Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

Prière du Vénérable Pie XII à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

3 octobre,
Fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, vierge et docteur de l’Eglise,
Céleste protectrice de la France en second,
Patronne des missions catholiques.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus - pluie de roses

rose rouge

Prière du Vénérable Pie XII
à
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face

(extraite du radio-message prononcé en français le 11 juillet 1954 à l’occasion de la consécration de la basilique de Lisieux)

   O Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus,
modèle d’humilité, de confiance et d’amour,
du haut des cieux, effeuillez sur les hommes ces roses que vous portez dans les bras :
– la rose de l’humilité,
pour qu’ils abaissent leur orgueil et acceptent le joug de l’Evangile ;

– celle de la confiance,
pour qu’ils s’abandonnent à la volonté de Dieu et se reposent en Sa miséricorde ;

– la rose de l’amour enfin,
pour que, s’ouvrant sans mesure à la grâce, ils réalisent l’unique fin pour laquelle Dieu les a créés à Son image : L’aimer et Le faire aimer !

panier de roses

2022-102. A Nancy, « L’Institution du Rosaire » de Jean de Wayembourg.

1er octobre,
Fête de Saint Remi de Reims, pontife et confesseur, apôtre des Francs (cf. aussi > ici).

   Pour commencer le mois du Très Saint Rosaire, nous vous invitons à admirer et à contempler un très grand tableau aujourd’hui conservé au « Musée Lorrain » de Nancy, qui porte le nom de « l’Institution du Rosaire » et fut peint par Jean de Wayembourg en 1597.

Jean de Wayembourg - Institution du Rosaire - 1597

A – Histoire du tableau.

   Ce très grand tableau est une huile sur toile d’un peu plus de 2,82 m de largeur et d’un peu plus de 3,83 m de hauteur. Il a été commandé en 1597 par le duc Charles III de Lorraine (1543-1608) pour orner le retable du maître-autel de l’église du couvent des Minimes de Nancy, édifiée en 1592.
Cette église fut détruite au début du XIXème siècle, et le tableau fut alors transféré à la cathédrale où il demeura jusqu’après la première guerre mondiale. Pour des raisons de conservation et de protection, il fut ensuite déposé au « Musée Lorrain » dont il constitue l’un des chefs-d’œuvre.

B – Jean de Wayembourg.

   On ne sait pas grand chose sur la biographie de Jean de Wayembourg : ni les dates exactes de sa vie, ni son lieu de naissance, ni sa vie privée… ni même son nom originel, car Jean de Wayembourg est vraisemblablement le résultat d’une francisation de son nom. D’origine flamande, on suppose qu’il avait été connu du duc Charles III de Lorraine par l’intermédiaire du duc Charles-Philippe de Croÿ (1560-1612), puissant et important personnage des Pays-Bas espagnols, allié des ducs de Lorraine. 
Jean de Wayembourg a été actif à la cour de Lorraine entre 1592 et 1603, année dont on pense qu’elle fut celle de sa mort. Il n’a été longtemps connu que par le tableau de « l’Institution du Rosaire », jusqu’à ce que l’on puisse, à une date très récente, lui attribuer une série de portraits de membres de la famille ducale, de taille naturelle, qui sont pour la plupart exposés à l’Ancienne Pinacothèque de Munich.

C – L’Institution du Rosaire.

   Cette œuvre monumentale représente la Très Sainte Vierge Marie et l’Enfant Jésus remettant le rosaire à Saint Dominique et à Saint François de Paule, fondateur de l’Ordre des Minimes pour l’église conventuelle nancéenne desquels le tableau fut peint. A cette scène, qui donne son nom à l’œuvre, assiste la famille ducale.
La scénographie peut donc être ainsi analysée :

institution du Rosaire - composition

   A l’intérieur d’un large « bandeau » illustré, de forme ovale – mais aplatie en haut et en bas -, la partie principale du tableau se divise en deux parties très nettes :
- dans la partie supérieure, la Très Sainte Vierge, assise au-dessus de nuages dont la couleur grise contraste avec la luminosité d’un ciel ouvert empli d’une lumière dorée, offre, de la main gauche, un chapelet à Saint François de Paule ; elle porte sur ses genoux, l’enlaçant de son bras droit, l’Enfant Jésus qui, Lui, présente un chapelet à Saint Dominique.
Autour d’eux évoluent des anges et des angelots présentant des fleurs et des chapelets

Institution du rosaire - partie supérieure

- dans la partie inférieure, des deux côtés d’une fenêtre ouverte, par laquelle on aperçoit un monument en forme de rotonde surmonté d’un dôme, se trouve, groupée et agenouillée, la famille du duc Charles III.

