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2015-64. La révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle caractérisée par la haine de la religion chrétienne.

Dimanche 14 juin 2015,
Dimanche dans l’octave du Sacré-Coeur, 3e après la Pentecôte.
Anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes en 1790.

Clergé malmené

Ecclésiastiques malmenés et chassés (gravure de l’époque révolutionnaire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous le savez bien, au Mesnil-Marie nous essayons de n’oublier aucun des anniversaires de nos grands héros chrétiens et français et de ceux qui ont été martyrisés ou sacrifiés sur l’autel de l’idéologie révolutionnaire.

Ainsi, en ce 14 juin, nous nous souvenons avec émotion et piété des catholiques et des capucins de Nîmes qui ont été massacrés en haine de la foi catholique et de la fidélité à la monarchie traditionnelle, par les révolutionnaires huguenots les 13 et 14 juin 1790 : je vous ai longuement raconté ces faits (et je vous renvoie à cette publication > ici).
Des faits qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, et ce d’autant plus que la plupart des livres d’histoire ou bien les cèlent ou bien les édulcorent et les minimisent. C’est ainsi que ce massacre de plusieurs centaines de catholiques, onze mois seulement après la « prise » de la Bastille et un mois tout juste avant la fête de la fédération (en une période où l’on voudrait nous faire croire que la terreur n’avait pas commencé et que la « nation unanime » communiait dans l’enthousiasme aux idées nouvelles) est officiellement pudiquement appelé « bagarre de Nîmes », comme s’il s’agissait d’un banal fait divers entre quelques individus avinés à la sortie d’un bistrot !

Au risque de passer pour importun, j’insiste, chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion, et je répète et répèterai encore pour dire que l’essence de la révolution française – et par conséquent de la république qui en est le fruit – c’est l’antichristianisme.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, nous avons un ouvrage qui date un peu, dans la mesure où il avait été rédigé et publié pour anticiper ce fameux bicentenaire de la révolution de 1789 que la république mitterrandienne s’apprêtait à célébrer, afin de prémunir contre les contre-vérités qui n’allaient pas manquer de nous être ressassées à cette occasion.
Ce livre a été écrit par le Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière et s’intitule : « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi ». Il présente de manière succincte un ensemble de faits tus, oubliés ou minimisés prouvant l’antichristianisme viscéral de la révolution et rappelle – comme le titre l’indique – les divers mouvements de résistance qui s’y opposèrent en Languedoc.

Cet ouvrage est préfacé par notre cher Gustave Thibon.
Au-delà des caractères circonstanciels liés à l’auteur, à l’ouvrage lui-même et au contexte de sa parution, Gustave Thibon, de sa plume aiguisée, a bien su mettre en évidence (qui d’ailleurs pourrait en douter ?) les caractéristiques de la révolution.

Comme l’ouvrage du Rd. Père Salem-Carrière est aujourd’hui difficile à trouver, à l’occasion du triste anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes, j’ai donc résolu de recopier ci-dessous à votre intention, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le texte de cette préface de notre cher Gustave !

Lully.

Le Pape Pie VI caricaturé en âne (détail d'une gravure révolutionnaire de 1790)

Le Pape Pie VI caricaturé en âne, détail d’une estampe révolutionnaire de 1790

La Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle,
caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne.

 * * *

« Je tiens à souligner l’importance de ce travail du P. Salem sur les causes et les effets de la fièvre révolutionnaire dans notre province du Languedoc.
Son livre est convaincant, non seulement par les idées qu’il défend mais par les faits qu’il rapporte. Car, si l’on peut discuter sans fin sur les idées, on ne peut pas récuser les faits. « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dit l’Evangile.

La conclusion que tire le P. Salem de cet exposé de tant d’horreurs mêlées à tant d’héroïsmes est que la Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social comme tant d’autres au long de l’histoire, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle, caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne et de ses institutions.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la société de l’Ancien Régime. Il y avait certes des abus à supprimer et des réformes à accomplir et l’Eglise même, au cours des âges, n’a jamais cessé de se réformer pour mieux adapter ses structures temporelles à son modèle éternel.

Or il apparaît clairement ici que le vœu profond des organisateurs de la Révolution ne fut pas de corriger les imperfections de ces vieilles institutions qui reposaient toutes sur un fondement religieux mais de renverser ce fondement même, c’est-à-dire de substituer le culte de l’homme au culte divin. Quitte, ensuite, car tout idolâtrie se retourne contre elle-même, à fouler aux pieds ces fameux droits de l’homme si hautement proclamés en mettant la terreur au service du délire idéologique.

Il suffit pour faire éclater cette contradiction entre les principes et leurs conséquences de juxtaposer les trois grands mots de la devise républicaine et leur interprétation par les ouvriers de la terreur.
Liberté ? Oui mais « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’est-à-dire pour tous ceux qui ne partagent pas la nouvelle conception de la liberté.
Egalité ? Oui encore, mais imposée par la violence : « l’égalité ou la mort ».
Fraternité ? Mais toujours le même refrain : « Sois mon frère ou je te tue ».

Et toutes ces atrocités sont barbouillées d’inepties grandiloquentes où le grotesque s’allie au tragique. On en trouvera ici maints exemples puisés dans les discours ou dans les faits, dont le plus drôle est celui du coq au cocorico séditieux jugé et exécuté en bonne et due forme (voir la note * en bas de page).

Mais ce sombre tableau garde un côté lumineux : celui où sont relatés la vigueur de la résistance populaire à l’influence idéologique et l’héroïsme de tant de prêtres et de fidèles qui préférèrent la mort à l’apostasie.

Cela dit, nous célébrerons nous aussi le bicentenaire de la Révolution mais celui de ses victimes et de ses martyrs et non celui de ses auteurs et de ses bourreaux. »

Gustave Thibon.
Préface du livre du Rd Père Yves-Marie Salem-Carrière, lazariste,
intitulé « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi »
(ed. Dominique Martin Morin – 1989).

Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi - R.P. Salem-Carrière

Note * : Les catholiques fidèles poussaient fréquemment le cri de « cocorico » en présence des prêtres jureurs : c’était une manière de leur rappeler le reniement de Saint Pierre et de les inciter à la conversion.
En conséquence, le « cocorico » était fort mal perçu par les sans-culottes. Le Rd. Père Salem-Carrière rapporte donc qu’à Montpellier, le 5 décembre 1791, lors des funérailles d’un « patriote », lorsque le curé constitutionnel parut, un puissant « cocorico » retentit à une fenêtre. Voici la suite telle qu’elle est racontée dans son livre :

« Les gardes nationaux montèrent au deuxième étage chez mademoiselle Sauvaire, vendeuse de faïence, saisirent un coq en cage sur la fenêtre et amenèrent la fille avec eux au tribunal correctionnel.
Le juge l’interrogea :
- Vous avez dressé le coq pour vous moquer des prêtres assermentés.
- C’est un cadeau, répondit-elle, je l’ai mis en cage parce que étant très maigre je voulais l’engraisser.
- Oui, mais ce n’est pas un animal à mettre en cage sur une fenêtre.
- Si je l’avais laissé libre dans mon magasin de faïence il aurait tout cassé.
Ainsi se déroula le dialogue « patriotique » et le jugement suit la logique révolutionnaire. La fille est condamnée à deux jours de prison et à une amende.
Et le coq ?
Le juge propose de l’offrir à l’hôpital. Non pas, estime le tribunal, les malades qui absorberaient son bouillon pourraient devenir aristocrates ou monarchistes.
« Qu’on le décapite, crie un assistant, puisqu’il a chanté en nous insultant. »
Aussitôt un garde saisit son sabre et décapite l’animal… »

(in « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi » p. 54).

