Archive pour la catégorie 'De Maria numquam satis'

2014-7. Les plaies de la France pansées par Marie.

les plaies de la France pansées par Marie

« Les plaies de la France pansées par Marie »

C’est l’intitulé d’une image pieuse que j’ai trouvée dans la collection de Frère Maximilien-Marie. Elle date du milieu du dix-neuvième siècle.

Au premier plan, on y voit la France, figurée par une femme allongée sur un lit d’épis de blé pourrissant et de ronces : son front est ceint d’épines, des larmes coulent de ses joues, son coeur est blessée. De sa main droite, on la voit égrener un chapelet, et ses yeux sont fixés sur la croix qu’elle tient dans la main gauche. Autour de cette croix un phylactère permet de lire ces mots : « Unica spes : unique espérance ».
Le linge qui la recouvre à demi, quand on l’observe attentivement, est en fait un drapeau blanc fleurdelysé.

plaies de la France pansées par Marie détail 1

Derrière elle, se tient la Très Sainte Vierge Marie qui la serre contre son Coeur maternel.
Dans chaque main, Marie tient un linge sur lequel figure une inscription : avec celui qu’elle a dans la main gauche – Fides : la foi – , elle panse les plaies de la tête, et avec celui qu’elle a dans la main droite – Caritas : la charité – , elle soigne le coeur de la France.

plaies de la France pansées par Marie détail 2

Marie pleure ; son regard implorant est tourné vers le Calice du Saint-Sacrifice qui reçoit les gouttes du Précieux Sang découlant des plaies du Sacré-Coeur qui le surmonte.
En arc de cercle au dessus de l’auréole qui nimbe le Coeur de Jésus, est écrit : « Amour à Mon Vicaire »
Deux faisceaux lumineux descendants encadrent le Calice : dans l’un est écrit « Observation du dimanche » et dans l’autre « Détestation du blasphème ». On reconnaît là deux points essentiels du message public délivré par la Très Sainte Vierge Marie lors de l’apparition du 19 septembre 1846 à La Salette.
Avec l’inscription qui se trouve au-dessus, on a des indications précieuses pour la datation de cette image : la diffusion du message de La Salette et la révolution romaine de 1848 qui contraignit le Bienheureux Pie IX à l’exil. Ce dernier évènement est en quelque sorte confirmé par un autre détail : la tiare déposée au pied de la Croix sur une sorte d’autel, juste au-dessous du Calice.

plaies de la France pansées par Marie détail 3

Sur le côté droit, partant d’une nuée sombre, on voit un éclair vengeur  qui, zébrant le ciel, tombe sur la terre à l’endroit où est écrit « France ».
Le message est explicite là encore : ce sont les menaces de châtiments qui risquent de frapper la France, infidèle aux lois divines, infidèle à sa vocation, infidèle à sa mission.

plaies de la France pansées par Marie détail 4

La France est blessée : sa tête, siège de la pensée, est certes blessée par les épines de cette couronne, symbole de l’orgueil de la révolte intellectuelle contre Dieu et contre Son Règne ; son coeur, symbole de ses affections, est certes lui aussi grièvement blessé parce qu’il s’est attaché à d’autres amours qu’à celles qui sont justes et saintes… Toutefois, une flamme ténue s’en échappe encore : tout n’est donc pas irrémédiablement perdu !

La légende de cette image nous délivre une leçon d’espérance.
C’est sans nul doute à Marie, Vierge de Compassion et « toute puissance suppliante » – ainsi que l’on appelée les saints – , qu’il faut attribuer ces mots (dont la formulation semble inspirée par la manière dont elle a intercédé à Cana : « ils n’ont plus de vin ») : « Son coeur bat encore » !
En dessous, la phrase : « J’ai péché, Seigneur… et j’ai fait le mal devant Vous ! » , est l’aveu de la France, contrite et humiliée. C’est la confession de son péché, qui reprend les expressions du « Miserere » (Psaume L), lequel développe l’aveu de David reconnaissant son adultère et son crime (3 Rois XII, 13).

plaies de la France pansées par Marie détail 5

Tant qu’il y aura un peu de flamme dans son coeur, et tant que ce coeur pourra être touché par la grâce du repentir, la France, en se recommandant à l’intercession de la Vierge Marie, sa Reine, aura le droit d’espérer dans sa guérison et dans son relèvement.

Mais si la France néglige la prière et la pénitence, si elle continue à contrevenir aux saintes lois de Dieu, si elle ne s’amende pas et ne convertit pas ses institutions et ses lois, non ! elle ne pourra se soustraire aux châtiments mérités, et devra alors tout craindre de la justice divine !

La leçon est de toujours à toujours.
La leçon est actuelle.
La leçon est d’une brûlante actualité…

Lully.                           

frise avec lys naturel

Ô Marie conçue sans péché, notre bonne Mère qui avez voulu que nous Vous invoquions sous le vocable, si consolant à nos cœurs, de Reine de France, voyez prosternés à Vos pieds vos Sujets malheureux.
Ayez pitié de nous : soyez notre Avocate auprès de Votre divin Fils, notre Roi bien aimé.
Nous savons que nous l’avons grandement offensé, outragé même, que nous avons méprisé Ses Commandements, foulé aux pieds les Saintes Lois de Son Eglise ; mais nous savons aussi, ô aimable Souveraine, que Vous êtes toute puissante sur le Cœur de ce Roi d’Amour qui ne demande Lui-même qu’à pardonner ; obtenez nous donc cette paix, nationale et individuelle, tant désirée de tous, pour la plus grande gloire de Votre cher Fils.

Ainsi soit il.

frise avec lys naturel

2014-5. La nouvelle arche.

17 janvier,
anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain.

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle

Le 17 janvier, même si dans la liturgie la part principale revient à Saint Antoine le Grand, « père de tous les moines » (et protecteur des animaux > www), nous faisons néanmoins la mémoire de la très belle et émouvante apparition de la Très Sainte Mère de Dieu dans le ciel de Pontmain.

Nous avons vu (cf. > www) de quelle manière la Providence avait lié les supplications qui se faisaient pour la France à la basilique de Notre-Dame des Victoires au moment de l’apparition de la Vierge Marie dans le ciel du tout petit village du bas Maine.

Le Coeur douloureux et immaculé de Marie, nous n’en doutons pas, sera toujours le refuge et le secours de ceux qui l’invoqueront avec ferveur et confiance.
Dans le déluge d’iniquités qui submerge le monde, il sera l’arche protectrice qui recueillera les vrais fidèles et les préservera des flots montants de la subversion diabolique.
Aimons à redire souvent cette belle invocation, si répandue jadis :

Doux Coeur de Marie, soyez mon refuge !

frise

La nouvelle arche 1

La nouvelle arche 2

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle - détail

Fervente invocation pour demander à  Marie de trouver refuge en son Coeur :

O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté, et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent !

(Vénérable Pie XII)

frise

2014-4. Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires.

Le 16 janvier l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs, établi dans la basilique de Notre-Dame des Victoires à Paris, célèbre sa fête patronale.
Je veux en profiter pour publier aujourd’hui un texte qui m’a été adressé par un ami et qui établit en quelque sorte un lien entre la basilique de Notre-Dame des Victoires et l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Pontmain, le 17 janvier 1871.

Autel de ND des Victoires

Autel de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs
(basilique Notre-Dame des Victoires – Paris)

Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires
récit de Louis Colin 
(*)

in « Notre-Dame de Pontmain – Son message à la France»
(1894 réédité en 2011 - 
pp. 97-101 ; 221-223 )

Notre-Dame des Victoires, érigée en ex-voto pour remercier la Mère de Dieu de la défaite des protestants qui menaçaient alors de faire passer à l’hérésie la nation prédestinée, est sortie du cœur de Louis XIII en même temps et par le même mouvement que la consécration solennelle de son royaume à Marie.
Celui-ci, glorieux et victorieux autrefois dans le monde, maintenant broyé sous le talon de la protestante Allemagne et livré sans merci à ses innombrables armées, n’a plus qu’une seule ressource, celle d’y demander à genoux sa délivrance. Elle sera la victoire de Notre-Dame, à laquelle, par droit de naissance et de consécration nationale, appartient la France qui, par elle et avec elle, ne saurait ni devenir protestante ni mourir.

