Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2016-83. « Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

24 novembre,
Fête de Saint Jean de la Croix.

Saint Jean de la Croix - Avila monastère de l'Incarnation

Saint Jean de la Croix
(Avila, monastère de l’Incarnation)

A l’occasion de la fête de Saint Jean de la Croix, voici une page remarquable de Gustave Thibon : il s’agit du commencement d’une conférence que le philosophe avait intitulée « Saint Jean de la Croix et le monde moderne ». Le philosophe y fait ressortir, avec sa décapante pertinence accoutumée, à quel point la doctrine spirituelle du « Docteur mystique » nous est nécessaire et salutaire…

« Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

« Ce n’est pas sans une grande confusion intérieure que j’ose parler de Jean de la Croix. Je crains de ne vous apporter que des mots. Est-il possible de commenter un tel message sans le vivre intérieurement ? Je songe avec angoisse aux profondes vérités spirituelles qui nous ont été révélées par les sages, les prophètes et les saints. Tout ce que l’homme pouvait dire de Dieu, il l’a dit : les secrets de l’amour et de la vie éternelle traînent dans des livres que nous avons tous lus. Et ces choses que nous savons tous, nous les vivons si peu… C’est là un scandale dont l’habitude seule nous empêche de mesurer l’étendue.
Que je vous entretienne ce soir de Jean de la Croix, que vos esprits et le mien baignent pendant une heure dans ces certitudes nourricières qui sont l’âme de notre destin, et que nous retournions, vous et moi, avec le même coeur charnel empli des mêmes vanités, voilà bien la meilleure preuve du péché originel et du désordre profond installé dans notre nature.
Celui qui n’a pas médité anxieusement sur ce manque de force attractive des vérités suprêmes, sur cette inertie du verbe divin en nous, ne sait rien de la bassesse et de la malice de l’homme.
Il ne sert de rien d’invoquer ici notre faiblesse – nous savons être forts pour conquérir les choses d’en-bas – , ni notre égoïsme : un être fini ne peut pas être absolument égoïste, et nous nous immolons tous les jours aux objets les plus pauvres et les plus caducs. Quels sacrifices ne fait pas l’avare pour un peu d’or, ou l’ambitieux pour de vains honneurs !
Nous ne sommes lâches que devant Dieu.
Nous ne sommes ni faibles, ni égoïstes, nous sommes idolâtres.

Jean de la Croix est le grand médecin de l’idolâtrie, tout simplement parce qu’il croit en Dieu au sens fort, au sens vivant du mot. Etymologiquement « croire » signifie prêter, confier. Celui qui croit se confie à Dieu.
La doctrine de Jean peut se résumer en deux mots : tout et rien. Dieu est tout et la créature n’est rien. Plus que cela : il faut que la créature ne soit rien pour tout recevoir. Dieu, qui peut tout, ne travaille en quelque sorte qu’à partir du néant. Nous étions néant quand Dieu nous a appelés à la vie naturelle, il faut que nous redevenions néant pour recevoir dans sa plénitude la vie surnaturelle. C’est le sens du mot de Jésus à Nicodème : « Si l’homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ».
Mais avant de renaître, il faut mourir. Nos échecs, nos lenteurs et nos reculs dans la voie divine procèdent de ce que nous n’avons pas fait le vide en nous, de ce que nous n’avons pas renoncé pour Dieu à tout ce qui n’est pas Dieu. Nous sommes des mendiants aux mains pleines… 
« Toute la beauté des créatures est souveraine laideur devant la beauté infinie de Dieu… Toute la grâce, tout le charme des créatures est matière insipide et répugnante en face de la beauté divine… Tout ce que les créatures du monde renferment de bonté n’est que suprême malice en présence de la bonté divine. Dieu seul est bon… Toute la sagesse du monde n’est que pure et souveraine ignorance devant la sagesse de Dieu… Toute la puissance, toute la liberté du monde n’est que servitude, détresse et captivité, vis-à-vis de la liberté et de la domination divines… » « Ne donnez rien aux créatures si vous voulez garder la face de Dieu présente, claire et pure en votre âme… Dieu et les créatures ne se ressemblent pas. »

Il faut choisir. On ne peut pas poursuivre à la fois le néant et l’absolu. Ces créatures qui ne sont rien, il faut que nous les traitions comme rien.
Le rien… Dans ce monde en délire, où tous les appuis naturels nous manquent à la fois, nous sommes mieux placés que jamais pour sonder le vide de tout le créé.
Biens matériels, liberté, sécurité, vie, patrie, êtres chers, tout ce que nous aimons est vertigineusement précaire et menacé, notre coeur de chair saigne par toutes ses fibres, le rien déborde de toutes parts sur le monde… Excellente préparation extérieure à l’enseignement de Jean de la Croix.
Mais à quoi sert que le rien déferle autour de nous, si nous gardons dans nos âmes les racines des affections dont l’objet nous est ravi ?
Jean de la Croix nous apprendra à mettre notre vie intérieure à l’unisson des épreuves qui nous accablent du dehors. »

Gustave Thibon,
« Saint Jean de la Croix et le monde moderne »
in « Ils sculptent en nous le silence » -Ed. François-Xavier de Guibert, 2003, pp. 29-32.

Christ en croix dessiné par Saint Jean de la Croix

Christ en croix dessiné par Saint Jean de la Croix

Sur Saint Jean de la Croix, voir aussi dans ce blogue :
– Résumé biographique et poème « C’est de nuit » > ici
– Bande dessinée : « Libérer le vol de l’âme » > ici

2016-80. Où, à l’occasion de la fête des Saintes Reliques, le Maître-Chat narre la manière dont il a été en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand.

Samedi soir 5 novembre 2016,
Fête des Saintes Reliques.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans ce blogue (cf. > ici), chaque 5 novembre, nous célébrons la fête des Saintes Reliques, fête propre à un certain nombre de diocèses et de congrégations.

En notre Mesnil-Marie, vous le savez aussi, nous gardons dans l’oratoire un assez grand nombre de reliques pour la conservation et l’exposition desquelles notre Frère Maximilien-Marie a aménagé une ancienne bonnetière du début du XVIIIe siècle…

Sacellum reliquiarum dans l'oratoire du Mesnil-Marie

« Sacellum reliquiarum » :
l’armoire des reliques dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

L’un des derniers reliquaires à avoir pris place dans le « sacellum reliquiarum » – l’armoire des reliques – est un morceau de bure, découpé en forme de tunique, qui a été mis en contact direct avec la Sainte Tunique d’Argenteuil.
En effet, comme notre Frère ne pouvait se rendre à la basilique Saint-Denys d’Argenteuil à l’occasion de l’ostension solennelle qui a eu lieu au printemps dernier, il a obtenu du très sympathique recteur de la basilique ce que l’on appelle en jargon ecclésiastique un « tetigit » (ce qui signifie littéralement « il a touché »), c’est-à-dire un morceau d’étoffe qui a touché à l’insigne relique et qui, de ce fait, est devenu lui-même une relique de troisième classe ; c’est un usage très ancien de l’Eglise, puisque, par exemple, on sait que les premiers chrétiens mettaient des linges au contact des tombes des Saints Apôtres Pierre et Paul et les rapportaient chez eux comme des reliques.

Reliquaire de la Sainte Tunique

« Tetigit » de la Sainte Tunique d’Argenteuil au Mesnil-Marie.

