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2013-44. Où, à propos de l’anniversaire du trépas du Grand Chanéac, Lully évoque les messes clandestines pendant la grande révolution et présente le calice d’un prêtre réfractaire.

Mercredi 15 mai 2013.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Chaque année, à cette date du 15 mai, en notre Mesnil-Marie, nous commémorons avec une grande ferveur et reconnaissance l’anniversaire de la mort du «Grand Chanéac», Jean-Pierre François Chanéac (11 décembre 1759 – 15 mai 1841), « notre » chef chouan local dont j’ai déjà évoqué la figure dans les pages de ce blogue (cf. > ici) et pour la découverte duquel, vous le savez, Frère Maximilien-Marie consacre au cours de l’été des « promenades contées » qui permettent de le mieux connaître (cf. > ici).

2013-44. Où, à propos de l'anniversaire du trépas du Grand Chanéac, Lully évoque les messes clandestines pendant la grande révolution et présente le calice d'un prêtre réfractaire. dans Chronique de Lully 250px-cachet_chouan

   Dans la mémoire locale, le «Grand Chanéac» est resté « le protecteur des bons prêtres » et le « défenseur de la religion ».
En effet, dans cette période malheureuse qui vit la promulgation d’une « constitution civile du clergé » schismatique, la persécution contre les prêtres qui refusèrent le serment exigé par les autorités révolutionnaires, la fermeture des églises et l’abrogation du culte catholique romain, les fidèles des paroisses de nos hautes Boutières – comme aussi en Gévaudan, en Margeride et en Velay -, et cela dans une quasi unanimité, n’acceptèrent pas les lois anti-catholiques de la révolution.

   Alors que l’évêque de Viviers – le très fantasque et rousseauiste Charles-Louis de La Font de Savine – fut du très petit et peu glorieux nombre des évêques qui prêtèrent le serment schismatique, le clergé vivarois dans sa grande majorité se montra plus sensé que son chef : ce sont environ les deux tiers des prieurs, curés et vicaires qui refusèrent le serment impie ou qui ne le prêtèrent qu’avec des restrictions qui le rendaient invalide. De ce fait, ils durent quitter leurs cures et leurs églises.
Quelques uns, comme la loi les y contraignait, prirent le chemin de l’exil ; beaucoup allèrent trouver refuge dans leur famille ou chez des amis ; beaucoup aussi prirent le maquis et continuèrent, tant bien que mal, à diriger leurs paroisses dans la clandestinité, encouragés par «Monsieur Vernet», c’est-à-dire l’abbé Régis Vernet (1760 – 1843), prêtre de Saint-Sulpice, ancien supérieur du grand séminaire de Viviers, qui organisa et dirigea l’église clandestine de Viviers de 1791 à 1801, avec le soutien de Monseigneur Charles-François d’Aviau du Bois de Sanzay (1736-1826), archevêque de Vienne en Dauphiné, lequel, déguisé en colporteur, en perruquier, en manouvrier voire en mendiant, parcourut nos contrées pour y administrer les sacrements de confirmation et d’ordre.

   Dans nos hautes Boutières, partie reculée, escarpée et difficile d’accès du diocèse de Viviers, de très nombreux prêtres vinrent se cacher. La plupart des curés et vicaires de ce territoire des Boutières et de la montagne resta, dans la clandestinité, sur le territoire de leurs paroisses, protégés par leurs fidèles et par les chouans.
Les curés intrus, « jureurs » élus au chef-lieu du département, ne se hasardèrent jamais à venir prendre possession des cures et des églises.
Depuis l’entrée en vigueur de la constitution civile du clergé, jusque au concordat napoléonien, les fidèles ne furent jamais vraiment dépourvus de la Sainte Messe ni des sacrements : les exercices du culte se poursuivirent de manière très régulière dans les maisons particulières, dans les granges, parfois même dans les églises que protégeaient les jeunes gens en armes!

messe-sous-la-terreur grand Chanéac dans Memento

Messe clandestine pendant la grande révolution

   Beaucoup de prêtres qui officiaient dans la clandestinité n’avaient pu emporter avec eux, en quittant leurs églises, tous les objets du culte nécessaires à la célébration des saints mystères. C’est ainsi, en particulier, que furent alors réalisés des calices, patènes et ciboires en étain.

   Normalement (et les lois de l’Eglise actuellement en vigueur sont toujours catégoriques à ce sujet), le calice et la patène doivent être réalisés dans un matériau noble et solide, que l’on ne doit pas pouvoir briser, et – pour le moins – leur revêtement intérieur doit être d’or. En outre, ils doivent être consacrés par un évêque ou par son représentant.
En temps de persécution, par exception, il est toléré que la Sainte Messe puisse être célébrée avec des vases sacrés qui ne sont pas en matière noble et qui sont simplement bénits par un prêtre.

   Quand ils ne disposaient pas de calices et de patènes conformes aux règles canoniques, les prêtres réfractaires firent appel à l’ingéniosité et à l’habileté de quelque fidèle pour confectionner des vases sacrés en étain, avec le métal de ces couverts, écuelles, pichets ou gobelets que l’on pouvait trouver dans beaucoup de maisons.

   Après la révolution, la plupart de ces calices de fortune a été à nouveau fondue : leur non conformité aux règles liturgiques – tolérée en raison des circonstances particulières de la révolution – ne devait pas subsister après le retour à la normalité.
C’est pourquoi, aujourd’hui, le nombre de ces calices ayant servi aux Messes clandestines est relativement peu élevé.

   Aussi, quelle n’est pas notre joie et notre fierté d’en avoir un en notre Mesnil-Marie !
Nous l’avons reçu il y a quelques semaines, et lorsque Frère Maximilien-Marie l’a pris dans ses mains pour la première fois, il en a versé des larmes d’émotion.

En voici la photo :

calice-pretre-refractaire Mesnil-Marie dans Vexilla Regis

   Sa hauteur est de 26,7 cm. Il est donc tout entier en étain, et d’assez belle facture. Sa coupe porte des marques, liées sans doute aux vicissitudes de son histoire propre, que nous ne connaîtrons en totalité qu’au Ciel, lorsque nous communierons à l’omniscience de Dieu!

   Je vous écrivais que la plupart de ces calices ayant servis aux Messes des prêtres réfractaires avait été détruite.
Celui que nous possédons désormais a échappé à cette « régularisation » mais il a été rendu intentionnellement inutilisable, puisque un petit trou, très précis, a été percé dans le fond de la coupe : peut-être fut-ce la condition pour qu’il demeurât? Il ne pouvait plus servir au culte, mais le prêtre qui avait célébré avec pendant ces heures des plus sombres de notre histoire (ou sa famille) pouvait-il (elle) le conserver comme un pieux souvenir de ces temps tragiques.

calice-pretre-refractaire-detail Messes clandestines

Détail du calice : on aperçoit le trou foré dans le fond de la coupe.

   Quoi qu’il en soit, ce calice d’étain est pour nous véritablement une quasi relique, que nous conservons avec autant d’émotion que de dévotion, et il concrétise bien à nos yeux les efforts qui sont les nôtres pour entretenir et faire connaître la vérité sur cette horrible révolution, dont nous ne cessons toujours pas de subir les funestes conséquences.

patteschats Monseigneur d'AviauLully.

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lys-2 Monseigneur de La Font de Savine

2013-34. Le dernier Jeudi Saint de la Monarchie Très Chrétienne.

2013-34. Le dernier Jeudi Saint de la Monarchie Très Chrétienne. dans Chronique de Lully ami-de-la-religion-et-du-roi-1830

       J’ai sous les yeux les pages 259 et 260 du soixante-troisième volume (année 1830) du journal ecclésiastique intitulé « L’Ami de la Religion et du Roi » où l’on trouve, à la rubrique « nouvelles ecclésiastiques », le compte-rendu de la dernière Semaine Sainte de la Monarchie Très Chrétienne : moins de quatre mois plus tard en effet, le trône de Charles X – dernier de nos Rois à avoir reçu les saintes onctions du Sacre – serait, hélas! renversé.

   Je ne résiste pas à la tentation de vous en livrer ci-dessous les extraits, qui montrent de quelle manière les Rois Très Chrétiens accomplissaient leurs devoirs religieux, et en particulier comment ils accomplissaient eux-mêmes le Jeudi Saint le rite para-liturgique du lavement des pieds, appelé aussi « Mandatum ».
En effet, le Roi de France était, du fait de son Sacre, établi dans une catégorie à part où il était équiparé à un évêque pour certaines fonctions : « l’évêque du dehors », selon l’expression consacrée.

   On notera aussi que le souci des pauvres et l’attention à leurs besoins ne sont pas une préoccupation récente de la Sainte Eglise et de ses fidèles ; et on remarquera en même temps que la pratique de la charité et de l’aumône ne requièrent pas non plus cette espèce de dépouillement ostentatoire tels que certains le pratiquent aujourd’hui et qui constitue finalement davantage une insulte pour les pauvres qu’il ne les honore…

nouvelles-ecclesiastiques-semaine-sainte-1830-1 1830 dans De liturgia

nouvelles-ecclesiastiques-semaine-sainte-1830-2 Charles X dans Memento

Nota bene – Précisions au sujet du Jeudi Saint des Rois de France :

   En raison de quelques questions qui m’ont été posées, je me dois d’apporter ici quelques précisions en complément parce que, de nos jours, beaucoup sont dans l’ignorance de ce que sous-entendent les textes que j’ai publiés :

   1) Le « Mandatum » (c’est-à-dire la cérémonie du lavement des pieds) était un rite traditionnel auquel se sont soumis pratiquement tous les Rois de France (sauf par exemple Louis XVIII qui ne possédait pas les conditions physiques pour l’accomplir mais sous son règne la cérémonie avait cependant bien lieu et c’était son frère, futur Charles X, qui lavait les pieds des pauvres au nom du Roi : on en trouve le compte-rendu dans d’autres numéros de l’ « Ami de la Religion et du Roi » que j’ai pu lire).
Pour une plus ample connaissance sur la pratique de nos Rois, voir l’article publié > ici.

   2) D’un point de vue liturgique, le « Mandatum » n’a été intégré dans la Messe du Jeudi Saint qu’avec la réforme des rites de la Semaine Sainte promulguée par Pie XII en 1955. Jusqu’alors il constituait un rite liturgique à part, accompli en dehors de la Messe, par les évêques, par les curés de paroisses, par les supérieurs de communautés religieuses… etc., dans la journée du Jeudi Saint.

