Archive pour la catégorie 'Memento'

2024-77. Le tableau de la Résurrection de Notre-Seigneur peint par Charles Le Brun et ses leçons spirituelles et politiques.

Mercredi de Pâques.

Charles Le Brun - blogue

Charles Le Brun (1619-1690)

       Né à Paris le 24 février 1619 et mort en cette même ville le 12 février 1690, Charles Le Brun fut le premier peintre de Sa Majesté le Roi Louis XIV, le directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture – qu’il fonda en 1648 avec le Chancelier Séguier, son fidèle protecteur de toujours -, et de la Manufacture royale des Gobelins. Le Grand Roi lui a commandé en particulier les peintures qui ornent la Galerie des Glaces.
Toutefois il serait extrêmement réducteur de limiter l’œuvre de cet immense artiste aux décors, aussi magnifiques soient-ils, de Versailles : Charles Le Brun possède dans son catalogue une longue liste d’œuvres religieuses pour lesquelles nous avons beaucoup d’admiration.
Le tableau que nous allons brièvement présenter aujourd’hui en fait partie, et c’est l’un de ceux que nous aimons très spécialement : la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Paris église du Saint-Sépulcre

L’église du Saint-Sépulcre de Paris (détruite en 1791)

Historique du tableau :

   Il existait à Paris une église du Saint-Sépulcre : c’était l’église de l’Ordre canonial régulier du Saint-Sépulcre, attenante à un cloître et à un hôpital. Dans cette église se trouvaient en même temps les chapelles d’une vingtaine de confréries ou corporations, dont celle des merciers.
Ne cherchez pas aujourd’hui l’église du Saint-Sépulcre de Paris : saisie et vendue comme « bien national » en 1791, il n’en reste rien aujourd’hui (sort qui fut aussi celui de plus d’une centaine d’églises ou chapelles, à Paris même, pendant la grande révolution ou dans les années qui suivirent) : elle se situerait au n° 60 de la rue Saint-Denis.

   Cette corporation des merciers avait consenti un prêt de 50.000 livres à Sa Majesté dans le cadre du financement de la campagne contre les Espagnols qui eut pour heureuse conséquence le rattachement de la Franche-Comté à la Couronne de France (1674).

Louis XIV rattache définitivement la Franche-Comté à la France 1674 - Charles Le Brun - Versailles

1674 : le rattachement définitif de la Franche-Comté à la France
tableau de Charles Le Brun (château de Versailles)

   Le remboursement de la dette contractée par l’Etat envers la corporation des merciers comportait une part de mécénat pour le renouvellement de la décoration de la chapelle des merciers, dans l’église du Saint-Sépulcre, et la commande d’un grand tableau de la Résurrection pour le maître-autel de la même église, lui-même refait dans le style de l’époque par la même occasion.
Le tableau, que l’on peut placer dans la magnifique tradition des grands ex-voto royaux, fut livré en août 1676.

   Fort heureusement sauvé du vandalisme sans-culottide et patriote, il peut, depuis 1811, être admiré au musée des beaux-arts de Lyon (mais il s’en trouve aussi une copie réalisée dans l’atelier de Charles Le Brun au musée du Louvre).

Charles Le Brun - la Résurrection

Explication du tableau :

   De manière évidente, le tableau est nettement divisé en deux parties : dans la partie supérieure on admire le Christ ressuscité, entouré d’anges. Notre-Seigneur Jésus-Christ est représenté avec une plastique parfaite et rayonnante, athlétique pourrait-on dire, et même s’Il a encore aux mains, aux pieds et au côté les stigmates de la Crucifixion, Il porte surtout en Lui les signes de son triomphe sur le mal et la mort. Son humanité est transfigurée, glorifiée : c’est l’image de la beauté et de la jeunesse éternelles qui seront le partage des élus.

   Le linceul, qui symbolise la mort, coupe la composition dans toute la largeur du tableau : il est tenu par deux anges comme une sorte de palladium, protecteur de la royauté très chrétienne. Cette dernière est symbolisée par la figure de Saint Louis, debout à droite, présentant au divin Rédempteur son descendant et successeur, le Roi Louis XIV, agenouillé, en armure et manteau royal, qui offre son sceptre et son casque, dont le panache rouge (couleur de gloire) se détache sur le blanc du linceul, au cœur de la composition.
Saint Louis est certes l’idéal de la monarchie capétienne de droit divin, le modèle et le saint patron du monarque régnant, mais il est également le céleste protecteur des merciers.

   On peut observer qu’entre la forme cintrée du retable, en haut, et la courbe produite par le drapé du linceul, le registre supérieur s’inscrit dans un cercle, symbole d’éternité ; tandis que la forme carrée préside au registre inférieur de la composition : le carré, avec ses quatre côtés, évoque le monde terrestre, régi par les quatre éléments.
A ce monde terrestre appartiennent les soldats, bousculés à terre, effrayés par le miracle de la Résurrection, et le tombeau (figuré comme une sorte de sarcophage rectangulaire) que l’on aperçoit tout juste en arrière-plan, et qui symbolise la mort. Juste au-dessus, un ange en robe jaune, porte le couvercle de ce sarcophage : il illustre ainsi, en dépassant la limite du linceul, que la mort n’est, pour le fidèle, qu’un passage entre le monde terrestre et le monde éternel.

Charle Le Brun la Résurrection détail - blogue

   Saint Louis et Louis XIV, par leur place dans la composition, montrent, en outre, que, s’ils sont issus de l’univers temporel, ils s’élèvent néanmoins au-dessus de lui et franchissent la limite du linceul.
Magnifique représentation symbolique du rôle transcendant de la royauté chrétienne qui, ordonnée au gouvernement dans le monde terrestre, a aussi pour mission d’entraîner ses peuples vers le registre supérieur. C’est l’un des effets du Sacre, qui arrache le Roi à l’ordre profane pour l’établir dans l’ordre surnaturel et fait de lui un intermédiaire entre Dieu et les hommes.

   Dans le coin inférieur droit de la composition, Le Brun a représenté Colbert, désignant de la main les richesses du royaume, et plus précisément le symbole du remboursement du prêt des merciers au Roi, occasion du tableau. Le vase posé sur le sol possède des anses en forme de couleuvres, rappel des armes du ministre.
Tout est dans l’ordre, car l’Ancien Régime est société d’ordre (et d’ordres) : l’argent n’est pas méprisable, puisqu’il peut contribuer à la sécurité et à la gloire du Royaume, ainsi qu’à l’embellissement des sanctuaires du Vrai Dieu, mais il se trouve au bas de la composition ; il n’est qu’un moyen. Un moyen nécessaire, mais un moyen.

   L’artiste est donc parvenu, dans cette œuvre remarquable, à faire cohabiter des personnages éloignés dans le temps, puisqu’il réunit dans une unique scène les soldats romains du récit évangélique, le Christ dans le moment de Sa Résurrection, un souverain du Moyen-Age, le Roi glorieusement régnant et son principal ministre, et qu’il les ordonne, par une composition fortement symbolique, à la transmission d’une leçon spirituelle – quasi théologique – sur la Royauté sacrée.

   Au faîte de sa carrière, alors qu’il travaillait à la décoration du château de Versailles, Charles Le Brun manifestait dans cette œuvre, avec un prodigieux talent, la ferveur qu’on peut qualifier de mystique qui sous-tend l’Ancien Régime et sans laquelle il est finalement incompréhensible.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Charle Le Brun la Résurrection détail le Christ - blogue

2024-67. L’assassinat de Louis-Antoine de Bourbon-Condé, duc d’Enghien, le mercredi 21 mars 1804.

Fossés du château de Vincennes,
Le 21 mars 1804, vers 3 heures du matin.

Laurens - exécution du duc d'Enghien - blogue

Jean-Paul Laurens (1838-1921) : l’assassinat du duc d’Enghien (esquisse – 1872)
[musée de Condé - château de Chantilly]

       « L’un de vous a-t-il une paire de ciseaux ? » L’homme de trente-et-un ans et demi qui pose cette question aux gendarmes, dans ce fossé du château de Vincennes, et qui va être fusillé par eux dans quelques minutes, est le dernier descendant mâle des Princes de la Maison de Condé : Louis-Antoine, né au château de Chantilly le 2 août 1772, titré duc d’Enghien.
En cet instant, ses pensées vont vers Charlotte de Rohan-Rochefort (1767-1841), celle dont il est épris et qui lui survivra trente-sept ans en portant son deuil.
Louis-Antoine de Bourbon se coupe une mèche de cheveux, la glisse, avec son anneau d’or, dans une enveloppe qu’il confie au colonel de Noirot, qui s’apprête à le faire passer par les armes, en le priant de bien vouloir la transmettre à sa bien-aimée (ce qui ne sera jamais fait, précisons-le au passage).

