Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2021-19. Vie de foi de Saint Joseph.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge (cf. > ici) ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste ;
Commencement de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici).

Saint Joseph - vitrail

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A votre école, ô glorieux Saint Joseph, je désire apprendre à vivre de foi, me laissant guider en tout par la divine Providence.

Méditation :

1. – L’attitude fondamentale de la vie de Saint Joseph est toute de confiance et d’abandon à Dieu ; elle jaillit de sa foi. Saint Matthieu dit qu’il était « un homme juste » (Matth. I, 19) ; or la Sainte Ecriture enseigne que « le juste vit de foi » (Rom. I, 17), et on peut bien affirmer qu’aucune créature – après la Très Sainte Vierge – n’a vécu de foi autant que Joseph. Ayant passé sa vie, en effet, dans la sphère du mystère de l’Incarnation, il a dû nécessairement traverser toutes ces obscurités qui enveloppèrent l’accomplissement du grand mystère. Joseph eut donc besoin d’une grande foi, continuellement nourrie de souffrance et imprégnée d’angoisse. Les perplexités soulevées en lui par la maternité mystérieuse de Marie, la pauvreté extrême et les inquiétudes de Bethléem, les privations de la fuite en Egypte, firent gémir son âme délicate, au point qu’aux moments les plus graves, il eut besoin de l’intervention d’un Ange, pour le soutenir et l’introduire dans les profondeurs du mystère divin qui se déroulait sous ses yeux. Et Joseph se laissa guider avec la docilité et la confiance aveugle d’un enfant. L’Evangile rapporte quatre faits qui en témoignent :
1° L’Ange met fin à ses angoisses en lui ordonnant de prendre chez lui Marie, sa très sainte Epouse, « car ce qui est né en elle est l’œuvre de l’Esprit Saint ». Joseph n’hésite pas un instant et fait « ce que lui avait commandé l’Ange du Seigneur » (Matth. I, 20 et 24).
2° L’Ange l’avertit de « prendre l’Enfant et sa mère et de fuir en Egypte » (Matth. II, 13) : sans délai, au cœur de la nuit, le Saint se lève pour exécuter l’ordre. La fuite présentait objectivement d’énormes difficultés : les très grandes incommodités et les dangers du voyage, la pauvreté extrême, l’exil en terre étrangère. Mais l’Ange a parlé et Joseph obéit.
3° Après la mort d’Hérode, l’Ange lui ordonne de retourner dans la terre d’Israël.
4° L’Ange l’avise de se retirer en Galilée (cf. Matth. II, 19-23).
Nous avons ici quatre actes de foi et d’obéissance aveugle. Joseph n’hésite ni ne raisonne, il n’oppose aucune objection parce qu’il se confie totalement en Dieu, qu’il croit pleinement en Lui, en sa parole, en sa divine Providence.

Songe de Saint Joseph - église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe

Songe de Saint Joseph
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe)

2. – Toute la vie de Saint Joseph se résume en une adhésion ininterrompue au plan divin, même si celui-ci comporte pour lui des situations fort mystérieuses et obscures.
Dans notre vie aussi, il y a toujours un peu de mystère, soit parce que Dieu aime travailler d’une manière cachée, secrète, soit parce que son action est toujours impénétrable à notre pauvre intelligence humaine. Il y faut donc ce regard de foi, cette confiance totale qui, en s’appuyant sur la bonté infinie de Dieu, nous convainc que toujours, et à travers toutes les circonstances, Il veut notre bien et dispose tout à cette fin. Seule cette confiance nous permettra, comme Saint Joseph, de dire toujours oui à quelque manifestation que ce soit de la volonté divine, un oui humble, prompt, confiant, malgré les obscurités, les difficultés, le mystère… Dieu s’est servi des Anges pour manifester sa volonté à Joseph ; pour nous, Il se sert de nos supérieurs qui, comme les Anges, sont ses messagers, ses envoyés. Obéissons avec la simplicité de Joseph, assurés que Dieu peut se servir de n’importe quelle personne, de n’importe quelle circonstance, pour nous faire connaître et réaliser son divin vouloir, exactement comme Il s’est servi de l’édit de César pour conduire Joseph à Bethléem où devait naître Jésus. L’empereur romain avait bien d’autres intentions, mais Dieu s’est servi de cet acte politique pour effectuer le plan de l’Incarnation. Il est toujours vrai que Dieu gouverne et dirige tout vers l’accomplissement de sa volonté.
Une autre caractéristique de la vie de Saint Joseph est de s’être consacré entièrement à la mission confiée par Dieu à ses soins : être le gardien et le soutien de Jésus et de sa Mère. Joseph ne vit pas pour lui-même, pour ses intérêts personnels, mais uniquement pour Dieu qu’il sert en Jésus et Marie. Saint Joseph est ainsi le vrai modèle des âmes intérieures, des âmes qui aspirent à vivre totalement pour et avec Dieu, dans l’accomplissement de la mission qu’elles ont reçue de Lui.

St Joseph charpentier -  This splendid stained glass window is by Sir Ninian Comper and is in the Lady chapel of Downside Abbey church.  - 4215794179_bf3edea644_o

L’atelier de Saint Joseph
(vitrail de Sir Ninian Comper – chapelle de la Vierge, église de Downside Abbey)

Colloque :

« O Joseph, combien je vous aime ! Comme j’aime à penser à votre vie toute simple et si humble ! Comme nous, vous avez vécu de foi. Je vous contemple dans la petite maison de Nazareth, à côté de Jésus et de Marie, tout occupé à travailler pour eux. Il me semble vous voir raboter, puis vous essuyer le front de temps en temps, et vous hâter pour terminer à temps le travail à remettre aux clients. Bien que vivant à côté du Fils de Dieu, votre vie a été tout ordinaire, car Jésus ne faisait certainement pas de miracles inutiles. Dans votre vie, tout s’est passé comme dans la nôtre. Et que de peines, de fatigues, de périls ! Oh ! Comme on serait étonné si on savait tout ce que vous avez souffert ! » (cf. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus in « Conseils et Souvenirs » et « Novissima Verba »).
« Je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans penser à vous, glorieux Saint Joseph, sans vous remercier de les avoir si bien aidés ! Il me semble que, pour ce motif, les personnes d’oraison vous doivent une affection toute spéciale…
Une longue expérience m’a montré les grâces que vous nous obtenez de Dieu, c’est pourquoi je voudrais convaincre toutes les âmes qu’elles doivent vous porter une grande dévotion. Je n’ai pas connu une seule personne, ayant une vraie dévotion pour vous, et vous honorant d’un culte particulier, qui n’ait fait de sensibles progrès dans la vertu. Vous aidez d’une manière toute spéciale les âmes qui se recommandent à vous…
J’ai vu clairement que votre secours a été toujours plus grand que ce que j’aurais espéré. Je ne me souviens pas d’avoir jamais imploré de vous une grâce sans l’avoir obtenue immédiatement. Le Seigneur veut nous faire comprendre par là que, s’Il vous a été soumis sur la terre, où en votre qualité de Père et de gardien, vous pouviez Lui commander, Il répond également au ciel à toutes vos suppliques » (cf. Ste Thérèse de Jésus, in « Vie » aux chap. V et VI).
O cher Saint Joseph, c’est donc avec une pleine confiance que je me mets sous votre protection ; enseignez-moi à vivre comme vous, de foi et d’abandon à Dieu, apprenez-moi à vivre uniquement pour Lui, en me consacrant tout entier à son service.

Rd Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd.
in « Intimité divine », sanctoral du mois de mars.

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue :
- les prières de Saint François de Sales, du Bienheureux Pie IX et de Léon XIII > ici :
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > ici ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > ici ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > ici ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici ;
- « De Saint Joseph et de Sainte Thérèse de Jésus » > ici ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage » > ici,
et « Ite ad Ioseph ! » > ici .

2021-18. Nous avons lu : « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI » de Dominique Sabourdin-Perrin.

7 mars,
Dies natalis de la Vénérable Marie-Clotilde de France (cf. > ici).

