon action est plus visible. Le sénateur pourrait se glorifier de lui-même, l’orateur et l’empereur le pourraient également ; le pêcheur ne saurait se glorifier que du Christ. Viens donc, ô pêcheur, viens le premier pour enseigner la salutaire vertu d’humilité ; il conviendra mieux ensuite d’amener l’empereur par ton ministère.
Rappelez donc à votre souvenir ce pêcheur saint, juste, bon, rempli du Christ ; et dont les vastes filets jetés sur le monde ont dû retirer de l’abîme ce peuple avec les autres ; souvenez-vous que c’est lui qui a dit : « Nous avons la parole plus certaine des prophètes ». Je veux donc un prophète pour juge de notre controverse. De quoi s’agissait-il entre nous ? Tu disais : Je dois comprendre pour croire ; et moi : Crois pour comprendre. Voilà le motif du débat. Cherchons un juge, adressons-nous à un prophète, ou plutôt que Dieu même prononce par la bouche d’un prophète. Maintenant taisons-nous ; on sait ce qui a été dit de part et d’autre. Je veux comprendre, dis-tu, pour croire ; crois, répliqué-je, pour comprendre. Voici le prophète : « Si vous ne croyez, dit-il, vous ne comprendrez pas » (Isaïe, VII, 9, selon les LXX).

§ 5 – Le prophète Isaïe proclame qu’il est nécessaire de croire pour arriver à comprendre. S’ensuit-il qu’il ne faille pas comprendre pour croire ? Ceux qui demandent à comprendre pour croire ont déjà tant soit peu de foi ; ils veulent donc comprendre pour croire davantage, comprendre ma parole pour croire la parole de Dieu.

Pensez-vous néanmoins, mes bien-aimés, qu’il n’y a rien de vrai dans cette assertion : Je veux comprendre pour croire. Eh ! que prétendons-nous maintenant, si ce n’est d’amener à croire, non ceux qui ne croient nullement, mais ceux qui ne croient guère encore ? Seraient-ils ici, s’ils ne croyaient pas du tout ? La foi les a amenés à écouter, la foi les rend présents à la prédication de la parole de Dieu ; mais il faut arroser, nourrir et fortifier le germe de cette foi. C’est ce que nous faisons. « J’ai planté, dit l’Apôtre, Apollo a arrosé ; c’est Dieu qui donne l’accroissement. C’est pourquoi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (I Cor. III, 6,-7). Ainsi en parlant, en exhortant, en enseignant, en persuadant, nous pouvons planter et arroser, mais sans faire croître.
C’est ce que savait cet homme avec qui s’entretenait un jour le Seigneur. La foi commençait à germer en lui, elle était tendre et fragile encore, elle était toute tremblante et cependant elle n’était pas entièrement nulle et c’était pour lui venir en aide qu’il disait : « Je crois, Seigneur ! »
Lorsque tout à l’heure on lisait l’Évangile, vous avez entendu ces mots : « Si tu peux croire, disait le Seigneur Jésus au père de l’enfant, tout est possible à qui a la foi ». Et se considérant soi-même, se posant en face de soi-même, sans se livrer à une téméraire confiance cet homme examine d’abord sa conscience ; il reconnaît qu’en lui il y a quelque peu de foi, mais il voit aussi que cette foi tremble : ni l’une ni l’autre de ces deux choses ne lui échappe. Il confesse donc la première et pour la seconde il demande un secours. « Je crois, dit-il, Seigneur ! » Ne devait-il pas ajouter : Aidez ma foi ? Il ne parle pas ainsi. « Je crois, Seigneur », dit-il. Je vois ici quelque chose de réel, je ne mens pas ; je crois et je dis vrai ; mais je vois aussi je ne sais quoi qui me déplaît. Je voudrais être ferme, mais je tremble encore. En vous parlant je suis debout, je ne suis pas renversé puisque je crois ; mais je chancelle : « Aidez mon incrédulité » (Marc, IX, 22, 23).
Ainsi, mes bien-aimés, celui-là même que j’ai en face, avec qui je suis dans une controverse que j’ai demandé au Prophète de vouloir bien dirimer, n’est pas non plus entièrement étranger à la vérité quand il dit : Je veux comprendre pour croire. Pourquoi ce que je dis présentement, sinon pour amener à croire ceux qui ne croient pas encore ? Mais peuvent-ils croire s’ils ne comprennent ce que je dis ?
Il est donc vrai sous un rapport que l’on doit comprendre pour croire, et il est vrai aussi de dire avec le prophète, que l’on doit croire pour comprendre.
Donc entendons-nous : Oui, il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre. Voulez-vous que j’explique en deux mots et qu’il n’y ait plus de contestation possible ? Je dirai à chacun : Comprends ma parole, pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre.

Saint Augustin

Voir aussi :
- L’enseignement de S.S. le Pape Benoît XVI au sujet des « trois conversions » de Saint Augustin > ici

Litanies de Sainte Monique.

Sainte Monique, mère de notre Bienheureux Père Saint Augustin, est un modèle pour les épouses, les veuves, les mères inquiètes pour le salut éternel de leurs enfants… Elle est aussi un modèle de vie religieuse car, même si elle n’a pas à proprement parler fait une profession monastique, la tradition augustinienne la représente avec raison revêtue de l’habit religieux des moniales augustines, parce qu’elle prit une part discrète mais active à la maturation de la vie monastique augustinienne lors du séjour de Saint Augustin et des ses proches à Cassiciacum (cf. > ici), alors que le jeune converti se préparait à recevoir le saint baptême.
Ainsi, tous les états de vie trouvent-ils en Sainte Monique un modèle en même temps qu’une intercessrice (cf. note en bas de page) d’autant plus puissante qu’elle est capable de comprendre leurs besoins et de compatir à leurs nécessités spirituelles.

Sainte Monique fortifiée par l'apparition d'un ange - Pietro Maggi 1714 - église St Marc Milan

Sainte Monique encouragée et fortifiée par l’apparition d’un ange
(Pietro Maggi, 1714 – église Saint-marc, à Milan)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Ô Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Marie, Reine des Cieux, priez pour nous.
Sainte Marie, Mère de conversion, priez pour nous.

Saint Augustin, priez pour nous.

Sainte Monique, qui avez mis à profit les rigueurs salutaires d’une éducation chrétienne, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des épouses, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des femmes chrétiennes, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez procuré par l’exemple de vos vertus, la conversion de votre mari infidèle, priez pour nous.
Sainte Monique, modèle des mères et des veuves, priez pour nous.
Sainte Monique, mère de Saint Augustin, priez pour nous.
Sainte Monique, qui l’avez pleuré dans ses égarements, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez persévéré dans vos brûlantes prières, priez pour nous.
Sainte Monique, aussi discrète que zélée dans la poursuite du Salut de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui étiez la sauvegarde de votre fils absent, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez obtenu pour votre fils la guérison d’une maladie mortelle, priez pour nous.
Sainte Monique, dont l’espérance a été soutenue par les paroles prophétiques d’un saint évêque, priez pour nous.
Sainte Monique, dont les larmes ont acheté la conversion de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui avez joui de la consolation de le voir fidèle, priez pour nous.
Sainte Monique, qui vous êtes saintement entretenue avec lui des choses du Salut, priez pour nous.
Sainte Monique, qui vous êtes paisiblement endormie dans le Seigneur, priez pour nous.
Sainte Monique, sur qui a rejailli la gloire de votre fils, priez pour nous.
Sainte Monique, qui ne pouvez refuser votre suffrage aux mères qui prient et pleurent comme vous, priez pour nous.
Sainte Monique, qui en avez écouté plusieurs dans leurs angoisses, priez pour nous.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/ Priez pour nous, Sainte Monique,
R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Ô Dieu qui avez écouté les prières et les larmes de Sainte Monique, et qui avez accordé à ses supplications, non seulement la conversion, mais encore l’éclatante sainteté de son fils, daignez nous accorder la grâce de Vous implorer avec tant de ferveur et d’humilité, et que, comme elle, nous obtenions et le salut de nos enfants, et notre propre sanctification.
Nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur qui vit et règne avec Vous et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

R./ Ainsi soit-il.

