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2008-7. In memoriam : Gustave Thibon (1903-2001).

-  19 janvier 2001  -

       Gustave Thibon est décédé dans son mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche le 19 janvier 2001.
Penseur, philosophe, métaphysicien et poète tout à la fois, il a été et il demeure un guide admirable, et cela parce qu’il a toujours été lui-même guidé par l’admiration : une admiration qui n’obscurcit jamais son discernement, ni n’égara point sa capacité de rendre aux œuvres dont il parlait toute leur signification et toute leur portée.

   L’Académie Française l’a récompensé a deux reprises : Gustave Thibon reçut en effet le grand prix de littérature de l’Académie Française, en 1964, et le grand prix de philosophie de l’Académie Française, en 2000.
L’Académie a reconnu en lui, l’homme qui, en France, a le mieux récapitulé ces deux millénaires de christianisme, marqués à l’origine par les idées grecques et romaines et, à la fin, par l’esprit réducteur de la science moderne.

Gustave Thibon

Les racines :

   Gustave Thibon est né à Saint-Marcel d’Ardèche le 2 septembre 1903.
Il fut un véritable autodidacte certes, mais – à la vérité – dès son plus jeune âge, il avait reçu de son père (qui écrivait lui-même des vers) un exemple tout particulier et de fortes nourritures intellectuelles : « A sept ans, dira-t-il un jour, je récitais force poèmes de Leconte de Lisle, Hérédia et bien sûr de Mistral et Aubanel, en provençal ».
Contraint d’abandonner l’école à l’âge de 13 ans pour assurer la subsistance de sa famille, Gustave Thibon restera néanmoins toute sa vie animé par une intense soif de connaître.

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Années d’apprentissage :

   Jeunesse aventurière.
Ses pas, et plus encore sa curiosité, le conduisent à Londres, en Italie, et aussi en Afrique du Nord pendant son service militaire.
Il apprend l’anglais, l’italien et il découvre l’œuvre de Nietzsche.

   Les horreurs de la guerre de 1914-1918 le marquent profondément et le confirment dans son rejet du patriotisme revanchard et de la démocratie : « Comment pardonner cela à l’humanité ? Ce fut la guerre civile dans toute son horreur, la mise à mort d’un monde pour des raisons dont aucune ne tenait debout. Toute cette jeunesse sacrifiée ! »

   A 23 ans, il revient au mas familial et se remet à l’étude en même temps qu’au travail de la terre. Il se plonge dans la littérature. Mais il s’attache aussi avec ténacité à l’étude des mathématiques, de l’allemand, du latin et du grec ancien pour satisfaire un appétit de connaissance qui a pris désormais le pas sur le goût de l’aventure.

   A vingt-cinq ans, Thibon était pratiquement formé. Il n’était toutefois pas encore profondément enraciné dans le catholicisme. Son père en effet l’avait plus élevé dans le spiritualisme de Victor Hugo que dans la pensée et la piété de l’Eglise catholique.
Après avoir fréquenté Hegel, Saint Thomas d’Aquin, Nietzsche, Klages, il se tournera vers Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse d’Avila, et étudiera la langue et la culture espagnoles.
C’est alors aussi qu’il découvrira Simone Weil.
Au contact de tous ces maîtres, il a développé une pensée d’une extraordinaire fécondité, qui n’a été inféodée à aucune mode et qui a échappé à tout encadrement.

   En 1934, il publie son premier ouvrage : « La Science du caractère« .
« Prêt à risquer pour Dieu tout ce qui n’est pas Dieu », il a élaboré une réflexion en étroite consonance avec la quête spirituelle de l’humanité contemporaine : « J’aime notre époque, écrivait-il, parce qu’elle nous force à choisir, entre la puissance de l’homme et la faiblesse de Dieu ».

   Thibon, penseur monarchiste et catholique, souvent présenté comme le « paysan philosophe », a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages qui abordent des sujets aussi divers que la présence de la foi ou la domination de la technique. Son écriture est à la fois poétique, prophétique et mystique.

   Il recommence à publier en 1941 : « Le voile et le masque » (1941), « Destin de l’Homme » (1941), « L’échelle de Jacob » (1942), « Retour au réel » (1943), « Ce que Dieu a uni » (1945), « Le pain de chaque jour » (1946), « Nietzsche ou le déclin de l’esprit » (1948), « La crise moderne de l’amour » (1953). Après une pause de près de 17 années, il publiera à nouveau à partir de 1970 : « Notre regard qui manque à la lumière » (1970) , « L’ignorance étoilée » (1974) , « L’équilibre et l’harmonie » (1976), « L’illusion féconde » (1995), « Au soir de ma vie » (1993).

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Rencontre avec Simone Weil :

   L’un des événements les plus marquants de sa vie fut sa rencontre avec Simone Weil qu’il accueillit dans son mas vivarois - elle avait été chassée de l’université parce que juive - avant qu’elle ne soit contrainte d’aller à Londres (elle meurt en Angleterre, en 1943).
Avant de partir, elle lui confia le manuscrit de « La Pesanteur et la grâce« , qu’il publiera en 1947.
« Vous êtes français comme on ne l’est plus depuis trois siècles », lui déclara-t-elle un jour.

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   Aux lecteurs qui s’intéressent à la vie des idées, je conseille de méditer lentement les textes de Gustave Thibon.
Guidés par ce sage vivarois, à l’érudition étonnante, vous découvrirez toutes les raisons de vous plonger à sa suite, pour un bain de jouvence, dans les textes des penseurs qui ont illustré la grandeur de l’esprit humain. Ce grand lecteur de Virgile, de Marc Aurèle, de Dante, d’Olivier de Serres, de Chateaubriand, de Kierkegaard, de Mistral, de Gabriel Marcel, de Lorca, de Milosz, de Marie-Noël …etc., nous permet de franchir les siècles en nous ouvrant l’esprit, en stimulant notre intelligence.

   Gustave Thibon, enraciné dans son terroir, nourri par une culture que l’on peut qualifier d’universelle, sut toujours entretenir l’espérance d’un sursaut de civilisation, face aux nuages les plus sombres.
En rappelant la lumière de ces « phares » de l’esprit que sont Sénèque et Marc-Aurèle, Thibon rend un immense service à l’homme moderne.

   Du jeune philosophe à l’effrayante érudition, au vieux sage de la fin du siècle, en passant par l’irréprochable dialectique scolastique des années 30, la continuité est admirable, même si les accents se sont déplacés.
Peut-être, et sans rien perdre – bien au contraire ! – de leur vigueur, certaines arêtes se sont-elles adoucies, et quelque chose, qui est tout à la fois plus diaphane et plus souverain, est apparu comme une marque inimitable, où l’infinie pudeur aiguise la faculté d’attention, au point qu’elle ne se distingue plus d’avec l’amour.

