Archive pour la catégorie 'Memento'

2024-26. Diverses communications de Sa Majesté autour de la date anniversaire du martyre du Roi Louis XVI et message politique de vœux pour 2024.

28 janvier 2024,
Fête de Saint Charlemagne (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort d’Henri de La Rochejaquelein (cf. > ici et > ici).

Monogramme Prince Louis de Bourbon - Louis XX

       Comme chaque année désormais, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, après avoir adressé au commencement de janvier de manière relativement rapide ses vœux aux Français (voir > ici), attend les alentours de la date hautement symbolique du 21 janvier pour faire une autre publication de début d’années, plus longue et au caractère plus politique.
Cette année, Sa Majesté l’a fait au moyen d’en entretien accordé au « Journal du dimanche » (JDD) et Elle l’a annoncé de la sorte sur les réseaux sociaux le 24 janvier en milieu de journée :

Capture d’écran - FB du Roi 24 janvier 2024 - Vœux

   Je vous engage donc à vous rendre sur le site de cette parution et à y lire de manière paisible, en prenant le temps de la réflexion, le texte que notre Souverain légitime nous donne comme une espèce d’encouragement à une saine réflexion politique, à la lucidité, et à une action en conséquence pour 2024 : cliquer > ici (nota bene : ce texte est en accès gratuit, mais il faut toutefois accepter les « cookies » pour y avoir accès).

   Remercions Dieu de nous avoir donné un Prince qui sait où se trouvent les priorités, et qui n’omet donc jamais de rappeler l’Alliance originelle conclue dans les fonts baptismaux de Reims et le primat du plan divin :

Louis XX fin du texte des vœux aux Français 24 janvier 2024

   Sa Majesté se trouvait à Paris, le dimanche 21 janvier, pour assister à la Messe célébrée à la Chapelle Expiatoire, où l’on a compté plus de 900 personnes.
Nous ne possédons pas encore, à ma connaissance, le texte complet du texte de plusieurs minutes qui a été lu par le Roi à l’occasion du déjeuner qui a suivi cette fervente cérémonie, texte qui à ce jour ne figure pas en entier dans les médias officiels chargés de les publier.
Sur Facebook, accompagnant la publication de plusieurs photos ou petites vidéos de cette célébration à la Chapelle Expiatoire et du « bain de foule » qui a suivi, Sa Majesté a écrit :

« Chaque année nous nous retrouvons plus nombreux à cette même date autour de la Mémoire du Roi Louis XVI et du souvenir de son sacrifice.
Louis XVI, ne l’oublions pas, dans son admirable Testament ne s’attardait pas aux malheurs de son temps mais se plaçait dans l’avenir : « Que le sang répandu ne retombe pas sur les Français » ; que son sacrifice soit rédempteur.
Louis XVI nous rappelle ce qu’est un roi chrétien en période de trouble. Son Testament est un acte de foi et nullement un plaidoyer pour la politique qu’il a menée. Il ne se défend pas devant la justice des hommes dont il sait d’ailleurs combien elle est détournée, mais il s’inscrit pleinement dans la promesse du sacre et dans les devoirs qu’il a vis-à-vis du Créateur. »

Et aussi :

« Je vous remercie chaleureusement de votre présence à mes côtés malgré le froid glacial. Vous êtes chaque année plus nombreux, chers Amis, chers Fidèles, pour honorer le souvenir du Roi Louis XVI et, plus largement, pour ce qu’a représenté et peut représenter toujours pour la France le principe de la royauté, gardons espoir en l’avenir. »

foule à la Chapelle Expiatoire 21 janvier 2024

La foule devant la Chapelle Expiatoire au moment de la Procession d’entrée et de l’arrivée de Sa Majesté

   Pour ne rien omettre, il faut enfin signaler que l’hebdomadaire « Marianne » (n°1400 11-17 janvier 2024) a ouvert l’une de ses tribunes à un débat sur le sujet de « l’aide à mourir », c’est-à-dire l’épineuse question du « suicide assisté », au sujet duquel un projet de loi devrait être présenté dans les prochains mois.
Guillaume Trichard, récemment porté à la tête du Grand Orient de France (et donc, à ce poste, successeur de Philippe Egalité !) s’y montre évidemment favorable, tandis que le contradicteur qui a été choisi pour porter une voix contradictoire et argumenter contre est Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, qui s’en acquitte avec la fermeté et l’intelligence qui conviennent.
On peut accéder (pour 1 € !) à la totalité de cet échange > ici.

Louis XX contre le suicide assisté

Monogramme Prince Louis de Bourbon - Louis XX

2024-25. Laudemus Dominum, qui Sanctum Carolum magnum nobis praevidit !

Louons le Seigneur qui nous a donné Saint Charlemagne !

Blason de Charlemagne - blogue

28 janvier,
Fête de Saint Charlemagne, Roi des Francs et Empereur, confesseur.

       Vous pouvez retrouver ci-dessous toutes les publications de notre modeste blogue relatives à Saint Charlemagne et à son culte. Notez qu’un même article puisse se trouver référencé dans deux catégories différentes.
Cette page sera régulièrement mise à jour lors des nouvelles publications.

Buste reliquaire de Saint Charlemagne - Aix la Chapelle

Reliquaire du Chef de Saint Charlemagne à Aix-la-Chapelle

A – Partie historique concernant la canonisation de Saint Charlemagne et le développement de son culte :

- Saint Charlemagne, un vrai saint, validement canonisé > ici
– Iconographie de Saint Charlemagne > ici
– 29 décembre 1165 : canonisation de Charlemagne > ici

B – Liturgie :

- La Messe propre de Saint Charlemagne dans le propre de Paris > ici
- La séquence « Urbs aquensis » dans la liturgie aixoise > ici
- L’hymne « O Rex orbis » pour les vêpres > ici

C – Varia :

- Sainte Hildegarde de Vintzgau, l’épouse bien-aimée, fêtée le 30 avril > ici

Sanctus Carolus Magnus Nobilissimus Francorum Rex & Romanorum Imperator Augustus - blogue

2024.24. Laval, 27 janvier 1794 : « Je devais servir mon Roi, et je ferai voir, en sachant mourir, que j’étais digne de défendre le trône ! »

27 janvier,
Fête de Saint Jean Chrysostome, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’exécution d’Antoine-Philippe de La Trémoïlle, Prince de Talmont (27 janvier 1794).

Antoine-Philippe de La Trémoille Prince de Talmont - Léon Cogniet Musée d'art et d'histoire de Cholet - détail

Antoine-Philippe de La Trémoille Prince de Talmont
[détail du tableau de Léon Cogniet au Musée d'art et d'histoire de Cholet]

       Né à Paris le 27 septembre 1765, dans l’illustre Maison de La Trémoïlle, Antoine-Philippe, Prince de Talmont, ne fait pas partie des plus aimés ni des plus populaires parmi les chefs de l’insurrection vendéenne, et cela put se constater dès le moment où il la rejoint.
De fait, en raison de ses habitudes sociales, de son éducation et, surtout, de son caractère et de son tempérament, le Prince de Talmont n’était pas forcément facile à aborder, et pas davantage de ceux dont on peut prétendre devenir l’intime. Cela lui vaudra un grand nombre d’occasions de louper ces belles amitiés dans lesquelles on traite d’égal à égal, en raison des dispositions du cœur.
Marié à l’âge de 19 ans et demi avec une jeune fille « de son monde », doté d’un titre de général dans les armées de Sa Majesté alors qu’il n’avait jamais combattu, réputé frivole, souvent irréfléchi, ne manifestant pas plus de dévotion que ce qui est strictement convenable pour un jeune homme de la haute aristocratie qui aime la vie et ses plaisirs, Antoine-Philippe de La Trémoïlle sera en revanche irréprochable pour ce qui touche à la cohérence avec ses principes, son sens de l’honneur et de la fidélité.

   Au contraire de nombreux aristocrates autour de lui, il n’a jamais porté d’intérêt aux idées politiques qui feront la révolution, à laquelle il s’opposera nettement dès le début.
Les La Trémoïlle prennent le chemin de l’exil dès 1789. Comme son frère aîné, Antoine-Philippe rejoint l’Armée des Princes et y devient rapidement aide de camp du Comte d’Artois, frère du Roi.