   Du côté droit, au premier rang, la duchesse Claude de France, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, parée d’habits somptueux ; à son côté, Sainte Catherine de Sienne, la célèbre tertiaire dominicaine, avec un lys et un livre d’heures posés devant elle ; au second rang, sont figurées les princesses Catherine, future abbesse de Remiremont, Christine, grande-duchesse de Toscane, Antoinette, future duchesse de Clèves, et Élisabeth, future duchesse de Bavière. Les visages des femmes sont remarquables par la clarté et la transparence de leur carnation.

   Du côté gauche, sont représentés, agenouillés, Charles III de Lorraine, le pape Saint Pie V, et les trois fils du duc : les futurs ducs Henri II et François II, et le cardinal Charles, évêque de Metz et légat pontifical pour la Lorraine et les Trois-Evêchés.

Tous les membres de la famille ducale sont représentés jeunes, alors qu’au moment de la composition du tableau le duc Charles III est âgé de 54 ans, et que la duchesse Claude est décédée depuis 22 ans (+ 21 février 1575).

   La présence de Saint Pie V et de Sainte Catherine de Sienne s’explique évidemment par le rôle qu’ils ont joué dans la propagation de la dévotion au saint rosaire : Saint Pie V est, en particulier, le pape de la victoire de Lépante et l’instituteur de la fête de « Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire » ; cet événement n’était antérieur que de 27 années à la composition du tableau.
Mais il est également possible que ces deux figures éminentes de la sainteté ultramontaine symbolisent les liens particuliers qui unissent le duché de Lorraine au Saint-Siège : le duc Charles III se voulait en effet un vigilant et ardent défenseur de la foi – sous son règne les protestants durent s’exiler – et un zélé promoteur des réformes tridentines.

Institution du rosaire - partie inférieure

   Les médaillons peints dans la large bordure, ou bandeau, qui entoure le sujet central, sont la représentation des quinze mystères du rosaire : on les lit dans le sens des aiguilles d’une montre. Ils sont reliés entre eux par un décor élégant composé de grains de chapelet, et entouré de branches de rosiers, d’épines ou de palmiers, suivant que les sujets représentés appartiennent à la série des mystères joyeux, douloureux ou glorieux.

institution du rosaire - détail du bandeau 1

  Dans les écoinçons, aux quatre angles du tableau, sont représentés les quatre évangélistes, mais seuls Saint Jean (en haut à gauche) et Saint Matthieu (en haut à droite) sont accompagnés de leurs symboles : l’aigle et l’ange.

institution du rosaire - détail du bandeau 2

   Cette œuvre monumentale ne constitue-t-elle pas une admirable introduction au mois du Très Saint Rosaire ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.                

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2022-101. Du sublime et mystique sanctuaire Saint Michel d’Aiguilhe.

29 septembre,
Fête de Saint Michel Archange (cf. > ici, > ici, > ici et > ici) ;
Anniversaire de la naissance de SMTC le Roi Henri V (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de SMTC le Roi Charles XII.

Saint Michel d'Aiguilhe 00

Le Puy-en-Velay, vue générale, avec au premier plan le rocher d’Aiguilhe portant la chapelle de Saint Michel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

    A ma grande confusion, je me suis rendu compte que, mise à part la mention qu’en avait faite feu Monseigneur le Maître-Chat Lully à la fin de l’une de ses chroniques en date du 8 octobre 2008 (cf. > ici), il n’y a pas eu jusqu’ici dans ce blogue de présentation un peu détaillée d’un sanctuaire en l’honneur de l’archange Saint Michel qui nous est particulièrement cher, celui de Saint-Michel d’Aiguilhe.

   Le rocher d’Aiguilhe, auquel on a très longtemps donné le nom de dyke mais que les géologues et volcanologues préfèrent aujourd’hui appeler neck, n’est pas autre chose que la cheminée d’un volcan à l’intérieur de laquelle, lors de sa dernière éruption, la lave s’est solidifiée. L’érosion, tout au long des siècles, a ensuite emporté toutes les scories, cendres et poussières volcaniques accumulées qui formaient le volcan, ne laissant que la lave solidifiée dans la cheminée, plus résistante. Il en résulte ce rocher original de 82 mètres de hauteur qui confère à la ville du Puy l’une de ses plus originales beautés.
Il est plus que probable que les Celtes y avaient établi un lieu de culte en l’honneur de l’une de leurs divinités, mais il n’en reste plus de trace visible aujourd’hui.
Ce qui est absolument certain, en revanche, c’est qu’en l’an 961 de notre ère, le doyen du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, nommé Truannus (ou Triannus), fit ériger au sommet du rocher une chapelle en l’honneur de l’archange Saint Michel, dont l’évêque Gotescalc (ou Godescalc) célébra la dédicace le 18 juillet de l’an 962. Ce prélat est par ailleurs célèbre parce qu’il est, en l’état actuel de nos connaissances, le premier français connu à s’être rendu en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle au départ du Puy, en 950, ouvrant en quelque sorte la Via Podiensis à des milliers de pèlerins jusqu’à nos jours.

