Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2018-56. Christianisme et liberté (2ème et 3ème parties).

- Christianisme et liberté -
2ème partie

Nature de la liberté

Pour lire ou relire la 1ère partie > ici.

« Une brève analyse de la notion de liberté nous aidera à pénétrer les ressorts secrets de cette tragédie de l’esclavage.
La liberté de l’homme n’est pas une faculté suspendue dans le vide et qui se suffise à elle-même. Elle dépend d’une nature (je suis né d’une femme et je ne puis m’enfuir hors de l’humanité, disait le Poète) ; elle s’appuie sur une nécessité qu’elle transcende. Quand nous prononçons ces mots : être libre, c’est sur être plutôt que sur libre qu’il faut poser l’accent. Un homme est libre dans la mesure où il est. Avant la « libre pensée » et le « libre amour » il y a la pensée et l’amour tout court. Etre libre, c’est pouvoir épanouir sa nature, et non pas selon une volonté arbitraire, mais en obéissant aux lois éternelles inscrites dans cette nature. La liberté est donc avant tout une obéissance spontanée, consentie, vécue intérieurement.

La grande erreur est de poser le problème de la liberté en termes d’indépendance. L’homme, être relatif (ce qui signifie relié), ne peut pas être indépendant.
Je suis libre de choisir tel ou tel aliment qui me semble répondre davantage à mon goût ou à mon besoin : je ne suis pas libre d’avoir ou de ne pas avoir faim. Je suis libre de voyager ou de me marier, mais, pour exercer cette liberté, il faut que je me sente préalablement attiré par tel pays ou par telle femme.
A la base de toute liberté, il y a donc une attraction, un désir, un lien. Est libre celui qui peut choisir, parmi tous les liens qui le sollicitent, ceux qui répondent à ses aspirations les plus profondes. Et par là, le problème de la liberté débouche sur le problème de l’amour.
Nous n’avons pas le choix entre la dépendance et l’indépendance, mais entre la dépendance vivante qui épanouit et la dépendance morte qui opprime ; autrement dit, nous sommes libres dans l’exacte mesure où nous pouvons aimer les êtres et les choses dont nous dépendons. Nos possibilités de liberté s’identifient à nos possibilités de communion. Dans le même milieu, le même métier, tel homme se sentira libre et tel autre esclave ; le mariage par exemple sera pour nous une délivrance suivant l’accueil que nous ferons au lien conjugal : la femme fidèle, présence vivifiante pour celui qui l’aime, sera pour celui qui ne l’aime pas un « crampon » insupportable. Le saint qui peut tout aimer se sent libre dans tous les milieux et toutes les circonstances ; l’inaffectif, le réfractaire, incapables d’attachement, trouvent partout l’escalvage.
Saint-Exupéry disait qu’un homme vaut par le nombre et la qualité de ses liens : être libre, c’est adhérer intérieurement, spontanément à un ensemble qui nous comprend et qui nous dépasse, c’est soutenir avec cet ensemble des rapports analogues à ceux d’un membre avec l’organisme dont il fait partie.

La liberté ne signifie donc rien par elle-même ; elle vaut ce que vaut l’homme, et la valeur de l’homme se mesure à la densité de son être et à la profondeur de son amour.
Mais qu’est-ce que l’être et l’amour d’un homme, sinon un tissu de relations, c’est-à-dire la présence intime de l’autre au sein du moi ? Il n’y a pas de liberté possible sans une réserve d’attachement et de communion. La liberté matérielle présuppose des réserves matérielles (le prolétaire est précisément celui qui, ne possédant pas ses réserves, ne dispose d’aucune marge d’attente pour choisir son travail ou son employeur) ; de même la liberté spirituelle présuppose des réserves spirituelles : il faut avoir de quoi être libre, il faut disposer de ce champ de possibilités qui créent un enracinement, une culture, une expérience authentique des êtres et des choses.
Si nous examinons les plus hautes manifestations de la liberté, nous trouvons toujours à leur centre, un lien vivant, c’est-à-dire une obéissance inspirée par un amour.
Un homme est libre à l’égard des passions charnelles dans la mesure où il est attaché aux valeurs spirituelles et, comme Gabriel Marcel l’a très bien montré après Platon, il est libre à l’égard des opinions et des supersititions dans la mesure où il est lié par une foi.
De même, un arbre résiste aux influences du vent dans la mesure où il est retenu par ses racines, où il communie à la terre nourricière : son attache constitue le fondement et la garantie de sa liberté.

Ainsi notre liberté est à la fois créée et créatrice par rapport aux liens qui nous rattachent à l’univers : elle s’appuie sur des liens anciens pour nouer des liens nouveaux ».

Le "génie de la liberté" à la Bastille

Le « génie de la liberté » au sommet de la colonne de la place de la Bastille (Paris) :
l’ange porte-lumière (Lucifer) et briseur de chaînes…

frise

- Christianisme et liberté -
3ème partie

Esclavage et rupture des liens.

« Le drame de l’esclavage n’est pas autre chose que le drame de la rupture.
Nous avons cité l’exemple de l’arbre : « libérez-le » de ses racines et vous ferez de ses feuilles mortes le jouet du vent. C’est précisément le sort de tant d’hommes arrachés à leur milieu naturel, à leur tradition et qui, parce qu’ils n’obéissent plus aux réalités profondes, deviennent la proie de conformismes superficiels et stériles.
De quoi sont les esclaves ces êtres qui se croient libres ? Dans quelle prison tombent ces négateurs du nid, sous quel joug s’inclinent ces révoltés contre les grandes lois de la nature ? Quels lumignons, quels feux follets, quels mirages dans le désert poursuivent ces éteigneurs d’étoiles ? 
La servitude et le déracinement se répondent : celui qui refuse la sève qui le nourrit se livre tout entier au vent qui l’emporte.

La régression des libertés a pour origine la rupture des liens vitaux, provoquée par l’idolâtrie de la liberté.
On a confondu liberté et indépendance ; on a poursuivi le fantôme d’une liberté abstraite et presque absolue et, dans cette course insensée, on a perdu la liberté concrète et réelle. La liberté séparée de son contexte humain et gonflée comme une baudruche, a éclaté comme une baudruche.
Et chaque lien brisé a enfanté une chaîne. Dans bien des pays et pour beaucoup d’hommes, le mot de liberté n’est plus qu’un masque et une livrée sur des corps et des âmes d’esclaves.

Rien n’est plus éclairant que d’observer, sous ses différents aspects, cette pseudo-libération qui se résout en esclavage, ce refus d’obéissance qui mène tout droit à la servitude.
L’homme s’est de plus en plus dégagé de l’obéissance aux rythmes cosmiques pour devenir l’esclave docile de cadences artificielles mille fois plus rigides. On n’est plus lié au cycle des saisons ni à la marche du soleil, mais on consulte sa montre à chaque instant !
On s’est affranchi des servitudes familiales ; on a brisé, au nom de la liberté, les vieilles communautés naturelles pour tomber sous le joug des puissances anonymes de la finance et de la politique et, à la limite, de l’Etat totalitaire.
On a secoué, au nom de la libre pensée ou du libre amour, les « préjugés » de la tradition et de la morale pour se soumettre au conformisme de la mode et aux influences de l’actualité la plus creuse.
On a tranché les liens religieux comme contraires à la dignité d’une intelligence émancipée – et c’est la superstition qui fleurit sur le tombeau de la foi. Jamais les hommes n’avaient été aussi sceptiques devant les vérités éternelles et aussi crédules en face des mensonges de la publicité. Les amges, les guérisseurs, les stars, les pontifes d’une littérature et d’un art aberrants, sans parler des faux prophètes de la science et de la politique, remplacent le prêtre éliminé par le progrès des lumières…

Solitude et concentration : l’homme se change en grain de sable et la société en désert. Plus de lien et, aprtant, plus de liberté. Les grains de sable sont dociles parce que, bien qu’entassés les uns sur les autres, ils sont seuls. Aussi le vent les soulève et les emporte à son gré. Nous sommes à l’âge des masses et des mouvements de masse. Mais il n’est pas de plus grandiose mouvement de masse qu’une tempête de sable dans le désert.
Les forces qui meuvent les hommes deviennent de plus en plus étrangères à la nature profonde de l’homme. »

A suivre :
4ème et 5ème parties : « Le Christianisme et la liberté »  &
« Le Christianisme et les libertés «  > ici

2018-55. Christianisme et liberté (1ère partie).

La divine Providence a permis que, dans un stock de livres anciens, nous « tombions » (sans nous faire aucun mal !), sur le cahier n°1 d’une série de publications réalisées par le Centre Catholique des Intellectuels Français (CCIF). Cet ouvrage, paru en mai 1952, s’intitule « Christianisme et liberté » et livre au public les textes d’une série de conférences organisées par le dit CCIF, et qui avaient été données du 4 février au 10 mars de cette année 1952 (« Christianisme et liberté », librairie Arthème Fayard, 1952).
Or la première de ces communications fut assurée par notre cher Gustave Thibon, et c’est son titre propre qui donne d’ailleurs l’intitulé du recueil tout entier : « Christianisme et liberté ».

