Archive pour la catégorie 'Memento'

2019-55. Le 26 juin, nous fêtons les Bienheureuses Filles de la Charité d’Arras, martyres de la révolution.

26 juin,
Fête de la Bienheureuse Marie-Madeleine Fontaine et de ses compagnes, vierges et martyres ;
Mémoire des Saints Jean et Paul, martyrs ;
Mémoire du 3ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste.

Arras - le beffroi et la petite place

Arras : le beffroi et la petite place

A la veille de la révolution, la « maison de Charité » d’Arras est une ruche active : sept sœurs de Saint Vincent de Paul y assurent les soins aux malades, la visite des familles pauvres et éduquent les jeunes enfants. Leurs services sont très appréciés de la population.
Comme dans tout le Royaume, à Arras, la révolution va rapidement révéler son véritable visage et les lois anti-catholiques vont poser des cas de conscience aux religieuses. L
e 9 avril 1792, la supérieure générale des Filles de la Charité, avait adressé aux sœurs un courrier dans lequel on pouvait lire, entre autres : « Je vous prie de ne pas abandonner le service des pauvres, si vous n’y êtes forcées… Pour pouvoir continuer le service des pauvres, prêtez-vous à tout ce que honnêtement on pourra exiger de vous dans les circonstances présentes, pourvu qu’il n’y ait rien contre la religion, l’Eglise et la conscience. »

Après l’emprisonnement de la Famille Royale, lorsque la situation devient de plus en plus difficile, la supérieure de la petite communauté d’Arras laisse à ses sœurs le choix de rentrer dans leurs familles, si elles le souhaitent ; une seule d’entre elles le fait. Mais lorsque la Terreur va s’installer de manière plus violente dans la capitale de l’Artois, la supérieure va alors ordonner aux deux plus jeunes de la communauté de partir pour l’exil.
A la fin de l’année 1793, quatre sœurs se trouvent donc à Arras et continuent leurs activités.
Ce sont :
- Sœur Marie-Madeleine Fontaine, originaire d’Etrépagny (Vexin normand), entrée dans la Compagnie en 1748 à l’âge de 25 ans. Supérieure de la communauté, sa sagesse et sa compétence sont largement appréciées.
- Sœur Marie-Françoise Lanel, née en 1745 à Eu (Normandie), entré dans la Compagnie des Filles de la Charité à l’âge de 19 ans.
Sœur Thérèse Fantou, née à Miniac-Morvan (Bretagne) en 1747, devenue Fille de la Charité à 24 ans.
- Sœur Jeanne Gérard, née à Cumières (Lorraine) en 1752, et entrée dans la Compagnie des Filles de la Charité en 1776.

Joseph Lebon

Joseph Lebon, prêtre oratorien apostat

Le prêtre apostat, Joseph Lebon, envoyé à Arras par le comité de salut public fait régner dans la ville un climat de violence et de peur. La maison de Charité devient « maison de l’Humanité » ; un directeur pointilleux y est installé, surveillant l’activité des sœurs ; les vexations s’intensifient ; les faux témoignages se multiplient. Les héroïques filles de Saint Vincent de Paul sont plusieurs fois sommées de prêter le serment dit de « liberté-égalité », mais elles le repoussent énergiquement comme contraire à leurs consciences.
Le pape Benoît XV a loué leur attitude en ces termes : « Elles refusèrent de prêter un serment pour des lois iniques, parce qu’elles voulurent garder immaculée leur foi, parce qu’elles n’écoutèrent que la voix de la conscience, qui les avertissait de ne pas s’écarter non seulement des commandements, mais des conseils du Chef suprême de l’Eglise. »

Le 14 février 1794, les sœurs sont arrêtées et conduites à l’abbatiale Saint-Vaast, transformée en prison, puis à celle de la Providence. Près des prisonnières, désemparées devant l’incertitude de leur avenir, elles apportent écoute et compassion. Sept semaines après leur incarcération, le 4 avril, les sœurs subissent un premier interrogatoire devant deux membres du comité de surveillance, les citoyens Pater et Boizard, décidés à ne pas traîner. Le principal chef d’accusation sera qu’on a découvert dans leur maison des exemplaires de publications contre-révolutionnaires (sans doute mises là par le directeur qu’on leur avait imposé).
Voici le procès verbal de l’interrogatoire de Sœur Marie-Madeleine Fontaine :
« L’an deuxième de la République une et indivisible, le quinze germinal, en exécution de l’arrêté du Comité de surveillance et révolutionnaire de ce jour, a été amenée, pardevant les membres qui le composent, Madeleine Fontaine, laquelle a répondu de la manière suivante aux questions qui lui ont été proposées :
Interrogée de ses nom, surnom, âge, qualité et demeure – A répondu s’appeler Madeleine Fontaine, âgée de soixante onze ans, cy-devant soeur de la Charité d’Arras, actuellement en la maison d’arrêt dite de la Providence.
A elle demandé si elle sait pourquoi elle est en la maison d’arrêt. – A répondu que non.
A elle demandé si elle en soupçonne le motif. – A répondu qu’elle soupçonne que c’est à cause qu’elle a refusé de prêter le serment, ne le devant pas, n’étant pas religieuse [Note : en effet, selon l’usage de l’époque, les Filles de la Charité, qui ne prononcent pas des vœux solennels et ne sont pas des cloîtrées, ne sont pas considérées comme des religieuses au sens canonique strict, et de ce fait donc elles arguent ne pas être obligés par le serment que la loi impose à tous les religieux et religieuses] .
A elle demandé qu’elles (sic) étoient ses liaisons pendant qu’elle étoit sœur de la Charité. – A répondu qu’elle n’en a eu qu’avec les pauvres au service desquels elle s’étoit dévouée.
A elle demandé si elle lisoit les papiers publics, et si elle en recevoit pour sa maison. – A répondu que non, qu’elle n’étoit pas assez riche pour cela.
A elle demandé si personne ne les lui faisoit passer journellement. – A répondu que non, qu’elle n’avoit pas le tems de s’abonner.
A elle demandé si elle n’a pas lu l’Ami des Campagnes et la Protestation des catoliques d’Alais et le Courrier Boîteux. – A répondu que non.
A elle demandé si elle a connoissance qu’il ait été déposé ches elle, quelques paquets de Gazettes Marchand, un paquet du Courrier Boîteux et les brochures cydessus. – A répondu que non.
A elle représenté lesdits paquets et demandé si elle les a vus ou s’ils ont appartenu à sa maison. – A répondu que non.
Lecture faite à laditte Fontaine de ses réponses aux interrogats (sic) cydessus. – Elle a déclaré qu’elles contiennent vérité et a signé.
Madeleine FONTAINE - PATER - BOIZARD, président. »

