Archive pour la catégorie 'Memento'

2010-23. Dimanche de la Sainte Trinité 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Voici ce qu’on peut lire dans le coutumier des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie: « La fête de la Sainte Trinité, jour auquel Dieu donna commencement à la Congrégation en l’an 1610…« 

Sainte Trinité 1610 : Saint François de Sales remet à la baronne de Chantal le livre de la Règle

Nous avons évoqué ici > www , l’ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation. Si le 6 juin de cette année 2010 en est bien l’anniversaire exact selon les éphémérides, les anciens livres de la Congrégation célèbrent à deux reprises la mémoire de cet évènement a) en l’associant à la fête de la Très Sainte Trinité, puis b) à la date du 6 juin (puisque le 6 juin 1610 était cette année-là celui du dimanche de cette fête), jour qui doit être chômé dans la Congrégation lorsqu’il tombe en semaine.

Initialement, Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal avaient choisi la date hautement symbolique du dimanche de Pentecôte, 30 mai 1610, mais divers contretemps les obligèrent à sursoir d’une semaine. C’est ainsi que l’ouverture du premier monastère de l’ordre fut définitivement fixée au dimanche de la Sainte Trinité, qui coïncidait avec la fête de Saint Claude. Ce ne fut pas sans frapper Madame de Chantal qui se rappela qu’au tout début de sa rencontre avec le saint évêque de Genève, elle avait entendu dans un songe une voix mystérieuse qui lui annonçait son « entrée au repos des enfants de Dieu » par la « porte de Saint Claude » : la divine Providence avait de toute évidence prévu et voulu ce délai.

Le matin du dimanche 6 juin 1610 donc, Madame de Chantal et ses deux premières compagnes – Mesdemoiselles Favre et de Bréchard -, vinrent dans l’oratoire de l’évêché : elles y assistèrent à la Messe de Monseigneur et communièrent de sa main. Elles passèrent ensuite une partie du dimanche soit à prier dans les église d’Annecy, soit à visiter des familles pauvres. Elles soupèrent à l’évêché avec Monseigneur et ses frères, le chanoine Jean-François et les seigneurs Louis et Bernard de Sales. En sortant de table, on passa à l’oratoire.

« Vous êtes bien heureuses, vous que le Seigneur a sauvées, dit Monseigneur aux trois femmes agenouillées devant lui. Ayez un très grand et très humble courage, Dieu sera votre Dieu! » Puis il remit à Madame de Chantal l’ébauche de la Règle : « Suivez ce chemin, ma très chère fille, et le faites suivre à celles que le Ciel a destinées pour suivre vos traces« . Enfin, les yeux levés, il les bénit toutes les trois « au Nom du Père tout-puissant qui les attirait, du Fils éternelle Sagesse qui les régissait et du Saint-Esprit qui les animait de ses amoureuses flammes« .

Par cette belle et longue soirée dominicale, les promeneurs se dirigeaient en grand nombre vers la rive du lac. Ils s’arrêtèrent pour contempler un spectacle sans exemple : sur les neuf heures, la baronne de Chantal avait quitté l’évêché – donnant le bras à son gendre Bernard de Sales, frère puiné du saint évêque -, suivie de mesdemoiselles Jacqueline Favre et Charlotte de Bréchard, qu’entouraient le chanoine Jean-François et le seigneur Louis de Sales ainsi qu’un groupe d’amis, heureux de témoigner de leur sympathie à l’oeuvre naissante. Un murmure de louanges parcourut le peuple et des acclamations retentirent.

A la maison de la Galerie, Jacqueline Coste, déjà en fonction sous son costume de servante (en effet les Soeurs tourières porteront pendant longtemps l’habit ordinaire des domestiques de ce temps), ouvrit la porte aux arrivantes. Après s’être recueillies dans la petite chapelle, les nouvelles Religieuses montèrent dans leurs chambres. Jeanne-Françoise de Chantal s’écria alors : « Voici le lieu de nos délices et de notre repos! » A trois reprises elle entonna le Gloria Patri que ses compagnes chantèrent avec elle. Ensuite elle embrassa cordialement ses deux soeurs en religion qui, à genoux, firent entre ses mains promesse de fidèle obéissance. La prière du soir achevée, la Mère de Chantal – ce sera désormais son nom – lut à ses filles la Sainte Règle ; et dès lors – note la Mère de Chaugy dans ses mémoires – « le petit volume de cette grande loi ne bougea de sa bouche« .

Le lendemain matin, au lever, toutes trois revêtirent leur costume de noviciat : robe noire, collet blanc, bandeau noir au front, coiffe de taffetas noir nouée sous le menton, qu’elle garderont jusqu’au jour de leur profession où alors à proprement parler elles prendront le voile. Elles se mirent en oraison dans leur chapelle où, à huit heures, Monseigneur vint dire la Messe et établit la clôture. Il déclara qu’il n’avait plus désormais devant lui ni dame ni demoiselles, mais une Mère qui vivait parmi des Soeurs. Et l’on rapporte qu’en rentrant à l’évêché il dit à ses frères avec un sourire empreint d’une innocente malice : « Vraiment, nos dames n’ont pas pris une coiffure à leur avantage« …

(d’après Monseigneur Francis Trochu)

Lire aussi ici « les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation », en cliquant ici > www.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 29 mai, 2010 |1 Commentaire »

2010-19. « Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c’est notre sainte religion… »

8 mai…

Le 8 mai 1429, Sainte Jeanne d’Arc fit son entrée triomphale dans la ville d’Orléans dont elle avait fait lever le siège mené depuis plusieurs mois par les troupes anglaises.
Cette date marque le renouveau de l’espérance pour les peuples de la France envahie, humiliée, désemparée… Chaque année, les fêtes johanniques d’Orléans célèbrent le souvenir de ce haut fait et du retentissement qu’il eut par tout le Royaume.

Le 24 juin 1920 – quelques semaines après la canonisation de Jehanne (16 mai 1920) – à l’initiative de Joseph Fabre, une loi fut adoptée qui instituait le deuxième dimanche du mois de mai comme fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.
Aussi lorsque en 1922 le Pape Pie XI la déclara patronne de la France en second (expression qui est préférable à celle de « patronne secondaire ») - la patronne principale étant Notre-Dame de l’Assomption – , la fête liturgique de Sainte Jeanne d’Arc (le 30 mai) devint une fête qui, dans toute la France, se devait d’avoir une célébration reportée au dimanche. La solennité en fut alors naturellement fixée non pas au dimanche qui suivait le 30 mai, mais également au deuxième dimanche de mai pour la faire correspondre à la fête nationale.

Nous ne pouvons que déplorer et réprouver la manière dont, dans le calendrier liturgique réformé, la célébration de la fête de Sainte Jeanne d’Arc a été rétrogradée par les instances épiscopales françaises au mépris de toutes les règles liturgiques, pour des raisons qui semblent tout à fait idéologiques. Le tristement célèbre Pierre Cauchon, vendu à l’envahisseur et ennemi de la légitimité dynastique, aurait-il eu une descendance dans les évêques du XXème siècle ?

Pour marquer la célébration de la fête nationale et la solennité de Sainte Jeanne d’Arc, je livre aujourd’hui à votre méditation ces lignes extraites de l’éloge de Jeanne d’Arc (elle n’était alors même pas béatifiée) prononcé dans la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans le 8 mai 1844 par Monseigneur Louis-Edouard Pie, qui n’était encore que vicaire général du diocèse de Chartres, et deviendrait quelques années plus tard évêque de Poitiers.

2010-19. « Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion... » dans Lectures & relectures lenepveujeannedarcausigedorlanscopie

« Souffrez qu’en face des autels, je proclame ces grands principes qui seront toujours compris en France : que c’est la justice qui élève les nations, et que c’est le péché qui les fait descendre dans l’abîme ; qu’il est une Providence sur les peuples, et qu’en particulier il est une Providence pour la France ; Providence qui ne lui a jamais manqué, et qui n’est jamais plus près de se manifester avec éclat que quand tout semble perdu et désespéré ; que le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos gloires et la première de nos nécessités sociales, c’est notre sainte religion catholique, et qu’un Français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l’avenir de son pays.

(…) Jehanne d’Arc est de Dieu ; elle est l’envoyée de Dieu ; elle n’a cessé de le dire. Et quel Français se sentirait le triste courage de nier le témoignage des paroles de Jehanne, si magnifiquement confirmé par le témoignage de ses oeuvres et par le témoignage de sa vie et de sa mort? Et cela pour ne pas vouloir reconnaître cette vérité si consolante, savoir : que Dieu aime la France et qu’au besoin il la sauve par des miracles.

« Prince de Bourgogne, écrivait Jehanne à l’ennemi de son Roi, je vous fais asçavoir de par le Roy du Ciel, pour votre bien et votre honneur, que vous ne gaignerez point bataille à l’encontre des loyaulx Françoys et tous ceux qui guerroyent contre le Roy Jhésus, Roy du Ciel et de tout le monde ; s’il vous plaît aguerroyer, allez sur le Sarrazin.« 

Vous l’entendez, Messieurs, le saint royaume de France, le royaume des loyaux Français, c’est le royaume de Dieu-même ; les ennemis de la France, ce sont les ennemis de Jésus. Oui, Dieu aime la France, parce que Dieu aime son Eglise, rapporte tout à son Eglise, à cette Eglise qui traverse les siècles, sauvant les âmes et recrutant les légions de l’éternité ; Dieu, dis-je, aime la France, parce qu’il aime son Eglise, et que la France, dans tous les temps, a beaucoup fait pour l’Eglise de Dieu. Et nous, Messieurs, si nous aimons notre pays, si nous aimons la France, et certes nous l’aimons tous, aimons notre Dieu, aimons notre foi, aimons l’Eglise notre Mère, la nourrice de nos pères et la nôtre.

