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2017-37. Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur les mystères de la Passion de Notre-Seigneur.

Voici un sermon de notre glorieux Père Saint Augustin, adressé aux fidèles un Vendredi Saint, dans lequel le sublime Docteur d’Hippone s’est attaché à faire ressortir les raisons mystérieuses et le symbolisme de certaines circonstances de la Passion décrites dans le Saint Evangile.
En connaisseur inspiré des textes sacrés, Saint Augustin montre les liens profonds de certains détails avec les prophéties de l’Ancien Testament – certaines étant peu connues -, et il met en lumière le sens spirituel de certains autres à côté desquels nous passons souvent sans prêter attention aux mystères qu’ils recèlent…

P. de Champaigne - Crucifixion

Philippe de Champaigne : Crucifixion.

* * * * * * *

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
sur
les mystères de la Passion

§ 1 – Saint Augustin prononce ce sermon un Vendredi Saint. La Passion est la cause de notre salut. Toutefois dans le récit de la Passion se trouvent des mystères que le saint évêque se propose de commenter.

On lit solennellement, et solennellement on honore la Passion de Celui dont le sang a effacé nos péchés, afin que ce culte annuel ranime plus vivement nos souvenirs et que le concours même des populations jette plus d’éclat sur notre foi.
Cette solennité exige donc que nous vous adressions sur la Passion du Seigneur le discours qu’il Lui plait de nous inspirer. C’est sans doute afin de nous aider à faire notre salut et à traverser utilement cette vie, que le Seigneur a daigné nous donner un grand exemple de patience en souffrant ce qu’Il a souffert de la part de Ses ennemis, et afin de nous disposer à souffrir, s’Il le voulait, de semblables douleurs pour l’honneur de l’Evangile.
Cependant comme il n’y a pas eu de contrainte et que tout a été volontaire dans ce qu’Il a enduré en Sa chair mortelle, on croit avec raison que dans les circonstances de Sa Passion dont Il a fait consigner le récit dans l’Evangile, Il a voulu encore indiquer autre chose.

§ 2 – Sens du portement de la Croix.

D’abord, si après avoir été condamné à être crucifié, Il a porté Lui-même Sa croix (Jean XIX, 17), c’était pour nous apprendre à vivre dans la réserve et pour nous montrer, en marchant en avant, ce que doit faire quiconque veut Le suivre.
Du reste Il S’en est expliqué formellement : « Si quelqu’un M’aime, dit-Il, qu’il a prenne sa croix et Me suive » (Matt. XVI, 24). Or, c’est en quelque sorte porter sa croix que de bien gouverner cette nature mortelle.

§ 3 – Sens du crucifiement au lieu dénommé Calvaire [note : Saint Augustin sous entend que ses auditeurs connaissent le sens de ce mot donné par le Saint Evangile, c’est-à-dire « lieu du crâne »].

S’il a été crucifié sur le Calvaire (Jean XIX, 17-18), c’était pour indiquer que par Sa passion Il remettait tous ces péchés dont il est écrit dans un psaume : « Le nombre de mes iniquités s’est élevé au-dessus des cheveux de ma tête » (Ps. XXXIX, 13).

§ 4 – Symbolisme des deux larrons crucifiés à la droite et à la gauche de Jésus.

Il eut à Ses côtés deux hommes crucifiés avec Lui (Jean XIX, 18) ; c’était pour montrer que des souffrances attendent et ceux qui sont à Sa droite, et ceux qui sont à Sa gauche. Ceux qui sont à Sa droite et desquels Il dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice » (Matt. V, 10) ; ceux qui sont à Sa gauche et dont il est écrit : « Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (I Cor. XIII, 3).

§ 5 – Symbolisme de l’écriteau (titre) de la Croix.

En permettant qu’on plaçât au-dessus de Sa croix le titre où Il était désigné comme « Roi des Juifs » (Jean XIX, 19), Il voulait montrer que même en Le mettant à mort les Juifs ne pouvaient empêcher qu’Il fût leur Roi : aussi viendra-t-Il avec une grande gloire et une puissance souveraine leur rendre selon leurs oeuvres ; et c’est pourquoi il est écrit dans un psaume : « Pour moi, Il M’a établi Roi sur Sion, Sa montagne sainte » (Ps. II, 6).
Ce titre fut écrit en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (ibid. 20) ; c’était pour signifier qu’Il régnerait non-seulement sur les Juifs mais encore sur les Gentils. Aussi après ces mots qui désignent Sa domination sur les Juifs : « Pour moi, j’ai été établi Roi sur Sion, sa montagne sainte » ; Il ajoute aussitôt, pour parler de Son empire sur les Grecs et sur les Latins : « Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui ; demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage et pour domaine jusqu’aux extrémités de l’univers » (Ps. II, 6-7).
Ce n’est pas que les Gentils ne parlent que grec et latin ; c’est que ces deux langues l’emportent sur les autres : la langue grecque, à cause de sa littérature ; la langue latine, à cause de l’habileté politique des Romains. Les trois langues annonçaient donc que toute la gentilité se soumettrait à porter le joug du Christ.
Le titre néanmoins ne portait pas Roi des Gentils, mais Roi des Juifs : c’était afin de rappeler par ce nom propre l’origine même de la race chrétienne : « La loi viendra de Sion, est-il écrit, et de Jérusalem la parole du Seigneur » (Isaïe II, 3). Quels sont d’ailleurs ceux qui disent avec un psaume : « Il nous a assujetti les peuples, il a mis à nos pieds les Gentils » (Ps. XLVI, 4), sinon ceux dont parle ainsi l’Apôtre : « Si les Gentils sont entrés en partage de leurs biens spirituels, ils doivent leur faire part à leur tour de leurs biens temporels » (Rom. XV, 27) ?

§ 6 - Ce n’est pas non plus sans raison que Pilate a refusé de modifier ce titre.

Quand les princes des Juifs demandèrent à Pilate de ne pas mettre, dans un sens absolu, qu’il était Roi des Juifs, mais d’écrire seulement qu’Il prétendait l’être (Jean, XIX, 21), Pilate fut appelé à figurer comment l’olivier sauvage serait greffé sur les rameaux rompus ; car Pilate appartenait à la gentilité et il écrivait alors la profession de foi de ces mêmes Gentils dont Notre-Seigneur avait dit Lui-même : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé et a donné à une nation fidèle à la justice » (Matt. XXI, 43).
Il ne s’ensuit pas néanmoins que le Sauveur ne soit pas le Roi des Juifs. N’est-ce pas la racine qui porte la greffe sauvage et non cette greffe qui porte la racine ? Par suite de leur infidélité, ces rameaux sans doute se sont détachés du tronc ; mais il n’en faut pas conclure que Dieu ait repoussé le peuple prédestiné par Lui. « Moi aussi, dit saint Paul, je suis Israélite » (Rom. XI, 1, 2, 17). De plus, quoique les fils du royaume se jettent dans les ténèbres pour n’avoir pas voulu que le Fils de Dieu régnât sur eux, beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident pour prendre place au banquet, non pas avec Platon et Cicéron, mais avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le Royaume des Cieux (Matt. VIII, 11).
Pilate aussi écrivit Roi des Juifs, et non pas Roi des Grecs et des Latins, quoiqu’il dût régner sur les Gentils ; et ce qu’il écrivit, il l’écrivit sans consentir à le changer malgré les réclamations de ces infidèles (Jean, XIX, 22) : c’est que bien longtemps auparavant il lui avait été dit au livre des psaumes : « N’altère point le titre, tel qu’il est écrit » (Ps. LVI, 1 ; LVII, 2).
C’est donc au Roi des Juifs que croient tous les Gentils ; Il règne sur toute la gentilité, mais comme Roi des Juifs. Telle a donc été la sève de cette racine, qu’elle a pu communiquer sa nature au sauvageon greffé sur elle, sans que ce sauvageon ait pu lui ôter son nom d’olivier véritable.

§ 7 – Symbolisme du partage des vêtements.