Dans la soirée de ce 4 avril, le Comité de surveillance se réunit pour la seconde fois et prit l’arrêté suivant :
« Vu la dénonciation couchée, cejourd’hui, sur le registre reposant en la secrétairerie du Comité de surveillance et révolutionnaire d’Arras, par le citoyen Mury, directeur de la Maison de secours dite de la Charité, la déposition d’Eugénie Mury sa fille, aussi de cejourd’hui, les réponses des nommées Madeleine Fontaine, Marie Lanel, Madeleine Fanto (sic) et Jeanne Gérard, toutes quatre cy-devant soeurs de la Charité, actuellement détenues en la maison d’arrêt dite de la Providence, aux interrogats (sic) qui leur ont été aussi cejourd’hui proposés.
L’Assemblée, considérant qu’il résulte des pièces ci-dessus une violente présomption que lesdites Fontaine, Lanel, Fanto et Gérard ont caché en la maison par elles ci-devant habitée, des papiers de gazettes contre-révolutionnaires et tendant à exciter à la révolte et allumer la guerre civile dans ce département.
Arrête, que lesdites Fontaine, Lanel, Fanto et Gérard seront conduite en la maison d’arrêt du tribunal révolutionnaire du département, et que les pièces ci-dessus reprises, ensemble le présent arrêté, seront envoyés à l’Administration du District d’Arras dans les vingt-quatre heures, conformément aux dispositions de la loi du dix-huit nivôse dernier.
BOIZARD, Président - GUILLEMAN, Secrétaire. »

Ainsi de la négation unanime des quatre accusées, jointe à l’invraisemblance du fait reproché, et à l’impossibilité de trouver une preuve juridique, il résulte pour les juges de Joseph Lebon « une violente présomption » que les soeurs sont coupables.
Elles sont alors conduites à la maison d’arrêt des Baudets. Le registre aux écrous de cette prison fait mention de leur entrée, à la date du 16 germinal (5 avril) :
« L’an 2e de la République une et indivisible ont été amenées en la maison des Baudets, les citoyennes Madeleine Fontaine, Marie Lanel, Madeleine Fanto (sic) et Jeanne Gérard, toutes quatre cy-devant soeurs de la Charité, transférées de la maison de la Providence, et ce, par ordre du Comité de surveillance et révolutionnaire d’Arras, avec défense au gardien de les laisser sortir avant qu’il en soit autrement ordonné. » 

Dans leur nouvelle prison, les soeurs trouvèrent plus de désolation et de tristesse que dans la maison de la Providence. La maison d’arrêt des Baudets d’Arras était de fait, comme la Conciergerie à Paris, le vestibule du tribunal révolutionnaire, sinon le premier degré de l’échafaud.
Elles y furent retenues 
quatre-vingt-deux jours, du 5 avril au 25 juin. Pendant les douze semaines de cette détention en ce lieu de tourments, les soeurs virent de plus près les souffrances, parfois atroces, de leurs malheureux compagnons de captivité.

Quelques rares échos de leurs sentiments intimes sont arrivés jusqu’à nous. La soeur Fantou parvint à donner des nouvelles à sa famille ; une lettre longtemps conservée et malheureusement perdue aujourd’hui, résumait l’état d’âme des Filles de Saint Vincent.
Vivement frappées de la désolation qui régnait autour d’elles, elles souffraient surtout de voir tant d’innocents jetés chaque jour dans les cachots, puis, appelés pour être contraints de monter dans les fatales charrettes qui les emmenaient à Cambrai où était dressée la guillotine. Sans illusions pour elles-mêmes, elles n’attendaient plus que la mort et se préparaient généreusement à consommer leur sacrifice.
La soeur Fantou avait appris la terrible persécution qui sévissait en Bretagne, au lendemain de la défaite de la Grande Armée Catholique et Royale, et, du fond de sa prison, elle recommanda aux siens d’être fidèles à la Religion et à Dieu, et de tout souffrir plutôt que d’abandonner leur Foi.

Le dimanche 25 juin, un convoi régulier était déjà parti. Après les transes mortelles de l’appel des condamnés et la tristesse des adieux, les détenus des Baudets se croyaient pour ce jour, à l’abri de nouvelles alertes, quand tout à coup arriva de Cambrai une lettre de l’accusateur public Caubrière, disant au citoyen Ansart, agent national près le District :
« Frère, fais partir, sitôt la réception de la présente, les quatre ci-devant soeurs de la Charité dont l’administration a fait passer les pièces au représentant. Ne perds pas un instant. Fais-les venir la nuit au grand trot. Je compte sur ton zèle pour la punition des conspirateurs : je les attends donc demain de très grand matin.

J. CAUBRIERE. »
La suscription portait ces mots significatifs : « Très pressé : par ordonnance. »
Un convoi extraordinaire fut aussitôt organisé, qui s’ébranla à 1 h du matin.

transfert des soeurs d'arras à cambrai

Transfert des Filles de la Charité d’Arras vers l’échafaud
(tableau, dans l’église de Miniac-Morvan, village natal de la Sœur Thérèse Fantou)

A son arrivée à Cambrai, vers 8 h 30, la charrette fut dirigée sur la maison d’arrêt du tribunal, située rue de la Force, tout près de l’Hôtel-de-Ville. Le geôlier n’attendait pas les nouvelles venues : mécontent, il prétexta le trop-plein de la prison. La voiture dut se remettre en marche et prendre le chemin de l’ancien séminaire où on les enferme dans la chapelle. La nouvelle se répandit très vite que des soeurs d’Arras venaient d’arriver et qu’elles étaient conduites directement au tribunal et à l’échafaud. Des femmes du peuple très émues de ce douloureux spectacle et ne voulant pas se trouver sur la place en face de la guillotine, quand coulerait le sang des vierges consacrées à Dieu, vendirent au plus tôt, presque pour rien, leurs légumes, beurre ou autres produits, et quittèrent le marché.

Le moment arriva pour les soeurs de comparaître devant ces hommes qui n’avaient rien d’humain. Elles suivirent le couloir intérieur de la salle, gravirent l’escalier rapide de la grande estrade et parurent aux regards d’une foule plutôt sympathique ; mais la condamnation à mort était inévitable, elle ne se fit pas attendre.

La Soeur Marie-Madeleine Fontaine, principale accusée, fut condamnée la première comme « pieuse contre-révolutionnaire, ayant conservé pieusement et même caché sous un tas de paille une foule de brochures et de journaux renfermant le royalisme le plus effréné, ayant refusé le serment, ayant même insulté aux commissaires du district en leur disant que cela n’irait pas, qu’il n’y avait plus de diable (sic) dans l’enfer, qu’ils étaient sur la terre ».
La même peine était portée contre les soeurs Jeanne Gérard, Marie Lanel, Thérèse-Madeleine Fantou, « complices de ladite Madeleine Fontaine. »

Le peuple savait bien que la véritable cause de la prison et de la mort des soeurs, était leur titre de vierges consacrées à Dieu, leur attachement inébranlable à la religion chrétienne et à leur saint état. Aussi n’y eut-il aucun cri d’approbation ni applaudissement à l’énoncé de la sentence. Les sœurs  furent donc amenées aux bourreaux charger de procéder à leur « toilette ».
Les soeurs tenaient à la main leurs chapelets, dont la récitation les consolait et soutenait leur courage. Le bourreau voulut les leur enlever, pour leur lier les mains derrière le dos. Elles, jusque-là douces comme des agneaux et, en apparence, insensibles à tout, à l’exemple du divin Maître, elles s’étaient laissé arrêter, conduire dans différentes prisons, traduire devant les juges sans opposer la moindre résistance, pour la première fois, se montrèrent indignées, se redressèrent vivement, pressèrent le chapelet sur leur poitrine et refusèrent catégoriquement de s’en dessaisir. Un des accusateurs publics, Darthé, ordonna grossièrement d’aller de l’avant et de leur arracher ce qu’il appelait des amulettes ; l’huissier André, plus spirituel, voulut soulever l’hilarité des spectateurs habitués à se moquer des choses les plus saintes, et, dans ce but, il proposa de placer les chapelets en forme de couronne sur la tête des victimes, ce qui fut accepté.
Les soeurs virent dans cette couronne une preuve touchante de la bienveillance spéciale que leur témoignait leur Mère du Ciel, et 
parées de leur virginale couronne, fortes d’une fidélité inébranlable à leur vocation et à leurs vœux, elles allèrent à la mort et au triomphe avec une douce joie. Elles continuèrent de prier sous le regards de la foule pressée autour de la charrette, et en imposèrent aux plus malveillants. Le silence réservé, sympathique, qui avait accueilli leur condamnation, les accompagna dans les rues de Cambrai.

