Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2026-137. De Sainte Marguerite d’Antioche, vierge et mégalomartyre, membre du « conseil » de Sainte Jeanne d’Arc.

20 juillet,
Fête de Saint Elie, prophète (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Sainte Marguerite d’Antioche, vierge et martyre ;
Mémoire de Saint Jérôme Emilien, confesseur.

Situation d'Antioche de Pisidie

       Sainte Marguerite (Marina, en grec) est née à Antioche de Pisidie, qui était alors l’une des villes les plus prospères d’Asie Mineure (aujourd’hui, le village turc de Yalvac, dans le district d’Iconium). Saint Paul y avait fait halte, avec Saint Barnabé, lors de son premier voyage apostolique, il y avait fait des conversions.
Sa naissance a eu lieu au cours du dernier quart du troisième siècle : on ne peut pas vraiment donner une date certaine : certains auteurs ont avancé la date de 275 et d’autres celle de 290 ; pour nous, nous dirons que ce sont les dates extrêmes entre lesquelles on peut placer cette naissance.

   Son père, Ædésius, était un prêtre païen, et sa mère, dont on ne sait pratiquement rien mourut peu de temps après sa naissance. Son père la confia à une nourrice vivant dans la campagne environnante.
Cette dernière, secrètement chrétienne, éleva Marguerite dans la foi et, lorsqu’elle la jugea prête, la présenta au baptême. Cela se fit, bien sûr, à l
‘insu de son père.

   Arriva l’année 297, et avec elle les prémices de la persécution de Dioclétien. La jeune Marguerite entendait les récits rapportant la résistance héroïque de ses frères dans la foi, qui refusaient de sacrifier aux idoles et d’apostasier ; elle puisait dans le Saint Evangile l’amour et la force qui allaient alimenter son courage, et, dans ses prières, elle demandait à Notre-Seigneur Jésus-Christ – auquel elle avait voué sa virginité – d’être digne de Lui être trouvée fidèle quoi qu’il dût lui en coûter.

Sainte Marguerite d'Antioche - anonyme italien début XIXe

Sainte Marguerite d’Antioche, anonyme italien du début du XIXème siècle.

   Son père, qui ignorait donc tout cela, décida de ramener à Antioche sa fille, alors âgée d’une quinzaine d’années. Marguerite se sentit immédiatement mal à l’aise, tant à cause de la séparation d’avec sa nourrice que du train de vie luxueux qui était celui de la maison paternelle, mais plus encore en raison des idoles qui y étaient vénérées.
Ædésius, estimant que Marguerite n’avait pas reçu l’éducation religieuse liée au statut social de sa famille, la confia à un précepteur – païen évidemment -, qui ne fit qu’augmenter l’horreur de Marguerite pour le paganisme : la jeune fille finit par s’en ouvrir à son père en lui révélant sa foi chrétienne.
Indigné et furieux, il la chassa, et Marguerite retourna chez sa nourrice. 

   A la campagne, Marguerite se rendit utile en gardant le troupeau et en répondant aux besoins qui se présentaient ; elle consacrait beaucoup de temps à la prière, notamment à l’intention de son père, dont elle souhaitait la conversion, et à celle de ses frères chrétiens, de plus en plus persécutés.

   Un jour qu’elle menait les moutons au pâturage, elle fut remarquée par Olybrius, le nouveau gouverneur de la province : dès qu’il la vit, il fut frappé par sa beauté, et il ordonna qu’on la lui amenât.
Après une longue conversation, le gouverneur ne parvint pas à convaincre Marguerite de l’épouser. Avec fermeté, elle se déclara chrétienne et resta inébranlable dans sa profession de foi. Au terme d’un long interrogatoire, le gouverneur, exaspéré par les réponses de Marguerite, la fit flageller et emprisonner.

Sainte Marguerite d'Antioche - anonyme italien du XVIIe

Sainte Marguerite et le dragon (anonyme italien du XVIIème siècle).

   Selon la tradition, en prison, le diable apparut à Marguerite sous la forme d’un terrible dragon qui l’avala ; mais, armée d’une croix, elle déchira le ventre du monstre et le vainquit. De cet épisode extraordinaire est née la dévotion populaire selon laquelle Sainte Marguerite posséderait le pouvoir d’obtenir une délivrance facile aux parturiantes qui l’invoqueraient avant le début du travail.

   Se succédèrent alors des journées d’interrogatoires et de supplices, pendant lesquelles Marguerite resta inflexible, proclamant sa foi et affirmant sans crainte son engagement dans la virginité consacrée, persistant malgré la cruauté des tortures auxquelles elle fut soumise : flagellations sanglantes, lacération avec des ongles de fer, écartèlement, application de torches ardentes, plongée dans une chaudière d’eau bouillante.
A plusieurs reprises, pendant ses incarcérations nocturnes, elle fut guérie de ses blessures et consolée et fortifiée par des apparitions célestes.

   Plusieurs de ceux qui assistèrent à ces journées d’interrogatoires et de supplices furent gagnés au Christ par l’intrépidité et l’héroïsme de la jeune vierge et demandèrent le baptême par la suite ; et certains d’entre eux furent eux aussi mis à mort en haine de l’unique Sauveur. 

   Finalement, voyant qu’il ne parviendrait pas à la faire apostasier, Olybrius ordonna que l’on décapitât Marguerite. C’était un 20 juillet, en 304 ou 305.
Son corps fut recueilli et mis en lieu sûr par les fidèles, qui, après que la paix a été donnée à l’Eglise, édifièrent un sanctuaire sur sa sépulture, qui devint l’objet d’une grande vénération.

Sainte Marguerite - alzbourg vers 1470

Sainte Marguerite – Salzburg, vers 1470.

   Le culte de Sainte Marguerite se répandit en Occident à partir de la fin du Xème siècle et y devint extrêmement populaire : la translation de plusieurs parcelles de ses ossements en Europe favorisa son extension.
De nombreuses églises et chapelles lui furent dédiées en Angleterre, dans les Etats du Saint Empire romain, en France, en Italie et dans la péninsule ibérique. Celle à laquelle les Chrétiens d’Orient décernent le titre de « grande martyre – mégalomartyre », fut placée au nombre des « Quatorze Saints Auxiliaires (ou Auxiliateurs) », et son prénom fut donné au baptême à d’innombrables jeunes filles.

   En France, on se souvient très particulièrement du fait qu’elle a été choisie par la divine Providence pour instruire et former une jeune pucelle des Marches de Lorraine qui, comme elle l’avait fait elle-même, gardait son troupeau en priant : avec l’archistratège Saint Michel et Sainte Catherine d’Alexandrie, Sainte Marguerite d’Antioche est la troisième « voix » du « conseil » de Sainte Jeanne d’Arc.
Aussi, ne devons-nous pas omettre de la prier, elle aussi, pour la conversion et le salut de la France.

