Archive pour la catégorie 'De Maria numquam satis'

Prière à la Très Sainte Vierge Marie, Reine.

Prière composée par
Sa Sainteté le Pape Pie XII

et qu’il récita en italien,
après avoir couronné l’icône de Marie « Salus Populi Romani »,
en la Basilique de Saint-Pierre au Vatican,
le 1er novembre 1954.

Le mois de mai, mois de Marie, s’achève par la fête de Marie, Reine.
Cette fête fut instituée afin de clore solennellement le mois de Marie, le 31 mai : c’est une initiative de Sa Sainteté le Pape Pie XII qui l’annonça dans l’encyclique « Ad caeli Reginam », en date du 11 octobre 1954
Vingt jours plus tard, le 1er novembre 1954 (jour du quatrième anniversaire de la proclamation du dogme de l’Assomption), dans la basilique Saint-Pierre, le Saint-Père couronnait solennellement la célèbre icône de Marie appelée « Salus Populi Romani », habituellement gardée dans la chapelle Borghèse de la basilique de Sainte Marie aux Neiges et qui, pour cette occasion, avait été portée en procession jusqu’au Vatican.
C’est en cette circonstance que le Vénérable Pie XII prononça la prière dont nous publions le traduction française ci-dessous, prière dont les termes conservent une pertinente actualité.

Pie XII couronnement de l'icône Salus Populi Romani

Sa Sainteté le Pape Pie XII
devant l’icône « Salus Populi Romani »
le 1er novembre 1954

* * * * * * *

Du fond de cette terre de larmes où l’humanité souffrante se traîne péniblement, dans les remous d’une mer sans cesse agitée par le vent des passions, nous levons les yeux vers vous, ô Marie, Mère très aimée, pour puiser le réconfort dans la contemplation de votre gloire et pour vous saluer Reine et Maîtresse des cieux et de la terre, notre Reine et notre Dame.

Votre Royauté, nous voulons l’exalter avec la légitime fierté des fils, et la reconnaître comme due à la suprême excellence de tout votre être, ô très douce et vraie Mère de Celui qui est Roi par droit propre, par héritage, par conquête.

Régnez, ô notre Mère et notre Dame, en nous montrant le chemin de la sainteté, en nous dirigeant et assistant, afin que nous ne nous en éloignions jamais.

Au plus haut des cieux, vous exercez votre Royauté sur les armées des anges qui vous acclament comme leur Souveraine, sur les légions des Saints qui se délectent dans la contemplation de votre éclatante beauté ; régnez de même sur le genre humain tout entier, surtout en ouvrant le chemin de la foi à ceux qui ne connaissent pas encore votre divin Fils.

Régnez sur l’Eglise, qui professe et fête votre suave domination et qui recourt à vous comme à un sûr refuge au milieu des calamités de notre temps. Mais régnez spécialement sur cette portion de l’Eglise qui est persécutée et opprimée, lui donnant la force pour supporter les adversités, la constance pour ne pas plier sous les injustes oppressions, la lumière pour ne pas tomber dans les embûches de l’ennemi, la fermeté pour résister aux attaques ouvertes, et, à chaque instant, une inébranlable fidélité à votre Royaume.

Régnez sur les intelligences, afin qu’elles ne recherchent que la vérité ; sur les volontés, afin qu’elles ne suivent que le bien ; sur les coeurs, afin qu’ils aiment uniquement ce que vous aimez vous-même.

Régnez sur les individus et sur les familles comme sur les sociétés et les nations ; sur les assemblées des puissants, sur les conseils des sages, comme sur les modestes aspirations des petits.

Régnez sur les routes et les places publiques, dans les cités et les villages, dans les vallées et les montagnes, dans les airs, sur la terre et sur les mers.

Et accueillez la dévote prière de ceux qui savent que votre Royaume est un royaume de miséricorde, où toute supplication trouve accueil, toute douleur un réconfort, toute infortune un soulagement, toute infirmité la santé et où, comme sur un signe de vos très douces mains, de la mort même renaît la vie souriante.

Accordez-nous que ceux qui maintenant, dans toutes les parties du monde, vous acclament et vous reconnaissent pour Reine et Maîtresse, puissent un jour au ciel jouir de la plénitude de votre Royaume, dans la vision de votre Fils, qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne, dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il !

On peut voir sur la vidéo ci-dessous une séquence filmée de cette cérémonie du 1er novembre 1954.

Image de prévisualisation YouTube

Armoiries de Pie XII

Nota bene : le 31 mai nous faisons aussi la mémoire de Sainte Pétronille,
céleste protectrice de la « noble nation des Francs », cf. > www

Prières de Saint Alphonse de Ligori pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame :

La liturgie traditionnelle célèbre à deux reprises les Douleurs et la Compassion de Notre-Dame.

La première et la plus ancienne de ces deux fêtes est celle du vendredi de la Passion (vendredi avant le dimanche des Rameaux).
La seconde – celle du 15 septembre – est, à l’origine, une fête particulière à l’Ordre des Servites de Marie, ordre spécialement dévoué aux Douleurs de Notre-Dame ; en 1817, pour commémorer la fin des souffrances que l’Eglise venait de traverser (persécutions suscitées par la révolution française et l’empire napoléonien, captivité des papes Pie VI et Pie VII), le pape Pie VII étendit cette fête du mois de septembre à toute l’Eglise en la plaçant au 3e dimanche de ce mois (c’est ainsi qu’en 1846, lorsque la Sainte Mère de Dieu apparaît à La Salette, le samedi 19 septembre, elle apparaît de fait à l’heure des premières vêpres de la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs) ; la réforme de Saint Pie X, en 1914, a retiré la fête de Notre-Dame des Douleurs du dimanche pour la fixer au 15 septembre.

Ces deux fêtes sont, l’une comme l’autre, particulièrement importantes pour le Refuge Notre-Dame de Compassion, et nous invitons tous ceux qui nous sont unis par les liens de la prière à s’associer à nous avec une grande ferveur pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame, et pour consoler son Coeur douloureux et immaculé en proie à une si grande désolation.

Nous avons déjà publié sur ce blogue le texte de l’ « Ave, Maria » de la Vierge de Compassion (parfois attribué à Saint Bonaventure, voir > ici), ainsi que la manière dont on peut réciter le « Chapelet des Sept Douleurs » (cf. > ici).
Voici maintenant ci-dessous un exercice pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame dont les prières ont été rédigées par Saint Alphonse de Ligori.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

Statue de Notre-Dame de Compassion au Mesnil-Marie

Première douleur :

Je compatis, ô Mère affligée, à la douleur que vous causa le premier glaive qui vous a transpercée, quand Siméon, dans le Temple, vous représenta les tourments que les hommes devaient faire endurer à votre bien-aimé Jésus (et que vous connaissiez déjà par les divines Écritures), jusqu’à Le faire mourir sous vos yeux, suspendu à un bois infâme, épuisé de sang et abandonné de tout le monde, sans pouvoir recevoir de vous ni défense ni secours.
Je vous prie donc, ma Reine, par ce souvenir amer qui affligea votre cœur pendant tant d’années, de m’obtenir la grâce de conserver toujours, à la vie à la mort, gravées dans mon cœur, la Passion de Jésus-Christ et vos Douleurs.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Deuxième douleur :

Je compatis, ô Mère affligée, à la douleur que vous causa le second glaive qui vous a transpercée lorsque vous avez vu votre Fils innocent, à peine né, persécuté à mort par ces mêmes hommes pour lesquels Il était venu dans le monde ; de sorte que vous avez été obligée de fuir en Égypte pendant la nuit et secrètement à l’insu du monde.
Par tant de peines que vous, Vierge délicate, avez endurées, conjointement avec votre petit Enfant exilé, dans ce long et pénible voyage, par des chemins déserts et difficiles, et dans votre séjour en Égypte, où étant inconnus et étrangers, vous avez vécu durant toutes ces années dans la pauvreté et le mépris, je vous prie ma bien-aimée Souveraine, de m’obtenir la grâce de souffrir avec patience dans votre compagnie, jusqu’à la mort, toutes les peines de cette misérable vie, afin que je puisse, dans l’autre, échapper aux peines éternelles de l’enfer que j’ai bien méritées.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Troisième douleur :

Je compatis, ma Mère affligée, à la douleur que vous causa le troisième glaive qui vous perça le cœur, quand vous avez perdu votre cher Fils Jésus, qui resta trois jours à Jérusalem, éloigné de vous.
Ne voyant plus alors votre amour auprès de vous, et ignorant la cause de Son éloignement, je pense, mon aimable Reine, que vous n’eûtes aucun repos pendant ces nuits, mais que vous ne fîtes que soupirer après Celui qui était tout votre bien : je vous prie donc, par les soupirs que vous avez poussés durant ces trois jours, bien longs et bien douloureux pour vous, de m’obtenir la grâce de ne jamais perdre mon Dieu, afin que je vive toujours uni à Lui et que je meure dans Ses embrassements.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Quatrième douleur :