L’attitude de la Sœur Fontaine frappait plus particulièrement les assistants : elle était l’âme du groupe, elle avait davantage l’air inspiré et c’est elle surtout qui parlait et consolait au nom du Bon Dieu.

Filles de la Charité d'Arras

Le martyre des Filles de la Charité d’Arras
à Cambrai le lundi 26 juin 1794

Sur la Place d’Armes, au pied de la guillotine, les soeurs tombèrent à genoux et attendirent, dans la prière, le moment de consommer leur sacrifice ; bientôt elles gravirent lentement, l’une après l’autre, les degrés sanglants de l’échafaud ; on entendit plusieurs fois, coup sur coup, le cliquetis funèbre du lourd couteau et on vit rouler trois têtes.
La Sœur Fontaine mourut la dernière. Avant de se présenter au bourreau, elle voulut, une dernière fois, adresser des paroles de consolation et d’espérance au peuple assemblé qui n’avait cessé de les respecter, elle et ses compagnes. Elle s’avança vers lui, nous dit une lettre du temps, et, pleine de foi et de confiance, elle cria avec force : « Chrétiens, écoutez-moi. Nous sommes les dernières victimes. Demain la persécution aura cessé, l’échafaud sera détruit, et les autels de Jésus se relèveront glorieux. » Sa tête roula sur la place et alla heurter celles des trois compagnes, tandis que sa belle âme, unie aux leurs, montait au ciel.
Leurs corps furent jetés dans la fosse commune du cimetière de la porte Notre-Dame, appelé aujourd’hui cimetière Saint-Géry.

Elles ont été béatifiées le 13 juin 1920 par Sa Sainteté le pape Benoît XV.

nika

Oraison :

Dieu éternel et tout-puissant, Vous avez donné aux Bienheureuses Marie-Madeleine, Marie-Françoise, Thérèse et Jeanne, le courage de mourir pour la liberté de la Foi : que leur prière nous obtienne la grâce de supporter toute adversité par amour du Christ et de tendre de toutes nos forces jusqu’à Lui qui vit et règne avec Vous, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

palmes

Publié dans:Non classé |on 25 juin, 2019 |5 Commentaires »

2019-54. Du dernier « Ave, Maria » de Georges Cadoudal.

- 25 juin 1804 -

frise lys deuil

Georges Cadoudal

Georges Cadoudal

Je ne veux point aujourd’hui présenter ici une biographie de Georges Cadoudal (1771-1804), mais seulement rapporter une courte anecdote, qui m’a beaucoup marqué, et qui se place seulement quelques instants avant le moment où le couperet allait lui trancher la tête.

Le général chouan était un homme de conviction ; la foi était profondément ancrée en lui, en son âme, en sa vie, en ses réactions.
Ce 25 juin 1804, il est environ 11 heures du matin lorsqu’il arrive, avec ses onze compagnons, au pied de l’échafaud, dressé en place de grève. Il s’est dûment préparé à la mort, en vrai chrétien, et il est accompagné de son dernier confesseur, Monsieur l’abbé de Kervanan.
Georges Cadoudal, qui a refusé toute démarche de demande de grâce auprès du Buonaparte (lequel avait laissé entendre qu’il la lui aurait accordée : il espérait en effet le « retourner » et en faire un homme à lui), a demandé à être guillotiné le premier, contrairement à l’usage selon lequel le chef de bande était exécuté en dernier, afin que ses compagnons ne puissent douter de son engagement et penser qu’il pourrait accepter une grâce de dernière minute.
Il avance donc d’un pas résolu vers la guillotine et récite à voix haute « Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni ! Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant ! »
L’abbé de Kernavan, étonné de ne pas entrendre le chouan achever la prière, lui dit : « Continuez… »
Mais Cadoudal, hausse les épaules et esquisse un sourire : « A quoi bon, Monsieur l’Abbé ? Et à l’heure de notre mort, n’est-ce pas maintenant ? »

Avant que la lame ne lui tranche le cou, il a encore le cran de crier à trois reprises : « Vive le Roi ! »

frise lys deuil

Publié dans:Non classé |on 25 juin, 2019 |3 Commentaires »

2019-52. De la triple donation de la France.

- mardi 21 juin 1429 -

à Saint-Benoît sur Loire

Est-il besoin de présenter et de commenter longuement ce texte ?
Sa concision même et les paroles presque lapidaires de Sainte Jeanne d’Arc sont plus éloquentes que de longues démonstrations argumentées : la France est à Dieu, et Dieu la confie au Roi légitime en qualité de lieu-tenant.
C’est simple et limpide, et c’est tout le sens de nos engagements qui sont spirituels qui, en toute cohérence, ont nécessairement des conséquences temporelles.

Rencontre-Charles-et-Jeanne

Jeanne devant Charles VII
(enluminure du manuscrit de Martial d’Auvergne « Les Vigiles de Charles VII », vers 1484 – BNF)

Jehanne dit à Charles :

« Sire, me promettez-vous de me donner ce que je vous demanderai ? »

Le Roi hésite, puis consent.

« Sire, donnez-moi votre royaume ».

Le Roi, stupéfait, hésite de nouveau ; mais, tenu par sa promesse et subjugué par l’ascendant surnaturel de la jeune fille :

« Jehanne, je vous donne mon royaume ».

Cela ne suffit pas : la Pucelle exige qu’un acte notarié en soit solennellement dressé et signé par les quatre secrétaires du Roi ; après quoi, voyant celui-ci tout interdit et embarrassé de ce qu’il avait fait :

« Voici le plus pauvre chevalier de France : il n’a plus rien ».

Puis aussitôt après, s’adressant aux secrétaires :

« Écrivez : Jehanne donne le royaume à Jésus-Christ ».

Et bientôt après :

« Jésus rend le royaume à Charles ».

Père Jean Dupuy, o.p., Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 1885, p. 652,
d’après le Breviarium historiale, texte rédigé au cours de l’été 1429.

Sacre de Charles VII - vitrail de l'église de Lunévillenéville - détail

Le sacre de Charles VII
(détail d’une verrière de l’église de Lunéville)

Publié dans:Non classé |on 20 juin, 2019 |2 Commentaires »

2019-50. Simples questions au jour anniversaire de la victoire de Patay.