Le 15 janvier, une neuvaine y fut annoncée qui devait s’ouvrir le 17, à huit heures du soir, et qui ne s’ouvrit pas ce jour-là sans difficultés.
Mgr Darboy, pour des raisons personnelles sans doute, voulut avoir une autre date qui fût sienne.
Quelles étaient les pensées de l’Archevêque ? Pourquoi ce retard ? Les événements peuvent seuls expliquer les lenteurs qu’il voulut y mettre ; car ce ne fut pas le 17, mais le 20 janvier, c’est-à-dire trois jours après, que la neuvaine devait officiellement commencer.

La poussée des fidèles avait pourtant quelque chose de si extraordinaire et de si irrésistible que, craignant de mécontenter les foules qui, depuis l’annonce du 17, accouraient déjà de tout Paris, M. Chanal, curé de la paroisse, délégua un de ses vicaires, l’abbé Laurent Amodru, auprès de l’archidiacre Surat, pour lui exposer la situation difficile et imprévue dans laquelle on allait forcément se trouver.
« Continuez, répondit à celui-ci Mgr Surat, continuez les exercices préparatoires, comme s’il ne s’agissait de rien. »
Réponse qui fut un blanc-seing donné au curé pour en agir comme il était convenu.

Bien qu’elle eût changé son nom primitif contre celui, plus modeste et plus accommodant, d’exercices préparatoires, la neuvaine du 17 s’ouvrit à point nommé, et lorsque huit heures de la nuit eurent sonnées à la grande horloge, dans la nef de la petite église un millier de fidèles, pliés sous les maux de la patrie, assistaient aux prières plus ardentes ce soir-là de l’Archiconfrérie.

Un prédicateur monta en chaire, et ce prédicateur était l’abbé Laurent Amodru, revenu de l’archevêché.
De quoi pouvait-il entretenir les âmes, sinon des douleurs communes à tous ?
Le voilà qui parle de nos humiliations, de nos soldats, de nos défaites, du péril que court la France penchée au bord de l’abîme.
Puis subitement, comme s’il fût transporté et hors de lui-même, sous l’action d’un souffle inconnu, il demande que chacun fasse un vœu pour obtenir la cessation du fléau qui pèse sur le pays.
Ce vœu, c’est un cœur d’argent qui sera solennellement offert à Notre-Dame des Victoires, à la clôture de la neuvaine qui va commencer.

L’auditoire à cette proposition se sent tressaillir, et les cœurs se réveillent à la douce espérance.
Du banc d’œuvre où il est assis, M. l’abbé Chanal, curé de la paroisse, se lève à son tour comme électrisé. Debout et d’une voix forte, tremblante aussi d’émotion et de larmes, il s’écrie :
« C’est de tout mon cœur, mes frères, que j’approuve l’ex-voto dont vient de vous parler le prédicateur. Oui, nous l’offrirons tous à Notre-Dame des Victoires pour qu’elle nous accorde la cessation de la guerre et arrête les châtiments du ciel. Nous jurerons en même temps de servir Dieu par la sanctification du dimanche, ainsi que vous venez de l’entendre. Ce cœur d’or et d’argent rappellera nos promesses, en même temps qu’il sera le témoignage de notre reconnaissance envers la sainte Vierge ! »

Après quoi, une multitude de fidèles se presse aux bureaux de l’Archiconfrérie pour y déposer son obole.
La commotion produite sur tous était si visible que l’abbé François Amodru, [le frère de Laurent qui avait pris la parole], à la vue du mouvement extraordinaire qui agitait la foule, fut pris d’inquiétude.
Il se précipita vers son frère, et avec l’accent d’un homme tout troublé :
« Qu’avez-vous fait, mon frère, lui dit-il, qu’avez-vous fait ? Vous n’êtes comme moi qu’un simple vicaire, et voilà que du haut de la chaire vous avez mis tout le monde sur pied par une initiative qui n’appartient qu’à M. le curé ! Comment, sans vous être entendu au préalable avec lui, avez-vous osé émettre la proposition d’un ex-voto général ? Nos confrères en sont aussi surpris que moi. Voyez cette foule qui accourt… Comment y suffire ? »
II continuait… 

Mais le frère, l’arrêtant d’un geste, lui dit avec douceur :
Mon ami, soyez en paix ; ce que j’ai fait, je devais le faire, puisque M. le curé l’a grandement et solennellement approuvé.
Mais, s’il ne l’avait pas approuvé ?
S’il n’avait pas dû l’approuver, je n’aurais peut-être pas dit ce que j’ai dit.
Alors vous avez donc eu…
Ne me parlez pas de cela et soyez en paix. Les prières de l’Archiconfrérie et des milliers d’âmes qui sont venues ici pour y prier durant tout le siège ont fait violence au ciel.
Sur ce, le frère étonné regarda son frère, et leur dialogue palpitant s’arrêta là.

Au même moment un chrétien, aux oreilles duquel le nom de Pontmain n’avait jamais retenti, s’était recueilli en sa demeure. Profondément bouleversé par ce qu’il venait de voir, d’ouïr et de sentir à Notre-Dame des Victoires, il prenait une feuille de papier pour y laisser déborder le trop plein de son cœur.
Lui aussi était sous le charme intime d’une espérance soudaine, et tandis que la bienheureuse Apparition s’évanouissait lentement au ciel des cieux, un rayon lointain de ses étoiles lui tomba sous la plume qui d’un seul trait, à neuf heures du soir, écrivit à l’abbé Amodru la lettre mémorable que voici :

« Paris 17 janvier 1871

 « Monsieur l’Abbé,

 « Je reviens de Notre-Dame des Victoires, profondément ému des paroles que, dans une improvisation évidemment inspirée, vous avez adressées ce soir aux nombreux fidèles réunis au pied de l’autel de Marie.
 Déjà bien souvent, en dépit de nos rêves et malgré les nuages sombres dont notre horizon se voile de plus en plus, vous avez ranimé notre foi chancelante, et, puisant dans votre cœur une inaltérable confiance en la très sainte Vierge, vous nous avez répété ce cri que vos lèvres articulent avec une émotion si communicative :
Non, Paris ne tombera pas au pouvoir de l’ennemi et ne périra pas. Une barrière infranchissable s’élève entre lui et la capitale menacée. Notre-Dame des Victoires nous garde et nous défend.

Mû, j’allais dire entraîné, par une confiance qui semble puiser une force nouvelle dans le péril qui grandit d’heure en heure, vous venez ce soir même, dans un langage aussi pieux qu’émouvant, de faire passer en nos âmes attristées la sainte conviction qui anime la vôtre !

Une pensée, avez-vous dit, se présente en ce moment à mon esprit. Nous allons tous publiquement et solennellement supplier la Très Sainte Vierge de nous venir en aide, et nous ne franchirons pas le seuil de ce saint temple consacré à sa gloire sans lui avoir non moins solennellement promis de lui offrir un cœur d’argent qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, ENTRE HUIT ET NEUF HEURES DU SOIR, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle !

Un tel discours prononcé dans un semblable moment, appuyé, sanctionné, d’ailleurs, d’une exhortation véhémente de M. le Curé, devait aller directement au cœur de chacun des assistants. Un long frémissement s’empara, en effet, de la pieuse assemblée qu’un souffle divin venait de transformer tout à coup. L’émotion qui s’est emparée de moi s’est produite dans toutes les âmes. C’est avec bonheur que je le constate, et chacun voudra, je n’en doute pas, réaliser au plus tôt un vœu à la fois si saint et si consolant.

Je m’empresse, quant à moi, de venir, dès ce soir même, vous prier d’en recevoir ici l’expression solennelle. Veuillez, s’il se peut, l’offrir demain matin à Notre-Dame des Victoires, la suppliant de daigner l’accueillir comme un encens d’agréable odeur, composé des prières aussi bien que des voeux de ses plus fidèles sujets.

Et maintenant, monsieur l’Abbé, laissez-moi vous le dire, avec le respect dû à votre personne aussi bien qu’à votre caractère, vous avez su, en ces temps de défaillance et de découragement, maintenir en nous, vos fidèles auditeurs, la foi qui soutient et l’espérance qui fortifie. Ce double sentiment, je dirais cette double vertu, si je ne parlais ici que des autres, a été le partage de tous ceux qui ont écouté votre voix. Je n’en veux d’autre preuve que cette parole dite à mon oreille au moment de la sortie du temple : « La sainte Vierge ne saurait se montrer insensible à une foi si vive, AVANT HUIT JOURS, LA PAIX SERA SIGNÉE. »

Nous aurons donc, grâce à vous et à Notre-Dame des Victoires, attendu avec un calme égal à notre résignation l’heure fixée par la Providence pour le salut de notre malheureux pays. Cette heure bénie et si souvent attendue A SONNÉ CE SOIR, quelque chose me le dit. A l’exemple du saint vieillard Siméon, nous pourrons bientôt entonner le cantique d’allégresse : Nunc, dimittis servum suum, Domine,et les Annales de l’Archiconfrérie, déjà si riches en pieux souvenirs, s’illustreront encore de cette date à jamais mémorable du 17 janvier 1871.