   Nous le ferons avec d’autant plus de ferveur et de détermination que les impies et rationalistes qui ont œuvré à la prétendue réforme liturgique consécutive au concile vaticandeux l’ont placée dans la catégorie des « Saints qui présentent de graves difficultés historiques - Sancti qui graves historicas difficultates praebent » (Calendarium Romanum ex decreto sacrosancti œcumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli P.P. promulgatum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1969, p. 68.), et ont banni son culte, ce qui – n’omettons pas de le relever au passage – est en pleine et réelle contradiction avec les volontés œcuméniques officiellement affichées à la suite du dit concile, puisque le culte de Sainte Marguerite d’Antioche demeure extrèmement fort et populaire et absolument incontesté dans les Eglises du Proche et Moyen Orient et de Russie.
Mais toute personne capable de réflexion et d’intelligence sait bien que, dans « l’Eglise conciliaire », l’œcuménisme n’est qu’un prétexte pour flirter avec les hérésies issues de la pseudo réforme, et non la recherche d’un plus grand enracinement dans la Tradition spirituelle et liturgique des Pères !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur. 

Le conseil de Sainte Jeanne d'Arc

Sainte Marguerite d’Antioche, Sainte Catherine d’Alexandrie et l’archange Saint Michel :
le conseil de Sainte Jeanne d’Arc.

2026-136. Récapitulatif de toutes les publications de ce blogue au sujet de Saint Vincent de Paul.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul ;
Anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Sainte Catherine Labouré (19 juillet 1830 – cf. > ici).

Châsse de Saint Vincent de Paul

A – En rapport avec la biographie de Saint Vincent de Paul :

- Ouvrages biographiques de Madame Marie-Joëlle Guillaume > ici.
- Monsieur Vincent à la cour d’Henri IV et le mûrissement de sa vocation > ici.
- Monsieur Vincent assistant S.M. le Roi Louis XIII à son lit de mort > ici.
- Histoire des reliques de Saint Vincent de Paul > ici.
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B – Prières à Saint Vincent de Paul :

- Litanies de Saint Vincent de Paul > ici.
- Trois prières en l’honneur de Saint Vincent de Paul > ici.
- Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale et pour la France > ici.
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C – Saint Vincent de Paul et la France :

- Le cœur de Saint Vincent de Paul et la France > ici.
- Saint Vincent de Paul, saint éminemment politique > ici.
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Saint Vincent de Paul - basilique Saint-Pierre Vatican

2026-135. “Monsieur Vincent” à la Cour d’Henri IV et l’affinement de sa pleine vocation.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul (cf. > ici ) ;
Anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Sainte Catherine Labouré (19 juillet 1830 – cf. > ici ).

Henri IV et Saint Vincent de Paul - blogue

   Dans l’ouvrage de Michel de Saint-Pierre, intitulé « Monsieur Vincent » (Casterman – 1960) :

       « De Rome, Vincent partit pour Paris  – et il y alla avec une mission. Le pape Paul V, en effet, lui avait confié, à lui, jeune prêtre encore inconnu, un message oral et secret pour le roi de France Henri IV lui-même. Nous ne savons pas exactement quelle était cette mission. Certains historiens croient qu’il s’agissait de préparer la Cour de France à un mariage espagnol, dans le but de rapprocher les nations catholiques. Quoi qu’il en fût, Vincent de Paul et Henri IV se plurent : le roi apprécia l’équilibre et la vigueur de ce prêtre, fils de paysan — et Vincent était tout disposé à aimer, dans Henri, le Béarnais ami du peuple qui voulait que les petites gens de son royaume eussent, le dimanche, la poule au pot.

   Peu après cette ambassade  – sur laquelle Vincent devait garder le secret –  le jeune prêtre fut nommé aumônier de la Reine Margot…
Cette souveraine avait connu un curieux destin. C’était la fille d’Henri II et de Catherine de Médicis. Et sa mère l’avait mariée contre son gré à Henri de Navarre, devenu depuis lors, nous l’avons vu, Henri IV.
Or, le roi de France avait obtenu l’annulation de son mariage  – en sorte que Margot était devenue « reine sans couronne ». 

   Installée à Paris, sur la rive gauche de la Seine, en face du Louvre, en un palais vaste et somptueux qu’elle s’était fait construire, elle mena désormais l’existence d’une souveraine amie des Lettres et des Arts.
Fort pieuse malgré ses désordres, la Reine Margot entendait trois messes chaque matin et dépensait une bonne part de son immense fortune à des œuvres de charité. Comme Vincent, mais à sa manière, elle avait l’amour des pauvres ; payant de sa personne, elle visitait et servait elle-même les malades dans les hôpitaux. Mais, en même temps, elle tenait sa cour, où tous les plus illustres gentilshommes et les plus célèbres artistes défilaient du matin au soir. Si bien que Vincent de Paul  – qu’on appelait déjà « Monsieur Vincent »  – tout en admirant le dévouement et la bonté de Margot, appréciait moins l’atmosphère et la vie fastueuse de son palais…

   M. Vincent est maintenant dans sa trentième année. Nous le savons à la fois séduisant et laid. Si laid qu’un jour, se voyant au miroir, il s’écrie en parlant de lui-même : — Quel maroufle !
Mais séduisant, il l’est aussi parce qu’il paraît dès l’abord extrêmement intelligent et profondément bon.
Et voici le portrait que fait de lui, d’après les gravures de l’époque, l’un de ses historiens, Antoine Rédier : « A considérer ses portraits, il est impossible de supposer qu’un tel visage ait jamais été, même dans les années d’enfance, agréable à voir. Mais la bouche était vaste, gourmande et sympathique. Sur un extraordinaire menton, un menton solide comme une pièce de forge, menton de villageois dur au travail, menton implacable de dictateur, ses lèvres souriaient avec humanité. C’est par elles et par l’esprit de ses yeux qu’il a dû faire, tout-petit, les précieuses conquêtes que nous savons… »

   Il ne faudrait pas croire que, malgré sa vie édifiante et son dévouement, M. Vincent fût déjà un saint. Il lui arrivait de rêver, comme beaucoup d’entre nous, d’une existence qui eût été à la fois paisible et dévote, sans heurts et sans peine. Il écrivit même à sa mère, pour lui exprimer son désir de prendre retraite auprès d’elle.
Mais Dieu en disposa bien autrement ! »

Saint Vincent de Paul vers 1660 - anonyme - Musée Carnavalet

Anonyme : Portrait de Saint Vincent de Paul
réalisé vers la fin de sa vie ou juste après sa mort (+ 27 septembre 1660)
[Musée Carnavalet, Paris].