Tiré du « Litaniaire, ou Recueil complet de litanies et de divers exercices de piété »,
du Frère Anicet de Sainte-Suzanne,
(éd. Aubanel Frères, Avignon – 1879)

S. Agostino Roma - Urna di S.Monica

Rome, basilique de Saint Augustin : sarcophage renfermant le corps de Sainte Monique

Voir aussi :
- Récit de la mort de Sainte Monique par Saint Augustin > ici
- La Sainte Ceinture de Notre-Dame de Consolation > ici 

frise

Note :
Le mot intercessrice ici employé comme féminin d’intercesseur n’est pas un néologisme d’inspiration féministe ni un barbarisme. Quoique d’un usage relativement rare, ce féminin, formé sur le même principe que le féminin du mot acteur, se trouve au XVIIIe siècle (par exemple dans le Journal des principales audiences du Parlement de Paris, en 1757) ainsi qu’aux XIXe et XXe siècles chez plusieurs écrivains amoureux de termes recherchés, tels François-Emmanuel d’Emskerque, vicomte de Toulongeon (1748-1812) ou Emmanuel Berl (1892-1976) qui écrit : « Comme on voyait sans cesse surgir le diable, on voyait sans cesse les anges descendre du ciel, pour secourir le chrétien aux abois ; et à la tête de ces légions célestes, l’intercessrice suprême : la Vierge. » (in « Histoire de l’Europe : L’Europe classique » p.48).

2020-57. Nous fêtons le 30 avril Sainte Hildegarde de Vintzgau, épouse de Saint Charlemagne et Reine des Francs.

30 avril,
fête de Sainte Hildegarde de Vintzgau, Reine des Francs ;
Commémoraison de Sainte Catherine de Sienne, vierge.

St Charlemagne et Ste Hildegarde - fresque de la Résidence des Princes-Abbés à Kempten

Saint Charlemagne et son épouse Sainte Hildegarde de Vintzgau
(détail d’une fresque baroque des salles d’apparat de la Résidence des Princes-Abbés de Kempten [en français Campidoine] en Souabe)

Armoiries de Charlemagne

Avec Sainte Jeanne de France (cf. > ici), Sainte Bathilde (cf. > ici), Sainte Radegonde et, bien sûr, Sainte Clotilde, Sainte Hildegarde de Vintzgau  est la cinquième Reine des Francs ou Reine de France à avoir été élevée sur les autels et à être honorée d’un culte public par la Sainte Eglise. Elle n’est toutefois pas la plus connue des cinq, il faut bien le reconnaître !

Issue de la famille des Agilolfinges, vieille famille franque proche des Mérovingiens, à laquelle le Roi Clotaire 1er donna le duché de Bavière aux alentours de l’an 555, Hildegarde est née en 758.

A l’âge de 13 ans, en 771, elle épouse le Roi des Francs Charles 1er le GrandSaint Charlemagne – qui a dix ou 15 ans de plus qu’elle (on ne sait pas exactement s’il naquit en 742 ou en 747). Elle lui donnera neuf enfants (dont Louis 1er dit le Pieux).
On ne possède pas aujourd’hui une abondance de détails sur sa vie, si ce n’est que, épouse très aimée et très aimante, elle accompagnait Charlemagne dans ses campagnes militaires. Vers la fin du carême de 774, elle était aussi à ses côtés à Rome, où le Roi des Francs avait été appelé au secours par le pape Adrien 1er lorsque Didier, roi des Lombards, envahissait le Patrimoine de Saint Pierre constitué par Pépin le Bref. Les chroniques de l’époque ont retenu que, à cette occasion, elle offrit au Souverain Pontifie une riche parure pour l’autel de la basilique vaticane.

Profondément chrétienne, on sait qu’elle était liée d’amitié avec Sainte Lioba de Tauberbischofsheim (+ 782) qui demeura quelque temps auprès d’elle à la cour et la conseillait ; qu’elle exerçait de nombreuses charités et qu’elle dotait généreusement les monastères : elle fut la bienfaitrice tout particulièrement des abbayes de Saint-Martin de Tours et de Saint-Denys de ce côté-ci du Rhin, ainsi que de celles de Reichenau en Bade-Wurtemberg et de Kempten en Souabe. Pour cette dernière, elle rapporta, en 774, les reliques des saints Gordien et Épimaque  qu’elle avait obtenues en Italie.

Le 30 avril 783, elle mourut des suites de ses neuvièmes couches, à l’âge de vingt-cinq ans seulement, dans la résidence impériale de Thionville.
Elle fut inhumée le lendemain, 1er mai, à l’ abbaye Saint-Arnould de Metz, et Charlemagne ordonna que des cierges et des lampes fussent allumés sur sa tombe chaque jour ; son épitaphe, magnifiant une épouse très aimée, incarnation de la sagesse et de la vertu, fut composée par le célèbre poète Paul Diacre, auquel nous devons les hymnes liturgiques « Ave, maris Stella » (vêpres de la Sainte Vierge) et « Ut queant laxis » (vêpres de Saint Jean-Baptiste).
Le pape Adrien 1er écrivit au saint Roi franc une lettre de condoléances exprimant ses vifs regrets pour la mort prématurée de cette épouse tendrement chérie.

Charlemagne fit alors de Saint-Arnould de Metz la nécropole d’une partie de sa famille : les sœurs du Roi, certains de ses enfants – dont l’évêque Drogon – et plus tard son successeur Louis le Pieux y furent inhumés.
Malheureusement cette abbaye fut pillée, détruite, incendiée à plusieurs reprises, et ce qui subsistait des tombeaux impériaux fut transféré dans l’église (XIIIe siècle) du couvent des dominicains, elle-même reconstruite au XVIIe siècle puis saccagée à la révolution : autant dire qu’il ne reste – hélas ! – quasi rien du tombeau et des reliques de Sainte Hildegarde de Vintzgau !

Karl Baumeister - Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde

Saint Charlemagne et Sainte Hildegarde
(panneaux peints en 1895 par Karl Baumeister pour l’église Saint-Jean-Baptiste « auf dem Bussen » en Haute-Souabe)

Armoiries de Charlemagne

2020-56. De la solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, jadis fête du Patronage de Saint Joseph, célébrée au mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques.

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Trois lys blancs

Dans les pages de ce blogue (voir > ici), nous avons publié un article traitant de la grande dévotion de Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel, envers Saint Joseph.
Le Carmel thérésien eut assez vite une fête du Patronage de Saint Joseph dans son calendrier particulier, pour célébrer la protection et la dévotion spéciales du Carmel, héritée de sa sainte réformatrice, et remercier le Patriarche du Nouveau Testament pour toutes ses attentions et prévenances envers l’Ordre.

Le 10 septembre 1847, par un décret nommé « Inclytus Patriarcha Ioseph », le Bienheureux Pie IX étendit à toute l’Eglise latine cette fête du Patronage de saint Joseph, qu’il fixa au troisième dimanche après Pâques sous le rite double de deuxième classe.
Puis, le 8 décembre 1870, par un décret « Urbi et orbi » intitulé « Quemadmodum Deus », dont nous donnons ci-dessous la traduction, ce même Bienheureux Pie IX déclara officiellement Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, et il statua alors que la fête du 19 mars serait désormais célébrée sous le rite double de première classe (mais sans octave, en raison du carême).

En 1911, Saint Pie X changea l’intitulé de cette Fête du Patronage de Saint Joseph qu’il renomma Solennité de Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, en même temps qu’il la dotait d’une octave commune (le jour de l’octave étant célébré sous le rite double majeur).
Toutefois, en 1913, dans la volonté de « libérer » les dimanches dont la célébration était trop régulièrement empêchée par celle des fêtes de saints, Saint Pie X déplaça cette solennité au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques, puisque selon la dévotion traditionnelle le mercredi est le jour spécialement dédié à Saint Joseph.

En 1955, les réformes entreprises sous le pontificat du Vénérable Pie XII, supprimèrent cette Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, au profit d’une nouvelle fête, dite de « Saint Joseph ouvrier », fixée au 1er mai dans l’espoir de christianiser la « fête du travail » célébrée ce jour-là par les syndicats d’inspiration marxiste.
Cette tentative se solda, n’hésitons pas à le dire, par un lamentable échec, au point que moins de quinze ans plus tard le calendrier de la réforme liturgique post-conciliaire rétrograda de manière significative cette fête du 1er mai en « mémoire facultative » (sic) !!!