Dans l’avant-propos l’intervention de Thibon est annoncée par ces quelques phrases : « L’histoire nous le montre, et Gustave Thibon le rappelle avec sa vigueur coutumière : les sociétés libres, celles où l’homme a eu plus qu’en tout autres la possibilité d’entreprendre, de penser, de créer, pour tout dire de vivre, ont coïncidé, dans le temps et dans l’espace, avec l’aire d’expansion du christianisme occidental et apostolique. Il n’y a pas là une simple coïncidence, mais une relation de cause à effet : l’Eglise s’est faite l’éducatrice de l’homme dans notre société, elle lui a appris le sens de la véritable liberté ».
Cette conférence est aujourd’hui peu connue et reste difficilement accessible puisque, à ma connaissance (à moins de posséder l’ouvrage sus-cité), elle figure très rarement dans les bibliographies de Gustave Thibon et qu’elle n’a pas été rééditée.
Elle comporte sept parties, et nous nous proposons d’en reproduire de très larges extraits dans les pages de ce blogue. Vous trouverez donc ci-dessous l’essentiel de la première, intitulée « Déclin des libertés ».
Les analyses et les commentaires de Gustave Thibon, comme toujours, y sont lumineux et, plus de six décennies plus tard – malgré pourtant les allusions qu’on y trouve aux circonstances particulières des temps où elle fut prononcée – , demeurent d’une fulgurante actualité.

Atlas esclave - Michel-Ange

Michel-Ange : Atlas esclave
(Galerie de l’Académie – Florence)

frise

- Christianisme et liberté -
1ère partie : Déclin des libertés.

« Le titre même d’un livre célèbre – dont je ne veux pas discuter ici le contenu et que personnellement j’aime assez peu – me paraît étrangement révélateur du désordre de notre époque. Il s’agit de « J’ai choisi la liberté ». En temps normal, la liberté constitue un donné indiscutable et la base même de l’action : on choisit ceci ou cela ; aujourd’hui, il faut choisir d’abord la faculté de choisir !
Le problème essentiel est là : dans tous les domaines, nous assistons, sous une forme tantôt violente et tantôt insidieuse, à la régression des libertés. L’homme choisit de moins en moins : une autorité anonyme et centralisée choisit à sa place.

Il n’est plus libre dans son corps. Les entraves apportées à la circulation, les vaccinations obligatoires, la conscription militaire, sans parler de la généralisation des mœurs policières, des lois rétroactives, du rationnement alimentaire, et des transferts de populations qui sévissent encore dans tant de pays, font de l’habeas corpus des anciens juristes une notion de plus en plus périmée.
Il n’est plus libre dans son âme. L’Ecole unique et les slogans d’une propagande obsédante restreignent toujours davantage l’éclosion spontanée de ses pensées et de ses sentiments.
Il n’est plus libre de son activité économique. L’Etat qui empiète déjà lourdement sur les fonctions du médecin, de l’éducateur et du directeur de conscience, se fait aussi industriel, commerçant, assureur. Une fiscalité dévorante doublée d’une réglementation oppressive menaçent la liberté et jusqu’à l’existence de l’entreprise privée. La condition prolétarienne – si l’on entend par ce mot l’absence de choix et la nécessité de se soumettre à un pouvoir extérieur – tend à s’étendre à tous les individus et à toutes les classes sociales. Un immense système de redistribution, aussi mal conçu que mal appliqué, a trop souvent pour effet de pénaliser le travail et de favoriser le parasitisme. L’Etat omniprésent supprime à la fois tous les risques et toutes les chances de la liberté.
Il n’est pas libre dans son activité politique. Il n’a plus le choix entre des hommes qui représenteraient ses aspirations et ses intérêts concrets, mais entre quelques programmes abstaits, issus de partis monolithiques qui portent en eux le germe de l’Etat dictatorial et qui exigent des individus une adhésion, un enrôlement inconditionnels.

Le tableau est sans doute excessif. Mais cet esclavage universel, qui s’épanouit à quelques centaines de kilomètres de nos frontières, existe déjà chez nous à l’état d’ébauche et de menace. L’ère des organisateurs et des technocrates a commencé : la personne humaine, privée de toute attache vivante, n’est plus un membre dans un organisme, mais un rouage dans une machine, un chiffre dans une statistique. C’est l’esclave isolé au sein de la foule des esclaves, la « multiplication des seuls » annoncée par Valéry (…).

Mais le pire danger, c’est qu’en perdant ses libertés extérieures, l’homme perd aussi le sens et le goût de la liberté. On dit avec raison que l’esclavage dégrade les hommes jusqu’à s’en faire aimer.
En fait, nous constatons une désaffection croissante à l’égard de la liberté. Elle se traduit par la fuite du risque et la recherche d’une sécurité impersonnelle (la ruée générale vers le fonctionnarisme en est le symptôme le plus frappant) et aussi par une réceptivité dangereuse aux propagandes. La liberté, qui fut une idole, devient un fardeau ; elle n’est pas seulement paralysée du dehors, elle abdique aussi du dedans. L’homme a peur de sa propre responsabilité ; il aspire obscurément à s’abandonner à cette force sans nom et sans visage qui le dispense de penser et d’agir par lui-même. Il y a là un cercle infernal. D’une part le progrès du collectivisme et de la rationalisation dégoûte l’homme d’exercer une liberté qui lui coûte trop cher (nous sommes au seuil d’un monde où l’homme libre apparaît de plus en plus comme un outsider voire un paria) et, d’autre part, l’abandon de la liberté rend nécessaire la tutelle du collectivisme. Un seul exemple : la fonte actuelle du patrimoine familial, rongé par les dévaluations et les impôts, enlève à beaucoup d’enfants la faculté d’assister leurs vieux parents et cette même impuissance appelle et légitime l’intervention de l’Etat. La récente loi, qui dispense les enfants de subvenir aux besoins des parents, homologue officiellement cet état de fait (…).
Un fardeau trop lourd incite l’homme, non seulement à se décharger, mais à devenir lui-même une charge. Quand le choix de la liberté exige des efforts héroïques, la « ruée vers la servitude » dont parlait déjà Tacite prend les proportions d’une déroute universelle ».  

A suivre :
2ème partie « Nature et liberté » > ici

Gustave Thibon

2018-54. Saint Vincent de Paul : un saint éminemment politique.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de Saint Vincent de Paul nous permet de célébrer dans la joie et l’action de grâces à Dieu, l’un des très grands saints de notre chère France : la vraie France, celle qui est née dans les fonts baptismaux de Reims et qui a été grande à la face de tous les peuples tant qu’elle est restée fidèle, en tant même que royaume, à la doctrine évangélique, et tant qu’elle s’est enorgueillie de proclamer dans le prologue de ses institutions sociales et politiques : « Vive le Christ qui aime les Francs ! »
En un temps où l’on confond quasi universellement la pratique de la charité chrétienne avec les oeuvres humanitaires ou la bienfaisance naturelle, il me semble utile de livrer à votre réflexion et méditation des extraits d’un texte très juste et très intéressant tiré d’un petit ouvrage de feu le Révérend Père Yves-Marie Salem-Carrière (+ 1994), lequel était un prêtre lazariste, c’est-à-dire un fils spirituel de Saint Vincent de Paul dont il avait bien approfondi les écrits et la pensée. Ce livre, publié en 1993 aux éditions Dominique Martin Morin, s’intitule « Saint Vincent de Paul et la Politique ».
Voici donc ces extraits du premier chapitre qui rappellent quelques vérités bien peu comprises et acceptées, aujourd’hui où la séparation absolue des domaines spirituels et temporels est professée comme une espèce de dogme non seulement par les laïcistes, mais également par un certain nombre d’hommes d’Eglise qui manquent cruellement de formation philosophique, de doctrine catholique… et de bon sens !

Lully.

Autres textes relatifs à Saint Vincent de Paul dans les pages de ce blogue :
- Témoignage de Saint Vincent de Paul sur la mort de Louis XIII > ici
- Le cœur de Saint Vincent de Paul et la France > ici
- Histoire des reliques de Saint Vincent de Paul > ici

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d'Autriche

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d’Autriche
(gravure d’après le tableau de Jean-François de Troy)

Un saint nécessairement politique
parce qu’il était au service du salut accompli par Notre-Seigneur.

« (…) Saint Vincent de Paul n’est pas un philanthrope, un précurseur de l’Internationale socialiste, un pionnier de la démocratie chrétienne. Il est le contraire même de l’esprit rousseauiste. « Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ ». L’incarnation, la Rédemption, l’Eglise sont la source de son dévouement envers les créatures de Dieu.