   « Nous sommes maintenant en 1611, et Henri IV vient d’être assassiné.
La restauration politique est bien entreprise. Mais les querelles entre catholiques et protestants sont loin d’être apaisées  –  et les esprits les plus clairvoyants de ce temps-là pensent évidemment à la restauration religieuse.
Or, M. Vincent compte déjà, à trente ans, parmi les meilleurs esprits de son temps. Et, bien vite, il rencontre, à l’occasion d’une retraite, un esprit éminent, M. de Bérulle  – qui va fonder l’Oratoire et qui sera cardinal. Très certainement, Bérulle est à l’origine de la véritable vocation de Vincent de Paul, et de leur entretien date peut-être la première étape du long voyage de M. Vincent sur le chemin de la perfection. Vers cette époque, Vincent –  qui lit assidûment l’Imitation de Jésus-Christ et l’Introduction à la Vie dévote de Saint François de Sales, évêque de Genève  – fait le vœu de se donner entièrement et pour toujours au service des pauvres…

   Un jour, la cure de Clichy se trouvant libre, Bérulle pousse son ami à l’accepter : et voilà Vincent de Paul, en 1612, curé de Clichy, où il va exercer son ministère pendant un an.
Clichy n’était pas alors, comme aujourd’hui, le quartier agité d’une grande ville. Ce n’était qu’un village, avec des champs, de l’air pur, des paysans — – et ce bourg s’étendait jusqu’aux confins de notre quartier de la Madeleine. Les emplacements actuels de la gare Saint-Lazare et de l’église Saint-Augustin étaient également couverts de cultures, et ils appartenaient à la paroisse du nouveau curé. Vincent fut, durant cette brève année, content de ses paroissiens  –  et lui-même devait dire plus tard : « J’ai été curé des champs (pauvre curé !). J’avais un si bon peuple et si obéissant à faire ce que je lui demandais que, lorsque je leur dis qu’il fallait venir à confesse les premiers dimanches du mois, ils n’y manquaient pas. Ils y venaient et se confessaient, et je voyais de jour en jour le profit que faisaient ces âmes. Cela me donnait tant de consolation, et j’en étais si content, que je me disais à moi-même : « Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple ! »
Et, un jour, Mgr le cardinal de Retz me dit : « Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ? »
Je lui dis : « Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.

— Pourquoi ?
— C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous, Monseigneur, n’êtes si heureux que moi… »

   Mais une chose préoccupait M. Vincent : il ne savait pas chanter. Il s’en désolait, et c’est encore lui qui devait le raconter, tout navré, en évoquant cette époque de sa vie : « Je dirai, à ma confusion, que, quand je me voyais à ma cure, je ne savais comme il m’y fallait prendre ; j’entendais avec admiration ces paysans qui entonnaient les psaumes, ne manquant pas d’une seule note. Pour lors je me disais : « Toi qui es leur père spirituel, tu ignores cela » ; et je m’affligeais.
Mais si M. Vincent chantait faux, il savait bâtir — et il trouva le moyen de construire à Clichy une belle église neuve… »

Saint Vincent de Paul curé de Clichy - blogue

   « Un jour de 1613, M. de Bérulle fit connaître à Vincent de Paul qu’il avait trouvé pour lui « une bonne place à Paris ». Il voulait l’introduire comme précepteur dans la famille de M. de Gondi, général des galères et commandant en chef des flottes royales.
Les Gondi, d’origine florentine, étaient venus en France avec les Médicis : c’étaient de grands seigneurs, intelligents, braves, altiers.

   L’homme dont allait dépendre M. Vincent s’appelait Philippe-Emmanuel de Gondi, rude capitaine, homme pieux mais intransigeant, ambitieux et batailleur. Vincent, qui entrait dans sa maison pour enseigner l’un de ses fils, s’employa maintes fois à calmer la bouillante agressivité de ce gentilhomme. On sait que le duel était alors presque une institution (bien que condamné par l’Eglise) et que les seigneurs, dans leur humeur belliqueuse, avaient du mal à comprendre que tuer leur prochain en combat singulier, pour régler un point d’honneur, n’était pas compatible avec la religion de Jésus-Christ. Un jour donc, M. Vincent eut la surprise et la douleur de voir son maître Emmanuel de Gondi venir assister à la messe, sans cacher qu’après l’office il allait se battre en duel. Tout se passait comme si Gondi eût voulu demander à Dieu de l’aider à faire un péché mortel. Et Vincent devait raconter lui-même qu’après la messe, il alla se jeter aux pieds du grand seigneur, qui était encore à genoux en oraison, et qu’il lui dit là, en pleine chapelle : « Monseigneur, permettez qu’en toute humilité je vous dise un mot : je sais que vous avez dessein de vous battre en duel ; je vous dis, de la part de mon Dieu, que je viens de vous montrer et que vous venez d’adorer, que, si vous ne quittez pas ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute votre postérité ».
Le général des galères céda. Le duel n’eut pas lieu, mais Gondi était furieux, craignant qu’on ne prît pour faiblesse son acte d’obéissance et de piété…

   M. Vincent parlait souvent à Mme de Gondi : très vite, elle devint sa pénitente.
C’était une femme fort pieuse et fort bavarde, intelligente, généreuse, mais remplie de scrupules et d’inquiétudes  – comme étaient parfois les dévotes à cette époque. Si bien que le pauvre M. Vincent avait fort à faire pour diriger la conscience de cette dame agitée.
Il fit de son mieux, pourtant — et sous sa direction, Mme de Gondi toucha du doigt la misère religieuse et la misère tout court des paroisses de ses terres. Dans l’un des hameaux de l’immense domaine des Gondi, à Folleville, en janvier 1617, Vincent parla un jour de la présence de Dieu et de l’amour des hommes — appelant ceux qui l’écoutaient à la confession générale. L’effet de ce sermon fut foudroyant : et les confessions générales devinrent si nombreuses qu’il fallut faire venir d’autres prêtres, et même des Pères Jésuites d’Amiens, pour aider Vincent de Paul à absoudre tout le monde. Oui, M. Vincent avait touché la profonde plaie de son temps : le malheureux peuple de campagne se perdait, corps et âme, et il était urgent d’aller à son secours.
Et nous verrons plus loin que ce jour-là, le jour de la prédication de Folleville, fut sans doute à l’origine de la fameuse œuvre des Missions

   Toutes nos publications concernant Saint Vincent de Paul (éléments biographiques, culte, prières, rapport particulier avec la France et la famille royale… etc.) sont à retrouver > ici

St Vincent de Paul prêchant - Noël Hallé - cathédrale de Versailles - détail

Noël Hallé (1711-1781) : Saint Vincent de Paul prêchant
dans la chaire de l’église Saint-Etienne du Mont (détail – 1761)
[Chapelle Saint-Vincent de Paul de la cathédrale Saint-Louis, Versailles].