Daignez, etc.,

Signé : Martel, Contrôleur des Monnaies

Apparition de ND à Pontmain 17 janvier 1871

Pontmain : 17 janvier 1871, entre 8h et 9h du soir…

(*) Louis Frédéric Colin, né à Lignières (département du Cher) le 14 janvier 1835, fit ses études au séminaire de Saint Sulpice à Paris, où il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1859. Il choisit alors d’intégrer la compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et un professeur de la Compagnie de Saint-Sulpice, occupa postes de professeur en France de 1860 à 1862, avant d’être envoyé au Québec : curé de Notre-Dame des Neiges à Montréal (1862-1863), professeur de droit canonique au grand séminaire (1863-1864), vicaire à Notre-Dame (1864-1874) et à nouveau professeur de droit canonique au grand séminaire (1874-1875), il devient directeur du grand séminaire de Montréal (1875-1881) puis supérieur des Sulpiciens du Canada (1881-1902). Il rendit son âme à Dieu le 27 novembre 1902. Une école et une avenue portent son nom à Montréal.

frise avec lys naturel

Concernant Notre-Dame des Victoires voir aussi :
- Historique de la basilique Notre-Dame des Victoires > www
- Prière au Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs > www
- Litanies de Notre-Dame des Victoires > www

Concernant Notre-Dame de Pontmain, voir aussi :
- Récit de l’apparition > www
- Le cantique « Mère de l’Espérance » > www

2013-90. Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie.

Lundi 9 décembre 2013,
deuxième jour dans l’octave de l’Immaculée Conception.

frise avec lys naturel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, dimanche 8 décembre, après la Sainte Messe de la fête de la conception immaculée de Notre-Dame, notre Frère a rapporté au Mesnil-Marie le texte du sermon de Monsieur l’abbé Henri Vannier. En fait il lui arrive assez souvent de le faire ; il trouve en effet : 1) qu’il lui est bon, pour lui-même, de relire ce qu’il ne lui est pas possible de retenir totalement pendant le temps même de la prédication, et ses réflexions et méditations de la semaine qui suivent peuvent en approfondir le sens et les sujets ; et 2) qu’il est également bon que je puisse en profiter moi-même, puisque je ne peux pas l’accompagner à la Sainte Messe…
Comme cela m’est déjà arrivé à plusieurs reprises dans les pages de ce blogue, je veux aujourd’hui vous partager le texte de ce sermon à vous aussi, pour que vous le méditiez : il m’a en effet semblé particulièrement remarquable.

Bonne lecture et, surtout, bonne méditation.

Lully.

Ingres la Vierge à l'Hostie musée du Louvre

Jean-Dominique Ingres : la Vierge à l’Hostie (musée du Louvre)

Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable,
il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie :

Avec la prière, bien sûr, il apparaît qu’en nos temps qui sont les derniers, Dieu nous propose deux moyens pour demeurer en Son amour, fidèles à la Foi de l’Eglise de Jésus-Christ : à savoir, la Sainte Messe, ainsi que la dévotion ou plutôt le recours au Coeur immaculé de Marie, comme nous l’a indiqué Notre-Dame elle-même à Fatima.

Aussi, en cette fête de l’Immaculée Conception, je voudrais vous entretenir de Marie et l’Eucharistie, ou plus précisément, vous faire contempler, à la lumière de l’enseignement des Papes contemporains, Marie comme la « Femme eucharistique ».

A première vue, l’Evangile reste silencieux à ce sujet. Dans le récit de l’Institution, au soir du Jeudi Saint, on ne parle pas de Marie. On sait, en revanche, qu’elle était présente parmi les Apôtres rassemblés après l’Ascension dans l’attente de la Pentecôte. Nul doute ainsi qu’elle assistait aux Célébrations Eucharistiques de la primitive Eglise, assidue à « la Fraction du Pain ».

Mais en allant au-delà de sa participation aux Messes célébrées par les disciples du Seigneur, il convient d’entrevoir le rapport entre Marie et l’Eucharistie à partir de son attitude intérieure et de sa place particulière au fondement de l’Eglise.

Si l’Eucharistie est un mystère de Foi, Marie nous sert de soutien et de guide pour croire. Lorsque nous refaisons le geste du Christ, en obéissance à Son commandement : « Faites cela en mémoire de Moi », nous entendons en même temps l’invitation de la Sainte Vierge à Lui obéir fidèlement : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».
Avec la sollicitude maternelle dont elle témoigne aux Noces de Cana, Marie nous dit : « Mon Fils, Lui qui fut capable de changer l’eau en vin, est capable également de changer le pain en Son Corps et le vin en Son Sang, par les Paroles et la Puissance qu’Il a données à Ses prêtres agissant en Son Nom ».

En fait, la Sainte Vierge a exercé sa Foi eucharistique avant même l’institution de l’Eucharistie, par le fait qu’elle a offet son sein virginal pour l’Incarnation du Verbe de Dieu.
Tandis que l’Eucharistie renvoie à la Passion et à la Résurrection, elle se situe avant tout en continuité de l’Incarnation.
A l’Annonciation, la Sainte Vierge a conçu le Fils de Dieu dans la réalité du Corps et du Sang du Christ, anticipant en elle ce qui se réalise sacramentellement en tout fidèle qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin, ce même Corps et ce même Sang du Seigneur.

Il existe donc une analogie profonde entre le « Fiat » par lequel Marie répond aux paroles du Seigneur et l’ « Amen » que l’Eglise prononce à la fin du canon de la Messe, ainsi que la démarche de Foi que chaque fidèle accomplit au moment de la Communion.
A Marie, il fut demandé de croire que Celui qu’elle concevait par l’opération du Saint-Esprit était le Fils de Dieu. A nous, il nous est demandé de croire qu’à la Messe, ce même Jésus, Fils de Dieu et Fils de Marie, se rend présent dans la totalité de Son Etre, sous les espèces du pain et du vin.

Aussi, lorsque, au moment de la Visitation, la Sainte Vierge porte en son sein le Verbe fait chair, Marie devient en quelque sorte un tabernacle – le premier tabernacle de l’histoire – , dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l’adoration d’Elisabeth, et par lequel le divin Sauveur sanctifie Jean-Baptiste le Précurseur.
Pensons que nous-mêmes, pauvres pécheurs certes, nous accédons à cette même dignité lorsque nous recevons le Seigneur à la Sainte Communion.

Allons plus loin. Durant toute sa vie aux côtés de son divin Fils, et bien sûr au Calvaire, Marie a fait sienne la réalité sacrificielle de l’Eucharistie, sacrement de la Croix.
Quand la Sainte Vierge porta l’Enfant Jésus au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur, Marie entendit le vieillard Siméon lui annoncer que cet Enfant serait un signe de division et qu’un glaive devait transpercer son coeur de mère. Le drame de son Fils crucifié était dès lors annoncé à l’avance.
Se préparant ainsi jour à l’offrande de la Croix, Marie vit une sorte de Messe anticipée, une communion spirituelle de désir et d’oblation, dont l’accomplissement se réalisera par l’union avec son Fils au moment de la Passion, et qui s’exprimera ensuite, dans le temps après Pâques, par sa participation aux Célébrations Eucharistiques des Apôtres.

N’est-ce pas dans son union au Christ, au pied de la Croix, que Marie est devenue la Mère de l’Eglise et notre propre Mère ? « Voici ta mère ».
Et n’est-ce donc pas à la Messe que la Sainte Vierge remplit cette mission de maternelle assistance tandis que nous offrons avec elle le Sacrifice du Seigneur, et que nous recevons le Corps et le Sang de son propre Fils ?

Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie.
Et ce qui ressort du mystère de l’Eglise vivant de l’Eucharistie et de Marie, c’est l’action de grâces, dans l’espérance, telle que l’a célébrée la Sainte Vierge dans le Magnificat, annonçant la merveille de l’Histoire du Salut, tout orientée vers la gloire du Seigneur à la fin de ce monde. Amen !

frise avec lys naturel

2013-89. Des origines de Notre-Dame selon « La Légende Dorée ».