Je compatis, ma Mère affligée, à la douleur que vous causa le quatrième glaive qui vous perça le cœur, lorsque vous avez vu votre Jésus condamné à mort, chargé de liens et de chaînes, couvert de sang et de plaies, couronné d’un faisceau d’épines, tombant en chemin sous Sa pesante Croix, qu’Il portait sur Ses épaules ensanglantées, allant comme un agneau innocent mourir pour notre amour. Vos yeux se rencontrèrent alors avec les Siens, et vos regards mutuels devinrent autant de traits dont vous blessâtes réciproquement vos cœurs amoureux.
Je vous prie donc par cette grande Douleur, de m’obtenir la grâce de vivre entièrement résigné à la volonté de mon Dieu, portant ma croix avec joie dans la compagnie de Jésus jusqu’au dernier soupir de ma vie.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Cinquième douleur :

Je compatis, ma Mère affligée, à la douleur que vous causa le cinquième glaive qui vous perça le cœur, lorsque, présente sur le mont Calvaire, vous avez vu de vos propres yeux, mourir peu à peu, au milieu de tant de tourments et de mépris, sur le lit douloureux de la Croix, votre bien-aimé Jésus, sans pouvoir même Lui donner le moindre des soulagements qu’au moment de la mort on accorde aux plus scélérats.
Et je vous prie, par l’agonie que vous, tendre Mère, avez soufferte avec votre Fils agonisant, et par la tendresse que vous avez éprouvée lorsque, pour la dernière fois, Il vous parla du haut de la Croix, et que Se séparant de vous, Il nous donna tous à vous pour fils dans la personne de Jean ; par la constance avec laquelle vous L’avez vu baisser la tête et expirer, je vous prie de m’obtenir de votre amour crucifié la grâce de vivre et de mourir crucifié à toutes les choses de ce monde, pour ne vivre toute ma vie que pour Dieu, et ainsi aller un jour jouir de lui face-à-face en paradis.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Sixième douleur :

Je compatis, ma Mère affligée, à la douleur que vous causa le sixième glaive qui vous perça le cœur lorsque que vous vîtes percer d’outre en outre le doux Cœur de votre Fils déjà mort, et mort pour ces ingrats qui, même après L’avoir fait mourir, n’était pas encore rassasiés de Le tourmenter.
Je vous prie donc par cette cruelle douleur que vous avez endurée toute seule, de m’obtenir la grâce d’habiter dans le Cœur de Jésus blessé et ouvert pour moi ; dans ce Cœur, dis-je, qui est la belle demeure d’Amour, où reposent toutes les âmes qui aiment Dieu et que là, passant moi-même ma vie, je ne pense qu’à Dieu et n’aime que Lui. Très Sainte Vierge, vous pouvez le faire, je l’espère de vous.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Septième douleur :

Je compatis, ma Mère affligée, à la douleur que vous causa le septième glaive qui vous perça le cœur, lorsque vous vîtes entre vos bras votre Fils mort, non plus dans l’éclat de Sa beauté, comme vous L’aviez autrefois reçu dans l’étable de Bethléem, mais ensanglanté, livide et tout déchiré des blessures qui avaient mis Ses os à découvert ; vous écriant alors : mon Fils, mon Fils, en quel état l’amour Vous a réduit !
Et lorsqu’on le porta au sépulcre, vous avez voulu encore L’accompagner, et L’y arranger de vos propres mains, jusqu’à ce qu’enfin, Lui disant le dernier adieu, vous y laissâtes votre cœur brûlant d’amour enseveli avec votre Fils. Par tant de martyres qu’a souffert votre belle âme, obtenez-moi, ô Mère du bel amour ! le pardon des offenses que j’ai commises contre mon Dieu bien-aimé ; je m’en repens de tout mon cœur. Défendez moi dans les tentations ; assistez-moi à l’heure de ma mort, afin que sauvé par les mêmes mérites de Jésus et les vôtres, je parvienne un jour avec votre assistance, après ce malheureux exil, à chanter dans le paradis les louanges de Jésus et les vôtres, pendant toute l’éternité. 
Ainsi soit-il.

Pater, Ave Maria.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

V./: Priez pour nous, Vierge très affligée !
R./: Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

O Dieu, dans la Passion duquel un glaive de douleur, suivant la prophétie du vieillard Siméon, a transpercé l’âme très douce de la glorieuse Vierge Marie, Votre Mère, accordez-nous, dans Votre bonté, que en vénérant son coeur transpercé et ses souffrances, nous méritions de recueillir les heureux fruits de Votre Passion ; ô Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie - détail

Statue de Notre-Dame de Compassion au Mesnil-Marie – détail.

Au sujet de la statue de Notre-Dame de Compassion,
voir le texte de présentation > ici

Prière de Sa Sainteté le Pape Pie XII à Notre-Dame de Lourdes.

Sa Sainteté le Pape Pie XII en prière

Cette prière constitue la péroraison du discours que prononça en français, le 28 avril 1935,
Son Eminence Révérendissime le Cardinal Eugenio Pacelli,
Secrétaire d’Etat et Légat a latere de Sa Sainteté le Pape Pie XI,
à Lourdes,
à l’occasion de la clôture du jubilé de la Rédemption (voir la note en bas de page).

l'apparition de ND de Lourdes

O Vierge immaculée, très clémente et très puissante, vous êtes notre Mère. De votre trône de Reine du Ciel, vous avez daigné venir parmi nous en ce coin fortuné de la terre de France ; et, à l’égal de la réalité de la foi, invisible au monde, mais non à l’innocente enfant choisie par vous comme confidente et colloboratrice des merveilles de votre amour pour nous, vous avez fait de cette roche de Massabielle une nouvelle montagne de la gloire de Dieu au milieu des ténèbres de l’incrédulité et du péché, un phare lumineux d’espérance pour le salut des peuples. Mais cette montagne et cette grotte bienheureuse évoquent en nous le souvenir d’une autre montagne et d’une autre grotte, le Golgotha et le Sépulcre, où votre douleur et vos larmes de Mère, à l’heure la plus terrible et la plus divine de la Rédemption, s’unissaient à la suprême torture, à la mort et à la sépulture de votre Fils crucifié, Rédempteur du monde.

Ce jour là, dans ces ténèbres, ô Reine des martyrs, votre foi, votre espérance, votre amour demeurèrent fermes et dirigés vers le ciel comme vous demeuriez vous-même debout auprès de la Croix ; là vous avez été proclamée notre Mère par la divine parole de votre divin Fils et par le sang qui de ses plaies descendait sur vous, pour empourprer et consacrer votre amour pour nous. De ces ténèbres a surgi le soleil de ce jour où nous commémorons l’accomplissement de notre Rédemption.

Vous, notre Corédemptrice, vous, prémices de la grâce et de la Rédemption, ayez pitié de nous, vos pauvres fils. Donnez-nous le courage de votre foi, l’inébranlable fermeté de votre espérance, l’ardeur de votre amour pour Jésus, Fils du Père et votre Fils, notre Rédempteur et notre Frère ; intercédez pour nous auprès de Lui, apaisez sa justice ; obtenez-nous la lumière de la vérité, et que celle-ci parvienne aussi aux esprits aveuglés de ceux dont l’orgueil se dresse contre l’Eternel ; que les dévoyés et les fourvoyés retrouvent le droit chemin, et que par vous, Reine de la paix, victorieuse de toute erreur, l’Eglise poursuive librement sa tâche et répande par le monde les fruits divins de la Rédemption. Protégez le troupeau béni de votre Fils, et le Pasteur auguste qui le conduit dans les pâturages du salut et qui est en esprit présent parmi nous. Protégez cette nation si chère à votre coeur et tout le peuple chrétien accouru ici à vos pieds de toutes les parties du monde, ou qui du moins est tourné vers ce lieu par le désir et nous est uni par la prière.

Que par vous, ô Vierge immaculée, ô Mère du Rédmpteur, notre espérance et notre salut, l’olivier de la concorde et de la paix refleurisse sur la terre, dans les coeurs la pureté, l’ardeur et la constance de la vertu et du sacrifice pour le bien ; et que par ses mérites le sang du Rédempteur nous ouvre les portes du ciel et nous plonge dans la joie de vous contempler, vous, ô Marie, et la Trinité bienheureuse, parmi les splendeurs des saints !

Ainsi soit-il !

Grotte de Lourdes état ancien

Lourdes : la Grotte des apparitions (avant les modifications de la seconde moitié du XXe siècle)

Note : Les « années saintes » ou « jubilés » ont lieu habituellement tous les 25 ans dans l’Eglise Catholique (1900, 1925, 1950, 1975, 2000, 2025). Il peut toutefois arriver que le Souverain Pontife décrète des années saintes  exceptionnelles : ce fut le cas par exemple en 1933, pour marquer le dix-neuvième centenaire de la Rédemption, ce fut le « Jubilé du Salut » qui commença le dimanche de Pâques 2 avril 1933.
Un usage très récent (cela date du pontificat de Jean-Paul II) fait qu’actuellement les jubilés sont célébrés simultanément à Rome et dans toute la Chrétienté, mais ce n’était pas le cas naguère.
En effet, le jubilé – dont l’une des principales démarches demeure l’obtention des indulgences, particulièrement à travers le pèlerinage à Rome et aux lieux saints – était traditionnellement célébré à Rome uniquement pendant l’année du jubilé, puis, une fois seulement qu’il avait été clos à Rome, le Pape l’étendait – pendant quelques mois ou pendant une année entière – au reste des sanctuaires de la Chrétienté.

Selon l’usage traditionnel donc, le jubilé de la Rédemption fut célébré à Rome de Pâques 1933 à Pâques 1934, puis étendu aux autres grands sanctuaires de la Chrétienté de Pâques 1934 à la fin avril 1935.