Saint Michel d'Aiguilhe 01

   Le sanctuaire préroman que le chanoine Truannus avait fait bâtir au sommet du rocher n’avait pas les dimensions que nous connaissons aujourd’hui à cette église : c’était un espace carré, couvert d’une coupole et flanqué de trois absidioles hémisphériques – à l’est, au nord et au sud – tandis que la façade ouest était ornée du portail d’entrée.
Au XIIème siècle, en raison de l’affluence des pèlerins, la chapelle fut agrandie d’une nef à déambulatoire qui épouse la forme du rocher, utilisant ainsi tout l’espace disponible de la plateforme. En raison de cet agrandissement et de la configuration du rocher, le portail fut déplacé au sud-est et une tribune reliant les deux constructions fut édifiée à l’intérieur. Un clocher fut également construit, et, pour faciliter l’accès des pèlerins, on aménagea dans la roche un escalier, en grande partie taillé dans le roc, au lieu du rude sentier muletier qui avait été pratiqué au Xème siècle.
En outre, trois oratoires, dont il subsiste encore quelques vestiges, jalonnèrent l’ascension.
Le clocher fut foudroyé en 1247 ; il fut reconstruit dans la première moitié du XIXème siècle.
Les sectateurs de Calvin détruisirent la statue de Saint Michel en 1562.
Lors de la grande révolution la chapelle fut délaissée, et son abandon entraîna plusieurs déprédations. Il fallut l’intervention de Prosper Mérimée pour qu’on s’intéressât à nouveau à elle : elle fait partie de la première liste d’inscription comme monument historique protégé, en 1840.

   Eh bien, je vous propose maintenant de me suivre pour gravir les 268 marches qui nous conduiront au sommet.
Nous mettons ici nos pas dans ceux des Rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII, qui sont montés par ce même escalier jusqu’au sanctuaire de l’Archange…

Saint Michel d'Aiguilhe 02

   Je me rends au minimum une fois par an en pèlerinage à Saint Michel d’Aiguilhe : durant la montée, qu’il me faut accomplir assez lentement, en raison de l’essouflement qu’elle occasionne, je récite mon chapelet ou bien la « couronne angélique » (voir > ici).

   Lorsqu’on arrive au sommet, on est ébloui : on ne se lasse jamais de la beauté de la façade.
Quelque temps qu’il fasse, quelle que soit la luminosité, qu’il fasse grand soleil ou que le ciel soit couvert, en pleine journée ou lorsque le soleil baisse à l’horizon, c’est, selon une inépuisable déclinaison de nuances, un saisissement qui se répète indéfiniment.

Saint Michel d'Aiguilhe 04

   Cette marqueterie de pierres aux coloris alternés, encadrant les sculptures, n’est pas qu’un porche physique et esthétique permettant l’entrée dans l’édifice : c’est aussi un porche spirituel, un porche mystique et théologique, qui nous fait entrer dans un mystère sacré !

   Au sommet, et au centre, se trouve le Christ, Pantocrator et souverain Juge à la fin des temps, entouré de Sa Très Sainte Mère – suprême intercessrice -, de Saint Jean, qui était au pied de la Croix et assista à l’ouverture du Cœur adorable, fut élevé aux sommets de la contemplation et reçut les révélations de l’Apocalypse, de Saint Michel, archange guerrier et psychopompe, et de Saint Pierre, auquel furent confiées les clefs du Royaume des Cieux.

Saint Michel d'Aiguilhe 06

   Au-dessus du linteau, sur lequel sont sculptées deux sirènes affrontées, le tympan est vide : on pense qu’il était originellement orné d’une scène sculptée dans du stuc qui n’a pas résisté au temps.
L’archivolte et l’arc trilobé sont ornés de rinceaux de feuillages desquels émergent des motifs antropomorphes.
L’intérieur des lobes représente la liturgie céleste, dans laquelle l’Agneau vainqueur reçoit l’adoration des vieillards et des Quatre Vivants présentant des coupes d’or, comme cela est décrit dans le livre de l’Apocalypse (Apoc. chap. IV & V).

Saint Michel d'Aiguilhe 07

   Il est possible que les deux sirènes, l’une avec une queue de serpent et l’autre avec une queue de poisson, symbolisent la terre et la mer avec tout leur peuplement : « J’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et celles qui sont sur la mer et en elle ; je les entendis toutes disant : A Celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles » (Apoc. V, 13). Peut-être les oiseaux (des aigles aux ailes déployées) qui ornent le chapiteau de gauche et les figures humaines celui de droite (figures que l’on appelle habituellement diacres parce qu’il semble qu’elles portent une étole diaconale) complètent-elles l’illustration de la citation scripturaire par l’évocation des créatures célestes et de l’humanité appelée au salut ?

