Archive pour la catégorie 'Memento'

2016-4. La poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

2001 – 19 janvier – 2016

Quinzième anniversaire du rappel à Dieu
de

Gustave Thibon.

frise

A l’occasion du quinzième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (19 janvier 2001), j’ai résolu de publier ci-dessous l’un de ses poèmes.

Cela surprendra peut-être plus d’un de mes lecteurs habituels : en effet, malgré le fait que deux recueils de poèmes figurent en bonne place dans ses bibliographies complètes, on a souvent tendance à oublier que Gustave Thibon était épris de poésie, qu’il goûtait fort les oeuvres d’un très grand nombre de poètes et qu’il connaissait par coeur une quantité prodigieuses de vers (et dans plusieurs langues).
Thibon est en vérité un orfèvre de la langue française. Les aphorismes qui constituent la majeure partie de son oeuvre sont ciselés comme de purs et fins joyaux ; ils témoignent au plus haut point d’une maîtrise parfaite des sons et du rythme des mots et des phrases, et de leur puissance évocatrice. N’est-ce pas là justement l’essence de la poésie ?
Dans la présentation qui figure sur la quatrième de couverture du recueil « Offrande du soir », publié en 1946 chez Lardanchet, on trouve ces deux phrases admirables : « (…) Le poète est celui qui crée de nouveaux rapports entre les choses et nous, qui nous les fait voir comme nous ne les avions jamais vues encore, dans une sorte de contact ineffable. Par son pouvoir de rayonnement, la poésie nous conduit à une plus vaste compréhension de nous-même et du monde et jusqu’au mystère de l’être»
Comme cette définition du poète et de son oeuvre correspond bien à la personne et aux écrits de Gustave Thibon !

Le poème « Deus omnium » est le quatrième de la deuxième partie de ce petit recueil : écrit en vers libres (comme d’ailleurs tous les poèmes qui y figurent), il n’a rien à voir avec le romantisme, le sentimentalisme ou la mièvrerie badine auxquels on assimile souvent la poésie. Nous nous trouvons ici dans une forme de poésie qui, si elle est intimiste, n’en est pas moins exactement métaphysique.
En moins d’une vingtaine de lignes, c’est une sorte d’expérience intérieure d’une rare densité qui est exprimée et qui, si elle devait faire l’objet d’explications et de commentaires requerrait plusieurs épais volumes : la vérité de l’homme y est mise en lumière, tandis que dans l’ombre se devine la vérité de Dieu.
Théologie apophatique faite poème !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

frise

Gustave Thibon

DEUS OMNIUM

Dans le coeur de l’homme, j’ai vu la fange et la corruption,
Et mon espoir en l’homme a pleuré, mais n’a pas fléchi :
La vie bourdonne au sein de la pourriture, une eau vierge dort dans la fange !
- Dans le coeur de l’homme, j’ai vu aussi la poussière,
Poussière de vice et de vertu, résidu neutre et stérile du bien et du mal…
Alors, j’ai tremblé pour l’homme,
L’image de l’homme a brouillé mon coeur comme une nausée.
- Attitudes, mensonges émoussés, sang tourné en salive, échanges solennels de fausse monnaie, prudence creuse en quête d’un ordre éteint – cette cendre s’amoncelle et monte, elle comble l’urne humaine ;
Là, aucune vie ne peut trouver sa pâture – pas même la mouche de l’ordure, pas même le ver du remords.
- Je ne crains pas la fange, je crains la poussière !
Allons ! La nausée n’est pas un verdict intégral. L’homme est injuste et fermé, traître au Oui suprême, idolâtre par omission, qui n’a pas surmonté son plus quotidien, son plus réfractaire hoquet.
La poussière aussi t’appartient, Seigneur, la poussière aussi chantera ta gloire !
Ton amour a des secrets qui fécondent même les entrailles absentes de la vanité !
- Un coup de balai de ta justice qui bouleverse l’ordre mort des poudreux atomes,
Puis un rayon de ta pitié sur la vitre humaine,
Et la poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

Gustave Thibon, in « Offrande du Soir », éditions Lardanchet 1946, pp. 79-80.

Offrande du soir - Gustave Thibon 1946

frise

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :

- Courte présentation biographique de Gustave Thibon > www
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > www
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > www
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > www
– « Le goût de l’aliment éternel » > www
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > www
- Eglise et politique : c’est l’absolu qui me donne la norme du relatif www
- Le sport dans la société moderne (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www

–  Vertu d’espérance et optimisme (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www
– Sur la démocratie et le suffrage universel www
– « Gustave Thibon – la leçon du silence » par Raphaël Debailiac www
– « Dépendance et liberté » (in « Retour au réel ») www
– « Quel avenir pour l’Occident ? » (R. Debailiac) www
– Sur la révolution française www
– « L’homme a besoin de racines » (retranscription d’un entretien radiophonique) www

2015-108. Du huit-cent-cinquantième anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne et de la séquence « Urbs Aquensis » en son honneur.

1165 – 29 décembre – 2015

Charlemagne trésor d'aix la chapelle détail de la chasse 1215 orfèvre rhénan anonyme

Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle : le Bienheureux Charlemagne
(détail de l’un des reliquaires – bronze doré 1215)

C’est aujourd’hui, 29 décembre 2015, le huit-cent-cinquantième anniversaire de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Charlemagne (rappelons qu’à cette époque on ne faisait pas encore de différence entre les « bienheureux » et les « saints »), qui fut célébrée à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165.

Je n’ai aucune envie de redire ici ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire à ce sujet le 28 janvier 2014 à l’occasion du douzième centenaire de la mort du grand Roi des Francs et Empereur (cf. > ici), même si quelques « catho-hyper-coincés » – qui s’estiment sans doute mieux inspirés que le pape Benoît XIV (1740-1758) qui trancha pourtant la question, au terme d’une polémique de plusieurs siècles – continuent à nous faire grief de conserver et de défendre le culte liturgique du Bienheureux Charlemagne.

Justement, dans un premier temps, la fête de la translation de Saint Charlemagne (on entend par translation l’acte de transporter des reliques d’un lieu à un autre, en l’occurrence il s’agissait ici de la cérémonie par laquelle on avait retiré ses restes de son tombeau pour les déposer dans une chasse et les exposer à la vénération des fidèles, le 29 décembre 1165) fut célébrée avec plus d’éclat que son dies natalis (le jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 28 janvier).
Ce n’est qu’après 1215 que la fête de Saint Charlemagne au 28 janvier supplanta en solennité l’anniversaire du 29 décembre.

C’est du temps où la principale fête du saint roi et empereur était donc celle du 29 décembre que date la séquence « Urbs Aquensis », dont je publie aujourd’hui, à l’occasion de ce huit-cent-cinquantième anniversaire, le texte latin et la traduction ci-dessous.

Cette pièce constitue l’un des plus anciens témoins qui soient parvenus jusqu’à nous de la liturgie de Saint Charlemagne.
D’Aix-la-Chapelle pour laquelle elle avait été composée, cette prose se répandit assez rapidement dans tout l’empire (parfois avec des adaptations : des villes qui avaient été elles aussi des résidences impériales substituant leur nom à celui d’Aix à la première ligne).
Abandonné au XIX ème siècle, l’usage de cette séquence a été rétabli à Aix-la-Chapelle en 1931 (on en trouvera la partition sur le site de la Schola Sainte-Cécile > ici).

Au temps de la guerre de cent ans, Sainte Jeanne d’Arc voyait Saint Louis et Saint Charlemagne à genoux devant le trône de Dieu, Le suppliant pour la France et pour son Roi légitime.
Ainsi donc de même, en nos temps troublés et malheureux, recourrons avec ferveur à l’intercession du saint empereur pour que Dieu délivre la France et l’Europe des grands maux dont elles sont menacées…

Lully.

Armoiries de Charlemagne

Urbs Aquensis, urbs regalis,
Regni sedes principalis,
Prima regni curia,

Regi regum pange laudes
Quae de magni regis gaudes
Caroli praesentia.

Iste coetus psallat laetus,
Psallat chorus hic sonorus
Vocali concordia.

At dum manus operatur
Bonum, quod cor meditatur,
Dulcis est psalmodia.

Hac in die duo festa
Magni regis magna gesta
Recolat Ecclesia.

Reges terrae et omnes populi
Omnes simul plaudant et singuli
Celebri laetitia.

 

Hic est Christi miles fortis
Et invictae dux cohortis
Decem sternit millia.

Terram purgat lolio
Atque metis gladio
Ex messe zizania.

Hic est magnus imperator,
Boni fructus bonus sator
Et prudens agricola.

Infideles hic convertit
Fana, deos, hic evertit
Et confregit idola.