Le Français, on vous le dira du couchant à l’aurore, son nom est CHRETIEN, son surnom CATHOLIQUE. C’est à ce titre que la France est grande parmi les nations ; c’est à ce prix que Dieu la protège, et qu’il la maintient heureuse et libre. Et si vous voulez savoir en un seul mot toute la philosophie de son histoire, la voici : « Et non fuit qui insultaret populo isti, nisi quando recessit a cultu Domini Dei sui : et il ne s’est trouvé personne qui insultât ce peuple, sinon quand il s’est éloigné du Seigneur son Dieu » (Judith V, 17). »

blasonjdarc dans Memento

Voir aussi le discours du Cardinal Eugenio Pacelli sur la Vocation de la France, prononcé dans la chaire de Notre-Dame de Paris le 13 juillet 1937 > www.

Prière (pour neuvaine) et cantique en l’honneur de Sainte Jeanne d’Arc, ici > www.

2010-8. Deuxième centenaire de la mort d’Andreas Hofer, le « Chouan du Tyrol ».

20 février 1810 – 20 février 2010

En 1805, par le traité de Presbourg, consécutif aux défaites d’Ulm et d’Austerlitz, l’Autriche fut contrainte de céder le Tyrol au jeune royaume de Bavière, totalement soumis à la tyrannie napoléonienne.

Les anciens droits des Tyroliens furent alors annulés par les Bavarois, qui exigeaient – entre autres – que les jeunes gens effectuent un service militaire de six ans dans les armées de celui auquel on n’a pas sans raison donné le surnom d’ «ogre corse». Les coutumes des Tyroliens et leurs pratiques religieuses étaient menacées : en particulier les pèlerinages, les processions et les manifestations extérieures de la foi furent interdits.

Le mécontentement de cette population si fortement ancrée dans la religion catholique et si attachée à la Maison de Habsbourg alla croissant et entraina en 1809 un mouvement de résistance armée, comparable à celui qui avait soulevé les provinces de l’ouest de la France en 1793. La figure centrale en fut un habitant de la vallée du Passeiertal, au Tyrol du Sud, Andreas Hofer.

Destin hors du commun que celui de ce paysan-aubergiste, robuste père de famille, simple et pieux, dont la figure n’est pas sans rappeler celle de Jacques Cathelineau.

Andreas Hofer

Andreas Hofer, homme de foi et de détermination héroïque.

Devenu par nécessité régent du Tyrol au nom des Habsbourg, en entraînant ses montagnards au cri de « Pour Dieu, l’Empereur et la Patrie », Andreas Hofer a pris place parmi les plus grands héros de la résistance catholique contre l’impiété révolutionnaire, car Napoléon ne fut jamais rien d’autre que « la révolution couronnée ».

On doit à Jean Sévillia une magnifique biographie de ce « Chouan du Tyrol » : son livre raconte une épopée passionnante et révèle un personnage malheureusement encore trop méconnu en France.
Ce récit, clair et rigoureux, renverse le mythe officiel de la « France libératrice de l’Europe ».

2010-8. Deuxième centenaire de la mort d'Andreas Hofer, le

Les troupes franco-bavaroises du maréchal Lefèbvre et du prince Eugène de Beauharnais, sous-estimant totalement ces « péquenauds », subirent de cuisantes défaites. Elles étaient habituées à des combats ouverts sur les champs de bataille et furent déroutées par cette guérilla populaire. Les Tyroliens combattaient avec ce dont ils disposaient : fourches, faux, fusils de chasse… Leur courage était galvanisé par le soutien massif des religieux.

Par trois fois, le puissant ennemi se fit repousser de la province alpine, mais le destin du Tyrol se jouait bien loin de là, sur les champs de bataille européens et à la table des conférences de paix. A la fin de l’année 1809, alors que bien des insurgés avaient été tués, que des centaines de villages et de fermes avaient été réduits en cendre, que la famine et la misère régnaient sur le Tyrol, ces héroïques chouans durent rendre les armes. Andreas Hofer, trahi par un voisin, fut livré aux troupes françaises et emprisonné à Mantoue au début de l’année 1810.

Arrestation d'Andreas Hofer

Arrestation d’Andreas Hofer

Andreas Hofer emmené pour être fusillé

Andreas Hofer emmené pour être fusillé

On raconte que Napoléon donna l’ordre d’un « juste procès avant de le descendre » : ce trait est bien dans le style de ce dictateur – qu’on se souvienne de l’exécution du duc d’Enghien – même si plus tard il prétendra auprès de Metternich qu’Hofer avait été exécuté, contre sa décision. Andreas Hofer fut fusillé par les français le 20 février 1810

Des monuments honorent la mémoire d’Andreas Hofer aux quatre coins du Tyrol. L’un des plus importants se situe au Bergisel, proche d’Innsbruck, lieu d’une importante victoire.

Monument d'Andreas Hofer à Innsbruck (Bergisel)

En 1823, les restes d’Andreas Hofer furent ramenés à Innsbruck et reposent depuis lors, dans l’attente de la résurrection, dans « l’église de la Cour » (Hofkirche), parfois nommée l’église « des bonshommes noirs » ou des franciscains.

La mémoire d’Andreas Hofer fut honorée comme celle d’un martyr au Tyrol et en Autriche. Son nom devint une sorte de point de ralliement contre le pouvoir de Napoléon.
Le chant « Zu Mantua in Banden » (« Emprisonné à Mantoue ») qui retrace la mort du héros, est devenu l’hymne du Tyrol. La fête du Sacré-Coeur de Jésus, dont les résistants à Napoléon arboraient l’image sur la poitrine, est depuis lors la grande fête de cette province qui reconnaît en Andreas Hofer une sorte d’incarnation de ses sentiments de foi et de patriotisme.

Image de prévisualisation YouTube

Nous ne pouvions laisser passer le bicentenaire de l’exécution de ce héros catholique sans en faire mention ici.

Lully.

Armoiries du Tyrol

Armoiries du Tyrol

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 18 février, 2010 |8 Commentaires »

2009-7. Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Nota : Nous reproduisons ici un texte dont il nous a été assuré qu’il est établi sur le manuscrit original et respecte la graphie et ponctuation de l’époque (pour une raison de commodité  de lecture nous y avons seulement rajouté les accents qui manquaient).

Louis XVI dans sa prison

Louis XVI dans sa prison

Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI,
rédigé le 25 décembre 1792,
envoyé à la Commune de Paris le 21 janvier 1793.

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Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatres mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étoient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, mesme depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avoit confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l’Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchire l’Eglise de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporteroi toujours si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Eglise suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent estre dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connoitre scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prestre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent estre contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laqu’elle je suis toujours resté sincérement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourroi du Ministère d’un Prestre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurois pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnestes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Eternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnoissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.

Je recommande à mon fils, s’il avoit le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étoient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devoient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

Je voudrois pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étois sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avois jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérest gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrois de les compromettre si je parlois plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirois calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandois ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avoit portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardoient, les mauvais traitements et les gesnes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prest à paroitre devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.

Louis.

Testament de Louis XVI

Première page du testament de Louis XVI.

Voir aussi
le récit des dernières heures du Roi, ici > www
ainsi que le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie VI en consistoire
où il ne craint pas d’affirmer que le Roi Louis XVI est mort en martyr, ici > www

2009-5. Les dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Voici le récit le plus circonstancié qu’on a pu établir sur les dernières heures du Roy-martyr.

Le 20 janvier, le ministre de la Justice Garat vint signifier au Roy le décret qui le condamnait à mort. Le secrétaire du Conseil exécutif Grouvelle, chevrotant, lut la sentence. Le Roy l’écouta sans un mot. Il remit à Garat une lettre demandant un délai de trois jours pour se préparer à la mort, l’autorisation de revoir sa famille et d’appeler auprès de lui un prêtre de son choix. Pour ce ministère, il désignait l’abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont. La Convention rejeta le délai, mais accorda les autres demandes. Le décret proposé par Cambacérès portait que « la nation française, aussi grande dans sa bienfaisance que rigoureuse dans sa justice, prendra soin de la famille du condamné et lui fera un sort convenable ».
Ce « sort convenable », on le connaît…

Garat fit donc prévenir l’abbé Edgeworth et le ramena lui-même au Temple dans sa voiture. Le prêtre voulut échanger son habit bourgeois contre un costume ecclésiastique, mais Garat lui dit :
- C’est inutile, d’ailleurs le temps nous presse.

Le 20 janvier à six heures du soir, le confesseur entra chez le Roy. Tous les assistants s’étant écartés, ils restèrent seuls. Louis XVI parla un moment avec l’abbé et lui lut son testament. Puis il le pria de passer dans le cabinet voisin pour lui permettre de recevoir sa famille.

La porte s’ouvrit et la Reine entra, tenant son fils par la main ; derrière venaient Madame Elisabeth et Madame Royale. Tous pleuraient. Ils ne savaient rien de précis encore, mais  ils craignaient le pire. Le Roy s’assit, entouré de son épouse et de sa soeur. Sa fille était en face de lui et il tenait l’enfant entre ses genoux. Avec de tendres ménagements, à voix basse, il les avertit. Par la porte vitrée, Cléry les vit s’étreindre en sanglotant.
Tenant ses mains dans les siennes, Louis XVI fit jurer à son fils de ne jamais songer à venger sa mort. Il le bénit et bénit sa fille. Par instants, il gardait le silence et mêlait ses larmes aux leurs. Cette scène poignante se prolongea plus d’une heure et demie… A la fin, quel que soit son courage, il n’en put plus. Il se leva et conduisit sa famille vers la porte. Comme ils voulaient rester encore et s’attachaient à lui en gémissant, il dit :
- Je vous assure que je vous verrai demain matin à huit heures.
- Vous nous le promettez ? supplièrent-ils ensemble.
- Oui, je vous le promets.
- Pourquoi pas à sept heures ? dit la Reine.
- Eh bien oui, à sept heures… Adieu.