   Une pluie glacée tombe du ciel noir, une seule lanterne éclaire la scène. Le jeune prince soupire : « Il faut donc mourir de la main des Français ! Vous me rendrez bien le service de ne point me manquer ». Peu après, il s’écroule, criblé de balles au visage et au torse. Moïlow, le carlin roux que lui a offert Charlotte et qui le suit partout, se précipite pousse un jappement désespéré et ne voudrait point se séparer du corps ensanglanté de son maître, que l’on jette à la va-vite, face contre terre, dans un trou creusé au pied de la tour de la Reine ; un trou que l’on avait fait creuser des heures avant que le simulacre de jugement ne fût prononcé : tout était joué d’avance…

Louis-Antoine de Bourbon-Condé

Jean-Michel Moreau (1741-1814) :
portrait de Louis-Antoine de Bourbon-Condé, duc d’Enghien
(château d’Aulteribe, Auvergne)

   Le Buonaparte, qui porte alors le titre de « premier consul » et dont la mégalomanie à tendance dictatoriale de plus en plus affirmée va, dans à peine deux mois (18 mai 1804), l’amener à se proclamer empereur, enrage à propos des multiples complots fomentés par les royalistes, toujours nombreux. Le dernier en date, suscité par l’infatigable et héroïque Georges Cadoudal allié au général Jean-Charles Pichegru, a été éventé : Pichegru a été arrêté le 28 février, Cadoudal est pris le 9 mars. Le nom du duc d’Enghien est cité, bien à tort au demeurant, par l’un des espions à la solde de Fouché : il n’en faut pas moins cependant pour déclencher la furie du dictateur, décidé à terroriser les monarchistes par tous les moyens. On rapporte qu’il aurait lâché : « Les Bourbons croient qu’on peut verser mon sang comme celui des animaux. Je vais leur rendre la terreur qu’ils veulent m’inspirer ».

   La cible est d’autant plus facile à atteindre que le jeune Prince réside à Ettenheim, à quelques lieues seulement de Strasbourg, dans le margraviat de Bade, dans une modeste maison et sans autres ressources qu’une modique pension du gouvernement britannique.
Dans la nuit du 14 au 15 mars, près d’un millier d’hommes du vingt-deuxième régiment de dragons franchissent le Rhin à Rhinau, violant donc le droit international, et s’emparent du duc d’Enghien, qui est conduit à Strasbourg, puis transféré à Vincennes, où il arrive le 20 mars.

arrestation du duc d'Enghien - blogue

   Le soir même de son arrivée à Vincennes, entre 23 h et minuit, le duc d’Enghien est interrogé par une commission extraordinaire présidée par le général Pierre-Augustin Hullin, en présence du chef de la police secrète, le colonel de gendarmerie Anne Jean Marie René Savary, futur duc de Rovigo. Il est accusé d’avoir comploté contre la sûreté de l’État, ce qui est faux, et d’avoir reçu de l’argent de l’Angleterre, ce qui est vrai, mais comme nous l’avons dit ci-dessus, il s’agit d’une modeste pension qui lui permet de survivre dans son exil.
Les protestations de Louis-Antoine de Bourbon-Condé niant toute participation à un complot, ne seront évidemment pas prises en compte… Pas plus, au château de Malmaison où il se trouve, que les supplications de Joséphine de Beauharnais à l’adresse de son irascible et vindicatif concubin.

   Le simulacre de procès eut lieu sans témoin ni défenseur, les pièces invoquées à charge ne furent pas présentées aux juges, qui votèrent néanmoins à l’unanimité pour la mort. Comme Hulin ne savait pas sous quel chef d’accusation condamner le dernier des Princes de la Maison de Condé, il rédigea le jugement en laissant en blanc les articles censés justifier l’exécution : «… Et lui a appliqué l’article xxx de la loi du xxx ainsi conçu xxx et, en conséquence, l’a condamné à la peine de mort. Ordonne que le présent jugement sera exécuté de suite à la diligence du capitaine rapporteur…».

Monument commémoratif de l'exécution du duc d'Enghien à Vincennes - blogue

« Hic cecidit : c’est ici qu’il est tombé »
Monument érigé dans les fossés de Vincennes au lieu de l’assassinat du duc d’Enghien

   La sentence était immédiatement exécutoire.
Vers trois heures du matin, le duc fut conduit devant le peloton composé de huit hommes. Un officier de la gendarmerie d’élite lut l’acte d’accusation. Louis-Antoine demanda à rencontrer le « premier consul », et il lui fut répondu que cela ne se pouvait faire. Le jeune homme insista, demanda à lui écrire : même refus.
C’est ici que se place l’épisode de la mèche de cheveux, rapporté au début de ce récit, avant que le jeune Prince ne s’écroule sous les huit coups de feu
Les soldats, honteux de leur geste, s’abstinrent de dépouiller le cadavre de ses vêtements et de ses objets de valeur comme le règlement les y autorisait. Après la chute du Buonaparte, douze ans plus tard, on retrouvera sa tombe de fortune et on pourra identifier de manière certaine son corps grâce à ces effets, en particulier sa montre en or.

   Ce 21 mars, le « Code civil », œuvre maîtresse du consulat, fut promulgué.
Je ne peux m’empêcher de voir dans l’assassinat du dernier descendant mâle des Princes de Condé une espèce de sacrifice humain – car la révolution est un Moloch – destiné à sceller une nouvelle législation fondée sur les prétendues « Lumières », allumées au feu de l’enfer, afin de supplanter le vieux Droit coutumier et chrétien qui avait régi le Royaume des Lys pendant les heureux siècles de la Royauté.

   La mort du duc d’Enghien inspira au député de la Meurthe, Antoine Boulay, ce jugement : « Pis qu’un crime, c’est une faute ». Cette formule est souvent attribuée, à tort, au ministre des Relations Extérieures d’alors, l’évêque apostat Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, dont il semble bien qu’il avait encouragé le Buonaparte à ce crime, et qui, en apprenant sa consommation, aurait seulement laissé tomber : « Bah ! ce sont les affaires… »

   En 1816, Sa Majesté le Roi Louis XVIII fit exhumer le corps du duc d’Enghien, puis déposer dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes. Le sculpteur Louis-Pierre Deseine (1749-1822), qui était toujours resté fidèle aux Bourbons et aux Condé, malgré la révolution et l’en-pire, réalisa le monument funéraire (qui ne fut toutefois achevé qu’en 1825, c’est-à-dire après sa mort).
Placé tout d’abord contre le mur du chevet de la chapelle, ce tombeau sera déplacé dans un petit oratoire latéral (« l’oratoire du Roi ») en 1852 sur ordre de Napoléon III.
En vérité, on peut bien dire que la petitesse d’âme et la mesquinerie à l’endroit de la famille de nos Souverains légitimes ont été une tradition familiale chez les Buonaparte !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Louis-Pierre Deseine - monument funéraire du duc d'Enghien Vincennes - blogue

Louis-Pierre Deseine (1749-1822) : groupe sculpté surmontant la tombe du duc d’Enghien
(Sainte Chapelle du château de Vincennes)

Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 20 mars, 2024 |2 Commentaires »

2024-64. « Ralliez-vous à mon panache blanc ! »

- 14 mars 1590 -

La bataille d’Ivry

La bataille d’Ivry du peintre Charles Achille d’Hardiviller (1817) - blogue

Charles Achille d’Hardiviller (1795-après 1835) : Henri IV avant la bataille d’Ivry (1817)
[château de Sully-sur-Loire]

       Le 14 mars 1590, la bataille d’Ivry opposa le Roi Henri IV aux troupes de la Ligue. C’est avant cette fameuse bataille que le premier Souverain Bourbon aurait prononcé la phrase restée célèbre : « Ralliez-vous à mon panache blanc ! ».
En réalité, cette petite phrase dite historique, enseignée dans les manuels d’histoire et gravée dans la mémoire de millions d’écoliers français à l’époque où on enseignait encore une histoire de France un peu cohérente, n’est pas tout-à-fait exacte… Mais elle n’est pas non plus absolument inexacte, si on la compare au texte qui nous a été transmis par Agrippa d’Augigné et que nous reproduisons ci-dessous.

   « Mes compagnons, si vous courez aujourd’hui ma fortune, je cours aussi la vôtre ; je veux vaincre ou mourir avec vous. Dieu est pour nous. Voici ses ennemis et les nôtres. Voici votre roi. Gardez bien vos rangs, je vous prie ; si la chaleur du combat vous le fait quitter, pensez aussitôt au ralliement : c’est le gain de la bataille. Vous le ferez entre ces trois arbres que vous voyez là-haut à main droite. Si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ne perdez point de vue mon panache ; vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire ».

Harangue de S.M. le Roi Henri IV à ses troupes
avant la bataille d’Ivry, le 14 mars 1590,
rapportée par Agrippa d’Aubigné

   « Ralliez-vous à mon panache blanc ! » est en quelque manière la quintessence du discours d’Henri IV à ses troupes, et la formule a quelque chose de toujours fascinant et enthousiasmant, parce que, plus de quatre siècles après, elle garde sa force et sa pertinence pour nous entraîner « au chemin de l’honneur et de la victoire ».

   Il faut dire que s’il y a une chose dont les dirigeants – ou supposés tels (parce qu’on peut être à un poste de gouvernement et n’y être en réalité que la marionnette d’un pouvoir occulte) – de la « république française » sont bien incapable de donner l’exemple, c’est bien celui de l’honneur, et de la dignité qui va avec et qui entraîne spontanément l’adhésion des âmes droites et le respect des cœurs sensibles aux véritables valeurs…

   Voilà pourquoi nous avons la conviction inébranlable de la victoire des valeurs traditionnelles de la France et du triomphe de la Royauté légitime, même si cela prendra « encore un peu de temps », et qu’il est nécessaire pour cela de livrer tous les jours bataille contre les doctrines d’impiété, contre la fausse philosophie, contre une usurpation qui dure depuis presque deux siècles, et contre cette corruption et cette pourriture qui sont l’essence de la république maçonnique.

« Dieu est pour nous ! » Et le Sang d’Henri IV est toujours là, qui coule dans les veines de son descendant direct et successeur légitime… Ne perdons point de vue son panache, qui nous indique toujours les chemins de l’honneur et de la victoire !