(…) La pensée politique de Saint Vincent n’est pas didactique, mais elle est formulée, ou du moins clairement exprimée, par deux certitudes qui la fondent et sans lesquelles on ne peut construire ou maintenir une Cité, un Peuple, un Etat, une Civilisation. 
(…) Première certitude vincentienne : la notion de « nature humaine », la définition de l’être humain et de son « infection » par le péché. Ce réalisme tragique, il faut le compléter par l’espérance dans le Salut en notre Sauveur Jésus-Christ. Cette notion de nature humaine a déjà des conséquences dans la politique, selon que le laxisme et le libéralisme seront de règle, ou bien qu’une nécessaire discipline et une autorité ferme empêcheront la déliquescence des peuples et des Etats.
Deuxième certitude : les vérités éternelles, vitales, enseignées par le Sauveur. Qu’on le veuille ou non, on ne peut gouverner ni diriger si on ignore les principes fondamentaux que le Christ a donnés au monde.
Un responsable politique, surtout au plus haut niveau, est bien obligé de se faire une idée sur l’homme. Cette « idée sur l’homme » va imprégner toute l’activité de la personne, même dans l’ordre économique et social, dans la législation, le Code civil, la Défense. La vie n’est pas neutre : les erreurs ou les rêveries s’achèvent dans le malheur. Le Seigneur est clair : « Celui qui bâtit sa maison sur le rocher, les ouragans, les pluies, les tempêtes déferleront sur elle, elle résistera. Celui qui a bâti sur le sable… elle sera détruite. »
A ces deux certitudes, Saint Vincent ajoute la constatation des évidences historiques, des expériences de chaque génération.
Nous pouvons donc affirmer que, si la pensée politique vincentienne n’a jamais pris le tout d’un traité de politique, sa réflexion, sa connaissance des rois et des peuples, assurent qu’il travailla solidement et pour toutes les époques. Sa pensée n’est pas celle d’une génération, influencée par les sentiments de son siècle : elle est, elle sera toujours, actuelle, classique, universelle. Car l’Histoire montre la vérité de la nature humaine et des enseignements évangéliques confiés à l’Eglise.
La politique vincentienne est une politique du salut des âmes, du salut des nations, c’est-à-dire de la conversion. Sinon, il y a perdition de l’homme et de la société. Pour un catholique, il n’y a pas d’autre politique : le refus de la rédemption, c’est la défaite pour toute société. Tout a été essayé, de l’Eglise assermentée au Ralliement. Il serait temps de repenser aux « deux Cités » de Saint Augustin ou aux « deux Etendards » de Saint Ignace de Loyola. Ce n’est pas du manichéisme, car la victoire du Bien est déjà assurée « per Christum ».
Cela dit et exposé, il faut « parler politique » ou « faire de la politique », comme M. Jourdain faisait de la prose. Saint Vincent s’est engagé sur ce terrain, non comme politicien, mais pour servir, sauver l’âme du peuple, l’âme de la Cité. L’idée de servir le Royaume du Christ en France est celle qui anime tous les prêtres, tous les baptisés qui savent leur devoir de collaborer à l’œuvre du « Salut des Nations », depuis la vocation du Peuple d’Israël, jusqu’à l’avènement final du Seigneur « quand les temps seront accomplis ».
Saint Vincent a noué des relations et des amitiés, non pas avec des politiciens principalement préoccupés par les joutes électorales, mais avec de vrais « hommes d’Etat », serviteurs du pays, poussés par un idéal noble, à l’intelligence lucide et à la volonté persévérante.

Entre 1601 et 1660, Saint Vincent a rencontré en tête-à-tête Henri IV puis Louis XIII, la Reine Anne d’Autriche après la Reine Marie de Médicis, et aussi Richelieu, Mazarin, le général de Gondi, ministre de la marine, les présidents de divers parlements, la duchesse d’Aiguillon, etc. Il s’occupera des affaires de Pologne, des troubles civils de la Fronde, des Croquants, des persécutions en Irlande ; il sera, bien sûr, en relations avec le pape et ses légats, avec des quantités d’évêques. Et, quotidiennement, la menace islamique ou arable l’occupera. Ainsi, grâce à son intelligence et à son cœur, il aura bien servi son pays en veillant aux intérêts de Dieu.

(…) Saint Vincent de Paul, qui a pesé la relativité de toutes choses humaines (…) affirme que les fondements de tout jugement, de toutes décisions, doivent se faire à la lumière des enseignements du Sauveur.
C’est ainsi, en se référant aux valeurs absolues de la doctine catholique, qu’il va mener son action politique (…).
Les réalités temporelles seront alors animées, vivifiées, par les vérités éternelles et l’unique finalité : « la gloire de Dieu et le salut des âmes » !

Quand il parle de l’autorité, de l’opinion, de l’emploi de la force, de l’éducation, de l’action caritative, sa pensée est d’abord imprégnée de la pensée du Christ. Dans ses relations avec les rois, les reines, les ministres, les parlements, on peut ainsi vérifier l’application de sa devise : « Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ ».
Etrange programme politique, aux yeux de nos contemporains, qui n’a plus rien à voir avec l’électoralisme et la démagogie devenus, chez nous, tabous et mythologiques.
Il y a un Sauveur, Il a parlé, Il a confié sa parole et ses sacrements à une Eglise catholique ; Il sauve les individus et les peuples, et Lui seul est Sauveur, pas un autre. Chacun est sauveur dans la mesure où il travaille avec Lui. »

Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière,
in « Saint Vincent de Paul et la Politique », éd. DMM 1993
(pp. 7, 8-11, 16)

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d'Autriche - détail

2018-53. Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l’occasion du centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le 17 juillet 1918.

1918 – 17 juillet – 2018

Icône sainte famille impériale russe

Icône de la sainte famille impériale russe martyre

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, vers le petit matin, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, petite ville de l’Oural, Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch et la Tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que leurs cinq enfants : les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia et le Tsarévitch Alexis furent horriblement massacrés, puis leurs corps furent jetés dans une fosse à quelque deux kilomètres de là.

Il n’est point dans mon intention de relater les détails de cette abominable boucherie, ni même de rappeler les circonstances qui ont conduit à la chute de l’empire des Romanov.

Je veux en revanche insister sur le fait que, selon les paroles de Notre-Dame de Fatima quelques mois plus tôt, l’écroulement de cet empire russe chrétien, allait permettre que la Russie répandrait ses erreurs dans le monde provoquant guerres et persécutions.

A la suite de la famille impériale martyre, des centaines de milliers de moines, de moniales, de fidèles adultes et enfants, en Russie puis dans tous les pays où le communisme triomphant exporta ses doctrines abominables, derrière les rideaux de fer ou de bambou et sur tous les continents, ont subi le martyre sanglant en raison de leur fidélité au Christ.

Je veux en revanche insister sur le fait que les deux révolutions russes (1905 et 1917), ne sont que les filles et les épigones de l’abominable révolution de 1789, et que les bourreaux de 1917 et des décennies suivantes ne sont que les successeurs et continuateurs de ceux qui ont conduit à l’échafaud Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, les Bienheureuses Martyres d’Orange, les Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, les Bienheureuses Filles de la Charité d’Arras, les Bienheureuses Carmélites de Compiègne (dont la fête liturgique se trouve justement en ce 17 juillet – cf. > ici), et tant de milliers d’autres connus ou anonymes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fait mourir à petit feu emmuré Sa Majesté le Roi Louis XVII, ou confiné plusieurs milliers de religieux et de prêtres dans les pontons des navires-mouroirs de Rochefort ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fusillé et percé de baïonnettes les Bienheureux Martyrs d’Angers et d’Avrillé, les milliers de défenseurs de Lyon s’insurgeant contre la Convention ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont brûlé vifs les villageois et les tout petits enfants des Lucs sur Boulogne et les habitants de nombreux bourgs de nos bocages et de nos campagnes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont égorgé avec une liesse satanique les détenus des prisons et des hôpitaux de Paris en septembre 1792, ou organisé des noyades en série dans des mises en scène aussi cruelles qu’impudiques… etc. …etc.

Je veux en revanche insister sur le fait que les millions de victimes des deux guerres mondiales du XXe siècle, ainsi que des guerres liées aux combats d’ « unification nationale » au XIXe siècle (par exemple pour l’Italie et l’Allemagne), ou des guerres dites d’indépendance au XXe siècle, comme encore les millions de victimes de toutes les idéologies qui découlent des divers avatars du nationalisme (dont les plus célèbres sont le fascisme et le national socialisme hitlérien) – ce nationalisme vers lequel lorgnent pourtant certains catholiques qui, ce faisant, croient être contre-révolutionnaires ! -, toutes, absolument toutes, sont en fait des victimes de la révolution dite française continuée, exportée, diversifiée, démultipliée, à la manière des têtes sans cesse renaissantes d’une hydre sortie de l’enfer.

Je pourrai développer cette sanglante et sinistre litanie sur des pages et des pages encore…

La nuit prochaine, nuit de l’exact centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le Patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou conduira une imposante procession sur 21 km – oui, vous avez bien lu : sur 21 km ! – à Ekaterinbourg.

Certes, je ne suis pas orthodoxe et je ne méconnais ni ne minimise les obstacles doctrinaux qui empêchent l’unité et la pleine communion entre orthodoxes et catholiques, néanmoins je ne peux que souscrire et reprendre à mon propre compte et pour le compte de toute la Confrérie Royale cette déclaration du Patriarche Cyrille : « Lavés par le sang de nos martyrs nous devons devenir un autre peuple qui ne permettra jamais plus d’outrager ses valeurs sacrées, de se refuser à Dieu » ; et l’on voudrait qu’aujourd’hui en Occident et dans l’Eglise catholique romaine des évêques aient des convictions suffisantes et assez de courage pour tenir le même langage au sujet de la révolution de 1789 et de toutes ses continuations : pour tenir le même langage lorsqu’ils sont interrogés par nos médias pourris, pour tenir le même langage en face des politiques marionnettes des loges, pour tenir le même langage surtout dans nos églises et nos cathédrales dévastées par la crise moderniste en face de fidèles qui, dans leur écrasante majorité, ne professent plus que des bribes de la foi authentique révélée par Notre-Seigneur !

