Archive pour la catégorie 'Memento'

2017-6. Il y a deux-cents ans, l’exhumation des restes profanés de nos anciens rois et leur retour dans les cryptes de la nécropole royale de Saint-Denys.

1817 – 19 janvier – 2017

frise lys deuil

Au mois de janvier 2015, pour marquer le deuxième centenaire de l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette et leur transfert solennel à la nécropole royale de Saint-Denys, j’ai publié dans les pages de ce blogue un certain nombre de documents et de témoignages contemporains remarquables (voir > ici, > ici, > ici, > ici et > ici).

En ce mois de janvier 2017, nous commémorons le deuxième centenaire de l’exhumation des restes des 42 rois, 32 reines, 63 princes et princesses, et des 10 grands serviteurs du Royaume qui avaient été profanés puis jetés pêle-mêle dans deux grandes fosses sur le côté nord de l’église abbatiale.
Sa Majesté le Roi Louis XVIII, en effet, dans sa piété filiale envers ses prédécesseurs et ancêtres, par une ordonnance du 24 avril 1816, avait stipulé que l’on procédât à la recherche de ces fosses (que les révolutionnaires, une fois leurs forfaits accomplis, s’étaient employés à dissimuler) pour en extraire les restes vénérables que l’on y trouverait, à fin de leur rendre une sépulture aussi digne que possible dans la nécropole royale rétablie.

Voici le compte-rendu de ces recherches, de cette exhumation et de ce transfert, tel qu’il a été publié à l’époque dans la revue « L’Ami de la Religion et du Roi » :

Exhumation des restes de nos anciens rois 1

Plan des fosses établi lors de l'exhumation en 1817

Exhumation des restes de nos anciens rois 2

Voici également une gravure contemporaine de cet événement :

exhumation restes royaux janvier 1817

De nos jours, les visiteurs et pélerins de la basilique-nécropole royale de Saint-Denys, peuvent se recueillir « devant » les restes de tous nos anciens souverains et princes, en se glissant dans un réduit, au nord du déambulatoire de la crypte : ce lieu était avant la révolution l’endroit où se trouvait le tombeau de Turenne ; les cinq cercueils contenant les restes désormais impossibles à identifier du contenu des deux fosses où les avaient jetés les profanateurs de 1793, y ont été placés et on a élevé par devant une austère cloison : c’est ce qui explique que ce qui était jadis une chapelle mortuaire n’est plus désormais qu’un lieu aux dimensions très réduites puisque la partie la plus grande se retrouve derrière la dite cloison.
De grandes plaques de marbre noir y ont été placées, portant les listes des noms de tous ceux dont les restes humiliés attendent ici la résurrection et la glorification des justes à la fin des temps…

frise lys deuil

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 19 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2016-91. De la statue de Henri IV le Grand érigée à Rome au Latran.

Nota :
l’article que je publie ci-dessous aujourd’hui est le millième de ce blogue,
et je suis particulièrement heureux qu’il soit à la gloire de notre Royauté française
et des triomphes de notre foi catholique…

pattes de chatLully.

* * * * * * *

13 décembre,
fête de Sainte Lucie,
6e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception,
anniversaire de la naissance de Henri IV.

lys.gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour, nous n’omettons jamais, chaque 13 décembre, de commémorer dans la joie et l’action de grâces, l’anniversaire de la naissance de Henri IV le Grand (13 décembre 1553), notre premier Roi Bourbon, et nous nous rendons par la pensée et la prière jusqu’en l’archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran, à Rome, pour prier, avec l’insigne chapitre de la cathédrale de la Ville Eternelle, « pro felici ac prospero statu Galliae : pour le bonheur et la prospérité de la France ».
Je vous ai déjà entretenu de l’origine de cette vénérable tradition, toujours maintenue (voir > ici), et je ne m’étendrai pas à son sujet ; mais je voudrais aujourd’hui, à l’occasion de ce 13 décembre, vous faire découvrir – ou redécouvrir – la belle statue de bronze érigée en l’honneur de Henri IV dans le narthex nord de la basilique du Latran.

1 - narthex nord basilique Latran

Rome : entrée nord de l’archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran.
C’est dans ce narthex, sous la loggia des bénédictions, que se trouve la statue de bronze
célébrant les mérites et la catholicité de Henri IV le Grand.

On a trop souvent calomnié la conversion de Henri IV. Le trop fameux « Paris vaut bien une messe » des livres d’histoire de la troisième république n’est en réalité qu’une citation apocryphe qui, si elle a fait florès, trahit néanmoins radicalement l’honnêteté et la profondeur de la conversion du Roi.

L’abjuration solennelle de Henri IV, à Saint-Denys le 25 juillet 1593, devant l’archevêque de Bourges, n’était pas sans consistance : son acceptation par le clergé du Royaume fut relativement rapide. C’est ce qui permit son sacre, célébré à Chartres le 25 février 1594.
Henri IV y reçut alors les sacrements, les évêques de France considérant qu’il n’était plus excommunié, même si la levée solennelle de l’excommunication par le Pape Clément VIII n’intervint qu’à l’automne 1595.
Je précise au passage que l’une des dernières missions que le Ciel confia à Saint Philippe Néri (qui rendit sa belle âme à Dieu le 26 mai 1595) fut justement d’aller trouver le Souverain Pontife et de lui assurer, de la part de Notre-Seigneur, que la conversion du Roi de France était authentique et sérieuse.

2 - statue de Henri IV au Latran

Statue de Sa Majesté le Roi Henri IV dans le narthex nord de la basilique du Latran.

Après la restitution au chapitre du Latran de ses bénéfices sur l’abbaye de Clairac et l’institution de la Messe annuelle « pro felici ac prospero statu Galliae » au jour anniversaire de la naissance du Roi, chaque 13 décembre, fut également décidée l’érection d’un monument commémoratif à la gloire de Henri IV dans le narthex de l’entrée nord de la basilique.

Oeuvre de l’artiste lorrain Nicolas Cordier (1567-1612), qui était installé à Rome depuis 1592, cette statue de bronze représente le premier Roi Bourbon en imperator triomphant.
Commandée en 1606, elle fut achevée et érigée en 1608 à l’emplacement où elle se trouve toujours : dans une espèce de petite abside rectangulaire, voûtée, ornée de stucs et de trompe-l’oeil, habituellement fermée par une grille.

La couleur très sombre du bronze et le contre-jour, conséquence de l’éclairage donné par un oculus pratiqué au sommet de la voûte, font qu’il est souvent très malaisé d’en prendre des clichés satisfaisants. Celui que je publie ci-dessus a été pris par Frère Maximilien-Marie en avril 2010 ; mais pour en apprécier les détails il vaut finalement mieux les examiner sur cette gravure qui date du début de la régence de la Reine Marie et qui se trouve dans les collections du château de Pau.

3 - statue de Henri IV gravure

J’ai néanmoins essayé, avec un résultat médiocre, de vous présenter un gros plan du visage du Bon Roi Henri tel qu’il est figuré sur cette statue :

4 - statue de Henri IV visage

La statue est posée sur un haut piedestal cylindrique sur le devant duquel, dans un encadrement ouvragé où l’on admire les fleurs de lys de France, est enchassée une plaque de marbre noir portant la dédicace.

5 - inscription du socle - statue Henri IV - Latran

En voici le détail :

6 - inscription du socle gros plan - statue Henri IV - Latran

Cette inscription rappelle que le chapitre et les chanoines de la sacrosainte église du Latran ont pris soin de faire ériger cette statue de bronze en reconnaissance, sous le pontificat de Paul V et l’ambassade de Charles de Neufville d’Alincourt.
Mais ce qui la rend spécialement remarquable ce sont les éloges qu’elle dédie au Roi Très Chrétien de France et de Navarre (Francorum et Navarrorum Regi Christianissimo) Henri IV, comparé à Clovis pour sa piété (pietate alteri Clodoveo), à Charlemagne pour l’abondance de ses combats (varietate praeliorum Carolo Magno), et à Saint Louis pour son zèle en faveur de l’extension de la religion (amplificandae studio religionis Sancto Ludovico).

En ce 13 décembre donc, c’est plein de reconnaissance envers le premier Roi Bourbon que nous chantons : « Vive Henri IV, vive ce Roi vaillant ! … Que Dieu maintienne en paix ses descendants ! »
Et, dans les prières que nous faisons monter vers le Ciel pour le salut, la paix et le bonheur de la France, nous demandons avec ferveur le rétablissement du trône de Henri IV et le glorieux avènement effectif de son descendant, héritier et successeur, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX.

7 - lys du socle de la statue de Henri IV

Hymne de foi et d’espérance pour la restauration du Roi légitime > ici

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 13 décembre, 2016 |2 Commentaires »

2016-85. Le divin Enfant réveillé par le cri de la France.

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jan van Ruysbroeck ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (2 décembre 1870).

Bannière des Zouaves Pontificaux à Loigny

La bannière de Loigny

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, à l’occasion de la fête du Bienheureux Charles de Jésus (cf. > ici), je vous citais ces lettres de Son Excellence Monseigneur Bonnet qui confiait « l’Eglise affligée » (Ecclesia Dei afflicta) et « la France meurtrie » à l’intercession de son prêtre que des traîtres avaient assassiné quelques mois plus tôt.
C’est dans la continuité de ces préoccupations spirituelles pressantes – car l’Eglise est toujours, et peut-être bien plus qu’en 1917, affligée ; et la France est encore bien davantage meurtrie de nos jours, même si c’est d’une autre manière – , que je veux vous écrire en ce 2 décembre.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler (par exemple > ici ou > ici) de la collection de canivets de Frère Maximilien-Marie.
Aujourd’hui, en voici un qui, tout en s’accordant merveilleusement à ce temps de l’Avent, qui nous fait tendre vers la Nativité du Verbe de Dieu incarné avec une ardeur renouvelée, s’inscrit admirablement et dans l’anniversaire de la célèbre bataille de Loigny, et dans notre sollicitude spirituelle pour cette France tant aimée où « il y a grande pitié ».

Cette image en taille-douce publiée chez Ch. Letaille (éditeur pontifical -rue Garancière, 5 – Paris) avec la référence PL. 26, s’intitule « Le divin Enfant réveillé par le cri de la France ».

En voici tout d’abord une vue générale :

Le divin Enfant réveillé par le cri de la France

L’en-tête porte cette inscription : « Je crois en Jésus-Christ né de la Vierge Marie » qui surmonte, dans une espèce de mandorle, une représentation de l’Enfant Jésus, couché sur la paille.

cri de la France détail 2

Les yeux du Saint Enfant Jésus sont légèrement inclinés vers le bas où, appuyés contre le bois de sa crèche, nous découvrons une branche de lys, un bourdon de pèlerin avec la gourde qui y est attachée, et une bannière dont la hampe se termine par une croix ouvragée ; sur le tissu blanc de cette bannière est écrit le nom « France ».

