Archive pour la catégorie 'Memento'

2010-50. De la fête de Sainte Geneviève des Ardents.

Sainte Geneviève des Ardents,
céleste protectrice de la Gendarmerie Française :

origines de cette fête et précisions sur le culte de Sainte Geneviève. 

* * * * * * *

Depuis l’année 1131, le diocèse de Paris célèbre dans son calendrier propre, à la date du 26 novembre, une fête particulière qui porte le nom de « Sainte Geneviève des Ardents« .
Cette célébration fut instituée par le Pape Innocent II pour commémorer dans l’action de grâces la cessation d’une épidémie du « mal des ardents » par le recours à de ferventes prières publiques à Sainte Geneviève, céleste patronne de Paris et protectrice du Royaume.

l'intercession de Sainte Geneviève.

G.F. Doyen, toile de 1767 : l’intercession de Sainte Geneviève délivrant la France du mal des ardents
(Paris – église Saint-Roch).

Le « mal des ardents » (nommé également « feu Saint-Antoine » ou  aussi « feu sacré ») est plus couramment appelé de nos jours « ergotisme« : il est en effet dû à l’ingestion de farines contaminées par l’ergot de seigle.

L’ergot du seigle est une espèce de champignon parasite de certaines graminées qui se présente sous forme de minces bâtonnets de deux à trois centimètres accolés à la tige de l’épi. Il peut se trouver mêlé au grain et moulu avec lui. C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies. Les symptômes sont essentiellement neurologiques et entrainent  des infirmités graves et incurables, et même fréquemment la mort : frissons suivis de chaleurs, douleurs violentes à la tête et aux reins, abcès des glandes axillaires et inguinales, maux de ventre, brûlures internes, convulsions, délires, prostration, gangrène des membres… Il n’existe pas d’antidote.
Très fréquentes au Moyen-Age, les épidémies du « mal des ardents » ont à peu près disparu du fait des traitements fongicides. Notons toutefois que la
dernière épidémie recensée en France a eu lieu à Pont-Saint-Esprit en 1951. Actuellement l’ergot de seigle est utilisé en pharmacie : sous forme d’une molécule nommée  dihydroergotamine, il entre dans la composition de médicaments contre la migraine.

En l’an 1130, une terrible épidémie du « mal des ardents » ravagea Paris et une partie de la France, où elle fit des milliers de victimes.
Pour conjurer le fléau, l’évêque de Paris ordonna des jeûnes et des prières publiques, puis il demanda que l’on transportât les malades sur le chemin de la procession solennelle qu’il conduirait depuis la basilique Sainte-Geneviève (ancienne basilique des Saints Apôtres construite par Clovis à la demande de Sainte Geneviève, où la Sainte avait été enterrée et dont le nom avait fini par supplanter celui des Apôtres) jusqu’à Notre-Dame : c’était le 26 novembre.
Les malades qui touchèrent la châsse furent immédiatement guéris et, de tous ceux qui étaient à Paris, les chroniques du temps nous disent que seuls trois sceptiques moururent. Ensuite le mal commença à décroître rapidement et disparut.

Procession de la châsse de Sainte Geneviève et guérisons

Miracles pendant la procession de la châsse de Sainte Geneviève.

L’année suivante, comme nous l’écrivions au début, le pape Innocent II institua la fête de « Sainte Geneviève des Ardents », à cette date du 26 novembre où elle est restée dans le calendrier propre de Paris. 

Au XXème siècle, le 18 mai 1962, le Pape Jean XXIII déclara Sainte Geneviève «Patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes français, gardiens de l’ordre public»; il assigna alors, comme fête propre de ce patronage, la fête du 26 novembre : voilà donc la raison pour laquelle l’Evêque aux Armées Françaises célèbre normalement  une Messe « officielle » pour la gendarmerie ce jour-là, et pour laquelle dans toute la France, autour de cette date, les gendarmes honorent leur céleste protectrice, et non à l’occasion de la fête du 3 janvier.

Une petite église Sainte Geneviève des Ardents existait sur ce qui est maintenant la place du parvis de Notre-Dame (son emplacement a été marqué sur le dallage moderne et on en voit quelques vestiges dans la crypte archéologique). Contrairement à ce que des auteurs trop peu documentés ont écrit elle n’avait pas de rapport direct avec ce miracle : elle existait antérieurement à l’épidémie de 1130. D’abord connue sous le nom de « Sainte Geneviève la Petite » (pour la différencier de la basilique Sainte Geneviève) ce n’est qu’à partir de 1518 qu’elle est nommée église Sainte-Geneviève des Ardents (peut-être à l’instigation d’un curé soucieux de promouvoir le sanctuaire dont il avait la charge?).
Selon une antique tradition, difficile à prouver, cette église aurait occupé l’emplacement de la maison de Sainte Geneviève. Elle jouait un rôle important dans les coutumes ecclésiastiques parisiennes de l’Ancien Régime, puisque c’est là que l’évêque de Paris nouvellement élu (le siège épiscopal de Paris n’a été promu au rang d’archevêché qu’en 1622) était présenté à son Chapitre et c’est de là que l’abbé de Sainte-Geneviève le conduisait à sa cathédrale pour y faire sa première entrée. Cette petite église fut démolie en 1747 pour permettre l’agrandissement de l’Hospice des Enfants Trouvés. (*)

A partir de cet épisode du mal des ardents, des processions solennelles de la châsse de Sainte Geneviève (distinctes des processions annuelles ordinairement programmées) furent organisées chaque fois que de graves nécessités publiques semblaient imposer un recours solennel et officiel à Sainte Geneviève : inondations, pluies dévastatrices, sécheresse, épidémies, guerres, calamités publiques, maladie du Souverain …etc.
Ces processions solennelles eurent lieu 77 fois. Elles résultaient d’une demande du peuple chrétien, transmise par les officiers municipaux au Parlement de Paris : après une concertation dans laquelle intervenaient l’Evêque, l’Abbé de Sainte-Geneviève et la Cour, le Parlement promulguait un arrêt. L’Evêque ordonnait alors une journée de jeûne général pour la veille de la procession (les Génovéfains – c’est-à-dire les moines de l’abbaye Sainte-Geneviève – , eux, devaient jeûner trois jours consécutifs) et pendant tous les jours précédant la procession les paroisses parisiennes venaient en procession à tour de rôle jusqu’au tombeau de la Sainte. La veille de la procession, la  précieuse châsse était descendue du monument au sommet duquel elle était juchée, tandis qu’on chantait les psaumes de la pénitence : on la déposait sur un reposoir et une garde d’honneur et de prières l’entourait toute la nuit. La procession se déroulait selon un cérémonial précis et immuable : tous les corps constitués – civils autant qu’ecclésiastiques – , toutes les confréries, corporations et congrégations religieuses étaient tenus d’y assister ; les châsses de Saint Marcel et d’autres saints dont les reliques étaient conservées à Paris étaient également apportées pour entourer celle de la Protectrice de la capitale. Selon un parcours inchangé, la procession se rendait à Notre-Dame où une Messe solennelle était chantée avant de remonter sur la Montagne Sainte-Geneviève.
La dernière procession solennelle fut célébrée en juin 1765.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Ordre de la Procession de la Châsse de Sainte Geneviève (1709).

On sait que malheureusement, en 1793, les révolutionnaires dans leur volonté d’effacer par tous les moyens l’imprégnation du catholicisme dans la société française, détruisirent la châsse de Sainte Geneviève : les joyaux qui l’ornaient furent volés et les saintes reliques profanées et brûlées en place de Grève.
La confrérie des porteurs de la châsse de Sainte Geneviève subsiste cependant et, depuis quelques années à l’occasion de la fête de Sainte Geneviève et de la neuvaine solennelle dont elle est entourée à Paris, une procession – qui n’a certes pas tout le lustre des cérémonies de jadis – est à nouveau organisée dans les rues de la capitale avec les reliques qui ont échappé au vandalisme révolutionnaire.

Nous terminerons cette « excursion historique » dont la fête de Sainte Geneviève des Ardents nous a donné l’occasion en priant avec la collecte propre de ce jour:

O Dieu, qui avez illustré notre protectrice, la Bienheureuse Vierge Geneviève, par la gloire de nombreux miracles, faites, nous Vous le demandons, que par ses prières nous soyons délivrés du feu des passions, puisque, par votre grâce, elle éteignit en ce jour le feu dévorant qui brûlait les membres des hommes. Nous vous le demandons par Jésus-Christ votre Fils et Notre-Seigneur, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(En latin : Deus, qui beatæ Genovefæ Virginis patrocinium multiplici virtutum gloria decorasti : concede nobis, quæsumus ; ut ejus precibus a vitiorum æstu liberemur, quæ hodie per gratiam tuam in membris humanis ignis devorantis extinxit incendium. Per Dominum …)

Blason de Paris

(*) Notons aussi, pour la petite histoire, que cette église Sainte-Geneviève des Ardents présentait sous son porche une statue de sainte Geneviève, ce qui semble tout à fait normal, mais aussi, dans une petite niche, une statue du célèbre alchimiste Nicolas Flamel qui avait été un bienfaiteur de cette paroisse.

- Voir également :
« Réflexions à propos de Sainte Geneviève » publiées > ici
Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève > ici

2010-49. A Rome, l’église du Sacré-Coeur du Suffrage et le « Musée du Purgatoire ».

Mardi 23 novembre 2010,
fête de Saint Clément.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le mois de novembre s’achève. Nous venons de passer le dernier dimanche après la Pentecôte – dimanche dont l’Evangile rapporte de manière saisissante quelques unes des paroles de Notre-Seigneur concernant la fin des temps (Matth. XXIV, 15-35) -, et nous allons entrer dimanche prochain dans une nouvelle année liturgique.