En revanche, pour les vétérocalendaires - qui conservent un calendrier liturgique propre et les rubriques  antérieurs à toutes les réformes intervenues depuis 1950 (dont nous sommes) -, la Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle, avec son octave, demeurent.

Eglise St Joseph à Angers - Pie IX proclame Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

Eglise Saint-Joseph, à Angers :
Pie IX proclame Saint Joseph patron de l’Eglise universelle
(l’Eglise étant représentée sous la figure d’un navire dont le saint Pontife tient le gouvernail)

Armoiries de Pie IX

 Décret « Urbi et orbi » Quemadmodum Deus

Pie IX, Pape pour perpétuelle mémoire

De même que Dieu établit le Patriarche Joseph, fils de Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l’Eternel allait envoyer sur la terre Son Fils unique, pour racheter le monde, Il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure ; Il l’établit seigneur et prince de Sa maison et de Ses biens ; Il commit à sa garde Ses plus riches trésors.
En effet, Joseph épousa l’Immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu du Saint-Esprit, est né Jésus-Christ, qui voulut aux yeux de tous passer pour le fils de Joseph et daigna lui être soumis. Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph Le vit, mais il conversa avec Lui, il Le pressa dans les bras d’une paternelle tendresse, il Le couvrit de baisers ; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il nourrit Celui que les fidèles devaient manger comme le Pain de l’éternelle vie.

En raison de cette dignité sublime, à laquelle Dieu éleva Son très fidèle serviteur, toujours l’Eglise a exalté et honoré Saint Joseph d’un culte exceptionnel, quoique inférieur à celui qu’elle rend à la Mère de Dieu ; toujours, dans les heures critiques, elle a imploré son assistance.
Or, dans les temps si tristes que nous traversons, quand l’Eglise elle-même, poursuivie de tous côtés par ses ennemis, est accablée de si grandes calamités que les impies se persuadent déjà qu’il est enfin venu le temps où les portes de l’enfer prévaudront contre elle (cf. note ci-dessous), les vénérables Pasteurs de l’Univers catholique, en leur nom et au nom des fidèles confiés à leur sollicitude, ont humblement prié le Souverain Pontife qu’il daignât déclarer Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.

Ces prières ayant été renouvelées plus vives et plus instantes durant le saint concile du Vatican, Notre Saint-Père Pie IX, profondément ému par l’état si lamentable des choses présentes et voulant se mettre, lui et tous les fidèles, sous le très puissant patronage du saint patriarche Joseph, a daigné se rendre aux vœux de tant de vénérables Pontifes.

C’est pourquoi il déclare solennellement Saint Joseph Patron de l’Eglise catholique.

Sa Sainteté ordonne en même temps que la fête du saint, fixée au 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave toutefois, à cause du saint Carême.

Elle a voulu en outre que la présente déclaration fût faite par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en ce jour consacré à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, épouse du très chaste Joseph, et que ce décret ait force de loi, nonobstant toute opposition ou disposition contraire.

S. Congrégation des Rites, Rome,
le 8 décembre 1870

Note : Ce décret du 8 décembre 1870 fait évidemment allusion aux persécutions contre le Saint Siège et le Souverain Pontife menée par la secte maçonnique qui, depuis le milieu du XIXe siècle, a voulu abattre l’Eglise catholique romaine en spoliant les Etats de l’Eglise, garantie de son indépendance depuis Pépin le Bref. Le 20 septembre précédent (cf. > ici), au terme de dix années de combats, et d’invasions progressives du Patrimoine de Saint-Pierre, la ville de Rome a été envahie par les soldats piémontais et le Bienheureux Pie IX s’est, de fait, retrouvé prisonnier dans l’enceinte du Vatican.

Pie IX place l'Eglise sous le patronage de Saint Joseph - église de Saint-Ouën-des-Toits

Le Bienheureux Pie IX plaçant l’Eglise universelle sous le patronage de Saint Joseph
(église de Saint-Ouën des Toits – Bas Maine, diocèse de Laval)

On trouvera dans les pages de ce blogue :
- La BD « Ite ad Joseph » > ici
- Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici
- Les salutations à Saint Joseph composées par Saint Jean Eudes > ici
- D’autres prières à Saint Joseph, dont la prière spéciale publiée par Léon XIII marquant son patronage sur l’Eglise universelle > ici

Trois lys blancs

2020-55. De Saint Pierre Canisius, théologien du concile de Trente, modèle des catéchistes, second apôtre de l’Allemagne, & Docteur de l’Eglise.

27 avril,
Fête de Saint Pierre Canisius, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Pierre Canisius, délivrée lors de l’audience pontificale générale du mercredi 9 février 2011.

St Pierre Canisius catéchisant

Saint Pierre Canisius catéchisant

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de saint Pierre Kanis, Canisius, forme latinisée de son nom de famille, une figure très importante du XVIe siècle catholique.
Il était né le 8 mai 1521 à Nimègue, en Hollande. Son père était bourgmestre de la ville. Alors qu’il était étudiant à l’université de Cologne, il fréquenta les moines chartreux de Sainte-Barbara, un centre dynamique de vie catholique, ainsi que d’autres hommes pieux qui cultivaient la spiritualité dite devotio moderna. Il entra dans la Compagnie de Jésus le 8 mai 1543 à Mayence (Rhénanie-Palatinat), après avoir suivi un cours d’exercices spirituels sous la direction du bienheureux Pierre Favre, Petrus Faber, l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola. Ordonné prêtre en juin 1546 à Cologne, dès l’année suivante, comme théologien de l’évêque d’Augsburg, le cardinal Otto Truchsess von Waldburg, il participa au Concile de Trente, où il collabora avec deux confrères, Diego Laínez et Alfonso Salmerón.

En 1548, saint Ignace lui fit terminer sa formation spirituelle à Rome et l’envoya ensuite au Collège de Messine pour accomplir d’humbles travaux domestiques.
Ayant obtenu à Bologne un doctorat en théologie le 4 octobre 1549, il fut destiné par saint Ignace à l’apostolat en Allemagne. Le 2 septembre de cette même année, 1549, il rendit visite au Pape Paul III à Castel Gandolfo, puis se rendit dans la basilique Saint-Pierre pour prier. Là, il implora l’aide des grands saints apôtres Pierre et Paul, afin qu’ils accordent une efficacité permanente à la Bénédiction Apostolique pour son grand destin, pour sa nouvelle mission. Dans son journal, il note certaines phrases de cette prière. Il dit : « J’ai alors ressenti qu’un grand réconfort et que la présence de la grâce m’étaient accordés au moyen de ces intercesseurs [Pierre et Paul]. Ils confirmaient ma mission en Allemagne et semblaient me transmettre, comme apôtre de l’Allemagne, le soutien de leur bienveillance. Tu sais, Seigneur, de combien de façons et combien de fois en ce même jour Tu m’as confié l’Allemagne pour laquelle, par la suite, je continuerais à être sollicité, pour laquelle je désirerais vivre et mourir ».

Nous devons tenir compte du fait que nous nous trouvons à l’époque de la Réforme luthérienne, au moment où la foi catholique dans les pays de langue germanique, face à l’attraction de la Réforme, semblait s’éteindre.
Le devoir de Pierre Canisius, chargé de revitaliser, de renouveler la foi catholique dans les pays germaniques, était presque impossible. Il n’était possible que par la force de la prière. Il n’était possible qu’à partir du centre, c’est-à-dire d’une profonde amitié personnelle avec Jésus Christ ; une amitié avec le Christ dans Son Corps, l’Eglise, qui doit être nourrie dans l’Eucharistie, Sa Présence Réelle.

En suivant la mission reçue par Ignace et par le Pape Paul III, Pierre Canisius partit pour l’Allemagne et se rendit avant tout dans le duché de Bavière, qui pendant de nombreuses années, fut le lieu de son ministère. En tant que doyen, recteur et vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt, il s’occupa de la vie académique de l’Institut et de la réforme religieuse et morale du peuple. A Vienne, où, pendant une brève période, il fut administrateur du diocèse, il accomplit son ministère pastoral dans les hôpitaux et dans les prisons, tant en ville que dans les campagnes, et prépara la publication de son Catéchisme. En 1556, il fonda le Collège de Prague et, jusqu’en 1569, il fut le premier supérieur de la province jésuite de l’Allemagne supérieure.