Les lys et le bourdon qui encadrent cette bannière blanche symbolisant la France, semblent évoquer le grand élan des pèlerinages nationaux issu de l’effondrement, de la défaite et des humiliations de 1870-1871, alors qu’on espérait une restauration royale, et que la France, pénitente et vouée (c’est-à-dire engagée par un voeu : « Gallia poenitens et devota », comme l’affirme l’inscription sous la grande mosaïque du sanctuaire à Montmartre), se tournait suppliante vers le divin Coeur de Jésus.

cri de la France détail 3

A l’arrière-plan, dans un double rayon qui descend de la représentation des deux Coeurs unis de Jésus et Marie qui sont figurés au sommet de la mandorle, on aperçoit la façade de la basilique de Saint-Pierre au Vatican, avec l’obélisque dressé au centre de la colonnade du Bernin.

La France pénitente et vouée au premier plan, le symbole de l’Eglise romaine à l’arrière-plan, ceci renvoie immanquablement au texte du Voeu National :
« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l’Eglise et du Saint Siège, et contre la personne sacrée du vicaire de Jésus Christ. Nous nous humilions devant Dieu, et réunissant dans notre amour l’Eglise et notre patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés.
Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus Christ le pardon de nos fautes, ainsi que les secours extraordinaires qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France nous promettons de contribuer à l’érection, à Paris, d’un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus ».

N’oublions pas que la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870, au cours de laquelle les Zouaves Pontificaux, rentrés de Rome et incorporés à l’armée française sous le commandement du général Gaston de Sonis, soutinrent héroïquement l’assaut des envahisseurs, eut alors un retentissement considérable.
Sur ce champ de bataille, avait été déployée la bannière du Sacré-Coeur (cf. photo en haut de page) brodée par les Visitandines de Paray-le-Monial et déposée sur le tombeau de Saint Martin à Tours avant d’être confiée au colonel-comte Athanase de Charette, et ce haut fait ne manqua pas d’inspirer les initiateurs du Voeu National, Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.

cri de la France détail 4

Le cartouche gravé au-dessous de cette représentation symbolique fait une allusion explicite au fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! », dont le refrain originel suppliait : « Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur, sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur ! »

cri de la France détail 1

Le verso de cette émouvante image porte ce texte :

Venez, divin Messie, venez renaître au milieu de nous !
La France repentante vous appelle, la France vous tend les bras ;
recevez-la dans les vôtres…

Que les rayons de lumière et d’amour qui s’échappent du soleil ardent de votre divin Coeur, rendent la vue aux aveugles, réchauffent les âmes glacées dans le sommeil de l’oubli et de l’indifférence, ressuscitent nos morts à la grâce ;
et que tous, unis en UN, nous n’ayons plus qu’un seul désir, qu’un seul vouloir :

Le triomphe de l’Eglise,
le règne de Dieu sur la terre,
en attendant la réunion des élus dans la paix et la joie des cieux.

+

O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France !

Nous vous le demandons par le Coeur très saint et immaculé de votre Bienheureuse Mère, à qui votre amour filial n’a jamais rien refusé !

+

Comme je vous l’écrivais en commençant, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, tout ceci demeure bien actuel et nous ne pouvons que le faire nôtre, et crier nous aussi ardemment vers le Ciel :

« O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France ! »

Ainsi soit-il !

Lully.

Voir aussi :
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– La prophétie de Madame Royer sur la France > ici
« Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas » > ici
« Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur » > ici

Coeur de Jésus, sauvez la France !

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 2 décembre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-74. Le massacre de la Glacière, en Avignon.

17 octobre,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

A la journée de recueillement qu’est tout 16 octobre, dans la pieuse mémoire de notre Souveraine martyrisée (cf. > ici, ou ici, ou encore ici et ici), succède aussitôt une autre journée de commémoraison de victimes de la satanique révolution : c’est en effet dans la terrible journée du 17 octobre 1791 que fut perpétré le massacre de la Glacière, en Avignon. En ce 17 octobre 2016, nous sommes donc à l’exact 225e anniversaire de l’horrible événement, qui a reçu son nom de l’une des tours du Palais des Papes : la tour de la Glacière (originellement tour des latrines), accolée à la tour de Trouillas, qui avait été aménagée en glacière au temps des vice-légats.

Tour de la Glacière sur le plan du palais des papes

Emplacement de la tour de la Glacière dans l’ensemble du Palais des Papes.

A – Le contexte :

Depuis la fin du XIIIe siècle, le Comtat Venaissin était propriété de la papauté.
Le pape Clément V, contraint par la situation de la ville de Rome, à trouver refuge en d’autres lieux, s’y installe en 1309. Ce n’est toutefois qu’en 1348 que le pape Clément VI acheta la ville d’Avignon à la reine Jeanne de Naples ; dès lors, tout en restant juridiquement deux réalités distinctes, les sorts de la ville d’Avignon et du Comtat furent liés.
Après le retour de la papauté à Rome, Avignon et le Comtat, demeurant Etats de l’Eglise, furent administrés par un gouverneur, la plupart du temps un grand personnage ecclésiastique qui avait le rang de vice-légat.

Au cours des siècles, les rois de France – dans les moments de crise aigües avec le Saint-Siège – annexèrent temporairement ou occupèrent le Comtat Venaissin ; ils avaient aussi imposé des droits de douane, parfois fort élevés entre les deux Etats.
Au début de la révolution, toute une partie de la population du Comtat, souvent une bourgeoisie marchande acquise aux idées nouvelles, dont le négoce se trouvait entravé par les droits de douane, était favorable au rattachement à la France. D’autres étaient hostiles à l’administration pontificale.
Le mouvement des idées qui agitait le Royaume de France ne s’arrêtait pas aux frontières du Comtat et d’Avignon : on vit bientôt se former deux partis : a) les « papistes », plutôt conservateurs, notables attachés à la religion et à l’administration pontificale ;  et b) les pro-révolutionnaires, acquis aux idées nouvelles, dans les rangs desquels pouvaient se côtoyer des paysans excédés par les droits de douane et les bourgeois libéraux cherchant à remplacer l’ancien système par des dispositions plus favorables au commerce et à la libre circulation des biens.

Il faudrait encore ajouter à cela 1) la vieille rivalité entre Carpentras – véritable capitale historique du Comtat – et Avignon, 2) puis les conséquences de la « grande peur » de l’été 1789 qui, ne s’arrêtant pas aux frontières, avait vu la création de milices bourgeoises, ainsi que 3) le contexte extrêmement tendu dans lequel se déroulèrent les élections municipales jusqu’à déclencher des rixes et des heurts… etc.
Bref ! L’année 1790 s’acheva dans la confusion civile et religieuse : les catholiques fervents étaient de plus en plus opposés au rattachement à la France, suspectée de devenir un royaume schismatique en raison de la constitution civile du clergé, dont la condamnation par le pape était annoncée, et ils furent profondément scandalisés par la décision du conseil municipal d’Avignon de confisquer l’argenterie des églises afin de la convertir en numéraire et subvenir aux besoins de la ville.

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

B – Matthieu Jouve, dit « Jourdan coupe-tête ».

Né le 5 octobre 1746 dans la paroisse de Saint-Jeures, en Velay, à une lieue et demi d’Yssingeaux, Matthieu Jouve mérite en toute justice d’être qualifié de monstre révolutionnaire.
On rapporte qu’il fut successivement apprenti maréchal-ferrant, garçon boucher, soldat, contrebandier (et pour ce fait condamné à mort par contumace à Valence).
Matthieu Jouve se cacha à Paris, sous le pseudonyme de Petit. Attaché un temps aux écuries du maréchal de Vaux, il semblerait qu’il fut même un temps au service du gouverneur de la Bastille. Au début de la révolution il aurait été cabaretier, profession en accord avec ses habitudes d’ivrognerie.

Plusieurs témoignages assurent que ce fut lui qui, lors du pitoyable 14 juillet 1789, égorgea l’infortuné marquis de Launay, son ancien maître. C’est de là que lui viendrait son surnom de « Jourdan coupe-tête ».
Un certain nombre de biographes le présente aussi comme l’un des meurtriers des gardes-du-corps massacrés à Versailles lors des journées d’octobre (toutefois d’autres prétendent que, dès cette époque, il exerçait comme voiturier en Avignon et dans les environs). 
Les troubles qui éclatèrent en cette ville, au mois d’avril 1791, à l’occasion du projet de réunion du Comtat Venaissin à la France, ayant donné lieu à la formation d’un corps de volontaires sous le nom d’armée de Vaucluse, Jourdan, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui ne signait qu’au moyen d’une griffe, devint général en chef de cette troupe, après la mort du chevalier Patrix, assassiné par ses soldats. Sous ce nouveau chef, l’armée de Vaucluse mit tout à feu et à sang dans le Comtat, dévastant les moissons, incendiant les églises, les châteaux et n’épargnant pas les chaumières.
Comme, pour le massacre dont nous allons ensuite parler, il bénéficia d’un décret d’amnistie, il se serait ensuite établi dans le commerce de la garance.
De retour à Paris au début de l’année 1794, il reçut un accueil enthousiaste au club des Jacobins ; mais comme, peu après, il eut l’audace de faire arrêter le représentant Pélissié, envoyé dans le Midi par la Convention, il fut dénoncé et appelé à comparaître devant le tribunal révolutionnaire : il s’y présenta le 27 mai arborant sur la poitrine un grand portrait de Marat… qui ne le protégea pas, puisqu’il fut condamné et guillotiné le jour même.
Voilà donc le portrait du fameux « Jourdan coupe-tête », principal instigateur du massacre que nous commémorons.

Le massacre de la Glacière - gravure de 1844

C – Le massacre de la Glacière.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, les remous révolutionnaires avaient eu leurs conséquences jusqu’en Avignon et dans le Comtat : entre les « papistes » (blancs) et les pro-Français (rouges) le climat était de plus en plus tendu, et le fut de plus en plus pendant toute l’année 1791 : la confiscation des biens de l’Eglise, la destitution de l’archevêque – réfractaire au serment constitutionnel – , l’expulsion manu militari des chanoines de la Métropole Notre-Dame des Doms, exacerbèrent l’opposition des catholiques fidèles.
Les pro-Français, travaillés en sous-main par les francs-maçons et par divers agents de la révolution installés dans le Comtat, dont « Jourdan coupe-tête », après avoir expulsé le vice-légat du pape et fait adopter la constitution française, décidèrent, lors d’une assemblée tenue dans l’église Saint-Laurent de Bédarrides le 18 août 1791, du rattachement à la France, au mépris des droits souverains du Saint-Siège.
Mise devant le fait accompli, l’assemblée Constituante proclama, le 14 septembre 1791, que les États d’Avignon et du Comtat faisaient désormais « partie intégrante de l’Empire français ».