Coq sur un canon (époque révolutionnaire)

Coq sur un canon
(peinture sur faïence – époque révolutionnaire)

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

2015-61. « Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires… »

1795 – 8 juin – 2015

Deux-cent-vingtième anniversaire
du rappel à Dieu
de

Sa Majesté le Roi Louis XVII

frise lys deuil

Ce 8 juin 2015 marque le deux-cent-vingtième anniversaire de la mort, dans les épouvantables conditions que l’on sait, de « l’Enfant du Temple », Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Foin des délires obsessionnels survivantistes ! Le petit Roi est bien mort dans l’horrible prison, âgé de dix ans deux mois et douze jours, et son règne – du sinistre 21 janvier 1793 à ce 8 juin 1795 – a été de deux ans quatre mois et dix-huits jours : un règne qui s’est tout entier écoulé entre les murs lugubres de ce donjon, dans les mauvais traitements, dans le broiement de ses plus chères aspirations, dans la déréliction, dans la maladie et l’agonie du coeur et de l’esprit avant de connaître, épuisé, l’agonie du corps.

Enfant martyr, la république qui a voulu pour lui un tel sort tombe sous le coup de la malédiction contenue dans les paroles du Christ : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ! » (cf. Matth. XXV, 40 b).
Roi martyr, dont le sceptre, le manteau et la couronne ne furent ici-bas que de dérision et d’opprobre, comme ceux dont Jésus-Christ, Roi des rois, fut affublé par la soldatesque en Sa douloureuse Passion.

Sans doute, sans aucun doute, le sort atroce réservé à cet enfant-roi entrait-il surnaturellement dans un plan divin d’expiation et de rédemption qui échappe à toute logique humaine, et qui a mis en réserve pour la France – au jour où pénitente et dévouée : Gallia poenitens et devota, elle reviendra, par un même mouvement de conversion, à son Dieu et à sa vocation – des trésors de grâce.
Mais aujourd’hui, tout cela est enveloppé par le secret divin.

Pour l’heure, afin de marquer cet anniversaire, que nous célébrons avec des sentiments de foi et d’espérance, je veux vous livrer le poème intitulé « Louis XVII » que Victor Hugo a publié au livre premier de son recueil « Odes et ballades ».
On se souviendra de ce fait que si ce génie de la poésie française a malheureusement fini en républicain apostat (« je refuse la prière de toutes les Eglises »), il avait été à ses débuts un ardent légitimiste…

Ce long poème, qui met en scène l’entrée au paradis du petit Roi-martyr, contient plus d’un passage admirable et le regretté Révérend Père Jean Charles-Roux (cf. > ici) avait voulu qu’il conclut son très beau livre – que nous ne pouvons que chaleureusement recommander – intitulé : Louis XVII – la Mère et l’Enfant martyrs (ed. du Cerf – 2007).

Lully.

frise lys deuil

Louis XVII
(Victor Hugo, in « Odes et Ballades » -  Livre 1er, ode V)
* * *
Louis XVII mourant
I
En ce temps-là, du ciel les portes d’or s’ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.
C’était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
II
On entendit des voix qui disaient dans la nue :
- « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c’est un martyr ! »
- « Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m’endormis au fond d’une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d’une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m’ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu’en mes rêves j’ai vue au ciel. »
Les anges répondaient : – « Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d’un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l’on brise la croix.
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d’horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois. »
- « Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu’un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m’éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine.
J’ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n’est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?
« Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n’avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D’un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J’étais proscrit bien jeune, et j’ignorais quel crime
J’avais commis dans mon berceau.
« Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J’ai d’heureux souvenirs avant ces temps d’effroi ;
J’entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l’avenir à mes destins promis ;
Je n’étais qu’un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j’eus des ennemis !
« Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n’ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m’avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux. »
Et les anges chantaient : – « L’arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d’azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l’enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D’un souffle lumineux rajeunir les soleils ! »
III
Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s’arrêtèrent,
Et l’éternelle voix parla dans l’infini :
« O roi ! je t’ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t’es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n’as point su des rois l’esclavage suprême,
Ton front du moins n’est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.
« Enfant, tu t’es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d’espérance et d’envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils comme toi, roi couronné d’épines,
Porta le sceptre de roseau. »
                                                                                    (décembre 1822)

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

2015-56. Où le Maître-Chat vous livre une fois de plus ses convictions profondes et réflexions, à l’occasion du cent-nonantième anniversaire du Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X.

1825 – 29 mai – 2015

Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X

Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte 29 mai 2015.

Depuis ce matin, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, en notre Mesnil-Marie résonnent les puissantes harmonies de la Messe Solennelle en la majeur pour choeur et orchestre composée par Luigi Cherubini pour le Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X.
C’est en effet aujourd’hui l’exact cent-nonantième anniversaire de cette cérémonie, qui fut donc célébrée à Reims le dimanche 29 mai 1825.

Permettez-moi, à cette occasion, de vous faire une fois de plus part de quelques unes de mes réflexions :

A) Tout d’abord au sujet de cette Messe Solennelle pour le Sacre de Charles X composée par Cherubini :
Il s’agit incontestablement d’une oeuvre « romantique », et ceux qui me connaissent savent bien (je ne m’appelle pas Lully pour rien !) que je ne prise habituellement pas beaucoup le romantisme.
Néanmoins Berlioz – qui n’aimait guère Cherubini en tant qu’homme – a porté sur sa musique un jugement qui mérite d’être cité, puisqu’il estimait qu’elle « jaillissait des profondeurs de la méditation chrétienne et respirait l’amour divin ».
Le Credo de cette Messe, tout spécialement, force l’adhésion par sa puissance.

Je n’ai pas trouvé d’enregistrement disponible sur Internet que je puisse vous proposer ici, chers Amis. Cette Messe a été enregistrée par le Philamornia Orchestra & Chorus sous la direction de Riccardo Muti, grand « cherubinien » s’il en est, et je ne puis que vous encourager à vous la procurer ou à l’écouter si cela vous est possible.

Sacre de Charles X 29 mai 1825

Le Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X par François Gérard.

B) Cet anniversaire est pour nous en demi-teinte :
- d’une part, en effet, il nous remplit d’une nostalgie voilée de tristesse, lorsque nous pensons que ce fut le dernier Sacre à avoir été célébré en notre France, et que, depuis 1830, celle-ci est en quelque sorte orpheline…
- mais d’autre part ce rappel historique nous remplit d’une douce et ferme espérance.
Puisque ce 29 mai 1825 refermait quasi miraculeusement – pour quelques trop courtes années, certes ! – l’horrible parenthèse de la révolution et de l’empire, en renouant l’alliance séculaire entre le Ciel et la France, scellée dans les fonts baptismaux de Reims (que romprait à nouveau la révolution de 1830, la « monarchie de juillet » et les régimes suivants), nous espérons, d’une manière toute surnaturelle, le temps béni de la conversion de la France et de son retour à ses anciennes et saintes traditions, et, dans cette espérance, nous renouvelons avec ferveur nos engagements de coeur et d’âme pour Dieu et pour le Roi légitime.

Scapulaire Sacré-Coeur

C) Je vais bientôt revenir vers vous pour porter à votre connaissance des récits contemporains relatant le Sacre de Charles X.
En attendant, je vous invite à lire ou à relire ce que j’ai publié en novembre 2008  au sujet de la Sainte Ampoule du Sacre des Rois de France :
- 1ère partie : des origines à la révolution > ici
- 2ème partie : de la révolution à nos jours > ici
J’ai illustré ces articles avec des clichés montrant ce qui a subsisté des Regalia (c’est-à-dire des objets à forte valeur symbolique et sacrée qui étaient utilisés pour le Sacre de nos Rois) : quelques uns avaient échappé aux destructions et profanations révolutionnaires, et d’autres durent être refaits après la révolution, justement à l’occasion du Sacre de Charles X.