Mais, si j’ai pris ce soir la plume, c’est pour vous raconter que, il y a quelques semaines, je ne me suis pas contenté de vénérer les reliques conservées dans notre oratoire, aussi précieuses soient-elles, mais que j’ai eu l’occasion de me rendre « en chair et en os », comme on dit familièrement, en pèlerinage auprès des reliques de Saint Antoine le Grand. Le fait est assez rare pour que je le souligne, puisque, de manière habituelle, je ne quitte le Mesnil-Marie et ne monte en automobile que pour me rendre chez Madame la Doctoresse des chats…

Je vous ai transcrit, il y a quelques années, une belle histoire de notre Frère Maximilien-Marie sur les liens privilégiés qu’eurent de nombreux saints avec les animaux (cf. la première des quatre parties > ici ; ensuite cliquer sur le lien en fin de chaque épisode). Or, s’il est un saint qui a un rapport très particulier avec les animaux, c’est bien Saint Antoine le Grand, appelé aussi parfois Saint Antoine d’Egypte, « père de tous les moines d’Orient et d’Occident », pour la fête duquel, le 17 janvier, la Sainte Eglise a même institué une bénédiction des animaux (voir > ici).

Saint Antoine le Grand entouré d'animaux - détail de la châsse de Saint Antoine

Saint Antoine le Grand dans le désert entouré d’animaux qu’il bénit
(bas relief d’argent – détail de la châsse de Saint Antoine le Grand à Saint-Antoine-l’Abbaye)

Les reliques de Saint Antoine le Grand se trouvent, depuis la seconde moitié du XIe siècle, dans l’église abbatiale du village aujourd’hui dénommé Saint-Antoine-l’Abbaye, en Dauphiné, à une trentaine de lieues environ de notre Mesnil-Marie.
Frère Maximilien-Marie s’y rend lui-même en pèlerinage environ une fois par an. D’habitude, il ne m’y emmène pas, car il sait que je n’apprécie pas trop les voyages en automobile…

…Toutefois, à la mi-octobre dernière, notre Frère devait se rendre à La Salette : en effet, l’association des descendants des Zouaves Pontificaux, avec laquelle vous savez qu’il a des liens étroits (cf. par exemple > ici), en cette année du cent-septentième anniversaire de l’apparition et parce que Maximin Giraud a lui-même intégré un temps le corps des Zouaves Pontificaux, tenait à La Salette son assemblée générale annuelle. C’était donc une occasion unique d’approfondir le message donné aux hommes par la Sainte Mère de Dieu sur la sainte montagne, et de réfléchir sur les prolongements de cette apparition dans l’histoire de l’Eglise et de la Chrétienté… D’ailleurs, Frère Maximilien-Marie était sollicité pour donner une conférence sur ces thèmes lors du séjour.

Bref ! Accompagné d’un ami, notre Frère devait partir pour La Salette le 13 octobre dans la matinée et ne revenir que le samedi 15 octobre en fin d’après-midi.
Il m’a demandé si – bien que je n’aimasse point les longs trajets en voiture – je voulais l’accompagner, ou si je préférais rester pendant trois jours tout seul au Mesnil-Marie (avec toutefois la visite d’un voisin une fois par jour pour remplir mon écuelle). Tout bien réfléchi, j’ai opté pour le voyage à La Salette : même si je savais qu’à l’hôtellerie du sanctuaire je resterai dans sa cellule, du moins étais-je sûr que je ne serai jamais trop longtemps séparé de mon papa-moine !

Saint-Antoine-l'Abbaye

Saint-Antoine-l’Abbaye : l’abbatiale dominant le village.

De La Salette même, je ne vous dirai rien de plus aujourd’hui car cela n’entre pas dans mon propos, mais c’est parce que je m’étais montré particulièrement sage et patient durant les longs voyages et pendant le séjour à l’hôtellerie du sanctuaire que, lors de notre retour, Frère Maximilien-Marie a proposé que nous fassions une halte à Saint-Antoine-l’Abbaye, afin qu’il puisse me présenter directement à la bénédiction et protection de Saint Antoine le Grand.
Sitôt dit, sitôt fait, car le village n’est pas très éloigné de l’autoroute que nous empruntions.

Maître-autel de l'abbatiale Saint-Antoine

Maître-autel de l’abbatiale, à l’intérieur duquel sont conservées les reliques de Saint Antoine.

C’est dans mon panier de voyage que Frère Maximilien-Marie m’a introduit dans l’abbatiale : il m’en avait tellement parlé que j’ai bien reconnu tout ce qu’il m’ en avait décrit.

J’ai été impressionné par la majesté et les proportions du splendide maître-autel de marbre et de bronze à l’intérieur duquel sont conservées les reliques du saint anachorète.
Mais je me suis aussi très rapidement senti en pays de connaissance, puisque deux de mes congénères montent la garde de part et d’autre du lieu sacré où sont conservées ces insignes reliques…

Lion gardant les reliques de Saint Antoine

Lion gardant les reliques de Saint Antoine (détail du maître-autel)

C’est par l’arrière du maître-autel que, à travers une lourde grille de bronze, l’on peut apercevoir la châsse d’argent en laquelle sont renfermés les précieux ossements du grand Saint Antoine.

arrière du maître-autel

L’arrière du maître-autel et la grille par laquelle on aperçoit le reliquaire.

Frère Maximilien-Marie m’a alors fait sortir de mon panier, et, me tenant dans ses bras, m’a présenté à cette grille, pour que je sois au plus près des reliques…

Lully près des reliques de Saint Antoine 1

Lully près des reliques de Saint Antoine 2

Dans mon coeur, je me suis uni à la prière affectueuse de mon papa-moine qui me confiait à la protection de Saint Antoine et me recommandait à sa bénédiction.

J’ai aussi pu admirer cette très belle châsse, et frère Maximilien-Marie m’a expliqué que, lors du pèlerinage annuel (à l’Ascension, je crois), elle est extraite du maître-autel, portée en procession dans la cour d’honneur de l’abbaye, et que, à l’issue de cette procession, les fidèles ont l’habitude de passer sous le reliquaire maintenu un peu en hauteur.

châsse de Saint Antoine le grand

Châsse de Saint Antoine le Grand, en bois sombre et en argent, telle qu’on peut l’apercevoir à travers la grille du maître-autel (les bas reliefs représentent des scènes de la vie et la mort de Saint Antoine).

Ce samedi 15 octobre, où je fus donc « présenté à Saint Antoine », reste donc un grand et beau jour pour moi : je suis vraiment très heureux d’avoir pu approcher si près de sa châsse et j’ai voulu profiter de la fête liturgique propre des saintes reliques pour vous partager ma joie…

Pour terminer, laissez-moi vous montrer ce beau tableau d’un peintre baroque de l’école napolitaine, Francesco Guarino (1611-1654), représentant la rencontre de Saint Antoine avec le centaure : j’aime particulièrement cette oeuvre parce que Saint Antoine y est vêtu de noir et de blanc… comme je le suis moi-même !

pattes de chatLully.

