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2014-13. De Saint Charlemagne, Roi des Francs et Empereur d’Occident.

28 janvier,
Fête de Saint Charlemagne.

Fête du Bx Charlemagne

Cathédrale d’Aix-la-Chapelle : fête de Saint Charlemagne – encensement du reliquaire du Chef de l’Empereur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Au Mesnil-Marie, nous n’en faisons pas un mystère – et nous en sommes même très fiers ! – , chaque 28 janvier, nous célébrons la fête liturgique de Saint Charlemagne, Roi des Francs et Empereur d’Occident.
Le 28 janvier de l’an de grâce 2014, nous avons marqué cette fête avec d’autant plus de ferveur que c’était le jour exact du douzième centenaire de la mort du grand Souverain.

   Malgré l’épouvantable ignorance qui désole nos temps (car les jeunes générations, en particulier, ne savent pas toujours le situer chronologiquement ni même citer quelques grands événements de son règne), la haute figure du grand Roi Franc domine l’histoire de l’Occident chrétien et rayonne encore aujourd’hui sur l’Europe, puisque certains n’hésitent pas à dire qu’il en est l’un des pères : Pater Europae.

   Bien sûr, de modernes historiens – qui voudraient nous faire croire qu’ils sont bien plus au courant de la vie de Charlemagne que ceux qui ont vécu à ses côtés et qui lui ont rendu témoignage ! – , des ecclésiastiques retors et complexés – dont le prurit œcuménique et le souci du dialogue inter-religieux supportent mal l’idée que l’on puisse vouloir étendre le Règne du Christ – , et quelques autres inquisiteurs de la bien-pensance démocratique auxquels la seule idée d’un Royaume chrétien déclenche des éruptions de furoncles, ont mené de véritables campagnes de dénigrement pour salir sa mémoire. 
Et les voilà (eux qui ne sont pourtant habituellement pas très regardants sur le respect de la morale imposée par l’Eglise et se feraient volontiers les chantres de la libération des mœurs) qui, avec des airs de rosière offusquée, décrètent de manière dogmatique (eux, les ennemis du dogme) que l’Empereur aurait été polygame !
Et les voilà (eux, les thuriféraires de la révolution qui voudraient minimiser les épouvantables massacres qu’elle généra, en France et jusqu’au bout de l’Europe) qui dépeignent les guerres contre les Saxons ou contre les mahométans dans de noires couleurs qui, en réalité, n’appartiennent qu’aux seules démocraties populaires du XXe siècle !

Châsse de St Charlemagne

Châsse renfermant la plus grande partie du corps de Saint Charlemagne
(cathédrale d’Aix-la-Chapelle)

   D’autres plus savants que moi, ont su faire justice de ces accusations : je me contenterai de vous renvoyer, par exemple, à la notice que lui a consacré Dom Guéranger dans sa célèbre « Année liturgique » (ici > 28 janvier, le Bienheureux Charlemagne).

   Pour moi, j’ai sorti mes griffes et j’ai poussé un miaulement de (sainte) colère, l’autre jour, en lisant, sur les pages d’un site Internet que je ne nommerai pas (sur lequel sévit un « professeur de religion » à la théologie douteuse), que Charlemagne aurait été « décanonisé » (sic) par l’Eglise Romaine !

   Ceux qui, tétanisés par les critiques modernes, se dandinent d’un pied sur l’autre en parlant à demi-mots gênés de la canonisation de Charlemagne, s’empressent généralement d’ajouter, comme pour s’excuser eux-mêmes et pour disculper l’Eglise, que cette canonisation aurait été prononcée par l’antipape Pascal III…
Ce qui est faux !

   Si Frédéric Barberousse fut bien le promoteur de la cause de canonisation de Charlemagne, si Frédéric Barberousse soutenait effectivement l’antipape Pascal III, et si Frédéric Barberousse voyait dans cette canonisation un geste d’une grande portée politique en sa faveur, il n’en demeure pas moins que la canonisation de Charlemagne fut accomplie d’une manière tout à fait conforme au droit de l’époque, par des pasteurs légitimes.
En effet, jusqu’à ce moment-là, les canonisations n’étaient pas réservées au Saint-Siège et n’étaient pas accomplies selon les procédures que nous connaissons aujourd’hui (lesquelles ont été définitivement fixées au XVIIIe siècle par le pape Benoît XIV, et ont été ensuite simplifiées à la fin du XXe siècle).

   Au XIIe siècle donc encore, comme pendant tous les premiers siècles de la Chrétienté, ce que nous appelons aujourd’hui une « canonisation » consistait en une cérémonie solennelle que l’on appelait souvent « élévation (ou exaltation) des reliques », puisque il y était procédé, par l’évêque du lieu (ou le métropolitain), en reconnaissance de la sainteté d’un personnage et des miracles accomplis sur sa tombe, au placement de ses restes mortels dans une châsse que l’on disposait sur un autel.
Dès lors, ces reliques seraient publiquement honorées et le saint auquel elles avaient appartenu ferait l’objet d’un culte officiel, ce qui était confirmé par la proclamation de la date à laquelle on célébrerait dorénavant sa fête.
A cette époque, il n’y avait pas non plus de distinction entre « bienheureux » et « saint ».

   L’élévation des reliques de Charlemagne eut lieu le 29 décembre 1165, et fut accomplie de manière régulière (cf. > ici) par l’archevêque Renaud de Dassel, de Cologne, et par l’évêque Alexandre II, de Liège, qui, redisons-le, étaient des évêques légitimes de la Sainte Eglise Catholique Romaine, et qui jouissaient de la pleine autorité pour le faire.
Il est vrai qu’ils reçurent pour cela l’aval d’un décret de l’antipape Pascal III ; mais quand bien même Pascal III eut-il été un pape légitime, son décret n’aurait rien ajouté à la régularité de l’acte accompli.

Reliquaire du bras

Reliquaire du bras du Bienheureux Charlemagne
(cathédrale d’Aix-la-Chapelle)

   Comme l’a très bien fait observer Dom Guéranger dans la notice qu’il a consacrée au Bienheureux Charlemagne (cf. supra), les contestations ne se firent jour que sous l’influence et en conséquence du poison que l’hérésie protestante distilla dans la Chrétienté…
Et le culte séculaire que l’on rendait publiquement à Saint Charlemagne dans de très nombreux diocèses de France et d’Allemagne, s’estompa, perdit en popularité, passa au second plan et, au fur et à mesure des réformes liturgiques de l’époque moderne (un peu selon la technique dite « du voleur chinois »), ne subsista pratiquement plus qu’à Aix-la-Chapelle et dans quelques diocèses voisins.

Mais de « décanonisation », point !

   Bien au contraire, au XVIIIe siècle, le pape Benoît XIV (celui-là même qui fixa les règles des béatifications et des canonisations telles qu’elles ont été observées jusqu’au XXe siècle) - grand canoniste et aussi « spécialiste » du culte des saints - , auquel on soumit le cas de Charlemagne, car certains le jugeaient litigieux en raison du soutien apporté par l’antipape Pascal III à sa canonisation, trancha de manière non équivoque : là où ce culte était établi, on ne pouvait ni le blâmer ni l’éradiquer ; et il fut statué très officiellement que l’on pouvait l’honorer et l’invoquer comme « Bienheureux Charlemagne ».
Fin de la contestation.

   Pour terminer, je vous propose d’écouter le « Planctus de obitu Karoli : lamentation sur la mort de Charles », texte remarquable comprenant vingt distiques qui alternent avec un refrain, composé très probablement par un moine de l’abbaye de Bobbio en 814-815, c’est à dire au moment où la nouvelle du trépas du Souverain se répandit à travers l’empire.

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   Dès que je le pourrai, je ferai suivre cet article par un autre qui sera uniquement dédié à des représentations - que j’aime particulièrement – de notre cher Saint Charlemagne.

   Pour l’heure, prions-le avec ferveur d’intercéder pour l’Europe, pour la France, et spécialement pour l’héritier légitime du Royaume de France.
Déjà, au XVe siècle, c’était le rôle particulier qui lui était assigné dans le Ciel, puisque Sainte Jeanne d’Arc put dire à Charles VII : « Sire, je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume et de votre peuple, car Saint Louis et Saint Charlemagne sont à genoux devant Lui, faisant prière pour vous ».

Lully.

Armoiries de Charlemagne

Du Bienheureux Charlemagne dans quelques représentations sacrées > ici
La séquence « Urbs aquensis » et l’anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne > ici

2014-12. Les Saintes Hosties et le « ciboire » miraculeux de Pézilla-la-Rivière.

Pézilla la Rivière

Pézilla-la-Rivière : vue aérienne du centre ville – l’église des Saintes Hosties.

       Dans la vallée de la Têt, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Perpignan, Pézilla-la-Rivière (en catalan Pesillà de la Ribera) est aujourd’hui une petite ville peuplée d’un peu plus de trois-mille habitants, mais qui à la fin du XVIIIe siècle comptait à peine 900 âmes.
Au centre du bourg ancien, se dresse une imposante église de briques et de pierres qui, à la fin du XIXe siècle, a remplacé un édifice plus ancien.
Le vocable de cette église est peu courant : en effet, elle ne porte pas le nom d’un saint, ou de la Vierge Marie, mais elle est dédiée aux « Saintes Hosties », dont la fête est célébrée de manière très solennelle chaque année au premier dimanche après Pâques (appelé aussi dimanche de Quasimodo).
Cette dédicace se rapporte à un évènement miraculeux, qui s’est passé lors de la sinistre révolution, dont je veux vous entretenir aujourd’hui…

blason de Pézilla la Rivière

Armoiries de Pézilla-la-Rivière.

En pleine Terreur…

   1793 : la Terreur.
En Roussillon, comme partout, les « patriotes » font la guerre au catholicisme et à ses ministres sacrés : les églises sont fermées, le culte (même celui des prêtres jureurs schismatiques) est officiellement aboli, les prêtres fidèles – pour échapper à la mort – n’ont pas eu d’autre recours que l’exil ou une clandestinité pleine de dangers.

   Il arrivait cependant que la vigilance des révolutionnaires se relâchât parfois quelques jours, laissant croire à une accalmie. L’abbé Jacques Pérone, curé légitime de Pézilla, se hasardait alors à reparaître dans sa paroisse, et, en bon pasteur soucieux de leur salut, il administrait les sacrements à ses fidèles.
C’est ainsi que, le dimanche 15 septembre 1793, il osa même célébrer la Sainte Messe dans son église, en présence de nombreux paroissiens.
Le bon prêtre était tellement convaincu que la persécution allait prendre fin qu’il avait replacé le Très Saint Sacrement dans le tabernacle, à savoir quatre petites Hosties dans un ciboire – pour le cas où il eût dû administrer un malade en urgence – et la grande Hostie réservée pour les saluts du Saint Sacrement.

