Archive pour la catégorie 'De Maria numquam satis'

2016-20. Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion.

Mercredi Saint.

       S’il y a une scène de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a été chère à la piété des fidèles, d’une manière très spéciale à la fin du Moyen-Age et jusqu’au XVIIe siècle, mais qui est bien souvent oubliée aujourd’hui, c’est celle des adieux de Jésus à Sa Mère avant la Passion.

   Lorsque l’on parle des « Adieux du Christ à Sa Mère » ou du « Christ prenant congé de Sa Mère », il ne s’agit pas de la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire, scène absente des Saints Evangiles, mais rapportée par la Tradition, qui fait l’objet de la quatrième station du Chemin de la Croix.
Il ne s’agit pas davantage du moment où, déjà crucifié et avant de rendre le dernier soupir, Jésus a remis Saint Jean à Sa Mère et Sa Mère à Saint Jean, l’un et l’autre debout au pied de Son gibet d’infamie, ainsi que cela nous est rapporté par le quatrième Evangile (Jean XIX, 26-27).

   Selon une très antique tradition – car le fait ne se trouve pas non plus dans les Evangiles canoniques, mais il se trouve toutefois confirmé par les révélations dont furent gratifiés plusieurs grands mystiques (note 1) – , avant Sa Passion (le Mercredi Saint au soir où le Jeudi Saint au matin), Notre-Seigneur eut un entretien particulier avec Sa Sainte Mère : l’un et l’autre ayant pleinement conscience que désormais « Son heure » était maintenant venue (cf. Jean II, 4).

   Evidemment, nous sommes bien loin des délires modernes et modernistes selon lesquels Jésus n’aurait pas su ce qui allait Lui arriver.
Non ! J’insiste fortement sur ce point : Jésus connaissait bien et dans tous les détails ce qui allait se passer ; Il le voulait (« C’est pour cette heure que Je suis venu » – Jean XII, 27 b), et Il S’avançait librement vers Sa douloureuse Passion.

De son côté, Notre-Dame aussi, depuis l’Annonciation, savait parfaitement – elle qui était remplie de la grâce du Saint-Esprit et qui connaissait très bien les prophéties par lesquelles Jérémie et Isaïe avaient annoncé les souffrances du Messie – à quels tourments et supplices son divin Fils était promis : lorsqu’elle a prononcé son « Fiat », elle l’a fait en pleine connaissance de tout ce à quoi cela l’engageait.
Il n’y a donc rien de plus normal à ce que, avant d’accomplir les mystères sacrés de notre rédemption, Notre-Seigneur ait voulu quelques instants d’intimité spirituelle avec Sa Très Sainte Mère, si parfaitement unie à Sa volonté et à Ses desseins salvateurs…

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - Tolède 1595

Le Greco : le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère (1595 – Tolède, musée de Santa Cruz)

   La scène du Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion a été représentée par plusieurs artistes de renom : on pourrait citer pêle-mêle Albrecht Dürer, Cornelis Engelbrechtsz, l’Arétin, le Corrège, Albrecht Altdorfer, Bernhard Strigel,  Lorenzo Lotto, ou Federico Barocci.

   Très souvent, ces peintres ont donné une dimension un peu spectaculaire, pathétique, à la représentation de ces adieux : c’est  la douleur naturelle à la perspective de la séparation et de la souffrance qui s’y exprime, parfois jusqu’aux larmes ou à l’évanouissement, comme un écho de la « pâmoison » de Notre-Dame au moment de la rencontre sur le chemin du Golgotha (note 2).

   Tel n’est pas le cas du tableau de Domínikos Theotokópoulos (Δομήνικος Θεοτοκόπουλος : car pendant toute sa vie il signera ses œuvres de son nom complet en caractères grecs), plus connu sous son surnom de Le Greco (1541-1614), intitulé « Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère », tableau conservé au musée Santa-Cruz de Tolède et daté de 1595.

   Merveilleux tableau, rayonnant d’une profonde compréhension spirituelle du mystère qui se joue en cet instant !
Le Greco n’y a fait figurer que Jésus et Marie : point d’apôtres étonnés ou de disciples émus, point de Madeleine éplorée ou de saintes femmes larmoyantes.
Les visages du Christ et de Sa Mère sont d’une expressive beauté. Une beauté qui semble provenir du plus intime de leur être pour s’épanouir à l’extérieur. Une beauté surnaturelle.
L’intensité des regards – plongés l’un dans l’autre – est si éloquente qu’on comprend bien qu’ils n’ont pas besoin d’entrouvrir les lèvres pour communiquer et pour se comprendre.

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les regards

   Point de pathos romantique ni de gestuelle spectaculaire.
Les sentiments sont spiritualisés : le tableau ne laisse aucune place à la sentimentalité ni à la sensiblerie, mais il nous introduit dans une espèce de dialogue sans paroles qui n’en est pas moins d’une exceptionnelle qualité et profondeur d’échanges.

   Dans le clair obscur du tableau, après les deux visages, les mains du Christ et de Sa Mère sont ce à quoi il importe de prêter une attention maximale.
De Sa main droite, le Christ fait un geste d’une sobre éloquence. L’index pointé vers le haut désigne-t-il le Ciel, la ville de Jérusalem ou bien encore la proche colline du Golgotha ?
De toute manière, il dit : « Mère, l’heure qui n’était pas encore venue lorsque nous étions à Cana, l’heure d’être totalement livré aux affaires de Mon Père et que mes trois jours d’absence à l’âge de douze ans préfiguraient, l’heure de l’immolation du véritable Agneau Pascal – Mon heure ! – est advenue… »
A la main droite du Christ, répond la main droite de la Vierge posée sur le haut de sa poitrine. A sa manière, elle dit : « Mon Enfant, n’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai conçu en mon sein virginal par la seule action de l’Esprit de Dieu ? N’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai porté pendant neuf mois, que je Vous ai mis au monde dans l’étable de Bethléem, que je Vous ai allaité et que j’ai veillé sur Votre petite enfance comme aucune mère ne l’a jamais fait ici-bas pour aucun des fils des hommes ? Je Vous ai accompagné jusqu’à cette heure pendant les années de Votre vie cachée et de Votre vie publique : jamais je ne me suis mise en travers de Votre chemin, pourtant souvent incompréhensible selon les manières humaines de penser et d’agir, et, quoi qu’il puisse en coûter à ma nature, à ma sensibilité et à mon coeur de mère, ce n’est pas aujourd’hui que je vais opposer la moindre réticence aux desseins de Dieu. Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse selon Votre parole… »

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les mains droites

   Le nimbe lumineux qui entoure la tête de Jésus, qui n’est même pas une auréole mais un simple halo dans lequel est esquissée la forme de la Croix, peut signifier tout à la fois l’espèce d’effacement de la puissance divine du Christ dans Sa Passion et l’annonce du caractère glorieux de cette dernière.
La tête de Notre-Dame, elle, n’est pas nimbée, mais son contour est juste mis en valeur par une espèce de rayonnement discret dans lequel on peut voir signifiée la lumière indéfectible de la foi qui n’abandonnera jamais l’âme de Marie, même au plus fort de sa déréliction.

   Comme dans les icônes de la « Mère de Dieu de la Passion », les manteaux sombres qui enveloppent le Christ et Sa Mère symbolisent la souffrance, la mort, l’humilité de leur humanité qui dérobait aux regards des humains la grandeur de leurs vertus et de leur sainteté, tandis que le rouge de leur tunique exprime tout à la fois l’ardeur de leur charité et le sang du martyre.

   Enfin, il y a les deux mains gauches : la main du Christ dans laquelle on peut déjà deviner la crispation douloureuse que produira l’enfoncement du clou, et la main délicate de Marie qui soutient le poignet de son Fils comme pour dire mieux que ne le peuvent faire tous les mots de la terre : « Je serai là ! Je ne Vous suivrai jusqu’au bout, et Vous pourrez toujours puiser dans mon âme unie à la Vôtre, la compassion et la consolation que Vous refuseront alors les coeurs des hommes, ô mon divin Fils ! »
L’index gauche de la Mère de Dieu, pointé vers le bas, veut-il dire : « Votre sang ne sera pas répandu en vain sur cette terre : de cette divine semence lèveront jusqu’à la fin des temps des générations de rachetés et de saints » ? Ou bien constitue-t-il une sorte de signe à l’adresse de celui qui regarde le tableau pour lui dire : « Si bas que tu sois tombé, la Passion de mon Fils peut te relever » ?

   Quant à l’index gauche de Jésus ne semble-t-il pas me dire personnellement ce que Saint Jean entendra dans quelques heures : « Voici ta mère » ?