Francesco Guarino Saint Antoine et le centaure 1642

Francesco Guarino : Saint Antoine et le centaure (1642)

2016-79. Parce que, à des degrés divers, nous sommes tous plus ou moins contaminés par l’esprit révolutionnaire actuellement régnant…

27 octobre.
Vigile des Saints Apôtres Simon et Jude.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si j’ai tenu, lors de mes quatre précédentes publications (cf. > ici, > ici, > ici et > ici), à publier des extraits de l’ouvrage de Gustave Thibon intitulé « Diagnostics », c’est parce que, je l’ai dit et je le redis, cet ouvrage – qui n’est, malheureusement, pas l’un des plus connus ni des plus lus – contient des éléments précieux pour la compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux, en ces jours mêmes, aussi bien dans la société civile que dans l’Eglise.

Qu’est ce, en effet, que cette république qui prétend « être la France » ?
Car c’est bien ce qui ressort de l’article premier de la constitution du 4 octobre 1958 qui proclame : « La France est une république… » Etrange aberration qui fait la confusion entre d’une part un pays physique – défini par la géographie et par l’histoire – , et d’autre part un régime politique, ce qui est une notion abstaite.
Je répète donc ma question : qu’est-ce donc que cette république ?
Eh bien, elle n’est rien d’autre que la continuation et l’institutionalisation de la révolution.
La république, c’est la révolution mise en acte chaque jour dans la vie sociale de la France.
Et pas seulement dans la vie sociale : c’est aussi la révolution mise en acte chaque jour dans la vie et dans la conscience de chacun des Français.
La révolution-république s’insinue en effet partout, et elle étend ses métastases dans l’intelligence, dans l’esprit, dans la conscience et dans le coeur de tous les individus, pour les façonner selon son idéologie, pompeusement attifée de « valeurs » qu’elle a dénaturées après les avoir volées à la Chrétienté.

On reconnaît sans peine en cela l’action du « singe de Dieu », l’action de celui qui est « menteur et homicide dès le commencement » (cf. Jean VIII, 44) : l’ange déchu, le premier révolutionnaire, qui a entraîné dans sa révolte le tiers des étoiles du ciel (cf. Apoc. XII, 4), et qui a séduit nos premiers parents, leur proposant d’être « comme des dieux » en les incitant à se faire eux-mêmes la norme et le critère du bien et du mal (cf. Gen. III, 5).
De tout ceci, je vous ai déjà en bonne partie entretenus, chers Amis, lorsque j’ai publié, en 2012, une petite étude intitulée « Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique » (cf. > ici).

Lucifer enchaïné - cathédrale de Liège - Guillaume Geefs 1848

Lucifer enchaïné
oeuvre de Guillaume Geefs (1848) à la cathédrale de Liège.

Les extraits de cette « Biologie des révolutions » que nous avons publiés ces jours précédents sont-ils autre chose que des réflexions de bon sens chrétien ?
Le problème vient précisément du fait que, de nos jours, le bon sens chrétien devient rare, même parmi les clercs.

Car, lorsque des évêques publient une indigeste réflexion sur le « sens du politique » en semblant pratiquement ignorer que, en saine théologie catholique, le principe de la souveraineté ne réside ni dans le peuple, ni dans la nation, ni dans un « contrat social », mais en Dieu seul – « Omnis potestas a Deo » (Rom. XIII, 1) – , et en faisant quasi abstraction des conséquences concrètes du péché originel dans la condition humaine, on ne peut évidemment plus parler de bon sens chrétien et encore moins d’enseignement authentiquement catholique : les métastases de l’idéologie révolutionnaire – fille du nominalisme, fille du protestantisme politique, fille du rousseauisme, fille du naturalisme, fille du relativisme, fille du modernisme, fille de l’abandon de la philosophia perrenis, fille de l’ignorance de la doctrine des Pères et Docteurs de l’Eglise… etc. – ont généralisé le cancer intellectuel et psychologique au point d’en faire un ralliement total aux doctrines des loges.

Il y a six ans, en novembre 2010, au terme d’une étude sur l’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et l’Eglise, j’abordais la question des infiltrations maçonniques dans l’Eglise et j’écrivais : « (…) c’est une évidence qui n’a pas besoin d’être démontrée que beaucoup de catholiques – comme la plupart de nos contemporains – ont aujourd’hui admis les thèses relativistes, pour le dogme comme pour la morale, qui découlent des convictions maçonniques. C’est justement l’une des grandes victoires de la franc-maçonnerie, à la suite d’un important travail de sape de l’influence catholique et par une mainmise de plus en plus forte sur tout ce qui peut influencer le jugement des hommes, d’avoir réussi que ses idées soient devenues quasi générales dans la société occidentale, sans que les citoyens « de base » en aient conscience. » (voir > ici).
Je réaffirme aujourd’hui haut et fort ce que j’écrivais alors (et vous invite à vous reporter à l’intégralité de mon texte, ainsi qu’à la bande dessinée - réalisée en 2001 – que je publiais à sa suite, et à propos de laquelle j’insiste pour dire qu’elle ne comporte point d’outrance mais la seule et stricte vérité).

Voilà pourquoi, en conclusion des publications de tous ces jours, et en raison même des carences et lacunes que nous portons tous (parce que, à des degrés divers, nous sommes tous plus ou moins insidieusement contaminés par l’esprit révolutionnaire actuellement régnant), je voudrais vous encourager avec toute l’énergie dont je suis capable, mes chers Amis, à acquérir une solide formation politique fondamentale, une formation politique fondamentale authentiquement catholique, que vous chercheriez en vain dans la majorité des publications actuelles.
Il y a deux ouvrages qui me paraissent absolument fondamentaux et que je vous recommande par dessus tout :
- 1) l’opuscule de Saint Thomas d’Aquin intitulé « De regno » (ou « De regimine principum »), dont on peut trouver la traduction authentique  par exemple > ici.
- 2) et l’admirable ouvrage de notre grand Bossuet qui a pour titre « Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte », qui est davantage qu’un opuscule mais dont la lecture persévérante constitue en vérité une cure de guérison intellectuelle et spirituelle (c’est un ouvrage qui a été réédité et qui coûte relativement cher, mais que l’on peut aussi lire « en ligne » ou télécharger dans une édition ancienne, par exemple > ici).

Les enjeux actuels, la véritable lutte contre-révolutionnaire libérée des mirages d’une prétendue « efficacité » immédiate, l’avenir et la résurrection de notre France catholique et royale et, à travers cela, le salut de nos âmes valent bien quelques efforts soutenus de formation, quelque ascétique que celà puisse sembler…

Patte de chatLully.

Saint Michel gif

2016-78. Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain (Gustave Thibon).

25 octobre,
Anniversaire de la victoire de Charles Martel à Poitiers (25 octobre 732).

fleur de lys

Voici encore quelques extraits du précieux chapitre de « Diagnostics » intitulé « Biologie des révolutions » publié par Gustave Thibon en 1942.
La pertinence et la profondeur de l’analyse de la genèse de l’esprit révolutionnaire sont aussi implaccables qu’elles sont lumineuses. Je l’écrivais déjà lors de la publication du précédent extrait (cf. > ici) mais j’insiste encore sur ce point : ces lignes véritablement prophétiques de Thibon éclairent d’une manière unique le présent de la société civile et religieuse, car elles mettent à nu les principes et les ressorts qui sont aux origines de notre actualité.