Cette période de la liturgie catholique dans laquelle nous nous trouvons ces jours-ci est traditionnellement liée à des réflexions, des méditations et des approfondissements en rapport avec la fin des temps, la fin de ce monde, la fin de notre propre vie. « Memento finis » dit le vieil adage latin : souviens-toi de la fin de toute chose, souviens-toi que tu auras une fin, pense que tu mourras… Qu’en sera-t-il de toi après cette vie terrestre?
La préface de la Messe des morts résume de manière magnifique notre condition d’hommes mortels appelés au salut : « … Si la pensée de la mort inévitable nous attriste, la promesse de l’immortalité à venir nous rend courage. Car pour vos fidèles, Seigneur, la vie n’est pas détruite mais elle est transformée, et lorsque disparaît la demeure de notre séjour terrestre, une habitation éternelle s’offre à nous dans le Ciel! »

Ce Ciel de gloire, la liturgie nous l’a fait entrevoir et désirer avec la fête de la Toussaint. Toutefois, le lendemain, jour de la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, l’Eglise nous rappelle aussi que pour entrer au Ciel, il ne suffit pas de mourir en ayant simplement été une « brave personne » : la vision de Dieu et la communion intime avec Lui dans la béatitude éternelle ne sont possibles qu’aux âmes totalement purifiées des suites de leurs fautes. Rien de souillé ne peut entrer au Ciel!

Je ne veux pas faire ici un exposé dogmatique complet pour rappeler  ce qu’est la doctrine catholique du Purgatoire (ceux qui le souhaiteraient n’ont qu’à se reporter au catéchisme ou bien > ici) mais, pour étayer et confirmer ce dogme (car il s’agit bien d’un dogme affirmé solennellement par deux conciles en se fondant sur les affirmations de la Sainte Ecriture, et il n’est pas permis à un fidèle catholique de contester cette doctrine sans faire naufrage dans la Foi), je veux aujourd’hui vous entretenir d’un « musée » tout à fait insolite que je ne manque presque jamais de faire visiter aux pèlerins que j’accompagne à Rome.

Le Maître Chat Lully avait déjà eu l’occasion de l’évoquer, au tout début de ce blogue (cf. > ici), mais je veux y revenir de manière plus détaillée aujourd’hui : à Rome, dans un local attenant à la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage, existe le musée du Purgatoire (en italien le feuillet explicatif porte très exactement ces mots : « piccolo museo del Purgatorio », petit musée du Purgatoire).

Rome, église du Sacré-Coeur du Suffrage (Lungotevere Prati 12)

L’église du Sacré-Coeur du Suffrage, à Rome – Lungotevere Prati, 12.

L’expression musée du Purgatoire ne doit pas faire illusion : il s’agit en fait d’une collection d’objets, exposés dans une unique vitrine qui est installée dans une salle annexe de la sacristie de l’église du Sacré-Coeur du Suffrage. Ces objets gardent le souvenir visible et palpable de signes laissés par des défunts qui se sont manifestés.
En effet, Dieu a parfois permis que des personnes mortes apparaissent pour demander des prières ou des Messes qui leur permettraient de sortir du Purgatoire. Et pour attester de la réalité de leur apparition, ces défunts ont laissé des traces de brûlures sur des meubles, du linge, des livres, comme si ces objets avaient été touchés par des mains en feu

La constitution de ce petit musée du Purgatoire est due à un prêtre français, le Révérend Père Victor Jouët (1839-1912), missionnaire du Sacré-Coeur d’Issoudun.
Nommé à Rome, il achète en 1893 un terrain pour y construire une église dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. Les travaux commencés en 1894 dureront jusqu’en 1917, mais en attendant qu’elle soit achevée le culte est célébré dans un édifice provisoire.
Le 15 septembre 1897, un incendie éclate dans cette église provisoire : on parvient à le circonscrire mais, sur la paroi voisine de l’autel de la Madone du Rosaire, les flammes et la fumée semblent avoir dessiné un visage humain souffrant. 

Trace laissée par l'incendie du 15 septembre 1897 à l'autel de la Madone dans l'église du Sacré Coeur du Suffrage

Le Père Jouët fut impressionné par ce phénomène et y il vit un signe : à travers cet incendie, qui n’avait pas commis de gros dégâts mais avait laissé cette trace, n’y aurait-il pas une indication providentielle?
Il réfléchit, pria, demanda conseil, fit des recherches…  Il arriva à la conviction qu’il y avait eu là une manifestation d’ordre préternaturel : ce visage dessiné par les flammes était celui d’un défunt qui demandait des prières, des suffrages, pour être délivré du Purgatoire et entrer au Ciel. L’église serait donc bien dédiée au Sacré-Coeur de Jésus, oui, mais on y prierait spécialement le Coeur de Jésus à l’intention des fidèles défunts, d’où ce nom particulier d’église du Sacré-Coeur du Suffrage.

Dans des recherches, qui durèrent plusieurs années, le Révérend Père Jouët recueillit des témoignages sur les manifestations des âmes du Purgatoire et des objets qui en gardent la trace.
Le 4 août 1905, au Vatican, il présenta au Pape Saint Pie X cette singulière collection. Le saint Pontife lui accorda beaucoup d’attention, manifesta sa satisfaction et approuva que ces objets soient dorénavant exposés, pour que les fidèles soient confortés dans la Foi catholique au sujet des fins dernières.

Bien qu’il soit assez malaisé d’obtenir des clichés satisfaisants, en raison de la manière dont la pièce est éclairée et des reflets que les vitres de protection occasionnent, je vous propose maintenant de voir quelques uns de ces objets…

(cliquer sur les photos pour les voir en plus grande taille)

Vitrine où sont exposées les diverses pièces portant les marques de feu des manifestations des âmes du Purgatoire

Aperçu de la vitrine d’exposition du « piccolo museo »

5 mars 1871 empreintes de doigts de feu sur la couverture d'un livre

Objet N°2 : On voit sur le bas de la couverture de cet ouvrage une empreinte de trois doigts. Elle fut laissée le dimanche 5 mars 1871 sur le livre de prières de Maria Zaganti par son amie Palmira Rastelli qui était décédée le 28 décembre 1870. Palmira était la soeur du curé de cette paroisse (S. Andrea del Poggio Berni – Rimini) et elle apparaissait à son amie Maria pour qu’elle demande au prêtre de célébrer des messes de suffrage pour sa soeur.

apparition du 21 juin 1789, brûlure sur une manche de chemise

Objet N°5 : A Wodecq (Belgique), dans la nuit du 21 juin 1789, la dame Leleux, qui était décédée depuis 27 ans, apparut à son fils Joseph et lui rappela qu’il devait faire célébrer des Messes de suffrage à son intention : les honoraires des Messes avaient été donnés par le père Leleux, mais Joseph avait négligé de les faire célébrer. Elle lui reprocha aussi sa vie dissipée et l’exhorta à changer de conduite. Pour vaincre son incrédulité, elle posa sa main sur la manche de sa chemise et y laissa cette empreinte très visible. Joseph Leleux se convertit et, après avoir fondé une congrégation religieuse, mourut en odeur de sainteté en 1825.

empreintes laissées le 1er novembre 1731 sur une table de bois

Objet N°7 a : Empreintes d’une main gauche et d’une croix « pyrogravées » sur la tablette de bois faisant fonction d’écritoire, de la vénérable Isabella Fornari, abbesse des Clarisses de Todi. Elles furent laissées le 1er novembre 1731 par l’apparition du Révérend Père Panzini, abbé olivétain de Mantoue. Ce même moine laissa une autre empreinte, de la main droite, sur la tunique de la sainte moniale: c’est l’objet N°7 b photographié ci dessous.

empreinte laissée le 1er novembre 1731 sur la manche d'une chemise

Au terme de cet aperçu, je ne peux faire mieux, en conclusion – et en réaction à toutes les erreurs couramment répandues aujourd’hui -, que de recopier dans son intégralité le §211 de l’ « Abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique » :

« En vertu de la communion des saints, les fidèles qui sont encore en pèlerinage sur la terre peuvent aider les âmes du Purgatoire, en offrant pour elles des prières de suffrage, en particulier le sacrifice eucharistique, mais aussi des aumônes, des indulgences et des oeuvres de pénitence. »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

* * * * * * *

On trouvera > ici, une prière à la Vierge de Compassion à l’intention des âmes du Purgatoire.

2010-45. Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure : le « Saint du Poitou ».

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, naquit le 13 octobre 1766, à Versailles.
Il entra à l’école militaire à l’âge de 13 ans, et en ressortit 3 ans plus tard.
 
Sans doute traumatisé par l’attitude d’un père, malheureusement enclin au jeu et au libertinage (et laissera d’énormes dettes à son héritier !), Louis-Marie adopta une attitude toute contraire : profondément pieux, d’une grande rigueur morale, il se montrera toujours d’une austérité de vie quasi monastique.

Le 27 octobre 1791, il épouse une de ses cousines Marie-Louise-Victoire de Donissan (laquelle deviendra plus tard la marquise de La Rochejaquelein, puisqu’elle épousera en secondes noces, Louis de La Rochejaquelein, frère de Monsieur Henri), dont les mémoires sont restés célèbres.

Après son mariage, Louis-Marie de Lescure, son épouse et son cousin, Gaspard de Bernard de Marigny, avaient d’abord caressé l’intention de rejoindre les Princes en exil, mais voyant les dangers qui pesaient sur le Roi et les siens, ils décidèrent de rester pour protéger Leurs Majestés autant qu’il serait en leur pouvoir.

Le 10 août 1792, la lie du peuple attaque les Tuileries.
Lescure est à son hôtel, mais aussitôt qu’il l’apprend, accompagné de Bernard de Marigny, il tente de porter secours au Roi et de pénétrer dans le château. En vain : toutes les portes sont tenues par des piquets de la Garde Nationale et ils sont contraints de rebrousser chemin.

Le lendemain, alors que la famille royale est prisonnière, qu’un climat de terreur s’installe dans la capitale et que les derniers fidèles défenseurs de la monarchie sont impitoyablement traqués, Lescure et les siens décident de rentrer à Bressuire.
Grâce à son ancien gouverneur et ami, Thomassin, ils obtiennent de faux passeports avec lesquels ils parviennent, non sans difficultés, à franchir les très nombreux contrôles…

Prise des Tuileries le 10 août 1792

L’attaque des Tuileries, le 10 août 1792.