Dans le même temps, un coup d’état militaire avait renversé la municipalité avignonnaise, jugée trop favorable aux « papistes », et les administrateurs confièrent le commandement du fort à « Jourdan coupe-tête ». La nouvelle municipalité décida la confiscation des cloches (il ne devait plus en rester qu’une seule par église) sous prétexte de récupérer leur métal pour fabriquer de la monnaie.
Les partisans de l’Etat pontifical et les catholiques fervents, de plus en plus scandalisés par l’anticatholicisme du mouvement révolutionnaire, firent placarder dans toute la ville d’Avignon, au matin du 16 octobre 1791, une affiche dénonçant le dépouillement des églises, la confiscation des cloches, et l’impiété de la « nouvelle patrie »…
En outre, le bruit courait qu’une statue de la Madone, dans l’église du couvent des Cordeliers, avait versé des larmes de sang. La foule s’y rendit, et cette chapelle devint le point de cristallisations des débats de plus en plus houleux entre « blancs » et « rouges ».
Le patriote Lescuyer, secrétaire-greffier de la municipalité, fut dépêché sur place : il voulut monter en chaire pour prendre la parole mais, pris à partie, il fut molesté et, dans la bagarre qui s’en suivit, alla cogner de la tête contre le piédestal d’une statue. Se relevant et tentant de fuir, il fut alors frappé d’un coup de bâton qui le laissa étendu au pied de l’autel.
« Jourdan coupe-tête », commandant du fort, et Duprat, commandant de la garde nationale, rassemblèrent leurs hommes, se rendirent à la chapelle des Cordeliers, y trouvèrent Lescuyer, baignant dans son sang mais vivant : avec des menaces de représailles,  ils le promenèrent à travers la ville ce qui l’acheva…
Leur volonté était d’arrêter tous ceux qui pouvaient avoir eu quelque part à l’agression, ou pouvaient être suspectés d’y avoir pris part.
On commença par prétendre instruire un procès, mais très rapidement tous se rangèrent à l’idée de mener une action « exemplaire » au cours de laquelle seraient directement exterminés tous les possibles suspects.

Au cours de la nuit du 16 au 17 octobre, une soixantaine de « suspects » fut arrêtée et emprisonnée dans les cachots qui avaient été aménagés dans l’ancien palais papal (certains auteurs avancent jusqu’au nombre de 73 personnes).
Le fils de Lescuyer, âgé de 16 ans, se présenta à la tête d’un groupe de jeunes gens et réclama le droit de venger lui-même la mort de son père : Jourdan et Duprat y consentirent et se retirèrent pour aller dîner dans une auberge des environs.

Les emprisonnés furent sortis de leurs cellules et exécutés les uns après les autres.
Ce fut un véritable massacre tant les exécuteurs, qui n’étaient pas de vrais bourreaux, n’avaient aucune habileté particulière à abréger les souffrances de leurs victimes.
Cette absence d’ordre augmenta d’ailleurs le nombre des victimes, puisque furent aussi massacrés d’autres prisonniers arrêtés pour d’autres faits bien avant la mort de Lescuyer.
Comme les cadavres s’amoncellaient, il fallut dégager le terrain : on pratiqua donc une ouverture dans la tour de la Glacière afin d’y jeter les corps.
Lorsqu’il ne resta que les prisonniers les plus populaires – les plus difficiles à tuer – , un détachement se rendit à l’auberge où soupaient Jourdan, Duprat et leurs amis, afin d’avoir leur avis. Jourdan approuva la poursuite du massacre.
Vers la fin de la nuit, alors qu’une odeur épouvantable commençait à se dégager de la Glacière, Jourdan donna l’ordre de recouvrir les cadavres avec de la chaux vive.

Deux jours plus tard, l’Assemblée générale des citoyens actifs décida que l’église des Cordeliers serait désormais fermée au culte et son clocher démoli : de fait, le clocher fut amputé de sa flèche et de son tambour mais, à ce moment, la démolition s’arrêta là.
Un mois plus tard, la municipalité ordonna l’ouverture d’une brèche au bas de la tour de la Glacière afin de retirer les restes de la soixantaine de cadavres qui s’y trouvaient. Leur extraction eut lieu du 14 au 16 novembre : le lendemain vingt caisses de restes humains furent convoyées vers le cimetière Saint-Roch.

L’affaire eut un certain retentissement. A Paris, l’ignoble Marat, dans « L’Ami du Peuple », jugea que « la mort de ces scélérats n’[était] que le juste châtiment de leurs infâmes machinations » et salua les « actes de justice que les patriotes d’Avignon [avaient] été forcés d’exercer pour leur salut »

Malgré les historiens officiels qui s’acharnent à vouloir faire croire que ces horreurs ne sont qu’un phénomène marginal lié aux péripéties du rattachement du Comtat et d’Avignon à la France, nous, nous ne pouvons pas ne pas y voir la manifestation de la réalité – terroriste par essence – de la satanique révolution, comme cela avait déjà été le cas les 13 et 14 juin 1790 à Nîmes (cf. > ici).

Lully.

Avignon, vestiges de l'église des Cordeliers - état actuel

Avignon, vestiges de l’église des Cordeliers :
en partie détruit au moment du massacre de la Glacière, l’édifice fut vendu après la révolution
et le couvent aussi bien que la chapelle furent livrés aux démolisseurs ;
il n’en subsiste aujourd’hui que la chapelle de l’abside et une partie du clocher.

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 17 octobre, 2016 |2 Commentaires »

2016-66. A propos de la révocation de l’Edit de Nantes…

Jeudi 1er septembre 2016,
Fête de Saint Gilles, abbé et confesseur,
Anniversaire du rappel à Dieu de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV.

Coysevox  Louis XIV en empereur romain - Carnavalet

Sa Majesté le Roi Louis XIV figuré en empereur romain :
oeuvre d’Antoine Coysevox et destinée à l’Hôtel de Ville de Paris,
où elle fut inaugurée le 14 juillet 1689 ;
cette statue se trouve aujourd’hui dans la cour d’honneur de l’Hôtel Carnavalet, à Paris.

fleur de lys gif2

Ce n’est pas pour rien que je me prénomme Lully : je suis un chat louisquatorzien !
A chaque 1er septembre, Frère Maximilien-Marie et moi évoquons avec émotion l’anniversaire du rappel à Dieu de celui qui demeure à jamais « le Grand Roi »
Nous étions heureux, l’année dernière à cette date, de pouvoir faire célébrer dans l’oratoire du Mesnil-Marie une sainte messe de requiem en sa pieuse mémoire à l’occasion du troisième centenaire de son trépas (cf. > ici).
Comme on continue de salir sa figure en colportant une légende noire, et tout spécialement à propos de la révocation de l’édit de Nantes (oui, même dans des pages qui se prétendent royalistes et légitimistes j’ai lu le texte odieux d’un auteur contemporain qui ternissait la mémoire du Grand Roi à ce propos !), nous continuerons à défendre l’honneur et l’action de ce Roi vraiment Très Chrétien, ainsi que je l’ai déjà fait par exemple > ici !
J’ai été particulièrement heureux que Mademoiselle Marie-Françoise Ousset, qui nous honore de son amitié, dans une nouvelle lettre à Louis XIV publiée sur le site d’ICHTUS ( nota : « nouvelle lettre » parce qu’il y avait déjà eu une première lettre ouverte à Louis XIV) rétablisse la vérité historique si malmenée (puisque, selon les dogmes de la pensée unique contemporaine il n’y a que de méchants catholiques pervers qui persécutent de gentils protestants aux moeurs pures) : qu’elle en soit très chat-leureusement remerciée !

Lully.

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Cher Louis XIV,

Comme vous le savez, sans doute, beaucoup vous reprochent encore de nos jours la « Révocation de l’Edit de Nantes ». Ce sont, en général des gens cultivés, scrupuleux ; les autres, lorsqu’ils entendent « lady de Nantes », pensent qu’il s’agit d’une jeune femme anglaise !

Je dois vous avouer, pour ma part, que j’ai toujours beaucoup aimé les protestants. Je les trouve mieux élevés, mieux habillés, plus sérieux que les cathos et puis le fait même de protester m’a toujours plus. Pour moi, ils avaient raison de protester contre ces méchants catholiques qui les empêchaient de pratiquer leur religion, avaient organisé le massacre de Wassy * en 1562, de la « St-Barthélémy » en 1572 et avaient donc fait 30.000 morts dans toute la France.

C’était aller un peu trop vite en la matière. D’abord, le mot « protestant » vient de pro-testarer = pour témoigner. De plus, bien avant la St Barthélémy ou Wassy, il y avait eu le Sac de Rome par les milices protestantes luthériennes du Connétable de Bourbon qui, comme d’autres français de haut lignage, était passé à la Réforme. En la fête de la Pentecôte, le 6 mai 1527, les romains étant à la messe, c’est l’assaut aux cris de « Vivat Lutherus Pontifex ». Le Pape doit se réfugier au Château St-Ange. Massacres, pillages, destructions dureront 8 jours, les tombeaux des Papes profanés, leurs cadavres aussi, des religieuses violées. Total : 20 à 40.000 catholiques tués. C’est ce que le Petit Robert avec une pudeur merveilleuse relate en une seule phrase : « le sac de la ville par les Impériaux permit finalement d’améliorer l’urbanisme » ! Mais, réfléchissez un peu, Petit Co…heu non ! Petit Robert ! A l’époque, les impériaux, c’est-à-dire l’armée de Charles-Quint, étaient pour la plupart espagnols et catholiques, donc, en principe, ils étaient à la messe eux aussi. Ceux qui ont attaqué ce sont bien les lansquenets luthériens. En revanche, on ne connait aucune riposte côté catholique.

Toujours bien avant Wassy, le protestant Caboche (tête dure sans doute !) avait tenté d’assassiner Henri II. Puis, le 13 mars 1560, c’était la Conjuration d’Amboise menée par Condé mais financée par l’Angleterre pour enlever le jeune François II à l’influence des Guise jugée trop catholiques. En 1560 et 61 c’est le ravage de la Provence par Antoine de Mauvans sur lequel les livres préfèrent nous laisser dans l’ignorance !

Peut-être, Sire, vous a-t-on appris, qu’en la seule année 1561 (toujours avant Wassy), à La Rochelle, le 9 juin, les protestants enferment les catholiques dans l’église St-Barthélémy et y mettent le feu ; le même jour, à Orange, le Président du Parlement, Perrinet Parpaille **, passe à la Réforme et à la tête de 1.500 huguenots, profane les églises, fait égorger les opposants et massacrer un millier de paysans avant de piller la cathédrale. A Montpellier le 13 juillet puis le 19 octobre, 800 protestants attaquent l’église St-Pierre : prêtres et fidèles sont égorgés. Le 20 au matin, les mêmes pillent les 60 autres églises et chapelles, égorgent plus de 200 catholiques, déterrent 40 cadavres et leur arrachent les entrailles. A Montauban : le 15 août, l’église St-Jacques est pillée, les catholiques rassemblés dans l’église tués. A Montpellier, le 19 octobre au soir, 800 huguenots attaquent l’église St-Pierre. Prêtres et fidèles sont égorgés : 50 morts. Le lendemain matin c’est plus de 200 catholiques qui le sont. Mais certains historiens disent que l’année fatale entre toutes pour l’art français fut 1562.