Caspar David Friedrich l'abbaye dans une forêt de chênes

Gaspard David Friedrich : l’abbaye dans une forêt de chênes (1809-1810)

Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain :

« On me reprochera peut-être de chercher trop bas dans l’homme les mobiles des révolutions et de ne pas assez tenir compte de l’idéalisme révolutionnaire. Quelles que soient la puissance et les capacités de métamorphose et de sublimation d’un sentiment comme l’envie (il y a un idéalisme et héroïsme de l’envieux), je ne prétends pas que cette passion entre seule en jeu dans la genèse psychologique des révolutions. L’esprit révolutionnaire est un complexe.  
(…) Quoi qu’il en soit, chacun m’accordera que tout vrai révolutionnaire est un homme que travaille l’impatience de détruire. Cet impératif : « Il faut tout changer ! » n’est pas devenu par hasard un slogan démocratique.
Le révolutionnaire croit à la possibilité d’une refonte de tout. « Détruisons tout cet édifice social impur, clame sa foi, dussions-nous, pour reconstruire, partir du néant ! »
- Hélas ! Dieu seul peut repartir du néant. Et Il ne le fait pas. Il préfère repartir chaque jour de la médiocrité et du mal humains. Nul n’est plus que Dieu lent à détruire ; Dieu se penche pour les sauver sur les moindres reliquats d’être et de vérité qui subsistent sous les scandales et les routines, ses mains sont avares du feu du ciel. Il est une chose à laquelle les chrétiens ne réfléchiront peut-être jamais assez ; un Dieu tout-puissant, créateur d’un monde si impur, n’a jamais détruit ni recréé ce monde !
Mais les hommes impuissants ne redoutent pas de détruire. La parabole de l’ivraie et du bon grain n’est jamais rentrée dans des oreilles révolutionnaires. Les moindres tares de l’autorité et de l’ordre sont, pour certains amants de l’humanité, prétexte à désirer un bouleversement universel. Il est amèrement instructif de les observer : au nom d’un scandale à supprimer, d’une injustice à réparer, ils n’hésitent pas à trancher les racines millénaires de la vie sociale ; ils provoquent un cancer pour guérir une égratignure ! A les voir s’agiter ainsi à rebrousse-nature, on se demande si leur prétention de tout reconstruire n’est pas simplement le voile et le passeport de je ne sais quelle volupté d’anéantir, d’une sorte de haine orgueilleuse et lâche de la condition humaine ?
Quand la mort a besoin d’un pseudonyme, elle choisit le mot de justice : la manière spécifiquement révolutionnaire de réaliser la justice, c’est de faire le vide dans les deux plateaux de la balance.
- Lorsque M. Georges Bernanos se console de la catastrophe espagnole en faisant observer que la nature, à mesure que s’élève chaque génération, détruit la génération précédente au lieu de la reformer, cette assimilation de la destruction humaine à la destruction cosmique nous cause quelque anxiété. Des démons habitent l’homme, qui n’habitent pas la nature. Il faut n’avoir jamais senti ce que l’homme porte en lui de malice et de folie pour comparer les bouleversements sociaux aux cycles biologiques. Ce que la nature tue est digne de mourir ; la mort chez elle est réglée par les exigences de la vie. Mais, dans les grandes crises humaines, la soif de détruire acquiert une espèce d’autonomie infernale et se dégage de toute autre finalité ; elle balaie simultanément ce qui est caduc et ce qui est sain ; la mort demande sa proie, non plus en tant que servante de la vie, mais en tant que reine du monde !
- Et puis, si les « révolutions » naturelles anéantissent les individus, elles respectent les espèces et laissent intactes les nécessités éternelles de la vie, tandis que les révolutions humaines s’attaquent surtout, à travers les personnes et les événements éphémères, aux fondements essentiels de l’existence et de l’ordre : plus que sur des êtres vivants, c’est sur la vie qu’elles s’acharnent ; derrière les hommes, elles mordent dans la nature de l’humanité. La destruction cosmique c’est, dans un fleuve, une vague qui pousse l’autre ; la destruction humaine, c’est l’empoisonnement de la source. La nature nie le passé pour assurer l’avenir ; elle sème les ruines comme un engrais. Mais la destruction révolutionnaire, en croyant nier le passé, nie en réalité la misère, les besoins éternels de l’homme. Et, par là, sa guerre conte le passé, au lieu de nourrir l’avenir, l’empoisonne. Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain… »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942 pp. 113-116)

A suivre…

Gaspard-David Friedrich détail

L’abbaye dans une forêt de chênes – détail.

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 25 octobre, 2016 |1 Commentaire »

2016-77. La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple, elle ne les crée pas de toutes pièces (Gustave Thibon).

21 octobre,
Fête de Saint Ursule et de ses compagnes, vierges et martyres ;
Mémoire de Saint Hilarion de Gaza, abbé ;
A Laon, fête de Sainte Céline, mère de Saint Remi ;
Dans l’empire d’Autriche et le royaume de Hongrie, fête du Bienheureux Charles de Habsbourg.

Poursuivons notre lecture (cf. les publications précédentes > ici et > ici) du chapître « Biologie des révolutions » publié par Gustave Thibon en 1942 dans « Diagnostics ».
La méditation de ces lignes, profondes et pénétrantes « comme un glaive à double tranchant » (cf. Heb. IV, 12), peut éclairer de sa fulgurance la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui, sous nos yeux, non seulement dans la société civile mais aussi dans la Sainte Eglise, nous aidant à « discerner les pensées et les intentions du coeur » (ibid.)…

Mattia Bortoloni construction de la tour de Babel

Construction de la tour de Babel
Mattia Bortoloni, fresque de la Villa Cornaro à Piombiono Dese (1717-1718).

La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple,
elle ne les crée pas de toutes pièces.

« L’histoire montre assez que les révolutions sont toujours précédées et conditionées par une carence, une « démission » marquées des élites dirigeantes. Le mal part d’en haut et contamine le peuple. On a déjà beaucoup souligné ce point de vue. A mon gré, il est juste mais insuffisant.
Il n’est pas vrai que la responsabilité première des révolutions remonte tout entière aux « péchés » de l’élite. Même sous les gouvernements les plus sains, il existe, dans l’âme des masses, une espèce de mentalité révolutionnaire latente. Il s’agit là d’un simple cas particulier de la grande loi qui veut que la matière résiste à la forme, l’inférieur au supérieur. Comme les sens, même chez l’homme le plus sain, conservent toujours un minimum d’indiscipline et d’excentricité à l’égard du gouvernement de l’esprit, de même il existe, à l’intérieur du corps social, une certaine opposition naturelle des masses à l’autorité. Et cette tension, d’ordre en quelque sorte métaphysique, se trouve aggravée et envenimée par la malice humaine. La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple, elle ne les crée pas de toutes pièces ! Prétendre – conformément à la démolâtrie moderne – que les catastrophes sociales procèdent uniquement des fautes de l’autorité, que tout le mal vient d’en haut, c’est proclamer implicitement que tout ce qui est en bas est pur par essence, qu’il suffit d’être en bas pour être pur. Comme si les masses ne portaient en elles aucun désordre et ne pouvaient recevoir le mal que d’en haut ! Comme si l’autorité la plus saine ne devait pas, elle aussi, compter avec la révolte et l’envie ! Sans doute, le pharisaïsme du chef fouette la révolte du subordonné. Mais, à regarder de plus près, on constate qu’au fond le révolutionnaire a terriblement besoin du pharisien. Il est si heureux de trouver dans la corruption pharisaïque un prétexte pour poursuivre et blesser à mort une beauté et une grandeur qu’il envie sans les comprendre.
En réalité, le mal vient simultanément d’en haut et d’en bas, des chefs et du peuple. Les fils d’Adam ont ce triste privilège commun d’être cause première dans le mal. Je crois cependant à une responsabilité plus lourde des élites. Je m’explique. Si, dans toute unité, toute synthèse (biologique ou sociale), l’inférieur résiste dans une certaine mesure au supérieur, il est aussi foncièrement attiré par celui-ci. Ainsi pour le peuple : quelle que soit sa situation vis-à-vis de l’élite, il reste toujours soumis à son attraction. Si l’élite est saine, ce magnétisme qu’elle exerce sur le peuple corrige et surmonte dans l’ensemble les tendances anarchiques de ce dernier, et l’équilibre social subsiste. Mais si l’autorité est pourrie, la séduction qui émane d’elle gâte le peuple et, ce faisant, stimule en lui l’instinct anarchique, car toute corruption est, par nature, une révolte contre l’harmonie et l’unité. Alors, on assiste à ce monstrueux paradoxe, qui est comme le noeud psychologique des révolutions : l’influence du supérieur sur l’inférieur tournant à la ruine du tout ; on se trouve en face de peuples révoltés contre le pouvoir de leurs maîtres, mais envieux de leur corruption, et qui, ouverts à toutes les maladies de l’autorité, repoussent la nature de l’autorité. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942, pp. 111-113).