Dans son château de Clisson (rien à voir avec la ville de Clisson en Vendée : ce château se trouve à Boismé, dans l’actuel département des Deux-Sèvres), Lescure accueille ses cousins Gaspard de Bernard de Marigny et Henri de La Rochejaquelein (qui était présent lui aussi aux Tuileries le 10 août) qui ne sont plus en sécurité chez eux. 

En avril 1793 (le soulèvement vendéen en est à ses premières semaines), suspecté de sympathies royalistes, Lescure est arrêté et incarcéré chez l’officier municipal de Bressuire avec sa femme, son beau-père (le marquis de Donissan), et Bernard de Marigny.
Henri de La Rochejaquelein, reparti un peu plus tôt, a échappé à l’arrestation. Ce même La Rochejaquelein, avec l’armée du Poitou, dont il a pris la tête, et l’armée d’Anjou qu’il a rejointe, vient délivrer les prisonniers. : à l’approche des insurgés, les républicains ont pris la fuite, en oubliant leurs captifs.

Aussitôt libre, Lescure rejoint la grande armée.
A la tête des hommes de Bressuire, il est de toutes les batailles, toujours aux avant-postes : le 5 mai à Thouars, le 25 à Fontenay le Comte… etc.
A Fontenay, sa répartie est restée célèbre : après que l’assaut a commencé, ses hommes s’arrêtent pour prier au pied d’un calvaire ; on le presse de les faire avancer mais Lescure répond : « Laissez-les prier, il se battront mieux ensuite ! »

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure

Louis-Marie de Lescure, le « Saint du Poitou ».

Blessé le 9 juin 1793, pendant la bataille de Saumur, il participe néanmoins  le lendemain à l’élection du premier généralissime de l’Armée catholique et royale : Jacques Cathelineau. 

Le 29, juin, pendant que les Vendéens attaquent Nantes, Lescure reste en repli dans les Deux-Sèvres pour stopper l’avancée de Westermann.
Mais pendant que Cathelineau – le « Saint d’Anjou » – est mortellement blessé à Nantes, il peine face à Westermann : obligé de reculer d’abord à Parthenay, il lâche le Bois-aux-Chèvres puis Châtillon (aujourd’hui Mauléon) .

Le 5 juillet, les Vendéens qui ont échoué à Nantes se replient sur leurs terres.
Sur le chemin du retour, ils attaquent Westermann par surprise. Aux ordres de Bonchamps, derrière Lescure et Marigny, les Vendéens se battent trois jours durant contre les républicains. Au prix de combats acharnés, les insurgés reprennent Châtillon (Mauléon) mettant en déroute quelques 12 000 républicains.
Marigny, dont la pitié n’était pas la principale vertu, poursuit les fuyards et sabre ceux qui sont à sa portée. Lescure, qui est un homme juste et qui n’a jamais fait couler le sang par plaisir, s’interpose. Avec beaucoup de difficultés, il arrêtera son cousin. Ce jour là Lescure a, plus que jamais, mérité le surnom de « Saint du Poitou » que lui ont donné les paysans en armes…

Scapulaire Sacré-Coeur

Le 30 juillet, les Vendéens lancent une offensive sur Luçon.
Les généraux Vendéens ne sont pas d’accord sur la stratégie à adopter. Lescure s’acharne à imposer un plan auquel pourtant personne ne croit. Force sera de constater que ce plan n’était pas bon : les Vendéens ne peuvent tenir leurs positions, et face au républicain Thunk, finissent par reculer.
Lescure, qui n’est pas un grand tacticien, portera la responsabilité de cette défaite ; elle va ternir son image, jusqu’alors sans tache.

Le 19 septembre, Lescure et les Vendéens, sous le commandement de Bonchamps, remportent une belle victoire à Torfou.
Deux jours plus tard, d’Elbée (élu généralissime pour succéder à Cathelineau), en accord avec Bonchamps, décide d’attaquer Clisson. Pour cela, il requiert la présence de Charette et de Lescure. Les deux généraux doivent rejoindre Bonchamps pour prendre à revers les Mayençais à Clisson.
Mais Lescure et Charette préfèrent attaquer Saint-Fulgent et régler leur compte aux républicains qui cantonnent dans la région. Le temps de faire mordre la poussière aux bleus, les deux généraux en oublient de prêter main forte à Bonchamps et diffèrent d’obéir aux ordre de leur chef. Du coup, Bonchamps et ses hommes subissent une cuisante défaite, tandis qu’avec Charette, le 22 septembre, Lescure enlève la ville de Saint-Fulgent.

Le 15 octobre, pendant qu’il attaque la Tremblaye (près de Cholet), Lescure est blessé à la tête par une balle : la balle d’un Vendéen, semble-t-il !
Après la défaite de Cholet, le 17 octobre, et bien que mourant, il suit les Vendéens outre Loire. Il ne peut plus marcher, et c’est traîné dans une berline qu’il accompagne les Vendéens à travers la terrible « virée de Galerne ».
Le 19 octobre, le conseil de guerre se réunit à Varades pour élire le nouveau généralissime, en remplacement de d’Elbée, grièvement blessé pendant la bataille de Cholet, Lescure propose Henri de la Rochejaquelein. Sa proposition est adoptée.

Scène de la virée de Galerne

Scène de la « Virée de Galerne ».

Louis-Marie de Lescure meurt des suites de ses blessures, le 4 novembre 1793, sur la route entre Ernée et Fougères, au lieu-dit « les Besnardières » : il n’était âgé que de 27 ans.
Le service funèbre est célébré le lendemain dans la ville de Fougères.
Son corps est enterré près d’Avranches, en pleine nuit, pour éviter que les républicains ne le retrouvent, ne l’exhument et ne se livrent à d’ignobles profanations sur sa dépouille. Le lieu de sa sépulture a été si bien tenu secret que sa tombe n’a jamais été retrouvée.

Scapulaire Sacré-Coeur

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 novembre, 2010 |3 Commentaires »

2010-44. De l’épopée des Zouaves Pontificaux, depuis 1861 jusqu’à la spoliation de Rome.

I. Les Zouaves Pontificaux  de 1861 à 1867.

Constitués en bataillon en 1861 après le désastre militaire de Castelfidardo (comme nous l’avons vu ici > www), les tirailleurs franco-belges, devenus les Zouaves Pontificaux, brûlaient du désir de se battre pour la cause du Souverain Pontife ; toutefois leur ardeur fut pendant longtemps soumise à l’épreuve de la patience. En effet de 1861 à 1867, les combats furent rares et limités à des escarmouches avec de petits groupes ennemis qui, aussitôt repérés, s’empressaient de repasser la frontière.

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Pour occuper les Zouaves Pontificaux privés de combats, le gouvernement pontifical leur confia la charge de réprimer le brigandage qui sévissait depuis des décennies dans les États de l’Eglise. Ces « brigands romains » (comme ils sont appelés dans les textes de l’époque) n’étaient pas des partisans acquis à une cause politique mais de simples bandits de droit commun, précurseurs de la Maffia : ils utilisaient les mêmes procédés d’enlèvements de personnes ou de biens afin d’extorquer des rançons aux familles de leurs victimes. Ces brigands sévissaient principalement dans les Abruzzes, région montagneuse où il leur était facile de trouver des refuges et de dérouter leurs poursuivants.

Déçus d’être considérés comme de simples gendarmes, quelques Zouaves Pontificaux rentrèrent chez eux à la fin de leur premier contrat d’engagement : c’est ce qui explique ces baisses ou stagnations d’effectifs que nous avons signalées dans notre précédent exposé (cf.> www). Toutefois il faut remarquer que la majorité d’entre eux accepta de bon cœur cette mission policière, et prit parfois goût à la vie aventureuse dans les montagnes  : cela les changeait de la monotonie de la vie de caserne.

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Les combats étaient peu fréquents et peu meurtriers pour les Zouaves car les brigands, quoique bien armés, évitaient l’affrontement et cherchaient toujours à passer la frontière au-delà de laquelle les troupes pontificales ne pouvaient les poursuivre. Les autorités piémontaises, elles, laissaient les brigands en paix – quand elle ne les encourageait pas tacitement – parce qu’elles les considéraient comme des auxiliaires utiles pour l’affaiblissement de l’Etat Pontifical! 

Lorsqu’ils n’étaient pas en campagne, les Zouaves Pontificaux résidaient le plus souvent en garnison dans de petites localités comme Tivoli et Monterotondo (à l’est de Rome), Anagni ou Velletri (au sud), Viterbe, Bagnorea ou Montefiascone (au nord). Leur vie quotidienne était marquée par une pratique religieuse assidue, sous la direction vigilante des aumôniers. Les nombreux néerlandophones avaient évidemment les leurs. Les aumôniers des Zouaves français furent en particulier Monseigneur Jules Daniel et l’Abbé Peigné, tous deux originaires de Nantes.

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En septembre 1864, Napoléon III et Victor Emmanuel II avaient signé un accord au sujet des États Pontificaux : le Royaume d’Italie s’engageait à ne pas porter atteinte à l’intégrité territoriale du Patrimoine de Saint Pierre et de la défendre, si besoin par la force, contre toute attaque extérieure (mais non intérieure) et, de son côté, l’Empire Français retirerait progressivement ses troupes dans un délai de deux ans à mesure que l’armée pontificale serait capable de prendre la relève.

Les derniers soldats français du corps expéditionnaire quittèrent Rome en décembre 1866. La défense de l’État Pontifical reposait dorénavant  uniquement sur sa petite armée – principalement sur les Zouaves Pontificaux – et la « Légion d’Antibes » (dont nous avons aussi évoqué la création dans notre précédent article).

II. Mentana.

En septembre 1867, Garibaldi, résolu « à casser la baraque pontificale » (sic), reprit l’offensive sur la frontière nord près du lac de Bolsena, sans que les forces piémontaises ne s’interposent. Avec ses « chemises rouges », il investit les villes d’Aquapendante, Bagnorea et Monterotondo. Dans la même période, à Rome même, le 22 octobre 1867, un attentat dans la caserne Serristori fit plus de vingt morts parmi les Zouaves. La plupart des victimes étaient italiennes.

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Le dégagement des victimes après l’attentat de la caserne Serristori.