Deux cardinaux, Francis Bourne, archevêque de Westminster (qui décéda le 1er janvier 1935), et Jean Verdier, archevêque de Paris, émirent l’idée que pour la conclusion du Jubilé – le 28 avril 1935 – soit célébré un triduum continu de Messes, célébrées à l’autel de la grotte de Lourdes : c’est-à-dire que pendant trois jours et trois nuits, de manière ininterrompue, des prêtres se succèdent à l’autel pour offrir le Très Saint Sacrifice, actualisation et renouvellement du Sacrifice Rédempteur du Golgotha.
A cette époque, où les règles du jeûne eucharistique (il fallait être à jeun depuis minuit pour pouvoir célébrer et communier) ne permettaient pas de célébrations l’après-midi, cela demandait des autorisations spéciales que seul le Pape pouvait accorder. L’évêque de Lourdes, Monseigneur Pierre-Marie Gerlier, futur archevêque de Lyon et cardinal, soumit cette idée au Pape Pie XI qui l’accepta et donna les dérogations requises.
À Lourdes donc, des Messes furent donc célébrées sans interruption pendant ces trois journées : c’était quelque chose de jamais vu et ce sont environ 250 000 pèlerins qui, pour la circonstance, accoururent de toutes les parties du monde.

Ces circonstances expliquent le rappel incessant du mystère de la Rédemption et de la place qu’y occupe la Très Sainte Vierge Marie, dans la prière dont nous avons donné ici le texte ci-dessus.
Pour la circonstance, Sa Sainteté le Pape Pie XI envoya à Lourdes comme Légat a latere son Secrétaire d’Etat, S.Em. le cardinal Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII.
Sur la photo ci-dessous, prise sur le parvis de la basilique du Rosaire, Son Eminence est entourée de cinq cardinaux, de soixante-dix archevêques et évêques, d’une très grande quantité prêtres, religieux, séminaristes, servants d’autels… etc.

Le Cardinal Pacelli et le clergé, à Lourdes le 28 avril 1935

(cliquer sur la photo pour la voir en grand format)

2014-7. Les plaies de la France pansées par Marie.

les plaies de la France pansées par Marie

« Les plaies de la France pansées par Marie »

C’est l’intitulé d’une image pieuse que j’ai trouvée dans la collection de Frère Maximilien-Marie. Elle date du milieu du dix-neuvième siècle.

Au premier plan, on y voit la France, figurée par une femme allongée sur un lit d’épis de blé pourrissant et de ronces : son front est ceint d’épines, des larmes coulent de ses joues, son coeur est blessée. De sa main droite, on la voit égrener un chapelet, et ses yeux sont fixés sur la croix qu’elle tient dans la main gauche. Autour de cette croix un phylactère permet de lire ces mots : « Unica spes : unique espérance ».
Le linge qui la recouvre à demi, quand on l’observe attentivement, est en fait un drapeau blanc fleurdelysé.

plaies de la France pansées par Marie détail 1

Derrière elle, se tient la Très Sainte Vierge Marie qui la serre contre son Coeur maternel.
Dans chaque main, Marie tient un linge sur lequel figure une inscription : avec celui qu’elle a dans la main gauche – Fides : la foi – , elle panse les plaies de la tête, et avec celui qu’elle a dans la main droite – Caritas : la charité – , elle soigne le coeur de la France.

plaies de la France pansées par Marie détail 2

Marie pleure ; son regard implorant est tourné vers le Calice du Saint-Sacrifice qui reçoit les gouttes du Précieux Sang découlant des plaies du Sacré-Coeur qui le surmonte.
En arc de cercle au dessus de l’auréole qui nimbe le Coeur de Jésus, est écrit : « Amour à Mon Vicaire »
Deux faisceaux lumineux descendants encadrent le Calice : dans l’un est écrit « Observation du dimanche » et dans l’autre « Détestation du blasphème ». On reconnaît là deux points essentiels du message public délivré par la Très Sainte Vierge Marie lors de l’apparition du 19 septembre 1846 à La Salette.
Avec l’inscription qui se trouve au-dessus, on a des indications précieuses pour la datation de cette image : la diffusion du message de La Salette et la révolution romaine de 1848 qui contraignit le Bienheureux Pie IX à l’exil. Ce dernier évènement est en quelque sorte confirmé par un autre détail : la tiare déposée au pied de la Croix sur une sorte d’autel, juste au-dessous du Calice.

plaies de la France pansées par Marie détail 3

Sur le côté droit, partant d’une nuée sombre, on voit un éclair vengeur  qui, zébrant le ciel, tombe sur la terre à l’endroit où est écrit « France ».
Le message est explicite là encore : ce sont les menaces de châtiments qui risquent de frapper la France, infidèle aux lois divines, infidèle à sa vocation, infidèle à sa mission.

plaies de la France pansées par Marie détail 4

La France est blessée : sa tête, siège de la pensée, est certes blessée par les épines de cette couronne, symbole de l’orgueil de la révolte intellectuelle contre Dieu et contre Son Règne ; son coeur, symbole de ses affections, est certes lui aussi grièvement blessé parce qu’il s’est attaché à d’autres amours qu’à celles qui sont justes et saintes… Toutefois, une flamme ténue s’en échappe encore : tout n’est donc pas irrémédiablement perdu !

La légende de cette image nous délivre une leçon d’espérance.
C’est sans nul doute à Marie, Vierge de Compassion et « toute puissance suppliante » – ainsi que l’on appelée les saints – , qu’il faut attribuer ces mots (dont la formulation semble inspirée par la manière dont elle a intercédé à Cana : « ils n’ont plus de vin ») : « Son coeur bat encore » !
En dessous, la phrase : « J’ai péché, Seigneur… et j’ai fait le mal devant Vous ! » , est l’aveu de la France, contrite et humiliée. C’est la confession de son péché, qui reprend les expressions du « Miserere » (Psaume L), lequel développe l’aveu de David reconnaissant son adultère et son crime (3 Rois XII, 13).

plaies de la France pansées par Marie détail 5

Tant qu’il y aura un peu de flamme dans son coeur, et tant que ce coeur pourra être touché par la grâce du repentir, la France, en se recommandant à l’intercession de la Vierge Marie, sa Reine, aura le droit d’espérer dans sa guérison et dans son relèvement.

Mais si la France néglige la prière et la pénitence, si elle continue à contrevenir aux saintes lois de Dieu, si elle ne s’amende pas et ne convertit pas ses institutions et ses lois, non ! elle ne pourra se soustraire aux châtiments mérités, et devra alors tout craindre de la justice divine !

La leçon est de toujours à toujours.
La leçon est actuelle.
La leçon est d’une brûlante actualité…

Lully.                           

frise avec lys naturel

Ô Marie conçue sans péché, notre bonne Mère qui avez voulu que nous Vous invoquions sous le vocable, si consolant à nos cœurs, de Reine de France, voyez prosternés à Vos pieds vos Sujets malheureux.
Ayez pitié de nous : soyez notre Avocate auprès de Votre divin Fils, notre Roi bien aimé.
Nous savons que nous l’avons grandement offensé, outragé même, que nous avons méprisé Ses Commandements, foulé aux pieds les Saintes Lois de Son Eglise ; mais nous savons aussi, ô aimable Souveraine, que Vous êtes toute puissante sur le Cœur de ce Roi d’Amour qui ne demande Lui-même qu’à pardonner ; obtenez nous donc cette paix, nationale et individuelle, tant désirée de tous, pour la plus grande gloire de Votre cher Fils.

Ainsi soit il.

frise avec lys naturel

2014-5. La nouvelle arche.

17 janvier,
anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain.

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle

Le 17 janvier, même si dans la liturgie la part principale revient à Saint Antoine le Grand, « père de tous les moines » (et protecteur des animaux > www), nous faisons néanmoins la mémoire de la très belle et émouvante apparition de la Très Sainte Mère de Dieu dans le ciel de Pontmain.

Nous avons vu (cf. > www) de quelle manière la Providence avait lié les supplications qui se faisaient pour la France à la basilique de Notre-Dame des Victoires au moment de l’apparition de la Vierge Marie dans le ciel du tout petit village du bas Maine.

Le Coeur douloureux et immaculé de Marie, nous n’en doutons pas, sera toujours le refuge et le secours de ceux qui l’invoqueront avec ferveur et confiance.
Dans le déluge d’iniquités qui submerge le monde, il sera l’arche protectrice qui recueillera les vrais fidèles et les préservera des flots montants de la subversion diabolique.
Aimons à redire souvent cette belle invocation, si répandue jadis :

Doux Coeur de Marie, soyez mon refuge !

frise

La nouvelle arche 1

La nouvelle arche 2

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle - détail

Fervente invocation pour demander à  Marie de trouver refuge en son Coeur :

O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté, et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent !

(Vénérable Pie XII)

frise

2014-4. Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires.

Le 16 janvier l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs, établi dans la basilique de Notre-Dame des Victoires à Paris, célèbre sa fête patronale.
Je veux en profiter pour publier aujourd’hui un texte qui m’a été adressé par un ami et qui établit en quelque sorte un lien entre la basilique de Notre-Dame des Victoires et l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Pontmain, le 17 janvier 1871.