Mardi 18 juin 2019,
Fête de Saint Ephrem, confesseur et docteur de l’Eglise ;
590ème anniversaire de la victoire de Patay (18 juin 1429).

18 juin 1429 - bataille de Patay

La victoire de Patay (Lionel Royer – basilique du Bois-Chenu, à Domremy)

Imaginez un seul instant que, au lieu de prendre l’épée et d’entraîner les hommes d’armes à la bataille, Jeanne ait voulu susciter un grand défilé pacifiste « Je suis Charlie (VII) »
Imaginez un seul instant que, au lieu de flanquer de bonnes déculottées aux Godons et aux Bourguignons, elle ait organisé des « meetings » pour la paix, au nom de la fraternité universelle (obligatoire et laïque)…
Imaginez un seul instant que, au lieu de proclamer : « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire », elle ait lancé des débats télévisés sur une chaîne d’information continue avec les représentants du « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples », de la « Ligue des droits de l’homme », du « Conseil pontifical justice et paix » et de « l’Ordre indépendant du B’nai B’rith »
Imaginez un seul instant qu’au lieu de renvoyer de l’armée les ribaudes et d’inciter les guerriers à la confession, elle ait établi des « marches des fiertés » festives et colorées pour que tous les types de sexualité puissent s’épanouir librement parmi les soldats…
Imaginez un seul instant qu’au lieu d’entendre dévotement la Sainte Messe les deux genoux en terre et d’y communier, elle ait préféré participer à des rencontres œcuméniques où chacun serait venu dire son sentiment avec la certitude que l’Esprit-Saint lui parle directement au cœur…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de s’obstiner à vouloir conduire à Reims pour y être sacré un Roi qui doutait de sa propre légitimité, elle ait coordonné un référendum d’initiative populaire où chacun se serait exprimé sur la forme du gouvernement à donner à la France…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de rappeler que le Roi légitime est lieu-tenant de Dieu en France, elle ait institué le suffrage universel  (à la proportionnelle) en affirmant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation »
Imaginez qu’au lieu de s’acharner à « bouter l’Anglois hors de France », elle se soit érigée en prophétesse de l’accueil indifférencié de tous les hommes et de toutes les différences…

C’est en se posant de semblables questions, qui pourraient alors donner lieu à la rédaction d’époustoufflantes uchronies que nous pouvons mesurer à quel point Chesterton était un véritable prophète lorsqu’il écrivait en 1908 : « Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus, elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles. Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles… » (Gilbert Keith Chesterton, « Orthodoxie »).

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise la décadence absolue de notre époque, tant sur le plan intellectuel que spirituel, la décadence de la pensée politique et de la pensée religieuse.

C’est en se posant de semblables questions que l’on perçoit de manière irréfragable que si Jeanne avait agi ainsi elle ne serait pas devenue sainte, la sainte que nous aimons, admirons et vénérons.

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise que s’il en eût été ainsi en 1429, nous ne serions sans doute aujourd’hui ni français ni catholiques, parce qu’il n’y aurait probablement plus depuis belle lurette ni France ni catholicisme !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Publié dans:Non classé |on 18 juin, 2019 |7 Commentaires »

2019-44. Parce que les combats qu’a soutenus le Maître-Chat et son esprit continuent, son blogue aussi va continuer !

Mardi 28 mai 2019,
Mardi des Rogations ;
Fête de Saint Bernard de Menthon, abbé et confesseur ;
Commémoraison de Saint Augustin de Cantorbury ;
225ème anniversaire du massacre de Bédoin (28 mai 1794 – cf. > ici) ;
9ème anniversaire de la naissance de NN.SS. le Dauphin Louis et le Prince Alphonse de France (28 mai 2010 – cf. > ici).

Lully chat chouan

Le Maître-Chat Lully fut un véritable chouan et son combat continue !

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En tout premier lieu, je dois remercier très chaleureusement tous ceux qui, sur les réseaux sociaux, dans ce blogue même ou par le moyen de messages personnels, depuis le trépas de Monseigneur le Maître-Chat m’ont exprimé leur sympathie et leurs condoléances : il s’agit bien d’un véritable deuil qu’il me faut accomplir, pour ce qui me concerne… comme aussi pour certains d’entre vous qui connaissaient personnellement le Maître-Chat Lully et avaient les honneurs de sa confiance et de son amitié.

Je ne vous cache pas que, les liens qui nous unissaient étant extrêmement fusionnels et continus, son absence, en ce Mesnil-Marie, se fait cruellement ressentir.
Toute cette maison, qu’il remplissait d’une présence aussi forte que discrète, parle sans bruit à tout moment de sa prégnante et riche personnalité : il n’en est pas un lieu – pas le plus petit recoin – qui ne la rappelle, qui ne suscite des souvenirs, n’éveille des réflexions se rapportant à lui.
Et je sais qu’il en sera ainsi très longtemps.

En effet, un chat qui vous a adopté et éduqué n’est pas un simple « animal de compagnie » ; il est – bien davantage que certains êtres humains que vous côtoyez pourtant régulièrement – un véritable compagnon avec lequel se font des échanges profonds et d’authentiques partages d’âme
Je ne déraisonne pas ; je n’affabule pas ; je ne suis pas en train de « pêter les plombs » : tous ceux qui ont en vérité partagé la vie d’un chat pourront en attester eux aussi.

Ne vous inquiétez pas pour moi, j’accomplis le « travail du deuil », à mon rythme, sereinement, sans romantisme ni sensiblerie (ceux qui me connaissent savent combien j’ai horreur de cela).

Chat botté

Mais il y a une autre chose qui me semble importante dont je vous dois informer, car la question m’a été posée : « Le Maître-Chat étant trépassé, son blogue va-t-il cesser ? »

Sur ce point, une chose est certaine, même si, n’étant que son humble secrétaire, je n’ai pas le même talent que lui, je vais continuer l’œuvre du Maître-Chat.
Pendant les douze ans et huit mois où j’ai été son disciple, je crois que j’ai réussi à me bien imprégner de son esprit, de sa manière de regarder les réalités du monde, de la société, de la France et de l’Eglise, et que je connais donc assez bien ce qu’étaient ses façons de réagir et d’analyser, ses centres d’intérêt et ses approfondissements, les motifs de ses ronronnements et de ses coups de griffe… etc.

Parce que les combats qu’a soutenus le Maître-Chat et son esprit continuent, son blogue aussi va continuer, autant que Dieu Notre-Seigneur m’en donnera les capacités et la force, quand bien même cela agacera et fera grincer des dents les républicains, les démocrates, les adorateurs de la révolution, les jacobins et les sans-culottes, les traîtres à la royauté légitime, les hérétiques et les apostats, les modernistes et complices de l’affadissement de la doctrine catholique, les ennemis de la liturgie traditionnelle et toutes autres catégories de scélérats qui ont abandonné et combattent la Tradition catholique et politique qu’a fidèlement et félinement servie le Maître-Chat Lully.

Sans prétendre l’égaler (vous serez indulgents envers moi, n’est-ce pas ?), je m’efforcerai de mon mieux de conserver son esprit, maintenir l’impertinente pertinence de ses réflexions, poursuivre ses combats, et perpétuer ses engagements au service de Dieu et du Roi, avec la ferme confiance et espérance que depuis son au-delà il m’inspirera et m’enverra ses bonnes idées…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

ange chat

Publié dans:Non classé |on 28 mai, 2019 |14 Commentaires »

2019-37. Quarante-cinquième anniversaire de Sa Majesté.