Saint Michel d'Aiguilhe 08

   Mais puisque nous nous sommes laissés silencieusement instruire en reprenant notre souffle, et que nous sommes maintenant bien avertis qu’ici se joue un mystère invisible qui prélude aux combats de la fin des temps par lesquels sera mis un terme aux cheminements terrestres et inauguré le Culte éternel, nous pouvons entrer par cette porte ouverte et accéder au sanctuaire…

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   « Pavensque, quam terribilis est, inquit, locus iste ! Non est hic aliud nisi domus Dei, et porta caeli ! » (Gen. XXVIII, 17) : « Et saisi d’effroi : qu’il est terrible, dit-il, ce lieu-ci ! Ce n’est autre chose que la Maison de Dieu et la Porte du Ciel ! »

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   La nef et son déambulatoire qui, en raison de la configuration du sommet du rocher, donnent l’impression d’une espèce d’enroulement, les nuances de la lumière, que tamisent les fenêtres aux profonds ébrasements, ne contribuent pas peu à l’atmosphère sacrée de la chapelle.

Saint Michel d'Aiguilhe 10

   Le sanctuaire tel qu’il est aujourd’hui aménagé occupe tout l’espace carré de la construction primitive : deux des trois absidioles primitives subsistent, la troisième (au sud, du côté de l’épître), a été supprimée lors des travaux d’agrandissement du XIIème siècle du fait de la construction de ce que l’on appelle « avant tribune » et « tribune ».
L’autel actuel est composé d’éléments anciens découverts lors de travaux de réfection du sanctuaire en 1955 : il s’agit d’une table d’autel médiévale et d’un fragment de colonne antique qui la supporte.
Les fresques qui couvrent les murs et la voûte du sanctuaire présentent le plus grand intérêt.

Saint Michel d'Aiguilhe 11

   A noter que dans ce sanctuaire, sous l’autel actuel, en 1955, lors de travaux de réhabilitation – et plus précisément de réfection de l’autel -, fut découvert le « trésor », à la valeur historique inestimable : un Christ reliquaire du Xème siècle, et un coffret en ivoire byzantin du XIIIème siècle, dans lequel se trouvait une croix pectorale, ainsi que deux coupelles de bronze renfermant des reliques, furent mis à jour : ces objets sont aujourd’hui présentés dans une niche sécurisée pratiquée dans le mur du sanctuaire du côté de l’épître.
Je vous invite à lire la communication savante qui donne les détails circonstanciés de cette précieuse découverte > ici.

   Mais il nous faut bien sûr aller sans retard saluer l’archange Saint Michel :

Saint Michel archange, de votre lumière éclairez-nous !
Saint Michel archange, de vos ailes protégez-nous !
Saint Michel archange, de votre épée défendez-nous !

Saint Michel d'Aiguilhe 12

Sancte Michael Archangele, defende nos in proelio ;
contra nequitiam et insidias diaboli esto praesidium.
Imperet illi Deus, supplices deprecamur :
tuque, Princeps militiae Caelestis,
satanam aliosque spiritus malignos,
qui ad perditionem animarum pervagantur in mundo,
divina virtute in infernum detrude.
Amen !

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.
Que Dieu lui commande, nous vous en supplions : et vous, Prince de la Milice Céleste, repoussez en enfer, par la force divine,
Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes.
Ainsi soit-il !

Saint Michel d'Aiguilhe 13

   Revenons maintenant vers le sanctuaire et levons les yeux vers la fresque de la coupole : on y voit le Christ glorieux (sur ce cliché il se trouve la tête en bas) : il est entouré des symboles des quatre Evangélistes, peints dans des cercles.
Saint Michel, terrassant le dragon infernal, est figuré du côté opposé au Christ de gloire (donc ici en bas de la photo).
Un décor de nuages, d’anges et les figures antropomorphiques du soleil et de la lune complètent cette fresque.

Saint Michel d'Aiguilhe 14

   Je ne détaillerai pas toutes les autres fresques, d’autant que certaines sont difficiles à lire, mais je vous signale particulièrement celles du mur oriental du sanctuaire, au-dessus de l’absidiole, où l’on distingue bien, à droite de la fenêtre Saint Michel opérant la pesée des âmes, et à gauche Saint Michel faisant entrer les sauvés dans la Jérusalem céleste.

Saint Michel d'Aiguilhe 15

   J’ai eu à plusieurs reprises l’immense joie d’assister à des Saintes Messes latines traditionnelles dans cette chapelle, au temps où cela était encore relativement facile à obtenir.

   En ce 29 septembre, dans notre prière, transportons-nous en esprit dans ce sanctuaire plus que millénaire, afin d’y solliciter instamment les secours de l’archange vainqueur pour la Sainte Eglise, ses pasteurs et ses fidèles, puisque nous sommes en ces temps où « l’Église, épouse de l’Agneau immaculé, des ennemis très rusés l’ont saturée d’amertume et abreuvée d’absinthe ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu’elle a de plus précieux. Là où a été établi le Siège du bienheureux Pierre et la Chaire de la Vérité pour la lumière des nations, là ils ont posé le trône de l’abomination de leur impiété ; de sorte qu’en frappant le Pasteur, ils puissent aussi disperser le troupeau…» (exorcisme de Léon XIII, version originelle).