Babel détail Mattia Bortoloni

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 21 octobre, 2016 |1 Commentaire »

2016-76. Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge, c’est le vice qui essaime (G. Thibon).

Jeudi 20 octobre 2016,
Fête de Saint Jean de Kenty,
Au couvent de la Trinité des Monts, à Rome, la fête de « Mater admirabilis » (cf. > ici et ici
).

Voici la suite des très pertinentes et judicieuses réflexions (cf. la première partie > ici) de Gustave Thibon dans le chapitre « Biologie des révolutions » de son ouvrage « Diagnostics » (Librairie de Médicis – 1942).

Tintoret le meurtre d'abel - Académie Venise

Le Tintoret : « le meurtre d’Abel » (1551-52 – Venise, gallerie de l’Académie)

Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge,
c’est le vice qui essaime.

« La fonction normale des révolutions (j’allais dire leur fonction idéale, car, ici-bas, ce qui est réel n’est presque jamais normal !) consiste donc à purger et à assainir un ordre politique plus ou moins caduc et corrompu. Mais leurs résultats concrets et pratiques trahissent misérablement cette finalité supérieure. Il est historiquement acquis que les crises révolutionnaires (lesquelles devraient, en soi, provoquer dans la Cité une réaction salutaire, point de départ d’une nouvelle harmonie) finissent généralement très mal et cèdent la place en mourant à un régime plus impur que le régime qu’elles ont tué (…).
La fièvre révolutionnaire peut conduire à une santé plus parfaite. Mais à condition d’en guérir, – et d’en guérir complètement ! Or, les sociétés actuelles guérissent mal des révolutions : après la crise d’anarchie aiguë et le retour à une santé apparente, elles demeurent imprégnées du virus révolutionnaire ; l’infection s’installe en elle à l’état chronique et leur dernier état est pire que le premier. Ainsi pour la Révolution française. De Maistre voyait en elle avec raison un châtiment purificateur infligé par Dieu à des pouvoirs légitimes, mais dégénérés et pervertis. La crise passée, l’ancien régime devait se réveiller, rajeuni et fortifié. Seulement, cette saine ordination du mal a fait long feu. Après cent cinquante ans [note 1], les miasmes de 1789 continuent à corrompre le monde : la crise, grosse d’une résurrection, n’a enfanté que plus de marasme…
Cet avortement, au fond, n’a rien que de très logique. Les fruits des révolutions n’étonnent pas celui qui connaît la racine des révolutions. Voici un régime politique sain dans ses principes, mais corrompu dans ses représentants au pouvoir. En vertu même de la séparation des castes et de la rigueur de l’ordre établi, cette corruption reste en grande partie localisée dans les classes dirigeantes : elle est pour le peuple une source d’oppression plutôt que d’infection. Une révolution semble nécessaire pour assainir le régime. Fort bien. Mais ne raisonnons pas dans l’éther. Quelle fibre secrète les meneurs révolutionnaires devront-ils toucher et exploiter dans la conscience des peuples pour déclencher leur révolte destructrice ? La haine généreuse de la pourriture des gouvernants, la soif de la sainte justice sociale ? Allons donc ! Les hommes capables de détruire avec pureté sont rares comme le diamant.
L’éternel levain des révolutions, c’est la soif, chez l’opprimé, de partager la corruption de l’oppresseur, de goûter à ce fruit véreux que son envie et son ignorance nimbent de délices.
La qualité des mobiles révolutionnaires se reconnaît d’ailleurs aux résultats des révolutions (a fructibus eorum… [note 2]) : celles-ci ne réussissent qu’à propager dans l’ensemble du corps social, qu’à généraliser une corruption primitivement limitée en haut par les solides cloisons de la hiérarchie et de la discipline.
Amour, justice, vertu, – ces grandes choses n’existent pas ici dans leur densité, leur profondeur et leur réalisme ; elles servent surtout de pavillon et de masque. Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge, c’est le vice qui essaime. Le résultat le plus clair de ces « colères sacrées des peuples », c’est la multiplication des convives au festin de la corruption. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942 pp. 109-111).

à suivre > ici

[Note 1] : Il faut se souvenir que ces lignes ont été publiées en 1942.
[Note 2] : « A fructibus eorum cognoscetis eos » = Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ; règle de discernement donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ en Matth. VII, 16.

La nuit du 4 août ou le délire patriotique

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 20 octobre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-75. La révolution, une maladie infectieuse (Gustave Thibon).

Mercredi 19 octobre 2016,
Fête de Saint Pierre d’Alcantara,
Mémoire de Saint Théofrède,
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Langeac (cf. > ici).

Eglise St-Etienne Bar-le-Duc - transi de René de Chalon Prince d'Orange

Eugène Delacroix : « la liberté guidant le peuple »