7 décembre,
veille de la fête de la Conception immaculée de Notre-Dame.

Domenico Ghirlandaio Joachim chassé du temple - Florence Santa Maria Novella

Saint Joachim chassé du Temple (Domenico Ghirlandaio, fresque à Santa Maria Novella – Florence)

Initialement intitulé « Legenda Sanctorum alias Lombardica hystoria » (qui se traduit : ce qui doit être lu au sujet des saints ou histoire de la Lombardie), cet ouvrage rédigé, entre 1261 et 1266, par le Bienheureux Jacques de Voragine – dominicain et archevêque de Gênes – , fut rapidement appelé « Legenda aurea ».
La traduction française « Légende Dorée » ne rend pas exactement le sens des mots latins : « legenda », il faut insister là-dessus, doit être traduit par : « les choses qui doivent être lues », et n’a pas au Moyen-Age ce sens de récit fabuleux qui est aujourd’hui celui du mot français légende.
Quant au qualificatif « aurea » – traduit par dorée – , il veut en réalité signifier que le contenu de ce recueil de choses à lire est particulièrment précieux, autant que s’il s’agissait d’or !

Pour composer son ouvrage, le Bienheureux Jacques de Voragine a réuni en un seul récit les traditions concernant la vie des saints, la vie de Notre-Dame et la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que l’on peut trouver dans les oeuvres des Pères de l’Eglise tels que Saint Jean Cassien, Saint Jérôme, Saint Augustin, Saint Jean Chrysostome, Saint Jean Damascène, Bède le Vénérable… etc. et quelques historiens ecclésiastiques comme Saint Grégoire de Tours ou Vincent de Beauvais.

« La Légende Dorée » eut un succès considérable et, par suite, une diffusion exceptionnelle : avec la Sainte Bible et le psautier ce fut l’ouvrage le plus recopié, le plus répandu. Le premier ouvrage imprimé en français, à Lyon en 1476, fut « La Légende Dorée ».

Dès lors, et même si les historiens d’aujourd’hui se plaisent à le dénigrer, ce texte se révèle indispensable pour comprendre la tradition iconographique religieuse de l’Occident (et même de l’Orient parfois) : un nombre incalculable de tableaux, d’enluminures, de sculptures dans nos cathédrales, dans nos églises et dans nos musées ne peuvent être compris et correctement interprêtés sans la connaissance de ces traditions dont « La Légende Dorée » est en quelque sorte le compendium.

A la veille de la fête de la conception de Notre-Dame, il m’a donc semblé profitable de publier ci-dessous quelques extraits de « La Légende Dorée » concernant les origines de la Très Sainte Vierge Marie et les circonstances dans lesquelles elle fut conçue.

Lully.

Bartolo di Fredi l'annonciation à St Joachim - Pinacothèque vaticane

L’annonciation à Saint Joachim (Bartolo di Fredi – Pinacothèque vaticane)

Anne conçut, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie :

La glorieuse Vierge Marie tire son origine de la tribu de Juda et de la race royale de David. Or, saint Matthieu et saint Luc ne donnent pas la généalogie de Marie, mais celle de saint Joseph, qui ne fut cependant pour rien dans la conception de Jésus-Christ.
C’est, dit-on, la coutume de l’Écriture Sainte de ne pas établir la suite de la génération des femmes, mais celle des hommes. Il est très vrai pourtant. que la sainte Vierge descendait de David ; ce qui est évident parce que l’Ecriture atteste en beaucoup d’endroits que Jésus-Christ est issu de la race de David. Mais comme Jésus-Christ est né seulement de la Vierge, il est manifeste que la Vierge elle-même descend de David par la lignée de Nathan.
Car entre autres enfants, David eut deux fils, Nathan et Salomon.
De la lignée de Nathan, fils de David, d’après le témoignage de saint Jean Damascène, Lévi engendra Melchi et Panthar, Panthar engendra Barpanthar, et Barpanthar engendra Joachim, et Joachim la Vierge Marie.
Par la lignée de Salomon, Nathan eut une femme de laquelle il engendra Jacob. Nathan étant mort, Melchi de la tribu de Nathan, qui fut fils de Lévi, mais frère de Panthar, épousa la femme de Nathan, mère de Jacob, et engendra d’elle Héli. Jacob et Héli étaient donc frères utérins, mais Jacob était de la tribu de Salomon et Héli de celle de Nathan. Or, Héli, de la tribu de Nathan, vint à mourir, et Jacob, son frère, qui était de la tribu de Salomon, se maria avec sa femme, suscita un enfant à son frère et engendra Joseph.
Joseph est donc par la nature fils de Jacob ; en descendant de Salomon, et selon la loi, fils d’Héli qui descend de Nathan. Selon la nature, en effet, le fils qui venait alors au monde était fils de, celui qui l’engendrait, mais selon la loi, il était le fils du défunt. C’est ce que dit le Damascène (…).

Or, Joachim épousa une femme, nommée Anne, qui eut une soeur appelée Hismérie. Cette Hismérie donna le jour à Elizabeth et à Eliud. Elizabeth donna le jour à Jean-Baptiste (…).

Giotto di Bondone l'annonciation à Ste Anne - Chapelle Scrovegni Padoue

L’annonciation à Sainte Anne (Giotto di Bondone, fresque de la chapelle Scrovegni – Padoue)

Or, Anne eut, dit-on, trois maris, savoir : Joachim, Cléophas et Salomé.
De son premier mari, c’est-à-dire de Joachim, elle eut une fille qui était Marie, la mère de Jésus-Christ, qu’elle donna en mariage à Joseph, et Marie engendra et mit au monde Notre-Seigneur Jésus-Christ.
A la mort de Joachim, elle épousa Cléophas, frère de Joseph, et elle en eut une autre fille qu’elle appela Marie, comme la première, et qu’elle maria dans la suite avec Alphée. Marie, cette seconde fille, engendra d’Alphée, son mari, quatre fils, qui sont Jacques le mineur, Joseph le juste qui est le même que Barsabas, Simon et Jude.
Anne, après la mort de son second mari, en prit un troisième ; c’était Salomé, de qui elle engendra une autre fille qu’elle appela encore Marie et qu’elle maria à Zébédée. Or, cette Marie engendra de ce Zébédée deux fils, savoir : Jacques le majeur et Jean l’évangéliste. (…)

Joachim donc, qui était de la Galilée et de la ville de Nazareth, épousa sainte Anne de Bethléem.
Tous les deux justes et marchant avec droiture dans l’accomplissement des commandements du Seigneur, faisaient trois parts de leurs biens : l’une affectée au temple et aux personnes employées dans le service du temple ; une seconde donnée aux pèlerins et aux pauvres, une troisième consacrée à leur usage particulier et à celui de leur famille.

Pendant vingt ans de mariage, ils n’eurent point d’enfants, et ils firent voeu à Dieu, s’il leur accordait un rejeton, de le consacrer au service du Seigneur. Pour obtenir cette faveur, chaque année, ils allaient à Jérusalem aux trois fêtes principales. Or, à la fête de la dédicace, Joachim alla à Jérusalem avec ceux de sa tribu, et quand il voulut présenter son offrande, il s’approcha de l’autel avec les autres. Mais le prêtre, en le voyant, le repoussa avec une grande indignation ; il lui reprocha sa présomption de s’approcher de l’autel en ajoutant qu’il était inconvenant pour un homme, sous le coup de la malédiction de la loi, de faire des offrandes au Seigneur, qu’il ne devait pas, lui qui était stérile et qui n’avait pas augmenté le peuple de Dieu, se présenter en compagnie de ceux qui n’étaient pas infectés de cette souillure.