Saint Michel d'Aiguilhe 16

   Avant d’entamer la descente, nous faisons encore une fois le tour extérieur de la chapelle, par le chemin de ronde, et nous nous extasions sur l’extraordinaire point de vue dont on jouit vers le rocher Corneille, la statue de Notre-Dame de France et l’insigne basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, dont la dédicace fut accomplie par les Anges (11 juillet 225).

Saint Michel d'Aiguilhe 17

O Dieu, qui réglez de manière admirable les tâches respectives des anges et des hommes,
veuillez accorder que ceux qui se tiennent toujours devant Vous dans le Ciel pour Vous servir,
soient sur la terre les protecteurs de notre vie.
Nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il !

Saint Michel d'Aiguilhe 18

Saint Michel terrassant le dragon
détail de la fresque de la voûte du sanctuaire

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Prière à Saint Michel,
écrite en 1962
par
Son Excellence Monseigneur Jean Dozolme, évêque du Puy,

à l’occasion du
millénaire de la dédicace

de la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe (18 juillet 962) :

   Saint Michel qui, avec tous les Anges, habitez l’inaccessible lumière de la gloire divine, depuis un millénaire vous nous donnez, dans le sanctuaire aérien du rocher d’Aiguilhe, le gage d’une présence d’aide et d’amour.
Vous prenez ainsi place auprès de l’Eglise angélique de Notre-Dame du Puy, la Reine céleste que les Anges ont saluée dans son Annonciation et élevée au Ciel dans son Assomption.
Défenseur de l’Eglise, soyez son soutien contre toutes les forces du mal.
Protecteur de la France, à qui vous avez envoyé Sainte Jeanne d’Arc pour la rétablir dans sa liberté, l’unir aux autres nations chrétiennes et la faire mieux servir avec elles au rayonnement de l’Evangile, guidez-la dans son rôle de Fille Aînée de l’Eglise.
Gardien des âmes dans leur labeur terrestre, leur résistance au démon et leur sortie de ce monde, assistez-nous.
Rendez-nous fidèles à la vérité, ennemis du péché, confiants en la Vierge Marie et attachés au Christ qui nous conduit au Père.

Ainsi soit-il.

Saint Michel d'Aiguilhe 19

2022-100. Les ennemis de Dieu sont ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature mais par leurs vices ; et ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes.

28 septembre,
Fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr ;
Anniversaire de la sainte mort du Père Ange de Joyeuse (cf. > ici) ;
Dernier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   En cette veille de la fête de Saint Michel archange, et pour en conclure la neuvaine préparatoire, nous vous invitons à lire et méditer sur ces trois petits chapitres de « La Cité de Dieu », l’œuvre majeure de notre Bienheureux Père Saint Augustin, dans lesquels le Docteur de la Grâce explique qu’il n’existe pas deux natures angéliques, l’une bonne et l’autre mauvaise, mais que, pour les anges comme pour les hommes, la malice est une conséquence de la volonté, la conséquence d’un choix, la conséquence du vice qui s’oppose au Bien souverain.

La chute des anges rebelles - Charles le Brun 1670

La chute des anges rebelles
(Charles Le Brun, vers 1670)

frise

La nature des anges, bons et mauvais, est une ;
aucune essence n’est contraire à Dieu par nature,
et les ennemis de Dieu ne le sont que par leur volonté propre :

Chapitre 1er :

   Avant de parler de la création de l’homme, avant de montrer les deux cités se formant parmi les êtres raisonnables et mortels, comme on les a vues, dans le livre précédent, se former parmi les anges, il me reste encore quelques mots à dire pour faire comprendre que la société des anges avec les hommes n’a rien d’impossible, de sorte qu’il n’y a pas quatre cités, quatre sociétés, deux pour les anges et autant pour les hommes, mais deux cités en tout, l’une pour les bons, l’autre pour les méchants, anges ou hommes, peu importe.