Hic superbos domat reges,
Hic regnare santas leges
Fecit cum justitia.

Quam tuetur sine fine
Ut et justus, sed nec sine
Sit misericordia.

Oleo laetitiae unctus dono gratiae
Ceteris prae regibus, cum corona gloriae
Majestatis regiae, insignitur fascibus.

 

O Rex mundi triumphator,
Jesu Christi conregator,
Sit pro nobis exorator,
Sancte Pater Carole,

Emundati a peccatis,
Ut in regno claritatis
Nos, plebs tua, cum beatis
Caeli simus incolae.

Stella maris, ô Maria,
Mundi salus, vitae via,
Vacillantum rege gressus
Et ad Regem des accessus
In perenni gloria.

Christe, splendor Dei Patris,
Incorruptae Fili Matris,
Per hunc sanctum, cujus festa
Celebramus, nobis praesta
Sempiterna gaudia.

Amen.

Cité d’Aix, cité royale,
Siège principal de la royauté,
Palais préféré de nos princes,

du Roi des rois chante la louange,
en ce jour où tu te réjouis de la fête
du grand roi Charles.

Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.

Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, ce que le cœur médite
est une douce psalmodie.

En ce double jour de fête,
que l’Église honore
la grande geste du grand roi.

Que les rois de la terre et tous les peuples applaudissent ensemble et fassent entendre un unique concert joyeux.

C’est ici le fort soldat du Christ,
et le chef de l’invincible cohorte
qui en renverse dix mille.

Il purge la terre de l’ivraie,
et de son glaive il affranchit la moisson
en extirpant l’ivraie.

C’est là le grand Empereur,
bon semeur d’une bonne semence
et prudent cultivateur.

Il convertit les infidèles,
il renverse temples et dieux,
et il brise les idoles.

Il dompte les rois superbes,
il fait régner les saintes lois
avec la justice.

Les yeux sans cesse fixés sur elle,
De sorte qu’en étant juste, il ne soit
Cependant pas sans miséricorde.

Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.

Ô Roi triomphateur du monde,
toi qui règnes avec Jésus-Christ,
sois pour nous un intercesseur,
ô Charles, notre père saint !

Afin que, purs de tout péché,
dans le royaume de la lumière,
nous, ton peuple, avec les bienheureux
Nous soyons habitants du Ciel.

Étoile de la mer, ô Marie,
salut du monde, voie de la vie,
dirige nos pas vacillants
et donne-nous accès auprès du Roi
dans la gloire sans fin.

Ô Christ, splendeur de Dieu le Père,
fils d’une Mère sans tache,
par ce Saint dont nous célébrons la fête, daigne nous accorder
l’éternelle joie.

Ainsi soit-il !

Aix-la-Chapelle, cathédrale

Aix-la-Chapelle : la cathédrale

2015-107. Où l’on évoque, au jour du centenaire de sa naissance, la figure d’Edith Piaf et ses liens privilégiés avec Sainte Thérèse de Lisieux.

Samedi des Quatre-Temps d’hiver 19 décembre 2015,
mémoire du Bienheureux Urbain V (cf. > ici),
centenaire de la naissance d’Edith Piaf.

Edith Piaf enfant

Edith toute petite fille

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je fais partie de ceux que sa voix émeut et chamboule jusqu’au plus intime de l’être – cela ne se contrôle pas, c’est physique – , je suis aussi du nombre de ceux que sa vie si chaotique touche profondément, et ce n’est pas en raison d’une frénésie « pipole ». Voilà pourquoi je ne veux pas laisser passer ce 19 décembre 2015 sans évoquer le centenaire de la naissance d’Edith Giovanna Gassion, née à Paris le 19 décembre 1915, mondialement connue sous son nom de scène : Edith Piaf.

Certaines bonnes âmes réprouveront peut-être mon attachement à cette « fille de rien », élevée dans une maison close, sans éducation religieuse, aux défauts si marqués, à la vie sentimentale si agitée et scandaleuse, et à laquelle l’Eglise refusera les funérailles ecclésiastiques (note *) : « J’ai péché… Mea culpa !… Que ceux qui n’ont jamais péché me jettent la première pierre ; que ceux qui n’ont jamais aimé me refusent une prière… » a-t-elle chanté dans « Mea culpa ».
Et finalement, même si la grâce de Dieu nous a préservés de semblables errements, n’en est-il pas pourtant ainsi aussi pour chacun d’entre nous ?

Tout à la fois ange et démon, Edith, même si elle n’a pas fait de déclarations ni de déballages intimes sur cet aspect encore largement ignoré de sa vie, était en dépit de tout animée par une profonde et sincère croyance : la foi des pauvres gens qui n’ont pas reçu d’instruction religieuse et auxquels la rue a servi d’école de vie.
Une foi authentique toutefois, qui ne se pose pas de questions théologiques mais croit en une vie éternelle au-delà de la mort et qui, dans l’ignorance pratique du Bon Dieu, de Sa Loi et de Ses sacrements, cherche cependant à aller vers Lui par l’intercession de Ses saints.
« Il n’est pas possible qu’une fois mort on ne soit vraiment que poussière… Il y a quelque chose qui nous échappe, que nous ne connaissons pas… Je crois en Dieu. Il serait trop injuste que ceux qui ont souffert sur cette terre ne trouvent la paix que réduits en poussière. Le Paradis viendra… après le Jugement dernier » dit-elle à son infirmière quelques jours avant de mourir. Et aussi : « Je n’ai pas peur de la mort. C’est une autre vie qui commence », et elle lui demande d’aller à l’église Sainte-Rita de Nice pour y faire brûler un cierge. L’infirmière objecte : « Mais, Edith, j’y suis allée la semaine dernière… » et s’attire cette réponse : « Retournes-y, deux cierges valent mieux qu’un ! »

La foi fruste d’Edith s’exprimait dans le culte des saints, et au plus haut point par la relation privilégiée qu’elle eut avec Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Ses proches en ont témoigné : Edith la colérique, Edith la jalouse, Edith la luxurieuse, et malgré tout Edith au coeur d’enfant vivait dans une proximité quotidienne et quasi physique avec la petite carmélite de Lisieux.

On le sait, à l’âge de six ans, devenue aveugle à cause d’une kératite aigüe, Edith fut guérie à la suite d’un pélerinage à Lisieux.
Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de sourire en pensant à ce pèlerinage si peu conventionnel où l’on vit une mère maquerelle et ses « filles » – qui, même si elles avaient fait de gros efforts de tenue afin de paraître « respectables », ne pouvait pas passer inaperçues – venir s’agenouiller et prier sur la tombe de la bienheureuse, avec une petite fille portant un bandeau noir sur les yeux…
Depuis lors, Edith a toujours gardé un lien intime et profond avec la sainte carmélite : elle retournera souvent prier à Lisieux (y emmenant parfois ses amants !) ; tous les soirs, elle s’agenouillait pour prier devant l’image de Thérèse posée en évidence sur son chevet, lors même qu’il y avait un homme dans son lit ; il lui est arrivé de monter à genoux – incognito – les escaliers de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, pour demander pardon à la sainte après une mauvaise action ; et plusieurs fois aussi il est arrivé à Edith de sentir un parfum de rose surnaturel, signe des grâces de Thérèse…
Chaque fois qu’elle entrait en scène, Edith se signait et embrassait la croix qu’elle portait toujours autour du cou.

« Edith et Thérèse, la Sainte et la Pécheresse » : Jacqueline Cartier et Hugues Vassal ont cosigné, il y a déjà plusieurs années, cet ouvrage qu’on ne peut lire (ou relire) sans émotion.
N
ous touchons là au mystère des âmes et à la stupéfiante manière dont le Bon Dieu peut établir des relations privilégiées entre certaines d’entre elles pour, malgré tout, communiquer Ses grâces et oeuvrer au salut des pécheurs.

Ici, je ne peux m’empêcher de vous rapporter, en guise de conclusion, cette admirable citation du chanoine Antoine Crozier, ce prêtre lyonnais stigmatisé que j’aime tant et qui fut l’ami intime du Bienheureux Charles de Foucauld (cf. > ici et ici) :
« De même qu’Il va prendre très loin, sur l’immensité des mers, les pluies qu’Il fait tomber dans nos champs, Dieu va prendre plus loin encore les grâces qu’Il nous donne. Et c’est ainsi que, dans le livre de nos vies, les plus belles pages sont souvent écrites par les mérites des autres, par les prières de quelque moine ou de quelque carmélite, immolés silencieusement au fond de leur cloître »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.       