Dans le cadre de cette charge, il établit dans les pays germaniques un réseau étroit de communautés de son Ordre, en particulier de collèges, qui devinrent des points de départ pour la réforme catholique, pour le renouveau de la foi catholique. A cette époque, il participa également au colloque de Worms avec les dirigeants protestants, parmi lesquels Philip Mélanchthon (1557) ; il exerça la fonction de nonce pontifical en Pologne (1558) ; il participa aux deux Diètes d’Augsbourg (1559 et 1565) ; il accompagna le cardinal Stanislas Hozjusz, légat du Pape Pie IV auprès de l’empereur Ferdinand (1560) ; il intervint à la session finale du Concile de Trente, où il parla de la question de la Communion sous les deux espèces et de l’index des livres interdits (1562).

En 1580, il se retira à Fribourg en Suisse, en se consacrant totalement à la prédication et à la composition de ses œuvres, et c’est là qu’il mourut le 21 décembre 1597.
Béatifié par le bienheureux Pie IX en 1864, il fut proclamé en 1897 le deuxième Apôtre de l’Allemagne par le Pape Léon XIII, et canonisé et proclamé Docteur de l’Eglise par le Pape Pie XI en 1925.

Saint Pierre Canisius passa une bonne partie de sa vie au contact des personnes les plus importantes socialement de son époque et exerça une influence particulière par ses écrits.
Il fut l’éditeur des œuvres complètes de saint Cyrille d’Alexandrie et de saint Léon le Grand, des Lettres de saint Jérôme et des Oraisons de saint Nicolas de Flüe. Il publia des livres de dévotion en plusieurs langues, les biographies de plusieurs saints suisses et de nombreux textes d’homilétique.
Mais ses écrits les plus répandus furent les trois Catéchismes composés entre 1555 et 1558. Le premier Catéchisme était destiné aux étudiants en mesure de comprendre des notions élémentaires de théologie ; le deuxième aux jeunes du peuple pour une première instruction religieuse ; le troisième aux jeunes ayant une formation scolaire de niveau secondaire et supérieur. La doctrine catholique était exposée sous forme de questions et réponses, brièvement, dans des termes bibliques, avec une grande clarté et sans accents polémiques. Rien que de son vivant, on dénombrait déjà 200 éditions de ce Catéchisme ! Et des centaines d’éditions se sont succédé jusqu’au XXe siècle. Ainsi en Allemagne, les personnes de la génération de mon père appelaient encore le Catéchisme simplement le Canisius : il est réellement le catéchiste à travers les siècles, il a formé la foi de personnes pendant des siècles.

C’est bien une caractéristique de saint Pierre Canisius : savoir composer harmonieusement la fidélité aux principes dogmatiques avec le respect dû à chaque personne. Saint Canisius a fait la distinction entre l’apostasie consciente, coupable, de la foi, et la perte de la foi non coupable, du fait des circonstances. Et il a déclaré, à l’égard de Rome, que la plupart des Allemands passés au protestantisme étaient sans faute. A un moment historique de fortes oppositions confessionnelles, il évitait — c’est quelque chose d’extraordinaire — l’âpreté et la rhétorique de la colère — quelque chose de rare comme je l’ai dit en ces temps de débats entre chrétiens, — et il visait uniquement à la présentation des racines spirituelles et à la revitalisation de la foi dans l’Eglise. C’est à cela que servit la connaissance vaste et profonde qu’il avait des Ecritures Saintes et des Pères de l’Eglise : cette même connaissance sur laquelle s’appuya sa relation personnelle avec Dieu et l’austère spiritualité qui lui venait de la devotio moderna et de la mystique rhénane.

La spiritualité de saint Canisius se caractérise par une profonde amitié personnelle avec Jésus. Il écrit, par exemple, le 4 septembre 1549 dans son journal, parlant avec le Seigneur : «Toi, à la fin, comme si Tu m’ouvrais le Cœur du Très Saint Corps, qu’il me semblait voir devant moi, Tu m’as commandé de boire à cette Source, en m’invitant pour ainsi dire à puiser les eaux de mon salut à Tes sources, ô mon Sauveur». Puis il voit que le Sauveur lui donne un vêtement en trois parties qui s’appellent paix, amour et persévérance. Et avec ce vêtement composé de paix, d’amour et de persévérance, Canisius a mené son œuvre de renouveau du catholicisme. Son amitié avec Jésus — qui est au centre de sa personnalité — nourrie par l’amour de la Bible, par l’amour du Sacrement, par l’amour des Pères, cette amitié était clairement unie avec la conscience d’être dans l’Eglise un continuateur de la mission des Apôtres. Et cela nous rappelle que chaque évangélisateur authentique est toujours un instrument uni — et cela même le rend fécond — avec Jésus et avec Son Eglise.

Saint Pierre Canisius s’était formé à l’amitié avec Jésus dans le milieu spirituel de la Chartreuse de Cologne, dans laquelle il était en contact étroit avec deux mystiques chartreux : Johann Lansperger, latinisé en Lanspergius, et Nicolas van Hesche, latinisé en Eschius. Il approfondit par la suite l’expérience de cette amitié, familiaritas stupenda nimis, avec la contemplation des mystères de la vie de Jésus, qui occupent une grande partie des Exercices spirituels de saint Ignace. Son intense dévotion au Cœur du Seigneur, qui atteint son sommet dans la consécration au ministère apostolique dans la Basilique vaticane, trouve ici son fondement.

Dans la spiritualité christocentrique de saint Pierre Canisius s’enracine une conviction profonde : il n’y a pas d’âme soucieuse de sa propre perfection qui ne pratique chaque jour la prière, l’oraison mentale, moyen ordinaire qui permet au disciple de Jésus de vivre dans l’intimité du Maître divin. C’est pourquoi, dans les écrits destinés à l’éducation spirituelle du peuple, notre saint insiste sur l’importance de la liturgie avec ses commentaires des Evangiles, des fêtes, du rite de la Messe et des autres sacrements, mais, dans le même temps, il a soin de montrer aux fidèles la nécessité et la beauté de la prière personnelle qui accompagne et imprègne la participation au culte public de l’Eglise.

Il s’agit d’une exhortation et d’une méthode qui conservent leur valeur intacte [...] : la vie chrétienne ne croît pas si elle n’est pas nourrie par la participation à la liturgie, de manière particulière à la Messe dominicale, et par la prière personnelle quotidienne, par le contact personnel avec Dieu. Parmi les mille activités et les multiples stimulations qui nous entourent, il est nécessaire de trouver chaque jour des moments de recueillement devant le Seigneur pour l’écouter et parler avec Lui.

Dans le même temps, l’exemple que saint Pierre Canisius nous a laissé, non seulement dans ses œuvres, mais surtout à travers sa vie, est toujours actuel et d’une valeur permanente. Il enseigne avec clarté que le ministère apostolique n’est incisif et ne produit des fruits de salut dans les cœurs que si le prédicateur est un témoin personnel de Jésus et sait être un instrument à sa disposition, étroitement uni à Lui par la foi dans Son Evangile et dans Son Eglise, par une vie moralement cohérente et par une prière incessante comme l’amour. Et cela vaut pour chaque chrétien qui veut vivre avec engagement et fidélité son adhésion au Christ [...].

Armoiries de Benoît XVI

2020-52. « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre ».

21 avril,
Fête de Saint Anselme de Canterbury, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Saint Anselme détail d'un vitrail de la cathédrale de Chester

Saint Anselme : détail d’un vitrail de la cathédrale de Chester

frise

Présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Anselme
par
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Audience générale du mercredi 23 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

A Rome, sur la colline de l’Aventin, se trouve l’abbaye bénédictine de Saint-Anselme. En tant que siège d’un institut d’études supérieures et de l’abbé primat des Bénédictins confédérés, c’est un lieu qui unit la prière, l’étude et le gouvernement, qui sont précisément les trois activités qui caractérisent la vie du saint auquel elle est dédiée :  Anselme d’Aoste, dont nous célébrons cette année (2009) le neuvième centenaire de la mort. Les multiples initiatives, promues spécialement par le diocèse d’Aoste pour cette heureuse occasion, ont souligné l’intérêt que continue de susciter ce penseur médiéval. Il est connu également comme Anselme du Bec et Anselme de Canterbury en raison des villes auxquelles il est lié.
Qui est ce personnage auquel trois localités, éloignées entre elles et situées dans trois nations différentes – Italie, France, Angleterre – se sentent particulièrement liées ?
Moine à la vie spirituelle intense, excellent éducateur de jeunes, théologien possédant une extraordinaire capacité spéculative, sage homme de gouvernement et défenseur intransigeant de la libertas Ecclesiae, de la liberté de l’Eglise, Anselme est l’une des personnalités éminentes du Moyen-âge, qui sut harmoniser toutes ces qualités grâce à une profonde expérience mystique, qui en guida toujours la pensée et l’action.