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail

   Note 1 : Quand je parle de mystiques, je ne fais pas référence à de pseudo visionnaires qui ont publié des espèces de pieux romans fleuves dégoulinants de sentimentalisme, mais à des saints canonisés dont l’Eglise – sans toutefois obliger les fidèles à y adhérer – reçoit avec une respectueuse vénération les révélations privées : citons par exemple Sainte Gertrude de Helfta, Sainte Brigitte de Suède et Sainte Françoise Romaine, Sainte Angèle de Foligno et Sainte Thérèse d’Avila, Saint Denys l’Aréopagyte et Saint Bernard de Clairvaux, le Bienheureux Henri Suso et Saint Jean de la Croix… etc.

   Note 2 : La « pâmoison » ou le « spasme » de Notre-Dame pendant la Passion (soit au moment de la rencontre avec son Fils pendant le chemin de la Croix, soit sur le Calvaire, ou soit enfin au moment de la déposition de Croix) ont été illustrés par de nombreuses représentations aux XVe et XVIe siècles : cela permettait aux artistes (peintres ou sculpteurs) une certaine théâtralité dans la mise en scène des douleurs de la Vierge. Toutefois, l’Eglise est intervenue pour mettre fin à ce type de représentation. L’Evangile en effet ne dit pas que Marie s’est évanouie ou qu’elle a perdu connaissance, mais qu’elle était debout au pied de la Croix – « Stabat » (cf. Jean XIX, 25) - attitude exprimant une certaine fermeté dans son extrême douleur et une pleine conscience.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

nika

2016-18. « Je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils… »

Vendredi de la Passion,
Fête de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie.

Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire (en particulier ici), ce vendredi de la semaine de la Passion est le jour de la plus ancienne des fêtes des Douleurs – ou de la Compassion – de Notre-Dame, et c’est donc l’une des fêtes patronales du Refuge Notre-Dame de Compassion.
A cette occasion, voici un extrait du sermon de Saint François de Sales prononcé en l’église Saint-Jean-en-Grève, à Paris, pour la fête de l’Assomption de Notre-Dame de l’an 1602. Le saint évêque de Genève y  fait un long développement sur les douleurs de la Très Sainte Vierge dont voici quelques paragraphes.

Mater Dolorosa

Je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils…

« (…) Notre-Dame, Mère de Dieu, est morte de la mort de son Fils ; la raison fondamentale est parce que  Notre-Dame n’avait qu’une même vie avec son Fils, elle ne pouvait donc avoir qu’une même mort ; elle ne vivait que de la vie de son Fils, comment pouvait-elle mourir d’autre mort que de la Sienne ?
C’étaient à la vérité deux personnes, Notre-Seigneur et Notre-Dame, mais en un coeur, en une âme, en un esprit, en une vie ; car si le lien de charité liait et unissait tellement les chrétiens de la primitive Eglise que Saint Luc assure qu’ils n’avaient qu’un coeur et une âme, aux Actes deuxièmes, combien avons-nous plus de raison de dire et de croire que le Fils et la Mère, Notre-Seigneur et Notre-Dame, n’étaient qu’une âme et qu’une vie.
Oyez le grand apôtre Saint Paul, il sentait cette union et liaison de charité envers son Maître et lui, qu’il faisait profession de n’avoir point d’autre vie que celle du Sauveur : « Vivo ego, etc. Je vis, mais non jà moi, ains Jésus-Christ vit en moi ». O peuple ! cette union, ce mélange et liaison du coeur était grande, qui faisait dire telles paroles à Saint Paul ; mais non pas comparable avec celle qui était entre le coeur du Fils Jésus et celui de la Mère Marie ; car l’amour que Notre-Dame portait à son Fils surpassait celui que Saint Paul portait à son Maître, d’autant que les noms de mère et de fils sont plus excellents en matière d’affection, que les noms de maître et de serviteurs : c’est pourquoi si Saint Paul ne vivait que de la vie de Notre-Seigneur, Notre-Dame aussi ne vivait que de la même vie, mais plus parfaitement, mais plus excellement, mais plus entièrement que si elle vivait de sa vie ; aussi est-elle morte de Sa mort.

Et certes, le bon vieillard Siméon avait longtemps auparavant prédit cette sorte de mort à Notre-Dame quand tenant son enfant en ses bras il lui dit : « Tuam ipsius animam pertransibit gladius, Ton âme sera transpercée par le glaive, le glaive transpercera ton âme » ; car considérons ces paroles, il ne dit pas : Le glaive transpercera ton corps ; mais il dit : Ton âme. Quelle âme ? La tienne même, dit le prophète. L’âme donc de Notre-Dame devoit être transpercée, mais par quelle épée ? par quel couteau ? et le prophète ne le dit pas ; néanmoins puisqu’il s’agit de l’âme, et non pas du corps, de l’esprit, et non pas de la chair, il ne faut pas l’entendre d’un glaive matériel et corporel, ains d’un glaive spirituel et qui puisse atteindre l’âme et l’esprit.

Or je trouve trois glaives qui peuvent porter leurs coups en l’âme. Premièrement le glaive de la parole de Dieu, lequel, comme parle l’apôtre, est plus pénétrant qu’aucune épée à deux taillants. Secondement le glaive de douleur duquel l’Eglise entend les paroles de Siméon : « Tuam, dit-elle, ipsius animam doloris gladius pertransibit : cujus animam moerentem, contristatam et dolentem, pertransivit gladius ». Troisièmement le glaive d’amour, duquel Notre-Seigneur parle : « Non veni mittere pacem, sed gladium, Je ne suis pas venu mettre la paix mais le glaive », qui est le même que quand Il dit : « Ignem veni mittere, Je suis venu mettre le feu ». Et au Cantique des Cantiques, l’Epoux estime que l’amour soit une épée par laquelle il a été blessé, disant : « Tu as blessé mon coeur, ma soeur, mon épouse ».
De ces trois glaives fut transpercée l’âme de Notre-Dame en la mort de son Fils, et principalement du dernier qui comprend les deux autres.

Quand on donne quelque grand et puissant coup sur une chose, tout ce qui la touche de plus près en est participant et en reçoit le contre-coup : le corps de Notre-Dame n’était pas joint et ne touchait pas à celui de son Fils en la Passion ; mais quant à son âme, elle était inséparablement unie à l’âme, au coeur, au corps de son Fils, si que les coups que le béni corps du Sauveur reçu en la croix ne firent aucune blessure au corps de Notre-Dame, mais ils firent des grands contre-coups en son âme, dont il fut vérifié ce que Siméon avait prédit.

L’amour a accoutumé de faire recevoir les contre-coups des afflictions de ceux que l’on chérit : « Quis infirmatur, et ego non infirmor ? Qui est malade, que je ne le sois ? Qui reçoit un coup de douleur, que je n’en reçoive le contre-coup ? » dit le saint apôtre ; et néanmoins l’âme de Saint Paul ne touchait pas de si près au reste des fidèles, comme l’âme de Notre-Dame touchait et attouchait de fort près, et de si près que rien plus, à Notre-Seigneur, à Son âme et à Son corps, duquel elle était la source, la racine, la mère. Ce n’est donc pas merveille si je dis que les douleurs du Fils furent les épées qui transpercèrent l’âme de la Mère. Disons un peu plus clairement : une flèche dardée rudement contre une personne, ayant outre-percé son corps, percera encore celui qui se trouvera tout touchant et joint à lui. L’âme de Notre-Dame était jointe en parfaite union à la personne de son Fils, elle était collée sur elle (…) ; et partant les épines, les clous, la lance qui percèrent la tête, les mains, les pieds, le côté de Notre-Seigneur, passèrent encore et outre-percèrent l’âme de la Mère.