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Ecrits posthumes :

   « Aux ailes de la lettre » a été publié par Françoise Chauvin (aux Éditions du Rocher) dans les dernières semaines de l’année 2006 :
Entre 1932 et 1982, Gustave Thibon a tenu des cahiers dont la teneur était restée inconnue. Françoise Chauvin a su en extraire des morceaux patiemment choisis. Ce faisant, elle reste parfaitement fidèle à Thibon dont la pensée s’est souvent livrée à ses lecteurs sous la forme d’aphorismes. On l’aura compris : ici, pas de « révélations croustillantes », même si l’ensemble de ce recueil est inédit. Au contraire, nous y retrouvons toutes les exigences du philosophe de Saint-Marcel d’Ardèche, avec son intelligence toujours attentive au réel, soucieuse de ne pas nier le mystère, de ne pas cacher la complexité des choses et de ne jamais, non plus, se livrer tout entière. De quoi parle-t-il alors dans ces cahiers ? Mais comme toujours, de Dieu, de la foi, de l’intelligence et du mystère, de la mort, de la maturité et de la vieillesse, de l’amour aussi bien sûr et du mariage, du temps qui passe laissant sa marque et son empreinte.

   Il parle des choses essentielles qui constituent, sinon nos préoccupations quotidiennes, du moins l’inquiétude, parfois cachée, de nos âmes. Nous le retrouvons donc tel qu’en lui-même et nous ouvrant pourtant toujours de nouvelles portes, pour nous pousser à notre tour à la réflexion. À travers les premiers textes choisis par Françoise Chauvin se dessine une sorte d’autoportrait que révèle bien, par exemple, cette affirmation : « Je ne suis pas inconstant, mais divisé. Je reste fidèle aux choses les plus opposées ».
C’est une lumière sur l’œuvre même de Thibon, œuvre qui ne s’enferme pas dans des catégories toutes faites et par trop simplistes. Lui qui affirme bien vouloir combattre pour l’Église, mais « en franc-tireur » n’a pas cessé d’ausculter le monde de l’âme, décelant, au fond, qu’ « en somme, l’harmonie est dans le monde corporel et le chaos dans le monde des âmes ». Il n’y a pas un confesseur qui dira le contraire.

   C’est pourquoi lire Thibon, confronter son intelligence à la sienne, trouver des accords entre les âmes ou, du moins, des échos, revient finalement à trouver l’occasion d’un retour vers soi-même dans un véritable face-à-face. C’est un risque à prendre. Tous les grands livres ne sont-ils pas des risques à prendre ?

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Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :

- « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > ici
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > ici
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > ici
– « Le goût de l’aliment éternel » > ici
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > ici
- Eglise et politique : c’est l’absolu qui me donne la norme du relatif > ici
- Le sport dans la société moderne (in « L’Equilibre et l’harmonie ») > ici
-  Vertu d’espérance et optimisme (in « L’Equilibre et l’harmonie ») > ici
- Sur la démocratie et le suffrage universel > ici
- « Gustave Thibon – la leçon du silence » par Raphaël Debailiac > ici
- « Dépendance et liberté » (in « Retour au réel ») > ici
- « Quel avenir pour l’Occident ? » (R. Debailiac) > ici
- Sur la révolution française > ici
- « L’homme a besoin de racines » (retranscription d’un entretien radiophonique) > ici
- Le poème « Deus omnium » (in « Offrande du Soir ») > ici

2008-3. « Ne mentez pas à Dieu! »

       Le 6 janvier 1794, « jour des Rois », Maurice Joseph-Louis Gigost d’Elbée, âgé de 42 ans, était fusillé sur la place d’armes de Noirmoutier.
Trois autres chefs de l’insurrection vendéenne furent exécutés avec lui, tandis qu’environ 1200 paysans, femmes et enfants regroupés dans l’église – contrairement aux promesses reçues – étaient fusillés par groupe de soixante.

L'exécution de Maurice d'Elbée

La mort de d’Elbée
(huile sur toile de Julien Le Blant, 1878 – musée de Noirmoutier)

   Maurice d’Elbée, élu deuxième généralissime de la grande « Armée catholique et royale » (après la mort de Jacques Cathelineau), avait reçu 14 blessures graves lors de la bataille de Cholet au mois d’octobre précédent ; c’est pourquoi il avait été évacué sur l’île de Noirmoutier, tenue par Charette.
Mais l’île fut prise par les Bleus le 2 janvier 1794 et, après une comparution devant une commission militaire, d’Elbée fut condamné à mort : ses blessures ne lui permettant pas de se tenir debout, il fut fusillé dans un fauteuil !

   Né le 21 mars 1752 à Dresde (Saxe), d’un père français; issu d’une famille où l’on est militaire de génération en génération, Maurice d’Elbée s’engagea lui aussi dans le métier des armes, d’abord en Saxe puis en France. Désapointé de n’avoir pas obtenu une promotion, à 29 ans il se retire dans les Mauges, près de Beaupréau, en une gentilhommière héritée de son père. Il se marie en 1788.
Quand éclatent les évènements de 1789, il est plutôt favorable aux idées nouvelles, mais la « constitution civile du clergé » le fait revenir sur ses positions et il part rejoindre l’armée des Princes, où il sert quelques temps à Worms. Il n’y reste pas très longtemps, parce que 1) son épouse est restée en Anjou ; 2) il trouve que l’armée des Princes ne fait pas grand chose ; 3) ses biens sont menacés de confiscation…

   Le 12 mars 1793, son épouse met au monde un fils : Louis Joseph Maurice. Le lendemain, à Saint-Florent le Vieil, l’insurrection vendéenne éclate : Stofflet prend la tête du mouvement à Maulévrier, Cathelineau au Pin-en-Mauges.
Les paysans de Beaupréau le réclament à leur tête : il n’est pas enthousiaste pour partir, lui dont le fils n’a qu’un jour, mais il finit pas céder à leurs instances et aussitôt ils libèrent Beaupréau, avant de faire la jonction avec les troupes de Cathelineau et de Stofflet pour enlever Chemillé puis Cholet : la « Guerre de géants » est engagée !