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

La Vénérable Marie-Clotilde de France, Reine de Piémont-Sardaigne
(23 septembre 1759 – 7 mars 1802)

Lorsque, en 2015, j’avais rédigé dans les pages de ce blogue (cf. > ici) une notice biographique sur « Madame Clotilde », j’écrivais ces lignes : « (…) il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens ». L’année 2020 aura permis un changement en ce domaine puisque Madame Dominique Sabourdin-Perrin, historienne qui a déjà été remarquée par ses ouvrages – entre autres – sur la Famille Royale pendant la révolution, a fait paraître aux éditions Salvator un livre de plus de 300 pages intitulé « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI ».

La lecture de cet ouvrage est aisée, presque pédagogique pourrait-on dire, et tout en nous plongeant dans l’histoire, elle nous livre une assez bonne présentation de la vie de cette Fille de France devenue Reine de Piémont-Sardaigne qui est parvenue à un très haut degré de perfection chrétienne.

Quatrième de couverture :

Qui se souvient de la vénérable Marie-Clotilde de France (1759-1802), la sœur oubliée de Louis XVI et de Madame Élisabeth, dont pourtant le pape Jean-Paul II a reconnu en 1982 l’héroïcité des vertus ? Son mariage a été le dernier célébré à Versailles en 1775, juste après le sacre de Louis XVI. Elle épouse alors le prince de Piémont-Sardaigne et part vivre à Turin. Avec son mari, elle va recevoir à sa cour toute l’émigration française, dont ses frères, les futurs rois Louis XVIII et Charles X. Mais devenue reine de Piémont-Sardaigne en 1796, elle doit s’exiler avec sa famille à travers l’Italie, de crainte d’être enlevée par les Français. Elle témoigne en dépit de ces événements d’une foi profonde, faite de piété et d’austérité. Elle instaure ainsi le culte de Notre-Dame de Pitié dans ses États, avant de mourir, à Naples, à l’âge de 42 ans. 

Marie-Clotilde de France par Dominique Sabourdin-Perrin

Remarques personnelles :

Bien écrit et de plutôt « bon esprit », ce livre présente l’avantage indéniable d’offrir à nos contemporains une biographie de « Madame Clotilde » qui ne se limite pas aux seuls faits historiques, mais nous montre aussi un peu de l’âme de cette Princesse et de son ascension spirituelle. Un peu seulement, car du point de vue spirituel, l’ouvrage de Monseigneur Luigi Bottiglia, publié en 1816, c’est-à-dire seulement 14 ans après la mort de la Souveraine (et du vivant même du Roi Charles-Emmanuel IV son époux), dédié au pape Pie VII qui venait de la déclarer Vénérable, est d’une bien plus grande profondeur… mais il est plutôt difficile à trouver de nos jours.
Je regrette que Madame Sabourin-Perrin, à plusieurs reprises, cède au poncif mille fois répété par les chroniqueurs mondains et superficiels selon lequel la cour de Turin aurait été « ennuyeuse », car cela dénote une certaine incompréhension de ce que doit être la cour de souverains véritablement catholiques respectueux des préceptes de la Sainte Eglise et de leurs peuples, mais je ne m’étendrai pas là-dessus.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

2021-17. Retour à Dieu, avec Saint François de Sales pour guide.

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

- 25 février 2021 -

Blason de la Confrérie Royale

Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, même s’ils ne sont pas membres de la Confrérie Royale, peuvent trouver un vrai profit spirituel à lire et méditer cette lettre mensuelle.

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

* * * * * * *

Saint François de Sales

Saint François de Sales (21 août 1567 – 28 décembre 1622)
Docteur de l’Amour divin

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Sur le Carême

Nous voilà une semaine après le mercredi des Cendres, quoi de mieux que d’écrire sur ce temps liturgique qui va durer 40 jours et qui usera toute notre attention afin d’arriver à Pâques plein d’une joie toute spirituelle et renforcée dans notre corps par le jeûne. 

Si l’on veut une ligne de conduite en ce saint temps, il est possible et recommandé de suivre certains livres ou spiritualités particulières, et peut être sera-t-il possible de faire un carême dans l’esprit de Saint François de Sales, Docteur de l’Amour divin et auteur de spiritualité classique française. C’est ce que je vous propose aujourd’hui en quelques citations.

« Ne veuillez pas tout faire, mais seulement quelque chose, et, sans doute, vous ferez beaucoup. »

Tout d’abord cette citation de ce grand Saint (lors d’une conférence spirituelle à Sœur Favre) est typique d’une spiritualité qui reste dans le milieu et non dans les extrêmes. « In medio stat virtus » (la vertu se trouve dans le milieu). Une spiritualité qui demeure ferme mais adaptée et surtout adaptable à toutes les conditions humaines.

Ainsi notre saint demande de ne pas réformer tout d’un coup et en peu de temps mais peu à peu et sur le temps d’une vie entière, sur le long terme. Qui ne peut suivre cette spiritualité sans être touché par la douceur des réflexions et tout de même avec force dans les actes et l’activité spirituelle ? Nous devons donc travailler sur nous-mêmes mais avec amour et non par force, comme il aimait répéter, nous montrant ainsi que l’amour est bien l’inverse de la force. Changez une seule mauvaise habitude durant ce Carême et vous arriverez meilleurs à Pâques. Mieux que dix résolutions dans le futur, une seule accomplie dans le présent suffit.

«  C’est une grande partie de notre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections ; car, en quoi pouvons-nous exercer l’amour du prochain, sinon en ce support ?»

Le Carême est aussi la recherche de la perfection dans les imperfections des autres et de soi-même. L’homme est fait pour vivre en société, aussi diverse soit la société en question. Ainsi la vie avec son prochain, avec son époux ou épouse, avec ses enfants avec ses amis et surtout avec l’inconnu que l’on rencontre dans les marchés et autres endroits publics, nous fait penser qu’il faut travailler en nous ce côté extérieur que règle aussi la Charité. Vivre en société nous permet d’apprendre beaucoup de nous et des autres. À travers les autres pourquoi ne pas réfléchir sur soi-même, et pourquoi ne pas utiliser ce temps de pénitence, que l’Église dans sa grande sagesse nous propose, afin de grandir dans cette vertu que Saint Paul nous dit la première, la Charité ? 

« Il faut avoir une longue haleine, les grands desseins ne se font qu’à force de patience et de longueur de temps. »

Voilà la spiritualité salésienne récapitulée. Mais cela peut être aussi pris pour nos résolutions de Carême. Tout changement en l’homme prend du temps. Rien ne change du jour au lendemain à part peut-être nos infimes imperfections qui n’ont pas eu le temps de s’encrer et de devenir des habitudes. Une habitude, rappelons-le est une disposition acquise par répétition d’actes ; elle est ni bonne, ni mauvaise. Si elle est bonne elle devient une vertu, et si elle est mauvaise alors ce sera un vice. Bien entendu tout n’est pas noir ni blanc. Nous avons des habitudes qui sont neutres comme se lever à telle heure tous les matins ou encore se coiffer etc… Toute mauvaise habitude en nous n’est pas forcément un vice et toute bonne habitude une vertu, il faut encore que le sujet, ou la matière de l’habitude, nous élève ou nous rabaisse soit dans notre âme soit dans notre humanité. En bref, un vice nous fait déchoir de l’ordre moral et la vertu au contraire nous rend plus homme et nous rapproche du dessein de Dieu pour nous, et donc nous sanctifie. Mais il est vrai aussi qu’il est plus aisé pour l’homme de déchoir dans le vice que de monter dans la vertu. Car l’un ne demande pas de travail tandis que l’autre s’acquiert par un travail de longue haleine.

«  Tenez votre cœur proche de Dieu. C’est le moyen d’être simple, puisque Dieu est un Esprit simplificateur. »

Enfin finissons sur cette citation qui doit récapituler toutes nos œuvres de Carême : Tenir son cœur proche de Dieu. Ceci doit être le but de notre travail de Carême. 