Benozzo Gozzoli la  rencontre à la porte dorée - fresque Castelfiorentino

La rencontre de Sainte Anne et de Saint Joachim à la Porte Dorée
(Benozzo Gozzoli, fresque conservée à la bibliothèque de Castelfiorentino)

Alors Joachim tout confus, fut honteux de revenir chez lui, de peur de s’entendre adresser les mêmes reproches par ceux de sa tribu qui avaient ouï les paroles du prêtre. Il se retira donc auprès de ses bergers, et après avoir passé quelque temps avec eux, un jour qu’il était seul, un ange tout resplendissant lui apparut et l’avertit de ne pas craindre (il était troublé de cette vision) : « Je suis, lui dit-il, un ange du Seigneur envoyé vers vous pour vous annoncer que vos prières ont été exaucées, et que vos aumônes sont montées jusqu’en la présence de Dieu. J’ai vu votre honte, et j’ai entendu les reproches de stérilité qui vous ont été adressées à tort. Dieu est le vengeur du péché, mais non de la nature, et s’il a fermé le sein d’une femme c’est pour le rendre fécond plus tard d’une manière qui paraisse plus merveilleuse, et pour faire connaître que l’enfant qui naît alors, loin d’être le fruit de la passion, sera un don de Dieu. Sara, la première mère de votre race, n’a-t-elle pas enduré l’opprobre de la stérilité jusqu’à sa quatre-vingt-dixième année ? et cependant elle mit au monde Isaac auquel avaient été promises les bénédictions de toutes les nations. Rachel encore n’a-t-elle pas été longtemps stérile ? toutefois elle enfanta Joseph qui fut à la tête de toute l’Egypte. Y eut-il quelqu’un plus fort que Samson et plus saint que Samuel ? tous les deux eurent pourtant des mères stériles. Croyez donc à ma parole et à ces exemples, que les conceptions tardives et les enfantements stériles sont d’ordinaire plus merveilleux. Eh bien ! Anne, votre femme, vous enfantera une fille et vous l’appellerez Marie. Dès son enfance, elle sera, comme vous en avez fait voeu, consacrée au Seigneur ; dès le sein de sa mère, elle sera remplie du Saint-Esprit ; elle ne restera point avec le commun du peuple, mais elle demeurera toujours dans le temple du Seigneur, afin d’éviter le moindre mauvais soupçon. Or, de même qu’elle naîtra d’une mère stérile, de même elle deviendra, par un prodige merveilleux, la mère du Fils du Très-haut, qui se nommera Jésus, et qui sera le salut de toutes les nations. Maintenant voici le signe auquel vous reconnaîtrez la vérité de mes paroles : quand vous serez arrivé à Jérusalem à la porte Dorée, vous rencontrerez Anne, votre femme ; et en vous voyant elle éprouvera une joie égale à l’inquiétude qu’elle a ressentie de votre absence prolongée ».
Quand l’ange eut parlé ainsi, il quitta Joachim.

Or, Anne tout en pleurant dans l’ignorance de l’endroit où était allé son mari, vit lui apparaître le même ange qu’avait vu Joachim ; et il lui déclara les mêmes choses qu’il avait dites à celui-ci, en ajoutant que, pour marque de la vérité de sa parole, elle allât à Jérusalem, à la porte Dorée où elle rencontrerait son mari qui revenait.

D’après l’ordre de l’ange, tous deux vont au-devant l’un de l’autre, enchantés de la vision qu’ils avaient eue, et assurés d’avoir l’enfant qui leur avait été promise.
Après avoir adoré le Seigneur, ils revinrent chez eux, attendant joyeusement la réalisation de la promesse divine. Anne conçut donc, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie.

Quentin Massys triptyque de Ste Anne partie centrale la sainte parenté

La sainte parenté : au centre Sainte Anne, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus,
entourées des autres filles de Sainte Anne et de leurs enfants :
en bas à droite Sainte Marie Salomé avec  ses fils Saint Jacques le Majeur et Saint Jean (futurs apôtres)
en bas à gauche Sainte Marie de Cléophas avec les Saints Simon et Jude, Saint Jacques le Mineur (futurs apôtres) et Saint Joseph Barsabas, dit le juste.
A l’arrière plan (de gauche à droite) : Cléophas deuxième époux de Sainte Anne, Saint Joseph époux de Marie, Saint Joachim, et Alphée troisième époux de Sainte Anne.
(Quentin Massys, triptyque de Sainte Anne – musée royaux des beaux-arts, Bruxelles)

Le 8 décembre illuminons nos fenêtres en l’honneur de Notre-Dame > www

2013-82. « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans… »

Saint Alphonse de Ligori :

« De la Présentation de Marie »
(in « Les Gloires de Marie »  - 2e partie : Les Vertus de Marie)
extraits

La Présentation de Marie (église Saint-Martin, Vals-les-Bains)

La Présentation de Marie (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

(…) Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans, lorsqu’elle se présenta au temple pour offrir, non des aromates, des animaux, des talents d’or, mais toute sa personne en parfait holocauste, se consacrant comme une victime perpétuelle en Son honneur. Elle entendit la voix de Dieu qui dès lors l’invitait à se dévouer toute à Son amour (Cant. II), elle vola donc vers son Seigneur, oubliant sa patrie, ses parents, tout en un mot, pour ne s’attacher qu’à L’aimer et à Lui complaire (Ps. XLIV). Sur le champ, elle obéit à la voix divine.
Considérons donc combien fut agréable à Dieu cette offrande que Marie lui fit d’elle-même, puisqu’elle s’offrit à Lui promptement et entièrement (…).

Premier point : Marie s’offrit promptement à Dieu.

(…) Dès le premier moment où cette céleste enfant fut sanctifiée dans le sein de sa mère, et ce fut le premier de son immaculée conception, elle reçut le parfait usage de la raison, pour pouvoir commencer dès lors à mériter, suivant l’opinion commune des docteurs (…). Si ce privilège a été accordé aux anges et à Adam, comme le dit le docteur angélique, il faut admettre à bien plus forte raison qu’il a été accordé à la divine Mère ; car, Dieu ayant daigné la choisir pour Sa Mère, on doit supposer certainement qu’Il lui a conféré de plus grands dons qu’à toutes les autres créatures. En sa qualité de Mère, dit Suarez, elle a en quelque sorte un droit particulier à tous les dons de son Fils. Comme, à raison de l’union hypostatique, Jésus dut avoir la plénitude de toutes les grâces, il convint aussi, à raison de la divine maternité de Marie, que Jésus, en retour de l’obligation naturelle qu’Il lui avait, lui conférât des grâces plus grandes que celles qui étaient accordées à tous les anges et aux autres saints.

C’est pourquoi, dès le premier instant de sa vie, Marie connut Dieu, et Le connut si bien, qu’aucune langue, dit l’ange à sainte Brigitte, ne saurait expliquer combien l’intelligence de la sainte Vierge réussit à pénétrer Dieu dès le premier moment qu’elle Le connut. Et dès lors aussi, éclairée des premiers rayons de la divine lumière, elle s’offrit toute entière au Seigneur, se dévouant sans réserve à Son amour et à Sa gloire, comme l’ange continua à le dire à sainte Brigitte : Aussitôt notre Reine se détermina à sacrifier à Dieu sa volonté avec tout son amour pour le temps de sa vie. Et nul ne peut comprendre combien sa volonté se soumit alors à embrasser toutes les choses qui plaisaient au Seigneur.

Mais cette enfant immaculée, apprenant ensuite que ses parents, saint Joachim et sainte Anne, avaient promis à Dieu, même avec voeu, que, s’Il leur accordait un rejeton, ils le consacreraient à Son service dans le temple, et les Juifs ayant l’antique coutume de placer leurs filles dans des cellules, autour de cet édifice, pour y être élevées, comme le rapportent Baronius, Nicéphore, Cedranus et Suarez, d’après l’historien Josèphe et le témoignage de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nicomédie, de saint Anselme, de saint Ambroise ; et comme cela est d’ailleurs établi clairement par un passage du livre 2e des Macchabées (III, 20), relatif à Héliodore, qui voulut pénétrer dans le temple pour s’emparer du trésor ; Marie apprenant cela, dirons-nous, lorsqu’elle avait à peine trois ans, ainsi que l’attestent saint Germain et saint Epiphane, c’est-à-dire à l’âge où les jeunes filles ont un plus grand désir et un plus grand besoin de l’assistance de leurs parents, voulut être solennellement offerte et consacrée à Dieu, en se présentant dans le temple ; aussi fut-elle la première à prier ses parents avec instance de l’y conduire pour accomplir leur voeu. Et sa sainte Mère, dit saint Grégoire de Nysse, s’empressa de le faire.
Saint Joachim et sainte Anne, sacrifiant généreusement à Dieu ce que leur coeur chérissait le plus sur la terre, partirent de Nazareth, portant tour à tour dans leurs bras leur fille bien-aimée, car elle n’aurait pu franchir à pied la longue distance de 80 milles qui sépare Nazareth de Jérusalem. Ils voyageaient accompagnés d’un petit nombre de parents ; mais des légions d’anges, dit saint Grégoire de Nicomédie, formaient leur cortège, et servaient durant ce voyage la Vierge immaculée qui allait se consacrer à la majesté divine.
Oh ! qu’ils sont beaux, devaient alors chanter les anges, qu’ils sont agréables à Dieu, les pas que vous faites pour aller vous offrir à Lui, ô Fille bien-aimée de notre commun Seigneur (Cant. VII, 1).