Autel de ND des Victoires

Autel de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs
(basilique Notre-Dame des Victoires – Paris)

Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires
récit de Louis Colin 
(*)

in « Notre-Dame de Pontmain – Son message à la France»
(1894 réédité en 2011 - 
pp. 97-101 ; 221-223 )

Notre-Dame des Victoires, érigée en ex-voto pour remercier la Mère de Dieu de la défaite des protestants qui menaçaient alors de faire passer à l’hérésie la nation prédestinée, est sortie du cœur de Louis XIII en même temps et par le même mouvement que la consécration solennelle de son royaume à Marie.
Celui-ci, glorieux et victorieux autrefois dans le monde, maintenant broyé sous le talon de la protestante Allemagne et livré sans merci à ses innombrables armées, n’a plus qu’une seule ressource, celle d’y demander à genoux sa délivrance. Elle sera la victoire de Notre-Dame, à laquelle, par droit de naissance et de consécration nationale, appartient la France qui, par elle et avec elle, ne saurait ni devenir protestante ni mourir.

Le 15 janvier, une neuvaine y fut annoncée qui devait s’ouvrir le 17, à huit heures du soir, et qui ne s’ouvrit pas ce jour-là sans difficultés.
Mgr Darboy, pour des raisons personnelles sans doute, voulut avoir une autre date qui fût sienne.
Quelles étaient les pensées de l’Archevêque ? Pourquoi ce retard ? Les événements peuvent seuls expliquer les lenteurs qu’il voulut y mettre ; car ce ne fut pas le 17, mais le 20 janvier, c’est-à-dire trois jours après, que la neuvaine devait officiellement commencer.

La poussée des fidèles avait pourtant quelque chose de si extraordinaire et de si irrésistible que, craignant de mécontenter les foules qui, depuis l’annonce du 17, accouraient déjà de tout Paris, M. Chanal, curé de la paroisse, délégua un de ses vicaires, l’abbé Laurent Amodru, auprès de l’archidiacre Surat, pour lui exposer la situation difficile et imprévue dans laquelle on allait forcément se trouver.
« Continuez, répondit à celui-ci Mgr Surat, continuez les exercices préparatoires, comme s’il ne s’agissait de rien. »
Réponse qui fut un blanc-seing donné au curé pour en agir comme il était convenu.

Bien qu’elle eût changé son nom primitif contre celui, plus modeste et plus accommodant, d’exercices préparatoires, la neuvaine du 17 s’ouvrit à point nommé, et lorsque huit heures de la nuit eurent sonnées à la grande horloge, dans la nef de la petite église un millier de fidèles, pliés sous les maux de la patrie, assistaient aux prières plus ardentes ce soir-là de l’Archiconfrérie.

Un prédicateur monta en chaire, et ce prédicateur était l’abbé Laurent Amodru, revenu de l’archevêché.
De quoi pouvait-il entretenir les âmes, sinon des douleurs communes à tous ?
Le voilà qui parle de nos humiliations, de nos soldats, de nos défaites, du péril que court la France penchée au bord de l’abîme.
Puis subitement, comme s’il fût transporté et hors de lui-même, sous l’action d’un souffle inconnu, il demande que chacun fasse un vœu pour obtenir la cessation du fléau qui pèse sur le pays.
Ce vœu, c’est un cœur d’argent qui sera solennellement offert à Notre-Dame des Victoires, à la clôture de la neuvaine qui va commencer.

L’auditoire à cette proposition se sent tressaillir, et les cœurs se réveillent à la douce espérance.
Du banc d’œuvre où il est assis, M. l’abbé Chanal, curé de la paroisse, se lève à son tour comme électrisé. Debout et d’une voix forte, tremblante aussi d’émotion et de larmes, il s’écrie :
« C’est de tout mon cœur, mes frères, que j’approuve l’ex-voto dont vient de vous parler le prédicateur. Oui, nous l’offrirons tous à Notre-Dame des Victoires pour qu’elle nous accorde la cessation de la guerre et arrête les châtiments du ciel. Nous jurerons en même temps de servir Dieu par la sanctification du dimanche, ainsi que vous venez de l’entendre. Ce cœur d’or et d’argent rappellera nos promesses, en même temps qu’il sera le témoignage de notre reconnaissance envers la sainte Vierge ! »

Après quoi, une multitude de fidèles se presse aux bureaux de l’Archiconfrérie pour y déposer son obole.
La commotion produite sur tous était si visible que l’abbé François Amodru, [le frère de Laurent qui avait pris la parole], à la vue du mouvement extraordinaire qui agitait la foule, fut pris d’inquiétude.
Il se précipita vers son frère, et avec l’accent d’un homme tout troublé :
« Qu’avez-vous fait, mon frère, lui dit-il, qu’avez-vous fait ? Vous n’êtes comme moi qu’un simple vicaire, et voilà que du haut de la chaire vous avez mis tout le monde sur pied par une initiative qui n’appartient qu’à M. le curé ! Comment, sans vous être entendu au préalable avec lui, avez-vous osé émettre la proposition d’un ex-voto général ? Nos confrères en sont aussi surpris que moi. Voyez cette foule qui accourt… Comment y suffire ? »
II continuait… 

Mais le frère, l’arrêtant d’un geste, lui dit avec douceur :
Mon ami, soyez en paix ; ce que j’ai fait, je devais le faire, puisque M. le curé l’a grandement et solennellement approuvé.
Mais, s’il ne l’avait pas approuvé ?
S’il n’avait pas dû l’approuver, je n’aurais peut-être pas dit ce que j’ai dit.
Alors vous avez donc eu…
Ne me parlez pas de cela et soyez en paix. Les prières de l’Archiconfrérie et des milliers d’âmes qui sont venues ici pour y prier durant tout le siège ont fait violence au ciel.
Sur ce, le frère étonné regarda son frère, et leur dialogue palpitant s’arrêta là.

Au même moment un chrétien, aux oreilles duquel le nom de Pontmain n’avait jamais retenti, s’était recueilli en sa demeure. Profondément bouleversé par ce qu’il venait de voir, d’ouïr et de sentir à Notre-Dame des Victoires, il prenait une feuille de papier pour y laisser déborder le trop plein de son cœur.
Lui aussi était sous le charme intime d’une espérance soudaine, et tandis que la bienheureuse Apparition s’évanouissait lentement au ciel des cieux, un rayon lointain de ses étoiles lui tomba sous la plume qui d’un seul trait, à neuf heures du soir, écrivit à l’abbé Amodru la lettre mémorable que voici :

« Paris 17 janvier 1871

 « Monsieur l’Abbé,

 « Je reviens de Notre-Dame des Victoires, profondément ému des paroles que, dans une improvisation évidemment inspirée, vous avez adressées ce soir aux nombreux fidèles réunis au pied de l’autel de Marie.
 Déjà bien souvent, en dépit de nos rêves et malgré les nuages sombres dont notre horizon se voile de plus en plus, vous avez ranimé notre foi chancelante, et, puisant dans votre cœur une inaltérable confiance en la très sainte Vierge, vous nous avez répété ce cri que vos lèvres articulent avec une émotion si communicative :
Non, Paris ne tombera pas au pouvoir de l’ennemi et ne périra pas. Une barrière infranchissable s’élève entre lui et la capitale menacée. Notre-Dame des Victoires nous garde et nous défend.

Mû, j’allais dire entraîné, par une confiance qui semble puiser une force nouvelle dans le péril qui grandit d’heure en heure, vous venez ce soir même, dans un langage aussi pieux qu’émouvant, de faire passer en nos âmes attristées la sainte conviction qui anime la vôtre !

Une pensée, avez-vous dit, se présente en ce moment à mon esprit. Nous allons tous publiquement et solennellement supplier la Très Sainte Vierge de nous venir en aide, et nous ne franchirons pas le seuil de ce saint temple consacré à sa gloire sans lui avoir non moins solennellement promis de lui offrir un cœur d’argent qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, ENTRE HUIT ET NEUF HEURES DU SOIR, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle !

Un tel discours prononcé dans un semblable moment, appuyé, sanctionné, d’ailleurs, d’une exhortation véhémente de M. le Curé, devait aller directement au cœur de chacun des assistants. Un long frémissement s’empara, en effet, de la pieuse assemblée qu’un souffle divin venait de transformer tout à coup. L’émotion qui s’est emparée de moi s’est produite dans toutes les âmes. C’est avec bonheur que je le constate, et chacun voudra, je n’en doute pas, réaliser au plus tôt un vœu à la fois si saint et si consolant.

Je m’empresse, quant à moi, de venir, dès ce soir même, vous prier d’en recevoir ici l’expression solennelle. Veuillez, s’il se peut, l’offrir demain matin à Notre-Dame des Victoires, la suppliant de daigner l’accueillir comme un encens d’agréable odeur, composé des prières aussi bien que des voeux de ses plus fidèles sujets.