   Que les inclinations contraires des bons et des mauvais anges proviennent, non de la différence de leur nature et de leur principe, puisqu’ils sont les uns et les autres l’œuvre de Dieu, auteur et créateur excellent de toutes les substances, mais de la diversité de leurs désirs et de leur volonté, c’est ce qu’il n’est pas permis de révoquer en doute. Tandis que les uns, attachés au bien qui leur est commun à tous, lequel n’est autre que Dieu même, se maintiennent dans Sa vérité, dans Son éternité, dans Sa charité, les autres, trop charmés de leur propre puissance, comme s’ils étaient à eux-mêmes leur propre bien, de la hauteur du Bien suprême et universel, source unique de la béatitude, sont tombés dans leur bien particulier, et, remplaçant par une élévation fastueuse la gloire éminente de l’éternité, par une vanité pleine d’astuce la solide vérité, par l’esprit de faction qui divise, la charité qui unit, ils sont devenus superbes, fallacieux, rongés d’envie.
Quelle est donc la cause de la béatitude des premiers ? leur union avec Dieu ; et celle, au contraire, de la misère des autres ? leur séparation de Dieu.
Si donc il faut répondre à ceux qui demandent pourquoi les uns sont heureux : c’est qu’ils sont unis à Dieu, et à ceux qui veulent savoir pourquoi les autres sont malheureux : c’est qu’ils sont séparés de Dieu, il s’ensuit qu’il n’y a pour la créature raisonnable ou intelligente d’autre bien ni d’autre source de béatitude que Dieu seul. Ainsi donc, quoique toute créature ne puisse être heureuse (car une bête, une pierre, du bois et autres objets semblables sont incapables de félicité), celle qui le peut, ne le peut point par elle-même, étant créée de rien, mais par Celui qui l’a créée. Le même objet, dont la possession la rend heureuse, par son absence la fait misérable ; au lieu que l’être qui est heureux, non par un autre, mais par soi, ne peut être malheureux, parce qu’il ne peut être absent de soi.

   Nous disons donc qu’il n’y a de bien entièrement immuable que Dieu seul dans Son unité, Sa vérité et Sa béatitude, et quant à Ses créatures, qu’elles sont bonnes parce qu’elles viennent de Lui, mais muables, parce qu’elles ont été tirées, non de Sa substance, mais du néant.
Si donc aucune d’elles ne peut jamais être souverainement bonne, puisque Dieu est infiniment au-dessus, elles sont pourtant très-bonnes, quoique muables, ces créatures choisies qui peuvent trouver la béatitude dans leur union avec le Bien immuable, Lequel est si essentiellement leur bien, que sans Lui elles ne sauraient être que misérables.
Et il ne faut pas conclure de là que le reste des créatures répandues dans cet immense univers, ne pouvant pas être misérables, en soient meilleures pour cela ; car on ne dit pas que les autres membres de notre corps soient plus nobles que les yeux, sous prétexte qu’ils ne peuvent devenir aveugles ; mais tout comme la nature sensible est meilleure, lors même qu’elle souffre, que la pierre qui ne peut souffrir en aucune façon, ainsi la nature raisonnable l’emporte, quoique misérable, sur celle qui est privée de raison ou de sentiment et qui est à cause de cela incapable de misère. S’il en va de la sorte, puisque cette créature a un tel degré d’excellence que sa mutabilité ne l’empêche pas de trouver la béatitude dans son union avec le souverain Bien, et puisqu’elle ne peut ni combler son indigence qu’en étant souverainement heureuse, ni être heureuse que par Dieu, il faut conclure que, pour elle, ne pas s’unir à Dieu, c’est un vice. Or, tout vice nuit à la nature et par conséquent lui est contraire.
Dès lors la créature qui ne s’unit pas à Dieu diffère de celle qui s’unit à Lui non par nature, mais par vice. Et ce vice même marque la grandeur et la dignité de sa nature, le vice étant blâmable et odieux par cela même qu’il déshonore la nature.
Lorsqu’on dit que la cécité est le vice des yeux, on témoigne que la vue leur est naturelle, et lorsqu’on dit que la surdité est le vice des oreilles, on affirme que l’ouïe appartient à leur nature ; de même donc, lorsqu’on dit que le vice de la créature angélique est de ne pas être unie à Dieu, on déclare qu’il est de sa nature de lui être unie.
Quelle gloire plus haute que d’être uni à Dieu de telle sorte qu’on vive pour Lui, qu’on n’ait de sagesse et de joie que par Lui, et qu’on possède un si grand bien sans que la mort, l’erreur et la souffrance puissent nous Le ravir !
Comment élever sa pensée à ce comble de béatitude, et qui trouvera des paroles pour l’exprimer dignement ?
Ainsi, tout vice étant nuisible à la nature, le vice même des mauvais anges, qui les tient séparés de Dieu, fait éclater l’excellence de leur nature, à qui rien ne peut nuire que de ne pas s’attacher à Dieu.