Saint Anselme naquit en 1033 (ou au début de 1034), à Aoste, premier-né d’une famille noble. Son père était un homme rude, dédié aux plaisirs de la vie et dépensant tous ses biens; sa mère, en revanche, était une femme d’une conduite exemplaire et d’une profonde religiosité (cf. Eadmero, Vita s. Anselmi, PL 159, col. 49). Ce fut elle qui prit soin de la formation humaine et religieuse initiale de son fils, qu’elle confia ensuite aux bénédictins d’un prieuré d’Aoste.
Anselme qui, enfant – comme l’écrit son biographe -, imaginait la demeure du bon Dieu entre les cimes élevées et enneigées des Alpes, rêva une nuit d’être invité dans cette demeure splendide par Dieu Lui-même, qui S’entretint longuement et aimablement avec lui, et à la fin, lui offrit à manger « un morceau de pain très blanc » (ibid., col. 51). Ce rêve suscita en lui la conviction d’être appelé à accomplir une haute mission.
A l’âge de quinze ans, il demanda à être admis dans l’ordre bénédictin, mais son père s’opposa de toute son autorité et ne céda pas même lorsque son fils gravement malade, se sentant proche de la mort, implora l’habit religieux comme suprême réconfort.
Après la guérison et la disparition prématurée de sa mère, Anselme traversa une période de débauche morale :  il négligea ses études et, emporté par les passions terrestres, devint sourd à l’appel de Dieu. Il quitta le foyer familial et commença à errer à travers la France à la recherche de nouvelles expériences. Après trois ans, arrivé en Normandie, il se rendit à l’abbaye bénédictine du Bec, attiré par la renommée de Lanfranc de Pavie, prieur du monastère. Ce fut pour lui une rencontre providentielle et décisive pour le reste de sa vie. Sous la direction de Lanfranc, Anselme reprit en effet avec vigueur ses études, et, en peu de temps, devint non seulement l’élève préféré, mais également le confident du maître. Sa vocation monastique se raviva et, après un examen attentif, à l’âge de 27 ans, il entra dans l’Ordre monastique et fut ordonné prêtre. L’ascèse et l’étude lui ouvrirent de nouveaux horizons, lui faisant retrouver, à un degré bien plus élevé, la proximité avec Dieu qu’il avait eue enfant.

Lorsqu’en 1063, Lanfranc devint abbé de Caen, Anselme, après seulement trois ans de vie monastique, fut nommé prieur du monastère du Bec et maître de l’école claustrale, révélant des dons de brillant éducateur. Il n’aimait pas les méthodes autoritaires ; il comparait les jeunes à de petites plantes qui se développent mieux si elles ne sont pas enfermées dans des serres et il leur accordait une « saine » liberté.
Il était très exigeant avec lui-même et avec les autres dans l’observance monastique, mais plutôt que d’imposer la discipline il s’efforçait de la faire suivre par la persuasion.
A la mort de l’abbé Herluin, fondateur de l’abbaye du Bec, Anselme fut élu à l’unanimité à sa succession :  c’était en février 1079. Entre temps, de nombreux moines avaient été appelés à Canterbury pour apporter aux frères d’outre-Manche le renouveau en cours sur le continent. Leur œuvre fut bien acceptée, au point que Lanfranc de Pavie, abbé de Caen, devint le nouvel archevêque de Canterbury et il demanda à Anselme de passer un certain temps avec lui pour instruire les moines et l’aider dans la situation difficile où se trouvait sa communauté ecclésiale après l’invasion des Normands. Le séjour d’Anselme se révéla très fructueux ; il gagna la sympathie et l’estime générale, si bien qu’à la mort de Lanfranc, il fut choisi pour lui succéder sur le siège archiépiscopal de Canterbury. Il reçut la consécration épiscopale solennelle en décembre 1093.

Anselme s’engagea immédiatement dans une lutte énergique pour la liberté de l’Eglise, soutenant avec courage l’indépendance du pouvoir spirituel par rapport au pouvoir temporel. Il défendit l’Eglise des ingérences indues des autorités politiques, en particulier des rois Guillaume le Rouge et Henri I, trouvant encouragement et appui chez le Pontife Romain, auquel Anselme démontra toujours une adhésion courageuse et cordiale. Cette fidélité lui coûta également, en 1103, l’amertume de l’exil de son siège de Canterbury. Et c’est seulement en 1106, lorsque le roi Henri I renonça à la prétention de conférer les investitures ecclésiastiques, ainsi qu’au prélèvement des taxes et à la confiscation des biens de l’Eglise, qu’Anselme put revenir en Angleterre, accueilli dans la joie par le clergé et par le peuple.
Ainsi s’était heureusement conclue la longue lutte qu’il avait menée avec les armes de la persévérance, de la fierté et de la bonté.
Ce saint archevêque qui suscitait une telle admiration autour de lui, où qu’il se rende, consacra les dernières années de sa vie en particulier à la formation morale du clergé et à la recherche intellectuelle sur des sujets théologiques. Il mourut le 21 avril 1109, accompagné par les paroles de l’Evangile proclamé lors de la Messe de ce jour :  « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec Moi dans Mes épreuves ; et Moi Je dispose pour vous du Royaume comme Mon Père en a disposé pour Moi :  vous mangerez à Ma table en Mon Royaume » (Luc XXII, 28-30). Le songe de ce mystérieux banquet, qu’il avait fait enfant tout au début de son chemin spirituel, trouvait ainsi sa réalisation. Jésus, qui l’avait invité à s’asseoir à Sa table, accueillit saint Anselme, à sa mort, dans le royaume éternel du Père.

« Dieu, je t’en prie, je veux te connaître, je veux t’aimer et pouvoir profiter de toi. Et si, en cette vie, je ne suis pas pleinement capable de cela, que je puisse au moins progresser chaque jour jusqu’à parvenir à la plénitude » (Proslogion, chap. 14).
Cette prière permet de comprendre l’âme mystique de ce grand saint de l’époque médiévale, fondateur de la théologie scolastique, à qui la tradition chrétienne a donné le titre de « Docteur Magnifique », car il cultiva un intense désir d’approfondir les Mystères divins, tout en étant cependant pleinement conscient que le chemin de recherche de Dieu n’est jamais terminé, tout au moins sur cette terre. La clarté et la rigueur logique de sa pensée ont toujours eu comme fin d’« élever l’esprit à la contemplation de Dieu » (ibid., Proemium). Il affirme clairement que celui qui entend faire de la théologie ne peut pas compter seulement sur son intelligence, mais qu’il doit cultiver dans le même temps une profonde expérience de foi.
L’activité du théologien, selon saint Anselme, se développe ainsi en trois stades :  la foi, don gratuit de Dieu qu’il faut accueillir avec humilité ; l’expérience, qui consiste à incarner la parole de Dieu dans sa propre existence quotidienne ; et ensuite la véritable connaissance, qui n’est jamais le fruit de raisonnements aseptisés, mais bien d’une intuition contemplative.
A ce propos, restent plus que jamais utiles également aujourd’hui, pour une saine recherche théologique et pour quiconque désire approfondir la vérité de la foi, ses paroles célèbres :  « Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer Ta profondeur, car je ne peux pas, même de loin, comparer avec elle mon intellect ; mais je désire comprendre, au moins jusqu’à un certain point, Ta vérité, que mon cœur croit et aime. Je ne cherche pas, en effet, à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre«  (ibid., 1).