Et maintenant, monsieur l’Abbé, laissez-moi vous le dire, avec le respect dû à votre personne aussi bien qu’à votre caractère, vous avez su, en ces temps de défaillance et de découragement, maintenir en nous, vos fidèles auditeurs, la foi qui soutient et l’espérance qui fortifie. Ce double sentiment, je dirais cette double vertu, si je ne parlais ici que des autres, a été le partage de tous ceux qui ont écouté votre voix. Je n’en veux d’autre preuve que cette parole dite à mon oreille au moment de la sortie du temple : « La sainte Vierge ne saurait se montrer insensible à une foi si vive, AVANT HUIT JOURS, LA PAIX SERA SIGNÉE. »

Nous aurons donc, grâce à vous et à Notre-Dame des Victoires, attendu avec un calme égal à notre résignation l’heure fixée par la Providence pour le salut de notre malheureux pays. Cette heure bénie et si souvent attendue A SONNÉ CE SOIR, quelque chose me le dit. A l’exemple du saint vieillard Siméon, nous pourrons bientôt entonner le cantique d’allégresse : Nunc, dimittis servum suum, Domine,et les Annales de l’Archiconfrérie, déjà si riches en pieux souvenirs, s’illustreront encore de cette date à jamais mémorable du 17 janvier 1871.

Daignez, etc.,

Signé : Martel, Contrôleur des Monnaies

Apparition de ND à Pontmain 17 janvier 1871

Pontmain : 17 janvier 1871, entre 8h et 9h du soir…

(*) Louis Frédéric Colin, né à Lignières (département du Cher) le 14 janvier 1835, fit ses études au séminaire de Saint Sulpice à Paris, où il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1859. Il choisit alors d’intégrer la compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et un professeur de la Compagnie de Saint-Sulpice, occupa postes de professeur en France de 1860 à 1862, avant d’être envoyé au Québec : curé de Notre-Dame des Neiges à Montréal (1862-1863), professeur de droit canonique au grand séminaire (1863-1864), vicaire à Notre-Dame (1864-1874) et à nouveau professeur de droit canonique au grand séminaire (1874-1875), il devient directeur du grand séminaire de Montréal (1875-1881) puis supérieur des Sulpiciens du Canada (1881-1902). Il rendit son âme à Dieu le 27 novembre 1902. Une école et une avenue portent son nom à Montréal.

frise avec lys naturel

Concernant Notre-Dame des Victoires voir aussi :
- Historique de la basilique Notre-Dame des Victoires > www
- Prière au Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs > www
- Litanies de Notre-Dame des Victoires > www

Concernant Notre-Dame de Pontmain, voir aussi :
- Récit de l’apparition > www
- Le cantique « Mère de l’Espérance » > www

2013-90. Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie.

Lundi 9 décembre 2013,
deuxième jour dans l’octave de l’Immaculée Conception.

frise avec lys naturel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, dimanche 8 décembre, après la Sainte Messe de la fête de la conception immaculée de Notre-Dame, notre Frère a rapporté au Mesnil-Marie le texte du sermon de Monsieur l’abbé Henri Vannier. En fait il lui arrive assez souvent de le faire ; il trouve en effet : 1) qu’il lui est bon, pour lui-même, de relire ce qu’il ne lui est pas possible de retenir totalement pendant le temps même de la prédication, et ses réflexions et méditations de la semaine qui suivent peuvent en approfondir le sens et les sujets ; et 2) qu’il est également bon que je puisse en profiter moi-même, puisque je ne peux pas l’accompagner à la Sainte Messe…
Comme cela m’est déjà arrivé à plusieurs reprises dans les pages de ce blogue, je veux aujourd’hui vous partager le texte de ce sermon à vous aussi, pour que vous le méditiez : il m’a en effet semblé particulièrement remarquable.

Bonne lecture et, surtout, bonne méditation.

Lully.

Ingres la Vierge à l'Hostie musée du Louvre

Jean-Dominique Ingres : la Vierge à l’Hostie (musée du Louvre)

Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable,
il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie :

Avec la prière, bien sûr, il apparaît qu’en nos temps qui sont les derniers, Dieu nous propose deux moyens pour demeurer en Son amour, fidèles à la Foi de l’Eglise de Jésus-Christ : à savoir, la Sainte Messe, ainsi que la dévotion ou plutôt le recours au Coeur immaculé de Marie, comme nous l’a indiqué Notre-Dame elle-même à Fatima.

Aussi, en cette fête de l’Immaculée Conception, je voudrais vous entretenir de Marie et l’Eucharistie, ou plus précisément, vous faire contempler, à la lumière de l’enseignement des Papes contemporains, Marie comme la « Femme eucharistique ».

A première vue, l’Evangile reste silencieux à ce sujet. Dans le récit de l’Institution, au soir du Jeudi Saint, on ne parle pas de Marie. On sait, en revanche, qu’elle était présente parmi les Apôtres rassemblés après l’Ascension dans l’attente de la Pentecôte. Nul doute ainsi qu’elle assistait aux Célébrations Eucharistiques de la primitive Eglise, assidue à « la Fraction du Pain ».

Mais en allant au-delà de sa participation aux Messes célébrées par les disciples du Seigneur, il convient d’entrevoir le rapport entre Marie et l’Eucharistie à partir de son attitude intérieure et de sa place particulière au fondement de l’Eglise.

Si l’Eucharistie est un mystère de Foi, Marie nous sert de soutien et de guide pour croire. Lorsque nous refaisons le geste du Christ, en obéissance à Son commandement : « Faites cela en mémoire de Moi », nous entendons en même temps l’invitation de la Sainte Vierge à Lui obéir fidèlement : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».
Avec la sollicitude maternelle dont elle témoigne aux Noces de Cana, Marie nous dit : « Mon Fils, Lui qui fut capable de changer l’eau en vin, est capable également de changer le pain en Son Corps et le vin en Son Sang, par les Paroles et la Puissance qu’Il a données à Ses prêtres agissant en Son Nom ».

En fait, la Sainte Vierge a exercé sa Foi eucharistique avant même l’institution de l’Eucharistie, par le fait qu’elle a offet son sein virginal pour l’Incarnation du Verbe de Dieu.
Tandis que l’Eucharistie renvoie à la Passion et à la Résurrection, elle se situe avant tout en continuité de l’Incarnation.
A l’Annonciation, la Sainte Vierge a conçu le Fils de Dieu dans la réalité du Corps et du Sang du Christ, anticipant en elle ce qui se réalise sacramentellement en tout fidèle qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin, ce même Corps et ce même Sang du Seigneur.

Il existe donc une analogie profonde entre le « Fiat » par lequel Marie répond aux paroles du Seigneur et l’ « Amen » que l’Eglise prononce à la fin du canon de la Messe, ainsi que la démarche de Foi que chaque fidèle accomplit au moment de la Communion.
A Marie, il fut demandé de croire que Celui qu’elle concevait par l’opération du Saint-Esprit était le Fils de Dieu. A nous, il nous est demandé de croire qu’à la Messe, ce même Jésus, Fils de Dieu et Fils de Marie, se rend présent dans la totalité de Son Etre, sous les espèces du pain et du vin.

Aussi, lorsque, au moment de la Visitation, la Sainte Vierge porte en son sein le Verbe fait chair, Marie devient en quelque sorte un tabernacle – le premier tabernacle de l’histoire – , dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l’adoration d’Elisabeth, et par lequel le divin Sauveur sanctifie Jean-Baptiste le Précurseur.
Pensons que nous-mêmes, pauvres pécheurs certes, nous accédons à cette même dignité lorsque nous recevons le Seigneur à la Sainte Communion.

Allons plus loin. Durant toute sa vie aux côtés de son divin Fils, et bien sûr au Calvaire, Marie a fait sienne la réalité sacrificielle de l’Eucharistie, sacrement de la Croix.
Quand la Sainte Vierge porta l’Enfant Jésus au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur, Marie entendit le vieillard Siméon lui annoncer que cet Enfant serait un signe de division et qu’un glaive devait transpercer son coeur de mère. Le drame de son Fils crucifié était dès lors annoncé à l’avance.
Se préparant ainsi jour à l’offrande de la Croix, Marie vit une sorte de Messe anticipée, une communion spirituelle de désir et d’oblation, dont l’accomplissement se réalisera par l’union avec son Fils au moment de la Passion, et qui s’exprimera ensuite, dans le temps après Pâques, par sa participation aux Célébrations Eucharistiques des Apôtres.

N’est-ce pas dans son union au Christ, au pied de la Croix, que Marie est devenue la Mère de l’Eglise et notre propre Mère ? « Voici ta mère ».
Et n’est-ce donc pas à la Messe que la Sainte Vierge remplit cette mission de maternelle assistance tandis que nous offrons avec elle le Sacrifice du Seigneur, et que nous recevons le Corps et le Sang de son propre Fils ?

Si Eglise et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant de Marie et de l’Eucharistie.
Et ce qui ressort du mystère de l’Eglise vivant de l’Eucharistie et de Marie, c’est l’action de grâces, dans l’espérance, telle que l’a célébrée la Sainte Vierge dans le Magnificat, annonçant la merveille de l’Histoire du Salut, tout orientée vers la gloire du Seigneur à la fin de ce monde. Amen !

frise avec lys naturel

2013-89. Des origines de Notre-Dame selon « La Légende Dorée ».

7 décembre,
veille de la fête de la Conception immaculée de Notre-Dame.