Tolbiac. 

Jean-Charles Tardieu - Henri IV le matin de la bataille d'Ivry - blogue

Jean-Charles Tardieu (1765-1830) : Henri IV le matin de la bataille d’Ivry (1824)
[château de Pau, dépôt du musée du Louvre]

Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 13 mars, 2024 |2 Commentaires »

2024-63. De l’anniversaire du pieux trépas de la Servante de Dieu, Zita de Bourbon, Princesse de Parme, Impératrice d’Autriche et Reine apostolique de Hongrie.

14 mars,
Fête de Sainte Mathilde, impératrice, aïeule de Hugues Capet ;
Fête de la Bienheureuse Eve de Saint-Martin, vierge (cf. > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Sa Majesté Impériale et Royale Zita de Bourbon de Parme (14 mars 1989).

L'Impératrice et Reine Zita de Bourbon-Parme sur son lit de mort

L’Impératrice et Reine Zita de Bourbon-Parme sur son lit de mort

       Aux premières heures du 14 mars 1989, à Zizers (Suisse), Sa Majesté Impériale et Royale Zita de Bourbon de Parme rendit paisiblement sa belle âme entre les mains de son Créateur, entourée d’une partie des siens ; moins de deux mois plus tard elle aurait fêté son 97ème anniversaire (elle était née le 9 mai 1892).
Sa santé avait commencé à décliner doucement depuis son nonantième anniversaire, mais surtout, au cours de l’été, elle avait contracté une pneumonie – la même maladie qui avait emporté son époux, le Bienheureux Charles 1er de Habsbourg-Lorraine, 67 ans plus tôt à Madère -, et e
lle avait passé la majeure partie de l’automne et de l’hiver alitée.

   Finalement, au début du mois de mars 1989, elle appela elle-même son fils aîné, Othon (1912-2011), de jure Empereur d’Autriche et Roi apostolique de Hongrie, pour lui annoncer sa mort prochaine, et à partir de ce moment-là les siens se relaieront à son chevet, jusqu’à ce petit matin du 14 mars.

   L’une des dernières joies de l’Impératrice douairière avait été d’apprendre qu’en ce début d’année 1989, la Hongrie avait restitué officiellement à ce fils aîné la nationalité hongroise, et qu’il avait été reçu triomphalement à Budapest, à l’occasion du rétablissement de la statue de l’Impératrice et Reine Elisabeth (« Sissi »).
Le rideau de fer se fissurait et la servante de Dieu, qui avait accompagné son époux en 1921 lorsqu’il avait tenté de reprendre son trône à Budapest : « Les Habsbourg en Hongrie ! La liberté pour les peuples danubiens ? Dieu est grand ! Il faut Le rejoindre : mission terminée… »

Couronnement comme Reine de Hongrie le 30 décembre 1916

Couronnée Reine apostolique de Hongrie le 30 décembre 1916

   A l’occasion de l’anniversaire de ce trépas, qui a couronné une vie profondément chrétienne et édifiante, nous nous permettons de vous proposer de voir (ou de revoir) le magnifique dialogue qui, après la messe de funérailles célébrées en la cathédrale Saint-Etienne (Stephansdom en langue allemande), a préludé à l’entrée du cercueil de la défunte dans la chapelle des Capucins, sous laquelle se trouvent les cryptes dans lesquelles les Habsbourg sont inhumés depuis 1617 : c’est le fameux rituel dit « du cognement », qui voit le maître des cérémonies cogner à trois reprises trois coups contre la porte fermée de l’église des Capucins, tandis que se déroule un dialogue très protocolaire entre ce maître ces cérémonies et le Père Gardien (ainsi appelle-t-on les supérieurs des couvents dans la tradition capucine), qui se trouve derrière la porte avec un cierge à la main. 

(pour visionner la séquence, faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Voici la traduction du dialogue qui s’est alors produit dans le cadre des funérailles de la feue Impératrice et Reine :

Trois coups sont frappés contre la porte fermée.

— Qui demande à entrer ?
Zita, impératrice d’Autriche,
R
eine apostolique de Hongrie,
R
eine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, de Slavonie, de Galicie, de Lodomérie et d’Illyrie,
R
eine de Jérusalem,
A
rchiduchesse d’Autriche,
G
rande-duchesse de Toscane et de Cracovie,
Duchesse de Lorraine, de Parme, de Salzbourg, de Styrie, de Carinthie, de Carniole et de Bucovine,
Grande-princesse de Transylvanie,
Margravine de Moravie,
Duchesse de Haute et Basse Silésie, de Modène, de Plaisance et de Guastalla, d’Auchwitz et de Zator, de Teschen, du Frioul, de Raguse et de Zara,
Comtesse princière de Habsbourg et du Tyrol, de Kybourg, de Göritz et de Gradisca,
Princesse de Trente et de Bressanone,
Margravine de Haute et Basse-Lusace et d’Istrie,
Comtesse de Hohenems, de Feldkirch, Bregenz, Sonnenberg,
Souveraine de Trieste, de Cattaro et de la Marche des Vendes,
Grande voïvode de la Voïvodie de Serbie,
Infante d’Espagne, Princesse de Portugal et de Parme.
— Je ne la connais pas !

Trois coup sont à nouveau donnés.
— Qui demande à entrer ?

Zita, Sa Majesté l’Impératrice et Reine.
— Nous ne la connaissons pas !

Trois autres coups sont donnés.
— Qui demande à entrer ?

Zita, une personne mortelle et pécheresse.
— Alors, vous pouvez entrer !

Tombe de l'Impératrice et Reine Zita

Tombe de l’Impératrice et Reine Zita de Bourbon de Parme
dans la crypte du couvent des Capucins, à Vienne

   Pour les personnes qui souhaiteraient voir ou revoir l’intégralité de la cérémonie de funérailles de la défunte Impératrice et Reine, issue du Sang de France, à Vienne, le 1er avril 1989, on peut la retrouver sous la forme de onze vidéos d’environ une demi-heure chacune > ici

   On peut aussi se contenter de retrouver la procession de sortie du clergé à l’issue de la Messe de Requiem, alors que retentit sous les voûtes l’hymne impérial « Gott erhalte », dont voici la traduction de la première strophe :

Que Dieu préserve, que Dieu protège
notre Empereur, notre patrie !

Puissant par le soutien de la foi,
il nous conduit d’une main sage !
Protégeons la couronne de ses pères contre tous les ennemis ;
le destin de l’Autriche reste intimement lié au trône des Habsbourg.

Armes personnelles de l'Impératrice et Reine Zita de Bourbon de Parme

Armes personnelles de Sa Majesté l’Impératrice et Reine
Zita de Bourbon de Parme

   Nous vous rappelons aussi qu’il existe une association officielle qui soutient la cause de béatification de Sa Majesté Impériale et Royale, dont la cause a été officiellement ouverte en 2009. Voici le lien qui conduit au site de cette association > ici.

   Et nous vous renvoyons aussi bien sûr à la prière pour demander à Dieu des grâces par l’intercession de Sa servante afin d’obtenir sa béatification, que nous avons déjà publiée > ici.

L'Impératrice et Reine Zita de Bourbon-Parme dans les dernières années de sa vie

L’Impératrice et Reine Zita de Bourbon de Parme
dans les dernières années de sa vie

2024-60. La Très Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, dernière Princesse-abbesse de Remiremont, fondatrice du monastère Saint-Louis du Temple (3ème partie).

 - 10 mars 1824 -

Rappel à Dieu de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde,
née
Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé

Lire ou relire les deux premières parties de cette biographie > ici, et > ici.

Dom Augustin de Lestrange - blogue

Troisième partie :

Difficile et chaotique marche vers le cloître :
la très rude expérience de novice de la Trappe tout en fuyant à travers l’Europe devant les armées de la révolution.

   Au moment où la Princesse Louise-Adélaïde demande à entrer au monastère de Sembrancher, celui-ci n’est encore qu’une petite maison, « grande comme la main ». A l’intérieur, de rudimentaires cloisons en planches de sapin divisent l’espace à fin de délimiter les principaux lieux réguliers d’un couvent. La chapelle est si pauvre qu’elle évoque l’étable de Bethléem.
Quarante à cinquante personnes, tant religieuses que tertiaires, éducatrices et enfants dont elles s’occupent, se pressent dans cet enclos où l’on est tellement à l’étroit que, bientôt, il sera impossible de s’y retourner. Ce qu’on nomme « dortoir » est rempli, et les tables du réfectoire servent de lits.
Louise-Adélaïde de Condé reçoit le voile blanc pour commencer l’année de son noviciat, et pour elle tout est transfiguré. Tout lui plaît dans cette misérable demeure, où elle affirme être « logée délicieusement ». Elle ne voit vraiment pas ce que peut être cette austérité qu’on lui a dépeint si terrible ; elle ne voit autour d’elle « que des visages excellents, tout roses et blancs, mais ce qui vaut mieux, dit-elle, des visages paisibles, heureux et saints ».

   Parmi les Trappistines se trouvait la Mère Sainte-Rose de Lima, dans le siècle Marie-Barbe-Geneviève de La Rozière, âgée de 34 ans, arrivée depuis quelques mois, mais qui avait déjà 12 ans de profession monastique dans une abbaye bénédictine supprimée par la révolution, et à laquelle on venait d’attribuer la fonction de maîtresse des novices : cette, religieuse fut étonnée du cas que Dom Augustin semblait faire de la nouvelle postulante, qu’elle avait d’abord prise pour une fermière suisse, tellement elle était simple dans sa mise et ses allures.
De son côté, la princesse-novice aimait à voir en Mère Sainte-Rose une religieuse de sa nation, pleine d’amour pour son état et en pratiquant les devoirs avec autant de zèle que d’exactitude. La moniale et la novice allaient s’attacher l’une à l’autre pour ne plus se quitter. L’inviolabilité du silence empêchant toute communication, elles s’entendirent par un langage muet, prélude à une union d’âme qui durera jusqu’à la mort.

