Archive pour la catégorie 'Memento'

2015-96. « L’Eglise est devenue une masse informe de groupes de discussion…»

Jeudi soir 19 novembre 2015,
Fête de Sainte Elisabeth de Hongrie ;
23 ème anniversaire du rappel à Dieu de l’abbé Bryan Houghton.

Je ne veux pas achever cette journée, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, sans venir auprès de vous avec un excellent texte de Monsieur l’abbé Bryan Houghton (cf. ici) dont ce 19 novembre est l’anniversaire du rappel à Dieu (voir aussi ici).
Extrait de son bel ouvrage « Prêtre rejeté », publié en 1990, ce texte a donc 25 ans… et n’a pas pris une seule ride : hélas !
On peut même dire que les pitoyables rebondissements grand-guignolesques du dernier synode romain et les scandaleuses prises de position de certains hauts dignitaires de la Sainte Eglise Romaine lui ont donné une nouvelle actualité et en ont – malheureusement – confirmé les analyses.

Je le laisse à votre lecture, à votre réflexion, à votre méditation.

Lully.

abbé Bryan Houghton

Monsieur l’abbé Bryan Houghton (2 avril 1911 – 19 novembre 1992)

L’Eglise est devenue une masse informe de groupes de discussion…

« (…) La plus grande tragédie de l’histoire de l’Eglise est sans doute la décision des Pères de Vatican II de se constituer en Cercle épiscopal de discussion pastorale au lieu de tenir un concile dogmatique. En matière de dogme, ils possédaient l’autorité divine et la compétence humaine. En tant que cercle de discussion, ils n’avaient pas plus d’autorité et sans doute moins de compétence que la Société des débats de Trifouillis-les-Oies. Les documents qu’ils ont produits sont des monuments à la « volonté générale ». Quiconque dispose d’une réserve suffisante d’anti-soporifique peut les ingurgiter.
Quoi que l’on pense du IIe concile du Vatican, il a porté un fruit indiscutable : l’Eglise entière, l’Epouse immaculée, l’Arche du salut, s’est transformée en une masse informe de cercles de discussion. Il y a les synodes romains, les conférences épiscopales nationales et régionales, les assemblées de prêtres, les commissions de ceci et de cela, les rassemblements diocésains, les cours de recyclage, les journées d’étude. Les rencontres de doyenné, les journées de récollection, les retraites et, dans une certaine mesure, la messe, ont été transformées en cercles de discussion. Les malheureux laïcs ont été pris, eux aussi dans le tourbillon et dirigés vers des commissions et des conciles à tous niveaux.
Personne ne fait rien parce que cela supposerait l’acte d’une volonté personnelle, mais tout est mis en discussion dans l’ouverture, l’irresponsabilité et l’abstraction les plus complètes. Tout est remis en cause, jusqu’aux fondements de la religion. Dans le monde réel, très peu de chose peut être remis en cause et nous sommes dirigés par les circonstances – par la Providence divine. Rien de tel dans une discussion de groupe : l’homme y est absolument libre dans le monde abstrait de sa propre cervelle, de ses opinions dégagées de toute responsabilité. C’est là que germe, fleurit et fructifie la « volonté générale ».
Un autre point mérite d’être souligné. Le mot « pastoral » change tout à fait de sens selon qu’il est employé dans les discussions de groupe ou qu’il s’agit du monde réel. Telle que les prêtres d’autrefois la concevaient, la pastorale consistait à rendre témoignage aux dogmes que l’Eglise enseignait en vertu de son autorité divine. Mais ni le dogme ni l’autorité n’ont droit de cité dans les cercles de discussion. Il s’ensuit que le mot « pastoral » prend dans cet univers la signification contraire : il veut dire « non dogmatique » et « sans autorité ». Quand il s’est déclaré « concile pastoral » et non « dogmatique », Vatican II ne voulait pas dire que l’on devrait tenir les dogmes pour acquis et qu’il entendait se préoccuper des moyens de mieux les faire connaître aux fidèles et aux infidèles. Il voulait dire que les discussions ne devaient pas être entravées par les dogmes. En fait, « pastoral » sonne mieux que « existentiel » ; c’est en somme l’adjectif d’orthopraxis puisqu’on ne dit pas « orthopratique ». Le mot a ainsi trompé maints bons prêtres et évêques. Prenons un exemple : les divorcés remariés. Selon la pastorale d’un curé d’autrefois, il n’aurait été question que de sainteté, d’héroïsme, de vivre en frère et soeur, d’assister à la messe sans communier, etc., toutes recommandations dérivées du dogme. Aujourd’hui, si l’on nous demande de réfléchir à la question des divorcés remariés du « point de vue pastoral », nous savons que nous devons faire abstraction de l’enseignement dogmatique de l’Eglise, et les encourager à la communion quotidienne avant de les faire entrer au conseil paroissial.
Le double fait que la discussion doit être ouverte et qu’elle ne doit pas être contrecarrée par l’autorité conduit à un curieux phénomène. La volonté générale qui en résulte permet n’importe quel changement, aussi scandaleux qu’il soit, mais refuse toute forme de tradition, aussi souhaitable qu’elle soit. Pourquoi ? Parce que la tradition est la plus fondamentale des formes d’autorité. Nous ne pouvons que constater ce phénomène tout autour de nous dans l’Eglise, depuis qu’elle est devenue une masse informe de groupes de discussion. La révolution est là (…). »

Abbé Bryan Hougthon, in « Prêtre rejeté », chap. XIII : « L’Eglise du bavardage »,
(pp. 130-132 dans l’édition revue et augmentée de 2005 – Dominique Martin-Morin).

prélats en discussion

2015-90. De l’Edit de Fontainebleau par lequel fut révoqué l’Edit de Nantes.

Dimanche soir 18 octobre 2015 :
Fête de Saint Luc l’Evangéliste ;
Mémoire du 21 ème dimanche après la Pentecôte ;
222 ème anniversaire de la sainte mort de Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps ;
217 ème anniversaire de l’exécution de Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A toutes les célébrations et commémorations de ce jour qui s’achève, je veux ajouter le trois-cent-trentième anniversaire de l’Edit de Fontainebleau, qui, comme son nom l’indique, fut signé à Fontainebleau par Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV, le 18 octobre 1685.

Edit de Fontainebleau dernière page - Archives Nationales

Original de l’Edit de Fontainebleau du 18 octobre 1685,
dernière page avec les signatures de S.M.T.C. le Roi Louis XIV
et de Michel le Tellier, chancelier de France,
scellé du sceau royal en cire verte,
et portant mention de l’enregistrement par le Parlement de Paris le 28 novembre 1685.

Assurément, cet édit, plus communément appelé « révocation de l’Edit de Nantes », est l’un des griefs les plus tenaces que l’on brandit contre le Grand Roi, et l’un des reproches récurrents que l’on adresse aux catholiques, puisque, bien entendu, il n’y aurait d’un côté que des gentils protestants pacifiques vivant selon le véritable esprit évangélique, et de l’autre côté que des méchants catholiques, oppresseurs et cruels, ayant trahi et travesti la doctrine de Jésus-Christ !
Il faut dire que l’histoire officielle n’a jamais été avare de mensonges et de détournements de la vérité pour inculquer aux Français, dès leur plus jeune âge, le mépris et la haine tout à la fois de la Sainte Eglise et de la glorieuse Royauté française.

Foin du prêt à penser républicain !
Pour ce qui me concerne, et parce que je considère que l’on ne doit pas regarder le passé avec les lunettes d’aujourd’hui (surtout lorsque ces lunettes sont teintées d’idéologie, d’indifférentisme et de relativisme, et que leur champ de vision est en outre imposé par l’apostasie officielle des nations), avec l’écrasante majorité des loyaux sujets du Roi Très Chrétien contemporains de l’événement, je suis bien loin de porter un jugement négatif sur cet Edit de Fontainebleau ; tout au contraire !
Je ne veux d’ailleurs pas manquer de faire remarquer aux inconditionnels de la démocratie, qui voudraient nous convaincre que la vérité politique et sociale découle de l’opinion de la majorité, que – dans tout le règne de Louis XIV –  il n’y a sans doute pas eu de mesure plus unaniment populaire ni plus spontanément plébiscitée et louée, par tout le Royaume, que cette révocation.

Il faudrait bien davantage qu’un simple article dans les pages de ce blogue pour tout argumenter.
Il convient néanmoins de rappeler que le fameux Edit de Nantes était un texte transitoire, lié à des circonstances bien particulières, qui ne pouvait en aucune manière oblitérer les serments du Sacre : le Roi de France, le Roi Très Chrétien a juré solennellement devant Dieu, devant l’Eglise, devant les Grands et devant tout son peuple, d’extirper l’hérésie du Royaume.

« Evêque du dehors », porte-glaive des droits de la Sainte Eglise, le Roi a charge d’âmes ; le Roi devra rendre compte à Dieu du salut des peuples commis temporellement à sa garde.
Or le protestantisme est une accumulation de doctrines erronées, de fausses interprétations des Saintes Ecritures, d’allégations fallacieuses : cette hérésie corrompt les âmes, les éloigne de la Vérité confiée comme un dépôt sacré à la Sainte Eglise ; le protestantisme met donc les âmes en grand danger de se perdre pour l’éternité.
En outre, et on l’a bien vu pendant presque tout le XVI ème siècle, et pendant une grande partie du règne de Louis XIII encore, l’hérésie protestante est une source majeure de troubles civils et politiques : elle a toujours menacé la paix du Royaume, elle a multiplié les exactions contre les personnes et les biens privés, elle a porté atteinte à l’unité nationale avec la plus insolente audace.

Le bon peuple de France quant à lui, profondément ancré dans sa foi traditionnelle, n’en peut plus de l’arrogance de ces prétendus réformés qui restent orgueilleusement couverts au passage du Saint-Sacrement et des reliques, qui refusent de s’agenouiller devant Dieu, qui méprisent les saints protecteurs du Royaume, des provinces, des cités et des corporations, qui ne s’associent pas aux prières publiques lorsque quelque malheur menace le Royaume, et qui sont les descendants impénitents des pilleurs d’églises, des profanateurs de couvents, des massacreurs de prêtres et de religieux, des violeurs de nonnes, et des incendiaires des villages catholiques…

Guy-Louis Vernansal allégorie de la révocation de l'Edit de Nantes

Guy-Louis Vernansal (1648-1729) : allégorie de l’Edit de Fontainebleau (Château de Versailles).

La toile, dont je publie ci-dessus une photographie, fut peinte par Guy-Louis Vernansal (1648-1729) : c’est cette oeuvre qu’il présenta à l’Académie Royale de peinture et de sculpture en septembre 1687, lorsqu’il y fut admis.

Ce tableau est une allégorie de l’Edit de Fontainebleau.
Louis XIV y est représenté assis de profil, désignant de la main la figure de la Vérité dont la main gauche semble capter la lumière des rayons du soleil (car la Vérité, comme le soleil, est unique), tandis qu’elle s’appuie, du côté droit, sur le texte de l’Edit. La Vérité est couronnée de lauriers, car elle finit toujours par triompher.
Légèrement en arrière de la Vérité, est représentée la Foi : elle est voilée, parce que la Foi n’est pas l’évidence ; ce n’est que dans l’éternité que ce que la Foi nous présente à croire ici-bas sera pleinement dévoilé. La Foi tient une croix, représentation du mystère central de la Révélation chrétienne.
Un peu plus haut se trouve la figure de la Religion, coiffée de la tiare papale, élevant le Calice surmonté d’une Hostie rayonnante : sont ainsi mis en évidence deux points essentiels de l’enseignement du Christ, présents dans les Saints Evangiles mais refusés par les huguenots, c’est-à-dire les sacrements de l’Ordre et de l’Eucharistie.
Sur le côté droit de la composition, juste derrière Louis XIV, est représentée la Piété
 : elle porte la main sur sa poitrine, signifiant par là la réelle profondeur de l’amour du Roi pour la vraie religion, tandis que la flamme qui s’élève du front de cette même figure allégorique symbolise le zèle ardent de l’esprit du Souverain pour les vérités révélées.
La Justice, clairement identifiée par le glaive qu’elle tient en main, est figurée derrière le trône royal : elle porte un diadème, car la Justice est souveraine. Elle tourne son visage vers un homme qui jette des livres, ces mauvais livres par lesquels les auteurs de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée) répandent leurs doctrines d’erreur.
Dans la partie gauche du tableau, on voit les vices précipités dans les flammes : on reconnaît l’Hypocrisie à son masque, la Discorde à sa torche éteinte, et la Rébellion à son casque et à son glaive.
L’artiste a opposé la stabilité architectonique de la partie droite (puissantes colonnes, trône, attitudes hiératiques et calmes), partie où se trouve le Souverain, à l’agitation et au déséquilibre de la partie gauche (celle des vices). Ces deux zones sont nettement séparées par les nuées qui servent de support aux figures allégoriques centrales.
Ce tableau, pour moi, vaut tous les longs exposés apologétiques.

Toutefois, à tous ceux qui veulent approfondir la réalité de l’Edit de Fontainebleau, je recommande tout particulièrement la lecture du chapitre XXI du remarquable « Louis XIV » de François Bluche.
Ce chapitre, intitulé « Unité religieuse, unité nationale » est d’autant plus intéressant qu’il nous livre une approche honnête et rigoureuse des faits, réalisée par un historien de confession… protestante !

Lully.

lily04

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 18 octobre, 2015 |1 Commentaire »

2015-88. « La Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne… »

Vendredi 16 octobre 2015,
en France, la fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici),
222ème anniversaire de l’assassinat de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.

Le sinistre anniversaire dont est à jamais marquée la date du 16 octobre, nous est l’occasion d’approfondir un peu plus chaque année, à rebours de l’image imposée par l’histoire officielle et par les clichés romantiques ou post-romantiques, notre connaissance de la personnalité de la Reine-martyre, du courage et de l’héroïsme dont elle fit montre face aux suppôts déchaînés de l’enfer en cette révolution – fille de Satan – ,  de sa grande âme, et du sens spirituel (sinon mystique) de son sacrifice…

Le Révérend Père Jean Charles-Roux, dont nous avions évoqué l’extraordinaire figure à l’occasion de son décès (cf. > ici), a été l’un de ceux qui a le plus et le mieux mis en lumière la vérité surnaturelle de cette vie et de ce martyre.
C’est donc à lui que j’emprunte aujourd’hui les lignes qui suivent : serrant au plus près les récits, dont il fait d’abondantes citations, laissés par les témoins oculaires des derniers instants de la Reine, il nous entraîne dans une sorte de méditation, afin de nous élever à la contemplation des réalités invisibles présentes au-delà des apparences qui nous sembleraient au premier abord purement anecdotiques et banales.
Voici donc ce qu’il a écrit au sujet du trajet en charette depuis la Conciergerie jusqu’à l’échafaud.

Armes de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine

Armoiries de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine

« La Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne. »

Extraordinaire et unique en les annales, non pas seulement de la France, mais de toute la Chrétienté, a été ce trajet de la Reine du cachot au couperet. Car, au lieu d’être, comme l’avaient voulu ses auteurs, humiliant et infamant à l’extrême, il avait été, comme celui de Jésus du prétoire au Calvaire, une apothéose, en le ton le plus contenu et le plus prenant de l’héroïsme.
La Reine y avait démontré que, par cette « possession de son âme » qu’avait remarqué en elle Louis XVI, il lui avait été possible de s’imposer un comportement qui avait élevé sa présence physique au-dessus de son plus piteux état corporel et de ces conditions pires que misérables en lesquelles elle s’était actuellement trouvée. Ainsi s’était-il fait que, lorsqu’en cette date, si accablante pour la conscience française, du 16 octobre, après une attente qui, pour certains, en ces foules immenses, avait duré depuis les cinq heures du matin, un commandement militaire un peu avant onze heures avait retenti ; et que toutes les troupes, massées autour de la Conciergerie, avaient mis l’arme en main et fait face au palais ; et que là la grande porte se soit ouverte, pour laisser paraître et s’avancer « la victime », elle avait été « pâle, mais toujours Reine », comme l’a écrit Charles Desfossez, garde national en l’un des détachements stationnés dans la cour.
« Pâle », avait-elle été, en effet, et très évidemment une condamnée, conduite à son supplice avec « ses mains liées par une grosse ficelle, tirant ses coudes en arrière », très pauvrement vêtue « d’un jupon blanc dessus, un noir dessous, d’une camisole de nuit blanche, d’un ruban de faveur aux poignets, et d’un fiche de mousseline blanc » ; coiffée d’un « bonnet avec un bout de ruban noir, et les cheveux tout blancs – quoiqu’elle n’ait eu que trente-sept ans – cou au ras du bonnet, avec les pommettes un peu rouges, les yeux injectés de sang – (son dernier écrit n’avait-il été en ce 16 octobre à quatre heures et demi du matin : « Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Je n’ai plus de larmes pour pleurer pour vous, mes pauvres enfants. Adieu ! Adieu ! ») et néanmoins, selon un observateur à avoir été à quelques pas d’elle : « toujours Reine! »
Souveraine avait-elle même été au point que ses bourreaux et ses gardes, qui, en son cachot l’avaient traitée brutalement, lui coupant les cheveux au sabre, et lui replaçant son bonnet sur la tête en manière de celui d’un pitre, en étaient venus à adopter à son égard, inconsciemment, le comportement d’une escorte de Cour. Ainsi, lorsque arrivée devant l’escabeau permettant de monter en la charette, dont un garde national à en avoir touché les roues a écrit qu’elle avait été « sale et crottée », le bourreau à la tenir par la corde dont elle avait été liée, et qui avait eu à lui indiquer où poser le pied, puis où s’asseoir sur la planche, y avait mis les formes d’un maître de cérémonie, s’inclinant à la mode de Versailles, devant la majesté de la Reine de France. Par la suite, lui et son second s’étaient placés sur le véhicule, derrière la Reine, debout, au garde-à-vous, le tricorne à la main. Rien n’avait-il fallu de plus pour que le tombereau de l’infamie en ait été transformé en un trône roulant, d’où la reine avait jeté ses regards tranquilles et attentifs sur une multitude atterrée, massée le long des rues, entre le double rang des troupes et le pied des maisons, dont toutes les fenêtres avaient été scellées par la police. De cette foule, en outre, un bon nombre s’étaient détachés de ceux pressés sur les bords des trottoirs, pour suivre, de par derrière, la progression de la charette, et parfois la devancer jusqu’en des points d’où elle pouvait être mieux aperçue, formant de la sorte, de part et d’autre de la Reine, comme deux immenses ailes humaines de fidèles sujets, s’ouvrant et se repliant sur elle, en manière de celles des chérubins. Tout cela « sans cris, sans murmures, sans insultes », mais avec de la prière, comme celle du Père de Clorivière de la Compagnie de Jésus, et de tant d’autres. Tandis que sur l’ensemble de la capitale avait pesé une ambiance d’apocalypse, chacun ayant eu « le sentiment de vivre une de ces heures graves et solennelles, dont nul ne peut dire ce qui en découlera ».
L’équipage avait donc pu être sordide, l’aspect de la suppliciée celui d’une créature en l’extrémité de la misère, l’impression faite sur la masse des Parisiens, y compris les Jacobins, avait été d’avoir vu la Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne.

Révérend Père Jean Charles-Roux
in « Louis XVII – La Mère et l’Enfant martyrs », ed. du Cerf, 2007. pp. 345-347

Départ de la Conciergerie pour l'échafaud

La Reine quittant la Conciergerie pour monter dans la charette qui va l’emmener au supplice

Voir aussi :
– Le dernier billet écrit par la Reine > ici
– La dernière lettre de la Reine (dite « testament ») > ici
– Une remarquable oraison funèbre pour la Reine publiée en 1814 > ici
– Toute la série des articles relatant l’exhumation des restes des Souverains
et leur transfert à la basilique de Saint-Denis, à partir d’ > ici

frise lys deuil

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 15 octobre, 2015 |2 Commentaires »

2015-84. La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu et contre Son Christ.

Lundi 28 septembre 2015,
fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce n’est pas de Saint Wenceslas que l’on fête aujourd’hui dont je souhaite vous entretenir ; ce n’est pas davantage des célébrations d’hier : le dix-huitième-dimanche après la Pentecôte, la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus patronne de la France en second que l’on célèbre au dernier dimanche de septembre, ni le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Antoine-Philippe de La Trémoille, Prince de Talmont, que nous aimons beaucoup (27 septembre 1765), ni encore le trois cent-cinquante-cinquième anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul (27 septembre 1660), ni non plus le quatre-cent-quatorzième anniversaire de la naissance de Sa Majesté le Roi Louis XIII (27 septembre 1601). Rien de tout cela…

Remontons, si vous le voulez bien, jusqu’à avant-hier, samedi 26 septembre 2015.
Ce samedi 26 septembre donc, figurez-vous que j’ai pu profiter – le fait est assez rare pour que je le souligne – d’une longue journée de solitude et de repos : j’avais confié Frère Maximilien-Marie à nos amis Dany et Jean-Pierre, dans lesquels j’ai entière confiance, qui l’ont emmené loin du Mesnil-Marie pour participer à la journée du Souvenir Catholique en Languedoc, à Saussines.
De la sorte ai-je pu être tranquille (vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est que d’avoir constamment un moine à surveiller : non, vraiment ce n’est pas de tout repos !), et ai-je mis à profit cette journée de vacances pour me replonger dans la lecture des oeuvres du grand cardinal Pie : ce jour marquait le bicentenaire de sa naissance, le 26 septembre 1815.

J’ignore si le diocèse de Chartres – dans lequel naquit, fut ordonné prêtre puis évêque Louis-Edouard Pie – a organisé (ou organise) des manifestations particulières pour cet anniversaire ; je sais, en revanche, que l’archidiocèse de Poitiers va le commémorer, le prochain « ouiquinde » (3 & 4 octobre 2015), par un colloque qui va évoquer par la même occasion son collaborateur puis évêque auxiliaire, Monseigneur Charles Gay, dont cette année 2015 marque également le deuxième centenaire de la naissance (cf. > ici).

Tandis donc que Frère Maximilien-Marie et nos amis se rendaient à Saussines pour honorer la mémoire des catholiques victimes de la révolution française, de mon côté j’ai trouvé et relevé un beau texte du Cardinal Pie que je tiens à porter à votre connaissance pour que vous en fassiez vous aussi l’objet de vos réflexions et méditations.
Ce texte est un extrait de l’éloge funèbre de Madame la Marquise de La Rochejaquelein prononcé lors de ses funérailles à Saint-Aubin de Baubigné le 28 février 1857, et Monseigneur Pie (il n’était pas encore cardinal) y utilise des citations de la Sainte Ecriture, et en particulier les Psaumes qui se lamentent sur les infidélités d’Israël et décrivent la ruine du Temple, afin de décrire ce que fut dans son essence la révolution, la satanique révolution...

Lully.

Cardinal Pie portrait par E. Lejeune

Le Cardinal Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers
(portrait par Eugène Lejeune – huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Chartres)

La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu
et contre Son Christ.

Depuis longtemps, on entendait un secret frémissement des nations, une sourde fermentation des peuples. Enfin le cri de guerre a retenti ; l’impiété a rassemblé sous ses étendards mille soldats divers qui ont oublié leurs préjugés de naissance, d’opinion, de rang, pour se coaliser contre l’ennemi commun. Désunis sur mille autres points, ils n’ont ici qu’une pensée unanime : Cogitaverunt unanimiter, simul  adversum Te testamentum disposuertunt (Ps. LXXXII, 6 : « Ils ont conspiré unaniment, ensemble contre Vous ils ont fait alliance »).
Et quel est-il cet ennemi contre lequel je vois marcher ces bataillons si serrés ?
Ah ! Que d’autres s’arrêtent à discuter les passions secondaires, à déplorer l’ébranlement des contre-coups et les accidents de la mêlée. Pour moi, m’élevant au-dessus de ces calamités communes, je dirai avec un roi, grand homme d’Etat, que, dans son fond et dans son essence, la conspiration a été ourdie contre Dieu et contre Son Christ : Convenerunt in unum adversus Dominum et adversus Christum ejus (Ps. II, 2).
C’est Dieu, c’est Son Christ, dont on veut briser les chaînes, dont on veut secouer le joug : Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum (Ps. II, 3 : « Rompons leurs liens, et rejetons loin de nous leur joug »). Ils ont dit à Dieu et surtout à Son Christ : Retire-Toi, nous ne voulons pas de la science de Tes voies (Job. XXI, 14).
Et il fut fait comme il fut dit.
Il existait un pacte ancien, une longue alliance entre la religion et la société, entre le christianisme et la France ; le pacte fut déchiré, l’alliance rompue : Et averterunt se, et non servaverunt pactum (Ps. LXXVII, 57 : « Et ils se détournèrent [de Dieu] et n’observèrent plus l’alliance »).
Dieu était dans les lois, dans les institutions, dans les usages ; Il en fut chassé, le divorce fut prononcé entre la constitution et l’Evangile, la loi fut sécularisée, et il fut statué que l’esprit de la nation moderne n’aurait rien à déméler avec Dieu, Duquel elle s’isolait entièrement : Et in lege ejus noluerunt ambulare… et non est creditus cum Deo spiritus ejus (Ps. LXXVII, 10 b et 8 b : « …et ils n’ont pas voulu marcher dans Sa loi… et son esprit [du peuple] ne s’est point confié en Dieu »).
Dieu avait sur la terre des temples majestueux que surmontait le signe du Rédempteur des hommes ; les temples sont abattus ou fermés ; on n’y entend, au lieu des chants sacrés, que le bruit de la hache ou le cri de la scie ; la Croix du Sauveur est renversée et remplacée par des signes vulgaires : Posuerunt signa sua, signa… in securi et ascia dejecerunt eam ; incenderunt igni sanctuarium tuum (Ps. LXXIII, 4b, 6 b et 7a : « Ils ont planté leurs étendards en grand nombre… avec la cognée et la hache à double tranchant, ils l’ont renversé ; ils ont brûlé par le feu Votre sanctuaire »).
Dieu avait sur la terre des jours qui Lui appartenaient, des jours qu’Il S’était réservés et que tous les siècles et tous les peuples avaient respectés unanimement ; et toute la famille des impies s’est écriée : Faisons disparaître de la terre les jours consacrés à Dieu : Dixerunt in corde suo cognatio eorum simul : quiescere faciamus omnes dies festos Dei a terra (Ps. LXXIII, 8 : « Ils ont dit dans leur coeur, eux et tous leurs alliés ensemble : faisons cesser de dessus la terre tous les jours de fête de Dieu »).
Dieu avait sur la terre des représentants, des ministres, qui parlaient de Lui et Le rappelaient aux peuples ; les prisons, l’exil, l’échafaud, la mer et les fleuves ont tout dévoré.
Enfin, disaient-ils, il n’y a plus de prophète, et Dieu ne trouvera plus de bouche pour Se faire entendre : Jam non est propheta, et nos non cognoscet amplius (Ps. LXXIII, 9b : « il n’y a plus de prophètes et Dieu ne nous connaîtra plus »).

O vous tous qui portiez sur votre front l’onction sainte qui fait les pontifes et les prêtres, les rois et les prophètes, de quelque prétexte que l’on s’arme contre vous, rassurez-vous : c’est à cause du Nom de Jésus-Christ que vous êtes un objet de haine ; et le Seigneur, qui sait discerner entre les cupidités accessoires et la passion dominante, vous dit, comme à Samuel : « Ce n’est pas vous qu’ils ont rejeté, mais c’est Moi, de peur que Je ne règne sur eux : Non enim te abjecerunt, sed Me, ne regnem surper eos » (1 Rois VIII, 7).
C’en est fait : tous les droits de Dieu sont anéantis ; il ne reste debout que les droits de l’homme. Ou plutôt, l’homme est Dieu, sa raison est le Christ, et la nation est l’Eglise.

In « Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers »
Poitiers, Oudin 1868 - tome II, pages 627-629.

armoiries de Mgr Pie dosseret de son trône à la cathédrale de Poitiers

Armoiries de Monseigneur Pie
sculptées sur la boiserie de son trône épiscopal (cathédrale de Poitiers) :
Monseigneur Pie avait voulu que ses armes portassent la figure de « Notre-Dame du Pilier »
vénérée dans la cathédrale de Chartres.

Autres textes du Cardinal Pie publiés dans ce blogue :
- Eloge de Sainte Jeanne d’Arc à Orléans le 8 mai 1844 > ici
- Sur l’apostasie et le règne du Christ > ici
- Sur la venue de l’antéchrist > ici
- Sur Saint Benoît-Joseph Labre > ici
- Sur les nations qui refusent le règne de Dieu > ici
- Sur les révélations privées > ici

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2015-80. Où le Maître-Chat raconte comment au Mesnil-Marie nous avons pieusement commémoré le troisième centenaire de la mort du Grand Roi.

1715 – 1er septembre – 2015

frise lys deuil

Célébration au Mesnil-Marie
du
troisième centenaire du rappel à Dieu
de
Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV

Mardi 2 septembre 2015,
Fête des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792 (cf. > ici).

La gloire de Louis XIV triomphe du temps (détail) - Baldassare Franceschini

Baldassare Franceschini, dit « il Volterrano » : la gloire de Louis XIV triomphe du temps (détail)
Palais de Versailles

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il s’agissait pour nous d’un véritable devoir de piété filiale que de marquer aussi bien que nous le pouvions en notre Mesnil-Marie, le troisième centenaire du rappel à Dieu de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV (cf. > ici) ; car si, en plusieurs endroits, cet anniversaire est commémoré par des manifestations culturelles et patrimoniales (concerts, émissions, conférences, expositions …etc.), nous tenions pour notre part à lui donner sa dimension chrétienne et pleinement spirituelle, celle qui est exprimée par exemple dans cet extrait de la fameuse « Oraison funèbre de Louis le Grand, Roi de France, prononcée dans la Sainte Chapelle de Paris », par le Père Jean-Baptiste Massillon :
« Retournez donc dans le sein de Dieu d’où vous étiez sortie, âme héroïque et chrétienne ! Votre cœur est déjà là où est votre trésor. Brisez ces faibles liens de votre mortalité, qui prolongent vos désirs et qui retardent votre espérance. Le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les Anges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vous conduire avec pompe sur le trône qui vous est destiné dans le Ciel, à côté des saints rois vos ancêtres, de Charlemagne et de Saint Louis ».

On peut dire que la divine Providence s’était vraiment investie Elle-même dans cette entreprise puisqu’Elle avait tout disposé et facilité à cet effet : un prêtre ami disponible, heureux de  venir célébrer une Sainte Messe de requiem à cette intention ; des amis proches – ou moins proches – qui entraient dans les mêmes dispositions que nous ; le matériel et les ornements liturgiques que Frère Maximilien-Marie a patiemment récupérés, nettoyés, cousus, voire faits restaurer parfois, et qui – quoique modestement – permettaient d’assurer un véritable office funèbre selon les règles traditionnelles…

Lully veille à l'exacte préparation de la cérémonie

Lorsqu’on se nomme Lully, on se doit d’inspecter avec une scrupuleuse exactitude que tout soit parfaitement bien préparé avant la cérémonie célébrée à la pieuse mémoire du Grand Roi
(car si j’ai été appelé Lully c’est, de manière sous-jacente en hommage à l’action culturelle du Roi Soleil).

Ce mardi 1er septembre 2015, ce furent donc une bonne vingtaine de personnes qui remplissaient notre oratoire, autour du catafalque dressé pour la circonstance : de nombreux amis, tenus éloignés par leurs obligations, leur santé ou la distance nous étaient aussi unis par l’amitié et la prière.

« (…) Le Roi est mort ce matin, à huit heures un quart et demi, et il a rendu l’âme sans aucun effort, comme une chandelle qui s’éteint… », a écrit Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, dans son « Mémoire sur ce qui s’est passé dans la chambre du Roi pendant sa maladie ».
« Huit heures un quart et demi », c’est huit heures vingt-trois, selon – bien évidemment – l’heure solaire de Versailles.
Compte-tenu du décalage avec le cycle naturel établi par l’heure officielle actuellement en vigueur, en commençant la Sainte Messe à dix heures trente, nous étions à peu de choses près, à trois siècles de distance, à l’heure où, le dernier soupir du Souverain ayant été constaté, les ecclésiastiques présents dans sa chambre ont entonné l’antienne : « Subvenite, sancti Dei, occurrite, angeli Domini : Venez à son aide, ô saints de Dieu ; venez à sa rencontre, ô anges du Seigneur : recevez son âme et portez-la en présence du Très-Haut ! Que le Christ qui vous a appelé vous reçoive, et que les anges vous conduisent dans le sein d’Abraham… Donnez-lui, ô Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans déclin brille pour lui… » 

L’heure aussi où, à trois siècles de distance, le duc de Bouillon, grand chambellan, a crié depuis le balcon de la chambre du Roi : « Le Roi Louis XIV est mort » puis, par trois fois, « Vive le Roi Louis XV ! »

2-la Messe de Requiem va commencer

La Sainte Messe va commencer…

La Messe fut très fervente et recueillie. L’arrivée, vraiment providentielle, d’un jeune homme habitué à servir la Messe a dégagé Frère Maximilien-Marie d’avoir à assurer le service de l’autel en même temps que le chant.

3-Pendant la Sainte Messe

Avant la collecte.

La tout-à-la-fois sobre et somptueuse liturgie traditionnelle des défunts nous a portés pendant près d’une heure et demi dans un univers intemporel : celui de la communion avec Dieu et, par conséquence aussi, de la communion avec tous ceux qui, vivants de Sa grâce, sont entrés dans Sa lumière et Son repos

Prie-Dieu pour la Sainte Communion

Le prie-Dieu servant pour la Sainte Communion, drapé d’un tissu noir damassé de fils d’argent
et recouvert d’un napperon fleurdelysé.

4-à la Sainte Communion

Puis ce fut l’absoute : « Délivrez, nous Vous en supplions, Seigneur, l’âme de Votre serviteur le Roi Louis de tous les liens de ses péchés, afin que dans la gloire de sa résurrection, elle jouisse de la vie, ressuscitée parmi Vos saints et Vos élus… »

5-à l'absoute

Encensement du catafalque après l’aspersion d’eau bénite :

6-encensement du catafalque à l'absoute

Après la Sainte Messe, Monsieur l’Abbé a procédé à la bénédiction d’un vitrail réalisé par notre Frère Maximilien-Marie à l’occasion de ce troisième centenaire (c’est son premier : il n’est pas parfait mais il est néanmoins d’un bel effet à la petite fenêtre du pignon Est du Mesnil-Marie, juste au-dessous du campanile) :

Vitrail du 3e centenaire réalisé par Frère Maximilien-Marie

Une petite inscription lui sera ajoutée pour en exprimer tout le sens : « Ad maximan Regi regum gloriam, ad Galliae Liliorum exaltationem, ad piam Ludovici Magni memoriam : pour la très grande gloire du Roi des rois, pour l’exaltation des Lys de France, pour la pieuse mémoire de Louis le Grand »

Si quelques uns de nos amis ont dû repartir après la Messe, ils furent aussi une quinzaine à rester au Mesnil-Marie pour un pique-nique – le temps, souvent menaçant pourtant, n’en a pas empêché le bon déroulement – où ont abondé les échanges confiants et joyeux.

A travers une cérémonie telle que celle que nous avons vécue ici hier, cérémonie qui n’est en rien une manifestation folklorique nostalgique stérile, mais dans laquelle s’exprime toute une vivante et forte espérance, c’est, enracinés dans le terreau fécond de la Tradition monarchique chrétienne, un regard confiant et fort que nous portons vers l’avenir, quels que sombres qu’apparaissent les nuages qui s’amoncellent à l’horizon de l’humanité, de la France et de l’Eglise.

En évoquant la figure du Monarque inégalé que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, dans les messages confiés à Sainte Marguerite-Marie en 1689, n’a pas hésité à appeler « le fils ainé de Mon Sacré-Coeur » (cf. > ici), et non pas seulement « le fils aîné de la Sainte Eglise » selon son titre traditionnel, (cf. > ici), nous proclamons avec assurance notre confiance dans les promesses divines accordées à la France et à sa Royauté fondée sur le pacte de Reims, transmises avec tant de force par tant de saints tout au long des siècles (cf. par exemple, la prophétie de Saint Pie X > ici), et c’est le coeur gonflé d’espérance surnaturelle que nous crions à notre tour avec une immense ferveur : « Le Roi est mort. Vive le Roi ! ».

Lully.

Le Roi est mort. Vive le Roi !

Le Roi est mort. Vive le Roi !

frise lys deuil

2015-75. Du cardinal François de Joyeuse, grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France.

1615 – 23 août – 2015

Quatrième centenaire du rappel à Dieu
de
Son Eminence Révérendissime le cardinal François de Joyeuse.

François cardinal de Joyeuse par Thierry Bellangé

François, cardinal de Joyeuse (portrait par Thierry Bellangé).

A chaque 23 août, il me plaît de rappeler la pieuse mémoire du cardinal François de Joyeuse.
Mais, en cette année 2015, comme ce dimanche 23 août marque très exactement le quatrième centenaire de son trépas, permettez-moi donc d’évoquer plus au long en votre aimable compagnie ce très grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France.

J’ai déjà eu le plaisir de présenter, dans les pages de ce blogue, la famille de Joyeuse, à propos du très fameux Père Ange de Joyeuse (1563-1608), qui fut successivement archi-mignon du Roi Henri III, gouverneur de provinces, religieux capucin dès son veuvage et prêtre, contraint de quitter son ordre pour prendre les armes et devenir le troisième duc de Joyeuse, lieutenant du Roi Henri IV pour le Languedoc, maréchal de France, puis à nouveau capucin (cf. > ici).
Cet extraordinaire Père Ange de Joyeuse, comme j’avais eu l’occasion de le préciser alors, était le troisième garçon d’une fratrie de sept. François - dont je vais aujourd’hui vous entretenir – était le deuxième des sept fils.

Il naquit à Carcassonne, en la fête de Saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1562.
Son frère aîné, Anne de Joyeuse, étant destiné à la carrière militaire, François fut dès son enfance destiné à l’Eglise par ses très pieux et fervents parents.
Avec ses deux frères puinés, Henri (futur Père Ange) et Scipion, après ses études à Toulouse, il fut envoyé au très réputé Collège de Navarre, à Paris.
Il passera ensuite un doctorat in utroque jure (c’est-à-dire en droit civil et en droit ecclésiastique) à l’université d’Orléans.

Très appréciée de Sa Majesté le Roi Henri III, spécialement en raison de sa ferveur catholique et de son engagement contre les protestants, la famille de Joyeuse est comblée d’honneur : Anne est fait amiral, puis la vicomté de Joyeuse (en Vivarais) est élevée pour lui au rang de duché-pairie (1581) ; Henri devient grand-maître de la garde-robe du Roi ; Scipion, chevalier de Malte, est promu Grand Prieur de Toulouse ; quant à François, n’étant encore que diacre, il est élu, à l’âge de dix-neuf ans (1581) à l’archevêché de Narbonne, puis élevé au cardinalat (consistoire du 12 décembre 1583).

Armoiries du cardinal François de Joyeuse

Armoiries du cardinal François de Joyeuse.

François se rend à Rome : il n’y est pas encore pour le conclave qui élit Sixte Quint, le 24 avril 1585, mais c’est des mains de ce dernier qu’il reçoit son chapeau avec le titre de cardinal-prêtre de Saint-Sylvestre au Champ de Mars (San Silvestro in Capite), le 20 mai 1585.
Il reçoit la consécration épiscopale l’année suivante (1586 : il a 24 ans), puis, en 1587, il est nommé « cardinal protecteur des affaires de France en cour de Rome » (à ce titre, il représente les intérêts des sujets français établis à Rome, ainsi que les intérêts du Roi de France auprès du Saint-Siège), et son siège cardinalice est transféré à la Trinité-des-Monts.
L’année 1588 le voit promu commandeur de l’Ordre du Saint-Esprit (institué dix ans plus tôt par Henri III) et il est transféré à l’archevêché de Toulouse.

A la mort d’Henri III (2 août 1589), le cardinal de Joyeuse, avec son jeune frère Scipion (deuxième duc de Joyeuse, puisque l’aîné, Anne, est mort au combat en 1587), prend une part active aux combats de la Ligue, qui refuse l’accession d’un souverain non catholique au trône de France.
Période troublée et pleine de rebondissements qui ne l’empêche cependant pas de participer aux deux conclaves qui vont se succéder, à Rome, au cours des années 1591 et 1592 (élections d’Innocent IX puis de Clément VIII).
A la mort de Scipion (10 septembre 1592), avec le clergé, la noblesse et le peuple de Toulouse, François intervient auprès de son seul frère survivant, le Père Ange, pour qu’il sorte de chez les capucins et prenne la tête des armées de la Ligue en Languedoc : le cardinal de Joyeuse agit donc rapidement auprès du Pape pour que les voeux du Père Ange soient transférés dans l’Orde de Malte.
C’est ainsi que le Père Ange, par obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques, redevient Henri, qu’il devient le troisième duc de Joyeuse, et qu’il troque la bure contre la cuirasse !

Mais le 25 juillet 1593, à Saint-Denis, Henri IV abjure solennellement le protestantisme : l’obstacle qui l’empêchait d’accéder au trône est levé, et François de Joyeuse se range sans tarder sous son obédience.
La mort du cardinal-archevêque de Reims, Nicolas de Pellevé (28 mars 1594), va faire de lui le principal prélat de l’Eglise de France. Transféré au siège cardinalice de Saint-Pierre aux Liens, il va maintenant s’employer à obtenir du Pape Clément VIII la levée des sanctions canoniques qui pèsent sur Henri IV : l’absolution du Roi par le Pape est enfin prononcée le 17 septembre 1595.
Le cardinal de Joyeuse a donc, dans son rôle et ses compétences de Prince de l’Eglise, joué un rôle prépondérant pour la pacification et la réunification du Royaume.
Henri IV le confirme alors dans sa mission de « protecteur des affaires de France en cour de Rome ».

En septembre 1598, le Roi Bourbon qui est dans sa quarante-cinquième année et qui n’a pas de descendance de Marguerite de Valois (épousée le 18 août 1572), lui demande d’oeuvrer pour obtenir du Saint-Siège la déclaration de nullité de ce mariage, contracté sous une contrainte certaine.
Une fois de plus la mission de François de Joyeuse est couronnée de succès : le 17 décembre 1599, le mariage avec Marguerite de Valois est déclaré nul par le Pape. Henri IV peut donc, en toute régularité canonique, contracter un véritable mariage (puisque le précédent n’en était donc pas un).
Le 9 décembre 1600, Marie de Médicis débarque à Marseille : le cardinal François de Joyeuse l’y attend et l’accueille. Il l’accompagne à Lyon, où les noces déjà célébrées par procuration font l’objet de nouvelles cérémonies (17 décembre 1600).
L’année suivante, la Reine Marie met au monde un fils, le futur Louis XIII : l’avenir de la royauté est assuré !
Ainsi, non content d’avoir joué un rôle prépondérant pour la pacification et la réunification du Royaume, le cardinal François de Joyeuse, toujours dans son rôle et ses compétences de Prince de l’Eglise, a-t-il également pris une part non négligeable à la pérennité de la dynastie des Bourbons.

Rubens sacre de Marie de Médicis

Pierre-Paul Rubens : sacre de Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai 1610.

En 1604, il est promu cardinal-évêque de Sabine et il est ensuite transféré à l’archevêché de Rouen. A Rome, il participe aux deux conclaves de l’année 1605 qui élisent Léon XI puis Paul V.
Ce dernier le choisit en 1607 pour une mission diplomatique délicate auprès de la république de Venise, sur laquelle le Pape avait jeté l’interdit : le cardinal de Joyeuse permettra la réconciliation de la Sérénissime avec le Saint-Siège.

Paul V fera encore de lui son légat aux cérémonies du baptême du futur Louis XIII (né le 27 septembre 1601, il a juste été ondoyé à la naissance et les cérémonies solennelles du baptême sont célébrées le 17 juillet 1606).
Son frère puiné, Henri, redevenu le Père Ange, meurt en odeur de sainteté le 28 septembre 1608, et François devient alors le quatrième duc de Joyeuse (lorsqu’il mourra, le duché échoira à sa nièce Henriette-Catherine, fille d’Henri, après laquelle il passera à la maison de Guise).

Le 13 mai 1610, à Saint-Denis, c’est lui qui préside la cérémonie du sacre de la Reine Marie (Marie de Médicis fut la dernière Reine de France à recevoir le sacre).
Le lendemain, 14 mai, le Bon Roi Henri était assassiné dans les circonstances que l’on sait.

Rubens sacre de Marie de Médicis - détail

Le cardinal de Joyeuse couronnant Marie de Médicis à Saint-Denis le 13 mai 1610
(détail du grand tableau de Rubens)

Cinq mois plus tard, le 17 octobre 1610, le cardinal François de Joyeuse célèbre le sacre du jeune Louis XIII dans  la cathédrale de Reims : en effet, l’archevêque de Reims Louis III de Guise n’a qu’une quinzaine d’années et, n’étant donc pas encore consacré, ne peut officier.
Quelques mois plus tard, le 17 août 1611, le Pape Paul V le nomme doyen du Sacré-Collège, titre auquel est traditionnellement attaché le titre de cardinal-évêque d’Ostie : pour la quatrième fois donc François de Joyeuse change de titulature cardinalice.

Il est âgé seulement de cinquante-et-un ans, mais il a déjà trente-deux ans de carrière ecclésiastique, trente-deux ans d’une vie des plus actives dans une période de l’histoire de l’Eglise et de la France particulièrement dense et tourmentée : en cette année 1613, le cardinal de Joyeuse subit une attaque cérébrale dont il va garder des séquelles.
Cela ne l’empêche pas toutefois de tenir encore une place prépondérante lors des Etats Généraux qui s’ouvrent à Paris le 27 octobre 1614, après un jeûne public de trois jours et une procession solennelle.
François de Joyeuse y préside la Chambre du Clergé, et son influence détermine l’adoption des décrets du Concile de Trente dans le Royaume.

C’est alors qu’il est à nouveau en route pour la Ville Eternelle que le cardinal François de Joyeuse est atteint par la dysenterie qui va l’emporter : il doit interrompre son voyage et s’arrêter au collège des Jésuites d’Avignon. C’est là qu’il rend son âme à Dieu, le 23 août 1615 : il était âgé de cinquante-trois ans et deux mois.
Son corps d’abord inhumé dans la chapelle du collège des Jésuites de Pontoise fut ensuite transporté dans la chapelle Saint-Louis du collège des Jésuites de Rouen (actuel lycée Corneille) ; son coeur est resté dans la chapelle du collège des Jésuites d’Avignon.

Ce très grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France ne méritait-il pas que l’on célébrât aujourd’hui sa pieuse mémoire et que l’on rappelât ses très méritoires actions pour l’honneur de l’une et de l’autre, et pour l’exaltation de l’une par l’autre ?

Lully.

Détail d'une gravure représentant sacre de Louis XIII (17 octobre 1610)

François cardinal de Joyeuse conférant les onctions du sacre au jeune Louis XIII, le 17 octobre 1610, à Reims
(détail d’une gravure légendée publiée après l’événement).

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 23 août, 2015 |1 Commentaire »

2015-65. Où Gustave Thibon, interrogé sur ses racines paysannes, citant Dante, expliquait que l’homme doit être enraciné pour parvenir à la contemplation des vérités éternelles.

Mardi 16 juin 2015,
fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les commémorations remarquables de cette année 2015, il y a  le sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante.

C’est en effet au printemps de l’année 1265 (entre la mi-mai et la mi-juin : on n’en connaît pas la date exacte) qu’est né, à Florence, Durante degli Alighieri, couramment appelé Dante Alighieri.
Ecrivain et poète, il est considéré comme le « père de la langue italienne » et demeure à jamais l’un des plus grands poètes de la période médiévale, l’un des plus grands écrivains de la Chrétienté.
Il est également un homme politique qui prend une part active non seulement à l’administration de la ville de Florence, mais encore à la lutte armée, à la diplomatie, et aux mouvements d’idée de son temps.

Les célébrations du sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante ont été solennellement inaugurées au début du mois de mai par les autorités italiennes lors d’une cérémonie au Sénat au cours de laquelle l’acteur Roberto Benigni a lu le Chant XXXIII du « Paradis », celui qui marque la fin du voyage du poète et s’achève dans la contemplation de la splendeur divine.

Au passage, je ne peux m’empêcher d’imaginer – et de vous porter à imaginer – quel déchaînement de furieuse bêtise laïciste et quelles manifestations de l’intégrisme maçonnique déclancherait en France la lecture publique et officielle, au parlement, d’un texte poétique qui commence par magnifier la Très Sainte Vierge Marie et se termine de manière quasi extatique sur la louange de l’incommensurable lumière, beauté et sagesse de Dieu  (cf. > Parad. cant. XXXIII) !

Plusieurs centaines de cérémonies ou manifestations culturelles, célébrant Dante et son oeuvre, marqueront les prochains mois, non seulement en Italie, mais dans le monde entier.
J’encourage bien évidemment mes fidèles lecteurs et amis à profiter de cet anniversaire pour découvrir – s’ils ne la connaissent pas déjà – ou pour relire de manière méditative l’oeuvre majeure de l’Alighieri : la justement célèbre « Divine Comédie ».

Ma – très modeste – contribution à cet anniversaire, se bornera à faire paraître, ci-dessous, un texte – à ma connaissance non encore publié par écrit - (je l’ai moi-même retranscrit) de Gustave Thibon, : il est extrait d’un entretien qu’il avait accordé à la radio diocésaine de Viviers, quelques semaines après la publication de « Au soir de ma vie » (1993), et dont nous conservons précieusement l’enregistrement au Mesnil-Marie.
Interrogé sur ses origines paysannes, Gustave Thibon se saisit de l’occasion pour parler du nécessaire enracinement de l’homme, et c’est alors qu’il appuie son propos sur l’exemple et une citation de Dante, dont la lecture lui était familière.

Le style oral, le style de la conversation impromptue qui est celui de cet entretion, remettra immanquablement dans l’oreille de ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre et d’échanger avec lui, les accents à la fois rocailleux et chantants, de Gustave Thibon.

Lully.

Domenico di Michelino - 1465 - Dante illuminant Florence par son oeuvre

Dante illuminant Florence par son oeuvre :
détail de « Dante et les trois royaumes », huile sur toile de Domenico di Michelino, 1465
(musée de l’Oeuvre du Duomo – Florence)

giglio

« L’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel. »

* * * * * * *

« Paysan, eh bien, oui ! c’est l’homme du pays, l’homme de la terre, l’homme enraciné, l’homme d’un terroir, l’homme localisé en quelque sorte, c’est-à-dire l’homme qui a des racines.
Notez bien que les racines ne suffisent pas. Seulement, les fleurs, eh bien, naissent des racines en quelque sorte.
Il n’y a pas de belle floraison s’il n’y a pas d’enracinement. Alors je crois beaucoup, eh bien, aux racines terrestres qui sont nécessaires même pour l’épanouissement spirituel le plus universel.

A ce sujet je pourrai citer une anecdote : vous savez que Dante a été exilé de Florence à la fin de sa vie, dans ces querelles des gibelins et des guelfes qu’on a oubliées aujourd’hui. Il était donc exilé à Ravenne, et quelqu’un lui avait écrit : tu dois être bien malheureux loin de ta patrie. Et alors il a répondu un très beau mot, en latin d’ailleurs – je traduis - , il a répondu : « Les hautes vérités dans leur douceur suprême sont visibles sous tous les cieux » !
Alors moi je commenterai : elles sont visibles sous tous les cieux, mais elles ne poussent pas dans toutes les terres ! Et si Dante n’avait pas été un florentin, s’il n’avait pas été nourri de cette civilisation extraordinaire de Florence, il n’aurait pas pu voir les vérités suprêmes sous tous les cieux.

Je crois que c’est extrêmement important.
Regardez les grandes oeuvres du génie humain : les plus universelles, les plus admirées dans le monde entier, sont des œuvres enracinées.
« L’Illiade » est une œuvre très localisée : le conflit des Troyens, bon, ainsi de suite… « La Divine Comédie » de Dante est florentine jusqu’au dernier point : il y parle de toutes les familles de Florence. Le « Quichotte » de Cervantès : c’est localisé dans la Castille, et en même temps ça a une portée universelle. Le « Mireille » et le « Calendal » de Mistral sont des œuvres enracinées dans la Provence et qui prennent également une portée universelle…

Alors, l’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel.
Platon parlait du double enracinement de l’homme qui est en même temps enraciné dans la terre et en même temps ouvert aux vérités célestes, qui viennent d’en-haut.
Je crois que cette union est absolument nécessaire.

Simone Weil a été très méchante pour les Américains – je m’empresse de dire Simone Weil la grande, la philosophe, pas la femme politique, n’est-ce pas ! – ; eh bien, (elle) disait en parlant des Américains - elle était en Amérique à la fin de sa vie – un peu sévèrement : « Ils sont impropres au surnaturel parce qu’ils n’ont pas assez d’enracinement terrestre ». Peut-être exagérait elle un peu, mais enfin il y a de ça, quoi !

C’est pourquoi je crois profondément à une vie qui est très près de la terre et qui permet de monter plus haut ! »

Gustave Thibon
réponse à Monsieur l’abbé Estieule qui l’interrogeait pour « Radio présence »
(entretien enregistré au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche, en 1993).

Miniature Divine Comédie Cod. It. IX. 276 1380-1400 - Bibliothèque Marciana, Venisee

Détail d’une miniature du manuscrit de la « Divine Comédie » des années 1380-1400
(Codex it. IX-276, Bibliothèque Marciana, Venise)

2015-64. La révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle caractérisée par la haine de la religion chrétienne.