Reconstitution de la couronne de Charles X

Reconstitution de la couronne de Charles X

D) Notons au passage que la couronne de Charles X – chef-d’oeuvre de l’orfèvre Evrard Bapst (1771-1842) – , dépouillée des pierres diamants et saphirs de la Couronne qui l’ornaient, mais malgré tout conservée dans les caves du ministère des finances, fut sacrifiée sur l’autel du sectarisme laïc et républicain de la fin du XIXe siècle.
En effet, plutôt que d’être restituée au fils d’Evrard Bapst qui souhaitait la racheter, elle fut volontairement brisée, lors de la célèbre vente des diamants de la Couronne, organisée en 1887 par la troisième république sous l’impulsion de Jules Grévy, afin que disparaisse spectaculairement ce symbole de la monarchie et pour briser avec elle tout espoir de restauration…
Les « valeurs de la république » ne sont décidemment pas les nôtres, puisque nous ne pouvons que constater (je n’interprête pas, je me contente de laisser la parole aux faits) que la république française est ontologiquement liée au mépris des racines et des gloires de la vraie France, à la barbarie, au vandalisme, à la destruction et à la laideur ! 

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Guillaume du Faÿ : lamentation sur la Sainte Mère Eglise Constantinopolitaine

E) Ma dernière réflexion enfin est liée à un autre anniversaire, infiniment triste et absolument désolant : le 29 mai 1453, Constantinople – la ville de Saint Constantin le Grand, la capitale de ce qui subsistait de l’Empire Romain chrétien – tombait sous les assauts des païens mahométans.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire (cf. > ici), je voudrais que cet anniversaire soit à perpétuité célébré par une journée de deuil européen ; il me semble que ce serait en effet salutaire pour la santé mentale du vieux continent et pour sa survie !

De nos jours, ouvertement et sans vergogne, sous nos yeux, la république maçonnique unit ses noirs desseins destructeurs à ceux de cette fausse religion afin de faire barrage au christianisme et à ses forces de vie, naturelle et surnaturelle.
Nous gardons fermement au coeur la certitude que, finalement, « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » : ni contre la Sainte Eglise, ni contre la France dont la divine Providence a voulu qu’elle fût le porte-glaive, par sa monarchie légitime traditionnelle.

Bien sûr, en attendant la victoire finale dont nous sommes pourtant certains, nous voyons s’accumuler les dégâts, immenses et dramatiques : dégâts matériels et économiques, dégâts familiaux et sociaux, dégâts politiques et culturels, dégâts psychologiques et spirituels, jusqu’à la perte éternelle de très nombreuses âmes…
Cependant notre foi et notre espérance parlent plus haut et plus fort que toutes ces voix qui nous porteraient au découragement et, animés par une ardente charité, nous proclamons sans hésitation et sans relâche que le divin Coeur de Jésus sera vainqueur et qu’Il régnera !

Lully.

Lully défenseur de la couronne

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 29 mai, 2015 |5 Commentaires »

2015-55. In memoriam : Jacques-Joseph de Cathelineau, le Saint de la Garde de Charles X.

Mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte 27 mai 2015,
Commémoraisons de Saint Bède le Vénérable et de Saint Jean 1er,
Anniversaire de l’assassinat de Jacques-Joseph de Cathelineau (27 mai 1832).

Détail d'un vitrail de la Pentecôte

Détail d’un ancien vitrail représentant la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme elle est belle, dans son flamboiement de rouge et d’or, notre liturgie catholique traditionnelle de la Pentecôte !
Si nous avons, avec une ardente ferveur, préparé la fête de la Pentecôte par une neuvaine de prière, l’octave qui, tout au long de cette semaine, prolonge la fête, nous donne d’approfondir – on n’a jamais fini de le faire – la connaissance des sept Dons du Saint-Esprit et de leur rôle dans notre vie chrétienne.

Ces dons sont manifestes dans la vie des saints, puisqu’ils se sont montrés particulièrement dociles à l’action du Saint-Esprit ; aussi les exemples qu’ils nous ont laissés nous stimulent-ils et nous entraînent-ils sans cesse.
Ainsi, ces jours derniers, bien que justement la célébration de l’octave ne nous permît que d’en faire la commémoraison, nous avons été heureux des fêtes de deux saints qui nous sont particulièrement chers :
- tout d’abord, lundi, Sainte Madeleine-Sophie Barat, dont ce 25 mais 2015 marquait le cent-cinquantième anniversaire du bienheureux trépas, le 25 mai 1865, et dont nous aimons à répéter la belle prière au Sacré-Coeur (on la trouvera ici).
- et hier, mardi, Saint Philippe Néri : ce 26 mai était aussi le quatre-cent-vingtième anniversaire de son rappel à Dieu (26 mai 1595). Nous aurons l’occasion de reparler de lui, puisque le 21 juillet prochain sera le cinquième centenaire de sa naissance (21 juillet 1515).

Mais en ce 27 mai, c’est d’un autre de nos « saints de prédilection » que je désire vous entretenir : bien que non canonisé par l’Eglise, déjà de son vivant le surnom de « saint » lui était donné par ses contemporains ; et si nous ne pouvons pas lui attribuer un culte public, rien ne s’oppose à ce que nous le vénérions dans nos coeurs, et à ce que nous nous recommandions à ses prières…

Jacques Joseph de Cathelineau par Girodet

Jacques-Joseph de Cathelineau, portrait par Girodet.

Né au Pin-en-Mauges le 28 mars 1787, Jacques-Joseph était le huitième des onze enfants du « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau (voir > ici) et de son épouse, Louise Godin : il fut leur seul fils (un premier garçon, également prénommé Jacques leur était né en 1785 mais il n’avait vécu que seize jours).

Jacques-Joseph avait donc tout juste six ans lorsque le 12 mars 1793 son père prit la tête des hommes de sa paroisse et partit en chantant le « Vexilla Regis » pour combattre la république impie et sacrilège.
On sait que le premier généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale succomba à ses blessures quatre mois plus tard, le 14 juillet 1793 : on imagine sans peine ce que furent alors les difficultés et les épreuves de sa mère, veuve avec cinq enfants survivants en bas-âge, dans une Vendée ravagée par les colonnes infernales…

La veuve de Louis-Marie de Lescure (cf. > ici) et future marquise de La Rochejaquelein, Victoire de Donissan, prit le jeune Jacques-Joseph sous sa protection.
A l’âge de vingt-et-un ans, il épousa en 1808, à La Jubaudière, Marie-Catherine Coiffard.

Sept ans plus tard, les Cent Jours lui donnèrent l’occasion de faire ses premières armes aux côtés d’Auguste de La Rochejaquelein et de Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp.

En 1816, Sa Majesté le Roi Louis XVIII demanda à plusieurs artistes des portraits en pied des généraux qui avaient combattu pour la cause royale pendant la grande révolution. La série devait bien évidemment comprendre un portrait de Jacques Cathelineau qui fut commandé à Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson (1767-1824).
Girodet commença donc par portraiturer Jacques-Joseph, car ceux qui avaient connu son père, le généralissime, certifiaient qu’il en était le portrait vivant.
Le tableau reproduit ci-dessus fut achevé en 1822 : Jacques-Joseph, lorsqu’il posa pour l’artiste, avait donc presque le même âge que son père en 1793.
On est frappé par la vie, l’intériorité, la pure ardeur et le caractère que dégage cette oeuvre.