Inquiète de la tournure que prenaient les événements, l’opinion publique catholique française fit pression sur le gouvernement impérial. Napoléon III, qui avait besoin du soutien politique des catholiques, se vit contraint, malgré les engagements pris avec Victor Emmanuel II, d’envoyer un nouveau corps expéditionnaire dans les États Pontificaux.

Commandées par le Général de Failly, les troupes françaises débarquèrent à Civitavecchia le 29 octobre 1867. Déjà Garibaldi et ses « chemises rouges » avaient atteint le Monte-Sacro, à quelques kilomètres seulement de la Ville Sainte, dont il avait résolu de faire le siège. Le courage des troupes pontificales, l’arrivée du corps expéditionnaire français ainsi que les nombreuses désertions parmi les « chemises rouges » l’en dissuadèrent et il se replia alors sur Monterotondo.

Le Général Hermann Kanzler, qui avait succédé à Monseigneur de Mérode comme ministre des armées du Saint-Siège, tenta d’obtenir du Général de Failly que la totalité des troupes françaises se joignent aux siennes pour poursuivre Garibaldi. Il obtint seulement l’appui direct d’une brigade de 2.000 hommes commandés par le Général de Polhes. Les forces pontificales quant à elles se montaient à 5.000 hommes, parmi lesquels 2.000 soldats français et 1.500 Zouaves Pontificaux.

Le 2 novembre 1867 les Pontificaux arrivèrent devant Mentana, petite ville au Nord de Rome, dans laquelle les garibaldiens s’étaient retranchés.

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Zouaves Pontificaux devant le château de Mentana.

La bataille fut engagée le 3 novembre au matin et elle fut acharnée. Malgré le pilonnage intensif de l’artillerie pontificale et les charges furieuses des Zouaves, les « chemises rouges » résistèrent longtemps. L’armée du Saint-Siège se battit héroïquement.

Les soldats français du Général de Polhes (qui restèrent assez en arrière) étaient équipés avec de nouveaux fusils Chassepot qui se chargeaient par la culasse et dont la portée de tir était nettement supérieure à celles des autres armes utilisées sur le champ de bataille. C’est ce qui permit au Général de Failly, le lendemain, de télégraphier au ministre des affaires étrangères impérial la fameuse dépêche : « Les chassepots ont fait merveille… ».

Les Zouaves Pontificaux eurent à déplorer 39 morts et de nombreux blessés. Du côté des garibaldiens il y eut 150 morts, 240 blessés et 1.600 prisonniers. Garibaldi s’était enfui avant l’assaut final ; il fut arrêté deux jours plus tard sur le territoire italien, par ordre du roi Victor Emmanuel II, et fut enfermé dans la forteresse de Varignano puis exilé sous étroite surveillance dans l’île de Caprera.

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Médaille de Mentana.

III. De Mentana à la prise de Rome.

La victoire de Mentana procurera un sursis de trois ans à l’État Pontifical. Les années 1868 et 1869 furent calmes : les Zouaves Pontificaux furent de nouveau affectés à la garde des frontières et à la poursuite des « brigands romains ». L’opinion publique catholique savait cependant que ce calme était précaire, car Victor Emmanuel II n’avait pas renoncé, malgré ses promesses, à réaliser l’unité de l’Italie à son profit et à faire de Rome la capitale du nouveau royaume.

En France, à l’appel de Monseigneur Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, des comités de soutien à la cause pontificale, appelés « comités de Saint Pierre », se créèrent dans plusieurs villes : leur but était de recueillir des fonds afin d’aider  à l’équipement des troupes pontificales. Une souscription ouverte en Bretagne et en Vendée permit de faire fabriquer par l’arsenal de Liège (en effet, les arsenaux français avaient refusé de s’en charger!) six canons rayés du dernier modèle. Les souscriptions lancées dans d’autres diocèses permirent également d’acheter 230 mousquetons Remington, soixante mulets pour l’artillerie de montagne, deux canons de montagne, 4.000 fusées pour obus, soixante caisses de munitions. Les diocèses de Paris et de Normandie prirent à leur compte l’achat et le transport de 90 chevaux. Un demi million de francs récolté en France fut consacré aux travaux de renforcement des fortifications de Rome.

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Monseigneur Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers, futur cardinal,
ardent zélateur du soutien aux Zouaves Pontificaux.

En juillet 1870, la France déclara la guerre à la Prusse. Cet événement allait poser un cas de conscience pour les Zouaves Pontificaux français. Devaient-ils quitter l’Italie pour aller combattre en France? Beaucoup de ceux qui étaient astreints aux obligations militaires comme réservistes rentrèrent, d’autres, s’estimant liés par leur engagement au service du Pape restèrent. Mais la guerre franco-prussienne allait aussi changer les rapports de force. Napoléon III rappela le corps expéditionnaire du Général de Failly, affaiblissant ainsi la défense militaire du Souverain Pontife. Le 2 septembre 1870, après la défaite française de Sedan, Victor Emmanuel II, n’ayant plus à craindre une intervention française, décida du dernier assaut.

IV. 20 septembre 1870 : la prise de Rome.

Victor Emmanuel II commença par envoyer à Pie IX un plénipotentiaire qui lui proposa d’accepter que les troupes italiennes entrent dans Rome : le prétexte était qu’elles pourraient y maintenir l’ordre qui risquait d’être troublé par des bandes révolutionnaires. Le Souverain Pontife rejeta bien évidemment cette proposition hypocrite.

Le 12 septembre 1870, cinq divisions italiennes, déjà massées en Toscane et en Ombrie, franchirent la frontière et marchèrent sur Rome. L’armée pontificale se replia sur la capitale, mais pas sans une défense courageuse : ainsi, à Civita-Castellana, 200 Zouaves enfermés dans le château résistèrent pendant cinq heures à 15.000 italiens!

Le Général Kanzler mit la Ville Sainte en état de défense : 22 kilomètres de remparts pas toujours en très bon état.

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Le Général Hermann Kanzler.

Le 17 septembre 1870, l’Armée italienne commença le siège. Le 19 septembre (anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de la Salette, qui avait prophétisé ces malheurs), Pie IX fit sa dernière sortie dans Rome : il se rendit à la Scala Santa qu’il gravit à genoux en pleurant. Le peuple romain l’acclama, pria avec lui, pleura avec lui…

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Pie IX bénissant les troupes pontificales.

Le 20 septembre, dès 5 heures du matin, l’artillerie piémontaise commença un tir intensif sur tout le pourtour des remparts. Toutefois les bersaglieri concentrèrent leurs attaques du côté de la Porta Pia, qui était défendue par le Capitaine du Réau de La Gaignonière. Les Piémontais n’attaquèrent pas la Porta Pia elle-même, mais  à quelques dizaines de mètres de là, parce qu’ils avaient été informés que la muraille était particulièrement fragile à cet endroit. C’était en effet le fond des jardins de la Villa Bonaparte, où résidait Napoléon-Charles Bonaparte, troisième Prince de Canino et Musignano (petit-fils de Lucien Bonaparte). Ce Bonaparte, quoique bénéficiant de l’hospitalité du Saint-Siège, s’était opposé au renforcement de la vieille muraille du fond de sa propriété et l’avait lui-même fait savoir aux Piémontais : la fameuse « brèche de la Porta Pia » est donc due en grande partie à l’ingratitude et à la trahison!

C’est donc vers 9 heures du matin que la muraille céda à la mitraille italienne au fond des jardins de la Villa Bonaparte. Les soldats italiens s’engouffrèrent dans la brèche tandis que les Zouaves Pontificaux tentaient vainement de les arrêter, d’abord par un feu de salve puis par une attaque à la baïonnette. Mais à 10 heures, l’ordre du cessez le feu arriva.

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La Porta Pia et, sur la droite du cliché, la brèche pratiquée dans la muraille au fond des jardins de la Villa Bonaparte dont on aperçoit le toit.

Le Pape Pie IX avait voulu une défense de protestation contre l’agression des troupes de Victor Emmanuel II, pour bien montrer qu’il ne cédait qu’à la force ; il se refusait  toutefois à voir se prolonger les combats et à laisser répandre le sang de ses courageux défenseurs. A partir de ce jour, le Bienheureux Pie IX considéra qu’il était l’otage du nouveau royaume d’Italie. Il faudra presque soixante ans pour que soit réglée la « Question Romaine » par la création de l’Etat de la Cité du Vatican (11 février 1929).

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Tiare du Bienheureux Pie IX.

V. Après la fin des combats.

La convention de capitulation fut signée à midi à la Villa Albani, par le Général Kanzler pour l’armée pontificale et par le Chef d’état major Rivalta et le Lieutenant-Général Cadorna pour l’Armée italienne. Elle stipulait que les troupes étrangères se retireraient avec les honneurs de la guerre et devaient être regroupées dans la Cité Léonine (c’est à dire dans l’enceinte du Vatican et du Château Saint Ange).

Les Zouaves Pontificaux, qui déploraient la perte d’une dizaine des leurs, vécurent alors une de leur plus dure épreuve. En effet, au mépris de la convention de capitulation, une partie du bataillon fut emmenée et les hommes traités comme prisonniers de guerre passèrent la nuit dans des camps improvisés. Les autres purent, non sans difficultés, sous les huées et les insultes, se regrouper au Vatican.

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Troupes pontificales massées sur la Place Saint-Pierre en 1870.

Le 21 septembre au matin, tout ce qui restait des troupes pontificales était réuni sur la place Saint-Pierre. A une fenêtre du Palais Apostolique, le Pape Pie IX les bénit en pleurant. Tout était fini.

A ce jour, sur la place Saint-Pierre, les Zouaves Pontificaux comptaient 1.172 Néerlandais (dont 7 officiers), 760 Français (dont 78 officiers), 563 Belges (dont 21 officiers), 297 Canadiens, Britanniques et Irlandais (dont 4 officiers), 242 Italiens (dont 9 officiers), 86 Prussiens (dont 2 officiers), 37 Espagnols (dont 1 officier), 19 Suisses (dont 5 officiers), 15 Autrichiens (tous hommes de troupe), 13 Bavarois (dont 1 officier), 7 Russes et Polonais (dont 1 officier), 5 Badois, 5 ressortissants des États-Unis d’Amérique, 4 Portugais, 3 Hessois, 3 Saxons, 3 Wurtembergeois, 2 Brésiliens, 2 Equatoriens, 1 Péruvien (officier), 1 Grec, 1 Monégasque, 1 Chilien, 1 Ottoman et 1 Chinois. Ces chiffres comprennent les 4 aumôniers, le chirurgien-major et ses 4 aides-majors.