Domenico Ghirlandaio Joachim chassé du temple - Florence Santa Maria Novella

Saint Joachim chassé du Temple (Domenico Ghirlandaio, fresque à Santa Maria Novella – Florence)

Initialement intitulé « Legenda Sanctorum alias Lombardica hystoria » (qui se traduit : ce qui doit être lu au sujet des saints ou histoire de la Lombardie), cet ouvrage rédigé, entre 1261 et 1266, par le Bienheureux Jacques de Voragine – dominicain et archevêque de Gênes – , fut rapidement appelé « Legenda aurea ».
La traduction française « Légende Dorée » ne rend pas exactement le sens des mots latins : « legenda », il faut insister là-dessus, doit être traduit par : « les choses qui doivent être lues », et n’a pas au Moyen-Age ce sens de récit fabuleux qui est aujourd’hui celui du mot français légende.
Quant au qualificatif « aurea » – traduit par dorée – , il veut en réalité signifier que le contenu de ce recueil de choses à lire est particulièrment précieux, autant que s’il s’agissait d’or !

Pour composer son ouvrage, le Bienheureux Jacques de Voragine a réuni en un seul récit les traditions concernant la vie des saints, la vie de Notre-Dame et la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que l’on peut trouver dans les oeuvres des Pères de l’Eglise tels que Saint Jean Cassien, Saint Jérôme, Saint Augustin, Saint Jean Chrysostome, Saint Jean Damascène, Bède le Vénérable… etc. et quelques historiens ecclésiastiques comme Saint Grégoire de Tours ou Vincent de Beauvais.

« La Légende Dorée » eut un succès considérable et, par suite, une diffusion exceptionnelle : avec la Sainte Bible et le psautier ce fut l’ouvrage le plus recopié, le plus répandu. Le premier ouvrage imprimé en français, à Lyon en 1476, fut « La Légende Dorée ».

Dès lors, et même si les historiens d’aujourd’hui se plaisent à le dénigrer, ce texte se révèle indispensable pour comprendre la tradition iconographique religieuse de l’Occident (et même de l’Orient parfois) : un nombre incalculable de tableaux, d’enluminures, de sculptures dans nos cathédrales, dans nos églises et dans nos musées ne peuvent être compris et correctement interprêtés sans la connaissance de ces traditions dont « La Légende Dorée » est en quelque sorte le compendium.

A la veille de la fête de la conception de Notre-Dame, il m’a donc semblé profitable de publier ci-dessous quelques extraits de « La Légende Dorée » concernant les origines de la Très Sainte Vierge Marie et les circonstances dans lesquelles elle fut conçue.

Lully.

Bartolo di Fredi l'annonciation à St Joachim - Pinacothèque vaticane

L’annonciation à Saint Joachim (Bartolo di Fredi – Pinacothèque vaticane)

Anne conçut, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie :

La glorieuse Vierge Marie tire son origine de la tribu de Juda et de la race royale de David. Or, saint Matthieu et saint Luc ne donnent pas la généalogie de Marie, mais celle de saint Joseph, qui ne fut cependant pour rien dans la conception de Jésus-Christ.
C’est, dit-on, la coutume de l’Écriture Sainte de ne pas établir la suite de la génération des femmes, mais celle des hommes. Il est très vrai pourtant. que la sainte Vierge descendait de David ; ce qui est évident parce que l’Ecriture atteste en beaucoup d’endroits que Jésus-Christ est issu de la race de David. Mais comme Jésus-Christ est né seulement de la Vierge, il est manifeste que la Vierge elle-même descend de David par la lignée de Nathan.
Car entre autres enfants, David eut deux fils, Nathan et Salomon.
De la lignée de Nathan, fils de David, d’après le témoignage de saint Jean Damascène, Lévi engendra Melchi et Panthar, Panthar engendra Barpanthar, et Barpanthar engendra Joachim, et Joachim la Vierge Marie.
Par la lignée de Salomon, Nathan eut une femme de laquelle il engendra Jacob. Nathan étant mort, Melchi de la tribu de Nathan, qui fut fils de Lévi, mais frère de Panthar, épousa la femme de Nathan, mère de Jacob, et engendra d’elle Héli. Jacob et Héli étaient donc frères utérins, mais Jacob était de la tribu de Salomon et Héli de celle de Nathan. Or, Héli, de la tribu de Nathan, vint à mourir, et Jacob, son frère, qui était de la tribu de Salomon, se maria avec sa femme, suscita un enfant à son frère et engendra Joseph.
Joseph est donc par la nature fils de Jacob ; en descendant de Salomon, et selon la loi, fils d’Héli qui descend de Nathan. Selon la nature, en effet, le fils qui venait alors au monde était fils de, celui qui l’engendrait, mais selon la loi, il était le fils du défunt. C’est ce que dit le Damascène (…).

Or, Joachim épousa une femme, nommée Anne, qui eut une soeur appelée Hismérie. Cette Hismérie donna le jour à Elizabeth et à Eliud. Elizabeth donna le jour à Jean-Baptiste (…).

Giotto di Bondone l'annonciation à Ste Anne - Chapelle Scrovegni Padoue

L’annonciation à Sainte Anne (Giotto di Bondone, fresque de la chapelle Scrovegni – Padoue)

Or, Anne eut, dit-on, trois maris, savoir : Joachim, Cléophas et Salomé.
De son premier mari, c’est-à-dire de Joachim, elle eut une fille qui était Marie, la mère de Jésus-Christ, qu’elle donna en mariage à Joseph, et Marie engendra et mit au monde Notre-Seigneur Jésus-Christ.
A la mort de Joachim, elle épousa Cléophas, frère de Joseph, et elle en eut une autre fille qu’elle appela Marie, comme la première, et qu’elle maria dans la suite avec Alphée. Marie, cette seconde fille, engendra d’Alphée, son mari, quatre fils, qui sont Jacques le mineur, Joseph le juste qui est le même que Barsabas, Simon et Jude.
Anne, après la mort de son second mari, en prit un troisième ; c’était Salomé, de qui elle engendra une autre fille qu’elle appela encore Marie et qu’elle maria à Zébédée. Or, cette Marie engendra de ce Zébédée deux fils, savoir : Jacques le majeur et Jean l’évangéliste. (…)

Joachim donc, qui était de la Galilée et de la ville de Nazareth, épousa sainte Anne de Bethléem.
Tous les deux justes et marchant avec droiture dans l’accomplissement des commandements du Seigneur, faisaient trois parts de leurs biens : l’une affectée au temple et aux personnes employées dans le service du temple ; une seconde donnée aux pèlerins et aux pauvres, une troisième consacrée à leur usage particulier et à celui de leur famille.

Pendant vingt ans de mariage, ils n’eurent point d’enfants, et ils firent voeu à Dieu, s’il leur accordait un rejeton, de le consacrer au service du Seigneur. Pour obtenir cette faveur, chaque année, ils allaient à Jérusalem aux trois fêtes principales. Or, à la fête de la dédicace, Joachim alla à Jérusalem avec ceux de sa tribu, et quand il voulut présenter son offrande, il s’approcha de l’autel avec les autres. Mais le prêtre, en le voyant, le repoussa avec une grande indignation ; il lui reprocha sa présomption de s’approcher de l’autel en ajoutant qu’il était inconvenant pour un homme, sous le coup de la malédiction de la loi, de faire des offrandes au Seigneur, qu’il ne devait pas, lui qui était stérile et qui n’avait pas augmenté le peuple de Dieu, se présenter en compagnie de ceux qui n’étaient pas infectés de cette souillure.

Benozzo Gozzoli la  rencontre à la porte dorée - fresque Castelfiorentino

La rencontre de Sainte Anne et de Saint Joachim à la Porte Dorée
(Benozzo Gozzoli, fresque conservée à la bibliothèque de Castelfiorentino)

Alors Joachim tout confus, fut honteux de revenir chez lui, de peur de s’entendre adresser les mêmes reproches par ceux de sa tribu qui avaient ouï les paroles du prêtre. Il se retira donc auprès de ses bergers, et après avoir passé quelque temps avec eux, un jour qu’il était seul, un ange tout resplendissant lui apparut et l’avertit de ne pas craindre (il était troublé de cette vision) : « Je suis, lui dit-il, un ange du Seigneur envoyé vers vous pour vous annoncer que vos prières ont été exaucées, et que vos aumônes sont montées jusqu’en la présence de Dieu. J’ai vu votre honte, et j’ai entendu les reproches de stérilité qui vous ont été adressées à tort. Dieu est le vengeur du péché, mais non de la nature, et s’il a fermé le sein d’une femme c’est pour le rendre fécond plus tard d’une manière qui paraisse plus merveilleuse, et pour faire connaître que l’enfant qui naît alors, loin d’être le fruit de la passion, sera un don de Dieu. Sara, la première mère de votre race, n’a-t-elle pas enduré l’opprobre de la stérilité jusqu’à sa quatre-vingt-dixième année ? et cependant elle mit au monde Isaac auquel avaient été promises les bénédictions de toutes les nations. Rachel encore n’a-t-elle pas été longtemps stérile ? toutefois elle enfanta Joseph qui fut à la tête de toute l’Egypte. Y eut-il quelqu’un plus fort que Samson et plus saint que Samuel ? tous les deux eurent pourtant des mères stériles. Croyez donc à ma parole et à ces exemples, que les conceptions tardives et les enfantements stériles sont d’ordinaire plus merveilleux. Eh bien ! Anne, votre femme, vous enfantera une fille et vous l’appellerez Marie. Dès son enfance, elle sera, comme vous en avez fait voeu, consacrée au Seigneur ; dès le sein de sa mère, elle sera remplie du Saint-Esprit ; elle ne restera point avec le commun du peuple, mais elle demeurera toujours dans le temple du Seigneur, afin d’éviter le moindre mauvais soupçon. Or, de même qu’elle naîtra d’une mère stérile, de même elle deviendra, par un prodige merveilleux, la mère du Fils du Très-haut, qui se nommera Jésus, et qui sera le salut de toutes les nations. Maintenant voici le signe auquel vous reconnaîtrez la vérité de mes paroles : quand vous serez arrivé à Jérusalem à la porte Dorée, vous rencontrerez Anne, votre femme ; et en vous voyant elle éprouvera une joie égale à l’inquiétude qu’elle a ressentie de votre absence prolongée ».
Quand l’ange eut parlé ainsi, il quitta Joachim.