Jacques-Joseph fut anobli par une ordonnance du 14 mars 1816 suivie de la délivrance de lettres patentes le 15 novembre 1817, avec règlement d’armoiries et adjonction d’une particule au patronyme, en considération des mérites de son père.

Armoiries famille de Cathelineau

Armoiries de la famille de Cathelineau :
d’azur à l’étendard d’argent chargé d’un cœur de gueules sommé d’une croix du mesme ;
devise : « Dieu et le Roi ».

Jacques-Joseph suivit les glorieux et saints exemples de son père : si ce dernier avait mérité d’être surnommé « le Saint d’Anjou », lui-même, que Sa Majesté le Roi Charles X avait élevé en grade dans sa garde personnelle, mérita bientôt par ses vertus et sa piété d’être surnommé à la Cour : « le Saint de la Garde ».

Après la révolution de juillet 1830, il se retira.
Mais en 1832, lorsque Madame la duchesse de Berry tenta de soulever l’Ouest et de reformer la Grande Armée Catholique et Royale, en vue de renverser Louis-Philippe, on le retrouve comme commandant aux côtés d’Auguste de La Rochejaquelein et de Charles de Charette de La Contrie, sous la lieutenance-générale de Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp.

Las ! on sait comment le soulèvement tourna court.
Avant même la date prévue pour le déclanchement des opérations, Jacques-Joseph de Cathelineau fut repéré et pris en chasse par les gens d’arme de Louis-Philippe.
Caché au manoir de la Chaperonnière, sur la paroisse de Jallais, avec deux autres légitimistes – Messieurs de Civrac et Moricet – , c’est là qu’il fut sommairement exécuté, le dimanche 27 mai 1832.

Château de la Chaperonnière (Jallais)

Le château de la Chaperonnière (Jallais)

Voici le récit de ses derniers moments :
« Du fond de sa cachette, Cathelineau entend les menaces qui sont faites au métayer Guinhut que l’on avait attaché à l’appui d’une poutre du grenier. On amasse de la paille sous ses pieds et on lui dit qu’on va le faire brûler s’il ne veut pas découvrir la cachette. Le brave Guinhut se tait : on le frappe à coups de crosse de fusil ; il se tait encore ; alors on pousse la cruauté jusqu’à lui enfoncer le canon d’un fusil dans la bouche et à lui faire cracher le sang. Guinhut reste muet. Un horrible concert de blasphèmes et d’injures retentit à ses oreilles : « Chouans ! Brigands ! Restes de 93 ! » criaient les soldats, « il faut les assommer tous ! Si tu ne dis rien, on le fusille. »
Durant ce vacarme, au milieu duquel se font entendre des cris de mort contre le fidèle et héroïque père Guinhut, Cathelineau n’y tient plus ; pour le sauver, il soulève la trappe de la cachette et s’écrie : « Nous nous rendons ! »
Le lieutenant Régnier saisit aussitôt le fusil d’un de ses soldats et tire sur lui presque à bout portant. Cathelineau tombe mort.
Son corps ensanglanté fut déposé dans une charrette et conduit à Cholet où, pendant la nuit, il resta exposé le long du mur de la prison…»

Le lendemain, lundi 28 mai 1832, il fut inhumé au cimetière de Saint-Pierre.
Vingt-six ans plus tard, le 5 octobre 1858, son fils Henri, fit exhumer ses restes pour les transférer à Saint-Florent le Vieil, où ils furent ensevelis auprès de ceux de son père, dans la chapelle Saint-Charles, où ils reposent désormais côte-à-côte, dans l’attente de la résurrection bienheureuse.

Tombe des Cathelineau - chapelle Saint-Charles à Saint-Florent le Vieil

Tombeaux du Généralissime Jacques Cathelineau (1759-1793)
et de son fils Jacques-Joseph de Cathelineau (1787-1832)
dans la chapelle Saint-Charles, à Saint-Florent le Vieil.

Achevons le récit d’aujourd’hui par une anecdote qui illustre comment « le Saint de la Garde de Charles X » avait admirablement su transmettre à son fils les valeurs chrétiennes qui sont la force de la fidélité légitimiste et méritent que l’on combatte jusqu’à se sacrifier soi-même.

Henri de Cathelineau était âgé de dix-neuf ans à la mort de Jacques-Joseph : traqué par les soldats de l’usurpateur du trône, il dut fuir, se cacher, errer…
Un matin, dans un champ, il se retrouva ayant à sa portée le lieutenant homicide en position de faiblesse. Dans un premier mouvement, il le mit en joue ; mais, abaissant presque aussitôt son arme, il lui cria : « Au nom du Bon Dieu, je te pardonne, assassin de mon père ! »

Une telle marque de force morale, de crainte des jugements de Dieu, de piété véritable, de sagesse, n’est-ce point là l’oeuvre irréfutable des dons du Saint-Esprit dans une âme ?

Lully.

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2015-46. De Saint Benoît du Pont, couramment appelé Saint Bénézet, dont nous célébrons la fête le 14 avril.

Reconstitution numérique en 3 D du Pont Saint Bénézet, tel qu’il pouvait se présenter au milieu du XVIe siècle :

Image de prévisualisation YouTube

16 avril,
fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je vous parle du pont d’Avignon, vous allez probablement immédiatement penser à la célèbre chanson enfantine… et peut-être même vous mettre à la fredonner de façon spontanée.
Mais le « grand public » sait-il que le nom propre de ce pont fameux entre tous est « Pont Saint Bénézet » ?
Et combien savent encore qui est ce Saint Bénézet qui a donné son nom à ce pont ?
C’est ce que je me propose de vous expliquer maintenant, avant de vous emmener – un peu plus tard – en pélerinage sur les lieux de sa naissance.

Sur le pont d'Avignon refrain

La célèbre chanson « Sur le Pont d’Avignon » remonterait au XVe siècle
mais elle a connu un regain de popularité depuis le milieu du XIXe siècle.

Bénézet est un diminutif provençal du prénom latin Benedictus, en francais Benoît.
Dans les livres liturgiques, Saint Bénézet est donc officiellement appelé tantôt « Saint Benoît le jeune » ou « le petit » (en latin : Benedictus junior), en rapport avec sa petite taille et son jeune âge – nuances exprimées par la forme provençale – , tantôt « Saint Benoît du Pont » (en latin : Benedictus de Ponte), ce qui est bien sûr le rappel de l’oeuvre pour laquelle Dieu le suscita.

Selon toute vraisemblance, son patronyme était Chautard.
Il naquit au hameau du Villard, paroisse de Burzet, au diocèse de Viviers, dans la seconde moitié du XIIe siècle (d’aucuns disent en 1165, d’autres entre 1154 et 1159).
Tous les textes néanmoins sont unanimes pour situer en l’an 1177 son arrivée en Avignon.

Les sources de l’histoire de Saint Bénézet sont des plus fiables. Elles se trouvent principalement
- 1) dans deux chartes, de 1180 et 1181, donc rédigées du vivant du jeune saint ;
- 2) dans une charte de 1185 (année qui suivit sa mort), qui nous est parvenue à travers une copie authentique qui en fut réalisée au XIVe siècle ;
- 3) dans la chronique de Robert d’Auxerre (+ 1212), commencée en 1190 ;
- 4) dans une « légende » du début du XIIIe siècle, en langue provençale : le mot légende ne doit pas être entendu au sens de « récit fantaisiste sans consistance historique », mais compris dans son sens latin le plus strict : « ce qui doit être lu ». Ainsi la « légende de Saint Bénézet » est-elle bien un texte historique (on pourrait dire une version officielle) destiné à faire connaître l’oeuvre de Saint Bénézet et de ses continuateurs.