Mon Dieu, donnez-nous des évêques et des prêtres capables de prêcher la pénitence et l’expiation au sujet de la satanique révolution, et, ce faisant, entraînant les âmes vers une authentique conversion des intelligences, une authentique conversion des cœurs et une authentique conversion des mœurs pour que la pureté et l’intégralité de la foi divine soit restaurée non seulement dans les âmes mais dans la société tout entière !

Le but de la révolution en effet, en 1789 comme en 1917, a été de détruire les monarchies chrétiennes, remparts de l’Eglise et de la foi, ce pourquoi la seule véritable et nécessaire contre-révolution se fonde sur la conversion profonde des individus, des institutions et des sociétés pour restaurer dans leur pureté et leur splendeur spirituelle des Rois et des Princes authentiquement chrétiens, participant de toute leur légitimité et de toute leur volonté aux desseins rédempteurs et sanctificateurs de Dieu, dans l’ordre social et politique qui leur a été départi par la divine Providence.

J’ai cru nécessaire de le rappeler avec force à l’occasion du centième anniversaire du massacre de Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch, la Tsarine Alexandra Feodorovna, et leurs cinq enfants, authentiques martyrs comme la famille royale française lors de la grande révolution, parce que c’est en haine de la royauté chrétienne dont ils incarnaient les principes (malgré leurs faiblesses personnelles), en haine du Droit Divin, et donc en haine du Christ Notre-Seigneur, qu’ils ont été mis à mort.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

Blason Frère Maximilien-Marie

2018-52. « Il juge, il préside, il inspire… »

2006 – 10 juillet – 2018

frise

photo officielle des 12 ans de Lully

Portrait officiel de Son Altesse Sérénissime
Monseigneur le Maître-Chat Lully
à l’occasion du douzième anniversaire de sa naissance.

frise

Mardi 10 juillet 2018,
Fête de Sainte Félicité et de ses sept fils, ainsi que des Saintes Rufine et Seconde, martyrs ;
Anniversaire du rappel à Dieu de l’Abbé henri Huvelin (+ 10 juillet 1910).

Altesse Sérénissime,
Monseigneur,
Mon très cher Lully,

Voilà aujourd’hui douze ans que tu es venu au monde…
Qui, alors, pouvait soupçonner la place que tu remplirais dans la vie d’un moine augustinien et, par contre-coup, dans celle de ses amis, ainsi que – j’ose le dire – dans la sphère catholique et légitimiste ?
« Ad multos annos ! », chat que la divine Providence (« Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur » ainsi que nous le rappelait l’admirable collecte du septième dimanche après la Pentecôte) a placé près de moi comme un très fidèle et très affectionné compagnon, comme un maître de sagesse (oui ! oui !), et comme une extraordinaire manifestation de la sollicitude divine.
Je demande à Dieu, notre commun Créateur, de t’accorder encore de nombreuses et heureuses années ici-bas afin que, « esprit familier » du Mesnil-Marie, tu continues à juger, présider et inspirer, toi qui « pour dire les plus longues phrases (…) n’a plus besoin de mots ».

Ton immensément affectionné,

Frère Maximilien-Marie.

Chat gif en marche

Le Chat

I

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a plus besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressé une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu  ?

Quand mes yeux vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire (1821-1867)
in « Les Fleurs du mal ».

Chat gif en marche

Autres textes relatifs à l’anniversaire du Maître-Chat Lully :
- Lully a deux ans > ici
- Lettre à l’occasion du 8e anniversaire de Lully > ici
- Poèmes pour les 9 ans de Lully > ici
- Poème pour les 10 ans de Lully > ici

Publié dans:Chronique de Lully, Memento |on 10 juillet, 2018 |12 Commentaires »

2018-51. Où le Maître-Chat croit utile de rappeler certaines choses…

Lundi soir 9 juillet 2018,
Fête des Bienheureuses Martyres d’Orange (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Véronique Giuliani.

Lully et Sainte Philomène

* * * * * * *

Gif moine

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous avons reçu de nombreux messages, mon papa-moine et moi-même : messages manifestant sans nul doute beaucoup d’amitié et de sollicitude, mais exprimant des inquiétudes ou de simples interrogations parce que nos publications sur le blogue s’étaient faites plus rares ces dernières semaines.

En tout premier lieu, je veux donc vous remercier pour tout ce que cela manifeste de touchant attachement et de fidélité ; mais en second lieu, il me faut aussi vous rappeler que ma vie, et encore moins celle de Frère Maximilien-Marie, n’a pas pour objectif premier et obligatoire de publier des textes sur ce blogue, même si nous avons conscience (sinon nous ne nous y serions pas tenus depuis maintenant plus de dix ans !) qu’il peut faire un peu de bien aux âmes, aux intelligences et aux cœurs.

Toutefois, quelqu’importance que cette activité de publication puisse revêtir tandis qu’au contraire qu’elle apparaît à certains comme un passe-temps d’oisifs), je me dois aussi de faire prendre conscience que Frère Maximilien-Marie est d’abord et avant-tout un moine qui se doit à la prière, laquelle occupe au minimum cinq heures de sa journée (bréviaire, lectio divina, oraison).
Je devrais plutôt dire de sa nuit, car c’est essentillement sur les heures de la nuit qu’il prend ce temps. A ces heures de prière à strictement parler il convient d’ajouter des temps de lecture et d’étude.

Et puis il y a les tyranniques tâches du quotidien qui sont celles du ménage, de la lessive, du rangement, des travaux, de la cuisine, du poulailler, de l’entretien du Mesnil-Marie, des courses… etc. … etc.

Et il y a toutes les activités en relation avec l’extérieur :
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est correspondant local de presse pour notre village, et que les relations avec quantité de personnes (car il est très intégré à la vie de la commune et se trouve sollicité par les villageois pour tous les événements locaux) d’une part, la rédaction des articles, et le contact avec les cadres de l’hebdomadaire d’autre part, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie possède le don de « couper le feu », et que l’accueil ou le contact avec les personnes brûlées, et les prières particulières à leur intention, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie reçoit énormément de visites ou d’appels téléphoniques, et que, même s’il s’efforce de ne leur accorder que des créneaux limités, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie siège aux conseils d’administration – voire comités de lecture – de plusieurs associations liées à la culture, à la défense et la promotion du patrimoine, ou à la protection paysagère, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est président d’une association promouvant la randonnée sur le territoire de trois villages et qu’à ce titre il est en relation fréquente avec les municipalités, ainsi qu’avec les instances de la communauté de communes, les offices de tourisme et d’autres associations, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est souvent amené à se déplacer pour des démarches administratives, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous qu’il y a des tas de personnes qui, dès qu’elles ont un doute sur une question historique, un point de liturgie, une difficulté exégétique, un problème dogmatique, un détail artistique… etc. …etc., recourent à Frère Maximilien-Marie, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que de plus en plus de personnes veulent demander les avis, conseils ou prières de Frère Maximilien-Marie, pour ce qui concerne leur propre vie spirituelle, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que le total des messages ou courriels reçus par Frère Maximilien-Marie quotidiennement dépasse la centaine, et que déjà seulement les lire – alors ne parlons pas des réponses souvent impossibles ou tardives parce qu’elles nécessiteraient le travail de deux secrétaires (qu’il n’a pas), cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est président – ou plus exactement – sénéchal du Cercle Légitimiste du Vivarais et que la préparation des réunions de formation et des autres activités du Cercle, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est Prieur de la Confrérie Royale, et que toute la marche de la dite confrérie, son développement, les attaques dont elle est la cible, la coordination avec les mouvements légitimistes authentiques… etc., cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie a la colonne vertébrale complètement abîmée par l’arthrose et que lui sont prescrites des séances régulières de kinésithérapie, et que cela lui prend du temps ? savez-vous enfin qu’il lui serait nécessaire de faire au minimun une heure de marche chaque jour, mais qu’il n’arrive généralement pas, en raison de tout le reste, à faire une heure de marche par semaine ?

Ajoutez enfin à cela que ces jours-ci la maman de Frère Maximilien-Marie est hospitalisée : à la suite d’une chute, elle souffre d’une double fracture du crâne et d’un hématome cérébral. Les visites à l’hôpital (aller-retour = trois heures et demi de trajet) et la préparation d’un transfert pour un séjour en maison de convalescence à la fin de son hospitalisation, sont des causes supplémentaires de soucis et de fatigues.

Ainsi donc, de grâce, que les lecteurs de ce modeste blogue, veuillent bien ne pas réagir uniquement par rapport à l’intérêt personnel qu’ils nous font l’honneur d’éprouver à recevoir dans leur boite aux lettres électronique des messages fréquents, voire quotidiens : si je ne publie rien, ce n’est pas parce que je les snobe ou que je n’aurai rien à leur dire, c’est seulement que je ne peux décemment pas demander à mon moine-secrétaire, qui n’a plus le temps, de faire davantage et de dormir encore moins qu’il ne le fait !