   3) Dans l’article sus-cité, nous voyons Sa Majesté le Roi Charles X, le Dauphin (futur Louis XIX) et les deux princesses (c’est-à-dire Madame la Dauphine – Marie-Thérèse, fille de Louis XVI – , et Madame la Duchesse de Berry) aller « faire leurs Pâques » à Saint-Germain l’Auxerrois : ceci appelle deux explications. Tout d’abord, il est bon de rappeler que la famille royale assistait quotidiennement à la Sainte Messe dans la chapelle du château des Tuileries ; mais, d’autre part, selon les règles canoniques alors en vigueur, chacun était tenu d’accomplir le précepte de la Communion Pascale dans sa paroisse.
Le palais des Tuileries se trouvant sur le territoire de la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois, c’est la raison pour laquelle la famille royale devait se rendre dans cette église pour satisfaire au devoir pascal, et ne pas se contenter d’assister aux offices de la Semaine Sainte dans la chapelle du château. En même temps le Souverain et ses proches donnaient par là un bel exemple d’observation des commandements de l’Eglise.

   4) L’article que j’ai publié mentionne aussi qu’après la Sainte Messe au cours de laquelle elle a communié, la famille royale a assisté à une seconde Messe, dite Messe d’action de grâces.
Il faut bien comprendre que la communion fréquente n’est qu’une pratique extrêmement récente : jusqu’aux permissions données par Saint Pie X, les fidèles et les religieux eux-mêmes, ne pouvaient pas communier tous les jours, même s’ils assistaient quotidiennement à la Sainte Messe. Les jours où la Sainte Communion était permise, on avait coutume d’assister – aussitôt après la Messe au cours de laquelle on avait communié – à une autre Messe, la Messe d’action de grâces,  qui – comme son nom l’indique – était offerte à Dieu en remerciement du bienfait incommensurable du sacrement que l’on venait de recevoir. Cette manière de faire peut paraître curieuse à beaucoup de nos contemporains, mais du moins avait-elle le grand mérite de ne pas banaliser la Sainte Communion – comme c’est trop souvent le cas de nos jours – et d’en mettre en valeur toute l’extraordinaire grandeur.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

saint-louis-lavant-les-pieds-des-pauvres Jeudi Saint dans Vexilla Regis

Saint Louis lavant les pieds des pauvres (manuscrit du XVe siècle)

2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France.

7 février,
Fête des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs.

       Dans le diocèse de Viviers (ainsi que dans la Compagnie de Jésus), le 7 février, est célébrée la fête des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, premiers membres de la Compagnie de Jésus à avoir reçu la palme du martyre en France.
C’était le dimanche 7 février 1593 – il y a donc 420 ans en cette année 2013 – et cela se passait à Aubenas, petite ville du Vivarais.

2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France. dans Chronique de Lully aubenas-profil-de-la-cite

Silhouette de la vieille ville d’Aubenas (état actuel)

A – Le diocèse de Viviers à la fin du XVIe siècle.

   Il semblerait que les erreurs calvinistes aient commencé à pénétrer dans le diocèse de Viviers (dont les contours sous l’Ancien Régime n’étaient pas ceux de l’actuel département de l’Ardèche) autour de 1530.
Leur propagation fut favorisée par le fait que, pendant presque trente ans (1554- 1583), les évêques qui se succédèrent sur le siège épiscopal de Viviers ne résidèrent pas – ou presque pas – dans leur diocèse.

   De laborieux estimations, recherches et calculs ont permis à certains historiens d’avancer qu’en 1573 il n’y avait guère plus de vingt prêtres en activité dans ce diocèse qui comptait alors quelque 210 paroisses.
La suppression des ordinations, consécutive à l’absence des évêques, n’en est pas la seule cause.
Il y eut -hélas! – des clercs qui apostasièrent ; il y eut aussi, à la faveur des luttes armées, de nombreux massacres dont les récits ou les traditions orales ont conservé le souvenir : pillages de monastères, supplices ou mutilations atroces infligés aux religieux, massacres de prêtres… etc.
L’ignorance religieuse se développant, du fait de l’absence des pasteurs, fit le lit des doctrines prétendument évangéliques des prédicants calvinistes.

   Ajoutons à cela la misère matérielle ; une enquête conduite par un juge royal au cours de l’été 1573 montre que les trois quarts des bénéfices du diocèse avaient été spoliés par les huguenots, ôtant tout moyen de subsistance aux clercs : « Contrainctz d’aller mendier leur povre vie chez leurs parents et amys et d’abandonner les lieux de leurs bénéfices (…) beaucoup se sont retirés dans le petit nombre des villes qui sont encore sous l’obéyssance de Sa Majesté », souvent loin du diocèse.

   Les édifices du culte avaient  été encore plus maltraités que leurs desservants. En cette même année 1573, un percepteur de décimes (taxes exceptionnelles perçues par le Roi sur les revenus du clergé) auquel sa charge imposait de circuler dans tout le Vivarais, déclare que « de toutes les églises et maisons presbytérales et claustrales du présent diocèse » il n’en connaît que trois ou quatre debout et qu’en de nombreux lieux « tout a été ruiné et aboli ».
Une dizaine d’années plus tard, lorsque Monseigneur Jean de l’Hostel (évêque de septembre 1575 à avril 1621) put prendre en mains la conduite de son diocèse, il délégua son grand vicaire, Nicolas de Vesc, pour une grande enquête et visite de ses églises ; la relation de Nicolas de Vesc porte sur quatre-vingt-cinq paroisses et égrène une longue et désolante litanie : « église ruinée, sans porte et sans autel », « église polluée », « église rompue », « détruite », « démolie », « renversée », « brisée par terre », « brûlée », « rasée »… etc.

   Dépourvu de prêtres, dépouillé de la majorité de ses lieux de culte, champ libre laissé à la prédication de l’hérésie, le diocèse de Viviers était donc dans une très grande détresse matérielle et spirituelle.

   Toutefois sous le pontificat de Monseigneur de l’Hostel, à partir de 1583, s’exprime une véritable volonté de reconquête des âmes et de restauration.
Dans cette perspective, les prêtres restés en place, avec les encouragements de leur évêque, ne vont pas hésiter à faire appel à des congrégations religieuses ferventes et dynamiques : en particulier, la Compagnie de Jésus.

bx-jacques-sales 1593 dans De liturgia

Le Bienheureux Jacques Salès (1556-1593)
prêtre de la Compagnie de Jésus. 

B – Le Révérend Père Jacques Salès et le Frère Guillaume Saultemouche.

   Jacques Salès (orthographe qui prévaut à l’heure actuelle mais souvent écrit Salez à l’époque) est né le 21 mars 1556, à Lezoux, petite ville du diocèse de Clermont (entre Clermont-Ferrand et Thiers).
Son père était maître d’hôtel de Monseigneur Guillaume Duprat, évêque de Clermont qui participe au concile de Trente et s’efforce d’en appliquer les réformes dans son diocèse. Monseigneur Duprat est un ami et un admirateur des premiers jésuites : il favorise leur introduction au Royaume de France. C’est ainsi qu’il leur donne son hôtel particulier à Paris, l’Hôtel de Clermont, pour qu’ils y fondent un collège, le fameux Collège de Clermont (1550). Il fonde d’autres collèges jésuites, à Billom (1556) et à Mauriac.

   Le jeune Jacques Salès, orphelin de mère alors qu’il est en bas âge, grandit dans un milieu de grande ferveur religieuse et de profonde éducation à la vertu.
A l’âge de 13 ans, grâce à la recommandation de Monseigneur Antoine de Saint-Nectaire, successeur de Monseigneur Duprat sur le siège épiscopal de Clermont, il est admis gratuitement au collège des jésuites de Billom.
Il est ensuite envoyé à Paris pour étudier la rhétorique et demande à entrer dans la Compagnie : il accomplit son noviciat à Verdun, est ordonné prêtre à 29 ans, passe son doctorat de théologie à l’université de Pont-à-Mousson, à 32 ans, puis est employé à l’enseignement.

   Le Père Jacques Salès est d’une santé extrêmement fragile ; c’est un grand asthmatique qui, en outre, doit s’alimenter fréquemment, sous peine de tomber sans connaissance pendant les cours qu’il dispense.
Pour ménager ses forces, ses supérieurs décident de l’envoyer sous des cieux plus cléments que ceux de Lorraine : il est muté au Collège de Tournon (aujourd’hui Tournon-sur-Rhône) où – bientôt déchargé d’enseignement – il travaille essentiellement à la rédaction de petits traités doctrinaux et apologétiques. En raison du talent particulier qui est le sien d’exposer avec clarté et ferveur le dogme et la morale catholiques, il est aussi employé à la prédication de missions.
Il avait eu le désir de partir vers les missions lointaines et d’y subir le martyre sanglant pour l’amour de Jésus, il allait être exaucé sans avoir à franchir les océans.

   Guillaume Saultemouche, auvergnat lui-aussi, est né en 1555 à Saint-Germain-l’Herm, au coeur des monts du Livradois (entre Issoire et Ambert).
Remarqué pour sa très grande piété, sa douceur et sa candeur, il est admis à l’âge de 16 ans dans la Compagnie de Jésus en qualité de frère coadjuteur. Il exerce les humbles fonctions de frère portier à Pont-à-Mousson, puis à Lyon. On admire sa très grande dévotion envers le Très Saint-Sacrement, devant lequel il reste en adoration à tous ses moments libres.
Il est de passage au Collège de Tournon à la fin de l’année 1592.

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Le Bienheureux Guillaume Saultemouche (1555-1593)
frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus. 

C- Le Père Salès et le Frère Guillaume en mission à Aubenas.

   La ville d’Aubenas, ville stratégique du sud du Vivarais, après avoir été terrorisée et dévastée par les huguenots, avait été reprise par le gouverneur catholique : on restaurait les ruines tant matérielles que spirituelles subies par le peuple catholique. Voilà pourquoi fut sollicitée, auprès des supérieurs de la Compagnie, la venue d’un missionnaire : c’est le Père Jacques Salès qui  fut désigné, et on lui adjoignit le Frère Guillaume Saultemouche, qui se trouvait alors disponible et dont la piété signalée ne pourrait qu’édifier les fidèles.
La présence des deux jésuites était prévue « depuis les Avents jusques à Pâques » : comme Pâques était, pour 1593, le 18 avril, la mission devait donc durer environ quatre mois et demi. En fait elle sera interrompue au bout de deux mois par les évènements que nous décrirons plus loin.
Deux témoignages précis laissent à penser que le Père Jacques Salès avait été surnaturellement averti du sort qui l’attendait puisque, en quittant le Collège de Tournon, il avait dit à un confrère : « Adieu, mon frère, priez Dieu pour nous, nous allons à la mort », et à un de ses dirigés : « Adieu, mon fils, vous ne me verrez plus ».