Lithographie fin XIXe s - Pont Saint Bénézet vu du rocher des Doms

Le Pont Saint Bénézet vu depuis le rocher des Doms – lithographie de la fin du XIXe siècle..

Sans qu’il ne nous soit rien révélé sur la vie du jeune homme depuis sa naissance, les récits les plus anciens nous racontent d’emblée sa vocation.
Alors que le jeune homme était en train de garder les brebis, il entendit distinctement des paroles qui s’adressaient à lui, sans voir cependant qui lui parlait.
Voici une traduction de ce que rapporte la « légende » en provençal : 

- Bénézet, mon fils, entends la voix de Jésus-Christ.
- Qui êtes-vous, Seigneur, qui me parlez ? J’entends votre voix mais ne vous vois pas.
- Ecoute donc, Bénézet, et n’aie point peur. Je suis Jésus-Christ qui, par une seule parole, ai créé le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment.
- Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?
- Je veux que tu quittes les brebis que tu gardes, car tu me feras un pont sur le fleuve Rhône.
- Seigneur, je ne sais où est le Rhône et je n’ose abandonner les brebis de ma mère !
- Ne t’ai-je pas dit de croire ? Viens donc hardiment, car je ferai surveiller tes brebis et je te donnerai un compagnon qui te conduira jusqu’au Rhône. 

L’injonction divine se serait renouvelée à trois reprises avant que Bénézet ne se mette en route.

Comme le lui avait assuré la voix divine, il rencontra bientôt un homme vêtu comme un pélerin qui s’offrit à lui comme compagnon de route. Il s’agissait en réalité, comme pour le jeune Tobie dans l’Ancien Testament, d’un ange qui avait revêtu une apparence humaine.
L’ange conduisit Bénézet jusqu’au Rhône : Bénézet fut d’abord effrayé par la taille du fleuve et se demandait comment il serait possible de mener à bien une telle mission. Mais son céleste compagnon lui prodigua des conseils pour arriver jusqu’en Avignon et pour ce qu’il devrait y accomplir.

Statue reliquaire de Saint Bénézet - Avignon

Statue reliquaire de Saint Bénézet, Avignon :
elle représente le jeune homme portant une énorme pierre (voir ci-dessous).

Bénézet, entré dans la cité d’Avignon, alla trouver l’Evêque qui était en train de prêcher au peuple ; il lui dit à haute voix : « Ecoutez-moi et comprenez-moi, car Jésus-Christ m’a envoyé vers vous afin que je fasse un pont sur le Rhône » (texte traduit de la « légende » provençale).

En entendant ces paroles, l’évêque pensa avoir affaire à un insensé et perturbateur de l’ordre public ; il fit donc appel au prévot (ou viguier), devant lequel Bénézet maintint ses allégations :  « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a envoyé en cette cité afin que je fasse un pont sur le Rhône ». 
Le viguier lui répondit : 
« C’est toi, si chétif personnage et qui ne possède rien, qui déclare que tu feras un pont où Dieu, ni Saint Pierre, ni Saint Paul, ni encore Charlemagne, ni aucun autre n’a pu le faire ? Ce serait merveilleux.
Attends ! je sais qu’un pont est fait de pierres et de chaux : je te donnerai une pierre que j’ai dans mon palais et, si tu peux la remuer et la porter, je croirais que tu pourras faire le pont ».

Bénézet, mettant sa confiance en Notre-Seigneur, retourna vers l’évêque et lui dit qu’il le ferait aisément.
L’Evêque dit : « Allons donc, et voyons les merveilles que tu nous promets ! » 
Il partit avec l’évêque, et le peuple avec eux ; et Bénézet prit seul la pierre que trente hommes n’auraient pu déplacer, aussi légèrement que s’il se fût agi d’un caillou, et il la mit au lieu où le pont a son pied. 
Les gens voyant cela crièrent au miracle et disaient que grand et puissant est Notre-Seigneur dans ses œuvres.  Et alors le viguier fut le premier à le nommer Saint Bénézet, lui baisant les mains et les pieds, et lui offrit trois cents sous, et dans ce lieu lui furent donnés cinq mille sous.
Maintenant vous avez entendu de quelle manière, frères, le pont fut commencé afin que vous tiriez profit de ce grand bienfait.
Et Dieu fit nombre de miracles en ce jour : par lui, il rendit la vue, fit entendre les sourds et marcher les paralytiques
 (texte traduit de la « légende » provençale).

Les deux chapelles superposées dédiées à Saint Bénézet et à Saint Nicolas

Avignon, Pont Saint Bénézet : les deux chapelles superposées.
La chapelle inférieure est dédiée à Saint Bénézet et la chapelle supérieure à Saint Nicolas.

Des compagnons, les « Frères de l’oeuvre du pont » ou « Frères pontifes », rejoignirent Bénézet. Après la mort de Bénézet, ce sont eux qui achevèrent la construction du pont (1188).

A côté du chantier, Bénézet avait acquis une maison qui, en sus d’être le lieu où ces pieux laïcs menaient une forme de vie commune, partagée entre les exercices de piété, le travail et la mendicité – car il fallait recueillir des aumônes pour la construction – , était ouverte à l’accueil des pélerins et au soin des malades.

Bénézet rendit son âme à Dieu le 14 avril 1184, entouré d’une immense vénération populaire, une vénération principalement due aux miracles de guérison qu’il accomplissait.
Les diverses enquêtes ecclésiastiques menées après sa mort citent un grand nombre de témoins directs attestant de ses dons de thaumaturge.

Son corps fut d’abord enseveli dans la chapelle construite sur le pont même : la chapelle Saint Bénézet (par la suite, le pont sera exhaussé et cette chapelle se retrouva en contrebas : on édifia au-dessus une deuxième chapelle, dédiée à Saint Nicolas, si bien que la chapelle Saint Bénézet en devint en quelque sorte la crypte).
En 1331, sans qu’il s’agisse à proprement parler d’une « canonisation » au sens moderne du mot, le pape Jean XXII, officialisa le culte qui était rendu à Saint Bénézet depuis sa mort, et que ses prédécesseurs avaient accepté, en composant pour lui un office liturgique propre et en fixant sa fête au 14 avril.

Le corps de Saint Bénézet fut retiré de la chapelle du pont au XVIIe siècle, à la suite d’une série de crues exceptionnelles qui avaient fait craindre pour la sécurité du lieu, et il fut déposé dans l’église du couvent des Célestins : à cette occasion, on constata que ce corps était incorrompu et exhalait une odeur suave.

Lors de la détestable révolution, malheureusement, la tombe fut violée et les restes de Saint Bénézet furent horriblement profanés. Une partie cependant put ensuite être récupérée, mise en lieu sûr, puis finalement déposée dans la collégiale Saint-Didier d’Avignon.
En 1849, l’archevêque d’Avignon procéda à une nouvelle reconnaissance des reliques de Saint Bénézet : il en donna une partie au diocèse de Viviers, où ces reliques furent distribuées entre la cathédrale, le grand séminaire et sa paroisse natale de Burzet.

L’examen des ossements montre qu’il devait avoir entre 25 et 30 ans au moment de sa mort, et qu’il mesurait environ 1,60 m.

Tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier - Avignon

Actuel tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier, en Avignon.

A suivre : petit pélerinage à la maison natale de Saint Bénézet > ici

2015-42. Où au jour du cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus il est rappelé, par son exemple, qu’on n’entre dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté qu’en passant par la porte de la Passion du Verbe Incarné.