Jeudi de Pâques 25 avril 2019.

Voici le message et la photographie que Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publiés sur ses comptes des réseaux sociaux à l’occasion de ce 25 avril 2019, quarante-cinquième anniversaire de sa naissance :

Je rends grâce à Dieu de pouvoir célébrer mon 45e anniversaire, en bonne santé,
entouré de ma famille et de mes amis.

Je garde toujours une pensée pour ceux qui ne sont plus là à mes côtés.

photo 45 ans Louis XX

A cette publication, Frère Maximilien-Marie a apporté le commentaire suivant :

Au nom de toute la Confrérie Royale, je présente à Votre Majesté l’assurance de prières spéciales en ce jour pour Sa Personne et Sa famille : Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum !

(cliquer sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Vive la race de nos Rois,
C’est la source de notre gloire. 
Puissent leurs règnes et leurs lois,
Durer autant que leur mémoire.
Que leur nom soit à jamais
Le signal de la victoire,
Que leur nom soit à jamais
Le présage de la paix.

lys 2

Publié dans:Non classé |on 25 avril, 2019 |6 Commentaires »

2019-26. Du quatre-vingtième anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.

1939 – 12 mars – 2019

Armoiries et devise de Pie XII

Armoiries et devise de Pie XII

Ce 12 mars n’est pas seulement le jour de la fête de Saint Grégoire le Grand, mais il est aussi l’anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.
J’ai déjà publié, à l’occasion de son septante-cinquième anniversaire, le récit de son élection (voir > ici). Aujourd’hui, accompagné d’images et de photographies d’époque, je vais largement citer le texte que la Réverende Mère Pascalina Lehnert a publié dans ses mémoires à propos de cette journée du 12 mars 1939.

Couronnement de Pie XII - image commémorative

Image commémorative du couronnement de Pie XII
portant la mention des villes ou pays dans lesquels il avait auparavant été en mission diplomatique

« Le 12 mars approchait – c’était le jour du couronnement. La journée fut ensoleillée, un vrai jour de fête. Nous étions déjà allées de bonne heure à la messe, puisque le Saint-Père ne célèbrerait pas à la maison. A notre retour, nous le trouvâmes dans la chapelle privée. Il était très pâle et semblait très fatigué. Que pouvait-il bien ressentir ce matin-là ? (…)

« Ce fut un jour de fête, comme on ne peut en imaginer de plus radieux, ni de plus sublime. « Saint-Père, regardez donc la place Saint-Pierre », criions-nous, remplies d’enthousiasme. Il vint à la fenêtre pour ne pas nous décevoir, mais s’en détourna à nouveau rapidement. Sur la vaste place, ondulait une foule humaine innombrable, une féérie d’uniformes et de costumes pittoresques de toutes couleurs. Ici une dame distinguée, en robe de cérémonie, là un simple paysan. Jeunes et vieux, petits et grands, pauvres et riches – tous étaient venus rendre hommage au Vicaire du Christ qui devait recevoir aujourd’hui la triple couronne : la tiare. Et par-dessus toute cette pompe et cette magnificence, retentissait ce cri repris à l’infini : « Viva, viva, viva il Papa Pio XII, il Papa Romano di Roma ! »

« Et la basilique Saint-Pierre, parée de tous ses atours, flamboyait, radieuse, au milieu d’un océan de lumière qui faisait étinceler dans toute leur beauté les riches et lourdes dorures de ses ornements. Tout était plein jusqu’à la dernière place. La foule immense bruissait et ondulait, attendant patiemment, depuis des heures, celui que tous connaissaient, aimaient et honoraient depuis des années, et qui devait aujourd’hui recevoir la plus haute dignité qui soit sur la terre. Lorsque le Saint-Père eut quitté son appartement privé pour la Sala dei Paramenti, où on devait l’habiller pour la cérémonie, nous nous mîmes également en route pour Saint-Pierre (…). Peut-il y avoir chose plus belle sur cette terre ? Aucun de ceux qui ont eu le bonheur de participer à ce couronnement-, ne pourra sans doute oublier cet événement impressionnant !

Scala Regia Pie XII porté sur la sedia gestatoria

Pie XII porté sur la sedia gestatoria descendant la Scala Regia
pour se rendre à la basilique Saint-Pierre

« Déjà les trompettes d’argent annonçaient l’approche de celui qu’on attendait ! Une immense acclamation s’éleva, qui cependant retomba peu à peu, car, dans l’atrium se déroulait la première cérémonie d’hommage du chapitre de Saint-Pierre, dont Pie XII avait été l’archiprêtre durant de longues années.

« Maintenant, il franchissait le seuil de Saint-Pierre, porté sur la sedia gestatoria. Que de fois il avait accueilli ici, en sa qualité d’archiprêtre, Pie XI, à qui il était attaché de tout son cœur et de toute son âme, et comment aurait-il pu s’empêcher aujourd’hui de penser que Pie XI lui avait toujours prédit ce jour ! La chorale entonna dans l’allégresse : Tu es Petrus. Une tempête d’applaudissements se déchaïna : un tonnerre d’acclamations et de chants, une explosion de liesse tels qu’on eût cru que les murs allaient s’effondrer.

« La longue procession s’était mise en mouvement. Le Prince héritier et la Princesse héritière d’Italie ouvraient le cortège des délégués, princes, nobles et ambassadeurs accourus de plus de cinquante pays : tous les grands de ce monde, tous les peuples rendaient hommage au pape ! Tous ceux qui assistaient à ce spectacle grandiose, plein de dignité et de beauté, en étaient transportés d’enthousiasme.

Pie XII - Couronnement

L’entrée du Pontife dans la basilique Saint-Pierre

« Enfin le Saint-Père lui-même arrivé. Le blanc de son long pluvial brodé d’or faisait encore paraître plus mince sa silhouette ascétique, et la mitre ornée de pierres précieuses accusait encore la pâleur de son visage aux traits fins. Ses belles et longues mains bénissaient et saluaient à droite et à gauche. A sa main droite qui bénissait, étincelait l’anneau du pécheur. Tous les regards étaient tournés vers le Saint-Père, et c’est vers lui que montaient tous ces applaudissements – vers lui, représentant du Christ sur la terre.

« A nouveau retentit le magnifique Tu es Petrus, cette fois-ci avec une telle puissance et une telle ampleur que les ovations diminuèrent un peu.

« Puis le Saint-Père commença la messe du couronnement. Ceux qui avaient depuis des années le bonheur de pouvoir assister à sa messe, ne voyaient, aujourd’hui encore, au milieu de toute cette magnificence et de toute cette pompe extérieure, que le prêtre entièrement absobé par le Saint Sacrifice et qui était pleinement conscient de ses fonctions sacrées. Avec quelle ferveur n’avait-il pas récité le Confiteor, entonné le Credo ! Quelle foi ardente animait le Sursum Corda, la Préface ! On put saisir chaque syllabe des paroles sacrées de la Consécration. Puis s’éleva le Pater. Jamais je n’oublierai son Fiat voluntas tua. (Je l’ai encore entendu très souvent le chanter, mais rarement, je crois, de façon plus émouvante que ce jour-là).