   Arrivés « en Aubenas » – comme on disait alors – au début du mois de décembre, les deux jésuites se livrèrent avec zèle aux travaux apostoliques : il s’agissait d’aider le curé, l’abbé Jean de Martine, à restaurer le culte catholique et la ferveur des fidèles, ébranlée par des années d’irrégularités dans la célébration des sacrements et l’enseignement de la solide doctrine, et de tout mettre en oeuvre pour ramener les protestants à la vraie foi.
La prédication était, bien évidemment, le principal moyen de cet apostolat ; mais s’y ajoutaient aussi l’organisation de cérémonies les plus belles possibles et, très concrètement, d’incessants contacts personnels avec la population, dans les rues, dans les échoppes, dans les maisons, lorsqu’on était invité à y entrer…

   La très grande science du Révérend Père Salès, conjuguée avec une onction et une piété qui impressionnaient jusqu’aux huguenots, la vigueur de sa prédication alliée à la grande douceur qui émanait de lui, l’exemplarité du Frère Guillaume dans son humilité et sa ferveur, portèrent rapidement des fruits : de nombreux catholiques tièdes et déboussolés reprirent le chemin de l’église et la pratique des sacrements, des protestants commencèrent à abjurer leurs erreurs et demandèrent à être réintégrés dans la communion catholique.
Les missionnaires étendirent leur apostolat à l’extérieur de la cité : les chroniqueurs rapportent leur passage dans plusieurs paroisses des environs, parfois distantes de six ou sept lieues.

   Les ministres protestants étaient furieux de ce succès. A plusieurs reprises, certains d’entre eux avaient été conviés par le Père Jacques à des rencontres publiques, où ils auraient pu débattre, mais à chaque fois, les pasteurs s’étaient défilés.
Voyant bien qu’ils n’étaient pas capables d’apporter en faveur des doctrines erronées de Calvin des arguments solidement établis par les Saintes Ecritures et la Tradition, ils résolurent d’imposer le silence au prédicateur par d’autres méthodes.

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L’arrestation du Père Jacques et du Frère Guillaume par les huguenots
(image de dévotion éditée au moment de leur béatification – 1926) 

D – Le martyre. 

    »… Voici que le sixième de février en l’an mil cinq cent nonante-trois, devant le jour, Aubenas au milieu des trêves est traîtreusement surprise avec escalade, escaladée par quinze soldats seulement, lesquels ne rencontrant résistance (…), se font maîtres de la ville. Toute cette traîtreuse escouade était conduite par Sarjas, capitaine huguenot. » (*)
Cela a été vrai de tous temps : une poignée de scélérats armés et fanatisés peut imposer la terreur à plusieurs centaines d’honnêtes gens. C’est ce qui se produisit à Aubenas ce 6 février 1593.

   Le soir du 5 février, le Père Salès avait veillé jusque vers 23 heures, occupé qu’il était à travailler à la conversion d’une « damoiselle hérétique qui, depuis, a persisté toujours en la foi catholique ».
Vers les 4 heures du matin, il fut réveillé par les cris des assaillants. Se levant, au lieu d’aller se réfugier au château, il alla prier dans la chapelle Sainte-Anne, proche de la maison particulière dans laquelle les deux jésuites étaient logés.
« 
S’étant en quelque temps en cette chapelle résigné ès mains de Dieu, il se retire en sa chambre où, prosterné en terre avec son compagnon, ils s’offrent à Dieu en sacrifice, le requérant de leur vouloir départir force et courage pour pouvoir supporter la mort, si tant était que, pour l’amour de lui, ils fussent dignes de l’endurer. Ils restèrent ainsi jusques à soleil levant. Lors voici trois soldats ne respirant que cruauté, qui heurtent à la porte. On leur ouvre. Entrés qu’ils furent, ils trouvent nos deux martyrs à genoux, chacun avec un livre de dévotion en main, priant Dieu. Ces misérables, de prime face, chargent d’outrages nos deux victimes et les serrent à la gorge. On les interroge qui ils étaient : « Nous sommes, répondent-ils, de la Compagnie de Jésus» (…) ».
Les ayant faits prisonniers, ces soldats, avec force coups et vociférations, entraînèrent les deux jésuites dans une autre maison où vinrent les trouver trois ministres protestants qui étaient, selon toute vraisemblance, les instigateurs de l’attaque de la cité : ces pasteurs, avec des paroles mielleuses et une feinte amabilité, voulurent convaincre le père de la justesse des théories de Calvin… en vain, on s’en doute bien.
Puis, devant les deux religieux à jeûn, ils se firent servir un copieux repas au cours duquel ils pérorèrent longuement.
Il était environ deux heures après midi. On s’en souvient : le Père Jacques Salès, asthmatique et souffrant de fréquents malaises hypoglycémiques, ne pouvait rester longtemps sans manger. Un domestique de la maison suggéra aux pasteurs qu’il faudrait peut-être donner quelque nourriture aux deux jésuites. On leur fit donc apporter à chacun une assiette de potage ; mais celui-ci était gras et, en ce temps-là, l’abstinence était de précepte le samedi : les deux religieux n’y gouttèrent donc pas. Cela déchaîna les moqueries et la colère des ministres huguenots ; cependant le Père sut leur répondre par des arguments tirés de la Sainte Ecriture et de la tradition des premiers siècles auxquels ils ne purent rien objecter. Avec des injures ils attaquèrent ensuite les doctrines catholiques du libre-arbitre, de la prédestination, des sacrements et en particulier de la Sainte Eucharistie. Là encore, le missionnaire sut si bien leur répliquer qu’ils ne pouvaient plus argumenter.
« Après ce, les trois prédicants sortent de la maison fort indignés de se voir étrillés de la sorte, trois par un seul. La nuit s’approchait, et le Père, comme son compagnon, était encore à déjeuner (c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas rompu le jeûne) sans que personne leur baillât rien, fors le petit enfant de cette maison-là, lequel, en cachette, leur porta quelque morceau de pain, à ce que j’ai appris. Nos deux pauvres prisonniers, laissés à la merci des soldats, passent la froide nuit ensuivante sans feu, sans lit et sans beaucoup de sommeil ».

   Le lendemain, qui était le dimanche 7 février 1593, les pasteurs revinrent, «vomissant autant d’outrages que leurs têtes en pouvaient dégorger», et ré-attaquèrent le Père sur la doctrine eucharistique, mais ils ne réussirent qu’à se couvrir de confusion.
L’heure du prêche étant venu, l’un des pasteurs, nommé Labat, harangua avec véhémence les sectateurs de Calvin sur la place publique, niant la réalité du Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, traitant le jésuite de faux-prophète et d’antéchrist, puis donnant l’exemple du prophète Elie qui avait fait égorger les faux prophètes de Baal : « 
Tuez cela, tuez ; c’est une peste ! Il y en a assez en lui pour perdre la ville d’Aubenas, mais encore un entier royaume !»
«Descendu de chaire, il rencontre Sarjas, bien persuadé à mal faire, lui inculquant que jamais il n’avait rencontré homme plus obstiné que celui-là ; qu’il était de nécessité d’épandre son sang, puisqu’il était une peste à leur religion. Sarjas se montre si fort esclave des passions de ce ministre, qu’étant sorti du prêche avec environ vingt soldats, il commande à trois d’iceux d’aller assassiner ceux que son prédicant lui avait indiqués».
Ces trois soldats, qui avaient été impressionnés par la foi et la paisible détermination du prêtre, se récusèrent, si bien que le pasteur Labat lui-même prit la tête d’un détachement de gens armés et s’en fut à la maison où les deux jésuites étaient retenus. Il envoya quelques soldats pour les faire descendre dans la rue : 
« Suis-moi, idolâtre Pharisien, suis-moi! — Et où me voulez-vous mener? réplique le Père. — Suis-moi, suis-moi! recharge cet assassin, il te faut mourir. — Je suis tout prêt, répond le Père, allons au nom de Dieu ». Lors, se retournant vers son compagnon qui ne cessait de prier Dieu : « Et vous, mon frère, que deviendrez-vous? Ayez bon courage. Ah! que nous deviendrons grands au ciel, de petits compagnons que nous sommes en ce monde, si nous pâtissons quelque chose pour Dieu! » Lors, le Père signifia à tous que son compagnon n’était pas homme de lettres, que, partant, il ne pouvait point faire de préjudice à leur créance ; qu’on le laissât vivre.
Ce fut en cet endroit que notre Frère Guillaume fit montre de sa vertu : « Je ne vous abandonnerai point, mon Père, s’écria-t-il, ains je mourrai avec vous pour la vérité des points que vous avez disputés! »
Un de la compagnie l’avertit aussi de se retirer, que ce n’était pas pour lui que cette tragédie se jouait, ains seulement pour le Père. A quoi le vertueux Guillaume repartit : « Dieu me garde de tomber en cette faute ; je n’abandonnerai jamais celui-là auquel l’obéissance m’a adjoint pour compagnon, quand bien même je devrais trépasser avec lui. Je l’accompagnerai jusques à la fosse. Que si la divine Miséricorde me voulait faire tant de grâce, que quelque soldat me dépêchât pour son honneur, j’en serais très-aise, et prierais Dieu pour lui, outre le pardon que dès maintenant je lui fais de ma vie… »

   Les deux jésuites sont alors bourrés de coups et amenés dans la rue. « Le prédicant Labat voyant le Père en la rue, derechef l’attaque et l’agace, avec quelques autres, sur la réalité du corps de notre Sauveur au Sacrement de l’autel. Mais le Père répondant à tout pertinemment, le ministre Labat fut si courroucé que perdant patience et conscience, il crie : « Dépêchez cela, dépêchez cela ; il ne mérite point de vivre, c’est une peste! » Puis réitérant ce qu’il avait débagoulé en chaire, il tourne bride et se retire. »
Plusieurs soldats huguenots manifestèrent à ce moment-là leur réprobation de ce crime, mais d’autres, de ceux qui avaient pris la ville avec le dénommé Sarjas, affirmèrent leur détermination d’en finir.
Alors le Père s’adressa au Frère Guillaume :  
« Mon frère, recommandons-nous à Dieu » (…) Il se prosterne à deux genoux. Son compagnon s’y prosterne de même à quelques pas de lui. On ne leur fit grâce de beaucoup prier ; car voici, par derrière, comme le Père se recommandait à son patron saint Jacques, redoublant les noms de Dieu et de Jésus, un des assassins délâcha son arquebuse de laquelle le Père fut atteint en l’épaule, dont il chût par terre, prononçant par trois fois : « Jesu! Maria!». Puis le meurtrier s’avançant plus près, lui sacque un coup de dague dans l’estomac. Guillaume se jette sur le Père, l’embrasse et proteste qu’il ne l’abandonnerait mort, non plus qu’il ne l’avait abandonné vivant. Pour ce, il reçut de la main du même meurtrier un coup de dague au sein. Mais n’en ayant rendu l’âme, survinrent sur-le-champ quelques autres qui lancèrent au Père et à lui divers coups d’épées et de bâtons ferrés. Il fut poignardé (…) tenant toujours ses bras en croix, et ne prononçant autre chose que ces mots : «Endure, chair, endure un peu!»  J’ai appris que le Père Salez, pendant qu’on le meurtrissait, avait aussi les deux pouces en croix, laquelle continuellement il baisait, quoique les huguenots, à grands coups, lui abattissent les mains à ce qu’il ne baisât cette croix. Cependant il ne cessait de supplier pour eux la Majesté divine, s’écriant : «Mon Dieu, pardonnez-leur!» (…) 
Un soldat qui vit faire ce meurtre, m’a déclaré que le Père gisant à terre, tint quelque temps sa main sous son chef, les yeux dressés au ciel, et que la force lui manquant, son chef pencha en terre et qu’ainsi il expira. Le B. Guillaume fut plus de temps à rendre l’âme. (…) Cet heureux martyre arriva le septième février, mil cinq cent nonante-trois. Le Père avait demeuré vingt ans en la Compagnie, et notre Frère, douze. Le premier rendant l’âme au trente-septième an de sa vie, et le second au trente-huitième « .

   Il était environ deux heures de l’après-midi quand les deux religieux furent massacrés.
Leurs corps furent dépouillés et quelques huguenots se revêtirent par dérision de leurs soutanes et chapeaux pour se promener en ville.
Le Père Jacques fut laissé tout nu sur le pavé, au Frère Guillaume on laissa sa chemise, non par compassion mais parce qu’elle avait été toute déchirée par les meurtriers et qu’elle était donc irrécupérable.
Les bourreaux s’acharnèrent encore sur les cadavres en se livrant à de grossiers outrages que la décence se refuse à nommer… Ils dansèrent et sautillèrent autour de ces dépouilles saintes en parodiant des prières latines, puis elles furent laissées exposées ainsi pendant six jours, au bout desquels deux catholiques vinrent les prendre pour les enterrer dans un jardin.

aubenas-chapelle-des-martyrs Jacques Salès dans Nos amis les Saints

Aubenas en Vivarais : au chevet de l’église paroissiale Saint-Laurent,
la « chapelle des Martyrs »,
dédiée depuis leur béatification à la vénération des reliques des Bienheureux Jacques et Guillaume.

E – Vénération et culte des martyrs d’Aubenas.

   Le Père Odon de Gissey [voir la note (*) ci-dessous] écrit encore : « En nos collèges, la nouvelle de ce méchef étant apportée, servit de consolation à tous. Au collège du Puy, où je me retrouvais pour lors, au lieu des suffrages pour les trépassés, on récita tous ensemble le Te Deum à la fin des litanies, et le lendemain les prêtres célébrèrent la Messe de la très Sainte Trinité en action de grâces ».
C’était la première fois que des fils de Saint Ignace mourraient en martyrs sur le sol de France.

   Quelques jours plus tard, le gouverneur (qui avait été absent lors de ces évènements) put reprendre le contrôle de la ville et y rétablir l’ordre ; une enquête fut diligentée, recueillant des témoignages sur ce qui s’était passé. 

   Une pieuse châtelaine, Madame de Chaussy, obtint, deux ans plus tard, de faire exhumer les restes des deux martyrs. Elle les fit transporter dans une chapelle de sa famille, dans l’église de Ruoms, où elles demeurèrent plusieurs mois.
Les jésuites d’Avignon intervinrent alors pour récupérer les reliques qui firent l’objet d’une « dispersion » : Madame de Chaussy en conserva quelques parcelles dans la chapelle de son château, mais les plus grosses parts des deux saints corps furent distribués entre les collèges jésuites d’Avignon, du Puy, d’Aubenas (nouvellement créé), de Tournon, de Chambéry, de Dôle… etc. Des reliques furent également envoyées à Rome, en Espagne, et au Cardinal François de Joyeuse (frère du Père Ange, duc de Joyeuse, maréchal de France et capucin > ici).
Des guérisons miraculeuses et des grâces ne tardèrent pas à être obtenues : comme le Père Jacques Salès avait été gravement atteint par l’asthme, beaucoup d’asthmatiques recoururent à son intercession et se trouvèrent soulagés.

   Le Roi Louis XIV lui-même sollicita du Saint-Siège leur canonisation. En 1729 une supplique solennelle fut aussi adressée à Rome par les Etats du Languedoc.
Mais la suppression de la Compagnie et la grande révolution freinèrent l’introduction et l’avancement du procès canonique.
Enfin, en 1926, le Pape Pie XI les éleva aux honneurs de la béatification en leur décernant le titre de « Martyrs de l’Eucharistie ».

   Les reliques conservées dans la chapelle du Collège des jésuites d’Aubenas, malgré les aléas de l’histoire et du bâtiment (dans cette chapelle, au début du XXe siècle et avant sa totale destruction, les francs-maçons tinrent des « banquets laïcs et républicains » au cours desquels ils se déchaînèrent en blasphèmes), furent préservées et sont dorénavant exposées dans une châsse, au-dessus de l’autel de la « chapelle des Martyrs », au chevet de l’église Saint-Laurent d’Aubenas (cliché ci-dessus).
En nos temps, le culte de ces glorieux martyrs n’est plus célébré avec la ferveur et la pompe d’autrefois : la pratique d’un faux oecuménisme avec les protestants est embarrassée par ces deux jésuites, puisque – selon une certaine manière d’enseigner l’histoire – il n’y aurait eu que de gentils protestants à l’exemplaire doctrine évangélique à avoir été massacrés par de méchants catholiques qui avaient déformé l’enseignement du Christ…
Ceci au point que cette « chapelle des Martyrs » a été rebaptisée « chapelle de l’unité » et réaménagée de telle sorte qu’un « autel-face-au-peuple » de forme cubique y a été installé à l’opposé de l’autel traditionnel, si bien que les fidèles qui y assistent à la messe tournent le dos aux reliques des deux Bienheureux !

   Dans l’oratoire de notre Mesnil-Marie, nous sommes extrêmement heureux de posséder un médaillon reliquaire (avec son certificat d’authenticité) dans lequel se trouvent des parcelles des ossements des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie : il nous a été offert par un vieil ami prêtre au moment de la fermeture d’une résidence de jésuites, étant donné que la majorité des pères n’avait plus rien à faire de ces « gadgets » sans rapport avec « ce que nous vivons dans l’Eglise depuis Vatican II » (sic)!

   Puissent les Bienheureux Jacques et Guillaume nous inspirer – ainsi qu’à tous ceux qui liront ces lignes – une foi toujours plus vive dans le Très Saint-Sacrement de l’autel, un zèle toujours plus ardent pour défendre la foi véritable dans le Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie en face des hérésies contemporaines, et une amoureuse fidélité jusqu’à la mort, quoi qu’il puisse nous en coûter.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

reliques-bbx-jacques-and-guillaume jésuites martyrs

Médaillon renfermant des reliques des
Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie,
conservé avec grande vénération dans l’oratoire du Mesnil-Marie

eucaristia04copie martyrs d'Aubenas

(*) Note : Tous les passages entre guillemets et de couleur violette que l’on trouve ici, sont extraits de la narration du martyre du Père Jacques et du Frère Guillaume rédigée par le Révérend Père Odon de Gissey, contemporain des faits, qui recueillit avec soin les récits de témoins oculaires, les mit en forme et enfin les publia une trentaine d’années après les évènements [Odon de Gissey, Recueil de la vie et martyre du P. Jacques Salez et de Guillaume son compagnon. Toulouse, 1627, 1642; Avignon, 1869].

2013-10. La messe de Requiem à la mémoire de Sa Majesté Très Chrétienne le Roy Louis XVI composée par Luigi Cherubini.

       Luigi Cherubini (1760 – 1842) fut nommé par le Roi Louis XVIII « surintendant de la musique du Roy », en 1816, à la suite du décès de Jean-Paul Egide Martini (+ 14 février 1816). A ce titre, Sa Majesté le Roi Louis XVIII lui commande un Requiem pour la cérémonie du 21 janvier de l’année suivante célébrée à la basilique nécropole royale de Saint-Denys.

   C’est donc le mardi 21 janvier 1817 – deux ans après le transfert solennel à la nécropole royale de Saint-Denys des dépouilles mortelles de leurs majestés le Roy Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (cf. > ici et > ici) – , pour le service funèbre anniversaire du martyre du Roy, que fut interprétée pour la première fois, à Saint-Denys, la « Messe de Requiem à la mémoire de Sa Majesté Très Chrétienne le Roy Louis XVI », plus communément appelée « Requiem en Ut (C) mineur », pour choeur mixte.

Pompe funèbre du 20 janvier 1816 à Saint-Denis

Pompe funèbre pour Sa Majesté le Roy Louis XVI à la basilique de Saint-Denys le 20 janvier 1816.

   Ce Requiem fit l’admiration de Beethoven, qui le trouvait supérieur à celui de Mozart, et c’est d’ailleurs celui qui sera interprété pour ses funérailles.

   En février 1820, à l’occasion des funérailles du Duc de Berry, Cherubini lui ajoutera une marche funèbre.
En 1834, l’archevêque de Paris interdira l’interprétation de ce Requiem en Ut mineur dans le cadre liturgique parce qu’on y entend des voix de femmes. Cherubini composera alors le Requiem en Ré mineur où n’interviennent que des voix masculines et qui sera joué en 1842 pour ses propres funérailles.

   A l’occasion de l’anniversaire de l’exécution du Roy-martyr, nous pouvons ré-écouter cette oeuvre magistrale.
Vous en trouverez ci-dessous deux versions :
- une enregistrée par Riccardo Muti, grand « chérubinien » ;
- la version enregistrée par le Boston Baroque Orchestra, dirigé par Martin Pearlman, version suivie par la « marche funèbre » composée par Cherubini en 1820, toujours interprêtée par le Boston Baroque.

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Retrouvez aussi dans les pages de ce blogue :
– le Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI > ici.
– le récit des dernières heures du Roy-martyr > ici.
– le discours de Sa Sainteté le Pape Pie VI attestant que Louis XVI est un martyr > ici.
– le Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur > ici.
– les Maximes  de Sa Majesté le Roy Louis XVI > ici.

2013-9. Du cantique « Mère de l’Espérance » qui fut chanté au cours de l’apparition de la Très Sainte Vierge à Pontmain.

 17 janvier,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain.

       A la suite de ma publication relatant l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Pontmain, le 17 janvier 1871 (cf. > ici), un de nos fidèles amis m’a fait parvenir quelques documents des plus intéressants dont je tiens à vous donner un aperçu en les condensant ci-dessous à votre intention.
Que soit très chat-leureusement remercié Monsieur D.A., qui me précisait qu’il a reçu le sacrement de confirmation des mains de Son Excellence Monseigneur Paul-Marie Richaud (futur cardinal archevêque de Bordeaux) dans la basilique de Pontmain le 6 juin 1944, jour du débarquement des forces alliées en Normandie… 

Lully.

2013-9. Du cantique

Note concernant le cantique Mère de l’Espérance

       En 1848, en plein orage révolutionnaire, Monsieur le chanoine Prud’homme eut l’inspiration de fonder une vaste association de prières pour le salut de la France. Cette association prit de l’ampleur jusqu’à devenir l’Archiconfrérie de Notre-Dame d’Espérance.
Pour appuyer cette oeuvre il composa le fameux cantique Mère de l’Espérance qui se répandit rapidement dans toute la France. En voici les paroles : 

R./ Mère de l’Espérance,
Dont le nom est si doux
Protégez notre France.
Priez, priez pour nous ! (bis)

Souvenez-vous, Marie,
Qu’un de nos Souverains
Remit notre Patrie
En vos augustes mains.

La crainte et la tristesse
Ont gagné notre cœur.
Rendez-nous l’allégresse,
La paix et le bonheur.

Vous calmez les orages,
Vous commandez aux flots,
Vous guidez au rivage
Les pauvres matelots.

De la rive éternelle,
Secondez nos efforts ;
Guidez notre nacelle
Vers les célestes ports.

En ces jours de souffrances
Sauvez-nous du danger ;
Épargnez à la France
Le joug de l’étranger.

Des mères en alarmes
Raffermissez les cœurs ;
Venez sécher leurs larmes,
ô Mère des douleurs !

Au chemin de la gloire,
Conduisez nos soldats
Donnez leur la victoire
Au jour des saints combats.

Et si, pour la Patrie,
Bravant les coups du sort
Ils vont donner leur vie,
Ah ! couronnez leur mort !

   Le cantique fut adopté dans la paroisse de Pontmain : il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il fut au programme des prières entonnées par les paroissiens pendant le temps l’apparition. Or c’est à ce chant, écrira plus tard Joseph Barbedette, que « la Très sainte Vierge devait réserver son plus beau sourire de toute l’apparition ».
Elevant les mains à hauteur des épaules, elle se mit à remuer les doigts, paraissant accompagner le chant avec une extrême délicatesse. Elle était radieuse. Aussi la joie des enfants devint-elle à ce moment-là exubérante : « Voilà qu’Elle rit, voilà qu’Elle rit ! » disaient-ils, « Oh ! qu’elle est belle ! Oh ! qu’elle est belle ! »

   Arrivé au septième couplet toutefois, l’avant-dernier du cantique, où l’on demandait : « Au chemin de la gloire Conduisez nos soldats ; Donnez-leur la victoire… », la banderole qui s’étendait aux pieds de la Vierge ne subsista pas dans le ciel.

   Le surlendemain de l’apparition, le chanoine Prud’homme apprit par une lettre ce qui s’était passé, et il ne put retenir ses larmes quand il sut que la Très Sainte Vierge avait honoré de son sourire sa composition. Cette émotion devait lui rester jusqu’à la fin de sa vie.

   En ce qui nous concerne, nous sommes aujourd’hui vivement choqués du fait qu’on a donné au cantique qui avait réjoui le coeur de Notre-Dame une tonalité toute différente de celle qui a prévalue à Pontmain durant tout un siècle.
En effet, dans les années qui ont suivi le second concile du Vatican et ont été marqué – spécialement en France – par cette démangeaison maladive d’entendre des nouveautés et de marquer une certaine forme de rupture, les paroles du cantique « Mère de l’Espérance » ont été totalement remaniées, au point que l’intention profonde initiale dont il était l’expression a disparu. Voici le texte de cette nouvelle version : 

R./ Mère de l’Espérance
Dont le nom est si doux,
Madone de l’enfance,
Demeure auprès de nous ! (bis)

Tu es bien notre Mère,
Toi qui as visité
sur leur lointaine terre
les enfants extasiés.

Apparaît ton sourire
Dans la nuit étoilée,
Il fait toujours revivre
Les cœurs désemparés.

Apprends-nous la prière,
Icône de beauté ;
Dieu n’est-il pas le Père,
Tout Amour et Bonté ?

Mère de toute grâce,
A l’univers troublé,
Fais resplendir la face
De ton fils Bien-Aimé.

Ta douleur nous oppresse
Devant le Crucifié,
Tu mets nos cœurs en liesse:
Christ est ressuscité !

Messagère joyeuse
De la Sainte Cité,
Guide-nous, Bienheureuse,
aux chemins de la paix.

   Notre ami fit partie de ceux qui protestèrent, en disant que c’était un abus de remplacer ainsi des paroles qui avaient été l’objet d’un sublime échange entre le ciel et la terre, ce qui leur donnait une haute valeur historique déjà, si ce n’est surnaturelle, et qui – de ce fait – ne nous appartenaient plus.
Il rappela à ce propos la lettre pastorale que Monseigneur Richaud, alors évêque de Laval, avait publié le 2 janvier 1940 :

« La corrélation est évidente entre la cessation de l’invasion ennemie, à sa pointe la plus avancée et l’événement de Pontmain ! Une corrélation non moins claire est indiquée par la Très Sainte Vierge entre l’intervention de la Providence et la supplication nationale qui s’élevait de toutes parts. A l’heure même de l’apparition et tandis que les villageois de Pontmain priaient la Madone qui apparaissait à leurs enfants, prières et cantiques, supplications et promesses jaillissaient à Notre-Dame de l’Espérance à Saint-Brieuc et à Notre-Dame des Victoires à Paris. Dans toute la France se répandaient depuis plusieurs mois les circulaires du P. Ramière en faveur d’une Consécration de la France et M. Legentil, quelques jours plutôt, le 11 janvier, avait prononcé à Poitiers la première formule du Voeu National. Tel est le sens des mots : « Mon Fils se laisse toucher » et encore, Nous ne parlons pas des autres voeux qui furent, à la même époque, émis en de nombreux sanctuaires.
Mais l’on peut bien dire que Marie, à qui Louis XIII avait autrefois consacré officiellement son royaume, a, d’une manière manifeste, pris en charge à Pontmain le salut de la France et a voulu marquer, en ce lieu béni de notre chère Mayenne, de quelle façon elle encourageait toutes nos supplications patriotiques. Son message est aussi bien un message d’espérance, de prière et de sacrifice, et il vaut pour toutes les situations personnelles et familiales qu’on vient lui confier. Mais il intéresse, directement et au premier chef, la Patrie. Notre-Dame de Pontmain, si toutes les Madones ont leur spécialité, c’est la Madone de la France en péril ».

X  Paul-Marie Richaud, évêque de Laval

   Et notre ami conclut par ces lignes, dont nous avons nous-mêmes éprouvé la vérité puisque -ayant eu l’occasion de passer à Pontmain il y a quelques années – nous nous sommes faits doucement « rabroués » par la personne de l’accueil lorsque nous commîmes « l’erreur » (presque impardonnable) de lui rappeler que le sanctuaire devait être un lieu spécifique de prière pour la France :  « On ne prie plus officiellement pour la France à Pontmain depuis quarante ans, et, dans la pénombre qui nous fait aujourd’hui aller à tâtons, on peut se dire qu’il est bien vrai que nous n’avons de grâces que celles de nos prières ! »

   Rappelons-le, l’invocation officielle à Notre-Dame de Pontmain – assortie alors de précieuses indulgences – était originellement celle qui figure sur l’image que nous reproduisons ci-dessous : « Notre-Dame de Pontmain, priez pour nous, pour l’Eglise et pour la France ! »

pontmain-image-devotion 17 janvier dans Commentaires d'actualité & humeurs

2013-8. De l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu et notre Mère à Pontmain, le soir du 17 janvier 1871.

17 janvier,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain.

       Pontmain : à peine un village, une toute petite paroisse du bas Maine aux confins de la Bretagne.

       Janvier 1871 : la guerre entre la Prusse et la France se prolonge, et les circonstances semblent vraiment désespérées. L’armée prussienne déferle vers l’Ouest de la France, enfonçant toute résistance. Le mardi 17 janvier, elle est aux portes de Laval.

   Il neige abondamment. L’heure est à l’angoisse. Une épidémie de typhoïde s’est déclarée. La variole se répand. Les éléments eux-mêmes semblent perturbés : le 11 janvier, une aurore boréale a vivement frappé les esprits. Ce 17 janvier, vers midi trente, la terre a tremblé dans toute la contrée, déjà ravagée par l’inquiétude.

   L’abbé Michel Guérin est curé de Pontmain depuis 36 ans. C’est un homme de prière : il prie, et il fait prier. Il communique à ses paroissiens sa foi vive, et aussi son immense amour pour la Vierge Marie.
Pourtant, la population de Pontmain vit des journées d’angoisse, tant les rumeurs les plus affolantes courent le pays. On est sans nouvelles des trente-huit jeunes gens de la paroisse mobilisés.
L’oppression des coeurs est telle que le dimanche 15 janvier, après les Vêpres, après la récitation du chapelet et la prière pour les soldats, personne n’ose entonner le cantique «Mère de l’espérance», comme à l’accoutumée.
Le bon abbé Guérin essaie de ranimer la confiance par quelques paroles pleines de réconfort, et il conclue résolument : « Allons mes enfants, chantez votre cantique : Mère de l’Espérance ! ».
A son insu, le bon curé vient de préparer ses paroissiens à une faveur inouïe.

2013-8. De l'apparition de la Très Sainte Mère de Dieu et notre Mère à Pontmain, le soir du 17 janvier 1871. dans Chronique de Lully pontmain-eglise-paroissiale

   La prière quotidienne rythme la vie de la famille Barbedette, comme de toutes les familles de cette paroisse fervente.
César et Victoire, les parents, ont trois fils : l’aîné Auguste – né d’un premier mariage de Victoire – est âgé de 25 ans ; les deux plus jeunes, Eugène et Joseph, ont respectivement 12 et 10 ans.
Eugène et Joseph Barbedette vont servir la Sainte Messe chaque matin. Auparavant, à la maison, comme ils le lui ont promis, ils récitent le chapelet à l’intention de leur frère Auguste, mobilisé ; ensuite, à l’église, en attendant la messe de sept heures, ils font le chemin de Croix pour demander la cessation de la guerre.
Le soir du mardi 17 janvier, au retour de l’école, vers 16h30, Eugène et Joseph aident leur père à piler des ajoncs dans la grange attenante à la maison familiale. Leur travail est interrompu par la visite d’une personne du voisinage, Jeannette Detais, qui a recueilli des nouvelles des soldats et vient les rassurer au sujet d’Auguste. Malgré son inquiétude vis-à-vis de son grand frère qui est aussi son parrain, Eugène ne s’attarde pourtant pas auprès d’eux : il sort de la grange, comme attiré par un mystérieux appel.

   La neige couvre le sol et les toits. Il fait très froid. Le ciel est clair, parsemé d’étoiles qui paraissent encore plus nombreuses et plus brillantes que les autres jours.
Alors, arrêtant son regard au-dessus de la maison d’Augustin Guidecoq, en face de la grange, il aperçoit une « belle Dame » vêtue d’une robe bleue, parsemée d’étoiles d’or – comme le plafond de l’église – : elle tend ses mains abaissées dans un geste d’accueil. Elle le regarde en souriant, il la regarde longuement en silence. Il n’a jamais rien vu d’aussi beau.

   Au moment où Jeannette Détais se dispose à rentrer chez elle, Eugène l’interpelle dans l’espoir de lui faire admirer ce qu’il est en train de contempler, mais Jeannette lui déclare à regret qu’elle ne voit « rien du tout ».
César, le père, sort de la grange avec Joseph, mais, dans la direction indiquée, il ne voit rien d’autre que le ciel tout scintillant d’étoiles.
Quand à Joseph, il aperçoit aussitôt « au milieu des airs, une Dame d’une beauté ravissante » qui regarde les deux enfants et leur sourit, comme une mère : elle semble encore plus heureuse de les voir qu’ils ne le sont de la contempler.

   Eugène s’assure vite que la vision découverte par Joseph est bien identique à celle qu’il a lui-même sous les yeux : « Vois-tu bien, Joseph ? – Holà ! oui, je vois une belle grande dame ! – Comment est-elle habillée ? – Elle a une robe bleue et puis, des étoiles dorées dessus, et puis des chaussons bleus avec des boucles d’or. – Dis donc, Joseph, regarde donc aussi : elle a une couronne. – Je vois bien une couronne dorée qui va en s’agrandissant, et puis un fil rouge au milieu de la couronne, et puis un voile noir ».

   Le père écoute tout en continuant à regarder le ciel mais, très perplexe dans un premier temps, il ordonne à ses garçons d’aller reprendre le travail inachevé. Cependant, rapidement pris de remord, il demande à Eugène de retourner voir s’il aperçoit toujours la même chose. L’enfant confirme, plein de joie, que la Dame est toujours là ; il l’envoie alors chercher sa mère.
Victoire arrive aussitôt, mais elle ne réussit pas à voir ce que Joseph et Eugène seraient si heureux de lui faire découvrir. Elle est toutefois ébranlée par leur récit et par l’émotion visible de leur père. La pensée lui vient alors qu’il s’agit peut être d’une apparition de la Sainte Vierge : elle les fait rentrer tous trois dans la grange dont elle ferme la porte, par discrétion vis-à-vis des voisins qui commencent à être attirés par le bruit des voix. Puis, derrière la porte et tournés du côté de la vision, les parents Barbedette et leur deux enfants récitent à genoux cinq Pater et cinq Ave en l’honneur de la Sainte Vierge.

   Quand ils sortent de la grange, la Dame est encore là, toujours souriante. A l’aide de ses lunettes, Victoire tente encore une fois de l’apercevoir, mais sans obtenir – on s’en doute! – de meilleur résultat. Un peu dépitée, elle donne l’ordre à ses enfants d’aller terminer leur travail. Puis, après le souper, pris debout et à la hâte, ils obtiennent la permission de retourner à la grange avec la recommandation de leur mère de réciter à nouveau cinq Pater et cinq Ave. Ils reviennent ensuite à la maison.

pontmain-phase-1-de-lapparition 17 janvier dans De Maria numquam satis

   Victoire décide alors d’aller avec Eugène jusqu’à l’école des sœurs, à quelques pas de leur maison, chercher Sœur Vitaline : « Les sœurs sont meilleures que vous, leur dit-elle : si vous voyez quelque chose, elle le verra bien aussi ».
Sœur Vitaline les suit jusqu’à la porte de la grange.
Tout de suite Eugène l’interroge. Il voudrait tellement qu’elle soit témoin, elle aussi, de ce qu’il voit !
« Voyez-vous bien, ma sœur ? » demande-t-il.
« J’ai beau ouvrir les yeux, dit la sœur, je ne vois absolument rien. »
Contrarié, il insiste en lui indiquant le point précis où se trouve la vision : trois étoiles extraordinaires, beaucoup plus brillantes que les autres, forment un triangle délimitant l’apparition ; la plus élevée est située juste au dessus de la tête de la Dame.
Mais Sœur Vitaline ne voit toujours rien, à part les trois étoiles exceptionnelles, visibles pour tout le monde ce soir là. Elle prend donc le parti de rentrer chez elle.

   Victoire la reconduit jusqu’à la porte de la communauté des religieuses et revient à la grange avec trois petites pensionnaires que lui confie Sœur Vitaline : Françoise Richer (11 ans), Jeanne-Marie Lebosse (9 ans) et Augustine Mouton (12 ans).
A peine arrivées auprès d’Eugène qui les appelle du seuil de la grange, Françoise et Jeanne-Marie s’écrient ensemble : « Oh la Belle Dame avec une robe bleue ! » et elles la décrivent à leur tour.

   Joseph, qui n’avait pas osé jusqu’ici sortir sans permission, se hâte de les rejoindre tandis que Sœur Vitaline revient auprès d’eux, suivie de Sœur Marie-Edouard.
Cette dernière, déçue elle aussi de ne rien apercevoir, constate que seuls des enfants semblent avoir le privilège de la vision. Elle décide donc d’aller chercher d’autres enfants plus jeunes encore. Accompagnée d’Eugène, elle passe chez les grands-parents Friteau pour leur demander d’emmener à la grange leur petit Eugène, enfant chétif et malade. Parvenu à la grange, le petit Eugène Friteau a le regard immédiatement attiré par la vision et son visage s’éclaire aussitôt de joie ; il garde le silence mais affirmera les jours suivants qu’il a « vu la Belle Dame ».
Sœur Marie-Edouard s’empresse d’aller chercher Monsieur le Curé, qui est tout d’abord saisi de crainte et profondément 
bouleversé quand il l’entend, toute émotionnée, lui annoncer qu’il y a un « prodige chez les Barbette…. que les enfants voient la Sainte Vierge ».

   En ressortant du presbytère avec le bon curé et sa servante Jeannette, Sœur Marie-Edouard donne l’éveil dans plusieurs familles, notamment celles où se trouvent des petits enfants.
De proche en proche, la nouvelle se répand et tout le bourg se trouve bientôt rassemblé devant la grange. 
Parmi les derniers arrivants, il y a encore une petite fille Augustine Boitin, 25 mois, que sa maman porte dans ses bras ; l’enfant est instantanément fascinée par l’Apparition et s’exclame en battant des mains : « Le Jésus, le Jésus ! » L’assemblée est saisie d’émotion.
Plus tard dans la soirée, arrive le charpentier Avice avec ses deux filles et portant dans ses bras son fils Auguste âgé de 4 ans. L’enfant dit aussitôt très doucement à son père « Je vois bien aussi, moi… une belle dame… une robe bleue avec des étoiles comme dans l’église, mais plus belle ! » Son visage rayonne d’un bonheur extraordinaire. Son père lui recommande de ne plus rien dire jusqu’à leur retour à la maison.

pontmain-phase-2-de-lapparition 17 janvier 1871 dans Lectures & relectures

   C’est au moment même où Monsieur le curé s’approche de la grange qu’une petite Croix rouge se forme instantanément sur le cœur de la Dame.
En même temps, un ovale bleu se dessine autour d’elle et quatre bougies se fixent à l’intérieur de l’ovale, détails analogues à ceux qui entourent la statue de la Vierge installée dans l’église de Pontmain. Scrutant en vain le ciel étoilé, l’abbé Guérin interroge les enfants qui lui décrivent en détail ce qu’ils contemplent.

   Les petits voyants ont constaté à plusieurs reprises une expression de tristesse sur le visage de la Dame qui cesse de sourire chaque fois que l’entourage se met à bavarder, à plaisanter ou à émettre des doutes sur sa présence. Et, comme l’assistance manifeste une certaine agitation, Monsieur le Curé demande le silence. Puis, Sœur Marie-Edouard lui suggère de parler à la Sainte Vierge et de demander aux enfants de lui parler. En réponse, il prononce le seul mot que Marie semble attendre : « Prions !»
C’est alors une belle veillée de prière qui commence : le dialogue est engagé entre le ciel et la terre. Le curé Guérin prend lui-même l’initiative des prières, et chose merveilleuse, les phases de l’apparition semblent se dérouler conformément aux prières qui sont demandées.

   Pendant toute la durée du chapelet, au fur et à mesure que s’intensifie la prière, la Dame embellit et « grandit » progressivement tandis que les « Ave Maria », en s’élevant jusqu’à elle, se transforment en autant d’étoiles d’or qui viennent s’imprimer sur sa robe. L’ovale bleu qui l’entoure s’élargit également. Les étoiles qui l’environnent semblent s’écarter comme pour lui faire place et, dans un mouvement harmonieux, viennent se ranger sous ses pieds.
L’émerveillement des enfants, devant la splendeur de cette vision de lumière en plein ciel, est inexprimable.

   A l’invitation de Monsieur le Curé, Sœur Marie-Edouard entonne le Magnificat. Mais le premier verset n’est pas achevé que les enfants s’écrient : «Voilà quelque chose qui se fait ! »
Une grande banderole blanche de la longueur de la maison Guidecoq vient d’apparaître au dessous de la Belle Dame.
Le Magnificat à peine repris, ils s’écrient à nouveau : « Voilà encore quelque chose qui se fait ! » Des lettres d’or en majuscule apparaissent lentement sur la banderole : MAIS.
Ce mot, répété par les enfants et provoquant la perplexité des assistants, brille seul pendant une dizaine de minutes environ.
Puis d‘autres lettres se forment, une à une, aussitôt proclamées par les enfants. A la fin du Magnificat, ils lisent ces mots : MAIS PRIEZ MES ENFANTS.

   Un petit événement vient entre-temps de se produire : un habitant du bourg rentre en catastrophe d’Ernée d’où il ramène des nouvelles. Entendant chanter le Magnificat, il crie à l’assemblée en prière : « Vous pouvez prier le bon Dieu, les Prussiens sont à Laval ! »
Mais l’Apparition a déjà rempli tous les cœurs d’une telle confiance qu’il entend cette réponse stupéfiante : « Ils seraient à l’entrée du bourg que nous n’aurions pas peur ! »
Fortement impressionné, il vient se joindre à ceux qui prient.

   Le froid étant extrêmement vif, on fait entrer tout le monde dans la grange, portes ouvertes. Puis, à la demande de Monsieur le Curé, Sœur Marie-Edouard entonne les litanies de la Sainte Vierge : « Il faut, dit le Curé Guérin, prier la Sainte Vierge de manifester sa Volonté. »

   Pendant le chant des litanies, d’autres lettres se sont formées, les enfants épèlent : DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS
Après le mot TEMPS, se forme un gros point semblable à un soleil d’or.

   Cette promesse provoque une véritable exultation dans l’assistance et chez les enfants qui sont dans un bonheur indescriptible. Tous sont remplis d’une immense espérance : « C’est fini ! C’est fini ! » dit-on « La guerre va cesser, nous aurons la paix ! »
« Oui ! répond Eugène, mais PRIEZ ! »

   Monsieur le Curé fait alors chanter l’ « Inviolata »Les enfants s’exclament à nouveau : « Voilà encore quelque chose qui se fait ! »
Sur une nouvelle ligne au-dessous de la première, à l’instant même où se chantent les paroles « Ô sainte Mère du Christ », de nouvelles lettres de forment : MON FILS
A ces mots, lus et répétés par les enfants, une émotion indicible se répand parmi les assistants : « C’est bien la Sainte Vierge ! » crient les enfants. « C’est elle, c’est elle ! » répète l’assistance.

   Souriant toujours, la Dame continue à les regarder. Dans un immense élan de reconnaissance et d’amour, on chante le « Salve Regina » tandis que les lettres continuent à se former. A la fin de l’antienne, les enfants peuvent lire : MON FILS SE LAISSE TOUCHER
Un gros trait d’or souligne cette dernière ligne qui se termine sans ponctuation. L’inscription totale est donc celle-ci :

MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS.
MON FILS SE LAISSE TOUCHER

   Les chants sont interrompus : l’assistance émue et recueillie, prie un moment en silence. Puis le Curé Guérin suggère de chanter un cantique à la Sainte Vierge et Sœur Marie-Edouard entonne « Mère de l’Espérance » ; pendant ce chant les enfants exultent en raison de la joie qu’ils lisent sur le visage de la Madone (qui a élevé les bras et agite les doigts en cadence) : « Voilà qu’elle rit ! Oh ! Qu’elle est belle ! Qu’elle est belle ! »
« Jamais, on n’a rien vu de pareil ni en personne, ni en image », diront ils plus tard.

pontmain-phase-3-de-lapparition apparition dans Memento

   Vers la fin du cantique, la banderole d’inscription disparaît, comme si un rouleau couleur du ciel passait en l’enroulant sur lui-même.
Monsieur le Curé fait alors chanter un autre cantique : « Mon doux Jésus, enfin, voici le temps de pardonner à nos coeurs pénitents… », avec le « Parce Domine » en guise de refrain.
A ce moment le visage de l’Apparition se voile de la tristesse : « Encore quelque chose se fait » s’écrient les enfants dont les visages s’assombrissent soudain.
En effet, une croix rouge haute de cinquante centimètres apparaît en avant de la Vierge Marie qui abaisse les mains pour la saisir et la tenir devant elle. Cette croix d’un rouge vif porte un Christ d’un rouge sombre. A l’extrémité du bâton de la croix, un croisillon porte, en lettres rouge vif, l’inscription : JESUS–CHRIST

   Pendant tout ce cantique, Marie a les yeux constamment baissés : elle contemple le Christ qu’elle présente à tous. Ses lèvres remuent. Elle paraît s’unir au chant qui implore le pardon. Son visage est empreint d’une tristesse indicible qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Les voyants eux-mêmes affirmeront plus tard que « jamais de toute leur vie, ils n’avaient vu pareille douleur sur un visage humain »C’est bien la Mère des Douleurs au pied de la croix de son Fils.
Une étoile se détache et vient allumer successivement les quatre bougies réparties autour de l’Apparition.

pontmain-phase-4-de-lapparition apparition de la Mère de Dieu

   L’assistance entonne l’hymne « Ave, maris Stella » et le crucifix rouge disparaît. Une petite croix blanche apparaît sur chaque épaule de la Vierge dont le visage s’éclaire à nouveau ; elle reprend son sourire ; un sourire où reste cependant comme un souvenir de l’immense tristesse par laquelle elle vient de passer.

   Le curé Guérin invite ses paroissiens à faire ensemble la prière du soir.
Vers la fin de la prière, Marie disparaît tout doucement derrière un voile blanc qui se déroule progressivement à partir du bas jusqu’à ce que les voyants n’aperçoivent plus que son visage, qui leur prodigue, avant de s’effacer, ses derniers sourires et son dernier regard chargé de toute sa tendresse maternelle.
« Voyez vous encore ? » demande M le Curé. « Non, répondent les enfants. C’est tout fini !»
Il est près de vingt et une heures.

   Chacun rentre chez soi, le cœur tout imprégné de cette présence maternelle de Marie. Alors qu’ils étaient plongés dans l’angoisse et le découragement quelques heurs plus tôt, tous sont maintenant envahis par une paix profonde, par une immense reconnaissance et par une confiance sans limite, dans la certitude d’une prière déjà exaucée.

   Le 22 janvier, à la surprise des chefs militaires français, les troupes allemandes se retirent. Pontmain et la Bretagne sont providentiellement épargnés.
Le 28 janvier, l’armistice est signé. Les jeunes gens de la paroisse mobilisés reviennent tous, sains et saufs.

* * * * * * *

   Ô combien est lumineux le message de Notre Dame de Pontmain et d’une si grande actualité :

Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps.
Mon Fils se laisse toucher

   Cette grande recommandation, destinée à être gravée dans nos cœurs en caractères indélébiles, est un appel impérieux à la prière.
Marie peut tout obtenir de Dieu – même des miracles – , mais notre prière est indispensable. Dieu, pour pouvoir intervenir dans nos vies, a besoin de notre prière persévérante…
Prions donc! Prions le plus possible! Ne nous lassons pas de prier, et de demander l’intercession de Notre-Dame.
Plus s’intensifie notre prière, plus s’accroît la puissance d’intercession de notre Mère céleste.
 

pontmain-image-devotion Notre-Dame

   L’année suivante, le 2 février 1872, l’Evêque de Laval proclamera : « Nous jugeons que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, a véritablement apparu le 17 janvier 1871 à Pontmain »

* * * * * * *

On trouvera ci après :
– le cantique « Mère de l’Espérance » > ici
– le récit de ce qui s’est passé à la basilique de Notre-Dame des Victoires, à Paris, pendant le temps même de cette apparition, le 17 janvier 1871 > ici

2013-6. Gustave Thibon : « Libertés ».

   Le 19 janvier va ramener l’anniversaire du rappel à Dieu de notre cher et vénéré Gustave Thibon.
2001-2013 : voici que s’achève la douzième année après son départ de ce monde, après son entrée dans la Lumière – je n’en doute pas – , après avoir souffert pendant tant de longues années l’épreuve des ténèbres…

   Ceux qui me sont proches savent à quel point la pensée et les écrits de Gustave Thibon constituent  pour moi une nourriture quotidienne : j’y puise chaque jour des lumières et des forces.
Lumières de l’intelligence et du coeur, qui apportent aux situations actuelles l’éclairage de bon sens et de vraie sagesse nécessaire pour les considérer avec un recul convenable ; force morale et spirituelle pour éviter les écueils du pessimisme et du découragement d’une part, des enthousiasmes irréfléchis et des illusions optimistes d’autre part.

   En ce début d’année 2013, il me paraît particulièrement adapté de vous recopier ci-dessous un texte, auquel je n’hésite pas un instant à attribuer le qualificatif de prophétique, qui fut publié en… 1940 !
C’est la sixième (et très courte) partie de « Diagnostics » (éditions Librairie de Médicis – 1940) et elle s’intitule : « Libertés ».

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Gustave Thibon - une vue du mas de Libian

Une vue du Mas de Libian, la propriété ancestrale de la famille Thibon

frise

« Libertés »

        »Il y aurait autant d’horreur à détruire la liberté où Dieu l’a mise, que de l’introduire où elle n’est pas, a dit Pascal. Cette formule ramasse et stigmatise les deux attentats dont les tyrans (avoués ou masqués) menacent la vraie liberté des peuples : l’oppression et la corruption, la destruction par atrophie et la destruction par boursouflure.

   En France, depuis plus d’un siècle (note : rappelons-le, ce texte fut publié en 1940), on introduit la liberté où elle n’est pas. On arrache le peuple à la nécessité nourricière, à l’humble et maternelle alvéole d’institutions, de coutumes et de devoirs, à l’intérieur de laquelle sa liberté peut se déployer sainement, pour faire jouer celle-ci hors de son lieu, dans un domaine adapté à sa nature et où elle se réfute elle-même : dogme de la souveraineté du peuple, avec son corollaire pratique, le suffrage universel… Autant vaudrait demander à un aveugle de choisir librement entre les couleurs! A l’idéal de la liberté, on immole les cadres de la nature. On dit à l’agneau : tu es libre d’être ou de n’être pas herbivore. Car c’est à cela que se ramènent en définitive les institutions qui entretiennent dans la cervelle de tous les hommes l’illusion d’être souverains, égaux à quiconque et de trancher, par leur bulletin de vote, les problèmes les plus étrangers à leur compétence.

   Mais étirer, dilater ainsi la liberté, c’est encore la façon la plus sûre (et la plus perfide) de la supprimer. D’un bien dont on mésuse, on perd même l’usage. Qui veut trop courir aujourd’hui ne pourra plus marcher demain… Après avoir promené son désir et son choix parmi les aliments carnés, l’herbivore corrompu ne sait plus choisir sainement entre les plantes qui l’entourent ; – l’homme du peuple farci « d’idées générales » et d’ambition saugrenues perd la sagesse spécifique de son milieu social et professionnel. Il n’est pas libre hors de son ordre : là, il n’a que l’illusion de la liberté ; en réalité, il est mû par des mots creux ou des passions malsaines et sa souveraineté universelle se résout en fumée et en comédie. Mais ce qui est plus grave, ce qui est terrible, c’est que dans son ordre même, il n’est plus libre. Rien plus qu’un certain mythe de liberté n’a contribué à détruire, dans l’âme des masses, la vraie liberté, la vraie sagesse.

   On peut modifier ainsi le mot de Pascal : en voulant mettre la liberté où elle n’est pas, on la détruit où Dieu l’a mise. L’homme qui n’accepte pas d’être relativement libre sera absolument esclave. »

2013-6. Gustave Thibon :

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
« In memoriam » pour le 7ème anniversaire de sa mort (2008) > ici
Gustave Thibon : dix ans déjà – 19 janvier 2011 > ici
« Eloignement et connaissance » > ici
– Pour le centenaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette > ici
« Le goût de l’aliment éternel » > ici

2013-4. Maximes et pensées de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

2013-4. Maximes et pensées de Sa Majesté le Roy Louis XVI. dans Chronique de Lully fleur-de-lys

       En préparation des commémorations du 21 janvier, j’ai l’habitude de publier chaque année quelque texte en rapport avec le Roy-martyr.
Après le discours de Sa Sainteté le Pape Pie VI proclamant de manière formelle que c’est bien en haine de la foi que le Souverain avait été exécuté (cf. > ici), après le testament du Roy (cf. > ici) et le récit de ses dernières heures (cf. > ici), après le texte de son vœu au Sacré-Cœur de Jésus (cf. > ici), voici donc trente maximes et pensées écrites par Sa Majesté le Roy Louis XVI

Je les ai trouvées dans le deuxième tome d’un ouvrage intitulé « œuvres de Louis XVI », publié – sans nom d’auteur – à Paris en 1864, aux pages 1 à 6 ; leur intitulé exact y est : Maximes écrites de la main de Louis XVI.

Voici en outre le texte de la note qui les présente :

      »Louis XVI, en cherchant à se représenter, sous des formes nouvelles, des vérités qui sont de tous les temps, a suivi l’exemple des auteurs qui ont écrit des observations morales, auxquelles on est convenu de donner le nom de Maximes. Les moralistes les plus célèbres n’ont fait que répéter ce que d’autres avaient dit et souvent publié avant eux. Il n’y a que la forme de changée ; et quoiqu’on nous dise que la vérité doit être absolument nue, les écrivains, les poètes surtout, ne s’occupent qu’à la parer d’ornements qui lui donnent plus de majesté ou plus de grâce ; mais c’est surtout à lui donner un air de nouveauté que les écrivains s’exercent ; et voilà pourquoi la plupart, en cherchant l’originalité, n’atteignent que la bizarrerie.
Ce n’est point comme moraliste, ou comme littérateur, que Louis XVI a écrit ces Maximes, qui ne sont en quelque sorte que des souvenirs. Les vérités qu’il a retracées lui paraissaient sans doute usuelles, car la plupart sont relatives au poste auguste où la Providence l’avait placé. On ne doit donc point les juger comme ces pensées où un auteur peint le genre de son esprit et le caractère de son style, plus encore que la morale qui lui est propre ; ici je ne vois point l’écrivain, mais j’admire les vertus du Prince : c’est toujours Louis XVI se peignant lui-même. Sous ce point de vue, le seul véritable, et qui me dispense d’établir un parallèle entre ces maximes et celles d’autres moralistes, ce petit Recueil de pensées me paraît précieux, parce que les principes que le monarque y rappelle sont en harmonie parfaite avec ceux de ses autres écrits, et avec sa conduite dans les circonstances les plus difficiles. Sous d’autres rapports encore, ces Maximes pourraient paraître remarquables, car une expérience fatale a dû nous apprendre que plusieurs renferment de hautes leçons de sagesse. »

Sans nul doute, ces Maximes sont-elles l’expression de la réflexion et des convictions du Souverain : on y reconnaîtra son souci de la justice, aussi bien que la profondeur de sa culture, sa recherche de la vertu – inspirée par la foi – , et la maturité de son jugement… etc.
A cette lecture, toute personne sensée se prend à rêver d’avoir aujourd’hui en France, à tous les niveaux, des chefs formés à un tel souci du bien commun et animés de semblables convictions, à la place des pantins et marionnettes que l’on voit s’agiter de tous côtés…

Lully.

buste-de-louis-xvi-par-boizot-1777 21 janvier dans Lectures & relectures

Sa Majesté le Roy Louis XVI (buste par Boizot en 1777 – Versailles)

Maximes écrites de la main de Louis XVI.

I

Il ne dépend pas toujours du Roy de rendre ses sujets heureux ; mais il dépend toujours de lui de s’en servir utilement, en les employant à ce qu’ils savent faire.

II

Faire du bien, entendre dire du mal de soi patiemment, ce sont là des vertus de Roy.

III

Faire du bien aux autres, c’est en recevoir soi-même.

IV

La meilleur manière de se venger, est de ne point ressembler à celui qui nous fait injure.

V

Celui qui refuse d’obéir à la raison universelle et politique, c’est-à-dire à la Providence, ressemble à un esclave fugitif ; celui qui ne la voit pas est aveugle.

VI

Il ne faut pas recevoir les opinions de nos pères comme des enfants, c’est-à-dire par la seule raison que nos pères les ont eues et nous les ont laissées, mais il faut les examiner et suivre la vérité.

VII

Etre heureux, c’est se faire une bonne fortune à soi-même, et la bonne fortune, ce sont les bonnes dispositions de l’âme, les bons mouvements et les bonnes actions.

VIII

Il faut recevoir les bienfaits de ses amis, sans ingratitude et sans bassesse.

IX

Une franchise affectée est un poignard caché.

X

Donnons à tout le monde ; plus libéralement aux gens de bien, mais sans refuser le nécessaire à personne, pas même à notre ennemi ; car ce n’est ni aux moeurs, ni au caractère, mais à l’homme que nous donnons.

XI

C’est une grande ressource que le témoignage d’une bonne conscience.

XII

La Religion est la mère des vertus ; le culte que l’on doit à Dieu doit être préféré à tout.

XIII

Pour aimer, il faut connaître ; pour connaître, il faut éprouver. Je ne donne mon amitié qu’avec une extrême précaution.

XIV

Les mauvais musiciens et les mauvais poètes sont insupportables à ceux qui les écoutent ; mais la nature les a mis en possession d’être enchantés d’eux-mêmes.

XV

Applaudir aux injures, goûter le plaisir de la médisance, quoiqu’on n’en fasse pas soi-même les frais, c’est devenir coupable.

XVI

Les querelles de parti ne sont que des étincelles passagères, quand le souvenir ne s’en mêle pas ; elles deviennent des incendies et des meurtres, lorsqu’il leur donne du poids.

XVII

Les fausses marques d’estime et d’amitié semblent permises en politique, mais elles ne le sont jamais en morale ; et, à bien les examiner, la réputation de fourbe est aussi flétrissante pour un prince, que nuisible à ses intérêts.

XVIII

Un prince avare est pour les peuples comme un médecin qui laisse étouffer un malade dans son sang ; le prodigue est comme celui qui le tue à force de saignées.

XIX

Quiconque veut assujétir ses égaux, est toujours sanguinaire ou fourbe.

XX

La mauvaise fortune est aussi le thermomètre qui indique en même temps le refroidissement de ses amis.

XXI

C’est dans l’âme de Marc-Aurèle, bien plus que dans ses maximes, qu’il faut juger l’homme et le monarque.

XXII

Un ouvrage écrit sans liberté ne peut être que médiocre ou mauvais.

XXIII

Une chose ne mérite d’être écrite qu’autant qu’elle mérite d’être connue.

XXIV

L’institution du soldat est pour la défense de la patrie ; le louer à d’autres, c’est pervertir à la fois le but du négoce et de la guerre ; s’il n’est pas permis de vendre les choses saintes, eh! qu’y a-t-il de plus sacré que le sang des hommes?

XXV

En politique, on devrait faire un recueil de toutes les fautes que les princes ont faites par précipitation, pour l’usage de ceux qui veulent faire des traités et des alliances. Le temps qu’il leur faudrait pour les lire, leur donnerait celui de faire des réflexions qui ne sauraient que leur être salutaires.

XXVI

Il faut distinguer la flatterie de la louange. Trajan était encouragé à la vertu par le panégyrique de Pline. Tibère était confirmé dans le vice par les flatteries des sénateurs.

XXVII

Les fléaux célestes ne durent qu’un temps ; ils ne ravagent que quelques contrées, et les pertes, quoique douloureuses, se réparent : mais les crimes des roys, font souffrir longtemps des peuples entiers.

XXVIII

Les princes de Machiavel sont comme les dieux d’Homère que l’on dépeignait robustes et puissants, mais jamais équitables. Louis Sforce avait raison de n’être que guerrier, parce qu’il n’était qu’un usurpateur.

XXIX

Il serait à souhaiter pour le bonheur du monde, que les roys fussent bon, sans être cependant trop indulgents, afin que la bonté fut en eux toujours une vertu et jamais une faiblesse.

XXX

Un roy qui règne par la justice, a toute la terre pour son temple, et tous les gens de bien pour ministres.

fleur-de-lys Louis XVI dans Memento

220ème anniversaire du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI

« Qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la Foi
et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques? » (*)

220ème anniversaire du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI dans Annonces & Nouvelles s.m.-le-roy-louis-xvi

Lundi 21 janvier 2013

220ème anniversaire du martyre de

Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI

Sainte Messe de Requiem

(célébrée selon le rite latin traditionnel)

à 18h30

en l’église de Ceyssac (43000 – Le Puy-en-Velay)

fleur-de-lys 21 janvier dans Memento   fleur-de-lys 220ème anniversaire dans Prier avec nous   fleur-de-lys Ceyssac dans Vexilla Regis

(*) citation de Sa Sainteté le Pape Pie VI (texte complet de l’allocution ici > www)

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 6 janvier, 2013 |Commentaires fermés
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