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2012-45. De Notre-Dame de Pradelles, à l’occasion du cinquième centenaire de la découverte de sa statue miraculeuse.

Mercredi 22 août 2012, 
fête du Coeur immaculé de Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce beau jour octave de l’Assomption, marqué par la célébration de la fête du Coeur immaculé de Marie, j’ai résolu de vous faire découvrir un beau et ancien pèlerinage en l’honneur de notre Mère céleste : le sanctuaire de Notre-Dame de Pradelles, qui commémore, en cette année 2012, le cinquième centenaire de la découverte de la statue miraculeuse autour de laquelle s’est développé le pèlerinage.

Dans l’après-midi du 15 août dernier, Frère Maximilien-Marie s’y est rendu et a participé à la procession traditionnelle, qui s’est déroulée dans les ruelles de la cité médiévale, derrière Nos Seigneurs Hippolyte Simon, archevêque de Clermont et vice-président de la Conférence des Evêques de France, et Claude Feidt, archevêque émérite d’Aix-en-Provence et Arles.

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Le village de Pradelles (cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

La petite ville de Pradelles, classée parmi les « plus beaux villages de France », bâtie à quelque 1145m d’altitude sur une éminence d’où elle domine la haute vallée de l’Allier, est aujourd’hui située dans le département de la Haute-Loire, aux confins du Vivarais, du Velay et du Gévaudan.
Historiquement, la cité appartient au Vivarais : Pradelles était le siège d’une officialité de l’ancien diocèse de Viviers qui s’étendait sur 27 paroisses alentour.
La cité a donné naissance, le 7 juin 1738, au Bienheureux Jean-Antoine-Hyacinthe Bouchareinc de Chaumeils, prêtre, vicaire général du diocèse de Viviers, martyrisé aux Carmes (Paris) le 2 septembre 1792 (cf. > www).

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Trois demi-vols d’argent sur champ d’azur (blason de Pradelles)

En l’an 1512, est située la découverte de la statue de la Vierge.
Fortuitement, alors qu’il voulait relever un mur écroulé et qu’il creusait pour lui préparer de solides fondations, un hospitalier de la communauté de l’hôpital (cet hôpital était sis à l’extérieur des murailles de la ville et faisait fonction de maladrerie pour les pestiférés et les lépreux) découvrit un coffre enterré.
Dans ce coffre se trouvait une statue de la Vierge à l’Enfant…

D’où venait cette statue? Comment s’était-elle trouvée là? Pour quelles raisons avait-elle été ainsi enterrée? Nul ne peut le dire.
Les historiens n’ont pas d’autres documents que celui du récit de sa découverte, mis par écrit quelque 160 ans après l’évènement.

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Vitrail représentant la découverte de la statue de N.D. de Pradelles (cliquer pour voir en grand)

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Plaque apposée à l’emplacement de la découverte de la statue.

La statue fut installée dans la petite chapelle de l’hôpital et la dévotion envers elle fut d’abord assez modeste et discrète.
Mais dans la deuxième moitié de ce XVIème siècle, marqué par les terribles guerres civiles dites de religion, quelques faits prodigieux attirèrent l’attention sur la statue et entraînèrent le développement  de son culte.

- En 1562, une première intervention fut jugée miraculeuse : une bande de pillards huguenots fut mise en déroute par une lueur aveuglante.

- En 1577, une épidémie de peste (qui aurait fait quelque 1200 victimes dans la contrée) fut éradiquée par le recours à Notre-Dame.

- En 1586, la peste encore s’abattit sur la région. Des étudiants en médecine appelés pour combattre l’épidémie ne trouvèrent rien de mieux que de nettoyer la ville par le feu : Pradelles fut livrée aux flammes!
Un seul quartier fut inexplicablement épargné, celui de la basse ville, autour du sanctuaire de la Madone. On vit là un signe manifeste de la protection de Marie.

- Deux ans plus tard, en mars 1588, Pradelles fut menacée par les troupes d’un chef huguenot réputé pour sa cruauté et ses exactions, Jacques de Chambaud (+ 1600).
A l’aube du 10 mars 1588, les redoutables soldats de Chambaud réussirent à faire sauter l’une des portes de la cité et ils criaient déjà « ville prise! », lorsqu’une femme, Jeanne La Verde dite la Verdette, leur répondit en patois : « pancaro! » (pas encore) en faisant tomber une énorme pierre du haut des remparts.
Cette pierre tomba sur le casque de Chambaud et, si elle ne le tua pas, elle le blessa néanmoins : les huguenots paniqués s’enfuirent et la ville fut sauvée.
Les Pradelains attribuèrent ce sauvetage, outre au courage de l’héroïne, à la protection de Notre-Dame.
A partir de ce jour, furent fondées une sainte messe d’action de grâces et une procession au jour anniversaire de cette délivrance : j’ignore si elles sont toujours célébrées en ce temps, mais j’ai vu, dans mes lectures, qu’elles l’étaient encore au début des « années 70  » du XXème siècle.

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Porte de la Verdette où Jacques de Chambaud fut mis en déroute par le courage de Jeanne La Verde
(cliquer sur la photo pour la voir en grand)

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Plaque et bas-relief commémoratifs du haut-fait de Jeanne La Verde, dite la Verdette
(cliquer pour voir en plus grand format) 

En 1610, les dominicains fondèrent une communauté à Pradelles et reçurent la charge de la chapelle de Notre-Dame : celle-ci étant petite et vétuste, il fut décidé qu’on la reconstruirait.
La première pierre fut posée le 8 mai 1613 et sans doute fut elle ouverte au culte au cours de l’année 1614.

Tout au long des XVIIème et XVIIIème siècles on a recueilli de nombreux témoignages de grâces extraordinaires, physiques et spirituelles, reçues par l’intercession de Notre-Dame de Pradelles.

L’un des miracles les plus certains obtenus grâce à l’intercession de Notre-Dame de Pradelles fut la guérison de la Bienheureuse Marie Rivier (1768-1838), qui fondera la congrégation des Soeurs de la Présentation de Marie en pleine tourmente révolutionnaire.
La petite Marie, née en 1768 à Montpezat, avait été, à l’âge d’un an et demi, victime d’une chute qui l’avait laissée infirme mais dont elle avait été miraculeusement guérie.
En 1777, dans sa neuvième année, elle se retrouva à nouveau gravement handicapée à la suite d’une seconde chute, et elle ne pouvait plus se déplacer sans deux lourdes béquilles.
La mère de la future bienheureuse résolut de faire sur la jambe de la jeune infirme des onctions avec de l’huile prélevée dans la lampe qui brûlait jour et nuit devant la statue de Notre-Dame de Pradelles : ces onctions quotidiennes étaient bien sûr accompagnées de ferventes prières. Elles furent pratiquées pendant une quinzaine de jours…
Le 15 août, sur les injonctions de l’un de ses oncles, Marie se leva sans ses béquilles et put marcher jusqu’à l’église.
La Bienheureuse Marie Rivier gardera toute sa vie une très grande confiance en l’intercession de Notre-Dame de Pradelles et, en plus d’une circonstance difficile, elle viendra à pied pour la supplier et lui recommander ses intentions.

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La Bienheureuse Marie Rivier, fondatrice des Soeurs de la Présentation de Marie,
miraculée de Notre-Dame de Pradelles. 