Samedi de la Passion 28 mars 2015,
Fête de Saint Jean de Capistran
Cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus.

Statue de Sainte Thérèse par Gregorio Fernandez - 1625

Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel et « mère des spirituels »
(oeuvre de Gregorio Fernandez – 1625)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A la veille d’entrer dans la Grande Semaine, l’attention de notre âme est aujourd’hui retenue par un anniversaire qui intéresse au premier chef non seulement l’Ordre du Carmel réformé, non seulement le Royaume d’Espagne et non seulement la ville d’Avila, mais tous ceux qui veulent « voir Dieu » et vivre avec Lui une vie d’amour et d’intimité féconde : 28 mars 1515 – 28 mars 2015, c’est aujourd’hui l’exact cinquième centenaire de la naissance de Teresa Sanchez de Cepeda Davila y Ahumada, religieuse carmélite, réformatrice de son Ordre, fondatrice de monastères, maîtresse de vie spirituelle, et pour l’éternité Sainte Thérèse de Jésus (plus communément appelée Sainte Thérèse d’Avila).

J’ose espérer que tous nos amis ont déjà lu l’autobiographie de Sainte Thérèse (on peut même la lire « en ligne » en totalité).
Il n’y a rien de mieux, en effet, que d’aller puiser à la source même, plutôt que dans des récits de tiers – aussi remarquables soient-ils – : ce cinquième centenaire est l’occasion propice pour lire et relire les textes sortis de la plume de la Grande Thérèse, et je me garderai bien d’en faire ici le résumé !

Néanmoins, comme nous sommes aujourd’hui le samedi de la Passion et que nous entrons ce soir dans la célébration des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je rappelerai seulement qu’il a fallu attendre l’année 1555 - l’année de son quarantième anniversaire donc – pour que Soeur Thérèse de Ahumada, comme l’on disait couramment alors dans son monastère de l’Incarnation, se convertisse vraiment à une vie fervente, entre dans les voies de l’oraison et de la véritable union à Dieu.

Sainte Thérèse aux pieds du Christ à la colonne - Gregorio Fernandez

La « conversion » de Sainte Thérèse devant une représentation du Christ à la colonne, en 1555
(oeuvre de Gregorio Fernandez)

Après avoir raconté sans fard qu’elle était sa vie de tiédeur et ses résistances à la grâce, Sainte Thérèse commence le chapitre IX de son autobiographie par ces lignes :
« Mon âme fatiguée aspirait au repos, mais de tristes habitudes ne lui permettaient pas d’en jouir. Or, il arriva un jour qu’entrant dans un oratoire, j’aperçus une image de Jésus-Christ couvert de plaies, qui se trouvait là pour être exposée dans une fête prochaine. Elle était si touchante, c’était une représentation si vive de ce que Notre-Seigneur endura pour nous, qu’en voyant le divin Maître dans cet état, je me sentis profondément bouleversée. Au souvenir de l’ingratitude dont j’avais payé tant d’amour, je fus saisie d’une si grande douleur qu’il me semblait sentir mon cœur se fendre. Je tombai à genoux près de mon Sauveur, en versant un torrent de larmes, et je le suppliai de me fortifier enfin de telle sorte que je ne l’offense plus désormais. »

Après cet événement déterminant, la carmélite s’attacha à méditer sur les mystères de la vie de notre divin Rédempteur, elle précise que la contemplation de la Sainte Agonie de Gethsémani lui fut spécialement profitable : « Je méditais avec prédilection sa prière au jardin des Olives. Là, je me plaisais à lui tenir compagnie. Je considérais la sueur et la tristesse qu’il avait endurées en ce lieu. »

Notons bien cette constante que l’on retrouve dans la vie de très nombreux saints : la contemplation de la douloureuse Passion de Jésus, la méditation assidue de la Passion du Sauveur, l’approfondissement jamais épuisé des mystères sacrés de la Passion de Notre-Seigneur sont essentiels à la connaissance de l’amour de Jésus-Christ et au progrès dans la vie spirituelle.

Nul besoin d’en dire beaucoup plus.
En ces célébrations de la Semaine Sainte, puissiez-vous, chers Amis, à l’exemple de Sainte Thérèse de Jésus, entrer vous aussi toujours plus avant dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté, en passant avec ferveur et générosité par la seule véritable porte de la vie spirituelle, la seule véritable porte de la vie nouvelle, la seule véritable porte de la vie éternelle : la bienheureuse Passion du Verbe Incarné.

Lully.

Christ à la colonne, détail - Gregorio Fernandez

Christ à la colonne, détail
(oeuvre de Gregorio Fernandez – couvent d’Avila)

2015-40. De Saint Joseph et Sainte Thérèse de Jésus.

Avila - carmel St Joseph - statue de St Joseph au centre du retable de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph au centre du retable du maître-autel.

Jeudi 19 mars 2015,
fête de Saint Joseph.

Pour l’Ordre du Carmel réformé, cette année 2015 est une année jubilaire : le 28 mars 2015 marque en effet le cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus, la grande réformatrice de l’Ordre du Carmel.
En cette fête de Saint Joseph, il est bon de rappeler le rôle très important joué par Sainte Thèrèse de Jésus dans la propagation du culte de ce très grand saint, car, jusqu’au XVIe siècle, il n’avait pas eu de grande extension ni de véritable popularité.
Les écrits de la « Madre », lorsqu’ils seront publiés et diffusés à travers toute la Chrétienté, contribueront énormément à inciter les fidèles à recourir à Saint Joseph : au chapitre VI de son autobiographie, en effet, Sainte Thérèse évoque quelques unes des grâces qu’elle a obtenues par son intercession, depuis sa guérison physique – alors qu’elle était clouée au lit depuis trois années – , la fondation du premier monastère réformé – placé justement par la volonté expresse de Notre-Seigneur sous le vocable de Saint Joseph – , les grâces de vie intérieure et d’oraison qu’il accorde à ses dévôts, mais aussi des aides remarquables dans certaines nécessités temporelles.

Laissons donc la parole à Sainte Thérèse (nota : c’est nous qui mettons en caractères gras les phrases les plus remarquables de la sainte réformatrice)

Saint Joseph protecteur du carmel réformé - Joaquín Gutiérrez - Collection privée, Bogotá

Saint Joseph protecteur du Carmel réformé et guide de Sainte Thérèse de Jésus
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – collection privée, Bogota)

« Je pris pour avocat et patron le glorieux Saint Joseph et je me recommandai instamment à lui. J’ai vu bien clairement que c’est lui, mon père et mon protecteur qui m’a guérie de cette infirmité, comme il m’a tirée également de dangers très grands où il s’agissait de mon honneur et du salut de mon âme. Son assistance m’a procuré plus de bien que je ne savais lui en demander.
Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé, jusqu’à ce jour, qu’il ne me l’ait accordé. C’est une chose merveilleuse que les grâces insignes dont Dieu m’a favorisée, et les dangers tant du corps que de l’âme dont il m’a délivrée par la médiation de ce bienheureux Saint.

« Le Très-Haut donne seulement grâce aux autres saints pour nous secourir dans tel ou tel besoin. Mais le glorieux Saint Joseph, je le sais par expérience, étend son pouvoir à tous nos besoins. Notre Seigneur veut nous faire comprendre que, s’il a été soumis sur la terre à celui qu’il appelait son père, parce que c’était son gouverneur qui pouvait lui commander, il défère également au Ciel, à toutes ses suppliques.
Et c’est ce qu’ont vu comme moi par expérience, d’autres personnes auxquelles j’avais conseillé de se recommander à cet incomparable protecteur. A l’heure actuelle, elles sont nombreuses les âmes qui l’honorent et constatent de nouveau la vérité de ce que j’avance.