Si les soldats s’approprièrent ses vêtements, après en avoir fait quatre parts (Jean XIX, 23), c’est que Ses sacrements devaient se répandre dans les quatre parties du monde.
S’ils tirèrent au sort, au lieu de la partager entre eux, Sa tunique sans couture et d’un seul tissu, depuis le haut jusqu’en bas (ibid. 23-24), ce fut pour démontrer clairement que tous, bons ou méchants, peuvent recevoir sans doute les sacrements extérieurs, qui sont comme les vêtements du Christ, mais que cette foi pure qui produit la perfection de l’unité et qui la produit par la charité qu’a répandue dans nos coeurs le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom. V, 5), n’est pas le partage de tous, mais un don spécial, fait comme au hasard, par la grâce secrète de Dieu. Voilà pourquoi Pierre dit à Simon, qui avait reçu le baptême, mais non pas cette grâce : « Il n’y a pour toi ni a part, ni sort dans cette foi » (Act. VIII, 21).

§ 8 – Raison pour laquelle Jésus S’est adressé à Marie du haut de la Croix.

Du haut de la croix Il reconnut Sa Mère et la recommanda au disciple bien-aimé (Jean XIX, 26-27) ; c’était, au moment où Il mourait comme homme, montrer à propos des sentiments humains – et ce moment n’était pas encore arrivé, quand sur le point de changer l’eau en vin, Il avait dit à cette même Mère : « Que nous importe, à Moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue » (ibid. II, 4).
Aussi n’avait-Il pas puisé dans Marie ce qui appartenait à Sa divinité, comme en elle Il avait puisé ce qui était suspendu à la croix.

§ 9 – Sens de la soif éprouvée par le Sauveur en Croix et symbolisme de l’éponge.

S’Il dit : « J’ai soif », c’est qu’Il avait soif de la foi de Son peuple ; mais comme «en venant chez lui il n’a pas été reçu par les siens » (Jean I, 11), au lieu du doux breuvage de la foi, ceux-ci Lui présentèrent un vinaigre perfide, et le Lui présentèrent avec une éponge.
Ne ressemblaient-ils pas eux-mêmes à cette éponge, étant – comme elle – enflés sans avoir rien de solide, et, comme elle encore, ne s’ouvrant pas en droite ligne pour professer la foi, mais  cachant  de noirs  desseins  dans  leurs  coeurs  aux  replis tortueux ?
Cette éponge était elle-même entourée d’hysope, humble plante dont les racines vigoureuses s’attachent, dit-on, fortement à la pierre : c’est qu’il y avait parmi ce peuple des âmes pour qui ce crime devait être un sujet d’humiliation et de repentir. Le Sauveur les connaissait, en acceptant l’hysope avec le vinaigre ; aussi pria-t-Il pour elles – au rapport d’un autre Evangéliste – lorsqu’Il dit sur la croix : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc XVIII, 34).

§ 10 – Sens des dernières paroles du Sauveur et de Son inclinaison de tête.

En disant : « Tout est consommé », et en rendant l’esprit après avoir incliné la tête (Jean XIX, 30), Il montra que Sa mort n’était pas forcée, mais volontaire, puisqu’Il attendait l’accomplissement de tout ce qu’avaient prédit les prophètes relativement à Lui.
On sait qu’une autre circonstance était prédite aussi dans ces mots : « Et dans ma soif ils M’ont donné à boire du vinaigre » (Ps. LXVIII, 22). Ainsi montrait-Il qu’Il possédait, comme Il l’avait affirmé Lui-même, « le pouvoir de déposer sa vie » (Jean X, 18).
De plus Il rendit l’esprit avec humilité, c’est-à-dire en baissant la tête, parce qu’Il devait le reprendre en relevant la tête à Sa résurrection.
Cette mort et cette inclination de tête indiquaient donc en Lui une grande puissance ; c’est ce qu’annonçait déjà le patriarche Jacob en bénissant Juda : « Tu es monté, lui dit-il, en t’abaissant ; tu t’es endormi comme un lion » (Gen. XLIX, 9) ; c’est que Jésus-Christ devait S’élever en mourant, c’est qu’Il avait alors la puissance du lion.

§ 11 – Raisons pour lesquelles Ses jambes ne furent pas rompues comme aux deux larrons.

Pourquoi les jambes furent-elles rompues aux deux larrons et non pas à Lui, qu’on trouva mort ?
L’Evangile même l’explique : c’était une preuve qu’au sens prophétique Il était bien question de Lui dans la Pâque des Juifs, où il était défendu de rompre les os de la victime [note : c’est la prescription faite aux Hébreux lors des préparatifs du repas pascal avant la sortie d’Egypte, car il est dit par Dieu au sujet de l’agneau : « pas un de ses os ne sera brisé »].

§ 12 – Symbolisme du sang et de l’eau sortis du côté ouvert.

Le sang et l’eau qui de Son côté, ouvert par une lance, coulèrent à terre, désignent sans aucun doute les sacrements qui servent à former l’Eglise.
C’est ainsi qu’Eve fut formée du côté d’Adam endormi, qui figurait le second Adam.

§ 13 – Raisons pour lesquelles Jésus fut enseveli par des hommes portant les noms de Joseph et de Nicodème.

Joseph et Nicodème L’ensevelissent.
D’après l’interprétation de plusieurs, Joseph signifie « accru », et beaucoup savent que Nicodème, étant un mot grec, est composé de victoire : nikos, et de peuple : demos. Quel est donc Celui qui s’est accru en mourant, sinon Celui qui a dit : « A moins que le grain de froment ne meure, il reste seul ; mais il se multiplie,  s’il meurt » (Jean XII, 24-25) ?
Quel est encore Celui qui en mourant a vaincu le peuple persécuteur, sinon celui qui le jugera après S’être ressuscité ?

P. de Champaigne  - le Christ mort

Philippe de Champaigne : le Christ mort.

2017-34. Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur le Chemin du Ciel.

« Souffrons le présent, ayons confiance dans l’avenir. »

Le Christ en prière - vers 1514 - attribué à Niklaus Weckmann

Le Christ en prière
sculpture en bois de tilleul, vers 1514, attribuée à Niklaus Weckmann (1481-1526)

Sermon 217
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin,
vers la fin du Carême,
à propos du chemin du Ciel,
à partir des paroles de
Notre-Seigneur Jésus-Christ :
« Mon Père, Je veux que là où Je suis soient aussi avec Moi ceux que Vous m’avez donnés »
(Jean XVII, 24).

§ 1. Le Christ qui est Dieu prie Dieu Son Père. Rappels concernant la doctrine trinitaire.

Le Christ Notre-Seigneur nous exauce avec Son Père ; pour nous cependant Il a daigné prier Son Père. Est-il rien de plus sûr que notre bonheur, quand il est demandé par Celui qui le donne ? Car Jésus-Christ est en même temps Dieu et homme ; Il prie comme homme, et comme Dieu Il donne ce qu’Il demande. S’Il attribue au Père tout ce que vous devez conserver de Lui, c’est que le Père ne procède pas de Lui, mais Lui du Père. Il rapporte tout à la source dont Il émane, quoique en émanant d’elle Il soit source aussi, puisqu’Il est la source de la vie. C’est donc une source produite par une source. Oui, le Père qui est une source produit une source ; mais il en est de ces deux sources comme du Père et du Fils qui ne sont qu’un seul Dieu. Le Père toutefois n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père et l’Esprit du Père et du Fils n’est ni le Père ni le Fils ; mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu’un seul Dieu. Appuyez-vous sur cette unité pour ne pas tomber en désunissant.

§ 2.  Le Christ demande à Son Père que nous allions au Ciel, séjour de félicité absolue tandis que cette terre est un lieu de craintes et de souffrances.

Vous avez vu ce que demandait le Sauveur, ou plutôt ce qu’Il voulait. Il disait donc : « Je veux, mon Père, que là où Je suis soient aussi ceux que Vous m’avez donnés ». Oui, « Je veux que là où Je suis ils soient aussi avec Moi ».
Oh ! l’heureux séjour ! Oh ! L’inattaquable patrie ! Elle n’a ni ennemi ni épidémie à redouter. Nous y vivrons tranquilles, sans chercher à en sortir ; nous ne trouverions point de plus sûr asile. Sur quelque lieu que se fixe ton choix ici-bas, sur la terre, c’est pour craindre, ce n’est point pour y être en sûreté. Ainsi donc, pendant que tu occupes cette résidence du mal, en d’autres termes, pendant que tu es dans ce siècle, dans cette vie pleine de tentations, de morts, de gémissements et de terreurs, dans ce monde réellement mauvais, fais choix d’une autre contrée pour y porter ton domicile.