Les horreurs sacrilèges de la grande révolution n’épargnèrent pas Pradelles.
Le 27 juin 1793, les terroristes révolutionnaires voulurent faire un grand bûcher avec les « hochets du fanatisme et de la superstition ». Entendez par là les objets du culte et de la dévotion catholiques.
Ils arrachèrent la statue miraculeuse de la Madone à son autel et la jetèrent dans le brasier qu’ils avaient allumé sur la place.
Mais avant qu’elle n’ait pu être entièrement consummée, un homme plein de foi et de courage l’arracha aux flammes et s’enfuit en courant.
Sur l’un des murs du sanctuaire, un tableau (malheureusement très abîmé) perpétue le souvenir de ce sauvetage héroïque.

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27 juin 1793 : la statue miraculeuse de Notre-Dame de Pradelles est sauvée des flammes par un fidèle héroïque
(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand) 

La statue de Notre-Dame de Pradelles, quoique gravement endommagée, était sauvée. Elle fut pieusement conservée dans la clandestinité jusqu’en 1802.
Grossièrement restaurée, elle fut d’abord placée dans l’église paroissiale, puis – dès qu’elle put être rendue au culte – dans sa chapelle de la basse ville… où elle est toujours.

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Sur le cliché ci-dessus, vous pouvez voir la statue de Notre-Dame de Pradelles telle qu’elle avait été rendue au culte après une réparation maladroite effectuée pendant le temps de la révolution où elle avait été gardée dans la clandestinité : cela avait consisté en fait à scier les parties brûlées par le bûcher de 1793 et à les remplacer par des pièces de pin plus ou moins bien ajustées aux parties préservées.

En 2001-2002 une restauration complète et sérieuse, rendue indispensable en raison de la grande vétusté de la vénérable statue a été menée à bien.
Voici la même Madone que ci-dessus, maintenant restaurée mais qu’il n’est plus permis de manipuler car elle reste très fragile :

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En outre il en a été réalisé une copie qui restitue les parties manquantes. C’est celle qui est habituellement exposée sur l’autel de la chapelle.
Cette restitution permet de comprendre que la statue originelle avait toutes les caractéristiques de ces antiques Vierges en majesté (certains historiens émettent même l’hypothèse que cela ait pu être une « Vierge Noire » à l’origine) que l’on trouve en si grand nombre en Auvergne et dans les provinces avoisinantes : Rouergue, Gévaudan, Vivarais, Velay, Forez, Lyonnais et Bourgogne…
Voici la photo qui a été prise par Frère Maximilien-Marie le 15 août dernier :

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Il existe une autre copie, un peu plus ancienne et beaucoup moins précise.
En réalité, seules les têtes de la Vierge et de l’Enfant y sont véritablement sculptées ; le corps de la statue est seulement ébauché parce que, en fait, elle a été réalisée pour ne paraître que recouverte de riches robes et parures.
C’est celle que l’on aperçoit ci-dessous, à droite dans le sanctuaire de la chapelle, prête à être portée dans la procession du 15 août :

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La statue miraculeuse de Notre-Dame de Pradelles a été solennellement couronnée le 18 juillet 1869 au nom de Sa Sainteté le Pape Pie IX au cours de cérémonies somptueuses.

Tout au long du XIXème siècle, et encore dans la première partie du XXème siècle, le sanctuaire fut très vivant et on compte de nombreuses grâces de protection, de guérison, de cessation d’épidémies… etc., sans compter les grâces spirituelles.
En revanche, la seconde moitié du XXème siècle avec ses mutations sociales et ses errements ecclésiastiques (et bien que cette contrée garde une piété traditionnelle assez solidement enracinée) a, ici aussi, entraîné une certaine désaffection religieuse dont le sanctuaire a grandement pâti tant spirituellement que matériellement.

La chapelle de Notre-Dame de Pradelles nécessite de gros travaux de restauration. Une grosse partie a déjà pu être menée à bien grâce à la diligence et aux efforts conjoints d’une association, de l’évêché et des pouvoirs publics, mais il y a encore beaucoup à faire.
Souhaitons que cette rénovation s’accompagne d’un profond renouveau spirituel et d’une restauration du grand élan de ferveur et de piété qui a parcouru les XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles.

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Pradelles : la procession du 15 août 2012 dans les ruelles médiévales
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand) 

Prière traditionnelle à Notre-Dame de Pradelles :

Je vous salue, Reine de la Montagne, aimable et puissante Protectrice, Notre-Dame de Pradelles.

O Marie, Vierge pleine de bonté, de charmes et de douceur, vous avez partout droit à mes hommages, mais il m’est doux de vous les offrir dans ce Sanctuaire, aux pieds de cette image auguste et vénérée, de cette statue couronnée que vous avez rendue célèbre par tant de prodiges.

Ici, vous avez répandu vos grâces sur la région, sur la ville, sur une multitude de pèlerins qui, depuis plusieurs siècles, viennent invoquer votre secours. Vous avez béni les pécheurs, consolé les affligés. Soyez notre Mère à tous;

En récompense de toutes vos bontés, recevez l’offrande de mon pauvre coeur ; gardez-le et ne me le rendez plus. Si le monde ou les passions me le réclament, je répondrai : Mon coeur n’est plus à moi, mon coeur est à Marie!

Lorsque viendra l’heure du dernier combat, soyez à mes côtés ; venez, ô tendre Mère, recueillir le dernier soupir de votre enfant.

Ainsi soit-il! 

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Photo ancienne de Notre-Dame de Pradelles avec sa robe d’apparat
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand) 

2012-41. Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias (Vivarais).

Mercredi 18 juillet 2012.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous avais annoncé la « journée de mémoire » organisée par Frère Maximilien-Marie le 14 juillet dernier à l’occasion du deux-cent-vingtième anniversaire de la tentative de soulèvement dirigée par le comte de Saillans et, consécutivement à son échec, du massacre d’une douzaine d’ecclésiastiques et d’un certain nombre de fidèles sujets du Roi (cf. > www).
Je vous ferai un peu plus tard le compte-rendu de cette journée, mais je veux profiter aujourd’hui de la fête de Notre-Dame de Bonne Délivrance (dont je vous avais entretenu ici > www) pour vous présenter un petit sanctuaire marial du bas Vivarais dont le nom est presque semblable : Notre-Dame de la Délivrance.
La chapelle dans laquelle notre douce Mère céleste est invoquée sous ce vocable, est sise au hameau de Chapias, qui appartient à la commune de Labeaume (07120 – site de la commune > www).
Nos pèlerins du 14 juillet dernier y ont fait une étape, parce que ce lieu est lié à la grande révolution, même s’il n’est pas directement en rapport avec les évènements de juillet 1792. En l’occurrence – et fort heureusement – on ne déplore ici ni massacre ni évènement malheureux…

2012-41. Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias (Vivarais). dans Chronique de Lully hameau-de-Chapias-Copie-300x225

Le hameau de Chapias dans la garrigue
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Au centre du hameau de Chapias, on arrive sur une petite place ombragée qui sert de parvis à une chapelle de dimensions respectables.
En face de la porte d’entrée, au centre de la placette, a été érigée une croix de mission.
La chapelle, comme toutes les maisons du hameau, est construite avec les pierres calcaires dont la garrigue environnante n’est pas avare. Au dessus de la porte d’entrée, sur le linteau, est gravée la date 1814.
Au XIXème siècle, et jusqu’au milieu du XXème siècle, ce hameau, qui était assez peuplé et à une distance assez importante du chef-lieu, fut même érigé en paroisse indépendante, avec un curé résident : un presbytère est attenant à l’église.

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La chapelle de Chapias.

Gravissant les trois marches du perron, nous pouvons entrer dans la chapelle.