Pour clore ce sujet, je veux remercier plubliquement et très chat-leureusement ici certains membres des cercles légitimistes du Dauphiné et du Vivarais qui ont généreusement résolu de donner de leur temps et de leur personne à notre Frère, en venant une journée par mois au Mesnil-Marie pour l’aider dans les travaux d’entretien et d’aménagement, toujours nécessaires. 

Gif moine

Nous avons fêté, dans l’allégresse du coeur et l’action de grâces à la divine Providence, le dixième anniversaire de notre arrivée à Saint-Martial : c’était le 30 juin 2008, et c’était le jour de la fête de Saint Martial ! J’eusse souhaité publier quelques réflexions particulières pour marquer cet anniversaire, mais, pressé par les circonstances, je ne l’ai pas pu, aussi vous renvoie-je à ce que j’ai publié à ce sujet en 2014 (cf. > ici).

pattes de chatLully.

2018-50. « Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent… »

Deux allocutions
de
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
de jure  Sa Majesté le Roi Louis XX
prononcées à Paris le vendredi 6 juillet 2018
à l’occasion
d’une journée commémorant le
deuxième centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf

Armes de France & Navarre

En 1605, la ville de Paris pour remercier Sa Majesté le Roi Henri IV de tous ses bienfaits et en particulier des travaux d’urbanisme accomplis par lui dans ce quartier (aménagement de la Place Royale – aujourd’hui Place Dauphine -, achèvement du Pont-Neuf et percement de la rue Dauphine) commanda une statue équestre du Roi qui fut achevée et inaugurée seulement après sa mort, en 1614.
Cette première statue fut mise à bas et fondue par l’impiété et le vandalisme révolutionnaires. Cependant dès le 3 mai 1814, jour de l’entrée triomphale de Sa Majesté le Roi Louis XVIII dans Paris, une statue provisoire avait été placée en ce lieu avec cette dédicace : « Le retour de Louis fait revivre Henri »
Le 25 août 1818, en la fête de Saint Louis, ce provisoire prenait fin et l’on inaugura, dans une grande liesse populaire, une nouvelle statue de bronze du premier Roi Bourbon sur le Pont-Neuf, portant une dédicace latine qui se traduit ainsi : « La statue révérée du très illustre roi Henri le Grand, qui avait été un père pour son peuple, fut jetée à bas, à l’indignation de la France, au cours de la révolution. Après le retour souhaité de Louis XVIII, des citoyens issus de tous les ordres se cotisèrent et la rétablirent, ainsi que l’inscription honorifique détruite en même temps que la statue, qu’ils firent graver de nouveau dans la pierre. Fait le 25 août 1818. »
Le 25 août 2018 marquera donc l’exact deuxième centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf.
Devançant cette date, ce vendredi 6 juillet 2018, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné de tous les descendants d’Henri IV, et de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, est venu à Paris pour y présider une cérémonie commémorative, et assister à deux conférences à caractère historique données dans un cercle restreint.

Vous trouverez ci-dessous l’essentiel du texte des deux allocutions prononcées par notre Souverain légitime en ces circonstances.

Et voir aussi le poème de Victor Hugo :
« Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV », publié > ici.

Statue d'Henri IV au Pont-Neuf

« Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent… »

(allocution au Pont-Neuf devant la statue d’Henri IV)

« (…) Cette cérémonie du bicentenaire du rétablissement de la statue du Roi Henri IV sur le Pont Neuf m’amène à plusieurs réflexions : La première sur l’acte lui-même, dont  deux enseignements se dégagent, la seconde sur le roi Henri IV.

Lorsque les révolutionnaires en 1792, mirent bas la statue de celui qui, jusqu’alors, était considéré comme le bon roi Henri IV, sans doute ne pensaient-ils pas que leur geste, vingt-cinq ans après, serait effacé par celui de Louis XVIII qui rétablit devant une foule nombreuse la statue, à son emplacement, c’est-à-dire au cœur de Paris.

Ce geste prouvait la fidélité du Roi et de la Ville de Paris qui avait commandé la statue en 1605, mais surtout ce rétablissement rappelait qu’en politique tout est possible. Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent dès lors qu’ils ont foi en ce qu’ils font et en leur mission. N’est-ce pas là quelque chose de toujours actuel.

Les parisiens et le Roi Louis XVIII voulaient honorer l’œuvre d’Henri IV,  l’homme de la paix rétablie après trente ans de guerre civile et aussi l’homme de la pacification des cœurs. L’image d’Henri IV n’a jamais été ternie par les aléas de l’histoire et en 1610 lors de sa mort, en 1614 lors de l’érection de la première statue, en 1818 lors de son rétablissement comme aujourd’hui, il demeure le roi préféré des Français (…).

Mais cette cérémonie est l’occasion d’évoquer un autre aspect de la personnalité du Roi. Nous sommes aujourd’hui  avec  l’Amicale régimentaire qui maintient le souvenir et la tradition du Royal Navarre, devenu en 1790 le 5ème Régiment d’Infanterie. Cette unité dont Henri de Navarre fut le premier Colonel, a combattu sur tous les champs de bataille, durant plus de quatre siècles, prouvant que la France transcende les aléas de la politique (…).

Ainsi le Roi apparait là sous son autre facette. Grand dans la Paix il le fut aussi dans la guerre. Chef vaillant et audacieux il savait que la paix et la sécurité des peuples ne s’obtiennent que si l’on maintient la garde haute. Pas de faiblesse pour les ennemis car sinon c’est le peuple qui  souffre !

C’est par là aussi que le roi est grand et le demeure dans la mémoire collective.

La gerbe que nous allons déposer au pied de sa statue est, ainsi, triplement symbolique : elle honore le roi, elle rend hommage à son héritier direct le roi Louis XVIII, elle permet de se souvenir que notre avenir s’écrit à travers la mémoire collective d’un peuple qui en honorant ses grands hommes et leurs vertus,  témoigne de son espoir pour demain.

Merci de m’avoir écouté. »

lys.gif

Henri IV : grand dans la paix comme dans la guerre !

(allocution avant les conférences)

« (…) Après la belle et émouvante commémoration de ce matin sur le Pont-Neuf (…), nous voici réunis toujours autour de la grande figure d’Henri IV pour entendre deux conférences (…).

Elles vont éclairer deux aspects de la personnalité du grand Roi : d’un côté l’homme des premiers grands travaux parisiens et, de l’autre, le chef militaire qui a su réconcilier des troupes qui durant trente ans avaient combattu les unes contre les autres. Il est intéressant de noter que ces deux actions participaient chacune à leur manière, à rétablir la paix et la concorde entre tous les Français, ce qui était son vrai programme politique. Il fallait oublier trente ans de guerres civiles avec tous les drames que cela avait suscité. Cela passait par la prospérité à retrouver, mais aussi par une paix des cœurs à obtenir.

Cette dernière n’est-elle pas la plus difficile à réaliser après tant de maux endurés qui pouvaient sembler indélébiles !  L’Armée et l’engagement des siens pouvant aller jusqu’au sacrifice de leur vie,  est, plus facilement que tout autre institution, le creuset de ces grandes réconciliations. La France l’a observé à plusieurs reprises, mais sans doute est-ce Henri IV qui, le premier, l’a compris et l’a mis en pratique. La communication du Professeur Hervé Drévillon va donc, pour nous tous, être d’un grand intérêt et je le remercie d’avoir bien voulu être des nôtres aujourd’hui.

Mes remerciements vont aussi au Professeur Jean-Pierre Babelon. Nous nous connaissons depuis de longues années et, cher professeur, vous êtes celui qui m’a permis de suivre et de comprendre la question de l’authentification de la tête d’Henri IV. Elle ne fait plus de doute désormais. Je vous en remercie et j’espère que la dépouille royale retrouvera la place qui lui revient.

Aujourd’hui vous allez parler du rôle du Roi vis-à-vis de Paris. Vous avez consacré de nombreux travaux à cette question. Si le roi avait fait la paix, il voulait aussi que cela se voit en donnant à Paris, très éprouvé par la guerre, du confort, de la sécurité et de la beauté.

Ce matin nous étions sur le Pont-Neuf, à côté de la Place Dauphine, des lieux encore témoins de son travail d’urbaniste. Ces lieux existent en fait dans tout Paris marquée par l’œuvre du Roi. Il a le premier créé la tradition des souverains soucieux de leur capitale.

Le bicentenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV qui avait été abattue par les révolutionnaires est ainsi l’occasion, une nouvelle fois, d’honorer la mémoire du Roi qui demeure, dans la conscience collective, le plus aimé par les Français pour avoir été grand dans la Paix comme dans la guerre ; dans le combat comme dans le pardon, sachant réconcilier et faire l’unité pour le bien commun.

Une œuvre se juge par les fruits qu’elle porte. Celle d’Henri IV en est un bel exemple.

Merci à vous tous, Messieurs les Universitaires et vous les organisateurs, de nous donner l’occasion, en cette journée commémorative de celle de 1818, de nous le rappeler. Puisse cet exemple inspirer les uns et les autres et continuer à servir de modèle. Commémorer sert à faire mémoire des grandes actions pour inspirer le présent.

Henri IV demeure un roi d’hier comme de demain !