Les adieux du Roy à sa famille

Les adieux du Roy à sa famille.

Malgré lui, cet adieu rendit un son tel que les malheureux ne purent étouffer leurs cris. Madame Royale tomba évanouie aux pieds de son père. Cléry et Madame Elisabeth la relevèrent.
Le Roy les embrassa tous encore, et doucement les poussa hors de sa chambre.
- Adieu, adieu, répétait-il, avec un geste navrant de la main.

Il rejoignit l’abbé Edgeworth dans le petit cabinet pratiqué dans la tourelle.
- Hélas, murmura-t-il, il faut que j ‘aime et sois tendrement aimé !
Sa fermeté revenue, il s’entretint avec le prêtre. Jusqu’à minuit et demi, le Roy demeura avec son confesseur. Puis il se coucha.
Cléry voulut lui rouler les cheveux comme d’habitude.
- Ce n’est pas la peine, dit Louis XVI.
Quand le valet de chambre ferma les rideaux, il ajouta : « Cléry, vous m’éveillerez demain à cinq heures
Et il s’endormit d’un profond sommeil.

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21 janvier 1793 :

A cinq heures, Cléry allume le feu. Au peu de bruit qu’il fait, Louis XVI ouvre les yeux, tire son rideau :
- Cinq heures sont-elles sonnées ?
- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.
- J’ai bien dormi, dit le Roy, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?
- Sur mon lit.
- Et vous ? où avez-vous dormi ?
- Sur cette chaise.
- J’en suis fâché, murmure Louis XVI, soucieux toujours du bien-être de ses serviteurs.
- Ah, Sire, dit Cléry en lui baisant la main, puis-je penser à moi dans ce moment ?

Il habille et coiffe son maître devant plusieurs municipaux qui, sans respect, sont entrés dans la chambre.
Puis il transporte une commode au milieu de la pièce pour servir d’autel.
Revêtu de la chasuble, l’abbé commence la messe, que sert Cléry.
Le Roy l’entend à genoux et reçoit la communion, il remercie ensuite le valet de chambre de ses soins et lui recommande son fils :
- Vous lui remettrez ce cachet, vous donnerez cet anneau à la Reine, dites-lui que je le quitte avec peine… Ce petit paquet contient des cheveux de toute ma famille, vous le lui remettrez aussi. Dites à la Reine, à mes chers enfants, à ma soeur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j’ai voulu leur épargner la douleur d’une séparation nouvelle…

Essuyant ses larmes, il murmure alors :
- Je vous charge de leur faire mes adieux.

Il s’est approché du feu, y réchauffe ses mains froides. Il a demandé des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux au lieu du bourreau. Les municipaux, défiants, les refusent.

Dans l’aube triste de ce dimanche d’hiver, un grand bruit environne la Tour. Alertées par la Commune, toutes les troupes de Paris sont sous les armes. L’assassinat, la veille au soir, de Lepeletier de Saint-Fargeau, l’exalté Montagnard, tué d’un coup de sabre par l’ancien garde du corps Deparis, a fait redoubler les précautions militaires. Partout les tambours battent la générale. Les sections armées défilent dans les rues, les vitres résonnent du passage des canons sur les pavés.
A huit heures Santerre arrive au Temple avec des commissaires de la Commune et des gendarmes. Nul ne se découvre.

- Vous venez me chercher ? interroge le roi.
- Oui.
- Je vous demande une minute.

Il rentre dans son cabinet, s’y munit de son testament et le tend à un municipal qui se trouve être le prêtre défroqué Jacques Roux :
- Je vous prie de remettre ce papier à la Reine… Il se reprend, et dit : « à ma femme. »
- Cela ne me regarde point, répond Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l’échafaud.
- C’est juste, dit Louis XVI.

Un autre commissaire s’empare du testament qu’il remettra non à la Reine, mais à la Commune (*).

Louis XVI est vêtu d’un habit brun, avec gilet blanc, culotte grise, bas de soie blancs. Cléry lui présente sa redingote.
- Je n’en ai pas besoin, donnez-moi seulement mon chapeau.

Il lui serre fortement la main, puis, regardant Santerre, dit :
- Partons !

D’un pas égal, il descend l’escalier de la prison. Dans la première cour, il se retourne et regarde à deux reprises l’étage où sont les siens : au double roulement qui a retenti lorsqu’il a franchi la porte de la Tour, ils se sont précipités vainement vers les fenêtres, obstruées par des abat-jour.
- C’en est fait, s’écrie la Reine, nous ne le verrons plus !

Le Roy monte dans sa voiture, un coupé vert, suivi de l’abbé Edgeworth de Firmont. Un lieutenant de gendarmerie et un maréchal des logis s’assoient en face d’eux sur la banquette de devant. Précédés de grenadiers en colonnes denses, de pièces d’artillerie, d’une centaine de tambours, les chevaux partent au pas…
Les fenêtres, comme les boutiques, par ordre restent closes.
Dans la voiture aux vitres embuées, Louis XVI la tête baissée, lit sur le bréviaire du prêtre les prières des agonisants.

Vers dix heures, dans le jour brumeux, la voiture débouche enfin de la rue Royale sur la place de la Révolution. A droite en regardant la Seine, au milieu d’un espace encadré de canons et de cavaliers, non loin du piédestal vide qui supportait naguère la statue de Louis XV, se dresse la guillotine.
La place entière est garnie de troupes. Les spectateurs ont été refoulés très loin. Il ne sort de leur multitude qu’un faible bruit, fait de milliers de halètements, de milliers de soupirs. Tout de suite, sur un ordre de Santerre, l’éclat assourdissant des tambours l’étouffe…

Il est des hommes qui toute leur vie ont paru médiocres mais dont la mort révèle la véritable grandeur : leur âme perce au moment suprême! Louis XVI fut de ces caractères apparemment médiocres que la catastrophe épure et grandit. Son règne est calomnieusement présenté comme n’ayant aucun éclat ni génie, mais nul ne peut nier que sa fin est auréolée de grandeur et de majesté.

L’exécuteur Sanson et deux de ses aides, venus à la voiture, ouvrent la portière ; Louis XVI ne descend pas tout de suite ; il achève sa prière.
Au bas de l’échafaud, les bourreaux veulent le dévêtir. Il les écarte assez rudement, ôte lui-même son habit et défait son col. Puis il s’agenouille aux pieds du prêtre et reçoit sa bénédiction.
Les aides l’entourent et lui prennent les mains.
- Que voulez-vous ? dit-il.
- Vous lier.
- Me lier, non, je n’y consentirai jamais !

Indigné par l’affront, son visage est soudain devenu très rouge. Les bourreaux semblent décidés à user de la force. Il regarde son confesseur comme pour lui demander conseil. L’abbé Edgeworth murmure :
- Faites ce sacrifice, Sire ; ce nouvel outrage est un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.
- Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie.

On lui attache donc les poignets derrière le dos avec un mouchoir, on lui coupe les cheveux. Puis il monte le roide degré de l’échafaud, appuyé lourdement sur le bras du prêtre. A la dernière marche il se redresse et, marchant d’un pas rapide, il va jusqu’à l’extrémité de la plate-forme. Là, face aux Tuileries, témoins de ses dernières grandeurs et de sa chute, faisant un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, il crie d’une voix tonnante :
- Français, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ! Et vous, peuple infortuné…

A cheval, Beaufranchet, adjudant général de Santerre, se précipite vers les tambours, leur jette un ordre. Un roulement brutal interrompt le Roy. Il frappe du pied l’échafaud :
- Silence, faites silence !

On ne l’entend plus. Les bourreaux se saisissent de lui, le lient à la planche…
Le couperet tombe. L’un des aides de Sanson prend la tête du Souverain et, la tenant par les cheveux, la montre aux assistants.
Des fédérés, des furieux escaladent l’échafaud et trempent leurs piques, leurs sabres, leurs mouchoirs, leurs mains dans le sang. Ils crient : « Vive la nation! Vive la République! »

Quelques voix leur répondent. Mais le vrai peuple reste muet, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas présent : la grande majorité des parisiens est terrée chez eux, la place n’est occupée que par les soldats de la révolution et, derrière eux, par quelques groupes d’enragés.

L’abbé descend de la plate-forme et fuit, l’esprit perdu.
Une tradition lui a prêté ces mots, adressés au Roy comme adieu : « Fils de Saint Louis, montez au ciel !« 

Le Roy au pied de l'échafaud

Les restes de Louis XVI, transportés dans un tombereau au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, furent placés dans une bière emplie de chaux vive et enfouis dans une fosse que recouvrit encore une épaisse couche de chaux. Un prêtre constitutionnel marmonna quelques prières sur la tombe, profanation suprême, mais le dernier mot, même devant un cadavre, devait rester à « la loi »…

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(*) Le texte du Testament de Louis XVI peut être lu ici > www

NB. En sus de son testament, on trouvera dans les pages de ce blogue d’autres publications consacrées au Roy-martyr :
- ici > www le texte du discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie VI  lors du consistoire secret du 11 juin 1793 et proclamant la qualité de martyr de Louis XVI.
- ici > www la messe de requiem composée à sa mémoire par Luigi Cherubini.
- ici > www des maximes écrites par le Roy.
- ici > www le texte de son voeu au Sacré-Coeur de Jésus.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 16 janvier, 2009 |10 Commentaires »

2009-3. L’apparition de la Sainte Face sur le Voile de Sainte Véronique, le 6 janvier 1849.