Aussitôt, nous pouvons constater avec plaisir que les fureurs iconoclastes qui, sous le fallacieux prétexte de l’aggiornamento - dans les années consécutives au second concile du Vatican – , ont dépouillé nos églises pour en faire des copies de sinistres temples huguenots, n’ont eu ici qu’une action limitée.
A Chapias, on peut seulement déplorer la disparition de la table de communion au niveau des degrés qui marquent la séparation entre le sanctuaire et la nef et l’ajout, tout à fait inutile, d’une espèce de meuble sans goût ni grâce – il a l’élégance d’une verrue! – pour servir, plus encore que d’autel face au peuple, d’impitoyable témoin à charge contre le mauvais goût et le manque de solide formation liturgique d’une part importante du clergé.
Cela mis à part, on ne peut que se réjouir de voir que toutes les statues, les stations du chemin de Croix, les ex-votos, les tableaux des saints, les autels de marbre recouverts de nappes et parés de chandeliers sont tous en place, comme attendant la véritable restauration d’un authentique culte catholique…
Dans la lumière doucement tamisée par les vitraux, la sérénité du lieu vous imprègne.

3-Intérieur-chapelle-Chapias-Copie-300x225 Chapias dans Nos amis les Saints

Intérieur de la chapelle de Chapias. 

Frère Maximilien-Marie a été particulièrement sensible au fait que notre glorieux Père Saint Augustin est représenté par l’un des vitraux du sanctuaire, et en outre qu’il y a un beau tableau représentant Saint François de Sales :

Chapias-St-Augustin-Copie-144x300 Notre-Dame de la Délivrance dans Prier avec nous   Chapias-St-françois-de-Sales-229x300 pèlerinage dans Vexilla Regis

Mais surtout, dès le moment où le visiteur entre, son oeil est attiré par le grand tableau qui est accroché au fond du sanctuaire, bien au centre :

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Le voeu des abbés Sévenier
(cliquer sur la photo pour la voir en grand)

Regardons le tableau plus en détail :

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Le voeu des abbés Sévenier (détail)

Aux pieds d’une Vierge assise, tenant en sa main droite un sceptre fleurdelisé, portant sur ses genoux un Enfant Jésus qui bénit de la main droite tandis que de la gauche il s’enveloppe dans le manteau protecteur de sa mère, deux ecclésiastiques sont à genoux.
Celui de gauche, comme en témoigne sa chevelure blanche, est plus âgé. Leur attitude à tous deux et leurs regards montrent qu’ils prient, qu’ils se recommandent avec ferveur (il y a même une nuance d’inquiétude sur leurs visages) à l’intercession de Notre-Dame.
Le geste de bénédiction de l’Enfant Jésus, la tête tendrement inclinée de la Madone et le sourire qu’on lit sur ses lèvres laissent entendre que la requête des deux prêtres est agréée, que leur prière est exaucée.
Sur la droite du tableau, en haut de la montée d’escalier, ont été figurés des soldats (ou des gardes nationaux) les armes à la main, effectuant une perquisition. 

Ces deux prêtres sont les deux abbés Sévenier
Le plus âgé – né en 1733 – était en 1789 curé-prieur de la petite ville de Valgorge, dans les Cévennes vivaroises.  Le plus jeune – il était né en 1760 – était le neveu et le vicaire du premier.
L’un comme l’autre refusèrent le serment schismatique à la constitution civile du clergé et devinrent donc des réfractaires, c’est-à-dire de dangereux hors-la-loi aux yeux des révolutionnaires : s’ils ne faisaient pas le choix de l’exil volontaire, ils étaient passibles de la déportation ou de la mort.
Dans un premier temps, ils se cachèrent chez certains de leurs paroissiens, et continuèrent à exercer leur ministère clandestinement. Mais le danger grandissant auquel ils exposaient ceux-là même qui les protégeaient les détermina à quitter le territoire de leur paroisse et à se retirer dans leur famille, au hameau de Chapias.

La famille Sévenier possédait une propriété relativement importante et devait faire appel à de la main d’oeuvre extérieure.
Les deux abbés – en habits civils – pouvaient donc se faire passer pour des domestiques, mais il fallut rapidement multiplier les mesures de discrétion pour que des employés à la langue trop bien pendue (et ce d’autant plus que des récompenses étaient promises aux délateurs) ne divulgassent point des informations susceptibles de mettre les deux prêtres et leur famille en danger.

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Chapias : la « maison Sévenier » où les abbés se cachaient dans leur famille.

Un jour, la garde nationale pénétra à l’improviste dans la maison alors que Madame Sévenier était auprès du feu avec son neveu, le plus jeune des prêtres ; elle eut alors la promptitude d’esprit de lui tendre un sac en lui disant sur le ton avec lequel on s’adresse à un domestique : « Prends ton goûter et va garder le troupeau! » Les soldats laissèrent partir le « berger » ne se doutant pas de son identité et leur perquisition s’avéra, bien évidemment, infructueuse.
Une autre fois, les soldats vinrent en pleine nuit : à peine eurent-ils commencé de tambouriner à la porte que Madame Sévenier fit entrer les abbés dans une cache aménagée derrière une armoire, puis elle vida un seau d’eau sur le sol et alla se coucher dans le lit précédemment occupé par les prêtres. Pendant ce temps, Monsieur Sévenier, à la porte, avait un peu retardé l’entrée des révolutionnaires : ils fouillèrent la maison sans rien trouver, car – à cause du sol mouillé – ils ne mirent pas les genoux à terre pour se pencher et regarder sous l’armoire, se contentant d’y faire passer la baïonnette d’un fusil : cette fois encore la famille Sévenier avait eu chaud!

Les alentours de Chapias sont hérissés de rochers calcaires aux formes bizarres et la garrigue est un enchevêtrement d’arbustes méditerranéens, de haies épineuses, de sentiers tortueux, de petits clos entourés de murailles de pierres sèches, au milieu desquels il est bien malaisé à quelqu’un qui n’en est pas familier de ne pas se perdre.
En raison de la surveillance toujours plus suspicieuse et des perquisitions, il fut donc convenu que les deux abbés se réfugieraient pendant la journée à l’intérieur de l’un de ces gros rochers, situé à quelque 400 mètres de la maison : en effet, la Providence a fait que ce rocher est creux!
Depuis lors cette cachette naturelle est restée dans la mémoire collective comme « le rocher des curés » et sur le cliché ci-dessous vous apercevez sur l’avant (à hauteur de visage d’homme, car ce rocher mesure près de 4m de hauteur) une ouverture allongée par laquelle on pouvait faire passer de la nourriture aux deux réfractaires.

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Le « rocher des curés » (cliquer pour agrandir)

Lors de leur passage, 14 juillet dernier, Frère Maximilien-Marie et ses amis sont allés le visiter, bien sûr.
C’est le filleul de notre Frère qui, à l’arrière du rocher, a découvert le passage étroit à travers lequel il faut ramper pour entrer dans la  cachette.

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L’entrée de la cache.

Si un enfant de dix ans peut s’y faufiler sans problème, notre Frère – qui n’a ni la même souplesse ni la même circonférence (!!!) – a eu un peu plus de mal pour s’y faufiler et, lui qui n’aime pas les espaces étroits et confinés, n’a pas eu l’envie de demeurer très longtemps dans ce rocher, qui fut cependant sanctifié par les longues heures de prière et de véritable pénitence des deux abbés Sévenier.
Voici un cliché pris lorsqu’on est accroupi à l’intérieur de la cachette et qui montre la seule chose que l’on peut voir en levant la tête : le ciel à travers les branches…

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Lorsque Frère Maximilien-Marie m’a montré cette photo, j’ai pensé que lorsqu’on est en butte à un monde hostile, nous n’avons plus qu’à lever les yeux et à crier vers le Ciel…
C’est ce que firent nos bons abbés : redoublant de confiance et de ferveur, ils se mirent sous la protection très spéciale de la Très Sainte Vierge et firent le voeu de lui bâtir une chapelle, s’ils sortaient saufs de la persécution révolutionnaire.
Cette scène, outre le tableau sus-cité, est sculptée en bas-relief sur le maître-autel de la chapelle :

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Le voeu des abbés Sévenier, bas-relief du maître-autel de la chapelle.