§ 3. Pour aller au Ciel il faut pratiquer le bien. Différences entre le séjour d’ici-bas et celui du Ciel.

Mais tu ne saurais te transporter au séjour du bien, si tu n’as fait du bien dans ce pays du mal.
Quelle résidence que cette autre où personne ne souffre de la faim ?  Mais pour habiter cette heureuse patrie où la faim est inconnue, dans la patrie malheureuse où nous sommes, partage ton pain avec celui qui a faim. Là nul n’est étranger, chacun est dans son pays.
Veux-tu donc habiter ce séjour heureux où il n’y a point d’étranger ? Dans ce séjour malheureux ouvre ta porte à celui qui est sans asile. Donne l’hospitalité, dans ce pays du malheur, à l’étranger, afin d’être admis toi-même sur la terre fortunée où tu ne pourras la recevoir.
Sur cette terre bénie, personne n’est sans vêtement, il n’y a ni froid ni chaleur excessifs ; à quoi bon des habitations et des vêtements. Au lieu d’habitation on y trouve la protection divine ; on y trouve l’abri dont il est dit : « Je me réfugierai à l’ombre de Vos ailes » (Ps. LVI, 2). Ici donc reçois dans ta demeure celui qui n’en a pas, et tu pourras parvenir au lieu fortuné où tu trouveras un abri qu’il ne te faudra point restaurer, attendu que la pluie ne saurait le détériorer. Là jaillit perpétuellement la fontaine de vérité, eau féconde qui répand la joie et non l’humidité, source de véritable vie. Que voir en effet dans ces mots : « En Vous est la fontaine de vie » (Ps. XXXV, 10) » ; sinon ceux-ci : « Le Verbe était en Dieu  » (Jean I, 14 ) ?
Ainsi donc, mes bien-aimés, faites le bien dans ce séjour du mal, afin de parvenir au séjour heureux dont nous parle en ces termes Celui qui nous le prépare : « Je veux que là où Je suis ils soient aussi avec Moi ». Il est monté pour nous le préparer, afin que le trouvant prêt nous y entrions sans crainte. C’est Lui qui l’a préparé ; demeurez donc en Lui. Le Christ serait-Il pour toi une demeure trop étroite ? Craindrais-tu encore Sa passion ? Mais Il est ressuscité d’entre les morts, et Il ne meurt plus, et la mort n’aura plus sur Lui d’empire (Rom. VI, 9).

§ 4. Ce monde est marqué par le mal et la division. Le Ciel sera le lieu de l’unité en Dieu.

Ce siècle est à la fois le séjour et le temps du mal.
Faisons le bien dans ce séjour du mal, conduisons-nous bien dans ce temps du mal ; ce séjour et ce temps passeront pour faire place à l’éternelle habitation et aux jours éternels du bien, lesquels ne seront qu’un seul jour.
Pourquoi disons-nous ici des jours mauvais ? Parce que l’un passe pour être remplacé par un autre. Aujourd’hui passe pour être remplacé par demain, comme hier a passé pour être remplacé par aujourd’hui. Mais où rien ne passe on ne compte qu’un jour.
Ce jour est aussi et le Christ et son Père, avec cette distinction que le Père est un jour qui ne vient d’aucun jour, tandis que le Fils est un jour venu d’un jour.

§ 5. Le temps du Carême et de la Passion sont liés aux peines d’ici-bas. Le temps de la résurrection est l’annonce et le gage du bonheur du Ciel.

Ainsi donc Jésus-Christ Notre-Seigneur, par Sa Passion, nous prêche les fatigues et les accablements de ce siècle ; Il nous prêche, par Sa Résurrection, la vie éternelle et bienheureuse du siècle futur.
Souffrons le présent, ayons confiance dans l’avenir.
Aussi le temps actuel que nous passons dans le jeûne et dans des observances propres à nous inspirer la contrition, est-il l’emblème des fatigues du siècle présent ; comme les jours qui se préparent sont l’emblème du siècle futur, où nous ne sommes pas encore.
Hélas ! oui, ils en sont l’emblème, car nous ne le tenons pas. La tristesse doit durer en effet jusqu’à la Passion ; après la Résurrection, les chants de louanges !

Le Christ en prière - détail

Le Christ en prière attribué à Niklaus Weckmann – détail.

2017-33. Sept cartes de poissons d’avril pour célébrer notre souriante amitié.

Samedi 1er avril 2017,
Dans le diocèse de Viviers, fête de Saint Hugues, évêque et confesseur ;
Mémoire du samedi de la 4e semaine de Carême.

Gif animé poisson d'avril 3

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour une fois, le 1er avril n’arrive pas en pleine Semaine Sainte ou pendant l’Octave de Pâques : je puis donc « marquer le coup » et vous rejoindre, non pas en publiant un canular, mais tout simplement en reproduisant ci-dessous à votre adresse quelques unes de ces anciennes cartes de correspondance dont vous me savez amateur, et dont la naïve fraîcheur nous ramène au gracieux royaume de l’enfance qui vit encore au fond de chacun de nos coeurs, ainsi qu’aux si plaisantes anciennes traditions de ce qui fut la douce France.

On a proposé des centaines d’hypothèses afin d’expliquer cette tradition amusante des poissons et des blagues du 1er avril : aucune ne s’impose vraiment et, à vrai dire, cela importe peu : conservons nos traditions et rappelons-nous, avec Saint François de Sales, qu’ « un saint triste est un triste saint ».
Je veux donc marquer ce jour et célébrer notre souriante amitié.
Dans ma petite collection de cartes anciennes, j’en ai
 sélectionné 7 à votre intention : 7 cartes de « Poissons d’Avril », sur lesquelles figurent aussi des chats (cela ne vous étonnera pas) ; et j’intercalerai entre elles quelques petites histoires ecclésiastiques qui, je l’espère, vous feront sourire…

Poisson d'avril 1

Couronne ?
(cette histoire-ci est absolument authentique : Frère Maximilien-Marie en a été le témoin)

Une religieuse fait visiter l’église du village à de tout petits enfants. La visite est didactique : elle est l’occasion d’un véritable catéchisme.
Voici donc notre petite troupe devant l’autel de la Très Sainte Vierge Marie.
La religieuse interroge : « Mes enfants, qui est représenté par cette statue ? »
Et les enfants répondent en choeur : « C’est la Sainte Vierge ! »
– Qui est la Sainte Vierge ? demande la soeur.
– C’est la maman de Jésuuuuus ! répondent encore les petits.
– Qu’est-ce que vous voyez sur sa tête ?
– Une couroooooonne !
– Et savez-vous pourquoi la Sainte Vierge porte une couronne ?
– …
Là, les bambins calent.
Jusqu’à ce qu’une petite fille s’écrie soudain d’un ton triomphant :

– Parce qu’elle a eu la fève !

Poisson d'avril 2

Mais d’où m’appelez vous ?

Pour ce 1er avril là, un paroissien facétieux avait voulu faire à son curé une blague. Blague d’assez mauvais goût à la vérité, puisqu’il avait fait paraître dans le journal l’avis de décès du dit curé.
Le matin du 1er avril donc, en prenant son petit déjeuner, Monsieur le Curé découvre dans le journal l’annonce de sa propre mort, avec le jour, l’heure et le lieu de son enterrement !
Très en colère, il se précipite sur le téléphone et appelle l’évêché : « Allô, Monseigneur ? Ici l’abbé X, curé de Y. Dites donc, Monseigneur, avez-vous lu ce matin dans le journal le faire-part de mon décès ? »

– Bien sûr que je l’ai lu, Monsieur le Curé…
Puis, hésitant, l’évêque interroge : « Mais au fait, d’où m’appelez-vous ? »

Poisson d'avril 3

Parce que les plus courts sont les meilleurs…

Ce dimanche-là, pendant la Messe, tous les paroissiens ont pu remarquer que Monsieur le Curé avait un pansement au menton. A la sortie de l’église, un paroission l’interroge :
-  Alors, Monsieur le Curé, que vous est-il arrivé ?