La révolution, une maladie infectieuse…

« On ne saurait mieux définir une révolution qu’en la comparant à une maladie infectieuse. Jacques Bainville a dit quelque part que le peuple français en commémorant la prise de la Bastille, ressemblait à un homme qui fêterait l’anniversaire du jour où il aurait pris la fièvre typhoïde.
La fièvre typhoïde, en soi, est un mal. Mais il advient qu’elle « purge » et rénove un organisme et prélude à une phase de santé plus pure et plus riche. Ainsi des révolutions : leur existence ne peut se justifier que par les réactions salutaires qu’elles provoquent parfois dans une organisation sociale qui les précède, qui les supporte et qui leur survit. Si les révolutions « font du bien », ce bien présupose l’ordre et la tradition qu’elles bouleversent : il se réalise dans cet ordre ancien, à la fois rétabli et rajeuni, c’est-à-dire après la convulsion révolutionnaire, laquelle, considérée isolément, reste un mal. C’est dire qu’une révolution ne porte des fruits positifs qu’en mourant – qu’en cédant la place au vieil équilibre qu’elle est venue rompre – tout comme une fièvre dont les effets purifiants ne se font sentir qu’après la mort de l’infection et le retour de l’organisme à son rythme normal. L’expression « bienfaits d’une révolution » implique à la fois la mort de cette révolution et la survie (au moins dans ce qu’il a de conforme aux exigences essentielles de la nature humaine) de l’état social que cette révolution a voulu tuer.
Il est au contraire inhérent à un certain messianisme moderne de croire en la primauté, en l’autosuffisance, en la bonté absolue de l’esprit révolutionnaire. Le pur homme de gauche est tout prêt à chercher les bases d’une politique durable et constructive dans des idéologies qui sont, par essence, destructives et dont l’influence doit, sous peine de mort, rester strictement transitoire. L’idolâtrie révolutionnaire consiste à vouloir éterniser, comme conforme au bien suprême de l’homme, un état de crise qui ne peut se justifier que par un prompt retour de l’organisme social à son mode naturel de nutrition et d’échanges.
La preuve est faite par les plus ruineuses expériences que les mythes qui président à la marche des révolutions (lutte et suppression des classes, dictature du prolétariat, etc.) ne possèdent aucune force organisatrice, aucune vertu positive. Si ces utopies, dévorantes par elles-mêmes, portent parfois accidentellement de bons fruits, c’est en luttant et en mourant au service de leurs contraires, au service des vérités qu’elles nient : une inégalité mieux comprise entre les hommes, le gouvernement d’une élite régénérée, etc. – Ainsi, la Révolution française, voire la Révolution russe, pourront être appelées fécondes le jour où toutes les toxines qu’elles ont introduites dans l’économie sociale auront été éliminées et où l’esprit élargi et purifié de « l’ancien régime » aura succédé aux séquelles épuisantes de ces fièvres.
Comme toute erreur, toute aberration, – comme le mal en général, une poussée révolutionnaire, un bond à l’extrême gauche peuvent avoir une vertu purgative. Mais non nutritive. Le vrai révolutionnaire, celui qui croit en la valeur constructive et conservatrice de l’idéal égalitaire et démagogique et qui veut fonder un ordre stable sur cet idéal, ressemble à un médecin qui rêverait d’assurer la santé de ses clients en les nourrissant uniquement – de purgatifs !
L’idéal de la « révolution permanente » prêché par Lénine et les premiers bolchéviks est parfaitement conforme à cette folie : suprême extrait de l’illusion démocratique, il implique la poursuite contradictoire d’un ordre qui, loin de succéder au désordre, en serait la consolidation et l’épanouissement. Renié par Staline et encensé par Gide, le mythe russe de la révolution permanente est le digne prolongement du mythe français des « immortels principes ». L’un et l’autre reposent sur la confusion de la fièvre et de la santé, et demandent à une maladie, camouflée en essence, de fournir les normes immuables, le fondement naturel de la vie de la Cité. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942, pp. 106-109).

à suivre > ici

Transi de René de Chalon, Prince d'Orange - Bar-le-Duc

Nous prions nos aimables lecteurs de nous pardonner une erreur tout à fait involontaire :
l’oeuvre présentée en haut de cette page et ci-dessus de manière plus détaillée,
est en réalité le « transi » de René de Chalons, Prince d’Orange,
oeuvre de Ligier Richier (vers 1545-1547),
dans l’église Saint-Etienne de Bar-le-Duc :
l’extrême parenté avec le tableau de Delacroix suffit à expliquer notre méprise,
absolument involontaire, j’insiste pour le redire…

pattes de chatLully.

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 19 octobre, 2016 |2 Commentaires »

2016-70. Les Saints Evangiles, écrits par d’authentiques témoins de la vie et des enseignements du Christ.

Après avoir recueilli des renseignements donnés par la Tradition de l’Eglise à travers les sources documentaires hagiographiques (cf. > ici), au sujet de l’Evangile selon Saint Matthieu, voici aujourd’hui ce qu’écrit notre glorieux Père Saint Augustin à propos de l’origine apostolique des Saints Evangiles, de leur autorité fondée sur cette apostolicité (et donc sur leur authenticité : on entend par authenticité le fait qu’ils sont bien de la main de ceux auxquels la Tradition les attribue), et du point de vue qui a inspiré le travail de rédaction de chaque Evangéliste.
Le texte reproduit ci-dessous est celui des deux premiers chapitres du « De consensu Evangelistarum : de l’accord des Evangélistes », que le grand Docteur d’Hippone a rédigé autour de l’an 400.

Sandro Botticelli - St Augustin dans son cabinet de travail - Florence Offices

Saint Augustin dans son cabinet de travail
Tempera sur panneau de Sandro Boticelli – Florence, musée des Offices.

Les Saints Evangiles, écrits par d’authentiques témoins de la vie et des enseignements du Christ :

Chapître 1er : Autorité des Evangiles.

§ 1. Parmi tous les livres divins, contenus dans les Saintes Écritures, l’Évangile tient à bon droit le premier rang. Nous y voyons, en effet, l’explication et l’accomplissement de ce que la Loi et les Prophètes ont annoncé et figuré. Il eut pour premiers prédicateurs les Apôtres qui, de leurs propres yeux, virent dans la chair ici-bas notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et qui ensuite revêtus de la fonction d’Évangélistes s’employèrent à publier dans le monde ce qu’ils se souvenaient de Lui avoir entendu dire ou de Lui avoir vu faire ; ils annoncèrent aussi les événements divins et mémorables de Sa naissance et de Ses premières années, dont ils ne furent pas les témoins, n’étant devenus que plus tard Ses disciples, mais dont ils purent s’informer près de Lui ou de Ses parents ou d’autres personnes, et qu’ils purent connaître enfin par les témoignages les plus sûrs et les plus véridiques. Deux d’entre eux, saint Matthieu et saint Jean nous ont même laissé sur Lui, chacun dans un livre, ce qu’ils ont cru devoir consigner par écrit.

§ 2. Comme on aurait pu croire qu’il importait à la connaissance et à la prédication de l’Evangile, d’établir une différence entre les Évangélistes, et d’examiner s’ils étaient du nombre des disciples qui, durant les jours de l’apparition du Seigneur dans la chair, L’ont suivi et ont vécu à Son service, ou du nombre de ceux qui ont cru sur le rapport des premiers Apôtres après l’avoir recueilli fidèlement : la divine Providence a pourvu par l’Esprit-Saint à ce que quelques-uns des disciples de ces mêmes Apôtres reçussent non-seulement le pouvoir d’annoncer l’Évangile mais encore celui de l’écrire. Nous en comptons deux, saint Marc et saint Luc.
Pour les autres hommes qui ont essayé ou ont eu la présomption à écrire sur les actions du Seigneur Lui-même ou de ceux qu’Il avait réunis autour de Lui ; ils n’ont offert à aucune époque les conditions voulues pour que l’Église les considérât comme organes de la vérité et reçut leurs écrits dans le Canon des Livres Saints : non-seulement, du côté du caractère, ils ne donnaient pas les garanties qu’il fallait pour qu’on dût croire à leurs récits, mais de plus les récits eux-mêmes contenaient plusieurs choses opposées à la règle catholique et apostolique de la foi et condamnées par la saine doctrine.

Chapître 2 : Ordre et manière d’écrire des Evangélistes.

§ 3. Ces quatre Evangélistes, bien connus dans l’univers entier, dont le nombre mystérieux, égal aux quatre parties du monde, indique peut-être en quelque façon, que l’Église est répandue par toute la terre, ont écrit dans cet ordre, suivant le témoignage de la Tradition : d’abord saint Matthieu, puis saint Marc, ensuite saint Luc  et enfin saint Jean.
Ainsi l’ordre dans lequel ils ont connu et prêché l’Évangile n’est pas celui dans lequel ils l’ont écrit. Car pour la connaissance et la prédication de l’Évangile, les premiers, sans aucun doute, ont été les Apôtres, qui ont suivi le Seigneur durant les jours de Son apparition dans la chair, L’ont entendu parler, L’ont vu agir et ont reçu de Sa bouche la mission d’évangéliser le monde.
Quant aux écrits, par une disposition certaine de la Providence divine, les deux qui appartiennent au nombre des disciples que le Seigneur a choisis avant Sa passion, tiennent l’un la première place, c’est saint Matthieu, l’autre la dernière, c’est Saint Jean ; ils semblent ainsi soutenir et protéger de tout côté, ainsi que des enfants chéris et placés entre eux à ce titre, les deux évangélistes qui, sans être des leurs, ont suivi le Christ en les écoutant comme Ses organes.

§ 4. La Tradition nous apprend, comme un fait bien avéré, que saint Matthieu seul parmi ces quatre évangélistes a écrit en hébreu et que les autres ont écrit en grec. Bien que chacun d’eux paraisse avoir adopté dans sa narration une marche particulière, on ne voit pas que les derniers aient écrit sans savoir que d’autres l’eussent déjà fait, et ce n’est pas par ignorance que les uns omettent certains événements rapportés dans les livres des autres. Chacun a voulu concourir efficacement à une oeuvre divine, suivant l’inspiration qu’il avait reçue, sans s’aider inutilement du travail d’autrui.
En effet, saint Matthieu a envisagé l’Incarnation du côté de l’origine royale de Notre-Seigneur et n’a guère considéré dans, les actes et les paroles de Jésus-Christ que ce qui a rapport à la vie présente des hommes. Saint Marc, qui vient après lui, semble être son page et son abréviateur. Car il n’emprunte rien de ce qui est exclusivement propre au récit de saint Jean ; il ajoute très-peu de choses à ce que nous savons d’ailleurs ; il prend encore moins dans les faits que saint Luc est seul à rapporter; mais il reproduit presque tout ce que renferme le récit de saint Matthieu et souvent à peu-près dans les mêmes termes ; toujours d’accord avec cet Evangéliste, jamais en désaccord avec les deux autres. Pour saint Luc, on le voit surtout occupé de l’origine sacerdotale du Seigneur et de son rôle de pontife. Aussi bien, dans la généalogie qu’il trace de Jésus-Christ, pour remonter jusqu’à David il ne suit pas la ligne royale, mais par une autre quine compte pas de rois, il arrive à Nathan fils de David (1), lequel ne fut pas roi non plus. Ce n’est pas comme saint Matthieu (2), qui de David vient à Salomon, héritier de son trône, et descend jusqu’à Jésus-Christ, en prenant par ordre tous les rois de Juda qu’il réunit dans un nombre mystérieux dont nous parlerons plus loin.

(1) : Luc, III, 31.
(2) : Matt. I, 6.

in « Oeuvres Complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois en français »,
sous la direction de M. Raulx, tome V, Bar-Le-Duc, L. Guérins & Cie éditeurs, 1867

Sandro Botticelli - St Augustin dans son cabinet de travail - détail

Publié dans:Lectures & relectures, Nos amis les Saints |on 22 septembre, 2016 |1 Commentaire »

2016-69. A propos de l’Evangile de Saint Matthieu et de sa découverte dans sa version hébraïque originelle dans la tombe de Saint Barnabé.

21 septembre,
Fête de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste.

Vitrail de Saint Matthieu - église Saint-Matthieu de La Chapelle (principauté de Sedan)

Vitrail de Saint Matthieu
(église Saint-Matthieu du village de La Chapelle, principauté de Sedan)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de l’apôtre et évangéliste Saint Matthieu me fournit l’occasion d’entamer ici plusieurs publications que je projette au sujet de l’historicité des Saints Evangiles.
Je ne suis certes pas un exégète – et n’ai aucune prétention à l’être – , mais tout le monde s’accorde à dire que je suis un chat de bon sens et il me semble que la fréquentation assidue de la bibliothèque de mon papa-moine m’a permis d’acquérir un peu de science, surtout en ce qui concerne la connaissance de la Tradition de la Sainte Eglise : tous les exégètes, même renommés, ne peuvent pas forcément en dire autant !

Je voudrais donc commencer par vous citer le texte que l’on peut lire dans le martyrologe romain à cette date du 21 septembre : « En Ethiopie, la naissance au ciel de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste, qui, prêchant dans cette région,  y souffrit le martyre. Son Evangile, écrit en langue hébraïque, fut trouvé par la révélation qu’il en fit lui-même, avec le corps du Bienheureux Barnabé, apôtre, au temps de l’empereur Zénon (note 1) ».

J’ai cherché à en savoir davantage sur cette révélation et sur cette découverte, aussi ai-je commencé par me reporter à la notice du même martyrologe consacrée à Saint Barnabé, au 11 juin.
Voici ce que j’y ai lu : « A Salamine, en Chypre, la naissance au ciel de Saint Barnabé, apôtre, cypriote d’origine, lequel, ayant été avec Saint Paul, institué apôtre des nations, par les disciples de Jésus-Christ, parcourut avec lui de nombreux pays, exerçant la charge de la prédication évangélique qui lui avait été commise ; enfin, étant revenu en Chypre, il y ennoblit son apostolat par un glorieux martyre. Son corps, au temps de l’empereur Zénon, fut découvert sur la révélation qu’en fit Barnabé lui-même, en même temps que le livre de l’Evangile de Saint Matthieu, écrit de la main de Barnabé ».