Or, je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils ; car quand à Son amour, ô comme il vous blessa, lorsque vous voyez mourir un Fils qui vous aimait tant, et que vous adoriez tant ? Quant à Sa douleur, comme elle vous toucha vivement, touchant si mortellement tout votre plaisir, votre joie, votre consolation ? Et quant à Ses paroles si douces et si aigres tout ensemble, hélas ! ce vous furent autant de vents et d’orages pour enflammer votre amour et vos douleurs, et pour agiter le navire de votre coeur presque brisé en la tempête d’une mer tant amère ! L’amour fut l’archer ; car sans lui la douleur n’eût pas eu assez de mouvement pour atteindre votre âme ; la douleur fut l’arc qui lançait les paroles intérieures et extérieures, comme autant de dards qui n’avaient d’autre but que votre coeur. Hélas ! Comme fut-il possible que des sagettes tant amoureuses fussent si douloureuses ? Ainsi les aiguillons emmiellés des abeilles font extrême douleur à ceux qui en sont piqués, et semble que la douceur du miel avive la douleur de la pointe. C’est la vérité, ô peuple ! plus les paroles de Notre-Seigneur furent douces, et plus furent-elles cuisantes à la Vierge Sa Mère, et le seraient à nous si nous aimions son Fils. Quelle plus douce parole que celle qu’Il dit à Sa Mère et à Saint Jean, paroles témoins assurés de la constance de Son amour, de Son soin, de Son affection à cette sainte Dame ; et néanmoins ce furent des paroles qui sans doute lui furent extrêmement douloureuses. (…) Ce fut donc alors que l’âme de Notre-Dame fut transpercée du glaive… »

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres textes publiés dans ce blogue relatifs à la dévotion envers les Sept Douleurs et la Compassion de Notre-Dame :
–  « Ave, Maria » à la Vierge de Compassion ici
– Méditations de Monsieur Olier sur « Marie au Calvaire » à partir d’ ici
– Neuvaine à Notre-Dame des Douleurs ici
– Chapelet des Sept Douleurs ici
– Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion ici
– Prières de St Alphonse pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame ici
- Texte du Rd Père Lépicier sur le mystère des Douleurs de Marie > ici

2016-11. Pèlerinage légitimiste pour le jubilé du Puy.

Jeudi 4 février 2016,
Fête de Sainte Jeanne de France (voir > ici).

       Cette fête de l’une des plus attachantes figures de sainteté de la Maison Capétienne, est l’occasion providentielle d’annoncer le Pèlerinage Légitimiste programmé au Puy-en-Velay les samedi 4 et dimanche 5 juin prochains, pour le Jubilé du Puy : un pèlerinage de « Grand Pardon » aux pieds de Notre-Dame, organisé conjointement par la Confrérie Royale et par l’Union des Cercles Légitimistes de France, dans les pas de nos Rois, et auquel nous invitons tous les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion à participer, bien sûr, afin d’implorer la miséricorde et le secours de Dieu sur chacun de nous et sur la France !

panorama du Puy-en-Velay depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir

Panorama de la ville du Puy-en-Velay depuis l’ouest.

lys 2

Pèlerinage jubilaire au Puy-en-Velay
de la
Confrérie Royale
et de l’
Union des Cercles Légitimistes de France

Samedi 4 & dimanche 5 juin 2016

1) Pourquoi un pèlerinage au Puy-en-Velay ?

   Selon la tradition admise par l’Eglise et crue par tous jusqu’aux temps du rationalisme et de l’hyper-critique historique, l’origine du sanctuaire du Puy-en-Velay remonte au premier siècle de notre ère, au temps des premiers évangélisateurs envoyés dans les Gaules par Saint Pierre.

A l’époque de Saint Georges, premier évêque du Velay (au milieu du premier siècle), la Très Sainte Vierge Marie apparut à une chrétienne très malade : elle lui enjoignit de se rendre sur le Mont Anis et de s’y coucher sur une grande pierre noire en forme d’autel, ce qu’elle fit. Sur cette pierre, la dame eut un songe et, selon les termes de l’ancienne chronique, entendit ces paroles : « Entre tous les lieux du monde, l’auguste Mère du Sauveur s’est choisie spécialement cet endroit pour y être servie et honorée jusqu’à la fin des siècles ; et afin que vous ne preniez pas ce que vous voyez pour un vain songe, sachez que la guérison que vous désirez vous est accordée. »
Saint Georges, averti par la femme effectivement guérie, vint au lieu du miracle et le trouva couvert d’une neige miraculeuse alors qu’on était au 11 juillet. Un cerf traça alors dans cette neige le périmètre d’un sanctuaire. Faute de moyens, Saint Georges ne put l’édifier mais il prit soin de faire planter sur ces limites dessinées par l’animal une haie d’aubépines.

   Il fallut attendre le début du IIIème siècle pour que les successeurs de Saint Georges puissent répondre à la demande de Notre-Dame et c’est une autre guérison miraculeuse qui en fut l’occasion : une chrétienne de Ceyssac – village proche du Puy – , paralysée, eut un songe dans lequel la Très Sainte Vierge lui demandait de se faire transporter sur le Mont Anis, à l’intérieur de l’enceinte sacrée délimitée jadis par Saint Georges, et de se faire déposer sur l’antique dalle noire. La dame de Ceyssac obtempéra et fut guérie à son tour. Elle eut alors, elle aussi, une manifestation de Notre-Dame entourée d’anges lui demandant d’aller trouver l’évêque, qui était Saint Vosy, et de lui demander la construction du sanctuaire que ses prédécesseurs n’avaient pu mener à bien.
Saint Vosy, comme autrefois Saint Georges, trouva lui aussi l’endroit couvert d’une neige miraculeuse : convaincu de l’authenticité des faits, il entreprit la construction du sanctuaire demandé par la Madone, puis d’y transporter son siège épiscopal.
Lorsque les travaux furent achevés et que vint le temps de procéder à la dédicace de cette nouvelle église, un nouveau miracle se produisit : ce furent les anges eux-mêmes qui en accomplirent les cérémonies de consécration (11 juillet 225), d’où le nom de « chambre angélique » qui fut donné à ce premier sanctuaire voulu par le Ciel (cet espace correspond aux deux travées orientales de l’actuelle cathédrale).

   En résumé, donc, la cathédrale du Puy est le lieu de la plus ancienne apparition connue de la Très Sainte Vierge Marie sur le sol de France : c’est un lieu que Notre-Dame a explicitement voulu pour y répandre ses grâces, et cette cathédrale appartient au très petit nombre des sanctuaires qui, à travers toute la Chrétienté, ont été consacrés par les Anges (tout comme Einsiedeln en Suisse ou le Mont Gargan dans le sud de l’Italie).

Pierre des fièvres & chapelle du Crucifix

Cathédrale du Puy : dans la chapelle du Saint Crucifix se trouve la « pierre des fièvres » ;
c’est sur cette dalle de pierre basaltique que Notre-Dame a opéré les miracles
et c’est autour d’elle qu’elle a voulu voir se développer son pèlerinage.

2) Est-il raisonnable aujourd’hui de croire à ces histoires merveilleuses ?

   Certes, l’Eglise ne vous oblige pas à y donner votre assentiment (comme elle n’oblige d’ailleurs personne à croire comme un « dogme de foi » les apparitions de la Vierge ou des Saints dont elle affirme cependant l’authenticité).
Mais cette tradition a été crue de manière unanime pendant des siècles, et en particulier aux âges où la foi était la plus florissante et la plus féconde. De très nombreux saints, des prélats, des papes, des souverains et des princes y ont cru, et c’est ce qui a motivé leur pèlerinage à Notre-Dame du Puy.
Cette tradition a commencé à être contestée et tenue pour une pieuse légende sans consistance à partir du « siècle des lumières ».
N’est-il pas préférable d’adhérer de toute notre âme à cette tradition, avec les saints, les Rois chrétiens et les Papes des siècles de foi, plutôt que de la mettre en doute avec les disciples de Voltaire ?

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l'Annonciation

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay
édifiée autour de la « pierre des fièvres » et consacrée par les Anges.

3) Pourquoi un jubilé au Puy ?

   Depuis des siècles, la Sainte Eglise notre Mère accorde à ses fidèles la grâce d’un jubilé spécial célébré à la cathédrale du Puy chaque fois que le Vendredi-Saint coïncide avec le 25 mars : c’est-à-dire chaque fois que coïncident l’anniversaire de l’Incarnation et celui de la Rédemption.

   Rappelons au passage que, en effet, selon la tradition la plus ancienne (et à rebours des calculs « modernes »), c’est à la date du vendredi 25 mars de l’an 33 de notre ère que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert Sa Passion : en fait foi le martyrologe romain qui mentionne à la date du 25 mars le « dies natalis » (c’est-à-dire le jour de la mort, lequel a été le jour de sa naissance dans l’éternité bienheureuse) du Saint Bon Larron.

   Les anciennes traditions nous apprennent que le premier des jubilés du Puy aurait eu lieu en l’an 992, ce qui en fait le plus ancien des jubilés de la Chrétienté après celui de Rome.

   L’occurrence du 25 mars et du Vendredi-Saint peut se produire une ou deux fois par siècle, parfois trois.
Le dernier jubilé du Puy a été célébré en 2005. L’année 2016 est celle du 31 ème jubilé du Puy. Il faudra attendre ensuite l’année 2157 pour voir le 32 ème jubilé du Puy.
Jusqu’en 1524, les jubilés du Puy n’étaient célébrés que sur 24 h, dans la seule journée du Vendredi-Saint 25 mars.
En raison de l’affluence des pèlerins, les évêques du Puy obtinrent peu à peu du Saint-Siège une extension du jubilé sur une, puis sur deux semaines : ce fut le cas à partir du jubilé de 1622 et jusqu’au 29 ème jubilé, celui de 1932.
A l’occasion du 30 ème jubilé, en 2005, le Saint-Siège a accordé que le jubilé du Puy soit célébré à partir du 25 mars et jusqu’au 15 août. C’est aussi le cas en cette année 2016.
 