Maurice de Gigost d'Elbée - détail

Maurice de Gigost d’Elbée
(détail du tableau huile sur toile de Paulin Guérin, 1827 – musée de Cholet)

   Au soir du « choc de Chemillé« , les Vendéens exaspérés par les lourdes pertes subies (villageois massacrés et environ 600 hommes tombés au combat) veulent passer par les armes leurs prisonniers Bleus. D’Elbée s’efforce de les raisonner, de les calmer… en vain : « Pas de quartier pour les prisonniers !» Se voyant impuissant, il crie alors d’une voix forte : « Soldats à genoux ! Disons d’abord notre Pater. » Les paysans, nu-tête, obéissent : « Notre Père, qui êtes aux cieux… Pardonnez-nous nos offenses…»
« Arrêtez ! crie d’Elbée. Ne mentez pas à Dieu. Vous Lui demandez qu’Il vous pardonne comme vous, vous pardonnez aux autres ? Mais pardonnez-vous aux autres ? » La leçon est comprise : les fusils s’abaissent et les quatre cents prisonniers Bleus sont sauvés.

   Nous ne referons pas ici le récit circonstancié des batailles, victoires et revers de « l’Armée catholique et royale« . Nous l’avons dit, après la mort de Jacques Cathelineau (14 juillet 1793), il est choisi pour lui succéder comme généralissime, fonction qu’il assumera environ trois mois, puisqu’il va – comme nous l’avons aussi écrit plus haut – recevoir 14 blessures graves à Cholet, en octobre 1793, et que c’est de là qu’il sera emmené à Noirmoutiers.

   Nous retenons de lui qu’il fut le premier noble qui ait répondu à un groupe de paysans armés pour prendre leur tête ; nous admirons, bien sûr, ses compétences militaires qui permettront une vingtaine de victoires retentissantes ; mais par dessus tout nous gardons le souvenir d’un homme animé d’une profonde piété, sans affectation ni mièvrerie : il nous a laissé – avec « le Pater des Vendéens » – l’exemple d’une âme virile et droite qui s’adresse encore à nous aujourd’hui pour nous dire : « Ne mentez pas à Dieu ! »

Maurice d'Elbée protège les prisonniers républicains

Maurice d’Elbée protège les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé
(peinture de Marie Félix Edmond de Boislecomte – musée de Cholet)

2007-46. Pro felici ac prospero statu Galliae.

13 décembre,
Fête de Sainte Lucie de Syracuse, vierge et martyre ;
Mémoire de Sainte Odile de Hohenbourg, vierge et abbesse (cf. > ici) ;
Mémoire du 6ème jour dans l’octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici) ;
Anniversaire de la naissance d’Henri IV (cf. > ici).

       Chaque année, le 13 décembre, en la fête de Sainte Lucie, le Cardinal Vicaire (c’est-à-dire celui qui administre le diocèse de Rome au nom du Pape, véritable évêque de Rome), ou un prélat désigné par lui, célèbre dans l’archibasilique du Latran – « Mère et tête de toutes les Eglises » – une Messe à l’intention du bonheur et de la prospérité de la France : Pro felici ac prospero statu Galliae.
L’origine de cette messe remonte à l’année 1604, sous le règne de Henri IV le Grand, et c’est justement au jour anniversaire de sa naissance (13 décembre 1553) qu’elle est célébrée.

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Les difficiles commencements du règne d’Henri IV :

   On sait que le Roi Henri III, dernier souverain de la branche capétienne des Valois, périt assassiné sous le couteau du dominicain Jacques Clément et qu’il n’avait pas de descendance.

   La première des lois fondamentales du Royaume (ainsi nomme-t-on les lois qui règlent la succession au trône, voir > ici), qui est la loi de « primogéniture mâle », désignait comme Roi l’aîné de la branche collatérale la plus proche, c’est-à-dire Henri de Navarre, descendant en ligne directe de mâle en mâle, du dernier fils de Saint Louis.
Toutefois Henri de Navarre était de confession calviniste, et la quatrième de ces mêmes lois fondamentales est la « règle de catholicité » qui n’admet au trône que des princes de confession catholique.
Il y avait donc là un épineux problème successoral, puisque pour être dynaste il faut que le Prince remplisse toutes les conditions exigées par les lois fondamentales.

   La France était alors profondément divisée entre catholiques et protestants, et d’ailleurs tout le XVIe siècle avait été ensanglanté par des luttes acharnées entre les tenants des deux confessions. Ce problème successoral ranima la lutte.

   Henri de Navarre comprit qu’il ne pourrait régner qu’en revenant dans le giron de l’Eglise Catholique (il s’agit bien d’un retour puisqu’il avait été baptisé catholique) : bien qu’elle fut en grande partie (mais pas uniquement) motivée par des raisons politiques, il serait toutefois faux de penser que sa conversion fut seulement opportuniste, qu’elle était feinte ou qu’elle manquait de loyauté.

   L’abjuration du Roi fut acceptée par le Clergé français (voir > ici), ce qui permit son sacre à Chartres, le 27 février 1594 (cf. > ici). Toutefois il fallut attendre encore l’année suivante pour qu’elle soit véritablement acceptée par le Saint-Siège (avec la levée de l’excommunication).

   Le Roi rétablit ensuite la paix dans le Royaume par le célèbre édit de tolérance de 1598 (appelé « Edit de Nantes »).
Cette pacification devait s’accompagner aussi d’une œuvre de reconstruction effective, longue et patiente : il fallait rétablir des droits légitimes qui avaient été spoliés, restaurer des établissements ruinés… remettre de l’ordre partout.

Henri IV le Grand

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L’abbaye de Clairac et le chapitre du Latran :

   Or il se trouvait que le chapitre de la cathédrale de Rome – l’archibasilique du Très-Saint-Sauveur au Latran – en vertu d’une donation faite en 1482 par le Roi Louis XI, avait des droits sur une puissante abbaye d’Aquitaine : Clairac.

   Fondée en 767 par Pépin le Bref, en bordure du Lot, l’abbaye bénédictine de Clairac connut des développements et une prospérité enviée.
Au XIIIème siècle, elle était occupée par quelque 150 religieux ; l’abbé était également à la tête de 5 prieurés et de 50 paroisses.
Si neuf moines seulement occupaient les lieux, après les vicissitudes de la guerre de Cent Ans, l’abbaye avait ensuite rapidement repris son essor et reconquis sa prospérité.

   Pour la petite histoire, il me faut signaler au passage que les fameux « pruneaux d’Agen » ont été inventés par les moines de Clairac à partir de plants ramenés du Moyen Orient, et aussi qu’en 1556, soit cinq ans avant Jean Nicot, le moine André Thevet avait rapporté d’un voyage au Brésil des graines de tabac qu’il avait semées dans les jardins de l’abbaye !

   Mais Clairac fut également le creuset des idées de la réforme et devint une citadelle du protestantisme : dès 1530 l’Abbé Roussel accueillit des prédicants et, en 1534, ce fut Calvin lui-même qui fut invité à prêcher.
Théophile de Viau naquit à Clairac…

   Pendant toute la période des troubles religieux le chapitre de la cathédrale de Rome fut donc privé de ses revenus.