Or, Anne tout en pleurant dans l’ignorance de l’endroit où était allé son mari, vit lui apparaître le même ange qu’avait vu Joachim ; et il lui déclara les mêmes choses qu’il avait dites à celui-ci, en ajoutant que, pour marque de la vérité de sa parole, elle allât à Jérusalem, à la porte Dorée où elle rencontrerait son mari qui revenait.

D’après l’ordre de l’ange, tous deux vont au-devant l’un de l’autre, enchantés de la vision qu’ils avaient eue, et assurés d’avoir l’enfant qui leur avait été promise.
Après avoir adoré le Seigneur, ils revinrent chez eux, attendant joyeusement la réalisation de la promesse divine. Anne conçut donc, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie.

Quentin Massys triptyque de Ste Anne partie centrale la sainte parenté

La sainte parenté : au centre Sainte Anne, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus,
entourées des autres filles de Sainte Anne et de leurs enfants :
en bas à droite Sainte Marie Salomé avec  ses fils Saint Jacques le Majeur et Saint Jean (futurs apôtres)
en bas à gauche Sainte Marie de Cléophas avec les Saints Simon et Jude, Saint Jacques le Mineur (futurs apôtres) et Saint Joseph Barsabas, dit le juste.
A l’arrière plan (de gauche à droite) : Cléophas deuxième époux de Sainte Anne, Saint Joseph époux de Marie, Saint Joachim, et Alphée troisième époux de Sainte Anne.
(Quentin Massys, triptyque de Sainte Anne – musée royaux des beaux-arts, Bruxelles)

Le 8 décembre illuminons nos fenêtres en l’honneur de Notre-Dame > www

2013-82. « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans… »

Saint Alphonse de Ligori :

« De la Présentation de Marie »
(in « Les Gloires de Marie »  - 2e partie : Les Vertus de Marie)
extraits

La Présentation de Marie (église Saint-Martin, Vals-les-Bains)

La Présentation de Marie (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

(…) Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans, lorsqu’elle se présenta au temple pour offrir, non des aromates, des animaux, des talents d’or, mais toute sa personne en parfait holocauste, se consacrant comme une victime perpétuelle en Son honneur. Elle entendit la voix de Dieu qui dès lors l’invitait à se dévouer toute à Son amour (Cant. II), elle vola donc vers son Seigneur, oubliant sa patrie, ses parents, tout en un mot, pour ne s’attacher qu’à L’aimer et à Lui complaire (Ps. XLIV). Sur le champ, elle obéit à la voix divine.
Considérons donc combien fut agréable à Dieu cette offrande que Marie lui fit d’elle-même, puisqu’elle s’offrit à Lui promptement et entièrement (…).

Premier point : Marie s’offrit promptement à Dieu.

(…) Dès le premier moment où cette céleste enfant fut sanctifiée dans le sein de sa mère, et ce fut le premier de son immaculée conception, elle reçut le parfait usage de la raison, pour pouvoir commencer dès lors à mériter, suivant l’opinion commune des docteurs (…). Si ce privilège a été accordé aux anges et à Adam, comme le dit le docteur angélique, il faut admettre à bien plus forte raison qu’il a été accordé à la divine Mère ; car, Dieu ayant daigné la choisir pour Sa Mère, on doit supposer certainement qu’Il lui a conféré de plus grands dons qu’à toutes les autres créatures. En sa qualité de Mère, dit Suarez, elle a en quelque sorte un droit particulier à tous les dons de son Fils. Comme, à raison de l’union hypostatique, Jésus dut avoir la plénitude de toutes les grâces, il convint aussi, à raison de la divine maternité de Marie, que Jésus, en retour de l’obligation naturelle qu’Il lui avait, lui conférât des grâces plus grandes que celles qui étaient accordées à tous les anges et aux autres saints.

C’est pourquoi, dès le premier instant de sa vie, Marie connut Dieu, et Le connut si bien, qu’aucune langue, dit l’ange à sainte Brigitte, ne saurait expliquer combien l’intelligence de la sainte Vierge réussit à pénétrer Dieu dès le premier moment qu’elle Le connut. Et dès lors aussi, éclairée des premiers rayons de la divine lumière, elle s’offrit toute entière au Seigneur, se dévouant sans réserve à Son amour et à Sa gloire, comme l’ange continua à le dire à sainte Brigitte : Aussitôt notre Reine se détermina à sacrifier à Dieu sa volonté avec tout son amour pour le temps de sa vie. Et nul ne peut comprendre combien sa volonté se soumit alors à embrasser toutes les choses qui plaisaient au Seigneur.

Mais cette enfant immaculée, apprenant ensuite que ses parents, saint Joachim et sainte Anne, avaient promis à Dieu, même avec voeu, que, s’Il leur accordait un rejeton, ils le consacreraient à Son service dans le temple, et les Juifs ayant l’antique coutume de placer leurs filles dans des cellules, autour de cet édifice, pour y être élevées, comme le rapportent Baronius, Nicéphore, Cedranus et Suarez, d’après l’historien Josèphe et le témoignage de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nicomédie, de saint Anselme, de saint Ambroise ; et comme cela est d’ailleurs établi clairement par un passage du livre 2e des Macchabées (III, 20), relatif à Héliodore, qui voulut pénétrer dans le temple pour s’emparer du trésor ; Marie apprenant cela, dirons-nous, lorsqu’elle avait à peine trois ans, ainsi que l’attestent saint Germain et saint Epiphane, c’est-à-dire à l’âge où les jeunes filles ont un plus grand désir et un plus grand besoin de l’assistance de leurs parents, voulut être solennellement offerte et consacrée à Dieu, en se présentant dans le temple ; aussi fut-elle la première à prier ses parents avec instance de l’y conduire pour accomplir leur voeu. Et sa sainte Mère, dit saint Grégoire de Nysse, s’empressa de le faire.
Saint Joachim et sainte Anne, sacrifiant généreusement à Dieu ce que leur coeur chérissait le plus sur la terre, partirent de Nazareth, portant tour à tour dans leurs bras leur fille bien-aimée, car elle n’aurait pu franchir à pied la longue distance de 80 milles qui sépare Nazareth de Jérusalem. Ils voyageaient accompagnés d’un petit nombre de parents ; mais des légions d’anges, dit saint Grégoire de Nicomédie, formaient leur cortège, et servaient durant ce voyage la Vierge immaculée qui allait se consacrer à la majesté divine.
Oh ! qu’ils sont beaux, devaient alors chanter les anges, qu’ils sont agréables à Dieu, les pas que vous faites pour aller vous offrir à Lui, ô Fille bien-aimée de notre commun Seigneur (Cant. VII, 1).

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Dieu, dit saint Bernardin, fit en ce jour une grande fête avec toute la cour céleste, en voyant conduire Son Épouse au temple, car Il ne vit jamais de créature plus sainte et plus aimable s’offrir à Lui. Allez donc, s’écrie saint Germain, archevêque de Constantinople, allez, ô Reine du monde, ô Mère de Dieu, allez avec joie à la maison du Seigneur, attendre la venue du divin Esprit qui vous rendra Mère du Verbe éternel !

Lorsque cette sainte société arriva au temple, l’aimable enfant se tourna vers ses parents, s’agenouilla en baisant leurs mains, et leur demanda leur bénédiction ; puis, sans jeter aucun regard en arrière, elle franchit les quinze marches du temple (comme le rapporte Arias Montanus d’après Josèphe), et se présenta au prêtre saint Zacharie, dit saint Germain. Renonçant alors au monde, renonçant à tous les biens qu’il promet à ses serviteurs, elle s’offrit et se consacra à son Créateur.

Au temps du déluge, le corbeau, envoyé par Noé hors de l’arche, s’y arrêta pour se repaître de cadavres ; mais la colombe, sans même poser le pied, retourna aussitôt a l’arche. Bien des hommes envoyés par Dieu en ce monde s’y arrêtent aussi malheureusement à se nourrir des biens terrestres. Il n’en fut pas de même de Marie, notre céleste colombe ; elle connut que Dieu doit être notre unique bien, notre unique espérance, notre unique amour ; elle connut que le monde est plein de périls, et que plus tôt on le quitte, plus tôt on est délivré de ses pièges ; aussi voulut-elle le fuir dès sa plus tendre enfance, et alla-t-elle s’enfermer dans la sainte retraite du temple, pour y mieux entendre la voix du Seigneur, pour L’honorer et L’aimer davantage. Ainsi la sainte Vierge, des ses premières actions, se rendit chère et agréable à son Dieu, comme l’Église le lui fait dire. C’est pourquoi on la compare à la lune ; car, de même que la lune achève son cours plus vite que les autres planètes, de même Marie atteignit la perfection plus vite que tous les saints, en se donnant à Dieu promptement, sans délai, et entièrement sans réserve (…).