Le 28 septembre 1798, le plus âgé des abbés, alors qu’il se dégourdissait un peu les jambes en dehors de la cache, se trouva nez à nez avec un révolutionnaire qui le fit prisonnier : emmené d’abord à Joyeuse, il fut transféré à Privas le 2 octobre, puis enfin à Orange où il devait comparaître devant le tribunal révolutionnaire.
Mais Notre-Dame de la Délivrance veillait! La révolution s’épuisait et le procès traîna en longueur… Des négociations eurent lieu et le vieil abbé fut libéré en échange de 1400 livres!
Il revint à Chapias.
Peu à peu les prêtres réfractaires pouvaient sortir de la clandestinité et reprendre leur ministère sans rien craindre : sitôt le concordat signé, les deux abbés Sévenier reprirent leurs postes à Valgorge. 

Ils n’oublièrent pas leur promesse et, dès que ce fut possible, ils s’acquittèrent de la construction de la chapelle qu’ils avaient promise à la Madone.
Elle fut achevée en 1814, année du décès du plus âgé des deux prêtres.
Elle fut agrandie à deux reprises par la suite, et le plus jeune des abbés Sévenier en fut officiellement nommé chapelain, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort, en 1841.
Il fut inhumé aux pieds de Notre-Dame de la Délivrance.

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Tombe du plus jeune des abbés Sévenier dans la chapelle.

Dès que la chapelle fut ouverte au culte, un véritable pèlerinage se développa : les fidèles des paroisses alentours vinrent de plus en plus nombreux se confier à la Très Sainte Vierge Marie, solliciter son intercession dans leurs nécessités spirituelles et temporelles, et la remercier lorsqu’ils étaient exaucés.
Cela rendit nécessaire la présence à temps plein d’un prêtre pour accueillir les pèlerins, diriger les exercices de dévotions, célébrer la Sainte Messe et administrer le sacrement de pénitence… 
De là, dans un premier temps, la nomination de l’abbé Pierre Sévenier comme chapelain, puis, dans la seconde partie du XIXème siècle, l’érection du hameau en paroisse, comme je l’ai signalé plus haut.

En 1884, à quelques centaines de mètres du hameau, sur une petite éminence de ce plateau calcaire (à 252 m. d’altitude, pour être précis), fut construite une tour crénelée de 12 mètres de haut, au sommet de laquelle fut placée une statue de pierre représentant la Vierge, couronnée, portant le Saint Enfant Jésus sur son bras gauche.
En ces temps de grande foi populaire, la tour devint le but vers lequel se rendaient les processions qui se faisaient à l’extérieur à l’occasion de toutes les grandes fêtes mariales.

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Chapias : la tour de la Vierge à l’extérieur du hameau.

Frère Maximilien-Marie et ses amis s’y sont bien évidemment rendus et en ont fait l’ascension (du sommet on découvre, à 360°, un somptueux panorama) ; son filleul a même compté les marches : il y en a 53, comme le nombre des « Ave, Maria » d’un chapelet.
Au dessus de la porte d’entrée, le linteau porte gravé le monogramme de Marie, accompagné de cette inscription : 12 octobre 1884 – Notre-Dame du Très Saint Rosaire, priez pour nous.

Voilà donc, chers Amis, la présentation et l’histoire du sanctuaire de Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias, en notre bas Vivarais, et j’espère qu’elles vous ont touchés autant que j’en fus ému lorsque notre Frère m’en a fait le récit.

Je ne veux pas terminer ma publication de ce jour sans vous avoir invités à prier Notre-Dame de la Délivrance avec beaucoup de confiance et d’amour, en contemplant la statue qui la représente dans le transept droit de la chapelle…

Lully.

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Statue de N.D. de la Délivrance dans la chapelle de Chapias
(cliquer sur l’image pour la voir en grand)

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O très Sainte Vierge Marie,
dont Jésus a fait notre Mère dans l’ordre de la grâce,
convaincu qu’une Mère est
 capable de tout
pour délivrer son enfant du mal et du danger,
je me présente devant Vous :

Notre-Dame de la Délivrance,
délivrez, si cela est possible, mon corps de toute atteinte de la maladie ;
 délivrez-moi surtout des atteintes de ce mal suprême qu’est le péché ;
délivrez-moi de tout ce qui m’est un obstacle
pour vivre pleinement en enfant de Dieu !

 Délivrez aussi, je Vous en supplie,
mon esprit de toute forme d’erreur, de mensonge et de mauvais jugement ;
délivrez enfin mon coeur de toute affection désordonnée,
de toute forme d’égoïsme, de jalousie, de rancune,
d’amertume et d’orgueil !

De même que Vous avez autrefois protégé ces bons prêtres
qui se confièrent à Vous au temps de la persécution,
daignez aujourd’hui tendre une oreille favorable
aux supplications que je fais monter vers Vous ;
daignez regarder favorablement les intentions dont mon coeur est rempli (…)
et Vous faire mon Ambassadrice devant le trône de la Très Sainte Trinité !
Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

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2011-92. Près de la Crèche, nos voeux pour Noël 2011.

Vendredi 23 décembre 2011,
anniversaire de la mort de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin (Madame Louise de France).

2011-92. Près de la Crèche, nos voeux pour Noël 2011. dans Annonces & Nouvelles lanterne

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous sommes à l’avant-veille de Noël. Demain – jour de vigile -, nous serons pendant toute la journée dans un recueillement et un silence encore plus grands que pendant tout le temps de l’Avent qui s’achève.  Pour la Sainte Messe de la Nativité – dûment célébrée à minuit -, puisque les routes du Mézenc sont praticables (ce qui n’était pas le cas l’an dernier) et devraient le rester, Frère Maximilien-Marie pourra se rendre à l’église de Ceyssac, juste à côté du Puy-en-Velay : c’est là que se trouve le lieu de culte de notre paroisse selon la « forme extraordinaire du rite romain ».

Pour moi, pendant ce temps, j’assurerai la garde de notre Mesnil-Marie et je veillerai auprès de la crèche en attendant mon papa-moine ; à son retour, je l’accompagnerai pour déposer l’Enfant Jésus dans sa mangeoire-berceau.
Tout est bien prêt pour L’accueillir : Frère Maximilien-Marie a terminé hier soir de préparer notre grande crèche, à son grand soulagement. L’an dernier, il était un peu affolé et n’avait pu l’achever – dans l’urgence – que le 24 décembre dans l’après-midi ; cela était dû aux conditions climatiques : la neige et le gel, qui avaient été très rigoureux tous les jours précédents la Vigile de Noël, l’avaient jusque alors empêché de ramasser la mousse et de couper les branchages nécessaires!

Moi, j’ai aidé comme je l’ai pu à la préparation de cette crèche, mais je ne suis pas un grand bricoleur, alors j’ai surtout donné des idées et suggéré certains aménagements. Ensuite, j’allais in situ pour vérifier que tout était bien comme je l’avais préconisé : j’ai inspecté les collines et les pâturages, j’ai vérifié que l’étable assurerait un véritable abri à la Sainte Famille, j’ai même testé la solidité de certaines maisons de Bethléem, ce qui n’a pas du tout amusé Frère Maximilien-Marie qui m’a taquiné en me disant que j’étais trop gros… Cela ne m’a pas fait très plaisir, mais il est pourtant bien vrai qu’il n’y avait pas de place suffisante pour moi dans cette hôtellerie!