Etait-ce en réaction au « Massacre de Wassy » qui eut lieu le 1er mars ? C’est en tous cas le 8 mars que le Comte de Montgommery (celui qui tua Henri II d’un coup de lance dans l’œil) passé au protestantisme, saccage la cathédrale et le palais épiscopal d’Avranches ; en cette année que les calvinistes jouèrent à la boule avec la tête du roi Louis XI avant de brûler ses os ainsi que ceux de sa fille, Ste Jeanne de France qui avait créé l’ordre des Annonciades. Son corps était bien conservée pourtant disent les textes. Puis Tours est prise, Montbrison, et le Baron des Adrets force les catholiques à se jeter du haut d’une tour du château : 800 morts. A Orléans les églises furent mises à sac pendant 12 jours (Jeanne d’Arc devait « brûler » d’impatience de ne pouvoir reprendre l’étendard !).
Sans parler de l’abbaye de Fontevraud, de SaumurSt-Benoit sur LoireMehunAvranches, Meaux, et des abbayes des Hommes et des Femmes à Caen ! Au total : 22.000 églises et 2.000 couvents détruits. Calvin n’avait-il pas dit : « Des images en un temple sont une abomination, une souillure » ? Ce qui choquait aussi beaucoup le peuple était de voir les calvinistes jeter les hosties aux chiens, cirer leurs bottes avec l’huile sainte et souiller les bénitiers de leurs excréments.

La guerre continue sous la régence de Catherine de Médicis et le poète Ronsard lui reprochera son attitude fluctuante : « Si vous hussiez puni par le glaive tranchant le huguenot mutin, l’hérétique méchant, le peuple fut en paix : mais votre connivence a perdu le renom et l’empire de France ». Il dira aussi « Mais ces nouveaux Chrétiens qui la France ont pillée, volée, assassinée, à force dépouillée… Vivent sans châtiment, et à les ouïr dire, C’est Dieu qui les conduit… En la dextre ont le glaive, et en l’autre le feu, et comme furieux qui frappent et enragent, volent les temples saints et les villes saccagent. Et quoi ! Brûler maisons, piller et brigander, tuer, assassiner, par force commander, n’obéir plus aux rois, amasser des armées, appelez-vous cela Églises réformées ? »

Je préfère m’arrêter là, Sire, de peur de vous lasser. Ces faits sont consignés, entre autres, dans les livres éblouissants de clarté et de concision mentionnés à la fin de cette lettre ***, livres qui n’excusent pas la « St-Barthélémy » mais montrent qu’il y a eu beaucoup plus de « St Barthélémy» côté protestants.

Pour mettre fin à ces guerres, votre grand’père, Henri IV, en publiant ce fameux Edit de Nantes en 1598, confirme et multiplie les avantages déjà accordés aux protestants par les rois précédents. Par cet édit, les « Réformés » sont les maîtres à Chatellerault, La Rochelle, Royan, Saumur, Bergerac, Montauban, Nimes, Arles, Briançon et Montpellier. Ils avaient aussi 200 « places de sûreté ». Les catholiques n’y avaient aucun droit. De plus, une indemnité annuelle leur était versée par les finances royales. Alors qu’ils ne représentaient que 7 à 8 % de la population, ils possédaient en fait le quart de la France. Dans quel pays protestant, a-t-on jamais donné les mêmes avantages aux catholiques ? Aucun ! Bien au contraire, en Angleterre, tous les ans des jésuites sont pendus, souvent écartelés après (c’est quand même mieux que de l’être avant !). Que demande en contrepartie cet édit ? Que les réformés reconnaissent la religion catholique, rendent les biens pris à l’Eglise et paient la dime comme de vulgaires papistes !

Tout de même, Sire, pourquoi avoir révoqué l’Edit de Nantes ? Vous n’aviez pourtant aucune aversion contre les protestants : ils n’étaient pas interdits à Versailles. Souvenez-vous aussi que, tout jeune, en 1661, vous aviez même envoyé dans chaque province deux commissaires, l’un catholique l’autre réformé, chargés d’enquêter sur la situation réelle des protestants et, avant même les résultats de l’enquête, vous avez augmenté les libertés des protestants. Mais, en 1680, les résultats de l’enquête arrivent et montrent que les protestants perturbent encore les cérémonies catholiques, mettent le feu aux maisons des papistes, s’opposent à la collecte de la taille et à l’entretien des routes. Alors vous interdisez aux catholiques de se faire protestants ; vous faites démolir leurs temples ; des avantages fiscaux sont proposés à ceux qui se convertissent ; ceux qui tenteraient de fuir seraient condamnés aux galères. Parfaitement ! Les protestants sont partis contre votre gré, avec beaucoup d’argent (preuve qu’ils en avaient durant votre règne). Quelle perte pour la France tant d’intelligences en fuite ! (80 ou 100.000 d’après Vauban ; 200.000 d’après le protestant François Bluche). Bizarre que l’Allemagne, principale bénéficiaire de cette émigration, ne réapparaisse sur la scène internationale que 160 ans plus tard ! Ce n’est surtout pas, bien sûr, les deux millions de morts de la Révolution Française avec la fuite ou la décapitation systématique des élites pendant la Terreur qui fut une perte ! « La Révolution n’a pas besoin de savants » ! Cher Louis XIV ! Allez-voir Lavoisier : il vous expliquera ! Mais soyons honnêtes par cette Révocation, vous excluez aussi les protestantes des métiers de sages-femmes, les hommes de la Justice, puis de votre police (preuve qu’ils y étaient !). Vous allez me dire qu’en terre réformée cela fait 120 ans que les catholiques en sont exclus et qu’en France même, votre arrière grand’mère, la très protestante Jeanne d’Albret, épouse d’Antoine de Bourbon, avait non seulement interdit aux catholiques de pratiquer et d’enseigner sur ses terres, mais obligation leur était faite de loger des « ministres » calvinistes.

Ce qui m’a fort étonnée en l’apprenant c’est que les dragonnades, au départ, c’est cela, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui ! « Imaginées par l’intendant de Louis XIII, René de Marillac, elles consistaient, en ces temps où les soldats n’ont pas toujours de casernes, à imposer le logement et la rémunération d’un soldat aux sujets mauvais payeurs de taxes. Dorénavant, les réformés perdent le privilège qui les en dispensait et étaient ramenés au régime général ». Et oui ! Les protestants avaient beaucoup de privilèges ! Il est bien évident qu’il y eut des exactions côté catho. Mais il est bien évident surtout que les protestants formaient un état dans l’état. Ils étaient plus anglais que français, plus proches de votre grand ennemi Guillaume d’Orange que des légitimes rois de France. On pourrait facilement les accuser de « connivence avec l’ennemi ». Plusieurs fois la flotte anglaise avait essayé de prendre La Rochelle avec leur approbation. Les chefs protestants étaient tellement sûrs de leur victoire finale que Louis de Condé avait fait graver, le 10 novembre 1567, une médaille à son effigie sous le vocable de « Louis XIII » et Guillaume III d’Orange une en argent sur laquelle était gravé : « Guillaume III, par la grâce de Dieu, roi de Grande-Bretagne, de France et d’Irlande, 1695 ». Ils se voyaient déjà rois de France ! Alors votre père, le vrai Louis XIII, a été très sévère : après avoir entouré la ville de bastions et de murailles, il l’affamée pour qu’elle se rende.

* * *

Mais, cher Louis XIV, ce n’est pas vous qui auriez dit : « Tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger, passer au fil de l’épée, secrètement ou en public en songeant qu’il n’est rien de plus vénimeux, de plus nuisible de plus diabolique qu’un rebelle. Il faut l’abattre comme un chien enragé ». C’est Luther, texte publié le 15 mai 1525. Ce Luther qui se repentira à la fin de sa vie : « Notre doctrine n’a servi qu’à aggraver les désordres du monde… » a-t-il écrit,  « C’est le diable qui pousse les magistrats des villes et les burgraves des campagnes à piller et à voler les biens ecclésiastiques pour en faire un usage coupable. Autrefois, les rois et les princes dotaient et enrichissaient les lieux de culte. Aujourd’hui, ils les pillent au point de n’en laisser que les murs ».

Mais est-ce bien nécessaire de rappeler le passé alors que tous les chrétiens se sont réconciliés ? Parce que l’histoire est un éternel recommencement, que les erreurs du passé ressemblent souvent à celles du présent, que les connaître peut nous aider à ne pas y retomber ? Certes !

Ne vaut-il pas mieux se rappeler les beaux exemples, ceux qui peuvent rapprocher les gens ? Faire aimer les beautés de notre pays par exemple en faisant comprendre le poids d’amour et de patience qu’il a fallu pour les réaliser ? J’en suis encore plus convaincue et je sais que beaucoup s’y emploient déjà.

Alors, cher Louis XIV, sans vouloir vous déranger dans votre paradis, comme vous avez maintenant beaucoup de temps et comme nous savons depuis Pierre Desproges que « l’éternité c’est long surtout à la fin ! », si vous pouviez intervenir auprès des saints qui ont su avec bonté et intelligence, convertir beaucoup de nos frères protestants : St François de Sales, St François Régis, St Charles Borromée, par exemple. Qu’ils prient pour que nous sachions ce qu’il faut faire, pour que ces massacres ne recommencent pas car une nouvelle guerre de religion a déjà commencé.

En vous en remerciant par avance, je vous prie d’agréer, cher Louis XIV, l’expression de ma toujours « irrévocable » admiration.

Marie-Françoise OUSSET.

Coysevox bas-relief de la statue de Louis XIV - la religion terrassant l'hérésie

La religion terrassant l’hérésie,
bas-relief d’Antoine Coysevox ornant la statue de Louis XIV en empereur romain,
dans la cour de l’Hôtel Carnavalet, à Paris.

Notes :
* : parti avec sa femme et son fils, le duc de Guise va à la messe sur ses terres à Wassy accompagné de son escorte. Dans la grange face à l’église, 500 réformés venus de toute la région chantent des psaumes, cérémonie autorisée hors les murs de la ville mais non à l’intérieur. Il s’approche, est accueilli à coups de pierres, est blessé au visage. C’est alors que son escorte riposte : il y eut des blessés des deux côté : une vingtaine de morts côté protestants. Vincent Beurtheret *** avec humour fait remarquer qu’« Aucun paragraphe du code calviniste n’impose que les psaumes soient chantés une pierre à la main – même les bijoux étant interdits. On en doit déduire que le duc était attendu ». Tactique bien connue : provoquer, faire croire qu’on a été agressé pour mieux agresser à son tour. On pourrait ajouter que lorsqu’on veut « en découdre », on ne part pas avec femme et enfant.

** (le nom de « parpaillots » donné aux protestants ne vient pas de lui mais du fait que les protestants revêtaient souvent des tuniques blanches qui le faisaient ressembler à des papillons : parpayots en provençal !)

*** Lire :   « Frères réformés, si vous saviez » de Vincent Beurtheret ; « Le protestantisme assassin » de Michel Defaye – Ed. Le Sel de décembre 2006 ; « Histoire du vandalisme en France » de Louis Réau.

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Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 1 septembre, 2016 |1 Commentaire »

2016-62. Au milieu de la destruction, de la terreur et du mal, il redonna l’espérance.

1941 – 14 août – 2016

75ème anniversaire du martyre de
Saint Maximilien-Marie Kolbe

palmes

A l’occasion du soixante-quinzième anniversaire du martyre de Saint Maximilien-Marie Kolbe, le 14 août 1941, nous reproduisons ci-dessous une traduction de l’entretien qu’avait accordé en 2004 le Polonais Michael Micherdzinski, qui était l’un des rescapés du camp d’extermination d’Auschwitz et qui avait été le témoin direct du sacrifice héroïque de Saint Maximilien-Marie.
Les questions avaient été posées par  le Révérend Père Witold Pobiedzinski, ofm cord., et cette « intervioue » avait été alors publiée dans plusieurs journaux polonais.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue retable de Pietro Annigoni

Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr :
retable peint par Pietro Annigoni (1910-1988)
pour l’autel dédié au saint dans la basilique de Padoue.

