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2011-44. Les martyrs de la Commune.

Mardi 24 mai 2011, fête de Marie Auxiliatrice
(c’est à dire Secours des Chrétiens).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis le mois de mars déjà, diverses associations liées à la « libre-pensée », des francs-maçons, des anarchistes, associés à des syndicats et autres mouvements de gauche commémorent le cent quarantième anniversaire de la commune insurrectionnelle de Paris, avec la bienveillance de certaines autorités civiles ou politiques (quand leurs manifestations ne sont pas tout bonnement subventionnées avec l’argent public…).

Je n’ai bien évidemment pas le dessein d’écrire ici une histoire complète de cette période de l’histoire. Mais, en marge de ces célébrations, je me crois autorisé à rappeler ici des faits qui (ceux qui me connaissent s’en doutent déjà!) iront à l’encontre de ce que la littérature « hagiographique » laïque et républicaine tend à imposer comme vision des évènements. Je me crois d’autant plus autorisé à écrire que je n’ai, jusqu’à présent, lu ni entendu aucune voix ecclésiastique rappeler ce que furent en vérité ces évènements pour les catholiques et l’Eglise à Paris.

Après les durs mois du siège et l’occupation de la capitale par les Prussiens, les Parisiens pouvaient certes bien légitimement être exaspérés. Je ne nierai pas que la répression exercée par les Versaillais à l’encontre des communards, au cours de ce que l’on appelle « la semaine sanglante », n’ait été particulièrement cruelle. Mais je ne suis pas manichéen et je sais très bien que la bêtise, la haine, la cruauté et la violence ne se sont pas trouvées d’un seul côté au cours de ces évènements tragiques…

Cela étant dit, je vous invite au préalable à vous souvenir de quelques unes des paroles de la Très Sainte Vierge Marie quand elle apparut à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, entre minuit et deux heures du matin, dans la chapelle de la rue du Bac.

Apparition de Notre-Dame à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830

Apparition de Notre-Dame dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830 (chapelle de la rue du bac)
« Venez au pied de cet autel… »

Ici encore, je ne veux pas refaire le récit détaillé de cette longue apparition (deux heures!). Je me contenterai de citer quelques paroles de Notre-Dame telles que Soeur Catherine les consigna par écrit pour son directeur spirituel.

Dans un premier temps, la Vierge Marie annonce la toute proche révolution de la fin juillet 1830 :« Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France : le trône sera renversé, le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes ». Sainte Catherine Labouré précise : « La Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela ». Et Notre Dame poursuit : « Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur… »

Puis la Sainte Vierge a continué ses annonces sur des évènements plus lointains :« Le moment viendra où le danger sera grand, on croira tout perdu, là je serai avec vous, ayez confiance, vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés. Mais il n’en est pas de même des autres Communautés. Il y aura des victimes » (ici Sainte Catherine note : « La Sainte Vierge avait les larmes aux yeux »). Mais ce n’est pas encore tout, Marie ajoute :« Il y aura bien des victimes, Monseigneur l’archevêque mourra. Mon enfant, la Croix sera méprisée, le sang coulera dans les rues » - ici, Sœur Catherine précise quela Sainte Vierge ne pouvait presque plus parler tant sa peine était grande : « Mon enfant, me dit-elle, le monde entier sera dans la tristesse ». À ces mots, je pensai : « Quand est‑ce que ce sera? » Et alors j’ai très bien compris : »quarante ans« .

Quarante ans!
La réponse s’est imprimée dans la pensée de Sainte Catherine Labouré. Et quarante ans plus tard la prophétie de Notre-Dame s’est réalisée.

Dès son déclenchement, l’insurrection s’afficha résolument et violemment hostile à l’Eglise Catholique.
J’ai cherché à savoir si d’autres édifices de culte avaient subi les mêmes profanations que les églises et si d’autres ministres de culte – protestants ou israélites – avaient été victimes de violences comparables à celles qui furent infligées au clergé catholique mais je n’ai rien trouvé à ce sujet.
Est-ce parce qu’il n’y en eut pas ou seulement parce que les historiens ont omis de le noter?

Une barricade pendant la Commune - 1871

Une barricade en 1871

Le jour même de sa proclamation, la Commune décréta la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » et interdit la célébration de la Messe dans les hôpitaux.
Très rapidement, de nombreux couvents furent envahis et occupés : les religieuses furent humiliées, moquées et subirent des outrages sous leurs propres toits…
Pourtant, pendant toute la durée du siège – comme toujours – les congrégations avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour soulager les affamés et soigner malades et blessés!

Plus grave encore, car aucun coeur véritablement catholique ne peut y penser sans frémir d’indignation et de douleur : les fédérés se livrèrent à de très nombreuses profanations délibérées du Très Saint Sacrement

Le mardi saint, 4 avril 1871, Monseigneur Georges Darboy, archevêque de Paris, l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, et Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame, sont pris en otages : d’abord enfermés à la prison de Mazas, ils seront plus tard transférés à la Roquette.
Un contemporain note dans son diaire à la date du 5 avril : « La consternation est partout, on vit dans la crainte, on est indigné ; mais on n’ose rien dire. Lorsque l’archevêque a comparu devant ses juges, il leur disait : «Mes enfants», à quoi ils ont répondu : «Nous ne sommes pas vos enfants, mais des magistrats!».

Monseigneur Georges Darboy

Monseigneur Darboy

Le même témoin note le lendemain, jeudi saint 6 avril : « On lit dans les rues des affiches épouvantables, disant qu’il faut piller les églises, assassiner les prêtres ».
Puis le 9 avril, qui était le dimanche de Pâques, il écrit encore : « La commune ne se contente pas d’afficher des proclamations sanguinaires, elle les met à exécution. On a arrêté 200 prêtres, fait fermer plusieurs églises, on a de la peine à trouver une messe ».

De fait, de nombreuses églises sont transformées en « clubs révolutionnaires » et sont le théâtre de scènes épouvantables : le drapeau rouge flotte sur Notre-Dame de Lorette dont un vicaire, l’abbé Jean-Marie-Noël Sabbatier, est emprisonné ; la célèbre Louise Michel, dont l’excitation – voisine de l’hystérie – est à son comble, « pontifie » dans le club qu’elle a installé dans l’église Saint-Bernard de la Chapelle ; Saint-Eustache et Saint-Nicolas des Champs ont tous les soirs des séances qui rappellent les heures les plus sombres de la grande terreur ; à la Sainte-Trinité, c’est un club où se réunissent uniquement des femmes qui montent en chaire pour éructer des horreurs, exhorter au pillage et appeler au massacre des prêtres… etc.
Le témoin que nous avons déjà cité note le 16 avril : « Les prêtres, habillés en bourgeois, se sauvent de Paris et vont chercher un refuge au milieu des Prussiens, près desquels ils sont plus en sûreté qu’avec les communeux qui ne respectent rien. »

Le 17 mai, jour où l’on annonce que les Versaillais vont entrer par la porte Maillot, notre témoin écrit : « Les communeux ont pillé Notre-Dame des Victoires, et y ont fait toutes sortes de profanations. Après des crimes aussi horribles, n’avons-nous pas à craindre que la vengeance de Dieu ne tombe sur cette ville si coupable. »

Les communards aux abois avaient en effet commencé à allumer des incendies en plusieurs points de la capitale : le palais des Tuileries sera l’une des plus célèbres victimes de cette folie incendiaire.
Ils vinrent à la basilique de Notre-Dame des Victoires en trainant des barils de pétrole, malmenèrent les prêtres et les fidèles qui voulaient s’opposer à ce sacrilège, mais avant de livrer l’église aux flammes ils voulurent la piller et la profaner de manière systématique.
Le Tabernacle fut violé, les Saintes Hosties jetées à terre et piétinées ; la statue de la Vierge à l’Enfant fut dépouillée des couronnes offertes par le Bienheureux Pie IX,
puis souillée de la plus ignominieuse façon ; les vases sacrés – que le curé avait pourtant tenté de préserver en les dissimulant dans le cénotaphe de Lully – furent profanés par des beuveries blasphématoires ; la châsse de Sainte Aurélie (jeune martyre des premiers siècles retrouvée dans les catacombes et dont les reliques avaient aussi été offertes à la basilique par le Bienheureux Pie IX) fut ouverte et ses ossements jetés au hasard ; le tombeau du saint abbé Desgenettes fut fracturé et sa tête, arrachée de son corps, piquée sur un fusil, fut promenée au milieu des rires et des blasphèmes…
En apprenant ces profanations, Sainte Catherine Labouré déclara : « Ils ont touché à Notre-Dame des Victoires : ils n’iront pas plus loin! »
Le 24 mai, jour de la fête de Marie Auxiliatrice, après sept jours de profanations et de scènes orgiaques, les fédérés s’enfuirent au son du clairon des Versaillais : la basilique du Coeur immaculé de Marie avait été terriblement éprouvée, mais elle avait échappé aux flammes et la statue miraculeuse, malgré les profanations, restait debout!

A la date du 29 mai, le témoin que nous avons déjà cité écrit :  « Après de bien mauvais jours, et de terribles émotions, nous voici enfin un peu tranquilles. On n’entend plus le canon ; mais hélas, on sait maintenant toute l’affreuse vérité, et tous les crimes qui ont été commis ».

Parmi les crimes qu’ils ont commis, les communards ont tué « in odio fidei » – en haine de la foi – 31 serviteurs de Dieu dont il serait aisé de reconnaître officiellement le martyre et d’obtenir la béatification si, jusqu’ici, le souci de ne pas trop déplaire à la république n’avait pas retenu « l’Eglise de France » dans cette procédure :

1) le 24 mai 1871, fusillés à la prison de la Roquette vers 20h30 : Son Excellence Monseigneur Georges Darboy, en compagnie de l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, de l’abbé Jean-Michel Allard, aumônier des ambulances, et de deux Jésuites : les Révérends Pères Léon Ducoudray et Alexis Clerc (le premier était recteur de l’École Sainte-Geneviève).

Monseigneur Darboy sur son lit de mort

La dépouille de Monseigneur Darboy lors de ses funérailles, après la semaine sanglante.

2) le 25 mai 1871, massacrés dans la rue en fin d’après-midi à proximité de la Porte d’Italie : les dominicains du collège d’Arcueil. Leur supérieur était le Révérend Père Louis-Raphaël Captier, qui avait fondé le collège. Avec lui furent exécutés quatre prêtres de son ordre : les Pères Thomas Bourard, Constant Delhorme, Henri Cottrault et Pie-Marie Chatagneret, et huit laïcs qui étaient leurs auxiliaires au collège : Louis-Eugène-Antoine Gauquelin (professeur de mathématiques), François-Hermand Volant (surveillant), Aimé Gros (domestique), Antoine Gézelin Marce (domestique), Théodore Catala (surveillant), François-Sébastien-Siméon Dintroz (infirmier), Marie-Joseph Cheminal (domestique) et Germain-Joseph Petit (économe).
Ils avaient été arrêtés le 19 mai et emprisonnés au fort de Bicêtre, où ils souffrirent de la faim et de la soif, puis le 25 mai sous le prétexte de les conduire de Bicètre à une autre prison située avenue d’Italie, ils furent massacrés dans la rue.