DSC09404-Copie-300x225 crèche dans Chronique de Lully

Vous pourrez visionner, ci-dessous, une vidéo de notre crèche… Afin de vous la présenter bien complète nous y avions placé l’Enfant Jésus mais, sitôt le tournage accompli, nous l’avons prestement enlevé!!! Vous allez entendre notre Frère Maximilien-Marie vous donner les principales explications du travail qu’il a réalisé (faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »).

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter à mon tour, à la suite des voeux que Frère Maximilien-Marie a formulé à votre intention à la fin de ce mini-film, de belles, ferventes et saintes fêtes de la Nativité de notre Sauveur!

Puisse le divin Enfant de la crèche faire descendre sur vous Ses plus douces bénédictions, et que, par l’intercession de Sa Très Sainte Mère et de Saint Joseph, Il exauce vos prières, accorde force et réconfort à vos malades, donne la consolation aux affligés et fasse entrer vos défunts dans la lumière et la gloire de Son Royaume éternel… Ainsi soit-il!

 Lully.

couronnechat Mesnil-Marie dans De liturgia

 Pour connaître l’origine de la dévotion à la Crèche > ici.

2011-70. Cappuccino et croissants…

12 septembre,
fête du Saint Nom de Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La liturgie célèbre en ce jour le Saint Nom de Marie (que j’avais déjà évoqué > ici).
Cette fête, qui appartenait auparavant au propre de certains diocèses ou congrégations religieuses, fut instituée dans l’Eglise universelle par le Bienheureux Innocent XI en action de grâces pour la victoire de Vienne, qui advint le 12 septembre 1683.
Supprimée dans le calendrier de la liturgie réformée de 1969, elle y a été réintroduite par Jean Paul II dans l’édition de l’année 2002 du missel pour la « forme ordinaire du rite romain » (*), alors qu’elle est toujours restée – bien entendu! – dans les fêtes de la messe latine traditionnelle.

L’expansion de l’empire ottoman :

Disons-le sans détour : la « religion » mahométane a toujours été un danger pour la chrétienté et, depuis son origine, l’islam, à des degrés divers, a toujours persécuté les chrétiens.

Prise de Constantinople par le sultan Mehmet II en 1453

La chute de Constantinople le 29 mai 1453.

Après la prise et le saccage de Constantinople, le 29 mai 1453 (dont l’anniversaire devrait être à perpétuité célébré par une journée de deuil européen), les Turcs n’ont jamais cessé de se lancer à la conquête de l’Occident et de vouloir le soumettre à leur cruelle domination.

Trois ans plus tard, ayant soumis la Grèce, l’Albanie et la Serbie, les Ottomans furent stoppés devant Belgrade par l’armée des va-nu-pieds commandée par Jean Hunyadi et animée par le franciscain Saint Jean de Capistran. C’était le 22 juillet 1456.
Le sultan Mahomet II, de sinistre mémoire puisque c’est lui qui s’était emparé de Constantinople et en avait ordonné la mise à sac, fut lui-même blessé dans cette bataille et s’enfuit.
Par la suite, il réussira néanmoins à conquérir la Bosnie et l’Herzégovine.

Saint Jean de Capistran

Saint Jean de Capistran (1386-1456)
acteur spirituel de la victoire de Belgrade par l’invocation du Saint Nom de Jésus.

En apprenant la victoire de Belgrade, le pape Callixte III déclara que cette bataille avait « décidé du sort de la Chrétienté » et, en action de grâces, il institua pour toute l’Eglise la fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur, à la date du 6 août.

Il est à noter qu’en cette année 2011, le 4 juillet, le parlement hongrois a adopté à la demande du premier ministre Victor Orban, une motion faisant de l’anniversaire de cette victoire, le 22 juillet donc, une journée de commémoration nationale.
La république française instituera-t-elle un jour une fête nationale à la date du 25 octobre pour commémorer la fameuse victoire de Charles Martel en 732?

Dans la seconde moitié du XVème siècle, toujours par la guerre et le pillage, l’empire ottoman conquit l’Iraq, la Perse et l’Egypte.
Vient ensuite le règne de celui qui est entré dans nos livres d’histoire sous le nom de Soliman le magnifique (1520-1566) : il soumit à nouveau la Serbie en s’emparant de Belgrade en 1521, prit Rhodes en 1522, conquit une partie de la Hongrie en 1526, mit le siège devant Vienne à trois reprises, étendit son empire sur l’Anatolie, l’Azerbaïdjan, le Yémen et toute l’Afrique du Nord… etc.

Le successeur de Soliman, Sélim II, attaqua Malte, sans pouvoir s’en emparer, mais il soumit Chypre.
C’est alors que la célèbre bataille de Lépante, le 7 octobre 1571, mit un terme à l’expansion ottomane vers l’Occident et amorça le déclin de cet empire fanatique.

St Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante

Lazzaro Baldi : Saint Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante.

Je ne m’étendrai pas ici sur les détails de cette bataille. Je rappellerai seulement que, obtenue en particulier par une mobilisation de prière – spécialement la prière du Rosaire -, la fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire, aujourd’hui plus simplement nommée fête de Notre-Dame du Rosaire et célébrée à la date du 7 octobre (mais solennisée le premier dimanche d’octobre), fut alors instituée en action de grâces par le Pape Saint Pie V.

La Victoire de Vienne :

Après leur défaite à Lépante, les Turcs ne se calmèrent toutefois pas tout de suite : à plusieurs reprises au cours du XVIIème siècle, ils tentèrent de nouvelles avancées en Europe centrale.

En 1683, c’est une armée de quelque trois cent mille hommes commandée par le grand vizir Kata Mustapha Pacha – particulièrement cruel : il avait fait exécuter quelque 25.000 otages chrétiens -, et guidée par le comte hongrois Tököly (qui était protestant et dont la haine du catholicisme lui faisait préférer soutenir les mahométans), qui vint mettre le siège devant Vienne à partir du 14 juillet.
L’empereur Léopold et son beau-frère, Charles V de Lorraine, avaient quitté la ville, dans laquelle seulement treize mille hommes restaient sous les ordres du comte Sarhenberg.

Le Bienheureux Innocent XI espérait constituer une nouvelle ligue des princes et souverains catholiques contre les Turcs, mais en définitive il ne put compter que sur le roi de Pologne Jean III Sobieski  (1624-1696).
Jean III était d’abord réticent et voulait imposer des conditions exorbitantes à sa participation : le Bienheureux Marc d’Aviano, un prêtre capucin envoyé par le Pape Innocent XI, vint le trouver alors qu’il se trouvait en pèlerinage à Chestochowa.
Le capucin l’exorta, le poussa à la réflexion et à la prière et… le roi de Pologne se mit en route avec ses troupes le 15 août.

Bienheureux Marc d'Aviano

Bienheureux Marc d’Aviano (1631-1699)
Prêtre capucin et acteur spirituel de la victoire de Vienne.

Le roi Sobieski arriva sur les collines au nord de Vienne le 10 septembre. Le Bienheureux Marc d’Aviano s’employa alors à confesser et à encourager les combattants.