Statue de la Vierge Noire

Cathédrale du Puy : la statue de la Vierge Noire,
copie de celle qui a été brûlée le 8 juin 1794, couronnée au nom du Bx Pie IX le 8 juin 1856.

4) Quels liens unissent nos Rois à la cathédrale du Puy ?

   Les catholiques du XXIème siècle ont un peu de peine à imaginer que le pèlerinage du Puy-en-Velay a été pendant des siècles au moins aussi important que ne l’est de nos jours le pèlerinage de Lourdes.
On n’exagère pourtant pas lorsqu’on affirme que la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy figure parmi les plus anciens et les plus illustres de nos « sanctuaires nationaux ».

   Le pèlerinage du Bienheureux Charlemagne à la Vierge du Puy a été souvent cité, mais on ne peut cependant pas en apporter la preuve historique.
En revanche, depuis le Roi Raoul 1er (922-936) jusqu’à la fin de l’Ancien Régime l’historien peut attester d’une sollicitude particulière et continue de nos Souverains pour le sanctuaire du Puy, pour consolider le pouvoir de ses évêques, et pour octroyer des privilèges à la cité.

   Une vingtaine de nos Rois est venue en pèlerinage au Puy : parmi les plus célèbres on peut citer Philippe II Auguste, Louis VII, Saint Louis, Charles VII, Louis XI, Charles VIII et François Ier. Le dernier en date fut Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon (+ 1989), de jure Alphonse II, le 15 août 1979.

   Chaque fois qu’une souveraine se trouvait enceinte, des prières particulières étaient prescrites auprès de Notre-Dame du Puy, pour que la grossesse de la Reine et sa délivrance se passent bien.

   Enfin, n’oublions pas que parmi la foule immense des pèlerins du 25 mars 1429, accourue pour implorer le secours divin sur ce Royaume où il y avait alors « grande pitié », se trouvait Isabelle Romée, mère de Sainte Jeanne d’Arc. Nous le savons par des témoignages irréfragables : en particulier celui du Frère Jean Paquerel, moine augustin, qui devint confesseur et aumônier de la Pucelle. C’est lors du jubilé du Puy qu’il rencontra Isabelle Romée : la nouvelle de l’entrevue de Jeanne avec Charles VII à Chinon (juste 20 jours auparavant : le 6 mars 1429) commençait à se répandre dans tout le Royaume. Les pèlerins interrogeaient fébrilement la pieuse mère de la jeune fille, étaient touchés par son récit, étaient gagnés par une espérance surnaturelle. Frère Jean Paquerel partit rejoindre l’héroïne, et il ne la quittera plus jusqu’au moment de sa captivité…

   Il y aurait encore beaucoup à dire puisqu’il faudrait aussi raconter l’importance du Puy lors de la première croisade : le pape Urbain II y vint en pèlerin avant d’ouvrir le concile de Clermont et fit de l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, son légat au milieu des troupes chrétiennes.

Statue de St Louis

Cathédrale du Puy : statue de Saint Louis
(qui offrit au sanctuaire une épine de la Sainte Couronne, voir > ici)

5) Pourquoi irons-nous en pèlerinage au Puy les 4 et 5 juin prochains ?

   « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire » affirmait Sainte Jeanne d’Arc.
Dans le combat spirituel et politique de notre temps, parfois bien plus terrible que celui des champs de bataille, nous ne pouvons pas lutter efficacement ni espérer vaincre sans attendre de Dieu et les forces et la victoire. Et pour que Dieu donne la victoire, il faut d’abord la Lui demander : prier, supplier, implorer…
Voilà pourquoi la Confrérie Royale et l’UCLF s’associent pour proposer à leurs membres, à leurs adhérents et à leurs sympathisants, de se retrouver au Puy-en-Velay les 4 et 5 juin prochains pour une démarche jubilaire commune.

   Le pèlerinage jubilaire de la Confrérie Royale et de l’Union des Cercles Légitimistes de France doit être un moment privilégié de ferveur catholique et royale dans notre travail de reconquête spirituelle et politique du Royaume de France. Une reconquête qui passe nécessairement par l’effort de conversion et de sanctification – l’une et l’autre ne sont jamais achevées – de chacun de nous.
La grâce du jubilé, reçue au Puy, ne peut manquer d’être salutaire, stimulante et fortifiante, dans les combats qui nous attendent.

Statue de Ste Jeanne d'Arc

Cathédrale du Puy : statue de Sainte Jeanne d’Arc.

6) Que ferons nous au Puy-en-Velay les 4 et 5 juins prochains ?

   Les détails du programme de ce pèlerinage sont encore à préciser, mais nous pouvons déjà en donner les grandes lignes :
- Rassemblement au début de l’après-midi du samedi 4 juin ; après un temps d’enseignement nous accomplirons ensemble le parcours jubilaire qui s’achèvera par la Sainte Messe (selon le rite latin traditionnel), célébrée à 19 h dans la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation.
Le dimanche 5 juin au matin, nous aurons la Sainte Messe de la solennité du Sacré-Coeur (normalement dans l’église de Ceyssac, village où eut lieu la seconde apparition de Notre-Dame en l’an 350), suivie d’une « procession du vœu de Louis XVI » (pour accomplir le vœu du Souverain captif, voir > ici).
Nous prévoyons aussi la possibilité de monter à la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (pour les personnes ayant de bonnes jambes), érigée au X ème siècle au sommet d’un neck volcanique, afin d’y placer la Confrérie Royale et l’UCLF sous la protection de l’archange victorieux.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

La chapelle Saint-Michel édifiée au sommet du neck d’Aiguilhe au Xème siècle.

Note importante :

   L’organisation matérielle du pèlerinage (transport, covoiturage, repas du samedi soir, logement au Puy ou dans les environs proches) est à mettre en oeuvre dans les provinces par chaque président de Cercle et par des bénévoles.
Le Cercle Légitimiste du Vivarais Abbé Claude Allier, qui est géographiquement le plus proche du Puy, se propose de faciliter cette organisation en répondant aux questions (notamment pour ce qui concerne les possibilités d’hébergement) : vivarais.legitimiste@gmail.com
Nous pensons pouvoir organiser un repas en commun pour le déjeuner du dimanche 5 juin, mais, afin de le prévoir, il nous faut déjà avoir une idée au moins approximative du nombre de participants (un acompte sera ensuite demandé pour les inscriptions à ce repas).

lys 2

Prière du vénérable Pie XII à Marie, Mère immaculée.

Tota pulchra es o Maria - la Vierge immaculée

       O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent.

   Nous sommes accablés sous nos fautes et succombons sous le poids d’infinies misères, et pourtant nous admirons et chantons l’incomparable richesse des dons sublimes dont Dieu vous a comblée plus que toute autre créature, depuis le premier instant de votre Conception jusqu’au jour où, élevée au Ciel, Il vous a couronnée Reine de l’univers.

   O limpide Source de foi, abreuvez nos esprits des vérités éternelles !

   O Lis odorant de toute sainteté, captivez nos coeurs par votre céleste parfum !

   O Triomphatrice du mal et de la mort, inspirez-nous une profonde horreur pour le péché qui rend l’âme abominable à Dieu et esclave de l’enfer !

   Ecoutez, ô Bien-Aimée de Dieu, le cri fervent qui s’élève de chaque coeur fidèle (…).
Penchez-vous sur nos plaies douloureuses.
Changez le coeur des méchants, séchez les larmes des affligés et des opprimés, réconfortez les pauvres et les petits, éteignez les haines, adoucissez la dureté des mœurs, gardez à la jeunesse sa fleur de pureté, protégez la Sainte Eglise, faites que tous les hommes ressentent l’attrait de la bonté chrétienne.
Qu’en votre nom, qui retentit harmonieusement dans les Cieux, les hommes se reconnaissent frères et les nations membres d’une seule famille, sur laquelle resplendisse le soleil d’une paix sincère et universelle.

   Accueillez, ô très douce Mère, nos humbles prières, et obtenez-nous par-dessus tout de pouvoir un jour, partageant votre bonheur, redire devant votre trône, l’hymne qui monte aujourd’hui sur la terre autour de vos autels : « Vous êtes toute belle, ô Marie ! Vous êtes la gloire, la joie, l’honneur de notre peuple. »

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

(prière composée en italien pour l’Année Mariale, le 21 novembre 1953)

La prose latine « Languentibus » pour les trépassés.