Triptyque de la vie de Saint Anselme - abbaye du Bec

Triptyque contemporain représentant Saint Anselme et les grandes étapes de sa vie
(abbaye du Bec-Hellouin)

frise

On trouvera dans les pages de ce blogue les textes de plusieurs prières attribuées à Saint Anselme :
- Louange à la très sainte et toute glorieuse Croix de Notre-Seigneur > ici
- Prière à la Mère de Dieu au jour de sa Purification > ici

2020-51. « Il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse ».

Sermon sur le Cierge pascal
attribué à
notre Bienheureux Père Saint Augustin

Ce sermon figure dans les suppléments aux œuvres complètes de notre Glorieux Père Saint Augustin et son attribution ne fait pas l’unanimité : il est cependant bien dans la manière et dans l’esprit du grand Docteur de la grâce, et les explications qu’il donne, sur la symbolique du Cierge pascal, sont des leçons dont nous pouvons tirer un grand profit spirituel. 

Cierge Pascal - Mesnil-Marie Pâques 2020

§1 – Le prédicateur demande l’attention de ses auditeurs.

Pour glorifier le Seigneur Dieu tout-puissant, créateur des choses visibles et des choses invisibles, j’éprouve le besoin d’être soutenu par vos prières, en sorte que je devrai bien moins à mes mérites, qu’au secours miséricordieux du Seigneur même, d’exposer, comme je l’ai entrepris, la louange et la splendide bonté du Créateur.
Soyez donc attentifs, mes frères bien-aimés, afin qu’après avoir secoué de vos cœurs toutes ces pensées charnelles semblables aux ténèbres de la nuit, et allumé dans le secret de vos consciences le flambeau du Christ, vous puissiez recueillir non-seulement de l’oreille, mais aussi du cœur, tout ce qu’il plaira au Seigneur de vous présenter par mon ministère.

§2 – Le cierge est l’image du Juste, et le Cierge pascal, qui rappelle la colonne de nuée et de flamme qui guidait les Hébreux dans le désert, est un symbole du Christ.

Le cierge est une lumière pour la nuit, et l’homme juste une lumière pour ce monde ténébreux. « Vous êtes la lumière du monde », a dit le Seigneur à ceux que Lui-même justifie.
Car on voit dans le cierge trois substances : la cire, la mèche, et la flamme. De même l’homme juste nous offre aussi trois substances : la chair, l’âme, la sagesse. La flamme éclaire, la mèche brûle, la cire se dissout. Les leçons de la sagesse occupent l’âme et 
triomphent de la résistance de la chair. La flamme brûle, la mèche se consume, la cire se répand goutte à goutte ; la sagesse enseigne, l’âme se repent, la chair verse des larmes. La flamme brûle en haut, la mèche se consume à l’intérieur, la cire coule à l’extérieur. C’est d’en haut qu’on prêche la sagesse, invisiblement que l’âme embrasse la pénitence, visiblement que la chair en accomplit les œuvres.
Le jour, on vante la beauté d’un cierge ; la nuit, on en recherche la clarté. C’est ainsi qu’il est pour nous l’image de cette colonne qui marchait devant le peuple d’Israël, dans le désert, et l’empêchait de s’égarer. Une colonne de nuée leur apparaissait, en effet, pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit (Exod. XIII, 31, et Nombres, XIV, 14). Or le jour est la figure de la sécurité en cette vie, comme la nuit est la figure des tribulations. Tel est le jour dont le Prophète a dit dans ses cantiques : « C’est le jour que le Seigneur à signalé sa miséricorde, et la nuit qu’il l’a chantée » (Ps. XLI, 9).
Ce n’est point en venant dans cette vie charnelle que le Seigneur Jésus-Christ a manifesté Sa gloire ; mais cette chair Lui a servi de voile pour nous apparaître, comme au désert la colonne de nuée. Mais, quand viendra la fin des siècles, qui mettra fin à toutes nos joies visibles, alors, sans aucun voile mortel, le Seigneur Lui-même nous apparaîtra dans Sa gloire et dans Sa splendeur, comme la colonne de feu. C’est le propre d’une colonne de feu de brûler et de briller. Brûler, c’est sa puissance ; briller, c’est sa gloire. Brûler, c’est juger ; briller, c’est éclairer. Brûler, c’est la peine des impies ; briller, c’est le bonheur des justes.

Joseph-Anton Feuchtmayer - Eglise de Birnau Angelot tête-miel

Joseph-Anton Feuchtmayer : angelot tête-miel (église de Birnau, en Bade-Wurtemberg)

§3 - Sens mystique de l’abeille et de la cire.

Mais il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse. Notre main le porte, nos yeux le voient, notre cœur le contemple, et notre bouche le célèbre.
La cire est l’oeuvre de l’abeille, dont l’Ecriture nous parle ainsi : « Va vers l’abeille, ô paresseux, et vois comme elle travaille ». Combien son oeuvre est sainte, puisque les rois et les sujets s’emparent de ses travaux pour entretenir leur santé. Aux yeux de tous, elle a de la grâce et de la beauté, et toute faible qu’elle soit, elle ne s’élève qu’avec sagesse.
Que nous 
apprenez-Vous, ô Christ ? Que devons-nous considérer dans l’abeille ? C’est un animal petit et pourvu d’ailes, parce que c’est l’humilité qui s’élève. Elle vole au moyen de deux ailes brillantes. Or, quoi de plus éclatant que la charité ? Et la charité renferme deux préceptes, d’aimer Dieu et d’aimer le prochain, qui sont comme deux ailes pour nous élever au ciel. La douceur est l’oeuvre de l’abeille, et la vérité est dans la bouche du juste ; car le Seigneur nous dit bien haut : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jean, XIV, 6). Et le Prophète nous dit à son tour : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux » (Ps. XXXIII, 9).
Les abeilles aiment leur reine, comme les justes aiment leur Christ. Les abeilles forment des rayons de miel, et les justes des églises. C’est sur les fleurs que celles-ci vont recueillir leur butin, de même que tous les justes s’enrichissent des beautés des Saintes Ecritures, qui font connaître et honorer Dieu, et sont pour eux des prairies émaillées. Les abeilles engendrent sans souillure, de même que les justes engendrent les chrétiens par la chaste prédication de l’Evangile. C’est à ses fils, en effet, que s’adressait Paul, quand il disait : « Eussiez-vous dix mille maîtres en Jésus-Christ, que vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères ; car c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (1 Cor. IV, 15). On distingue, dans le rayon, la cire, le miel, et le couvin. De même, dans l’Eglise, nous avons l’Ecriture, l’intelligence et l’audition. Et comme la cire renferme le miel, ainsi l’Ecriture garde l’intelligence, et de même encore que le couvin a son nid dans la cire, ainsi l’auditeur met son affection dans l’Ecriture ; de même encore que les cellules de rayons contiennent déjà du couvin, sans contenir encore du miel, de même les mystères des Ecritures, avant d’arriver à l’intelligence, exigent d’abord la foi des enfants. Comme la jeune abeille, après avoir pris son essor, remplit de miel ces alvéoles de cire où elle fut nourrie, ainsi les jeunes fidèles, après avoir grandi par la foi et commencé à se diriger par les ailes de la charité, rendent plus solides ces remparts des Saintes Ecritures, dont le respect les a sauvegardés, et qu’à leur tour ils environnent d’un respect plus saint. Qu’on presse des rayons, il en découle du miel que l’on recueille en des vases ; ainsi la P
assion du Seigneur a pressuré les livres de la loi et des Prophètes, et il en a découlé cette connaissance qu’ont recueillie des cœurs spirituels. De même encore, quand on a exprimé le miel, la cire, qui n’a plus de douceur, est plus apte à recevoir l’impression des signes ; de même les gouverneurs du peuple juif n’ont retenu de la Loi et des Prophètes que le sabbat, la circoncision, les néoménies, les azymes, et autres cérémonies semblables, simples vestiges des figures antiques, mais sans aucune douceur de la Loi, comme une cire sans miel.

Samson et le lion - Pierre-Paul Rubens

Pierre-Paul Rubens : Samson et le lion

§4 -  Samson mettant en pièces un lionceau est une figure du Christ en laquelle se continue la symbolique de la cire et de l’abeille.