Le dimanche 12 septembre 1683, Jean Sobieski servit la messe célébrée par le Bienheureux Marc d’Aviano : il y communia, arma son fils chevalier et prit le commandement de l’armée catholique où, en plus de ses troupes polonaises, il y avait celles du duc de Lorraine et du prince de Waldeck.
«Aujourd’hui, s’écria-t-il, il y va tout ensemble de la délivrance de Vienne, de la conservation de la Pologne et du salut de la chrétienté entière!»

Le Père Marc bénit les troupes, en leur prophétisant une grande victoire (on rapporte même qu’il remplaça l’ Ite missa est par ces mots : Ioannes vincet! Jean vaincra).
Puis Jean III se mit à la tête des coalisés et chargea en criant : «Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam! Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à Votre Nom donnez la gloire (
ps. CXIII)».
Les Ottomans furent battus sur le site de Kahlenberg et, dans Vienne délivrée, Jean Sobieski vint se prosterner avec ses généraux devant la statue de Notre-Dame de Lorette, vénérée dans l’église des Augustins où l’on chanta un Te Deum.

Ce jour-là, on avait fait dans Rome une grande procession que, malgré une crise de goutte, le Bienheureux Innocent XI avait tenu à suivre en personne ; le 24 septembre, le cardinal-vicaire prescrivit des sonneries de cloches et des prières d’action de grâces et, le 25 novembre, un décret établissait la fête du Saint Nom de Marie, l’assignant au dimanche dans l’octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Par la suite, elle fut fixée au jour anniversaire de la bataille : le 12 septembre.

Cappuccino et croissants : 

Alors que – dans l’ignorance crasse des évènements du passé qui semble caractériser notre époque et favoriser de ce fait toute sorte d’imprudences politiques et religieuses – la grande victoire de Vienne paraît oubliée : il n’en demeure pas moins qu’un très grand nombre de nos contemporains la célèbrent sans le savoir, parfois même de manière quotidienne en… savourant un croissant et en buvant un cappuccino!!!

Cappuccino et croissant

Le croissant fut en effet créé par les boulangers de Vienne à la suite de cette victoire : selon la tradition, pendant le siège et avant la délivrance accomplie par Jean III Sobieski, les Ottomans avaient tenté de s’emparer de la ville par surprise en creusant la nuit des galeries passant sous les remparts.
Mais les boulangers, qui travaillaient justement la nuit dans leurs fournils, entendirent le bruit des travaux de sape organisés par les envahisseurs et donnèrent l’alarme, ce qui permit de déjouer leur ruse.
En récompense, l’empereur Léopold leur accorda le privilège d’immortaliser l’évènement par la réalisation d’une pâtisserie dont la forme fut inspirée par le croissant de lune placé par les mahométans sur leurs étendards.
A l’origine, ces viennoiseries étaient réalisées avec une pâte à pain briochée. Elles furent importées en France par la Reine Marie-Antoinette, et c’est seulement en 1920 que les boulangers parisiens commencèrent à les confectionner avec une pâte au beurre feuilletée.

Quand au cappuccino, dont se délectent les amateurs de café, son nom lui vient directement du Bienheureux Marc d’Aviano, qui était, je vous l’ai dit, prêtre capucin (cappuccino en italien) : les armées ottomanes en s’enfuyant avaient laissé des sacs plein de café dont le bon religieux fit faire une boisson réconfortante pour ceux qui avaient victorieusement combattu. La manière dont il le fit apprêter, encore inconnue à Vienne, connut un si vif succès qu’elle lui valut de garder le nom de son ordre religieux!

En cette fête du Saint Nom de Marie, et avant que des esprits tordus – comme on peut en trouver si souvent parmi ceux qui veulent imposer à l’Occident le renoncement à ses racines et traditions – ne les fassent interdire, rendez donc gloire à Dieu en savourant quelques croissants et un bon cappuccino, tout en vous réjouissant de la musique composée par Jean-Baptiste Lully pour la burlesque cérémonie des Turcs du « Bourgeois gentilhomme »!

Lully.

Voir aussi :
Les réflexions et citations publiées > ici

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet »)

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(*) Je ne suis pas certain que presque 10 ans après sa publication officielle en langue latine cette édition du missel pour la forme ordinaire, qui a pourtant valeur normative, ait été publiée pour les diocèses de France!

Litanies du Saint Coeur de Marie :

La dévotion a inspiré plusieurs formules de litanies en l’honneur du Coeur de Marie : aucunes d’entre elles ne font partie des litanies officielles de l’Eglise (qui peuvent être utilisées lors des cérémonies liturgiques), toutefois celles dont nous reproduisons le texte ci-dessous ont été publiées dans le « Manuel de piété à l’usage des élèves du Sacré-Coeur » qui avait reçu l’approbation de l’évêque du Mans en 1835.

Saint Coeur de Marie

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Coeur de Marie conçue sans péché,priez pour nous!
Coeur de Marie, objet des complaisances du coeur de Dieu, priez pour nous!
Coeur de Marie, uni au Coeur de Jésus, priez pour nous!
Coeur de Marie, organe du Saint-Esprit, priez pour nous!
Coeur de Marie, sanctuaire de l’adorable Trinité, priez pour nous!
Coeur de Marie, tabernacle du Verbe incarné, priez pour nous!
Coeur de Marie, immaculé dès le commencement, priez pour nous!
Coeur de Marie, rempli de grâce, priez pour nous!
Coeur de Marie, béni entre tous les coeurs, priez pour nous!
Coeur de Marie, trône de gloire, priez pour nous!
Coeur de Marie, abîme d’humilité, priez pour nous!
Coeur de Marie, holocauste du divin amour, priez pour nous!
Coeur de Marie, fixé à la croix avec Jésus crucifié, priez pour nous!
Coeur de Marie, consolation des affligés, priez pour nous!
Coeur de Marie, refuge des pécheurs, priez pour nous!
Coeur de Marie, espérance des agonisants, priez pour nous!
Coeur de Marie, siège de la miséricorde, priez pour nous!

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur!
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur!
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous!

V/. Marie immaculée, douce et humble de coeur,
R/. Rendez mon coeur semblable au Coeur de Jésus!

Oraison :

Dieu très clément, qui, pour donner le salut aux pécheurs et un refuge aux miséreux, avez voulu que le Coeur immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie soit semblable par la charité et la miséricorde au divin Coeur de Jésus-Christ votre Fils, accordez à ceux qui honorent ce Coeur très doux et très aimant de parvenir, par l’intercession et les mérites de cette Bienheureuse Vierge, à une parfaite conformité avec le Coeur de Jésus, Lui qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Sacrés Coeurs de Jésus et Marie

Quelques autres prières que nous avons publiées : « Prière de Saint François de Sales à Notre-Dame » > ici ; « Prière au Coeur immaculé de Marie, refuge des pécheurs » > ici ; « Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion » > ici ; « Prière du Rd. Père de Grandmaison » > ici.

2011-61. Du martyre de Saint Maximilien-Marie Kolbe.

Ce 14 août 2011.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 14 août est, bien sûr, la Vigile de l’Assomption de Notre-Dame, mais au Mesnil-Marie – vous devinez bien pourquoi – cette vigile n’est qu’une commémoraison puisque nous fêtons un premier lieu Saint Maximilien-Marie Kolbe : en outre, en cette année 2011, nous célébrons aujourd’hui l’exact soixante-dixième anniversaire de son entrée dans la gloire.