Le samedi 6 janvier 1849, se produisit dans la Basilique Saint-Pierre au Vatican un prodige qui a été relaté par le journal de la Basilique et fut confirmé par le Pape Léon XIII dans un bref daté du 1er octobre 1885.

* * * * * * *

Pour bien comprendre ce qui se passa il importe d’abord de se remettre dans le contexte historique.

A cette date, le Bienheureux Pape Pie IX se trouvait en exil à Gaëte, dans le Royaume de Naples. L’année 1848, en effet, avait vu se succéder des révolutions dans toute l’Europe. Rome – capitale des Etats de l’Eglise – n’avait pas été épargnée par le ferment révolutionnaire et par les troubles : c’est ainsi que le 15 novembre 1848, Pellegrino Rossi  – ministre de  l’intérieur et des finances, qui jouissait de l’entière confiance de Pie IX -,  avait été lâchement assassiné. Le Souverain Pontife voyait les troubles grandir et ne se sentait plus en sûreté. La volonté de poursuivre son ministère spirituel en toute indépendance l’avait finalement contraint à quitter Rome ; il était allé demandé protection et asile auprès des Souverains de Naples. Cet exil dura 17 mois. Pendant ce temps, de manière assez fréquente, le clergé et les fidèles de Rome organisaient dans les diverses églises de la Ville Eternelle des cérémonies ferventes pour demander à Dieu la fin des troubles et le retour du Pape.

La deuxième chose qu’il faut savoir (ceux qui sont allés à Rome et ont eu une visite guidée de la Basilique Saint-Pierre s’en souviennent peut-être), c’est que la Basilique Saint-Pierre ne renferme pas seulement la tombe du Prince des Apôtres, mais qu’au cours des siècles son « trésor » a été enrichi d’importantes et précieuses reliques au nombre desquelles on compte une part importante du Bois de la Sainte Croix (amené de Jérusalem par l’impératrice Sainte Hélène), le fer de la lance avec lequel le centurion a ouvert le côté du Christ mort (découvert grâce à un miracle, en 1099, par Adhémar de Monteil dans une église d’Antioche de Syrie où le reliquaire avait été emmuré par crainte des profanations sarrasines, puis oublié), et le voile de la pieuse femme qui, sur le chemin du Calvaire, avait essuyé le visage ensanglanté du Christ.

Ce voile avait reçu le nom de « veronica« , contraction et latinisation de veron ‘ikon, que l’on peut traduire par « image véritable ».
Malgré les assertions infondées d’un certain nombre d’historiens et de chercheurs qui veulent à tout prix – et au mépris d’une tradition fermement établie – que l’image qui se trouve sur le linceul de Turin soit à l’origine de la « légende » de Sainte Véronique, je persiste à affirmer qu’il s’agit bien de deux images miraculeuses différentes.

La tradition les distingue bien en effet :
1) d’une part, le linceul – actuellement conservé à Turin mais fut vénéré à Constantinople jusqu’au moment de l’odieuse mise à sac de la ville par les croisés (en avril 1204) – sur lequel se trouve une image en trois dimensions, « projetée » sur le linge, et qui reste totalement inexpliquée dans l’état actuel des sciences ;
2) et d’autre part le linge avec lequel cette courageuse hiérosolymite, prise de compassion, essuya la sueur, le sang et les crachats mêlés à la poussière qui souillaient le visage du Sauveur. Sur ce voile, il s’agissait probablement d’une empreinte laissée par  les matières épongées lors du contact direct (et non d’une projection). Il s’agissait de ce fait d’une image « déformée ». Vous obtiendrez quelque chose de semblable si vous vous barbouillez la figure avec de la suie et que vous vous essuyez ensuite avec un linge : en l’appliquant sur toute la surface du visage, vous obtiendrez  ensuite votre propre portrait, mais vos traits  seront déformés par une espèce d’amplification, puisque tous les contours de ce qui est en relief se retrouveront développés à plat.

De très anciennes traditions, dont on ne veut plus tenir compte aujourd’hui, nous rapportent que l’empereur Tibère avait entendu rapporter certaines choses sur ce Jésus qui, même au-delà de la mort, recrutait des disciples et opérait des miracles. Alors qu’il se trouvait très malade et que ses médecins étaient impuissants à lui rendre la santé, il avait appris qu’une image réputée miraculeuse du Christ était en possession d’une femme, parmi ses disciples. Il la fit donc rechercher et venir à son chevet ; il entendit de sa bouche le récit de la Passion du Sauveur et recouvra la santé en contemplant son image, cette veron ‘ikon, dont le nom finit par être donné à la femme qui avait bénéficié du miracle.

Le voile miraculeux resta donc à Rome où il est réputé demeurer aujourd’hui encore. Il n’est plus guère exposé à la vénération des foules de nos jours, mais j’ai eu l’occasion de rencontrer un vieux cordelier qui l’avait vu de près sous le règne de Pie XII et m’a expliqué que l’image figurant sur le voile était tellement estompée qu’elle était devenue presque imperceptible à l’oeil.

* * * * * * *

Le samedi 6 janvier 1849 donc, les chanoines de la Basilique Vaticane, ainsi qu’une foule de fidèles, étaient à genoux en présence des Reliques Majeures solennellement exposées. Tous purent soudain observer que sur la « véronique », l’image estompée devenait de plus en plus nette et reformait le visage vivant de Notre-Seigneur Jésus-Christ : les déformations en avaient disparu, parce que les amplifications dues à l’applatissement des traits avaient retrouvé leur relief ! C’était bien le visage de l’Homme des douleurs décrit par Isaïe, non pas dans l’apaisement de la mort comme il apparaît sur le linceul, mais saisi comme par un instantané dans le cours du chemin de la Croix.

En 1849, les pèlerins présents dans la Basilique Saint-Pierre n’avaient bien évidemment pas avec eux d’appareils photographiques pour  immortaliser cette manifestation miraculeuse (j’emploie à dessein ce mot de manifestation, puisque le 6 janvier est la fête de l’Epiphanie, mot dérivé du grec et qui signifie justement  manifestation – au sens d’apparition -, et que nos frères chrétiens d’Orient nomment encore plus explicitement ce jour « Théophanie », c’est à dire manifestation de Dieu). Le seul moyen dont on disposait pour garder le souvenir et propager l’image de ce miracle fut donc la gravure : selon les déclarations des témoins, un graveur tenta de rendre les traits de l’apparition et l’on procéda à des impressions (non seulement sur papier mais aussi sur tissu) de l’image ainsi obtenue. Ces reproductions furent données par les chanoines de la Basilique Vaticane avec un certificat d’authenticité portant le sceau de cire rouge du Chapitre.

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

En France, Monsieur Léon Papin-Dupont, surnommé le saint homme de Tours, reçut une de ces reproductions et l’installa à la place d’honneur dans son salon, bientôt converti en oratoire (cf. > ici). En effet les grâces, physiques et spirituelles, obtenues en priant devant cette image et en invoquant la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, se multiplièrent rapidement, conformément aux révélations qu’avaient reçues, quelques années auparavant, dans cette même ville de Tours, une carmélite du nom de Soeur Marie de Saint-Pierre. Une confrérie de prière fut établie dans l’oratoire de Monsieur Dupont et il est intéressant de noter que la famille Martin se fit inscrire sur les registres de cette confrérie. La petite dernière, Thérèse, fut profondément marquée par cette dévotion, très implantée au Carmel de Lisieux, et choisit en conséquence de porter en religion le nom de Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face…

Nous terminerons donc l’évocation de ce miracle en publiant l’une des prières à la Sainte Face écrite par celle qu’un Pape a désignée comme « la plus grande sainte des temps modernes » :

Ô Jésus, qui dans votre cruelle Passion êtes devenu
’’l’opprobre des hommes et l’homme de douleurs’’,
je vénère votre divin visage,
sur lequel brillaient la beauté et la douceur de la divinité,
maintenant devenu pour moi
comme le visage d’un ’’lépreux’’ !

Mais sous ses traits défigurés,
je reconnais votre amour infini
et je me consume du désir de vous aimer
et de vous faire aimer de tous les hommes.
Les larmes qui coulèrent si abondamment de vos yeux
m’apparaissent comme des perles précieuses
que j’aime à recueillir,
afin d’acheter avec leur valeur infinie
les âmes des pauvres pêcheurs.

Ô Jésus, dont le visage est la seule beauté
qui ravit mon coeur,
j’accepte de ne pas voir ici-bas,
la douceur de votre regard,
de ne pas sentir l’inexprimable baiser
de votre bouche sainte ;
mais je vous supplie d’imprimer en moi
votre divine resemblance,
de m’embraser de votre amour,
afin qu’il me consume rapidement
et que j’arrive bientôt à voir
votre glorieux visage dans le Ciel.
Ainsi soit-il.

Voir aussi la publication sur la dévotion à la Sainte Face > ici

Publié dans:Memento, Prier avec nous |on 5 janvier, 2009 |3 Commentaires »

2009-2. Le « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau (deux-cent cinquantième anniversaire de sa naissance : 5 janvier 1759).