Mais il est plus visible encore qu’un rayon, la cire, le miel et le couvin, sont la figure des Sacrements de l’Eglise et des bonnes oeuvres qui la rendent féconde.
Aussi, l’Ecriture, au livre des Juges, me suggère-t-elle de vous parler de ce rayon de miel qui fut trouvé dans la gueule d’un lion mort.
Quand Samson, le plus fort des hommes, allait chercher une épouse, il rencontra, sur sa route, un lion, qu’il saisit et tua, comme il eût fait d’un chevreau, et la force d’un si puissant animal s’évanouit sous sa main (Juges, XIV). Il continua sa route, épousa une femme, et s’en revint. Comme il revenait, il se détourna pour voir le cadavre du lion, et trouva que des abeilles avaient bâti dans sa gueule un rayon de miel. Il y a là un grand mystère ; qu’il nous suffise, vu le temps qui nous presse, de vous exposer brièvement cette figure. Ecoutez donc, 
mes frères, autant que vous le pourrez.
Que signifient, et Samson, et le lion, et le rayon de miel ? C’est ce que je vous expliquerai autant que le Seigneur voudra m’inspirer.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans tout l’éclat de Sa beauté, dans la grandeur de Sa puissance, est venu Se choisir pour épouse l’Eglise tirée des nations comme une fille étrangère. C’est à cette Eglise que l’Apôtre adressait ces paroles : « Je vous ai fiancée à cet Epoux unique, à Jésus-Christ, pour vous présenter à Lui comme une vierge pure » (2 Cor. XI, 2). Ce lionceau, c’est le monde ; tous ces hommes épris du siècle, c’est la race de Satan, c’est la foule des impies, qui, dans sa fureur, s’est portée au-devant du Seigneur, pour Lui barrer le passage et empêcher le salut des fidèles par la prédication de l’Evangile. Le peuple des Gentils frémissait de rage, en effet, dans la personne de ses rois, des puissants de ce monde, et dans sa fureur qu’attisait le diable, son père, il se rua contre l’Evangile de Dieu comme un lionceau, et rugit jusqu’à ce qu’il tomba sous la main de l’homme puissant. Mais la persévérance des martyrs dans la foi, brisa cette fureur des païens et les assauts impétueux des persécuteurs. Car ce fut par ces membres, véritablement forts, que le Seigneur vainquit le monde ; et maintenant que nous voyons sa fureur orgueilleuse éteinte par toute la terre, qui ne voit avec joie le lionceau étendu par terre ?

Flamme du Cierge Pascal

2020-46. Un grand défenseur de la foi catholique : Monseigneur Louis-Gaston de Ségur.

1820 – 15 avril – 2020

Bicentenaire de la naissance
de
Mgr Louis-Gaston de Ségur

 frise

Ce mercredi 15 avril 2020 est l’exact deuxième centenaire de la naissance de Monseigneur de Ségur, dont les nombreuses publications demeurent d’une grande actualité en raison de leur sûreté doctrinale, de leur profondeur spirituelle et de la pertinence des réponses qu’elles apportent à nombre de sujets mis à mal par l’anticatholicisme et le modernisme.
Dans les pages de ce blogue, vous trouverez de sa plume l’explication de « Ce qu’est le droit divin » (cf. > ici) et le beau texte « Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise » (cf. > ici).
Nous sommes très reconnaissants à notre amie M.V. d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de nos lecteurs (et à la mémoire de Monseigneur le Maître-Chat Lully pour lequel elle avait beaucoup d’affection) une présentation biographique de ce saint prélat.

frise

Mgr de Ségur est une figure marquante du catholicisme français de la deuxième moitié du XIXe siècle, mais le connaissons-nous vraiment ?
En ce jour, 15 avril 2020, où nous célébrons le deux-centième anniversaire de sa naissance, en voici un rapide portrait.

Louis-Gaston, Adrien de Ségur naquit à Paris le 15 avril 1820.
Son père, Eugène de Ségur, était le petit-fils de Louis-Philippe de Ségur, membre de l’Académie Française, et sa mère, la Comtesse Sophie de Ségur, née Rostopchine, était la fille de Fiodor Rostopchine, ancien ministre du tsar Paul Ier et ancien gouverneur de Moscou.

Il fut baptisé le 17 avril 1820 en l’église Saint-Thomas d’Aquin, paroisse de sa famille.
Son parrain était son arrière-grand-père paternel Louis-Philippe de Ségur, et sa marraine, sa grand-mère maternelle, Catherine Rostopchine.

La famille Ségur n’était pas réputée pour sa ferveur religieuse. Ils étaient ce qu’on appelait à l’époque des « libéraux ». Ils avaient servi l’empire, avec zèle pour certains, tel le général Philippe de Ségur, oncle d’Eugène de Ségur, qui fut aide de camp de Napoléon Ier et était présent à Moscou en 1812 lors de l’incendie de Moscou.
Même Sophie de Ségur, convertie au catholicisme sous l’influence de sa mère Catherine Rostopchine, ne faisait preuve que d’une piété très tiède.

Louis-Gaston grandit à Paris et en Normandie, au Château des Nouettes (Aube, Orne), acquis par ses parents en 1822, grâce à la générosité du Comte Rostopchine.

Il était très proche de sa mère et fut désespéré lorsque son père décida de le mettre en pension dans un collège de Fontenay-aux-Roses, alors qu’il n’avait que 6 ans.

De cette période, Mgr de Ségur conserva un très mauvais souvenir. La séparation d’avec sa mère les fit souffrir l’un et l’autre.
Son éducation religieuse fut très superficielle. Il fit sa première communion le 16 juin 1833 et fut confirmé une semaine plus tard. On ne sait pas grand-chose de la pratique religieuse de Mgr de Ségur pendant son enfance et son adolescence, mais il avouera beaucoup plus tard à son secrétaire, l’abbé Diringer : « Quand je pense que l’année qui a suivi ma première communion, personne ne nous a dit de faire nos pâques !».

Quand il eut 15 ans, le Comte de Ségur son père le changea d’école et le mit au Collège royal de Bourbon (maintenant Lycée Condorcet) à Paris. Il y obtint le baccalauréat en février 1838.

GASTON DE SEGUR AUTOPORTRAIT

Gaston de Ségur, jeune homme : Autoportrait

L’année 1838 est une année-clef pour Louis-Gaston de Ségur. C’est celle de sa conversion, certainement due en grande partie à sa grand-mère Rostopchine qui était venue en France voir sa fille et ses petits-enfants et resta 18 mois auprès d’eux. Cette dernière lui avait offert l’ « Introduction à la vie dévote » de St François de Sales.
Sur sa conversion elle-même, nous ne savons pratiquement rien. Seule une inscription de sa main au dos d’une image pieuse en fait foi « Souvenir de ma conversion à Aube, Notre Dame de Septembre 1838 (le 8)».

C’est à ce moment-là que Gaston de Ségur fit connaissance de son cousin le prince Augustin Galitzine, petit-fils de sa grand-tante Alexandra Galitzine, sœur aînée de sa grand-mère Rostopchine.
C’est Augustin qui le fit entrer dans la Conférence Saint-Vincent de Paul où il fit la connaissance de Pierre Olivaint, qui devint lui aussi prêtre et fut assassiné par les communards. Tous les trois exerçaient leur charité infatigable auprès des plus pauvres.

A la fin de l’été 1838, il commença les études de droit que son père avait choisies pour lui, car il le destinait à la carrière diplomatique. Il obtint sa licence en droit en mai 1841.

Parallèlement à ses études de droit, il fréquenta l’atelier du peinte Paul Delaroche. Mais il le quitta au bout de six mois, tant il était rebuté par la liberté de mœurs qui y régnait.

Dès la fin de ses études de droit, Eugène de Ségur fit entrer son fils dans la diplomatie, grâce à ses relations et en particulier avec son amitié avec le Comte de Latour-Maubourg qui était alors ambassadeur de France près le Saint-Siège. C’est ainsi que Gaston de Ségur fut nommé attaché d’ambassade à Rome au début de l’année 1842, Grégoire XVI étant alors le pape régnant.

Dès son arrivée à Rome le 1er mars 1842, il fit la connaissance du Père de Villefort, sj.
Ce dernier sut très vite discerner la vocation latente du jeune attaché d’ambassade. Il l’amena progressivement à accepter l’appel de Dieu et, à la fête de Noël 1842, le père de Villefort reçut dans la chapelle de Saint Ignace, au Gesu de Rome, son vœu de perpétuelle chasteté et sa promesse d’entrer dans les ordres.