Chapitre 2 :

   J’ai dit tout cela de peur qu’on ne se persuade, quand je parle des anges prévaricateurs, qu’ils ont pu avoir une autre nature que celle des bons anges, la tenant d’un autre principe et n’ayant point Dieu pour auteur. Or, il sera d’autant plus aisé de se défendre de cette erreur impie (note : c’est l’erreur des manichéens) que l’on comprendra mieux ce que Dieu dit par la bouche d’un ange, quand Il envoya Moïse vers les enfants d’Israël : « Je suis Celui qui suis » (Exod. III, 14). Dieu, en effet, étant l’essence souveraine, c’est-à-dire étant souverainement et par conséquent étant immuable, quand Il a créé les choses de rien, Il leur a donné l’être, à la vérité, mais non l’être suprême qui est le sien ; Il leur a donné l’être, dis-je, aux unes plus, aux autres moins, et c’est ainsi qu’Il a établi des degrés dans les natures des essences.
De même que du mot sapere s’est formé sapientia, ainsi du mot esse on a tiré essentia, mot nouveau en latin, dont les anciens auteurs ne se sont pas servis (note : Quintilien cite - Instit., lib. II, cap. 15, § 2, et lib. III, cap. 6, § 23 – le philosophe stoïcien Papinius Fabianus Plautus comme s’étant servi des mots ens et essentia), mais qui est entré dans l’usage pour que nous eussions un terme correspondant à l’ousia des Grecs. il suit de là qu’aucune nature n’est contraire à cette nature souveraine qui a fait être tout ce qui est, aucune, dis-je, excepté celle qui n’est pas. Car le non-être est le contraire de l’être. Et, par conséquent, il n’y a point d’essence qui soit contraire à Dieu, c’est-à-dire à l’essence suprême, principe de toutes les essences, quelles qu’elles soient.

Chapitre 3 :

   L’Ecriture appelle ennemis de Dieu ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature, mais par leurs vices ; or, ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes. Car ils sont Ses ennemis par la volonté de Lui résister, non par le pouvoir d’y réussir. Dieu, en effet, est immuable et par conséquent inaccessible à toute dégradation.
Ainsi donc le vice qui fait qu’on résiste à Dieu est un mal, non pour Dieu, mais pour ceux qu’on appelle Ses ennemis. Et pourquoi cela, sinon parce que ce vice corrompt en eux un bien, savoir le bien de leur nature ?
Ce n’est donc pas la nature, mais le vice qui est contraire à Dieu. Ce qui est mal, en effet, est contraire au bien. Or, qui niera que Dieu ne soit le souverain bien ? Le vice est donc contraire à Dieu, comme le mal au bien. Cette nature, que le vice a corrompue, est aussi un bien sans doute, et, par conséquent, le vice est absolument contraire à ce bien ; mais voici la différence : s’il est contraire à Dieu, c’est seulement comme mal, tandis qu’il est contraire doublement à la nature corrompue, comme mal et comme chose nuisible. Le mal, en effet, ne peut nuire à Dieu ; il n’atteint que les natures muables et corruptibles, dont la bonté est encore attestée par leurs vices mêmes ; car si elles n’étaient pas bonnes, leurs vices ne pourraient leur être nuisibles. Comment leur nuisent-ils, en effet ? n’est-ce pas en leur ôtant leur intégrité, leur beauté, leur santé, leur vertu, en un mot tous ces biens de la nature que le vice a coutume de détruire ou de diminuer ? Supposez qu’elles ne renfermassent aucun bien, alors le vice, ne leur ôtant rien, ne leur nuirait pas, et partant, il ne serait plus un vice ; car il est de l’essence du vice d’être nuisible. D’où il suit que le vice, bien qu’il ne puisse nuire au bien immuable, ne peut nuire cependant qu’à ce qui renferme quelque bien, le vice ne pouvant être qu’où il nuit. Dans ce sens, on peut dire encore qu’il est également impossible au vice d’être dans le souverain bien et d’être ailleurs que dans un bien. Il n’y a donc que le bien qui puisse être seul quelque part ; le mal, en soi, n’existe pas. En effet, ces natures mêmes qui ont été corrompues par le vice d’une mauvaise volonté elles sont mauvaises, à la vérité, en tant que corrompues, mais, en tant que natures, elles sont bonnes. Et quand une de ces natures corrompues est punie, outre ce qu’elle renferme de bien, en tant que nature, il y a encore en elle cela de bien qu’elle n’est pas impunie (note : c’est la doctrine de Platon, particulièrement développée dans le Gorgias). La punition est juste, en effet, et tout ce qui est juste est un bien. Nul ne porte la peine des vices naturels, mais seulement des volontaires, car le vice même, qui par le progrès de l’habitude est devenu comme naturel, a son principe dans la volonté. Il est entendu que nous ne parlons en ce moment que des vices de cette créature raisonnable où brille la lumière intelligible qui fait discerner le juste et l’injuste.

Saint Augustin, in « la Cité de Dieu » Livre XII, chapitres 1, 2 & 3.