   Las ! Les espérances du zélé pasteur furent déçues : apprenant son retour et ce qu’il avait osé faire, les révolutionnaires des environs s’émurent et s’agitèrent ; dès le mardi 17 septembre, prévenu in extremis avant qu’ils ne l’appréhendent, l’abbé Pérone dut s’enfuir et prendre précipitamment le chemin de l’exil.
Il était à environ une lieue de Pézilla lorsque, en présence d’un petit groupe de paroissiens qui l’accompagnait, il laissa s’échapper cette plainte émue : « Ah ! Que ne donnerais-je pour revenir à Pézilla et y passer ne fut-ce qu’un quart d’heure !… »

   Une pieuse jeune fille, Rose Llaurens, qui avait entendu cette plainte et vu le trouble de son curé, s’interrogea sur ce qui en pouvait être le motif, et elle finit par penser que c’était la crainte de voir la profanation des Saintes Espèces qui était la cause du trouble et des soupirs du bon prêtre. Il lui était toutefois impossible d’en avoir la certitude : les révolutionnaires étaient à nouveau maîtres de Pézilla, l’église était fermée, et les clefs étaient entre les mains d’un maire dont elle ne pouvait rien espérer.

délivrance des Saintes Hosties

Délivrance des Saintes Hosties :

   Un trimestre s’écoula. Le 26 décembre 1793 la municipalité fut changée. Celui auquel la charge de maire fut imposée, Monsieur Jean Bonafos, était fondamentalement un homme droit : si les idées libérales l’avaient un peu entraîné, il était néanmoins resté sincèrement chrétien dans son cœur et il s’affligeait des excès des « patriotes ».
Rose Llaurens ne craignit alors pas d’aller le trouver discrètement et de lui faire part de ses inquiétudes, puis – non sans audace – elle lui demanda de pouvoir s’assurer qu’aucune Hostie consacrée n’avait été laissée dans le tabernacle.

   Le maire se laissa convaincre et, avec la pieuse jeune fille, ils élaborèrent un plan. Quelques semaines plus tard (dans les derniers jours de janvier ou les premiers jours de février 1794), en grand secret, Monsieur Bonafos et Rose Llaurens s’en furent de nuit dans l’église ; ils ouvrirent le tabernacle et y découvrirent les Saintes Hosties : quatre petites Hosties – dont l’une divisée en deux parcelles – dans le ciboire, et la grande Hostie dans son soleil d’argent (car à cette époque, les ostensoirs n’avaient pas forcément une lunule : la grande Hostie pour l’exposition du Saint Sacrement était placée directement entre les deux verres du « soleil » et ce dernier, qui se détachait du pied de l’ostensoir, était conservé ainsi dans le tabernacle).

   Aussitôt, ils résolurent de soustraire les Saintes Espèces à toute éventualité de profanation : le maire, qui voulait « avoir sa part du Bon Dieu », emporterait le soleil d’argent avec la grande Hostie, tandis que Rose garderait les petites Hosties, enveloppées dans un purificatoire. Ils laissèrent en effet dans le tabernacle le ciboire et le pied de l’ostensoir qui avaient été inventoriés par l’administration au début de la révolution.

   Jean Bonafos, de retour chez lui, enferma le soleil qui contenait la grande Hostie, dans un coffret que l’on dissimula sous un plancher : il y demeura depuis le 7 février 1794 jusqu’au 9 décembre 1800.
On ne l’en retira qu’en quelques très rares occasions, par crainte des visites domiciliaires. La position de Monsieur Bonafos, premier magistrat de la commune, ne lui permettait pas de faire savoir à d’autres ce qu’il cachait dans sa demeure ; toutefois il réussit à faire parvenir un message à l’abbé Pérone, alors en exil à Gérone dans le Royaume d’Espagne, l’informant du sauvetage des Saintes Hosties. Il lui demandait même de célébrer une Sainte Messe d’action de grâces.

   Tout autre fut la destinée des quatre petites Hosties confiées à Rose Llaurens : la jeune fille avait mis dans la confidence sa mère et une religieuse Augustine que la suppression des ordres monastiques avait contrainte à rentrer dans sa famille, Mère Joséphine de Romaya. Les trois pieuses femmes voulurent que les Saintes Espèces fussent conservées avec le plus d’honneur possible, et que l’on pût convenablement les adorer…

Les Saintes Hosties chez les Llaurens

Les Saintes Hosties chez les Llaurens :

   Comme elles n’avaient pas de ciboire, elles les déposèrent – toujours enveloppées du purificatoire – dans un sucrier de cristal : c’était le récipient le plus précieux de leur humble demeure.
Ce petit sucrier était en cristal ordinaire, uni et transparent, sans dorure ni aucun ornement, avec un couvercle de cristal lui aussi sans aucun ornement. Avec un petit coupon de soie rouge, Mère Joséphine lui fabriqua un pavillon. Tel sera le ciboire improvisé de Jésus-Eucharistie jusqu’au mois de décembre 1800.

Le sucrier des Llaurens

Le petit sucrier de cristal de Rose Llaurens.

   En guise de tabernacle, on lui aménagea un petit placard mural dans lequel on suspendit une veilleuse.
Moins exposée aux soupçons que celle du maire, la maison Llaurens devint le lieu de rendez-vous d’un certain nombre de fidèles que l’on mit dans la confidence. Il fallait toutefois user de discrétion, voire de ruse, pour s’approcher du divin Maître sans éveiller la sourcilleuse surveillance des révolutionnaires et des traitres.
Les âmes pieuses qui étaient dans le secret s’abordaient dans la rue en se demandant quelque objet ou aliment – une marmite, du persil ou des oeufs par exemple -, et si la réponse était affirmative on entrait chez Rose… pour adorer et prier devant le tabernacle clandestin.
Tous les ans, le Jeudi-Saint, les fidèles dressaient devant cette armoire un reposoir aussi solennel et beau que les circonstances le leur permettaient, et rendaient au Dieu de l’Eucharistie des actions de grâces et des réparations que le climat de persécution rendait encore plus ferventes.

   Plus d’une fois, malgré les précautions prises, la famille Llhaurens fut l’objet de suspicions de la part des enragés : un jour, menacée par une visite domiciliaire, Rose n’eut pas d’autre recours que de sortir juste à temps le sucrier de l’armoire pour le cacher dans un sac de farine ! Une autre fois, l’un des plus farouches révolutionnaires de la ville monta sur le toit des Llaurens afin d’écouter, par le conduit de cheminée, ce qui se passait dans la maison… Cependant, à n’en pas douter, une grâce toucha son coeur puisque l’homme rencontrant ensuite Rose Llaurens lui déclara : « Je sais que tu caches chez toi les Saintes Hosties, mais je te jure de n’en rien dire… »

   Il est un point sur lequel il faut insister ici : pendant tout le séjour des Saintes Espèces chez Rose, dans leur petit « ciboire » de fortune, ce dernier resta couvert du pavillon de soie rouge qu’avait confectionné Mère Joséphine de Romaya ; les fidèles ne pouvaient donc pas le voir directement, non plus que les Saintes Hosties qu’il contenait et qui étaient toujours enveloppées dans le purificatoire avec lequel Rose les avait rapportées de l’église.

Retour des Saintes Hosties à l'église

Fin de la persécution, retour des Saintes Hosties à l’église ;
leur conservation miraculeuse :

   Enfin l’aurore de jours meilleurs se leva pour l’Eglise de France. Au cours de l’année 1800, les églises furent rendues au culte ; les prêtres qui avaient survécu sortirent de la clandestinité ou revinrent d’exil. 
Le premier prêtre qui rentra à Pézilla fut le vicaire, l’abbé Honoré Siuroles : c’est lui qui vint chercher chez Rose Llaurens les Saintes Hosties, le 5 décembre 1800, pour les ramener dans le tabernacle de l’église.
Quelques jours plus tard, l’abbé Jacques Pérone, curé, rentra à son tour, et c’est lui qui, le 9 décembre – comme nous l’avons écrit plus haut – , alla sortir la grande Hostie de sa cachette chez le maire, pour la ramener solennellement à l’église, dans une procession que l’on fit la plus belle possible.

   Le premier point sur lequel il convient d’insister tout d’abord, c’est que, les quatre petites Hosties conservées chez Rose et la grande Hostie gardée par Jean Bonafos étaient absolument intactes et ne présentaient aucun signe de corruption : cette conservation parfaite des Saintes Hosties pendant plus de sept ans était déjà en elle-même un prodige, car qu’y a-t-il de plus fragile et de plus périssable que les Espèces Eucharistiques
Ramenées dans le tabernacle de l’église, elles ne furent pas consommées à ce moment, et, depuis, jamais l’autorité ecclésiastique – pourtant très vigilante sur ce point – n’a donné l’ordre de les consommer.
Des enquêtes canoniques furent diligentées par les évêques de Perpignan en 1804, 1845 et 1874, reconnaissant la permanence du miracle de leur conservation.
A partir du milieu du XXe siècle, des marques de corruption furent constatées sur les petites Hosties et, dès lors, ne furent-elles plus exposées au regard des fidèles, mais l’autorité ecclésiastique ne demanda toujours pas qu’elles fussent consommées.
A l’heure actuelle, nous avons appris, lors d’un entretien avec l’actuel curé de Pézilla, qu’il n’en subsiste plus qu’une « poussière » d’Hosties, conservée comme une sorte de « relique ».

Il n’en est pas de même pour la grande Hostie, que l’on peut toujours voir, comme en témoigne cette photo récente envoyée par une amie roussillonaise :

La grande Hostie miraculeuse de Pézilla

Le « ciboire » miraculeusement doré :

   Mais il est un autre miracle, lui aussi toujours visible, qui fut constaté par l’abbé Siuroles et toutes les personnes présentes chez Rose Llaurens dès le 5 décembre 1800.
On se souvient, bien sûr, que Rose avait déposé les quatre petites Hosties enveloppées d’un purificatoire dans un petit sucrier de cristal ordinaireuni et transparentsans dorure ni aucun ornement : or lorsque l’abbé Siuroles souleva le pavillon de soie rouge confectionné par la Mère de Romaya, ce petit sucrier présentait une teinte dorée qu’on ne lui connaissait pas…

   Lui aussi fit l’objet d’examens attentifs : les parties dorées sont celles, et uniquement celles, qui ont été en contact avec le purificatoire enveloppant les Saintes Hosties, c’est-à-dire la coupe et une bande circulaire de la partie inférieure du couvercle.
Cette dorure est humainement inexplicable : elle ne consiste pas, en effet, en un placage déposé à la surface extérieure du cristal ; si l’on touche cette surface, on ne touche que le cristal, et si l’on essaie de gratter, on ne peut rien enlever car il semblerait que cette dorure consiste en une espèce de paillettes introduites dans l’épaisseur, dans la texture même du cristal !

Le sucrier miraculeusement doré

Le sucrier miraculeusement doré exposé dans un reliquaire.

   Monseigneur Anatole de Cabrières, évêque de Montpellier et futur cardinal, dans le discours qu’il prononça en 1893 à l’occasion des fêtes du centenaire de la consécration des Saintes Hosties, décrivit ce miracle comme « le procès verbal de Jésus-Christ Lui-même reconnaissant avec joie qu’Il avait trouvé là un refuge de piété et de tendresse ».

Le sucrier miraculeux de Pézilla

Le sucrier miraculeux de Pézilla dans son état actuel.

Nota bene :
Nous adressons nos plus vifs remerciements à Monsieur l’abbé Joël Adoue, qui est en cette année 2014 curé de la communauté de paroisses à laquelle Pézilla-la-Rivière est actuellement intégrée, qui a fort aimablement répondu à nos questions et nous a donné un beau témoignage de foi dans le miracle des Saintes Hosties, ainsi qu’à Madame Anne-Marie Cortade pour les très belles photos qu’elle nous a envoyées et dont nous nous sommes servis pour illustrer cette brève notice historique.

Addenda 2019 :
Nous vous renvoyons aussi aux photographies publiées en 2019, montrant la nouvelle présentation des Saintes Hosties et du sucrier miraculeux accomplie en 2017 > ici.

Lully.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

2014-10. Des Bienheureux Martyrs de Laval.