Le cœur est l’un des endroits où toutes nos actions commencent. On dit bien, quand quelque chose nous intéresse beaucoup, que l’on « prend à cœur » quelque chose. Nous devons nous intéresser beaucoup à notre changement et à installer la grâce en nous afin qu’elle demeure pour toujours. Nous sommes faits pour la vie de la grâce et le malin, lui, prendra « à cœur » de s’empresser de nous faire chuter et de nous montrer l’inverse, et le désintéressement pour ce qui est des « choses de Dieu ». Ainsi si l’on tient son cœur proche de Dieu, rien ne peut nous arriver et en plus c’est une véritable assurance pour nous. Assurance de grandir en Lui, assurance de son soutient par sa Grâce, assurance de son amour et de sa protection dans les épreuves. Mais quand on a son cœur proche de Dieu nous devenons un en Lui. Être en Dieu exprime non seulement une proximité mais aussi une unité. L’homme est sorti de Dieu et son objectif sur terre est d’y retourner. Voila ce que l’on peut souhaiter de mieux pour le Carême. Que toutes nos actions, nos pénitences et nos résolutions soient accomplies dans l’objectif d’un retour à Dieu. Il faut par tout cela retrouver la simplicité de notre vocation commune : le Ciel. 

Ainsi formons ce désir d’être toujours plus proches de Dieu en ce temps Sacré qui nous est donné afin de préparer, à l’exemple de Notre Seigneur au désert, l’Événement des événements : la mort et Passion de Jésus sur le bois de la Croix et sa sainte Résurrection qui suivra. Si elle est bien préparée et prise au sérieux, prise « à cœur », elle nous procurera davantage de grâces, et une joie qu’aucune créature ne saura nous prendre et nous voler, afin d’attendre et d’atteindre l’union de l’âme à Dieu, avec paix et sérénité, malgré les tribulations de ce siècle. Amen

Semper laetus in Deo !

Abbé Hubert S.

Armoiries de Saint François de Sales

2021-16. Messe propre de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vendredi après les cendres,
Fête de la Sainte Couronne d’Epines.

Dans le Missel Romain traditionnel (c’est-à-dire antérieur aux réformes liturgiques qui se sont succédé depuis 1950), figure depuis plusieurs siècles, dans le supplément au sanctoral intitulé « Missae pro aliquibus locis », assigné à la date du vendredi après les cendres la fête de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Chez nous, conformément aux indications de nos anciens livres liturgiques, elle est célébrée sous le rit double majeur.
Vous trouverez ci-dessous les textes de cette messe propre et la traduction que nous en avons faite.

Quentin Massys - Ecce Homo - 1520

Quentin Massys – Christ aux outrages, détail (1520)
[Palais des Doges - Venise]

Feria VI post Cineres

SACRAE SPINAE CORONAE D.N.J.C.

Introitus (cf. Cant. III, 11)
Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit eum mater sua, parans crucem Salvatori suo. Ps. VIII, 6-7. Gloria et honore coronasti eum, Domine : et constituisti eum super opera manuum tuarum. V./ Gloria Patri. Egredimini.

Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère, préparant une croix pour son Sauveur. De gloire et d’honneur vous l’avez couronné, ô Seigneur : et vous l’avez établi sur les œuvres de vos mains. Gloire au Père.

Oratio
Praesta, quaesumus, omnipotens Deus : ut, qui in memoriam passionis Domini Nostri Jesu Christi Coronam ejus spineam veneramur in terris, ab ipso gloria et honore coronari mereamur in caelis : Qui tecum vivit.

Accordez, nous vous le demandons, ô Dieu tout-puissant, que nous qui, en mémoire de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vénérons sur la terre sa Couronne d’épines, nous méritions d’être couronnés de gloire et d’honneur dans les cieux par lui, qui avec vous vit… 

Lectio libri Sapientiae (Cant. III 7-11 ; IV, 1 et 8)

Lectulum Salomonis sexaginta fortes ambiunt ex fortissimis Israël : omnes tenentes gladios, et ad bella doctissimi : uniuscujusque ensis super femur suum propter timores nocturnos. Ferculum fecit sibi rex Salomon de lignis Libani : columnas ejus fecit argenteas, reclinatorium aureum, ascensum purpureum : media caritate constravit propter filias Jerusalem. Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit illum mater sua in die desponsationis illius, et in die laetitiae cordis ejus. Quam pulchra es, amica mea, quam pulchra es ! Oculi tui columbarum, absque eo quod intrinsecus latet. Veni de Libano, sponsa mea, veni de Libano, veni : coronaberis.

Soixante puissants (guerriers) parmi les plus vaillants d’Israël environnent la couche de Salomon : tous portant des glaives, et très habiles à la guerre : chacun a son glaive sur sa cuisse en raison des craintes de la nuit. Le roi Salomon s’est fait une litière en bois du Liban : il en a fait les colonnes d’argent, le dossier d’or, le siège de pourpre : il a orné le milieu de tout ce qu’il y a de plus aimable à cause des filles de Jérsalem. Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère au jour de ses noces, et au jour de la joie de son cœur. Que tu es belle, ô mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont (comme les yeux) des colombes, sans parler de ce qui est caché au-dedans. Viens du Liban, ô mon épouse, viens du Liban, viens : tu seras couronnée.

Graduale (Eccli. XLV, 14)
Corona aurea super caput ejus : expressa signo sanctitatis, gloria honoris, et opus fortitudinis. V./ Ps. XX,4. Quoniam praevenisti eum in benedictionibus dulcedinis : posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso.
Tractus (Is. LXI, 10)
Induit eum Dominus vestimentis salutis, et indumento justitiae, quasi sponsum decoratum corona. V./ Is. XXVIII, 5. Corona tribulationis effloruit in coronam gloriae et sertum exsultationis. V./ Sap. V, 17. Accepit regnum decoris, diadema speciei.

Une couronne d’or (est) sur sa tête : marquée du signe de la sainteté, de la gloire de l’honneur, ouvrage de puissance. Puisque vous l’avez prévenu des bénédictions les plus douces : vous avez posé sur sa tête une couronne de pierres précieuses.
Le Seigneur l’a revêtu des vêtements du salut, et du manteau de la justice, comme l’époux paré de sa couronne. La couronne de tribulation s’est épanouie en couronne de gloire et en bouquet d’exultation. Il a reçu un royaume de splendeur, un diadème d’éclat.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Ioannem (Joann. XIX, 1-5).
In illo tempore : Apprehendit Pilatus Jesum, et flagellavit. Et milites plectentes coronam de spinis, imposuerunt capiti ejus : et veste purpurea circumdederunt eum. Et veniebant ad eum, et dicebant : Ave, Rex Judaeorum : et dabant ei alapas. Exivit ergo iterum Pilatus foras, et dicit eis : Ecce adduco vobis eum foras, ut cognoscatis quia nullam invenio in eo causam. Exivit ergo Jesus portans coronam spineam et purpureum vestimentum.

En ce temps là : Pilate prit Jésus, et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne avec des épines, la posèrent sur sa tête : et il l’enveloppèrent avec un vêtement de pourpre. Et ils venaient à lui, et ils disaient : « Salut, Roi des Juifs » : et ils lui donnaient des soufflets. Pilate sortit donc de nouveau, et il leur dit : « Voici que je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucune cause (de mort) ». Jésus sortit donc portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre.

Credo. 

Offertorium.
Tuam Coronam adoramus, Domine : tuam gloriosam recolimus passionem.

Nous adorons votre Couronne, ô Seigneur : nous honorons votre glorieuse passion.

Secreta.
Tuorum militum, Rex omnipotens, virtutem robora : ut, quos in hujus mortalitatis stadio unigeniti Filii tui Corona laetificat ; consummato cursu certaminis, immortalitatis bravium apprehendant. Per eumdem Dominum.

Roi tout puissant, affermissez la force de vos soldats : afin que ceux que réjouit la Couronne de votre Fils unique dans l’arène de cette vie mortelle, après l’achèvement de leur combat, ils reçoivent le trophée de l’immortalité. Par le même Seigneur…

Préface de la Croix.