Le massacre des otages de la rue Haxo, le 26 mai 1871

Exécution des otages, rue Haxo, le 26 mai 1871.

3) le 26 mai 1871, vers 15h, quarante-neuf prisonniers furent extraits de la prison de La Roquette et conduits, sur les hauteurs de Belleville : c’étaient 33 gardes de Paris, 2 gendarmes, 4 mouchards et 10 ecclésiastiques choisis au hasard.
Encadrés par les fédérés, ces otages montent à pied jusqu’à la cité de la rue Haxo qu’ils atteignent vers 17 h 30.
Malgré les réticences de leurs chefs militaires et cédant à une foule qui hurle à la mort, les fédérés tirent à volonté durant un quart d’heure sur les otages, tous exterminés, devant le haut mur qui se trouvait rue du Borrégo, à hauteur de l’actuelle Maison des Jeunes.

Voici la liste des ecclésiastiques qui furent massacrés : les Révérends Pères Jésuites Pierre Olivaint, recteur de la maison de la rue de Sèvres, Jean Caubert et Anatole de Bengy ; les Révérends Pères de la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Picpus :  Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu ; un prêtre séculier : Jean-Marie-Noël Sabattier, vicaire à Notre-Dame de Lorette ; un  religieux de Saint-Vincent de Paul : Matthieu-Henri Planchat ; et l’abbé Paul Seigneret, séminariste de Saint-Sulpice.
Un oratoire sommaire fut édifié à l’emplacement des exécutions (81 rue Haxo) dès 1889, puis remplacé en 1894 par une chapelle d’environ 250 places agrandie quatre ans plus tard. A la suite de l’urbanisation du quartier, une véritable église fut construite entre 1936 et 1938 par l’architecte Julien Barbier : Notre-Dame des Otages.

4) le 27 mai 1871 enfin, subirent aussi le martyre : Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame de Paris, qui avait été emprisonné en même temps que Monseigneur Darboy, et qui fut massacré dans la rue après avoir pu s’enfuir de la prison de la Roquette. Avec lui fut aussi martyrisé l’abbé Émile-Victor Bécourt, curé de Notre-Dame de Bonne Nouvelle.
Le Révérend Père Jean-Baptiste Houillon, des Missions Etrangères de Paris, revenu de Chine pour un congé de maladie en 1869, fut aussi massacré par les fédérés sur le Boulevard Richard Lenoir lors d’un transfert de prisonniers.

Reliques des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871

Nous conservons pieusement au « Mesnil-Marie » cinq enveloppes cachetées portant les noms des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871 et contenant des morceaux de leurs soutanes.

2011-42. Du « Grand Chanéac » et de la chouannerie dans les Hautes Boutières.

15 mai : anniversaire de la mort du Grand Chanéac.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je prononce le mot chouan, je suis certain que le plus grand nombre va spontanément penser à la Bretagne, à la Normandie ou au Maine. Toutefois – et sans que cela leur ôte le moindre mérite – la vérité historique oblige à rappeler que la chouannerie ne fut pas une exclusivité des provinces de l’Ouest de la France.

Chouan

Pour ne parler que du Vivarais où est implantée notre Mesnil-Marie - proche d’autres terres de résistance opiniâtre à la révolution (Velay, Gevaudan, Cévennes, Forez, Lyonnais… etc.) -, il ne faut pas oublier qu’on s’y insurgea contre les mesures des assemblées dites « constituante » puis « législative » bien avant le soulèvement vendéen !

Je ne peux pas faire ici un cours d’histoire détaillé, toutefois chaque 15 mai ramène ici l’anniversaire du rappel à Dieu de l’une des plus éminentes figures emblématiques de la contre-révolution dans ces Hautes-Boutières où nous vivons : le « Grand Chanéac ».
Alors aujourd’hui, j’ai résolu de vous en parler à mon tour.

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Né le 11 décembre 1759 au mas des Sucheyres – sur le territoire de la paroisse de Saint-Andéol de Fourchades -, dans une famille de paysans relativement aisés, Jean-Pierre François Chanéac était donc dans sa trentième année à l’été 1789.

Bel homme, de haute taille, intelligent et instruit, il avait – selon les traditions – envisagé pendant un temps le sacerdoce et fait quelques études pour cela ; il aurait ensuite suivi des cours de médecine, avant de se marier et de prendre la suite de son père comme fermier du « Clapas », l’une des grandes fermes du domaine de Pierre de Julien de Baumes – seigneur de Fourchades, Saint-Martial et Bourlatier -, au point de jonction des vallées des Hautes-Boutières et du haut plateau vivarois.

La ferme et le suc du Clapas (Saint-Martial en Boutières)

La ferme du Clapas,
près de laquelle le « Grand Chanéac » remporta une belle victoire sur le général Boisset, le 21 novembre 1797
(cliquer sur l’image pour la voir en grand).

Si certains des chefs de bande qui tinrent la « montagne » pendant ces années de trouble et d’insécurité eurent des comportements peu exemplaires, si quelques uns se donnèrent le titre de « chouan » bien davantage pour se livrer au brigandage et s’enrichir que mus par un noble idéal, tel n’est pas le cas du « Grand Chanéac ».

C’était un homme animé par une foi vive et éclairée, et il n’est point douteux que ce fut l’un des principaux motifs, sinon le principal motif, de sa résistance.

Dans toute cette contrée, malgré l’exemple déplorable donné par l’évêque de Viviers, Monseigneur Charles de Lafont de Savines – personnage fantasque et tête légère qui fut l’un des quatre évêques d’Ancien Régime à prêter le serment schismatique de la constitution civile du clergé -, les prêtres, très proches de leurs paroissiens et très aimés d’eux, ne prêtèrent le serment qu’avec des restrictions importantes, ce qui le rendait nul et faisait d’eux des « réfractaires », passibles de la prison, de la déportation ou – tout simplement! – de la guillotine.
« Réfractaires », les curés et vicaires de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Borée, Sainte-Eulalie… etc. restèrent sur place (jamais des prêtres intrus ne purent les remplacer) et continuèrent à régir leurs paroisses, à administrer les sacrements et à célébrer la Sainte Messe dans la clandestinité (voir aussi > ici).
Il serait bien trop long de raconter ici toutes les anecdotes qui existent au sujet de ces prêtres, de leur héroïsme et de leur zèle généreux qui ne faiblit pas pendant près de dix années : en effet la persécution anti-chrétienne ne dura pas seulement pendant ce qu’il est convenu d’appeler la « grande terreur » (du début septembre 1792 à la fin juillet 1794), mais fut régulièrement relancée par des décrets jusqu’au temps de la pacification religieuse opérée par le concordat (1802).

Le « Grand Chanéac » protégeait les bons prêtres et il leur assurait sécurité et subsistance dans les fermes isolées dont il était le propriétaire (les Sucheyres, Gombert… etc.).

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Homme de fidélité, de conviction et d’idéal, on a de bonnes raisons de penser qu’il était en lien avec les principaux chefs de la résistance à la révolution dans un plus vaste périmètre : le comte de La Mothe, le marquis de Surville, Charles et Dominique Allier (frères de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, qui avait été l’une des chevilles ouvrières des rassemblements et soulèvements de Jalès).
Malgré les « bleus » et la traque acharnée qu’ils menèrent contre lui, il fut le véritable maître de ces contrées pendant tout le temps de la révolution.

La mémoire populaire a fait du « Grand Chanéac » une véritable figure de légende : sur sa jument noire, nommée « La Vendée », ou dans les cachettes quasi inaccessibles de cette vallée escarpée (proche du Mesnil-Marie) qu’on nomme « le gouffre de l’enfer », avec ses chouans qui lui étaient tout dévoués, avec le soutien massif de la population, il tint les « bleus » en échec pendant plus de dix ans : se dévouant sans compter « Pour Dieu et pour le Roy », il n’hésita pas à dépenser son bien pour la Cause et même à s’endetter lourdement.

Après la révolution, il s’emploiera à rembourser ses débiteurs et ne se prévaudra en rien de ses exploits pour se dérober aux devoirs de l’honnêteté.

Les Sucheyres  (Saint-Andéol de Fourchades)

Ruines du mas des Sucheyres où naquit et mourut le « Grand Chanéac »
et où il cacha de nombreux prêtres pendant la révolution.

Entouré de l’estime générale, le « Grand Chanéac » s’est éteint le 15 mai 1841, au mas des Sucheyres où il était né 81 ans et cinq mois auparavant.
Les traditions locales rapportent que jusqu’en sa vieillesse il dirigeait de sa voix puissante le choeur des chantres de l’église de Saint-Andéol de Fourchades. On raconte aussi qu’on transporta son cercueil vers l’église sur une tombereau traîné par deux boeufs blancs.

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Cent-soixante dix ans après sa disparition, alors que les traditions anciennes commencent à s’estomper et que des esprits malveillants – souvent par parti pris idéologique – ont cherché à ternir sa réputation, le qualifiant de « brigand », Frère Maximilien-Marie a tenu à entretenir le « devoir de mémoire » et à lui rendre justice : samedi dernier, il avait donc organisé une promenade commentée sur les lieux où s’illustra le « Grand Chanéac ».
Il a eu la très grande joie de voir venir à ce rendez-vous des descendants du chouan des Hautes-Boutières, et notre Frère est bien résolu désormais à s’employer à faire davantage connaître et aimer cette belle et grande figure qui (même si le chant a été composé bien après la grande révolution) n’aurait sans doute pas dédaigné d’unir sa voix à la nôtre pour chanter comme nous aimons à le faire :

Les bleus sont là, le canon gronde, 
Dites les gars avez vous peur :
Nous n’avons qu’une peur au monde 
C’est d’offenser Notre-Seigneur!

Les bleus chez vous dansant la ronde 
Boiront le sang de votre coeur :
Nous n’avons qu’un amour au monde, 
C’est l’amour de Notre-Seigneur!

Vos corps seront jetés à l’onde, 
Vos noms voués au déshonneur :
Nous n’avons qu’un honneur au monde 
C’est l’honneur de Notre-Seigneur!

Alors debout, le canon gronde, 
Partez les gars, soyez vainqueurs :
Nous n’avons qu’un espoir au monde, 
C’est la victoire du Seigneur!

Lully.

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Pour écouter le chant « Les Bleus sont là », faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
puis « ouvrir dans un nouvel onglet » :

Image de prévisualisation YouTube

Autres publications relatives au Grand Chanéac :
- Les messes clandestines dans nos hautes Boutières pendants la grande révolution > ici
- la bataille du Clapas, le 21 novembre 1797 > ici

2011-37. In memoriam : Monsieur l’abbé Bryan Houghton (2 avril 1911 – 19 novembre 1992).

Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua : Louons ces hommes plein de gloire qui sont nos pères et dont nous sommes la race…“ (Eccli. XLIV,1).