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- Vous étiez prisonnier au camp de concentration d’Auschwitz pendant cinq ans. Là-bas vous avez connu personnellement Saint Maximilien-Marie Kolbe. Quelle fut, pour vous et pour les autres prisonniers, l’importance de la présence de ce moine au milieu de vous ? 

Tous les prisonniers envoyés à Auschwitz étaient accueillis par les mêmes mots : « Vous n’êtes pas dans un sanatorium mais dans un camp de concentration allemand pour lequel il n’existe pas d’autre sortie que la cheminée. Les Juifs peuvent vivre pendant deux semaines, les prêtres survivent un mois et le reste vit trois mois. Ceux à qui cela ne plaît pas peuvent tout de suite aller au grillage ».
Cela voulait dire qu’ils pouvaient être tués car ils faisaient passer un courant à haute-tension sans arrêt dans les grillages qui entouraient le camp.
Ces mots, prononcés dès l’arrivée, enlevaient tout espoir aux prisonniers.
J’ai reçu une grâce incroyable à Auschwitz, car je séjournais dans un bloc avec le Père Maximilien, et je me suis tenu en rang avec lui au moment de la sélection pour la mort. Je fus témoin oculaire de son sacrifice héroïque qui m’a redonné l’espoir, ainsi qu’aux autres prisonniers.

- Quelles furent les circonstances de cet événement, digne du plus haut intérêt, puisqu’il pousse les gens à poser la question : pourquoi a-t-il fait cela, et au nom de quelles valeurs ? 

Il y a soixante-trois ans (note : ce témoignage a été retranscrit en 2004), le mardi 29 juillet 1941, à environ une heure de l’après-midi, juste après l’appel de la mi-journée, les sirènes se mirent à hurler. Plus de cent décibels traversèrent le camp. Les prisonniers accomplissaient leurs tâches à la sueur de leur front. Le hurlement des sirènes signifiaient une alerte, et l’alerte voulait dire qu’un prisonnier manquait à l’appel.
Les S.S. firent immédiatement cesser le travail et commencèrent à diriger les prisonniers du camp vers le lieu de l’appel afin de vérifier le nombre des prisonniers.
Pour nous qui travaillions sur la construction d’une usine à caoutchouc aux alentours, cela voulait dire une marche de sept kilomètres vers le camp. On nous poussa à aller plus vite.
L’appel mit en évidence une chose tragique : il manquait un prisonnier à l’appel, dans notre bloc 14a. Quand je dis « dans notre bloc », je veux dire celui du Père Maximilien, de Franciszek Gajowniczek, d’autres et aussi le mien. C’était un message terrifiant.
On laissa aller tous les autres prisonniers qui furent autorisés à se rendre dans leurs blocs.
On nous annonça la punition : rester au garde-à-vous sans couvre-chef, jour et nuit, sans manger. La nuit, il faisait très froid. Quand les SS avait une relève de la garde, nous nous regroupions telles des abeilles, ceux qui se tenaient au-dehors réchauffaient ceux qui se trouvaient au milieu et alors nous changions de position.

De nombreuses personnes âgées ne purent résister à la corvée de rester debout nuit et jour dans le froid. Nous espérions au moins qu’un petit peu de soleil nous réchaufferait. Le matin, l’officier allemand nous cria : « Parce qu’un prisonnier s’est échappé et que vous ne l’en avez pas empêché ou arrêté, dix d’entre vous vont mourir de faim afin que les autres se souviennent que même les plus petites tentatives d’évasion ne seront pas tolérées. »
La sélection débuta.

- Que se passe-t-il chez un homme quand il sait que c’est peut-être le dernier moment de sa vie ? Quels sentiments accompagnaient les prisonniers qui purent entendre la sentence qui les condamnait à la mort ? 

Je préférerais m’épargner le souvenir des détails de ce moment terrible.
Je dirai en gros à quoi ressemblait cette sélection. Le groupe entier s’avança jusqu’à la première ligne. Devant, deux pas devant nous, un capitaine allemand se tenait debout. Il nous regardait dans les yeux, comme un vautour. Il toisait chacun d’entre nous, et ensuite il levait sa main et disait : « Du ! », ce qui veut dire « Toi ». Ce “Du !” voulait dire la mort par la faim ; et il continuait ainsi.
Les S.S. sortaient alors des rangs le pauvre prisonnier (ndt : qui avait été désigné), notaient son numéro et le mettaient à part sous surveillance.
“Du !” semblait comme un marteau battant une commode vide. Tout le monde avait peur à chaque fois que le doigt bougeait.
Le rang qui avait été inspecté avançait de quelques pas, afin qu’un espace entre les rangs permît l’inspection, et avec le rang suivant se formait un couloir d’une largeur de trois ou quatre mètres. Le S.S. marchait dans ce couloir et disait encore : “Du ! Du !”
Nos cœurs faisaient un bruit sourd. Avec ce bruit dans nos têtes, le sang montait à nos tempes et c’était comme si ce sang allait jaillir de nos nez, de nos oreilles et de nos yeux. C’était dramatique.

- Comment se comporta Saint Maximilien pendant cette sélection ? 

Le Père Maximilien et moi-même étions dans la septième rangée. Il se tenait à ma gauche, deux ou trois camarades peut-être me séparaient de lui.
Quand les rangées devant nous diminuèrent, une peur de plus en plus grande nous saisit. Je dois dire : peu importe la détermination ou la frayeur d’un homme, aucune philosophie ne lui est alors utile. Heureux celui qui croit, qui est capable de se reposer sur quelqu’un, de demander à quelqu’un la miséricorde. J’ai prié la Mère de Dieu.
Je dois l’avouer avec honnêteté : je n’ai jamais prié, ni avant ni après, avec autant de ferveur qu’alors.
Bien que l’on puisse encore entendre « Du ! », la prière en moi me changea suffisamment pour que je me calme. Les gens ayant la foi n’étaient pas aussi effrayés. Ils étaient prêts à accepter en paix leur destin, presque en héros. C’était formidable.
Les S.S. passèrent à côté de moi, me balayant du regard, puis passèrent à côté du Père Maximilien.
Franciszek Gajowniczek leur plut ; il se tenait à la fin de la rangée, et il était un sergent de 41 ans de l’armée polonaise. Quand l’allemand dit « Du ! » et le montra du doigt, le pauvre homme s’exclama : « Jésus ! Marie ! Ma femme, mes enfants ! »
Bien sûr, les S.S. ne prêtaient pas attention aux paroles des prisonniers et écrivaient juste leur numéro.
Gajowniczek assura plus tard que, s’il avait péri dans le bunker de la faim, il n’aurait pas su qu’une telle plainte, une telle supplique était sortie de sa bouche.

- La sélection terminée, est-ce que les prisonniers restant ressentaient un soulagement parce que la grande peur était finie ? 

La sélection prit fin, dix prisonniers ayant été choisis. C’était leur ultime appel.
Quant à nous, nous pensions que ce cauchemar debout allait prendre fin : nous avions mal à la tête, nous voulions manger, nos jambes étaient enflées.
Soudain, il y eut une agitation dans ma rangée. Nous nous tenions espacés par un intervalle équivalent à la longueur de nos sabots, quand, tout à coup, quelqu’un se mit à avancer entre les prisonniers. C’était le Père Maximilien.
Il avançait à petits pas, puisque personne ne pouvait faire de grands pas avec des sabots étant donné qu’il fallait retrousser ses orteils pour empêcher les sabots de tomber.
Il se dirigea tout droit vers le groupe de S.S. qui se tenait près du premier rang des prisonniers.
Tout le monde tremblait, parce qu’il s’agissait là de la transgression d’une des règles les plus importantes, et cela voulait dire qu’il y aurait un rude châtiment à la clef. Sortir du rang voulait dire la mort.
Les nouveaux prisonniers qui arrivaient dans le camp, ne sachant rien de cette interdiction étaient battus jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Cela équivalait à aller au bunker de la faim.
Nous étions certains qu’ils tueraient le Père Maximilien avant qu’il n’arrive au bout. Mais quelque chose d’extraordinaire se produisit, qui ne fut jamais observé dans l’histoire des sept-cents camps de concentration du Troisième Reich : il n’est jamais arrivé qu’un prisonnier de camp puisse quitter la rangée sans être puni. C’était quelque chose de si inimaginable pour les S.S. qu’ils restèrent interloqués. Ils se regardèrent les uns les autres sans réaliser ce qui se passait.

- Que se passa-t-il ensuite ? 

Le Père Maximilien marchait dans ses sabots et son uniforme rayé de prisonnier avec son bol sur le côté. Il ne marchait pas comme un mendiant, ni comme un héros. Il marchait comme un homme conscient de sa grande mission. Il se tenait calmement face aux officiers.
Le commandant du camp retrouva finalement ses esprits. Furieux, il demande à son adjoint : « Was will dieses Polnische Schwein ? Que veut ce cochon de Polonais ?”
Ils commencèrent à chercher le traducteur, mais il se trouva que le traducteur n’était pas nécessaire. Le Père Maximilien répondit calmement : « Ich will sterben für ihn : je veux mourir à sa place », en montrant de sa main Gajowniczek qui se tenait à côté.
Les Allemands restèrent abasourdis, la bouche ouverte d’étonnement. Pour eux, représentants de l’impiété du monde, il était incompréhensible que quelqu’un souhaitât mourir pour un autre homme.
Ils regardèrent le Père Maximilien d’un regard interrogateur : Est-ce qu’il est devenu fou ? Peut-être n’avons-nous pas compris ce qu’il a dit ?
Finalement, la deuxième question arriva : « Wer bist du ? Qui es-tu ? »
Le Père Maximilien répondit : « Ich bin ein Polnischer Katolischer Priester : je suis un prêtre catholique polonais »
Ici, le prisonnier confessa qu’il était polonais, donc qu’il venait de la nation qu’ils détestaient. De plus, il manifestait qu’il était un homme du clergé. Pour les S.S. le prêtre était un reproche pour la conscience.
Il est intéressant de noter que, dans ce dialogue, le Père Maximilien n’utilisa pas une seule fois le mot « s’il vous plait ». En parlant comme il le fit, il a brisé le pouvoir de droit de vie ou de mort que les allemands avaient usurpé, et il les força à parler autrement. Il se comportait comme un diplomate expérimenté. Seulement, au lieu d’une queue de pie, d’une écharpe ou de décorations, il se présentait lui-même dans un costume rayé de prisonnier, avec un bol et des sabots.
Un silence mortel régnait et chaque seconde sembla durer des siècles.
Finalement, quelque chose arriva, que ni les Allemands ni les prisonniers n’ont compris jusqu’à ce jour. Le capitaine S.S. se tourna vers le Père Maximilien et s’adressa à lui avec le « Sie » (« vous ») de politesse et lui demanda : « Warum wollen Sie für ihn sterben ? : Pourquoi voulez-vous mourir à sa place ? »
Toutes les règles établies par les S.S. s’effondraient. Un moment auparavant, il l’avait appelé  « cochon de Polonais », et maintenant il se tournait vers lui et le vouvoyait.
Les S.S. et les officiers ordinaires qui se tenaient près de lui n’étaient pas sûrs d’avoir bien entendu. Une seule fois, dans l’histoire des camps de concentration, un officier de haut-rang, responsable du meurtre de milliers de personnes, s’est adressé de cette manière à un prisonnier.
Le Père Maximilien répondit : « Er hat eine Frau und Kinder : Il a une femme et des enfants ». Ce qui est le résumé de tout le catéchisme : il montrait à tous ce que la paternité et la famille veulent dire.
Il avait deux doctorats, soutenus à Rome « summa cum laude » (la meilleure note possible), et il était éditeur, missionnaire, enseignant académique de deux universités à Cracovie et à Nagasaki. Il pensait que sa vie valait moins que la vie d’un père de famille ! Quelle formidable leçon de catéchisme !