« Il m’a toujours exaucée au-delà de mes prières et de mes espérances (…).
Je faisais célébrer sa fête avec toute la solennité dont j’étais capable (…).
Je voudrais porter tout le monde à la dévotion envers ce glorieux Saint tant j’ai d’expérience de son crédit auprès de Dieu. Je n’ai jamais vu personne lui être vraiment dévoué et l’honorer d’un culte spécial sans avancer dans la vertu, car il favorise singulièrement les progrès spirituels des âmes qui se recommandent à lui. Depuis plusieurs années, ce me semble, je lui demande une grâce le jour de sa fête, et je l’ai toujours obtenue. Lorsque ma supplique est quelque peu de travers, il la redresse pour le plus grand bien de mon âme (…).
Je demande, pour l’amour de Dieu, à celui qui ne me croirait pas d’en faire l’épreuve. Il verrait, par sa propre expérience, combien il est avantageux de se recommander à ce glorieux patriarche et d’avoir pour lui une dévotion spéciale. »

Avila - carmel Saint Joseph - statue de Saint Joseph sur la façade de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph sur la façade principale de l’église conventuelle.

« Les âmes d’oraison, en particulier, lui doivent un culte tout filial. Je ne sais d’ailleurs comment on pourrait penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans remercier Saint Joseph de les avoir si bien aidés alors, l’un et l’autre.
Que celui qui n’a pas de maître pour lui enseigner l’oraison prenne ce glorieux Saint pour guide, et il ne risquera pas de s’égarer (…).
Il m’a bien montré ce qu’il est, puisque, grâce à lui, j’ai pu enfin me lever, marcher et être délivrée de ma paralysie. »

A propos des travaux de construction du premier monastère du Carmel réformé, à Avila : le carmel Saint Joseph :
« Un jour, me trouvant dans la nécessité, ne sachant que devenir, ni comment payer quelques ouvriers, Saint Joseph, mon véritable Père et soutien, m’apparut. Il me fit comprendre que l’argent ne me manquerait pas et que je devais passer le marché avec les ouvriers. Je lui obéis sans avoir le moindre denier, et le Seigneur pourvut à tout d’une manière qui parut digne d’admiration. »

Sainte Thérèse en bergère, tableau de Joaquin Gutiérrez - carmel de Bogota

Sainte Thérèse de Jésus en bergère
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – carmel de Bogota)

Et puis il y a cette fameuse histoire, que beaucoup d’entre vous connaissent déjà sans doute, mais elle en dit long sur la confiance de Sainte Thérèse de Jésus en Saint Joseph, au point que ce dernier se manifesta de manière éclatante.
L’anecdote eut lieu à l’occasion de l’un de ces voyages de la « Madre » pour la fondation d’un nouveau monastère.
Partie de Valladolid en direction de Veas, en Andalousie, celle que Marcelle Auclair a magnifiquement surnommée « la dame errante de Dieu », voyageait avec un essaim de carmélites, dans un lourd chariot bâché tiré par des mules.
Ce jour-là, d
ans les défilés de la Sierra Morena, les conducteurs s’égarèrent, s’engagèrent sur une mauvaise piste – de plus en plus étroite – et, bientôt le chariot se trouva en grand danger de verser dans le précipice : « Prions, mes filles ! dit Thérèse. Demandons à Dieu, par l’intercession de Saint Joseph,  de nous délivrer de ce péril ».

A l’instant même, on entendit, venant du ravin, une voix d’homme qui criait avec force aux muletiers : « Arrêtez ! Arrêtez ! Vous êtes perdus si vous avancez… »
Les conducteurs ne voyaient pas l’homme qui leur intimait cet ordre, mais ils interrogèrent : « Comment faire ? Il est impossible de faire demi-tour en raison de l’étroitesse du chemin… »
La voix reprit : « Reculez tout doucement. Vous ne craignez rien. A cent tours de roue en arrière vous retrouverez le bon chemin… »

On le retrouva en effet, dissimulé par un éboulement facilement déblayé.
Un valet des charretiers courut à la recherche de l’homme qui les avait sauvés, tandis que les autres scrutaient le ravin pour l’apercevoir : tous tenaient à le remercier… Mais on ne trouva personne.
A l’intérieur du chariot, radieuse, Mère Thérèse de Jésus déclarait à ses soeurs avec un grand sourire : 
« Vraiment,  je ne sais pourquoi nous laissons chercher ces bonnes gens, car c’est la voix de Saint Joseph que nous avons entendue, et ils ne le trouveront pas… »

Sainte Thérèse d'Avila priant Saint Joseph

Sainte Thérèse de Jésus priant Saint Joseph.

On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle »  > www .
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > w
ww ,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 18 mars, 2015 |1 Commentaire »

2015-38. De la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

7 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, toujours vigilants aux dates et aux anniversaires, nous sommes particulièrement unis, par le coeur et par la prière, aux cérémonies qui se célèbrent à Naples dans l’église Santa Catarina a Chiaia, tous les 7 mars, et qui ont été précédées par un triduum solennel.

Peut-être allez-vous m’interroger : « Qu’y a-t-il dans cette église Santa Catarina a Chiaia qui vous paraisse si important pour qu’à quelque 1300 km de là vous teniez à vous y unir d’une manière très spéciale ? »

C’est que dans cette église, dans une chapelle latérale située du côté de l’épître, se trouve, entourée d’une grande vénération, la tombe d’une Fille de France – petite-fille de Sa Majesté le Roi Louis XV, soeur de Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, épouse de Sa Majesté le Roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne – la vénérable Marie-Clotilde de France, dont on espère la béatification.
Les cérémonies de ce jour et le triduum qui les précèdent sont justement célébrés pour demander à Dieu la glorification de Sa servante.

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Naples, église Santa Catarina a Chiaia : tombe de la vénérable Marie-Clotilde de France.

Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, dite Madame Clotilde, est née au palais de Versailles, le 23 septembre 1759.
Elle est la onzième des treize enfants (dont huit morts-nés, morts dans leur premier âge ou pendant l’enfance) issus du second mariage de Louis Ferdinand (1729-1765), Dauphin de France, avec Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

Selon l’usage, ondoyée à la naissance, elle est officiellement baptisée deux ans plus tard, le 19 octobre 1761, c’est-à-dire le lendemain du baptême des futurs Louis XVI et Louis XVIII, et le même jour que le futur Charles X.
Elle a pour parrain son frère : Louis-Auguste, duc de Berry, futur Louis XVI ; et pour marraine sa tante, Madame Louise, future Mère Thérèse de Saint-Augustin, carmélite à Saint-Denis (cf. > Princesse et carmélite).

Madame Clotilde était très liée à sa soeur – Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth – , née quatre ans et demi après elle.
Comme toute la fratrie, Madame Clotilde fut placée sous l’autorité de Marie-Louise de Rohan, gouvernante des Enfants de France, communément appelée Madame de Marsan. Mais alors que l’éducation de Madame Elisabeth, jugée « rebelle », fut laissée à une sous-gouvernante – Madame de Mackau – , Madame Clotilde, docile et studieuse, fut totalement prise en charge par Madame de Marsan qui entendait lui donner une éducation complète, telle qu’aux garçons, chose assez inouïe à l’époque.

Marie-Clotilde était âgée de 6 ans à la mort de son père et de sept ans et demi à la mort de sa mère.