VI. Les Zouaves renvoyés chez eux.

Les officiers français des Zouaves Pontificaux furent dirigés le jour même sur le port de Civitavecchia où ils embarquèrent, avec les autres officiers européens, anglo-saxons et sud américains, sur la frégate « l’Orénoque », de la marine de guerre française, qui y stationnait. Les hommes de troupe français montèrent à bord d’un paquebot des Messageries Maritimes « l’Ilyssus » qui avait été détourné pour l’occasion. Débarqués à Toulon le 27 septembre 1870, ils y  eurent la désagréable surprise de croiser leurs ennemis d’hier, un groupe de « chemises rouges » venues s’engager comme volontaires dans la Légion Garibaldienne pour défendre la France républicaine! …

Les Zouaves Pontificaux Néerlandais et Belges, y compris leurs officiers, furent rapatriés par voie ferroviaire, à travers  la Suisse et l’Allemagne.

La spoliation des Etats de l’Eglise et la fin de la souveraineté temporelle du Bienheureux Pie IX mettait un terme à l’aventure italienne des Zouaves Pontificaux, mais pas à leur histoire : très rapidement les Zouaves Pontificaux français allaient écrire de leur sang une nouvelle et glorieuse page de l’histoire de l’héroïsme catholique, dont nous ferons plus tard le récit.

(à suivre)

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 3 novembre, 2010 |9 Commentaires »

Prière de Mélanie Calvat, bergère de La Salette, pour les temps de calamités :

Nous avons déjà parlé de l’apparition de La Salette et publié les « secrets » qui furent confiés aux deux enfants (voir > ici et > ici).
Parce que l’Eglise et la société sont aujourd’hui affrontées à de multiples attaques d’inspiration diabolique -  qui viennent tant de l’extérieur que de l’intérieur – nous vous invitons aussi à prier avec les mots  qui jaillirent sous la plume de la sainte voyante, au spectacle de tant de maux :

Apparition de La Salette

La Salette : apparition de la Vierge en pleurs.

Père Éternel, voici Votre Fils, Jésus-Christ, mis en croix pour nous! En Son Nom et par Ses mérites, ayez pitié de nous, pauvres pécheurs, parce que repentants, nous recourons à Votre infinie miséricorde. Laissez-Vous toucher, ayez pitié de nous qui sommes Votre héritage. Ne violez pas, Seigneur, le pacte que Vous avez fait d’exaucer la prière que Vous font Vos enfants.

Il est vrai que par nos grandes iniquités nous avons irrité Votre Justice, mais Vous, mon Dieu, qui êtes bon par nature, faites resplendir la grandeur de Votre infinie miséricorde. Seigneur, si Vous voulez faire attention à nos iniquités, qui pourra subsister en Votre présence? Seigneur, nous confessons que nous sommes très coupables et que ce sont nos péchés qui ont attirés ces fléaux sur nous.

Mais Vous, Seigneur, qui avez bien voulu que tous les jours nous Vous appelions Notre Père, regardez à présent la grande affliction de Vos enfants, et épargnez de si grands fléaux. Oh! faites grâce, ô mon Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, faites grâce par l’amour que Vous avez pour Vous-même, par l’amour de la Vierge Marie, « notre Maman », pardonnez-nous!

Souvenez-vous, ô Seigneur, que nous sommes appelés Votre peuple, ayez pitié de la folie humaine. Envoyez un rayon de Votre divine lumière qui dissipe les ténèbres de notre intelligence et que notre âme amendée change ses voies et ne sature plus d’amertume le Cœur de son Dieu! Seigneur, la main seule de Votre infinie miséricorde peut nous sauver de tant de fléaux. Seigneur, nous sommes enivrés d’afflictions intérieures et extérieures, ayez pitié de nous! Détournez, ô Seigneur, Votre face de nos péchés et regardez Jésus-Christ qui Vous a donné satisfaction en souffrant et en mourant pour nous, Il est Votre Fils! Et ainsi nous célébrons Votre infinie miséricorde.

Vite, exaucez-nous, Seigneur, autrement notre courage sera bien amoindri, car nous sommes tombés dans un état si misérable! Vite, Seigneur, faites sentir Votre miséricorde, car nous n’espérons plus qu’en Vous seul, qui êtes Notre Père, Notre Créateur, et qui devez conserver et sauver ceux qui sont Vôtres pour toujours.

(Sœur Marie de la Croix, née Mélanie Calvat, bergère de La Salette)

Soeur Marie de la Croix (Mélanie Calvat)

Bien volontiers j’enrichis cette dévote prière de la pieuse Mélanie Calvat de 4O jours d’indulgence chaque fois qu’on voudra bien la réciter.            

Acquaviva, le 8 septembre 1905,
+ Fr. Carlo-Giuseppe Cecchini, o.p.
Évêque du Titre d’Alicarnasse, Prélat ordinaire d’Altamura et d’Acquaviva delle Fonti.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 18 septembre, 2010 |3 Commentaires »

2010-39. Du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo et de la création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

Samedi 18 septembre 2010.

Vous vous souvenez peut-être qu’au mois d’avril dernier Frère Maximilien-Marie a été en pèlerinage à Rome et dans les Marches avec l’association des descendants des Zouaves Pontificaux à l’occasion du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo (vous pouvez en retrouver le compte-rendu ici > www). Ce pèlerinage a en effet permis à tous les participants  de revenir sur les lieux où se sont illustrés ceux qui avaient généreusement mis leurs personnes au service de la défense des Etats de l’Eglise et qui se sont vaillamment battus pour défendre l’indépendance du Saint Siège.

C’est aujourd’hui, 18 septembre, l’anniversaire exact de cette fameuse bataille de Castelfidardo. Aussi vais-je en profiter pour résumer ici cette grande page d’histoire et pour vous rappeler ce que furent les Zouaves Pontificaux.

Lully.               

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I . Les Etats de l’Eglise.

Les Etats de l’Eglise, appelés aussi Patrimoine de Saint-Pierre ou Etats Pontificaux, ont été créés en 756 par une donation de Pépin le Bref au Pape Etienne II, afin d’assurer l’indépendance spirituelle du Pontife Romain qui, étant désormais lui-même souverain indépendant, ne se trouverait plus soumis à la tutelle d’un souverain laïc.

Les États Pontificaux ont été, jusqu’en 1870, l’un des plus anciens états souverains d’Europe. Ils ont connus diverses vicissitudes au cours des siècles, jusqu’à être supprimés pendant quelques années en raison des invasions françaises au moment de la révolution et du remodelage de l’Europe par Napoléon. Rétablis par le Congrès de Vienne, ils occupaient en 1860 une grande partie de l’Italie centrale, soit à peu près le territoire des actuelles provinces du Latium, de l’Ombrie, des Marches et de la Romagne. La ville de Rome en était la capitale. Les Etats de l’Eglise avaient deux grandes entrées maritimes : Civita Vecchia sur la Méditerranée et Ancône sur l’Adriatique.

Les Etats de l'Eglise en 1860

L’Italie en 1860 : en bleu les Etats de l’Eglise.

II . La révolution romaine de 1848 et les évènements jusqu’en 1860.

Elu Pape en 1846, le Bienheureux Pie IX (1792-1878) eut à faire face en 1848 à une révolution libérale et républicaine dirigée par Giuseppe Mazzini (1805-1872), fondateur du mouvement révolutionnaire « Jeune Italie » et par Giuseppe Garibaldi (1807-1882). Le Souverain Pontife avait alors dû s’enfuir de Rome, où la République avait été proclamée. Il s’était réfugié à Gaëte, dans le Royaume de Naples. Quelques mois plus tard, il avait été rétabli dans ses droits et dans sa souveraineté grâce à une intervention militaire franco-autrichienne : le corps expéditionnaire français, sous les ordres du Général Oudinot, avait débarqué à Civita Vecchia et les troupes autrichiennes avaient occupé la Romagne.

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Le Bienheureux Pie IX à son avènement (1846).

Le Pape Pie IX avait été rétabli sur son trône,  mais les États de l’Eglise restaient néanmoins menacés.

En effet, au Nord, Victor-Emmanuel II, roi du Piémont, voulait faire l’unité de l’Italie sous le sceptre de la Maison de Savoie et se servait de Garibaldi, qui voulait lui aussi réaliser l’unité italienne mais sous une version républicaine.

Victor-Emmanuel II voulait dans un premier temps conquérir la Lombardie, qui était sous domination autrichienne, puis annexer les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène. Il avait pour cela besoin de l’appui de Napoléon III contre l’Autriche, et il avait promis en échange au chef d’état français la cession de la Savoie et du Comté de Nice. En mai et juin 1859, les armées piémontaises et françaises remportèrent sur les Autrichiens, les batailles de Magenta et de Solférino qui permirent à Victor Emmanuel II d’annexer au royaume de Piémont non seulement la Lombardie, les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène mais aussi la Romagne qui appartenait aux Etats de l’Eglise. 

Ainsi donc tout en soutenant officiellement le pouvoir temporel du Pape par la présence de troupes françaises à Rome, Napoléon III – dont on connait les liens à cette branche de la maçonnerie italienne qui se nomme le carbonarisme – faisait aussi le jeu de la Maison de Savoie contre le Souverain Pontife. On voit bien ici la vérité des paroles que la Sainte Vierge en apparaissant  à La Salette avait dites à Mélanie : « Qu’il (Pie IX) se méfie de Napoléon : son cœur est double… » Le rattachement à la France de la Savoie et du Comté de Nice fut la récompense d’un double jeu et d’une trahison!

III . Le début de l’année 1860.

De son côté, Garibaldi avait débarqué en Sicile avec ses « chemises rouges » en avril 1860. Passant de la Sicile au Royaume de Naples et multipliant les actes de pillage et de terrorisme, il conquit en quelques mois tout le sud de la péninsule, contraignant le roi de Naples, François II de Bourbon et son épouse Marie-Sophie (soeur de la célèbre Sissi) à se réfugier à Rome.