   En 1604, Henri IV rétablit le chapitre de la cathédrale du Latran dans ses droits, et s’employa pour que les bénéfices qui lui étaient dus fussent désormais versés.
En contrepartie il était stipulé que l’insigne Chapitre de l’archibasilique-cathédrale de Rome devrait faire célébrer chaque année, et à perpétuité, une Sainte Messe au jour de l’anniversaire du roi (cf. > ici) – le 13 décembre donc – , pour demander à Dieu la prospérité de la France.
Cette clause se trouve encore rigoureusement observée de nos jours.

   A la vérité, on ne connaît pas d’exemple d’une Messe célébrée de manière aussi solennelle dans la capitale de la Chrétienté en faveur d’autres nations. D’autant que cette fonction liturgique présente cet autre aspect insolite : elle est célébrée « pour le bonheur et la prospérité » d’une nation actuellement dominée par une république qui se considère, avec beaucoup d’orgueil et d’arrogance, comme “laïque”, et qui s’est acharnée à couper violemment tous les liens qui l’unissaient à la Papauté !
Mais la situation actuelle ne rend-elle pas encore plus nécessaires ces prières solennelles pour la France ?

   Pendant presque deux siècles donc, les énormes revenus de l’abbaye de Clairac assurèrent la subsistance du chapitre de la cathédrale du Pape (Louis XV les augmenta même en 1729, ce qui lui valut l’érection d’un monument de reconnaissance sculpté par A. Corsini à l’entrée de la chapelle Sainte Anne, dans cette même basilique du Latran).
La grande révolution supprima l’abbaye, spolia ses immenses propriétés et mit fin au versement des bénéfices.
Louis XVIII et Charles X relevèrent la tradition rompue en s’acquittant du versement d’une rente fixe au vénérable chapitre.
Si Louis-Philippe ne s’en préoccupa guère (qui s’en étonnera ?), Napoléon III la rétablit à son tour…
Quoique la rente fut supprimée à nouveau en 1871, le chapitre du Latran a, lui, conservé fidèlement la tradition de la Messe du 13 décembre.

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Le Roi de France, proto-chanoine d’honneur…
le président de la république aussi :

   Il y a une autre contrepartie à cette dotation du chapitre du Latran assurée par les libéralités des Rois de France.
Pour les remercier de cette générosité, et pour illustrer en même temps le lien particulier qui existe entre l’Eglise Romaine (dont, redisons-le, la basilique du Latran est la cathédrale) et la France*, le Roi de France – Fils aîné de la Sainte Eglise Romaine – fut créé premier (et unique) chanoine d’honneur du Latran de façon statutaire et héréditaire.

   Sous l’Ancien Régime, on accordait parfois ce titre de chanoines, à titre héréditaire, à des laïcs : c’était un privilège honorifique attribué à de hauts personnages en échange de protections spéciales.
Le Roi de France était ainsi, depuis des siècles, chanoine de Saint-Martin de Tours ; depuis Louis XI, chanoine de la cathédrale d’Embrun ;  depuis François Ier, chanoine de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne… etc., et donc, depuis Henri IV, proto-chanoine de l’archibasilique du Latran.

   Lorsqu’il rétablit la rente annuelle versée par la France au chapitre du Latran, Napoléon III revendiqua le titre de chanoine honoraire et il lui fut confirmé, ainsi que les privilèges inhérents, par un bref pontifical.

   Les usages de la république font que le chef de l’Etat est considéré comme l’héritier des privilèges religieux accordés aux chefs d’Etat des régimes antérieurs (Charles De Gaulle y tenait beaucoup).
C’est donc « par héritage » (usurpé) d’Henri IV [et de Napoléon III], que le président de la république française** se retrouve officiellement aujourd’hui chanoine honoraire de la basilique du Latran.
Le Général De Gaulle prit possession de sa stalle, Messieurs Chirac et Sarkozy aussi…

Voir aussi l’article au sujet de la statue du Roi Henri IV érigée à la basilique du Latran > ici

2007-46. Pro felici ac prospero statu Galliae. dans Chronique de Lully tiarepie9

* On notera aussi justement qu’un autre roi de France, Charles V, avait fait restaurer la basilique au XIVe siècle et fait construire le ciborium monumental qui surmonte l’autel et abrite les reliquaires des têtes des Saints Apôtres Pierre et Paul, raison pour laquelle les lys de France sont représentés au sommet de l’arc triomphal

** qui est par ailleurs co-prince d’Andorre, dans les Pyrénées.

2007-39. De la couronne de l’Avent

Sur le territoire de Saint-Martial - Mont Gerbier de Jonc

Sur le territoire de Saint-Martial, le Mont Gerbier de Jonc (alt. 1454 m),
au pied duquel sourdent les sources de la Loire,
à l’occasion de l’un des épisodes neigeux fréquents vers la fin novembre ou le début décembre

Dans la semaine qui précède le premier dimanche de l’Avent.

       Dans très peu de temps désormais, nous allons entrer dans le temps de l’Avent ; voilà pourquoi Frère Maximilien-Marie m’a demandé de l’accompagner au grenier pour aller chercher ce qu’il faut pour préparer la couronne de l’Avent.
Pendant qu’il déballait les cartons où tout est soigneusement emballé et rangé, il m’a parlé de cette période préparatoire à l’avènement du Rédempteur, qui va commencer samedi à la tombée du jour, par les premières vêpres du premier dimanche de l’Avent, et il m’a expliqué le sens de cette couronne.
J’ai ouvert tout grand mes oreilles, de manière à pouvoir vous répéter l’essentiel de ses explications.

   La coutume de la couronne de l’Avent est née il y a très longtemps, dans les pays rhénans… au XVIème siècle, si je me souviens bien.
Mais entendons-nous bien : la couronne de l’Avent n’est nullement un objet liturgique et il n’existe pas de « rubriques » qui la prescrivent à l’église ou pour les offices liturgiques ; elle appartient à ces traditions « paraliturgiques » des familles chrétiennes, qui, en particulier à l’occasion de la prière du soir qui rassemble la maisonnée, peuvent matérialiser les temps de l’année chrétienne et les mettre en relief dans la pièce principale de leurs maisons, ou dans l’oratoire domestique, au moyen de symboles expressifs qui marquent spécialement les enfants et les stimulent.

couronne de l'Avent

   La forme circulaire de la couronne représente le cycle de la liturgie, dont les fêtes nous reviennent chaque année ; le cercle est aussi un très ancien symbole pour représenter l’éternité.
Pour les fidèles, cela symbolise également le fait que Jésus – qui est déjà venu dans le monde – reviendra, et que l’Avent n’est donc pas seulement la préparation de la joyeuse célébration d’un anniversaire (un événement appartenant au passé), mais également l’attente du retour glorieux du Christ, vers lequel leurs cœurs sont tendus.
Le cercle, qui n’a ni commencement ni fin, représente encore les efforts continuels, sans cesse renouvelés, jamais interrompus, que les chrétiens doivent accomplir pour être toujours prêts pour cet avènement, ainsi que nous l’enseignent nombre de paraboles par lesquelles les Saints Evangiles nous tiennent en éveil et décuplent notre nécessaire vigilance.