2026-134. A qui appartiennent les insultes ?

Soir de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, 16 juillet.

       Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
je ne vous apprendrai rien en vous disant que mon papa-moine aime beaucoup les contes, souvent porteurs de très grandes leçons de sagesse : au Mesnil-Marie, il y a une étagère de bibliothèque remplie de livres de contes : contes locaux, contes anciens, contes populaires, contes philosophiques… etc. C’est parmi ces derniers que j’ai trouvé un très beau conte japonais qui m’a beaucoup plu, beaucoup fait réfléchir, et que, de ce fait, je souhaite aussi porter à votre connaissance, et à votre réflexion…

pattes de chatTolbiac.

Tolbiac étudie les contes

       Un vieux samouraï avait décidé de consacrer les dernières années de sa vie à enseigner son art à des jeunes gens qu’il avait triés sur le volet. Il était réputé pour sa grande sagesse, mais surtout on murmurait qu’il était invaincu et que, malgré son âge, il était toujours capable de battre n’importe quel adversaire.

   Un jour, se présenta devant lui un jeune guerrier arrogant et ambitieux dont on disait qu’il n’y avait personne qui maniât comme lui les techniques de la provocation.
Ce jeune guerrier n’avait jamais perdu un combat ; et comme il connaissait la réputation du vieux samouraï, il était venu avec l’ambition de le vaincre afin d’accroître sa propre gloire.
Le vieux maître accepta le défi.

   Au jour dit, ils furent nombreux à se rassembler sur la place du village, car d’une part tous les élèves vinrent encourager leur maître, et d’autre part l’annonce de ce duel singulier avait attiré nombre de curieux.
Le jeune guerrier commença à insulter le vieux samouraï, il débita de nombreuses calomnies pour ternir sa réputation, il se répandit en mensonges révoltants sur son compte pour qu’on le méprisât ou se moquât de lui ; puis il lui lança des pierres et il lui cracha même au visage. Pendant des heures, il fit tout ce que lui proposaient son imagination et son immense ambition afin de provoquer le vieux maître, qui resta impassible.
A la tombée de la nuit, épuisé, mais surtout humilié, le jeune guerrier prétentieux se retira.

   Toutefois, tout-à-la-fois dépités et amers d’avoir vu leur maître accablé d’autant d’insultes et de provocations, ses élèves dans l’incompréhension l’interrogèrent :
– Comment avez-vous donc pu supporter une telle humiliation ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée pour vous défendre ?
– Si quelqu’un vous tend un cadeau et que vous ne l’acceptez pas, à qui appartient le cadeau ?, demanda le vieux samouraï.
– A celui qui voulait le donner ? suggéra l’un des disciples.
– C’est exact. Et cela vaut aussi pour la rage et les insultes, dit le maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur.

Le vieux samouraï et le jeune guerrier arrogant

Publié dans:Chronique de Lully, Textes spirituels |on 16 juillet, 2026 |Pas de commentaires »

2026-133. Méditation pour la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel.

16 juillet,
Fête de Notre-Dame du Mont-Carmel (cf. > ici , et > ici ) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Dom Augustin de Lestrange (+ 16 juillet 1827).

Remise du scapulaire à Saint Simon Stock -Ecole flamande XVIIe ou XVIIIe siècle

La Très Sainte Vierge Marie remettant le scapulaire à Saint Simon Stock
dans la nuit du 16 juillet 1251
[école flamande fin XVIIème ou début XVIIIème siècle].

Prière à Notre-Dame du Mont-Carmel > ici
Litanies de Notre-Dame du Mont-Carmel > ici

Présence de Dieu :

Ô Marie, Beauté du Carmel,
rendez-moi digne de votre protection,
revêtez-moi de votre habit,
soyez la Maîtresse de ma vie intérieure !

Méditation :

       1 – La Sainte Vierge est la Mère qui nous revêt de la grâce, qui prend sous sa protection notre vie surnaturelle, jusqu’à assurer son épanouissement en vie éternelle. Elle, la toute pure, pleine de grâce depuis le premier instant de sa conception, prend nos âmes souillées par le péché, et d’un geste maternel, les lave dans le Sang du Christ, les revêt de la grâce qu’elle nous a méritée, en même temps que Lui.

   Nous pouvons bien affirmer que le vêtement de la grâce a été tissé par les mains bénies de Marie qui, jour après jour, moment par moment, s’est donnée entièrement elle-même, en union avec son Fils, pour notre rédemption.
La tradition parle de la robe sans couture que la Sainte Vierge a tissée pour Jésus ; mais pour nous, elle a réellement fait beaucoup plus : elle a coopéré à nous procurer le vêtement de notre salut éternel, la robe de noces, grâce à laquelle nous serons introduits dans la salle du banquet céleste.
Comme elle voudrait que cette robe fût impérissable !
Dès le moment où nous l’avons reçue, Marie n’a jamais cessé de nous suivre de son regard maternel pour protéger en nous la vie de la grâce.
Chaque fois que nous nous convertissons à Dieu ou nous relevons d’une chute – grande ou petite -, chaque fois que nous réalisons un progrès dans la grâce, cela s’effectue par la médiation de Marie.

   Le scapulaire, le “petit habit” que la Vierge du Carmel nous offre, est le symbole extérieur de son incessante sollicitude maternelle ; symbole, mais également signe, gage du salut éternel.
« Mon fils bien-aimé, disait Marie à Saint Simon Stock, prends ce scapulaire… Tous ceux qui en seront revêtus au moment de la mort n’iront pas au feu éternel ».
La Sainte Vierge donne l’assurance de la grâce suprême de la persévérance finale à tous ceux qui portent dignement son “petit habit”.   

   « Celui qui porte le sacapulaire, a dit Pie XII, fait profession d’appartenir à Notre-Dame » ; précisément en raison de cette appartenance, Marie prend un soin tout spécial de nos âmes. Ce qui lui appartient ne peut se perdre ou être touché par le feu éternel. Sa puissante intercession maternelle lui donne  le droit de répéter pour ses enfants les paroles de Jésus : « Père Saint… j’ai gardé ceux que Vous m’avez donnés, et aucun d’eux ne s’et perdu » (Johan. XVII, 12).

scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel

       2 – La dévotion à Notre-Dame du Mont-Carmel est aussi un puissant rappel à la vie intérieure qui est, d’une manière toute spéciale, la vie de Marie.
La Sainte Vierge veut que nous lui ressemblions, beaucoup plus par le cœur et l’esprit que par le vêtement extérieur. Si nous pénétrons dans l’âme de Marie, nous voyons que la grâce a produit en elle une immense richesse de vie intérieure : vie de recueillement, de prière, de donation incessante à Dieu, de contact continuel, d’union intime avec Lui.
L’âme de Marie est un sanctuaire réservé à Dieu seul, où aucune créature n’a jamais laissé d’empreinte, où règnent l’amour et le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.