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Dieu, dit saint Bernardin, fit en ce jour une grande fête avec toute la cour céleste, en voyant conduire Son Épouse au temple, car Il ne vit jamais de créature plus sainte et plus aimable s’offrir à Lui. Allez donc, s’écrie saint Germain, archevêque de Constantinople, allez, ô Reine du monde, ô Mère de Dieu, allez avec joie à la maison du Seigneur, attendre la venue du divin Esprit qui vous rendra Mère du Verbe éternel !

Lorsque cette sainte société arriva au temple, l’aimable enfant se tourna vers ses parents, s’agenouilla en baisant leurs mains, et leur demanda leur bénédiction ; puis, sans jeter aucun regard en arrière, elle franchit les quinze marches du temple (comme le rapporte Arias Montanus d’après Josèphe), et se présenta au prêtre saint Zacharie, dit saint Germain. Renonçant alors au monde, renonçant à tous les biens qu’il promet à ses serviteurs, elle s’offrit et se consacra à son Créateur.

Au temps du déluge, le corbeau, envoyé par Noé hors de l’arche, s’y arrêta pour se repaître de cadavres ; mais la colombe, sans même poser le pied, retourna aussitôt a l’arche. Bien des hommes envoyés par Dieu en ce monde s’y arrêtent aussi malheureusement à se nourrir des biens terrestres. Il n’en fut pas de même de Marie, notre céleste colombe ; elle connut que Dieu doit être notre unique bien, notre unique espérance, notre unique amour ; elle connut que le monde est plein de périls, et que plus tôt on le quitte, plus tôt on est délivré de ses pièges ; aussi voulut-elle le fuir dès sa plus tendre enfance, et alla-t-elle s’enfermer dans la sainte retraite du temple, pour y mieux entendre la voix du Seigneur, pour L’honorer et L’aimer davantage. Ainsi la sainte Vierge, des ses premières actions, se rendit chère et agréable à son Dieu, comme l’Église le lui fait dire. C’est pourquoi on la compare à la lune ; car, de même que la lune achève son cours plus vite que les autres planètes, de même Marie atteignit la perfection plus vite que tous les saints, en se donnant à Dieu promptement, sans délai, et entièrement sans réserve (…).

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Deuxième point : Marie s’offrit à Dieu sans réserve.

Eclairée d’en haut, cette enfant savait bien que Dieu n’accepte pas un coeur divisé, mais qu’Il veut qu’on le consacre tout entier à Son amour, suivant le précepte qu’Il en a donné. Aussi, dès le premier instant de sa vie, commença-t-elle à aimer Dieu de toutes ses forces, et se donna-t-elle à Lui toute entière. Mais son âme très sainte soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer tout à fait à Lui en effet, et d’une manière publique et solennelle.
Considérons donc avec quelle ferveur cette Vierge aimante, se voyant enfermée dans le saint lieu, se prosterna pour en baiser le parvis, comme celui de la maison du Seigneur, puis elle adora Son infinie majesté, et Le remercia d’avoir daigné l’admettre à habiter pendant quelque temps Sa maison ; ensuite elle s’offrit toute entière à son Dieu, sans réserve d’aucune chose, Lui offrant toutes ses facultés et tous ses sens, tout son esprit et tout son coeur, toute son âme et tout son corps ; car ce fut alors, comme on le croit, que pour plaire à Dieu elle fit le voeu de virginité, voeu que Marie forma la première, suivant l’abbé Rupert. Et elle s’offrit, sans limitation du temps, comme l’affirme Bernardin de Busto. Car elle avait alors l’intention de se dévouer à servir la divine majesté dans le temple, durant toute sa vie, si Dieu l’avait ainsi voulu, et sans jamais sortir du lieu saint. Oh ! avec quel amour dut-elle s’écrier alors : « Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis venue que pour Vous plaire et pour Vous rendre tout l’honneur que je puis ; je ne veux vivre et mourir que pour Vous, si Vous l’agréez ; acceptez le sacrifice que Vous fait votre pauvre servante, et aidez-moi à Vous être fidèle ».

Considérons combien fut sainte la vie de Marie dans le temple ; en l’y voyant croître en perfection, comme l’aurore en lumière, qui pourrait expliquer comment resplendissaient en elle, et plus belles de jour en jour, toutes les vertus, la charité, la modestie, l’humilité, le silence, la mortification, la mansuétude ?
Planté dans la maison de Dieu, ce bel olivier, dit saint Jean Damascène, arrosé par l’Esprit saint, devint le séjour de toutes les vertus. Le même saint dit ailleurs : Le visage de la Vierge était modeste, son esprit humble, et ses paroles, expression d’une âme recueillie, étaient douces et pleines de charmes ; il ajoute autre part : La Vierge éloignait la pensée de toutes les choses terrestres, pour embrasser toutes les vertus ; s’occupant ainsi de la perfection, elle y fit en peu de temps de si grands progrès qu’elle mérita de devenir le temple de Dieu.

Saint Anselme, traitant de la vie de la sainte Vierge dans le temple, dit que Marie était docile, parlait peu, demeurait recueillie, sans rire ni se troubler jamais. Elle persévérait dans l’oraison, dans la lecture des livres saints, dans le jeûne et dans toutes les pratiques de vertu. Saint Jérôme entre dans de plus grands détails : Marie réglait ainsi sa journée : depuis le matin jusqu’a tierce, elle restait en oraison ; de tierce jusqu’à none, elle s’occupait de quelque travail ; à none reprenait l’oraison jusqu’à ce que l’ange lui apportât sa nourriture comme de coutume. Elle était la première dans les veilles, la plus exacte à accomplir la loi divine, la plus profonde en humilité, la plus parfaite dans chaque vertu. On ne la vit jamais en colère : toutes ses paroles respiraient tant de douceur qu’on reconnaissait l’Esprit de Dieu à son langage.

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La divine Mère révéla elle-même à sainte Elisabeth, vierge de l’ordre de saint Benoît, que, lorsque ses parents l’eurent laissée dans le temple, elle résolut de n’avoir que Dieu pour père, et elle songeait à ce qu’elle pouvait faire pour Lui être agréable. Elle se détermina à Lui consacrer sa virginité, et à ne posséder quoi que ce fut au monde, soumettant toute sa volonté au Seigneur. Entre tous les préceptes, elle se proposait surtout d’observer celui de l’amour de Dieu ; elle allait, au milieu de la nuit, prier le Seigneur, à l’autel du temple, de lui accorder la grâce de pratiquer Ses commandements, et de lui faire voir en ce monde la Mère du Rédempteur, Le suppliant de lui conserver les yeux pour la contempler, la langue pour la louer, les mains et les pieds pour la servir, et les genoux pour adorer dans son sein son divin Fils.
Sainte Elisabeth, à ces mots de Marie, lui dit : « Mais, ô ma Souveraine, n’étiez-vous pas pleine de grâce et de vertu ? » Et Marie répondit : « Sachez que je me regardais comme la plus vile des créatures, et comme indigne de la grâce de Dieu ; c’est pourquoi je demandais ainsi la grâce et la vertu ». Enfin, pour nous convaincre de la nécessité absolue où nous sommes tous de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin, Marie ajouta : « Pensez-vous que j’aie obtenu la grâce et la vertu sans peine ? Sachez que je n’ai reçu de Dieu aucune grâce sans une grande peine, sans de continuelles oraisons, des désirs ardents, et beaucoup de larmes et de pénitences ».

Mais on doit s’attacher surtout aux révélations faite à sainte Brigitte, touchant les vertus et les exercices pratiques par la sainte Vierge dans son enfance.
Dès son bas âge, y est-il dit, Marie fut remplie de l’Esprit saint, et à mesure qu’elle croissait en années, elle croissait aussi en grâce. Des lors, elle résolut d’aimer Dieu de tout son coeur, de manière à ne L’offenser ni par ses paroles, ni par ses actions, aussi méprisait-elle tous les biens de la terre. Elle donnait aux pauvres tout ce qu’elle pouvait. Elle était si sobre qu’elle ne prenait que la nourriture absolument nécessaire pour soutenir son corps. Ayant appris, dans l’Ecriture Sainte, que Dieu devait naître d’une vierge afin de racheter le monde, elle s’enflamma tellement du divin amour, qu’elle ne désirait que Dieu et ne pensait qu’à Lui, ne se plaisant que dans le Seigneur, elle fuyait la conversation même de ses parents, pour n’être point détournée du souvenir de Dieu. Enfin, elle souhaitait de se trouver au temps de la venue du Messie, afin d’être la servante de l’heureuse Vierge qui aurait mérite de devenir Sa Mère. Voila ce que contiennent les révélations faites à sainte Brigitte (Livres 1 et 3).