– Oh ! répond le prêtre, ce matin, en me rasant, j’étais tellement concentré sur mon sermon que je m’en suis coupé le menton.
– Eh bien ! Monsieur le Curé, permettez-moi juste ce petit conseil : dimanche prochain, concentrez-vous sur votre menton, et coupez plutôt votre sermon !

Poisson d'avril 4

Imparable logique.

C’est le début du cours de catéchisme. Monsieur le Curé qui prépare des enfants à leur première confession, veut, avant de poursuivre, s’assurer que ce qui a été dit la semaine dernière a bien été assimilé. Il interroge :
- Alors, mes enfants, pour faire une bonne confession, par quoi faut-il commencer ?
- Par faire des péchés ! répond un enfant, très sûr de lui.

Poisson d'avril 5

La raison du miracle est évidente…

Un Écossais en pélerinage en Terre-Sainte regarde les affiches des bâteliers qui proposent de faire une promenade en bâteau sur le lac de Tibériade. Hésitant, il s’enquiert des tarifs auprès de l’un d’eux :
– C’est 50 dollars pour l’heure, répond l’homme.
– Mais vous êtes fou ! s’écrie l’Ecossais. C’est bien trop cher…
– Hé, peut-être ! mais souvenez-vous que c’est ici que Jésus a marché sur les eaux.
– Cela n’a rien d’étonnant, rétorque l’Écossais. Avec de tels tarifs, il a préféré se débrouiller tout seul !

Poisson d'avril 6

Pas pratiquants.

Ce jour-là, les pièces de 20 centimes sont attendues au Paradis.
Dès qu’elles paraissent, encore au loin, les portes – pavoisées – sont ouvertes à deux battants : Saint Pierre a revêtu sa plus belle tenue, des angelots jettent des pétales sous leurs pas, tandis qu’un orchestre de chérubins joue des airs de triomphe. En vérité, en vérité je vous le dis, les pièces de 20 centimes furent accueillies en grande pompe au Paradis !

A quelque temps de là, des billets de 500 euros se présentent à leur tour à la porte du Ciel.
Mais, de toute évidence, ils ne sont pas attendus : ils doivent toquer longtemps avant que Saint Pierre, en tenue très ordinaire, entrebaille à peine la porte et consente à les laisser pénétrer. Pas de fanfare et point de fleurs.

Les billets de 500 euros en sont très mortifiés et font remarquer qu’il est vraiment choquant que les pièces de 20 centimes aient reçu un tel accueil, alors que, eux – des billets de 500 euros ! – , sont reçus avec si peu de chaleur… Tout de même !
Et la réponse de Saint Pierre tombe avec un ton qui n’admet pas de réplique :
« Hé là ! Dites donc ! Les pièces de 20 centimes, on les voyait tous les dimanches à la Messe, elles !… »

Poisson d'avril 7

Bonne et belle journée à vous, mes chers Amis !

Patte de chat Lully.

Gif animé poisson d'avril 1

Publié dans:Chronique de Lully |on 1 avril, 2017 |4 Commentaires »

2017-32. Réflexions félines et citations – mars 2017.

Vendredi 31 mars 2017,
Commémoraison solennelle du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur (cf. > ici)
Mémoire du vendredi de la 4e semaine de Carême.

Politiciens corrompus

Comme les magouilles des partis politiques républicains sont omniprésentes en ce moment dès qu’on ouvre un journal ou veut écouter un bulletin d’information, j’en profite pour citer une « blagounette ».
Elle est archi-connue, mais je la trouve toujours aussi amusante.

Lorsque Dieu eut créé le monde, après le septième jour – pendant lequel Il s’était certes reposé mais avait néanmoins beaucoup réfléchi – , Il décida de concéder à chacun des peuples qui seraient issus d’Adam deux vertus caractéristiques, qui constituraient en quelque sorte leur identité psychologique. 
Ainsi, par exemple, statua-t-Il :
- Les Suisses seront ordonnés et respectueux des lois,
- Les Anglais seront opiniâtres et flegmatiques,
- Les Japonais seront travailleurs et patients,
- Les Italiens seront joyeux et romantiques…
etc… etc…
Mais au sujet des Français, Dieu dit :
« Ceux-ci seront intelligents, honnêtes et socialistes ! »

En entendant cela, l’ange qui présidait aux distributions des vertus fronça le sourcil et osa faire remarquer au Très-Haut : « Seigneur, Vous aviez déclaré « à chaque peuple deux vertus », et voilà que pour les Français Vous en avez énoncé trois… Serait-ce une espèce de favoritisme ? »
« En vérité, en vérité Je te le dis – répondit le Créateur – , il n’y a là aucune espèce d’injustice car ils ne pourront réellement en posséder que deux : si un Français est intelligent et honnête, il ne pourra pas être socialiste ; s’il est socialiste et honnête, il ne sera pas intelligent ; mais s’il est socialiste et intelligent, il ne lui sera pas possible d’être honnête… »

Lully Ah ! Ah ! Ah !

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Crise de l’Eglise.

En 1975, l’historien protestant Pierre Chaunu avait ainsi analysé la crise de l’Église :
« La médiocrité intellectuelle et spirituelle des cadres en place des églises occidentales au début des années 1970 est affligeante. Une importante partie du clergé de France constitue aujourd’hui un sous-prolétariat social, intellectuel, moral et spirituel ; de la tradition de l’Église cette fraction n’a souvent su garder que le cléricalisme, l’intolérance et le fanatisme. Ces hommes rejettent un héritage qui les écrase, parce qu’ils sont, intellectuellement, incapables de le comprendre et, spirituellement, incapables de le vivre ».
(in « De l’histoire à la prospective » – Robert Laffont, 1975).

moine perplexe gif

Quand je lis dans le compte-rendu d’une récente visite pastorale accomplie par un évêque une formulation telle que celle-ci : « (…) pour inventer une Eglise qui colle à son temps, au service de tous, croyants ou pas », je ne peux m’empêcher de penser qu’on a encore affaire – bien malheureusement – à des prêtres et à des « laïcs engagés » qui sont de véritables dinosaures, survivants de la période glaciaire postvaticandeuse et égarés au XXIe siècle…
Et je me demande aussi quand est-ce qu’on va les empailler avant de les remiser au musée des monstruosités ecclésiologiques.

L’Eglise n’est pas à inventer : on la reçoit de Dieu par la Tradition immuable qui nous vient du Christ Lui-même qui l’a fondée sur Ses saints Apôtres et leur a confié une Révélation à laquelle rien ne peut être ajouté et rien ne peut être retranché.

moine toc toc gif

Progrès ?

Citation du vicomte Louis de Bonald :
« Jamais on n’a autant parlé des progrès de l’esprit humain, ni vu autant d’hommes égarés : est-ce que le progrès des esprits n’empêche pas leur égarement ? ou serait-ce cet égarement même que l’on prend pour un progrès ? »

Millau - buste de Louis de Bonald

Louis de Bonald
(buste sur une place de Millau)

« Je ne puis rien nommer si ce n’est par son nom.
J’appelle un chat un chat et Rollet un fripon. »
(Nicolas Boileau – Première satire)

Conversation entendue :

- Mon Frère, vous devriez arrêter de parler d’ « hérétiques » lorsque vous nommez les protestants. C’est chargé d’une connotation très négative ; ça donne tout de suite l’impression que vous vous posez en juge ; ça évoque l’inquisition… Enfin bref ! c’est très désobligeant pour nos frères séparés…

- Cher Monsieur l’Abbé, en ce qui me concerne je crois que la vérité est une, et que donc ce qui n’est pas la vérité s’appelle l’erreur. L’erreur, en matière religieuse possède un nom spécifique précis : c’est l’hérésie.
Vous savez, quand on a des diarrhées c’est très désagréable (pour celui qui les a en tout premier lieu, mais ça peut l’être aussi pour ceux qui sont autour) : parler de diarrhée, c’est chargé d’une connotation très négative. Dire que son voisin a la diarrhée donne l’impression que vous le jugez du haut de votre bonne digestion, et ça peut le couvrir de ridicule… 
Or, si pour ne pas être désobligeant envers votre frère chiasseux, vous dites en mettant la bouche en schtroumpf de poule « qu’il a de légers embarras intestinaux », cela ne changera rien à la réalité : ce n’est pas parce que vous ne lui donnerez pas le nom de diarrhée que ce n’en sera pas une et que votre frère chiasseux se trouvera guéri ! 
Maintenant, nous sommes bien d’accord sur le fait que celui qui a une diarrhée et veut avoir un transit normal se trouve affronté à des difficultés qui dépassent ce que peut opérer sa simple et seule volonté. 
Alors qu’il n’en est pas de même pour l’hérésie : celui qui est contaminé par l’hérésie et qui, à travers les paroles de celui qui vit dans la vérité catholique, prend conscience qu’il est un hérétique, peut, à la seconde même, ne plus l’être. Il lui suffit pour cela en définitive d’un seul acte de sa volonté libre, en adhérant de toute son intelligence, de toute sa volonté et de tout son coeur à la plénitude de la Vérité révélée qui a été confiée à l’Eglise catholique. 
C’est aussi simple que cela.