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Le 5 janvier 1759 naquit, dans la paroisse du Pin-en-Mauges (diocèse d’Angers), Jacques Cathelineau. Le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de ce héros, qui est en même temps une authentique et haute figure de sainteté, n’est honoré d’aucune commémoration officielle, mais nous ne saurions nous en étonner (!!!) ; il nous paraîtrait même injurieux que les actuelles autorités de notre pays – puisqu’elles revendiquent haut et fort l’héritage de la grande révolution – veuillent s’acquitter d’un « devoir de mémoire » envers celui dont la vie et les engagements dénoncent l’impiété des fondements idéologiques et la vacuité des principes auxquels elles se réfèrent… Puissent du moins les coeurs loyaux et fidèles ne pas manquer de célébrer dans la reconnaissance et la fidélité la mémoire de celui qui, très tôt de son vivant déjà, fut surnommé « le Saint d’Anjou« !

* * * * * * *

Jacques était le second d’une famille de cinq enfants. Son père, Jean Cathelineau, exerçait  le métier de tailleur de pierres, mais s’acquittait aussi de manière exemplaire des fonctions de sacristain. Le petit Jacques grandit d’une certaine manière à l’ombre du sanctuaire : les exemples de ses parents et les enseignements de son curé, firent croître en lui  et lui permirent de personnaliser une foi profonde et une piété sincère, ancrées dans une compréhension véritablement surnaturelle des choses d’ici-bas.

Il n’y avait pas d’école au Pin-en-Mauges, mais le curé, qui lui avait inculqué les premiers éléments de l’instruction et avait remarqué l’intelligence et les qualités du petit Jacques, proposa à ses parents de lui faire poursuivre ses études chez l’un des ses confrères, dans une paroisse des environs. C’est ainsi que Jacques Cathelineau acquit des connaissances supérieures à celles de la moyenne des gens du peuple.

Il travailla d’abord comme tailleur de pierres, ainsi que son père, mais au moment où la révolution éclate il exerce le métier de colporteur. A l’âge de 18 ans, le 4 février 1777, il a épousé Louise Godin, qui est de 9 ans son aînée. De leur union naîtront dix enfants, dont cinq mourront avant d’achever leur première année. Jacques avait aussi succédé à son père dans ses fonctions de sacristain et de chantre à l’église du Pin.

Le 12 mars 1793, en application de la loi qui a décrété la « levée en masse », a lieu le tirage aux sort des conscrits à Saint-Florent le Vieil. La population angevine, déjà profondément indisposée par l’exécution du Roi et par la persécution contre ses « bons prêtres », n’a aucune envie de voir partir ses jeunes gens aux frontières pour défendre une république qui n’est absolument pas aimée. Ce jour là donc, toute la ville de Saint-Florent exaspérée s’est rassemblée pour s’opposer à la conscription ; elle va le faire d’une manière expéditive : les agents de la conscription et les patriotes sont lynchés. Ceux qui ne sont pas tués ne doivent leur salut qu’à la fuite. Désormais les évènements sont engagés, la guerre est inéluctable.

Jacques Cathelineau, âgé de 35 ans et qui a la charge d’une famille, n’est pas concerné par la conscription. Il n’a pas fait partie des émeutiers, mais maintenant que la guerre est là, avec les encouragements de son curé, il s’est décidé à rassembler autour de lui les hommes du village : on était au temps de la Passion, et c’est au chant du Vexilla Regis (cf. > www) qu’ils prirent les armes et se mirent en route, pour défendre leurs autels et leurs foyers.

Un peu partout dans les Mauges, des paysans et des artisans,  munis comme eux de leurs fourches et de leurs faux, chassent les « patriotes ». Les paysans cherchent ceux qu’ils croient les plus qualifiés pour prendre la tête du mouvement ; ils vont donc dans les gentilhommières de leurs villages et ils supplient leurs « Messieurs »  de les organiser et de les entraîner : un grand nombre d’entre eux n’a-t-il d’ailleurs pas un passé militaire? Jean-Nicolas Stofflet et Jacques Cathelineau  seront les deux seuls roturiers portés à la tête d’une armée.

Je ne vais pas refaire ici l’histoire détaillée du début des « Guerres de Vendée », mais  je me contenterai de noter que lorsque – au bout d’un mois de combats dispersés -  la Grande Armée Catholique et Royale est constituée, la stature de chef et le charisme  de Jacques Cathelineau sont pleinement reconnus. Ils le seront de plus en plus, à tel point que lorsqu’il s’agira de nommer un Généralissime, c’est sur lui que se porteront unanimement les suffrages des autres chefs de l’insurrection (12 juin 1793). Tous reconnaissent et saluent en lui une piété éclairée, inspiratrice de décisions pratiques aussi audacieuses que pertinentes, et une intégrité parfaite : il n’agit jamais par ambition personnelle et il est irréprochable. On peut dire qu’il symbolise et représente parfaitement le soulèvement  populaire vendéen dans ses idéaux spirituels.

Mortellement blessé le 29 juin, lors du siège de Nantes, Jacques Cathelineau rendit sa belle âme à Dieu le 14 juillet 1793 à Saint-Florent le Vieil. Sa cause de béatification fut introduite dès la fin du XIXème siècle mais la plus grande partie des pièces informatives  du procès diocésain ont péri dans l’incendie des archives de l’évêché d’Angers, en 1944, et  l’instruction s’en trouve, de ce fait, bloquée. Cependant que cela ne nous empêche pas de prendre modèle sur lui et de l’invoquer en privé, lorsque nous prions pour la France…

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 janvier, 2009 |1 Commentaire »

2008-56. Célébration du cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII (9 octobre 1958).

En ce jeudi 9 octobre 2008, à 11h30, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI entouré des Cardinaux et des participants au Synode consacré à la Parole de Dieu, a célébré,une Sainte Messe de suffrage à l’occasion du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur le Pape Pie XII. Des fidèles nombreux et recueillis, certains venus à Rome de très loin pour cette circonstance, remplissaient la Basilique de Saint-Pierre au Vatican. La vénération envers le Pape Pie XII, malgré les campagnes de calomnies, grandit dans le monde et sa cause de béatification est en très bonne voie. On peut même affirmer que tous les efforts de ceux qui ont tenté de flétrir son nom et sa mémoire, ont finalement contribué à mieux étudier et à faire mieux connaître la personne et l’oeuvre de ce grand Pape!

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Pour la Sainte Messe du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de son prédécesseur le vénéré Pape Pie XII, Sa Sainteté Benoît XVI portait une chasuble rouge de coupe romaine par dessus la dalmatique.

Le chant d’entrée qui accompagnait les rites d’introduction de la Célébration eucharistique était: « In pace factus est locus eius, et in Sion habitatio eius : son repos est dans la paix et son habitation en Sion ». L’évangile qui a été lu avant l’homélie du Saint-Père est un extrait de l’évangile selon Saint Jean (Jn 5, 24-27):  » En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir de prononcer le Jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme ».

Après la Sainte Messe (célébrée en rouge conformément à la tradition liturgique), le Saint-Père Benoît XVI est descendu dans les « Grottes Vaticanes » pour se recueillir sur la tombe du Pape Pie XII. Voici maintenant le texte de l’homélie prononcée par Benoît XVI en cette circonstance:

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés Frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers frères et soeurs,

Le passage du livre du Siracide et le prologue de la Première Lettre de saint Pierre, proclamés comme première et deuxième lecture, nous offrent de significatives occasions de réflexion dans le cadre de cette célébration eucharistique, au cours de laquelle nous faisons mémoire de mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII. Cinquante ans se sont exactement écoulés depuis sa mort, survenue aux premières heures du 9 octobre 1958. Le Siracide, comme nous l’avons écouté, a rappelé à ceux qui veulent suivre le Seigneur qu’ils doivent se préparer à affronter des épreuves, des difficultés et des souffrances. Pour ne pas succomber à ces dernières – exhorte-t-il – il faut un coeur qui soit droit et constant, une fidélité à Dieu et une patience qui soient unies à une inflexible détermination à avancer sur le chemin du bien. La souffrance affine le coeur du disciple du Seigneur, comme l’or est purifié dans la fournaise. “Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient, car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation (2,4-5).

Saint Pierre, de son côté, dans la péricope qui a été proposée, en s’adressant aux chrétiens des communautés d’Asie mineure qui étaient “affligés par diverses épreuves”, va encore plus loin : malgré tout, leur demande-t-il, “Vous en tressaillez de joie” (1P 1, 6). L’épreuve est en effet nécessaire, observe-t-il, “afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ (1P 1, 7). Ensuite, pour la deuxième fois, il les exhorte à être joyeux, et même à exulter “d’une joie indicible et pleine de gloire (v, 8 ). La raison profonde de cette joie spirituelle réside dans l’amour envers Jésus et dans la certitude de sa présence invisible. C’est Lui qui rend inébranlable la foi et l’espérance des croyants, même au cours des phases les plus complexes et les plus dures de l’existence.

À la lumière de ces textes bibliques, nous pouvons lire le parcours terrestre du Pape Pacelli et son long service envers l’Église, commencé sous Léon XIII et poursuivi sous Pie X, Benoît XV et Pie XI. Ces textes bibliques nous aident surtout à comprendre la source à laquelle il a puisé son courage et sa patience au cours de son ministère pontifical qui s’est déroulé durant les douloureuses années du second conflit mondial et la période suivante, non moins complexe, de la reconstruction et des difficiles rapports internationaux, passés à l’histoire sous la significative appellation de “guerre froide”.

Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam” : c’est avec cette invocation extraite du Psaume 50 que Pie XII débutait son testament. Et il poursuivait : “Ces mots que je prononçai, conscient d’être sans mérites et non à la hauteur, au moment où je donnai, en tremblant, mon acceptation à l’élection comme Souverain Pontife, je les répète maintenant avec plus de raison”. Deux années manquaient alors à sa mort. S’abandonner dans les mains miséricordieuses de Dieu : telle fut l’attitude que cultiva constamment mon Prédécesseur vénéré, le dernier des Papes nés à Rome, appartenant à une famille en relation avec le Saint-Siège depuis de nombreuses années.

En Allemagne, où il exerça les fonctions de Nonce Apostolique, d’abord à Munich puis à Berlin jusqu’en 1929, il laissa derrière lui un souvenir emplit de gratitude, surtout pour avoir collaboré avec Benoît XV à la tentative de mettre fin à l’“inutile massacre” de la Grande Guerre, et pour avoir décelé, dès son avènement, le danger constitué par la monstrueuse idéologie nationale-socialiste, avec ses pernicieuses racines antisémite et anti-catholique. Créé Cardinal en décembre 1929, et devenu peu après Secrétaire d’État, il fut un fidèle collaborateur de Pie XI pendant neuf ans, à une époque caractérisée par les totalitarismes : le fascisme, le nazisme et le communisme soviétique, condamnés respectivement par les Encycliques Non abbiamo bisogno, Mit Brennender Sorge et Divini Redemptoris.

Celui qui écoute ma parole et croit (…) a la vie éternelle
(Jn 5, 24). Cette assurance de Jésus, que nous avons écoutée dans l’Évangile, nous fait penser aux moments les plus durs du pontificat de Pie XII lorsque, sentant s’évanouir toute sécurité humaine, il ressentait fortement le besoin d’adhérer au Christ, unique certitude qui ne passe pas, et ce aussi au travers d’un constant effort ascétique. La Parole de Dieu devenait ainsi lumière sur son chemin, un chemin sur lequel le Pape Pacelli dut consoler les réfugiés et les persécutés, essuyer les larmes de douleur et pleurer les innombrables victimes de la guerre. Seul le Christ est la véritable espérance de l’homme; seulement en se confiant en Lui, le coeur humain peut s’ouvrir à l’amour qui gagne sur la haine. Cette conscience accompagna Pie XII au cours de son ministère de Successeur de Pierre, ministère commencé justement alors que s’accumulaient sur l’Europe et sur le reste du monde les nuages menaçants d’un nouveau conflit mondial qu’il tenta d’éviter par tous les moyens : “Le péril est imminent, mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre”, s’était-il écrié dans son radio-message du 24 août 1939 (Acta Apostolici Sedis, XXXI, 1939, p. 334).

La guerre mit en évidence l’amour qu’il nourrissait pour sa “Rome bien-aimée”, un amour témoigné par son intense oeuvre de charité qu’il accomplissait en faveur des persécutés, sans tenir compte d’aucune distinction de religion, d’ethnie, de nationalité, d’appartenance politique. Lorsqu’à maintes reprises, on lui conseilla de laisser le Vatican pour se mettre à l’abri, la ville étant occupée, sa réponse fut toujours la même, identique et décisive : “Je ne laisserai pas Rome et mon poste, même si je devais en mourir
(cf. Summarium, p. 186). Ses familiers et autres témoins firent, en outre, part de ses privations de nourriture, de chauffage, de vêtements, de commodités, qu’il s’imposait volontairement pour partager la condition de la population durement éprouvée par les bombardements et par les conséquences de la guerre (cf. A. Tornielli, Pie XII, Un uomo sul trono di Pietro). Et comment oublier son radio-message pour Noël, en décembre 1942? Avec une voix brisée par l’émotion, il déplora la situation des “centaines de milliers de personnes qui, sans aucune culpabilité de leur part, mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement(AAS, XXXV, 1943, p.23), se référant très clairement à la déportation et à l’extermination perpétrée contre les juifs. Souvent, c’est dans le secret et le silence qu’il a agi parce que, justement, à la lumière des situations concrètes de la complexité de ce moment historique, il avait eu l’intuition que c’est seulement de cette manière que l’on pouvait éviter le pire et sauver le plus grand nombre possible de juifs. Pour ses interventions, de nombreuses et unanimes attestations de reconnaissances lui furent adressées à la fin de la guerre, ainsi qu’au moment de sa mort, par les plus importantes autorités du monde juif, comme par exemple, par le Ministre des Affaires Extérieures d’Israël Golda Meir, qui écrivit : “Quand le martyre le plus épouvantable a frappé notre peuple, durant les dix années de terreur du nazisme, la voix du Souverain Pontife s’est élevée en faveur des victimes”, concluant avec émotion : “Nous pleurons la perte d’un grand serviteur de la paix”.

Malheureusement, le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du Serviteur de Dieu Pie XII, a oublié de mettre en lumière tous les aspects de son polyédrique pontificat. Très nombreux ont été les discours, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence. Paul VI, qui fut son fidèle collaborateur pendant de nombreuses années, le décrivit comme un érudit, un chercheur attentif, ouvert aux voies modernes de la recherche et de la culture, restant fermement, et avec cohérence, fidèle tant aux principes de la rationalité humaine, qu’à l’intangible dépôt des vérités de la foi. Il le considérait comme un précurseur du Concile Vatican II
(cf. Angelus du 10 mars 1974). Dans cette perspective, un grand nombre de ses documents mériteraient d’être rappelés, mais je me limiterai à n’en citer que quelques-uns. Avec l’Encyclique « Mystici Corporis », publiée le 29 juin 1943 alors que la guerre faisait encore rage, il décrivait les rapports spirituels et visibles qui unissent les hommes au Verbe incarné, et proposait d’intégrer, dans cette perspective, tous les principaux thèmes de l’ecclésiologie, offrant pour la première fois une synthèse dogmatique et théologique sur laquelle se baserait la Constitution dogmatique conciliaire  « Lumen Gentium ».

Quelques mois après, le 20 septembre 1943, avec l’Encyclique « Divino Afflante Spiritu », il fixait les normes doctrinales pour l’étude des Saintes Écritures, en mettant en relief son importance et son rôle dans la vie chrétienne. Il s’agit d’un document qui témoigne d’une grande ouverture à la recherche scientifique sur les textes bibliques. Comment ne pas rappeler cette Encyclique, alors que se déroulent les travaux du Synode qui a justement pour thème “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise”? C’est à l’intuition prophétique de Pie XII que nous devons la première étude sérieuse des caractéristiques de l’historiographie antique, pour mieux comprendre la nature des livres sacrés, sans en affaiblir ou en nier leur valeur historique. L’approfondissement des “genres littéraires”, pour mieux comprendre ce que l’auteur sacré avait voulu dire, avait été, jusqu’en 1943, considéré comme suspect, du fait aussi des abus qui y avaient été commis. L’Encyclique ne reconnaissait pas sa juste application, déclarant illégitime son usage pour l’étude non seulement de l’Ancien mais aussi du Nouveau Testament. “Aujourd’hui, cet art – explique le Pape – que l’on a l’habitude d’appeler critique textuelle et qui est, valablement et fructueusement, utilisée dans les éditions des auteurs profanes, s’applique de plein droit aux Livres Sacrés en fonction justement du respect qui est dû à la Parole de Dieu”. Et, il ajoute : “Son objectif est, en effet, de restituer, avec toute la précision possible, sa première teneur au texte sacré, le débarrassant des déformations introduites par les fautes des copistes et le libérant des gloses et des lacunes, des transpositions de mots, des répétitions et des défauts similaires de tout ordre, qui dans les écrits transmis à la main pendant de nombreux siècles, s’infiltraient couramment” (AAS, XXXV, 1943, p.336).

La troisième Encyclique que je voudrais mentionner est « Mediator Dei », consacrée à la liturgie, publiée le 20 novembre 1947. Avec ce Document, le Serviteur de Dieu donna l’impulsion au mouvement liturgique, insistant sur l’ « élément essentiel du culte », qui “doit être celui interne : il est, en effet, nécessaire – écrit-il – de vivre toujours en Christ, de se dédier à Lui, afin qu’en Lui, avec Lui et pour Lui on glorifie le Père. La sainte Liturgie exige que ces deux éléments soient intimement liés… Autrement, la religion devient un formalisme sans fondement et sans contenu”. Ensuite, nous ne pouvons pas, non plus, ne pas évoquer l’importante impulsion que ce Souverain Pontife donna à l’activité missionnaire de l’Église avec les Encycliques « Evangelii praecones »
(1951) et « Fidei donum » (1957), mettant en relief le devoir pour chaque communauté d’annoncer l’Évangile aux personnes, comme le fera, avec une courageuse vigueur, le Concile Vatican II. L’amour pour les missions, le Pape Pacelli l’avait, du reste, manifesté dès le début de son pontificat quand, au mois d’octobre 1939, il avait voulu consacrer personnellement douze évêques provenant de pays de mission, dont un indien, un chinois, un japonais, le premier évêque africain et le premier évêque de Madagascar. Enfin, l’une des ses constantes préoccupations pastorales fut la promotion du rôle des laïcs, pour que la communauté ecclésiale puisse compter sur toutes les énergies et les ressources disponibles. Pour cela aussi, l’Église et le monde lui sont reconnaissants.