Cette messe sublime s’acheva. A nouveau se déchaînèrent des tempêtes d’applaudissements qui ne voulaient pas s’arrêter. Tout le monde se hâta d’aller sur la place Saint-Pierre pour pouvoir être témoin du couronnement. Les milliers de gens qui n’avaient pas pu entrer dans la basilique, avaient attendu patiemment sur la place. Maintenant tous les yeux se levaient vers la loggia décorée, où était dressé le trône du Saint-Père (…).

Couronnement de Pie XII - réception de la tiare

Pie XII reçoit le trirègne, ou tiare.

« Un enthousiasme indescriptible salua l’apparition de Pie XII. Il couvrait même les paroles lourdes de sens du rite du couronnement : « Reçois la tiare ornée de la triple couronne et sache que tu es le père des princes et des rois, le chef de l’univers, le vicaire de notre Rédempteur. A Lui l’honneur et la gloire pour les siècles des siècles ! »
L’allégresse se donna libre cours à travers l’hymne : « Coronam auream super caput ejus… ». Puis les bras du Saint-Père s’écartèrent largement en un geste inimitable, comme s’il voulait embrasser le monde entier, et les ondes portèrent, à travers l’éther, sa bénédiction Urbi et Orbi à tous les êtres humains.
Longtemps encore Pie XII salua la foule qui l’acclamait. Rome avait-elle jamais vu pareille participation, pareille fête ? »

Mère Pascalina Lehnert : « Mon privilège fut de le servir » (pp. 85-88 – Téqui 1985).

Pie XII Couronnement - 1ère bénédiction

Première bénédiction Urbi et Orbi du nouveau Pontife

Voir aussi dans ce blogue les publications consacrées à
- L’élection de Pie XII > ici
- Le 50e anniversaire de sa mort et la défense de son pontificat > ici

Publié dans:Non classé |on 12 mars, 2019 |4 Commentaires »

2019-23. Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine (cf. > ici).

« (…) Au reste, Madame, j’ai vu la plus belle chose qu’on puisse imaginer ; c’est un portrait de Madame de Maintenon, fait par Mignard ; elle est habillée en sainte Françoise Romaine : Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. Mignard en a fait aussi un fort beau du Roi (cf. note 1) ; je vous envoie un madrigal que mademoiselle Bernard (cf. note 2) fit impromptu en voyant ces deux portraits : il a eu beaucoup de succès ici : vous jugerez si nous avons raison (…) ».

Ainsi s’exprime Marie-Angélique de Coulanges (cf. note 2) dans une lettre du 29 octobre 1694 adressée à sa cousine, la marquise de Sévigné qui séjournait à Grignan depuis le mois de mai de cette année 1694 et ne reviendra jamais à Paris puisqu’elle y mourra un peu moins de dix-huit mois plus tard (cf. > ici).
Ce portrait de Madame de Maintenon, nous le connaissons bien et à l’occasion de cette fête de Sainte Françoise Romaine, en cette année du troisième centenaire de la mort de l’épouse secrète du Grand Roi (15 avril 1719), nous aurons plaisir à nous attarder un peu à l’admirer.

Pierre Mignard - Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine 1694

Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine
(Pierre Mignard – 1694)

Nous noterons d’abord que ce tableau, daté de 1694, est l’une des dernières œuvres de Pierre Mignard, puisque l’artiste s’éteindra le 30 mai 1695 dans sa quatre-vingt-troisième année. C’est une huile sur toile de 138  cm x 97 cm que l’on peut admirer à Versailles.

En 1694, Françoise d’Aubigné, née le 18 novembre 1635, est donc dans sa cinquante-neuvième année ; son royal époux est dans sa cinquante-sixième année et règne depuis cinquante-et-un ans : ils sont mariés depuis le 9 octobre 1683.

A la suite de l’abominable Princesse Palatine (Madame, épouse de Philippe, duc d’Orléans, frère puiné du Roi), laquelle dans ses lettres multiplie les termes injurieux et grossiers à l’encontre de sa belle-sœur ; à la suite du perfide Saint-Simon, écrivain de talent certes mais très petit par l’esprit, qui la détestait ; à la suite de Voltaire et, dans le sillage de ce dernier, de la majorité des historiens des XIXe et XXe siècles, on a souvent dressé de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, un portrait sombre inspiré par les jalousies et aigreurs d’estomac héréditaires de la branche d’Orléans ainsi que par les rancœurs calomnieuses des prétendus réformés, plus que par la vérité.
Car la vérité n’a rien à voir avec l’idéologie nourrie d’anticatholicisme qui se dresse toutes haines dehors dès que l’on évoque la figure de l’ « épouse secrète » de Louis XIV.
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. Revenons donc au portrait réalisé par Mignard.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 1

Madame de Coulanges a écrit : « Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là ».
Autant dire que Mignard n’a, ici, point fait de… mignardises !
Madame de Coulanges écrit pourtant que la marquise se trouve « embellie » sur ce portrait, qu’elle appelle : « la plus belle chose qu’on puisse imaginer ». On doit toutefois penser qu’il demeure fort ressemblant, naturel et criant de vérité, puisque « aucun portrait ne tient devant celui-là » : nous sommes donc bien en face d’un authentique portrait en lequel les contemporains reconnaissent bien la physionomie et l’expression de Madame de Maintenon, sans artifices de maquillage ou de vêture, mais dont on peut dire qu’il sublime sans flagornerie l’aspect de cette femme bientôt sexagénaire en la représentant dans une pose imprégnée de surnaturel.

En effet, l’attitude que Mignard a donnée à Madame de Maintenon se rapporte à une anecdote de la vie de Sainte Françoise Romaine, sa sainte patronne (dont nous avons par ailleurs présenté la biographie succincte > ici), pour laquelle elle nourrissait une fervente dévotion.
Alors qu’elle était encore dans les liens du mariage et se devait aux devoirs imposés par son rang : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l’office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l’interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu’elle quitta par quatre fois un même verset ; mais, l’affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d’or, quoiqu’auparavant il ne fût écrit qu’en caractères communs. Quelque temps après, l’apôtre Saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait marqué lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l’obéissance » (in « Vie des Saints » par le Rd Père Giry).

Mignard - Madame de Maintenon - détail 2

Comme on peut mieux s’en rendre compte en isolant, comme ci-dessus, les mains de Madame de Maintenon, on voit que sa main gauche (donc à droite pour nous) tient un livre d’heures, ouvert à la page de l’office de la Très Sainte Vierge Marie, et qu’un verset s’y trouve écrit en caractères dorés.
La main droite posée sur la poitrine est un geste dans lequel on peut voir exprimées en même temps la surprise de la Sainte quand elle constate le miracle, et son humble action de grâces à Dieu d’avoir fait l’objet d’une telle attention divine.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 3

Au-delà de la représentation hagiographique, ne peut-on pas voir aussi dans le choix de ce miracle par lequel le Ciel a mis en évidence la soumission aimante de Sainte Françoise à son époux, un discret hommage à l’attitude humble et soumise de la marquise de Maintenon envers son royal époux, qu’elle a aimé passionément mais sans se permettre jamais aucune familiarité, en se tenant toujours dans une attitude de réserve et d’humble service, dans un effacement et une discrétion qui sont les marques d’une haute vertu ?
La citation de la vie de Sainte Françoise Romaine que nous avons faite ci-dessus : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage », s’accorde parfaitement à ce que fut Madame de Maintenon dans la rôle qu’elle tint auprès du Grand Roi.
Louis XIV ne s’y trompait pas lorsque, avec une affectueuse taquinerie, dans l’intimité, il surnommait son épouse secrète « Sainte Françoise » !