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Citation de Gustave Thibon :
« A un jeune homme : Restez fidèle à ce que vous avez entrevu de plus pur et de plus haut – et croyez encore que c’était vrai alors que tout vous dira, autour de vous et en vous, que c’était faux… »
(in « L’illusion féconde » p. 127)

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Allez, encore une « blagounette »
Celle-ci se raconte dans certains couloirs, à Rome même, ces derniers temps :

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit prennent leur petit-déjeuner ensemble et discutent d’un pélerinage qu’ils aimeraient faire.
Le Père propose : « Si nous allions à Jérusalem ? ».
- Ah non ! dit le Fils, j’en ai gardé un trop mauvais souvenir…
- Alors, nous pourrions peut-être nous rendre à Rome ?
- Ah ! Très bonne idée ! dit le Saint-Esprit, il y a tellement longtemps que je n’y suis pas allé…

Lully Ah ! Ah ! Ah !

Ah ! Ah ! Ah !

Citation célèbre du Docteur Albert Schweitzer :
« Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats ».

Chat pianiste

2017-31. Où le Maître-Chat vous démontre par les faits que l’on ne peut pas avoir toutes les vocations en même temps…

Jeudi soir 30 mars 2017,
Fête de Saint Jean Climaque, abbé et confesseur ;
Mémoire du jeudi de la 4e semaine de Carême.

Lully observateur

Lully, l’observateur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce soir, je ne viens pas vous entretenir de thèmes spirituels, ni de Légitimité, ni de quelque autre sujet connexe à la crise de l’Eglise, je viens juste vous donner quelques nouvelles de la vie au Mesnil-Marie et vous démontrer de manière incontestable que Frère Maximilien-Marie n’a pas, mais alors pas du tout, absolument pas du tout la vocation… de cascadeur.
Jugez-en plutôt par vous-mêmes…

pattes de chatLully.

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Mon moine n'a pas la vocation de cascadeur - BD

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2017-29. Ce que je hais dans la démocratie…

Tandis que la campagne en vue des élections pestilentielles atteint des records d’inconsistance démagogique, prenons du recul et relisons ces quelques réflexions, nées du plus élémentaire bon sens mais qu’il fallait savoir exprimer avec autant de pertinence. 

Gustave Thibon

Ce que je hais dans la démocratie…

« [...] Ce que je hais précisément dans la démocratie, ce qui, dés l’aurore de ma pensée, m’a incliné vers la solution monarchique et vers les traditions qu’elle incarne et qu’elle couronne, eh bien ! c’est que la démocratie, c’est le règne de la quantité sous toutes ses formes : la quantité brutale sous la forme du nombre, sous la forme de la masse, sous la forme de la pesanteur, c’est à dire le règne de tout ce qu’il y a d’anonyme, de matériel, de mécanique dans l’homme et dans le peuple.

Autrement dit, la fatalité de la démocratie c’est de cultiver et de dilater jusqu’à l’éclatement le coté quantitatif du réel.
Par le suffrage universel d’abord.
Je n’ai pas à insister sur la loi du nombre ; la loi du nombre où le vrai, l’utile, le bien sont livrés aux caprices d’une foule, où l’individu manié par des propagandes est appelé à décider non ce qui le concerne – et directement, là où il a compétence – , mais sur des programmes abstraits, lointains, qui, par le fait même qu’ils s’adressent à tout le monde, ne concernent plus personne.

Ce qui, d’ailleurs [...], par la centralisation qui en résulte, étouffe toutes les libertés personnelles et locales au nom d’une liberté abstraite et inexistante.
[...] On peut évoquer ici Valéry qui, parlant quelque part de la démocratie, dit qu’elle est l’art à la fois d’empêcher les hommes de s’occuper de ce qui les regarde, et de les faire décider sur ce à quoi ils n’entendent rien [...] »

Gustave Thibon
(extraits d’une conférence prononcée lors du rassemblement royaliste de Montmajour en 1971)

élections truc cochon

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 28 mars, 2017 |4 Commentaires »

2017-27. Pèlerinage Légitimiste au Puy-en-Velay les 26 & 27 mai 2017.

Samedi 25 mars 2017,
Fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie (cf. > ici),
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de l’Osier (cf. > ici),
Anniversaire du massacre de la forêt de Vezins (cf. > ici).

Annonciation - bas relief du maître-autel de la cathédrale du Puy

Annonciation (bas-relief du maître-autel de la cathédrale du Puy)

Pèlerinage de la Confrérie Royale
auprès de
Notre-Dame du Puy
les
26 & 27 mai 2017

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Le Puy est le plus ancien lieu d’apparition de Notre-Dame sur le sol de ce qui deviendra le Royaume de France, et nous vous avons déjà longuement entretenus de l’histoire de ces apparitions (cf. l’histoire du pèlerinage et de son jubilé > ici et aussi l’histoire de Saint Georges et de son bâton miraculeux > ici).

Après le succès et les grâces particulières (cf. > ici) dont le Ciel a favorisé le pèlerinage jubilaire organisé conjointement par la Confrérie Royale et l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) en juin 2016, encouragés par la bienveillance de Monseigneur l’Evêque du Puy et de Monsieur le Recteur de la Cathédrale-basilique Notre-Dame de l’Annonciation, les responsables de la Confrérie Royale ont pris la décision d’instituer de façon pérenne un pèlerinage légitimiste au Puy, sans attendre le prochain jubilé qui sera célébré en 2157 – c’est-à-dire dans 140 ans ! – puisque, même en dehors de la période du jubilé, la Cathédrale Notre-Dame du Puy reste un très important lieu spirituel en lien étroit avec la France et ses Souverains, et un sanctuaire majeur où la Très Sainte Vierge Marie se plaît à répandre ses grâces.

Dorénavant donc, chaque année les vendredi et samedi qui suivent la fête de l’Ascension seront la date régulière de ce pèlerinage à l’intention du Roi et de la France (cette année 2017 les 26 & 27 mai, en 2018 les 11 & 12 mai… etc.).
Pourquoi à cette date ? Parce que un très grand nombre de fidèles peuvent bénéficier du « pont de l’Ascension », et qu’en plaçant ce pèlerinage aux vendredi et samedi qui suivent l’Ascension les prêtres membres ou sympathisants de la Confrérie Royale peuvent se rendre disponibles pour venir au Puy sans que leur ministère paroissial de la fête de l’Ascension et du dimanche en soit gêné ou les oblige à trouver un remplaçant, ce qui se révèle parfois bien difficile en nos temps de « pénurie sacerdotale »… 

Statue de la Vierge Noire

Notre-Dame du Puy – Vierge Noire couronnée en 1856 au nom du Souverain Pontife :
« Entre tous les lieux du monde, l’auguste Mère du Sauveur s’est choisie spécialement cet endroit pour y être servie et honorée jusqu’à la fin des siècles… »
(paroles prononcées par les anges lors de la 2e apparition de la Vierge, en l’an 225)

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Insistons !