Pieuse supplication à la Vierge de Compassion
à l’intention des âmes des fidèles trépassés

2 novembre,
Commémoraison solennelle des fidèles défunts.

       Il y a déjà fort longtemps que nous recherchions un enregistrement de la prose latine « Languentibus » que nous puissions intégrer dans ce blogue. N’en trouvant pas, nous dûmes nous résoudre à en réaliser un nous-mêmes dans l’oratoire du Mesnil-Marie, avec « les moyens du bords » (c’est-à-dire avec une toute petite caméra de poche placée devant la statue de Notre-Dame de Compassion, n’ayant pas la possibilité de supprimer les bruits de fond, avec un unique « chantre » qui est loin d’être parfait…) : vous aurez la bonté de pardonner toutes ces imperfections, s’il vous plaît.

   Pourquoi tenions-nous tant à publier cette prose ?
Parce que, malheureusement, elle est aujourd’hui trop peu connue, et – par suite – ne se trouve que rarement interprétée dans les églises et chapelles traditionnelles, alors qu’il s’agit d’une magnifique prière chantée qui sollicite l’intercession de la Vierge de Compassion en faveur de nos frères souffrants du Purgatoire.
Quant aux « modernes », il y a belle lurette qu’ils ont envoyé dans les oubliettes des « vieilles croyances surannées » la doctrine du Purgatoire, et les paroles de ce chant leur hérisse le poil…

   Le texte de cette prose a été de manière récurrente attribué à un certain Dom Jean de Langoueznou, abbé de Landévennec au milieu du XIVème siècle : attribution des plus fantaisistes semble-t-il.
Monsieur H. de La Villemarqué, dans le « Bulletin de la Société Archéologique du Finistère » (Tome XIX, année 1892, pp. 190 et suivantes) a en effet montré qu’il n’existait pas de Jean de Langoueznou dans la liste des abbés de Landévennec, et que le texte de la seconde moitié du XVIème siècle qui lui attribue la paternité de ce chant empile les erreurs historiques et les incohérences…
Peu importe finalement l’auteur de cette prose latine et la date de sa composition : ce qui compte c’est la qualité du texte et la poignante intensité de sa prière à la Mère de toute Compassion en faveur des âmes des trépassés.

   La version ici enregistrée est conforme au texte publié par Monsieur le Chanoine Joseph Besnier, directeur de la Maîtrise de la Cathédrale de Nantes, dans son « Manuel pratique de chants liturgiques » (10ème édition – 1955). Nous savons toutefois que l’on trouve dans d’autres ouvrages des paroles légèrement différentes, d’autres couplets ou des variantes musicales, nous nous en sommes tenus ici à ce que notre Frère Maximilien-Marie a appris jadis au noviciat.

Languentibus - Oraison à la Vierge de Compassion pour les âmes des trépassés

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis : « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Traduction :

1. A ceux qui languissent dans le Purgatoire,
Qui sont purifiés par un feu 
très ardent,
Et subissent les tourments 
d’un lourd supplice,
Que votre 
compassion soit en aide :
O Marie !

2. Vous êtes la Source ouverte qui lave les fautes,
Vous venez en aide à tous et ne repoussez personne :
Etendez votre main vers les défunts
Qui languissent sous des peines continues :
O Marie !

3. Faites que les larmes, que vous regardez avec bonté,
Et que nous répandons aux pieds du Juge,
Eteignent bientôt la force de la flamme vengeresse,
Afin que nos défunts soient associés aux Chœurs angéliques :
O Marie !

4. Et lorsque viendra l’examen rigoureux,
Lors du redoutable jugement de Dieu,
Suppliez votre Fils qui sera notre Juge,
Afin que notre héritage soit avec les Saints :
O Marie !

Le suffrage pour les âmes du Purgatoire

Antoine Guerra, dit « le jeune », retable de l’église Saint-André de Cattlar (1709) :
La Très Sainte Vierge Marie et Saint André intercédant pour les âmes du Purgatoire.

Voir aussi :
Prière à la Vierge de Compassion en faveur des âmes du Purgatoire > ici
– Les indulgences applicables aux défunts > ici
– le « Musée du Purgatoire » à Rome > ici

Méditation devant l’image de la Vierge Adolescente « Mater Admirabilis ».

       Le 20 octobre 2007 déjà, dans les toutes premières semaines d’existence de mon blogue, j’avais tenu à vous parler de « la sainte image de Mater Admirabilis » (cf. > ici) dont la dévotion s’est répandue dans le monde entier, sous l’impulsion des Dames du Sacré-Coeur, à partir du couvent de la Trinité des Monts, à Rome.
En ce 20 octobre 2015, la découverte de deux belles images anciennes (vous savez que nous les aimons et en avons une petite collection au Mesnil-Marie), me donne l’occasion de vous rappeler cette belle dévotion envers la Mère Admirable, modèle et maîtresse de vie intérieure, et de vous recopier ci-dessous, le texte d’une belle méditation en rapport avec l’image de Mater Admirabilis : texte tiré d’un opuscule publié en 1865 (c’était alors sa troisième édition) par l’abbé Alfred Monnin (qui est aussi l’auteur d’une célèbre biographie du Saint Curé d’Ars) avec l’imprimatur de Son Excellence Monseigneur Pierre-Henri Gérault de Langalerie, évêque de Belley ; texte remarquable parce qu’il est nourrit et comme tissé de références bibliques ; texte remarquable aussi parce qu’il remet bien des choses à l’endroit pour nous qui vivons en un monde qui a oublié le sens véritable de la vie sur terre et de la vocation chrétienne…

   Puisse la Mère Admirable vous envelopper tous dans sa propre contemplation pour vous introduire dans la douce intimité du Dieu Trois Fois Saint.

Lully.

Mater admirabilis - image dévotion XIXe siècle

Elévation à la Très Sainte Adolescente dans le Temple :

       Vierge bénie entre toutes les vierges, c’est avec bonheur que je vous vois cacher dans le Temple de Jérusalem les grâces inestimables dont Dieu vous a remplie. Le monde n’était pas encore digne de les apercevoir. Je vénère, en vous, ce terrain virginal où Dieu va déposer le fruit divin de son amour.

   Le Temple est pour vous le jardin fermé du Cantique. La rosée du Seigneur tombe sur vous, continue et féconde. Le Christ germe de vous comme un lis : sa racine pousse avec force comme celle des plantes du Liban ; ses branches s’étendent en vigoureux rameaux ; sa gloire est celle de l’olivier, son parfum celui de l’encens (cf. Os. XIV). Mère future et très admirable de mon Dieu, laissez-moi vous admirer de plus près. Laissez-moi dire un mot des secrets que vous me révélez ! Avant d’adorer Jésus dans vos bras, et penché sur votre Coeur, c’est votre Coeur que je vénère. Je le proclame après celui de Jésus le chef-d’oeuvre de la création. Tout ce qui avait été vertu avant vous, au ciel et sur la terre, vous le résumez en vous seule ; tout ce qui sera vertu après vous, seule vous l’exprimez déjà en une perfection sublime. Je vénère en vous la femme chrétienne par excellence, et je recueille près de vous tous ces fruits de vertu qui feront plus tard les jeunes filles, les mères, les veuves de la Sainte Eglise. Mais vous m’apparaissez plus belle encore : c’est comme Vierge des vierges que je vous salue dans le Temple, comme le type parfait des âmes consacrées à Dieu par les voeux de la Religion.

   La première, vous avez fait entendre le cantique de la pauvreté, de la chasteté, de l’obéissance ; cantique qui permet aux hommes de louer Dieu comme le font les anges ! Près de vous tout ce que l’état religieux offre de charme, de sécurité et de paix se retrouve avec sa grâce primitive : la virginité avec ses isolements, la solitude avec ses silences, le désert sacré avec ses clôtures impénétrables, la modestie avec ses voiles, le recueillement avec ses prières, le travail avec ses saints offices… Tout ce qui assure l’innocence, tout ce qui entretient et calme à la fois ses pudiques alarmes, tout ce qui la fait courir dans les voies de la perfection !…

   C’est vous, ô Enfant admirable, qui inaugurez cette nouvelle alliance qui s’appelle du doux nom de paix et qui est toute fondée sur l’amour ! Vous parlez avec Dieu la langue de l’amour, la langue de l’âme réparée, la langue de l’homme innocent, la langue des anges !