- Comment l’officier réagit-il aux paroles du Père Maximilien ? 

Tout le monde attendait de voir ce qui allait se passer ensuite.
Le S.S. se savait maître de la vie et de la mort. Il pouvait donner l’ordre de le battre très violemment pour avoir enfreint la règle stricte concernant le fait de sortir du rang.
Et, plus important encore : comment un prisonnier osait-il lui prêcher la morale ?
L’officier pouvait les faire condamner tous les deux à la mort par la faim.
Après quelques secondes, le S.S. dit : « Gut » (« Bon »).
Il était d’accord avec le Père Maximilien et admettait qu’il avait raison. Cela voulait dire que le bien avait gagné contre le mal, le mal absolu.
Il n’y a pas de plus grand mal que, par haine, de condamner un homme à périr de faim. Mais il n’y a pas non plus de plus grand bien que de donner sa propre vie pour un autre homme. Le bien absolu gagne.
Je voudrais insister sur les réponses du Père Maximilien : on l’a questionné à trois reprises, et par trois fois il a répondu avec concision et brièveté, usant de quatre mots. Le chiffre quatre dans la Bible signifie symboliquement l’homme tout entier.

- Quelle importance eut pour vous, et pour les autres prisonniers restant, d’avoir été témoins de tout ceci ? 

Les Allemands laissèrent Gajowniczek retourner dans le rang et le Père Maximilien prendre sa place.
Les condamnés devaient retirer leurs sabots parce qu’ils ne leur étaient plus d’aucune utilité. La porte du bunker de la faim était ouverte seulement pour en sortir les cadavres.
Le Père Maximilien entra en dernier avec son binôme, et il l’aida même à marcher. C’était comme ses propres obsèques avant sa mort.
Devant le bloc, on leur dit de retirer leurs uniformes rayés et on jeta les prisonniers dans une cellule de huit mètres carrés. La lumière du jour filtrait à travers les trois barreaux de la fenêtre sur le sol froid, dur et humide et les murs noirs.
Un autre miracle arriva là-bas.
Le Père Maximilien, bien qu’il ne respirât plus qu’avec un seul poumon, survécut aux autres prisonniers. Il demeura vivant dans la chambre de la mort pendant 386 heures. Tous les médecins reconnaîtront que c’est incroyable.
Après cette agonie horrible, le bourreau dans un uniforme médical lui fit une injection mortelle. Mais il ne succomba pas non plus… Il durent l’achever avec une seconde injection.
Il mourut la veille de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, Son Commandant-en-Chef.
Toute sa vie, il avait voulu travailler et mourir pour Marie l’Immaculée. C’était sa plus grande joie.

- En référence à la première question, pouvez-vous, s’il vous plaît, développer : qu’est-ce que cette attitude extraordinaire du Père Maximilien – être délivré de la mort par la faim – signifia pour vous ? 

Le sacrifice du Père Maximilien inspira de nombreuses activités ; il renforça le travail du groupe de résistance du camp, l’organisation clandestine des prisonniers, et cela marqua une division entre le temps « d’avant » et le temps « d’après » le sacrifice du Père Maximilien.
De nombreux prisonniers ont survécu à leur passage au camp, grâce à l’existence et aux opérations de cette organisation. Quelques-uns d’entre nous reçurent de l’aide, deux pour cent. J’ai reçu cette grâce, vu que je suis l’un de ces deux. Franciszek Gajowniczek fut non seulement secouru mais vécut encore 54 ans.
Notre saint compagnon-prisonnier secourut, par-dessus tout, l’humanité en nous. Il était un guide spirituel dans le bunker de la faim, il donna du soutien, il dirigea les prières, il pardonna les péchés et il accompagna les mourants vers l’autre monde avec le signe de la Croix. Il renforça la foi et l’espoir en nous qui avions survécu à la sélection.
Au milieu de cette destruction, de cette terreur et de ce mal, il redonna l’espérance.

Voir aussi l’article publié en 2011 pour le 70e anniversaire de ce martyre > ici.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue - détail
Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr,
détail du retable de Pietro Annigoni

dans la basilique de Padoue.
Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 13 août, 2016 |3 Commentaires »

2016-60. Du 275e anniversaire de la mort de Don Antonio Vivaldi et du 3e centenaire de sa « Juditha triumphans ».

Jeudi 28 juillet 2016,
Fête des Saints Nazaire et Celse, martyrs, Victor 1er, pape et martyr,
et Innocent 1er, pape et confesseur ;

En Bretagne, fête de Saint Samson de Dol, évêque et confesseur.

Caravage Judith tranchant la tête d'Holopherne 1598

Le Caravage : Judith tranchant la tête d’Holopherne (1598)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Sans doute, les événements de ces derniers jours peuvent-ils – naturellement et de façon très légitime – alimenter la réflexion et susciter commentaires ou messages.

Pour ce qui me concerne, je ne veux pas (du moins pour le moment) entrer dans une surenchère de gloses.
Aussi ai-je délibérément pris le parti de n’aborder l’actualité que d’une manière qui, pour être indirecte et allusive, n’en touche pas moins à la réalité profonde, et non épiphénoménique (si l’on me permet ce néologisme) des maux de ce temps.

Ce 28 juillet 2016 marque très précisément le 275e anniversaire de la mort de l’un des compositeurs que nous affectionnons le plus au Mesnil-Marie (car même si je me prénomme Lully, je n’en goûte pas moins d’autres génies musicaux) : Don Antonio Vivaldi, qui rendit son âme à son Créateur, à Vienne, le 28 juillet 1741.

Je ne vais pas faire ici un résumé de la vie de celui que sa chevelure fit surnommer « il prete rosso : le prêtre roux ».
Je ne veux pas non plus m’étendre sur les qualités ou les vices – réels ou supposés car c’est sans aucune preuve qu’on lui a prêté une vie dissolue – du compositeur : même s’il ne célébrait pas la sainte messe, nous avons par ailleurs des témoignages sur sa réelle dévotion, ainsi que sur sa stricte fidélité à la récitation du bréviaire et au port de l’habit ecclésiastique.

Je ne suis pas non plus en mesure de publier quelque « scoupe » sur les derniers mois, les derniers jours et les dernières heures du génialissime vénitien, qui restent – et peut-être resteront – toujours environnés d’un certain mystère : Don Antonio a quitté Venise, qu’il ne reverra jamais, en mai 1740, pour un voyage qu’il prévoyait long… Par quelles villes avait-il prévu de passer ? Il est difficile de le préciser.
Vienne, sans nul doute, mais quand y arriva-t-il exactement ? Nul ne peut le dire.
Ce qui est certain c’est que la mort de l’empereur Charles VI, au mois d’octobre, le prive d’un précieux mécène.
Sans protecteur ni ressources stables, pour survivre « à la petite semaine », Vivaldi compose et vend quelques compositions ainsi qu’en fait foi le dernier autographe connu de sa main : un reçu daté du 28 juin 1741 pour le paiement de concertos.
Le 27 ou le 28 juillet 1741, il décède, pauvre et seul, âgé de 63 ans et à peine 5 mois.
Ses funérailles, célébrées le 28, sont celles des indigents.

La maison dans laquelle il logea, le cimetière où il fut inhumé, tout a disparu…
Il ne nous reste que sa musique.
Sa prodigieuse et incomparable musique.

seul portrait authentique Vivaldi Rome - 1723

Le seul portrait authentique et certain d’Antonio Vivaldi qui nous soit parvenu
est une esquisse, presque une caricature, réalisée par Pier Leone Ghiezzi.
Datée de 1723, elle est conservée à la bibliothèque du Vatican.

Mais plutôt que de rester à ruminer la tristesse des circonstances dans lesquelles Don Antonio Vivaldi s’est éteint, je veux m’attacher aujourd’hui à évoquer l’un de ses plus époustoufflants chefs d’oeuvre, l’oratorio intitulé « Juditha triumphans devicta Holofernis barbarie », plus couramment appelé « Juditha triumphans ».

C’est le seul des quatre oratorios composés par Vivaldi qui nous soit parvenu, à ce jour (sous la référence RV 644) : le manuscrit, longtemps oublié, en a été retrouvé à Turin en 1926.
Le livret est l’oeuvre de Iacopo Cassetti. On le trouvera en intégralité (texte latin et traduction) > ici.
Cela vaut vraiment le coup d’en lire attentivement les textes.

L’oratorio fut composé entre la fin du mois d’août et le mois de novembre 1716 où il fut représenté à l’Ospedale della Pietà. Il connut un vif succès.

En reprenant l’histoire de Judith, racontée par le livre éponyme de l’Ancien Testament, c’est une actualisation symbolique à laquelle se livre l’oratorio car, de fait, il célèbre la victoire de la Sérénissime sur le Croissant, à Corfou, le 18 août 1716.

En effet, en juillet 1716, la flotte turque avait assiégé l’île de Corfou, cherchant à s’en emparer : malgré la résistance acharnée des Corfiotes, l’île – qui s’était placée sous la protection de Venise depuis la fin du XVe siècle et qui constituait une sorte de poste avancé de la Chrétienté face à l’empire Ottoman – était bien près de succomber.
La république de Venise contracta une alliance avec le Saint Empire Romain Germanique, et la flotte, commandée par le comte Johann Matthias von der Schulenburg, remporta, le 18 août 1716, une bataille décisive qui contraignit les Ottomans à lever le siège : cela se passait il y a trois siècles exactement…

Et l’histoire recommence toujours.
Et pas seulement autour de l’île de Corfou, mais dans toute la Chrétienté, qui apparaît bien tiède et fissurée dans ses forces spirituelles ; car ce ne sont pas les gesticulations exubérantes, et souvent bien superficielles, d’un « grand rassemblement festif » qui sont l’indice de la véritable vitalité de la Chrétienté…

« Arma, caedes, vindictae, furores… Armes, carnages, vengeance, fureurs guerrières, pauvreté, terreur, précédez-nous ! Tournoyez ! Livrez bataille ! O sorts de la guerre, attirez mille plaies, mille morts ! » C’est ce que chantent en choeur les soldats assyriens – symbolisant les troupes mahométanes – au début de l’oeuvre, accompagnés par les cuivres.