Je suis alors allé chercher de plus amples détails et, étant donné que la plupart des ouvrages modernes les taisent puisqu’ils tiennent a priori pour non scientifique, non historique et donc comme devant être rejeté, tout récit miraculeux (ce qui est le propre d’une attitude rationaliste), j’ai fini par les trouver dans les gros et anciens volumes de la « Vie des Saints » du très érudit Père François Giry (1635-1688), religieux minime, qui a compilé, dans les écrits de nombreux auteurs des âges de foi, de fort intéressants détails et d’utiles précisions, précieux pour l’intelligence de la Tradition catholique telle que consignée dans le martyrologe.
Voici donc maintenant ce que le Rd. Père Giry écrit dans sa notice sur Saint Barnabé :
« [...] Ce saint corps (de Saint Barnabé) ne fut inhumé qu’à cinq stades de la ville (de Salamine), et le lieu où il était porta le nom de Santé, à cause des grands miracles et des fréquentes guérisons faites par l’intercession du saint Apôtre ; il y demeura néanmoins longtemps inconnu, à cause des violentes persécutions qui s’élevèrent dans les siècles suivants, et ne fut découvert que sous l’empire de Zénon, environ l’an 485.
L’histoire de cette invention (note 2) est décrite fort au long dans Surius (note 3) ; Pierre Gnafée, dit le Foulon, très pernicieux hérétique, s’étant injustement emparé du siège patriarcal d’Antioche, somma l’archevêque de Salamine, comme l’un de ses suffragants, de le venir reconnaître. Ce prélat, nommé Anthème, qui était un homme de sainte vie et fort orthodoxe, avait bien de la peine à s’y résoudre, d’autant plus qu’il ne se sentait pas assez savant, ni assez subtil pour entrer en discussion avec l’hérétique. Dans cette grande perplexité, il eut recours à la prière ; et Dieu, qui exauce les larmes et les gémissements de ses serviteurs, lui envoya Saint Barnabé ; le saint apôtre lui dit de ne rien craindre ; qu’il serait lui-même son soutien et son protecteur ; et, pour marque de l’intérêt qu’il voulait prendre à sa défense, il ajouta qu’il n’avait qu’à se transporter à cinq stades de la ville, du côté de l’Occident, en un lieu appelé Santé, et, qu’en faisant fouiller sous un chêne, il y trouverait son corps entier, et sur sa poitrine l’Evangile de Saint Matthieu, dont il avait écrit la copie de sa propre main.
En effet, le saint prélat s’étant transporté en ce lieu, y trouva ces deux trésors inestimables ; ce qui fit que, dans le synode où il était mandé, son siège de Salamine, qui était métropolitain de toute l’île de Chypre, fut jugé libre et indépendant de celui d’Antioche, et qu’il n’eut aucune obligation de rendre des déférences à Pierre le Foulon.
L’empereur Zénon, étant informé d’une si heureuse découverte, voulut absolument avoir à Constantinople ce livre de l’Evangile que l’on avait trouvé ; et, en reconnaissance, il fit bâtir une église magnifique en l’honneur de Saint Barnabé, au lieu même où son corps avait reposé si longtemps. On y transporta ensuite cette dépouille sacrée, et elle y a demeuré jusqu’au temps de Charlemagne ; elle fut alors transportée à Toulouse, dans l’église de Saint-Saturnin [...] » (note 4)

Les leçons du bréviaire romain (traditionnel bien sûr) nous disent que Saint Barnabé fut martyrisé la septième année du règne de Néron, c’est-à-dire en l’année 61 de notre ère.

Tout ceci nous montre donc que, pour la Tradition constante de la Sainte Eglise, depuis les origines jusqu’aux temps de l’hérésie moderniste :

1 – Il a toujours été cru que l’Evangile selon Saint Matthieu avait bien été écrit par l’apôtre Saint Matthieu lui-même.
Or les exégètes modernistes voudraient faire croire que cet Evangile aurait été écrit après l’an 70, voire entre 80 et 95, c’est-à-dire à une époque où Saint Matthieu était mort depuis longtemps : cela signifierait alors que ce texte ne serait pas le récit d’un témoin oculaire ayant accompagné Notre-Seigneur pendant trois années et qu’il ne serait revêtu d’aucune vérité historique !!!
Le fait que la Tradition nous conserve ce récit de la découverte d’un manuscrit portant le texte hébraïque de l’Evangile de Saint Matthieu copié par Saint Barnabé lui-même, dans la tombe de ce dernier, inhumé en l’an 61, est un démenti formel des affabulations modernistes : puisqu’il atteste au contraire de l’existence et de la diffusion de cet Evangile selon Saint Matthieu à une date largement antérieure aux estimations des exégètes rationalistes.

2 – Que la Tradition de l’Eglise sait depuis toujours que Saint Matthieu a écrit son Evangile en langue hébraïque. Le Rd. Père Giry, à la fin de la notice sur la vie de Saint Matthieu écrit : « [...] On ne sait pas qui en a été le traducteur de l’hébreu en grec. Saint Jérôme, dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques, assure que de son temps il se trouvait en hébreu dans la bibliothèque de Césarée, qui avait été dressée par le martyr Pamphile (note 5), et que les Nazaréens, qui s’en servaient, le lui avaient prêté pour le traduire en latin ».
Si Saint Matthieu a écrit son Evangile en hébreu, comme l’affirme toute la Tradition – et comme le confirment les études menées au XXe siècle par de grands savants tels que Monsieur l’abbé Jean Carmignac ou le professeur Claude Tresmontant – , cela signifie qu’il l’a rédigé à l’intention de chrétiens qui comprenaient et parlaient cette langue : c’est-à-dire les chrétiens de Palestine, convertis du judaïsme, comme le fait remarquer, entre autres, Saint Jérôme.
Or, après l’an 70, c’est-à-dire après la destruction de Jérusalem, l’hébreu fut de moins en moins parlé et compris. Quel intérêt y aurait-il eu à écrire un récit dans une langue de moins en moins connue (si comme le prétendent les exégètes modernistes cet Evangile selon Saint Matthieu avait été écrit dans les années 80 à 95) ?
La rédaction en langue hébraïque, attestée par la Tradition, est donc un argument probant en faveur de l’authenticité du texte de Saint Matthieu et en faveur d’une rédaction à une époque où l’hébreu était encore couramment pratiqué, c’est-à-dire bien avant la destruction de Jérusalem et la dispersion du peuple Juif (car cete dispersion affecta aussi les communautés chrétiennes de Palestine : les Romains ne faisant pas de différence entre les Juifs et les Chrétiens).

Ainsi que je vous le disais en commençant, nous aurons prochainement l’occasion de reparler de ces choses.
En attendant, je vous souhaite d’être toujours plus forts dans la foi et toujours plus certains de la vérité des Saints Evangiles, dont Saint Matthieu fut le premier rédacteur. 

pattes de chatLully.

St Matthieu - église Saint-François de Sales (ancienne) - Paris XVIIe

Saint Matthieu (détail d’un vitrail de l’église Saint François de Sales, à Paris – cf. note 6)

Note 1 : Pour mémoire, Zénon est un empereur romain d’Orient qui régna à Constantinople de 474 à 491, c’est-à-dire dans le même temps où, dans les Gaules, Clovis 1er devint le roi des Francs saliens (481), commença à étendre la souveraineté franque sur les peuples voisins, se rapprocha de l’Eglise (l’épisode du fameux « vase de Soissons » est du 1er mars 487) et prépara son mariage avec Clotilde (492).
Note 2 :  Le mot « invention », du verbe latin « invenio, -is, -ire », doit être compris dans le sens de « découverte ».
Note 3 : Laurentius Surius – en allemand Lorenz Sauer – (1522-1578), est un religieux de la Chartreuse de Cologne qui se consacra à une vie d’étude et d’érudition, souvent pour défendre la vérité catholique en face des négations des prétendus réformés.
Note 4 : La précieuse relique du Chef de Saint Barnabé a échappé au vandalisme des huguenots et des révolutionnaires et se trouve toujours dans l’église Saint-Saturnin (basilique Saint-Sernin) de Toulouse, si nous en croyons un procès verbal de reconnaissance dressé en juin 1807 dont nous avons lu la copie.
Note 5 : Saint Pamphile de Césarée est un père de l’Eglise qui a été martyrisé en l’an 309. Il a fondé l’école théologique et exégétique de Césarée. La grande bibliothèque de Césarée a entièrement disparu après l’époque de Saint Jérôme (347-420) et on ignore de quelle manière est advenue sa destruction.
Note 6 : Monsieur l’abbé Jean Carmignac, mis à l’écart en raison de ses réactions aux déviances de l’éxégèse moderniste qui a triomphé dans l’Eglise catholique des années postconciliaires, fut relégué à l’église Saint-François de Sales, dans le XVIIe arrondissement de Paris, de 1967 jusqu’à sa mort en 1986.

St-Esprit & Ste Bible

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