* * * * * * *

« Le plus souvent, dans la vie courante, ce sont nos occupations et nos responsabilités qui nous procurent la discipline nécessaire à la vie. Une certaine dose de discipline intérieure est par conséquent nécessaire pour passer vingt ans sans responsabilité ni emploi. C’est précisément le caractère contemplatif de la messe ancienne qui m’a donné cette nécessaire discipline. Vous avez donc devant vous un prêtre rejeté à cause de la messe ancienne, mais auquel seule la messe ancienne permet de vivre. »

Abbé Bryan Hougthon (paroles prononcées à l’occasion de ses cinquante ans de sacerdoce).

Monsieur l'Abbé Bryan Houghton

Monsieur l’Abbé Bryan Houghton (1911-1992)

Né le 2 avril 1911 dans une famille britannique anglicane mais peu religieuse et d’esprit  plutôt libéral, Bryan Houghton fut élevé dans le rejet du catholicisme romain. Selon un usage de ce temps – où dans les milieux aisées les relations familiales laissaient peu de place aux sentiments – il fut envoyé très jeune dans un pensionnat du sud de la France pour y suivre sa scolarité.

C’est là, alors qu’il n’a que neuf ans, que Bryan reçoit d’un camarade catholique une illumination qui va éclairer toute sa vie. Laissons-le en faire le récit :

« Mon audace était grande : j’avais neuf ans, il en avait quinze.

- Je suis protestant et je voudrais que tu me dises ce que c’est que la messe. J’y vais tous les jours mais je ne comprends rien.

- Oui, je t’ai vu au fond de la chapelle. Je croyais que tu étais juif.

- Non, je suis protestant. J’ai assisté à nos offices protestants. Ils sont très beaux : on y parle sans cesse de Jésus.

- C’est ça, on y parle de Jésus. Ils sont sûrement très beaux. Mais ce n’est pas la messe. Vois-tu, la messe EST Jésus.

Il hésita un moment, puis reprit :

- Vois-tu, Dieu s’est fait chair pour nous racheter sur la croix. A la Cène, il nous a laissé son Corps et son Sang sous les apparences du pain et du vin, comme gages de notre rédemption. La messe, c’est ça : la Présence réelle de Jésus-Christ. Devant un acte pareil, il n’y a rien à faire ou à dire. On ne peut que se taire.(…)

Voilà à peu près ce que fut la réponse d’Hippolyte. J’ai pu l’embellir un peu au fil des ans. Mais il m’en reste deux idées essentielles :

1. Le protestantisme parle de Jésus ; le catholicisme EST Jésus.

2. En face de la Rédemption, il n’y a de place pour aucune autre action humaine que le silence.

La messe était une liturgie dans laquelle Dieu agissait et non les hommes. Elle comportait de larges plages de silence pour permettre l’adoration de la Présence ineffable. Ce qui était dit à voix haute, l’était en latin pour limiter les interférences avec la personnalité du prêtre. Cette première expérience a joué un rôle essentiel ; il faudra l’avoir en mémoire lorsqu’il sera question des changements dans la messe, trente-cinq ans plus tard. » (in « Prêtre rejeté »)

Ces perspectives nouvelles et bouleversantes marquent Bryan à vie et vont l’amener, des années plus tard et au mépris de toutes les conventions et pressions sociales, à se convertir au catholicisme. Il a presque 23 ans. Quelque deux ans plus tard, il part à Rome afin d’y suivre les études qui le conduiront au sacerdoce.

Il est ordonné prêtre le dimanche de Quasimodo 31 mars 1940, par le cardinal Hinsley, dans la crypte de la cathédrale de Westminster. Il va ensuite exercer pendant vingt-neuf ans son ministère comme curé dans deux paroisses proches de Londres : d’abord à Slough, dans un quartier très populaire, où il crée la paroisse Saint-Antoine, puis à partir de septembre 1954 à Bury St Edmunds.

A partir des années soixante – et comme malheureusement presque partout à cette époque -, il est affronté à l’action de certains prétendus réformateurs qui prennent prétexte du second concile du Vatican pour, ni plus ni moins, vider le catholicisme de sa substance. La réforme liturgique va représenter pour lui un véritable drame : converti par la messe, l’abbé Houghton ne peut en conscience abandonner la liturgie qui exprime si magnifiquement l’intégrité de la foi catholique. Il dira un jour qu’il n’a pas abandonné l’anglicanisme et intégré l’Eglise Romaine, pour devoir y retrouver une « messe protestante ». Toutefois il ne veut pas non plus désobéir. Une seule solution lui reste donc : la démission, qui lui permettra – n’ayant plus de ministère – de bénéficier de l’autorisation de célébrer en privé la messe de son ordination.

Le 29 novembre 1969, à la veille du premier dimanche de l’Avent où, selon la volonté de Paul VI, le nouvel Ordo Missae entre en application, l’abbé Houghton se démet de sa charge de curé. Il écrit : « … La seule issue honorable est de cesser de fonctionner. Si j’utilisais la nouvelle liturgie avec la ferveur convenable, je me conduirais en hypocrite ; si je continuais à célébrer selon l’ancienne, je désobéirais. Je ne veux ni l’un ni l’autre. Ainsi donc je m’en vais comme un prêtre parfaitement loyal, avec la bénédiction de mon évêque. C’est ce qui fait la bizarrerie de ce départ… »

Voici quelques autres citations remarquables où il pose les bonnes questions au sujet de la réforme liturgique et de la pagaïe qu’elle a engendrée :

« Il y avait une question à laquelle je trouvais difficile de donner une réponse satisfaisante. Tous les prêtres avaient dit quotidiennement la messe ancienne avec le soin voulu et, apparemment, avec dévotion. Comment se faisait-il que 98 % d’entre eux acceptaient volontiers qu’elle change alors que ni le concile ni le pape n’en avait donné l’ordre. Ils avaient sauté sur cette simple permission comme les pourceaux de Gadara dans la mer. (…) Il n’était pas possible qu’ils aient aimé la messe ancienne. Ce n’était qu’un rite dont on pouvait changer comme on change de pantalon. Mais s’ils n’aimaient pas la messe, sans doute étaient-ils incapables d’adorer. Ils devaient considérer que la messe était une chose qu’ils avaient à faire, et non une chose que Dieu faisait. »

« Une des caractéristiques extraordinaires du bricolage de la messe, c’est que le prêtre jouit d’une liberté que les laïcs ont perdue. Dans l’ancienne messe, le prêtre était soumis à une stricte observance des rubriques et les laïcs pouvaient faire à peu près ce qu’ils voulaient : suivre la messe dans leur missel, lire le Manuel du Chrétien, dire leur chapelet, s’endormir… Maintenant le prêtre est libre d’inventer ce qu’il veut, mais malheur aux laïcs qui ne participent pas. Ce n’est pas la seule conséquence. Les laïcs sont toujours obligés d’assister à la messe le dimanche. Mais « la messe » n’existe plus dans le rite latin. Il y a à peu près autant de messes qu’il y a de prêtres. Est-ce que les laïcs sont obligés de se plier aux caprices du célébrant ? Il serait carrément injuste que la réponse soit oui. »

Doté d’une fortune personnelle, il quitte l’Angleterre et décide de s’installer dans le sud de la France, là où il verra le premier olivier. Ainsi fait-il halte à Viviers où il s’établit et demeure jusqu’à sa mort (1992).

L’évêque de Viviers de cette époque – le très progressiste Monseigneur  Hermil (au sujet duquel il dit un jour avec autant d’ironie que de réalisme : « Ce n’est pas un mauvais homme mais il n’a pas beaucoup de religion… ») – avait consenti à ce qu’il célébrât en semaine sa messe privée au maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent (laquelle était d’ailleurs pratiquement désertée).

L’abbé Bryan Houghton devient une personnalité «traditionaliste» locale et célèbre le dimanche la messe de Saint Pie V pour une petite communauté de fidèles (« ..les malheureux laïcs me faisaient immensément pitié. Ils étaient à la merci des prêtres amateurs de changements et priés d’applaudir à chaque innovation… »). Les célébrations dominicales se tiennent dans diverses chapelles privées avant de s’établir, de l’autre côté du Rhône, à Montélimar, dans la chapelle Notre-Dame de la Rose.

Montélimar - chapelle Notre-Dame de la Rose

Chapelle Notre-Dame de la Rose
(XIIe siècle, remaniée aux XVIIe et XIXe siècles).

Il aurait désiré acheter cette chapelle Notre-Dame de la Rose, mais la propriétaire, la marquise de La Bruyère, subit les pressions de personnalités influentes qui finalement la dissuaderont de la lui vendre (nota : en 1980, la chapelle  est devenue propriété de l’évêché de Valence, elle reste affectée à la célébration de la messe latine traditionnelle, qui est désormais assurée par les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre).

L’abbé Houghton côtoie Monseigneur Lefèbvre, dont il n’approuve pas toujours les décisions, et devient l’ami de Dom Gérard Calvet, dont il suit avec intérêt la fondation et les travaux pour la construction du monastère du Barroux. Il donne des conférences et il écrit : c’est ainsi qu’il publie « La paix de Monseigneur Forester »  en 1982, préfacée par Gustave Thibon (ouvrage où il proposait des solutions afin de parvenir à une paix liturgique), « Le mariage de Judith » en  1984 (réédité en 1994), « Irréligion » en 1987, « Prêtre rejeté » en 1990 (réédité en 2005 avec 27 articles en supplément).

L’abbé Bryan Houghton s’est éteint le 19 novembre 1992, victime d’une crise cardiaque : il avait 81 ans. Il a été inhumé au cimetière de Viviers.

Tombe de l'abbé Bryan Houghton au cimetière de Viviers

Hic Bryan Houghton sacerdotis
die 2 aprilis 1911 nati et 31 martii 1940 ordinati
obiit die 19 novembris 1992
R.I.P.

Lys de France

Voir aussi :
- annonce de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici
- Compte-rendu de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici

2011-36. De Soeur Marie-Marthe Chambon et de la dévotion aux Saintes Plaies de Notre-Seigneur.

21 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En concluant mes publications relatives au quatrième centenaire de la fondation de la Visitation (cf. > ici), je vous annonçais que nous approfondirions encore la fécondité spirituelle et mystique de cet Ordre : j’avais dès alors évoqué le 170ème anniversaire de la naissance de Soeur Marie-Marthe Chambon.
Le 21 mars est l’anniversaire du rappel à Dieu de cette sainte âme. En outre le vendredi de la troisième semaine de carême est aussi, en certains lieux, la fête des Saintes Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est donc tout à fait opportun de profiter de ces opportunités pour rappeler qui fut Soeur Marie-Marthe et la mission qui lui fut confiée.

Soeur Marie-Marthe Chambon converse de la Visitation

Soeur Marie-Marthe Chambon est née le 6 mars 1841, au hameau de la Croix-Rouge, paroisse de Saint-Pierre de Lémenc, en périphérie de Chambéry.
Elle fut baptisée le jour même dans l’église de sa paroisse qui était alors attenante au monastère de la Visitation. Elle reçut au baptême le prénom de Françoise et était la première d’une fratrie de huit.

La famille Chambon était très pauvre, mais le père (qui, notons-le au passage, avait été miraculeusement guéri par l’intercession de Sainte Philomène) aussi bien que la mère étaient riches de vertus vécues et de foi profonde : ils élevèrent leurs enfants dans la piété et l’honnêteté les plus exemplaires.