Communio (Prov. IV, 9)
Laetare, mater nostra, quia dabit Dominus capiti tuo augmenta gratiarum, et corona inclyta proteget te.

Réjouis-toi, ô notre mère, car le Seigneur donnera  à ta tête un accroissement de grâces, et d’une éclatante couronne il te protègera.

Postcommunio.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus : ut haec sacramenta quae sumpsimus, per sacrosanctae Filii tui Coronae, cujus solemnia recensemus, virtutem, nobis proficiant ad medelam. Per eumdem Dominum.

Supliants, nous vous prions, ô Dieu tout-puissant : que ces sacrements que nous avons reçus, par la vertu de la sacrosainte Couronne de votre Fils, dont nous avons célébré la solennité, soient pour nous profitables en œuvrant à notre guérison. Par le même Seigneur.

 Présentation de la Sainte Couronne d'Epines

Cathédrale Notre-Dame de Paris : présentation de la Sainte Couronne d’Epines aux fidèles
(avant l’incendie d’avril 2019, cette vénération avait lieu tous les premiers vendredis du mois et tous les vendredis de carême)

2021-15. En raison de nombreuses questions qui nous ont été posées, voici encore quelques précisions concernant le jeûne et l’abstinence.

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de NSJC (cf. > ici et > ici).

A. Dürer - la Ste Face portée par deux anges - Louvre

Albrecht Dürer : la Sainte Face présentée par deux anges (1517)

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La publication de ce 15 février (cf. > ici) m’a valu de nombreux messages personnels contenant des questions qui me poussent à redire (encore une fois !) un certain nombre de choses que j’ai déjà écrites et publiées, tant je remarque que beaucoup de fidèles – sans doute par défaut de formation – opèrent des confusions, ou s’adonnent à des interprétations personnelles surprenantes.
Reprenons donc (l’éducation n’est-elle pas l’art de la répétition ?), en essayant d’être le plus clair possible.

1) Qu’est-ce que le jeûne que nous demande l’Eglise ?
Lorsque l’Eglise impose à ses fidèles un jour de jeûne, elle ne leur demande pas une privation totale de nourriture pendant 24 h : elle leur prescrit de ne faire qu’un seul repas, modéré, pendant ce jour là.
Originellement, ce repas n’était pris qu’en fin de journée. Mais, eu égard à la faiblesse humaine, et en particulier pour ceux qui ont une activité physique éprouvante, il a été autorisé de prendre cet unique repas en milieu de journée.
Cela signifie donc que les jours de jeûne il n’y a ni petit-déjeuner ni dîner.
Toutefois, par miséricorde, si l’on ne peut pas tenir jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne (c’est l’étymologie du mot déjeuner), une boisson est autorisée le matin, et, si l’on en a vraiment besoin, une collation est permise le soir.
Une collation n’est pas un repas : elle se compose, par exemple, d’un bol de soupe, ou bien d’un fruit, ou encore de deux tranches de pains. Elle n’est pas constituée d’un bol de soupe AVEC deux tranches de pain ET un fruit : c’est l’un ou l’autre, pas les trois, sinon cela constitue un repas frugal !
J’ai connu le cas (je ne l’invente pas, je vous certifie devant Dieu l’authenticité de cette anecdote) d’une religieuse qui disait : « Les vendredis de carême je jeûne au pain et à l’eau »… Effectivement, ces jours-là, elle ne mangeait que du pain. Mais – car il y a un mais – en réalité le matin elle prenait deux tranches de pain avec son café, puis vers 10 h, où elle avait l’habitude de grignoter, elle reprenait une ou deux tranches de pain, au moment du déjeuner elle engloutissait quasi la quantité équivalente à un repas normal en tranches de pain, elle reprenait une tranche ou deux de pain en milieu d’après-midi à l’heure où elle s’accordait d’habitude un petit goûter, et le soir elle engloutissait encore plusieurs tranches de pain à l’heure du dîner. Elle avait conclu ces explications par ces mots que je cite textuellement : « Finalement, le jeûne au pain et à l’eau, ce n’est pas si difficile et je le supporte très bien ! »
Eh bien, je suis désolé ma chère Sœur, mais prendre de la nourriture, même si ce n’est que du pain, à cinq reprises dans la journée, cela ne fait pas un jour de jeûne.

2) Qui est tenu au jeûne ?
La loi de l’Eglise (contenue dans le code de Droit canonique) stipule que l’obligation du jeûne s’adresse à tous les fidèles à partir de leur majorité jusqu’à l’âge de 60 ans.
Le code précise même « jusqu’à la soixantième année commencée » : cela signifie par exemple que moi qui vais fêter mes 59 ans dans quelques mois, à partir du lendemain de ce 59ème anniversaire je ne serai plus obligé au jeûne (je précise néanmoins que, à moins de problèmes de santé graves, je n’ai aucune intention de cesser de jeûner en entrant dans ma soixantième année : Saint Antoine le Grand et Saint Paul ermite, qui ont l’un et l’autre largement dépassé l’âge de 100 ans, ont jeûné jusqu’à leur mort).
Les personnes malades ne sont pas tenues au jeûne.

3) Une personne normalement tenue au jeûne peut-elle en être dispensée ?
Oui, cela peut arriver, pour de justes raisons. L’une d’entre elles est la maladie, comme dit ci-dessus.
Il peut y avoir d’autres motifs, mais on entre alors dans des cas particuliers, et ce sont les supérieurs ecclésiastiques ou le confesseur qui peuvent, avec la grâce du discernement liée à leur fonction, accorder une dispense ou une mitigation, et non l’intéressé lui-même.
Habituellement, une personne qui reçoit la dispense du jeûne voit celui-ci commué en œuvres de charité, de piété ou de pénitence adaptées à son cas.

4) Que peut-on manger au cours du repas autorisé les jours de jeûne ?
Le jeûne est une privation de la quantité de nourriture, il ne porte pas sur les mets eux-mêmes. C’est l’abstinence qui règle la question des aliments interdits.
Ainsi, jeûner ne signifie pas que l’on ne mange que du pain sec : d’ailleurs les pains modernes achetés dans le commerce, même lorsqu’ils sont dits « complets », conviennent assez mal aux jours de jeûne.
L’unique repas autorisé lors d’un jour de jeûne peut donc comprendre, en quantité modérée, plusieurs types d’aliments. En théorie d’ailleurs, s’il existait un jour de jeûne qui ne fût pas en même temps jour d’abstinence, il serait permis de consommer de la viande lors de l’unique repas autorisé ! 

5) Qu’est-ce que l’abstinence ?
Originellement, l’abstinence est la privation de tous les aliments d’origine animale : viandes, charcuteries, poissons, laitages et fromages, œufs et tous leurs dérivés.
En Occident, au cours des siècles, cette discipline s’est considérablement atténuée pour ne plus être seulement considérée que comme l’interdiction de la viande et de la charcuterie !!!
Précisons encore que l’abstinence n’est pas l’obligation de manger du poisson le vendredi : elle porte sur l’interdiction des mets carnés ! Comme le disait l’un de mes aumôniers lorsque j’étais enfant : « A quoi cela rime-t-il de se priver de steack hâché si c’est pour le remplacer par un délicieux plat de poisson accompagné de mayonnaise ? »
A mon avis, il est nécessaire et urgent que les fidèles de l’Eglise latine redécouvrent le sens de l’abstinence et reviennent à la pratique des origines, qui a été conservée dans un certain nombre d’ordres religieux et dans les Eglises d’Orient.
Qu’on se souvienne de la plainte indignée et baignée de larmes de Notre-Dame de la Salette : « En carême, ils vont à la boucherie comme des chiens ! »

6) Qui est tenu à l’abstinence ?
« Sont tenus par la loi de l’abstinence, dit le code de Droit canonique actuellement en vigueur, les fidèles qui ont 14 ans révolus » (canon 1252). Le même canon ajoute aussi que les parents et éducateurs chrétiens ont le devoir d’éveiller au sens de l’abstinence et de la pénitence les enfants qui n’y sont pas encore obligés.