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François II de Bourbon, dernier roi de Naples.

Le Corps Expéditionnaire français du Général Oudinot avait bien pour mission de défendre le Souverain Pontife contre des menées intérieures et extérieures hostiles, mais il n’était en réalité et avant la lettre qu’une sorte de « FORPRONU« , s’interposant entre les troupes piémontaises et les troupes pontificales et s’efforçant d’éviter tout affrontement entre elles. Le double jeu diplomatique de Napoléon III les empêchait en effet d’effectuer des opérations militaires défensives ou offensives classiques.

A la suite de l’annexion de la Romagne par Victor Emmanuel II, le Cardinal Antonelli, Secrétaire d’État (Ministre des Affaires Étrangères) de Pie IX avait fait appel aux gouvernements de l’Europe catholique pour défendre militairement le Patrimoine de Saint Pierre, mais en vain.

Monseigneur François-Xavier de Mérode, alors pro-ministre des armées des États Pontificaux, décida donc d’assurer seul, sans alliés, la défense de la souveraineté temporelle du Saint Père.

Monseigneur de Mérode

Monseigneur de Mérode.

IV . Monseigneur de Mérode.

Frédéric François-Xavier de Mérode était né à Bruxelles le 26 mars 1820, fils puîné du Comte Félix de Mérode, d’antique noblesse belge, et de Rosalie de Grammont, de vieille noblesse française.

Après des études au collège des jésuites de Namur puis au collège de Juilly, près de Paris, où il s’était plus distingué par les farces qu’il faisait à ses professeurs et à ses surveillants que par ses succès scolaires, il entra à l’école militaire de Bruxelles en 1839. Il en sortit sous-lieutenant d’infanterie deux ans plus tard. D’abord affecté à Mons puis à Liège au régiment des grenadiers, il se lassa vite de la vie de garnison : il sollicita donc et obtint du roi Léopold Ier l’autorisation de participer à la conquête de l’Algérie avec l’armée française. A cette époque où l’armée belge commençait tout juste à s’organiser, après l’indépendance, conquise contre le royaume de Hollande, il n’était pas rare que certains de ses officiers allassent s’entraîner sous des drapeaux étrangers : en 1840, seize officiers belges avaient déjà précédé le sous-lieutenant de Mérode en servant de l’autre côté de la Méditerranée dans les troupes françaises.

Attaché, en août 1844, à l’état major particulier du Maréchal Bugeaud, il souhaita aussitôt participer directement aux combats et prit part à une expédition dirigée par le Général de Saint-Arnaud contre les Kabyles, peu après la bataille d’Isly. Il se distingua au cours de cette campagne et le Maréchal Bugeaud le signala pour sa bravoure : le roi Louis-Philippe lui décerna alors la Croix de la Légion d’Honneur. C’était le 27 novembre 1844, soit quatre mois seulement après son départ de Belgique. L’année 1845 le vit participer à une expédition sur la frontière algéro-marocaine contre la tribu des Flittas puis à une campagne contre les Chaouïas dans les Aurès. Il brilla notamment aux combats d’Aydoussa où il eut son uniforme percé de plusieurs balles. Entre temps le roi des Belges l’avait promu au grade de lieutenant.

Rentré à Bruxelles après dix huit mois de séjour en Afrique (janvier 1846), le lieutenant François-Xavier de Mérode, dont la vocation religieuse était latente bien avant son entrée à l’école militaire, se rendit à Rome. C’est de là  que, le 30 novembre 1847, il envoya sa lettre de démission. Léopold Ier le libéra de ses obligations le 23 décembre après l’avoir promu au grade de capitaine en second.

Entré au séminaire au début de l’année 1848, il reçut la tonsure le 17 septembre de la même année et les deux premiers ordres mineurs le 23 du même mois. Ainsi qu’il a été dit plus haut, les États Pontificaux connaissaient alors la révolution mazzinienne et garibaldienne et l’abbé de Mérode se montra « un vrai soldat sous la soutane« . Ordonné diacre le 7 avril 1849, il n’hésita pas à reprendre des habits civils pour braver la fureur des insurgés romains et pour servir la cause de l’Eglise en protégeant couvents et vases sacrés des pillages des révolutionnaires. Sa détermination ne l’empêchait pas d’être charitable : il soigna de nombreux blessés ennemis, s’attirant même les félicitations de Garibaldi!

Après l’entrée des troupes du corps expéditionnaire français dans Rome, François-Xavier de Mérode, fut ordonné prêtre le 22 septembre 1849. Il fut aussitôt nommé aumônier militaire, à Rome puis à Viterbe. Il retrouva ainsi dans le corps expéditionnaire français certains de ses anciens compagnons de sa campagne d’Afrique, très étonnés de reconnaître sous l’habit ecclésiastique le brillant officier belge qui avait été l’un des leurs quelques années plus tôt!

Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son diocèse belge, le 12 avril 1850, il fut attaché au Vatican comme camérier secret du Sa Sainteté et, neuf ans plus tard, nommé à la tête des armées pontificales ainsi qu’à la direction du département de la guerre du Saint Siège.

Doté d’un profond sens politique, Monseigneur de Mérode avait compris que les États de l’Église, qui avaient jusqu’alors été l’objet de la bienveillance des vieilles nations chrétiennes, avaient dorénavant l’opinion publique de l’Europe contre eux. Ayant des relations en France, il démasqua très tôt le double jeu diplomatique de Napoléon III et fit admettre au Souverain Pontife que la protection du corps expéditionnaire français n’était qu’illusoire ; ce faisant il s’attira les foudres de la diplomatie du second empire et même de ses anciens compagnons d’armes d’Afrique.

Pour Monseigneur François-Xavier de Mérode, le Patrimoine de Saint Pierre aurait bientôt à se défendre militairement et, pour sa défense, il ne pourrait plus compter que sur lui-même!

V . L’organisation de l’armée pontificale.

L’armée pontificale que Monseigneur de Mérode trouva en prenant ses fonctions était dans un état affligeant. Elle comptait moins de 10.000 hommes, mal entraînés, mal encadrés, mal équipés : les fusils dataient de l’époque napoléonienne, les canons  étaient obsolètes …etc. Depuis 1797, date du traité de Tolentino, les troupes du Saint Siège n’avaient tiré que quelques rares coups de fusil et encore seulement dans des actes de police contre les fameux brigands romains. L’ancien arsenal du Vatican n’était plus qu’un musée. Les espions piémontais et garibaldiens avaient relevé que l’unique arsenal où se trouvaient les munitions était librement accessible l’après midi, parce que le gardien faisait une longue sieste!!!

Le directeur du département de la guerre du Saint Siège, avec l’accord du Pape, fit alors appel à l’un de ses parents éloignés, qu’il avait connu en Algérie : le Général Christophe Louis Léon Juchault de La Moricière. Il le supplia de l’aider à réorganiser et commander les troupes pontificales. Héros du siège de Constantine et ancien Colonel des Zouaves, La Moricière se trouvait alors en exil à Bruxelles parce qu’il s’était opposé au coup d’état du 2 décembre 1851.

La Moricière met son épée au service de Pie IX

Le Général de La Moricière mettant son épée au service de Pie IX.

Fervent catholique, le Général de La Moricière accepta avec enthousiasme et arriva à Rome le 1er avril 1860. Il commença un rude travail de reprise en main des troupes pontificales mais, jugeant que les effectifs dont il disposait seraient certainement insuffisants en cas de conflit, il lança, conjointement avec Monseigneur de Mérode, un appel solennel aux catholiques de toute l’Europe – et du monde entier  – pour venir défendre les États de l’Église. Des comités de recrutement et de financement se formèrent rapidement, en premier lieu en Belgique et en France, et, en quelques mois, avec les 300 premiers volontaires arrivés à Rome, le Général de La Moricière put constituer un bataillon « franco-belge » dont le commandement fut confié au Général-marquis  Georges de Pimodan et au Commandant Louis de Becdelièvre (promu lieutenant-colonel après Castelfidardo).

Georges de Pimodan

Georges de La Vallée de Rarecourt Général-marquis de Pimodan.

VI . La bataille de Castelfidardo.

Pressentant une réorganisation et un accroissement rapide des effectifs des troupes pontificales, les stratèges piémontais envahirent l’Ombrie et les Marches, en septembre 1860, sans que les troupes autrichiennes qui gardaient la région ne s’interposent.Il s’agissait pour les piémontais de réaliser la jonction des territoires du nord avec ceux du sud, conquis par Garibaldi.

La Moricière se porta alors sur Ancône pour défendre ce port stratégique. C’est à Castelfidardo, petite ville de la Région des Marches – à une dizaine de kilomètres du célèbre sanctuaire de Lorette où les pontificaux passèrent la nuit en prière -, que les troupes piémontaises et les troupes pontificales se rencontrèrent, le 18 septembre 1860. Ce fut une bataille sanglante dans des conditions des plus inégales : moins de 10.000 pontificaux contre près de 60.000 piémontais!

La bataille de Castelfidardo

La bataille de Castelfidardo
(tableau conservé à l’hôtel de ville de Castelfidardo)

L’Armée pontificale fut défaite et les deux tiers des effectifs du bataillon  des « franco-belges » furent tués au combat ou grièvement blessés. Pimodan lui-même, après s’être héroïquement battu à leur tête, fut mortellement blessé et succomba à ses blessures.

Enfermé dans le port d’Ancône avec une poignée d’hommes, La Moricière soutint le siège durant dix jours sous des bombardements qui venaient à la fois de la terre et de la mer. Malgré tant d’héroïsme, il fallut cependant capituler. Après Castelfidardo, les Etats de l’Eglise se trouvèrent réduits au seul Latium.

Le héros du siège de Constantine, qui n’avait jamais connu la défaite durant toute sa carrière, resta encore quelques mois à Rome pour achever la réorganisation de l’armée pontificale, puis il rentra en France où il mourut au château de Prouzel, près d’Amiens, le 11 septembre 1865.