   Ceux qui veulent vivre pleinement la dévotion à Notre-Dame du Mont Carmel doivent suivre Marie dans les profondeurs de sa vie intérieure.
Le Carmel est le symbole de la vie contemplative, vie toute consacrée à la recherche de Dieu, toute tendue vers l’intimité divine ; et Marie, “Regina decor Carmeli”, est celle qui réalise le mieux cet idéal très élevé.

   « Dans le désert règnera le droit, et la justice résidera au Carmel. La justice produira pour toujours la paix, le silence et la sécurité. Mon peuple habitera un séjour paisible, dans les tentes de la sécurité » : ces versets, tirés d’Isaïe (cf. XXXII, 16-18) et rapportés dans l’Office propre de Notre-Dame du Mont-Carmel, marquent très bien l’esprit contemplatif et sont, en même temps, une belle image de l’âme de Marie, véritable “jardin” (Carmel en hébreu signifie jardin) de vertus, oasis de silence, de paix, où règnent la justice et l’équité ; oasis de sécurité, toute enveloppée de l’ombre de Dieu, pleine de Dieu.

   Toute âme de vie intérieure, bien qu’elle vive dans le tumulte du monde, doit s’efforcer d’arriver à cette paix, à ce silence intérieur, qui rendent possible le contact continuel avec Dieu.
Les passions et les attachements s’agitent avec fracas au-dedans de nous, troublent la paix de notre esprit, interrompent notre commerce intime avec le Seigneur. Seule l’âme complètement détachée et qui maîtrise entièrement ses passions, pourra, comme Marie, être un “jardin” solitaire, silencieux, où le Seigneur trouvera Ses délices.
Telle est la grâce que nous demanderons aujourd’hui à la Sainte Vierge, en la choisissant comme Patronne et Reine de notre vie intérieure. 

image de dévotion Notre-Dame du Mont-Carmel

Colloque :

       « O Marie, fleur du Carmel, vigne fleurie, splendeur du ciel, vierge et mère unique, mère suave et inviolée, accordez vos faveurs à vos enfants, ô étoile de la mer ! » (Saint Simon Stock).

   « O Vierge bienheureuse ! Est-il quelqu’un qui, après vous avoir invoqué dans ses nécessités, n’ait pas reçu votre secours ?
Nous, vos faibles serviteurs, nous nous réjouissons avec vous de toutes vos autres vertus, mais tout particulièrement de votre miséricorde.
Nous louons votre virginité, admirons votre humilité, mais pour le misérable, la miséricorde a une saveur beaucoup plus douce. Nous aimons la miséricorde avec une plus grande tendresse, nous nous en souvenons plus souvent, nous l’invoquons plus fréquemment.
En effet, c’est votre miséricorde qui a obtenu la rédemption du monde, n’avez-vous pas mérité, par vos prières, le salut de tous les hommes ?
Qui donc, ô Bénie, pourra mesurer votre miséricorde dans sa longueur, sa largeur, sa hauteur et sa profondeur ? N’atteint-elle pas en étendue la fin des temps pour secourir tout ceux qui vous invoquent et n’enveloppe-t-elle pas le monde entier, puisque toute la terre est pleine de votre bonté ?
Votre miséricorde a ouvert jusqu’aux portes de la Cité céleste et a obtenu la rédemption de ceux qui habitent dans les ténèbres et l’ombre de la mort.
Par vous, ô Marie, le ciel se remplit, l’enfer se vide, les égarés sont remis dans la bonne voie. Ainsi votre charité très puissante et très bonne se répand sur nous comme un amour à la fois compatissant et secourable » (Saint Bernard).

Père Gabriel de Sainte-Marie-Magdeleine ocd,
in « Intimité divine », tome 2, pp. 228-231.

Blason du Carmel

2026-132. Rappel : les principes théologiques et philosophiques de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la confession de foi catholique.

chaîne maçonnique

       A l’occasion du 14 juillet, n’est-il pas particulièrement indiqué de porter à la connaissance de nos lecteurs auxquels cette information aurait échappé, un très intéressant avertissement de la Conférence épiscopale des « évêques nordiques » (c’est à dire du Danemark, de Finlande, d’Islande, de Norvège et de Suède) insistant énergiquement auprès des catholiques de leur juridiction pour rappeler qu’il leur est absolument interdit d’appartenir à la franc-maçonnerie, de collaborer en quelque manière avec elle, et même d’utiliser des biens lui appartenant, et ce quelles que soient les obédiences, branches, loges, fraternelles ou autres catégories.

   C’est le site anglophone « Life site » [cf. > ici] qui a fort judicieusement permis une assez large diffusion de cette nouvelle, qui, sans cela serait probablement restée inconnue du plus grand nombre.
Certes, il n’y a rien de nouveau en soi : Nos Seigneurs les évêques du Nord ne font que rappeler le discours constant de l’Eglise catholique romaine depuis le XVIIIème siècle ; mais ces rappels sont toujours utiles, voire nécessaires, et on aimerait que Nos Seigneurs les évêques de France fassent de même (alors qu’un condisciple de lycée de Frère Maximilien-Marie retrouvé récemment, dans le cours d’une discussion, lui a avoué qu’il était franc-maçon lors même qu’il est très engagé dans sa paroisse, et il a répondu à l’indignation de notre Frère en lui assurant qu’il en avait informé son archevêque et que celui-ci n’y voyait aucune contradiction !). 

   « Nous vous écrivons aujourd’hui en tant que pasteurs pour clarifier une question qui, depuis de nombreuses années, voire des décennies, a engendré incertitude, spéculation et divergences d’opinions dans nos pays : celle de savoir si les fidèles catholiques des pays nordiques peuvent être francs-maçons ou appartenir à une loge maçonnique », peut-on donc lire dans la lettre adressée par les évêques du Nord de l’Europe à tous leurs prêtres et fidèles, lettre publiée en la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, 29 juin 2026

   Ils rappellent donc de manière non équivoque, en conformité avec la note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi rendue publique le 13 novembre 2023 – Dicastère qu’en outre ces évêques ont consulté spécialement avant de procéder à ce rappel -, qu« il n’existe aucune exception, aucune norme ou règle particulière, et par conséquent aucune dispense au sein de l’Eglise qui distingue l’adhésion à la franc-maçonnerie dans les pays nordiques des dispositions du droit universel de l’Eglise » et que donc « par conséquent, les dispositions du droit universel et les normes et directives spécifiques édictées par le Siège Apostolique sur la question de la franc-maçonnerie s’appliquent pleinement et sans exception sur le territoire de la Conférence des évêques nordiques ».