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Ah! c’est pour l’amour de cette sublime enfant que le Rédempteur hâta sa venue au monde ; tandis que, dans son humilité, elle ne se croyait pas digne d’être la servante de la divine Mère, elle fut choisie pour la devenir elle-même ; par l’odeur de ses vertus, par la puissance de ses prières, elle attira dans son sein virginal le Fils de Dieu. Voila pourquoi Marie a reçu du divin Époux le nom de tourterelle (Cant. II, 12), non seulement parce qu’à l’exemple de la tourterelle elle aimait la solitude, vivant en ce monde comme dans un désert, mais parce que, comme la tourterelle fait retentir les campagnes de ses gémissements, ainsi Marie gémissait dans le temple, en compatissant aux misères du monde perdu et en demandant à Dieu notre commune Rédemption. Oh! avec quel amour, avec quelle ferveur, elle répétait à Dieu dans ce temps les supplications et les soupirs des prophètes, pour qu’il envoyât le Rédempteur (Isaïe XVI, 1 ; XLV, 8).

Enfin Dieu se plaisait à voir cette Vierge s’élever de plus en plus vers le sommet de la perfection, semblable à une colonne de parfums, qui exhalait les odeurs de toutes les vertus, comme l’Esprit saint le dit dans les cantiques (Cant. III, 6). En vérité, déclare saint Sophrone, cette enfant était le jardin de délices du Seigneur, parce qu’Il y trouvait toutes les sortes de fleurs, et toutes les odeurs de vertus. Aussi saint Jean Chrysostome affirme-t-il que Dieu choisit Marie pour Sa Mère sur la terre, parce qu’Il n’y trouva point de Vierge plus sainte et plus parfaite, ni de lieu plus digne de Sa demeure, que son sein très sacré, parole confirmée par saint Bernard ; et saint Antonin assure que la Bienheureuse Vierge, pour être élue et destinée à la dignité de Mère de Dieu, dut posséder une perfection si grande et si consommée qu’elle surpassât en perfection toutes les autres créatures.

Comme cette sainte enfant se présenta et s’offrit à Dieu dans le temple promptement et sans réserve, ainsi présentons-nous en ce jour à Marie entièrement et sans délai, et prions-la de nous offrir à Dieu, qui ne nous repoussera pas, en nous voyant présentés par la main de celle qui fut le temple vivant du Saint-Esprit, les délices du Seigneur, et la Mère destinée au Verbe éternel. Mettons tout notre espoir en cette sublime et excellente souveraine, qui récompense avec tant d’amour les honneurs que lui rendent ses serviteurs.

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Sur la Présentation de la Bse Vierge Marie au Temple voir aussi :
- l’hymne liturgique du propre parisien > www
- la méditation de Monsieur Olier > www
- le sermon de St François de Sales > www

Litanies de Notre-Dame des Victoires.

(pour la récitation privée)

Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire (cf. > ici), en rappelant les origines historiques de ce célèbre sanctuaire parisien, la fête de Notre-Dame des Victoires (qu’il faut distinguer de la fête patronale de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie refuge des pécheurs, célébrée le 16 janvier) se célèbre le quatrième samedi d’octobre.
Nous venons de retrouver, sur une ancienne image de dévotion, des litanies de Notre-Dame des Victoires, approuvées pour la dévotion privée (c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être récitée au cours d’une cérémonie liturgique, contrairement aux litanies de la Sainte Vierge dites de Lorette), et nous en recopions avec plaisir le texte à l’intention de nos amis, dont  un grand nombre sont de fervents dévots de la Très Sainte Vierge honorée sous ce vocable.

Ces litanies ont l’originalité de nous faire méditer, dans leur première partie, sur tous les événements de la vie de Notre-Dame, compris comme des épisodes triomphants de la grâce, lors même qu’ils peuvent apparaître au premier abord comme des moments de contradiction et d’épreuve ; puis dans un second temps de mettre en valeur le caractère universel de la médiation triomphante de notre Sainte Mère céleste, en faisant ressortir sa maternité spirituelle sur tous les élus de Dieu…

Litanies de Notre-Dame des Victoires. dans De Maria numquam satis notre-dame-des-victoires

Seigneur, ayez pitié de nous (bis).
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis).
Seigneur, ayez pitié de nous (bis).

Jésus-Christ, écoutez-nous (bis).
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis).

Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Notre-Dame des Victoires, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Fille du Père, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Mère du Fils, priez…
Notre-Dame des Victoires, triomphante Épouse du Saint Esprit,
Notre-Dame des Victoires, triomphante élue de la Très Sainte Trinité,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre conception immaculée,
Notre-Dame des Victoires, triomphant en écrasant la tête du serpent,
Notre-Dame des Victoires, triomphant de l’héritage d’Adam,
Notre-Dame des Victoires, triomphant sur tous nos ennemis,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans l’ambassade de l’Ange Gabriel,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos épousailles avec saint Joseph,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la Crèche de Bethléem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant au cours de la fuite en Égypte,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre exil,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Votre humble logement de Nazareth,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans le recouvrement de l’Enfant divin au Temple,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la vie terrestre de Notre Seigneur,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa Passion et dans Sa Mort,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa victorieuse Résurrection,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa glorieuse Ascension,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la venue de l’Esprit-Saint Paraclet,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos Douleurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos allégresses,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre accession à la céleste Jérusalem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la béatitude éternelle,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les anges qui sont restés fidèles,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les grâces données aux justes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les annonces des Prophètes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’espérance sans faille des Patriarches,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par le zèle des Apôtres,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la lumière des Evangélistes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la constance des Martyrs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la sagesse des Docteurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’héroïsme des Confesseurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la pureté des Vierges,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre intercession toute-puissante,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans tous vos nombreux vocables,
Notre-Dame des Victoires qui intercédez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort,

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V./ : Priez pour nous, ô Notre Dame des Victoires,
R./ : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Dieu Éternel et Tout-Puissant, qui, par la maternité virginale de la Bienheureuse Vierge Marie, avez offert au genre humain les trésors du salut éternel, accordez-nous, nous Vous en supplions, de sentir qu’intervient en notre faveur Celle qui nous permit d’accueillir l’Auteur de la Vie, Jésus-Christ, Votre Fils, qui,avec Vous, vit et règne dans l’unité du Saint Esprit, un seul Dieu pour les siècles et les siècles.

Ainsi soit-il !

PICT0007-Copie-300x153 Litanies dans Prier avec nous

Louange de Saint François de Sales à la Très Sainte Vierge Marie.

Ce 12 septembre, à l’occasion de la fête du Saint Nom de Marie (cf. > www) faisons monter vers le Ciel la louange du nom béni de la Vierge Très Sainte, dont l’invocation met en fuite les ennemis de Dieu et de notre salut.

Louange de Saint François de Sales à la Très Sainte Vierge Marie. dans De liturgia st-francois-de-sales-aux-pieds-de-la-vierge-visitation-de-bourg-en-bresse

Saint François de Sales aux pieds de la Vierge Marie
(tableau du monastère de la Visitation de Bourg-en-Bresse)

* * *

Très Sainte Mère de Dieu,
Vaisseau d’incomparable élection,
Reine de la souveraine dilection,
Vous êtes la plus aimable, la plus aimante et la plus aimée
de toutes les créatures !

L’amour du Père céleste prit son bon plaisir en Vous de toute éternité,
destinant votre chaste Coeur à la perfection du saint amour,
afin qu’un jour,
Vous aimiez Son Fils unique de l’unique amour maternel,
comme Il l’aimait éternellement de l’unique amour paternel.

O Jésus, mon Sauveur,
à qui puis-je mieux dédier les paroles de votre amour
qu’au coeur très aimable de la Bien-Aimée de votre âme ?

armoiriesstfrdes louange mariale dans De Maria numquam satis

2013-63. Regnum Galliae, Regnum Mariae !

Le Royaume de France est le Royaume de Marie !