Cénotaphe de La Moricière

Cathédrale de Nantes : cénotaphe du Général de La Moricière.

VII . La création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

La défaite de Castelfidardo ne découragea pas Monseigneur de Mérode. L’héroïsme des troupes pontificales face à un ennemi qui lui était six fois supérieur en nombre eut un tel retentissement dans le monde catholique que les volontaires affluèrent à Rome. En janvier 1861, avec les survivants du bataillon « franco-belge » et les nouvelles recrues, le directeur du Département de la Guerre du Saint Siège créa un bataillon de Zouaves Pontificaux.

Pourquoi ce nom? Déjà au cours de l’année 1860, le Général de La Moricière avait conçu pour le bataillon des « franco-belges », une tenue adaptée au climat de l’Italie centrale et inspirée de celles des Zouaves d’Afrique de l’armée française : une courte veste à soutaches et au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge, un petit képi à visière carrée… Cet uniforme n’avait pas soulevé l’enthousiasme des cardinaux de la Curie ; l’un d’eux avait même ironisé : « Voilà bien une une idée de français d’habiller les soldats du Pape en musulmans! »  Mais le Bienheureux Pie IX avait été conquis et donné son assentiment… En fait, l’armée pontificale n’avait eu ni le temps ni les moyens financiers pour équiper les 300 premiers « franco-belges » avec cet uniforme avant la bataille de Castelfidardo – seuls les Officiers en avaient été pourvus – mais, à partir de 1861 et jusqu’en 1870, toutes les nouvelles recrues le portèrent.

Zouave Pontifical

Le corps des Zouaves Pontificaux comptait, à sa création, environ 600 hommes de troupe, sous-officiers et officiers et il resta sous le commandement de Becdelièvre.

Par la suite, ses effectifs varièrent sensiblement au gré des fluctuations de la situation politique, militaire et financière du Saint-Siège. Ils baissent à 300 en 1863, remontent à 700 en 1865, atteignent 1.500 en 1868 pour arriver à 3.000 en 1870 lors du siège de Rome. Un second bataillon fut créé en décembre 1866 ; puis, en janvier 1867, le Corps devint un régiment à quatre bataillons. A certaines époques, le gouvernement pontifical fut, pour des motifs financiers, obligé de limiter les recrutements, et les volontaires les plus fortunés durent parfois s’équiper à leurs frais en uniforme et même en armes…

Commandant Louis de Becdelièvre

Le Commandant de Becdelièvre.

Les volontaires provenaient de différents pays : pour ce qui est du nombre, les Néerlandais dominaient (on dut même refuser – avec diplomatie – des hollandais protestants!),  venaient ensuite les Français et les Belges ; on trouve aussi dans les rangs des Zouaves des Italiens non ressortissants des États Pontificaux, des Allemands, des Autrichiens, des Suisses, des Britanniques, des Irlandais, et même un chinois…

En 1868, 130 Canadiens francophones traversèrent l’Atlantique pour se mettre au service de Sa Sainteté le Pape Pie IX.

Au total, ce sont plus de 9.000 engagements qui furent contractés en près de dix ans (nota bene : ce nombre concerne les engagements et non les individus, une même personne ayant pu souscrire plusieurs engagements dont la durée pouvait varier de six mois à un an ou quatre ans).

Si, chez les Néerlandais et les Belges, les volontaires appartenaient surtout aux classes populaires, chez les Français la noblesse représentait plus du tiers des recrues. L’on trouve de grands noms comme ceux des Ducs de Blacas, de Chevreuse, de Luynes, le Prince de Bourbon-Este. Après la bataille de Castelfidardo, en regardant la liste des morts et des blessés pontificaux le Général piémontais Cialdini aurait dit, avec un humour des plus noirs : « On croirait une liste d’invités à un bal de Louis XIV ! ». La bourgeoisie française était représentée par des médecins, des notaires, des journalistes, des commerçants aisés, des étudiants…

Ces volontaires français étaient majoritairement originaires de Bretagne et de Vendée. Huit diocèses de l’Ouest de la France ont fourni 37 % des volontaires français (le diocèse de Nantes en représente près de 12 % à lui seul). Il y eut également un nombre significatif de recrues originaires des département du nord et du sud ouest de la France. Et si l’Alsace-Lorraine et le sud sont peu représentés, c’est que ces régions ont, à partir de 1866, fourni les volontaires d’un autre corps de bataille français appelé « Légion d’Antibes » (ou encore « Légion Romaine« ).

La plupart des engagés étaient jeunes : certains n’avaient pas plus de 16 ou 17 ans, quand ils endossèrent l’uniforme des Zouaves Pontificaux. Mais l’âge n’était pas non plus un handicap qui dispensât de défendre le Pape : Monsieur de Coislin avait 65 ans lors de son premier engagement !

Les quatre frères Charette

Athanase de Charette et ses frères.

Les motivations des volontaires était essentiellement religieuses et parfois politiques. Religieuses parce que tous étaient convaincus que la puissance temporelle du Souverain Pontife était garante de son indépendance religieuse ; politiques parfois car tous les Zouaves Pontificaux issus de la noblesse étaient des royalistes, légitimistes convaincus, descendants de familles qui s’étaient illustrées dans la lutte contre la révolution : Cathelineau, Charette pour ne citer que les plus célèbres… De la même manière chez les bourgeois et dans les classes populaires le parti royaliste dominait. Garibaldi montre bien qu’il ne connaissait pas vraiment les Zouaves Pontificaux lorsqu’il juge, dans ses « Mémoires d’un chemise rouge » les militaires étrangers au service de Pie IX comme « quelques milliers de mercenaires, déchets de tous les cloaques de l’Europe » !

Les Zouaves Pontificaux ne furent pas l’unique corps militaire formé de volontaires catholiques étrangers : 5.000 Autrichiens répondirent à l’appel de Monseigneur de Mérode et du Général de La Moricière pour former cinq bataillons de « bersaglieri » (tirailleurs), 3.000 Suisses renforcèrent les régiments étrangers, 800 Irlandais créèrent le « Bataillon de Saint Patrick ».

Médaille de Castelfidardo

Médaille commémorative de Castelfidardo :
« la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi! »

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 18 septembre, 2010 |2 Commentaires »

2010-37. Du 150ème anniversaire de la statue de Notre-Dame de France au Puy-en-Velay.

Panorama du Puy en Velay

Panorama de la ville du Puy (cliquer pour agrandir)

12 septembre 1860 – 12 septembre 2010 :

Il y a 150 ans jour pour jour que fut bénite la grande statue de la Vierge à l’Enfant, nommée Notre-Dame de France, qui domine la ville du Puy-en-Velay.

Fondue dans le bronze de 213 canons pris aux Russes le 8 septembre 1855 à la bataille de Sébastopol, cette oeuvre monumentale, haute de 22,70 mètres et pesant 835 tonnes, a pu être réalisée grâce à une souscription nationale. Elle s’inscrit dans le grand mouvement de renouveau  spirituel du XIXème siècle :  malgré la grande révolution et ses petites soeurs de 1830 et de 1848, qui ont causé de grands tords à l’Eglise et ont éloigné d’elles des pans entiers de la société, le catholicisme français au milieu du XIXème siècle donne une image d’unité et de croissance, de zèle et de ferveur. L’épiscopat est moins tenté par les sirènes du gallicanisme, les vocations sacerdotales et religieuses sont en hausse, l’expansion missionnaire est admirable de générosité et d’audace, les oeuvres sociales et éducatives fleurissent… L’élan qui suscite l’édification de la statue de Notre-Dame de France est bien représenté par les audaces techniques de ce temps qui vont être mises au service de ce monument de foi et d’espérance.

Ce temps est aussi, bien sûr, une période de grande ferveur mariale : au moment de la bénédiction de la statue, Notre-Dame s’est déjà manifestée à la rue du Bac, à La Salette et à Lourdes; elle apparaîtra encore à Pontmain et Pellevoisin. Dans chacune de ces apparitions, Marie parle de la France et lui indique les voies de la conversion et de la pénitence par lesquelles elle retrouvera son unité et la paix sociale. La basilique de Notre-Dame des Victoires est le centre de la dévotion au Coeur immaculé de Marie, refuge des pécheurs, et des centaines de conversion se produisent dans son rayonnement.

La première pierre du socle de Notre-Dame de France est bénite le 8 décembre 1854, en communion avec le Bienheureux Pape Pie IX qui proclame le dogme de la Conception Immaculée de Marie.

Notre-Dame de France - 1860

Image souvenir du 12 septembre 1860

(Cliquer dessus pour agrandir)

La ville et le diocèse du Puy-en-Velay ont célébré ce 150ème anniversaire à l’occasion des solennités du 15 août : cette date, en effet, permettait à davantage de pèlerins d’être présents. Mais en ce dimanche 12 septembre 2010, notre Frère Maximilien-Marie n’a bien évidemment pas manqué de faire un pèlerinage jubilaire individuel au Puy, dans le recueillement intérieur et l’action de grâces. Il m’en a ramené quelques documents, telle la photo de ce tableau qui a voulu fixer sur la toile le moment de la bénédiction de la statue monumentale (cliquer sur la vignette pour voir en grand):

bénédiction de la statue de ND de France

J’ai aussi sous les yeux le récit d’Adrien Roselat, journaliste du « Moniteur de la Haute-Loire », qui fit le 13 septembre 1860 le compte-rendu de la cérémonie de la veille. Je ne résiste pas au plaisir de vous le retranscrire, car – même 150 ans plus tard – il transmet encore quelque chose de l’émotion et de la ferveur qui marquèrent cette journée :

« Dès le 11 septembre, d’innombrables caravanes de pèlerins se pressent aux barrières de la ville. Tous les genres de véhicules se suivent sans discontinuité. Les arrivants récitent à haute voix les litanies de la Sainte Vierge ou chantent des cantiques de circonstance, improvisés. Les églises du Puy restent ouvertes toute la nuit pour abriter les pèlerins.

A 7 heures du matin, l’artillerie municipale se fait entendre place du Martouret. A 9 heures et demi, le son de toutes les cloches des églises donne le signal de la procession générale qui, formée sur les grands escaliers de la Cathédrale, se dirige alors vers la place Saint-Laurent où douze gendarmes à cheval ouvrent le défilé.

Dans cet important cortège : les membres du chapitre, 4000 religieux ou religieuses dont 800 prêtres, 123 séminaristes, 52 chanoines étrangers, 20 chanoines titulaires ou honoraires du diocèse, 500 pénitents blancs, 420 Frères du Sacré-Coeur, 600 religieuses de l’instruction, 200 religieuses de saint-Joseph, 32 soeurs franciscaines, 120 soeurs de Saint-Pierre… Les diverses corporations de la ville, tous les corps de métiers rangés sous leurs bannières respectives, les membres de la commission de l’oeuvre résidant au Puy, les quatre délégués de la commission parisienne, M. le Préfet de la Haute-Loire suivi des membres du Conseil de Préfecture, le général commandant la subdivision, le maire du Puy et son conseil, Bonnassieux auteur de la statue, Prénat fondeur, les princes Alphonse et Camille de Polignac, gagnent avec ferveur la place du Breuil où doit se dérouler la bénédiction.

Les prélats et les notabilités prennent place sur l’estrade qui fait face à la statue. Aux côtés de Mgr de Morlhon siègent : Son Eminence le Cardinal Donnet évêque de Bordeaux, Mgr de Gerphanion archevêque d’Albi, Mgr Guibert archevêque de Tours, Mgr Peron évêque de Clermont, Mgr de Marguerye évêque d’Autun, Mgr Berteheau évêque de Tulle, Mgr Foulquier évêque de Mende, Mgr Lyonnet évêque de Valence, Mgr de Charbonnel évêque de Toronto, Mgr de Pompignac évêque de Saint-Flour, Mgr Delcusy évêque de Viviers.

Les regards se tournent alors vers le Rocher Corneille. Le clergé entonne un hymne à la Vierge et le voile qui recouvrait Notre-Dame de France est retiré au son des tambours et clairons et des salves d’artillerie. Les prélats procèdent alors à la bénédiction de la statue, l’assistance entonne le Salve Regina, puis Mgr de Morlhon célèbre la Messe. Le sermon est prononcé par le chanoine Cambalot.

Puis la procession gagne après un long circuit les escaliers de la Cathédrale où les douze prélats donnent finalement la bénédiction solennelle à l’assistance.

Les notables et les commissions se rendent alors au Grand Séminaire pour se restaurer. Dans la salle du banquet, ont été placés les bustes de Napoléon III et Pie IX. Le soir, illuminations, lanternes vénitiennes, guirlandes de fleurs envahissent la cité. Sur la place du Breuil, sur l’estrade, des choeurs entonnent des cantiques à la Vierge pendant qu’un feu d’artifice est tiré. La statue apparaît entourée de feux de bengale. Des feux allumés sur les collines entourant la ville embrasent l’horizon. A onze heures, les illuminations s’éteignent et la ville du Puy s’endort en paix.« 

Notre-Dame de France illuminée au dessus de la Cathédrale

Que Notre-Dame de France bénisse le pays dont elle est la Reine! Qu’elle bénisse et protège chacun d’entre vous, chacune de vos familles! Qu’elle intercède pour la France et lui donne de revenir à la Source purifiante et sanctifiante qui coule du divin Coeur de Jésus pour y être lavée et pardonnée, pour y être régénérée et vivifiée, pour y renouveler l’alliance avec la Sagesse Eternelle jadis conclue dans les fonts baptismaux de Reims…

Lully.

Armoiries de la ville du Puy en Velay

2010-36. Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France.

3 septembre, fête du saint Pape Pie X.

Profitons de la fête de ce jour pour publier un texte très célèbre mais qu’il est toujours bon et réconfortant de lire, particulièrement en nos temps de décadence sociale et spirituelle, temps d’incertitudes et de crise profonde pour notre Patrie.

Saint Pie X, qui aimait beaucoup la France et fut très affecté par les évènements douloureux qui affectèrent les catholiques français au cours de son pontificat (expulsion des congrégations, loi dite de « séparation des églises et de l’état », inventaires et vexations contre le clergé…), prononça un jour ces paroles que l’on considère comme une prophétie sur l’avenir de la France :

Saint Pie X

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux Fonts Baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation.
Les mérites de tant de ses Fils qui prêchent la vérité de l’Evangile dans le monde presque entier et dont beaucoup l’ont scellée de leur sang, les prières de tant de Saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons dans la Gloire Céleste les frères bien-aimés de leur patrie, la piété généreuse de tant de ses Fils, qui, sans s’arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique, et, par dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les Tabernacles répandent leur âme dans les expressions que Dieu même met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes Divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes.
Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répètera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? » . Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même « . Et elle, tremblante, étonnée, dira : »Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

A l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, le saint Pontife prononça aussi les paroles suivantes :

« Je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein Triomphe… Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi, et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le Coeur des Français, répète aussi sans cesse au Ciel la prière : Grand Dieu, sauvez la France ! ».

Avec les mots mêmes de Saint Pie X, prions aujourd’hui pour la France:

« Ô Marie, conçue sans péché, regardez la France, priez pour la France, sauvez la France!  Plus la France est coupable, plus elle a besoin de votre intercession : un mot à Jésus reposant dans vos bras, et la France est sauvée! Ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France! »

Armoiries de Saint Pie X

Le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion
de la canonisation de Saint Pie X se trouve ici > www

2010-35. Versailles, 8 h 23, ce 1er septembre 1715 : le Grand Roi rend son âme à Dieu.

« Dieu seul est grand, mes frères et dans ces derniers moments surtout où il préside à la mort des rois de la terre ».

(J.B. Massillon : Oraison funèbre du Roi très chrétien, Louis le Grand)

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1er septembre 2010

La date du 1er septembre vient rappeler à notre souvenir le jour où le Grand Roi -Louis XIV – rendit son âme à Dieu. Il était dans sa 77ème année et avait régné 72ans sur la France.

Malgré toutes les caricatures, malgré toutes les interprétations déformantes imposées par l’histoire républicaine officielle, malgré tous les jugements simplistes, malgré toutes les représentations erronées et les fables, malgré enfin la presque interminable et désolante déclinaison des incompréhensions de ce que furent sa  véritable personnalité et son règne (à commencer par celles dont le très mesquin Saint-Simon fait étalage à presque chaque page), la figure du Roi Soleil ne cesse cependant pas d’exercer une espèce de fascination sur le monde entier.

A mon humble avis, le « Louis XIV » de François Bluche demeure l’un des meilleurs ouvrages qui a jamais été écrit : très abordable, je le recommande instamment à tous ceux qui veulent approfondir avec honnêteté leur connaissance du Grand Roi, de sa personne et de son règne.

A l’occasion du 295ème anniversaire de sa mort, je tiens à publier les lignes par lesquelles Voltaire – dans son « Siècle de Louis XIV » – a rapporté les derniers instants du Souverain.  Est-il utile de préciser que le persifleur de Ferney ne fait pourtant pas partie de mes auteurs favoris? Ses appréciations toutefois font ici montre d’un grand équilibre et de beaucoup de justesse et je souscris entièrement à cette affirmation: « …ses grandes qualités et ses actions l’ont emporté sur ses fautes ».

Buste de Louis XIV - Le Bernin

« Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du mois d’août 1715, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s’enflèrent ; la gangrène commença à se manifester. Le comte de Stair, ambassadeur d’Angleterre, paria, selon le génie de sa nation, que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Le duc d’Orléans, qui, au voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et l’empirique assura qu’il guérirait. La foule qui entourait le duc d’Orléans diminua dans le moment. «Si le roi mange une seconde fois, dit le duc d’Orléans, nous n’aurons plus personne». Mais la maladie était mortelle. Les mesures étaient prises pour donner la régence absolue au duc d’Orléans. Le roi ne la lui avait laissée que très limitée par son testament, déposé au parlement ; ou plutôt il ne l’avait établi que chef d’un conseil de régence, dans lequel il n’aurait eu que la voix prépondérante. Cependant il lui dit : «Je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance». C’est qu’il ne croyait pas qu’il y eût de loi fondamentale qui donnât, dans une minorité, un pouvoir sans bornes à l’héritier présomptif du royaume. Cette autorité suprême, dont on peut abuser, est dangereuse ; mais l’autorité partagée l’est encore davantage. Il crut qu’ayant été si bien obéi pendant sa vie, il le serait après sa mort, et ne se souvenait pas qu’on avait cassé le testament de son père. (…)

Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indifférence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 1686, avait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine sa mère lui avait dit un jour dans sa grande jeunesse : «Mon fils, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père». Le roi en ayant demandé la raison : «C’est, dit-elle, qu’à la mort de Henri IV on pleurait, et qu’on a ri à celle de Louis XIII».

Quoiqu’on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse pour plusieurs femmes, de trop grandes sévérités dans des choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, l’embrasement du Palatinat, les persécutions contre les réformés : cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, l’ont emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation ; et malgré tout ce qu’on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respect, et sans concevoir à ce nom l’idée d’un siècle éternellement mémorable. Si l’on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable, ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d’un fils, et observant avec son épouse tous les dehors de la bienséance : bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité.

D’ailleurs personne n’ignore avec quelle grandeur d’âme il vit approcher la mort, disant à Madame de Maintenon : «J’avais cru qu’il était plus difficile de mourir» ; et à ses domestiques : «Pourquoi pleurez-vous? m’avez-vous cru immortel?» donnant tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort meurt toujours avec courage. Louis XIII, dans sa dernière maladie, avait mis en musique le De profundis qu’on devait chanter pour lui. Le courage d’esprit avec lequel Louis XIV vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie. Son courage alla jusqu’à avouer ses fautes. Son successeur a toujours conservé, écrites au chevet de son lit, les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras : ces paroles ne sont point telles qu’elles sont rapportées dans foules les histoires. Les voici fidèlement copiées :

«Vous allez être bientôt roi d’un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n’oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre ; ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j’ai faites. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même, etc.»

Ce discours est très éloigné de la petitesse d’esprit qu’on lui impute dans quelques Mémoires… »

Voltaire – « Le Siècle de Louis XIV »,  chap. XXVIII.

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