   « Nous tenons à souligner que la fermeté de l’Eglise catholique sur la question de l’adhésion à la franc-maçonnerie ne constitue pas un jugement négatif sur la bonne volonté ou les bonnes œuvres des individus », précisent charitablement Leurs Excellences Nordiques, qui ajoutent toutefois sans tergiverser : « La position de l’Eglise découle de la conscience que les principes théologiques et philosophiques de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la confession de foi catholique ».

   En conséquence, pour vivre conformément à l’enseignement de l’Eglise,
- un catholique membre d’une loge maçonnique doit renoncer à cette appartenance et ne peut recevoir les sacrements tant qu’il en est membre ;
- un membre d’une loge maçonnique souhaitant entrer dans l’Église catholique, doit d’abord renoncer à son appartenance à la franc-maçonnerie avant de recevoir le baptême ou d’être reçu en pleine communion avec l’Eglise.

   « Aucune paroisse, aucun institut de vie consacrée ou société de vie apostolique, aucune organisation ou institution catholique dans nos églises locales ne doit conclure d’accords de collaboration avec des francs-maçons ou des loges maçonniques ni utiliser des biens appartenant à des loges maçonniques », est-il encore spécifié.

   « L’appel de notre Seigneur Jésus-Christ, “Venez, suivez-moi” (Matth. IV, 19), suppose d’être prêt à se détacher de tout ce qui fait obstacle à un engagement total en tant que disciple », ont expliqué les évêques nordiques : « Cela a toujours été, et restera toujours, un critère d’authenticité chrétienne. Entraidons-nous par la parole et par l’exemple à vivre selon ce critère, en nous confiant à la grâce de Dieu ».

Tolbiac.

Quelques autres publications de ce blogue relatives à la franc-maçonnerie :

- Les principes de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la doctrine de l’Eglise : les catholiques qui font partie de la maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion > ici.
- Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles : 1ère partie > ici et 2ème partie > ici.

- Où Lully reparle de ses précédentes publications relatives à la franc-maçonnerie et aborde la question de son infiltration dans l’Eglise > ici.
- Lucifer, « ange tutélaire » de la république maçonnique > ici.
- Prière pour demander à Dieu la conversion des Francs-Maçons > ici.

Maçonnerie vs Christianisme

2026-131. Le 13 juillet, nous fêtons Saint Eugène de Carthage, évêque et martyr, qui fut exilé à Albi par les Vandales.

13 juillet,
Fête de Saint Eugène de Carthage, évêque et martyr, et de ses compagnons ;
Mémoire de Saint Anaclet, pape et martyr ;
Anniversaire de la mort du Connétable Bertrand du Guesclin (+ 13 juillet 1380) ;
Anniversaire du martyre du Chanoine Clément de la Bastide de la Molette (+ 13 juillet 1792 – cf. > ici).

vignette croix et palmes des martyrs

   En l’an 429, les Vandales, qui avaient envahi une partie de la péninsule ibérique depuis déjà une vingtaine d’années, franchirent le détroit de Gibraltar et commencèrent l’invasion de l’Afrique du nord, sous la conduite du célèbre Genséric (vers 389 – 477).
Ils atteignirent Hippone dont ils commencèrent le siège en mai ou juin 430. C’est dans ces circonstances que notre Bienheureux Père Saint Augustin fut rappelé à Dieu (+ 28 août 430). Toutefois, les Vandales – inexpérimentés dans la guerre de position et le siège d’une ville bien défendue – finirent par abandonner au bout de quatorze mois. Toutefois, après leur départ, beaucoup d’habitants s’enfuirent et la ville déclina. Les Vandales s’en empérèrent l’année suivante.
Carthage succomba à son tout en 439 et les Vandales y établirent leur capitale : le Royaume de Carthage durera presque un siècle. Siècle très dur pour les populations chrétiennes qui furent alors soumises à des vagues de sanglantes persécutions de masse, car les Vandales étaient ariens et leurs souverains se montrèrent impitoyables envers ceux qui demeuraient fidèles à la foi de Nicée.

Pillage de Rome par Genséric en 455 - Karl Brioullov

Karl Brioullov (1799-1852) : Pillage de Rome par Genséric en 455 (1833-1836)
[Galerie Tretjakow, Moscou].

   Le siège épiscopal de Carthage resta vacant pendant vingt-quatre ans.
En 481, Hunéric, fils et successeur de Genséric autorisa les catholiques, sous certaines conditions, à élire leur archevêque : c’est ainsi que fut désigné Eugène, citoyen de Carthage réputé
 pour son érudition, son zèle, sa piété, sa prudence, ainsi que pour ses abondantes charités envers les nécessiteux. Sa vertu, d’ailleurs, lui valait le respect et l’estime des Ariens eux-mêmes.
Sa position d’archevêque de Carthage faisait de lui le primat d’Afrique du Nord, avec donc une prépondérance indiscutable sur tous les autres évêques de cette partie de la Chrétienté.

   Bientôt cependant, Hunéric, fut repris par le même zèle désordonné de l’hérésie, comme l’avait été son père : il essaya, en 484, de réunir une sorte de concile auquel étaient convoqués les évêques nicéens et les évêques ariens. Le but était de réduire les catholiques au silence et de proclamer que tous avaient professé d’une seule voix les doctrines de l’arianisme.
Eugène lui tint tête avec une ferme assurance, et le pseudo-concile tourna court.
Furieux, le roi Hunéric déclencha une impitoyable persécution : de nombreuses religieuses furent torturées avec une cruauté sans égale ; la quasi totalité des 
évêques d’Afrique du nord, une foule de prêtres, de diacres et de moines, ainsi qu’un grand nombre de fidèles laïcs choisis parmi les plus notables et les plus influents furent déportés : quelques uns en Corse, la plupart dans les déserts d’Afrique. Eugène fut emmené dans le désert de Tripolitaine sous la garde d’un certain Antonius, évêque arien particulièrement cruel.
Dans leur exil, tous ces héroïques confesseurs étaient soumis à des espèces de travaux forcés, avec des vexations et des mauvais traitements de toutes sortes qui s’ajoutaient aux rigueurs du climat.
La tradition parle de plus de cinq-cents compagnons, clercs et laïcs, qui subirent le martyre avec Eugène, qui, lui, toutefois, n’en mourut pas.