   La couleur verte de la couronne, celle du sapin ou du pin, représente, elle aussi, l’éternité puisque ces conifères ne perdent pas leur feuillage quand vient l’hiver, et symbolisent par là l’idée de permanence, la durée, la non-mortalité, au moment où tous les autres arbres, dépouillés de leurs feuilles, ressemblent à des arbres morts..

   Le vert est également couleur d’espérance : à l’image de ces arbres qui, restant verts, ne semblent pas entrer comme les autres dans le « sommeil hivernal », nous ne devons jamais cesser de veiller et de prier, nous devons toujours être revêtus de la grâce, ne pas être dépouillés de vertus.

   Sur la couronne, on dispose quatre bougies pour représenter les quatre dimanches préparatoires à Noël, qui marquent quatre étapes spirituelles.
Certains, justement à cause de cette représentation des dimanches, choisissent la couleur de ces bougies en fonction de la couleur liturgique de ces quatre dimanches de l’Avent : ils disposent donc sur leur couronne trois bougies de couleur violette et une de couleur rose.
Chaque dimanche on en allume une de plus. Ainsi, plus la fête de la Nativité approche et plus il y a de lumière : c’est très représentatif des thèmes de la liturgie pendant l’Avent et au moment de la naissance de notre Sauveur : cela nous rappelle que Jésus est la Lumière du monde, « Lux mundi », et que Son avènement dissipe les ténèbres de nos cœurs.

   On peut ajouter bien sûr quelques autres éléments décoratifs à la couronne, mais l’essentiel est là.
Allez ! je ne vais pas vous distraire davantage, il faut que je vous laisse préparer votre couronne de l’Avent.

Lully.                                

bougie avent/noël

Voir aussi :
- Lully dirige la préparation de la couronne de l’Avent > ici
- la spiritualité de l’Avent > ici
- la B.D. « Tendus vers Son Avènement » > ici

2007-34. In memoriam : le Révérend Père Michel André.

17 novembre,
Fête de Saint Grégoire de Tours, évêque et confesseur ;
Mémoire de Saint Aignan, évêque d’Orléans et confesseur ;
Mémoire de Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée et confesseur ;
Anniversaire de l’exécution de Dominique Allier, chef chouan (cf. > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu du Rd Père Michel André (+ 17 novembre 2000) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Dom Marie-Grégoire Girard (cf. > ici).

Angers - cathédrale Saint-Maurice

Angers : cathédrale Saint-Maurice

« Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua :
Louons ces hommes plein de gloire qui sont nos pères et dont nous sommes la race… »
 (Eccli. XLIV, 1).

       Avant même la fondation des divers instituts, séminaires, fraternités ou prieurés, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix du XXe siècle, alors qu’une espèce de frénésie révolutionnaire semblait secouer la Sainte Eglise et que, « démangés par un prurit aux oreilles », beaucoup « ne supportaient plus la saine doctrine » (cf. IIa Tim. IV, 3), il y eu des prêtres zélés et courageux qui se levèrent, et qui – méprisant les foudres et l’opprobre dont on les accabla – maintinrent la Sainte Messe latine traditionnelle (dite de Saint Pie V), contre vents et marées.

   Sans eux, sans leur prétendue désobéissance, sans leur opposition courageuse aux mesures iniques d’interdiction assénées par leurs supérieurs ecclésiastiques – mesures dont le pape Benoît XVI a affirmé que, en définitive, elles étaient nulles et sans valeur ! – le maintien du rite latin traditionnel n’aurait pratiquement pas été possible.

   Les actuels fidèles, séminaristes, prêtres et religieux qui n’ont pas connu la célébration de la Messe dans les paroisses avant les réformes postconciliaires – tout simplement parce qu’ils n’étaient pas nés – , qui ont découvert la Sainte Messe catholique (et souvent aussi grâce à elle la foi catholique tout simplement), depuis les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix du précédent siècle, doivent tout à ces résistants qu’on a pourtant souvent marqués du sceau de l’infamie, parce qu’ils ont osé tenir tête à une hiérarchie qui imposait des choses inacceptables.

   Vere dignum et justum est !
En vérité il est digne et juste de ne pas perdre le souvenir de leur nom, de garder leur mémoire en bénédiction, de transmettre la connaissance de ce qu’ils ont fait à ceux qui ne les ont pas connus, de marquer leurs anniversaires par une prière qui monte vers Dieu en action de grâces et en profonde gratitude !
Oui, il nous faut louer ces hommes glorieux, parce que leur résistance courageuse a fait d’eux nos pères par l’esprit, et parce que nous sommes les héritiers qui récoltent dans la joie ce qu’ils ont semé dans la peine et les larmes.
Même les fraternités ou instituts qui s’enorgueillissent aujourd’hui de bénéficier de toutes les confortables reconnaissances canoniques sont redevables à ces « désobéissants »! Faisons donc œuvre de justice en parlant de l’un d’eux au jour anniversaire de son rappel à Dieu.

   Le 17 novembre 2000, en effet, s’éteignit le Révérend Père Michel André : le bon Père André !

Le Rd Père Michel André

   Né à Angers, le 13 mars 1915, il fit d’abord des études de droit et de commerce.
Très lié au scoutisme, il fonda deux troupes auprès desquelles il excella comme éducateur humain et spirituel.
Il entra au noviciat des Pères du Saint-Esprit en 1937, fut ordonné prêtre en 1944, et fut envoyé l’année suivante à la Martinique.
De 1947 à 1956, il enseigna dans diverses institutions spiritaines en France, repartit en mission en Guinée de 1956 à 1958, puis fut envoyé en Argentine de 1962 à 1971.
En 1971, sur les conseils de Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre (qui avait été supérieur général des Spiritains), il rentra en France pour travailler contre les forces de dissolution qui étaient à l’oeuvre dans l’Eglise.