Essai de reconstitution de la chapelle de La Volonté de Dieu

Chapelle aménagée dans une grange rustique (reconstitution) :
sans doute la chapelle des Trappistines à Sembrancher était-elle bien plus pauvre et dépouillée…

   Dans ses lettres à son directeur spirituel, elle assure qu’elle se porte très bien, qu’elle mange et dort bien, et qu’elle est tout étonnée de s’être crue si longtemps obligée de déjeuner et de souper (jeûnant presque constamment les religieuses ne font qu’un seul repas par jour) : « Pour les fricassées, ajoute-t-elle, je les trouve très bonnes et elles ne sont point malsaines, ceux qui en disent du mal font des calomnies ». Sa joie éclate dans toutes ses lettres : « Je ne puis vous exprimer le contentement que j’éprouve à la Trappe », écrit elle à une archiduchesse viennoise.
Quinze jours après sa prise d’habit, elle confie son bonheur à Dom Augustin de Lestrange : « Le contentement du cœur, de l’âme, de l’esprit est tel que les premiers jours on ne fait que se fortifier. Je ne m’aperçois ni du jeûne ni du changement de nourriture : je n’en ai pas souffert un seul jour d’aucune manière. Il en est de même des veilles : pas un instant de fatigue ni de lassitude, les journées passent comme des éclairs ». Même témoignage de joie dans une lettre à son père, où, pour la première fois, elle signe Sœur Marie-Joseph : « Tel est le nom que je porte depuis que je suis mère de la Trappe ».

   Mais ce bonheur devait être bref : le 17 décembre 1797, le Directoire français prend un arrêté qui laisse prévoir l’invasion de la Suisse par ses troupes. « Avec une hauteur et un despotisme effrayants », comme l’écrivait Sœur Marie-Joseph à son père, le Directoire exige le renvoi de tous les émigrés en faisant aux Trappistes l’honneur de les désigner tout particulièrement. La menace est si évidente que le Père Abbé décide de quitter la Suisse et de disperser temporairement la communauté, sans la détruire.
Mais où diriger ses pas ?
Un seul pays reste ouvert : la Russie.
Depuis le 17 novembre 1796, le Tsar en est Paul 1er que, quinze ans auparavant, alors qu’il n’était encore que Grand-duc et qu’il voyageait sous le nom de « Comte du Nord », la Princesse Louise-Adélaïde a accueilli à Chantilly.
Dans sa robe de bure blanche, Sœur Marie-Joseph, maintenant quadragénaire, s’est-elle souvenue que dans le resplendissement de sa vingt-cinquième année, parée en naïade, elle avait conduit son hôte dans une gondole dorée à travers le grand canal jusqu’à l’île d’Amour, escortée du prince et des autres seigneurs et dames en vêtements allégoriques, tandis que cent mille personnes accourues de partout assistaient à cette féerie ?
C’est à son hôte d’autrefois que, à la demande de Dom Augustin, elle envoie donc une missive lui demandant asile en ce danger pressant : « Je supplie le Comte du Nord, lui écrivit-elle, d’intercéder pour nous auprès de l’Empereur Paul ».

   Moines et moniales redoublent d’austérités et de prières pour demander au Roi des cieux de les soutenir dans le formidable voyage qu’ils vont entreprendre. En attendant la réponse du Tsar, les événements s’accélèrent et il devient urgent d’assurer au plus tôt la retraite des religieux. Des mouvements révolutionnaires agitent certains cantons, et le 4 janvier 1798 le général Ménard, commandant de la division venue d’Italie, campe à la frontière proche de Genève.
Dom Augustin de Lestrange donne le signal du départ au premier convoi, le 19 janvier 1798. Sœur Marie-Joseph, en fait partie…

   L’éphémère fondation de Sembrancher n’aura duré que quelques mois : « De l’humble reposoir des âmes, où le christianisme exilé de France avait fait une courte halte au cœur des montagnes du Valais, il ne reste aujourd’hui que quelques pierres parmi les buissons, et, au bord de la route, une inscription que ne lisent que les rares touristes qui foulent encore cette chaussée alpestre en piétons », a magnifiquement écrit l’historien suisse Pierre Grellet.

la fuite devant les armées du Directoire - blogue

   Au total, combien sont-ils, ces trappistes qui doivent fuir la Suisse ?
Les religieuses du premier convoi sont au nombre de onze : aux voiles blancs des Trappistines se mêlent trois voiles noirs, portés par des Sœurs d’autres congrégations qui avaient trouvé asile à Sembrancher. Mais l’historien suisse Tobie de Raemy, qui s’est livré à une rigoureuse comptabilité, donne pour le total 254 adultes : moines et moniales, frères convers, frères et sœurs du tiers-ordre en charge de l’éducation d’une centaine d’enfants, filles et garçons, qui accompagnent leurs maîtres et maîtresses.

   Dans les auberges, pour ne pas déranger les autres hôtes, les religieuses ne se levaient pas au milieu de la nuit pour les matines et les laudes mais les récitaient le soir. Sœur Marie-Joseph en était fâchée, parce qu’elle avait une prédilection pour l’office de nuit. Pour le reste, on maintenait autant que possible la régularité : horaires des exercices du chœur et des activités conventuelles, régime alimentaire strict et autres austérités.
Dans les rigueurs de cet exode, la dernière descendante féminine des Condé écrivait à son ancien confesseur : « Si vous saviez comme je me sens non seulement contente mais fière de voyager et de me montrer aux yeux de l’Europe, couverte des livrées saintes du Dieu auquel vous m’avez donnée ».  En quelques villages protestants, les convois sont hués, mais en d’autres endroits certains parmi les huguenots sont touchés et manifestent leur compassion.
Sœur Marie-Joseph écrit à son père : « Partagées en diverses bandes, nous abandonnâmes, les unes un peu plus tôt, les autres un peu plus tard, notre petit monastère du Valais avec bien du regret. Ma bande partit une des premières, heureusement pour moi car ce que les autres ont souffert n’est pas croyable, obligées de passer et de repasser les montagnes pour éviter les patriotes, et plusieurs ont fait tout cela à pied… »

   L’évêque de Constance, où elle et ses compagnes sont arrivées le 28 janvier, les presse de partir : les fugitifs gagnent Augsbourg où ils sont autorisés à demeurer jusqu’à Pâques – dimanche 8 avril 1798 – mais ils n’attendent pas cette date parce que, fin mars, l’électeur de Bavière met à leur disposition un de ses châteaux à deux lieues de Munich. La troupe monastique est en grande partie reconstituée et a obtenu des passeports pour traverser l’Empire, mais leur nombre inquiète.
Elle reçoit la réponse du Tsar Paul 1er qui lui accorde l’asile à Orcha, dans un couvent, en « Pologne russe », voisine de la Galicie (aujourd’hui en Biélorussie), mais pour seulement 15 moniales et 15 moines. Il attribue une pension aux religieuses, mais pas aux moines. Dom Augustin commence alors à envisager de diviser cette grande communauté de trappistes errants pour les faire essaimer par groupes plus petits en Autriche, en Bohème ou en Hongrie.
Par voie d’eau, l’électeur de Bavière leur ayant fait construire des espèces de grands radeaux, le groupe de Sœur Marie-Joseph et Dom Augustin gagne Vienne où ils demeurent  jusqu’à la fin juillet 1798. Fin août, ils sont à Varsovie, et le 20 septembre ils atteignent enfin Orcha, à quelque cinquante lieues (plus de 200 km) au nord-est de Minsk, où Sœur Marie-Joseph va demeurer une année.
C’est là qu’elle apprend, par une lettre de la Tsarine Marie, que « la malheureuse Reine de Sardaigne », c’est-à-dire sa fidèle amie Marie-Clotilde de France, et son époux, Charles Emmanuel IV, ont été obligés de fuir Turin devant l’avancée des révolutionnaires français, et contraints de se réfugier dans leur île de Sardaigne.

itinéraire de Sembrancher à Orcha sur une carte de l'Europe actuelle

En bleu, itinéraire suivi par le groupe des Trappistes et Trappistines fugitifs, depuis Sembrancher jusqu’à Orcha,
sur une carte de l’Europe dans ses divisions politiques actuelles

   L’année qui s’est écoulée depuis la prise d’habit de Sœur Marie-Joseph (septembre 1797-septembre 1798) a été un noviciat plus que rude par ses péripéties, néanmoins la princesse-novice n’y a point démérité : elle y a vécu au sein de sa communauté – même si cette dernière a été en itinérance -, dans la stricte observance, maintenue au maximum, des usages de la Trappe et des règlements extrêmement pénitentiels rajoutés par Dom Augustin. Néanmoins, ce dernier voulut faire recommencer une année de noviciat à Sœur Marie-Joseph, ce qui en rigueur n’est imposé par le droit que si l’on a dû s’absenter de la communauté, ce qui n’était pas le cas.
En outre, soucieux du reste de son troupeau monastique dispersé, Dom Augustin, repartit bientôt sur les routes pour visiter ceux qui étaient restés en Allemagne, Hongrie, Bohème… Lui qui gouvernait de manière assez autocratique et ne savait pas vraiment déléguer, laissait parfois le double monastère d’Orcha dans d’éprouvantes incertitudes, puis à son retour pouvait parfois prendre des décisions un peu rapides et fantasques qui fragilisaient les communautés alors qu’elles avaient justement un grand besoin d’assises et d’équilibre.
Le Tsar et la Tsarine comprirent bien la situation et, en accord avec la hiérarchie catholique, proposèrent à leur « très chère cousine » de lui offrir, dès qu’elle aurait prononcé ses vœux, un monastère et de l’en faire élire abbesse, en l’affranchissant totalement de l’autorité de Dom Augustin. Lorsqu’il en fut informé, ce dernier le prit évidemment très mal, en se méprenant totalement sur les intentions de Sœur Marie-Joseph, car elle n’intriguait point contre lui mais, au contraire, dont l’humilité s’effrayait qu’à peine professe on voulût faire d’elle une puissante abbesse (cette situation n’ayant rien à voir avec son abbatiat de Remiremont puisqu’elle n’était pas astreinte à résidence et à un réel gouvernement religieux, attendu que les chanoinesses de la prestigieuse abbaye impériale restaient des séculières sans vœux).