Saint Eugène guérissant un aveugle - église Saint-Pierre de Chanzeaux - blogue

Vitrail de l’église de Saint-Pierre de Chanzeaux (diocèse d’Angers) :
Saint Eugène guérissant un aveugle.

   Gontamond, cousin et successeur d’Hunéric (+ 23 décembre 484), désireux de paix, suspendit la persécutiona en 487 et permit le retour d’Eugène à Carthage, ainsi que celui de tous les prêtres exilés qui avaient survécus : les églises catholiques purent rouvrir.

   Mais à la mort de Gontamond (+ 496), son frère Thrasimond monta sur le trône du Royaume de Carthage et relança la persécution.
Saint Eugène, condamné à mourir par le glaive, vit sa peine commuée en un nouveau et définitif bannissement : il fu
t alors envoyé en exil sur les terres d’Alaric II, roi des Wisigoths de Toulouse, eux aussi sectateurs de l’arianisme.

   Assigné à résidence à Albi, il y joua peut-être le rôle d’évêque, avec l’appui des notables locaux hostiles à la domination wisigothique. Il mourut dans la ville ou dans son voisinage, le 13 juillet de l’an 505.

   Saint Grégoire de Tours décrit le sanctuaire où il reposait aux côtés de Saint Amarand (un martyr local sur la tombe duquel il avait dédicacé un sanctuaire), à Vieux (aujourd’hui petite paroisse à environ huit lieues au nord-ouest d’Albi), et parle des miracles accomplis à son tombeau.
Plus tard, sans qu’on puisse dire de façon très tranchée s’il s’agit d’un développement infondé où s’il y a une part de réalité à la chose (car selon les exemples de Saint Augustin les évêques d’Afrique du Nord avaient souvent favorisé l’institution canoniale pour le  clergé qui les entouraient), on écrivit de lui qu’il était, au moment de sa mort, à la tête d’une petite communauté monastique, à Vieux.

   En 1494, Louis Ier d’Amboise, évêque d’Albi, fit la translation de ses reliques à la cathédrale.

Nota bene :
il ne faut évidemment pas confondre Saint Eugène de Carthage avec
Saint Eugène de Tolède, disciple de Saint Denis, et lui aussi martyr,
dont nous avons parlé > ici.

Vitrail de Saint Eugène de Carthage - église Saint Laurent de Gougenheim

Vitrail de Saint Eugène de Carthage
dans l’église Saint-Laurent de Gougenheim (archidiocèse de Strasbourg).

2026-130. Il fera tellement plus chaud au Purgatoire !

Dimanche soir 12 juillet 2026.

Tellement pire au Purgatoire

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Il y a plus de trente années de cela, Frère Maximilien-Marie se trouvait en apostolat dans une cité épiscopale célèbre pour sa magnifique cathédrale gothique : entre autres tâches, il participait aux catéchismes de plusieurs établissements scolaires.
En début d’année scolaire, dans l’une des aumôneries de collège, il avait été accueilli par une dame qui s’était présentée comme « Josette J…, responsable de l’aumônerie » (sic). Comme cette dame était habillée dans le même style que les mères de famille de la « bonne société » de la ville (jupes plissées bleu marine ou écossaises, ou encore droites fendues, chemisiers à cols claudine et cardigans à cols ronds assez classiques… etc.) et qu’elle arborait toujours une permanente impeccable, il avait fallu plusieurs semaines à notre Frère pour réaliser que la dite Josette était en fait une religieuse en civil.
Ce qui eût dû lui mettre la puce à l’oreille néanmoins, c’est que « Josette » semblait avoir une impossibilité absolue à prononcer le mot « Frère » et ne l’appelait jamais que « Maximilien » en le tutoyant : aucune honnête mère de famille bien éduquée de la cité ne se le fût permis !
Lorsque Frère Maximilien-Marie eût enfin compris qu’il avait affaire à une religieuse, il ne l’appela désormais plus que « Ma Révérende Mère », ce qui suscitait chez elle un sourire des plus pincés.

   Bref ! Par une très très chaude journée de juillet où mon papa-moine était allé faire quelques dévotions dans une chapelle de la « basse ville » qu’il aimait beaucoup, il rencontra « Josette », vêtue d’un ample « ticheurte » et d’une jupe à fleurs légère. Le voyant, elle s’exclama avec une expression de compassion affectée et un accent bourgeois surjoué  : « Oh la la, mon pauvre Maximilien ! Mais tu n’as pas chaud dans cette tenue ? »
Sans que la réponse eût été en quelque manière préméditée, elle fusa cependant tout naturellement, accompagnée d’un grand sourire : « Oh ! Vous savez, ma Révérende Mère, ce sera tellement pire au Purgatoire… »
La religieuse resta comme pétrifiée sur le trottoir, sans pouvoir articuler un son.

délivrance des âmes du Purgatoire

   Quelques jours après, une des religieuses de la même communauté, qui, elle, portait le voile et sa simple robe de toile grise, croisant Frère Maximilien-Marie dans l’un des bas-côtés de la cathédrale, le prit à part pour lui déclarer, avec une expression tout-à-la-fois sérieuse et amusée : « Oh mon Frère ! Si vous saviez l’effet que votre réponse a produit sur Sœur Josette… et sur toute la communauté. En effet, elle en a été tellement perturbée qu’elle nous a raconté l’affaire. Cela a entraîné une grosse discussion au couvent : les unes ont admiré votre réponse et en ont été édifiées, et les autres ont poussé des cris indignés, parce qu’elles ont envoyé promener le Purgatoire depuis longtemps, et l’esprit de pénitence aussi ».

   C’est ainsi qu’une réponse spontanée de mon papa-moine devint « signe de contradiction » dans un paisible couvent de province, où furent « dévoilées les pensées secrètes » (cf. Luc II, 34-35) des religieuses : celles qui avaient gardé la foi et l’habit religieux, et celles, en civil, qui avaient abandonné des pans entiers de la doctrine catholique traditionnelle !!!

   Si je vous ai rapporté cette anecdote, en cette période de fortes chaleurs estivales, c’est pour en venir à ceci :

- Au lieu de nous plaindre de la chaleur, pourquoi ne profiterions-nous pas de la providentielle opportunité qui nous est offerte pour prendre davantage conscience que les températures dites caniculaires de ces jours-ci ne sont rien – absolument rien – en comparaison des peines de l’enfer ou des flammes du Purgatoire ?
- Au lieu donc de maugréer contre l’inconfort – bien réel certes – procuré par les températures élevées, pourquoi, au contraire, n’en profiterions-nous pas pour nous en emparer avec une joie et une générosité remplies d’esprit surnaturel, et l’offrir comme une réelle et fructueuse pénitence

1) pour l’expiation de nos propres fautes (accepter les peines occasionnées par la chaleur ici-bas afin d’éviter ou du moins amoindrir le feu du Purgatoire dans l’autre monde) ;
2) pour le salut des pauvres pécheurs afin de leur éviter la fournaise de l’enfer ;
3) et pour le soulagement des âmes souffrantes du Purgatoire (celles de notre parentèle et celles pour lesquelles personne ne prie) ?