Un autre détail est significatif, dans le décor particulièrement dépouillé de ce tableau : vous aurez remarqué en effet qu’il n’y a en arrière-plan ni tenture, ni décor lambrissé, juste une halo de lumière surnaturelle qui rayonne dans le coin supérieur gauche ; vous pouvez aussi voir que Sainte Françoise Romaine est assise sur une simple chaise (son siège n’a pas d’accoudoirs), même si l’on aperçoit un coussin sous son séant ; vous constatez aussi que la petite table à laquelle elle est accoudée est recouverte d’un jeté sans ornementation.
En revanche, sur cette table, on peut voir un unique objet : un sablier.

Le sablier est chargé de symboles.
Il figure d’abord, tout naturellement, le temps qui passe dans un inexorable écoulement : en ce sens, il représente la vanité des choses d’ici-bas au regard de l’éternité. C’est une sorte de « memento mori », et ce rappel de la mort constitue un  appel à se mettre en règle avec Dieu avant qu’il ne soit trop tard.
Mais en allant un peu plus loin, les deux parties du sablier, communiquant par un étroit goulot et qui se remplissent l’une l’autre alternativement lorsqu’on le retourne, sont aussi le symbole de la communication entre le ciel et la terre : ce qui a été en haut descend pour remplir ce qui est en bas, puis ce qui est en bas va à son tour remplir ce qui se retrouvera bientôt en haut.
Ne peut-on là aussi voir une discrète évocation du rôle de Madame de Maintenon, dont l’exigeante fidélité à Dieu a ramené le Roi dans l’observance des préceptes divins, puis dont la présence continue à ses côtés en qualité d’épouse a été pour le Grand Roi un constant soutien dans la pratique d’une vie chrétienne exemplaire, et donc une médiation de grâce ? 

Mignard - Madame de Maintenon - détail 4

Autre détail, si l’on peut dire, car il revêt une grande importance : ce sont les vêtements dont est parée cette Sainte Françoise Romaine.
Sa robe n’est point une robe du XVIIe siècle, mais elle évoque bien la coupe des robes de femmes de l’aristocratie romaine au XVe siècle, et son riche tissu de brocart, particulièrement bien rendu par le pinceau de l’artiste, fait bien penser aux tissus italiens du « quatrocento », sans rapport avec ce que les témoins ont rapporté de la manière de se vêtir de Madame de Maintenon.

En revanche, par dessus cette robe, Sainte Françoise Romaine est drapée dans un manteau bleu de France doublé d’hermine, ce qui n’est pas vraiment caractéristique de la sainte, puisque, au Grand Siècle, c’est le symbole évident d’un caractère princier.

On raconte que Mignard fit demander au Roi par sa fille, Madame de Feuguières, s’il pouvait mettre au portrait de Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine.
Or l’on sait que le Roi conserva toujours une certaine forme d’ambigüité sur la manière dont il manifesta – ou cela – la nature exacte de son lien avec la marquise : si tout le monde finit par penser qu’il l’avait épousée, cela ne fut toutefois jamais révélé de manière officielle, bien que le Roi marquât pour elle des attentions et des prévenances révélatrices.
La question de Mignard revenait à demander à Louis XIV : « Madame de Maintenon est-elle bien votre épouse ? » Si donc le Roi répondait : « Oui, vous pouvez mettre à Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine », c’était une façon de dire : « Oui, elle est bien mon épouse et elle a rang de reine ».
Mais cette fois encore le Grand Roi se montra plus rusé que le questionneur et maintint le suspense en faisant porter au peintre cette réponse pleine d’esprit et non exempte d’humour : « Sainte Françoise le mérite bien ! »

Lully.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 5

Notes :
1 – Ce portrait « fort beau » du Roi peint par Pierre Mignard dans le même temps que cette « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine », est celui de Louis XIV en armure, qui fut alors placé dans la galerie d’Apollon.

2 - « Mademoiselle Bernard » : Catherine Bernard (Rouen 1663 – Paris 1712), poétesse, romancière et dramaturge, est la première femme dont une tragédie entre au répertoire de la Comédie Française. Illustre par son esprit et son talent, elle est aussi entre autre le premier auteur du conte « Riquet à la houppe » qui sera ensuite repris par Charles Perrault. Elle fut plusieurs fois couronnée par l’Académie Française et plusieurs fois récompensée par les Jeux Floraux de Toulouse. Le madrigal dont il est ici question ne figure pas dans le corps de la lettre elle-même et semble avoir été perdu.

3 – Marie-Angélique de Coulanges : Marie-Angélique du Gué de Bagnols, née probablement en 1641, épousa en 1659 Philippe-Emmanuel de Coulanges, cousin germain et grand ami de Madame de Sévigné. Elle fréquente alors les beaux esprits du Marais : Madame de La Fayette, Madame de Richelieu, Madame Scarron, et bien sûr sa cousine Madame de Sévigné avec laquelle elle est liée d’une amitié très forte. Elle conserve l’amitié de Françoise d’Aubigné lorsque celle-ci de « veuve Scarron » devient Marquise de Maintenon. Après 1690, la très brillante et pétillante Madame de Coulanges, dont Saint-Simon dit toutefois qu’elle fut « toujours sage et considérée », c’est-à-dire qu’elle ne fut jamais une coquette dont on put douter de la vertu, devint plus grave, plus austère et plus pieuse. Elle mourut âgée de 82 ans  en 1723 dans son hôtel particulier de la rue des Tournelles à Paris.

Blason d'Aubigné

Blason de la famille d’Aubigné

Publié dans:Non classé |on 8 mars, 2019 |4 Commentaires »

2019-21. Du quatre-cent-vingt-cinquième anniversaire du Sacre de Sa Majesté le Roi Henri IV.

1594 – 27 février – 2019

Armes de France & Navarre

Ce mercredi 27 février 2019 en fin de matinée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure SMTC le Roi Louis XX, a publié sur son compte Twitter le message suivant :

Tweett de Louis XX le 27 février 2019

Il y a vingt-cinq ans, le dimanche 27 février 1994, pour l’exact quatrième centenaire de ce Sacre, Monseigneur le Prince Louis (qui avait alors à peine 20 ans) s’était rendu à Chartres où il avait assisté à la Sainte Messe dominicale dans cette cathédrale où le premier Roi Bourbon avait reçu les onctions sacrées.

Mais au fait, savez-vous pourquoi Henri IV fut sacré à Chartres et non à Reims ?