Quoique peu portée aux « rêveries mystiques » et étrangère à toute forme d’exaltation, la jeune Françoise (elle avait huit ou neuf ans) eut une première vision de Jésus en Croix le Vendredi Saint (1849 ou 1850). Sa vie spirituelle, déjà ardente, s’en trouve comme décuplée.
Quoique ne sachant ni lire ni écrire (elle ne le saura d’ailleurs jamais), elle apprend très rapidement tout le catéchisme et en a une compréhension parfaite ; cela lui vaut d’être admise à la première communion le 8 septembre 1850 : elle a neuf ans et demi et c’est précoce pour l’époque. Le jour de sa première communion, elle le racontera plus tard avec une extraordinaire candeur en répondant aux questions de ses Supérieures, « c’est le petit Jésus que j’ai vu et que j’ai reçu. (…) Il m’a dit que chaque fois que je communierais, ce serait comme cela. (…) Et depuis je l’ai toujours vu.»

Ame remarquable de pureté et de simplicité, absolument étrangère à toute malice, comme cela est arrivé pour d’autres « âmes privilégiées », Françoise va alors avoir le Saint Enfant Jésus comme compagnon de sa vie ordinaire : il l’accompagne quand  elle coupe de l’herbe pour sa chèvre, marche auprès d’elle dans les sentiers où elle ramasse du bois, travaille avec elle… et elle – qui est, bien évidemment, seule à le voir – grandit dans une espèce d’oraison perpétuelle, de coeur à coeur incessant avec Jésus. Elle voit aussi parfois la Très Sainte Vierge : Jésus et Marie sont dans une société familière et habituelle avec elle.

Françoise est admise à la communion fréquente : là encore il s’agit d’une faveur rare à cette époque car, même dans les couvents, les religieuses les plus ferventes ne peuvent pas communier plus de deux ou trois fois par semaine! Tout naturellement, la jeune fille aspire à entrer au couvent ; son confesseur la met à l’épreuve pendant un temps et elle est finalement admise comme postulante converse au Monastère de la Visitation.  Elle a 21 ans.

Ancienne Visitation de Chambéry

Le monastère de la Visitation de Chambéry où vécut Soeur Marie-Marthe.

Après la grande révolution, les Visitandines avaient reçu l’autorisation de rouvrir le monastère de Chambéry à la condition qu’elles y tinssent une pension de jeunes filles. La communauté dans laquelle entre Françoise Chambon, doit donc assurer l’équilibre entre la vie contemplative propre aux moniales de la Visitation et un pensionnat prospère – près de 80 élèves – qui occupe une partie des religieuses comme maîtresses et qui nécessite aussi le travail soutenu de plusieurs soeurs « domestiques ».

Le 29 avril 1863,  au terme de neuf mois de postulat, elle est admise au noviciat et reçoit le voile blanc des converses avec le nom de Soeur Marie-Marthe. Elle fait profession le 2 août 1864 : elle a 23 ans et elle appartient irrévocablement à Jésus!

Soeur Marie-Marthe frappe tous ceux qui l’approchent par sa candeur enfantine, au point que certains la croient « simplette » et que certaines élèves ne manqueront pas, à l’occasion, de prendre sa simplicité et son manque d’instruction comme cibles de leurs malices d’adolescentes… Mais les Supérieures ont eu tôt fait de déceler en elle, sous ses dehors frustes et ses maladresses, une âme d’exception ; leur maternelle sollicitude et leur esprit surnaturel amèneront la petite Soeur Marie-Marthe à devenir, dans des emplois très ordinaires où elle ne ménage jamais ses forces ni sa peine, une parfaite fille de Saint François de Sales et de Sainte Jeanne de Chantal.

Elle est affectée au pensionnat en qualité de «réfectorière» et s’active inlassablement tous les jours aux tâches les plus humbles : entretien de la chapelle, jardinage, récolte des fruits du verger, vaisselle… etc. Et très souvent, comme lorsqu’elle était enfant, l’Enfant Jésus l’accompagne dans ses humbles tâches. Mais qui pourrait imaginer que, la nuit venue et sa cellule rejointe, Soeur Marie-Marthe continue un intense face-à-face avec son  Epoux, et que Celui-ci lui impose des sacrifices et de sévères exercices pénitentiels à travers lesquels elle vit le mystère de la réparation et « accomplit dans sa propre chair ce qui manque à la passion du Christ, pour Son Corps qui est l’Eglise » (cf. Col. I, 24)?

Christ miraculeux de Chambéry

Grand Christ miraculeux, vénéré à la Visitation de Chambéry au temps de Soeur Marie-Marthe :
la tradition rapporte qu’il avait projeté des rayons lumineux sur Saint François de Sales
alors qu’il prêchait devant le Souverain Sénat de Savoie.

Jésus donne à Soeur Marie-Marthe l’ordre de tout raconter à ses Supérieures, auxquelles il demande de tout noter en détail (souvenons-nous que Soeur Marie-Marthe ne sait pas écrire). Les Révérendes Mères ont demandé conseil à des prêtres prudents et éclairés qui se sont prononcés en faveur de l’authenticité des voies mystiques de l’humble converse. Tout sera donc soigneusement noté, mais conservé dans le secret le plus absolu.

Il est impossible de résumer en quelques lignes les quarante-quatre années de vie religieuse de Soeur Marie-Marthe : derrière l’apparente routine de ses humbles travaux domestiques indéfiniment répétés, se multiplient les apparitions, les révélations, les prophéties, les extases, les stigmates et les miracles… Mais par dessus tout, la « mission » particulière que Notre-Seigneur confie à l’humble Visitandine est de faire redécouvrir à toute l’Eglise les trésors de grâce contenus dans la dévotion à Ses Saintes Plaies (voir ci-dessous toutes les « promesses » que Jésus fait à Soeur Marie-Marthe au sujet de la fécondité spirituelle et des fruits de grâce de cette dévotion) . A propos du « Chapelet des Saintes Plaies » (voir ici > www), Jésus lui dit : « En vérité, cette prière n’est pas de la terre, mais du Ciel ; elle peut tout obtenir… Les grâces que vous obtenez par ces invocations sont des grâces de feu. Elles viennent du Ciel, il faut qu’elles retournent au Ciel! »

Soeur Marie-Marthe Chambon sur son lit de mort le 22 mars 1907

Soeur Marie-Marthe sur son lit de mort.

Au début du mois de mars 1907, Soeur Marie-Marthe achevait sa soixante-sixième année ; elle était épuisée par les travaux et par les austérités qu’elle avait joyeusement embrassées pour suivre Jésus. Atteinte d’un gros rhume, auquel vinrent se joindre diverses complications très graves, elle reçut avec joie l’extrême-onction au début du Carême. Il lui restait toutefois à gravir encore plusieurs semaines d’un douloureux calvaire : ultimes purifications pen­dant lesquelles son Sauveur l’identifia, plus que jamais, pour la rendre davantage semblable à Lui, aux agonies physiques et morales de sa Passion. A l’avance, Il l’avait prévenue : «Le mal qui te donnera la mort sortira de mes Plaies.»

Enfin, le 21 mars 1907 – qui était cette année là le jeudi de la Passion -, après une nuit de souffrances terri­bles, un grand calme et un grand silence se firent. Toute la communauté entourait la mourante, en récitant des milliers de fois les invocations du chapelet des Saintes Plaies. Et à huit heures du soir, alors que venaient d’être célébrées les premières vêpres de la Compassion de Notre-Dame, Marie vint recueillir le dernier souffle de l’enfant à laquelle elle avait appris à aimer Jésus…

D’abord inhumée dans la concession des Visitandines au cimetière de Chambéry, la dépouille mortelle de Soeur Marie-Marthe fut ensuite ramenée au monastère et ensevelie dans la chapelle de Notre-Dame des Douleurs. Lorsque le monastère de Chambéry fut transféré à Saint-Pierre d’Albigny (1957), les moniales y amenèrent bien évidemment le corps de leur sainte converse. Puis lorsque, en 2005, la Visitation de Saint-Pierre d’Albigny dut fermer et fusionna avec celle de Marclaz (près de Thonon les Bains), les restes de Soeur Marie-Marthe furent déposés dans la chapelle de ce monastère.

Il y a quelques jours, la Mère Supérieure de Marclaz me disait au téléphone qu’elle souhaitait relancer la cause de béatification de Soeur Marie-Marthe, abandonnée depuis des décennies.

Puissent ces quelques lignes donner à ceux qui les auront lues d’approfondir la dévotion aux Saintes Plaies de Notre-Seigneur – d’une manière très spéciale en ce saint temps de carême – et l’idée de recourir, dans leurs besoins spirituels, à l’intercession de cette très humble fille de Saint François de Sales par laquelle Il a voulu faire éclater Sa miséricorde : « Seigneur Jésus, daignez  maintenant glorifier votre servante, Soeur Marie-Marthe Chambon, qui Vous a glorifié pendant sa vie par son humilité et par son zèle à faire connaître les mérites de Vos Saintes Plaies. Ainsi soit-il! »

Frère Maximilien-Marie.

Monastère de la Visitation de Marclaz (Thonon les Bains)

Monastère de la Visitation de Marclaz (Thonon les Bains)
où sont aujourd’hui conservés les restes de Soeur Marie-Marthe.

Promesses faites par Notre-Seigneur à Soeur Marie-Marthe
en faveur de la dévotion à Ses Saintes Plaies :

1 – Je donnerai tout ce qu’on me demande par l’invocation de mes saintes Plaies. On doit en répandre la dévotion.

2 – En vérité, cette prière ne vient pas de la terre, mais du Ciel et elle peut tout obtenir.

3 – Mes Saintes Plaies soutiennent le monde. Demande-moi de les aimer toujours, parce qu’elles sont sources de grâce. On doit les invoquer souvent, y attirer notre prochain pour imprimer dans son cœur le dévouement envers les âmes.

4 – Quand vous avez des peines à souffrir, apportez-les tout de suite dans mes Plaies et elles seront adoucies.

5 – Cette invocation est à répéter souvent auprès des malades : « Mon Jésus, pardonne-moi et prends pitié de moi, par les mérites de tes Saintes Plaies ». Cette prière élèvera l’âme et le corps.

6 – Le pécheur qui dira : « Père Éternel, je t’offre les Plaies de notre Seigneur Jésus Christ, pour guérir celles de nos âmes », obtiendra la conversion.

7 – Mes plaies panseront les vôtres.

8 – L’âme qui mourra dans mes plaies ne connaîtra pas la mort : elles donnent la vraie vie.

9 – À chaque mot de ce Rosaire de la miséricorde, je laisse tomber une goutte de mon sang sur l’âme d’un pécheur.

10 – L’âme qui honorera mes Saintes Plaies et les offrira au Père Éternel pour les âmes du Purgatoire, sera accompagnée à sa mort par la Très Sainte Vierge et par les Anges, et moi, resplendissant de gloire, je la recevrai pour la couronner.

11 – Les Saintes Plaies sont le trésor des trésors pour les âmes du Purgatoire.

12 – La dévotion à mes Saintes Plaies est le remède pour ce temps d’iniquité.