Tolbiac.

Soulagement des âmes du Purgatoire

2026-129. De Saint Michel Maleïnos, qui forma le fondateur de la « république monastique du Mont Athos », protecteur des Romanov.

12 juillet,
Fête de Saint Jean Gualbert, abbé et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire des Saints Nabor et Félix, martyrs ;
Mémoire de Saint Michel Maleïnos, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la sauvage exécution du comte François de Saillans (cf. > ici, > ici, > ici et > ici).

Saint Michel Maleïnos- blogue

       Voici un très grand saint, commun aux Eglises d’Orient et d’Occident (puisqu’il est antérieur au dramatique schisme de 1054) et qui est, malheureusement, quasi inconnu du commun des fidèles dans l’Eglise latine : Saint Michel Maleïnos.

   Il est né en 894 dans une puissante famille aristocratique, les Maleïnoï, famille qui s’était illustrée en particulier dans la lutte armée contre l’invasion mahométane.
Ainsi comptait-il dans sa parenté Saint Eudocime Maleïnos (probablement un grand oncle), officier mort à 33 ans en odeur de sainteté, et sur le tombeau duquel, à Constantinople, se multipliaient les miracles. Le père de notre futur saint se prénommait lui aussi Eudocime en honneur de ce saint membre de la famille, et sa mère Anastaso était parente de l’empereur Romain Ier Lecapène († 948).

   Le couple était stérile, et ces deux pieux époux accomplirent un pèlerinage à un sanctuaire de la Mère de Dieu. C’est alors que – en 894 donc – naquit leur fils aîné qui reçut au saint baptême le prénom de Manuel (Μανουήλ Μαλείνος), puis cinq autres enfants. L’une de ses sœurs épousa Bardas Phocas l’Ancien, père de l’empereur Nicéphore II Phocas († 969) et l’un de ses frères, Constantin, fut un fameux général dans l’armée impériale.

   Vers 909 (il avait donc une quinzaine d’années), il fut envoyé à la cour de Léon VI le Sage, à Constantinople, où il reçut la charge honorifique de spatharocandidat (ce mot désigne un grade dans la garde palatine).
Mais, en 912, la mort de l’empereur Léon VI produisit en lui un bouleversement profond : convaincu de la vanité des honneurs de ce monde, il résolut alors de se faire moine.

Manuel reçoit la tonsure et prend le nom de Michel

Manuel sollicite la tonsure et prend le nom de Michel.

   Appelé en Cappadoce auprès de ses parents, alors qu’il traversait la Bythinie, Manuel faussa compagnie à son escorte pour se rendre auprès d’un saint moine dont il reçut la tonsure monastique ; il prit alors Michel pour prénom de consécration.
Eudocime, son père, furieux de cette décision, le fit rechercher et capturer par ses hommes et ramener à la maison paternelle sous la contrainte. Toutefois la détermination de Michel finit par vaincre l’opposition paternelle, et le jeune moine reprit la route de la Bithynie, où, pendant trois années, il servit humblement à la table d’un monastère.
En 915, il fut admis à la réception du grand habit : cette fois en présence de son père et de sa mère (laquelle, devenue veuve, se fit à son tour moniale). Michel passa quelques années dans la pratique de l’ascèse dans la région nord-ouest de l’Anatolie, près de Pruse de l’Olympe (aujourd’hui Bursa en langue turque
), sur la Sainte Montagne de Kyminas, dont il s’absenta entre 921 et 925 pour fonder un petit monastère, un peu plus à l’est dans les Bucellaires.

   Enfin, en 925, il revint sur le Mont Kyminas et y fonda une laure : on appelle ainsi est un établissement monastique où les moines vivent, durant la semaine, comme des ermites ; mais qui, le samedi soir, le dimanche et les jours de fête, se rassemblent pour chanter ensemble les offices, prendre les repas en commun et recevoir l’enseignement d’un ancien. Il s’agit d’un mode de vie monastique mixte directement inspiré du mode de vie des premiers Pères du désert : semi-cénobitique et semi-érémitique.

   Ordonné prêtre, Michel Maleïnos fut élu pour être l’higoumène – l’abbé – de cette laure jusqu’à sa mort, survenue le 12 juillet 961, c’est-à-dire pendant quelque trente-six années.

Saint Nicéphore II Phocas - blogue

L’empereur Saint Nicéphore II Phocas.

    Sur la Sainte Montagne de Kyminas, Saint Michel Maleïnos fut visité à plusieurs reprises par ses neveux, l’empereur Saint Nicéphore II Phocas – surnommé « la Mort blanche des Sarrasins » – et son frère puiné Léon Phocas le Jeune, qui le pressaient de donner avis et conseils pour le gouvernement de l’Empire.

   C’est également dans cette laure qu’il reçut et forma un lointain parent, Abramios de Trébizonde, qui reçut dans la vie monastique le nom d’Athanase. Ce disciple fervent et zélé deviendra Saint Athanase l’Athonite, puisqu’il ira par la suite fonder la république monastique du Mont Athos, sur le modèle de la Sainte Montagne de Kyminas.
Ainsi, alors qu’il ne reste aujourd’hui rien de la laure de Saint Michel Maleïnos, on peut dire que son héritage spirituel et les usages qu’il avait institués en Bythinie, se perpétuent sur la Sainte Montagne de l’Athos.

   Mais il est encore un point qui marque la postérité et le rayonnement de Saint Michel Maleïnos : c’est le 12 juillet, jour de sa fête, que quelques siècles plus tard (en 1596) naquit Michel Fiodorovitch Romanov, futur Tsar Michel Ier de Russie, premier souverain de la dynastie des Romanov ; c’est en effet un usage fréquent en Russie de nommer l’enfant du nom du saint fêté le jour de sa naissance.
En conséquence, les Romanov nourrirent une dévotion particulière au saint higoumène, et ils lui dédièrent un grand nombre d’églises et de chapelles, tout au long du XVIIème siècle très spécialement.

Michel Ier Romanov

Michel Fiodorovitch Romanov, Tsar Michel Ier de Russie,
né en la fête de Saint Michel Maleïnos le 12 juillet 1596,
ce qui fit de ce dernier l’un des saints protecteurs de la dynastie.

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