Né le 13 décembre 1553 (cf. > ici et > ici), Henri, fils d’Antoine de Bourbon-Vendôme et de Jeanne d’Albret, fut baptisé dans la religion catholique. La mésentente et séparation de ses parents, lorsque Jeanne d’Albret devint reine de Navarre puis embrassa le protestantisme, fut la cause de plusieurs changements de confession pour le jeune Henri : lorsqu’il succèda à sa mère sur le trône de Navarre (1572), ce petit royaume pyrénéen était entièrement huguenot et le catholicisme en était banni. Nous avons pourtant plusieurs témoignages attestant que Henri de Navarre avait gardé, malgré son protestantisme officiel, une tendre dévotion à la Madone et qu’il portait le scapulaire !

Lorsque le Roi de France Henri III, alors son beau-frère, meurt assassiné par un dominicain fanatique (2 août 1589), il n’a pas de postérité.
Henri III de Navarre est son plus proche parent mâle par ordre de primogéniture, issu d’un mariage catholique (car même si Jeanne d’Albret apostasia ensuite, le mariage avec Antoine de Bourbon était un mariage catholique). Mais Henri de Navarre, quoique baptisé catholique, est alors calviniste : il manque donc une condition pour qu’il soit pleinement dynaste, puisque, selon les Lois fondamentales du Royaume, le Roi ne peut pas être d’une autre religion que la catholique.
Le Roi de France ne peut pas être sacré avec un rituel catholique, au cours d’une liturgie catholique pendant laquelle est célébrée la Sainte Messe catholique, et communier aux Précieux Corps et Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s’il n’adhère pas à toute la foi catholique !

C’est la raison pour laquelle, derrière la fameuse Ligue et derrière les Guise, un grand nombre de catholiques considèrent que les conditions requises par les Lois fondamentales n’étant pas remplies en la personne d’Henri de Navarre, c’est le plus proche parent du Roi défunt remplissant toutes ces conditions qui est le Roi légitime, en l’occurrence le frère puiné d’Antoine de Bourbon-Vendôme (et donc oncle d’Henri de Navarre) : Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, archevêque de Rouen et primat de Normandie, que le parlement de Paris proclame Roi sous le nom de Charles X.
Malchance pour les ligueurs, leur « roi-cardinal » meurt le 9 mai 1590 ! Et le Royaume de France continue à se déchirer au cours d’une interminable guerre civile.

abjuration à Saint-Denys 25 juillet 1593

La solennelle abjuration de l’hérésie à Saint-Denys le 25 juillet 1593

Le 4 avril 1592, Henri de Navarre annonce son intention d’être instruit dans la foi catholique, et seize mois plus tard, le 25 juillet 1593, en la basilique nécropole royale de Saint-Denys, il abjure solennellement l’hérésie protestante.
Il est absolument certain que la phrase « Paris vaut bien une messe » n’est pas authentique, et même si l’intelligence politique n’est pas absente de cette conversion, il existe de multiples témoignages sérieux attestant dès lors de la profonde sincérité de l’adhésion d’Henri IV à la foi catholique.
La loi de catholicité étant pleinement remplie à la suite de toutes les autres Lois fondamentales, Henri est bien désormais sans conteste possible le Roi légitime de la France.

Henri IV devra toutefois encore affronter pendant de longs mois les ligueurs qui ne veulent le reconnaître. Et justement ce sont eux qui tiennent Reims : impossible de s’y rendre pour le Sacre. Or même si ce dernier ne fait pas le Roi, son importance est déterminante pour reconstituer l’unité du Royaume ; il importe donc de ne pas tarder pour le recevoir.
Les Bourbon-Vendôme ont un lien fort avec la cathédrale de Chartres : au XVème siècle, un ancêtre d’Henri, Louis 1er de Bourbon-Vendôme, a fait édifier, en action de grâces à la suite d’un vœu, une chapelle de style gothique flamboyant sur le bas-côté sud de la cathédrale, dite d’ailleurs « chapelle de Vendôme ».
Ainsi que le dit la chronique, la décision de faire de la cathédrale de Chartres le lieu de son Sacre tient à « la particulière dévotion que ses ancêtres, ducs de Vendômois, comme diocésains et principaux paroissiens, y avaient toujours portée ».
Ajoutons à cela que l’évêque de Chartres Nicolas de Thou est un vrai fidèle : opposé à la Ligue, il avait participé en 1591 à l’assemblée du clergé qui avait déclaré la bulle du pape Grégoire XIV excommuniant Henri de Navarre « nulle, injuste et suggérée par la méchanceté des ennemis de la France ». Il était présent à Saint-Denys pour l’abjuration solennelle du Roi.

sacre d'Henri IV à Chartres 27 février 1594

Sacre de SM le Roi Henri IV à Chartres le 27 février 1594

La sainte ampoule de Reims se trouvant aux mains des ligueurs, pour suppléer à son chrême miraculeux on fit venir une autre sainte ampoule conservée dans l’abbaye de Marmoutier, près de Tours, en laquelle était contenu un baume lui aussi miraculeux apporté du ciel par des anges pour guérir les blessures de Saint Martin.
Nicolas de Thou se hasarda même à affirmer que cette origine miraculeuse, attestée par Saint Sulpice-Sévère, Saint Venance Fortunat, Saint Paulin et le Bienheureux Alcuin, était plus certaine que celle de la sainte ampoule de Reims, dont ni Saint Remi ni Saint Grégoire de Tours n’avaient fait mention (!!!).

Pour ce Sacre du 27 février 1594, on déploya la plus grande pompe possible : la cathédrale avait été parée de façon somptueuse et tous les princes et grands seigneurs qui y assistèrent rivalisèrent de luxe.
Selon le témoignage d’un chroniqueur contemporain, les évêques de Nantes, de Digne, de Maillezais, d’Orléans et d’Angers, y figuraient comme pairs ecclésiastiques, subrogés aux évêques de Laon, de Langres, de Chalons et de Noyon, « les uns desquels étaient absents, ou mal disposés, ou morts ». Quant aux anciens pairs laïques, les ducs de Bourgogne, de Normandie et d’Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, ils furent représentés par trois princes du sang (Conti, Soissons, Montpensier), et par trois ducs (Luxembourg-Piney, Retz et Ventadour). Le maréchal de Matignon remplit les fonctions de connétable. Le chancelier (de Chiverny), le grand maître (comte de Saint-Pol), le grand chambellan (duc de Longueville), et le grand écuyer (duc de Bellegarde), étaient présents.

Le lendemain, Nicolas de Thou remit au Roi, dans la forme accoutumée, le collier de l’ordre du Saint-Esprit.

Henri IV touchant les écrouelles

Henri IV touchant les écrouelles : « Le Roi te touche, Dieu te guérit ».

C’est donc avec une ferveur particulière en ce 27 février que nous avons repris les paroles du si populaire chant « Vive Henri IV » : « Au diable guerres, rancunes et partis ! Comme nos pères, chantons en vrais amis, au choc des verres les roses et les lys ! » Puis tournant notre pensée et notre cœur vers l’aîné de ses descendants, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon : « Chantons l’antienne qu’on chantera dans mille ans : que Dieu maintienne en paix ses descendants ! »

Vivent les Bourbons !
Vive la descendance d’Henri IV !
Vive le Roi Louis XX !

(faire sur l’image ci-dessous un clic droit, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

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Publié dans:Non classé |on 28 février, 2019 |3 Commentaires »
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