Saint Maximilien-Marie Kolbe

Nous sommes à Auschwitz, à la fin du mois de juillet 1941.
Dans le bloc 14, celui du Père Maximilien-Marie, un homme manque à l’appel : il s’est évadé.
Les prisonniers se rappellent avec effroi de la menace du chef de camp : pour un évadé, vingt hommes de son bloc seront condamnés à mourir de faim.
La peur les tenaille tous cruellement, eux qui, dans les tortures les plus raffinées auxquelles ils sont soumis chaque jour, ont pu désirer la mort comme une délivrance…
La mort, oui, mais pas cette mort-là : agoniser pendant des jours, au compte-gouttes ; la faim et la soif qui vous dessèchent les entrailles, vous remplissent les veines de feu et vous conduisent à la folie…
Tous savent quels hurlements terrifiants retentissent du côté du « bloc de la mort ». Les geôliers eux-mêmes ne cachent pas qu’ils en sont terrorisés.

Le lendemain, après l’appel, les prisonniers du bloc 14 doivent rester debout, au garde à vous, en plein soleil. De toute la journée, on ne leur donne rien.
Des SS les surveillent et « maintiennent » l’ordre à coups de crosse. Lorsqu’un prisonnier tombe d’épuisement et que les coups ne le ramènent pas de son évanouissement, on le traîne hors des rangs : les corps sont entassés…
Les visages de ceux qui tiennent sont tuméfiés par la chaleur.
Le Père Maximilien-Marie, ce malade vingt fois condamné par les médecins, ne tombe pas, reste lucide…
Comme Marie sous la croix, avec Marie sous la croix, il est debout.

En son for intérieur, il est étrangement paisible : résolu comme jamais, il sait que la grâce qui lui a été prophétisée et à laquelle il a librement consenti lorsqu’il avait dix ans, vient à lui dans le silence.
Elle est toute proche. Elle est là.
Et si son corps est contraint de rester immobile, son âme se précipite pour l’embrasser.

Au soir, le chef de camp revient : « L’évadé n’a pas été retrouvé. Dix d’entre vous mourront à sa place dans le bunker de la faim. La prochaine fois, il y en aura vingt… Toi… Toi… Et encore toi… « 
En savourant la terreur qu’il inspire, l’officier prend son temps pour parcourir les rangs et désigner ceux qu’il envoie à la mort.

- Ooooh… ma pauvre femme… mes enfants! sanglote l’un des désignés.

Et c’est là que, à la stupéfaction de tous – prisonniers et bourreaux -, le Père Maximilien-Marie s’avance.

- Que me veut ce cochon de polonais? hurle le Lagerführer.
- Je voudrais mourir à la place d’un de ces condamnés.

le SS est abasourdi. Il cherche à comprendre.
- Et pourquoi?
- Je suis vieux ; je ne suis plus bon à rien
- Pour qui veux tu mourir?
- Celui-ci : il a une femme et des enfants.
- Qui es-tu?
- Prêtre catholique.

La grâce passe malgré lui dans la tête du SS qui ne comprend rien, qui est dépassé et qui cède à la volonté de ce prêtre, lui lui qui ne revient jamais sur les ordres qu’il a donné : « Soit! va avec eux… »

Les prisonniers sont emmenés. 
Ils doivent se mettre totalement nus et on referme sur eux la porte.
Père Maximilien-Marie peut dire en toute vérité : « O ma Reine, ô ma Mère : Vous avez tenu parole! Et c’est pour cette heure ci que je suis né! »

Dans le bloc de la mort, enfer en miniature qui ne retentissait jusqu’alors que des hurlements de désespoir, des voix s’élèvent : ces hommes épuisés, ces condamnés à mort chantent et prient…
Depuis la cellule où sont enfermés le Père Kolbe et ses neuf compagnons, la prière se répand : de cellule en cellule les prières et les chants gagnent tout le bloc de la mort.
Les gardiens sont médusés : jamais le terme de « chapelle ardente » n’a été si adapté pour désigner un lieu de mort!

Chaque jour, les voix se font plus faibles, moins nombreuses… mais pas moins ferventes.

Chaque jour des prisonniers sont commis pour enlever les cadavres. L’un d’eux témoignera : le Père Maximilien était toujours debout ou à genoux, priant à haute voix, lors même que tous les autres gisaient comme des loques.
Les SS qui président à l’enlèvement des cadavres ne supportent pas le regard que le Père pose sur eux : « Détourne les yeux! Ne nous regarde pas ainsi! »

Les jours passent.
Le 14 août, il n’y a plus que 4 survivants, mais seul Père Maximilien-Marie est conscient : le bon pasteur arrive au terme de la mission que lui a confiée la Vierge Immaculée.
Il a accompagné tout son petit troupeau jusqu’à la porte de l’éternité, jusqu’à l’entrée dans le Coeur de Jésus.
Il est assis, sans force, appuyé au mur.

A ceux qui viennent l’achever par une piqûre de phénol, il tend lui-même son bras décharné.

Un peu plus tard on vient chercher son corps qui sera brûlé le lendemain, 15 août.
Le détenu chargé d’enlever les corps témoignera : les autres cadavres étaient sales, avaient les traits ravagés… Mais lui, on eût dit qu’il répandait de la lumière : ses yeux grands ouverts donnaient l’impression d’une extase.

« A celui qu’il aime, Dieu envoie la croix pour qu’il ait la possibilité de rendre à Dieu l’amour qu’il a eu pour nous…«  avait écrit le Père Maximilien-Marie en 1938.

Bunker de la faim - 14 août 1941

Lui qui aimait tant le vieux cantique français « J’irai la voir un jour » s’en est allé, comme le dit le dernier couplet : « loin de la terre sur le Coeur de sa Mère reposer sans retour », et celà au moment où l’Eglise dans sa liturgie commençait à célébrer le grand triomphe de Marie sur la mort et sur le mal.

(récit établi en bonne partie d’après Maria Winowska)

palmes

De la Procession du Voeu de Louis XIII et de quelle manière il convient qu’elle soit célébrée le 15 août.

le voeu de Louis XIII

Ingres : Le Voeu de Louis XIII.

En 1638, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIII, en reconnaissance des grâces qu’il avait reçues par son intercession, consacra sa personne et son Royaume à la Très Sainte Vierge Marie, la choisit comme Patronne de la France sous le vocable de son Assomption, et lui fit l’offrande de son sceptre, de sa couronne et de tous ses sujets.
Le texte auquel on donne ordinairement le nom de
Voeu de Louis XIII n’est pas à proprement parler celui d’un voeu, mais il est plus exactement un édit, daté du 10 février 1638, par lequel le Souverain réglemente le renouvellement annuel de cette consécration qui devra se faire par une procession solennelle, après la célébration des vêpres de l’Assomption, dans toutes les églises et couvents du Royaume, et à laquelle toutes les autorités religieuses et civiles devront prendre part.

Nous publions ci-dessous la manière dont doit être faite cette procession et le texte des oraisons qui doivent y être récitées.

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Voir aussi la prière publiée > ici

2011-16. « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise ».

Vendredi 11 février 2011, fête de Notre-Dame de Lourdes.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

A l’occasion de cette fête de Notre-Dame de Lourdes, particulièrement chère au coeur des catholiques, je vous propose de relire certains passages d’un ouvrage qui, s’ils nous font en quelque sorte revenir vingt-sept ans « en arrière », n’en conservent pas moins une très grande et très vive actualité.

Au cours de l’été 1984, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger avait accordé à Vittorio Messori plusieurs entretiens qui furent ensuite publiés (« Entretien sur la Foi«  – éd. Fayard – 1985) et dont je vous propose de méditer ces extraits consacrés à la place et au rôle de la Vierge Marie dans la conservation et la défense de la foi authentique.

Puisse la Vierge très pure conserver à tous les fidèles une très grande pureté de foi! Puisse la Mère du Christ et de l’Eglise nous faire grandir dans l’espérance! Puisse la Reine très puissante des cieux et de la terre faire triompher dans tous les coeurs et dans toutes les sociétés humaines la charité par la pleine adhésion à la Vérité révélée, qui est son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ!

Lully.

Benoît XVI devant la statue de Notre-Dame de Lourdes

in « Entretien sur la Foi », aux pages 121 à 127 :

(nous omettons ici – c’est marqué par les signes (…)- certaines citations : elles n’ont dans le texte original qu’un rôle de confirmation et leur omission n’ôte rien au sens  des propos du Cardinal Ratzinger)

« Il me dira au cours de cet entretien : « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise« .

Le témoignage de Ratzinger est aussi humainement important, car il y est parvenu par un chemin personnel de redécouverte, puis d’approfondissement, presque de pleine « conversion » au mystère marial. Il me confie : « Quand j’étais jeune théologien, avant (et même pendant) les sessions du concile, comme il est arrivé et comme il arrivera encore aujourd’hui à beaucoup, je nourrissais quelques réserves sur certaines formules anciennes comme, par exemple, la fameuse de Maria numquam satis« sur Marie on ne dira jamais assez« . Elle me paraissait exagérée. J’avais aussi du mal à comprendre le vrai sens d’une autre expression fameuse (répétée dans l’Eglise depuis les premiers siècles, quand – après un mémorable débat – le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie Theotokos, Mère de Dieu), à savoir l’expression qui veut que la Vierge soit « victorieuse de toutes les hérésies ». Aujourd’hui seulement – en cette période de confusion où toutes sortes de déviations hérétiques semblent venir frapper à la porte de la foi authentique -, aujourd’hui je comprends qu’il ne s’agissait pas d’une exagération de dévots, mais de vérités plus que jamais valables » (…).

Bien que de manière très synthétique, donc nécessairement incomplète, le Cardinal résume en six points la fonction de la Sainte Vierge dans l’équilibre et l’achèvement de la foi catholique. Ecoutons-le :

« Premier point : Reconnaître à Marie la place que le dogme et la tradition lui assignent, vaut d’être solidement enraciné dans la christologie authentique (…). C’est du reste au service direct de la foi dans le Christ – et non pas avant tout par dévotion à sa Mère – que l’Eglise a proclamé ses dogmes sur Marie : d’abord sa virginité perpétuelle et sa maternité divine, puis après une longue maturation et réflexion, sa conception sans la tache du péché originel, et son Assomption corporelle dans la splendeur céleste. Ces dogmes mettent à l’abri la foi authentique dans le Christ, comme vrai Dieu et vrai homme : deux natures en une seule Personne. Ils mettent aussi à l’abri l’indispensable tension eschatologique, désignant en Marie montée au Ciel la vocation à l’immortalité qui nous attend tous. Et ils mettent à l’abri jusqu’à la foi, aujourd’hui menacée, en Dieu Créateur, lequel (c’est, entre autres, une des significations de la vérité plus que jamais incomprise de la virginité perpétuelle de Marie) peut intervenir à loisir jusque sur la matière même«  (…).

Ce premier point, il le fait suivre d’un deuxième : « La mariologie de l’Eglise implique le juste rapport et l’intégration nécessaire entre Bible et Tradition : les quatre dogmes sur Marie ont leur clair fondement dans l’Ecriture. De là, il y a comme un germe qui grandit et donne son fruit dans la vie de la Tradition telle qu’elle s’exprime dans la liturgie, l’intuition du peuple croyant, la réflexion de la théologie guidée par le Magistère« .

Troisième point : « Dans sa personne même de jeune fille juive devenue mère du Messie, Marie unit ensemble de façon vitale et indissociable l’ancien et le nouveau peuple de Dieu, Israël et le christianisme, la Synagogue et l’Eglise. Elle est comme le point de jonction sans lequel la foi (comme il arrive aujourd’hui) court le risque de se déséquilibrer en réabsorbant le Nouveau Testament dans l’Ancien, ou en se débarrassant de celui-ci. En elle, nous pouvons vivre en revanche l’unité de l’Ecriture entière« .

Quatrième point : « La dévotion mariale correcte garantit à la foi la coexistence de l’indispensable « raison«  avec, comme dirait Pascal, les « raisons du coeur« , tout aussi indispensables. Pour l’Eglise, l’homme n’est pas seulement raison ni seulement sentiment, il est union de ces deux dimensions. La tête doit réfléchir avec lucidité, mais le coeur doit être réchauffé : la dévotion à Marie (…) assure ainsi à la foi sa dimension humaine complète« .

Poursuivant sa synthèse, Ratzinger indique ce cinquième point : « Pour reprendre les expressions mêmes de Vatican II, Marie est « figure« , « image« , « modèle«  de l’Eglise. Regardant vers elle, l’Eglise est alors mise à l’abri de cette image masculinisée (…) qui la représente comme instrument d’un programme d’action socio-politique. En Marie, sa figure et son modèle, l’Eglise retrouve son visage de Mère, elle ne peut dégénérer par l’effet d’une involution qui la transformerait en parti, en organisation, en groupe de pression au service d’intérêts humains, si nobles soient-ils. Si, dans certaines théologies et ecclésiologies, Marie ne trouve plus place, la raison en est claire : elles ont réduit la foi à une abstraction. Et une abstraction n’a nul besoin d’une Mère« .

Sixième et dernier point de cette synthèse : « Par son destin qui est à la fois de Vierge et de Mère, Marie continue à projeter une lumière sur ce que le Créateur a eu comme dessein pour la femme de tous les temps, le nôtre y compris ; et peut-être surtout le nôtre où – comme nous le savons – se trouve menacée l’essence même de la féminité. Sa Virginité et sa Maternité enracinent le mystère de la femme dans un destin très élevé auquel elle ne peut être arrachée. Marie est l’intrépide annonciatrice du Magnificat, mais elle est aussi celle qui rend féconds le silence et la vie cachée ; elle est celle qui ne craint pas d’être debout au pied de la Croix, qui est présente à la naissance de l’Eglise ; mais elle est aussi celle qui, comme le souligne à plusieurs reprises l’évangéliste, « garde et médite dans son coeur«  ce qui se passe autour d’elle. Créature de courage et d’obéissance, elle est (encore et toujours) un exemple vers lequel tout chrétien – homme et femme – peut et doit regarder« .

Armoiries du Souverain Pontife Benoît XVI  dans les jardins du Vatican

Jardins du Vatican : Armoiries de Benoît XVI.

Gardez-moi un coeur d’enfant…

prière du Rd.Père Léonce de Grandmaison, sj (1868-1927).

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Sainte Marie, Mère de Dieu,

Gardez-moi un cœur d’enfant,

Pur et transparent comme une source.

Obtenez-moi un cœur simple, qui ne savoure pas les tristesses.

Un cœur magnifique à se donner,

Tendre à la compassion ;

Un cœur fidèle et généreux,

Qui n’oublie aucun bien et ne tienne rancune d’aucun mal. 

Faites-moi un cœur doux et humble,

Aimant sans demander de retour,

Joyeux de s’effacer dans un autre cœur,

Devant votre divin fils ;

Un cœur grand et indomptable,

Qu’aucune ingratitude ne ferme,

Qu’aucune indifférence ne lasse,

Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ,

blessé de son amour,

Et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel.


Ainsi soit-il.

Fleur de lys bleu  Fleur de lys bleu   Fleur de lys bleu   Fleur de lys bleu   Fleur de lys bleu   Fleur de lys bleu   Fleur de lys bleu

Publié dans:De liturgia, De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 10 février, 2011 |Commentaires fermés
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