Edith et Thérèse la sainte et la pécheresse

« Edith et Thérèse – la Sainte et la Pécheresse »
Jacqueline Cartier et Hugues Vassal (ed. Anne Carrière)

Note * : on remarquera toutefois que malgré le refus des funérailles à l’église (l’Osservatore Romano faisant remarquer qu’elle avait vécu en état de péché public), plusieurs ecclésiastiques furent présents au cimetière lors des obsèques d’Edith. Outre le curé de sa paroisse parisienne et le Rd Père Leclerc, dominicain et aumônier du monde des spectacles, fut aussi présent Monseigneur Martin, venu spécialement de Rome pour la circonstance, qui gardait à Edith une reconnaissance éternelle parce que, à Marseille, « elle l’avait sauvé du suicide et lui avait rendu la foi ».

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 19 décembre, 2015 |8 Commentaires »

2015-101. De la restauration de la chapelle Notre-Dame de la Rose dans laquelle Monsieur l’abbé Bryan Houghton avait restauré le culte catholique.

Lundi soir 30 novembre 2015,
fête de l’apôtre Saint André, le Protoklite.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il faut que je prenne quelques instants, ce soir, pour vous parler de la manière dont notre Frère Maximilien-Marie a passé le premier dimanche de l’Avent – hier donc – , et je le ferai même en deux parties…

Ce dimanche 29 novembre, même si dans le reste de la journée allait se produire une hausse assez spectaculaire des températures, au petit matin le thermomètre était très proche de 0° dans notre hameau, et les routes qui traversent le massif du Mézenc étaient déconseillées à la circulation en raison du verglas.
Alors Frère Maximilien-Marie a résolu de se rendre à la Sainte Messe à la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar, où elle est célébrée à 8 h 45 : il a donc pris la route à 6 h 45, puisqu’il faut compter deux heures de trajet pour s’y rendre.

J’avais eu l’occasion de vous parler de cette chapelle, à laquelle notre Frère est très attaché, il y a exactement trois ans, à l’occasion de la célébration du vingtième anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’abbé Bryan Houghton, le 26 novembre 2012 (voir ici > 2012.84). 
Je me permets de me citer moi-même, car j’écrivais alors : « (…) que soient chaleureusement remerciés les fidèles, et tout spécialement les responsables et membres de l’association des Amis de la Chapelle Notre-Dame de la Rose (…) qui maintiennent sur place le souvenir vivant et agissent pour que perdure l’oeuvre de l’abbé Houghton qui rendit cette antique chapelle au culte pour lequel elle avait été construite.
Souhaitons, pour terminer, que les démarches entreprises en vue de la mise hors d’eau et la restauration nécessaire de ce bel édifice soient promptement couronnées de succès, afin que le trésor inestimable de la Sainte Messe traditionnelle soit célébré dans un écrin pleinement digne de lui !»
Or, justement, Frère Maximilien-Marie m’a rapporté quelques photos tout-à-fait impressionnantes que je me dois de partager avec vous.

ND de la Rose - toiture restaurée

Montélimar, chapelle Notre-Dame de la Rose : la toiture restaurée.

La chapelle Notre-Dame de la Rose est l’un des plus anciens édifices de Montélimar : chapelle romane du XIIème siècle, gravement endommagée et en partie détruite par les huguenots au XVIème siècle, réparée et modifiée au XVIIème siècle – notamment par l’élévation d’une façade de style baroque et l’adjonction de chapelles latérales – , elle fut spoliée comme « bien national » puis vendue lors de la révolution. Rachetée par une vieille famille de la ville, elle a été leur caveau familial pendant près de deux siècles.

C’est en 1984 que l’abbé Houghton y restaura la célébration du culte catholique.
On sait que, retiré à Viviers dans une maison du quartier canonial qu’il avait acquise, l’abbé Bryan Houghton célébrait la Sainte Messe tridentine pratiquement tous les jours au maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent (voir > ici), avec l’accord de l’évêque, le très libéral Monseigneur Hermil (cf. > ici et ici).
Saluons donc le fait – il mérite d’être souligné – que la cathédrale de Viviers (dans laquelle par ailleurs il n’y avait que très rarement des célébrations « officielles ») fut jusqu’en 1992, c’est-à-dire jusqu’à la mort de l’abbé Houghton, l’unique cathédrale de France dans laquelle la Sainte Messe traditionnelle restait célébrée de manière quasi quotidienne !
Néanmoins cette permission n’était accordée à l’abbé Houghton qu’à la condition qu’il n’y eût point de fidèles qui y assistât…

Or il y avait tout de même des fidèles qui demandaient à bénéficier de la Sainte Messe traditionnelle les dimanches et fêtes : c’est la raison pour laquelle l’abbé Houghton - j’ai déjà eu l’occasion de le raconter plus en détail à l’occasion du centenaire de sa naissance (voir > ici) – instaura la célébration dominicale de la Sainte Messe traditionnelle à Notre-Dame de la Rose.

ND de la Rose - le sanctuaire pour un dimanche vert

Chapelle Notre-Dame de la Rose :
le sanctuaire prêt pour la célébration de la Sainte Messe à l’occasion d’un « dimanche vert »

La chapelle, devenue propriété de l’évêché de Valence, était affectée par de très importantes dégradations.
L’association des « Amis de Notre-Dame de la Rose », depuis des années, oeuvrait en vue de sa restauration : un cabinet d’architectes du patrimoine avait souligné l’intérêt artistique et patrimonial de l’édifice pluriséculaire, tout en pointant du doigt la nécessité de très gros travaux.

Après diverses recherches de financement, l’espoir est venu de Monaco.
En effet, à l’occasion d’une visite qu’il fit à Montélimar en 2013, Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II, dont les ancêtres furent suzerains du duché de Valentinois, voulut bien accorder son intérêt à Notre-Dame de la Rose, au point qu’il décida d’un don important en sa faveur.
Ce fut une véritable impulsion : la générosité du Prince en a suscité d’autres, les dons de particuliers ou d’associations ont suivi, si bien que, depuis un an, la chapelle est entrée dans une phase de véritable renaissance.
Le chantier à obtenu le label de la Fondation du Patrimoine qui a ouvert une souscription publique…

La toiture prenait l’eau au point qu’il pleuvait dans la chapelle, et de très importantes remontées capillaires d’humidité en altéraient les murs.
Le toit a été entièrement refaite (voir photo ci-dessus) : toutes les anciennes tuiles qui pouvaient l’être ont été soigneusement nettoyées pour être réutilisées, et d’autres tuiles anciennes de même facture ont remplacé celles qui étaient déficientes.
Le drainage périphérique de l’édifice a été réalisé.
Le clocheton, qui était chancelant, a été consolidé et, depuis plusieurs mois déjà, la cloche de la chapelle – que l’on craignait de mettre en branle par crainte de la voir tomber – peut à nouveau faire entendre sa voix et annoncer la célébration de la Messe.

Ce dimanche, lorsqu’il est arrivé à Montélimar, Frère Maximilien-Marie a été enchanté de voir que la restauration des façades est presque achevée. En témoignent ces deux photographies : la première prise le 25 novembre 2012 et la seconde ce 29 novembre 2015…

ND de la Rose - Montélimar 25 nov 2012

ND de la Rose - Montélimar 29 nov 2015

Après ces très importants travaux extérieurs, sans lesquels cela était absolument impensable, la réfection des décors intérieurs pourra être envisagée… en fonction, bien sûr, des ressources disponibles.

Quelle joie, en tout cas, pour tous ceux qui ont tissé des liens très forts avec cette chapelle, d’assister à cette véritable « transfiguration », et nous ne doutons pas que, depuis son éternité, Monsieur l’abbé Houghton, qui y avait restauré le culte catholique, se réjouit lui aussi grandement de cette restauration.

Justement, il se trouve que ce dernier dimanche du mois de novembre, les fidèles de Notre-Dame de la Rose avaient programmé un pèlerinage à Viviers sur la tombe de leur ancien pasteur. Frère Maximilien-Marie a été très chaleureusement invité à y participer, ce qui l’a beaucoup touché.

Dans l’après-midi de ce dimanche 29 novembre 2015, donc, autour de Monsieur l’abbé Thibault Paris, de la Fraternité Saint-Pierre, qui est le desservant actuellement désigné pour la chapelle Notre-Dame de la Rose,  un petit groupe fervent a récité un chapelet à l’intérieur de la chapelle sépucrale des chanoines de la cathédrale de Viviers, édifiée au centre du cimetière (chapelle qu’ils avaient eux-mêmes nettoyée) avant d’aller se recueillir sur la tombe de l’abbé Bryan Houghton qui se trouve à quelques dizaines de mètres de son chevet.