Dimanche 14 juin 2015,
Dimanche dans l’octave du Sacré-Coeur, 3e après la Pentecôte.
Anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes en 1790.

Clergé malmené

Ecclésiastiques malmenés et chassés (gravure de l’époque révolutionnaire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous le savez bien, au Mesnil-Marie nous essayons de n’oublier aucun des anniversaires de nos grands héros chrétiens et français et de ceux qui ont été martyrisés ou sacrifiés sur l’autel de l’idéologie révolutionnaire.

Ainsi, en ce 14 juin, nous nous souvenons avec émotion et piété des catholiques et des capucins de Nîmes qui ont été massacrés en haine de la foi catholique et de la fidélité à la monarchie traditionnelle, par les révolutionnaires huguenots les 13 et 14 juin 1790 : je vous ai longuement raconté ces faits (et je vous renvoie à cette publication > ici).
Des faits qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, et ce d’autant plus que la plupart des livres d’histoire ou bien les cèlent ou bien les édulcorent et les minimisent. C’est ainsi que ce massacre de plusieurs centaines de catholiques, onze mois seulement après la « prise » de la Bastille et un mois tout juste avant la fête de la fédération (en une période où l’on voudrait nous faire croire que la terreur n’avait pas commencé et que la « nation unanime » communiait dans l’enthousiasme aux idées nouvelles) est officiellement pudiquement appelé « bagarre de Nîmes », comme s’il s’agissait d’un banal fait divers entre quelques individus avinés à la sortie d’un bistrot !

Au risque de passer pour importun, j’insiste, chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion, et je répète et répèterai encore pour dire que l’essence de la révolution française – et par conséquent de la république qui en est le fruit – c’est l’antichristianisme.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, nous avons un ouvrage qui date un peu, dans la mesure où il avait été rédigé et publié pour anticiper ce fameux bicentenaire de la révolution de 1789 que la république mitterrandienne s’apprêtait à célébrer, afin de prémunir contre les contre-vérités qui n’allaient pas manquer de nous être ressassées à cette occasion.
Ce livre a été écrit par le Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière et s’intitule : « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi ». Il présente de manière succincte un ensemble de faits tus, oubliés ou minimisés prouvant l’antichristianisme viscéral de la révolution et rappelle – comme le titre l’indique – les divers mouvements de résistance qui s’y opposèrent en Languedoc.

Cet ouvrage est préfacé par notre cher Gustave Thibon.
Au-delà des caractères circonstanciels liés à l’auteur, à l’ouvrage lui-même et au contexte de sa parution, Gustave Thibon, de sa plume aiguisée, a bien su mettre en évidence (qui d’ailleurs pourrait en douter ?) les caractéristiques de la révolution.

Comme l’ouvrage du Rd. Père Salem-Carrière est aujourd’hui difficile à trouver, à l’occasion du triste anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes, j’ai donc résolu de recopier ci-dessous à votre intention, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le texte de cette préface de notre cher Gustave !

Lully.

Le Pape Pie VI caricaturé en âne (détail d'une gravure révolutionnaire de 1790)

Le Pape Pie VI caricaturé en âne, détail d’une estampe révolutionnaire de 1790

La Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle,
caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne.

 * * *

« Je tiens à souligner l’importance de ce travail du P. Salem sur les causes et les effets de la fièvre révolutionnaire dans notre province du Languedoc.
Son livre est convaincant, non seulement par les idées qu’il défend mais par les faits qu’il rapporte. Car, si l’on peut discuter sans fin sur les idées, on ne peut pas récuser les faits. « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dit l’Evangile.

La conclusion que tire le P. Salem de cet exposé de tant d’horreurs mêlées à tant d’héroïsmes est que la Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social comme tant d’autres au long de l’histoire, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle, caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne et de ses institutions.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la société de l’Ancien Régime. Il y avait certes des abus à supprimer et des réformes à accomplir et l’Eglise même, au cours des âges, n’a jamais cessé de se réformer pour mieux adapter ses structures temporelles à son modèle éternel.

Or il apparaît clairement ici que le vœu profond des organisateurs de la Révolution ne fut pas de corriger les imperfections de ces vieilles institutions qui reposaient toutes sur un fondement religieux mais de renverser ce fondement même, c’est-à-dire de substituer le culte de l’homme au culte divin. Quitte, ensuite, car tout idolâtrie se retourne contre elle-même, à fouler aux pieds ces fameux droits de l’homme si hautement proclamés en mettant la terreur au service du délire idéologique.

Il suffit pour faire éclater cette contradiction entre les principes et leurs conséquences de juxtaposer les trois grands mots de la devise républicaine et leur interprétation par les ouvriers de la terreur.
Liberté ? Oui mais « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’est-à-dire pour tous ceux qui ne partagent pas la nouvelle conception de la liberté.
Egalité ? Oui encore, mais imposée par la violence : « l’égalité ou la mort ».
Fraternité ? Mais toujours le même refrain : « Sois mon frère ou je te tue ».

Et toutes ces atrocités sont barbouillées d’inepties grandiloquentes où le grotesque s’allie au tragique. On en trouvera ici maints exemples puisés dans les discours ou dans les faits, dont le plus drôle est celui du coq au cocorico séditieux jugé et exécuté en bonne et due forme (voir la note * en bas de page).

Mais ce sombre tableau garde un côté lumineux : celui où sont relatés la vigueur de la résistance populaire à l’influence idéologique et l’héroïsme de tant de prêtres et de fidèles qui préférèrent la mort à l’apostasie.

Cela dit, nous célébrerons nous aussi le bicentenaire de la Révolution mais celui de ses victimes et de ses martyrs et non celui de ses auteurs et de ses bourreaux. »

Gustave Thibon.
Préface du livre du Rd Père Yves-Marie Salem-Carrière, lazariste,
intitulé « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi »
(ed. Dominique Martin Morin – 1989).

Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi - R.P. Salem-Carrière

Note * : Les catholiques fidèles poussaient fréquemment le cri de « cocorico » en présence des prêtres jureurs : c’était une manière de leur rappeler le reniement de Saint Pierre et de les inciter à la conversion.
En conséquence, le « cocorico » était fort mal perçu par les sans-culottes. Le Rd. Père Salem-Carrière rapporte donc qu’à Montpellier, le 5 décembre 1791, lors des funérailles d’un « patriote », lorsque le curé constitutionnel parut, un puissant « cocorico » retentit à une fenêtre. Voici la suite telle qu’elle est racontée dans son livre :

« Les gardes nationaux montèrent au deuxième étage chez mademoiselle Sauvaire, vendeuse de faïence, saisirent un coq en cage sur la fenêtre et amenèrent la fille avec eux au tribunal correctionnel.
Le juge l’interrogea :
- Vous avez dressé le coq pour vous moquer des prêtres assermentés.
- C’est un cadeau, répondit-elle, je l’ai mis en cage parce que étant très maigre je voulais l’engraisser.
- Oui, mais ce n’est pas un animal à mettre en cage sur une fenêtre.
- Si je l’avais laissé libre dans mon magasin de faïence il aurait tout cassé.
Ainsi se déroula le dialogue « patriotique » et le jugement suit la logique révolutionnaire. La fille est condamnée à deux jours de prison et à une amende.
Et le coq ?
Le juge propose de l’offrir à l’hôpital. Non pas, estime le tribunal, les malades qui absorberaient son bouillon pourraient devenir aristocrates ou monarchistes.
« Qu’on le décapite, crie un assistant, puisqu’il a chanté en nous insultant. »
Aussitôt un garde saisit son sabre et décapite l’animal… »

(in « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi » p. 54).

Coq sur un canon (époque révolutionnaire)

Coq sur un canon
(peinture sur faïence – époque révolutionnaire)

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

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