 Image de prévisualisation YouTube

Le choeur final « Salve, invicta Iuditha », désormais considéré comme l’hymne de Venise, fait chanter aux femmes de Judée les paroles suivantes : « Salut, ô Judith invaincue, belle, splendeur de la patrie et espérance de notre salut, tu es vraiment le modèle de la plus haute vertu, tu seras toujours glorieuse dans le monde ! Le barbare Thrace ainsi vaincu, que la Reine de la mer soit triomphante ! Et que l’ire divine étant ainsi apaisée, Adria vive et règne dans la paix ! »

Image de prévisualisation YouTube

Qu’en face des modernes Holopherne, ce qui est encore lucide et courageux dans la Chrétienté sache donc, comme Judith armée de foi, de jeûne et de prière, mais aussi avec une intelligence tactique inspirée, brandissant avec une juste maîtrise les véritables glaives qui s’imposent, repousser victorieusement la barbarie mahométane et les complices sournois qui la favorisent au milieu de nous…

Etendard vénitien gif

Publié dans:Memento |on 28 juillet, 2016 |1 Commentaire »

2016-50. Du 30 juin, jour de la fête de Saint Martial et anniversaire de notre installation pérenne en ce village qui porte son nom.

Jeudi soir 30 juin 2016
Fête de Saint Martial, apôtre de l’Aquitaine,
et céleste protecteur de notre paroisse.

30 juin 2016 à la tombée du jour

Le campanile du Mesnil-Marie à la tombée du jour ce 30 juin 2016

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il ne m’est pas possible de laisser passer complètement ce jour sans revenir vers vous pour partager l’action de grâces qui monte de nos coeurs, au Mesnil-Marie, en cette soirée du 30 juin.

C’est qu’en effet, il y a huit ans exactement, au soir du 30 juin 2008, Frère Maximilien-Marie arrivait ici depuis le Vexin français (cf. > ici), au volant d’un dernier camion de déménagement.
Pendant les quatre mois précédents, il avait effectué de nombreux allers et retours entre le Vexin et le Vivarais afin de préparer ici l’installation du Refuge Notre-Dame de Compassion : si vous vous reportez à mes chroniques des mois de mars, avril, mai et juin de l’année 2008, vous y retrouverez les récits de toutes ces péripéties…

Le 30 juin est donc l’anniversaire de notre implantation stable et pérenne en ces lieux, et nous faisons monter vers Dieu de très vifs et fervents remerciements pour la manière dont Sa Providence a conduit et dirigé toutes choses : « Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : ô Dieu, dont la Providence ne faillit jamais en ses dispositions » proclame l’oraison du septième dimanche après la Pentecôte, oraison très particulièrement aimée et souvent répétée par Frère Maximilien-Marie.

L’une de ces admirables dispositions de la Providence ne réside-t-elle pas dans le fait que le 30 juin est justement le jour de la fête de Saint Martial ?
Ainsi donc, les circonstances extérieures qui imposaient à Frère Maximilien-Marie de rendre à cette date du 30 juin les clefs de la propriété que nous occupions auparavant dans le Vexin, faisaient-elles, du même coup, que l’installation permanente du Refuge Notre-Dame de Compassion dans un hameau de ce village, placé sous le vocable et la céleste protection de Saint Martial, s’accomplissait au soir de sa fête : prodigieuse coïncidence en laquelle nous ne voyons pas un hasard, mais un merveilleux « clin-Dieu » !

Saint-Martial et son lac - 30 juin 2016

Le village de Saint-Martial en Boutières se mirant dans son lac, ce 30 juin 2016.

Depuis, nous avons appris à mieux connaître et à mieux aimer ce saint dont, je dois bien l’avouer, nous ne savions pas grand chose à notre arrivée.

Quelle joie de découvrir les magnifiques traditions anciennes à son sujet !
Saint Martial est en effet cet enfant que Notre-Seigneur Jésus-Christ donna à Ses disciples comme modèle à imiter pour entrer dans le Royaume des Cieux (cf. Matth. XVIII, 1-5) ; il est ce jeune garçon qui, lors de la première multiplication des pains présenta à Jésus les cinq pains d’orge et les deux poissons (cf. Johan. VI, 9) ; attaché particulièrement à Saint Pierre, dont il était parent, il fut ordonné prêtre puis consacré évêque par lui et missionné dans les Gaules dont il évangélisa la grande province romaine d’Aquitaine (note 1), fondant le siège épiscopal de Limoges ; c’est lui aussi qui, après la première apparition de la Sainte Vierge au Puy, assura à Saint Georges, premier évêque du Velay, que c’était bien la Sainte Mère de Dieu qui  s’était manifestée et y apporta comme relique l’une des sandales de Notre-Dame…

Bien sûr, depuis une bonne centaine d’années, les rationalistes et les démolisseurs de tout poil se sont acharnés à démolir ces anciennes traditions, et ils ont repoussé au IIIe siècle l’existence de Saint Martial, au sujet duquel finalement on ne saurait quasi plus rien du tout !

Saint-Martial l'église - 30 juin 2016

L’église de Saint-Martial.

Avec de nombreux papes et avec quelques conciles sérieux des siècles passés, nous maintenons les traditions anciennes relatives à Saint Martial et à son apostolicité.

Nous le prions pour qu’il continue à protéger ce village et ses habitants, placés sous sa protection depuis près de dix-sept siècles (note 2).
Frère Maximilien-Marie a pris l’habitude de l’invoquer (avec l’ange gardien de la paroisse) à chaque fois que, s’étant absenté, il rentre dans les limites historiques du territoire de cette paroisse de Saint-Martial.

Nous déplorons au plus haut point le fait que, en raison de la raréfaction catastrophique des vocations de prêtres diocésains, la suppression de toutes les anciennes paroisses (fondues dans de « nouvelles paroisses » inhumaines, parce que surdimensionnées et artificielles) ait, de fait, entraîné l’abandon de la célébration des fêtes patronales et la désaffection envers ces saints dont le culte villageois avait contribué à façonner l’identité des communautés humaines naturelles, historiques et spirituelles.

Saint-Martial intérieur de l'église - 30 juin 2016

Intérieur de l’église de Saint-Martial.

Comme, traditionnellement, une indulgence plénière est concédée par la Sainte Eglise à celui qui accomplit une pieuse visite dans une église paroissiale au jour de la fête de son titulaire, notre Frère Maximilien-Marie n’a pas manqué de se rendre au village, cet après-midi, pour aller se recueillir dans l’église…

L’église actuelle de Saint-Martial est un édifice néo-roman du XIXe siècle sans grand caractère : la vétusté de l’ancienne église, très dégradée après la grande révolution, et l’accroissement de la population de la paroisse aux XVIIIe et XIXe siècles avaient alors rendu nécessaire la construction d’un édifice plus vaste.
Bien trop vaste aujourd’hui : juchée dans le fond de l’abside, la grande statue de Saint Martial, en pierre blanche, haute d’environ trois mètres, n’y est plus guère l’objet d’une dévotion empressée, et, sauf à l’occasion des funérailles et d’un dimanche par mois, son auguste dextre levée ne bénit plus guère qu’une grand’ nef vide !

Statue de Saint Martial

Statue de Saint Martial, en pierre de Saint-Paul-Trois-Châteaux, haute d’environ 3 m,
dans le fond du sanctuaire de l’église de Saint-Martial en Boutières.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, à l’occasion de ce 30 juin, fête de Saint Martial et huitième anniversaire de notre arrivée en ces terres commises à sa garde et protection, n’était-il pas juste et bon que j’évoque avec vous la figure et la sainteté de ce très grand saint, égal aux Apôtres, et que je vous emmène virtuellement en cette église de notre paroisse territoriale qui lui est dédiée ?
Je me suis rendu compte, en effet, que je ne l’avais encore jamais fait, et j’espère que le grand Saint Martial ne m’en tiendra pas rigueur…

Patte de chat  Lully.

Saint-Martial le 30 juin 2016

Le village de Saint-Martial tel qu’il se découvre à la vue quand on arrive par l’est.

Note 1 : l’ancienne province romaine d’Aquitaine, nommée Gaule Aquitaine, est l’une des trois divisions de la Gaule romaine (les deux autres étant la Gaule Lyonnaise et la Gaule Belgique) : au nord elle s’étendait jusqu’à la Loire, englobant donc le Poitou, l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois, le Limousin, le Berry, le Bourbonnais, l’Auvergne, le Velay, la Guyenne, la Gascogne et le Béarn… et même, pendant un temps, le territoire de l’Helvie qui correspond à peu près à la superficie de l’actuel département de l’Ardèche.

Note 2 : Avec le docte Paul Camus (1874-1939), historien incomparable de Saint-Martial depuis les périodes les plus reculées jusqu’au XIXe siècle, on peut penser qu’il y eut ici dès le IIIe siècle un oratoire chrétien dédié à Saint Martial qui devint vers le VIe siècle le noyau autour duquel se constitua la paroisse de Saint-Martial en Boutières.

2016-35. Du saint abbé Blachère, curé de Saint-Andéol de Fourchades.

1741 – 6 mai – 2016

275e anniversaire du rappel à Dieu
de
l’abbé Noël-André Blachère

Saint-Andéol de Fourchades

Saint-Andéol de Fourchades : l’église et les quelques maisons qui l’entourent dans le grandiose panorama des sucs volcaniques des hautes Boutières.

A trois lieues à peine de notre Mesnil-Marie se trouve l’église de Saint-Andéol de Fourchades et je ne peux laisser s’achever cette journée du 6 mai sans vous y emmener faire un tour.

Très ancienne paroisse des hautes Boutières, jadis très étendue (elle a été scindée en deux paroisses au milieu du XIXe siècle, puis en deux communes en 1904), dont la population dépassa 1100 habitants à la fin du XIXe siècle, Saint-Andéol de Fourchades est aujourd’hui un tout petit village qui compte à peine 60 habitants.
Le « chef-lieu », où se trouvent la mairie et l’église, compte moins de dix maisons (la population se trouve en effet répartie dans de nombreux hameaux) et la plupart d’entre elles sont des constructions du XIXe siècle.
Avant la révolution, il n’existait sans doute pas plus de trois maisons autour de l’église.

Saint-Andéol de Fourchades fut une très ancienne seigneurie – antérieure à l’an mil – dont la juridiction s’étendait bien au-delà des limites actuelles de la commune.

St-Andéol de Fourchades au milieu du XXe siècle

Saint-Andéol de Fourchades : le « chef-lieu » au milieu du XXe siècle

L’église actuelle, qui remonte au XVe siècle, a été pratiquement reconstruite au XIXe siècle.
Au milieu du XXe siècle, elle est restée fermée une quinzaine d’années car les voûtes menaçaient de s’effondrer, et ce ne fut pas une petite victoire de la municipalité et du comité paroissial d’alors de réunir les sommes nécessaires et de s’employer aux travaux indispensables pour la consolider et en permettre la réouverture.
Malheureusement les aménagements intérieurs « post-conciliaires » n’ont pas laissé susbsister grand’chose de ce qui faisait le charme des petites églises de nos villages, si bien que lorsqu’on en franchit le seuil aujourd’hui on est frappé par son absolu manque de caractère et d’harmonie…

Mais l’on ne vient pas à Saint-Andéol de Fourchades pour l’esthétique intérieure de son église : au-delà des très regrettables misères que les hommes sont capables d’infliger aux lieux, il y a des éléments invisibles sur lesquels ils n’ont heureusement pas de prise.
En l’occurrence, ce qui attire les âmes à Saint-Andéol de Fourchades c’est, malgré la mort et malgré les siècles qui passent, la sainteté d’un prêtre qui est resté ici comme vicaire puis curé pendant quelque quarante-six ans, depuis 1695 jusqu’à sa mort en 1741.
C’était un temps où les évêques n’avaient pas encore adopté la ridicule manie de changer leurs curés de paroisse tous les 6 ans…

Ce saint prêtre – « saint Blachère » comme l’appellent encore de nombreuses personnes – est l’abbé Noël-André Blachère : né le jour de Noël 25 décembre 1663, au hameau de Laval, paroisse de Sanilhac, près de Largentière, dans les Cévennes vivaroises.
Il était issu d’une honnête et pieuse famille paysanne.

Sa vie ne nous est connue que de manière fragmentaire par les traditions consignées dans un opuscule, publié en 1877, réédité en 1997.
La plupart des documents le concernant ont malheureusement disparu, soit au moment de la révolution, soit dans deux incendies successifs qui ont ravagé le presbytère de Saint-Andéol de Fourchades à la fin du XIXe siècle.

Eglise de St-Andéol de F. photo ancienne

Saint-Andéol de Fourchades : photo de l’église avec le presbytère sur sa droite (milieu du XXe siècle).

Attiré par le sacerdoce dès avant son adolescence, Noël-André Blachère, dont les parents soutinrent la vocation, fut élève au collège des jésuites d’Aubenas.
Il fut ensuite admis au séminaire de Viviers (un des premiers en France à avoir été confié aux prêtres de Saint-Sulpice) et élevé à la grâce insigne du sacerdoce par Monseigneur Louis-François de la Baume de Suze (1602-1690), le grand évêque de Viviers au XVIIe siècle, protagoniste d’un magnifique renouveau spirituel de ce diocèse pendant ses soixante-et-onze ans d’épiscopat ; il est – rappelons-le – l’évêque qui missionna Saint Jean-François Régis

Après quelques années de vicariat à Baix, village vivarois de la vallée du Rhône, l’abbé Blachère fut nommé curé de Juvinas – paroisse de moyenne montagne au nord de Vals-les-Bains – , puis, à l’âge de 32 ans, envoyé comme curé à Saint-Andéol-de-Fourchades, poste qu’il occupa jusqu’à la fin de ses jours.

A la vérité, lorsque l’abbé Blachère arriva à Saint-Andéol de Fourchades, il y avait déjà un curé-prieur dans cette paroisse qui devait compter alors quelque 500 âmes : l’abbé de Tautilhac ; mais ce prêtre était âgé et infirme.
L’abbé Noël Blachère lui servit de vicaire « avec droit de succession » pendant quelques mois, avant que le prieur ne se retire dans le manoir famillial, à une lieue et demi de là, sur la paroisse de Saint-Martial.

Monsieur Blachère – c’est ainsi que l’on nommait les prêtres au grand siècle – pendant le temps de son ministère, fut un curé exemplaire dans l’accomplissement de tous ses devoirs : il fit arranger l’église et la dota de trois autels de bois avec des retables dans le goût de l’époque ; il pourvut la sacristie d’ornements convenables, et s’appliqua à rendre les cérémonies du culte les plus belles possibles et les plus exactement conformes aux prescriptions reçues du saint concile de Trente dont Monseigneur de la Baume de Suze avait introduit la discipline dans le diocèse de Viviers ; il forma des chantres et des servants d’autel ; il s’appliqua à instruire tous les fidèles dans la vérité catholique nécessaire à leur salut ; il les forma à la prière et à la pratique des vertus chrétiennes, et pour cela il promut la confession et la communion fréquentes ; il s’appliqua fidèlement à la visite des pauvres et des malades, ainsi qu’au soulagement des nécessiteux ; il développa la confrérie des pénitents et tout ce qui pouvait concourir à la ferveur et à la pratique de la charité…

En toutes ces choses, l’abbé Blachère prêcha d’exemple et édifia sa paroisse, tant par son caractère que par ses vertus ; il ne ménagea pas sa peine et transforma sa paroisse, qui devint un modèle de ferveur et de régularité chrétienne.

St-Andéol de F. Croix de l'ancien cimetière

Saint-Andéol de Fourchades : croix qui se dressait jadis au centre du cimetière jouxtant l’église.

Plein de miséricorde et de charité pastorale, doux et patient avec les autres, l’abbé Blachère était dur avec lui-même : il menait une vie pénitente et mortifiée.
Autant veillait-il avec un soin scrupuleux sur tout ce qui touchait au culte et à la gloire de Dieu, autant négligeait-il tout ce qui touchait à sa personne : sa nourriture était frugale, son vêtement était pauvre, et toute espèce de luxe était bannie de son presbytère, à tel point que son évêque se mit un jour en devoir de lui intimer l’ordre de prendre un plus grand soin de lui-même et de son intérieur !

Les hautes vertus et l’exemplarité de Monsieur Blachère ne manquèrent pas de susciter des jalousies et quelques acrimonies sacerdotales chez ses confrères moins édifiants : il eut à souffrir de certains de leurs procédés peu évangéliques.

Surtout, sa sainteté éclata à travers des dons de thaumaturge : sans doute, sa connaissance des plantes et de leurs vertus médicinales l’aida-t-elle à soigner certaines affections, mais beaucoup de guérisons qu’il opéra de son vivant ne se peuvent expliquer naturellement.
Ajoutons à cela une connaissance de certaines choses cachées qu’il ne put apprendre que par une révélation céleste.

La tradition locale nous rapporte que la Très Sainte Vierge Marie, à laquelle il vouait évidemment une très profonde dévotion, se manifesta à lui à plusieurs reprises, et que c’est d’elle qu’il reçut les indications pour découvrir une source dans la cave du presbytère qu’il avait fait reconstruire.
Depuis presque trois siècles, l’eau de cette source a été maintes et maintes fois l’instrument de guérisons inexplicables…

A deux-cents toises environ de l’église de Saint-Andéol, au pied d’un bloc d’orgues basaltiques, un minuscule oratoire dédié à la Très Sainte Vierge perpétue le souvenir du lieu où l’abbé Blachère aimait à se retirer dans la contemplation et l’oraison, et où la Sainte Mère de Dieu l’aurait comblé de ses grâces.

St Andéol de F. oratoire de l'abbé Blachère

Saint-Andéol de Fourchades : l’oratoire du saint abbé Blachère, lieu d’une intensité spirituelle palpable.

Monsieur Blachère s’éteignit dans sa paroisse de Saint-Andéol de Fourchades le 6 mai 1741 dans sa soixante-dix-huitième année.

Au début de cette année 1741, en considération du fait qu’il avait mal aux jambes, l’évêque de Viviers lui avait adjoint un vicaire, Monsieur Riffard : c’était un enfant de la paroisse, qu’il avait catéchisé et instruit, et dont la vocation était redevable des exemples de son saint curé.
Le mercredi qui suivit le troisième dimanche après Pâques, 26 avril 1741, Monsieur Blachère dut s’aliter : il fut pris de vomissements et s’affaiblit rapidement, puisqu’il ne pouvait garder aucune nourriture.
Ce qui lui fut le plus douloureux sans doute fut de ne pouvoir, en raison de ses nausées, recevoir la sainte communion en viatique, lui qui avait été si fidèle à la célébration de la Sainte Messe et si dévot envers le Saint Sacrement.

Il demanda à se confesser et à recevoir l’extrême-onction, et finalement, ce samedi 6 mai 1741 - redisons-le : le samedi est le jour dédié à la Vierge Marie dans la piété catholique – , vers les sept heures du soir, il rendit sa belle âme à Dieu.

Ses funérailles furent célébrées le lundi 8 mai parmi un grand concours de peuple et il fut inhumé dans l’église.
A partir de ce moment, sa tombe devint un lieu de pèlerinage : les gens des alentours – mais parfois aussi de loin – vinrent de manière régulière dans l’église de Saint-Andéol de Fourchades pour se confier à son intercession… et ils revinrent pour remercier puisque des grâces spirituelles et des guérisons advenaient en réponse à leurs prières.
Tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, le récit de toutes ces grâces fut consigné dans des cahiers conservés au presbytère. En 1877 on estimait que cela représentait un volume d’environ 600 pages. Malheureusement, comme nous l’avons dit plus haut, ces documents ont disparu dans l’incendie du presbytère à la fin du XIXe siècle.

Le 27 septembre 1874, S. Exc. Mgr. Louis Delcusy, évêque de Viviers, manda son grand vicaire pour procéder, en présence du clergé local, à l’ouverture de la tombe de l’abbé Blachère et à la reconnaissance de ses restes. Un procès-verbal fut dressé.

En 1881, l’incendie du presbytère, qui se communiqua en partie à l’église, n’endommagea pas les restes de l’abbé Blachère qui, après les réparations, furent placés dans un caveau spécial, aménagé au pied  de la marche du sanctuaire, du côté de l’épître.
Lors des travaux de restauration du XXe siècle, une nouvelle pierre tombale a été placée au-dessus du caveau du saint prêtre.

St-Andéol de F. tombe de l'abbé Blachère

Saint-Andéol de Fourchades : actuelle pierre tombale de l’abbé Noël Blachère dans l’église.

Malgré la déchristianisation galopante de nos contrées, encore si ferventes il y a seulement six décennies, la mémoire de l’abbé Blachère se perpétue et, même ténu, le mouvement de piété et de confiance qui porte des âmes à venir se recommander à son intercession n’a pas disparu.

La dévotion envers le saint curé de Saint-Andéol de Fourchades et les prières faites sur sa tombe vont de pair avec le recours priant aux bienfaits de la source miraculeuse qu’il avait fait sourdre.

Les analyses pratiquées sur cette eau ont montré qu’il s’agit d’une eau très pure qui ne possède pas de propriétés chimiques particulières mais, par ailleurs, plusieurs géobiologistes consultés ont pu attester de son intensité énergétique.
Hélas, trois fois hélas ! une pollution des terres environnantes a entraîné la pollution de cette source miraculeuse, dont l’accès a été condamné, il y a 4 ans, par décision conjointe des autorités municipales et religieuses, comme le montrent deux avis placardés sur la porte cadenassée qui permettait naguère d’accéder à la cave du presbytère depuis l’église de Saint-Andéol de Fourchades
Plusieurs démarches ont été entreprises de divers côtés afin que ce problème de pollution soit résolu et pour que la source puisse être rendue à la dévotion des fidèles, mais elles sont restées infructueuses jusqu’à ce jour.
Aussi ne pouvons-nous que supplier le saint abbé Blachère d’intercéder puissamment pour que cesse ce déplorable état de fait, et pour que nous puissions à nouveau bénéficier des vertus surnaturelles de cette source que la divine Providence a voulu en ce lieu pour le soulagement des malades et la consolation des âmes affligées.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur

L'oratoire de l'abbé Blachère

Saint-Andéol de Fourchades : l’oratoire du saint abbé Blachère
un lieu extraordinaire où l’on a l’impression que le Ciel et la terre se rejoignent
et dont on ne s’arrache jamais qu’avec peine…

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 6 mai, 2016 |1 Commentaire »
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