Viviers, chapelle sépulcrale des chanoines au cimetière - intérieur

Chapelle sépulcrale des chanoines de la cathédrale de Viviers, édifiée au milieu du cimetière,
dans laquelle les fidèles de Notre-Dame de la Rose ont récité le chapelet.

Viviers cimetière tombe de l'abbé Bryan Houghton

Cimetière de Viviers, pierre tombale de Monsieur l’abbé Bryan Houghton.

Sur le compte-rendu de cet hommage filial qu’ont rendu les fidèles – ils n’ont jamais autant mérité ce nom ! – de Notre-Dame de la Rose, j’achève ce soir la première partie de mon compte-rendu du premier dimanche de l’Avent.
Je reviendrai vers vous dès demain pour la seconde…

pattes de chatLully.

Publié dans:Chronique de Lully, Memento |on 30 novembre, 2015 |3 Commentaires »

2015-100. La légende du blason des Rois de France orné des trois fleurs de lys représentée dans les « Heures de Bedford ».

27 novembre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre la fête liturgique de la manifestation de la médaille de l’Immaculée Conception, dite « médaille miraculeuse », révélée à Sainte Catherine Labouré (27 novembre 1830 – cf. > ici), chaque 27 novembre ramène aussi l’anniversaire du rappel à Dieu de notre premier Roi catholique : Clovis 1er le Grand.
A l’occasion du quinzième centenaire de sa mort, en 2011, j’avais déjà célébré sa mémoire dans les pages de ce blogue (cf. > ici), mais aujourd’hui, en son honneur, à travers les admirables miniatures d’un remarquable manuscrit du premier quart du XVème siècle, je souhaite vous rappeler l’une des plus belles légendes nous rapportant l’origine des fleurs de lys des Rois de France.

Heures de Bedford 1er feuillet

Grande miniature de la légende du blason aux trois fleurs de lys donné à Clovis par Sainte Clotilde
(Heures de Bedford, feuillet 288 verso)

Le manuscrit en question est un livre d’heures à l’usage de Paris, pour sa majeure partie enluminé en cette même ville. Comme on ne connaît pas le nom de celui qui a réalisé ces enluminures, on l’a surnommé « le Maître de Bedford ».
L’ouvrage aurait été réalisé en 1415, commandé par Louis de Guyenne, fils de Charles VI ; puis, en 1423, il serait devenu la propriété de Jean de Lancastre, duc de Bedford, lorsque il épousa Anne de Bourgogne, fille de Jean sans peur : c’est de là que lui vient le nom d’ « Heures de Bedford » par lequel il est désigné. Depuis la fin du XVIIIème siècle, il est conservé à la British Library sous la référence Add.Ms 18850.

Les « Heures de Bedford » sont constituées de 289 feuillets contenant 38 grandes miniatures, 3 initiales historiées et environ 1250 illustrations de marge : on y trouve un calendrier, des passages de l’Evangile, des prières à la Vierge, l’office de la Sainte Vierge, les psaumes de la pénitence et des litanies, les heures de la semaine… etc.
Tout à la fin, sur trois pages (verso du feuillet 288 et les deux côtés du feuillet 289), vient la légende du blason des Rois de France ornée des trois fleurs de lys.

Il existe plusieurs explications ou légendes sur l’origine des fleurs de lys : celle qui est rapportée et illustrée ici fait en quelque sorte figure de « version officielle » ; on en trouve des traces antérieurement mais on peut dire qu’elle se trouve définitivement fixée au début du XVème siècle.

Heures de Bedford 2ème page feuillet 289 recto

 Légende du blason aux trois fleurs de lys donné à Clovis par Sainte Clotilde
(Heures de Bedford, feuillet 289 recto)

Heures de Bedford 3ème page feuillet 298 verso

 Légende du blason aux trois fleurs de lys donné à Clovis par Sainte Clotilde
(Heures de Bedford, feuillet 289 verso)

Selon cette légende donc, dans l’ancienne forêt de Crüye (que, depuis le XVIIIème siècle, on appelle désormais forêt de Marly), dans un vallon près d’une source, vivait un saint ermite auquel la Reine Clotilde se plaisait à rendre visite : elle bénéficiait de ses sages conseils spirituels et veillait à sa subsistance.
Dans sa prière, l’ermite fut gratifié d’une vision : il vit un ange, mandaté par Notre-Seigneur, qui lui montrait un écu d’azur orné de trois fleurs de lys d’or et lui enjoignait de faire savoir au Roi Clovis que Dieu voulait qu’il l’adoptât désormais à la place de l’écu aux trois croissants (certains auteurs disent crapauds) qui avait jusqu’alors été le sien.

Le saint moine en informa donc Sainte Clotilde qui parvint ensuite à convaincre Clovis alors qu’il se préparait à guerroyer contre Audoc, chef sarrasin venu d’Allemagne.
La bataille, dans la plaine de Conflans-Sainte-Honorine, fut terrible, mais les guerriers de Clovis galvanisés y firent montre d’un courage et d’une force extraordinaires, si bien que la défaite d’Audoc fut totale et que cela détermina Clovis à adopter définitivement les trois fleurs de lys pour emblème.
A quelque temps de là, définitivement converti, il fut baptisé par Saint Remi.

La victoire fut achevée au lieu dit Mont-joye, qui était tout proche du vallon de l’ermite. C’est à ce fait que la tradition capétienne rapporte le cri de guerre « Montjoie ! » (auquel – au début du XIIIème siècle – fut ajouté le nom de Saint Denys)
Au lieu-dit Mont-joye se trouvait une tour (dont il ne reste que quelques vestiges enfouis), et proche d’elle, à l’emplacement de l’ermitage, fut par la suite fondée l’abbaye de Joyenval (Joye-en-val), en l’honneur du don céleste des trois fleurs de lys.
L’abbaye fut détruite à la révolution et il n’en subsiste aujourd’hui que quelques éléments, à l’intérieur du golf de Joyenval (sur l’actuelle commune de Chambourcy).

Tous ces éléments se retrouvent dans les enluminures des « Heures de Bedford » dont je vous ai ci-dessus montré les trois pages relatant cette légende – et en particulier la grande enluminure du verso du feuillet 288 – mais dont nous allons maintenant admirer les détails.

Voyons en premier lieu (en haut à droite), Dieu, représenté comme un Roi portant couronne, remettant en mains propres à un ange le symbole qu’Il souhaite voir adopter par Clovis.

Heures de Bedford-détail 1

En s’approchant d’un peu plus près encore on est émerveillé par les détails de cette scène : la main droite de Dieu bénissant l’insigne royal qu’Il confie à l’ange, la couronne fermée – comme celle des empereurs – , et Son attitude légèrement inclinée qui exprime une sollicitude particulière.

Peut-être faut-il que je précise (pour les jeunes chats qui auraient un ventre à la place des yeux, et pour certains humains qui ne seraient pas très instruits des représentations de l’art religieux médiéval) que ce ne sont pas des poissons rouges qui forment un cercle autour du Seigneur Dieu, mais des séraphins : ils forment le plus élevé des neufs choeurs des anges, ils contemplent Dieu face à face et – comme dans la vision du prophète Isaïe (VI, 1-3) – ils ont six ailes dont une paire leur sert à se recouvrir eux-mêmes, par respect pour Dieu dont ils sont les plus proches ; ils sont représentés en rouge parce qu’ils sont ardents plus que des braises (leur nom dérive du verbe hébreu qui signifie brûler).

Heures de Bedford-détail 2

Dans le registre inférieur, sur la gauche de la page, on aperçoit en arrière-plan l’ermitage, en partie caché par les arbres de la forêt de Crüye.

Heures de Bedford-détail 3

Devant, se trouve la scène où l’ermite, fléchissant respectueusement un genou devant Sainte Clotilde, lui fait part de sa vision. 

Heures de Bedford-détail 4

Voyez comme il est bien figuré cet ermite : les pieds nus dans ses sandales, le bâton noueux qui lui sert de canne, sa longue chevelure rejetée en arrière et sa grande barbe fleurie !

Heures de Bedford-détail 5

Sainte Clotilde est montrée comme une souveraine du XVème siècle.
Elle est accompagnée de trois nobles dames, probablement des dames d’atours : leurs robes chatoyantes et riches, ainsi que leurs doubles hennins montrent bien qu’il ne s’agit pas de domestiques ; l’une d’entre elle porte la traîne de son manteau royal, et une autre porte son livre d’heures.
Sainte Clotilde les surpasse en magnificence : sur sa robe particulièrement ample, elle a revêtu un surcot d’hermine avec une large broderie centrale ; sa chevelure est coiffée en macarons, bordés de perles semble-t-il, et elle porte une couronne ouvragée, constellée de pierreries.