Il n’est pas indispensable de faire partie de la Confrérie Royale pour participer à ce pèlerinage : il est ouvert à tous les fidèles, à toutes les âmes de bonne volonté. Cela n’engage à rien, si ce n’est à unir ses prières à celles qui seront faites pour le Roi et la France !
Faire un pèlerinage pour le salut de notre Royaume n’est pas un luxe, mais une nécessité morale, spécialement en cette année centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima (1917), où la Sainte Mère de Dieu avertissait l’humanité des maux qui aujourd’hui nous accablent, et appelait, comme auparavant à Lourdes (1858), à la conversion et à la pénitence.

Oui, il est plus que jamais nécessaire et urgent d’implorer du Ciel ses grâces pour le Roi et la France :
   - pour notre Roi légitime, Fils aîné de l’Eglise et du Sacré-Coeur, que les Lois Fondamentales du Royaume de France désignent en la personne de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, sous le nom de Louis XX, afin qu’il soit un roi selon le Coeur de Jésus ;
   - pour la France – « Regnum Galliae, Regnum Mariae » (Pie XI) – : pour que notre Patrie soit enfin consacrée au Sacré-Coeur de Jésus et qu’elle renoue avec sa si belle vocation de Fille aînée de l’Eglise ;
   - pour nos personnes (corps et âme), nos familles, nos provinces…

Statue de St Louis avec la Ste Couronne - Le Puy

Saint Louis portant la Sainte Couronne d’Epines
(statue en bois polychrome, chapelle du T. St Sacrement – cathédrale du Puy)

Programme du pèlerinage :

[ les Messes sont célébrées selon le rite latin traditionnel ]

- Vendredi 26 mai : 

Rassemblement à midi au Grand-Séminaire (accueil Saint-Georges).
Angélus Veni Creator
Déjeuner
Visite patrimoniale et spirituelle
Conférence de Monsieur le Grand-Prieur « Le Roi et la France, c’est tout un ! » & Etat des lieux de la Confrérie
Grand’Messe
Dîner
Adoration du Très-Saint-Sacrement (pendant laquelle les prêtres seront à disposition pour les confessions).

- Samedi 27 mai :

Petit-déjeuner
Conférence du Secrétaire
Procession et Grand’Messe du Coeur Immaculé de Marie au maître-autel de la Cathédrale (avec les engagements dans la Confrérie Royale)
Déjeuner

Bénédiction et conclusion du pèlerinage.

Indications pratiques
(à lire avec la plus grande attention !)

Remarque préliminaire :
Il est évidemment possible à chacun, selon ses opportunités, d’arriver au Puy dès le jeudi de l’Ascension 25 mai et de n’en repartir que le dimanche 28 mai.
La Sainte Messe latine traditionnelle est célébrée en la chapelle des Clarisses (rue Sainte-Claire, au Puy) à 10h30, tant le jeudi de l’Ascension 25 mai que le dimanche 28 mai.

 Très important :

Chacun doit retenir son hébergement pour la totalité de son séjour (une, deux ou trois nuits en fonction du temps qu’il a prévu de rester au Puy) :
- soit dans un hôtel de son choix ou bien à l’ « Auberge de jeunesse » proche de la Cathédrale (voir le site de l’Office de tourisme du Puy-en-Velay),
- soit au Grand-Séminaire Accueil Saint-Georges  (où auront lieu l’accueil, les repas, les conférences et certaines cérémonies)
Tél. : 04 71 09 93 10  / courriel : grandseminaire43@live.fr

Nota bene : Le Grand Séminaire offre aussi la possibilité de camper dans son parc pour une somme modique.

En revanche, les inscriptions pour les trois repas du pèlerinage (c’est-à-dire le déjeuner et le dîner du vendredi 26 & et le déjeuner du samedi 27 – chacun de ces repas est servi au prix de 12€) se font dès à présent auprès de Frère Maximilien-Marie : vivarais.legitimiste@gmail.com ou bien par téléphone : 04 75 65 49 20 (de préférence après 19 h)

Une libre participation sera demandée à chacun pour le réglement de la location de la salle de conférence et subvenir aux frais d’organisation.

Merci de vous inscrire sans retard 

- Téléchargez, imprimez et renvoyez votre inscription avant le 14 mai Bulletin d’inscription pèlerinage & repas

Affiche pèlerinage 26-27 mai 2017

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Vexilla Regis |on 25 mars, 2017 |1 Commentaire »

2017-26. De l’exposition consacrée à Saint Louis au coeur du Kremlin et de quelques réflexions qu’elle suscite.

Mercredi 15 mars 2017,
Fête de Sainte Louise de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité,
Mémoire de Saint Longin, centurion qui ouvrit le côté sacré de NSJC,
Mémoire du mercredi de la 2e semaine de Carême.

Statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis en bois polychrome (vers 1300)
provenant de la Sainte Chapelle [appartenant aujourd'hui aux collections du Musée de Cluny] 

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour et le 175e anniversaire de la mort de Luigi Cherubini dont je vous ai entretenus ce matin (cf. > ici), ce 15 mars 2017 marque le centième anniversaire de l’abdication de Sa Majesté Impériale le Tsar Nicolas II.

Nicolas II captif à Tsarkoié-Selo en 1917

Sa Majesté le Tsar Nicolas II
captif à Tsarkoié-Sélo en 1917

C’est en effet le 15 mars 1917 (2 mars selon le calendrier julien) que l’infortuné Nicolas II, Tsar de toutes les Russies, sous la pression des généraux et des représentants de la Douma, abdiqua. D’abord en faveur de son fils le Tsarévitch Alexis, âgé de 12 ans et malade, puis – se reprenant – en faveur de son frère puiné le Grand Duc Michel Alexandrovitch Romanov, lequel, devenu le Tsar Michel II pendant un jour, au vu de la situation et sous la pression d’Alexandre Kerensky, renonça à son tour au trône le 16 mars 1917 (3 mars selon le calendrier julien).

Après un peu plus de trois siècles de règne, la dynastie des Romanov était engloutie par la révolution et, huit mois plus tard, avec la « révolution d’octobre » (7 novembre 1917), la Sainte Russie allait sombrer dans l’une des plus sanglantes et des plus longues persécutions anti-chrétiennes de l’histoire.
Comme le déclarera la Très Sainte Vierge Marie à Fatima, quatre mois après cette abdication de Nicolas II et quatre mois avant la prise de pouvoir par les bolcheviques, la Russie allait répandre « ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église » (deuxième partie du « secret » donné aux enfants le 13 juillet 1917). 

Révolution russe destruction d'une église

Destruction d’une église lors de la révolution bolchevique de 1917

Or voici que cent ans quasi jour pour jour après l’abdication du Tsar Nicolas II (faut-il parler des « hasards du calendrier » ?), vient d’être inaugurée, au Kremlin même, une exposition des plus remarquables intitulée « Saint Louis et les reliques de la Sainte Chapelle », en partie reprise de l’exposition présentée par le Centre des Monuments Nationaux à la Conciergerie, d’octobre 2014 à janvier 2015, à partir de ses propres collections et de celles du Louvre, de la Bibliothèque Nationale, des Archives Nationales et du Musée de Cluny.

L’exposition met en valeur le contexte et la richesse de la création artistique au temps de Saint Louis, sur les chantiers extraordinaires conduits sous son règne, et tout spécialement celui de la Sainte Chapelle.
Les panneaux de vitraux de la Sainte Chapelle démontés au cours de la restauration du XIXème, et présentés lors de l’exposition parisienne après restauration, sont parmi les pièces centrales de cette exposition.
L’évangéliaire de Saint Louis, objet particulièrement précieux représentatif de la maitrise des orfèvres français de cette période, habituellement conservé à la Bibliothèque Nationale, se trouve également parmi les trésors présentés.
Un choix de sculptures reflétant la structure de la Sainte Chapelle, des manuscrits enluminés et quelques autres chefs d’oeuvres d’orfèvrerie du XIIIème siècle – au total septante pièces prestigieuses – sont également exposés au vieux palais des Patriarches, dans l’enceinte du Kremlin, pendant trois mois entiers (mars, avril & mai 2017).

Comme le souligne l’ambassade de France en Russie « un grand nombre des objets présentés pour cette exposition n’est jamais sorti de France et il s’agit donc d’une grande première ».