Chers frères et soeurs, alors que nous prions pour que la cause de béatification du Serviteur de Dieu, Pie XII, se poursuive normalement, il est bon de rappeler que la sainteté fut son idéal, un idéal qu’il ne manqua pas de proposer à tous. Pour cela, il donna une forte impulsion aux causes de béatification et de canonisation de personnes appartenant à des populations diverses, de représentants de tous les états de vie, fonctions et professions, réservant une vaste place aux femmes. C’est Marie justement, la Femme du salut, qu’il montre à l’humanité comme signe de ferme espérance, en proclamant le dogme de l’Assomption durant l’Année Sainte de 1950. À notre époque qui est, comme alors, assaillie de préoccupations et d’angoisse pour son avenir ; en ce monde où, peut-être encore plus qu’alors, l’éloignement de tant de personnes de la vérité et de la vertu laisse entrevoir des scénarios privés d’espérance, Pie XII nous invite à tourner notre regard vers Marie qui est montée dans la gloire céleste. Il nous invite à l’invoquer avec confiance, pour qu’elle nous fasse apprécier toujours plus la valeur de la vie sur la terre et nous aide à diriger notre regard vers le vrai but auquel nous sommes tous destinés : cette vie éternelle qui, comme Jésus nous l’assure, est déjà possédée par celui qui écoute et suit sa parole. Amen!

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Et voici maintenant un article très intéressant qui « remet quelques pendules à l’heure » :

Une béatification discutée.

par Pierre Gelin.

 » Le cinquantenaire de la mort de Pie XII, le 9 octobre prochain, promet de nouveaux bras de fer entre les partisans de sa «culpabilité» et ceux de sa béatification. La moindre annonce, même infondée, est un prétexte pour relancer la polémique du vide.

À ce sujet, l’année 2007 peut être considérée comme «l’année Pie XII» tant les «révélations» se sont multipliées en dépit du bon sens historique. Afin de bien comprendre la situation actuelle, il convient de revenir sur ces temps forts qui ont amené le pape Benoît XVI à retarder la béatification de son prédécesseur

Beaucoup de bruit pour rien :

En janvier 2007, le général Ion Pacepa, ancien haut dirigeant du KGB, révèle que les communistes ont créé de toutes pièces la légende noire autour de Pie XII : la pièce « Le Vicaire », écrite par Rolf Hochhut, participerait de cette campagne des services secrets visant à briser l’influence d’un pape profondément anticommuniste. Si des soupçons existaient déjà dans les années soixante sur le rôle du KGB dans la parution de cette pièce, jamais une telle preuve n’avait été apportée. Deux mois plus tard éclate la polémique entre Israël et le Saint-Siège – via Mgr Antonio Franco, nonce en Terre Sainte – à propos d’une présentation critique de Pie XII par le Mémorial de Yad Vashem en mars de la même année. La venue du prélat ne s’est faite qu’à la condition de réexaminer les propos tenus sur le pape Pacelli. En avril, le cardinal Bertone publie une circulaire de Pie XII, dont fait mention le père Pierre Blet dans son ouvrage (1), adressée aux instituts religieux et datée du 25 octobre 1943, demandant aux religieux d’accueillir et de sauver tous les Juifs qui le demandent.

Les mois de mai et juin furent particulièrement denses : Pie XII fut au centre de nombreux débats. Tout d’abord, le mardi 15 mai 2007, la Congrégation pour la cause des saints a approuvé à l’unanimité une déclaration sur les vertus du pape Pie XII, laissant dorénavant au pape le soin de reconnaître l’héroïcité de ses vertus. La réaction fut immédiate : la fin du mois de mai vit ressurgir une polémique qui ne fut pas sans rappeler l’affaire de «l’encyclique cachée»… texte qui n’était ni encyclique, ni cachée : Emma Fattorini, historienne reconnue, aurait découvert un discours qu’aurait dû prononcer Pie XI s’il n’était pas mort la veille. Pie XII se serait empressé, sitôt son élection au siège de Pierre, de faire disparaître ce texte dénonçant violemment l’antisémitisme. Bien entendu, cette affaire n’était qu’un vaste tissu d’erreurs ; la première d’entre toutes fut que ce texte avait déjà été publié par… Jean XXIII dans « la Documentation catholique ».

Le 5 juin 2007, Andrea Tornielli publia la première biographie complète de Pie XII, qui fit l’objet d’une présentation officielle au Vatican (2). Cet ouvrage, considéré comme le travail le plus sérieux réalisé jusqu’à présent, souligne tous les aspects de la personnalité du pape Pacelli et de son pontificat. Quelques jours plus tard, le 21 juin, parut en France l’étude du rabbin David Dalin sur l’attitude de Pie XII envers les Juifs (3). La conclusion est sans appel : le pape mériterait d’être «Juste parmi les nations», haute distinction d’un peuple outragé envers ceux qui l’ont aidé.

Cette énumération fastidieuse est destinée à rappeler que la situation, sur le plan international, est tendue dès qu’il s’agit d’aborder le pontificat de Pie XII. C’est cet enchaînement de faits qui a influencé Benoît XVI et l’a amené à reporter la promulgation reconnaissant l’héroïcité des vertus de Pie XII, ouvrant ainsi la voie à sa possible béatification. Avant de porter tout jugement sur cet acte, il nous faut examiner la raison pour laquelle Benoît XVI a agi de la sorte, le 17 décembre dernier : Pie XII ne figurait pas dans la liste des huit personnes promises à une béatification prochaine, avec la grâce de Dieu. Parallèlement, Benoît XVI nomma une commission pour étudier le dossier de son prédécesseur. Il n’en fallut pas plus pour que certains journaux, notamment français, interprètent outrancièrement cette décision, en évoquant une «remise en question», voire «l’enterrement du dossier». Le journaliste Hervé Yannou compara subtilement, et de manière détournée, ce cas avec celui du père Léon Dehon dont le procès de béatification fut suspendu par Benoît XVI suite à la découverte d’écrits antisémites de ce prêtre français. Le pape demanda à une commission d’étudier la question, qui remit un rapport négatif amenant Benoît XVI à classer le dossier. À première vue, que de points communs entre le père Léon Dehon et le pape Pie XII ! Mais que de raccourcis également ! Tout d’abord, il n’y a strictement aucune trace d’antisémitisme dans les écrits de Pie XII, même lorsqu’il n’était encore que l’abbé ou le cardinal Eugenio Pacelli. De plus, la commission qui a été nommée par le pape pour étudier le cas de cette béatification ne laisse aucune ambiguïté sur les intentions de Benoît XVI : il s’agit d’une commission interne à la Secrétaire d’État.

Précisons, pour qui n’est pas habitué des procédés du Vatican, qu’il s’agit d’une décision diplomatique et non théologico-spirituelle ; le vote de la Congrégation pour la cause des saints n’est pas abrogé. Ainsi que l’explique le père Peter Gumpel, jésuite et relateur de la cause (l’équivalent du juge d’instruction) : «Ce ne sont pas les vertus héroïques de Pie XII qui sont en cause, car, de ce point de vie, la Secrétairie d’État, qui est l’organisme diplomatique du Saint-Siège, n’est pas compétente. [C’est donc] une décision sage qui devrait permettre d’évaluer les conséquences d’une béatification de Pie XII à la lumière des relations entre Israël et le Saint-Siège».

La voie de la prudence :

Loin de remettre en cause l’action de son prédécesseur, ainsi que ses vertus, Benoît XVI choisit la voie de la prudence. L’affaire, certes inhabituelle, est diplomatique, politique et contemporaine. Nous pouvons l’approuver ou la déplorer. La récente parution, en mars dernier, de l’ouvrage de Saul Friedländer (4), relayé par tous les grands médias nationaux et internationaux, tend à donner raison au Pape. En effet Saul Friedländer n’est pas un inconnu ; grand historien du nazisme, mondialement connu, ce rescapé de la Shoah s’est fait connaître par un livre publié dès 1964, intitulé « Pie XII et le IIIe Reich, » et qui connut un très vif succès, malgré la fragilité de ses sources. Son nouvel ouvrage évoque de nouveau et à plusieurs reprises l’attitude négative du Vatican avec, en première ligne, Pie XII. Un excellent article de Frédéric Le Moal revient longuement sur cette récente parution (5).

Mais Pie XII a agi. Jean-Marie Mayer, Philippe Levillain, Andrea Tornielli, David Dalin, Pierre Blet, Jean Chaunu, Jean Chélini, Philippe Chenaux, etc., sont autant d’historiens qui, par leurs études, confirment l’action bénéfique de Pie XII, de son ordination sacerdotale à sa mort. Son influence fut palpable sur tous les plans : politique, culturel, humain, théologique, spirituel. Il n’est pas un domaine qui n’ait été traité par ce grand pape.

Sagesse de Benoît XVI :

Face à ces témoignages et à ce foisonnement de documents, la thèse d’un «silence» de Pie XII est un mythe qui ne puise sa force que dans la répétition assourdissante menée par des moyens de communication modernes étouffant réflexion et esprit critique. Mais le mal est fait. Benoît XVI, en retardant l’échéance, ne choisit plus seulement une voie de prudence, mais une voie de sagesse. Certes nous aurions aimé une béatification retentissante pour le 50e anniversaire de la mort de Pie XII ; mais le pape sait que les médias se nourrissent de polémiques pour faire éclore le mensonge et la calomnie. La vérité sur Pie XII ne naîtra pas d’une provocation : elle sera le fruit de l’attitude sapientale de l’Église.

Notes de l’article :
(1) Pierre Blet, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, 1997.
(2) Andrea Tornielli, Pio XII. Eugenio Pacelli. Un uomo sul trono di Pietro, Mondadori, 2007.
(3) David Dalin, Pie XII et les Juifs, Tempora, 2008.
(4) Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs. Les années d’extermination, 1939-1945, Seuil, 2008.
(5) Frédéric Le Moal, « Saul Friedländer et Pie XII », sur www.pie12.com, 7 avril 2008.