13 – De mes plaies viennent les fruits de la sainteté. En les méditant, vous y trouverez toujours une nouvelle nourriture pour votre amour.

Armoiries de la Visitation

Pour réciter le chapelet des Saintes Plaies, voir > ici
Voir aussi le « Chemin de Croix pour honorer les Saintes Plaies » > ici

2011-34. Du massacre de la forêt de Vezins, le 25 mars 1794, et de la permanence de l’esprit fondamentalement anti-chrétien de la république française.

Jeudi 24 mars 2011, 19 heures.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je redescends de l’oratoire où j’ai accompagné Frère Maximilien-Marie qui a célébré les premières vêpres de la très grande et très belle fête de l’Annonciation de Notre-Dame, et donc aussi de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Tandis que la nuit s’étend doucement sur nos montagnes, je ne vais pas gloser sur l’importance de cette fête ; je me contenterai de rappeler que la cathédrale du Puy, très important sanctuaire où notre Frère aime souvent à se rendre et qu’il se plaît à faire découvrir à ses amis, est placée sous le vocable de Notre-Dame de l’Annonciation.
Les dévots de Notre-Dame se souviendront  aussi peut-être du miracle de Notre-Dame de l’Osier, dont j’avais parlé > ici, et qui se produisit le 25 mars 1649.

Ce soir, je voudrais surtout attirer votre attention sur un évènement vraiment tragique, que l’histoire « officielle » préfère passer sous silence et dont c’est également l’anniversaire. Il s’agit des massacres qui eurent lieu le 25 mars 1794 dans la forêt de Vezins.

Vezins est une commune sise dans l’actuel département du Maine et Loire, à quelques kilomètres à l’est de Cholet.
La forêt dite de Vezins s’étend sur les communes de Nuaillé, Chanteloup et Yzernay.

Au terme de la Virée de Galerne, l’écrasement de la Grande Armée Catholique et Royale, dans les marais de Savenay, le 23 décembre 1793, décide la Convention à se livrer à une « vengeance exemplaire ».
Le général Turreau met au point un plan : il s’agit de quadriller méthodiquement toute la Vendée militaire (soit 735 communes, peuplées au début de la guerre par quelque 755 000 habitants).
Douze colonnes incendiaires ont pour ordre d’exterminer de manière systématique ceux que la Convention nomme « les brigands », femmes et enfants inclus, de saisir les récoltes et les bestiaux, d’incendier les villages et les forêts, de faire enfin de la Vendée un  « cimetière national » avant de la faire repeupler par des réfugiés républicains.

Général Turreau

Le général Turreau, organisateur des colonnes infernales.

De janvier à mai 1794, les colonnes parcourent donc la Vendée, s’adonnant aux pires exactions : incendies, viols, tortures, pillages et massacres des populations – parfois même actes de cannibalisme -, et le plus souvent sans distinction d’âge, de sexe ou d’opinions politiques (car même des personnes favorables aux républicains furent exterminées). Ces atrocités coûtent la vie à  environ 200 000 personnes et valent aux colonnes incendiaires d’être surnommées « colonnes infernales ».
Ce que les nazis ont fait à Oradour-sur-Glane, les armées de la république française l’ont fait bien avant eux : pas une fois seulement, mais des dizaines et des dizaines de fois, et cela sur des populations civiles françaises

C’est dans ce contexte que se situent les massacres de la forêt de Vezins. Le vaillant Général Stofflet avait établi son quartier général dans ces bois (mais il ne s’y trouvait pas ce jour-là) ; sous des huttes, il y avait aussi organisé une espèce d’hôpital et un grand refuge pour les populations des villages alentour.

C’est la dixième colonne infernale, sous les ordres de Crouzat, qui, le 25 mars 1794 au matin, après avoir perpétré un premier massacre à La Poterie, entra dans la forêt de Vezins, guidée par un traître, un nommé Porcher qui connaissait les lieux.

Bien que pris par surprise, il y eut néanmoins quelques Vendéens qui purent s’enfuir et qui relatèrent plus tard ce dont ils avaient été les témoins.
Tous ceux qui furent découverts furent impitoyablement massacrés : les malades et les blessés sur leurs grabats, les deux prêtres qui les assistaient, les vieillards et les enfants qui pensaient être à l’abri dans ces taillis, les femmes et les jeunes filles sur lesquelles les « bleus » se livrèrent aux outrages que l’on imagine avant de les mettre à mort.
Jusqu’au 27 mars, la colonne infernale ratissa les bois et tout ce qui fut pris vivant fut passé par le fer et le feu.

On estime à 1200 (certains auteurs vont jusqu’à 1500) le nombre des victimes de ces massacres.
Malgré les témoignages et la présence de très nombreux ossements, certains continuent à contester la réalité de ces événements.

Le document ci-dessous établit une liste partielle des victimes pour les paroisses d’Yzernay et de Chanteloup, tout en précisant : « La presque totalité des noms des victimes des grands massacres de la forêt en mars 1794 n’est connue que de Dieu seul…»

Liste partielle de victimes du massacre de la forêt de Vezins

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

En 1821, une croix de bois fut élevée sur le lieu du massacre.  Un peu plus tard, on édifia un oratoire au dos duquel le comte de Colbert-Maulévrier fit bâtir en 1863 une chapelle de style néo-gothique, qui dès lors servit d’enfeu à sa famille.

Chapelle du cimetière des martyrs dans la forêt de Vezins

Chapelle de la forêt de Vezins sur les lieux du massacre.

Sur la façade de cette chapelle, de part et d’autre de l’ogive du tympan, sont les statues de  Jacques Cathelineau (cf. > www) et de Jean-Nicolas Stofflet (cf. > www).
C’est un lieu solitaire, propice au recueillement. Mais cet isolement l’a aussi – hélas ! – exposé très souvent au vandalisme.
Deux cents ans après, la même haine diabolique s’acharne encore sur la chapelle qui perpétue le souvenir des martyrs. En 1988, la statue de Stofflet avait été décapitée et la crypte  ossuaire profanée : des ossements de victimes en avaient été extraits et dispersés dans la forêt !
Depuis, on compte au moins cinq saccages : vases jetés à terre, statues renversées et brisées, bancs et prie-Dieu cassés, ex-voto lacérés, vitraux explosés, portes dégondées, inscriptions funéraires arrachées et réduites en morceaux… etc.

Plus que toutes les descriptions, la mini-vidéo suivante témoigne de cet acharnement. Elle a été filmée après les profanations perpétrées au cours de l’été 2010 :

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Ces images me navrent le coeur et je pense qu’il en est de même pour chacun d’entre vous. Elles ne sont après tout qu’une illustration, sur une toute petite échelle, de ce qu’a accompli la « grande » révolution dans les églises et les sanctuaires du beau Royaume de France, jusque dans ses villages les plus reculés.

Je ne peux m’empêcher de voir dans les vandalismes contemporains – dont nombre d’églises, de chapelles, d’oratoires, de calvaires et de cimetières sont la cible aujourd’hui en France – , la conséquence logique des principes mêmes de cette sanglante révolution de 1789.
La constitution de l’Ancienne France, depuis Clovis, proclamait dans son préambule : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! ».
La république française, qui a érigé le vol en institution fondatrice pour tout ce qui concerne les biens de l’Eglise, qui a massacré prêtres, religieux et fidèles, qui a profané les sanctuaires les plus vénérables, brûlé les reliques des saints et commis les plus ignobles sacrilèges, qui a persécuté et fait prisonnier le Souverain Pontife jusqu’à le faire mourir d’épuisement et à l’enterrer civilement, … etc. n’a rien renié de ce passé et n’a fait aucune « repentance ».

Depuis plus de deux siècles, en alternance avec des périodes où elle semble se faire plus « tolérante » (sans doute pour endormir la méfiance et mieux préparer de nouvelles périodes de vexations ou de persécutions), la république française – fille des loges maçonniques – ne cesse, par paliers successifs, de surenchérir dans ses attentats contre le christianisme. Les lois qu’elle a produites pour cela sont si nombreuses qu’il faudrait un gros catalogue pour les contenir toutes.
L’antichristianisme a été le principal motif de la révolution, et il appartient à l’essence de la république qui est née d’elle !

Mais le seul salut, pour l’homme, dans sa dimension personnelle comme dans sa dimension sociale, ne réside que dans le Christ, Verbe de Dieu incarné.

En cette fête de l’Annonciation, en cet anniversaire de l’Incarnation, demandons instamment à Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils éternel de Dieu né de la Vierge Marie, de convertir le coeur de ceux qui travaillent aujourd’hui encore à Le chasser des structures de la société ; prions Marie, Reine de France, pour qu’elle ramène ce pays dans l’obéissance aux lois divines ; et que tous ces martyrs, qui ont versé leur sang plutôt que de renier leur foi et de se soustraire à la royauté d’amour de Jésus-Christ, intercèdent pour nous et nous gardent tous dans la fidélité, quoi qu’il puisse nous en coûter !

Lully.                                             

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Autres articles publiés sur ce blog concernant les martyrs et victimes de la révolution : les bienheureuses Martyres d’Orange (> ici), les bienheureuses Carmélites de Compiègne (> ici), les bienheureuses Ursulines de Valenciennes (> ici), le bienheureux Noël Pinot (> ici), les victimes des massacres de septembre 1792 (> ici), Jacques Cathelineau, le « Saint d’Anjou » (> ici), Louis-Marie de Lescure, le « Saint du Poitou » (< ici), Maurice d’Elbée (> ici) .

2011-27. Comment le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais.

Mercredi 2 mars 2011.

Bien chers Amis,

Après avoir rappelé l’origine du Refuge Notre-Dame de Compassion (voir > ici), il faut que je vous raconte maintenant – ainsi que je vous l’ai promis – comment il se fait que cette oeuvre soit implantée en Vivarais.

Après avoir créé en 2001 l’association Refuge Notre-Dame de Compassion, Frère Maximilien-Marie s’est employé à rechercher un lieu pour l’y établir de manière stable.
Il y a eu quelques longues années au cours desquelles sa patience, sa persévérance, sa détermination et son courage ont été mis à l’épreuve… parfois même à rude épreuve.

Si notre Frère a de nombreux contacts et si de nombreuses personnes ont manifesté quelque intérêt à l’égard du Refuge Notre-Dame de Compassion, l’ont encouragé et ont prié à cette intention, cela ne donnait pas pour autant la possibilité, concrète et matérielle, d’une réalisation.

Il y eut des amis, fidèles et vrais, qui eussent désiré que l’implantation du Refuge Notre-Dame de Compassion se fît près de chez eux, et qui invitèrent Frère Maximilien-Marie à prospecter dans leur région, à visiter telle ou telle propriété qu’ils avaient repérée et qui eût pu convenir… etc. Mais il eût fallu soit trouver un lieu adéquat qui fût mis à disposition de manière gracieuse, soit avoir de l’argent pour acheter. Et, de l’argent, Frère Maximilien-Marie n’en avait pas !