Gaston de Ségur en informa rapidement ses parents.
Son père fut absolument furieux de sa décision et essaya par tous les moyens de le faire changer d’avis. Sa mère fut désespérée et essaya elle aussi de le faire changer d’avis, usant de sa tendresse comme moyen d’action. Mais il resta inébranlable et rentra au Séminaire de Saint-Sulpice à Issy en octobre 1843.
Gaston aurait voulu faire ses études à Rome, mais son père s’y opposa catégoriquement.

Le 18 décembre 1847, Louis-Gaston de Ségur fut ordonné prêtre à Saint-Sulpice par Mgr Affre, archevêque de Paris qui devait tomber l’année suivante sous les balles en se rendant comme médiateur de paix à la barricade du faubourg Saint-Antoine.

Des amis à qui il avait confié son secret rapportèrent plus tard que lors de sa première messe, dite le lendemain de son ordination à la chapelle de la Sainte Vierge, à Saint-Sulpice, et alors qu’il tenait pour la première fois dans ses mains le Corps de Jésus, il demanda à la Sainte Vierge de lui envoyer, comme grâce spéciale et bénédiction de son sacerdoce, l’infirmité qui le crucifierait le plus, sans nuire à la fécondité de son ministère.

Louis-Gaston de Ségur prêtre

Après son ordination, l’abbé de Ségur n’exerça pas de ministère en paroisse, mais auprès des pauvres, des enfants, des ouvriers, des soldats avec un groupe de prêtres réunis en communauté rue Cassette.
Tout en menant une vie austère, il se dépensa sans compter dans son apostolat, au point qu’au bout d’un an il tomba sérieusement malade. Il dut garder la chambre pendant six semaines. C’est pendant cette période de réclusion forcée qu’il rédigea le premier de ses ouvrages : « 
Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion ».
C’est ainsi qu’il se découvrit une nouvelle « vocation », celle de l’écriture. Tout au long de sa vie il rédigea de très nombreux ouvrages sur la doctrine catholique la plus rigoureuse s’adressant aux publics les plus divers.

Une fois guéri, il reprit son ministère à Paris.
De grands changements avaient eu lieu depuis son ordination : la « révolution » de 1848, l’élection du Prince Napoléon comme président de la république en décembre de la même année et le coup d’état de ce dernier le 2 décembre 1851, qui mit fin à la deuxième république et lui permit de rétablir l’empire l’année suivante.

Les Ségur qui avaient été bonapartistes sous Napoléon Ier, puis monarchistes sous Charles X et Louis-Philippe, redevinrent bonapartistes sous Napoléon III !
Mgr de Ségur avait pour règle de ne pas se mêler de politique. Mais il accueillit avec satisfaction le rétablissement de l’ordre en France qui devait permettre à l’Eglise d’être à l’abri des impiétés et des violences révolutionnaires. Il ignorait alors que ce coup d’état allait changer beaucoup de choses pour lui dans la poursuite de son ministère.

Peu après son arrivée au pouvoir, Napoléon III songea à envoyer un auditeur de Rote à Rome pour rétablir de bonnes relations avec la Papauté. Elu en 1846, Pie IX était alors le pape régnant.

Le choix de Napoléon III se porta sur l’abbé de Ségur en raison de ses qualités personnelles bien sûr, mais aussi de ses origines familiales, de sa formation juridique et de son expérience diplomatique à Rome dix ans auparavant. L’abbé de Ségur hésita longuement avant d’accepter, car il n’appréciait pas la vie mondaine, mais il y vit la main de Dieu qui lui permettait ainsi d’œuvrer pour le plus grand bien de l’Eglise.

Il partit donc pour Rome en mars 1852 et fut désigné depuis lors sous le nom de « Mgr de Ségur ».
Il fut accueilli à son arrivée par Mgr Xavier de Mérode, son cousin, qui était alors aumônier du pape. Il fut reçu immédiatement par Pie IX qui l’accueillit avec la plus grande bienveillance. De ce jour, Pie IX et Mgr de Ségur furent très proches et cette proximité perdura jusqu’à la mort du Souverain Pontife en 1878.

A Rome, Mgr de Ségur trouva en Mgr de Mérode et Mgr Bastide, chapelain de Saint-Louis des Français et attaché en qualité d’aumônier aux armées françaises et pontificales, de véritables amis.

Dès octobre 1852, Mgr de Ségur reçut la visite de sa mère et de ses sœurs Sabine, Henriette, accompagnée de son mari Armand Fresnaut, et Olga. C’est à cette occasion que la famille Ségur fit la connaissance de Louis Veuillot, journaliste ultramontain, qui devait reste leur ami jusqu’à la fin de ses jours.

A Rome Mgr de Ségur remplit son rôle d’auditeur, c’est-à-dire de juge, avec une grande conscience de ses devoirs. Il put mener à bien l’une des difficiles négociations dont il s’était chargé, à savoir le rétablissement progressif de la liturgie romaine en France. Il réussit pleinement dans ses négociations entre le Saint-Siège et le Séminaire de Saint-Sulpice, qui devait l’introduire dans sa règle, et un accord fut signé en novembre 1853. L’autre grande négociation à laquelle il prit part n’aboutit jamais : le sacre de Napoléon III à Paris par le Pape.

C’est en cette année 1853 qu’un événement personnel changea pour toujours la destinée de Mgr de Ségur.
Le 1er
 mai, il sentit une sorte de voile rouge s’étendre sur son œil gauche. Il venait de perdre partiellement la vue. Devant ce malheur, Mgr de Ségur ne se révolta pas. Il était résigné et était persuadé que bientôt il perdrait totalement la vue.

Pendant l’année qui suivit la perte de son œil, Mgr de Ségur continua ses fonctions d’auditeur de Rote et et ses bonnes œuvres à Rome. Il s’appliqua à apprendre tous les gestes de la vie quotidienne, sans le secours de son œil droit encore valide. Il apprit par cœur le maximum de textes de la messe et de l’écriture sainte.
Le 2 septembre 1854, alors qu’il était en vacances au château des Nouettes avec sa famille, il perdit définitivement la vue. Sa mère et ses frères et sœurs en furent bouleversés, mais lui accepta cette infirmité avec une grande résignation.

Mgr de Ségur prélat

A l’automne 1854 il accepta de retourner à Rome, mais il savait que c’était provisoire. Il fut accueilli avec une grande bonté par le Pape Pie IX. Il eut le grand bonheur d’assister en décembre à la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.
Il resta à Rome jusqu’à la fin 1855, tout en préparant son retour en France. De son côté, le Pape Pie IX cherchait tous les moyens de nommer Mgr de Ségur à une haute charge. Finalement il le nomma Chanoine du chapitre de Saint-Denis, honneur normalement réservé aux évêques en retraite, mais, à cause de sa cécité, un obstacle canonique empêchait de le sacrer évêque. Pie IX y suppléa en publiant le 4 janvier 1856 un bref enregistré au Conseil d’Etat qui disait : « Nous vous conférons et accordons les insignes et privilèges d’honneur qui sont propres aux évêques, de sorte que vous en puissiez user et jouir librement et licitement ».
Aussitôt après, il donna sa démission d’auditeur de Rote et reprit le chemin de la France.

Il revint à Paris pour reprendre son apostolat auprès de tous les déshérités. Il y joignit l’autre grande œuvre de sa vie : son combat contre l’erreur sous toutes ses formes, notamment contre la franc-maçonnerie et contre le protestantisme. Par ses écrits, ses prédications, il se dévoua totalement à cet apostolat. Il continua bien sûr ses œuvres de charité. C’est ainsi qu’ en 1859 il participa notamment à la fondation de l’Association catholique Saint François de Sales pour la défense et la conservation de la foi.
Il fut également l’un des initiateurs des Congrès Eucharistiques, dont le premier eut lieu en 1881, l’année de sa mort.

Mgr de Ségur s’éteignit à Paris le 9 juin 1881.
Ses funérailles furent célébrées le 13 juillet en l’église de Saint-Thomas d’Aquin, où il avait été baptisé. Le 19, son corps fut transporté en Bretagne, à Pluneret près de Sainte-Anne d’Auray, où il repose aux côtés de sa mère la Comtesse de Ségur.

M.V.

Pluneret - tombe de Mgr de Ségur

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