2008-53 b. Le Père Ange de Joyeuse et la statue de Notre-Dame de Paix (2nde partie).

2nde Partie : la statue miraculeuse de Notre-Dame de Paix.

Après avoir rapporté la biographie du Père Ange de Joyeuse (ici > www) attachons nous à faire connaître la Madone vénérée sous le nom de Notre-Dame de Paix.

A. Description de la statue :

Le P. Godefroy, archiviste capucin, a fait, en 1935, un travail très documenté :
« En Provence, en Languedoc, en Aquitaine, la civilisation romaine avait laissé son empreinte… A la Renaissance, de nombreux artistes méridionaux se mettent à œuvrer d’après le canon d’Athènes et de Sparte. L’un d’eux entreprend de sculpter, en plein bois, sans doute sur commande, une statuette de la Madone. Artiste, il veut sa Vierge plus belle qu’une déesse. Français, dégoûté des horreurs de la guerre, il la conçoit comme une apparition de la Paix. Double dessein facile à réaliser pour un sculpteur languedocien. Les modèles foisonnent. Sa Vierge est de petite taille : 33 cm, piédestal non compris. Marie, légèrement hanchée à gauche, est vêtue du chiton, la tunique grecque, plissée et fermée. Ce vêtement tombe jusqu’aux pieds, découverts, chaussés de sandales, de forme romaine… L’artiste revêt sa Madone, par-dessus son chiton, d’un casaquin renaissance, décolleté en carré, lacé jusqu’à la taille… Les manches font kimono… En outre, l’artiste a jeté sur les épaules de Marie, selon la mode du temps, un fichu, très légèrement drapé, aux pans noués sur la poitrine et tombant court. Le reste du costume est spécifiquement grec. Marie se drape dans un péplos bordé d’un tuyauté araméen. Roulé autour du bras gauche, ce manteau laisse le bras droit libre et découvert. Dans sa main droite, la Madone tient une branche d’olivier. Sur son bras gauche, repose, vêtu d’une chemise froncée, l’Enfant Jésus, bras tendus. Le Sauveur, tête nue, cheveux frisés, serre dans sa main droite la croix, et dans sa main gauche le globe du monde. La Vierge, elle aussi, porte, à l’antique, le chef découvert… mais sa coiffure offre une note Renaissance… Les cheveux de la Vierge, séparés sur le devant, s’étagent en deux nattes de chaque côté de la tête… Elles forment un chignon à l’arrière et retombent sur le dos en une natte unique. En outre, une cinquième natte, partant de la nuque et formant auréole, est nouée sur le milieu de la tête, en avant.« 

Notre-Dame de Paix (statue héritée de la famille de Joyeuse)

B. La Vierge des Joyeuse :

Le premier texte connu sur la statue de Notre-Dame de Paix provient d’un livre publié en 1660 par le Père Médard de Compiègne, capucin :
« On assure que cette sainte image est l’héritage de l’illustre Maison de Joyeuse, qui demeurait, par succession, à celui des enfants de cette illustre famille qui avait le plus de dévotion à la conserver. »
L’histoire de la statue est donc d’abord intimement liée à celle de la famille de Joyeuse.

Les experts peuvent avec une quasi certitude placer la date de naissance de la statue autour de 1530. Jean de Joyeuse avait quitté le Château de Joyeuse, en Vivarais (aujourd’hui département de l’Ardèche) pour celui que Françoise de Voisins lui avait apporté en dot, le Château de Couiza, dans le Bas-Languedoc en 1518 : ce serait lui qui aurait acquis ou peut-être même fait réaliser la statuette. Il la donna au plus pieux de ses fils, Guillaume, qui l’emporta en 1561 à l’hôtel de trésorerie de Toulouse où il avait été nommé.
De son mariage avec Marie de Batarnay, Guillaume eut sept fils et c’est Henri qui reçut la statuette. Vers la mi-novembre 1576, il l’emporta avec lui  à Paris, au Collège de Navarre, puis en 1582 à l’hôtel du Bouchage, rue Saint-Honoré (à l’actuel emplacement du Temple de l’Oratoire).
Comme nous l’avons dit dans la première partie (cf. > www), Henri, bien qu’attiré par la vie religieuse, dut épouser Catherine de La Vallette. Le couple s’installa, toujours rue Saint-Honoré, dans un hôtel contigu au monastère des Capucins et y aménagea une chapelle pour Notre-Dame.
Quand, à son veuvage, il entra chez les Capucins, il  fit don au couvent de la moitié de son hôtel avec la chapelle que, quelques années plus tard, les capucins, obligés d’agrandir leur couvent, durent démolir. Ils firent alors aménager, au dessus de la porte d’entrée des nouveaux bâtiments, une petite niche où la statue fut exposée.
La petite Madone va rester là 63 ans, discrète, attendant son heure. Toutefois un frère convers, Frère Antoine, qui était fort dévot à cette image, prédit peu avant de mourir que cette statue deviendrait illustre.

C. La statue devient Notre-Dame de Paix :

La guerre de Trente Ans avait désolé l’Europe, et se continuait de diverses manières. Les peuples angoissés imploraient la paix. Or, le 21 juillet 1651, des enfants s’assemblent devant la Madone des Capucins, rue Neuve Saint Honoré, chantant à gorge déployée des Salve Regina. Des processions se forment au chant des litanies de la Sainte Vierge, on vient de tous les quartiers de la capitale. Il y a foule. Chants, prières et… miracles, car des guérisons se produisent ! Notre-Dame est bienfaisante à son peuple, qui – spontanément – l’invoque comme « Notre-Dame de Paix ».
Quelques semaines après cette première procession, précisément le 24 septembre 1651, alors que la dévotion envers elle ne cesse de prendre de l’ampleur, la statue est retirée de la niche au-dessus de la porte pour être exposée dans l’église du couvent, dans la chapelle latérale où reposent les restes du Père Ange. Il se produisait là des miracles et les pèlerins y venaient si nombreux qu’il fallut songer à agrandir la chapelle, ce que fit faire Mademoiselle de Guise, petite-nièce d’Henri de Joyeuse ; la statue fut solennellement installée dans le nouveau sanctuaire par le Nonce apostolique, en présence du Roi, de la Cour et d’un concours immense de parisiens, le 9 juillet 1657.

L’année suivante, le Roi Louis XIV est pris de fièvre typhoïde à Calais, et on craint pour sa vie. La Reine Mère demande des prières. Les capucins s’adressent à Notre-Dame de Paix et la guérison se produit, jugée miraculeuse. Anne d’Autriche commande alors à Michel Corneille un grand tableau en ex-voto (il est aujourd’hui dans les collections du château de Versailles).

ex-voto de la guérison de Louis XIV

Sur cet ex-voto on reconnaît en bas à gauche les capucins en prière aux pieds de Notre-Dame de Paix :
la statue n’est pas reproduite de manière servile mais identifiable grâce à sa coiffure et à son rameau d’olivier dans la main droite.

Cette guérison contribue encore à l’accroissement de la dévotion envers la Madone de la chapelle des Capucins, qui devient un véritable centre de pèlerinage : on y vient en foule, surtout au jour de sa fête, fixée au 9 juillet. On implore la Reine de la Paix pour la paix du Royaume, pour la paix du monde, pour la paix des familles, pour la paix des coeurs… Et un chroniqueur de l’époque témoigne que les grâces reçues sont indicibles. Il en fut ainsi jusqu’à la grande révolution…

D. Dans la tourmente révolutionnaire :

Au mois d’août 1790, les Capucins furent chassés de leur couvent. Un religieux emporte discrètement la statue avec lui et, l’année suivante, il la remet à son Provincial. Ce dernier, pour plus de sécurité, la confie à une demoiselle Papin, soeur du Grand Pénitencier de  l’Archevêché de Paris. Un procès-verbal très détaillé accompagne ce dépôt. En 1792,  Mademoiselle Papin, fuyant Paris à son tour, remit la Vierge à la Duchesse de Luynes, qui, en 1802, en fit constater l’authenticité par l’un des vicaires généraux de l’Archevêché de Paris. Cet acte de reconnaissance et d’authentification existe toujours avec ses cachets de cire rouge bien visibles.

E. Installation de Notre-Dame de Paix à Picpus :

En avril 1806, la Duchesse de Luynes décède. La soeur et le neveu de Mademoiselle Papin, ses héritiers (la statue n’avait été confiée à Madame de Luynes que comme un dépôt provisoire)  en font la cession à la Révérende Mère Henriette Aymer de La Chevalerie, à la demande du Révérend Père Coudrin : ce sont les fondateurs de la Congrégation de l’Adoration des Sacrés Coeurs, dite de Picpus.
Le 6 mai 1806, la statue de Notre-Dame de Paix arrive  au couvent de Picpus (qui garde le cimetière où furent ensevelies les victimes de la grande Terreur guillotinées tout près de là, sur la « place du trône » – devenue « place du trône renversé » sous la révolution, et depuis « place de la nation » – , parmi lesquelles les célèbres Carmélites de Compiègne).
Notre-Dame de Paix est depuis lors la Protectrice de toute la Congrégation, Pères et Sœurs, et sa reproduction se trouve dans toutes les maisons de l’Institut.
Le 9 juillet 1906, la statue de Notre-Dame de Paix fut officiellement couronnée  au nom du Pape Saint Pie X.
Si les foules n’accourent pas de la même manière qu’autrefois aux pieds de la Madonne qui nous vient des Joyeuse, nous pouvons toutefois affirmer qu’elle continue à donner généreusement des grâces de paix à ceux qui viennent les implorer dans la chapelle de Picpus.

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