   Dans sa détermination de fidélité catholique, en face de la crise qui fait rage, il fonde à Angers, en 1972, l’Association Noël Pinot (A.N.P.), pour la défense de la Sainte Messe traditionnelle et le soutien aux prêtres fidèles à sa célébration.
Il fonde aussi en même temps le bulletin trimestriel « Introibo ». Ce bulletin de formation doctrinale et spirituelle connaîtra une grande diffusion (il atteindra 6000 exemplaires), et il a survécu à son fondateur.

   L’Association Noël Pinot (placée sous le patronage de cet héroïque prêtre angevin qui – revêtu par dérision des ornements sacerdotaux lorsqu’on le fit monter à la guillotine – gravit les marches de l’échafaud en récitant les prières au bas de l’autel : Introibo ad altare Dei… cf. > ici) a compté jusqu’à deux milles prêtres adhérents. Aujourd’hui encore ils sont plusieurs centaines, adhérents ou sympathisants, en France et dans le monde.
L’A.N.P. diffuse également de bons ouvrages et des objets de dévotion, permet la « récupération » d’ornements, statues, objets de culte qui seraient sans cela livrés aux brocanteurs. Elle transmet aussi des intentions et des honoraires de Messe à des prêtres qui en sont dépourvus.

   Le Père André fut un infatigable apôtre, son ministère – contredit et diffamé – gagna de nombreuses âmes au Christ.
Il fonda plusieurs chapelles pour assurer la continuité de la Messe traditionnelle bannie des églises, fonda une école, des troupes de scouts, et une petite communauté féminine : les Servantes du Divin Crucifié.
Alors que « d’autres » voudraient post-mortem s’accaparer sa mémoire et son héritage spirituel, ce sont elles qui, dans une humble discrétion et un fidèle attachement à son esprit, continuent en vérité l’oeuvre du bon Père André. Les personnes qui veulent avoir contact avec l’Association Noël Pinot peuvent le faire par courrier à cette adresse : 54, rue Delaâge – 49100 Angers, ou encore grâce aux coordonnées indiquées sur son site propre > ici.

   Monsieur Claude Mouton, bien connu dans les milieux traditionnels français pour ses ouvrages, a publié une belle biographie détaillée: « Un prêtre vrai, le Père André » (éditions de Chiré).
A Angers, les Servantes du Divin Crucifié ont également constitué un petit « musée », dans lequel sont réunis de précieux souvenirs permettant de découvrir de manière vivante et émouvante la grande figure de cet humble prêtre, vrai serviteur du Christ et de son Eglise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Un texte du Père Michel André extrait de l’une de ses conférences spirituelles > ici

La sainte messe catholique - Mysterium Fidei

2007-23. De Notre-Dame des Victoires.

Quatrième samedi d’octobre,
Fête de Notre-Dame des Victoires.

Basilique Notre-Dame des Victoires à Paris - sanctuaire et chœur

Le maître-autel et le sanctuaire de la basilique de Notre-Dame des Victoires, à Paris

       Dans un certain nombre d’anciens missels, le « propre de France » désigne le 4ème samedi du mois d’octobre comme jour propre de la fête de Notre-Dame des Victoires.
Vous pensez bien que Frère Maximilien-Marie n’a pas manqué d’y penser dans sa prière, ce matin. Et comme je lui demandais quelques explications, il me les a volontiers données… vous n’en douterez pas !

   J’ai donc ainsi appris une nouvelle page de l’histoire de France, et une nouvelle page de l’histoire des interventions de Notre-Dame en faveur du Royaume de France.

   En 1629, le Roy Louis XIII fut sollicité par les pauvres moines Augustins déchaussés, à court d’argent pour construire la chapelle du couvent qu’ils venaient de fonder à Paris (dans ce qui est devenu depuis le deuxième arrondissement). Les religieux – qu’on surnommait « les petits Pères » depuis qu’Henry IV avait donné ce sobriquet aux premiers religieux de cet ordre arrivés à Paris, en raison de leur petite taille – reçurent effectivement du Souverain les subsides nécessaires aux travaux, à la condition que la nouvelle église soit placée sous le vocable de « Notre-Dame des Victoires ».

Pourquoi une telle dénomination ?

   Tout simplement parce que le Roy Louis XIII, aidé du célèbre Cardinal de Richelieu, venait de préserver l’unité et la paix du Royaume en réduisant la puissance militaire du parti huguenot – qui mettait en péril la sécurité de l’Etat par ses alliances et incessantes conspirations avec l’Angleterre – , et parce que Sa Majesté, ainsi d’ailleurs que tous les catholiques, attribuaient le succès des armées royales (en particulier dans la reddition de La Rochelle, qui eut lieu le 4ème samedi d’octobre en 1628) aux prières adressées avec ferveur à la Reine du Ciel.

Louis XIII présente à Marie les plans de N.D. des Victoires

Carl Van Loo : tableau central du sanctuaire
représentant la dédicace de l’église des Augustins
à Notre-Dame des Victoires

   Sur ce tableau de Carl Van Loo, exécuté plus tard pour garder le souvenir de cette fondation royale (tableau qui se trouve aujourd’hui encore au dessus du maître-autel de la Basilique de Notre-Dame des Victoires), on voit en effet le Roy à genoux présentant à Marie le plan de l’église, dont il posera lui-même la première pierre le 9 décembre 1629. A gauche du Roy est figuré le Cardinal de Richelieu, et à sa droite un des échevins de La Rochelle lui présentant les clefs de la ville, que l’on aperçoit dans le lointain. Derrière le Souverain sont plusieurs officiers et grands du Royaume, tandis que devant lui est étendu un soldat mort, avec le drapeau blanc fleurdelysé…

   Mais le personnage principal, c’est la Très Sainte Vierge Marie, assise, portée sur un nuage : tous les regards convergent vers elle, et même le défunt n’est pas étendu face contre terre mais tourné vers elle. C’est tout le monde des vivants et des morts qui est tourné vers Marie, qui a placé sa confiance en Marie.
Vêtue d’une robe au ton rouge passé et d’un manteau bleu, tandis qu’elle entoure de son bras gauche l’Enfant Jésus debout, de sa main droite elle présente à Louis XIII la palme de la victoire.

   Frère Maximilien-Marie m’a ensuite raconté l’histoire du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, qui a vécu dans ce couvent de Notre-Dame des Victoires et qui, quelques années plus tard, eut l’apparition de la Vierge Marie lui montrant l’enfant royal qu’elle voulait donner à la France : la Très Sainte Vierge venait indiquer les moyens spirituels par lesquels on obtiendrait la naissance de l’héritier du trône, tellement espéré par tout le Royaume.
Cet enfant royal naquit effectivement neuf mois jour pour jour après la fin des neuvaines demandées par Notre-Dame, il fut baptisé Louis-Dieudonné et il deviendrait un jour Louis XIV.