   Femme incomparable de l’Ecriture, vous avez découvert la perle perdue depuis quatre mille ans ! Vous avez appelé vos voisines, et, dans votre joie, vous leur avez appris cette vie supérieure de la créature, qui croit n’en pouvoir jamais faire assez pour se séparer du créé et se mieux unir  à son Créateur… cette vie du véritable exil, où tout est compliqué, vide, froid et insipide, si ce n’est le souvenir et l’attente de Dieu !

   Laissez-moi donc m’agenouiller devant votre Coeur virginal, sainte fileuse du Temple ! Laissez-moi admirer en vous ces grâces qui vont devenir le germe de tous les ordres de l’Eglise. De la surabondance de vos mérites, très-sainte Adolescente, l’Eglise constituera un trésor réservé, où toutes les âmes d’élite viendront puiser pour atteindre la plénitude de leur vocation.

   Les pasteurs s’approcheront, et, comme les bergers de Bethléem, vous les consolerez et vous les fortifierez durant les longues veilles de la nuit qui semble près de s’étendre sur le monde…
Les religieux s’approcheront et ils trouveront en vous l’esprit d’immolation qui les fera demeurer sur l’autel comme des victimes qu’on égorge.
Les prêtres s’approcheront et vous leur apprendrez à offrir, dans la pureté, l’Agneau de Dieu.
Les hommes de la génération présente s’approcheront, et, dans ces temps laborieux, vous en ferez les ouvriers de la vérité et de la justice, pour mettre un terme  aux grandes iniquités, essuyer les larmes des faibles, et hâter cette moisson divine qui nourrira les âmes d’une plus abondate et plus efficace effusion de la lumière divine.
Les jeunes gens s’approcheront, et vous leur donnerez le courage de la lutte ; vous leur apprendrez l’emploi de la force, et, renonçant à cet avenir matériel de faux biens, de plaisirs décevants, de paresse immorale, d’ennuis et de désenchantements prévus, ils iront, eux aussi, travailler à la vigne du Maître.
Les mères s’approcheront, et elles sauront de vous comment on se rend apte à préparer, par le sublime devoir de l’éducation, les germes de l’avenir ; quelle est la force qui raffermit, bénit et glorifie la famille, et, par la famille, la société tout entière.
Les jeunes filles s’approcheront, et votre modestie, s’insinuant en elles, leur fera connaître ses charmes, mille fois plus aimables que tous les prestiges de la vanité et toutes les séductions du monde.
Les fidèles de tous les âges et de toutes les conditions accourront de toutes parts, et vous leur donnerez, en abondance, ces grâces de pureté, de dévoûment, de patience, de douceur et de force qui les feront passer, à leur tour, dans cette grande et unique oblation des élus que la sainte Epouse de Notre-Seigneur, depuis les jours du Calvaire, ne cesse d’offrir à son divin Epoux.

Mater admirabilis ora pro nobis canivet

2015-81. Où, à l’occasion de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, on se rend en pèlerinage à la montagne de l’Etoile pour se préparer à la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Lundi 14 septembre 2015,
Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix ;
Cinquième centenaire de la victoire de Marignan.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   En cette fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, et en guise de préparation spirituelle à la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, que nous fêtons avec une ferveur particulière puisqu’elle est la patronne principale du Mesnil-Marie, Frère Maximilien-Marie a profité de ce jour pour accomplir un petit pèlerinage en un lieu dont notre amie Valérie lui avait parlé : un lieu dans lequel se trouvent réunis beaucoup d’éléments accordés à la spiritualité du Refuge Notre-Dame de Compassion, comme vous l’allez voir.

Frère Maximilien-Marie a en effet rapporté des clichés de sa pieuse escapade, afin que je puisse vous en faire un peu profiter…

Le Mézenc vu depuis la montagne de l'étoile

Le Mézenc vu du nord depuis la Montagne de l’étoile

A environ trois lieues au nord/nord-ouest du Mont Mézenc, se trouve le village de Montusclat, blotti dans une petite vallée, à quelque 1065 m d’altitude.

Montusclat vue du sud

Blotti dans sa vallée, aperçu depuis la Montagne de l’étoile, le village de Montusclat vu du sud.

   Le village est  absolument remarquable, avec ses vieilles maisons typiques dans lesquelles ont été réutilisés des éléments de l’ancien château, détruit après que l’on en eût délogé les huguenots qui s’y étaient retranchés.
Mais c’est bien sûr vers l’église, dont les parties les plus anciennes datent des XIème et XIIème siècles, que Frère Maximilien-Marie a dirigé ses pas.

Montusclat l'église des XIe et XIIe siècles

Montusclat : l’église Saint-Pierre et Saint-Paul :
édifiée par les moines de l’abbaye Saint-Chaffre du Monastier aux XIème et XIIème siècles,
(toutefois le clocher actuel ne date que de 1704).

   Saluons au passage le fait que cette église est ouverte, propre et accueillante.

   Parmi les humbles merveilles de la dévotion populaire qu’elle renferme, se trouve une naïve, mais ô combien touchante, représentation de Notre-Dame de La Salette en conversation avec Mélanie et Maximin, probablement sculptée par un imagier local.

Montusclat - statue naïve de ND de La Salette dans l'église

Eglise de Montusclat : statue de Notre-Dame de La Salette.

   Mais la dévotion de notre cher Frère a été particulièrement sensible à cette très émouvante petite Piéta du XVème siècle, que de fervents paroissiens cachèrent pendant la grande révolution afin de la soustraire aux profanations et au vandalisme des impies.

Montusclat - petite Piéta du XVe siècle dans l'église

Eglise de Montusclat : petite Piéta du XVème siècle
(la photo n’était pas facile à réaliser car cette statuette est bien protégée par une vitre épaisse…
mais une vitre occasionne toujours des reflets !)

   La dévotion à la Mère des Douleurs a dû être particulièrement implantée dans cette paroisse aux temps de Chrétienté, puisqu’on retrouve sa représentation jusqu’au revers de certaines très anciennes croix de carrefour.

Montusclat - revers d'une croix de carrefour

Montusclat : naïve représentation de la Piéta au revers d’une grande croix de carrefour.

   Je pense que vous commencez à comprendre, chers amis, les raisons qui ont attiré Frère Maximilien-Marie à Montusclat en ce jour de l’Exaltation de la Sainte Croix et veille de la fête de Notre-Dame des Douleurs
Mais vous n’avez pas encore tout vu !!!

   Quittant le village, notre Frère a gravi la Montagne de l’étoile, qui domine le village au sud.
La journée était douce ; les nuages passant par toutes les nuances de gris et donnant parfois l’impresssion qu’il allait pleuvoir, se déchiraient par moments pour laisser passer les rayons du soleil…
Au terme de son ascension, au bout d’un chemin de terre, à l’orée d’un bois dont les teintes annoncent déjà l’automne, Frère Maximilien-Marie est arrivé à une chapelle : une toute petite chapelle – à peine cinq mètres de longueur et quatre mètres de largeur sans doute – , couverte en lauzes, avec un joli clocheton au-dessus de la porte… et une étoile qui rappelle le nom de la montagne sur laquelle on se trouve.

Montusclat, chapelle Saint-Joseph sur la montagne de l'étoile

Montusclat : chapelle Saint Joseph sur la Montagne de l’Etoile.

   Cette chapelle est dédiée à Saint Joseph : la porte est fermée à clef, mais comme elle est vitrée, il est néanmoins possible d’en voir l’intérieur et d’adresser une prière au saint patriarche du Nouveau Testament.

Montusclat, chapelle Saint Joseph - l'intérieur

Intérieur de la chapelle Saint Joseph

   Ce qui a spécialement ravi Frère Maximilien-Marie, c’est de voir qu’il y a, avec une autre statue de Saint Joseph sur la façade extérieure de la chapelle, une boite aux lettres pour déposer les messages par lesquels on lui recommande ses intentions.
Et moi je me demande si ceux qui sont loin et ne peuvent pas venir jusque là peuvent envoyer à Saint Joseph des lettres par la poste, que le facteur vient déposer dans cette boite aux lettres : je serais vraiment enchanté s’il en était ainsi…

Montusclat la boite aux lettres de Saint Joseph

La boite aux lettres du bon Saint Joseph

   Derrière la chapelle, commence un sentier montant, assez large et bien entretenu, bordé de croix de trachyte.
Ces croix sont au nombre de sept et sur le socle de chacune est inscrite l’une des Sept Douleurs de Notre-Dame : ce sont des stations en l’honneur de Marie désolée.

Montusclat - Sentier des Sept Douleurs

Montusclat - croix des stations de Marie désolée

   La distance entre chacune de ces croix est exactement celle qui est nécessaire pour réciter un « Ave, Maria » de la Compassion (cf. > ici) et la strophe « Sancta Mater, istud agas… »

   Au terme du sentier, c’est-à-dire sur le sommet de la Montagne de l’étoile, est aménagée une espèce de petite esplanade sur laquelle ont été dressées des croix et des statues.