   Bref ! Les incompréhensions s’accumulèrent, et la confiance fut rompue.
Sœur Marie-Joseph, soutenue par ses conseillers spirituels et accompagnée de Mère Sainte-Rose, qui avait été injustement traitée par Dom Augustin, quitta le cloître d’Orcha le 14 août 1799 et, à son grand regret, dut reprendre une tenue séculière.
Les deux femmes, protégées par le Tsar (qui signe ses lettres à Louise-Adélaïde comme « son bien affectionné Paul »), furent accueillies pendant quelques mois dans une abbaye de Bénédictines, à Nieswiez, à mi-chemin entre Minsk et Varsovie. Elles vont y séjourner presque deux années.

   C’est là qu’elles entendirent parler d’un couvent fondé à Varsovie par la Reine Marie-Casimire-Louise de La Grange d’Arquien (1641-1716), appelée en Pologne Maria Kazimiera, épouse française du Roi Jean III Sobieski. Ce monastère de Bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement, dites Bénédictines de l’Adoration ou encore Bénédictines du Saint-Sacrement, avait été établi en 1687 par la Reine Marie-Casimire en action de grâces pour la victoire de Vienne (12 septembre 1683 cf. > ici).
Outre la Règle de Saint Benoît, qu’avait professée depuis déjà longtemps Mère Sainte-Rose, ainsi que Louise-Adélaïde elle-même pendant son noviciat chaotique et à rallonge, cet institut, fondé en France en 1653 sous la protection de la Reine Anne d’Autriche, était, comme son nom l’indique, spécialement voué à l’adoration du Très Saint-Sacrement dans un esprit de réparation. Or, depuis plusieurs mois déjà, les deux françaises exilées entendaient un très fort appel intérieur à l’adoration réparatrice.

   De prudents contacts sont pris, de circonspectes démarches sont entreprises. Le Tsar Alexandre 1er, qui a succédé à son père Paul 1er assassiné le 24 mars 1801, favorise l’octroi de passeports et les démarches des deux femmes ; il avertit lui-même le Roi Frédéric Guillaume III de Prusse (Varsovie se trouve alors dans son royaume) qui donne toutes les autorisations pour le séjour des deux Françaises… et de la jeune Eléonore Dombrowska, une fillette née en 1796 dans une famille indigente de Lituanie, que la Princesse recueillit et adopta comme sa propre fille, et qui ne la quittera plus désormais.

   Elles arrivent à Varsovie le 18 juin 1801 et sont reçues comme pensionnaires chez les Bénédictines du Saint-Sacrement. 

 A suivre…

Adoration du Très Saint Sacrement

2024-59. La Très Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, dernière Princesse-abbesse de Remiremont, fondatrice du monastère Saint-Louis du Temple (2ème partie).

10 mars,
- Fête du Bienheureux Elie de N.D. du Perpétuel Secours,
prêtre et martyr de l’Ordre de Saint Augustin ;
- Mémoire de Sainte Marie-Eugénie de Jésus (cf. ici) ;
- Mémoire des Saints Quarante Martyrs de Sébaste ;
- Anniversaire du rappel à Dieu de la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde,
née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (+ 10 mars 1824).

Vue de Fribourg, Suisse - blogue

Fribourg, en Suisse

Continuons notre approfondissement de la sainte vie de la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (lire ou relire la 1ère partie > ici)

Deuxième partie :

Difficile et chaotique marche vers le cloître :
du printemps 1793 à l’automne 1797.

        A la suite de la promulgation de la Constitution civile du Clergé, de la fermeture des monastères, couvents et abbayes, et des lois contre les prêtres réfractaires et les religieux désireux de demeurer fidèles à leurs engagements sacrés, la persécution religieuse, initiée dès 1790, s’amplifie et se généralise en 1792, 1793 et 1794 : elle s’atténuera  après la fin de la grande terreur, mais perdurera, avec des phases de regain de violence, jusqu’à la signature du Concordat, en France, mais les troupes napoléoniennes l’exporteront partout sur leur passage dans toute l’Europe.

   Au printemps 1793, la Princesse Louise-Adélaïde laisse son père, son frère et son neveu pour s’installer en Suisse, à Fribourg, dans un canton catholique et francophone qui, contrairement aux autres cantons, n’a pas accepté l’établissement de relations diplomatiques avec les révolutionnaires français. Elle obtient des autorités de la ville une autorisation de résidence. Fribourg, ville où le culte catholique est très fervent et solennel, dans une pléiade d’églises somptueuses et de chapelles, accueille alors près de trois mille émigrés français dont plus de la moitié sont des ecclésiastiques ou des religieux. Il s’y trouve en particulier sept évêques.
En octobre 1793, avec 46 émigrés, elle reçoit le scapulaire du Mont Carmel dans la chapelle Notre-Dame de Bourguillon et s’engage dans la Confrérie du Rosaire.

   Lorsque la nouvelle de l’assassinat de Sa Majesté la Reine arrive à Fribourg, c’est au nom de Madame la Princesse de Condé que quatre évêques sollicitent des autorités l’autorisation de célébrer deux services solennels pour les Souverains martyrs. Cela leur est accordé « pourvu que la chose se fasse sans tumulte et sans fracas, dans une église privée » (sic). De fait, par crainte de représailles de la part des sectaires révolutionnaires français, finalement si proches, les édiles fribourgeois ne veulent pas donner à ces offices funèbres un caractère officiel : l’église des Cordeliers, église conventuelle qui est devenue en quelque manière la chapelle des émigrés français, est donc retenue pour ces services qui sont célébrés le 6 novembre, à la pieuse mémoire du Roi, et le 18 du même mois, à la pieuse mémoire de la Reine.
Notons au passage qu’aux jours mêmes de ces deux services solennels, furent également et respectivement célébrées 99 messes basses d’une part, puis 109 de l’autre. En nos temps de diminution effrayante du nombre des prêtres, de perte – non moins effrayante – du sens de la messe catholique (avec pour conséquence la systématisation de la concélébration dans toutes les églises où sévit la messe réformée), et de suppression quasi systématique de l’offrande de messes pour les défunts, on a de la peine à imaginer semblables choses !

Fribourg église des Cordeliers - blogue

Fribourg : église des Cordeliers (état actuel)

   « A Fribourg, dit-elle dans l’introduction de ses Mémoires spirituels, publiés après sa mort, je fus frappée, émue jusqu’à la moelle des os, de la majesté du culte divin, de la piété avec laquelle il était exercé. Ma vie se présenta à mes yeux comme tout autre que je ne l’avais considérée ».

   Dans cette ville où, malgré son aspiration au retrait du monde et à la simplicité, elle doit néanmoins « tenir son rang » (n’oublions pas qu’elle est Princesse du Sang de France et, par son abbatiat, Princesse du Saint-Empire), elle doit conserver un demi-luxe, bien éloigné cependant de celui des anciens temps.
Comme il lui pesait néanmoins !
Elle se sentait humiliée d’être servie, meublée, d’avoir des gens à ses ordres : elle, Louise-Adélaïde de Bourbon, Princesse de Condé, eût voulu congédier sa maison, les femmes qui lui restaient, être forcée de vivre pauvre, ignorée, cachée aux yeux du monde, pour être à Dieu sans partage ; ses yeux se portaient avec peine sur une chambre meublée et s’arrêtaient avec plaisir sur les cellules des religieuses de ces couvents qu’elle visitait, dans lesquels quatre murailles nues ne renfermaient qu’une paillasse, une chaise ou un tabouret de paille, un écritoire et une mauvaise lampe…
Du moins est-elle exacte à secourir ses compatriotes émigrés, ecclésiastiques ou laïcs, dont beaucoup se retrouvent dans une quasi misère.

   C’est à Fribourg aussi qu’elle fait connaissance d’un prêtre qui va exercer une grande influence sur sa vie spirituelle : l’abbé Louis Armand de Juge, marquis de Bouzonville.
Colonel de cavalerie et marié depuis huit ans, la mort subite de sa femme l’avait précipité dans une douleur des plus vives où la grâce était venue tout bouleverser. Il s’était alors donné sans réserve à Dieu, et avait embrassé l’état ecclésiastique avec la fougue d’un cavalier se précipitant avec ardeur sur un champ de bataille. Ordonné prêtre, il avait été, avant la révolution, confesseur d’un couvent de Carmélites, ce qui lui avait donné une formation toute spéciale de la direction des âmes religieuses tendant à une haute perfection et appelées à une vie intérieure exigeante.
Sous sa direction, les deux années qu’elle passe à Fribourg sont absolument déterminantes pour la Princesse qui va parvenir à un aboutissement dans sa quête de vie religieuse : tout en la formant au détachement du monde, son conducteur spirituel la seconde dans la séparation intérieure d’avec tout ce qui peut la séparer de Dieu, en même temps qu’il exige d’elle de combattre sa vocation pour la bien éprouver.
Ce n’est qu’après dix-huit mois de luttes, en mars 1795, que Monsieur de Bouzonville lui permet de s’arrêter à la pensée qu’elle est indubitablement appelée à l’état religieux.

   Elle rend visite à son père, pour lui faire part de « son inébranlable résolution ». Elle estime qu’elle doit recevoir son consentement, mais pas sa permission : « A trente-huit ans, on désire obtenir l’un, mais l’on n’a pas besoin de l’autre ».
Au cours de l’été 1795, elle prend ses dispositions de départ : un départ qui, lorsqu’il est connu à Fribourg, fait écrire à Monseigneur Jean-Baptiste du Chillau, évêque de Chalon, à l’adresse du Prince de Condé : « Le deuil est général dans cette ville, où tout ce qui l’habite, suisse ou français, croit avoir perdu son ange tutélaire… »

Charles-Emmanuel de Savoie et Marie-Clotilde de France

Charles-Emmanuel Ferdinand de Savoie, prince de Piémont, et son épouse, Marie-Clotilde de France :
Charles-Emmanuel accèdera au trône de Piémont et de Sardaigne en octobre 1796

   Monsieur de Bouzonville l’eût désirée carmélite, mais ce n’était pas l’attrait intérieur de Louis-Adélaïde, qui a étudié avec soins diverses Règles religieuses et les formes variées de vie claustrale : il lui semble voir dans la vie des Clarisses-capucines la réponse à ses aspirations. Elle sera donc Capucine !

   C’est dans cette perspective qu’elle quitte Fribourg le 30 septembre 1795. Par Einsiedeln, où elle se mêle à la foule des pèlerins qui viennent prier Notre-Dame des Ermites, par Coire et le Lac Majeur, elle arrive en Piémont et à Turin où l’attend la fidèle amitié de la Princesse de Piémont, Marie-Clotilde de France, épouse de Charles-Emmanuel Ferdinand, héritier du trône des Savoie. Quelques semaines plus tard, le 26 novembre 1795, elle entre comme postulante chez les « Pauvres dames capucines ».
Mais rien ne se passe comme prévu : Louise-Adélaïde ne s’était jamais totalement remise de cette fracture de la rotule de 1785 ; or le noviciat des Capucines est très humide et cela lui vaut bientôt une tumeur accompagnée d’éruption et de fièvre ; on la prie de quitter le noviciat, et les circonstances politiques la rattrapent une fois encore.
Nous sommes au printemps 1796 et le Directoire vient d’envoyer un petit général corse à la tête d’une armée pour attaquer le Royaume de Piémont-Sardaigne et les Autrichiens dans le nord de la péninsule italienne. Fille du général des émigrés, principal champion de la royauté d’Ancien Régime, la princesse est exposée aux plus grands dangers et doit repasser les Alpes pour retourner en Suisse.

   Le bruit de la fondation, à Sembrancher (à environ une demi-lieue au sud de Martigny), d’un monastère de Trappistines était parvenu à Turin, et, avant de se séparer de sa cousine et amie, la bientôt Reine Marie-Clotilde lui en parla comme d’une voie possible. 

   Il nous faut donc ici parler brièvement de Dom Augustin de Lestrange (1754-1827) et revenir quelques années en arrière.
Né dans une ancienne famille de la noblesse chevaleresque du Vivarais, Louis-Henri de Lestrange s’était d’abord destiné à être du clergé diocésain, et avait fait de solides études au terme desquelles il avait été ordonné prêtre en 1778. Alors que ses débuts laissaient augurer d’une carrière ecclésiastique fort honorable, en 1780 il dit adieu au monde de manière radicale et entre à l’abbaye de la Grande Trappe, qui, au contraire de la grande majorité des monastères d’hommes de l’époque, attirait de nombreuses vocations à la vie cistercienne dans sa plus stricte observance, celle issue de la réforme de l’Abbé de Rancé, au siècle précédent.
Louis-Henri de Lestrange y reçut le prénom d’Augustin, fit profession solennelle après un an de noviciat, selon l’usage d’alors, et, en 1785, fut nommé confesseur de la communauté et maître des novices, c’est-à-dire qu’il fut établi à un poste de grande importance.
En 1791, alors que l’Assemblée a interdit les vœux religieux et que l’abbaye risque, à tout moment, d’être évacuée par la force, Dom Augustin de Lestrange obtient de ses supérieurs l’autorisation de prendre la route de l’exil avec les novices et religieux qui sont les plus fermement résolus à persévérer dans leur vocation, fut-ce au prix de l’expatriation. Ils sont vingt-quatre volontaires à l’accompagner, et ils obtiennent du Sénat de Fribourg de s’installer, en mai 1791, dans une Chartreuse à l’abandon depuis une douzaine d’années : la Valsainte. 

Chartreuse de la Valsainte - blogue

Chartreuse de la Valsainte

   D’autres Trappistes, fuyant la France, s’établirent un peu plus tard en Valais, dans des conditions d’insalubrité mortifère : Dom Augustin obtint alors de la Diète valaisanne l’autorisation d’acheter des terres pour y fonder un second monastère de Trappistes ainsi qu’un couvent de Trappistines.
Le monastère de La Sainte Volonté de Dieu, à Sembrancher, fut fondé par la plantation d’une croix le 21 février 1796. Il se composait uniquement d’une masure délabrée et tout était à défricher.

   Dans la nuit du 29 avril 1796, accompagnée de Monsieur de Bouzonville, son confesseur, de Sœur Aimée, une Ursuline, et d’un domestique, Louise-Adélaïde de Condé arrivait à Sembrancher et descendait dans l’unique auberge du lieu : « Après le voyage le plus court et le plus heureux, écrivit-elle à son père, me voici dans un lieu qui me convient fort dans ce moment, parce qu’il est extrêmement solitaire et sans émigrés. Arrivée ici vendredi au soir et descendue dans une assez mauvaise auberge, je devais passer outre, ne croyant pas qu’il y eût manière de se pouvoir loger ; le samedi matin, je sus que cette possibilité existait chez le curé du lieu, qui fort obligeamment me fit proposer d’assez jolies chambres… J’ai accepté cette offre avec plaisir et me trouve fort bien de ma solitude, où je ne perds pas de vue l’unique objet de mes vœux… »
Toutefois, contrairement à ce qu’elle avait espéré, le bâtiment destiné aux religieuses était loin d’être achevé. Dans une lettre à la Princesse de Piémont, elle en parle en ces termes : « On commence à élever le mur de clôture d’une espèce de petite bicoque qui doit devenir le premier monastère des religieuses trappistines… »

   Cependant sa présence est bientôt connue, et devant les progrès des armées révolutionnaires, tant dans les Etats du Saint-Empire que dans le nord de l’Italie, la Suisse craint un moment d’être prise en étau… et envahie. Les émigrés les plus en vue doivent se faire discrets ; Louise-Adélaïde est de ceux-là. Elle tente alors de rejoindre pour un temps son père, mais l’avancée des troupes françaises la détourne et la voilà poussée jusqu’à Vienne.
Rappelons encore une fois que la Princesse de Condé, en vertu de son abbatiat, est aussi Princesse du Saint-Empire et qu’elle ne peut donc séjourner incognito dans la ville où se trouve l’Empereur. Un compromis est finalement trouvé entre la place qu’elle devrait théoriquement tenir à la cour et ses aspirations à une vie retirée : Louise-Adélaïde sera reçue comme pensionnaire chez les Visitandines. Elle y restera une année !
Sa « nièce », Marie-Thérèse Charlotte de France, seule survivante de la captivité du Temple, arrivée à Vienne en décembre 1795, viendra lui rendre visite à plusieurs reprises.

   Malgré les objections de Monsieur de Bouzonville qui estimait que l’entrée chez les Trappistines, excédant les forces de la nature, détruirait sa santé et même la tuerait, Louise-Adélaïde revient à Sembrancher à la fin septembre 1797 et demande aussitôt son admission comme postulante à la Sainte-Volonté-de-Dieu.

A suivre > ici.

Habit ordinaire de novice cistercienne - blogue

Habit de novice cistercienne dans la vie conventuelle

2024-58. La Très Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, dernière Princesse-abbesse de Remiremont, fondatrice du monastère Saint-Louis du Temple (1ère partie).

10 mars,
- Fête du Bienheureux Elie de N.D. du Perpétuel Secours,
prêtre et martyr de l’Ordre de Saint Augustin ;
- Mémoire de Sainte Marie-Eugénie de Jésus (cf. > ici) ;
- Mémoire des Saints Quarante Martyrs de Sébaste ;

- Anniversaire du rappel à Dieu de la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde,
née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (+ 10 mars 1824).

Une vue du château de Chantily avant la révolution - blogue

Une vue du château de Chantilly dans la seconde moitié du XVIIIe siècle :
ce fastueux château (qui fut rasé à la révolution) était alors la principale résidence des Princes de Condé
après Versailles, où ces premiers Princes du Sang devaient tenir leur rang, et leur hôtel de Paris.

Bourbon-Condé

Bourbon-Condé :
De France au bâton péri en bande de gueules en abîme.

Première Partie :

De la naissance de Son Altesse Sérénissime la Princesse
Louis-Adélaïde de Bourbon-Condé
jusqu’à l’émigration.

       Fille de « Monsieur le Prince », Louis V Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818), Prince du Sang, arrière-arrière-petit-fils du Grand Condé, et de Charlotte Godefride Élisabeth de Rohan-Soubise (1737-1760), Son Altesse Sérénissime la très haute et très puissante Princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé est née le 5 octobre 1757.
Sœur cadette du dernier survivant de tous les Condé, Louis VI Henri de Bourbon-Condé (1756-1830), elle est donc la tante de Louis-Antoine de Bourbon-Condé (1772-1804), dernier duc d’Enghien, malheureusement rendu célèbre par son assassinat gratuit ordonné par le misérable Buonaparte, le 21 mars 1804 dans les fossés du château de Vincennes.

   Orpheline de mère alors qu’elle n’avait pas 3 ans, « Mademoiselle de Bourbon » fut élevée par sa grand-tante, Henriette-Louise de Bourbon-Condé (1703-1772) dite « Madame de Vermandois », abbesse des Bénédictines de Beaumont-lès-Tours, auprès de laquelle elle demeura sept années, loin de la cour ; puis, de sa treizième à sa vingt-cinquième année, elle acheva son éducation à l’abbaye royale des Bernardines de Panthemont (aujourd’hui aux rues de Grenelle et de Bellechasse dans le 7ème arrondissement de Paris), où étaient reçues les jeunes filles de la très haute société pour parfaire leur éducation avant leur « établissement » ; elle y mena une existence mi-religieuse, mi-mondaine, allant et venant à Paris, Chantilly, Versailles.
Louise-Adélaïde était liée à sa cousine, « Madame Clotilde » (cf. > ici), de deux ans sa cadette, par une forte amitié.

   On nous décrit alors Louise comme « une jeune fille à la taille svelte et élancée, avec un air de santé, des joues rondes et fraîches, des yeux brillants de gaieté, une physionomie vive et spirituelle, animée d’un rayonnement intérieur ». A ses 16 ans, on avait un temps songé à la marier au comte d’Artois, futur Charles X, mais la politique en avait décidé autrement : plus tard, avec un sourire détaché, elle parlera des « pataclans de Versailles ». Ce mot de « pataclan » - peut-être l’ancêtre de « bataclan » – était un mot d’origine provinciale alors assez fréquemment employé comme un équivalent de « patatras » pour qualifier un « tapage », un « vacarme », et tout ce qui « fait grand bruit ».
Déjà son âme était attirée vers le calme et la vie solitaire, mais elle n’en tenait pas moins sa place de maîtresse de maison (puisque sa mère était décédée et que « Monsieur le Prince » n’était point remarié) dans la plus belle résidence de France. Parmi les hôtes de marque qui y affluaient des quatre coins de l’Europe, elle reçut, en 1782, le futur Tsar Paul Ier, qui, sous le nom de « comte du Nord », faisait son tour du continent. Il fut vivement frappé par cette belle jeune fille, à la tête droite et fière, au visage noble et régulier, au regard clair et profond. La baronne d’Oberkirch (amie d’enfance de la grande-duchesse Marie Feodorovna, épouse du grand-duc Paul), qui faisait partie de la suite de la « comtesse du Nord », qui la vit alors, écrivit d’elle : « C’est un front à porter une couronne ou un voile de religieuse ».

Louis-Adélaïde de Bourbon-Condé - blogue

Jean-Marie Ribou (1744-1817) : portrait de la Princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé
[musée de Chantilly]

   La jeune princesse, qui s’était cassé une rotule, fut envoyé « prendre les eaux », comme on disait alors, à Bourbon l’Archambault, station thermale alors fort réputée. Elle y rencontra un petit gentilhomme breton, solitaire et un peu sauvage, de la race des rêveurs enthousiastes, le marquis Nicolas Magon de la Gervaisais (1765-1838). Il se noua entre eux une sorte de lien affectif et spirituel, car tout demeura extrêmement platonique, qui s’apparente toutefois à une réelle et tendre passion que la princesse ne remplacera que par Dieu, et dont Monsieur de la Gervaisais vécut toute sa vie. De cet amour, noble et pur, qui devait se dénouer par le sacrifice, il nous est resté les lettres de Louise de Condé, publiées à diverses reprises après sa mort et qu’on ne peut relire sans émotion, parce qu’elles nous livrent le combat d’une âme s’élevant au renoncement.

   En 1786, succédant à Anne-Charlotte de Lorraine, Louise-Adélaïde est élue Princesse-abbesse du Chapitre impérial séculier des Dames nobles de Remiremont. « Madame de Bourbon » sera donc la dernière Princesse-abbesse de cette illustre institution, qui sera emportée quatre ans plus tard par les lois antireligieuses du début de la révolution au bout de 1170 ans d’existence !

   Car les événements se précipitent : nous voici en juillet 1789. Le 17, alors que Sa Majesté le Roi se rend à Paris et va se trouver pressé d’accrocher la cocarde tricolore à son chapeau, le Prince de Condé, estimant que la royauté ne pourra être défendue que de l’extérieur, prend la route de l’exil avec sa famille, dans la perspective d’assumer le commandement des armées qui comptent rétablir en France l’ordre violé.
Les vicissitudes de ces années mouvementées condamnent les Condé à une vie errante : à la fin de 1789, ils sont à la cour de Turin, où la princesse Clotilde de France, l’amie d’enfance de Louise, leur offre l’hospitalité. Puis, à travers la Suisse, ils gagnent Worms, où la vocation monastique de Louise se fait plus pressante. Mais elle assiste son père qui s’occupe à rassembler et diriger les émigrés épars… Nous n’allons pas refaire ici l’histoire de l’armée de Condé.
Louise, elle, prend sur son sommeil pour prier, car son cœur « se porte vers Dieu avec une espèce de violence », comme elle l’écrit dans la correspondance qu’elle entretient encore avec ses amies de France.
Puis ce sera la fuite devant les armées de la révolution et, plus tard, de l’empire : de châteaux en châteaux, de résidences en hôtels particuliers, de camps en camps, de fermes en fermes, elle va ainsi voir s’éloigner toujours davantage les frontières de sa patrie… Cet exil durera 25 ans !
Son besoin de dévouement grandit à la mesure des misères croissantes qui l’entourent. Un historien a écrit, avec un peu d’exagération tout de même : « Elle devient l’aumônière de l’émigration ».

A suivre : 2ème partie > ici

brassard de l'armée de Condé - blogue

Brassard de l’armée de Condé

2024-57. Où, à l’occasion du deuxième anniversaire de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac, on rappelle comment le chevalier de Mérancourt fut sauvé par les chats de Son Eminence le Cardinal-ministre.

Dimanche de Laetare 10 mars 2024,
Deuxième anniversaire de la naissance de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac
(on peut revoir la chronique de son premier anniversaire > ici).

vignette Tolbiac et souris - blogue

       Mon papa-moine, à l’occasion de mon deuxième anniversaire, a voulu me parler d’un très important personnage de l’histoire de notre France, pour lequel il a une immense admiration : Armand-Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, principal ministre de Sa Majesté le Roi Louis XIII, très grand serviteur de la Couronne, et – à ce titre sans doute – détesté de beaucoup et fort injustement calomnié.

   Son Eminence aimait les chats et fut sans nul doute un précurseur en « félinophilie ». Je n’en fais pas un secret : je tiens pour absolument certain qu’un homme qui aime les chats ne saurait être un mauvais homme. Or le grand cardinal-ministre eut jusqu’à quatorze chats !!!

   Le cardinal de Richelieu passe pour avoir été l’un des premiers à la Cour, sinon le premier, à nous avoir donné autant d’importance. Sans doute avait-il compris combien nous pouvons être, par notre seule présence et nos exemples, de précieux auxiliaires d’une saine politique et gestion de l’Etat.
Il y avait certes un côté pragmatique à la chose : nous autres, chats, si efficaces dans la lutte contre les petits rongeurs, sommes comme les anges gardiens d’une bibliothèque, d’une garde-robe, d’une sacristie, et, bien sûr, des celliers et de vos réserves de nourriture ; sans compter que le judicieux artisan de l’entrée de la France dans la période moderne avait bien compris que nous serions de précieux auxiliaires de la marine royale : sans chats à bord, un navire est en grand danger, parce que les rats, outre les dégâts qu’ils peuvent commettre dans une cambuse, sont également friands du suif avec lequel on graissait les cordages, et qu’ils peuvent ronger le bois dont les vaisseaux étaient faits…

    Bref ! Pour m’inspirer un aussi grand amour que le sien pour le cardinal de Richelieu, mon papa-moine m’a lu une belle histoire, celle de la grâce qui fut accordée au chevalier de Mérancourt, magnifiquement rapportée par un écrivain bien oublié aujourd’hui, Monsieur Sonolet. Pour le cas où vous ne la connaîtriez point déjà, je vous la recopie ci-dessous.

pattes de chat Tolbiac.

Richelieu et ses chats - blogue

 Charles Édouard Delort (1841-1895) : la distraction de Richelieu (avant 1865)
[Detroit Institute of Arts]

       « Mistigri, veux-tu laisser Raton tranquille ? Et toi, Cyrus, je vais t’aider à déranger mes papiers. »
Après avoir consacré plusieurs heures aux affaires de l’Etat, le cardinal de Richelieu se délasse un instant en regardant jouer ses chats favoris. Dans le cabinet de travail aux boiseries sévères, ils sont là, quatre effrontés, qui se poursuivent, se roulent, bondissent sur les meubles, grimpent, sans le moindre respect, sur la table de travail.
C’est tout juste si Blanchette, la mère, a plus de réserve et de dignité. Mais on croirait vraiment qu’il coule du vif-argent sous le pelage soyeux et doux de ses trois petits : Raton, Mistigri et Cyrus. Que de sauts, de cabrioles, de folles gambades ! Et le plus remuant, le plus turbulent, le plus hardi de la bande, c’est ce Mistigri dont les yeux semblent des émeraudes toujours en mouvement et qui vous a des moustaches hérissées et insolentes comme celles d’un jeune mousquetaire.
Le cardinal de Richelieu raffole des chats. Il goûte un véritable plaisir à suivre leurs mouvements gracieux, leurs gestes câlins. A le voir sourire avec bonhomie devant les jeux de Blanchette et de ses petits, on aurait peine à  reconnaître le ministre puissante et redouté dont les terribles édits font trembler la France.

   Ah ! il n’est pas tendre, le grand cardinal. En ce moment, ce sont les duellistes qu’il poursuit tout spécialement de ses rigueurs. Il a prescrit que quiconque croiserait le fer serait immédiatement puni de mort. Déjà, le comte de Montmorency-Bouteville et plusieurs autres seigneurs des premières familles du royaume ont payé de leur tête leur désobéissance.
Justement, un laquais vient d’introduire dans le cabinet de travail le grand juge chargé de poursuivre les coupables : l’impitoyable Laubardemont.
« Quoi de nouveau, monsieur le grand juge ? » demande Richelieu.
- Eminence, répond Laubardemont, un jeune téméraire se permet encore de nous braver. On vient d’arrêter le chevalier de Mérancourt au moment où il provoquait un autre gentilhomme et où il voulait le forcer à se battre en plein Paris.
Le cardinal détourne ses yeux des débats capricieux de ses quatre chats. Sa figure longue et pâle prend une expression de dure et froide résolution.
« Eh bien, fait-il d’une voix sourde, le chevalier de Mérancourt mourra comme les autres. »
Impassible, Laubardemont continue :
« Sa fiancée a supplié qu’on l’introduise auprès de Votre Emincence. Elle veut se jeter à vos pieds et vous demander la grâce du coupable. Suivant vos instructions, je lui ai fait répondre que vous ne pouviez la recevoir.
- Vous avez bien fait, monsieur le grand juge. Quel âge a le chevalier de Mérancourt ?
- Vingt ans.
- Vingt ans ! Et à la veille de se marier. Quelle folie a donc poussé ce malheureux ? N’importe, il faut que la loi s’accomplisse.
Laubardemont tend au ministre un rouleau de parchemin d’où pend un large cachet rouge :

« Eminence, voici la sentence. Il n’y manque que votre signature.
Le cardinal a pris la feuille. Il a trempé sa plume dans l’encrier, mais, au moment de signer, on dirait qu’il se consulte, qu’il hésite. C’est qu’il se sent quelque trouble à envoyer à l’échafaud un enfant de vingt ans. Pour la première fois, peut-être, un éclair de pitié a pénétré dans cette âme de bronze.
« Monsieur le grand juge, dit-il à Laubardemont surpris, voulez-vous me laisser cette sentence ? Avant de signer, je veux réfléchir un peu au cas de ce jeune fou. Revenez dans une demi-heure. Je serai au Conseil du Roi, mais vous trouverez votre parchemin sur cette table. S’il porte ma signature, le chevalier de Mérancourt devra être exécuté dès demain, au petit jour. Dans le cas contraire, vous attendrez mes ordres. »

   Laubardemont s’est retiré. L’inflexible ministre demeure seul, pensif, au fond de son grand fauteuil. Mistigri ronronne sur ses genoux, tout en mordillant de ses petites dents pointues les boutons de son camail rouge. Blanchette fait tranquillement sa toilette sur le tapis et, fatigués de leurs exercices, Raton et Cyrus se sont pelotonnés l’un contre l’autre pour dormir.
Une demi-heure s’écoule. Le cardinal tortille toujours sa plume entre ses doigts maigres. Va-t-il signer ? Va-t-il faire grâce ? A la fin, c’est la raison politique qui l’emporte. D’une main ferme, il appose son nom au bas de la sentence. Puis, après avoir mis 
doucement Mistigri sur le fauteuil, l’allure calme et paisible, il se rend au Conseil du Roi.
Pauvre petit chevalier de Mérancourt !

   Oh ! Mistigri ne reste pas longtemps sur le fauteuil. Il semble plus vif, plus espiègle, plus fou que jamais. Ses petits yeux d’émeraude brillent avec l’air de dire :
« Maintenant que nous sommes seuls, il s’agit de nous en donner. »
A toute vitesse, il court donner l’assaut à Raton et à Cyrus qu’il réveille en sursaut. Puis il s’en prend spécialement au pacifique Raton. Il le charge, le roule, le culbute, lui mordille les oreilles. Fort peu disposé à cette gymnastique, Raton cherche partout un refuge.
Il saute sur le fauteuil, puis sur la table qu’encombrent les papiers du cardinal. Mais, d’un bond, l’acharné Mistigri y rejoint le fuyard. Fatalité ! Dans cet élan impétueux, il renverse l’encrier du cardinal. Et voilà qu’un flot d’encre se répand, noircissant les papiers, mouillant les pattes blanches de Mistigri qui s’arrête tout surpris, mais point du tout affecté de la catastrophe.

   Le lendemain, en arrivant à son cabinet de travail, le cardinal de Richelieu était de fort mauvaise humeur.
Ce n’était pas à cause de l’accident causé par Mistigri, car les laquais l’avaient réparé tant bien que mal, et le sévère ministre ne s’aperçut de rien tout d’abord. Mais il regrettait amèrement sa décision de la veille. Il venait  d’apprendre que le chevalier de Mérancourt était un jeune homme plein de vaillance qui avait déjà fait ses preuves sur le champ de bataille. Et puis il était si jeune !
« Ah ! murmurait-il en caressant Mistigri qui faisait le gros dos sur le bras du fauteuil, je n’aurais pas dû la donner si vite cette signature. Hélas ! pourquoi est-il trop tard ! »
A ce moment même, on annonça M. de Laubardemont.
« Eh bien, monsieur le grand juge, demanda le cardinal avec un accès de tristesse dans la voix, le chevalier de Mérancourt à dû mourir en brave ? »
Une expression de profonde stupéfaction se peignit sur les traits de Laubardemont :
« Mourir ? Mais, Eminence, à l’heure qu’il est le chevalier de Mérancourt est aussi vivant que vous et moi.
- Vivant ! Dieu soit loué ! Mais comment se peut-il ?
- Je me suis conformé aux ordres de Votre Eminence. Voyez vous-même. Il n’y a pas trace de signature sur la sentence. »
Ce disant, le grand juge présenta au cardinal la feuille de parchemin de la veille. Mais ce fut en vain que celui-ci y chercha sa signature. Impossible de la trouver. Elle avait disparu dans une large tache d’encre que
 couvrait tout un coin de la feuille et qui était due à la turbulence maladroite de ce polisson de Mistigri.

   Richelieu resta un moment sans mot dire, intrigué, pris de soupçon.
« Cette tache, se demandait-il, qui l’a faite ? »
Tandis qu’il s’interrogeait de la sorte, il sentit un poids inaccoutumé au bout de son grand cordon du Saint-Esprit. C’était l’irrespectueux Mistigri qui s’y cramponnait de toute la force de ses griffes, en faisant résonner le plus bruyant des ronrons.
Tout de suite, son maître remarqua en lui quelque chose d’anormal :
« Ah ! çà, où as-tu mis tes pattes, Mistigri ? »
Puis, après avoir examiné de plus près les petites pattes tachées de noir :
« Mais c’est de l’encre, ma parole. Ah ! je comprends tout maintenant. »
Sa longue main blanche se plongea, caressante, dans la fourrure soyeuse du petit chat et, d’une voix émue, il murmura :
« Ah ! Mistigri, Mistigri, si tu savais la joie que tu me causes ! »
Se tournant alors vers Laubardemont :
« Monsieur le grand juge, nous nous contenterons d’envoyer quelque temps ce petit Mérancourt dans ses terres. Il pourra s’y marier tout à son aise et y méditer aussi sur les inconvénients qu’il y a à mettre flamberge au vent. »
Il chercha encore sous sa main le poil douillet et fin de Mistigri. Mais déjà celui-ci avait entamé une grande partie autour de la chambre avec Blanchette, Raton et Cyrus. Le cardinal les suivit un instant d’un regard affectueux, puis il conclut avec un bon sourire :
« Et voilà comment un tout petit chat peut sauver la vie d’un gentilhomme. Ah ! monsieur le grand juge, ceci nous prouve que la Providence se sert parfois des plus petits pour apprendre aux grands la clémence. »

Louis Sonolet (1872-1928)

Prédiction d'une grande carrière ecclésiastique

Prière pour demander des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne :

Voir les notices biographiques au sujet de la Vénérable Marie-Clotilde de France > ici et > ici

Vénérable Marie-Clotilde de France

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable

Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

   O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France
(Naples : église Santa Catarina a Chiaia)

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