   J’aime beaucoup quand mon papa m’explique ainsi ces évènements de l’histoire de France, en me montrant les « dessous » spirituels de cette histoire. Malheureusement, je comprends bien, à la manière un peu empreinte de tristesse dont Frère Maximilien-Marie me parle de ces choses, que ce passé est révolu, puisque une révolution impie a, depuis plus de deux siècles et jusqu’à présent, coupé la France de ses racines et de son histoire catholique.

   Le rappel de ces pages glorieuses ne peut en aucune façon justifier une certaine forme d’orgueil dans le coeur des vrais Français, parce que la France est maintenant dans une profonde et triste décadence, en conséquence d’une terrible apostasie. Le souvenir doit au contraire nourrir leur gratitude pour les dons – absolument gratuits – de Dieu mais encore plus maintenant alimenter l’humilité et le repentir d’y avoir été infidèles.
Je sais que malgré les innombrables motifs de découragement, le coeur de mon papa garde confiance dans la puissance du Coeur de Jésus et de Marie, et qu’il espère surnaturellement dans un renouveau, qui ne sera pas une « reconstitution » du passé, mais une vraie renaissance spirituelle – avec évidemment des conséquences sociales et temporelles – qui découlera de la conversion authentique des coeurs à l’esprit de l’Evangile.

   Alors de tout mon coeur, je me suis uni à Frère Maximilien-Marie pour réciter la collecte propre de la Messe de Notre-Dame des Victoires :

    O Dieu très clément, qui accordez tous les biens à Vos fidèles par la Mère de Votre Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, accordez-nous, grâce à ses mérites et ses prières, de vivre dans la fidélité, pour qu’après avoir triomphé des pièges de tous nos ennemis, nous puissions dans la joie parvenir victorieux jusqu’à Vous.
Nous vous le demandons par Jésus-Christ, votre Fils, Notre-Seigneur, qui vit et règne avec vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

2007-23. De Notre-Dame des Victoires. dans Chronique de Lully patteschatsLully.

 Augustins déchaussés dans De liturgia

Messe propre de Notre-Dame des Victoires > ici
Litanies de Notre-Dame des Victoires > ici

2007-15. Du 16 octobre.

16 octobre,
Fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’assassinat de SM la Reine Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg.

   Ce matin, Frère Maximilien-Marie m’a lu – et je l’ai écouté avec la plus grande attention – la dernière lettre écrite par la Reine Marie-Antoinette, adressée à sa belle-soeur, Madame Elisabeth, et qui est improprement appelée « testament de la Reine » (cf. > ici).
Il m’a aussi montré un fac-similé des dernières lignes qu’elle a tracées, sur la page de garde de son « livre d’heures », ce 16 octobre 1793 vers 4h et demi du matin et j’en publie une reproduction ici pour vous :

Dernières lignes de la Reine

   Frère Maximilien-Marie m’a expliqué que l’infortunée souveraine, exécutée le 16 octobre 1793, n’avait certes pas toujours été exemplaire dans sa vie (comme la plupart d’entre nous n’est-ce pas ?), mais que cela ne justifie en aucune manière toutes les calomnies qui ont été colportées sur son compte, calomnies qui ont rendu sa figure odieuse à beaucoup, alors qu’elle a toujours été une femme digne : et malgré toute ces calomnies, elle demeure toujours, plus de deux-cents ans après son assassinat, l’une des plus grandes figures de notre beau Royaume de France, et l’une des plus attachantes parmi toutes nos Reines.

   Ensuite, et cela m’a beaucoup intéressé, il m’a raconté que la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, qui avait tout juste dix-neuf ans à ce moment-là et qui vivait en Westphalie dans la ferme de ses parents (elle n’était pas encore religieuse, n’avait pas encore reçu les sacrés stigmates, mais avait déjà une vie mystique intense), était sollicitée par Dieu pour prier de manière très spéciale pour la Reine de France emprisonnée, et qu’elle l’avait même « visitée » à plusieurs reprises dans son cachot, la nuit, pour la consoler, l’encourager, la préparer à affronter le procès et la mort.
L’ange gardien de la Bienheureuse la transportait en un instant dans la cellule de la Reine ; cette dernière ne la voyait pas, mais elle sentait sa présence invisible, percevait ses paroles dans l’intime de l’âme et en recevait une force spirituelle proprement surnaturelle.

   La Reine Marie-Antoinette a fait l’objet de tant de livres et de films, et elle se trouve au centre d’un drame humain et politique tellement complexe et tellement passionné, qu’il est presque impossible aux hommes de notre temps de dégager sa véritable figure de toutes les représentations quasi mythiques ou idéologiques qu’on a substituées à sa véritable personnalité.
Finalement, Dieu seul peut dire – et nous le révèlera en Son Paradis – qui fut Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.
Les études historiques les plus sérieuses et les plus minutieuses ne nous en donnent qu’une esquisse : la réalité, tout en détails et en nuances, doit tenir compte de mille choses qui nous échappent encore.
Nous sommes devant les mille et une pièces d’un puzzle, encore éparpillées : celles qui nous décrivent la psychologie, l’éducation, les intrigues de cour, les événements connus, et ceux qui ne le sont pas, ou ne le sont que de manière partielle et imparfaite… etc. peuvent nous restituer certaines choses, mais il est encore nombre de pièces de ce puzzle qui ont été perdues ou sont encore cachées. Il nous en manque beaucoup !

   Ce qui est certain, ce qui est indubitable, ce qui est flagrant, ce sont la dignité et la souffrance de cette femme, de cette mère qui en a appelé à toutes les mères devant le tribunal révolutionnaire, de cette Souveraine qui a été sacrifiée sur l’autel diabolique d’une révolution qui n’a fait que prétexter des imperfections de la vieille monarchie capétienne pour détruire ce qu’il y avait de meilleur en elle, parce que c’était précisément cela qui était en réalité l’objet propre de cette haine inspirée par l’enfer.

Lully.     

Vitrail de l'exécution de S.M. la Reine Marie-Antoinette - église de la Boissière-de-Montaigu

 O Dieu, Seigneur des miséricordes, accordez à l’âme de Votre servante
la Reine Marie-Antoinette,

dont nous commémorons le jour anniversaire de la déposition,
le lieu du rafraîchissement, la béatitude du repos et la splendeur de la lumière.

Deus, indulgentiárum Dómine : da ánimæ fámulæ Tuæ
Mariæ-Antoniæ Reginæ,

cuius anniversárium depositiónis diem commemorámus,
refrigérii sedem, quiétis beatitúdinem et lúminis claritátem.

frise lys

2007-12. Joseph et Chico.

Ce 10 octobre 2007.

       Après vous avoir parlé du pèlerinage de notre Frère à Rome, je dois maintenant vous entretenir d’un évènement littéraire qui est directement en rapport avec notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et qui a beaucoup d’importance à mes yeux :

   En effet ces jours-ci, en Italie, les éditions du « Messager de Saint Antoine » publient une biographie du Souverain Pontife, abondamment illustrée.
Jusqu’ici rien d’extraordinaire, me direz-vous.
Mais ce qui est justement un évènement, c’est que le narrateur de cette histoire est l’un de mes congénères : Chico, le chat de la ferme de Pentling.

   Chico est un gros matou au pelage roux, âgé de neuf ans, qui vit dans la ferme voisine de la maison que le cardinal Joseph Ratzinger avait achetée pour y finir paisiblement ses jours…
Quand il y venait en vacances, Chico désertait la ferme pour s’installer chez lui, jour et nuit. Je ne crois pas trahir un secret en vous confiant qu’il a même griffé le cardinal un jour de Noël! C’est vous dire qu’il connaît bien celui qui est maintenant le Pape, et qu’il peut en parler avec autant de justesse que de précision.
N’oubliez pas que nous, les chats, nous sommes des observateurs de première classe, en même temps que nous sommes des confidents appréciés!

   Chico avait tout de suite vu que ce cardinal, occupant un poste important à la Curie romaine, était un ami des chats. Savez-vous comment?
Tout simplement parce qu’il avait fait installer dans son jardin… une statue de chat! Vous pensez bien que s’il se fut agi d’une statue de chien, Chico ne se serait pas aventuré du côté de cette maison!

   Peu après le cardinal lui a d’ailleurs confié qu’il avait à Rome deux chats magnifiques.
Je sais que la presse « pipeul », au moment de son élection, s’est interrogée pour savoir si le nouveau Pontife pourrait emmener ses chats dans le Palais Apostolique du Vatican, allant ressortir de vieilles légendes superstitieuses selon lesquelles nous serions des symboles de la présence du démon… Ce qui est insensé et outrageant!

  Mais Benoît XVI fait fi de ce genre de ragots et les deux chats, désormais parés du titre de « pontificaux » l’ont bel et bien accompagné, et ils sont même les seuls à avoir le droit de le déranger quand il travaille ou quand il joue du piano…
Il y a des « monsignori » qui en étouffent de jalousie!

Chat pianiste

   Bref, Chico le chat bavarois est un véritable ami du Pape.
Aidé de la journaliste Jeanne Perego et de la dessinatrice Donata del Molin Casagrande, il fait en 44 pages un récit passionnant et teinté d’humour de la vie du Pape, depuis cette nuit très froide du 16 avril 1927 où naquit le petit Joseph Aloïs Ratzinger, en passant par les années d’études, celles de la guerre et de la captivité, l’ordination sacerdotale et la période professorale, jusqu’à l’élection au Souverain Pontificat…

   Ici, il faut que je vous révèle une chose qui a mis un peu de tristesse au coeur de Chico : il n’a pas revu son grand ami depuis cette élection.
Il y a quelques mois, en septembre 2006, le Souverain Pontife est bien revenu à Pentling, lors de son voyage apostolique en Bavière, mais Chico a été tellement effrayé par le cortège pontifical et le remue ménage des journalistes qu’il s’est enfui à toutes jambes et qu’il s’est caché.
Il aurait pourtant tellement aimé recevoir encore les caresses de son grand ami Joseph !

   Le livre de Chico est préfacé par le secrétaire particulier du Saint Père, Monseigneur Georg Gänswein, c’est vous dire si on peut lui faire confiance pour mieux connaître ce Pape véritablement exceptionnel, puisqu’il est un grand ami des minous !

Lully.

2007-12. Joseph et Chico. dans Annonces & Nouvelles 031007gato

2007-5. Ce que représente chez nous le 24 septembre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       La fête de Notre-Dame de la Merci, qui est célébrée le 24 septembre, n’est pas vraiment une fête populaire en France : ce vocable de la Vierge paraît même un peu étrange à beaucoup de fidèles… Mais notre Frère Maximilien-Marie l’aime particulièrement, et il y a deux raisons à cela :

   1) Quand il avait quatre ans et quelques semaines, le samedi 24 septembre 1966 (donc jour dont on pourrait écrire qu’il était doublement placé sous la protection de Notre-Dame), il fut protégé d’une manière singulière : percuté par une automobile qui lui fit faire un vol plané avant de lui passer sur le corps, il sortit absolument indemne de cet accident, et – dès ce moment-là – il affirma que c’était la Sainte Vierge qui l’avait sauvé. Il demanda à ses parents un pèlerinage d’action de grâces à la basilique de Notre-Dame de Bon Secours, sanctuaire marial du Bas Vivarais, et à cette occasion il se donna sans retour à cette Mère de Miséricorde.

Voici la statue du XVIIème siècle, sculptée en bois de noyer par un imagier local, aux pieds de laquelle il fit cette offrande de lui-même dans laquelle il reconnaît l’origine de sa vocation :

la statue de la Vierge telle qu'elle était présentée avant les saccages modernistes

Lablachère (Vivarais) : statue de Notre-Dame de Bon Secours  dans la basilique du même nom
telle qu’elle était présentée  avant le vandalisme postconcilaire.

   2) C’est encore un 24 septembre – en 1989 – qu’il prononça ses vœux perpétuels. Frère Maximilien-Marie en célèbre l’anniversaire avec une grande ferveur intérieure chaque année.

   Contrairement à ce que certains se sont plu à raconter, il n’a jamais été relevé de ses vœux mais, lorsque sa communauté d’origine changea de statuts et modifia ses constitutions, s’engageant dans des orientations qui ne correspondaient plus exactement aux textes sur lesquels il avait prononcé ses vœux ni aux aspirations qui l’avaient amené à entrer dans cette communauté, l’Eglise – par l’intervention de l’Evêque du lieu – prit la chose en considération et octroya à Frère Maximilien-Marie un « indult d’exclaustration » tout à fait régulier.
Ainsi il lui était permis en conservant ses vœux et le droit de porter l’habit religieux, de vivre en dehors de son institut de profession. C’est un devoir de vérité de le rappeler parce que, bien évidemment, on a fait circuler des versions bien différentes de ces événements.

   Je vous souhaite à tous une bonne journée sous la protection de Notre-Dame de la Merci, la Vierge compatissante qui brise les chaînes des esclavages, qu’ils soient physiques ou spirituels, psychologiques ou affectifs…

Lully.

Voir aussi :
- Origines du Refuge ND de Compassion > ici
– Comment le Refuge ND de Compassion est arrivé en Vivarais > ici
– Jubilé des 25 ans de profession perpétuelle > ici

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