Le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg a lui aussi pris part à l’exposition, en prêtant de magnifiques émaux de Limoges et des pièces en ivoire des XIIIe et XIVe siècles issus de ses collections.

Enluminure Saint Louis

« La valeur sacrée des objets que nous présentons est évidente pour les croyants. Les représentants des autres confessions, les athées et les agnostiques s’intéresseront à l’aspect historique et artistique de ces reliquaires. Nous ne pouvons pas affirmer qu’ils contenaient des objets réellement liés à Jésus-Christ, mais ce dont nous sommes certains, c’est qu’ils ont été vénérés durant plusieurs siècles. Et, ne serait-ce que pour cette raison, ils méritent notre intérêt et notre respect » a déclaré Olga Dmitrieva, directrice adjointe des musées du Kremlin et commissaire de l’exposition.

couronne reliquaire de St Louis

Couronne reliquaire de Saint Louis (1260-1280) :
elle contenait des ossements des apôtres et du bois de la Sainte Croix ;
Saint Louis l’a tenue entre ses mains, puis l’a offerte au couvent des Dominicains de Liège
 [collections du Musée du Louvre].

« Le peuple de France a été très heureux de voir les reliques du Christ arriver sur le sol français. Les gens y ont vu une bénédiction, un signe de distinction. Ils se sont sentis investis d’une mission suprême et se sont persuadés que, désormais, le Ciel leur était particulièrement bienveillant », a encore ajouté Olga Dmitrieva.

De nos jours, il faut le signaler, des cars de pèlerins russes font chaque mois l’aller-retour jusqu’à Paris afin qu’ils puissent prendre part à la vénération de la Sainte Couronne d’Epines, les premiers vendredis de chaque mois (et aussi tous les vendredis de Carême), à Notre-Dame de Paris.

Si la Sainte Couronne d’Epines ne pouvait, bien évidemment, pas faire partie des pièces de l’exposition, elle est tout particulièrement évoquée à travers le reliquaire de 1806, prêtée par le Trésor de la Cathédrale.

Reliquaire de la Sainte Couronne d'Epines de 1806

Reliquaire de la Couronne d’épines, réalisé en 1806 par Pascal Lemaître
lorsque la précieuse relique a été rendue à l’Eglise et transférée à Notre-Dame de Paris.

En effet, le reliquaire originel avait été détruit pendant la révolution
et la sainte relique – heureusement sauvée de la destruction – avait finalement été déposée à la Bibliothèque nationale comme un objet de curiosité.

Saint Louis, on s’en souvient, avait acquis la Sainte Couronne d’Epines du dernier empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, ainsi qu’une vingtaine d’autres précieuses reliques de la Passion du Christ, telles que le fer de la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Éponge (reliques qui ont disparu à la révolution), pour une somme équivalant alors au budget triennal du Royaume de France, soit 135 000 livres.

La construction de la Sainte Chapelle – reliquaire architectural édifié spécialement pour accueillir ces trésors – lui a coûté bien moins : 40 000 livres, c’est-à-dire le budget de l’Etat d’une année seulement.

De telles dépenses étaient pleinement justifiées.
Outre la création pour elle d’un chef-d’œuvre absolu de l’art gothique, en la plaçant au coeur du Palais, au centre du siège du pouvoir royal, Saint Louis a fait de la Sainte Couronne d’Epines le palladium de la monarchie capétienne, élevant le Royaume de France à un rang inégalé au-dessus de tous les autres pays européens, accroissant considérablement et durablement son prestige, et asseyant son autorité spirituelle pour plusieurs siècles.

Grâce à cette formidable acquisition, Saint Louis est indubitablement devenu le chef de file du monde chrétien, et il a allumé dans l’âme de son peuple une flamme sacrée pérenne qui, malgré les siècles d’impiété et de perte de la foi, continue de brûler au coeur du petit reste qui vit encore des idéaux de la royauté capétienne traditionnelle, royauté sacrée, royauté de droit divin.

Evangéliaire de Saint Louis

Evangéliaire de Saint Louis
[Collections de la Bibliothèque Nationale]

Au-delà des motifs artistiques qui président à cette exposition, c’est aujourd’hui encore ce prestige inégalé de la royauté et des valeurs chrétiennes incarnées par Saint Louis qui – même de manière inconsciente –  y attire des centaines de Russes chaque jour.

Au-delà des tensions politiques entretenues par les idéologies dont les chefs d’Etat sont les trop zélés serviteurs, et qui empoisonnent aujourd’hui la vie de leurs peuples, une telle exposition revêt un caractère que je n’hésite pas à qualifier de prophétique.
Car même si la France et la Russie sont l’une et l’autre encore bien empêtrées dans les liens qu’elles ont hérités des révolutions de 1789 et de 1917, nous pouvons – et même nous devons – espérer leur conversion profonde, condition de leur authentique relèvement, condition de la restauration pleine et entière de leur gloire par le rétablissement plein et entier de leurs monarchies traditionnelles respectives.

C’est une espérance toute surnaturelle, certes, c’est-à-dire qui est fondée sur la foi, fondée sur les promesses divines dont les grâces du passé sont les signes certains, dont les grâces du passé sont le gage des grâces à venir.
Dans cette espérance, ne cessons pas de prier et d’offrir à Dieu des sacrifices généreux, unis aux mérites infinis de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Orante

2017-24. Lettre de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur les scandales dans l’Eglise du Christ.

Lundi 13 mars 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis longtemps, je conservais « sous le coude » cette lettre écrite il y a presque seize siècles par notre Bienheureux Père Saint Augustin, lettre dont la permanente actualité et la pertinence ne peuvent échapper à aucun fidèle doté d’un peu de bon sens et armé d’un bon catéchisme.
Toutefois, la date à laquelle j’ai choisi de la publier n’est en rien un choix hasardeux.

Dans la Sainte Eglise, il y a – malheureusement ! – toujours eu de mauvais pasteurs, qui ont suivi les traces de Judas.
Il y en a encore et toujours en nos temps ; et il y en aura encore jusqu’à la fin des temps.

Leurs mauvais exemples et leurs enseignements subversifs sont une cause de scandale pour les fidèles ; certains peuvent même en être troublés au point de se détourner de l’Eglise du Christ et d’aller chercher ailleurs une « Eglise de purs » aux pasteurs « parfaits »

Cette réponse de l’admirable Docteur d’Hippone à la vierge Félicie, qui lui avait écrit pour lui faire part de son trouble et de ses interrogations, demeure en nos temps – comme en tous les temps de la laborieuse pérégrination de l’Eglise ici-bas – la meilleure réponse qui puisse être apportée aux inquiétudes des fidèles scandalisés à juste titre aussi bien par les désordres de la conduite que par les élucubrations doctrinales des mauvais pasteurs.

Lully.

nika

Saint Augustin écrivant

Saint Augustin écrivant
(attribution contestée au Caravage)

Lettre 208
de notre Glorieux Père Saint Augustin,
adressée à la dame Félicie,
au sujet des scandales dans l’Eglise
(octobre de l’an 423)

§ 1 – Augustin,
à l’honorable Dame Félicie, sa chère fille en Jésus-Christ,
salut dans le Seigneur.

Je ne doute pas qu’avec une foi comme la vôtre et à la vue des faiblesses ou des iniquités d’autrui, votre âme ne soit troublée, puisque le saint Apôtre, si rempli de charité, nous avoue que nul n’est faible sans qu’il s’affaiblisse avec lui, et que nul n’est scandalisé sans qu’il brûle (2 Cor. XI, 29).
J’en suis touché moi-même, et dans ma sollicitude pour votre salut, qui est dans le Christ, je crois devoir écrire à votre sainteté une lettre de consolation ou d’exhortation. Car vous êtes maintenant si étroitement unie à nous dans le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est Son Eglise et l’unité de Ses membres (Note : Saint Augustin fait ici allusion au fait que Félicie était revenue à l’Eglise catholique après avoir adhéré à l’hérésie et au schisme de Donat) ; vous êtes aimée comme un digne membre de Son Corps divin, et vous vivez avec nous de Son Saint-Esprit.