D’un physique assez ingrat, Madame Clotilde souffrit des méchancetés de la cour qui l’avait surnommée « Gros Madame », en raison de son embonpoint.
On disait d’elle qu’elle était passive, apathique, insensible…

Madame Clotilde à l'âge de 12 ou 13 ans - attribué à François-Hubert Drouais (musée de Versailles)

Madame Clotilde à l’âge de 12 ou 13 ans
portrait attribué à François-Hubert Drouais
(musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Le 6 septembre 1775, à Chambéry, ancienne capitale des ducs souverains de Savoie, Marie-Clotilde de France, à peine âgée de seize ans, épouse Charles-Emmanuel de Savoie, fils aîné de Sa Majesté le Roi Victor-Amédée III de Sardaigne, duc de Savoie et prince souverain de Piémont.

Les liens entre les Bourbons et la Maison de Savoie sont alors très forts : tout d’abord, la mère de Charles-Emmanuel est elle-même une arrière-petite-fille de Louis XIV, puisque fille de Philippe V d’Espagne ; ensuite, deux des soeurs de Charles-Emmanuel ont déjà épousé deux des frères de Marie-Clotilde : Marie-Josèphe-Louise de Savoie, Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, en 1771 ; et Marie-Thérèse de Savoie, Charles-Philippe de France, comte d’Artois, en 1773.
Enfin, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, dite la Princesse de Lamballe, veuve de Louis-Alexandre de Bourbon, sera – on s’en souvient – l’indéfectible amie de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, jusqu’à la fin tragique que l’on sait.

Si le mariage de Madame Clotilde avec le prince héritier de Piémont-Sardaigne a été dicté par la politique, il n’en deviendra pas moins un authentique « mariage d’amour » : Charles-Emmanuel, né le 24 mai 1751, a huit ans et demi de plus que sa jeune épouse ; il va aimer tendrement et choyer Marie-Clotilde, qui va pleinement s’épanouir et perdra son embonpoint.
Animés par une piété sincère et profonde, Charles-Emmanuel et Marie-Clotilde fondent leur union sur la foi chrétienne : c’est elle qui leur donne la force de porter avec abandon et sérénité l’épreuve de la stérilité, et qui les porte à une grande maturité spirituelle, au point que, en 1794, ils embrasseront tous les deux la règle du tiers-ordre de Saint Dominique.

Depuis Turin, Marie-Clotilde et Charles-Emmanuel observent avec une grande inquiétude l’évolution politique du Royaume de France : évolution qui se transforme en révolution.
Dès l’été 1789, ils accueillent à Turin le comte d’Artois et sa famille, qui sont parmi les premiers à prendre le chemin de l’exil. Dans les premiers mois de 1791, ce sont Mesdames Victoire et Adélaïde, seules survivantes des filles de Louis XV, qui font escale à la cour de Savoie avant de s’aller établir à Rome.

Les procès iniques et l’assassinat des Souverains français plongeront la cour de Savoie dans une douloureuse stupeur.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

Armes de Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

Les terroristes parisiens avaient déclaré la guerre à tous les souverains d’Europe et ils déchaînèrent particulièrement la fureur de leurs troupes barbares sur  la Savoie, le comté de Nice et le Piémont.
Après quatre années de guerre soutenues avec vaillance, les troupes du roi Victor-Amédée III furent finalement défaites par le Buonaparte : à la suite de l’armistice de Cherasco, signé le 28 avril 1796, le royaume de Piémont-Sardaigne, contraint de se retirer de la première coalition, dut céder à la France la Savoie, le comté de Nice ainsi que quelques places fortes, et laisser les troupes françaises circuler librement en Piémont.
Cinq mois plus tard (16 octobre 1796), Victor-Amédée III s’éteignait, laissant la couronne à Charles-Emmanuel.

Charles-Emmanuel IV, roi de Piémont-Sardaigne, s’efforça dans un premier temps d’adoucir le traitement du Piémont, en temporisant avec la république ; mais en 1798 le Directoire ordonna l’occupation militaire du Piémont, et la famille de Savoie dut fuir : d’abord à Parme, puis à Florence, ensuite en Sardaigne…
Enfin, en 1799, toujours en fuite devant la révolution mais ne cessant cependant jamais leurs tentatives pour soulager leurs peuples et chasser l’envahisseur, le roi Charles-Emmanuel IV et la reine Clotilde s’établirent à Naples.
Ils fréquentaient assidument l’église Sainte Catherine (Santa Catarina a Chiaia), l’église des tertiaires. Leur vie de prière et de charité était remarquable, car ils consacraient beaucoup de temps aux nécessiteux.

Ils se rendirent à Rome pour les cérémonies de la Semaine Sainte de 1801, occasion de rencontrer le pape Pie VII (ce dernier avait été élu à Venise à la mi-mars 1800 et n’avait pu entrer à Rome que le 3 juillet de la même année), mais ils durent quitter précipitamment la Ville Sainte et rentrer à Naples, ayant été avertis juste à temps des ordres donnés par le Consulat pour les faire enlever.

La reine Marie-Clotilde succomba à la fièvre typhoïde, le 7 mars 1802, à Naples. Elle n’avait pas atteint son quarante-troisième anniversaire.
La souveraine fut inhumée dans l’église Santa Catarina a Chiaia et aussitôt sa tombe devint le centre d’un intense mouvement de ferveur populaire…

Jean-Pierre Franque tombe de la reine Marie-Clotilde acquis par Louis XVIII en 1818 -musée des Ursulines à Macon

La tombe de la reine Marie-Clotilde
(tableau de Jean-Pierre Franque, acquis en 1818 par Louis XVIII pour la collection royale,
aujourd’hui au « Musée des Ursulines » à Macon)

Dès que ses sujets apprirent la mort de leur reine, ils commencèrent à l’invoquer comme « l’ange gardien du Piémont ».
Six ans plus tard, seulement, le pape Pie VII la déclara « vénérable » (10 avril 1808) et autorisa les démarches en vue de sa béatification.

Plusieurs fois retardé – principalement en raison des agitations politiques des XIXe et XXe siècles (et aussi du fait des infiltrations révolutionnaires dans l’Eglise, qui entravent considérablement l’élévation des souverains aux honneurs des autels quand ils ont été des adversaires de l’esprit révolutionnaire) – , le décret proclamant l’héroïcité des vertus de la vénérable Marie-Clotilde de France a été signé par le pape Jean-Paul II le 11 février 1982.

Il est curieux de constater que les Français connaissent finalement moins bien que les Piémontais et les Napolitains cette Fille de France, d’une grande sainteté : il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens.

Après la mort de son épouse, le roi Charles-Emmanuel IV abdiqua en faveur de son frère puiné, Victor-Emmanuel 1er. En 1807, à la mort du cardinal-duc d’York, dernier des Stuart, il fut néanmoins reconnu par les Jacobites comme l’héritier de la succession légitime aux trônes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sous le nom de Charles IV.

Mais Charles-Emmanuel avait bel et bien dit adieu au monde et, après le rétablissement de la Compagnie de Jésus (1814), il entra le 11 février 1815 au noviciat des jésuites, à Rome, âgé de 64 ans. Il fut admis à la profession des voeux simples, et mourut saintement le 6 octobre 1819.
Il a été inhumé, revêtu de la soutane noire, dans l’église de Saint-André au Quirinal, où sa tombe n’est signalée que par une croix de Savoie – blanche sur fond rouge – gravée dans le marbre, avec cette seule mention : Charles-Emmanuel de Savoie, fils de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine.
Sans doute mériterait-il lui aussi qu’on s’intéresse à sa cause et que l’on  instruise un procès en béatification…

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

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