Merci. »

Détail de la statue équestre d'Henri IV au Pont-Neuf

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 6 juillet, 2018 |3 Commentaires »

2018-49. Mon Dieu, donnez-nous d’authentiques et saints prêtres catholiques !

Vendredi 29 juin 2018,
Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En beaucoup de diocèses, surtout depuis le XIXème siècle, la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul a été et demeure parfois encore la date des ordinations sacerdotales.
Ce 29 juin me donne donc l’occasion  de publier ci-dessous quelques chiffres que j’ai trouvés relatifs au clergé en France sur les trois derniers siècles. Je crois que ces chiffres se suffisent à eux-mêmes. 

ordinations sacerdotales Arras 1955

Ordinations sacerdotales en la cathédrale Saint-Vaast d’Arras en 1955

Statistiques du clergé catholique en France :

Nota : les quatre premiers chiffres sont donnés par le « Quid98″. Le dernier est celui qui a été donné par la Conférence des Evêques de France.

1) A la mort du Grand Roi – 1715 :

22 millions d’habitants
200.000 prêtres
90.000 religieux et religieuses

2) En 1836 :

33 millions d’habitants
43.000 prêtres

3) En 1877 :

38 millions d’habitants (l’Alsace et la Lorraine sont annexées à l’empire prussien)
55.000 prêtres
30.680 religieux
127.000 religieuses

4) En 1967-70 :

50 millions d’habitants
33.775 prêtres
23.000 religieux
115.500 religieuses

5) En 2015 :

66,62 millions d’habitants
11.908 prêtres diocésains

MAIS sur ces 11.908 prêtres, il en est 5.800 environ seulement qui sont encore en activité : les autres sont à la retraite.
(je n’ai pas le nombre de religieux et de religieuses).

Les ordinations sacerdotales pour les diocèses sont toujours en chute libre et elles ne compensent bien évidemment pas le nombre de départs à la retraite et de décès.
Trois ans plus tard, en ce 29 juin 2018, les chiffres ont bien sûr encore baissé.

Ainsi, en trois siècles, alors que la population du Royaume a été multipliée par 3, le nombre des prêtres a été divisé par 17.

Et je pose cette question : Sur ces quelque 5.000 prêtres en activité combien professent véritablement la foi catholique dans son intégrité et son intégralité ?

Mon Dieu, donnez-nous des prêtres !
Mon Dieu, donnez-nous d’authentiques et saints prêtres catholiques !
Mon Dieu, donnez-nous beaucoup d’authentiques et saints prêtres catholiques !
Mon Dieu, préservez-nous des prêtres qui ne sont pas véritablement catholiques !

 Lully.
sacerdos alter Christus

2018-48. La voix et la parole.

Sermon 288
de

notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
la Nativité de Saint Jean-Baptiste

Naissance du Baptiste - Rogier Van der Weyden

La naissance du Baptiste
(Rogier van der Weyden)

Synthèse : Nous avons déjà publié un sermon de notre glorieux Père Saint Augustin prêché à l’occasion de la Nativité de Saint Jean-Baptiste (cf. > ici). En voici un second, plus important, dans lequel se déploie toute la sagacité du Docteur de la Grâce dans sa pénétration des mystères contenues dans les Ecritures Sacrées.
Ainsi, après avoir annoncé que pour célébrer la naissance du Précurseur il va sonder un grand mystère, Saint Augustin rappelle que nonobstant son élévation au-dessus de tous les hommes et de tous les prophètes, Saint Jean disait simplement de lui-même qu’il était la voix, la voix du Verbe ou de la Parole éternelle. Quels traits de ressemblance en effet entre la voix et Saint Jean d’une part, et entre la parole divine et Jésus d’autre part ! Il suffit d’en indiquer quelques-uns pour que l’esprit les saisisse :
1° La voix n’est rien sans la parole ou sans la pensée. Qu’est-ce que Saint Jean sans Jésus ?
2° Dans l’intelligence qui la conçoit, la parole ou la pensée précède la voix ou le mot qui doit l’exprimer en quelque langue que ce soit ; mais dans l’esprit à qui s’adresse la pensée, la voix porte la pensée, elle la précède. N’est-ce pas ainsi que le Verbe existe d’abord dans l’intelligence divine et que pour arriver jusqu’à nous Il a dû avoir un précurseur, des précurseurs même ; n’est ce pas ainsi que le Fils de Dieu a eu à son service des patriarches, des prophètes, des Apôtres ?
3° Enfin la parole n’est plus nécessaire quand on a la pensée. C’est ainsi que Saint Jean diminue et disparaît quand se montre Jésus ; c’est ainsi, encore qu’il ne sera plus nécessaire de le faire connaître par la parole quand au ciel nous Le verrons face à face.

 

§ 1. En revenant aujourd’hui comme chaque année, la fête que nous célébrons actuellement nous rappelle qu’avant l’Admirable est né admirablement le Précurseur du Seigneur. C’est aujourd’hui surtout qu’il convient de contempler et de louer cette naissance. Si l’on a consacré au souvenir de ce miracle un jour de chaque année, c’est pour que l’oubli n’efface de nos coeurs ni les bienfaits de Dieu ni les magnificences du Très-Haut.
Le héraut du Seigneur, Jean, fut envoyé avant Lui, mais après avoir été fait par Lui ; car « par Lui tout a été fait et sans Lui rien ne l’a été ». C’était un homme envoyé devant l’Homme-Dieu, un homme reconnaissant son Seigneur, annonçant son Créateur, Le distinguant intérieurement et Le montrant du doigt quand Il était déjà sur la terre. Voici en effet les paroles qu’il prononçait en montrant le Sauveur et en lui rendant témoignage: « Voilà l’Agneau de Dieu, voilà Celui qui efface le péché du monde » (Jean III, 29). N’était-il donc pas juste qu’une femme stérile fût la mère du héraut, et une Vierge celle du Juge ? On vit dans la mère de Jean la stérilité devenir féconde, et dans la mère du Christ la fécondité n’altérer en rien la virginité.
Si votre patience, si votre ardeur paisible, si votre attention silencieuse me le permettent, je vous dirai avec l’aide du Seigneur ce que le Seigneur m’inspire de vous dire ; et pour vous dédommager de votre attention, de votre application, je ferai sûrement pénétrer dans vos oreilles et dans vos coeurs des vérités qui touchent à un profond mystère.

§ 2. Il y a eu avant Jean-Baptiste de nombreux, de grands et de saints prophètes, des prophètes dignes de Dieu et remplis de Dieu, qui annonçaient le futur avènement du Sauveur et prêchaient la vérité. D’aucun d’eux néanmoins on n’a pu dire, comme de Jean : « Nul ne s’est élevé, parmi les enfants des femmes, au-dessus de Jean-Baptiste » (Matth. XI, 11).
Pourquoi cette grandeur envoyée devant la Majesté ? Pour faire ressortir son humilité profonde. Jean était si grand qu’on pouvait le prendre pour le Christ. Il lui était donc possible d’abuser de cette erreur répandue parmi ses contemporains et de leur persuader sans peine qu’il l’était réellement, puisque ceux qui le voyaient et l’entendaient se l’étaient imaginé. Il n’avait pas besoin de répandre l’erreur ; il n’avait pas à l’accréditer. Mais au lieu de prendre en adultère la place de l’Epoux, cet humble ami de l’Epoux, cet ami zélé de l’Epoux, rend témoignage à son ami et recommande à l’épouse Celui qui est son époux véritable : il veut n’être aimé qu’en Lui et aurait horreur qu’on l’aimât pour lui. L’Epoux, dit-il, est celui à qui appartient l’épouse. Puis, comme si on lui demandait : Qu’es-tu donc ? « Mais l’ami de l’Epoux, poursuit-il, reste debout, L’écoute et se réjouit d’entendre sa voix » (Jean III, 29).
« Il reste debout et L’écoute » ; c’est le disciple écoutant le maître, car s’il L’écoute il reste debout, au lieu qu’il tombe s’il ne L’écoute pas. Ce qui montre principalement la grandeur de Jean, c’est qu’il aima mieux rendre témoignage au Christ, quand on pouvait le prendre pour le Christ ; c’est qu’il aima mieux Le mettre en relief et s’humilier que de passer pour le Christ et de tromper le monde.
C’est avec raison aussi qu’il est présenté comme étant plus qu’un prophète. Voici en effet ce que dit le Seigneur Lui-même, des prophètes qui ont précédé saint Jean : « Beaucoup de prophètes et de justes ont aspiré à voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu » (Matth. XIII, 17). Effectivement ces hommes remplis de l’Esprit de Dieu pour prédire l’avènement du Christ, auraient désiré, s’il eût été possible, voir le Christ présent sur la terre. Aussi bien, quand le Ciel prolongeait la vie à Siméon, c’était pour accorder à ce vieillard de voir sous la forme d’un nouveau-né Celui qui a créé l’univers (Luc II, 25-26). Sans doute il contempla dans Son petit corps le Verbe de Dieu devenu enfant ; mais cet Enfant n’enseignait pas encore, et tout Maître qu’Il fût pour éclairer les anges auprès de Son Père, Il n’avait pas pris encore Son rôle de Maître sur la terre. Siméon Le vit donc, mais petit enfant ; au lieu que Jean Le vit quand Il prêchait déjà et que déjà Il faisait choix de Ses disciples. Où Le vit-il ? Près du Jourdain ; c’est près de ce fleuve en effet que Jésus commença à enseigner. C’est là aussi que fut recommandé à la piété le futur baptême du Christ ; car on y recevait un baptême avant-coureur qui semblait préparer la voie et dire : « Préparez la voie au Seigneur, rendez droits Ses sentiers » (Matth. III, 3). Si effectivement le Seigneur voulut recevoir le baptême de Jean serviteur, n’était-ce pas pour faire comprendre ce qu’on reçoit dans son baptême, à Lui ? C’est donc par là qu’Il commença ce qui justifiait cette antique prophétie : « Il dominera d’une mer à l’autre, et du fleuve jusqu’aux extrémités de l’univers » (Ps. LXXXI, 8). Eh bien ! ce fut près de ce fleuve où commença la domination du Christ, que Saint Jean vit, reconnut le Christ et Lui rendit témoignage. Il s’humilia devant cette grandeur, pour être dans son humiliation relevé par elle.
Il se dit bien l’ami de l’Epoux ; mais quel ami ? Est-ce pour marcher avec Lui sur le pied de l’égalité ? Nullement : c’est pour marcher bien au-dessous. A quelle distance de lui ? « Je ne mérite pas de dénouer les courroies de Sa chaussure » (Marc I, 7) .
Aussi ce prophète, qui est plus qu’un prophète, mérita-t-il d’être prédit par un prophète. C’est de lui en effet que parlait Isaïe dans ce passage qu’on a lu aujourd’hui : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie au Seigneur, rendez droits Ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline sera abaissée ; les tortuosités seront redressées et les aspérités aplanies, et toute chair verra le salut de Dieu. Crie. Que crierai-je ? Que toute chair est de l’herbe et que toute sa gloire est comme la fleur de l’herbe. L’herbe s’est desséchée, la fleur est a tombée : mais le Verbe du Seigneur subsiste éternellement » (Isaïe XL, 3-8).
Que votre charité se rende bien attentive. Quand on demanda à Saint Jean qui il était, s’il était le Christ, Elie ou un prophète, « Je ne suis, répondit-il, ni le Christ, ni Elie, ni un prophète. — Qui êtes-vous donc ? reprirent les envoyés. — Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ». Il se dit donc une voix ; Jean est une voix. Et le Christ, pour qui Le prends-tu, sinon pour le Verbe ? La voix précède pour donner l’intelligence de la pensée du Verbe. De quel Verbe ? Ecoute, on va te le dire clairement : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Dès le commencement Il était en Dieu.Tout a été fait par Lui, et sans Lui rien ne l’a été » (Jean I, 20-21, 1-3). Si par Lui tout a été fait, Jean aussi l’a été par Lui. Pourquoi nous étonner que le Verbe Se soit formé une voix ? Considère, considère tout à la fois près du fleuve et la Voix et le Verbe, Jean et le Christ.