Son attitude exprime une sorte de surprise et son visage trahit une certaine inquiétude, un trouble intérieur : « Comment vais-je pouvoir convaincre mon mari de la réalité de ces choses divines, alors qu’il n’est pas encore chrétien ? »

Heures de Bedford-détail 6

Au-dessus de cette scène on remarque l’ange, en train de retourner vers Dieu. Son expression est toute de sereine confiance pour les suites de la mission dont il a été le messager.

Heures de Bedford-détail 7

Une complicité féline me porte au passage à vous faire remarquer l’expèce de lynx ou de gros chat sauvage qui est à l’affût dans un repli du terrain proche de l’ermitage…

Heures de Bedford-détail 8

La partie la plus importante de cette grande enluminure représente ensuite le moment où la Reine Clotilde convainct son royal époux d’adopter l’écu d’azur aux trois fleurs de lys.

La scène se passe à l’intérieur d’un château qui, s’il présente encore certains aspects de la forteresse médiévale (tours, créneaux, échauguettes, barbacane, chemin de ronde, meurtrières, machicoulis et bretêches) par ses toitures d’ardoise aux faîtages dorés, ses délicates mansardes, ses balustrades et fenêtres caractéristiques du gothique flamboyant, son perron orné qui descend vers le jardin intérieur, et par la richesse de l’ornementation des murs intérieurs, montre bien qu’il est une demeure royale davantage ordonnée à l’apparat qu’à la vie de garnison.

Le Roi Clovis, assisté de ses écuyers, est en train de revêtir son armure : l’attitude de celui qui lui présente son écu semble marquer la surprise de n’y plus voir les trois croissants (ou crapauds) qui y figuraient précédemment. Sainte Clotilde est assise, ce qui dénote une certaine forme d’autorité en face de son époux.

Heures de Bedford-détail 9

Remarquons au passage l’écuyer en train d’ajuster aux pieds de Clovis des éperons dorés. Voyez aussi le petit chien qui a le regard levé vers son maître.

Heures de Bedford-détail 11

Un gros plan sur le couple royal fait en premier lieu ressortir que Clotilde – tout en présentant elle-même de la main droite l’écu fleurdelysé à Clovis - est en train de lui expliquer ce dont il s’agit : on le voit à son index gauche tendu.

On voit aussi que Clovis, dont le regard est fixé sur le visage de son épouse, est en train d’accepter ces nouveaux symboles sur son écu : cela est manifesté par le fait qu’il le saisit de sa main gauche. L’autre main, posée sur sa hanche, contribue encore à exprimer une forme de confiance, alors que si elle était levée et tournée vers l’écu, un peu inclinée vers l’arrière, elle indiquerait le rejet ou du moins une forme de réticence.

Parmi les autres détails dignes d’intérêt, il faut admirer l’écuyer en train d’assujettir à l’épaule l’armure de son souverain, ainsi que le heaume, surmonté de la couronne, qui est posé sur la table. 

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La miniature du bas de page, au recto du feuillet 289, illustre la bataille au cours de laquelle Clovis est victorieux d’Audoc : le Roi franc est identifié par une tunique bleu brodée de fleurs de lys, enfilée par dessus l’armure, et non plus seulement par un écu.

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Enfin, la miniature de la marge gauche au verso du feuillet 289, représente le baptême de Clovis.
Le Roi est debout dans la cuve baptismale sur le côté gauche de laquelle Saint Remi reçoit d’une colombe divine la Sainte Ampoule (cf. > ici), avec laquelle ensuite – sur le côté droit de la cuve – il lui confère l’onction sainte : onction qui est tout à la fois celle du sacrement et celle du sacre.

Heures de Bedford-détail 14

On le voit, la « légende » (en latin « legenda » signifie : les choses qu’il faut lire) illustrée dans ces « Heures de Bedford », tout en restant fondamentalement fidèle aux grandes lignes des faits historiques, opère néanmoins quelques confusions ou télescopages (le chef sarrasin venu d’Allemagne, la bataille de Conflans-Sainte-Honorine remplaçant celle de Tolbiac… etc.), mais cela importe peu pour l’homme du XVème siècle qui ne perçoit pas l’histoire comme nous la concevons de nos jours, après plus de deux siècles marqués par le rationalisme et l’hyper-criticisme, mais davantage comme un récit manifestant les interventions de Dieu dans le temps des hommes.

La « légende » est profondément vraie dans la mesure où, plus que le comment détaillé des faits et des événements, elle veut nous en révéler le sens caché et la réalité spirituelle.

Cette « légende » nous est chère, et nous la recevons comme surnaturellement authentique, au-delà de ses inexactitudes, parce qu’elle a été ainsi comprise et vécue par les hommes des générations passés qui regardaient la royauté française – la sainte royauté française – avec les yeux illuminés de l’âme.
Ainsi a-t-elle fait vivre jadis les loyaux serviteurs de nos Rois, successeurs de Clovis ; ainsi nous vivifie-t-elle encore aujourd’hui, en instillant dans nos coeurs l’amour mystique et la dévotion filliale pour la glorieuse royauté qui a fait la France, et sans laquelle la France se défait…

Patte de chat Lully.

Heures de Bedford-détail fleurs de lys

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 27 novembre, 2015 |4 Commentaires »

2015-96. « L’Eglise est devenue une masse informe de groupes de discussion…»

Jeudi soir 19 novembre 2015,
Fête de Sainte Elisabeth de Hongrie ;
23 ème anniversaire du rappel à Dieu de l’abbé Bryan Houghton.

Je ne veux pas achever cette journée, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, sans venir auprès de vous avec un excellent texte de Monsieur l’abbé Bryan Houghton (cf. ici) dont ce 19 novembre est l’anniversaire du rappel à Dieu (voir aussi ici).
Extrait de son bel ouvrage « Prêtre rejeté », publié en 1990, ce texte a donc 25 ans… et n’a pas pris une seule ride : hélas !
On peut même dire que les pitoyables rebondissements grand-guignolesques du dernier synode romain et les scandaleuses prises de position de certains hauts dignitaires de la Sainte Eglise Romaine lui ont donné une nouvelle actualité et en ont – malheureusement – confirmé les analyses.

Je le laisse à votre lecture, à votre réflexion, à votre méditation.

Lully.

abbé Bryan Houghton

Monsieur l’abbé Bryan Houghton (2 avril 1911 – 19 novembre 1992)

L’Eglise est devenue une masse informe de groupes de discussion…

« (…) La plus grande tragédie de l’histoire de l’Eglise est sans doute la décision des Pères de Vatican II de se constituer en Cercle épiscopal de discussion pastorale au lieu de tenir un concile dogmatique. En matière de dogme, ils possédaient l’autorité divine et la compétence humaine. En tant que cercle de discussion, ils n’avaient pas plus d’autorité et sans doute moins de compétence que la Société des débats de Trifouillis-les-Oies. Les documents qu’ils ont produits sont des monuments à la « volonté générale ». Quiconque dispose d’une réserve suffisante d’anti-soporifique peut les ingurgiter.
Quoi que l’on pense du IIe concile du Vatican, il a porté un fruit indiscutable : l’Eglise entière, l’Epouse immaculée, l’Arche du salut, s’est transformée en une masse informe de cercles de discussion. Il y a les synodes romains, les conférences épiscopales nationales et régionales, les assemblées de prêtres, les commissions de ceci et de cela, les rassemblements diocésains, les cours de recyclage, les journées d’étude. Les rencontres de doyenné, les journées de récollection, les retraites et, dans une certaine mesure, la messe, ont été transformées en cercles de discussion. Les malheureux laïcs ont été pris, eux aussi dans le tourbillon et dirigés vers des commissions et des conciles à tous niveaux.
Personne ne fait rien parce que cela supposerait l’acte d’une volonté personnelle, mais tout est mis en discussion dans l’ouverture, l’irresponsabilité et l’abstraction les plus complètes. Tout est remis en cause, jusqu’aux fondements de la religion. Dans le monde réel, très peu de chose peut être remis en cause et nous sommes dirigés par les circonstances – par la Providence divine. Rien de tel dans une discussion de groupe : l’homme y est absolument libre dans le monde abstrait de sa propre cervelle, de ses opinions dégagées de toute responsabilité. C’est là que germe, fleurit et fructifie la « volonté générale ».
Un autre point mérite d’être souligné. Le mot « pastoral » change tout à fait de sens selon qu’il est employé dans les discussions de groupe ou qu’il s’agit du monde réel. Telle que les prêtres d’autrefois la concevaient, la pastorale consistait à rendre témoignage aux dogmes que l’Eglise enseignait en vertu de son autorité divine. Mais ni le dogme ni l’autorité n’ont droit de cité dans les cercles de discussion. Il s’ensuit que le mot « pastoral » prend dans cet univers la signification contraire : il veut dire « non dogmatique » et « sans autorité ». Quand il s’est déclaré « concile pastoral » et non « dogmatique », Vatican II ne voulait pas dire que l’on devrait tenir les dogmes pour acquis et qu’il entendait se préoccuper des moyens de mieux les faire connaître aux fidèles et aux infidèles. Il voulait dire que les discussions ne devaient pas être entravées par les dogmes. En fait, « pastoral » sonne mieux que « existentiel » ; c’est en somme l’adjectif d’orthopraxis puisqu’on ne dit pas « orthopratique ». Le mot a ainsi trompé maints bons prêtres et évêques. Prenons un exemple : les divorcés remariés. Selon la pastorale d’un curé d’autrefois, il n’aurait été question que de sainteté, d’héroïsme, de vivre en frère et soeur, d’assister à la messe sans communier, etc., toutes recommandations dérivées du dogme. Aujourd’hui, si l’on nous demande de réfléchir à la question des divorcés remariés du « point de vue pastoral », nous savons que nous devons faire abstraction de l’enseignement dogmatique de l’Eglise, et les encourager à la communion quotidienne avant de les faire entrer au conseil paroissial.
Le double fait que la discussion doit être ouverte et qu’elle ne doit pas être contrecarrée par l’autorité conduit à un curieux phénomène. La volonté générale qui en résulte permet n’importe quel changement, aussi scandaleux qu’il soit, mais refuse toute forme de tradition, aussi souhaitable qu’elle soit. Pourquoi ? Parce que la tradition est la plus fondamentale des formes d’autorité. Nous ne pouvons que constater ce phénomène tout autour de nous dans l’Eglise, depuis qu’elle est devenue une masse informe de groupes de discussion. La révolution est là (…). »