- 21 janvier 1794 -

Les Bienheureux Prêtres martyrs de Laval

            Au mois d’octobre 1792, quatorze prêtres qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé furent emprisonnés à Laval, dans le couvent de Patience ; ils n’étaient autorisés à recevoir que deux heures de visite par mois, et seulement de leurs frères ou sœurs ; ces visites se passaient obligatoirement en présence du concierge. Leur nourriture ne se composait pratiquement que de ce que leur faisaient apporter leurs anciens paroissiens, fidèles à leurs pasteurs légitimes. La plupart de ces prêtres étaient âgés ; quelques uns étaient même malades ou infirmes. 

   C’étaient l’Abbé Jean-Baptiste Turpin du Cormier, 64 ans, curé de la paroisse de la Sainte- Trinité à Laval, qui fut comme l’âme et le catalyseur des énergies spirituelles du petit groupe, le Révérend Père Jean-Baptiste Triquerie, 57 ans, moine cordelier, les Abbés Jean-Marie Gallot, 46 ans, aumônier des Bénédictines, Joseph-Marie Pellé, 74 ans, aumônier des Clarisses, René-Louis Ambroise, 74 ans, Julien-François Morin de la Gérardière, 64 ans, prêtre à Saint-Vénérand, François Duchesne, 58 ans, chapelain du chapitre Saint-Michel, Jacques André, 50 ans, curé de Rouessé-Vassé, André Dulion, 66 ans, curé de Saint-Fort, Louis Gastineau, 66 ans, chapelain de Port-brillet, François Migoret-Lambarière, 65 ans, curé de Rennes-en-Grenouilles, Julien Moulé, 77 ans, curé de Saulges, Augustin-Emmanuel Philippot, 78 ans, curé de Bazouges-des-Alleux, et Pierre Thomas, 75 ans , aumônier de l’hôpital des Augustines à Château-Gontier.

   Le 13 décembre 1793, la guillotine arriva à Laval. Elle fut installée, sur la « place du blé » (actuelle place de La Trémoille), à proximité du tribunal révolutionnaire : ainsi les condamnés n’auraient-ils pas à faire un long trajet et, en outre, pour les révolutionnaires cela réduisait les risques de voir ceux qui marchaient au supplice libérés par la foule, majoritairement hostile à la révolution.
A partir du 9 janvier 1794, tous les cultes sont interdits en France : l’église de la Sainte-Trinité de Laval est transformée en étable et magasin de fourrage pour l’armée…

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Plaque commémorative des exécutions de la Terreur à Laval posée en 1989 Place de La Trémoille
par l’Association du Souvenir de la Chouannerie Mayennaise

  Le 21 janvier 1794, à 8h30, formant un cortège émouvant (cinq d’entre eux ont plus de 70 ans, dix marchent péniblement et quatre sont dans une charrette), les quatorze prêtres furent amenés à comparaître devant la commission révolutionnaire, établie le 22 décembre précédent, normalement pour un mois…
En réalité elle sera active jusqu’au 1er avril 1794 et, au total, elle enverra à la guillotine 359 hommes et 102 femmes. Après chaque verdict de condamnation, le président concluait par cette formule : « La commission ordonne que les condamnés soient livrés sur le champ au vengeur du peuple… »
 

   L’accusateur public était un prêtre apostat, du nom de Volcler. Ce triste individu avait diffusé dans le département de la Mayenne une circulaire qui commençait ainsi : « Citoyens, ils sont passés ces temps de modération et d’insouciance où vous laissâtes les ennemis de la patrie tranquillement vaquer sur le sol de la liberté. L’instant de la justice nationale est à l’ordre du jour pour faire tomber la hache sur la tête du traître et du parjure… »  

   A ses anciens confrères dans le sacerdoce, Volcler demanda de prêter le serment constitutionnel qu’ils avaient déjà refusé, et que, bien évidemment, ils refusèrent encore. L’Abbé Philippot, âgé de 78 ans, répondit noblement : « Aidé de la grâce de Dieu, je ne salirai pas ma vieillesse ».
Ce nouveau refus était suffisant pour qu’ils fussent déclarés coupables : ordre fut donc donné pour qu’ils soient immédiatement conduits à l’échafaud. Après avoir prononcé la sentence, Volcler avait menacé les assistants : « Le premier qui bronche ou qui pleure marchera après eux ! »

   Leurs gardiens les empêchèrent de chanter ensemble le « Salve Regina » sur le chemin de l’échafaud. En revanche, une phrase est demeurée célèbre, celle de l’Abbé Pellé qui, après avoir assisté héroïquement au supplice de ses premiers confrères déclara avant d’être décapité : « Nous vous avons appris à vivre, apprenez de nous à mourir ! ».
L’Abbé Turpin du Cormier, désigné comme responsable, fut exécuté le dernier à la demande de Volcler.

   Après ces quatrorze prêtres furent également suppliciés ce même jour cinq Vendéens, condamnés comme ennemis de la république.

   Les quatre juges, parmi lesquels se trouvaient deux prêtres renégats, assistèrent à l’exécution depuis la fenêtre d’un immeuble voisin, et fêtèrent leur « triomphe patriotique » en buvant un verre de vin à chaque tête qui tombait. Ils encourageaient la foule à crier avec eux : « Vive la république, à bas la tête des calotins ! ».

bas-relief-des-quatorze-prêtres-martyrs-de-laval

Bas-relief représentant le martyre des quatorze prêtres
(église de la Sainte-Trinité de Laval, devenue cathédrale au XIXe siècle)

   Au cours de cette année 1794 furent aussi suppliciées cinq autres martyrs, qui ont été béatifiés en même temps que ces quatorze prêtres, le 19 juin 1955, par le Vénérable Pie XII. Ce sont :
Françoise Mézière, pieuse femme qui s’était donnée tout entière à l’instruction des enfants et aux soins des malades. Guillotinée à Laval le 5 février (voir > ici).
– Le 13 mars, Sœur Françoise Tréhet, guillotinée à Ernée, et le 20 mars Sœur Jeanne Véron, âgée de 29 ans, guillotinée à Ernée : c’étaient deux Sœurs de la Charité de Notre-Dame d’Évron. A noter que la sœur de Sœur Jeanne Véron, prénommée Anne, a elle aussi été guillotinée, à Laval, le 25 avril 1794 à l’âge de 41 ans, mais n’a pas été béatifiée.
– Le 25 juin, Sœur Marie Lhuilier, sœur converse des Augustines de la Miséricorde. Toute dévouée aux malades.
– Et le 17 octobre : l’Abbé Jacques Burin, prêtre, curé de St-Martin de Connée. Il avait été arrêté une première fois en raison de son refus du serment schismatique, et condamné à s’exiler. Entré dans la clandestinité, il continua son ministère mais fut trahi en octobre 1794 par deux femmes qui l’avaient fait appeler pour se confesser : c’était en réalité un traquenard et il fut tué d’un coup de fusil.

basilique-notre-dame-d-avesnières-dalle-recouvrant-les-corps-des-martyrs-depuis-leur-béatification-en-1955

Pierre recouvrant la tombe des quatorze prêtres martyrs de Laval
dans le chœur de la basilique Notre-Dame d’Avesnières.

2014-9. Oraison funèbre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI

Roi de France et de Navarre

prononcée à Rome

en présence de Sa Sainteté le Pape Pie VI

Sa Majesté le Roi Louis XVI ayant été mise à mort le 21 janvier 1793, il fallut dix jours à un courrier extraordinaire pour porter jusqu’à Rome la nouvelle de ce crime.
Le 1er février, l’annonce en fut faite dans la presse : l’assassinat du Roi était qualifié de « più enorme de’ deliti » (le plus énorme des délits). Les circonstances et les détails de son exécution furent racontés le 15 février, et le testament du Roi publié le 22 février.

Plusieurs services funèbres furent célébrés à Saint-Louis des Français, et les tantes du Roi – Mesdames Adélaïde et Victoire, réfugiées à Rome depuis 1791 -, menèrent le deuil.
Il faudra toutefois attendre le 28 septembre 1793 pour qu’un service funèbre solennel soit célébré à la chapelle Pauline du Quirinal (le Quirinal était alors la résidence pontificale), en présence du Souveraint Pontife, du Sacré-Collège, de toute la prélature romaine et de Mesdames Tantes.
C’est Monsieur le cardinal de Bernis qui célébra, entouré des cardinaux Carafa, Altieri et Livizzani.
L’oraison funèbre fut prononcée (en latin) par Monseigneur Paolo Leardi, camérier secret de Sa Sainteté. C’est ce texte que l’on pourra lire et méditer ci-dessous.

frontispice oraison funèbre Louis XVI

Au frontispice de l’édition qui fut faite de cette oraison funèbre, une vignette – reproduite ci-dessus – représente un monstre à sept têtes – la révolution – qui renverse les grandes armes de Frances, usurpe leur place, en dévore les lauriers ainsi que le contenu des cornes d’abondance qui les entouraient. Les symboles des arts et des sciences, qui s’étaient épanouies sous la protection de la monarchie, sont pareillement renversés ; la balance de la justice est brisée…
Dans l’angle droit de la vignette, perçant de sombres nuées, on voit une représentation de la divinité dont une main vengeresse brandit la foudre en direction du monstre, tandis que l’autre main semble accueillir un oiseau qui vole vers Elle : peut-être la représentation de l’âme du Roi martyr…

Avant le texte de la traduction de cette oraison funèbre, l’ouvrage est introduit par une dédicace à Mesdames, puis au Pape Pie VI.

L’oraison funèbre est construite autour du thème de la bienfaisance du Roi – qui sacrifia son repos au bien de son Royaume – , et de l’exaltation de sa religion, plus forte que ses hésitations politiques et que la malice de ses ennemis.
Monseigneur Leardi donne un tableau générale du règne de Louis XVI :
Monté sur le trône à l’âge de vingt ans, il a reçu une France en mauvais état politique, économique et moral (la mémoire de Louis XV se trouve donc en quelque manière flétrie…). Louis XVI a relancé le commerce en reconstituant une flotte importante, et a protègé les initiatives de Monsieur de La Peyrouse. La guerre d’Amérique est clairement présentée comme une erreur, parce qu’elle a été la cause de troubles économiques pour le pays, et de troubles politiques en Europe. Contraint par l’état des finances à convoquer les États Généraux, voici que ces hommes censés conseiller le Roi se sont imposés à lui, avec une « multitude nourrie par le vice et l’iniquité de la philosophie ». Au sujet de la constitution civile du clergé que le Roi finit par signer, le prédicateur fait état des pressions subies par le monarque, et fait observer que, s’il avait conservé son autorité, il serait revenu sur la mise en application des réformes. Le Roi se dépouilla de tout : il refusa la guerre, s’enfuit avec sa famille dans le but de calmer les puissances et de reprendre le contrôle de la situation pacifiquement. Il se laissa couronner du bonnet phrygien, car « l’innocence ne craint rien ». Oui, il se dépouilla de tout, sauf de la religion. Le veto du Roi aux décrets de déportation des prêtres est lié à sa prise de conscience du courage des martyrs de l’Église. Il signa là son arrêt de mort, car c’est au titre de sa défense du clergé qu’il fut poursuivi par la Convention. Alors vient le récit de la mort du Roi (avec la mention du rôle de son confesseur), et l’évocation de son testament. Puis, en déplorant le triste état de la France, car l’oeuvre de la république n’est que désolation et ruine, le prédicateur lance un appel aux souverains, non pour une vengeance – selon les vœux du Roi – , mais pour libérer la famille royale. Enfin, le Pape Pie VI est félicité pour avoir défendu l’intégrité de la discipline de l’Église. La conclusion montre, du haut du ciel, Le Roi Louis XVI intercèdant pour le rétablissement de la religion en France.

Je vous laisse donc, si vous le souhaitez, lire l’intégralité de cette oraison funèbre, grâce à l’insertion, ci-dessous, d’un lecteur permettant de feuilletter l’intégralité de l’ouvrage qui en est conservé à la Bibliothèque Nationale.

Lully.

On trouvera aussi dans ce blogue :
Le discours du Pape Pie VI proclamant que Louis XVI est un martyr www
Le récit des dernières heures du Roi martyr www
Le testament de Louis XVI www
Le voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus www
Des Maximes écrites par le Roi Louis XVI www
La Messe de Requiem composée par Cherubini
pour le service funèbre à la mémoire de Louis XVI www
La complainte de Louis XVI aux Français > www
Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 21 janvier, 2014 |2 Commentaires »

2014-8. «O mon peuple, que vous ai-je donc fait ? »

Complainte

Complainte Louis XVI

       Chaque année, à l’approche du 21 janvier, triste anniversaire du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI, je publie quelque texte en rapport avec ce monarque ou avec sa passion.
Cette année, j’ai choisi ce chant, intitulé « Complainte de Louis XVI aux Français », que sans doute beaucoup d’entre vous connaissent déjà.

   On ne connaît pas l’auteur des paroles de cette complainte, mais il est certain qu’elle fut écrite dans le temps même du procès de l’infortuné monarque.

   La citation qui lui est mise en exergue, est constituée par les premiers mots des Impropères, ce chant de la liturgie du Vendredi Saint dans lequel le Christ Sauveur adresse des reproches au peuple d’Israël, lequel, en échange de tous les bienfaits reçus de Dieu au cours de son histoire, Lui a infligé les ignominies de la Passion.
C’est une manière non équivoque de rappeler que le Roi de France est un « christ » – mot qui signifie « oint » – , puisqu’il a reçu l’onction sainte du Sacre (cf. notre publication sur la sainte Ampoule > ici).
Par cette onction, le Souverain est devenu un personnage sacré, le lieu-tenant de Dieu dans l’ordre temporel pour le gouvernement du Royaume de France.
La révolution, par les ignominies qu’elle a infligées au Roi Très Chrétien, a encore davantage identifié le Roi Louis XVI au Christ Sauveur : comme Lui, le Prince innocent a été trahi, abandonné, emprisonné, iniquement jugé, condamné au mépris de la justice, alors qu’il n’avait fait que du bien… 

   La première publication de cette complainte que j’ai trouvée, est aux pages 257 et 258 dans le tome premier du « Dernier tableau de Paris, ou récit historique de la révolution du 10 août 1792 , des causes qui l’ont produite, des évènements qui l’ont précédée, et des crimes qui l’ont suivie », publié à Londres par J. Peltier en septembre 1793.
Voici la photographie de la note qui introduit le texte de cette complainte :

note complainte

« La romance qui suit a été distribuée par milliers, et chantée publiquement à Paris,
le jour même que la défense du Roi a été prononcée. Cela prouve bien clairement que c’est la faction, et non la nation, qui accuse son Roi. »

   J’ai ensuite retrouvé le texte de cette complainte dans « l’Almanach des gens de bien pour l’année 1797 », publié à Paris par le fameux polémiste monarchiste Christophe Félix Louis Ventre de La Touloubre, dit Galart de Montjoie.
Après quoi, tout au long du XIXe siècle et jusqu’à nos jours, on la retrouve dans nombre de publications monarchistes, jusqu’à avoir même été chantée dans une émission de télévision : c’est l’enregistrement que l’on trouvera ci-après, lequel, toutefois, n’est pas exactement conforme, en ce qui concerne les reprises, avec le premier texte publié par J. Peltier, qui est celui que je reproduis textuellement ci-dessous (j’en ai seulement modernisé la graphie, mais conservé scrupuleusement la ponctuation).

Lully.

frise lys

O mon peuple ! que vous ai-je donc fait ?
J’aimais la vertu, la justice ;
Votre bonheur fut mon unique objet ;
Et vous me traînez au supplice ! (bis)

Français, Français, n’est-ce pas parmi vous
Que Louis reçut la naissance ?
Le même ciel nous a vu naître tous ;
J’étais enfant dans votre enfance.

O mon peuple, ai-je donc mérité
Tant de tourments et tant de peines !
Quand je vous ai donné la liberté,
Pourquoi me chargez vous de chaînes ? (bis)

Tout jeune, encor, tous les Français en moi
Voyaient leur appui tutélaire ;
Je n’étais pas encore votre Roi,
Et déjà j’étais votre père.
O mon peuple ! Que vous ai-je donc fait.. etc.

Quand je montai sur ce Trône éclatant
Que me destina ma naissance,
Mon premier pas dans ce poste brillant
Fut un Edit de bienfaisance.
O mon peuple ! Ai-je donc mérité… etc.

Le bon Henry, longtemps cher à vos cœurs,
Eut cependant quelques faiblesses ;
Mais Louis XVI, ami des bonnes mœurs,
N’eut ni favoris, ni maîtresses.
O mon peuple ! Que vous ai-je donc fait… etc.

Nommez les donc, nommez moi les sujets
Dont ma main signa la sentence !
Un seul jour vit périr plus de Français
Que les vingt ans de ma puissance !
O mon peuple ! Ai-je donc mérité… etc.

Si ma mort peut faire votre bonheur,
Prenez mes jours, je vous les donne.
Votre bon Roi, déplorant votre erreur,
Meurt innocent et vous pardonne.

O mon peuple ! recevez mes adieux ;
Soyez heureux, je meurs sans peine.
Puisse mon sang, en coulant sous vos yeux,
Dans vos coeurs éteindre la haine. (bis)

Pour entendre l’enregistrement faire un clic droit sur l’image ci-dessous puis « ouvrir dans un nouvel onglet »

Image de prévisualisation YouTube

frise lys

On trouvera aussi dans ce blogue :
Le discours du Pape Pie VI proclamant que Louis XVI est un martyr > ici
Le récit des dernières heures du Roi martyr > ici
Le testament de Louis XVI > ici
Le voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
Des Maximes écrites par le Roi Louis XVI > ici

La Messe de Requiem composée par Cherubini
pour le service funèbre à la mémoire de Louis XVI > ici

2014-6. « C’est l’absolu qui me donne la norme du relatif. » (Gustave Thibon)

       Chaque année, l’approche du 19 janvier - anniversaire de la mort (sans doute serait-il plus juste d’écrire : de l’entrée dans la lumière éternelle) de Gustave Thibon - , m’est une occasion de me replonger avec une intensité nouvelle, plus encore que dans l’oeuvre – ses livres sont toujours à portée de main dans mon bureau et me servent une nourriture quotidienne – , dans la pensée et dans l’âme de Thibon, et de resserrer ainsi les liens profonds que j’ai tissés avec lui depuis mon adolescence.
J’ai choisi, cette année, de partager avec vous un extrait de l’ouvrage intitulé « Entretiens avec Christian Chabanis » (Fayard – 1975), dans lequel sont retranscrits les échanges qui eurent lieu au cours de trois émissions diffusées par TF1 en février-mars 1975.
Je m’approprie totalement ce qu’a écrit magnifiquement Christian Chabanis comme dernière phrase de la préface de cet ouvrage : « J’ai reçu de Thibon ce qui n’appartient pas à Thibon non plus qu’à moi-même, mais en quoi nous communions ensemble : sans doute est-ce la raison pour quoi je ne lui mesure pas ma reconnaissance à l’aune du relatif. »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.                                          

Entretiens avec Christian Chabanis

frise

Eglise et politique.

   Christian Chabanis :
- Vous devez concevoir assez difficilement que l’Eglise – l’Eglise catholique, précisément – ait pu bénir la démocratie avec le luxe de louanges qu’elle lui prodigue depuis quelques années, et cesse de bénir d’autre formules politiques qui semblaient connaître sa prédilection jusque-là ?

   Gustave Thibon :
- Le mot « Eglise » est peut-être un peu exagéré : disons certains hommes d’Eglise, et même un bon nombre d’hommes d’Eglise. Cela ne m’étonne pas. Ce n’est pas d’hier que le clergé flatte les pouvoirs établis. Il flatte aujourd’hui la démocratie comme il flattait la monarchie, et il flatte aussi le socialisme, non comme pouvoir établi, du moins en Europe occidentale, mais comme pouvoir dont il prévoit l’avènement dans un proche avenir. Je note d’abord qu’il est normal que l’autorité religieuse ne fasse pas obstacle à l’autorité politique et qu’elle vive en bonne entente avec celle-ci. Ce qui me choque, c’est de la voir parfois coller au pouvoir temporel avec une servilité déconcertante.
Si j’étais méchant – j’y ai souvent pensé et ce serait une aubaine pour les anticléricaux, mais les anticléricaux sont mal renseignés – , je ferais une anthologie de mandements d’évêques, de la révolution française à nos jours. Vous verriez, d’un régime à l’autre, à quel point chacun a pu être démesurément exalté. D’abord les mandements des évêques sur Napoléon le Grand. Je me souviens de je ne sais quel texte dans lequel, après la victoire d’Austerlitz, et un parallèle entre Napoléon et Alexandre où Napoléon jouait d’ailleurs le beau rôle – notez qu’au point de vue stratégique, valeur militaire, ce parallèle pouvait se défendre – , un évêque concluait en disant : « Mais tandis qu’Alexandre luttait, mû par une insatiable ambition, le modeste et timide Napoléon ne tire l’épée que pour les droits de Dieu ! »
Voyons, si vous aviez à qualifier Napoléon, est-ce les mots de « timide » et de « modeste » qui vous viendraient sur les lèvres ? Il faut vraiment être évêque pour trouver cela.
Ensuite, les louanges de la révolution de 48 ; tel évêque plantait l’arbre de la liberté, mais trois ans après, quand Louis-Napoléon fut arrivé au pouvoir, encensait « le nouveau Constantin qui nous a délivrés de l’hydre de l’anarchie ». Et ça continue : « La France, c’est Pétain » et « Pétain, c’est la France » ! A quelques années de là, de Gaulle est comparé au Saint-Esprit ! Dans je ne sais quelle église où il fait sa visite le jour de la fête du Bon Pasteur, on ose lui dire qu’il « connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent » ! Ce que personne n’avait osé dire à Louis XIV ! Et pourtant, les flatteurs ne manquaient pas sous l’Ancien Régime !
Cela ne m’étonne pas du tout. Quant les hommes qui sont chargés d’enseigner le surnaturel, le divin, se mettent à verser dans le social, ils y versent de tout leur poids. C’est un peu comme si ce poids d’absolu qu’implique la religion se déversait sur le relatif, ce qui crée des exagérations ridicules.
Aujourd’hui, c’est la même chose vis-à-vis des démocraties et du socialisme. Si j’étais démocrate, si j’étais socialiste, la seule alliance qui me dégoûterait serait l’alliance des curés ! Elle est dictée, je ne dirai pas par l’intérêt personnel, mais par un conformisme aveugle à l’égard du pouvoir quel qu’il soit. Vous l’avez dit d’ailleurs un jour : « L’abbé de rue et l’abbé de cour se rejoignent ! » Et quand on encense le peuple, ce n’est pas les hommes du peuple, ce n’est pas les pauvres qu’on loue, mais cette immense force sociale que constitue la masse des pauvres. C’est donc toujours la puissance qui est adorée.

(…)

   Christian Chabanis :
- Pourrait-on parler, à votre sens, d’une politique chrétienne ?

   Gustave Thibon :
- Oui, à la limite d’une politique inspirée non par la mystique chrétienne – ce n’est pas l’affaire de la politique – , mais par un ensemble de règles empiriques qui tendent à respecter le plus possible la personnalité des hommes et leur liberté. Dans ce cas-là, on peut parler de politique chrétienne. Mais uniquement en ce sens. Et sans inféoder totalement le christianisme à cette politique, car le christianisme la déborde de toute part.
(…) Une politique ne peut jamais être totalement une politique de sainteté, pour l’excellente raison que toute politique doit tenir compte du mal et, dans un certain sens, composer avec le mal. Imaginez-vous un homme politique appliquant à la lettre, dans ses rapports avec les ennemis de son pays (un Hitler ou un Staline, par exemple), les conseils évangéliques : « Ne résiste pas au méchant » ou « Tends l’autre joue » ? Tout au plus, la sainteté pourrait-elle dicter à un homme politique certaines décisions qui vont dans le sens de la justice, de la loyauté, de la paix, etc. Mais toujours en tenant compte d’une infinité de contingences qui n’ont rien à voir avec le surnaturel.

   C.C. :
- Les réflexions que vous inspire le politique sont dictées cependant par cette expérience profonde dont nous avons d’abord parlé : l’expérience mystique. Le regard que vous posez sur toute chose, vous le posez en particulier sur le politique, à partir de la dimension métaphysique, si bien que votre pensée juge aussi le politique à travers l’absolu.

   G.T. :
- Sans aucun doute. Je le juge à travers l’absolu pour le considérer comme relatif. C’est l’absolu qui me donne la norme du relatif.

   C.C. :
- Du relatif dans tous les ordres de réalité ?

   G.T. :
- Du relatif politique comme du relatif de l’amour humain, comme du relatif de la morale, comme du relatif de toutes les réalités non surnaturelles, non divines. Lesquelles doivent être mises à leur place : non pas niées, non pas exaltées, mais bien situées. Sinon nous tombons dans ce que les hindous appellent « l’égarement des contraires » : on va indéfiniment d’une idolâtrie à l’idolâtrie opposée. Car il est beaucoup plus facile de mettre les choses à l’envers que de les remettre à leur place.

   C.C. :
- Et les choses à leur place, c’est la hiérarchie des valeurs et la hiérarchie des êtres que vous considérez comme fondamentales. A partir non seulement des mœurs, comme nous l’avons dit tout à l’heure, mais à partir d’un regard sur les mœurs qui vient du plus haut qu’elles ?

   G.T. :
- Bien sûr. (…)
Au fond, la société qui se rapproche le plus de mon idéal est celle où il existe encore des communautés naturelles, des groupes humains, où chaque individu exerce le maximum de libertés et de responsabilités personnelles, court ses risques personnels et ses chances personnelles, et peut s’intégrer dans un ensemble où il n’est pas simplement régi par la bureaucratie, où il a des contacts humains, où le prochain ait pour chacun une âme et un visage. Le pire, c’est l’administratif régnant en tout et partout. Qui donc a dit que les sociétés commencent par le sacré et finissent par l’administratif ?

Avec une pensée infiniment fraternelle G. Thibon

« Avec une pensée infiniment fraternelle – G. Thibon »
(conclusion d’un message de dédicace à l’intention de Frère Maximilien-Marie)

Quelque autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
– « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > ici
- « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > ici
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > ici
- Le message de ND de La Salette au monde paysan > ici
- « Le goût de l’aliment éternel » > ici
- « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > ici
Le sport dans la société moderne > ici

2014-4. Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires.

17 janvier,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain.

   Le 16 janvier l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs, établi dans la basilique de Notre-Dame des Victoires à Paris, célèbre sa fête patronale (cf. > ici).
Le lendemain de cette fête liturgique, on commémore l’apparition de la Très Sainte Vierge dans le ciel du village de Pontmain.

Voici aujourd’hui un texte qui m’a été adressé par un ami et qui établit en quelque sorte un lien entre la basilique de Notre-Dame des Victoires et l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Pontmain, le 17 janvier 1871.

Autel de ND des Victoires

Autel de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs
(basilique Notre-Dame des Victoires – Paris)

Monogramme Marie 2

Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires
récit de Louis Colin 
(*)

in « Notre-Dame de Pontmain – Son message à la France»
(1894 réédité en 2011 - 
pp. 97-101 ; 221-223 )

       Notre-Dame des Victoires, érigée en ex-voto pour remercier la Mère de Dieu de la défaite des protestants qui menaçaient alors de faire passer à l’hérésie la nation prédestinée, est sortie du cœur de Louis XIII en même temps et par le même mouvement que la consécration solennelle de son royaume à Marie.
Celui-ci, glorieux et victorieux autrefois dans le monde, maintenant broyé sous le talon de la protestante Allemagne et livré sans merci à ses innombrables armées, n’a plus qu’une seule ressource, celle d’y demander à genoux sa délivrance. Elle sera la victoire de Notre-Dame, à laquelle, par droit de naissance et de consécration nationale, appartient la France qui, par elle et avec elle, ne saurait ni devenir protestante ni mourir.

   Le 15 janvier, une neuvaine y fut annoncée qui devait s’ouvrir le 17, à huit heures du soir, et qui ne s’ouvrit pas ce jour-là sans difficultés.
Mgr Darboy, pour des raisons personnelles sans doute, voulut avoir une autre date qui fût sienne.
Quelles étaient les pensées de l’Archevêque ? Pourquoi ce retard ? Les événements peuvent seuls expliquer les lenteurs qu’il voulut y mettre ; car ce ne fut pas le 17, mais le 20 janvier, c’est-à-dire trois jours après, que la neuvaine devait officiellement commencer.

   La poussée des fidèles avait pourtant quelque chose de si extraordinaire et de si irrésistible que, craignant de mécontenter les foules qui, depuis l’annonce du 17, accouraient déjà de tout Paris, M. Chanal, curé de la paroisse, délégua un de ses vicaires, l’abbé Laurent Amodru, auprès de l’archidiacre Surat, pour lui exposer la situation difficile et imprévue dans laquelle on allait forcément se trouver.
« Continuez, répondit à celui-ci Mgr Surat, continuez les exercices préparatoires, comme s’il ne s’agissait de rien. »
Réponse qui fut un blanc-seing donné au curé pour en agir comme il était convenu.

   Bien qu’elle eût changé son nom primitif contre celui, plus modeste et plus accommodant, d’exercices préparatoires, la neuvaine du 17 s’ouvrit à point nommé, et lorsque huit heures de la nuit eurent sonnées à la grande horloge, dans la nef de la petite église un millier de fidèles, pliés sous les maux de la patrie, assistaient aux prières plus ardentes ce soir-là de l’Archiconfrérie.

   Un prédicateur monta en chaire, et ce prédicateur était l’abbé Laurent Amodru, revenu de l’archevêché.
De quoi pouvait-il entretenir les âmes, sinon des douleurs communes à tous ?
Le voilà qui parle de nos humiliations, de nos soldats, de nos défaites, du péril que court la France penchée au bord de l’abîme.
Puis subitement, comme s’il fût transporté et hors de lui-même, sous l’action d’un souffle inconnu, il demande que chacun fasse un vœu pour obtenir la cessation du fléau qui pèse sur le pays.
Ce vœu, c’est un cœur d’argent qui sera solennellement offert à Notre-Dame des Victoires, à la clôture de la neuvaine qui va commencer.

   L’auditoire à cette proposition se sent tressaillir, et les cœurs se réveillent à la douce espérance.
Du banc d’œuvre où il est assis, M. l’abbé Chanal, curé de la paroisse, se lève à son tour comme électrisé. Debout et d’une voix forte, tremblante aussi d’émotion et de larmes, il s’écrie :
« C’est de tout mon cœur, mes frères, que j’approuve l’ex-voto dont vient de vous parler le prédicateur. Oui, nous l’offrirons tous à Notre-Dame des Victoires pour qu’elle nous accorde la cessation de la guerre et arrête les châtiments du ciel. Nous jurerons en même temps de servir Dieu par la sanctification du dimanche, ainsi que vous venez de l’entendre. Ce cœur d’or et d’argent rappellera nos promesses, en même temps qu’il sera le témoignage de notre reconnaissance envers la sainte Vierge ! »

   Après quoi, une multitude de fidèles se presse aux bureaux de l’Archiconfrérie pour y déposer son obole.
La commotion produite sur tous était si visible que l’abbé François Amodru, [le frère de Laurent qui avait pris la parole], à la vue du mouvement extraordinaire qui agitait la foule, fut pris d’inquiétude.
Il se précipita vers son frère, et avec l’accent d’un homme tout troublé :
« Qu’avez-vous fait, mon frère, lui dit-il, qu’avez-vous fait ? Vous n’êtes comme moi qu’un simple vicaire, et voilà que du haut de la chaire vous avez mis tout le monde sur pied par une initiative qui n’appartient qu’à M. le curé ! Comment, sans vous être entendu au préalable avec lui, avez-vous osé émettre la proposition d’un ex-voto général ? Nos confrères en sont aussi surpris que moi. Voyez cette foule qui accourt… Comment y suffire ? »
II continuait… 

   Mais le frère, l’arrêtant d’un geste, lui dit avec douceur :
Mon ami, soyez en paix ; ce que j’ai fait, je devais le faire, puisque M. le curé l’a grandement et solennellement approuvé.
Mais, s’il ne l’avait pas approuvé ?
S’il n’avait pas dû l’approuver, je n’aurais peut-être pas dit ce que j’ai dit.
Alors vous avez donc eu…
Ne me parlez pas de cela et soyez en paix. Les prières de l’Archiconfrérie et des milliers d’âmes qui sont venues ici pour y prier durant tout le siège ont fait violence au ciel.
Sur ce, le frère étonné regarda son frère, et leur dialogue palpitant s’arrêta là.

   Au même moment un chrétien, aux oreilles duquel le nom de Pontmain n’avait jamais retenti, s’était recueilli en sa demeure. Profondément bouleversé par ce qu’il venait de voir, d’ouïr et de sentir à Notre-Dame des Victoires, il prenait une feuille de papier pour y laisser déborder le trop plein de son cœur.
Lui aussi était sous le charme intime d’une espérance soudaine, et tandis que la bienheureuse Apparition s’évanouissait lentement au ciel des cieux, un rayon lointain de ses étoiles lui tomba sous la plume qui d’un seul trait, à neuf heures du soir, écrivit à l’abbé Amodru la lettre mémorable que voici :

« Paris 17 janvier 1871

 « Monsieur l’Abbé,

    « Je reviens de Notre-Dame des Victoires, profondément ému des paroles que, dans une improvisation évidemment inspirée, vous avez adressées ce soir aux nombreux fidèles réunis au pied de l’autel de Marie.
 Déjà bien souvent, en dépit de nos rêves et malgré les nuages sombres dont notre horizon se voile de plus en plus, vous avez ranimé notre foi chancelante, et, puisant dans votre cœur une inaltérable confiance en la très sainte Vierge, vous nous avez répété ce cri que vos lèvres articulent avec une émotion si communicative :
Non, Paris ne tombera pas au pouvoir de l’ennemi et ne périra pas. Une barrière infranchissable s’élève entre lui et la capitale menacée. Notre-Dame des Victoires nous garde et nous défend.

Mû, j’allais dire entraîné, par une confiance qui semble puiser une force nouvelle dans le péril qui grandit d’heure en heure, vous venez ce soir même, dans un langage aussi pieux qu’émouvant, de faire passer en nos âmes attristées la sainte conviction qui anime la vôtre !

Une pensée, avez-vous dit, se présente en ce moment à mon esprit. Nous allons tous publiquement et solennellement supplier la Très Sainte Vierge de nous venir en aide, et nous ne franchirons pas le seuil de ce saint temple consacré à sa gloire sans lui avoir non moins solennellement promis de lui offrir un cœur d’argent qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, ENTRE HUIT ET NEUF HEURES DU SOIR, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle !

Un tel discours prononcé dans un semblable moment, appuyé, sanctionné, d’ailleurs, d’une exhortation véhémente de M. le Curé, devait aller directement au cœur de chacun des assistants. Un long frémissement s’empara, en effet, de la pieuse assemblée qu’un souffle divin venait de transformer tout à coup. L’émotion qui s’est emparée de moi s’est produite dans toutes les âmes. C’est avec bonheur que je le constate, et chacun voudra, je n’en doute pas, réaliser au plus tôt un vœu à la fois si saint et si consolant.

Je m’empresse, quant à moi, de venir, dès ce soir même, vous prier d’en recevoir ici l’expression solennelle. Veuillez, s’il se peut, l’offrir demain matin à Notre-Dame des Victoires, la suppliant de daigner l’accueillir comme un encens d’agréable odeur, composé des prières aussi bien que des voeux de ses plus fidèles sujets.

Et maintenant, monsieur l’Abbé, laissez-moi vous le dire, avec le respect dû à votre personne aussi bien qu’à votre caractère, vous avez su, en ces temps de défaillance et de découragement, maintenir en nous, vos fidèles auditeurs, la foi qui soutient et l’espérance qui fortifie. Ce double sentiment, je dirais cette double vertu, si je ne parlais ici que des autres, a été le partage de tous ceux qui ont écouté votre voix. Je n’en veux d’autre preuve que cette parole dite à mon oreille au moment de la sortie du temple : « La sainte Vierge ne saurait se montrer insensible à une foi si vive, AVANT HUIT JOURS, LA PAIX SERA SIGNÉE. »

Nous aurons donc, grâce à vous et à Notre-Dame des Victoires, attendu avec un calme égal à notre résignation l’heure fixée par la Providence pour le salut de notre malheureux pays. Cette heure bénie et si souvent attendue A SONNÉ CE SOIR, quelque chose me le dit. A l’exemple du saint vieillard Siméon, nous pourrons bientôt entonner le cantique d’allégresse : Nunc, dimittis servum suum, Domine,et les Annales de l’Archiconfrérie, déjà si riches en pieux souvenirs, s’illustreront encore de cette date à jamais mémorable du 17 janvier 1871.

Daignez, etc.,

Signé : Martel, Contrôleur des Monnaies

Apparition de ND à Pontmain 17 janvier 1871

Pontmain : 17 janvier 1871, entre 8h et 9h du soir…

(*) Louis Frédéric Colin, né à Lignières (département du Cher) le 14 janvier 1835, fit ses études au séminaire de Saint Sulpice à Paris, où il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1859. Il choisit alors d’intégrer la compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et un professeur de la Compagnie de Saint-Sulpice, occupa postes de professeur en France de 1860 à 1862, avant d’être envoyé au Québec : curé de Notre-Dame des Neiges à Montréal (1862-1863), professeur de droit canonique au grand séminaire (1863-1864), vicaire à Notre-Dame (1864-1874) et à nouveau professeur de droit canonique au grand séminaire (1874-1875), il devient directeur du grand séminaire de Montréal (1875-1881) puis supérieur des Sulpiciens du Canada (1881-1902). Il rendit son âme à Dieu le 27 novembre 1902. Une école et une avenue portent son nom à Montréal.

frise avec lys naturel

Concernant Notre-Dame des Victoires voir aussi :
– Historique de la basilique Notre-Dame des Victoires > ici
– Prière au Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs > ici
– Litanies de Notre-Dame des Victoires > ici

Concernant Notre-Dame de Pontmain, voir aussi :
– Récit de l’apparition > ici
– Le cantique « Mère de l’Espérance » > ici

2013-81. In memoriam : Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel, et Dominique Allier.

   Nous avons rappelé en son temps l’anniversaire du martyre de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, et avons évoqué à cette occasion ce que furent les « Camps de Jalès » (cf. > ici).
Attachons-nous aujourd’hui à la figure de deux de ses continuateurs : le marquis de Surville et Dominique Allier, frère de l’abbé. Cet automne 2013 marque le deux-cent-quinzième anniversaire de leur exécution, à des dates et en des lieux différents, mais après avoir été capturés ensemble toutefois.

2013-81. In memoriam : Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel, et Dominique Allier. dans Chronique de Lully surville-dazur-a-trois-roses-dargent-au-chef-dhermines

Surville : d’azur à trois roses d’argent au chef d’hermines

A – Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel.

   Il est né le 16 juin 1755 dans une  très ancienne famille de la noblesse vivaroise dont on a la trace au XIIIe siècle. Son père, Jacques de Surville, était capitaine au régiment d’infanterie de Berry ; sa mère était Suzanne de Rey.
Les Surville, délaissant leurs fiefs campagnards, s’étaient établis à Viviers, où leur hôtel particulier existe encore.

   Joseph-Etienne embrasse la carrière militaire et entre, à l’âge de 16 ans, au régiment de Picardie, créé par Henri II en 1558, qui sera renommé régiment Colonel-Général en 1780. Il prend part à la campagne de Corse (1774-1779).
En 1780, il part avec le comte de Rochambeau pour soutenir les insurgés américains contre les troupes britanniques : il est distingué pour son intrépidité au combat.
Rentré en France, on le retrouve en garnison avec le régiment Colonel-Général à Brest en 1783, à Besançon en 1784.
Erreur de jeunesse, entraînement des cadres de l’armée chez lesquels c’est un véritable phénomène de mode, ambiance générale de la haute société menée par l’esprit des « lumières », c’est à Besançon que Joseph-Etienne de Surville est initié à la maçonnerie (loge « la Modeste »), ce qui cependant ne semble pas influencer durablement ses convictions profondes tant pour ce qui concerne la religion que dans l’ordre politique.
Il est possible qu’il ait connu à cette époque le jeune Louis de Frotté, entré en 1781 au régiment Colonel-Général.

chateau-du-pradel-la-chapelle 17 novembre 1798 dans Lectures & relectures

Château du Pradel : la chapelle et l’entrée des bâtiments (état au début du XXe siècle)

   Le 28 février 1786, à l’âge de 31 ans, il épouse Marie-Pauline d’Arlempdes de Mirabel, dans la chapelle du château du Pradel (ancienne propriété du célèbre Olivier de Serre), proche de Villeneuve de Berg.
Ce mariage lui apportant le marquisat de Mirabel, Joseph-Etienne prend alors le titre de marquis.
De cette union naîtra un seul enfant, qui décédera à l’âge de 4 ans.

   Joseph-Etienne entre le 24 juin de cette même année 1786 au conseil municipal de Viviers. L’année suivante, le 30 juin 1787, il succède à son père comme premier consul de la cité.
En 1788 et 1789 il prend part aux assemblées de la noblesse du Vivarais.
A ma connaissance, on ne possède pas de portrait de lui. Les archives départementales de la Haute-Loire conservent la description faite par les révolutionnaires au moment de son arrestation : « D’une taille de cinq pieds deux à trois pouces », c’est-à-dire qu’il mesure environ 1,70 m, mais le reste est tout-à-fait imprécis : « il possède une jolie figure pleine » et « homme d’esprit, l’air fin et aisé ».

   Tous les historiens ne s’accordent pas sur sa participation au mouvement de Jalès. Il semblerait qu’il ait été arrêté une première fois après l’échec de la conspiration de Saillans (cf. > ici), mais qu’il ait réussi à s’échapper.
En mai 1793, il rejoint l’armée de Condé dans le Würtenberg. Inscrit sur la liste des émigrés, ses biens sont spoliés et vendus ; l’hôtel de Surville, à Viviers, est pillé, et toutes les archives en sont brûlées.

L’inaction lui pesant, il rentre clandestinement en Vivarais au début de l’année 1795. C’est alors qu’il s’engage activement dans le mouvement de chouannerie qui s’étend du Rouergue aux Monts du Lyonnais, en passant par le Gévaudan, la Margeride, les hautes Cévennes, le Vivarais, le Velay et le Forez : il est aux côtés du comte de La Motte (cf. > ici), des frères Allier - on trouvera ci-après le texte de la proclamation du 3 mai 1796 – , et il est en relation avec « notre » Grand Chanéac (cf. > ici) … etc.
Il fut arrêté dans la haute vallée de l’Ardèche, près de Mayres, et conduit à Aubenas, mais parvint à s’échapper encore une fois. 

   L’abbé Charles Jolivet dans son ouvrage sur « Les Chouans du Vivarais » écrit que « malgré le prestige de son nom et la confiance qu’inspira sa valeur, il ne jouera jamais qu’un rôle secondaire ».
Ce jugement nous semble injuste et sévère. Tout d’abord, en effet, le marquis de Surville a joué un rôle non négligeable d’agent de liaison d’une part entre les divers groupes de Chouans, et d’autre part entre l’ensemble du mouvement contre-révolutionnaire du sud-est du Royaume et la Cour en exil : il a ainsi parcouru à maintes reprises les provinces du haut-Languedoc, le Vivarais, le Velay et les environs de Lyon pour ensuite traverser la Suisse et les provinces de l’Empire en guerre, afin de rejoindre, au milieu d’innombrables périls, les Princes émigrés.
Puis il a aussi mené personnellement à bien des actions d’éclat à la tête de sa petite troupe, comme la prise de Pont-Saint-Esprit le 30 septembre 1797.
Dès le 10 juillet 1796, il avait été promu dans l’Ordre Royal de Saint-Louis, et c’est Sa Majesté le Roi Louis XVIII elle-même qui lui en remit le ruban le 8 mars 1797. 

   Nous verrons plus loin dans quelles circonstances il fut arrêté, le 2 octobre 1798.

250px-cachet_chouan 18 octobre 1798 dans Memento

B – Déclaration de l’armée chrétienne et royale d’Orient – 3 mai 1796.

Telle qu’elle est citée par Albert Boudon-Lashermes
in « Les Chouans du Velay » (1911) pp. 437-438 

Vive la Religion ! Vive le Roi ! Vive la liberté !

Nous, fidèles sujets de Sa Majesté Très Chrétienne Louis-Stanislas-Xavier, Roi de France et de Navarre,
profondément affectés des malheurs de notre déplorable patrie, regardant cet enchaînement de calamités comme l’effet de la plus terrible vengeance que l’Eternel ait jamais exercée contre aucun peuple de la terre, presque inondée du sang de nos concitoyens de tout âge, et marchant à travers les tombeaux de quatre millions d’entre eux, nous osons supplier ce Dieu de justice et de clémence de daigner enfin mettre un terme à ces terribles fléaux…
En présumant de Ses bontés inépuisables, persuadés que l’obligation première qu’Il nous impose est de rétablir, avec les saints autels, le trône de nos Rois, Fils aînés de l’Eglise, nous déclarons avoir pris à la face du Ciel et sous Ses divins auspices les engagements ci-après énoncés :
1° – De replacer la couronne de nos Rois dans la maison régnante des Bourbons et sur la tête de Louis XVIIIe du nom, sucesseur légitime de feu Louis XVII son auguste et trop infortuné neveu ; … de lui prêter une assistance continue pour rétablir les anciennes lois de son Etat, à l’abri desquelles nos anciens vécurent plus ou moins heureux pendant quatorze siècles.
2° – De faire revivre, dans son premier éclat et dans toute sa pureté, la religion catholique, apostolique et romaine…
Telle est irrévocablement la tâche honorable à l’éxécution de laquelle nous jurons de sacrifier notre repos, notre fortune et nos vies…
Fait au quartier général, sur les bords du Lac d’Issarlès, le 3 mai, jour de l’Invention de la Croix, l’an 1796 et le deuxième du règne de Louis XVIII.

Signé, au nom de tous nos frères d’armes présents :
Les généraux de l’armée chrétienne et royale de l’Orient,

Marquis de Surville
La Mothe 

lac-dissarles abbé Claude Allier dans Nos amis les Saints

Le lac d’Issarlès : d’une superficie de quelque 90 hectares, 5 km de circonférence et 138 m de profondeur
situé à 1000 m d’altitude dans une région difficile d’accès, les Chouans du Vivarais en firent le lieu de leur quartier général depuis lequel ils lancèrent la proclamation du 3 mai 1796. 

C – Dominique Allier.

   Frère de l’abbé Claude Allier, Dominique seconda son aîné le prieur de Chambonas dans ses entreprises à Jalès, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire (cf. > ici), puis dans la tentative de formation d’un camp royaliste à Séneujols, dans les montagnes du Velay (près de Saugues).
Après l’arrestation et le martyre de l’Abbé Allier, en septembre 1793, Dominique était activement recherché et dut vivre dans la clandestinité (on sait qu’il utilisera des pseudonymes), avec son jeune frère Charles. Peut-être – on ne peut en avoir la certitude absolue – prirent-ils part tous les deux à la défense de Lyon contre les troupes de la Convention.

   L’arrivée du comte de la Motte aux confins du Vivarais et du Velay, vers la fin de l’année 1793 ou au début de l’année 1794, permet de réorganiser et de relancer le mouvement contre-révolutionnaire qui avait été initié par l’abbé Claude Allier, comme nous l’avions aussi déjà raconté (cf. > ici).
Désormais, Dominique Allier sera l’un des plus actifs et des plus efficaces des auxiliaires du comte de La Motte. Ce dernier ne connaissait pas le pays et ses hommes, c’est Dominique Allier qui le présente aux chouans locaux, et qui le met en relation avec la population rurale, toujours méfiante au premier abord.

   Le signalement de Dominique Allier conservé aux Archives de la Haute-Loire le décrit comme étant âgé de 37 à 38 ans (en 1798), d’une taille de « cinq pieds quatre à cinq pouces » (soit environ 1,73 m), les cheveux chatains, la « figure laide et fort rouge », très marquée par la petite vérole, les yeux petits, avec une cicatrice à l’une des paupières qui lui défigure l’oeil, « il prend beaucoup de tabac », est peu loquace, a une certaine rusticité de manières.
Par son allure et ses habitudes de vie, il est très proche des paysans des hauts plateaux du Vivarais et du Velay.
L’abbé Charles Jolivet, déjà cité, écrit à son sujet :

   « Allier se présente au paysan comme le défenseur de ses intérêts matériels et moraux les plus chers, le redresseur des torts sociaux et surtout le protecteur de la religion, des bons prêtres et de toutes les victimes de la révolution ».

   Après l’exécution sommaire du général-comte de la Motte dans sa prison au Puy (5 octobre 1797), le marquis de Surville obtient pour Dominique Allier une nomination officielle de chef des Royalistes des Cévennes : il le lui écrit depuis Constance le 1er juillet 1798.
Surville et Allier, malgré l’acharnement mis par les « crapauds bleus » à leur recherche, leur jouèrent encore de nombreux « tours » et vinrent s’établir à la limite du Velay et du Forez, aux alentours de Tiranges, Retournac, Craponne, Bas-en-Basset …etc., contrées dont la grande majorité des habitants était ouvertement hostile à la république.

tiranges-vue-generale camps de Jalès dans Vexilla Regis

Tiranges (vue générale ancienne) : ce village appartient à l’ancienne province du Forez et a été intégré au département de la Haute-Loire ; il est sis à l’extrémité d’un haut plateau en bordure de la vallée de l’Ance, dont les escarpements font un lieu de refuge idéal.

D – Arrestation et exécution du marquis de Surville et de Dominique Allier.

   Le 2 octobre 1798, alors qu’ils étaient cachés dans le souterrain de la maison de Marie-Anne Théoleyre, veuve Brun, au bord des gorges de l’Ance, le marquis de Surville, Dominique Allier, un prêtre – l’abbé Aulagne – et un jeune chouan de 24 ans nommé Jean-Baptiste Robert, furent trahis (pour 800 livres), pris et conduits au Puy.
Fut également captif dans le même temps Jean-François-Joseph de Charbonnel de Jussac, né en 1774, qui avait été lieutenant du comte de La Motte.

   Dès le 12 octobre, les « patriotes » du Puy étaient avertis de plusieurs côtés que des attroupements se formaient, en Vivarais, en Gévaudan, en Margeride et en Forez, et que des groupes contre-révolutionnaires assez nombreux s’apprêtaient à marcher sur la capitale du Velay afin d’y délivrer Surville, Allier et les leurs.
Pris de panique, les révolutionnaires du Puy firent alors partir Dominique Allier, Jean-François de Charbonnel et Jean-Baptiste Robert pour Lyon, pour qu’ils y soient jugés par un tribunal militaire : ils comparurent le 15 novembre et furent passés par les armes le 17 novembre 1798.
Leur mort fut annoncée à Paris par le communiqué suivant envoyé par les révolutionnaires du Puy :

   « Citoyen ministre, nous venons à l’instant de recevoir une lettre du général Pille dont le contenu doit épouvanter tous les ennemis de la république. Elle vous apprendra que la terre de la liberté a dévoré trois de ses plus grands ennemis dans nos contrées, et que Dominique Allier, Charbonnel de Jussac et Robert ne sont plus. Vive la république ! » 

   Quant au marquis de Surville, il avait été gardé au Puy et, sans aucun retard, après un simulacre de procès, il avait été fusillé, contre la façade méridionale de l’église Saint-Laurent, le 18 octobre 1798. Il était âgé de 43 ans et 4 mois.

   Voici le récit de ses dernier instants, écrit par Albert Boudon-Lashermes :

   « Une foule immense de sans-culottes, de garde-nationaux, de troupes de ligne, gendarmerie, chasseurs et canonniers avait envahi les abords de Saint-Laurent pour assister à la mort de Surville.
D’un pas assuré, il descendit l’escalier de sa prison ; sa bouche et son cœur priaient. Il monta sur le tombereau, et, calme et souriant, traversa la rue Grange-vieille en saluant les amis accourus sur son passage. Le cortège sortit du Puy par la porte Pannessac.

le-puy-en-velay-porte-pannessac Charbonnel de Jussac

Le Puy-en-Velay : la Porte Pannessac (avant sa mutilation)

- Monsieur, dit-il à l’officier qui commandait le détachement, je crois inutile de vous demander un prêtre fidèle ; ce serait d’ailleurs l’exposer à de grands malheurs. Veuillez donc, s’il vous plaît, m’envoyer le curé constitutionnel.
Le prêtre arrive : « Je vous plains, Monsieur, d’avoir donné ce funeste exemple de prévarication ; je sais néanmoins que, dans le cas où je me trouve, je puis me servir de vous. Veuillez m’écouter ».
Le prêtre schismatique, attendri, remplit son pénible ministère. M. de Surville reçut ses consolations avec une piété et une douceur angéliques.
Un sergent s’avança pour lui bander les yeux : « Comment ! dit-il, depuis ma plus tendre enfance je sers mon Dieu et mon Roi, et vous ne me supposez pas assez de courage pour voir le plomb mortel ? »
Et, mettant la main sur son coeur, il s’écria : « C’est ici qu’il faut frapper ! »
La décharge retentit et Surville tomba mort au pied du contrefort de l’église. »

(Albert Boudon-Lashermes, in « Les Chouans du Velay » pp. 453-454)

   Albin Mazon de son côté écrit de manière plus laconique mais en apportant néanmoins quelques détails supplémentaires :

   « Conduit sur la place de la fraternité, en face de la ci-devant église des Jacobins, le marquis de Surville refuse de se laisser bander les yeux. « Vive Dieu et Vive le Roi, c’est ici qu’il faut frapper ! » criait-il. Et il montrait son coeur. Trois balles au moins le frappèrent au front ».

   Sans postérité, la branche aînée de la famille de Surville s’éteignit avec le marquis.
Son épouse, Marie-Pauline d’Arlempdes de Mirabel, lui survécut jusqu’en 1848. C’est elle qui fit publier, en 1803, selon les consignes que Joseph-Etienne lui avait laissées, les « Poésies de Marguerite-Éléonore-Clotilde de Vallon-Chalys, depuis Madame de Surville, poète français du xve siècle ». Ces poèmes de celle que l’on nomme plus communément Clotilde de Surville sont l’une des énigmes laissées par la mort du marquis (voir l’article de Wikipédia > ici).

   Pour nous, nous gardons vivante la mémoire du marquis de Surville et de ses intrépides compagnons, et chaque fois que, au Puy-en-Velay, Frère Maximilien-Marie passe à côté de l’église Saint-Laurent (ancienne église des Jacobins, c’est-à-dire des dominicains, avant la révolution), il a une pensée reconnaissante pour ce pur et généreux héros.

Lully.

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Le Puy, église Saint-Laurent contre le mur méridional de laquelle fut fusillé le marquis de Surville.

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2013-77. In memoriam : Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps.

- 18 octobre 1793 -

Anniversaire de la mort
de
Charles-Melchior Artus de Bonchamps 

2013-77. In memoriam : Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps. dans Chronique de Lully charles-melchior-artus-marquis-de-bonchamps

« J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner. »

   Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps, est né le 10 Mai 1760 au château du Crucifix (aujourd’hui détruit, seul un calvaire en marque le lieu), à Juvardeil, paroisse angevine de la partie orientale du Segréen, sur la rive droite de la Sarthe.

   A l’âge de 16 ans, il s’engage dans le régiment d’Aquitaine : à 22 ans (1782), il est lieutenant et combat en Inde contre les Anglais, dans le régiment du Bailli de Suffren ; à 27 ans (1787), il est capitaine de grenadiers.
En 1789, il épouse Marie Renée Marguerite de Scépeaux. Comme il est en désaccord avec les idées de la révolution, il se retire des cadres de l’armée et, avec sa jeune épouse, vient s’installer dans les Mauges, en son château de la Baronnière, sur la paroisse de La Chapelle-Saint-Florent, au sud du Marillais, à une lieue environ de Saint-Florent-le-Vieil.
Néanmoins, un peu plus tard il reprend du service et, le 10 Août 1792, il participe à la défense des Tuileries (cf. > ici) : à cette occasion, il sauve la vie de Henri de La Rochejaquelein.

bonchamps-blason 18 octobre dans Lectures & relectures

Armoiries de la famille Artus de Bonchamps :
De gueules à deux triangles vidés d’or entrelacés en forme d’étoile

   Au lendemain de l’insurrection qui éclate à Saint-Florent-le-Vieil le 12 mars 1793, lorsque les paysans décident de se choisir un chef, ils viennent – comme tout naturellement – chercher Bonchamps : dans un premier temps celui-ci refuse, car il ne croit pas aux chances de ce soulèvement ; puis il prend la tête de ces hommes dont il fera les meilleurs soldats de l’insurrection, surnommés « les Bonchamps ».
Avec eux, le 3 mai, il s’empare de Bressuire et se dirige ensuite – avec La Rochejaquelein - vers Thouars, qu’ils emportent le 5 : ils gracient les prisonniers et libèrent également le général républicain Quétineau, auquel ils proposent de rester avec eux en tant que prisonnier sur parole ; Quétineau refuse, ne voulant pas passer pour traître, ce qui ne l’empêchera pas d’être jugé, condamné à mort et exécuté par les siens.
Le 25 mai, Bonchamps et ses hommes partent à l’assaut de Fontenay tenue par 4.000 bleus. Bonchamps est blessé par un hussard à qui il vient de faire grâce : malgré les exemples de leur chef, ses soldats, furieux, massacreront une soixantaine de bleus pour ne pas laisser échapper le coupable ! Fontenay est prise, mais Bonchamps doit aller se reposer au château de Laubedière, à La Gaubretière.
Le 12 juin 1793, il est présent à Saumur où, avec les autres chefs vendéens, il élit Jacques Cathelineau (cf. > ici) comme premier généralissime de la grande Armée Catholique et Royale.

   Devant le Conseil, il ne cessera de défendre son plan qui consiste à traverser la Loire pour soulever l’Anjou, la Bretagne et la Normandie. Cependant, c’est le plan de Cathelineau qui est retenu : s’emparer de Nantes.
A la tête de 7.000 hommes, Bonchamps s’empare de Varades, d’Ancenis et de Oudon avant d’attaquer Nantes, le 29 Juin, par la route d’Angers, dans le faubourg de Saint Donatien.
Malgré de lourdes pertes, l’armée avance jusqu’à la cathédrale Saint Pierre, au cœur de la ville. Toutefois, n’ayant aucune nouvelle des troupes de Charette ni de celles de Cathelineau, il recule vers Ancenis : en fait, Cathelineau a été mortellement blessé, et l’Armée Catholique et Royale doit se replier.

coeurvendeen 18 octobre 1793 dans Memento

   Blessé à Châtillon, le 5 juillet, lors de la victoire sur les troupes commandées par Westermann, Bonchamps est transporté au château de Jallais : il ne peut participer au conseil qui, le 19 juillet, élit Maurice de Gigost d’Elbée (cf. > ici) comme nouveau généralissime ; Cathelineau en effet a rendu son âme à Dieu le 14 juillet.
Sans illusion, d’Elbée confie à Poirier de Beauvais : « Je ne suis pas à ma place ; il est un autre homme qu’on aurait dû faire généralissime et toutes nos affaires eussent prospéré !… Il faut être obéi, et je ne le suis pas. C’est là, n’en doutez pas, le vrai motif pour lequel on n’a pas nommé Monsieur de Bonchamps. On est convaincu qu’il est plus militaire que je ne le suis, mais aussi qu’il a plus de fermeté, et qu’avec moi l’on fera ce que l’on voudra, parce qu’on suppose que je n’irai point sévir contre des gens qui marquent par leur naissance, leurs propriétés et leur influence. Oui, si Monsieur de Bonchamps était à ma place tout irait bien ; dans ce cas, je me ferais honneur d’être son aide de camp ».
Bonchamps, le bras en écharpe, se rend le 17 septembre à Cholet, où les chefs vendéens sont rassemblés. Ils décident d’anéantir l’armée de Mayence de Kléber, à Torfou : Charette et Lescure doivent attaquer d’un côté, pendant que d’Elbée et Bonchamps prennent l’autre flanc.
Bonchamps attaque trois fois de suite les troupes de Kléber, mais la diversion de Charette et Lescure n’a pas lieu, et il est repoussé trois fois, sans toutefois être mis en déroute. Les généraux vendéens ont tout de même l’avantage mais ils attendaient un succès plus complet.

coeurvendeen Bonchamps dans Vexilla Regis

   D’Elbée et Bonchamps viennent ensuite attaquer Westermann à Châtillon, le 10 octobre, pour lui barrer la route de Cholet. Les paysans vendéens ne peuvent lutter avantageusement dans la nuit : la petite ville dans laquelle s’entassent 30.000 royalistes tombe aux mains de 1.500 républicains.

   Bleus et Blancs se retrouvent à Cholet le 17 Octobre 1793 : c’est l’une des plus grandes bataille de la guerre de Vendée. La Rochejaquelein conduit la droite de l’armée vendéenne, Stofflet et Marigny arrivent à gauche,  d’Elbée et Bonchamps attaquent au centre.
Craignant l’issue du combat, Bonchamps donne l’ordre à Autichamps et à Talmond de prendre Varades, en vue de permettre à l’Armée Catholique et Royale de traverser la Loire, en cas de déroute.

   La division de La Rochejaquelein fonce en tête et s’empare de la forêt de Cholet. D’Elbée et Bonchamps attaquent la brigade de Marceau : ils écrasent les premiers rangs, puis le combat se stabilise ; nul n’avance ni ne recule.
La Rochejaquelein commence à faiblir tandis que, à gauche, dans le bois Grolleau, Stofflet et Marigny n’arrivent pas à prendre le dessus. La bataille est indécise. 
Haxo harcelle la division de La Rochejaquelein qui finit par se disloquer. Et c’est le carnage !
L’armée républicaine poursuit les Royalistes épuisés. Le massacre ne s’arrête qu’à la nuit tombée. Bonchamps et d’Elbée ont été mortellement blessés.
Bonchamps est frappé au moment où il prend connaissance d’un message d’Autichamp et de Talmond qui annonce la prise de Varades.
La Vendée est en flammes ; une foule immense se rue vers la Loire… vers ce qu’elle pense être son salut.
Le passage du fleuve commence à l’aide d’une vingtaine de barques le 18 Octobre 1793.

bonchamps-blesse-passe-la-loire-apres-la-2e-bataille-de-cholet Charles-Melchior Artus de Bonchamps

Bonchamps, mortellement blessé, est transporté dans une barque sur la rive droite de la Loire
après la défaite du 17 octobre 1793 à Cholet (vitrail de l’église du Pin en Mauges) ;
c’est au cours de ce transport qu’il dit au prêtre qui l’assiste :
« J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner ».

   A Saint-Florent-Le-Vieil, sont détenus cinq mille prisonniers républicains dans l’abbatiale et dans le parc.
Que faut-il en faire ? L’avis général est de les fusiller ; toutefois, prisonniers depuis plusieurs mois, ils ne sont pas la cause des massacres actuels.

Bonchamps est mis au courant de la délibération du conseil de guerre, et il envoie demander la grâce des prisonniers.
Il n’est d’ailleurs pas le seul : Lescure agonisant ne veut pas non plus du massacre, et les habitants de Saint-Florent refusent que leur ville soit associée à cette tuerie. Les dernières volontés de Bonchamps seront déterminantes. Voici le récit qu’en a laissé son épouse :

   « Monsieur de Bonchamps, après sa blessure, a été transporté à Saint-Florent, où se trouvent 5 000 prisonniers renfermés dans l’église. La religion avait jusqu’alors préservé les Vendéens de représailles sanguinaires ; mais lorsqu’on leur annonça que mon infortuné mari était blessé mortellement, leur fureur égala leur désespoir ; ils jurèrent la mort des prisonniers.
Monsieur de Bonchamps avait été porté chez Monsieur Duval, dans le bas de la ville. Tous les officiers de son armée se rangèrent à genoux autour du matelas sur lequel il était étendu, attendant avec anxiété la décision du chirurgien. Mais la blessure ne laissait aucune espérance ; monsieur de Bonchamps le reconnut à la sombre tristesse qui régnait sur toutes les figures. Il chercha à calmer la douleur de ses officiers, demanda avec instance que ses derniers ordres fussent exécutés, et aussitôt il prescrivit que l’on donnât la vie aux prisonniers ; puis se tournant, vers d’Autichamp, il ajouta : « Mon ami, c’est sûrement le dernier ordre que je vous donnerai, laissez-moi l’assurance qu’il sera exécuté ».
En effet, cet ordre, donné sur son lit de mort, produisit tout l’effet qu’on en devait attendre ; à peine fut-il connu des soldats que de toutes parts ils s’écrièrent : « Grâce ! Grâce ! Bonchamps l’ordonne ! ». Et les prisonniers furent sauvés
. »

grace-aux-prisonniers-bonchamps-mourant Charles-Melchior de Bonchamps

« Grâce ! Grâce ! Bonchamps l’ordonne ! »
(vitrail de l’église du Pin en Mauges).

   Au hameau de La Meilleraie, Bonchamps rendit son dernier soupir ce 18 octobre 1793 vers 23h : comme Notre-Seigneur Jésus-Christ il était âgé de trente-trois ans et demi et, comme Lui, il avait, en mourant, fait entendre des paroles de pardon et de miséricorde.

   Au cours de la nuit, il fut enterré dans le cimetière de Varades, tout fut fait pour que sa sépulture demeure inconnue des républicains.
Certains récits prétendent que malgré ces précautions, les bleus le déterrèrent et envoyèrent sa tête à Paris. Cette version des faits n’est pas recevable, nous le verrons plus tard.

   Le 19 Octobre 1793, Merlin de Thionville écrivit au Comité de Salut Public : « D’Elbée est blessé à mort. Bonchamps n’a plus que quelques heures à vivre. Ces lâches ennemis de la Nation ont, à ce qui se dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres qu’ils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de la bouche même de plusieurs d’entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce trait d’incroyable hypocrisie. Je les ai pérorés, et ils ont bientôt compris qu’ils ne devaient aucune reconnaissance aux Brigands… Des hommes libres acceptant la vie de la main des esclaves ! Ce n’est pas révolutionnaire… N’en parlez pas même à la Convention. Les Brigands n’ont pas le temps d’écrire ou de faire des journaux. Cela s’oubliera comme tant d’autres choses… ».

   Toutefois, beaucoup des prisonniers républicains de Saint-Florent qui eurent la vie sauve grâce au pardon de Bonchamps n’ont pas oublié. Pierre Haudaudine, révolutionnaire nantais qui était du nombre, recueille le 14 Octobre 1794 de nombreuses signatures de ses anciens compagnons : « Nous soussignés, habitants de Nantes, déclarons et attestons sur l’honneur qu’ayant fait partie des prisonniers républicains qui se trouvèrent, le 18 Octobre 1793, entassés, au nombre de cinq mille cinq cents environ, à Saint-Florent-le-Vieil, où notre délivrance eut lieu le lendemain par l’armée républicaine, nous ne dûmes notre salut, à cette fatale époque, qu’au caractère noble et généreux de M. de Bonchamps, l’un des généraux de l’armée vendéenne, qui peu d’instant avant sa mort, parvint par ses exhortations, à contenir la fureur de ses troupes, et leur fit même la défense la plus vigoureuse d’attenter à la vie des prisonniers, dont le sacrifice paraissait résolu. »

   Madame de Bonchamps et sa fille, condamnées à mort par le tribunal militaire du Mans, furent sauvées par cette intervention du révolutionnaire nantais.

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Tombeau de Bonchamps dans l’abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil, oeuvre de David d’Angers.

   Parmi les soldats républicains sauvés par le pardon de Bonchamps à l’agonie, se trouvait aussi le père de Pierre-Jean David, plus connu sous le nom de David d’Angers.
A la Restauration, Madame de Bonchamps fit exhumer les restes de son époux : en 1817, la tombe du cimetière de Varades fut ouverte et la dépouille du général fut d’abord transférée dans une chapelle du cimetière de La Chapelle Saint-Florent. Mais, huit ans plus tard, le 18 juin 1825, un nouveau transfert, solennel, eut lieu, lorsque le magnifique mausolée ciselé par le talent et la reconnaissance de Pierre-Jean David fut achevé dans l’église abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil.
La reconnaissance des ossements du général-marquis de Bonchamps mentionne alors la présence de son crâne, ce qui infirme donc la légende de la décapitation de sa dépouille et de l’envoi de sa tête à la Convention.

fleur-de-lys héros chrétien

   « J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner ». Le témoignage que s’est rendu à lui-même le héros mourant était juste, et il demeure pour chacun de nous un splendide exemple : servir les causes justes, jusqu’au don le plus total ; savoir se battre pour elles avec toute notre énergie ; mais ne jamais pour autant laisser de place à la haine et à la vengeance à l’intérieur de nos âmes.

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