7) Est-ce vrai que « le dimanche, ce n’est pas carême » ?
Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase assénée de manière péremptoire (et quasi jubilatoire) !
Selon la Tradition antique (je ne parle pas ici des édulcorations modernes qui lui ont ôté toute vigueur), les dimanches de carême – leur nom même le dit – appartiennent bien au carême : à ce titre l’abstinence y est de règle. C’est le jeûne seul qui est suspendu le dimanche.
En revanche, les jours de très grande fête dont la célébration se produit en carême, telles que la Saint-Joseph et l’Annonciation (ou autres fêtes de première classe du calendrier propre), non seulement le jeûne est suspendu mais, toujours selon la Tradition antique, l’abstinence y est aussi partiellement levée, c’est-à-dire que souvent le poisson va y être permis.

Note :
Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui disent : « Moi, mon carême, je le fais à ma manière : je ne me prive pas de viande, mais je me prive de bonbons » (ou d’autre chose que l’on aime particulièrement : chocolat, cigarettes, alcool, musique, télévision… etc.).
Nous ne nions pas que cela puisse représenter un vrai sacrifice pour ces personnes, mais ce qu’elles font n’est pas conforme à la demande de l’Eglise.
La valeur des sacrifices accomplis réside d’abord dans l’obéissance par amour à ce que l’Eglise nous demande au nom du Seigneur Jésus. Celui qui « fait un tri » dans les préceptes de l’Eglise et choisit de son propre chef ses pénitences, n’obéit pas à l’Eglise mais à lui-même, et en réalité il place ses propres choix au-dessus des demandes de l’Eglise. Il n’accomplit pas la volonté de Dieu exprimée par les préceptes de l’Eglise, mais il accomplit sa propre volonté !
On ne remplace pas le jeûne et l’abstinence demandés à tous les fidèles par ses propres options de privation, mais on doit d’abord se soumettre à la loi commune ; ensuite, en plus, on peut y ajouter le sacrifice des bonbons, du chocolat, de la cigarette et de la télévision : sacrifices qui prendront toute leur valeur en étant un « plus » ajouté aux observances communes, mais qui n’en auront aucune si on les substitue de son propre chef aux préceptes communs du jeûne et de l’abstinence imposés à tous les fidèles.

nika

Evidemment, nous avons bien conscience que toutes ces précisions peuvent sembler à certains des arguties de casuistes rigoristes : et il n’en manque effectivement pas, surtout dans les rangs de ceux qui sont influencés par le modernisme et qui envoient promener règles et préceptes au prétexte que ce qui compte c’est la « liberté des enfants de Dieu dans l’amour ».
Ces règles et usages pleins de sagesse hérités de vingt siècles de Tradition et d’expériences de la Sainte Eglise ne sont pas des fins en elles-mêmes, mais elles sont les parapets qui bordent une route de montagne surplombant des abîmes pour nous empêcher de tomber dans les précipices de nos fantaisies et de nos jugements personnels. Celui qui s’y soumet dans l’esprit de renoncement à lui-même qu’exige de suivre le Christ Notre-Seigneur portant Sa Croix, accomplit de véritables actes d’amour, pratiques et concrets, qui n’ont rien à voir avec les illusoires mouvements de la sentimentalité.
En effet, pour savoir si l’on aime vraiment quelqu’un, il faut se demander ce que l’on est prêt à sacrifier pour lui. Les sacrifices imposés par la discipline quadragésimale reçue de la sainte Tradition sont des preuves tangibles de notre amour pour le divin Sauveur et de notre fidélité à Son service.

Les Sept Douleurs de Marie (A. Dürer)

Albrecht Dürer : la Mère des Douleurs

2021-14. « Que mangez-vous pendant le carême ? »

Dimanche de la Quinquagésime au soir.

William Bouguereau - Flagellation 1880 - cathédrale de La Rochelle

« Voici que nous montons à Jérusalem et que va s’accomplir pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les prophètes.
En effet, il sera livré aux Gentils, sera bafoué, sera outragé, et sera couvert de crachats ;
et, après l’avoir flagellé, on le fera mourir, et il ressuscitera le troisième jour »
(Luc XVIII, 31-33).

William Bouguereau : la Flagellation -1880
(cathédrale Saint-Louis de La Rochelle) 

scapulaire du Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

« L’observance du Carême est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers » (S.S. le Pape Benoît XIV – constitution apostolique « Non ambigimus » – 1741).

J’avais déjà eu l’occasion de vous livrer cette belle et importante citation qui nous place en face de nos responsabilités pour ce qui concerne notre observance du saint carême, et sur les conséquences de notre générosité ou de notre manque de générosité dans la pratique de la pénitence qui est pour tous un précepte certain de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a avertis sans détour : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous ! » (cf. Luc XIII, 5).
Le refus de la pénitence ou la négligence à s’adonner à la pénitence entraînent en effet de grands malheurs dès ici-bas dans la vie personnelle et la vie sociale, et pour l’au-delà le plus grand malheur qui puisse être : la damnation éternelle !

J’ai déjà eu l’occasion de le dire et de le redire (au point que certains commencent à penser que je rabâche), les obligations qui découlent de la discipline actuelle, imposées par le droit canonique en vigueur, sont absolument minimalistes. Cela ne signifie pas pour autant qu’un chrétien qui veut vraiment marcher dans les pas de Notre-Seigneur doive et puisse se contenter du minimum !
C’est dans cette perspective qu’ont été publié dans les pages de ce blogue 1) le petit catéchisme sur le carême et la pénitence (cf. > ici) et 2) un rappel de la discipline antique du carême telle que la prescrivent toujours la plupart des Eglises d’Orient (cf. > ici).
Je puis témoigner devant Dieu et devant les hommes que l’observance de la discipline antique du jeûne et de l’abstinence n’est pas un fardeau insupportable, mais qu’au contraire elle est source d’une grande liberté intérieure et qu’elle a très souvent pour conséquence une immense joie surnaturelle.

Je dois néanmoins ajouter quelques précisions sur lesquelles il n’est jamais inutile d’insister :

1) les trois éléments essentiels du carême sont : la prière, le jeûne et l’aumône.
Tous les trois sont à pratiquer. On ne peut en privilégier un aux dépens des deux autres, ou deux  aux dépens du troisième. La pratique d’un bon carême se fonde sur les trois.

2) l’aumône n’est pas prise sur notre superflu ou prélevée sur des choses qui ne nous feront pas défaut, mais sur ce qui nous est l’occasion d’un vrai sacrifice. Les « économies » que nous réalisons sur la nourriture en particulier (puisque notre nourriture en carême est moins abondante et moins riche) nous permettent de donner davantage à ceux qui sont dans le besoin ; c’est le sens des paroles de la Sainte Ecriture : « Partage ton pain avec l’affamé ». Partager, c’est bien prendre une part de ce qui est à nous pour le donner à celui qui se trouve dans la nécessité : notre part s’en trouve véritablement diminuée.
Il n’est pas normal d’être nourri à satiété pendant le carême ; il est même normal d’y ressentir la faim !

3) le jeûne a pour but de nous rendre plus disponibles à Dieu et au prochain.
Il ressort de là qu’il serait tout-à-fait contraire à son esprit que de passer autant, voire davantage, de temps en cuisine, au prétexte de préparer des « recettes de carême » qui correspondraient matériellement aux règles de l’abstinence (par la privation de tous les mets d’origine animale), mais seraient confectionnées dans le but de flatter le goût et de rechercher des saveurs agréables. Cette manière de faire serait un pur pharisaïsme !
Le jeûne (et le véritable esprit du jeûne) doit nous dégager de la préoccupation excessive de la nourriture et des satisfactions physiques qu’elle apporte : l’allègement dans lequel consiste le jeûne n’est pas seulement une question de quantité de nourriture mais aussi un allègement de sa qualité et un allègement du temps que nous lui consacrons tant pour la préparer que pour la consommer.