§ 2 – C’est pourquoi je vous exhorte à ne pas trop vous laisser troubler par ces scandales ; ils ont été prédits, afin que, lorsqu’ils arrivent, nous nous souvenions qu’ils ont été annoncés, et que nous n’en soyons pas très-émus. Le Seigneur lui-même les a ainsi annoncés dans l’Évangile : « Malheur au monde à cause des scandales ! il faut qu’il en arrive ; mais malheur à l’homme par lequel arrive le scandale ! » (Matth. XVIII, 7). Et quels sont ces hommes, sinon ceux dont l’Apôtre a dit qu’ils cherchent leurs propres intérêts et non pas les intérêts de Jésus-Christ (Phil. II, 21).
Il y a donc des pasteurs qui occupent les sièges des Eglises pour le bien des troupeaux du Christ ; et il y en a qui ne songent qu’à jouir des honneurs et des avantages temporels. Il est nécessaire que dans le mouvement des générations humaines ces deux sortes de pasteurs se succèdent, même dans l’Église catholique, jusqu’à la fin des temps et jusqu’au jugement du Seigneur.
Au temps des apôtres, s’il y en eut de semblables, s’il y eut alors de faux frères que l’Apôtre en gémissant signalait comme dangereux (2 Cor. XI, 26) et qu’il supportait avec patience au lieu de s’en séparer avec orgueil, combien plus faut-il qu’il y en ait au temps où nous sommes, puisque le Seigneur a dit clairement de ce siècle, qui approche de la fin du monde : « Parce que l’iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira ». Mais les paroles qui viennent à la suite doivent être pour nous une consolation et un encouragement : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, sera sauvé » (Matth. XXIV, 12 & 13).

§ 3 – De même qu’il y a de bons et de mauvais pasteurs, de même, dans les troupeaux, il y a les bons et les mauvais.
Les bons sont appelés du nom de brebis, les mauvais du nom de boucs ; ils paissent ensemble, jusqu’à ce que vienne le Prince des pasteurs, que l’Evangile nomme « le seul Pasteur » (Jean, X, 16) ; et jusqu’à ce que, selon Sa promesse, Il sépare les brebis des boucs (cf. Matth. XXV, 32).
Il nous a ordonné de réunir : Il S’est réservé de séparer : car Celui-là seul doit séparer, qui ne peut Se tromper.
Les serviteurs orgueilleux qui ont osé faire si aisément la séparation que le Seigneur S’est réservée, se sont séparés eux-mêmes de l’unité catholique. Impurs par le schisme comment auraient-ils pu avoir un troupeau pur ?

§ 4 – C’est notre Pasteur Lui-même qui veut que nous demeurions dans l’unité, et que, blessés par les scandales de ceux qui sont la paille, nous n’abandonnions point l’aire du Seigneur ; Il veut que nous y persévérions comme le froment jusqu’à la venue du divin Vanneur (cf. Matth. III, 12), et que nous supportions, à force de charité, la paille brisée.
Notre Pasteur Lui-même nous avertit dans l’Evangile de ne pas mettre notre espérance même dans les bons pasteurs à cause de leurs bonnes oeuvres, mais de glorifier Celui qui les a faits tels, le Père qui est dans les cieux, et de Le glorifier aussi touchant les mauvais pasteurs, qu’Il a voulu désigner sous le nom de scribes et de pharisiens, enseignant le bien et faisant le mal.

§ 5 – Jésus-Christ parle ainsi des bons pasteurs : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut pas être cachée, on n’allume pas une lampe pour la placer sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matth. V, 14-18).
Mais avertissant les brebis au sujet des mauvais pasteurs, Il disait : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse. Faites ce qu’ils vous disent ; ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas » (Matth. XXIII, 2, 3).
Ainsi prévenues, les brebis du Christ entendent Sa voix, même par les docteurs mauvais, et n’abandonnent pas Son unité.
Ce qu’elles leur entendent dire de bon ne vient pas d’eux, mais de Lui ; et ces brebis paissent en sûreté, parce que, même sous de mauvais pasteurs, elles se nourrissent dans les pâturages du Seigneur. Mais elles n’imitent pas les mauvais pasteurs dans ce qu’ils font de mal, parce que de telles oeuvres ne viennent que d’eux-mêmes et non pas du Christ.
Quant aux bons pasteurs, elles écoutent leurs salutaires instructions et imitent leurs bons exemples.
L’Apôtre était de ce nombre, lui qui disait : « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ » (1 Cor. XI, 1). Celui-là était un flambeau allumé par la Lumière éternelle, par le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et il était placé sur le chandelier parce qu’il se glorifiait dans la croix : « A Dieu ne plaise, disait-il, que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » (Gal. VI, 14 ). Il cherchait non point ses intérêts, mais ceux de son Maître, lorsqu’il exhortait à l’imitation de sa propre vie ceux qu’il avait engendrés par l’Evangile (I Cor. IV, 15). Toutefois il reprend sévèrement ceux qui faisaient des schismes avec les noms des apôtres, et blâme ceux qui disaient : « Moi, je suis à Paul ». Il leur répond : « Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? ou êtes-vous baptisés au nom de Paul ? » (1 Cor. I, 18 ).

§ 6 – Nous comprenons ici que les bons pasteurs ne cherchent pas leurs propres intérêts, mais les intérêts de Jésus-Christ, et que les bonnes brebis, tout en suivant les saints exemples des bons pasteurs qui les ont réunies, ne mettent pas en eux leur espérance, mais plutôt dans le Seigneur qui les a rachetées de son sang, afin que, lorsqu’il leur arrive de tomber sous la houlette de mauvais pasteurs, prêchant la doctrine qui vient du Christ et faisant le mal qui vient d’eux-mêmes, elles fassent ce qu’ils disent et non pas ce qu’ils font, et qu’elles n’abandonnent pas les pâturages de l’unité à cause des enfants d’iniquité.
Les bons et les mauvais se mêlent dans l’Eglise catholique, qui n’est pas seulement répandue en Afrique comme le parti de Donat, mais qui, selon les divines promesses, se propage et se répand au milieu de toutes les nations, « fructifiant et croissant dans le monde entier » (Coloss. I, 6).
Ceux qui en sont séparés, tant qu’ils demeurent ses ennemis, ne peuvent pas être bons ; lors même que quelques-uns d’entre eux sembleraient bons par de louables habitudes de leur vie, ils cesseraient de l’être par la seule séparation : « Celui qui n’est pas avec moi, dit le Seigneur, est contre moi ; et celui qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Matth. XII, 30).

§ 7 – Je vous exhorte donc, honorable Dame et chère fille en Jésus-Christ, à conserver fidèlement ce que vous tenez du Seigneur ; aimez-Le de tout coeur, Lui et Son Eglise ; c’est Lui qui a permis que vous ne perdissiez pas avec les mauvais le fruit de votre virginité et que vous ne périssiez pas.
Si vous sortiez de ce monde séparée de l’unité du corps du Christ, il ne vous servirait de rien d’être restée chaste comme vous l’êtes.
Dieu, qui est riche dans Sa miséricorde, a fait en votre faveur ce qui est écrit dans l’Evangile : les invités au festin du Père de famille, s’étant excusés de ne pouvoir y venir, le maître dit à ses serviteurs : « Allez le long des chemins et des haies, et forcez d’entrer tous ceux que vous trouverez » (Matth. XXII, 9).
Vous donc, quoique vous deviez sincèrement aimer Ses bons serviteurs par le ministère desquels vous avez été forcée d’entrer, vous ne devez cependant mettre votre espérance qu’en Celui qui a préparé le festin : vous avez été sollicitée de vous y rendre pour la vie éternelle et bienheureuse.
En recommandant à ce divin Père de famille votre coeur, votre dessein, votre sainte virginité, votre foi, votre espérance et votre charité, vous ne serez point troublée des scandales qui arriveront jusqu’à la fin ; mais vous serez sauvée par la force inébranlable de votre piété, et vous serez couverte de gloire dans le Seigneur, en persévérant jusqu’à la fin dans son unité.
Apprenez-moi, par une réponse, comment vous aurez reçu ma sollicitude pour vous, que j’ai voulu vous témoigner de mon mieux dans cette lettre.
Que la grâce et la miséricorde de Dieu vous protègent toujours !

nika

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