Il y eut bien quelques promesses qui semblaient permettre de sérieuses espérances et qui furent suivies de déceptions…
Il y eut aussi, bien sûr, de nombreuses oppositions, des critiques, des incompréhensions et des intrigues, des railleries et des calomnies, des trahisons et des abandons… mais en définitive  cela n’est-il pas tout à fait « normal » dans ce genre de situation ?

Félix

Frère Maximilien-Marie fit aussi l’expérience d’un cléricalisme particulièrement réducteur (et absolument contraire à la vraie Tradition de l’Eglise) : beaucoup de catholiques – et même des prêtres ! – ne comprennent pas vraiment ce qu’est la vie religieuse et semblent penser qu’un « frère » n’a qu’une vocation de « deuxième choix » ; qu’il  n’est « frère » que parce qu’il lui manque les capacités pour devenir prêtre ; que, pour un homme, la seule vocation digne de ce nom c’est le sacerdoce ; que de n’être « que frère » est un état d’inachèvement ou  d’échec…
On ne manqua d’ailleurs pas d’objecter que, n’étant pas prêtre, il était im-pos-si-ble qu’il fondât une oeuvre religieuse.
Singulière amnésie !
Ni Saint Antoine le Grand, père de tous les moines de la Chrétienté, ni Saint Benoît de Nursie, fondateur de l’une des formes de la vie monastique qui est souvent la plus connue en Occident, ni Saint François d’Assise (je me borne à ne citer que trois noms très célèbres, mais ce ne sont pas des exceptions) n’étaient prêtres !

Je passe donc sur nombre de péripéties pour arriver au mois de novembre 2005.

L’une de nos très fidèles amies (qu’elle en soit vivement remerciée) avait offert à Frère Maximilien-Marie – en l’honneur de son vingt-cinquième anniversaire de vie religieuse - le voyage et le séjour à Rome, à l’occasion de la béatification du Père Charles de Foucauld (célébrée le dimanche 13 novembre 2005).
Notre Frère fit de cette semaine qui précéda la cérémonie une sorte de retraite, qui lui permit non seulement de prier intensément dans les lieux sanctifiés par les Apôtres, les Martyrs, les Saints et d’innombrables précieuses reliques, mais aussi l’occasion de rencontrer un certain nombre de personnes, remarquables par leur qualité d’écoute, leurs compétences et la pertinence de leurs conseils…

Ce sont ces conseils – qui tenaient compte à la fois des possibilités laissées par le droit canonique et des blocages particuliers à l’Eglise de France – que Frère Maximilien-Marie ne devait pas tarder à mettre en oeuvre.

En effet, quelques semaines seulement après son retour de Rome, il fut contacté par une vieille personne qui lui proposait de mettre à disposition de l’association Refuge Notre-Dame de Compassion une petite propriété située dans un village du Vexin français.

Premier Mesnil-Marie dans le Vexin

Notre premier Mesnil-Marie dans le Vexin (2006-2008).

C’est dans ce village que je suis né et que Frère Maximilien-Marie m’a adopté peu de temps après son arrivée (je l’ai raconté > ici).

L’association a bénéficié pendant deux ans de ce premier Mesnil-Marie.
Pendant deux années seulement, parce que les héritiers de la vieille dame ne voulurent pas prolonger cette mise à disposition, et il fallut que notre Frère se remît en quête d’un lieu d’implantation.

Je vous avais rapporté in illo tempore (par exemple > ici, et > ici et encore > ici) quelques unes des péripéties liées à cette recherche et à notre départ du Vexin.
Ce que je n’avais pas précisé à l’époque, c’est que Frère Maximilien-Marie, alors que nous n’étions plus qu’à cinq mois de la date où il faudrait rendre les clefs et que rien d’approprié n’avait encore été trouvé, avait profité d’une opportunité pour se rendre à Lourdes : c’était le cent cinquantième anniversaire de l’apparition de la Madone à la jeune Bernadette Soubirous.
Aux pieds de la Madone, dans la grotte de Massabielle, Frère Maximilien-Marie remit donc toute l’affaire entre les mains de Notre-Dame.

Moi, pendant le temps de son pèlerinage, j’étais resté en pension chez sa maman, en Vivarais, et il revint m’y chercher avant de remonter dans le Vexin.
Il profita toutefois de cette halte en Vivarais pour quelques autres contacts et prospections : c’est alors que, par un concours de circonstances dans lequel on ne peut que voir l’action de la divine Providence, lui fut proposée la visite de ce qui allait devenir notre nouveau Mesnil-Marie.

Cette première visite eut lieu le jeudi 21 février 2008, comme j’ai eu l’occasion de vous l’écrire (cf. > ici).
Il y eut tout de suite une espèce d’histoire d’amour entre cette ancienne fermette et Frère Maximilien-Marie : mais cela ne le dispensait évidemment pas d’un examen raisonnable de tous les paramètres : implantation, travaux à réaliser, accessibilité, possibilité de bénéficier de la Messe latine traditionnelle… etc.
Par dessus tout, il y avait la réalité financière de l’association : bien qu’ayant bénéficié d’apports providentiels, il n’était possible d’acquérir un bâtiment qu’à la condition qu’il fût à restaurer et loin des grands centres urbains !

Confiant en de nouvelles aides providentielles, après avoir bien réfléchi et prié, le Conseil d’Administration décida de l’acquisition : désormais l’association Refuge Notre-Dame de Compassion aurait un lieu qui serait bien à elle !

Mesnil-Marie un soir d'orage en été

Le Mesnil-Marie en été un soir d’orage

Il faut que je termine mon récit par une anecdote.

Ce 21 février 2008, Pascale – qui depuis lors est devenue notre voisine et notre amie – était au lit avec une forte fièvre. Pendant que Frère Maximilien-Marie faisait la première visite de cette maison quasi abandonnée proche de la sienne, un artisan menuisier, ami de Pascale, était en train de travailler sur le toit de sa maison…
Voyant un moine qui visitait la maison d’à côté – spectacle pour le moins inhabituel – , il se précipita pour lui dire : « Pascale ! Pascale ! Il y a un moine qui visite la maison en vente à côté de la tienne…»
Le visage émergeant à peine de la couette, Pascale lui répondit quelque chose comme : « Je te signale que c’est moi qui ai 40° de fièvre, donc les visions délirantes ce serait plutôt pour moi !»
Sur l’insistance de son ami, Pascale se leva péniblement et alla à la fenêtre. Les yeux tout écarquillés, elle dut se rendre à l’évidence : il y avait bel et bien un moine, scapulaire au vent, qui arpentait dans tous les sens et examinait sous tous les angles la maison voisine de la sienne !!!

Avant de terminer, je vous rappelle simplement que mars est le mois de Saint Joseph et que vous pouvez trouver > ici des prières particulières pour honorer ce très grand saint.

Lully.

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2011-27. Comment le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais. dans Chronique de Lully btn_donateCC_LG

Publié dans:Chronique de Lully, Memento |on 2 mars, 2011 |6 Commentaires »

2011-24. Origine du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Jeudi 24 février 2011,
fête de Saint Mathias.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Par ma chronique du 20 février au soir (cf. > ici), vous avez pu vous rendre compte de ce qu’était notre Mesnil-Marie il y a trois ans lors de la première visite qu’en fit Frère Maximilien-Marie. Vous aurez apprécié, j’espère, les travaux qui ont été entrepris afin de réhabiliter cette ancienne petite ferme et pour en faire, petit à petit, un lieu à partir duquel Notre-Dame de Compassion pourra répandre ses grâces.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

La Vierge de Compassion du Mesnil-Marie.

Mais peut-être certains d’entre vous vont-ils interroger :
- Quelle est l’origine du Refuge Notre-Dame de Compassion ?
- Comment est-il né ?

Si ceux qui sont nos amis de longue date connaissent cette histoire, je vais néanmoins aujourd’hui en faire un nouveau résumé à l’intention de ceux – et ils sont nombreux – qui nous connaissent de manière plus récente.

Cette histoire est étroitement liée à celle de Frère Maximilien-Marie qui, après des études de lettres, est entré à l’âge de 18 ans dans une communauté religieuse de droit diocésain qui était encore en fondation : c’est là qu’il a accompli toutes les étapes de sa vie religieuse et qu’il a fait sa profession perpétuelle, le 24 septembre 1989 (cf. > ici).
Toutefois, certaines évolutions – sur lesquelles il n’y a pas lieu de s’étendre ici – ont eu pour conséquence des changements importants dans le statut et dans les statuts de la communauté.
Sur les conseils et avec le soutien de l’Ordinaire diocésain de ce temps-là, puisqu’il ne souscrivait pas à ces changements mais qu’il désirait cependant persévérer dans la vie religieuse, lui fut octroyée la permission de quitter sa communauté d’origine sans être relevé de ses voeux : c’est ce que le droit canonique appelle un « indult d’exclaustration ».
A quelque temps de là, Frère Maximilien-Marie a été affilié à l’Ordre de la Visitation (ainsi que j’ai eu l’occasion de le rappeler cf. > ici), dont la spiritualité correspond le plus à ce qu’il vit. C’est en raison de cette affiliation qu’il se réfère depuis lors à la Règle de Saint Augustin, à laquelle Saint François de Sales avait rattaché les moniales de la Visitation.

Pendant plusieurs années, Frère Maximilien-Marie a rendu service dans d’autres oeuvres ou congrégations religieuses, spécialement dans le domaine éducatif, tout en cherchant un institut qui correspondît aux caractères de sa vocation.

Ici, il me faut ouvrir une parenthèse parce que je crois devoir insister sur une chose très importante que beaucoup de personnes ont pourtant un peu de mal à comprendre : lorsque Dieu appelle quelqu’un à la vie religieuse, il ne l’appelle pas à entrer indifféremment dans n’importe quelle congrégation.
Non ! Une âme qui reçoit la grâce de la vocation, reçoit – en même temps et de manière très exacte – l’appel à vivre dans une spiritualité particulière et selon un certain style de vie, correspondant à un institut ou à un monastère précis. Ainsi quelqu’un qui, par exemple, serait appelé pour être carme mais entrerait chez les capucins aurait-il certainement, et quelles que soient les similitudes qu’il puisse y avoir entre ces deux formes de vie conventuelle, beaucoup de mal pour s’y épanouir ; il y aurait même de forts risques pour que ce soit un douloureux échec. La raison de cet échec  serait essentiellement un défaut dans le juste discernement de cette vocation et de ses caractères propres.

Pendant de nombreuses années, Frère Maximilien-Marie a entendu des personnes qui lui souhaitaient de « trouver sa voie » : or il ne s’agissait pas pour lui de « trouver sa voie », mais de trouver les conditions concrètes dans lesquelles il pourrait réaliser sa vocation propre. En effet, sa « voie » lui était déjà clairement connue, du fait d’abord de ses engagements spirituels (spécialement bien sûr ses voeux et son affiliation à l’Ordre de la Visitation), et ensuite du fait que des conseillers spirituels prudents et éclairés l’accompagnaient de leur discernement en le mettant à l’épreuve.

Il y eut en particulier, au cours de l’été 1999, un évêque – homme d’une profonde spiritualité et vrai connaisseur de la vie religieuse -  qui examina longuement la vie et la vocation de Frère Maximilien-Marie puis qui, en l’assurant qu’il le faisait avec ses grâces d’état de successeur des Apôtres, lui a donné les cinq conclusions suivantes :

1) « Votre vocation religieuse est certaine, et ses caractéristiques sont liées à la spiritualité du Sacré-Coeur ainsi qu’à la réparation qui lui est connexe. »

2) « Il y a pour vous un appel particulier à prier pour la France et à oeuvrer pour son retour aux sources vives de sa vocation. »

3) « Vous êtes fait pour une vie alliant la contemplation, l’étude et l’apostolat, ce dernier étant particulièrement orienté vers les personnes aux prises avec des épreuves spirituelles. »

4) « Vous ne devez plus chercher à vous raccrocher à quelque chose d’existant, mais vous devez faire exister ce qu’il y a dans votre coeur. D’abord vous serez tout seul, mais un jour il vous faudra accueillir et former d’autres âmes à la vie que vous menez ; toutefois… vous serez en butte à d’innombrables critiques et oppositions. »

5) « C’est votre droit le plus strict, garanti par le Souverain Pontife, de bénéficier de la liturgie latine traditionnelle et personne n’a le droit de vous le contester. »

Après cela, Frère Maximilien-Marie a fait encore plusieurs retraites de vérification, avec d’autres conseillers, qui confirmèrent les affirmations de l’évêque.
Pour notre Frère, qui n’avait désiré jusqu’alors que de se couler dans une structure existante pour y retrouver une vie religieuse paisible et sans histoire, il était très difficile d’accepter d’être la cheville ouvrière d’une « fondation » ; mais toutes ces retraites, tous les encouragements qu’il reçut alors, ajoutés à un certain nombre de rencontres et d’indications véritablement providentielles, lui donnèrent les forces et les lumières pour s’engager résolument dans cette voie, en voulant simplement et uniquement obéir à Dieu qui avait parlé par Ses représentants.
Alors, avec l’aide d’amis, il créa au printemps 2001 l’association Refuge Notre-Dame de Compassion qui assure un cadre légal à tout ce qui a été entrepris depuis lors.

Je vous raconterai une autre fois de quelle façon Frère Maximilien-Marie a été conduit en ces lieux, mais je termine aujourd’hui en demandant à tous ses amis de prier avec ferveur pour lui et pour cette petite oeuvre qui n’en est encore qu’à ses premiers pas…

2011-24. Origine du Refuge Notre-Dame de Compassion. dans Chronique de Lully patteschats Lully.

Pour savoir de quelle manière le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais, cliquer ici > ici.

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Publié dans:Chronique de Lully, Memento |on 24 février, 2011 |7 Commentaires »

2011-22. Après trois ans…

Dimanche de la Septuagésime 20 février 2011 au soir.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous connaissez très certainement le sonnet de Paul Verlaine dont j’ai emprunté le titre pour en faire celui de ma chronique de ce soir. La deuxième strophe de ce même poème commence par ces mots : « Rien n’a changé… » Eh bien, moi, Lully, je vais ici même vous faire la démonstration qu’après trois ans, il y a des choses qui ont bien changé !

De quelles choses s’agit-il ? m’allez-vous demander.

Je veux parler de notre Mesnil-Marie.

En effet, demain, 21 février 2011, cela fera trois ans exactement que notre Frère Maximilien-Marie a visité pour la première fois cette vieille ferme vivaroise qui a pu être acquise par l’association Refuge Notre-Dame de Compassion, et qui – peu à peu – , avec du travail et de la patience, devient un petit centre de spiritualité et le lieu duquel rayonne l’esprit particulier à notre modeste association.

D’ici peu, je compte bien vous reparler de manière plus détaillée des circonstances qui ont amené Frère Maximilien-Marie jusqu’ici, mais pour l’heure je vous laisse regarder… et comparer.
Sur chacun des clichés ci-dessous, vous verrez en synoptique le même point de vue à trois ans d’intervalle.
Je vous demande de ne pas oublier que notre Frère est arrivé dans une maison dont la toiture était à refaire, dans laquelle il n’y avait que trois fenêtres valables et où aucune porte – à certains endroits il n’y avait d’ailleurs que des vestiges de portes – ne fermait, où il n’y avait pas d’arrivée d’eau ni, bien sûr, de sanitaires… etc.

Premier point de vue :
Nous avons retrouvé une photo réalisée à l’automne 2007 et il y a quelques jours Frère Maximilien-Marie est retourné à l’endroit d’où elle avait été prise, en bordure de forêt, au-dessus du hameau.
Entre temps, des arbres qui  étaient trop proches de la maison, l’empêchaient de prendre pleinement le soleil et maintenaient de l’humidité, ont été abattus…
D’emblée, on est frappé par la différence que représente le remplacement des vieilles tuiles de ciment gris par des tuiles « romanes » qui redonnent à la maison l’aspect qu’elle pouvait avoir au XVIIIème siècle.

1 - Après trois ans


Deuxième point de vue
:

Le Mesnil-Marie vu depuis le Nord-Est (février 2008 et février 2011).
L’armature en bois que l’on aperçoit au premier plan est celle d’une ancienne petite serre : c’est à peu près à cet endroit là que Frère Maximilien-Marie envisage de construire un jour la chapelle de Notre-Dame de Compassion, dans laquelle les fidèles pourront librement venir se recueillir et recommander leurs intentions au Coeur douloureux et immaculé de Marie…

2 - Après trois ans


Troisième point de vue
:

La façade Est du Mesnil-Marie (février 2008 et février 2011).
L’épicéa que l’on voyait à gauche a été abattu.
Vous pouvez remarquer les avant-toits protecteurs que Frère Maximilien-Marie a fait réaliser à l’occasion de la réfection de la toiture.
Vous apercevez les nouvelles huisseries et les travaux d’aménagement extérieur que notre Frère effectue peu à peu : en été, les abords de la maison sont abondamment fleuris.

3 - Après trois ans


Quatrième point de vue
:

La façade Sud du Mesnil-Marie (février 2008 et février 2011).
Juste au pied de cette façade coule la béalière (*) qui amène l’eau dans notre hameau. Cette béalière fuyait de toutes parts à cet endroit et des frênes avaient poussé de manière totalement anarchique : lorsqu’ils prenaient leurs feuilles on ne voyait presque plus la maison, qui n’était plus exposée aux rayons du soleil !
Il a fallu abattre les frênes et refaire l’étanchéité de la béalière.
C’est ensuite ici qu’ont été installés le complexe d’alimentation en eau de la maison et le système d’assainissement des eaux usées.

4 - Après trois ans


Cinquième point de vue
:

L’arrivée dans notre hameau depuis l’Ouest (route descendant du Mont Mézenc – février 2009 et février 2011).
Notre Mesnil-Marie découpe sa masse assez imposante : elle donnait jadis une impression d’abandon et de tristesse, elle apparaît aujourd’hui transfigurée.

5 - Après trois ans


Sixième point de vue
:

La façade Ouest (février 2008 et février 2011).
Il a fallu abattre une cheminée qui menaçait de crever la toiture à chaque bourrasque.
On a aussi dégagé des éboulis de terre qui s’étaient accumulés contre ce mur : toute l’eau qui ruisselait des terrains et des toits traversait ces amas de terre, rentrait dans les murs… et ressortait à l’intérieur de la maison !
Comme vous pouvez le voir, il y a encore un tas de vieux bois provenant de l’ancienne toiture qu’il faut débiter avant de pouvoir en faire l’aliment de notre poêle…

6 - Après trois ans


Il y a encore de nombreux travaux et aménagements à réaliser, à l’intérieur comme à l’extérieur. Notre Frère Maximilien-Marie s’y emploie autant qu’il le peut, avec patience et persévérance.

Comme je vous l’écrivais en commençant, son but est de faire de ce lieu un petit centre spirituel à partir duquel Notre-Dame de Compassion pourra déverser ses grâces sur les âmes et les coeurs qui se tournent vers Elle…
Et moi, Lully, même si je ne suis qu’un tout petit chat, je suis très fier de participer à cette aventure et très heureux, à travers mes modestes chroniques, de vous en faire goûter l’esprit.

Lully.

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(*) Béalière : une béalière est un petit canal de dérivation qui sert à l’irrigation et à l’alimentation en eau des citernes (voire des sources par infiltration); autrefois, sur son cours, se trouvaient aussi des moulins. Les béalières existent dans tout le pays cévenol et sont un élément essentiel de son antique patrimoine rural.

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2011-13. Le 4 février, nous fêtons Sainte Jeanne de France (1464-1505).

Le règne de Louis XI ne se comprend tout à fait qu’aux lumières du bûcher de Jeanne d’Arc. C’est l’oeuvre spirituelle de Sainte Jeanne d’Arc qui a permis l’oeuvre temporelle de Louis XI.
Si ce roi calculateur, rusé, quelque peu superstitieux, ne fut point un saint, sa fille Jeanne le sanctifia. Douloureuse, humiliée, offerte, canonisée par Pie XII, elle est la sainte de la Maison de Valois, la quatrième des dynasties qui se sont succédées sur le trône de France.

Louis XI

Louis XI

Une fille de roi dont l’enfance fut particulièrement humiliée.

Trente-trois ans après la mort de Sainte Jeanne d’Arc, une autre sainte, une autre Jeanne, Jeanne de France et de Valois, vient au jour (1464).
Qui la connaît? Elle n’est pas au catalogue des grandes dames de l’histoire dont les médias se plaisent à nous offrir le programme de la vies et des exploits. Elle ne figure pas non plus au catalogue populaire des saintes auxquels les Français pensent spontanément.
Bien que fille, soeur et femme de roi, aucune enfant ne sera plus asservie, aucune épouse plus méprisée que Jeanne : pas une féminité ne sera plus dédaignée, pas une reine ne sera plus humiliée. Elle est pourtant de celles dont le coeur souverain a porté non seulement les siens mais la vocation de son pays.

Ce qui lui est refusé en premier, c’est sa naissance.

Louis XI, son père, qui a déjà une fille aînée, Anne, attend un héritier mâle. Il le veut. Et pour l’obtenir il promet à Notre-Dame de Cléry une statue en argent du poids du nouveau né. Aussi, lorsque la reine Charlotte de Savoie met au monde une fille, prénommée Jeanne, le roi révolté n’accorde pas une attention à l’enfant. Dépité par cette cadette, il lui préfèrera toujours la compagnie de ses grands oiseaux et de ses lévriers. Privée de la tendresse naturelle de son père, Jeanne a cependant une mère aimante et attentionnée. L’éducation chrétienne qu’elle reçoit de la pieuse reine Charlotte est d’autant plus décisive pour l’enfant que, dès ses première années, Jeanne révèle une véritable profondeur spirituelle.

Louis XI veut la détourner de sa vocation religieuse.

Elle n’a pas cinq ans lorsque Louis XI s’en aperçoit : alors il la sépare de sa mère pour briser dans l’oeuf toute velléité de vocation religieuse.
Le roi n’a rien contre la vie consacrée en tant que telle, mais à ses yeux une fille de France ne s’appartient pas : son devoir est de servir de la seule façon possible pour une femme, c’est-à-dire faire un mariage intelligent qui garantisse le « pré-carré » du Royaume.