Notez que l’on trouve sur Internet (en particulier sur plusieurs sites orthodoxes, puisqu’ils ont gardé la discipline originelle du carême) des recettes de carême que l’on peut confectionner sans aucun produit d’origine animale et sans huile d’olive : chacun peut librement s’en inspirer certes, mais – je me répète – le but du carême n’est justement pas de passer du temps à expérimenter de nouvelles recettes et de se préoccuper de nourriture…

Concrètement, parce qu’un certain nombre de personnes désireuses de mettre en pratique la discipline antique du carême m’ont demandé « Mon Frère, pour nous aider à nous faire une idée de ce que nous pourrions faire, dites-nous comment vous faites ? Que mangez-vous et de quelle manière pendant le carême ? », voici donc ce que je fais moi-même. Je ne prétends pas que cela puisse convenir à tous (en particulier à ceux dont le devoir d’état demande d’accomplir des travaux de force) :

A – Pour les jours de « jeûne ordinaire » (c’est-à-dire tous les jours du carême sauf le mercredi des cendres, les vendredis et les vigiles) :
1) un fruit, pris en début de repas (alternativement pommes, bananes, kiwis, agrumes…),
2) un plat qui sera tantôt des crudités (endives, ou carottes râpées, ou concombres, ou chou râpé, ou betteraves, ou pousses de haricots mungo…), ou bien un plat chaud (haricots verts, ratatouille ou autres bocaux de préparations de l’été précédent), ou bien encore une salade de légumineux (lentilles, pois-chiches) ou une salade de pommes de terre ; à toutes ces salades on peut ajouter, selon les cas, soit des graines (de sésame, de lin, de courges…) soit des raisins de Corinthe.
3) pour terminer, si l’on tient à prendre un dessert (mais ce n’est pas obligé), un yahourt de soja peut très bien faire l’affaire, ou un peu de confiture sur une tranche de tartine de seigle (je ne consomme pas de pain) ;
4) en boisson de l’eau claire, ou bien un grand bol de thé ou de tisane avec une cuiller de miel.

B – Les jours de « grand jeûne » (mercredi des cendres, tous les vendredis, et les vigiles), le repas se compose uniquement de 60 grammes de riz (ou de quinoa), sur lequel on peut verser un peut de sauce soja.

C – Tous les soirs :
une écuelle de soupe.

Vous le voyez, toutes ces choses sont très vite réalisées, sont peu onéreuses, et permettent d’établir un « roulement » que l’on reproduit de semaine en semaine sans qu’on ait à se prendre la tête avec la sempiternelle question-cauchemar des cuisiniers : « mais qu’est-ce que je vais faire à manger aujourd’hui ? »

Philippe de Champaigne : Sainte Face

2021-13. « Militia est vita hominis super terram ».

Samedi dans la Sexagésime 13 février 2021,
Fête de Saint Avit de Vienne (cf. > ici).

légion romaine en marche

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion

« Militia est vita hominis super terram ; et sicut dies mercenarii, dies ejus : c’est une milice que la vie de l’homme sur la terre, et ses jours sont comme les jours du mercenaire ». Ces paroles sorties de la bouche du saint homme Job (Job VII, 1) prennent une actualité nouvelle à la veille du grand et saint carême, qui est par excellence le temps du combat spirituel.

Il arrive que l’on trouve des traductions qui rendent ce passage par « la vie de l’homme sur la terre est un combat ».
Sans être complètement inexacte, cette façon de traduire est néanmoins insuffisante.

En effet, en français, le mot combat désigne le plus souvent l’action de se battre (à deux ou à plusieurs), avec ou sans arme, mais d’une manière relativement circonscrite dans le temps : un combat de rue, un combat de boxe, le combat de Thésée contre le Minotaure ou celui de Tancrède et Clorinde. Une guerre est une succession de combats, et la fin de la guerre sera dite « arrêt des combats », au pluriel.
Les synonymes de combat sont : bataille, mêlée, rixe, bagarre, engagement, rencontre, échauffourée, accrochage, escarmouche, joute, pugilat… etc., en fonction du contexte et des nuances que l’on veut apporter au récit.

En revanche le terme « militia » par lequel Saint Jérôme, dans la Vulgate, a traduit de manière exacte le mot que l’on trouve à cet endroit dans les textes hébreu et grec, porte une signification bien plus large sur laquelle insistaient les exégètes et commentateurs auxquels je dois ma formation biblique : la « militia » est une réalité plus étendue qu’un simple « combat », et aussi plus vaste que ce que signifie habituellement le mot français milice qui en découle : une milice est un groupe armé (constitué souvent en dehors d’une armée régulière, voire en dehors de la légalité).
Tout au contraire, le mot latin « militia » désigne, au sens premier et originel, le métier de soldat, le fait d’être militaire de carrière, voire encore le service militaire.

Cette précision étant apportée, l’affirmation du Saint-Esprit par la bouche du saint homme Job apparaît avec une épaisseur tout autre que ce qu’une oreille superficielle comprend en entendant cette citation, dont la deuxième partie renforce pourtant le réalisme.
En vérité, la vie de l’homme sur la terre est une carrière militaire qui commence dès sa naissance et dure jusqu’à son dernier soupir. Chacun des jours de l’homme ici-bas, tous ses jours – et sans répit aucun – sont ceux de la discipline, de l’entraînement au combat, des efforts et des renoncements indispensables pour se montrer efficace dans les batailles, et pour ne pas succomber sous les assauts de l’ennemi.

« La vie de l’homme sur la terre est un engagement militaire, et ses jours sont comme les jours du mercenaire » : il ne s’agit point là d’une vie de parade en uniforme rutilant, mais bien plutôt du quotidien des « gros durs » de la Légion  Etrangère, puisque par définition un mercenaire est un soldat du rang qui, en échange d’un salaire, se met au service d’une puissance étrangère. Il n’y a point de place ici pour les « états d’âme » et la sensiblerie : on est là pour se battre et pour sauver sa peau, en servant loyalement un chef qui nous paye afin de faire du dégât – le maximum de dégâts – dans les rangs ennemis.
C’est très réaliste et pragmatique : il n’y a point là de quoi dissoudre lamentablement ses forces en niaiseries romantiques et autres mièvreries sentimentalistes.

En de nombreux textes de la liturgie quadragésimale et des Pères ou auteurs spirituels qui s’adressent aux fidèles pour les exhorter à bien vivre le carême, ce dernier est aussi appelé « militia ».
Ici encore, il faut donner à ce mot toute l’acception qui se trouve dans la citation de Job commentée ci-dessus.
Je déplore vivement que dans les traductions proposées par plusieurs missels à l’usage des fidèles, « militia » soit traduit par des mots tels que « entrainement », « lutte » ou « exercice ».
Singulière édulcoration !

Si déjà « la vie de l’homme » est une carrière militaire, à combien plus forte raison la vie chrétienne prise au sérieux, à combien plus forte raison l’engagement cohérent à la suite du Christ, à combien plus forte raison le temps du carême !
Ceux qui rêvent d’une vie chrétienne tranquille et égale, tout imprégnée d’un irénisme béat à la manière des « baba-cool » des années soixante du précédent siècle, sont dans une illusion dramatique à l’opposé des paroles fortes de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Regnum caelorum vim patitur, et violenti rapiunt illud : le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui s’en emparent ! » (Matth. XI, 12b).
Il n’est pas besoin de préciser de quelle nature est cette « violence » et de quelle façon elle s’exerce : cela tombe sous le sens.

A quelques jours de l’entrée solennelle dans la sainte milice quadragésimale, il me semblait important de vous le redire avec une certaine insistance.

En union de cœur et d’âme, tous enrolés sous les étendards du Christ-Roi.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Labarum de Constantin

Quelques avis pratiques :

- Cette année, je ne propose pas de méditations quotidiennes pendant le carême : plusieurs Fraternités ou Congrégations en proposent dont je ne doute pas de l’excellence de la doctrine spirituelle et je vous encourage à faire votre choix parmi ces propositions et à vous y inscrire.
- J’ai adressé le 29 janvier à toutes les personnes  inscrites à ce blogue un courriel avec un formulaire de réinscription tenant compte des exigences de la législation actuellement en vigueur pour ce qui concerne la consevation des coordonnées personnelle : si vous n’y avez pas encore répondu, et que vous souhaitez continuer à recevoir par courriel le lien vers les mises à jour du blogue, merci de ne pas tarder à nous adresser votre réponse.

frise

2021-12. Nous tendons encore une fois la main, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ…

Mardi de la Sexagésime 9 février 2021,
Commémoraison solennelle de la Passion de NSJC ;
Commémoraison de St Cyrille d’Alexandrie, évêque et docteur de l’Eglise ;
Commémoraison de Ste Apolline d’Alexandrie, vierge et martyre ;
Commémoraison de la Bse Anne-Catherine Emmerich, vierge.

Gisant de NSJC 1

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La photographie publiée ci-dessus a été prise ce premier samedi du mois 6 février 2021 dans l’oratoire du Mesnil-Marie après que, avec l’aide précieuse d’amis venus rendre service (qu’ils soient au passage chaleureusement remerciés), nous y avons installé ce gisant de Notre-Seigneur Jésus-Christ que j’avais rapporté la veille – premier vendredi du mois – en auto, mais dans laquelle j’avais dû le laisser, ne pouvant le transporter tout seul en raison de sa taille et de son poids.

J’ai acquis ce gisant auprès d’un antiquaire que je vois assez souvent et qui, au cours de l’été dernier, m’avait annoncé qu’il obtiendrait peut-être cette pièce unique : je lui avais demandé de me tenir informé,  car j’ai depuis toujours désiré qu’il y ait au Refuge Notre-Dame de Compassion un semblable gisant de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Lors de mon pèlerinage en Terre Sainte, au printemps de 1994, je me trouvais à Jérusalem au moment de la Semaine Sainte des Chrétiens d’Orient qui suivent le comput byzantin, et j’ai été profondément marqué par les liturgies de la déposition de Croix et de l’ensevelissement de notre divin Rédempteur.
Ces liturgies existaient jadis aussi dans les liturgies d’Occident, et on en trouve la survivance dans les cérémonies qui existent encore en divers lieux, sous forme de processions, le Vendredi Saint, souvent maintenues par des confréries de pénitents.

Monaco procession du Christ mort

Monaco : procession du Christ mort

A Monaco par exemple, le Vendredi Saint, la procession du Christ mort est toujours suivie avec ferveur. En Belgique, à Lessines, existe depuis le XVème siècle une très populaire procession de la mise au tombeau du divin Crucifié. On connaît aussi les grandes processions de la Semaine Sainte en Espagne, où des représentations des diverses scènes de la Passion – et donc aussi des gisants de Notre-Seigneur – sont portées en des cortèges solennels. A Perpignan, la célèbre « Procession de la Sanch » attire chaque année une grande foule : on y voit aussi le Christ gisant qu’on va ensevelir.
Souvent moins connues, les processions des pénitents se sont aussi plus ou moins maintenues dans le Velay, si proche de nous : certaines confréries ont disparu, d’autres ont de la peine à survivre ; les Pénitents Blancs du Puy-en-Velay jouent toujours un rôle actif et remarqué dans les cérémonies de la Semaine Sainte de la cathédrale et, eux aussi, ils exposent le Vendredi Saint un très ancien gisant du Christ mort.

Le gisant que je viens d’acquérir pour notre Mesnil-Marie provient d’une confrérie de pénitents qui a disparu, et dont une partie des effets et ornements ont été « liquidés ».
Il ne faut pas oublier que dans les années qui ont suivi le concile vaticandeux, sous l’influence d’un clergé en folie qui voulait se débarrasser de tout ce qu’il qualifiait de « doloriste » (terme qui fut par exemple employé par un évêque pour intimer à des religieuses l’ordre de faire disparaître de leur chapelle une grande Piétà), ou de « vestiges d’une piété médiévale » empreinte de « superstition »

Il est important que je précise ici (à l’intention de quelques esprits malveillants qui feraient tout pour me dénoncer comme receleur d’objets volés), que ce gisant a été acquis de manière très légitime par un laïc collectionneur, horrifié par ces liquidations. Après l’avoir conservé pendant des années, il a résolu de s’en défaire ; et c’est ainsi que, par l’entremise de notre ami antiquaire, j’ai pu le racheter afin qu’il soit à nouveau entouré d’une religieuse vénération.

Gisant de NSJC 2

Depuis mon arrivée ici, j’ai le dessein de construire une véritable chapelle, dans laquelle sera exposée la grande statue de Notre-Dame de Compassion (explications > ici) et dans la crypte de laquelle se trouvera une représentation du Saint Sépulcre. Ce gisant y aura tout naturellement sa place.

En attendant, avec les amis qui m’ont aidé à le monter depuis l’auto jusqu’à l’oratoire, nous l’avons déposé de manière tout-à-fait provisoire, sur un lit funèbre réalisé à la hâte au milieu du chœur, en avant du sanctuaire. Comme l’oratoire n’est pas immense, cela n’est pas très pratique pour la circulation (en particulier s’il devait y avoir des célébrations de Messes), mais en cette période d’avant carême cette place est particulièrement idoine à nous faire entrer dans la grande période liturgique de contemplation et d’approfondissement de la douloureuse Passion.
Je dois néanmoins envisager de manière assez urgente une autre disposition. Tout comme il me faut aussi prévoir de faire venir un ébéniste pour réaliser une petite réparation, car les chevilles qui servent à l’assemblage du bras gauche avec l’épaule doivent être remplacées…

Gisant de NSJC 3

Ce gisant semble avoir été sculpté au XVIIIème siècle ou, au plus tard, au début du XIXème siècle, lorsque la restauration religieuse allait de pair avec la Restauration monarchique. Il est en bois plein, mesure environ 1,75 m, avec une polychromie discrète.
Le sculpteur était probablement un imagier local, qui, s’il n’était pas un artiste de renom, a su néanmoins avec piété donner une belle expression au visage de Notre-Seigneur.

L’antiquaire m’a proposé de l’emporter alors que je n’ai pu lui donner qu’une faible part du prix qu’il m’en a demandé.
Un prix, certes, relativement élevé pour les finances du Refuge Notre-Dame de Compassion, mais, compte-tenu de ce que je peux voir sur le marché de l’art religieux, tout-à-fait raisonnable pour une pièce de cette importance et de cette qualité… L’antiquaire sait qu’il peut me faire confiance, et moi je sais que je peux faire confiance en la divine Providence ! 

En fait, il suffit que 120 personnes donnent chacune 10 € et l’antiquaire sera promptement payé
Et si je récolte davantage, cela servira à régler le travail de réparation de l’ébéniste ainsi que les aménagements de l’oratoire. 
Je m’engage à calligraphier la liste des donateurs et à la déposer à l’intérieur du coussin sur lequel Notre-Seigneur repose Sa Tête.

Gisant de NSJC 4

Je remercie par avance tous ceux qui voudront prendre part au règlement de ce très beau gisant et les assure dès à présent de ma prière pleine de gratitude à leurs intentions.

In Corde Iesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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Sacré-Coeur gif

2021-11. Saint Cyrille d’Alexandrie, témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné.

9 février,
fête de Saint Cyrille d’Alexandrie, docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Sainte Apolline, martyre ;
Mémoire de la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, vierge de l’Ordre de Saint-Augustin.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse

Au concile d’Ephèse (431), Saint Cyrille d’Alexandrie défend la foi de Nicée
(mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

Saint Cyrille d’Alexandrie, Docteur de l’Eglise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 3 octobre 2007

Chers frères et sœurs,

Poursuivant notre itinéraire sur les traces des Pères de l’Eglise, nous rencontrons une grande figure : saint Cyrille d’Alexandrie.

Lié à la controverse christologique qui conduisit au Concile d’Ephèse de 431, et dernier représentant important de la tradition alexandrine, dans l’Orient grec, Cyrille fut plus tard défini le « gardien de l’exactitude » – qu’il faut comprendre comme gardien de la vraie foi – et même « sceau des Pères ». Ces antiques expressions expriment un fait qui est caractéristique de Cyrille, c’est-à-dire la référence constante de l’évêque d’Alexandrie aux auteurs ecclésiastiques précédents (parmi ceux-ci, Athanase en particulier), dans le but de montrer la continuité de sa théologie avec la tradition. Il s’insère volontairement, explicitement dans la tradition de l’Eglise, dans laquelle il reconnaît la garantie de la continuité avec les Apôtres et avec le Christ lui-même. Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu’en Occident, saint Cyrille fut proclamé Docteur de l’Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, qui, dans le même temps, attribua ce titre également à un autre représentant important de la patristique grecque, saint Cyrille de Jérusalem. Ainsi, se révélaient l’attention et l’amour pour les traditions chrétiennes orientales de ce Pape, qui voulut ensuite proclamer saint Jean Damascène Docteur de l’Eglise, montrant ainsi que tant la tradition orientale qu’occidentale exprime la doctrine de l’unique Eglise du Christ.

On sait très peu de choses sur la vie de Cyrille avant son élection sur l’important siège d’Alexandrie. Neveu de Théophile, qui en tant qu’évêque, dirigea d’une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385, Cyrille naquit probablement dans la même métropole égyptienne entre 370 et 380. Il fut très tôt dirigé vers la vie ecclésiastique et reçut une bonne éducation, tant culturelle que théologique. En 403, il se trouvait à Constantinople à la suite de son puissant oncle et il participa dans cette même ville au Synode appelé « du Chêne », qui déposa l’évêque de la ville, Jean (appelé plus tard Chrysostome), marquant ainsi le triomphe du siège alexandrin sur celui, traditionnellement rival, de Constantinople, où résidait l’empereur. A la mort de son oncle Théophile, Cyrille encore jeune fut élu évêque de l’influente Eglise d’Alexandrie en 412, qu’il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans, visant toujours à en affirmer le primat dans tout l’Orient, également fort des liens traditionnels avec Rome.

Deux ou trois ans plus tard, en 417 ou 418, l’évêque d’Alexandrie se montra réaliste en recomposant la rupture de la communion avec Constantinople, qui durait désormais depuis 406, suite à la déposition de Jean Chrysostome. Mais l’ancienne opposition avec le siège de Constantinople se ralluma une dizaine d’années plus tard, lorsqu’en 428, Nestor y fut élu, un moine sévère et faisant autorité, de formation antiochienne. En effet, le nouvel évêque de Constantinople suscita très vite des oppositions, car dans sa prédication, il préférait pour Marie le titre de « Mère du Christ » (Christotòkos), à celui – déjà très cher à la dévotion populaire – de « Mère de Dieu » (Theotòkos). Le motif de ce choix de l’évêque Nestor était son adhésion à la christologie de type antiochien qui, pour préserver l’importance de l’humanité du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinité. Et ainsi, l’union entre Dieu et l’homme dans le Christ n’était plus véritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de « Mère de Dieu ».

La réaction de Cyrille – alors le plus grand représentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondément souligner l’unité de la personne du Christ – fut presque immédiate, et se manifesta par tous les moyens déjà à partir de 429, s’adressant également dans quelques lettres à Nestor lui-même. Dans la deuxième (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en février 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de préserver la foi du Peuple de Dieu. Tel était son critère, par ailleurs encore valable aujourd’hui : la foi du Peuple de Dieu  est  l’expression de la tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il écrit ainsi à Nestor :  « Il faut exposer au peuple l’enseignement et l’interprétation de la foi de la manière la plus irrépréhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu’un seul des petits qui croient dans le Christ subira un châtiment intolérable ».

Dans cette même lettre à Nestor – une lettre qui plus tard, en 451, devait être approuvée par le concile de Chalcédoine, le quatrième concile œcuménique – Cyrille décrit avec clarté sa foi christologique : « Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une véritable unité sont différentes, mais de toutes les deux n’a résulté qu’un seul Christ et Fils ; non parce qu’en raison de l’unité ait été éliminée la différence des natures, mais plutôt parce que divinité et humanité, réunies en une union indicible et inénarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils ». Et cela est important : réellement, la véritable humanité et la véritable divinité s’unissent en une seule Personne, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi, poursuit l’évêque d’Alexandrie, « nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens où nous adorons l’homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l’idée de la séparation lorsque nous disons « avec », mais dans le sens où nous adorons un seul et le même, car son corps n’est pas étranger au Logos, avec lequel il s’assied également aux côtés de son Père, non comme si deux fils s’asseyaient à côté de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair ».

Très vite, l’évêque d’Alexandrie, grâce à de sages alliances, obtint que Nestor soit condamné à plusieurs reprises : par le siège romain, puis par une série de douze anathèmes qu’il composa lui-même et, enfin, par le Concile qui se tint à Ephèse en 431, le troisième concile œcuménique. L’assemblée, qui connut des épisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dévotion à Marie  et  avec  l’exil  de l’évêque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnaître à la Vierge le titre de « Mère de Dieu », à cause d’une christologie erronée, qui suscitait des divisions dans le Christ lui-même. Après avoir ainsi prévalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, dès 433, à une formule théologique de compromis et de réconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif : d’une part, il y a la clarté de la doctrine de la foi, mais de l’autre, également la recherche intense de l’unité et de la réconciliation. Au cours des années suivantes, il se consacra de toutes les façons possibles à défendre et à éclaircir sa position théologique jusqu’à sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444.

Les écrits de Cyrille – vraiment très nombreux et largement publiés également dans diverses traductions latines et orientales déjà de son vivant, témoignant de leur succès immédiat – sont d’une importance primordiale pour l’histoire du christianisme. Ses commentaires de nombreux livres vétéro-testamentaires et du Nouveau Testament, parmi lesquels tout le Pentateuque, Isaïe, les Psaumes et les Evangiles de Jean et de Luc, sont importants. Ses nombreuses œuvres doctrinales sont également notables ; dans celles-ci revient la défense de la foi trinitaire contre les thèses ariennes et contre celles de Nestor. La base de l’enseignement de Cyrille est la tradition ecclésiastique, et en particulier, comme je l’ai mentionné, les écrits d’Athanase, son grand  prédécesseur sur le siège alexandrin. Parmi les autres écrits de Cyrille, il faut enfin rappeler les livres « Contre Julien », dernière grande réponse aux polémiques antichrétiennes, dictée par l’évêque d’Alexandrie probablement au cours des dernières années de sa vie, pour répondre à l’œuvre « Contre les Galiléens », écrite de nombreuses années auparavant, en 363, par l’empereur qui fut qualifié d’Apostat pour avoir abandonné le christianisme dans lequel il avait été éduqué.

La foi chrétienne est tout d’abord une rencontre avec Jésus, « une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon » (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d’Alexandrie a été un témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, soulignant en particulier son unité, comme il le répète en 433 dans la première lettre (PG 77, 228-237) à l’évêque Succenso :  « Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jésus Christ, que ce soit avant l’incarnation ou après l’incarnation. En effet, le Logos né de Dieu le Père n’était pas un fils, et celui né de la Sainte Vierge un autre fils ; mais nous croyons que précisément Celui qui existe depuis toute éternité est né également selon la chair d’une femme ». Cette affirmation, au-delà de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jésus Logos né du Père est également bien enracinée dans l’histoire, car, comme l’affirme saint Cyrille, ce même Jésus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotòkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous.
Et cela est important : Dieu est éternel, il est né d’une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous  vivons  dans  cette  certitude, en elle  nous  trouvons  le  chemin de notre vie.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse détail - Saint Cyrille d'Alexandrie

Saint Cyrille d’Alexandrie défendant pour la Vierge Marie le titre de « Mère de Dieu »
comme expression de la véritable foi de Nicée
(détail de la mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

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