   Mais Talmont a soif d’engagement : il voulait du concret, et rentra en France pour lutter frontalement contre le mal révolutionnaire.
Après une éphémère conjuration contre-révolutionnaire poitevine, et, en 1793, un moment 
« d’inquiétude » lorsqu’il fut arrêté près de Château-Gonthier alors qu’il parcourait ses fiefs pour les soulever, il parvint à s’échapper et rejoignit la grande Armée catholique et royale de l’Ouest qui se préparait à marcher sur Nantes.
« Il n’a que 28 ans et c’est déjà un homme usé avant l’âge. Ce Prince aux mœurs confuses est atteint par la goutte, mais il est courageux et zélé. Eu égard à son rang il est nommé, dès son arrivée, général en chef de la cavalerie à la place du général Henri Forestier, et prend part au Conseil supérieur de l’armée. L’armée vendéenne est honorée de compter dans ses rangs un homme si illustre, et sa présence procure une grande sensation. Ce prince au nom prestigieux s’affiche comme l’héritier d’une famille gouvernant dans le Maine et en Anjou sur plus de 300 paroisses » (auteur anonyme).

   Sa belle apparence lui attire certes des sympathies spontanées, mais ses manières facilement désinvoltes ont quelque chose d’incompréhensible et de presque scandaleux, pour ces paysans et cette petite noblesse provinciale qui manifesteront en définitive d’autant plus de méfiance envers sa personne qu’ils se rendront rapidement compte que son discernement n’est pas fulgurant ni son intelligence supérieure. Lors de la Virée de Galerne, plusieurs le suspecteront de vouloir fuir par bateau jusqu’en Angleterre. 

Talmont avec Monsieur Henri et Jean Chouan réunis à Mayenne en 1793 - blogue

Lucien Nouël de Latouche, en 1864, a peint cette réunion entre
le Prince de Talmont, « Monsieur Henri » et Jean Chouan à Mayenne en 1793

       Le 31 décembre 1793, peu de jours donc après l’écrasement de l’armée vendéenne à Savenay (où, comme Henri de La Rochejaquelein, la Providence n’avait pas permis qu’il fût), le Prince de Talmont, déguisé en paysan, errait dans les environs de Laval, accompagné d’un seul domestique, quand il tomba entre les mains des « Bleus ». Il fut conduit à Fougères sans avoir été reconnu. Mais la fille de l’aubergiste de Saint-Jacques s’écria en le voyant : « C’est le Prince de Talmont ! »
Traduit devant le général Beaufort, qui commandait à Fougères, Talmont jeta son bonnet de paysan, et finit par déclarer avec panache : « Oui, je suis le Prince de Talmont, que soixante-huit batailles ont familiarisé avec la mort ». Un officier lui demande pourquoi il avait pris les armes contre la république : « Issu des La Trémoïlle, dit-il, je devais servir mon Roi, et je ferai voir, en sachant mourir, que j’étais digne de défendre le trône ». Il réclamait pour seule grâce le trépas le plus prompt ; mais les conventionnels en mission dans l’Ouest se disputèrent cette illustre victime.

   Il fut transféré dans les prisons de Rennes, où il languit sans que l’affaiblissement de ses forces diminuât son courage. Dans ses interrogatoires, il ne laissa échapper aucune révélation et ne prit la parole que pour confondre ses juges. Un jour, l’un d’eux, irrité de son silence, lui dit : « Tu es un aristocrate et je suis un patriote. – Tu fais ton métier, et moi mon devoir », répondit le Prince. Enfin, il fut emmené à Vitré pour comparaître le 26 janvier devant une « commission militaire » chargée de le condamner.
Aussitôt après la sentence, ordre fut donné qu’on le conduisît à Laval pour l’exécution.
Le convoi y arriva le 27 en fin de journée : l’échafaud avait été dressé devant l’entrée principale du château, pour insulter à la domination que les ducs de La Trémoïlle exerçaient encore sur cette ville moins de cinq ans auparavant.
L’exécution eut lieu sur le champ, et alors que le fatal couperet allait lui ôter la vie, le Prince de Talmont cria encore une fois : « Vive le Roi ! ».

   Les zélés apôtres des droits de l’homme et de la fraternité firent subir à sa tête différents outrages : après l’avoir faite vider par un chirurgien, un prêtre apostat, Jean-Louis Guilbert, membre de la Commission militaire révolutionnaire du département de la Mayenne, la plaça sur un chandelier ; puis elle fut mise sur une pique et exposée au-dessus de la porte de la grille du château. Le surlendemain, on l’enterra dans la cour du château, où elle fut retrouvée et remise à sa veuve à la Restauration.
Le reste de son corps fut jeté dans l’une des fosses communes, avec les corps d’une multitude d’autres victimes (parmi lesquels les prêtres qui ont été depuis béatifiés cf. > ici), à la sortie de la ville en direction d’Angers, dans les landes de la Croix-Bataille.
En 1816, on y réalisa des fouilles, qui permirent l’identification des corps des prêtres, mais rien ne permit de reconnaître celui du Prince de Talmont au milieu de centaines d’autres squelettes. Une chapelle fut édifiée en 1822 mais, détruite en 1868, l’emplacement en a été marqué en 1955 par une grande croix de granit.

Nota bene :
Tandis que le Prince de Talmont était guillotiné à Laval, son frère jumeau, le Chanoine Charles-Godefroy de La Trémoïlle, doyen du chapitre cathédral de Strasbourg, était jeté dans les cachots de la Terreur, desquels il ne sortit au bout de quelques mois que pour entendre le tribunal révolutionnaire de Paris prononcer son arrêt de mort, qui le conduisit donc lui aussi à la guillotine, le 15 juin 1794.

Interrogatoire du prince de Talmont  par Jules Benoit-Lévy - blogue

- Depuis combien de temps étais-tu avec les brigands ?
– Depuis que je suis avec vous !
Comparution du Prince de Talmont devant la commission militaire qui va l’envoyer à la mort
[tableau de Jules Benoît-Lévy (1866-1952), conservé au Puy-du-Fou]

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Petite vidéo résumant la vie du Prince de Talmont
[faire un clic droit sur l'image ci-dessous, puis "ouvrir dans un nouvel onglet"]

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Scapulaire Sacré-Coeur

2024-23. De Saint Sévérien, disciple de Saint Martial et premier évêque des Gabales.

26 janvier,
Fête de Saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan ;
Fête de Saint Polycarpe, évêque, Père apostolique et martyr (cf. > ici et > ici).

Tolbiac au clin d'œil - blogue

Préliminaires :

       Voici une publication qui, une fois de plus, ne manquera pas de déplaire à quelques uns de ces modernes (et souvent modernistes) impies qui, sous les prétextes de la « raison » et de la science historique contemporaine, poursuivent l’œuvre de destruction des racines chrétiennes de notre magnifique pays engagée avant eux par les sectateurs de Calvin, les Jansénistes, les « philosophes », les rationalistes, les révolutionnaires, les positivistes, les modernistes, les « progressistes », les artisans du « renouveau conciliaire » et autres pourfendeurs de « superstitions ».
Mais, une fois de plus, nous ne cherchons ni leurs faveurs ni leurs « bénédictions » (quand on voit d’ailleurs ceux auxquels ils souhaitent tant les donner, cela vaut bien mieux !).
En réponse à tous ces ricaneurs, il existe déjà de nombreuses et très savantes études publiées par d’authentiques érudits ne se contentant pas de recopier les thèses approuvées par l’opinion dominante, et de brosser dans le sens du poil des ignorants coiffés de la barrette des docteurs ou de la mitre.

   L’apostolat de Saint Martial, disciple de Saint Pierre et envoyé par lui dans les Gaules, au premier siècle de notre ère, est une croyance unanime dans tous les diocèses concernés jusqu’au XVIIème siècle : c’est alors que des rationalistes, dissimulés tantôt sous les livrées d’une « piété éclairée » tantôt sous celles de la science, ont commencé à instiller pernicieusement des doutes, que la grande révolution ainsi que les grands courants d’attaque contre la Sainte Eglise, jusqu’à nos jours, ont établis comme des sortes de super-dogmes à l’autorité intangible, jusqu’à faire tomber dans l’oubli quasi général des traditions immémoriales qui avaient fait vivre spirituellement des générations de chrétiens du Royaume de France pendant plus de quinze siècles, et qui avaient suscité leur légitime fierté en alimentant leur identité et leurs particularismes.
Point n’est besoin d’être grand clerc, ni historien (ou prétendu tel) ou sociologue (ou prétendu tel) pour le comprendre !

   L’ignorance volontaire et entretenue de ces anciennes traditions sur la seule base d’une mauvaise interprétation d’une phrase de Saint Grégoire de Tours, n’est finalement ni une preuve d’intelligence, ni la preuve d’une intégrité intellectuelle, ni un signe de véritable quête de la vérité : avec de telles personnes, il n’y a donc pas à perdre de temps dans des discutailleries forcément stériles.

   Ce préambule nécessaire étant posé, venons en, si vous le voulez bien, à la vie de Saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan (parfois orthographié Séverien) qui nous intéresse aujourd’hui.

Tolbiac.

Saint Sévérien du Gévaudan - blogue

Citation des « Petits Bollandistes » :

Saint Sévérien, évêque de Mende (1er siècle)

       « Bien que l’injure du temps, les dévastations des guerres civiles et l’aveugle fureur des hérétiques aient fait périr des documents aussi nombreux qu’importants sur les antiquités de la très-ancienne Eglise de Mende, il reste néanmoins encore des monuments historiques du caractère le plus authentique, tels que plusieurs martyrologes et un assez grand nombre de manuscrits religieusement conservés à Mende, desquels il résulte que Sévérien, fidèle compagnon de Saint Martial de Limoges, dans la prédication de l’Evangile, suivit comme prêtre ce grand apôtre de l’Aquitaine dans ses courses à travers les montagnes du Gévaudan. Bientôt une église ayant été fondée au bourg de Mende, et placée sous le patronage de la Bienheureuse Vierge Marie, Martial, au moment d’aller visiter d’autres contrées, éleva à la dignité de pontife celui qui avait été son disciple, le compagnon de ses travaux et l’imitateur de ses vertus. Il l’ordonna et le laissa dans le pays de Gévaudan, afin qu’il gagnât à l’Evangile le peuple encore assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. L’autorité des documents dont le diocèse de Mende est en possession est confirmée par une tradition constante très ancienne et à laquelle on ne peut pas assigner de commencement.

   On parle d’un certain petit roi, ou prince de Gévaudan, qui, ayant été converti par Saint Sévérien et étant sans enfants, légua au saint évêque le pouvoir politique qu’il possédait dans le pays, et plusieurs font remonter jusque-là l’origine de ce pouvoir que conservèrent pendant des siècles les évêques de Mende, et dont ils ne se servirent que pour répandre abondamment sur le peuple les bienfaits d’une douce et paternelle domination. On ne sait pas au juste combien de temps Saint Sévérien remplit ses fonctions apostoliques, et l’on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s’endormit dans le Seigneur d’une mort tranquille. »

Propre de Mende, in « Les Petits Bollandistes », tome premier p. 636 – 1876.

Gévaudan - ancien diocèse de Mende - blogue

Le Gévaudan :
1 – la partie en rose/orangé représente toute l’ancienne province du Gévaudan qui recouvrait aussi exactement
l’ancien diocèse de Mende ; le tout est limité par les pointillés rouges.
2 – les traits pleins gris représentent les limites actuelles du département de la Lozère :
on voit donc que, 2a) dans le sud, le territoire de la paroisse de Meyrueis n’appartenait pas au Gévaudan historique ;
2b) au sud est, le département de la Lozère a « conquis » le territoire de la paroisse de Villefort, qui était de l’évêché d’Uzès ;
mais que 2c) tout ce qui fut ensuite le canton de Saugues, dans la Haute-Loire) appartient au Gévaudan historique. 

Précisions de Tolbiac :

   1 – Le pays des Gabales (en latin : Gabalitanus pagus), devenu Gévaudan par les déformations successives au cours des siècles, aurait-il pu « échapper » à l’évangélisation qui atteignit ses pays voisins (le Velay, le Vivarais) en des périodes très précoces ? Le penser relève de la pure négation des réalités humaines et spirituelles. D’autant que nous savons de manière certaine que Saint Privat fut martyrisé par les Alamans autour de 258 à Mende (en latin : Mimata), mais qu’il n’était pas le premier évêque de la chrétienté locale.
Le texte des Petits Bollandistes ci-dessus montre de manière non équivoque que la version officielle de l’évêché de Mende, au XIXème siècle, attestait que c’était bien là que le siège épiscopal avait été établi depuis l’origine, nonobstant le fait que la capitale politique du pays des Gabales était Anderitum, aujourd’hui le bourg de Javols.

   2 – C’est dans un document du milieu du Xème siècle que l’on voit pour la première fois un évêque, nommé Etienne, se donner le titre « d’évêque de Mende », et non « d’évêque des Gabales » ou « du Gévaudan » : les historiens modernes en concluent qu’il fut le premier à le faire et que ce titre est donc né au milieu du Xème siècle.
Singulière « rigueur historique » ! Cela signifie-t-il que tous les évêques précédents, dont la liste est très incomplète et au sujet desquels une grande partie de la documentation a été détruite, ne portait pas ce titre ? Absence de preuve n’est pas preuve d’absence.
Et cela ne veut pas davantage dire que, dans une lignée épiscopale, on ne puisse pas donner, par commodité et bien que ce soit par une sorte d’anticipation, le nom « d’évêques de Mende » à des pontifes qui se sont régulièrement succédé sur le territoire du Gévaudan avant même que le diocèse ne soit, en rigueur, le « diocèse de Mende ».
Notons d’ailleurs au passage que ceux qui pinaillent aujourd’hui sur le titre « d’évêque de Mende » pour Saint Sévérien, ou pour celui « d’évêque du Puy » pour Saint Georges du Velay, ne voient cependant pas d’inconvénient à ce que des mitrés contemporains se présentent eux-mêmes comme « évêque de Lozère » ou « évêque de Haute-Loire » alors que ces dénominations n’existent canoniquement pas !

   3 – Le capitaine huguenot Matthieu Merle (vers 1548 – après 1587), de sinistre mémoire en raisons de ses massacres, pillages, destructions et cruautés diverses, mit à sac puis incendia la cathédrale de Mende en 1579 et 1581 : il fit disparaître de la sorte quantité d’archives de l’évêché, de la cathédrale et du Chapitre : lorsque les monuments écrits et bâtis sont ainsi mis à mal, tout ce qu’il reste aux hommes honnêtes, c’est de se fier à ce que la tradition orale, pérenne, a permis d’en « sauver ». En outre, le fait que ce soit catholique n’en fait pas systématiquement le signe que c’est de l’affabulation, de la crédulité naïve ou de « pieux » mensonges !

   4 – Son Excellence Révérendissime Monseigneur Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré (1685-1767), devint évêque de Mende et comte du Gévaudan en 1723 : il a acquis quelque célébrité par les appels à la prière et à la pénitence qu’il lança lors de la dramatique affaire de la Bête du Gévaudan, qui advint sous son pontificat.
Ce prélat ne manquait ni d’une certaine piété ni de moralité (contrairement à quelques siens cousins qui furent ministres), mais il n’en était pas pour autant dans la saine doctrine : il était de convictions jansénistes que l’on peut qualifier de militantes, voire fanatiques, et imposa à son diocèse le bréviaire en usage alors à Paris, marqué par un jansénisme rigoriste qui faisait la chasse aux « superstitions », auxquelles le culte des saints était pratiquement assimilé (il ne faut jamais oublier que la véritable origine du jansénisme ne se trouve ni dans une saine ferveur austère ni dans les écrits de Saint Augustin, mais dans les erreurs de Calvin concernant la grâce). Ce fut cet austère hiérarque qui réduisit de manière drastique le nombre de saints honorés dans son diocèse, et qui fit pratiquement sombrer le culte de Saint Sévérien, lui déniant, contre dix-sept siècles de tradition, son titre de premier évêque du Gévaudan. Ses successeurs, s’ils tentèrent de le restaurer en partie, ne purent totalement rebâtir – d’autant que la grande révolution vint bientôt accumuler d’autres ruines – ce qu’il avait contribué à détruire.

   5 – C’est ainsi que Saint Sévérien, glorieux par sa vie comblée de mérites et par le culte qui lui fut rendu sans états d’âme pendant plus de seize siècles, fut relégué et suspecté pour devenir le pauvre Saint Sévérien, simplement par la faute d’hérétiques officiels ou larvés.
Si, comme le dit le Propre de Mende cité par les Petits Bollandistes au XIXème siècle, « on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s’endormit dans le Seigneur d’une mort tranquille », nous pouvons aujourd’hui ajouter que l’on est en revanche certain que les contempteurs des vénérables traditions catholiques lui ont fait subir une nouvelle forme de martyre et ont endormi son culte dans l’humiliation.

Saint Sévérien de Mende - blogue

2024-21. Un signe du Ciel dans le ciel du Roussillon : lettre de la Confrérie Royale, 25 janvier 2024.

Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 janvier A.D. 2024

 Blason de la Confrérie Royale

21 janvier 1793 :

Un signe du Ciel dans le ciel du Roussillon 

Louis XVI - camée

Bien chers amis,

   A quelques jours de la date anniversaire de la mort du roi Louis XVI, il m’incombe de vous adresser la lettre mensuelle de notre Confrérie. Prêtre à Perpignan et membre du Cercle légitimiste Hyacinthe-Rigaud, je ne résiste pas au désir de vous partager l’histoire d’un signe providentiel survenu le 21 janvier 1793 à quelques kilomètres de Perpignan dans le ciel du Roussillon.

   Le Roussillon avait été annexé au royaume de France en 1659 par le traité des Pyrénées. Une minorité y était très favorable, la majorité de la population manifestant au contraire une grande défiance. L’adhésion très minoritaire se mua en une adhésion beaucoup plus consensuelle pendant tout le XVIIIème siècle. Les circonstances servirent l’apaisement et l’acceptation de la monarchie française, notamment après l’installation des Bourbons à Madrid. Les familles de la noblesse locale se rallièrent finalement de bon cœur. C’est un événement survenu dans une de ces familles dans la tourmente révolutionnaire que je viens ici vous compter.

   Lorsque le régicide venait de se consommer à Paris et était ignoré de la province, une noble famille roussillonnaise demeurée fidèle à la monarchie et qui vivait anxieusement dans sa maison de campagne de Saint-Féliu-d’Amont fut avertie de la mort de Louis XVI par un singulier prodige. Plus tard, elle considéra celui-ci comme un signe donné en confirmation des paroles que l’abbé Edgeworth de Firmont avait prononcées au pied de l’échafaud : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! ».

   Le père, Jean-Baptiste de Balanda, ancien Viguier de Roussillon et Vallespir s’était vu dans l’obligation de quitter Perpignan pour se soustraire aux tracasseries et aux persécutions auxquelles il était en butte. La prudence l’avait conduit à suivre cette recommandation de la Sainte Écriture : « Viens, mon peuple, entre dans tes chambres et ferme tes portes sur toi. Cache-toi pour un petit moment, jusqu’à ce que l’indignation soit passée » (Es. 26, 20). Royaliste sans ostentation comme la plupart de ses compatriotes, par-dessus tout profondément catholique, il avait accueilli avec déplaisir une révolution qui, non contente de le priver de sa charge, portait atteinte à sa conscience. Il avait compris que le soi-disant « esprit des Lumières », qui avait préparé la destruction de la France dans ses loges, prônait tant la haine des rois que celle de l’Église. Un Diderot n’avait-il pas déclaré : « Avec les derniers boyaux des prêtres, nous serrerons le cou du dernier des rois » ? Il s’était montré néanmoins très exact à payer les lourdes contributions qui pesaient sur les riches et, après avoir quitté la ville pour la campagne où il était plus en sûreté, il avait rempli non moins exactement ses devoirs de garde national à Saint-Féliu-d’Amont tout en se faisant suppléer à Perpignan pour le même office et en se tenant soigneusement à l’écart de la politique. En dépit de sa conduite irréprochable, il fut vite rangé parmi les suspects ; à diverses reprises la populace pilla ses biens et il ne fut pas plus tranquille à Saint-Féliu qu’à Perpignan.

Saint-Féliu d'Amont

Le village de Saint-Féliu-d’Amont

   L’histoire extraordinaire qui allait à tout jamais marquer sa famille nous est connue par la copie d’une lettre adressée sous la Restauration à Marie-Thérèse, duchesse d’Angoulême et fille de Louis XVI, par le fils de l’ancien Viguier, comme lui prénommé Jean-Baptiste, garde d’honneur du duc d’Angoulême pendant son séjour à Perpignan.

   « Le 21 janvier 1793, expose Jean-Baptiste de Balanda, feu mon cher père, Jean-Baptiste de Balanda, viguier du Roussillon et Vallespir, vivait avec sa famille à sa campagne. (…) À cette époque, aussi triste que mémorable, j’étais un enfant et j’aurais pris peu de part à l’affliction générale sans l’événement extraordinaire qui me fit apercevoir de midi à une heure au firmament un petit nuage de la forme d’une tête dont les cheveux sont bouclés. La figure de cette tête était si distincte et si remarquable qu’elle frappa ma vue, à l’âge de 7 ans, pendant ma récréation aussi innocente que mon âge. L’empressement que je mis à appeler toute la famille fit que trois de mes sœurs accoururent sur une terrasse. Mon père et ma mère s’y rendirent par complaisance à ma sollicitation et tous admirèrent la tête dont mon esprit enfantin était étonné. »

   La dame Arenys, tante du petit Jean-Baptiste, accourut elle aussi pour voir le petit nuage, « mais à peine l’a-t-elle aperçu qu’il lui prend des transports de désespoir et s’écrie par des sanglots : ‘‘Les scélérats ont consommé le crime : le Roi est mort !’’ ». Madame de Balanda, effrayée de ces propos et de ces clameurs, fit rentrer tout le monde dans la maison et imposa un rigoureux silence. M. de Balanda avait pris soin de noter le jour et l’heure du prodige. Le sinistre courrier qui, dans les jours suivants, couvrit la France d’effroi, confirma en effet la nouvelle.

   Lorsque le pape Pie VII fit recueillir dans le greffe de la Congrégation de Miraculis les faits qui pourraient servir à la glorification du roi Louis XVI, Jean-Baptiste de Balanda fils décida d’établir la relation de cet événement que la famille avait honoré pendant 24 ans. Il ne restait alors avec lui que Marie de Guardia, sa mère âgée de 64 ans, trois de ses sœurs et deux vieux domestiques, pour attester qu’ils avaient tous aperçu le nuage « miraculeux » qui dessinait parfaitement la tête du roi martyr, ce même profil connu par les monnaies et les gravures et qui avait contribué à l’arrestation de Varennes.

de Balanda

Jean-Baptiste François-Xavier Louis-de-Gonzague Pancrace de Balanda
Né à Perpignan le 12 mai 1786 et mort à Saint-Féliu le 26 septembre 1860

   Si l’on admet la bonne foi des témoins, on sera pourtant peut-être tenté d’attribuer l’apparition à une coïncidence ou une hallucination collective. Mais s’il y a coïncidence, il faut reconnaître qu’elle est aussi étonnante que le prodige contesté, les témoins étant à ce moment-là dans l’ignorance totale de la condamnation à mort et de l’exécution de Louis XVI. En outre, rappelons que « l’apparition » dura une bonne heure, chose invraisemblable pour un simple nuage.

   Jean-Baptiste confiera que jamais l’image sainte ne s’est effacée de sa mémoire et que mille fois dans son enfance, on lui avait fait raconter cette précieuse anecdote. Marqué par cet évènement, il écrira même à la duchesse d’Angoulême : « J’ai été des premiers à mêler mes larmes innocentes aux larmes de douleur que Votre Altesse Royale a versées pour le meilleur des rois que la France retrouve heureusement dans son auguste fille. J’ai toujours répété la même chose et, je puis l’affirmer, pieuse Princesse, que depuis que l’âge a développé les sentiments de mon cœur, j’ai pris pour mon protecteur votre auguste père que j’ai invoqué dans l’adversité sous le nom de saint Louis le martyr ».

   Le pape Pie VI ne dit pas autre chose dans l’éloge funèbre qu’il fit de Louis XVI : « La religion devait compter cet infortuné monarque au nombre de ses martyrs. (…) Nous avons la confiance qu’il a heureusement échangé une couronne royale et des lys qui se seraient bientôt flétris contre cet autre diadème impérissable que les anges ont tissé de lys immortels ». Ce même Pontife a fait en outre remarquer qu’on a confondu la mansuétude du roi avec de la faiblesse. Qu’importe finalement le jugement humain porté sur Louis XVI. Comme l’a dit l’abbé Beauvais dans son sermon du 21 janvier 2009 : « Mauvais ou grand roi, bonté et faiblesse du roi ? Ce qui compte c’est l’âme de ce prince profondément désireux de donner le bonheur à son peuple, mais qui rougissait à l’idée d’avoir à le commander et plus encore à le rudoyer ».  On peut légitimement espérer que Louis XVI partage déjà la gloire avec saint Louis, son aïeul.

Saint-Féliu d'Amont - blason

Blason de la commune de Saint-Féliu :
la Vierge Immaculée avec en fond les armes de France

   Que du Ciel ils entendent nos présentes supplications ! En ces temps tragiques pour la France, il n’est quasiment plus aucun politique pour s’opposer à la destruction de la civilisation chrétienne, où la vie est désormais clairement menacée par la constitutionnalisation de l’avortement et l’inique et imminent projet de loi sur la fin de vie, Au nom d’une prétendue « éthique de responsabilité » due à leurs fonctions, nos politiques, même catholiques, n’hésitent pas à balayer les convictions personnelles dont ils se réclamaient. Telle une femme qui vient, pour devenir ministre, d’accepter le baiser du diable qu’elle dénonçait naguère chez ses compères, ou d’autres qui pour le même poste renient leur participation à la Manif pour tous… Comment faire confiance à des personnes qui ne respectent pas leurs propres convictions ? Nous pouvons être sûrs qu’ils ne défendront pas les nôtres.

   Toutes les valeurs sont en train de s’inverser : le mal devient le bien et vice versa. Toutes les tentatives d’éradiquer soi-disant le mal ont abouti, en particulier au siècle dernier, aux idéologies les plus meurtrières. Ce qui nous revient aujourd’hui, ce n’est pas d’éradiquer le mal, c’est simplement déjà de le combattre et de promouvoir le bien : c’est ainsi qu’à notre humble place nous pouvons contribuer à la réconciliation du Ciel et de la Terre. Puisse le digne fils de saint Louis hâter le retour effectif de notre Roi au Royaume des Lys, et de la civilisation qui lui est consubstantielle.

          Abbé Christophe Lefebvre,
premier vicaire de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan

apothéose de Louis XVI

2024-19. A travers Louis XVI, Dieu est certes visé, et la couronne bien sûr, mais c’est aussi le premier coup porté dans notre pays contre la paternité et contre l’éducation que tout parent donne à sa descendance.

Prône pour la Messe solennelle de Requiem pour le repos

de l’âme du Roi Louis XVI

Eglise Saint-Eugène-Sainte-Cécile, Paris,
- 20 janvier 2024 -

La Famille Royale au Temple - blogue

La Famille Royale au Temple

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. 

                                                           Mes chers Frères,

       Le Roi va mourir, et il est seul, en présence de Dieu. Louis le Désiré, – comme le peuple le surnomma -, va mourir car les nouveaux maîtres ne peuvent accepter que le Lieutenant du Christ leur rappelle que tous les hommes sont soumis à la loi divine. Celui qui va verser son sang n’est pas qu’un monarque, le roi très chrétien ; il est aussi un père, celui des enfants de France et celui de toutes ses nations et de tous ses peuples à l’unisson. À travers lui, Dieu est certes visé, et la couronne bien sûr, mais c’est aussi le premier coup porté dans notre pays contre la paternité et contre l’éducation que tout parent donne à sa descendance.  En 1786, il avait fait part à Monsieur de Malesherbes d’une de ses craintes à l’égard du monde nouveau : «  Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher un peu trop d’indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions. La philosophie trop audacieuse du siècle a une arrière-pensée » (Lettre, 13 décembre 1786). Cette philosophie ne s’est jamais fatiguée de saper tous les fondements de la monarchie en transformant la Révélation en une simple religion naturelle dans le meilleur des cas. La paternité n’échappa pas à cette attaque en règle. Il suffit de lire l’Émile ou De l’éducation de Jean-Jacques Rousseau : la nature fait bien les choses et il ne faut pas la contrarier ; l’enfant doit donc être libre de ses propres expériences ; le père de famille ne doit pas user d’autorité puisque les seules valeurs sont la liberté, la tolérance, l’égalité. Cette première balafre dans le tissu éducatif chrétien prépare notre décadence actuelle, et Louis XVI, dans sa jeunesse, en fut en partie victime mais il sut rapidement s’en défaire car il laissa agir les lumières surnaturelles. Il ne pouvait oublier que Notre Seigneur fut reconnu pour l’autorité de son enseignement et que le Fils ne cessa d’obéir au Père jusqu’à la mort de la Croix. Si le Roi nous émeut tant, c’est parce qu’il mit en pratique, jusqu’au dernier jour, un souci paternel envers les Français et qu’il fut père attentionné pour ses enfants prisonniers au Temple avec lui. Les principes qui le portèrent alors ne pouvaient que faire enrager ses ennemis, tel Bertrand Barère de Vieuzac déclarant à la Convention le 20 janvier 1793 : « L’arbre de la liberté ne saurait croître s’il n’était arrosé du sang des rois. » Les principes boursouflés de la Révolution prirent racine dans un terreau préparé de longue date par les philosophes, les sociétés secrètes et les journalistes du temps, ceci à partir d’un enseignement déjà perverti. Quelques mois après l’exécution du Roi en 1793, le P. Pierre de Clorivière, – jésuite dans le secret depuis la suppression de son Ordre en 1762 et qui rétablira la Compagnie de Jésus en France en 1814 -, écrit ses Études sur la Révolution, avec déjà à l’esprit l’idée d’une restauration de la foi et des mœurs : « Nous n’aurions pas vu la religion dépérir si promptement parmi nous si la jeunesse eût été élevée d’une manière plus chrétienne, et si cette partie de l’éducation qui regarde plus directement la foi n’y eût été trop négligée. Ceux qui se sont servis de leur pouvoir pour établir le règne de l’impiété ont bien senti cette influence de l’éducation, et pour établir solidement leur œuvre mauvaise, pour en perpétuer les effets, ils se sont emparés de tout ce qui regardait l’instruction publique. » Son diagnostic n’a pas pris une ride. Et Louis XVI, prisonnier, comprit que le dernier exemple qu’il pouvait léguer à ses peuples était celui d’une famille unie dans l’épreuve, soucieuse de l’éducation et de l’instruction de ses enfants. Les témoignages à ce sujet sont bouleversants, surtout en pensant à ce que la Convention fera subir à Louis XVII avant de le laisser périr misérablement. Le roi fut proche du dauphin, comme un vrai père aimant et autoritaire jusqu’à ce qu’il fût séparé de force des siens. Il fut fidèle à son devoir de transmission, comme lui-même en avait été le bénéficiaire de la part de son grand-père Louis XV, contre le mauvais air du temps. Adolescent, admirablement instruit notamment par Monsieur de La Vauguyon, il avait été l’objet du mépris d’un philosophe comme Helvétius affirmant avec hauteur : « On ne peut sans inconséquence être à la fois pieux et homme d’État, dévot et bon citoyen, c’est-à-dire honnête homme. » (De l’Homme, de ses Facultés intellectuelles et de son éducation) Ce dernier persifle à l’unisson des frères du futur Louis XVI, qui eux épousèrent sans vergogne l’esprit des Lumières. Propagande donc contre le futur roi qui tient sa source dans des principes éducatifs tordus mis en place en amont de la Révolution. Le P. de Clorivière notera encore : « Il ne suffit pas d’inculquer aux enfants les premiers éléments de la doctrine chrétienne, il faut déraciner de leur esprit et de leur cœur les fausses notions qu’on y a jetées. Il faut accoutumer au joug, des esprits qui n’en ont jamais connu, leur inspirer l’horreur pour le péché dont ils ont été habitués à ne faire aucun cas. Il ne s’agit pas seulement d’annoncer la foi à des hommes qui ne l’ont jamais reçue, mais d’y ramener une nation qui, publiquement, y a renoncé ; il faut l’amener à s’avouer coupable d’apostasie, alors qu’elle se glorifiait de porter la lumière chez les autres peuples. » Cette analyse est plus que jamais actuelle : la France contemporaine ne pourra renaître qu’en passant par ces étapes et en commençant par l’humble repentir de sa trahison.

   Alors que le roi n’est plus roi aux yeux de la Nation, il ne lui reste plus qu’à accomplir jusqu’au bout son devoir paternel, et celui-ci s’exprime par des gestes ordinaires. Le fidèle valet de chambre Cléry nous rapporte certains gestes : chaque matin au Temple, à 9 heures, le roi descendait chez la reine et peignait le dauphin avant que tous ne partageassent un même déjeuner. Puis Louis XVI s’occupait de l’éducation du dauphin, en lui faisant réciter des vers de Corneille et de Racine, en lui donnant des leçons de géographie et de cartographie. Souvenons-nous que Louis XVI était très cultivé, intéressé par toutes les sciences, parlant couramment plusieurs langues. La reine se chargeait de l’éducation de Madame Royale. En début d’après-midi, tous avaient le droit de se promener dans le jardin, et le dauphin, sous la direction de Cléry, jouait au palet, au ballon et pratiquait la course. Après le dîner de midi, le dauphin s’exerçait à l’écriture puis jouait à la balle et au volant. Le soir, la reine et Madame Élisabeth lisaient pour tous un ouvrage d’histoire. Le dauphin soupait le premier et sa mère lui faisait réciter ses prières avant de le coucher. Tout ceci malgré la surveillance grossière et humiliante des municipaux de la Commune. Par exemple, le roi ne pouvait apprendre l’arithmétique au dauphin, sous prétexte qu’il aurait pu « parler en chiffres » (sic). Les dames n’eurent pas le droit de faire de la tapisserie car elle aurait pu être « des hiéroglyphes destinés à correspondre avec le dehors » (resic). Le roi tenait bon, s’imposant une discipline parfaite. N’étant pas autorisé à entendre la messe, il lisait chaque jour l’office des chevaliers du Saint-Esprit et Cléry lui procura un bréviaire, ainsi que des livres de piété pour toute la famille. Louis XVI ne se lassa pas de lire durant sa captivité : plus de deux cent cinquante ouvrages, dont Montesquieu, Buffon, Hume, les tragiques français, l’Imitation de Jésus-Christ, et, quatre heures par jour, les auteurs latins. Son inaltérable sérénité déconcertait les conventionnels qui lui rendaient visite. Le 11 décembre 1792, début du procès de Louis Capet, il fut séparé de sa famille, et notamment du dauphin, ce qui, nota Cléry, le plongea dans une tristesse vite surmontée. Le ciel était bas et il pleuvait ce jour-là. Tant de larmes étaient à venir et elles ruissellent encore sur le visage de la France parricide.  À la fin de cette parodie de procès, de Sèze, un des trois avocats de Louis XVI, tous admirables, s’écria avec courage devant les juges iniques : « Louis sera donc le seul Français pour lequel il n’existera aucune loi ni aucune forme ! Il n’aura ni les droits du citoyen ni les prérogatives de roi ! Il ne jouira ni de son ancienne condition ni de la nouvelle ! Quelle étrange et inconcevable destinée !…» Victime de tant d’injustice, Louis XVI ne fléchit point, demeurant ferme dans l’empire sur lui-même et dans la persévérance, fruit de l’éducation qu’il avait reçue comme dauphin. Les qualités d’âme de ce roi n’apparaissent pas miraculeusement au pied de l’échafaud. Elles y sont couronnées par l’ultime sacrifice car ce prince les cultiva depuis son plus jeune âge. Jules Michelet lui-même, pourtant très hostile à l’ancienne France, reconnaît que « Louis XVI n’eut qu’un vice, qui était la royauté même. » Il est possible d’ajouter que la royauté, aux yeux de ses adversaires, n’eut également qu’un vice : celle de dépendre de Dieu. Louis XVI traversa une purification à l’aune de l’épreuve et de la douleur, comme la reine d’ailleurs. À l’adresse de la France, de ses nations et de ses peuples, il poussa un cri identique à celui du Maître face à la ville sainte : « Jérusalem ! Jérusalem ! Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière d’une poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! » (Matthieu, XXIII. 37) Le 20 juin 1791, il avait ainsi essayé de réveiller ses sujets par cet appel : « Français, et vous surtout Parisiens, … revenez à votre roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n’aura-t-il pas d’oublier ses injures personnelles et de se trouver au milieu de vous lorsqu’une constitution qu’il aura acceptée librement fera que notre sainte Religion sera respectée. » Et surtout ses dernières confidences à Cléry, le 18 janvier, alors qu’il vient d’apprendre sa condamnation à mort : « Je ne crains pas la mort ; mais je ne puis envisager sans frémir le sort cruel que je vais laisser après moi à ma famille, à la reine, à nos malheureux enfants ! Je vois le peuple livré à l’anarchie, devenir la victime de toutes les factions, les crimes se succéder, de longues dissensions déchirer la France ; – Oh ! mon Dieu, était-ce là le prix que je devais recevoir de tous mes sacrifices ? N’avais-je pas tout tenté pour assurer le bonheur des Français ? » Paroles d’un père pour sa propre famille et aussi pour la grande famille de la France. Il est blessé dans sa paternité car la Révolution ne peut que la haïr, comme elle détestera aussi la maternité. Paternité et maternité confiés à l’homme par Dieu comme image visible de la relation qui lie tout être à son Créateur, et donc objets de la vindicte d’un régime qui s’arroge les droits divins. Telle est la république française qui poursuit, inlassablement, son œuvre de destruction contre la famille, contre l’éducation chrétienne et même, désormais, contre toute loi naturelle.

   Alors quelle réponse en présence de tant d’ignominies accumulées maintenant depuis plus de deux siècles, sinon le témoignage sans fin du juste persécuté, comme le rapporte déjà Isaïe ? « Il a été offert parce que lui-même l’a voulu, et il n’a pas ouvert la bouche ; comme une brebis qu’on mène à la boucherie, comme un agneau devant celui qui le tond, il a gardé le silence. Il a été enlevé par l’angoisse et le jugement. » (LIII. 7-8) Le terrible Marat sera un instant ébranlé par la patience héroïque du roi durant l’interrogatoire du 11 décembre 1792 : « Il s’est entendu appeler Louis sans montrer la moindre humeur, lui qui n’avait jamais entendu résonner à son oreille que le nom de Majesté ; il n’a pas témoigné la moindre impatience tout le temps qu’on l’a tenu debout, lui devant qui aucun homme n’avait le droit de s’asseoir. Innocent, qu’il eût été grand à mes yeux dans cette humiliation ! » (Journal de la République française par l’Ami du peuple, 12 décembre 1792) Bien des esprits contemporains, loin d’ignorer Louis XVI, continuent de le détester, les mêmes qui blasphèment contre le vrai Dieu et qui ironisent, à l’instar des témoins de la Crucifixion : « Il a sauvé les autres et Il ne peut se sauver lui-même ; s’Il est le Roi d’Israël, qu’Il descende maintenant de la Croix et nous croirons en lui. » (Matthieu, XXVII. 42) Les tambours qui battirent pour couvrir la voix du roi juste avant son exécution continuent follement de retentir afin d’empêcher la proclamation de la Vérité, et les hommes de pouvoir refusent d’être des pères car ils repoussent la paternité divine. Le sacrifice de Louis XVI n’est pas vain car il permettra peut-être à la France de s’agenouiller de nouveau un jour, de recouvrer son honneur, de pleurer son péché qui, par la décapitation d’un roi, l’a conduit à renier son héritage. Nous sommes exsangues, à bout de souffle, mais encore persistant dans l’erreur et dans l’orgueil. Que le silence qui nous accable ne soit pas le signe de notre malédiction mais l’annonce de notre résurrection. Ainsi soit-il.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

                                    P. Jean-François Thomas s.j.
31 décembre 2023
Dimanche dans l’Octave de la Nativité

Louis XVI au Temple instruisant son fils - gravure exposée au musée de la révolution à Vizille - blogue

Dans la prison du Temple, Louis XVI assurant l’éducation du Dauphin
[détail d'une gravure d'époque - présentée au musée de la révolution à Vizille]

2024-17. Récapitulatif des publications de ce blogue relatives aux célébrations de l’anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI : prédications, documents historiques, compositions musicales… etc.

21 janvier,
Anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

Louis XVI - gravure des premières années de son règne

       Dans un premier récapitulatif, intitulé « Préparation spirituelle aux célébrations anniversaires du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI », que l’on peut retrouver > ici , nous avons recensé pour vous tous les textes que nous avons publiés dans les pages de ce bloque écrits par le Roi-martyr (testament, bien sûr, mais aussi des maximes et son vœu au Sacré-Cœur), ainsi que des textes historiques contemporains de son procès et de sa mort et ceux qui, tel le discours du pape Pie VI attestent qu’il est un véritable martyr, et le récit de ses dernières heures… etc.

   Voici maintenant ci-dessous un second récapitulatif par lequel vous pourrez accéder à un certain nombre d’autres « trésors » spirituels, historiques ou artistiques eux aussi relatifs aux célébrations commémoratives de la mort de notre pieux souverain.

A – Textes de 1815 rendant compte des recherches des corps de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette et de leur transfert à Saint-Denys :

1) Les préparatifs à la basilique de Saint-Denys > ici,
2) L’audition des témoins des inhumations de 1793 > ici,
3) Les fouilles et l’exhumation des corps > ici,
4) Le convoi funèbre du 21 janvier 1815 > ici,
5) La pompe funèbre du 21 janvier 1815 à Saint-Denys et l’inhumation > ici.

frise lys deuil

B – Des panégyriques, oraisons funèbres, allocutions ou prédications, à relire et à méditer :

- L’oraison funèbre prononcée à Rome en présence du pape Pie VI > ici
- Eloge funèbre prononcée par le Rd. Père Augustin Pic o.p. à la basilique de Saint-Denys le 21 janvier 2016 > ici
- Prédication de Monsieur l’abbé Michel Viot à la basilique de Saint-Denys le 21 janvier 2017 > ici
- Prédication du Rd. Père Jean-François Thomas s.j. en l’église de Saint-Germain l’Auxerrois le 21 janvier 2017 > ici
- Prédication du Rd. Père Augustin Pic o.p. à la Chapelle Expiatoire le 20 janvier 2019 > ici
- Prédication de Monsieur l’abbé Sébastien Dufour (FSSP) le 21 janvier 2021 à l’église Notre-Dame, à Valence > ici
- Prône du Rd. Père Jean-François Thomas s.j. sur la Place de la Concorde le 21 janvier 2021 > ici
- Prédication du Rd. Jean-François Thomas s.j. à l’église Saint-Eugène à Paris le 21 janvier 2021 > ici
- Prône du Rd. Père Jean-François Thomas s.j. à l’église Saint-Eugène à Paris le 20 janvier 2024 > ici

frise lys deuil

C – Musique : Requiems composés à la mémoire du Roi

- La Messe de Requiem en Ut mineur de Luigi Cherubini > ici
– La Messe de Requiem composée par Sigismund Ritter von Neukomm qui fut chantée le 21 janvier 1815 lors de la pompe funèbre à la mémoire de S.M. le Roi Louis XVI pendant le Congrès de Vienne > ici
-

frise lys deuil

Mentionnons aussi l’ouvrage remarquable du Rd. Père Augustin Pic o.p. sur la correspondance, les récits et les inédits de l’Abbé Edgeworth de Firmont > ici

Et enfin un rappel important et toujours nécessaire :
En France, le Roi ne meurt pas > ici

Armes de France pour le deuil

2024-16. De Saint Fulgence de Ruspe, moine de l’Ordre de Saint Augustin, évêque malgré lui, héroïque confesseur de la foi et docteur de l’Eglise.

19 janvier,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, fête de Saint Fulgence de Ruspe, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Au diocèse de Viviers, fête de Saint Arconce, évêque et martyr ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (cf. > ici)

Symboles de l'Ordre de Saint Augustin - blogue

       Notre grand Bossuet a présenté Saint Fulgence de Ruspe comme « le plus grand théologien et le plus saint évêque de son temps ». Figure sans doute la plus éminente du catholicisme africain à l’époque de la domination vandale, champion de la lutte contre l’arianisme et le pélagianisme, sa vie nous est particulièrement bien connue, puisque, en sus des éléments biographiques que l’on trouve dans les textes de Saint Fulgence lui-même, une biographie circonstanciée, la Vita Fulgentii, fut écrite peu après sa mort par un de ses proches (auquel on peut seulement reprocher de ne pas avoir été très précis en ce qui concerne les dates, ce qui fait que les historiens, aujourd’hui, débattent inlassablement pour les préciser).

   Dans l’Ordre de Saint Augustin, il est traditionnellement honoré sous le titre de Docteur de l’Eglise, en raison de l’importance de son œuvre et de sa rigueur doctrinale, et sa fête, impossible à célébrer au jour anniversaire de sa mort, qui est le 1er janvier, est reportée à ce 19 janvier.

l'Afrique romaine divisions à partir du IVe siècle - blogue

Divisions territoriales et administratives de l’Afrique romaine à partir du IVème siècle :
on y voit, en particulier, où se trouve la Byzacène (aujourd’hui sur le territoire tunisien)

   Fabius Claudius Gordianus Fulgentius, notre Saint Fulgence, est né (en 462, 467 ou 468, selon les diverses interprétations que les historiens font des données de la Vita, comme nous l’avons dit ci-dessus) dans une famille sénatoriale de Carthage, catholique, qui possédait de grands biens, mais que le roi des Vandales ariens, Genséric (v. 389 – 477) avait dépouillée de ses biens, ce qui avait eu pour conséquence un exil de plusieurs années dans la péninsule italienne. Un peu avant la naissance de Fulgence, ayant pu récupérer une partie de son patrimoine, mais pas sa maison de Carthage donnée aux prêtres ariens, la famille s’était installée sur ses terres de Thélepte, en Byzacène : c’est donc là que naquit Fulgence.

   Pour mémoire, Saint Augustin était mort une trentaine d’années auparavant, le 28 août 430, dans sa ville d’Hippone assiégée par les Vandales. Ceux-ci avaient commencé leur conquête de l’Afrique du Nord en 428 ; ils s’emparèrent de Carthage en 439, et en firent leur capitale. Leur domination durera jusqu’en 534, lorsque Bélisaire, général de l’empereur Justinien, reconquerra l’Afrique du nord au profit de l’Empire romain d’Orient.
Toute la vie de Saint Fulgence de Ruspe se déroule donc dans le cadre de cette domination des Vandales ariens et des persécutions contre les catholiques qu’ils suscitèrent.

   Fulgence, orphelin de père assez tôt, grandit sous la conduite de sa mère, pieuse et avisée, qui lui fit faire des études poussées. Grâce à cela, le jeune homme, brillant, obtint un emploi de receveur général des impôts pour la Byzacène.
Toutefois, rapidement dégoûté des honneurs terrestres et de la vie mondaine, à l’âge de 22 ans, Fulgence, dont la décision finale fut emportée par la lecture de Saint Augustin, et en particulier de son commentaire du Psaume XXXVI (sur le jugement), alla trouver un saint évêque, Fauste, chassé de son siège par Hunéric (fils et successeur de Genséric), qui avait fondé un monastère sous la Règle de Saint Augustin, et le supplia de l’y admettre.
D’abord réticent à l’admission d’un jeune homme dont il craignait qu’il ne fut trop délicat, puisqu’il avait été élevé dans une famille aisée, Fauste changea d’avis en voyant avec quelle énergie et quelle constance Fulgence soutint les assauts de sa propre famille contre sa vocation monastique, et l’admit au noviciat.
Le jeune moine embrassa avec enthousiasme et ferveur la Règle, sa discipline et ses pénitences, devenant un modèle pour tous. Il s’abstint dès lors de toute nourriture carnée et ne but plus jamais de vin.

Vêture de Fulgence - blogue

   La vie monastique de Fulgence ne fut toutefois pas de tout repos : les persécutions de Gondamond (successeur d’Hunéric) contraignirent la communauté fondée par Fauste à la dispersion vers d’autres monastères. A la suite de cela, des incursions numides, puis la jalousie d’un prêtre arien qui craignait que la vie édifiante et la science des moines ne lui enlevassent des fidèles, qui se saisit d’eux, les fit battre de bâtons et de verges, puis les renvoya nus parce qu’il avait mis en lambeaux leurs vêtements, pour les humilier, les contraignirent à fuir encore et encore…
Fulgence dont les vertus avaient pour conséquence qu’on lui confiait de plus en plus de responsabilités et d’autorité, voulut aussi fuir la charge de supérieur et résolut de se retirer parmi les solitaires d’Egypte. Des évêques réussirent à l’en dissuader : lui enjoignant plutôt de travailler à garder les fidèles d’Afrique dans la foi et l’obédience romaines. Ce fut d’ailleurs à la suite de cela qu’il accomplit un pèlerinage à Rome avant de revenir en Byzacène.

   Il ne resta que peu de temps dans sa communauté d’origine reconstituée, appelé qu’il fut à prendre la tête d’une fondation dont il fut, à son grand déplaisir, nommé abbé. C’est alors que Fauste, pour prévenir toute nouvelle tentation de fuite vers une plus grande solitude, l’attacha à son diocèse en l’ordonnant prêtre.
C’était aussi un temps où les évêques d’Afrique, profitant d’un léger répit dans la persécution, s’employaient à trouver de nouveaux prélats pour les évêchés laissés vacants. Fulgence s’efforça d’échapper à cette charge… mais il ne put longtemps l’éviter et il fut quasi enlevé et sacré de force, en 505 (ou 508), comme évêque de Ruspe, une ville antique qui avait quelque importance.
Il refusa de porter les vêtements de dignité que portaient ordinairement les évêques et garda l’habit monastique, marchant souvent pieds nus et gardant au maximum toutes les observances du cloître et leurs austérités, s’astreignant à une rigoureuse abstinence et aux veilles. Il fit d’ailleurs construire, comme Saint Augustin l’avait fait avant lui, un monastère auprès de sa cathédrale, afin de participer autant que sa charge le lui permettait aux exercices de la vie religieuse.

   Thrasimond, ayant succédé à son frère Gondamond à la tête du royaume vandale, relança la persécution contre le clergé catholique : il fit saisir une soixantaine d’évêques et les exila en Sardaigne.
C’est alors que, selon la tradition augustinienne, Saint Fulgence de Ruspe et Saint Eugène de Carthage, craignant un grand nombre de destructions et de profanations, emportèrent avec eux le corps de Saint Augustin ainsi que tout ce qu’ils purent sauver de ses écrits.

Saint Fulgence et Saint Eugène emportent les reliques de Saint Augustin en Sardaigne - blogue

   En Sardaigne, avec quelques moines qui l’avaient accompagné, Saint Fulgence reconstitua une petite communauté, proche de Cagliari : un embryon de monastère augustinien que quelques évêques, abandonnant le siècle, rejoignirent, gagnés qu’ils furent alors à l’idéal monastique par les exemples contagieux de Fulgence.

   Voulant gagner les catholiques à l’arianisme, le roi Thrasimond cherchait à établir des conférences contradictoires avec des théologiens catholiques, mais en faisant en sorte qu’il sortirait toujours vainqueur de ces joutes. On lui parla de la science de Fulgence : il le fit revenir de Sardaigne à Carthage, fut impressionné par sa science et son argumentaire, mais refusa la lumière qui lui était communiquée… et finit par renvoyer Fulgence en Sardaigne.

   Thrasimond mourut en 523, et Fulgence fut autorisé à revenir dans son diocèse : il dut s’employer à en ramener la population au christianisme orthodoxe puisqu’en son absence les ariens avaient réussi à pervertir la foi de beaucoup. Il travailla aussi à réformer les nombreux abus qui s’étaient répandus dans son diocèse en son absence, affaiblissant la discipline ecclésiastique. Il était souvent appelé par d’autres évêques à prêcher dans leurs diocèses pour y combattre les hérésies : la force de persuasion et l’efficacité de sa prédication étaient telles que l’évêque de Carthage, Boniface, éleva de publiques actions de grâces à Dieu pour avoir donné à ces diocèses d’Afrique un tel prédicateur.

   Après sept ans de cet apostolat, Fulgence sut que le temps de la rencontre avec son Seigneur approchait : en l’année 532, il se retira pendant plusieurs mois sur un îlot de l’archipel des Cercina (aujourd’hui les îles « Kerkennah ») où il construit son dernier monastère (à Erramadia) : il y fut très éprouvé dans sa santé, mais s’adonna plus que jamais à la contemplation, à l’étude et à la mortification.

   Cédant une dernière fois aux désirs de son peuple, il revint à Ruspe pour donner ses dernières recommandations à son clergé et à ses ouailles, pour distribuer tous ce qui pouvait lui rester, jusqu’au plus petit sou, et mourir paisible et dépouillé de tout : « Ainsi, ne possédant plus rien au monde, mais ayant toujours l’esprit sain, tranquille et élevé au ciel, il mourut paisiblement dans le baiser du Seigneur, le 1er de janvier, l’an de notre salut 533, de son âge le soixante-cinquième et de son épiscopat le vingt-cinquième » (Mgr Paul Guérin, in « Les Petits Bollandistes », tome I p. 22).

   D’abord inhumé à Ruspe, le corps de Saint Fulgence fut transporté à Bourges, dans une église qui fut placée sous son vocable ; mais ces reliques furent profanées et détruites lors d’une orgie en 1793. Toutefois, son chef, conservé à part, se trouvait dans l’église du séminaire archiépiscopal et aurait été préservé… Je me propose de rechercher prochainement ce qu’il en est advenu.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Saint Fulgence toujours plus moine qu'évêque - blogue

Oremus :

   Exaudi, quaesumus, Domine, preces nostras, quas in beati Fulgentii confessoris tui atque pontificis solemnitate deferimus : et, qui tibi digne meruit famulari, ejus intercedentibus meritis, ab omnibus nos absolve peccatis. Per Dominum…

   Exaucez, nous Vous en prions, Seigneur, les prières que nous Vous offrons en la solennité de Votre bienheureux confesseur et pontife Fulgence, et, par l’intercession des mérites de celui qui Vous a si dignement servi, pardonnez nous tous nos péchés. Par NSJC…

Symboles de l'Ordre de Saint Augustin - blogue

2024-15. Nouvelle publication d’inédits de Gustave Thibon : « Propos d’avant-hier pour après-demain ».

19 janvier 2024,
23ème anniversaire de la mort de Gustave Thibon (cf. > ici) ;
Dans l’Ordre de Saint Augustin, fête de Saint Fulgence de Ruspe (cf. > ici) ;
Au diocèse de Viviers, fête de Saint Arconce, évêque et martyr.

   Nous en avons déjà cité un extrait traitant de la vie monastique > ici, mais de fait nous n’avons pas encore donné une présentation de cet ouvrage qui, une fois de plus, nous donne d’avoir accès – avec quel bonheur ! – à des inédits de Gustave Thibon.

   Il s’agit pour l’essentiel d’un recueil de notes jetées sur le papier pour des conférences, ainsi que de quelques articles et préfaces, au travers desquels nous retrouvons les passionnantes réflexions du sage de Saint-Marcel d’Ardèche, tellement lucides qu’elles semblent prémonitoires voire prophétiques : de là le titre si judicieusement donné à cet ouvrage qui offre au lecteur de cette première moitié du XXIème siècle des réflexions écrites il y a plusieurs décennies et qui éclairent le présent et l’avenir.

Gustave Thibon - Propos d'avant-hier pour après-demain

4ème de couverture :

   Les canevas de la conférences sont à l’oeuvre de Gustave Thibon ce que les esquisses sont aux toiles ou aux sculptures des artistes : souvent conçues comme simple outils de travail, elles survivent, par leur valeur intrinsèque, à leur emploi. Ainsi des textes que nous proposons ici aux lecteurs : Gustave Thibon ne les a écrits que pour lui-même, à seule fin d’affermir son discours lorsqu’il parlait en public. Précaution utile, car il improvisait beaucoup…

   Mais de même que la nudité du trait, s’il est juste, fait ressortir le pouvoir miraculeux de la main, le dépouillement de la phrase accusera ici celui de l’intelligence. Et Gustave Thibon a l’intelligence contagieuse ! Il nous donne de comprendre tout ce qu’il donne à comprendre.

   On remarquera qu’ici, où il n’est guère question que de sujets « terre à terre », sociaux ou politiques, Gustave Thibon emploie, certes, son légendaire bon sens à la juste exposition des problèmes, à la claire formulation des questions (ce qui relève d’une sorte de bon sens inspiré qui n’a vraiment rien de commun avec le gros bon sens ordinaire) mais qu’en revanche, il n’entrevoit jamais l’ombre d’une solution qui n’exige de la part des hommes un minimum d’ouverture à une autre dimension – une dimension spirituelle, religieuse, hors laquelle tout es complique à l’infini, mais ne peut être dénoué.

Au sommaire

  • Les biens relatifs, région du bien et du mal. « Ne priver aucun être humain de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture…) qui réchauffent et nourrissent l’âme ». La France. Crise paysanne. Famille. La patrie. L’âme du midi. Mystère du vin.
  • Les liens libérateurs. « Les raisons d’agir, qui émanent du fond de l’être qui veut survivre, doivent être plus fortes que les raisons de douter, qui ne se rapportent qu’aux supputations de la pensée ». Hypocrisie. Maladies de la bourgeoisie. Liberté et société. Relations humaines. Corps intermédiaires. Unité et pluralisme.
  • Contre l’espoir dans l’espoir. Laïcat, peuple de Dieu. Nietzsche et Simone Weil. Christianisme et chrétienté. Mort des idéologies.

Monogramme de Gustave Thibon - blogue

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