Montusclat - la croix de l'étoile

Au sommet de la Montagne de l’étoile, le lieu-dit « la croix de l’étoile » aménagé pour les pèlerinages.

   Il faut remonter quelque trois siècles en arrière pour bien comprendre la raison de cette espèce de sanctuaire à ciel ouvert.

   En mai 1721, une épidémie terriblement contagieuse ravageait la contrée. Les paroissiens de Montusclat prononcèrent alors un vœu : celui de se rendre chaque année en pèlerinage auprès de Notre-Dame  de Tout Pouvoir, à Araules (à trois lieues et demi au nord de Montusclat), si le village était préservé de cette peste.
Il semble bien qu’il le fut puisque l’étude des registres paroissiaux montre que le nombre des décès à Montusclat cette année-là ne dépasse pas le nombre des morts des années ordinaires !
Toutefois, au bout de quelques années, ce pèlerinage annuel à Notre-Dame de Tout Pouvoir, à pied par des sentiers de chèvres avec les gros sabots de l’époque, se révéla difficile à maintenir : Monseigneur l’Evêque du Puy, en vertu de son autorité spirituelle, commua donc le vœu de la paroisse de Montusclat en une procession solennelle qui serait célébrée chaque année au premier dimanche de juillet et qui devrait se rendre à la croix érigée au sommet de la Montagne de l’étoile qui domine le village.
Ainsi fut fait, et la procession du premier dimanche de juillet jusqu’à la Croix de l’étoile fut fidèlement accomplie d’année en année.

   En 1882, la Croix de l’étoile allait connaître des changements : cette année-là, l’abbé Charre, prêtre particulièrement fervent et zélé, arriva comme curé à Montusclat. Il fut surpris de ne trouver qu’une simple croix sur le lieu du terme de la procession annuelle du vœu, et suggéra qu’on y érige quelque chose qui rappellerait de manière plus significative que c’était grâce à l’intercession de la Sainte Vierge que Montusclat avait été préservé de l’épidémie.

   Dans ce pays de montagne, peuplé de gens simples à la foi profonde, qui souvent récitaient leur chapelet en gardant leurs troupeaux, le récit de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu sur la sainte montagne de La Salette revêtait un sens peut-être plus fort qu’ailleurs…
Alors, pourquoi ne pas ériger à la Croix de l’étoile une belle statue de Notre-Dame de La Salette, dont les graves avertissements et les sages conseils ne pouvaient qu’être profitables aux paroissiens de Montusclat ?

Montusclat - Croix de l'étoile, Vierge en pleurs

Montusclat : la Croix de l’étoile
statue de la Vierge en pleurs de La Salette

   Mais une statue de Notre-Dame de La Salette convenable par la taille et pour une implantation extérieure, cela coûte cher.

   Le fervent abbé Charre n’avait pas le premier sou pour réaliser un tel projet ; les caisses de la paroisse avaient été vidées par les dernières réparations opérées à l’église.
Mais si la Sainte Vierge le veut, après tout…
Le bon curé monta à la Croix de l’étoile et y déposa une petite statue de plâtre rapportée de La Salette : « Et maintenant, si vous voulez que je vous élève ici une statue convenable, débrouillez-vous pour me trouver l’argent nécessaire ! »

   Or la Sainte Vierge devait bien le vouloir si on en juge par la suite des événements ; et puisqu’elle avait été priée de se débrouiller… elle se débrouilla !

   Le lendemain même du jour où l’abbé Charre l’avait ainsi priée, il fut appelé auprès d’une femme malade qui voulait lui remettre de l’argent « pour ses bonnes oeuvres ».
S’étant rendu auprès d’elle, le zélé curé l’entretint donc de son projet pour la Croix de l’étoile, et reçut une somme qui lui permettrait de payer une statue en fonte d’une centaine de kilos !

Montusclat - la Croix de l'étoile, statue de la Vierge parlant aux enfants

Montusclat : la Croix de l’étoile
La conversation de Notre-Dame avec les petits bergers de La Salette

   Ce premier don en suscita d’autres.
L’abbé Charre décida alors d’ériger à proximité de la statue de la Vierge en pleurs quatorze croix de trachyte qui formeraient un chemin de croix.
Et puisqu’il y avait une statue de la Vierge en pleurs, une famille offrit la statue représentant la conversation de la Mère des Douleurs avec les petits bergers ; puis les dons permirent aussi d’acquérir une statue de la Vierge qui s’élève vers les cieux à la fin de l’apparition.

   Les quatorze croix figurant les stations du chemin de croix furent donc disposées de telle sorte qu’elles permettent en même temps de parcourir la représentation des trois phases de l’apparition.

   Le dimanche 5 septembre 1886 eut lieu la bénédiction solennelle du chemin de croix et des statues de Notre-Dame de La Salette :  les chroniques de l’époque rapportent qu’il vint pour l’occasion plus de deux mille personnes, accourues de toutes les paroisses alentour.
L’année suivante (29 mai 1887) furent bénites les sept croix représentant les stations à Marie désolée qui jalonnent le sentier d’accès à la Croix de l’étoile.
La chapelle de Saint Joseph que l’on trouve en arrivant fut construite en dernier.

Montusclat - la Croix de l'étoile, groupe de la conversation détail

Montusclat : la Croix de l’étoile
détail du groupe de la conversation

   N’était-ce donc pas un lieu magnifique pour accomplir un pèlerinage aujourd’hui, jour de la Sainte-Croix, et pour se préparer à la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, fête patronale du Refuge Notre-Dame de Compassion ?

   Vous savez que notre Frère vous a tous « emportés dans son sac à prières » (pour reprendre la belle expression de notre amie Béatrice) jusqu’au sommet de la Montagne de l’étoile, et qu’il a déposé toutes vos intentions dans le Coeur maternel de Notre-Dame, avec aussi tous les malades qui nous sont recommandés, toutes les situations de détresse spirituelle et morale qui constituent la croix portée par tant de personnes, sans oublier notre pauvre et chère France aux abois et son Roi légitime en qui nous plaçons de grandes et vives espérances surnaturelles… (cf. > ici)

Patte de chatLully. 

Montusclat - la Croix de l'étoile, Vierge remontant aux cieux

Montusclat : la Croix de l’étoile
statue de la Vierge remontant aux cieux à la fin de l’apparition

2015-73. Plus encore que dans sa chair, c’est dans son Cœur que Marie a porté le Christ et qu’elle Le porte pour l’éternité.

Extraits du « Cœur admirable de la Mère de Dieu »
de
Saint Jean Eudes

Profitons de la fête du Cœur immaculé de Marie, au dernier jour du mois qui lui est consacré, pour contempler ce Cœur, et pour approfondir son admirable mystère sous la conduite de l’un des plus éminents maîtres spirituels de l’ « Ecole française » : Saint Jean Eudes.

le très saint et immaculé Coeur de Marie

Plus encore que dans sa chair,
c’est dans son Cœur que Marie a porté le Christ
et qu’elle Le porte pour l’éternité.

« Un témoignage de la dévotion particulière de Saint Augustin envers la Mère de Dieu, et qui contient une mention honorable de son saint Cœur, est marqué dans ces paroles tirées du livre qu’il a fait de la sainte Virginité : « La divine maternité n’aurait servi de rien à Marie, si elle n’avait porté Jésus-Christ plus heureusement dans son Cœur que dans sa chair ».
C’est ici l’un des plus dignes éloges qui se puissent donner au Cœur de la Reine du ciel, puisqu’il est préféré, en ces paroles de Saint Augustin, au sein béni de cette divine Mère. Et certes ce n’est pas sans raison.
Premièrement, parce que cette Vierge incomparable a conçu le Fils de Dieu dans son Cœur virginal, avant de Le concevoir en sa chair.
Secondement, parce qu’elle L’a conçu dans son sein, s’en étant rendue digne pour L’avoir conçu premièrement dans son Cœur.
Troisièmement, parce qu’elle ne L’a porté dans son sein que durant neuf mois seulement ; mais elle L’a porté dans son Cœur dès le premier moment de sa vie, et elle L’y portera éternellement.
Quatrièmement, parce qu’elle L’a porté plus dignement, plus saintement dans son Cœur que dans sa chair. Car ce Cœur est un ciel vivant, dans lequel le Roi du ciel et de la terre est aimé plus ardemment et glorifié plus parfaitement que dans le ciel.
Cinquièmement, parce que la Mère du Sauveur ne L’a porté dans son sein, que lorsqu’Il était encore dans un état passible et mortel, et dans les faiblesses de Son enfance ; mais elle Le portera à toute éternité dans son Cœur, glorieux, impassible et immortel.
C’est pourquoi Saint Augustin a bien raison de dire qu’elle L’a porté plus heureusement et plus excellemment dans son Cœur que dans sa chair. »

frise avec lys naturel

Voir aussi :
- « Le Cœur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous » (St Jean Eudes) > ici
- « La nouvelle Arche » (B.D.) > ici
- Consécration du genre humain au Cœur immaculé de Marie (Pie XII) > ici
- Litanies du Saint Cœur de Marie > ici

2015-71. Compte-rendu photographique des cérémonies du 15 août 2015 à l’église de Ceyssac.