2013-63. Regnum Galliae, Regnum Mariae ! dans De liturgia lys-2

En cette fête de l’Assomption, il y a encore de nombreuses églises ou chapelles – Dieu merci ! – dans lesquelles on redonne lecture de l’édit de Louis XIII promulgué le 10 février 1638 (on peut en retrouver le texte intégral ici > www).
Ce que beaucoup trop de fidèles ignorent toutefois, c’est que la Suprême Autorité de l’Eglise Catholique a sanctionné – presque trois siècles plus tard, puisqu’il s’agit d’une lettre apostolique de Sa Sainteté le Pape Pie XI publiée le 2 mars 1922 – , au moyen d’un autre texte solennel, cette protection officielle de Notre-Dame de l’Assomption sur la France. 
Dans ce même décret pontifical, non seulement Notre-Dame de l’Assomption était déclarée par l’Eglise patronne principale de la France, mais en outre Sainte Jeanne d’Arc en était promue la patronne en second (et non « secondaire » comme on le traduit de manière très maladroite la plupart du temps).
Nous nous faisons donc un immense plaisir en publiant ci-dessous ce texte du Pape Pie XI

regnum-galliae-regnum-mariae 15 août dans De Maria numquam satis

Lettre Apostolique de Sa sainteté le Pape Pie XI

« Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam »

Pour perpétuelle mémoire

Les Pontifes Romains Nos prédécesseurs ont toujours, au cours des siècles, comblé des marques particulières de leur paternelle affection la France, justement appelée Fille aînée de l’Eglise (*). Notre prédécesseur de sainte mémoire, le pape Benoît XV, qui eut profondément à coeur le bien spirituel de la France, a pensé à donner à cette nation, noble entre toutes, un gage spécial de sa bienveillance.

En effet, lorsque, récemment, Nos Vénérables Frères les cardinaux, archevêques et évêques de France, d’un consentement unanime, lui eurent transmis par Notre Vénérable Frère Stanislas Touchet, évêque d’Orléans, des supplications ardentes et ferventes pour qu’il daignât proclamer patronne principale de la nation française la bienheureuse Vierge Marie reçue au ciel, et seconde patronne céleste sainte Jeanne, Pucelle d’Orléans, Notre prédécesseur fut d’avis de répondre avec bienveillance à ces pieuses requêtes. Empêché par la mort, il ne put réaliser le dessein qu’il avait conçu. Mais à Nous, qui venons d’être élevé par la grâce divine sur la Chaire sublime du Prince des Apôtres, il Nous est doux et agréable de remplir le voeu de notre très regretté prédécesseur et, par Notre autorité suprême, de décréter ce qui pourra devenir pour la France une cause de bien, de prospérité et de bonheur.

Il est certain, selon un ancien adage, que le Royaume de France a été appelé le Royaume de Marie, et cela à juste titre. Car, depuis les premiers siècles de l’Eglise jusqu’à notre temps, Irénée et Eucher de Lyon, Hilaire de Poitiers, Anselme, qui, de France, passa en Angleterre comme archevêque, Bernard de Clairvaux, François de Sales, et nombre d’autres saints docteurs, ont célébré Marie et contribué à promouvoir et amplifier à travers la France le culte de la Vierge Mère de Dieu. A Paris, dans la très célèbre Université de Sorbonne, il est historiquement prouvé que dès le XIII° siècle la Vierge a été proclamée conçue sans péché.

Même les monuments sacrés attestent d’éclatante manière l’antique dévotion du peuple à l’égard de la Vierge : trente-quatre églises cathédrales jouissent du titre de la Vierge Mère de Dieu, parmi lesquelles on aime à rappeler comme les plus célèbres, celles qui s’élèvent à Reims, à Paris, à Amiens, à Chartres, à Coutances et à Rouen. L’immense affluence des fidèles accourant de loin chaque année, même de notre temps, aux sanctuaires de Marie, montre clairement ce que peut dans le peuple la piété envers la Mère de Dieu et plusieurs fois par an la basilique de Lourdes, si vaste qu’elle soit, paraît incapable de contenir les foules innombrables des pèlerins.

La Vierge en personne, trésorière de toutes les grâces de Dieu, a semblé, par des apparitions répétées, approuver et confirmer la dévotion du peuple français.

Bien plus, les princes et les chefs de la nation se sont fait gloire longtemps d’affirmer et de défendre cette dévotion envers la Vierge.

Converti à la vraie foi du Christ, Clovis s’empresse, sur les ruines d’un temple druidique, de poser les fondements de l’Eglise Notre-Dame, qu’acheva son fils Childebert.

Plusieurs temples sont dédiés à Marie par Charlemagne. Les ducs de Normandie proclament Marie Reine de la nation. Le roi saint Louis récite dévotement chaque jour l’office de la Vierge. Louis XI, pour l’accomplissement d’un voeu, édifie à Cléry un temple à Notre-Dame. Enfin, Louis XIII consacre le Royaume de France à Marie et ordonne que chaque année, en la fête de l’Assomption de la Vierge, on célèbre dans tous les diocèses de France de solennelles fonctions : et ces pompes solennelles, Nous n’ignorons pas qu’elles continuent de se dérouler chaque année.

En ce qui concerne la Pucelle d’Orléans que Notre prédécesseur a élevée aux suprêmes honneurs des saints, personne ne peut mettre en doute que ce soit sous les auspices de la Vierge qu’elle ait reçu et rempli la mission de sauver la France ; car d’abord, c’est sous le patronage de Notre-Dame de Bermont, puis sous celui de la Vierge d’Orléans, enfin de la Vierge de Reims, qu’elle entreprit d’un coeur viril une si grande oeuvre, qu’elle demeura sans peur en face des épées dégainées et sans tache au milieu de la licence des camps, qu’elle délivra sa patrie du suprême péril et rétablit le sort de la France. C’est après avoir reçu le conseil de ses voix célestes qu’elle ajouta sur son glorieux étendard le nom de Marie à celui de Jésus, vrai Roi de France. Montée sur le bûcher, c’est en murmurant au milieu des flammes en un cri suprême, les noms de Jésus et de Marie, qu’elle s’envola au ciel. Ayant donc éprouvé le secours évident de la Pucelle d’Orléans, que la France reçoive la faveur de cette seconde patronne céleste : c’est ce que réclament le clergé et le peuple, ce qui fut déjà agréable à Notre prédécesseur et qui Nous plaît à Nous-mêmes.

C’est pourquoi, après avoir pris les conseils de nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine préposés aux Rites, de Notre propre initiative, de science certaine et après mûre délibération, dans la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la force des présentes et à perpétuité, Nous déclarons et confirmons que la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité.

De plus, écoutant les voeux pressants des évêques, du clergé et des fidèles des diocèses et des missions de la France, Nous déclarons avec la plus grande joie et établissons l’illustre Pucelle d’Orléans, admirée et vénérée spécialement par tous les catholiques de la France comme l’héroïne de la religion et de la patrie, sainte Jeanne d’Arc, vierge, patronne en second de la France, choisie par le plein suffrage du peuple, et cela encore d’après Notre suprême autorité apostolique, concédant également tous les honneurs et privilèges que comporte selon le droit ce titre de seconde patronne.

En conséquence, nous prions Dieu, auteur de tous biens, que, par l’intercession de ces deux célestes patronnes, la Mère de Dieu élevée au ciel et sainte Jeanne d’Arc, vierge, ainsi que des autres saints patrons des lieux et titulaires des églises, tant des diocèses que des missions, la France catholique, ses espérances tendues vers la vraie liberté et son antique dignité, soit vraiment la fille première-née de l’Eglise Romaine ; qu’elle échauffe, garde, développe par la pensée, l’action, l’amour, ses antiques et glorieuses traditions pour le bien de la religion et de la patrie.

Nous concédons ces privilèges, décidant que les présentes Lettres soient et demeurent toujours fermes, valides et efficaces, qu’elles obtiennent et gardent leurs effets pleins et entiers, qu’elles soient, maintenant et dans l’avenir, pour toute la nation française, le gage le plus large des secours célestes ; qu’ainsi il en faut juger définitivement, et que soit tenu pour vain dès maintenant et de nul effet pour l’avenir tout ce qui porterait atteinte à ces décisions, du fait de quelque autorité que ce soit, sciemment ou inconsciemment. Nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l’anneau du Pécheur,
le 2 du mois de mars de l’année 1922, 
de Notre Pontificat la première année.

Pie pp. XI.

P. cardinal Gasparri, secrétaire d’Etat.

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(*) En ce qui concerne l’expression « fille aînée de l’Eglise » attribuée à la France, voir > www.

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