3. Examinons ce qui distingue la voix et le verbe ; examinons avec attention, car c’est une chose importante et qui demande une application soutenue. Le Seigneur nous accordera de ne point nous fatiguer, moi en vous expliquant, et vous en écoutant.
Voici donc deux choses : La voix et le verbe ou la parole. Qu’est-ce que la voix ? Qu’est-ce que la parole ? Qu’est-ce ? Ecoutez ce dont vous allez reconnaître la vérité en vous-mêmes, en vous interrogeant et en vous répondant intérieurement. Il n’y a parole qu’autant qu’il y a signification. Quand on fait seulement un bruit de lèvres, un bruit qui n’a point de sens, comme le bruit qu’on fait en criant sans parler véritablement, on peut dire qu’il y a voix, mais il n’y a point parole. Un gémissement est une voix ; un cri plaintif est une voix. La voix est comme un son informe qui retentit aux oreilles sans rien dire à l’entendement ; tandis qu’il n’y a parole qu’autant qu’il y a signification, qu’autant qu’on s’adresse à l’intelligence en frappant les oreilles. Je le répète, un cri jeté, c’est une voix ; mais prononcer les mots homme, troupeau, Dieu, monde, ou tout autre semblable, c’est parler. Car ces émissions de voix signifient quelque chose, elles ont du sens ; elles ne sont pas de vains sons qui n’apprennent rien. Si donc vous comprenez cette différence entre la voix et la parole, contemplez-la avec admiration dans Saint Jean et dans le Christ.
De plus, séparée même de la voix, la parole peut avoir son. efficacité ; tandis que sans la parole la voix est vaine. Rendons compte de cette proposition, expliquons-la si nous le pouvons. Tu voulais dire quelque chose ; ce que tu veux dire est déjà conçu dans fou coeur ; ta mémoire le garde, ta volonté se dispose à l’exprimer, c’est une idée vivante de ton intelligence. Mais ce que tu veux dire n’est encore formulé dans aucune langue ; cette idée que tu veux émettre, que tu as conçue dans ton esprit n’est encore formulée dans aucune langue, ni grecque, ni latine, ni punique, ni hébraïque, aucune langue enfin ; l’idée n’est encore que dans l’esprit, d’on elle se prépare à sortir. Remarquez bien : c’est une idée, c’est une pensée, c’est une raison que conçoit l’intelligence et qui se prépare à s’en échapper pour s’insinuer dans l’esprit de l’auditeur. Or, en tant que connue de celui qui la possède dans son entendement, cette idée est un verbe, une parole ; parole connue de celui qui doit la proférer, mais non de celui qui doit la recueillir. Voilà donc dans l’esprit une parole déjà formée, déjà entière et cherchant à s’en échapper pour se donner à qui l’entendra. Considère à qui il va s’adresser, celui qui a conçu cette parole intérieure qu’il veut manifester et qu’il voit distinctement en lui-même.
Au nom du Christ je veux me faire entendre des esprits cultivés qui sont dans cette église, j’ose même présenter à ceux qui ne sont pas dépourvus de toute instruction, des considérations plus métaphysiques. Que votre charité se rende donc attentive.
Voyez une parole conçue dans l’intelligence, elle cherche à en sortir, elle veut qu’on la profère; on examine à qui on va la porter. Rencontre-t-on un Grec ? On cherche une expression grecque pour la lui faire comprendre. Un Latin ? C’est un terme latin. Un Carthaginois ? C’est une expression punique. Supprime ces différents interlocuteurs, et la parole intérieure n’est ni grecque, ni latine, ni punique, ni d’aucune autre langue. Elle a besoin, pour se montrer, d’un son de voix connu de celui à qui on veut l’adresser.
Afin de vous faire parfaitement comprendre, je voudrais, mes frères, vous citer maintenant un exemple : je voudrais exprimer l’idée de Dieu. Cette idée conçue en moi est une idée grande ; car ce n’est pas la syllabe, ce n’est pas ce petit mot que j’ai en vue, c’est l’idée même de Dieu. Je considère donc à qui je parle. Est-ce à un Latin ? Je prononce : Deus. A un Grec ? Theos. Au Latin donc je dis : Deus ; au Grec : Theos. Entre ces deux mots il n’y a de différence que le son et les lettres qui le forment ; mais dans mon esprit, dans l’idée que je veux exprimer, que je médite, il n’y a ni diversité de lettres, ni variété de sons et de syllabes : c’est la même idée. Pour parler à un latin, il m’a fallu une voix latine ; une voix grecque pour m’adresser à un Grec. Pour me faire comprendre d’un Carthaginois, d’un Hébreu, d’un Egyptien, d’un Indien, il m’aurait fallu également des voix différentes. Combien de voix différentes, vu le changement de personnes, n’amènerait pas la même idée à former, sans changer ni sans se modifier en elle-même ! Elle se communique à un Latin sous la forme d’une voix latine, sous une voix grecque à un Grec, hébraïque à un Hébreu.
De plus, tout en parvenant à celui qui écoute, elle ne quitte pas celui qui parle. Est-ce en effet que je n’ai plus en moi ce que je dis à un autre ? En te portant ma pensée, le son qui m’a servi d’intermédiaire te l’a communiquée sans me la ravir. J’avais présente l’idée de Dieu ; tu n’avais pas encore entendu ma voix ; mais après l’avoir, entendue tu as commencé à avoir la même idée que moi : l’ai-je perdue en te la donnant ? En moi donc, dans mon coeur qui lui donne le mouvement, dans mon esprit qui l’engendre secrètement, la parole existe avant de paraître sous forme de voix. La voix n’est pas encore formée dans ma bouche, et la parole est dans mon intelligence : c’est pour arriver jusqu’à toi que celle conception de mon âme recourt au ministère de ma voix.