L’enfant est alors confiée à de lointains parents, François de Beaujeu et Anne de Culan, seigneurs de Lignières, en Berry. Elle restera auprès d’eux jusqu’à son mariage. La privation d’un amour filial naturel est le premier abandon demandé à l’enfant.

Oratoire de Ste Jeanne de France - église de Lignières

Eglise de Lignières : statue de Sainte Jeanne dans l’oratoire depuis lequel elle assistait aux offices.

A l’âge de se révolter déjà ou de se replier, Jeanne accepte et continue à chérir son père qui l’ignore. Anne de Culan a reçu ordre de détourner la fillette d’une dévotion « exagérée » mais la piété et l’amour de la petite Jeanne sont tels que la châtelaine de Lignières, désarmée, conçoit peu à peu un véritable amour de mère pour sa protégée et la laisse libre dans son élan spirituel.

Et c’est dans l’oratoire de Lignières que, dans sa sixième année, Jeanne reçoit de la Vierge elle-même, la promesse qu’elle lui sera un jour consacrée.

C’est aussi lors des première années passées chez Anne de Culan que l’on découvre le mal qui déforme de plus en plus le corps de la princesse : une déviation de la colonne vertébrale, passée d’abord inaperçue.
Aujourd’hui, prise à temps, la malformation est remédiable. A l’époque de Jeanne, elle rend difforme pour la vie. Madame de Culan a beau réaliser des prouesses de couture pour voiler le petit corps contrefait et tenter de le rendre plus avenant, la jeune fille doit renoncer aussi au simple fait d’avoir une silhouette féminine.

Un mariage d’Etat, forcé et malheureux, avec le duc Louis d’Orléans.

Elle est cependant encore enfant lorsque son père décide de la marier au jeune duc Louis d’Orléans, fils de Charles d’Orléans, chef de l’une des plus puissantes familles du Royaume.
Le roi de France connaît-il exactement l’état physique de sa fille à ce moment-là? Il l’a très peu vue, et l’on peut penser qu’il n’en a pas mesuré la gravité. Car l’acharnement du roi à organiser ce mariage contre les voeux de tous, va jusqu’aux menaces envers la mère de Louis, qui tente de s’interposer, et envers le très jeune homme qui, à la veille de la cérémonie, affirme encore à ceux qui l’entourent : « J’aimerais mieux épouser une simple damoiselle de Beauce ».

En octobre 1473, le contrat de mariage est donc enregistré officiellement. Jeanne a neuf ans, Louis d’Orléans en a douze.
Quant au mariage à proprement parler (c’est-à-dire le sacrement), il est célébré trois ans plus tard, le 8 septembre 1476 – après une dispense de Rome, car les époux sont cousins – dans la plus stricte intimité : ni Louis XI, ni la mère du jeune duc, qui marie sa fille le même jour, n’assistent à la cérémonie que l’on expédie au plus vite.

Médaille Sainte Jeanne de France

Pour Jeanne cet acte représente le contraire de ses aspirations et le renoncement spirituel le plus intime : celui de sa vocation.
Cependant, dans ce couple forcé, s’il y a eu un « oui » entier, responsable, c’est le sien. Car Jeanne est docile au Seigneur, et pour Lui, elle respecte une volonté paternelle qu’elle n’a jamais cessé d’estimer et d’aimer : en digne fille de France, elle obéit à son devoir d’état. L’on a dit plus tard que ce mariage forcé n’en était pas un. Il reste que pour Jeanne de Valois, il a été l’acte d’une volonté qui consent, et d’une obéissance aimante.

On imagine sans peine ce qu’a pu être le calvaire d’une vie conjugale en de telles circonstances : Louis est jeune, beau, léger et encore bien loin de posséder la maturité affective nécessaire pour ne pas éprouver d’aversion envers celle dont on lui impose l’amour. Non seulement il n’acceptera jamais de partager la couche conjugale, mais ostensiblement, il marque son dédain et sa répulsion physique pour la laideur de son épouse.

Une laideur de corps essentiellement car de visage il semble que Jeanne ait eu un certain charme : « Un visage ovale, le nez net et développé, la bouche assez grande garnie de lèvres épaisses et un peu proéminentes, enfin un ensemble de traits qui, en dépit d’une assez forte irrégularité, rappelaient beaucoup la figure de Louis XI et respiraient un certain air d’intelligence et de force ».
Autour de Jeanne, on s’apitoie, on lui conseille de faire le premier pas ; la réponse n’est ni révoltée, ni aigrie mais humble : « Je n’oserai parler à lui car, vous et chacun, voit bien qu’il ne fait compte de moi ».

Trompée puis répudiée,
sa fidélité et son dévouement demeurent intacts envers son époux.

Louis l’ignore et la trompe. Elle n’en sera pas moins l’infirmière constante et fidèle au chevet du duc, lors de longues semaines de maladie. Elle ira même jusqu’à implorer grâce pour lui, à genoux devant le roi Charles VIII, son frère.
En effet, à la mort de Louis XI, le fils qu’il a eu enfin, est devenu roi sous le nom de Charles VIII. Or Louis d’Orléans a appuyé la révolte des Bretons contre la couronne de France ; il a été arrêté et emprisonné. Après plusieurs démarches humiliantes auprès de son frère, Jeanne obtiendra du roi la libération de son mari.

Celui-ci ne lui en garde pas une reconnaissance particulière. Cependant un tel dévouement l’impressionne. Quelques années plus tard, il avouera au cardinal d’Amboise, alors son conseiller : « Ce qui me met au désespoir c’est que je n’ai point de raison ; je me hais moi-même de haïr une personne qui m’a toujours constamment aimé et qui a fait pour moi des choses qui auraient touché tout autre coeur que le mien… »
Jeanne a donné tout l’amour dont elle est capable à un homme qui n’a pas su l’aimer parce qu’elle est difforme. Elle l’accepte : non pas à la manière d’un Cyrano qui – quelle que soit l’admiration que provoque le personnage – agit pour son « panache » propre et finalement pour lui-même ; mais elle accepte son état, pour l’amour du Seigneur et de cet homme auquel le sacrement l’a unie.

Louis XII

Louis XII

L’humiliation des humiliations.

Après la mort sans postérité mâle de Charles VIII, Louis d’Orléans devient Louis XII.
En montant sur le trône, une dernière étape, un ultime abandon est demandé à celle qui est devenue reine de France. En effet Louis XII engage aussitôt les démarches afin d’obtenir la déclaration de nullité de son mariage. Après plusieurs mois d’attente, la réponse de Rome arrive enfin, favorable à Louis.
Déchue de sa condition d’épouse et de reine, la fille de Louis XI se voit alors préférer Anne de Bretagne que Louis XII épouse dans les jours qui suivent la sentence romaine. Jeanne est envoyée en Berry dont on lui donne le titre et la charge de duchesse.

La déclaration de nullité l’a atteinte de plein fouet tant elle lui est inattendue : pendant vingt-six années Jeanne s’est crue liée par le mariage et s’est spirituellement donnée tout entière à une vocation d’épouse. Mais dans la vie de cette femme au coeur de souveraine, la foi est plus forte que les évènements les plus contraires. Cette dernière humiliation marque en même temps sa libération pour l’accomplissement de la promesse qui lui a été faite jadis alors qu’elle n’était qu’une enfant. Dieu est fidèle!

Fondatrice de l’Ordre de l’Annonciade.

Si elle a accepté pendant près de trente ans un mariage qui n’a jamais été consommé, un devoir d’état porté avec générosité et abnégation pour lequel elle ne reçoit pas la moindre reconnaissance, à Bourges, elle va réaliser son aspiration à la vie consacrée.
Deux années seulement s’écoulent entre l’arrivée de la duchesse en Berry et sa fondation de la congrégation de l’Annonciade. Une congrégation dont le caractère spécifique est de servir le Christ par l’imitation des vertus de Marie, selon le voeu de la Vierge elle-même : « Fais mettre en une règle ce que tu trouverais écrit de moi dans l’Evangile ».

Et Jeanne dégagera ainsi de l’Ecriture les dix vertus principales de la Mère du Christ, « prudence, pureté, humilité, vérité, louange, obéissance, pauvreté, patience, piété et lance de compassion », qui deviennent les colonnes du règlement spirituel de l’Ordre, et qui sont symbolisées par les dix noeuds de la cordelière dont les moniales ceignent leur tunique : « Que ceux qui les voient, dit de ses filles cette mère spirituelle de trente-neuf ans, voient Marie vivant encore dans ce monde ».

Quelques dix-huit mois après avoir prononcé ses voeux, elle tombe malade d’épuisement et elle s’éteint doucement le 4 février 1505, au château de Bourges, à l’âge de quarante et un ans, après avoir dit adieu à ses soeurs et fait murer la porte qui la reliait sur terre au couvent.
Cinquante-six ans plus tard, lorsque les huguenots violent sa tombe pour brûler son corps, on s’aperçoit qu’il n’a subi aucune décomposition. Il n’en est pas moins réduit en cendres, jetées ensuite à tout vent comme une semence, comme l’avaient été celles de la bergère de Domremy, jetées à la Seine un siècle plus tôt.

Sainte Jeanne de France

L’Enfant Jésus remet à Sainte Jeanne de France l’anneau de ses noces mystiques.

Jeanne de France a eu la vocation de Marie au pied de la Croix.

Le monde a refusé Jeanne depuis sa naissance et jusqu’après sa mort, mais nulle force au monde n’est assez puissante pour juguler la fécondité des enfants de Dieu, car alors, dit saint Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi… », et qui pourra Lui résister?
La fécondité de Jeanne, c’est d’abord la conversion de Louis XII. Venu se recueillir sur son tombeau quelques jours après la mort de celle-ci, il y verse les larmes d’un vrai repentir et y puise cette force morale qui l’animera désormais et le fera surnommer bientôt le « père du peuple ».

Quant à l’Annonciade, elle aura jusqu’à cinquante fondations… que, bien évidemment, la révolution exterminera en quasi-totalité.
Aujourd’hui pourtant, plusieurs couvents ont retrouvé vie, en Belgique et en France. Mais quels qu’aient été les ravages historiques subis par l’Ordre, l’Annonciade – dans une époque particulièrement troublée qui allait bientôt voir la contagion du protestantisme et de ses refus –
n’en a pas moins préparé l’oeuvre et le rayonnement de la spiritualité de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, qui donnera aux chrétiens, deux siècles plus tard, le secret de la vraie dévotion envers Marie…

Epouse de tout ce qui l’a enchaînée, Jeanne de France a eu la vocation de Marie au pied de la Croix : la vocation de celle qui a donné tout ce qu’on lui a pris… et on lui a tout pris.

Béatifiée en 1774, elle sera canonisée par Pie XII le 8 mai 1950. Elle est, après Clotilde, Radegonde et Bathilde, la quatrième sainte reine de France.

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« Ô Marie, Vierge et Mère de Jésus,
donnez-moi de penser, de dire et de faire
ce qui plaît le plus à Dieu et à Vous-même! »

(invocation familière de Sainte Jeanne de France)

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