Abbé Bryan Hougthon, in « Prêtre rejeté », chap. XIII : « L’Eglise du bavardage »,
(pp. 130-132 dans l’édition revue et augmentée de 2005 – Dominique Martin-Morin).

prélats en discussion

2015-90. De l’Edit de Fontainebleau par lequel fut révoqué l’Edit de Nantes.

Dimanche soir 18 octobre 2015 :
Fête de Saint Luc l’Evangéliste ;
Mémoire du 21 ème dimanche après la Pentecôte ;
222 ème anniversaire de la sainte mort de Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps ;
217 ème anniversaire de l’exécution de Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A toutes les célébrations et commémorations de ce jour qui s’achève, je veux ajouter le trois-cent-trentième anniversaire de l’Edit de Fontainebleau, qui, comme son nom l’indique, fut signé à Fontainebleau par Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV, le 18 octobre 1685.

Edit de Fontainebleau dernière page - Archives Nationales

Original de l’Edit de Fontainebleau du 18 octobre 1685,
dernière page avec les signatures de S.M.T.C. le Roi Louis XIV
et de Michel le Tellier, chancelier de France,
scellé du sceau royal en cire verte,
et portant mention de l’enregistrement par le Parlement de Paris le 28 novembre 1685.

Assurément, cet édit, plus communément appelé « révocation de l’Edit de Nantes », est l’un des griefs les plus tenaces que l’on brandit contre le Grand Roi, et l’un des reproches récurrents que l’on adresse aux catholiques, puisque, bien entendu, il n’y aurait d’un côté que des gentils protestants pacifiques vivant selon le véritable esprit évangélique, et de l’autre côté que des méchants catholiques, oppresseurs et cruels, ayant trahi et travesti la doctrine de Jésus-Christ !
Il faut dire que l’histoire officielle n’a jamais été avare de mensonges et de détournements de la vérité pour inculquer aux Français, dès leur plus jeune âge, le mépris et la haine tout à la fois de la Sainte Eglise et de la glorieuse Royauté française.

Foin du prêt à penser républicain !
Pour ce qui me concerne, et parce que je considère que l’on ne doit pas regarder le passé avec les lunettes d’aujourd’hui (surtout lorsque ces lunettes sont teintées d’idéologie, d’indifférentisme et de relativisme, et que leur champ de vision est en outre imposé par l’apostasie officielle des nations), avec l’écrasante majorité des loyaux sujets du Roi Très Chrétien contemporains de l’événement, je suis bien loin de porter un jugement négatif sur cet Edit de Fontainebleau ; tout au contraire !
Je ne veux d’ailleurs pas manquer de faire remarquer aux inconditionnels de la démocratie, qui voudraient nous convaincre que la vérité politique et sociale découle de l’opinion de la majorité, que – dans tout le règne de Louis XIV –  il n’y a sans doute pas eu de mesure plus unaniment populaire ni plus spontanément plébiscitée et louée, par tout le Royaume, que cette révocation.

Il faudrait bien davantage qu’un simple article dans les pages de ce blogue pour tout argumenter.
Il convient néanmoins de rappeler que le fameux Edit de Nantes était un texte transitoire, lié à des circonstances bien particulières, qui ne pouvait en aucune manière oblitérer les serments du Sacre : le Roi de France, le Roi Très Chrétien a juré solennellement devant Dieu, devant l’Eglise, devant les Grands et devant tout son peuple, d’extirper l’hérésie du Royaume.

« Evêque du dehors », porte-glaive des droits de la Sainte Eglise, le Roi a charge d’âmes ; le Roi devra rendre compte à Dieu du salut des peuples commis temporellement à sa garde.
Or le protestantisme est une accumulation de doctrines erronées, de fausses interprétations des Saintes Ecritures, d’allégations fallacieuses : cette hérésie corrompt les âmes, les éloigne de la Vérité confiée comme un dépôt sacré à la Sainte Eglise ; le protestantisme met donc les âmes en grand danger de se perdre pour l’éternité.
En outre, et on l’a bien vu pendant presque tout le XVI ème siècle, et pendant une grande partie du règne de Louis XIII encore, l’hérésie protestante est une source majeure de troubles civils et politiques : elle a toujours menacé la paix du Royaume, elle a multiplié les exactions contre les personnes et les biens privés, elle a porté atteinte à l’unité nationale avec la plus insolente audace.

Le bon peuple de France quant à lui, profondément ancré dans sa foi traditionnelle, n’en peut plus de l’arrogance de ces prétendus réformés qui restent orgueilleusement couverts au passage du Saint-Sacrement et des reliques, qui refusent de s’agenouiller devant Dieu, qui méprisent les saints protecteurs du Royaume, des provinces, des cités et des corporations, qui ne s’associent pas aux prières publiques lorsque quelque malheur menace le Royaume, et qui sont les descendants impénitents des pilleurs d’églises, des profanateurs de couvents, des massacreurs de prêtres et de religieux, des violeurs de nonnes, et des incendiaires des villages catholiques…

Guy-Louis Vernansal allégorie de la révocation de l'Edit de Nantes

Guy-Louis Vernansal (1648-1729) : allégorie de l’Edit de Fontainebleau (Château de Versailles).

La toile, dont je publie ci-dessus une photographie, fut peinte par Guy-Louis Vernansal (1648-1729) : c’est cette oeuvre qu’il présenta à l’Académie Royale de peinture et de sculpture en septembre 1687, lorsqu’il y fut admis.

Ce tableau est une allégorie de l’Edit de Fontainebleau.
Louis XIV y est représenté assis de profil, désignant de la main la figure de la Vérité dont la main gauche semble capter la lumière des rayons du soleil (car la Vérité, comme le soleil, est unique), tandis qu’elle s’appuie, du côté droit, sur le texte de l’Edit. La Vérité est couronnée de lauriers, car elle finit toujours par triompher.
Légèrement en arrière de la Vérité, est représentée la Foi : elle est voilée, parce que la Foi n’est pas l’évidence ; ce n’est que dans l’éternité que ce que la Foi nous présente à croire ici-bas sera pleinement dévoilé. La Foi tient une croix, représentation du mystère central de la Révélation chrétienne.
Un peu plus haut se trouve la figure de la Religion, coiffée de la tiare papale, élevant le Calice surmonté d’une Hostie rayonnante : sont ainsi mis en évidence deux points essentiels de l’enseignement du Christ, présents dans les Saints Evangiles mais refusés par les huguenots, c’est-à-dire les sacrements de l’Ordre et de l’Eucharistie.
Sur le côté droit de la composition, juste derrière Louis XIV, est représentée la Piété
 : elle porte la main sur sa poitrine, signifiant par là la réelle profondeur de l’amour du Roi pour la vraie religion, tandis que la flamme qui s’élève du front de cette même figure allégorique symbolise le zèle ardent de l’esprit du Souverain pour les vérités révélées.
La Justice, clairement identifiée par le glaive qu’elle tient en main, est figurée derrière le trône royal : elle porte un diadème, car la Justice est souveraine. Elle tourne son visage vers un homme qui jette des livres, ces mauvais livres par lesquels les auteurs de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée) répandent leurs doctrines d’erreur.
Dans la partie gauche du tableau, on voit les vices précipités dans les flammes : on reconnaît l’Hypocrisie à son masque, la Discorde à sa torche éteinte, et la Rébellion à son casque et à son glaive.
L’artiste a opposé la stabilité architectonique de la partie droite (puissantes colonnes, trône, attitudes hiératiques et calmes), partie où se trouve le Souverain, à l’agitation et au déséquilibre de la partie gauche (celle des vices). Ces deux zones sont nettement séparées par les nuées qui servent de support aux figures allégoriques centrales.
Ce tableau, pour moi, vaut tous les longs exposés apologétiques.

Toutefois, à tous ceux qui veulent approfondir la réalité de l’Edit de Fontainebleau, je recommande tout particulièrement la lecture du chapitre XXI du remarquable « Louis XIV » de François Bluche.
Ce chapitre, intitulé « Unité religieuse, unité nationale » est d’autant plus intéressant qu’il nous livre une approche honnête et rigoureuse des faits, réalisée par un historien de confession… protestante !

Lully.

lily04

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 18 octobre, 2015 |1 Commentaire »

2015-88. « La Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne… »

Vendredi 16 octobre 2015,
en France, la fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici),
222ème anniversaire de l’assassinat de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.

Le sinistre anniversaire dont est à jamais marquée la date du 16 octobre, nous est l’occasion d’approfondir un peu plus chaque année, à rebours de l’image imposée par l’histoire officielle et par les clichés romantiques ou post-romantiques, notre connaissance de la personnalité de la Reine-martyre, du courage et de l’héroïsme dont elle fit montre face aux suppôts déchaînés de l’enfer en cette révolution – fille de Satan – ,  de sa grande âme, et du sens spirituel (sinon mystique) de son sacrifice…

Le Révérend Père Jean Charles-Roux, dont nous avions évoqué l’extraordinaire figure à l’occasion de son décès (cf. > ici), a été l’un de ceux qui a le plus et le mieux mis en lumière la vérité surnaturelle de cette vie et de ce martyre.
C’est donc à lui que j’emprunte aujourd’hui les lignes qui suivent : serrant au plus près les récits, dont il fait d’abondantes citations, laissés par les témoins oculaires des derniers instants de la Reine, il nous entraîne dans une sorte de méditation, afin de nous élever à la contemplation des réalités invisibles présentes au-delà des apparences qui nous sembleraient au premier abord purement anecdotiques et banales.
Voici donc ce qu’il a écrit au sujet du trajet en charette depuis la Conciergerie jusqu’à l’échafaud.

Armes de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine

Armoiries de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine

« La Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne. »

Extraordinaire et unique en les annales, non pas seulement de la France, mais de toute la Chrétienté, a été ce trajet de la Reine du cachot au couperet. Car, au lieu d’être, comme l’avaient voulu ses auteurs, humiliant et infamant à l’extrême, il avait été, comme celui de Jésus du prétoire au Calvaire, une apothéose, en le ton le plus contenu et le plus prenant de l’héroïsme.
La Reine y avait démontré que, par cette « possession de son âme » qu’avait remarqué en elle Louis XVI, il lui avait été possible de s’imposer un comportement qui avait élevé sa présence physique au-dessus de son plus piteux état corporel et de ces conditions pires que misérables en lesquelles elle s’était actuellement trouvée. Ainsi s’était-il fait que, lorsqu’en cette date, si accablante pour la conscience française, du 16 octobre, après une attente qui, pour certains, en ces foules immenses, avait duré depuis les cinq heures du matin, un commandement militaire un peu avant onze heures avait retenti ; et que toutes les troupes, massées autour de la Conciergerie, avaient mis l’arme en main et fait face au palais ; et que là la grande porte se soit ouverte, pour laisser paraître et s’avancer « la victime », elle avait été « pâle, mais toujours Reine », comme l’a écrit Charles Desfossez, garde national en l’un des détachements stationnés dans la cour.
« Pâle », avait-elle été, en effet, et très évidemment une condamnée, conduite à son supplice avec « ses mains liées par une grosse ficelle, tirant ses coudes en arrière », très pauvrement vêtue « d’un jupon blanc dessus, un noir dessous, d’une camisole de nuit blanche, d’un ruban de faveur aux poignets, et d’un fiche de mousseline blanc » ; coiffée d’un « bonnet avec un bout de ruban noir, et les cheveux tout blancs – quoiqu’elle n’ait eu que trente-sept ans – cou au ras du bonnet, avec les pommettes un peu rouges, les yeux injectés de sang – (son dernier écrit n’avait-il été en ce 16 octobre à quatre heures et demi du matin : « Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Je n’ai plus de larmes pour pleurer pour vous, mes pauvres enfants. Adieu ! Adieu ! ») et néanmoins, selon un observateur à avoir été à quelques pas d’elle : « toujours Reine! »
Souveraine avait-elle même été au point que ses bourreaux et ses gardes, qui, en son cachot l’avaient traitée brutalement, lui coupant les cheveux au sabre, et lui replaçant son bonnet sur la tête en manière de celui d’un pitre, en étaient venus à adopter à son égard, inconsciemment, le comportement d’une escorte de Cour. Ainsi, lorsque arrivée devant l’escabeau permettant de monter en la charette, dont un garde national à en avoir touché les roues a écrit qu’elle avait été « sale et crottée », le bourreau à la tenir par la corde dont elle avait été liée, et qui avait eu à lui indiquer où poser le pied, puis où s’asseoir sur la planche, y avait mis les formes d’un maître de cérémonie, s’inclinant à la mode de Versailles, devant la majesté de la Reine de France. Par la suite, lui et son second s’étaient placés sur le véhicule, derrière la Reine, debout, au garde-à-vous, le tricorne à la main. Rien n’avait-il fallu de plus pour que le tombereau de l’infamie en ait été transformé en un trône roulant, d’où la reine avait jeté ses regards tranquilles et attentifs sur une multitude atterrée, massée le long des rues, entre le double rang des troupes et le pied des maisons, dont toutes les fenêtres avaient été scellées par la police. De cette foule, en outre, un bon nombre s’étaient détachés de ceux pressés sur les bords des trottoirs, pour suivre, de par derrière, la progression de la charette, et parfois la devancer jusqu’en des points d’où elle pouvait être mieux aperçue, formant de la sorte, de part et d’autre de la Reine, comme deux immenses ailes humaines de fidèles sujets, s’ouvrant et se repliant sur elle, en manière de celles des chérubins. Tout cela « sans cris, sans murmures, sans insultes », mais avec de la prière, comme celle du Père de Clorivière de la Compagnie de Jésus, et de tant d’autres. Tandis que sur l’ensemble de la capitale avait pesé une ambiance d’apocalypse, chacun ayant eu « le sentiment de vivre une de ces heures graves et solennelles, dont nul ne peut dire ce qui en découlera ».
L’équipage avait donc pu être sordide, l’aspect de la suppliciée celui d’une créature en l’extrémité de la misère, l’impression faite sur la masse des Parisiens, y compris les Jacobins, avait été d’avoir vu la Couronne de France, en son incarnation, quittant, après treize siècles d’éclat, la scène de ce monde, avec toute la majesté crépusculaire du soleil, lors de ses couchers du début de l’automne.

Révérend Père Jean Charles-Roux
in « Louis XVII – La Mère et l’Enfant martyrs », ed. du Cerf, 2007. pp. 345-347

Départ de la Conciergerie pour l'échafaud

La Reine quittant la Conciergerie pour monter dans la charette qui va l’emmener au supplice

Voir aussi :
– Le dernier billet écrit par la Reine > ici
– La dernière lettre de la Reine (dite « testament ») > ici
– Une remarquable oraison funèbre pour la Reine publiée en 1814 > ici
– Toute la série des articles relatant l’exhumation des restes des Souverains
et leur transfert à la basilique de Saint-Denis, à partir d’ > ici

frise lys deuil

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 15 octobre, 2015 |2 Commentaires »

2015-84. La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu et contre Son Christ.

Lundi 28 septembre 2015,
fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce n’est pas de Saint Wenceslas que l’on fête aujourd’hui dont je souhaite vous entretenir ; ce n’est pas davantage des célébrations d’hier : le dix-huitième-dimanche après la Pentecôte, la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus patronne de la France en second que l’on célèbre au dernier dimanche de septembre, ni le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Antoine-Philippe de La Trémoille, Prince de Talmont, que nous aimons beaucoup (27 septembre 1765), ni encore le trois cent-cinquante-cinquième anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul (27 septembre 1660), ni non plus le quatre-cent-quatorzième anniversaire de la naissance de Sa Majesté le Roi Louis XIII (27 septembre 1601). Rien de tout cela…

Remontons, si vous le voulez bien, jusqu’à avant-hier, samedi 26 septembre 2015.
Ce samedi 26 septembre donc, figurez-vous que j’ai pu profiter – le fait est assez rare pour que je le souligne – d’une longue journée de solitude et de repos : j’avais confié Frère Maximilien-Marie à nos amis Dany et Jean-Pierre, dans lesquels j’ai entière confiance, qui l’ont emmené loin du Mesnil-Marie pour participer à la journée du Souvenir Catholique en Languedoc, à Saussines.
De la sorte ai-je pu être tranquille (vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est que d’avoir constamment un moine à surveiller : non, vraiment ce n’est pas de tout repos !), et ai-je mis à profit cette journée de vacances pour me replonger dans la lecture des oeuvres du grand cardinal Pie : ce jour marquait le bicentenaire de sa naissance, le 26 septembre 1815.

J’ignore si le diocèse de Chartres – dans lequel naquit, fut ordonné prêtre puis évêque Louis-Edouard Pie – a organisé (ou organise) des manifestations particulières pour cet anniversaire ; je sais, en revanche, que l’archidiocèse de Poitiers va le commémorer, le prochain « ouiquinde » (3 & 4 octobre 2015), par un colloque qui va évoquer par la même occasion son collaborateur puis évêque auxiliaire, Monseigneur Charles Gay, dont cette année 2015 marque également le deuxième centenaire de la naissance (cf. > ici).

Tandis donc que Frère Maximilien-Marie et nos amis se rendaient à Saussines pour honorer la mémoire des catholiques victimes de la révolution française, de mon côté j’ai trouvé et relevé un beau texte du Cardinal Pie que je tiens à porter à votre connaissance pour que vous en fassiez vous aussi l’objet de vos réflexions et méditations.
Ce texte est un extrait de l’éloge funèbre de Madame la Marquise de La Rochejaquelein prononcé lors de ses funérailles à Saint-Aubin de Baubigné le 28 février 1857, et Monseigneur Pie (il n’était pas encore cardinal) y utilise des citations de la Sainte Ecriture, et en particulier les Psaumes qui se lamentent sur les infidélités d’Israël et décrivent la ruine du Temple, afin de décrire ce que fut dans son essence la révolution, la satanique révolution...

Lully.

Cardinal Pie portrait par E. Lejeune

Le Cardinal Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers
(portrait par Eugène Lejeune – huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Chartres)

La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu
et contre Son Christ.

Depuis longtemps, on entendait un secret frémissement des nations, une sourde fermentation des peuples. Enfin le cri de guerre a retenti ; l’impiété a rassemblé sous ses étendards mille soldats divers qui ont oublié leurs préjugés de naissance, d’opinion, de rang, pour se coaliser contre l’ennemi commun. Désunis sur mille autres points, ils n’ont ici qu’une pensée unanime : Cogitaverunt unanimiter, simul  adversum Te testamentum disposuertunt (Ps. LXXXII, 6 : « Ils ont conspiré unaniment, ensemble contre Vous ils ont fait alliance »).
Et quel est-il cet ennemi contre lequel je vois marcher ces bataillons si serrés ?
Ah ! Que d’autres s’arrêtent à discuter les passions secondaires, à déplorer l’ébranlement des contre-coups et les accidents de la mêlée. Pour moi, m’élevant au-dessus de ces calamités communes, je dirai avec un roi, grand homme d’Etat, que, dans son fond et dans son essence, la conspiration a été ourdie contre Dieu et contre Son Christ : Convenerunt in unum adversus Dominum et adversus Christum ejus (Ps. II, 2).
C’est Dieu, c’est Son Christ, dont on veut briser les chaînes, dont on veut secouer le joug : Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum (Ps. II, 3 : « Rompons leurs liens, et rejetons loin de nous leur joug »). Ils ont dit à Dieu et surtout à Son Christ : Retire-Toi, nous ne voulons pas de la science de Tes voies (Job. XXI, 14).
Et il fut fait comme il fut dit.
Il existait un pacte ancien, une longue alliance entre la religion et la société, entre le christianisme et la France ; le pacte fut déchiré, l’alliance rompue : Et averterunt se, et non servaverunt pactum (Ps. LXXVII, 57 : « Et ils se détournèrent [de Dieu] et n’observèrent plus l’alliance »).
Dieu était dans les lois, dans les institutions, dans les usages ; Il en fut chassé, le divorce fut prononcé entre la constitution et l’Evangile, la loi fut sécularisée, et il fut statué que l’esprit de la nation moderne n’aurait rien à déméler avec Dieu, Duquel elle s’isolait entièrement : Et in lege ejus noluerunt ambulare… et non est creditus cum Deo spiritus ejus (Ps. LXXVII, 10 b et 8 b : « …et ils n’ont pas voulu marcher dans Sa loi… et son esprit [du peuple] ne s’est point confié en Dieu »).
Dieu avait sur la terre des temples majestueux que surmontait le signe du Rédempteur des hommes ; les temples sont abattus ou fermés ; on n’y entend, au lieu des chants sacrés, que le bruit de la hache ou le cri de la scie ; la Croix du Sauveur est renversée et remplacée par des signes vulgaires : Posuerunt signa sua, signa… in securi et ascia dejecerunt eam ; incenderunt igni sanctuarium tuum (Ps. LXXIII, 4b, 6 b et 7a : « Ils ont planté leurs étendards en grand nombre… avec la cognée et la hache à double tranchant, ils l’ont renversé ; ils ont brûlé par le feu Votre sanctuaire »).
Dieu avait sur la terre des jours qui Lui appartenaient, des jours qu’Il S’était réservés et que tous les siècles et tous les peuples avaient respectés unanimement ; et toute la famille des impies s’est écriée : Faisons disparaître de la terre les jours consacrés à Dieu : Dixerunt in corde suo cognatio eorum simul : quiescere faciamus omnes dies festos Dei a terra (Ps. LXXIII, 8 : « Ils ont dit dans leur coeur, eux et tous leurs alliés ensemble : faisons cesser de dessus la terre tous les jours de fête de Dieu »).
Dieu avait sur la terre des représentants, des ministres, qui parlaient de Lui et Le rappelaient aux peuples ; les prisons, l’exil, l’échafaud, la mer et les fleuves ont tout dévoré.
Enfin, disaient-ils, il n’y a plus de prophète, et Dieu ne trouvera plus de bouche pour Se faire entendre : Jam non est propheta, et nos non cognoscet amplius (Ps. LXXIII, 9b : « il n’y a plus de prophètes et Dieu ne nous connaîtra plus »).

O vous tous qui portiez sur votre front l’onction sainte qui fait les pontifes et les prêtres, les rois et les prophètes, de quelque prétexte que l’on s’arme contre vous, rassurez-vous : c’est à cause du Nom de Jésus-Christ que vous êtes un objet de haine ; et le Seigneur, qui sait discerner entre les cupidités accessoires et la passion dominante, vous dit, comme à Samuel : « Ce n’est pas vous qu’ils ont rejeté, mais c’est Moi, de peur que Je ne règne sur eux : Non enim te abjecerunt, sed Me, ne regnem surper eos » (1 Rois VIII, 7).
C’en est fait : tous les droits de Dieu sont anéantis ; il ne reste debout que les droits de l’homme. Ou plutôt, l’homme est Dieu, sa raison est le Christ, et la nation est l’Eglise.

In « Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers »
Poitiers, Oudin 1868 - tome II, pages 627-629.

armoiries de Mgr Pie dosseret de son trône à la cathédrale de Poitiers

Armoiries de Monseigneur Pie
sculptées sur la boiserie de son trône épiscopal (cathédrale de Poitiers) :
Monseigneur Pie avait voulu que ses armes portassent la figure de « Notre-Dame du Pilier »
vénérée dans la cathédrale de Chartres.

Autres textes du Cardinal Pie publiés dans ce blogue :
- Eloge de Sainte Jeanne d’Arc à Orléans le 8 mai 1844 > ici
- Sur l’apostasie et le règne du Christ > ici
- Sur la venue de l’antéchrist > ici
- Sur Saint Benoît-Joseph Labre > ici
- Sur les nations qui refusent le règne de Dieu > ici
- Sur les révélations privées > ici

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 28 septembre, 2015 |6 Commentaires »
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