2026-75. De Saint Eutrope, premier évêque de Saintes, martyr.
30 avril,
Fête de Sainte Hildegarde de Vintzgau, Reine des Francs (cf. > ici) ;
C’est aussi la fête de Saint Eutrope, premier évêque de Saintes, martyr ;
Mémoire de la Vigile des Saints Apôtres Philippe et Jacques.
Saint Eutrope, évêque et martyr,
avec les instruments de son martyre (détail d’un vitrail de 1872).
Pour la présentation de la vie de Saint Eutrope de Saintes, nous avons préféré commencer par reproduire ci-dessous la notice que lui consacre le Révérend Père François Giry, minime.
Cette première publication en appellera d’autres…
« Saint Eutrope, que les Saintongeois reconnaissent pour leur apôtre et leur premier évêque, était un de ces Bienheureux dont parle Notre-Seigneur, qui ont eu l’honneur de le voir sur la terre et de converser avec Lui, ce que tant de rois et de prophètes ont désiré si ardemment et qu’ils n’avaient pas obtenu. C’est ainsi que le porte la tradition des Eglises, au récit de Baronius. Elle nous apprend encore qu’il passa de Grèce à Rome sous Saint Clément ; ce pape voyant les talents que Dieu lui avait donnés pour la prédication de l’Evangile, l’ordonna évêque et l’envoya ensuit en Saintonge, province de France, pour y porter la lumière de l’Evangile.
Il y prêcha d’abord avec beaucoup de zèle ; mais il y avait affaire à une terre ingrate et à un peuple difficile à gagner. Après avoir souffert avec joie plusieurs persécutions et des tourments très cruels, il s’en retourna à Rome trouver celui qui l’avait envoyé. Néanmoins, le saint pape, poussé d’un zèle apostolique en faveur de la France, exhorta Eutrope à reprendre courage et à se joindre aux autres missionnaires qui accompagnaient le Bienheureux Denis l’Aréopagite, qu’il envoyait en qualité d’Apôtre dans les Gaules.

Saint Clément envoie Saint Eutrope dans les Gaules.
Eutrope donc suivit l’Aréopagite jusqu’à la ville d’Arles, en Provence, et de là il passa une seconde fois en Guyenne et retourna à Saintes, qu’il avait auparavant abandonnée. Ce voyage fut plus heureux que le premier, car il y travailla avec tant de succès par l’exemple de sa vie, par la grandeur de ses miracles et par la force de sa doctrine, que plusieurs, laissant le culte des idoles,embrassèrent la religion du vrai Dieu et reconnurent Jésus-Christ pour Sauveur du monde ; il baptisa, entre autres, la fille du gouverneur de la ville, appelée Estelle ; apprenant du saint évêque l’excellence de la virginité, elle consacra de bon cœur la sienne à l’Epoux des vierges, dont elle venait de recevoir la foi.

Baptême de Sainte Estelle.
Son père en fut tellement irrité, qu’il envoya des soldats pour se saisir du Saint qui l’avait convertie. Il fut pris dans une caverne où il se retirait hors de la ville, et de là il fut d’abord brisé à coup de pierres. Ensuite on le battit avec des cordes et des fouets plombés ; enfin il eut la tête fendue avec une cognée, ce qui arriva le 30 avril de l’an 98 de Notre-Seigneur, selon Baronius.
La vierge Estelle eut soin de son corps et lui donna la plus honorable sépulture qu’il lui fut possible selon le temps ; et, pour récompense de cette bonne œuvre, elle reçut la glorieuse couronne du martyre, par l’ordre de son propre père, environ trois semaines après la mort de Saint Eutrope.
Martyre de Saint Eutrope.
Saint Denis, apprenant ces nouvelles, les manda, à ce que quelques uns disent, à Saint Anaclet, qui était alors vicaire ou successeur de Saint Clément, dans une lettre où il en fait tout le détail ; il l’envoya ensuite en Grèce pour la consolation des chrétiens qu’il y avait laissés. Mais quoique la misère des siècles et le trouble des persécutions aient fait perdre, il y a longtemps, cet écrit, la victoire de ce saint martyr ne s’est point effacée de la pensée des fidèles de Saintes, puisqu’au rcit de Saint Grégoire de Tours, plusieurs années après, ils lui bâtirent une très-belle église, qui fut dédiée par Saint Palais, évêque de la même ville, assisté de deux abbés, vers la fin du VIème siècle ; et, en reconnaissance de ce bienfait et de ce qu’ils avaient fait mettre son corps dans un leiu plus décent qu’il n’avait été jusqu’alors, il apparut la nuit suivante à ces deux abbés, et leur dit que la cicatrice qu’ils avaient remarquée sur son crâne, était l’endroit par où il avait consommé son martyre.
Saint Palais (Pallade) de Saintes fait placer le sarcophage de Saint Eutrope,
renfermant son corps, à l’intérieur d’une église.
Au XVIème siècle, avant que les hérétiques calvinistes prissent Saintes, et qu’ils en profanassent les églises et les saintes reliques, plusieurs ossements de ce Saint ont été portés à Vendôme et déposés dans l’église de la Très-Sainte-Trinité, où ils sont souvent honorés par un grand concours de peuple ; et pour son chef vénérable, ayant été porté à Bordeaux pour le sauver de la rage de ces Vandales, il a été rapporté à Saintes l’an 1601, avec beaucoup de pompe et de mangificence, comme l’assure du Saussay dans son Martyrologe des Saints de France.
Le prieuré de Saint-Pierre, à Dezize-sur-Loire, possédait aussi des reliques d’un Saint Eutrope, dont on trouvait l’office dans un vieux bréviaire manuacrit, au dernier jour d’avril ; mais il est probable qu’il ne s’agit pas ici de l’Apôtre de la Saintonge, car il y a plusieurs saints du même nom.
Translation des reliques de Saint Eutrope.
Ce grand évêque a fait de tous côtés et dans tous les siècles des prodiges fort signalés. Il a tiré miraculeusement de l’eau et du feu ceux qui devaient y être ou noyés ou consumés. Il a délivré du fond des cachots des captifs et des prisonniers que leurs ennemis y avaient enfermés. Il en a même transporté un, en un instant, de Babylone à Saintes, avec la cage d’airain où les infidèles l’avaient enfermé. Il a guéri des malades, ressuscité des morts, chassé les démons des corps des possédés et opéré d’autres semblables merveilles, que l’on pourra voir dans un manuscrit des Pères Célestins de Paris, dont les continuateurs de Bollandus ont donné la copie au public. L’on y remarquera aussi des châtiments terribles que la justice de Dieu a exercés contre plusieurs personnes qui ont eu la témérité de profaner la fête de cet illustre prédicateur de l’Evangile.
Baronius parle de lui dans ses Annales, et tous les Martyrologes en font mémoire. Son envoi en France, par Saint Clément, est attesté par tant d’auteurs, du nombre desquels est Saint Grégoire de Tours, quoiqu’il mette plus tard la mission de Saint Denis et de ses compagnons, que nous n’avons pas cru en devoir douter. On peut voir là-dessus la belle épître de Marca au célèbre Henri de Valois, laquelle se trouve au commencement de l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe, traduite par le même Henri de Valois. »
in « Vie des Saints [...]« par le Père François Giry,
réédition de 1859, tome II, colonnes 388-390.
Sarcophage antique de Saint Eutrope
tel qu’il est présenté de nos jours dans la crypte de la basilique de Saint-Eutrope à Saintes.







