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Deuxième point : Marie s’offrit à Dieu sans réserve.

Eclairée d’en haut, cette enfant savait bien que Dieu n’accepte pas un coeur divisé, mais qu’Il veut qu’on le consacre tout entier à Son amour, suivant le précepte qu’Il en a donné. Aussi, dès le premier instant de sa vie, commença-t-elle à aimer Dieu de toutes ses forces, et se donna-t-elle à Lui toute entière. Mais son âme très sainte soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer tout à fait à Lui en effet, et d’une manière publique et solennelle.
Considérons donc avec quelle ferveur cette Vierge aimante, se voyant enfermée dans le saint lieu, se prosterna pour en baiser le parvis, comme celui de la maison du Seigneur, puis elle adora Son infinie majesté, et Le remercia d’avoir daigné l’admettre à habiter pendant quelque temps Sa maison ; ensuite elle s’offrit toute entière à son Dieu, sans réserve d’aucune chose, Lui offrant toutes ses facultés et tous ses sens, tout son esprit et tout son coeur, toute son âme et tout son corps ; car ce fut alors, comme on le croit, que pour plaire à Dieu elle fit le voeu de virginité, voeu que Marie forma la première, suivant l’abbé Rupert. Et elle s’offrit, sans limitation du temps, comme l’affirme Bernardin de Busto. Car elle avait alors l’intention de se dévouer à servir la divine majesté dans le temple, durant toute sa vie, si Dieu l’avait ainsi voulu, et sans jamais sortir du lieu saint. Oh ! avec quel amour dut-elle s’écrier alors : « Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis venue que pour Vous plaire et pour Vous rendre tout l’honneur que je puis ; je ne veux vivre et mourir que pour Vous, si Vous l’agréez ; acceptez le sacrifice que Vous fait votre pauvre servante, et aidez-moi à Vous être fidèle ».

Considérons combien fut sainte la vie de Marie dans le temple ; en l’y voyant croître en perfection, comme l’aurore en lumière, qui pourrait expliquer comment resplendissaient en elle, et plus belles de jour en jour, toutes les vertus, la charité, la modestie, l’humilité, le silence, la mortification, la mansuétude ?
Planté dans la maison de Dieu, ce bel olivier, dit saint Jean Damascène, arrosé par l’Esprit saint, devint le séjour de toutes les vertus. Le même saint dit ailleurs : Le visage de la Vierge était modeste, son esprit humble, et ses paroles, expression d’une âme recueillie, étaient douces et pleines de charmes ; il ajoute autre part : La Vierge éloignait la pensée de toutes les choses terrestres, pour embrasser toutes les vertus ; s’occupant ainsi de la perfection, elle y fit en peu de temps de si grands progrès qu’elle mérita de devenir le temple de Dieu.

Saint Anselme, traitant de la vie de la sainte Vierge dans le temple, dit que Marie était docile, parlait peu, demeurait recueillie, sans rire ni se troubler jamais. Elle persévérait dans l’oraison, dans la lecture des livres saints, dans le jeûne et dans toutes les pratiques de vertu. Saint Jérôme entre dans de plus grands détails : Marie réglait ainsi sa journée : depuis le matin jusqu’a tierce, elle restait en oraison ; de tierce jusqu’à none, elle s’occupait de quelque travail ; à none reprenait l’oraison jusqu’à ce que l’ange lui apportât sa nourriture comme de coutume. Elle était la première dans les veilles, la plus exacte à accomplir la loi divine, la plus profonde en humilité, la plus parfaite dans chaque vertu. On ne la vit jamais en colère : toutes ses paroles respiraient tant de douceur qu’on reconnaissait l’Esprit de Dieu à son langage.

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La divine Mère révéla elle-même à sainte Elisabeth, vierge de l’ordre de saint Benoît, que, lorsque ses parents l’eurent laissée dans le temple, elle résolut de n’avoir que Dieu pour père, et elle songeait à ce qu’elle pouvait faire pour Lui être agréable. Elle se détermina à Lui consacrer sa virginité, et à ne posséder quoi que ce fut au monde, soumettant toute sa volonté au Seigneur. Entre tous les préceptes, elle se proposait surtout d’observer celui de l’amour de Dieu ; elle allait, au milieu de la nuit, prier le Seigneur, à l’autel du temple, de lui accorder la grâce de pratiquer Ses commandements, et de lui faire voir en ce monde la Mère du Rédempteur, Le suppliant de lui conserver les yeux pour la contempler, la langue pour la louer, les mains et les pieds pour la servir, et les genoux pour adorer dans son sein son divin Fils.
Sainte Elisabeth, à ces mots de Marie, lui dit : « Mais, ô ma Souveraine, n’étiez-vous pas pleine de grâce et de vertu ? » Et Marie répondit : « Sachez que je me regardais comme la plus vile des créatures, et comme indigne de la grâce de Dieu ; c’est pourquoi je demandais ainsi la grâce et la vertu ». Enfin, pour nous convaincre de la nécessité absolue où nous sommes tous de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin, Marie ajouta : « Pensez-vous que j’aie obtenu la grâce et la vertu sans peine ? Sachez que je n’ai reçu de Dieu aucune grâce sans une grande peine, sans de continuelles oraisons, des désirs ardents, et beaucoup de larmes et de pénitences ».

Mais on doit s’attacher surtout aux révélations faite à sainte Brigitte, touchant les vertus et les exercices pratiques par la sainte Vierge dans son enfance.
Dès son bas âge, y est-il dit, Marie fut remplie de l’Esprit saint, et à mesure qu’elle croissait en années, elle croissait aussi en grâce. Des lors, elle résolut d’aimer Dieu de tout son coeur, de manière à ne L’offenser ni par ses paroles, ni par ses actions, aussi méprisait-elle tous les biens de la terre. Elle donnait aux pauvres tout ce qu’elle pouvait. Elle était si sobre qu’elle ne prenait que la nourriture absolument nécessaire pour soutenir son corps. Ayant appris, dans l’Ecriture Sainte, que Dieu devait naître d’une vierge afin de racheter le monde, elle s’enflamma tellement du divin amour, qu’elle ne désirait que Dieu et ne pensait qu’à Lui, ne se plaisant que dans le Seigneur, elle fuyait la conversation même de ses parents, pour n’être point détournée du souvenir de Dieu. Enfin, elle souhaitait de se trouver au temps de la venue du Messie, afin d’être la servante de l’heureuse Vierge qui aurait mérite de devenir Sa Mère. Voila ce que contiennent les révélations faites à sainte Brigitte (Livres 1 et 3).

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Ah! c’est pour l’amour de cette sublime enfant que le Rédempteur hâta sa venue au monde ; tandis que, dans son humilité, elle ne se croyait pas digne d’être la servante de la divine Mère, elle fut choisie pour la devenir elle-même ; par l’odeur de ses vertus, par la puissance de ses prières, elle attira dans son sein virginal le Fils de Dieu. Voila pourquoi Marie a reçu du divin Époux le nom de tourterelle (Cant. II, 12), non seulement parce qu’à l’exemple de la tourterelle elle aimait la solitude, vivant en ce monde comme dans un désert, mais parce que, comme la tourterelle fait retentir les campagnes de ses gémissements, ainsi Marie gémissait dans le temple, en compatissant aux misères du monde perdu et en demandant à Dieu notre commune Rédemption. Oh! avec quel amour, avec quelle ferveur, elle répétait à Dieu dans ce temps les supplications et les soupirs des prophètes, pour qu’il envoyât le Rédempteur (Isaïe XVI, 1 ; XLV, 8).

Enfin Dieu se plaisait à voir cette Vierge s’élever de plus en plus vers le sommet de la perfection, semblable à une colonne de parfums, qui exhalait les odeurs de toutes les vertus, comme l’Esprit saint le dit dans les cantiques (Cant. III, 6). En vérité, déclare saint Sophrone, cette enfant était le jardin de délices du Seigneur, parce qu’Il y trouvait toutes les sortes de fleurs, et toutes les odeurs de vertus. Aussi saint Jean Chrysostome affirme-t-il que Dieu choisit Marie pour Sa Mère sur la terre, parce qu’Il n’y trouva point de Vierge plus sainte et plus parfaite, ni de lieu plus digne de Sa demeure, que son sein très sacré, parole confirmée par saint Bernard ; et saint Antonin assure que la Bienheureuse Vierge, pour être élue et destinée à la dignité de Mère de Dieu, dut posséder une perfection si grande et si consommée qu’elle surpassât en perfection toutes les autres créatures.

Comme cette sainte enfant se présenta et s’offrit à Dieu dans le temple promptement et sans réserve, ainsi présentons-nous en ce jour à Marie entièrement et sans délai, et prions-la de nous offrir à Dieu, qui ne nous repoussera pas, en nous voyant présentés par la main de celle qui fut le temple vivant du Saint-Esprit, les délices du Seigneur, et la Mère destinée au Verbe éternel. Mettons tout notre espoir en cette sublime et excellente souveraine, qui récompense avec tant d’amour les honneurs que lui rendent ses serviteurs.

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Sur la Présentation de la Bse Vierge Marie au Temple voir aussi :
- l’hymne liturgique du propre parisien > www
- la méditation de Monsieur Olier > www
- le sermon de St François de Sales > www

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