4. Si maintenant, soutenu par votre attention et vos prières, je pouvais exprimer ce que je désire, celui qui me comprendrait serait ravi, je pense ; pour celui qui ne me comprendra pas, je lui demande d’avoir égard à mes efforts et d’implorer la miséricorde de Dieu. Ce que je dis vient de Lui ; je vois bien dans mon esprit ce que j’ai à exprimer ; ce sont les termes, les voix que je cherche avec effort pour le porter à vos oreilles.
Que voulais-je donc dire, mes frères ? que voulais-je dire ? Vous avez bien remarqué, vous comprenez bien que la parole ou l’idée était en mon esprit avant de choisir un terme, une voix pour arriver jusqu’à vous. Tous comprennent aussi, je pense, que ce qui se fait en moi se produit également dans tous ceux qui parlent. Je sais donc ce que je veux dire, je le possède dans mon esprit, je cherche des termes pour l’exprimer ; avant que ces termes soient prononcés par ma voix, je possède assurément la parole, la pensée en moi-même. Ainsi la parole est en moi antérieure à la voix ; elle existe d’abord, la voix ne vient qu’ensuite. En toi au contraire, c’est l’oreille qui est frappée d’abord du son de ma voix pour porter ma pensée, ma parole à ton esprit. Comment connaîtrais-tu ce qui était en moi avant aucune émission de voix, si ma voix ne l’avait porté jusqu’à toi ?
Ne s’ensuit-il pas, si Jean est la voix, et le Christ la Parole ou le Verbe, que le Christ est antérieur à Jean, mais dans le sein de Dieu, et que Jean parmi nous est antérieur au Christ ? Quel mystère admirable, mes frères ! Méditez-le, pénétrez-vous de plus en plus de la grandeur de cette vérité.
Je suis charmé de votre intelligence, elle m’enhardit près de vous, mais avec l’aide de Celui que je prêche, moi si petit et Lui si grand, moi un homme quelconque et Lui le Verbe de Dieu. Donc, avec Son secours je m’enhardis près de vous, et après avoir exposé cette formation et cette distinction de la voix et de la parole ou du verbe, je vais indiquer quelques conséquences.
D’après les mystérieux desseins de Dieu, la voix se personnifiait dans Saint Jean : mais seul il n’était pas la voix ; car tout homme qui prêche le Verbe est la voix du Verbe, et ce que la voix de notre bouche est à la pensée conçue dans notre coeur, toute âme pieuse qui prêche le Verbe l’est à ce Verbe dont il est dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était en Dieu dès le commencement » (Jean I, 1-2). Combien de paroles ou plutôt combien de voix produit aussi le Verbe conçu dans notre intelligence ! Combien de prédicateurs a envoyés le Verbe tout en demeurant dans le sein de Son Père ! Il a envoyé les patriarches, Il a envoyé les prophètes, Il a envoyé en si grand nombre les grands hommes qui L’ont fait connaître d’avance : autant de voix qu’Il a fait entendre sans sortir du sein de Son Père ; mais après toutes ces voix le Verbe est venu Lui-même et tout seul, porté par Sa chair, comme par Sa voix, comme sur un véhicule sacré. Eh bien ! réunis toutes ces voix qui ont précédé le Verbe, et mets-les dans la personne de Jean. Il en était comme l’incarnation, comme la personnification mystérieuse et sacrée. Si donc il a été seul et spécialement appelé la Voix, c’est qu’il était comme le symbole et la représentation de toutes ces autres voix.

5. Considérez maintenant la portée de ces mots : « Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Mais pourrai-je exprimer ma pensée ? Pourrai-je même, non pas vous faire comprendre, mais comprendre moi-même de quelle manière, dans quel sens, dans quel but, pour quel motif, la voix elle-même, Saint Jean, a dit, d’après la distinction que je viens d’établir entre la voix et la parole : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean III, 30) ? O mystère profond et admirable ! Contemplez la voix en personne, ce précurseur en qui se résument symboliquement toutes les voix, disant de la personne du Verbe : « Il faut qu’il croisse et que je diminue !» Pourquoi ce langage? Examinez.
L’Apôtre dit : « Nous connaissons partiellement et partiellement nous prophétisons ; mais quand viendra ce qui est parfait, alors s’évanouira ce qui est partiel » (1 Cor. XIII, 9-10). Qu’entendre par « ce qui est parfait » ? « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». Voilà « ce qui est parfait ». Qu’est-ce encore que ce qui est parfait ? Dites-le-nous à votre tour, apôtre Paul. « Il avait la nature même de Dieu et Il ne crut pas usurper en Se faisant l’égal de Dieu » (Philip. II, 6). Eh bien ! ce Dieu égal à Dieu le Père, ce Verbe de Dieu, qui demeure dans le sein de Dieu et par qui tout a été fait, nous Le verrons tel qu’Il est, mais à la fin seulement. Pour le moment en effet, comme s’exprime l’Evangéliste saint Jean, « mes bien-aimés, nous sommes les enfants de Dieu, et ce que nous serons ne se voit pas encore. Nous savons, mes bien-aimés, que nous serons semblables à Dieu, lorsqu’Il apparaîtra, parce que nous Le verrons tel qu’Il est » (1 Jean III, 2). Cette vue de Dieu nous est promise ; c’est pour y parvenir que nous travaillons à nous instruire et à purifier nos coeurs. « Bienheureux, est-il dit, ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu » (Matth. V, 8).
Le Sauveur montrait ici Son corps, Il montrait à Ses serviteurs Sa nature de serviteur, après les voix nombreuses dont Il S’était fait précéder, Il voulut que Son corps sacré fût en quelque sorte Sa voix spéciale. Un jour qu’on demandait à voir Son Père, comme si on L’eût vu Lui-même tel qu’Il est, Lui le Fils égal au Père qui parlait à Ses serviteurs sous Sa forme de serviteur : « Seigneur, Lui dit Philippe, montrez-nous Votre Père, et cela nous suffit». C’était le but de tous ses désirs, le terme de ses progrès, et après y être parvenu, il ne lui restait plus rien à ambitionner. « Montrez-nous Votre Père, et cela nous suffit ». C’est bien, Philippe, c’est bien, tu comprends à merveille que le Père te suffit. Qu’il te suffit ? qu’est-ce à dire ? Que tu ne chercheras plus rien au delà ; Il te comblera, Il te rassasiera, Il te rendra parfait. Mais examine si Celui qui te parle ne te suffirait pas aussi. Te suffirait-Il seul ou conjointement avec Son Père ? Eh ! comment te suffirait-Il seul, puisque jamais Il ne Se sépare de Son Père ? A ce désir qu’a Philippe de voir le Père, le Fils va répondre . « Il y a si longtemps que Je suis avec vous, et vous ne Me connaissez pas encore ? Philippe, qui Me voit, voit aussi Mon Père » (Jean XIV, 8-9).
Ces mots : « Qui Me voit, Philippe, voit aussi Mon Père », ne signifient-ils pas. Tu ne M’as donc pas vu, puisque tu cherches à voir Mon Père ? « Qui Me voit, Philippe, voit aussi Mon Père ». Pour toi, tu Me vois et tu ne Me vois pas. Tu ne vois pas en Moi Celui qui t’a fait, mais tu vois ce que Je Me suis fait pour toi. « Qui Me voit, voit aussi Mon Père». Pourquoi parle-t-Il ainsi, sinon parce qu’ « ayant la nature de Dieu, Il n’a pas cru usurper en Se disant égal à Dieu ». Qu’est-ce que Philippe voyait en lui ? Il voyait qu’ « Il S’est anéanti en prenant une nature, d’esclave, en devenant semblable aux hommes et en paraissant homme par 
l’extérieur » (Philip. II, 6-7). Voilà ce que voyait Philippe, la nature d’esclave, avant de devenir capable de voir en Lui la nature de Dieu.
N’oublions pas que Jean était la personnification de toutes les voix, et le Christ, la personnification du Verbe. Or il est nécessaire que toutes les voix diminuent à mesure que nous devenons aptes à voir le Christ. N’est-il pas vrai que tu as d’autant moins besoin du secours de la voix d’autrui ; que tu t’approches davantage de la contemplation de la sagesse ? La voix est dans les prophètes ; elle est dans les Apôtres, dans les psaumes, dans l’Evangile. Advienne ce Verbe qui était au commencement, qui était en Dieu, qui était Dieu. Lorsque nous Le verrons tel qu’Il est, lira-t-on encore l’Evangile ? écouterons-nous encore les prophéties ? étudierons-nous encore les Epîtres es Apôtres ? Pourquoi non ? Parce que les voix se taisent quand le Verbe grandit : « Il faut qu’Il croisse et que je diminue».
Sans 
doute, considéré en Lui-même, le Verbe ne croît ni ne décroît. Mais en nous on peut dire qu’Il croît, lorsque nos progrès dans la vertu nous élèvent vers Lui. C’est ainsi que la lumière croît dans les yeux, lorsqu’en guérissant, les yeux voient plus qu’ils ne voyaient étant malades. Oui, la lumière était moindre dans les yeux souffrants que dans les yeux guéris, quoiqu’en elle-même elle n’ait pas diminué d’abord ni augmenté ensuite.
On peut donc dire que l’utilité de la voix diminue à mesure qu’on s’approche davantage du Verbe. Dans ce sens il faut que le Christ croisse et que Jean diminue. C’est ce qu’indique aussi la différence de leur mort. Jean décapité a été comme raccourci ; le Christ élevé en croix a en quelque sorte grandi. C’est ce que rappellent encore les jours de leur naissance ; car à dater de la naissance de Jean les jours commencent à diminuer, et ils recommencent à augmenter à partir de la Nativité du Christ.

Sandro Boticelli St Augustin dans sa cellule

Boticelli : Saint Augustin étudiant les Ecritures dans sa cellule.

1...34567...86

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi