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2022-66. Lettre encyclique « Ad cœli Reginam » instituant la fête de Marie Reine à la date du 31 mai.

Lettre encyclique
de Sa Sainteté le Pape Pie XII
« Ad cœli Reginam »
du 11 octobre 1954
instituant
à la date du 31 mai la fête
de
La Très Sainte Vierge Marie Reine

Neri di Bicci - Couronnement de la Vierge

Neri di Bicci (1418-1492) :
Le couronnement de la Vierge
avec Saint Antoine le Grand, Saint Augustin, Saint Raphaël et Tobie
(Avignon, musée du Petit Palais)

Monogramme des Servites

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques,
évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique,
ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Introduction : rappel des circonstances et nécessités présentes.

Dès les premiers siècles de l’Église Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l’angoisse des périls menaçants. Jamais ne fut déçue l’espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s’affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d’une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.

Or, après les calamités qui, jusque sous Nos yeux, ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l’attrait des plaisirs corrupteurs, et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisi d’une vive angoisse. Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour, mais aussi celui, de quiconque se glorifie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’année 1950 – il Nous plaît de le rappeler -, en présence d’une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-même défini le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique parmi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’occasion du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’hui une grande consolation de voir à Rome – à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel -, mais également dans le monde entier, la piété envers la Vierge Mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires marials recevoir sans interruption de nombreux et pieux pèlerinages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’occasion, dans Nos allocutions d’audience ou Nos radio-messages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante. À ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima, [3] et que Nous avons qualifié Nous-même de message de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l’Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d’instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de célébrer à nouveau les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les coeurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.

Première partie : preuves dans la Tradition (Ecritures, Pères de l’Eglise et Magistère).

Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob », (Luc I, 32) « Prince de la paix », (Is. IX, 6) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16) avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la Mère au Fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec respect, l’appelait « la Mère de mon Seigneur », (Luc I, 43) aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », montrant clairement qu’en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ardeur de son inspiration poétique, lui prête-t-il ces paroles « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j’ai été honorée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » [6]. Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi » [7].

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde entier » [8]. Prudence déclare que cette mère « s’étonne d’avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » [9].

Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l’appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homélie attribuée à Origène, Marie est appelée par Élisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » [10].

La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signifie Souveraine » [11]. Après lui Saint Chrysologue formule la même pensée d’une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l’Ange l’appelle Souveraine pour qu’elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l’autorité même de son Fils a obtenu de naître et d’être appelée Souveraine » [12].

Épiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’unité de l’Église soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l’intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » [13].

Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » [14].

Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd’hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, Sa Mère toujours Vierge, dans le sein de laquelle, sans cesser d’être Dieu, Il a pris la forme humaine » [15]. Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepté, dépasse toute chose » [16].

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » [17]. Il l’appelle aussi : « Souveraine de tous les habitants de la Terre » [18].

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine »[19] et même de : « Souveraine de toute créature » [20] ; un ancien écrivain de l’Église Occidentale l’appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un diadème d’or » [21].

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’honneur en cette salutation : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » [22].

À partir de ces témoignages et d’autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l’antiquité, les théologiens de l’Église ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont estimé de leur devoir d’approuver et d’encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin Ier appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » [23] ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d’elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » [24] ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les Pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chrétiens » [25].

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte IV, mentionnant avec faveur la doctrine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeexcelsa [26], commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis Son pouvoir [27].

C’est pourquoi Saint Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décerné le titre de Reine » [28].

Deuxième partie : preuves dans la Tradition liturgique et dans l’iconographie.

La sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient retentissent ces accents fervents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s’inclinent devant toi » [29].

Et ceux-ci : « Ô juste, ô très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » [30]. De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’approcherai d’elle avec joie pour chanter dans l’allégresse ses merveilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous » [31].

Dans le Missel éthiopien, on lit : « Ô Marie, centre de l’univers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entièrement remplis de ta sainteté et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », « Regina cœli, laetare », celles aussi que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vêtement d’or couvert d’ornements variés » [33] ; « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puissante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » [35].

Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu’ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l’on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d’Éphèse la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’insignes royaux, ceinte d’un diadème, entourée d’une cohorte d’Anges et de Saints, montrant qu’elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan. L’iconographie, pour traduire la dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enrichie à toutes les époques d’oeuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu’à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d’une couronne éclatante.

Les Pontifes Romains n’ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l’intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie : justifications théologiques. 

Comme Nous l’avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, Son père, et Il régnera dans la maison de Jacob éternellement et Son règne n’aura pas de fin » (Luc I, 32-33) ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » [36]. Il s’ensuit logiquement qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc raison d’écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-même peut-être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l’œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents. « Quelle pensée plus douce – écrivait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XI – pourrait Nous venir à l’esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s’en souviennent : « Vous n’avez pas été rachetés par l’or ou l’argent qui sont des biens corruptibles, … mais par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » [38]. Nous n’appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c’est « d’un grand prix » [39], que « le Christ nous a rachetés » [40].

Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » [41]. Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita » [42]. En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » [43].

De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à Lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, L’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n’ait sur tous, après son Fils, la primauté. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépassé de loin toute créature. Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi seule as bénéficié de par la volonté de Dieu ? » [47]. Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » [48]. Saint Jean Damascène ensuite en vient jusqu’à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et Sa Mère est infinie » [49].

Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d’une telle abondance de grâces qu’elle dépassait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d’heureuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » [50].

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l’excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l’action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de se Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un coeur maternel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX – que, traitant l’affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puissance de ses supplications, maternelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus [51]. À ce propos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d’un pouvoir « presque sans limites » [52] pour concéder des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » [53].

Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d’être soumis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dispose d’un pouvoir royal et brûle d’amour maternel.

Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d’une étroitesse d’esprit excessive quand il s’agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cause du bien infini qu’est Dieu » [54].

Du reste, sur ce point de la doctrine chrétienne comme en d’autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement » [55].

Quatrième partie : institution de la fête de Marie Reine et exhortation.

Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au dessus des chœurs angéliques » [56].

De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre – l’Église en recueillerait de grands fruits, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Coeur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’approchent donc avec une confiance plus grande qu’auparavant, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l’adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu’ils s’efforcent surtout de s’arracher à la servitude du péché et qu’ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d’une dévotion filiale, à la royauté d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que de grandes assemblées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n’importe quelle gemme soit l’objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce de blasphèmes impies, signe d’une âme corrompue, contre un nom qui brille d’une telle majesté et que la grâce maternelle rend vénérable ; qu’on n’ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.

Que tous s’efforcent selon leur condition de reproduire dans leur coeur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l’envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d’aider et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu’à présent restées impuissantes. Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied virginal, sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l’éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu’elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est due, pour qu’ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l’Évangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l’exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.

Nous pensons également que la Fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l’empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des événements inquiétants. N’est-Elle pas l’arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’alliance pacifique ? (Cf. Gen. IX, 13). « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l’ont tendu » (Eccl, XLIII, 12-13). Que quiconque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et personne ne doit se croire exempté de ce tribut de reconnaissance et d’amour – l’invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu’il respecte et défende la paix qui n’est ni injustice impunie ni licence effrénée, mais concorde bien ordonnée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; c’est à la conserver et à l’accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces voeux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout coeur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Armoiries de Pie XII

Notes :

  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens corona ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dogmatica, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes’ Werke, T. IX, p. 48 (ex catena Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nominibus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exstitit castitatis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter opera S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide orthodoxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De laudibus Mariae (inter opera Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De virginitate perpetua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199-200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeexcelsa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glorie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex liturgia Armenorum : in festo Assumptionis, hymnus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hymni ‘Akatistos (in ritu byzantino).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nostrae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sexti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide orthodoxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas primas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum septem dolorum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excellentia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus profecio A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597-598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem populi : A. S. S., XXVIII, 1895-1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903-1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani generis : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]

2022-65. La réalité des temps que nous vivons pourrait être profondément modifiée et changer de cap, si nous étions des âmes de contemplation et d’émerveillement…

L'Ascension et le zodiaque - cathédrale de Chartres portail royal côté gauche

L’Ascension de Notre-Seigneur entourée des signes du zodiaque :
Cathédrale Notre-Dame de Chartres, portail royal (XIIe siècle), porche gauche.

frise fleurs de lys

Lettre aux membres et sympathisants
de la Confrérie Royale

- 25 mai 2022 -

Riga quod est aridum…
Flecte quod est rigidum…
Fove quod est frigidum…
Sana quod est saucium…

(séquence de Pentecôte)

Chers Membres et sympathisants de la Confrérie Royale,

   Les rencontres providentielles du calendrier font que ce « 25 du mois », en ce mois de mai 2022, coïncide avec la Vigile de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ : demain, la Sainte Eglise notre Mère, dans sa liturgie, nous invitera à exulter et à exhaler des cantiques de fervente allégresse pour célébrer l’entrée triomphale de notre divin Rédempteur dans le Royaume céleste, Royaume qu’Il n’a jamais quitté certes en Sa qualité de Verbe éternel, mais où Son humanité -  Son Corps et Son Ame – entre pour la première fois, à la tête du cortège triomphal de tous les Justes de l’Ancien Testament (et du début du Nouveau, tels Saint Joseph et Saint Jean-Baptiste) qui attendaient ce jour dans les Limbes bienheureuses (« le sein d’Abraham » comme les appelle Notre-Seigneur Lui-même dans l’histoire – qui n’est pas une parabole – du pauvre Lazare et du mauvais riche).

   En ce saint jour de l’Ascension donc Notre-Seigneur, vrai Dieu et vrai Homme, donne à cette humanité qu’Il tient d’Adam, donne à Son Corps qui a souffert pour nos péchés, donne à Sa chair ressuscitée, d’entrer dans la plénitude de Son Règne victorieux et éternel, en tête du cortège des âmes sauvées, encore séparées de leurs corps qu’elles ne retrouveront qu’au jour de la résurrection générale.

   C’est un mystère profond dont les subtils arcanes échappent à notre intelligence limitée : la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité qui, sans quitter le Ciel, en est « descendue » pour S’incarner, revient aujourd’hui en ce Ciel qu’Elle n’a jamais quitté en Sa qualité de Dieu en y introduisant ce que Dieu par nature ne pouvait avoir : une chair et une âme humaines ! Et les humains rachetés et sanctifiés qui L’accompagnent en un triomphal cortège sont, eux, encore dépouillés d’une partie de leur être : leurs corps en attente de résurrection !

   Voilà des certitudes de foi, voilà des éléments épars – comme les quelques pièces déjà assemblées d’un puzzle qui nous permettent de deviner confusément ce que sera le tableau achevé -, mais voilà encore tant de « trous noirs » dans le firmament de notre compréhension du Mystère !

   Nous scrutons donc ce Ciel, et notre Roi d’Amour qui y monte, davantage avec les regards d’une contemplation qui adore et s’émerveille de la Toute Puissance divine qu’avec les questions d’une volonté de compréhension absolue de type mathématique… La complexité du Mystère et toutes les zones d’ombre qui subsistent ici-bas et ne nous apparaîtront dans leur pleine lumière que lorsque nous entrerons nous-mêmes dans la vision divine, nous donnent l’occasion de nous élever dans une sublime réjouissance sans cesser de nous humilier devant le Dieu que nulle raison et nulle intelligence humaines ne peuvent prétendre saisir et enfermer dans leurs petites capacités !

   Pourquoi vous écris-je ces choses, qui peuvent paraître bien absconses et bien peu accordées à la réalité des temps que nous vivons ?

Parce que je crois que la réalité des temps que nous vivons pourrait être profondément modifiée et changer de cap, si nous étions des âmes de contemplation et d’émerveillement, d’adoration et de louange, comme le furent les grands chercheurs de Dieu, comme le furent un Saint Augustin – toujours à se poser des questions peu communes et à pousser ses auditeurs ou ses lecteurs à s’en poser -, ou une Sainte Angèle de Foligno.

   Le grand – le très grand – drame de bien des catholiques de notre triste époque est qu’ils ne savent pas s’émerveiller et s’émouvoir des mystères sacrés de leur sainte religion, qu’ils ne savent pas en contempler amoureusement les données révélées, en évitant les écueils des faux mysticismes d’une part, ou des sécheresses rationalistes d’autre part. Pour ceux-ci ce seront des questions finalement purement « techniques » et totalement arides d’un point de vue spirituel, pour ceux-là les nébuleuses brouillonnes alimentées aux sources troubles de pseudo « âmes privilégiées » dont les voies n’ont pas été authentifiées par la Sainte Eglise (voire condamnées) qui les égare dans un piétisme imprégné d’une sentimentalité sans fruits de véritables vertus évangéliques vécues de manière héroïque. 

   Je pose quelques questions :

-         La récitation ou le chant du « Credo » sont-ils pour vous l’énumération d’une liste de dogmes plus ou moins subis, à la manière dont un élève de primaire appliqué réciterait la liste des présidents de la troisième république ?

-         Ou bien cette récitation procède-t-elle d’une adhésion vivante et amoureuse à la Révélation divine ?

-         La récitation ou le chant du « Credo » vous font-ils tressailler d’allégresse et exulter intérieurement dans une action de grâces personnelle qui jaillit de la joie d’avoir reçu, à la mesure pourtant bien limitée encore de nos capacités présentes, d’avoir part à la révélation des Mystères divins ?

-         En un mot, votre chant ou votre récitation du « Symbole » sont-ils routiniers ou imprégnés de vie, de votre vie intérieure ?

   Permettez-moi un exemple tiré de mon histoire personnelle.
Jeune religieux, j’ai eu la grâce de connaître un conseiller spirituel qui ne manquait pas d’originalité et qui avait un don particulier pour briser ces paisibles routines d’une vie de piété bien « dans les clous ». Un jour, il me suggéra pour mon action de grâces après la Sainte Communion, de « chanter » intérieurement (pas à haute voix afin de ne pas déranger les autres religieux, et aussi pour ne pas paraître complètement « fada ») le Symbole de Nicée-Constantinople, comme on le chante pendant la Messe aux jours de fête et les dimanches, en m’efforçant de bien penser, avec le maximum d’application, à chacun des mots de cette solennelle affirmation de la foi de l’Eglise.
Le chant intérieur, mais très joyeux et très contemplatif, de cette profession de foi m’est devenu familier depuis tant d’années : et le Bon Dieu m’a donné d’expérimenter en retour combien est vrai le titre d’un très ancien (et remarquable) ouvrage que l’on trouvait jadis dans les séminaires et maisons de formation : « Les dogmes, générateurs de la piété ».

   La piété n’est pas faite de « petites pratiques de dévotion » mises bout à bout et entassées les unes sur les autres, en multipliant les formules récitées de façon machinale.
La piété est vie, et comme le Saint-Esprit Lui-même dont elle est un don précieux, elle doit souffler comme un vent impétueux en notre âme pour en pulvériser les étroitesses et y faire brûler ces flammes ardentes, qui éclairent et qui réchauffent, qui sont apparues au-dessus des apôtres et des disciples au saint jour de la Pentecôte.

   Je vous invite et exhorte très ardemment, après avoir contemplé avec ferveur le mystère de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à entrer avec une ardeur enthousiaste dans la préparation de la si grande et si sublime fête de la Pentecôte, particulièrement par la neuvaine très officiellement encouragée par l’Eglise, qui nous fait appeler de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre volonté, de tout notre amour, un renouvellement des dons reçus au saint baptême et à la confirmation, pour gagner en esprit contemplatif et élever le monde en nous élevant dans la contemplation des Mystères divins.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

frise fleurs de lys

 Prière pour demander les sept dons du Saint-Esprit :

Ô Jésus, qui, avant de monter au ciel, avez promis à vos Apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit pour les instruire, les consoler et les fortifier, daignez faire descendre en nous aussi ce divin Paraclet.

- Venez en nous, Esprit de la Crainte du Seigneur, faites que nous redoutions par-dessus tout de contrister notre Père Céleste et que nous fuyions les séductions du malin.

- Venez en nous, Esprit de Piété, remplissez nos cœurs de la tendresse la plus filiale pour Dieu et de la mansuétude la plus parfaite à l’égard de nos frères.

- Venez en nous, Esprit de Science, éclairez-nous sur la vanité des choses de ce monde, faites que, voyant en elles des images des perfections divines, nous nous en servions pour élever nos cœurs vers Celui qui les a créés pour notre service.

- Venez en nous, Esprit de Force, donnez-nous le courage de supporter avec patience les souffrances et les épreuves de la vie, et faites-nous surmonter généreusement tous les obstacles qui s’opposeraient à l’accomplissement de nos devoirs.

- Venez en nous, Esprit de Conseil, accordez-nous la grâce de discerner, dans les occasions difficiles, ce que nous devons faire pour accomplir la volonté de Dieu, et ce que nous devons dire pour diriger ceux dont nous sommes les guides.

- Venez en nous, Esprit d’ Intelligence, que votre divine lumière nous fasse pénétrer les vérités, et les mystères de la religion, et qu’elle rende notre foi si vive, qu’elle soit l’inspiratrice de tous nos sentiments et de tous nos actes.

- Venez en nous. Esprit de Sagesse, faites que nous goûtions la suavité des choses divines à tel point que notre cœur les aime uniquement et qu’il puise dans cet amour une paix inaltérable.

Gloire au Père qui nous a créés, au Fils qui nous a rachetés, au Saint-Esprit qui nous a sanctifiés.

Mosaïque de la Pentecôte - basilique du Rosaire Lourdes - Copie

Mosaïque de la Pentecôte
Basilique du Saint Rosaire, à Lourdes.

2022-64. Vingt clichés pour résumer la première semaine du Prince Tolbiac en son Mesnil-Marie.

Lundi soir 23 mai 2022,
Lundi des Rogations (férie majeure).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   En cette fin d’après-midi, cela a fait exactement une semaine que Son Altesse Sérénissime le Prince Tolbiac est arrivé au Mesnil-Marie, ainsi que je vous l’ai raconté (cf. > ici). Pour ceux de nos amis qui ne peuvent nous suivre sur un célèbre réseau social qui, comme la langue d’Esope, peut être la meilleure ou la pire des choses, en fonction des intentions de ceux qui en usent, voici une vingtaine de photographies (souvent prises sur le vif ce qui peut expliquer leur imperfection) qui résumeront de quelle manière le chaton s’habitue à la vie de mon ermitage, s’y comporte et prend possession des lieux… tout en me faisant éclater de rire en de nombreuses occurrences.

1) Ma corbeille à papier… Euh non, pardon ! Mon ex-corbeille à papier.

1 conquête de la corbeille

- Hé ! Regarde ! J’ai découvert un endroit parfait parce qu’il est juste à ma taille, à côté de toi quand tu travailles…
- Tolbiac, c’est ma corbeille à papier : ce n’est pas un endroit propre ; c’est là que je jette des choses sales et inutiles, avant de les emmener dans la poubelle ou de les mettre dans le poêle.
- Ce n’est pas grave : tu iras directement à la poubelle ou au poêle !

2 exclusivité de la corbeille

- Cela m’a fait très plaisir que tu vides cette corbeille, que tu en laves la toile et que tu la désaffectes d’un usage qui, de toute évidence, ne lui convenait pas.

   Pratiques du jour : 
Ne plus tailler son crayon au-dessus de la corbeille à papier, ne plus jeter de papier ou de cartouches d’encre vides ou quoi que ce soit d’autre dans la corbeille à papier mais aller à chaque fois à la poubelle de la cuisine ou au poêle… D’ailleurs il n’y a plus de corbeille à papier dans le bureau, juste une corbeille à chaton.

2) Tornade tigrée :

3 bureau

- Coucou ! Tu as vu cette jolie petite alcove ? Et puis, regarde, je t’ai aidé à ranger ton bureau en éparpillant tous les petits papiers que tu y avais entassés… J’ai d’ailleurs trouvé cela très amusant ! Mais pourquoi fais-tu cette tête ? Tu pourrais me dire merci au lieu de me lancer ce regard noir… Ah la la ! Je ne m’attendais pas à tant d’ingratitude…

3) Usque non ascendam ?

4 poutre de châtaignier

   Se rendant compte qu’il m’arrivait assez souvent de me rendre à l’évier et d’y faire des choses qu’il ne pouvait voir, le chaton a décidé que cela ne pouvait durer et qu’il était absolument indispensable qu’il lui fût désormais possible de surveiller les mystérieuses opérations auxquelles je m’adonne. Un peu d’élan, beaucoup de ténacité, et la vieille poutre plus que trois fois centenaire d’un mètre et vingt-cinq centimètres de hauteur est vaincue par le petit félin de quinze centimètres de hauteur.
Le sommet est même devenu l’un des postes d’observation favoris de Son Altesse qui, de là, peut jeter un œil dehors sur la terrasse Saint-Constantin par la vitre de la porte, et dominer toutes les manœuvres de la cuisine à l’intérieur :
- Mais qu’est-ce que tu me racontes avec tes torchons et serviettes qui étaient soi-disant bien rangés ? Tu ne vois pas que je les ai bien mieux rangés que tu ne l’avais fait ?

5 poutre de châtaignier

4) Son Altesse est servie !

- Eh bien, puisque tu aimes escalader, je t’informe que désormais tes écuelles de croquettes et d’eau ne seront plus au sol, mais qu’elles auront une place privilégiée dans cet antique évier de granit récupéré dans les vestiges du moulin, aujourd’hui malheureusement détruit, qui existait au XVème siècle, et dont j’ai fait remonter ici les éléments. 

6 salle à manger

Le Prince Tolbiac apprend très vite, et éprouve visiblement un très grand plaisir à ce que son repas soit annoncé par le tintement d’une clochette… qu’il essaie parfois de faire tinter lui-même.

5) Repose-pieds ? ou repose-chaton ?

7 repose pieds

8 h 15 ce matin-là :
« Tu sais j’aime beaucoup ce petit tabouret, en plus je trouve que la tapisserie s’accorde bien avec mon pelage…
Quoi ? c’est « TON » repose-pieds ?!
Alors là ! Franchement, je trouve que tu ne manques pas d’air : t’approprier de la sorte ce qui – de toute évidence – a été voulu et disposé pour moi de toute éternité par le Divin Créateur… Non mais, il faudra que tu fasses un sérieux examen de conscience sur le rapport que tu as aux biens d’ici-bas, mon garçon…!!!
Heureusement que Dieu nous a créés, nous les chats, pour vous mettre en face de la vérité, pauvres bipèdes ! »
8 h 25 : On a trouvé un compromis…
« Bon, arrête de bouger s’il te plaît : c’est vraiment très pénible d’avoir un oreiller qui ne sait pas rester en place ! »

8 repose pieds

6) Explorations extérieures :

   Tolbiac a grand plaisir à s’aventurer à l’extérieur… à la condition expresse que j’y sois moi aussi, car dès qu’il ne me voit plus il pousse de petits cris aigus (ce ne sont pas encore des miaulements) et, s’ils sont sans réponse, il se précipite à l’intérieur.
Ces derniers jours, il y avait beaucoup à faire en extérieur : arrachage d’orties, coupe d’herbe et nettoyages divers… alors quelle aubaine pour le chaton qui épie les fourmis, saute pour atteindre les papillons, prend des poses de grand félin des savanes à l’affut…

9 extérieur

… fait des roulades… 

11 extérieur

… s’essaie à imiter la démarche chaloupée des tigres…

12 extérieur

… et transporte parfois dans sa bouche de petits cailloux qu’il a fait rouler.

10 extérieur

7) Cligne-musette :

14 cligne-musette

- Je me suis caché sous le plaid du canapé ! Je suis sûr qu’il ne me trouvera jamais !
- Coucou, Tolbiac ! Je sais où tu es !

15 cligne-musette

« Alors ça, c’est trop fort ! Comment as-tu donc fait pour me trouver ? »

8) Le gros dragon bruyant.

16 aspirateur

- Talaaaaaaannn !!! Je suis un intrépide chevalier qui combat sans peur un horrible dragon qui produit d’horribles rugissements et avale les moutons sans même les mâcher…
- Intrépide, intrépide… Faut le dire vite ! Dès que j’appuie sur le bouton qui réveille le dragon Aspirator, tu t’enfuis à toutes jambes sous un meuble !
- Non mais tu vois comme tu es ?!?! Tu me prends pour un lâche alors que je me suis précipité pour protéger de mon propre corps les derniers moutons qu’il voulait engloutir !

9) Saut en longueur :

   Tolbiac escalade à la force du poignet la poutre de châtaignier d’un mètre vingt-cinq proche de l’évier et saute en hauteur, à soixante-cinq centimètres, pour atteindre le lieu où sont disposées ses écuelles. Il ne manquait au champion que le saut en longueur, qu’il a réussi de lui-même et du premier coup samedi soir.
En fait, Son Altesse ne pouvait qu’observer de loin, depuis le dossier d’une chaise, ce que je préparais sur le plan de travail…

17 dossier

… Alors, toutes choses étant bien considérées, le chaton qui mesure trente centimètres de longueur (sans la queue) a franchi d’un bond les presque soixante centimètres qui le séparaient de l’espèce de « comptoir » qui délimite la partie cuisine de la partie salle à manger : l’expérience ayant été une réussite, c’est devenu pour lui un véritable jeu que d’accéder au plan de travail de cette manière.

18 premier saut

10) Pas besoin d’aller à Cannes pour avoir un festival de cinéma !

   Sans tapis rouge et sans starlettes aux tenues excentriques, un chaton est à lui tout seul un festival de gags, de mimiques, de jeu d’acteur au naturel inimitable et d’aventures rocambolesques à faire pâlir de jalousie le grand Indiana Jones lui-même !
Parmi les dernières aventures du Prince Tolbiac se trouve la victoire sur un poulpe géant qu’il m’a apporté triomphalement en le portant fièrement entre ses quenottes acérées : c’était un gant de ménage qu’il était allé terrasser dans l’égouttoir de l’évier… Mais j’avoue que ce n’est pas bien de vous révéler les astuces des accessoiristes sur le tournage, cela brise complètement la magie du film !

19 gant vaiselle

Allez ! à bientôt pour de nouvelles aventures…

20 le roi du Mesnil-Marie

Chat gif en marche

Publié dans:Chronique de Lully |on 24 mai, 2022 |7 Commentaires »

2022-63. L’arrivée du Prince Tolbiac au Mesnil-Marie.

Mercredi 18 mai 2022,
Fête de Saint Venant, martyr ;
Mémoire de Saint Félix de Cantalice, confesseur de l’Ordre séraphique ;
Mémoire de la Bienheureuse Blandine Merten, vierge ;
Anniversaire de la mort de Louis Edouard cardinal Pie, évêque de Poitiers (+ 18 mai 1880).

Papillons et chatons

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Certains d’entre vous le savent déjà, notre Mesnil-Marie vient d’accueillir ce lundi 16 mai (jour où dans l’Ordre de Saint Augustin on célèbre la fête de Saint Possidius de Calame : disciple de notre Bienheureux Père Saint Augustin, membre de sa première communauté à Hippone, il fut évêque de Calame, en Numidie, et assista le grand Docteur de la Grâce dans ses derniers instants : il en fut aussi le premier biographe) un chaton, élu pour succéder à feu Monseigneur le Maître-Chat Lully dont nous approchons du troisième anniversaire du trépas (23 mai 2019cf. > ici).
J’ai mis plus de deux ans à faire mon deuil du Maître-Chat, n’arrivant d’ailleurs pas à achever le vitrail que j’ai commencé à sa mémoire. A l’automne dernier, j’ai commencé à comprendre que j’étais prêt à adopter un nouveau félin domestique. Peut-être d’ailleurs serait-il plus exact d’écrire : à me laisser adopter par un nouveau félin domestique. Au côté affectif et psychologique s’ajoutant la grande nécessité d’avoir dans nos murs un impitoyable chasseur de muridés, ces fléaux des bibliothèques, des sacristies et des celliers monastiques !

1ère photo de Tolbiac 24 avril 2022 - blogue

La première photo de Tolbiac, le dimanche de Quasimodo 24 avril 2022

   J’avais des idées très tranchées au sujet du profil et des caractéristiques du petit félin qui viendrait prendre la succession du Maître-Chat au Mesnil-Marie : je désirais que ce fût un mâle, tout jeune, dont la date de naissance fût connue, et si possible angora… Sans hâte, mais de manière régulière, je consultais les sites de petites annonces.
Le samedi in albis 23 avril (et fête de Saint Georges de Lydda, céleste protecteur de la Cavalerie et des Chevaliers), une petite annonce qui venait juste d’être mise en ligne retint mon attention : elle proposait à l’adoption trois chatons mâles (un tigré roux, un gris uni et un tigré gris), nés le 10 mars au Puy-en-Velay. La dame qui avait publié l’annonce fut très rapidement submergée de messages et d’appels, mais, entre toutes, ma candidature fut retenue pour le chaton gris tigré, auquel je pus rendre visite dès le lendemain avant de me rendre à la Sainte Messe. La dame, qui nourrit une grande dévotion envers la Très Sainte Vierge Marie, était heureusement surprise de faire la connaissance d’un moine et que l’un de ses chatons fût destiné à « entrer dans les ordres » !
Bien sûr, à un mois et demi, les petites boules de poil n’étaient pas sevrées et, dans les semaines qui suivirent, je téléphonai à plusieurs reprises pour prendre des nouvelles et m’enquérir du développement du chaton. Ses deux frères furent emmenés par leurs familles d’accueil le 9 avril : la dame nous avait prévenus que leur mère cherchait désormais à les emmener loin de la maison où ils sont nés.
En ce qui me concerne, j’avais à effectuer un déplacement en Provence : c’est la raison pour laquelle je ne suis allé le chercher qu’une semaine après le départ de ses frères.

Tolbiac dans son panier de voyage 16 mai 2022 - blogue

Tolbiac dans son panier de voyage, ce lundi 16 mai 2022

   Tout avait été bien préparé pour que ce premier voyage en automobile ne fut pas trop pénible pour le jeune félin : un sac de voyage spacieux et bien conditionné avait été acquis grâce à un don. Ce fut toutefois un peu stressant pour lui : il faut presque une heure de route entre la belle cité mariale et le Mesnil-Marie, et pendant ce trajet Tolbiac fit entendre ses plaintes et exprima de manière non équivoque son grand mécontentement de se retrouver derrière des grilles !
A l’arrivée, quand son sac de voyage fut ouvert, le petit Prince sortit de manière prudentissime et commença à explorer la pièce inconnue dans laquelle il se trouvait…

arrivée au Mesnil-Marie - blogue

   Après un premier tour de pièce, en rasant les murs et reniflant tout, estimant que l’endroit semblait plutôt sûr, le chaton ne dédaigna pas de grignoter quelques croquettes et de laper quelques gorgées d’eau fraîche qui lui étaient offertes en guise de buffet de joyeuse entrée.

première collation - blogue

   Il repéra aussi très vite son lieu d’aisance dans lequel il se rendit avec satisfaction, puis accepta de se laisser conduire en sa couche princière, héritée de feu le Maître-Chat, qu’il trouva fort à sa guise : douce et moelleuse, située un peu en hauteur, elle lui offrait un point d’observation complet sur la pièce – qu’il considéra longuement – avant de s’y pelotonner, ne s’endormant toutefois que d’un œil, attentif au moindre bruit, au moindre mouvement…

Tolbiac en son couffin royal - blogue

 Très rapidement, Tolbiac s’est laissé prendre dans les bras, caresser et papouiller avec un plaisir évident, émettant même des débuts de ronronnements encore timides ; lorsque j’apportai une petite balle de mousse pour jouer avec lui, la glace fut définitivement rompue et j’ai compris que j’étais adopté, puisque, lorsque je disparaissais de sa vue, il émettait de petits miaulements aigus pour m’appeler !
Si bien que lorsque vint le soir et que je gravis les échelons de la mezzanine où se trouve la planche qui me tient lieu de lit, Tolbiac n’envisagea pas un seul instant qu’il dût dormir ailleurs qu’avec moi !
Certes, l’endormissement fut précédé d’une épique « partie de chasse »… aux pieds : le chaton à l’affut du moindre mouvement de mes pieds sous la couette, du moindre frémissement du tissu, déploya tout son art cybernétique et me prouva qu’il serait sans aucune pitié pour les souris, mulots et autres musaraignes qui se hasarderont désormais à l’intérieur du Mesnil-Marie ! Vaincu par la fatigue d’une journée si forte en émotions il finit par sombrer dans un sommeil réparateur, pelotonné dans un repli de la couette, et se tint tranquille jusqu’aux premières lueurs du jour, où il vint frotter son museau contre mon visage en ronronnant.

à l'aube du premier jour - blogue

« A l’aube du premier jour » : le mardi 17 mai au matin…

   Ces deux journées des 17 et 18 mai ont été consacrées à de multiples explorations : Tolbiac a trouvé ses repères dans les deux pièces qui lui sont actuellement accessibles, c’est-à-dire la salle principale et mon bureau… Là, quel bonheur ! Entre les fils électriques qui pendouillent et grouillent derrière toute installation bureautique digne de ce nom, les piles de courrier que l’on peut très facilement renverser, la corbeille à papier en osier que l’on peut escalader pour s’y nicher afin d’y procéder à sa toilette, la fenêtre depuis laquelle on a une vue imprenable sur le poulailler, les gommes et crayons que l’on peut faire rouler d’un agile coup de patte, et les rayonnages de livres derrière lesquels on peut se cacher, il ne sait plus où donner de la tête et des pattes !!!

Explorations 1 - blogue

   Tolbiac s’initie également aux règles de la vie monastique : la clochette (ornée d’une médaille de Notre-Dame de Lourdes) qui annonce que les croquettes sont versées dans son écuelle, et qui n’avait pas fait entendre son tintement depuis le trépas du Maître-Chat Lully, a retrouvé du service, et il doit apprendre qu’on ne doit pas mordiller les statuettes et images saintes qui sont répandues dans toute la maison !
Il semble que faire la sieste sous la protection des Saints Abdon et Sennen lui convient spécialement : il est vrai que c’étaient des Princes Persans et qu’ils devaient donc avoir de l’affection pour les chats.

Dévotion aux Sts Abdon et Sennen - blogue

   Par petites étapes, Tolbiac découvre aussi la terrasse et, au-delà, de vastes horizons vers lesquels il ne se hasarde pas. Il reste toujours à quelques mètres de moi, ne s’occupant que des insectes qu’il voit courir au sol et de l’ondulation des herbes que le vent balance, sur lesquelles il saute comme s’il s’agissait d’horribles monstres à terrasser !

Exploration terrasse - blogue

   Comme vous vous en doutez bien, et ainsi qu’en témoigne la photo ci-dessous, la vie de ce chaton au Mesnil-Marie promet d’être terriblement triste et épouvantablement malheureuse : s’il existait aujourd’hui un Emile Zola ou un Jules Vallès parmi les chats lettrés, il vous décrirait sans nul doute de la plus noire manière l’oppression de l’éducation cléricale et légitimiste que l’on inflige encore à de pauvres petits chats soustraits à la liberté républicaine et aux lumières égalitaires de la fraternité universelle, après lui avoir donné un nom qui renvoie aux siècles d’obscurantisme dominés par l’Eglise catholique qui n’avait d’autre ambition que d’endoctriner des Rois pour les utiliser ensuite afin d’établir sa domination fanatique ! 

opération séduction - blogue

   Car – est-il vraiment besoin de le dire ? -, parce qu’en cette année 2022, il est préconisé de donner aux chiens et aux chats des noms commençant par la lettre « t », le prénom Tolbiac renvoie à cette victoire de Clovis qui décida de sa reddition à la grâce et de sa conversion, et inaugura cette « gesta Dei per Francos » dont nous voulons raviver le souvenir et célébrer la mémoire, afin qu’en revenant aux sources vives de la fontaine baptismale de Reims et renouant son « alliance avec la Sagesse éternelle », la France abjure ses erreurs, se convertisse et revive !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Papillons et chatons

2022-62. Il y aura toujours un avenir pour la monarchie, car le monde a faim et soif de vraie justice, de vraie morale !

Vendredi 13 mai 2022,
Fête de Saint Robert Bellarmin, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici).

Trois lys blancs

Ce vendredi, dans les premières heures de la matinée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le texte suivant qui, au-delà de l’aspect très circonstanciel des paroles qu’il retransmet, délivre une fois encore une grande leçon de Légitimité et manifeste tout-à-la-fois Ses droits pérennes à la Couronne de France et l’actualité de l’institution monarchique [nota : Nous nous permettons de retranscrire en caractères gras les passages les plus importants de cette prise de parole] :

J’étais présent jeudi dernier à New-York à la soirée de soutien de la Versailles Foundation, dirigée par notre chère Barbara de Portago.
Voici un extrait de mon discours :

« Je suis le Chef de la Maison de Bourbon, mais je n’habite pas un palais et je ne porte pas de couronne.
De par ma naissance, je suis l’héritier de la tradition monarchique française, fondée sur les Lois Fondamentales du Royaume.
Ces lois de succession des Rois de France désignent, génération après génération, l’héritier de la couronne : premier-né, mâle et de confession catholique.

Selon ces Lois, la monarchie est indisponible, et ni le Roi, ni aucun conseil ne peut abdiquer, ni nommer son successeur.
Ainsi, une continuité est donnée à la monarchie, résumée par l’expression française : « Le Roi est mort, Vive Le Roi ».

La monarchie française est l’oeuvre de mes ancêtres, elle a été façonnée par tous les Rois qui se sont succédé depuis Hugues Capet au Xème siècle, jusqu’à Charles X au XIXème siècle, sans interruption en passant par Saint Louis, Henri IV, Louis XIV et Louis XVI (qui a tant contribué à l’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1787).

Bel héritage, aujourd’hui plus moral que matériel, qui me confère, des devoirs de tradition et de charité :
- Je participe à de nombreuses manifestations commémoratives en France et à l’étranger, liées à la mémoire de l’œuvre des Rois de France, mes ancêtres.
- Je témoigne des valeurs qui ont fait la France antique, telles que : la justice à l’image de Saint Louis, la paix sociale et la richesse du peuple avec Henri IV, la beauté et la culture magnifiées par Louis XIV.

Je ne peux pas conclure sans aborder la question qui préoccupe tout le monde. Y a-t-il un avenir pour la monarchie ? Il y en aura toujours, car le monde a faim et soif de vraie justice, de vraie morale. Nous avons tous besoin de références claires.
Un tel patrimoine commun, partagé par toute la société civile, qui m’amène aujourd’hui à vous encourager, à faire vivre Versailles, et surtout à vous remercier de votre générosité, qui contribue à la splendeur d’un des plus beaux lieux du monde. »

Le Roi et la Reine à la soirée de la Versailles Foundation New-York 12 mai 2022

Leurs Majestés à la soirée de la Versailles Foundation à New-York

Trois lys blancs

2022-61. « Robert Bellarmin enseigne qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur ».

13 mai,
Fête de Saint Robert Bellarmin, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Dans le diocèse de Viviers, fête de Saint Andéol, sous-diacre et martyr, premier évangélisateur du diocèse.

Saint Robert Bellarmin gravure du XVIIe siècle

Saint Robert Bellarmin

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
dispensée lors de l’audience pontificale générale
du mercredi 23 février 2011

Chers frères et sœurs,

   Saint Robert Bellarmin, dont je désire vous parler aujourd’hui, nous ramène en esprit à l’époque de la douloureuse scission de la chrétienté occidentale, lorsqu’une grave crise politique et religieuse provoqua l’éloignement de nations entières du Siège Apostolique.

   Né le 4 octobre 1542 à Montepulciano, près de Sienne, il est le neveu, du côté de sa mère, du Pape Marcel II.
Il reçut une excellente formation humaniste avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus le 20 septembre 1560. Les études de philosophie et de théologie, qu’il accomplit au Collège Romain, à Padoue et à Louvain, centrées sur Saint Thomas et les Pères de l’Eglise, furent décisives pour son orientation théologique. Ordonné prêtre le 25 mars 1570, il fut pendant quelques années professeur de théologie à Louvain. Appelé par la suite à Rome comme professeur au Collège Romain, il lui fut confiée la chaire d’«Apologétique »; au cours de la décennie où il occupa cette fonction (1576-1586), il prépara une série de leçons qui aboutirent ensuite aux « Controverses », œuvre devenue immédiatement célèbre en raison de la clarté et de la richesse de son contenu et de son ton essentiellement historique.
Le Concile de Trente s’était conclu depuis peu et, pour l’Eglise catholique, il était nécessaire de renforcer et de confirmer son identité notamment face à la réforme protestante. L’action de Robert Bellarmin s’inscrit dans ce contexte. De 1588 à 1594, il fut d’abord père spirituel des étudiants jésuites du Collège Romain, parmi lesquels il rencontra et dirigea Saint Louis Gonzague, puis supérieur religieux. Le Pape Clément VIII le nomma théologien pontifical, consulteur du Saint-Office et recteur du Collège des pénitenciers de la Basilique Saint-Pierre. C’est à la période 1597-1598 que remonte son catéchisme, Doctrine chrétienne abrégée, qui fut son œuvre la plus populaire.

Le 3 mars 1599, il fut créé cardinal par le Pape Clément VIII et, le 18 mars 1602, il fut nommé archevêque de Capoue. Il reçut l’ordination épiscopale le 21 avril de la même année. Au cours des trois années où il fut évêque diocésain, il se distingua par son zèle de prédicateur dans sa cathédrale, par la visite qu’il accomplissait chaque semaine dans les paroisses, par les trois synodes diocésains et le concile provincial auquel il donna vie.
Après avoir participé aux conclaves qui élurent les Papes Léon XI et Paul V, il fut rappelé à Rome, où il devint membre des Congrégations du Saint-Office, de l’Index, des Rites, des évêques et de la Propagation de la foi. Il reçut également des charges diplomatiques, auprès de la République de Venise et de l’Angleterre, pour défendre les droits du Siège Apostolique.
Dans ses dernières années, il rédigea divers livres de spiritualité, dans lesquels il résuma le fruit de ses exercices spirituels annuels. Le peuple chrétien tire aujourd’hui encore une profonde édification de leur lecture.
Il mourut à Rome le 17 septembre 1621.
Le Pape Pie XI le béatifia en 1923, le canonisa en 1930 et le proclama docteur de l’Eglise en 1931.

Saint Robert Bellarmin joua un rôle important dans l’Eglise des dernières décennies du XVIème siècle et des premières du siècle suivant. Ses Controversiae constituèrent un point de référence, encore valable, pour l’ecclésiologie catholique sur les questions concernant la Révélation, la nature de l’Eglise, les Sacrements et l’anthropologie théologique. Dans celles-ci, l’aspect institutionnel de l’Eglise se trouve accentué, en raison des erreurs qui circulaient à l’époque sur ces questions. Toutefois, Bellarmin clarifia également les aspects invisibles de l’Eglise comme Corps mystique et les illustra à travers l’analogie du corps et de l’âme, afin de décrire le rapport entre les richesses intérieures de l’Eglise et les aspects extérieurs qui la rendent perceptible. Dans cette œuvre monumentale, qui tente de systématiser les diverses controverses théologiques de l’époque, il évite toute approche polémique et agressive à l’égard des idées de la réforme, mais en utilisant les arguments de la raison et de la Tradition de l’Eglise, il illustre de manière claire et efficace la doctrine catholique.

Toutefois, son héritage tient à la manière dont il conçut son travail.
Les tâches prenantes du gouvernement ne lui empêchèrent pas, en effet, de tendre quotidiennement vers la sainteté en fidélité aux exigences de son statut de religieux, de prêtre et d’évêque. C’est de cette fidélité que découle son engagement dans la prédication. Etant, en tant que prêtre et évêque, avant tout un pasteur d’âmes, il ressentit le devoir de prêcher assidûment. Il prononça des centaines de sermones — les homélies — dans les Flandres, à Rome, à Naples et à Capoue à l’occasion des célébrations liturgiques. Tout aussi nombreuses, ses expositiones et les explanationes destinées aux curés, aux religieuses, aux étudiants du Collège Romain, ont souvent pour objet les Saintes Ecritures, en particulier les Lettres de Saint Paul. Sa prédication et ses catéchèses présentent ce même caractère d’essentialité qu’il avait appris au cours de son éducation ignacienne, visant tout entière à concentrer les forces de l’âme sur le Seigneur Jésus intensément connu, aimé et imité.

Dans les écrits de cet homme de gouvernement on perçoit de manière très claire, malgré la réserve derrière laquelle il cache ses sentiments, le primat qu’il accorde aux enseignements du Christ. Saint Bellarmin offre ainsi un modèle de prière, âme de toute activité : une prière qui écoute la Parole du Seigneur, qui se satisfait d’en contempler la grandeur, qui ne se replie pas sur elle-même, mais est heureuse de s’abandonner à Dieu.
Un signe distinctif de la spiritualité de Robert Bellarmin est la perception vivante et personnelle de l’immense bonté de Dieu, grâce à laquelle notre saint se sentait vraiment le fils bien-aimé de Dieu, et c’était une source de grande joie que de se recueillir, avec sérénité et simplicité, en prière, en contemplation de Dieu. Dans son livre De ascensione mentis in Deum — Elévation de l’esprit à Dieu — composé sur le schéma de l’Itinerarium de Saint Bonaventure, il s’exclame : «O mon âme, ton exemple est Dieu, beauté infinie, lumière sans ombres, splendeur qui dépasse celle de la lune et du soleil. Lève les yeux vers Dieu dans lequel se trouvent les archétypes de toutes les choses, et dont, comme d’une source d’une infinie fécondité, dérive cette variété presque infinie des choses. C’est pourquoi tu dois conclure : celui qui trouve Dieu trouve toute chose, qui perd Dieu perd toute chose».

Dans ce texte, on entend l’écho de la célèbre contemplatio ad amorem obtinendum — contemplation pour obtenir l’amour — des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Robert Bellarmin, qui vit dans la société fastueuse et souvent malsaine de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème siècle, tire de cette contemplation des aspects pratiques et y projette la situation de l’Eglise de son temps avec un vif souffle pastoral.
Dans l’ouvrage De arte bene moriendi — l’art de bien mourir — il indique, par exemple, comme règle sûre d’une bonne vie, et également d’une bonne mort, de méditer souvent et sérieusement le fait que l’on devra rendre compte à Dieu de ses propres actions et de sa propre façon de vivre, et de chercher à ne pas accumuler de richesses sur cette terre, mais à vivre simplement et avec charité de manière à accumuler des biens au Ciel.
Dans l’ouvrage De gemitu colombae — le gémissement de la colombe, où la colombe représente l’Eglise — il rappelle avec force tout le clergé et les fidèles à une réforme personnelle et concrète de leur propre vie, en suivant ce qu’enseignent les Saintes Ecritures et les saints, parmi lesquels il cite en particulier Saint Grégoire de Nazianze, Saint Jean Chrysostome, Saint Jérôme et Saint Augustin, en plus des grands fondateurs des Ordres religieux, tels que Saint Benoît, Saint Dominique et Saint François.
Robert Bellarmin enseigne avec une grande clarté et à travers l’exemple de sa propre vie qu’il ne peut pas y avoir de véritable réforme de l’Eglise si auparavant il n’y a pas notre réforme personnelle et la conversion de notre cœur.

Robert Bellarmin puisait aux Exercices spirituels de Saint Ignace des conseils pour communiquer de manière profonde, également aux plus simples, les beautés des mystères de la foi. Il écrit : «Si tu es sage, tu comprends que tu es créé pour la gloire de Dieu et pour ton salut éternel. Cela est ton but, le centre de ton âme, le trésor de ton cœur. Estime donc comme un vrai bien pour toi ce qui te conduit à ton objectif, un vrai mal ce qui te le fais manquer. Les événements bénéfiques ou l’adversité, la richesse et la pauvreté, la santé et la maladie, les honneurs et les outrages, la vie et la mort, le sage ne doit ni les chercher, ni les fuir pour lui-même. Ils ne sont bons et désirables que s’ils contribuent à la gloire de Dieu et à ton bonheur éternel, ils sont mauvais et à fuir s’ils lui font obstacle» (De ascensione mentis in Deum, grad. 1).

Ces paroles ne sont assurément pas passées de mode, ce sont des paroles que nous devons méditer longuement aujourd’hui pour orienter notre chemin sur cette terre. Elles nous rappellent que le but de notre vie est le Seigneur, le Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ, en qui Il continue à nous appeler et à nous promettre la communion avec Lui. Elles nous rappellent l’importance de s’en remettre au Seigneur, de nous prodiguer dans une vie fidèle à l’Evangile, d’accepter et d’illuminer par la foi et par la prière toute circonstance et toute action de notre vie, toujours tendus vers l’union avec Lui. 

ihs couleur

2022-60. Qui sont les Saints de glace ?

11 mai,
Fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne en Dauphiné, confesseur ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Fontenoy (cf. > ici).

Saints de glace

   Ah ! Les fameux « Saints de glace » !!!
Même ceux qui ne croient plus trop aux saints et à leur pouvoir d’intercession, s’ils vivent en dehors des grands centres urbains (déconnectés des cycles de la nature) et s’intéressent un peu au jardinage, y prêtent attention chaque année, car les bulletins météorologiques de la radio ou de la télévision y font allusion, voire les citent.

   Il y a toutefois un problème : les saints en question ont figuré dans les calendriers liturgiques pendant plus de mille ans, et au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, leurs noms étaient écrits dans tous les almanachs populaires, dont l’incontournable « Almanach des P.T.T. » que l’on trouvait accroché en bonne place dans quasi toutes les cuisines de nos campagnes…
Mais il y eut le concile vaticandeux, avec ses prémisses – dès 1950 – et ses conséquences, qui ont bouleversé bien des habitudes… et le calendrier lui-même : des saints, jadis très populaires, se sont trouvés relégués au second rang ou changés de place, quand ils n’ont pas été purement et simplement éliminés, tandis que les « curés modernes » n’en parlaient plus ou traitaient de superstitions les dictons populaires attachés à leurs fêtes.
S’adaptant aux « mentalités modernes », le calendrier des Postes a modifié les noms des saints de chaque jour, au grand dam des jardiniers;

Mais bref ! Revenons à nos Saints de glace si redoutés : qui sont-ils ? et pourquoi sont-ils craints ?

   En fait, l’expression « les Saints de glace » désigne en premier lieu une période climatologique observée depuis le haut Moyen-Age d’une manière assez générale en Europe occidentale vers la mi-mai : période au cours de laquelle les dernières gelées sont encore possibles en plaine (puisque, évidemment, en zone montagneuse elles peuvent arriver plus tard).
Ces gelées tardives peuvent avoir des effets désastreux dans les jardins où les jeunes pousses, encore très fragiles donc, peuvent être irrémédiablement endommagées ; de même dans les vergers où, après la floraison, les fruits commencent à se former.

   Dans une civilisation profondément chrétienne, où les dates des fêtes des Saints – surtout si ces derniers sont très populaires – constituent des repères pour toute la société, il était naturel que les Saints fêtés en ces jours redoutés des jardiniers donnassent lieu à des dictons très mnémotechniques, avec des variantes selon les provinces, rappelant aux cultivateurs trop pressés combien il importe qu’ils restent très prudents tant que ces jours des dernières gelées ne sont pas passés.

   Dans la plupart des provinces, ce sont donc les 11, 12 et 13 mai, qui sont appelés jours des « Saints de glace », mais en certains lieux on ne parle pas du 11 et l’on mentionne le 14.
Trois jours qui se suivent donc… Mais on oublie fréquemment le quatrième et dernier jour redouté des jardiniers : le 25 mai, fête de Saint Urbain 1er, pape et martyr.
- Le 11 mai est la fête de Saint Mamert, archevêque de Vienne (en Dauphiné), mort le 11 mai, probablement en 475, il est demeuré célèbre pour avoir institué les prières des Rogations, qui se célèbrent les lundi, mardi et mercredi qui précèdent la fête de l’Ascension.
- Le 12 mai, est fêté un jeune saint de 14 ans originaire de Phrygie, martyrisé en 304, pendant la persécution de Dioclétien : Saint Pancrace. On fête en même temps que lui les Saints Nérée et Achillée, martyrs eux aussi, et Sainte Domitille, vierge et martyre, qui, elle, vécut à la fin du premier siècle et appartenait à la famille impériale.
- Le 13 mai, le martyrologe des Eglises des Gaules mentionne Saint Servais de Tongres, premier évêque de cette cité, objet d’une grande vénération populaire, qui rendit son âme à Dieu le 13 mai 384. Son nom n’étant toutefois plus très répandu, il est parfois confondu avec Saint Gervais, frère de Saint Protais, dont la fête est célébrée le 19 juin.
- Avec le pape et martyr Saint Urbain 1er, déjà mentionné, voilà donc le groupe traditionnellement nommé « Saints de glace », illustrés par ce dicton très facile à mémoriser : « Mamert, Pancrace et Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint Urbain les tient tous dans sa main ».

   Est-il nécessaire de préciser que ces bons Saints ne sont pas les responsables (ni les coupables) des gelées tardives qui peuvent se produire en cette période critique de la mi-mai ? Quelques mécréants, toujours prompts à accuser l’Eglise et les dévots, le croient peut-être, tandis que les personnes pieuses, elles, profitent de l’occurrence de la fête de ces Saints avec les jours des dernières gelées possibles pour demander leur protection et leur intercession…
Qu’ils veillent donc sur vos jardins et vos vergers, sur vos semis et vos jeunes pousses, et puissiez-vous éprouver en ces petites choses de chaque jour combien nous avons de nombreux et puissants amis dans le Ciel !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

chatons jardiniers

2022-59. Message de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la solennité et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.

Dimanche 8 mai 2022, 2ème dimanche de mai :
Solennité liturgique et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc ;
Commémoraison de l’apparition de Saint Michel au Mont Gargan ;
Commémoraison de Marie, Médiatrice de toutes grâces ;
Commémoraison du 3ème dimanche après Pâques.

Armes de France & Navarre

   Quelques minutes après 7 h du matin (heure officielle), en ce deuxième dimanche de mai, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui a été très rapidement relayé des centaines de fois et chaleureusement commenté par les fidèles sujets de Sa Majesté.
Encore une fois, en quelques mots, notre Souverain légitime nous renvoie à l’essentiel et nous oriente vers les points de réflexion et d’action vers laquelle Il souhaite voir les Français accentuer leurs efforts :

    »En ce jour de la fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme, pensons à la Sainte et à la France. Après le terrible premier conflit mondial, Jeanne a été reconnue comme le symbole de l’amour et du dévouement que les Français peuvent et doivent porter à leur Patrie.
Les siècles et les années passent, Sainte Jeanne d’Arc demeure le modèle de la lutte sans cesse recommencée, pour la souveraineté et l’identité si nécessaires pour l’unité d’un Etat.

   Que Sainte Jeanne d’Arc continue à protéger la France ».

Statue Sainte Jeanne d'Arc Reims

2022-58. Importance de Sainte Monique et de Saint Augustin pour les temps actuels.

4 et 5 mai,
Fêtes de Sainte Monique
et de la Conversion de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

   Voici un court texte d’évocation des Saints Monique et Augustin que nous devons à ce fervent disciple du grand Docteur d’Hippone qu’est le Pape Benoît XVI : en quelques phrases, il met en exergue l’actualité de la grande leçon de leurs deux vies et l’importance qu’ils peuvent avoir aujourd’hui pour les fidèles et pour leurs familles.
Ce texte est spécialement adapté aux deux célébrations qui se suivent les 4 et 5 mai : le « dies natalis » de Sainte Monique d’une part, et – au lendemain de sa fête et pour bien montrer l’importance du rôle que cette sainte mère a joué – la fête de la conversion de notre Bienheureux Père, fête propre à l’Ordre de Saint Augustin, d’autre part.

Saint Augustin et Sainte Monique

Courte exhortation de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de la récitation de l’Angélus
le dimanche 27 août 2006
au balcon de la résidence pontificale d’été à Castel Gandolfo

Chers frères et sœurs,

   Nous rappelons aujourd’hui (…) Sainte Monique et demain, nous rappellerons (…) son fils Saint Augustin.

Leurs témoignages peuvent être d’un grand réconfort et d’une grande aide pour tant de familles à notre époque également. Monique, née à Tagaste, aujourd’hui Souk-Aharàs, en Algérie, au sein d’une famille chrétienne, vécut de façon exemplaire sa mission d’épouse et de mère, aidant son mari Patrice à découvrir la beauté de la foi dans le Christ et la force de l’amour évangélique, capable de vaincre le mal par le bien. Après la mort de celui-ci, survenue de façon prématurée, Monique se consacra avec courage au soin de ses trois enfants, parmi lesquels Augustin, qui au début, la fit souffrir par son tempérament plutôt rebelle. Comme le dira Augustin lui-même par la suite, sa mère l’engendra deux fois ; la seconde exigea un long travail spirituel, fait de prière et de larmes, mais couronné à la fin par la joie de le voir non seulement embrasser la foi et recevoir le Baptême, mais également se consacrer entièrement au service du Christ.
Combien de difficultés existent aujourd’hui également dans les relations familiales et combien de mères sont préoccupées parce que leurs enfants empruntent de mauvais chemins !
Monique, femme sage et solide dans la foi, les invite à ne pas se décourager, mais à persévérer dans leur mission d’épouses et de mères, en conservant fermement la confiance en Dieu et en se raccrochant avec persévérance à la prière.

   Quant à Augustin, toute son existence fut une recherche passionnée de la Vérité.
À la fin, non sans un long tourment intérieur, il découvrit dans le Christ le sens ultime et plénier de sa vie et de toute l’histoire humaine. Au cours de son adolescence, attiré par la beauté terrestre, « il se jeta » sur elle – comme il le confie lui-même (cf. Confessions 10, 27-38) – de façon égoïste et possessive, à travers des comportements qui furent la cause d’une grande douleur pour sa pieuse mère. Mais, à travers un parcours difficile, notamment grâce aux prières de sa mère, Augustin s’ouvrit toujours plus à la plénitude de la vérité et de l’amour, jusqu’à sa conversion, qui eut lieu à Milan sous la direction de l’évêque Saint Ambroise. Il demeurera ainsi le modèle du chemin vers Dieu, Vérité et Bien suprême. « Je vous ai aimée tard – écrit-il dans le célèbre livre des Confessions – beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! Vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais [...] Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous… Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille, votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement » (ibid.).
Que saint Augustin obtienne le don d’une rencontre sincère et profonde avec le Christ à tous les jeunes qui, assoiffés de bonheur, la recherchent en parcourant les mauvais sentiers et se perdent dans des voies sans issue.

   Sainte Monique et saint Augustin nous invitent à nous adresser avec confiance à Marie, Siège de la Sagesse.
Nous lui confions les parents chrétiens afin que, comme Monique, ils accompagnent par l’exemple et la prière le chemin de leurs enfants.
Nous confions la jeunesse à la Vierge Mère de Dieu, afin que, comme Augustin, elle tende toujours vers la plénitude de la Vérité et de l’Amour, qui est le Christ. Lui seul peut satisfaire les désirs profonds du cœur humain.

Pavie : exposition des reliques de Saint Augustin

Exposition des reliques de Saint Augustin
(basilique basilique San Pietro in Ciel d’Oro, à Pavie)

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