Lundi soir 17 août 2015,
dans l’Ordre de Saint Augustin la fête de Sainte Claire de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous avons reçu aujourd’hui une assez grande quantité de photographies qui ont été prises ce 15 août dernier à l’occasion de la Sainte Messe de l’Assomption et de la procession du Voeu de Louis XIII, dans notre petite paroisse de rite latin traditionnel qui se réunit dans l’église du village de Ceyssac, à côté du Puy-en-Velay.

Beaucoup d’entre vous le savent déjà – mais comme j’ai toujours de nouveaux lecteurs je me dois de le préciser à leur intention – , le Refuge Notre-Dame de Compassion est implanté dans le diocèse de Viviers où les dispositions des papes Jean-Paul II et Benoît XVI en faveur des fidèles attachés à la Messe latine traditionnelle ne reçoivent pas d’application régulière (cf. > ici) : nous rejoignons donc de manière habituelle la communauté traditionnelle à laquelle feu Monseigneur Henri Brincard, évêque du Puy, avait attribué cette église du village de Ceyssac.

Frère Maximilien-Marie apporte tout le concours qu’il lui est possible de donner à la vie paroissiale, et, lorsque cela est possible, nous sommes heureux de faire profiter à la liturgie et à la ferveur de toute notre communauté les reliques ou ornements que nous conservons au Mesnil-Marie.
Ainsi, traditionnellement, pour la Sainte Messe du 15 août, notre Frère emporte-t-il à Ceyssac notre précieux ornement de l’Assomption :

Ornement de l'Assomption 1 détail

Broderie centrale sur le dos de la chasuble du Mesnil-Marie pour la fête de l’Assomption.

Le 14 août, vigile de l’Assomption (et mémoire de Saint Maximilien-Marie Kolbe, cf. > ici), le grand ménage de l’église avait été mené à bien et tout avait été soigneusement préparé.

En ce matin du 15 août, le sanctuaire de notre modeste église était donc resplendissant : nous en avons d’autant plus conscience que lorsque notre communauté a pris possession de cette église, elle était très loin d’être aussi belle !
C’est là que nous pouvons apprécier le chemin parcouru en nous souvenant du temps qu’il a fallu pour nettoyer, décaper, remettre en ordre, réparer ce qui était détérioré (par les outrages du temps ou par ceux des sinistres années post-concilaires), retrouver ce qui avait été mis aux oubliettes, remplacer ce qui avait disparu. Une paroissienne habile et dévouée a confectionné les conopées et les parements du sanctuaire, taillé les nappes qui manquaient ; nous avons « recollé » le maître-autel qui avait été stupidement coupé en deux ; nous avons replacé dans le ciborium la reproduction de la fameuse Vierge Noire du Puy avec laquelle le village de Ceyssac a un lien privilégié (cf. note en bas de page) et nous lui avons remis sa couronne sur la tête ; nous avons décollé une moquette infame et misérable qui recouvrait les dalles du sanctuaire… etc.

Ceyssac 15 août 2015 1 - le sanctuaire

Comme je vous l’écrivais en commençant, nous avons donc reçu ce jour d’hui une abondante série de photographies prises à l’occasion de ce 15 août.
Je ne peux pas toutes les publier et j’ai dû opérer une sélection (cela fait parfois un peu mal au coeur de devoir choisir !). Celles qui suivent, me semble-t-il, vous donneront un aperçu de l’ensemble de la cérémonie : Messe et procession.
Vous comprendrez aussi que, pour des raisons de discrétion, j’ai parfois dû flouter des visages…

Voici par exemple une photographie prise pendant le chant de la préface :

Ceyssac 15 août 2015 2 - à la préface

Puis deux beaux clichés réalisés lors de l’élévation du Corps adorable de Notre-Seigneur et de Son Très Précieux Sang :

Ceyssac 15 août 2015 3 - à l'élévation du Corps du Christ

Ceyssac 15 août 2015 4 - à l'élévation du Précieux Sang

Ci-dessous, une vue générale de la nombreuse assistance. Photographie réalisée lors des purifications, alors que les fidèles sont en action de grâces silencieuse :

Ceyssac 15 août 2015 5 - l'assistance vue du fond de l'église

Certains fidèles d’ailleurs n’avaient pas trouvé place dans l’église et ont suivi la Sainte Messe depuis le parvis avec une édifiante ferveur :

Ceyssac 15 août 2015 6 - des fidèles qui ont suivi la Messe sur le parvis

Afin de permettre aux fidèles qui le souhaitent de participer à la procession de la Vierge Noire, qui se déroule dans les rues du Puy l’après-midi, nous accomplissons la procession du Voeu de Louis XIII immédiatement après la Messe.
Lors de cette procession, la statue de la Madone est portée sur un brancard fleuri, sur lequel est également placé un reliquaire – apporté du Mesnil-Marie - dans lequel est renfermé un fragment du Voile de la Très Sainte Vierge Marie (Voile que portait Notre-Dame lors de l’Annonciation, offert par l’impératrice Irène de Constantinople au Bienheureux Charlemagne, puis donné par Charles le Chauve à la cathédrale de Chartes).
Au chant des litanies de la Sainte Vierge, les fidèles, suivant la croix de procession, sortent de l’église, puis viennent le brancard et enfin Monsieur l’Abbé.

Ceyssac 15 août 2015 7 - procession sortie de la Vierge

La procession descend vers la place du village dont elle fera le tour.

Après le chant des litanies, ce sont des cantiques populaires en français qui sont repris avec flamme.

Ceyssac 15 août 2015 8 - procession dans le village

La statue de la Madone et le reliquaire pendant la procession :

Ceyssac 15 août 2015 9 - le brancard avec la Vierge et le reliquaire

Détail du reliquaire :

Ceyssac 15 août 2015 10 - le reliquaire du Voile de la Vierge

Au retour dans l’église, le brancard de procession est déposé dans le sanctuaire.
C’est alors qu’est lu le texte complet de l’Edit de Saint-Germain, publié le 10 février 1638, par lequel Sa Majesté le Roi Louis XIII a consacré sa personne, sa couronne et le royaume de France tout entier à la Très Sainte Vierge Marie, ordonnant que désormais cette consécration soit renouvelée tous les ans, à l’occasion de la fête de l’Assomption.

Ornement de l'Assomption 2 détail

Chasuble de l’Assomption du Mesnil-Marie (détail de la Madone)

Après le chant du « Sub tuum praesidium » et les oraisons d’usage renouvelant cette consécration, la cérémonie s’est achevée sur un vibrant « Salve Regina », la très populaire antienne du Puy - antiphona de Podio - que, ce soir,  je me permets de paraphraser ainsi :

« Nous vous saluons, ô Reine de la France,
Mère de miséricorde, qui êtes la vie, et la douce espérance de ce Royaume à la dérive !
Vers vous, le peuple français dans la détresse crie,
vous suppliant de faire cesser son errance pécheresse :

Vers vous, les Français, gémissant et pleurant sur l’apostasie officielle de ce pays,
élèvent les soupirs de leurs âmes endolories !
O v
ous à qui ce Royaume a été solennellement consacré,
soyez son inlassable avocate auprès du divin Juge :
Fléchissez Son Coeur et obtenez de Lui les grâces d’une conversion profonde et générale,
afin que cette France, pénitente et reconnaissante,
retrouvant la fidélité aux grâces de sa vocation,

chante à la face de toutes les nations la gloire du Christ-Roi,
et votre toute puissante intercession :
ô clémente, ô toute bonne, ô douce Vierge Marie ! »

Lully.

Ornement de l'Assomption 3 détail

Chasuble de l’Assomption du Mesnil-Marie (détail d’une broderie).

Note : Selon la tradition, c’est à « la dame de Ceyssac » que la Très Sainte Vierge Marie est apparue, lorsque, pour la seconde fois, elle s’est manifestée au Puy, enjoignant de lui dédier un sanctuaire sur le Mont Anis et opérant, pour preuve de son intervention céleste, des guérisons miraculeuses.

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