Saint Michel gif

2022-99. Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 septembre 2022 – XVIe dimanche après la Pentecôte

Crucifixion - Van Dyck 1630 - Eglise St Michel Gand

Christ en Croix, Anthony van Dyck, 1630
[église Saint-Michel - Gand]

Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

Chers amis,

   Quelle époque que la nôtre ! Nous sommes assaillis par des titres médiatiques tous plus horribles les uns que les autres : ici des meurtres, là une guerre, là bas des profanations d’églises ou des sacrilèges commis par des « catholiques » clercs ou laïcs, comment ne pas être tentés de laisser tomber. « Laisse tomber, cela ne sert à rien de te battre, » nous dit le Malin, « je suis partout et j’ai déjà gagné ! Laisse-toi porter un instant par les plaisirs qu’offre ce monde moderne ! ». Sans désirer peindre un lugubre tableau de notre société, il ne faut pas faire l’autruche en ignorant la réalité des choses : notre monde court à sa perte. « Si Mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le bras de Mon Fils. Il est si lourd et si pesant que Je ne puis le retenir. Depuis si longtemps que Je souffre pour vous autres ; si Je veux que Mon Fils ne vous abandonne pas, Je suis chargée de Le prier sans cesse et vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, vous ne pourrez récompenser la peine que J’ai prise pour vous! J’ai donné six jours pour travailler, Je Me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder ; c’est cela qui appesantit tant le bras de Mon Fils. Aussi ceux qui mènent les charrettes ne savent plus jurer sans y mettre le nom de Mon Fils : ce sont ces deux choses qui appesantissent tant Son bras (1) .» Ces paroles de la Vierge Marie à La Salette doivent nous faire réfléchir. Quels sont les problèmes profonds de notre époque postmoderne ? Comment y contribuons-nous ? Que faisons-nous pour prier et apaiser ce Fils dont le bras se fait si lourd ?

   Notre monde actuel se complaît dans les plaisirs. Plus précisément, nous et nos contemporains sommes esclaves de nos appétits sensibles. C’est-à-dire que nous suivons nos attraits pour telle chose ou telle autre qui nous procurera un plaisir : écouter une musique peu édifiante, regarder un film qui contient des blasphèmes, grignoter un morceau alors que nous savons que cela est mauvais pour notre santé… Dans notre vie quotidienne, les exemples surabondent. « Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas peccamineux ! » Peut-être pas en effet. Pourtant, se livrer ainsi à nos appétits nous fait courir un grand danger : celui de la féminisation. Le Père Chad Ripperger (2) explique, dans une de ses nombreuses conférences, que, particulièrement de nos jours, nous devons tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, être virils. Qu’est ce que cela veut dire ? L’analyse de ce qu’est la virilité nous fournit la réponse. La virilité, qui est, normalement, le propre des hommes, permet à ces derniers d’être moins prompts à suivre les aléas des sentiments et des émotions. Elle donne également cette force qui est spécifique à l’homme. Lorsque nous imaginons un homme viril, nous imaginons plutôt un bûcheron canadien que sa pilosité faciale hirsute fait ressembler à un ours, plutôt qu’à un aristocrate anglais buvant du thé. L’homme viril est celui qui, conjointement avec une force physique certaine, dispose d’une certaine force d’esprit. Il fait ce qui est bien même si cela lui coûte. Toute femme dispose aussi de cette virilité intellectuelle, cette force mentale qui aide la volonté à faire ce qui est bon. Dans une conférence donnée à Lyon sur la virilité intellectuelle, le professeur Léon Ollé-Laprune (3) cite saint Thomas d’Aquin, le Docteur Commun, en ces termes : « la créature raisonnable a ce privilège d’avoir une sorte d’empire sur elle-même : elle est maîtresse d’elle-même. » Le professeur poursuit plus loin : « Voir clair, juger et conclure, ce sont, Messieurs, les qualités qui nous manquent le plus ; en d’autres termes, la virilité intellectuelle est d’autant plus souhaitable dans le temps présent que dans le temps présent elle manque davantage. Mais j’ajoute immédiatement que jamais elle ne fut plus nécessaire, et en voici la raison : Il y a des époques paisibles, tranquilles, qu’on pourrait dire assises : le dix-septième siècle, dans sa seconde moitié, pourrait, de loin du moins, en fournir un exemple. Alors, Messieurs, on peut se laisser vivre, alors on peut se dire que ceux qui ont l’autorité sont chargés de nous faire vivre, mais, dans le temps où nous sommes, il faut faire ses affaires soi-même. (4) » Cette conférence est toujours d’actualité. Tous, hommes, femmes, adolescents, nous devons acquérir cette virilité intellectuelle qui est une première étape nécessaire avant de pouvoir avancer dans la voie de la vertu.

   La vertu de virilité est primordiale, et, pour illustrer ses propos, le Père Ripperger prend en exemple la musique moderne. Certaines musiques élèvent l’âme ; le chant sacré par exemple. D’autres font ressortir nos instincts les plus basiques en faisant monter notre adrénaline. D’autres encore provoquent des émotions. Platon disait justement : « Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique ». La musique nous donnant un plaisir particulier lors de l’écoute, notre corps demandera toujours plus de musique. Nous connaissons tous (avons été ou sommes toujours), l’exemple de l’adolescent qui ne peut pas vivre sans ses écouteurs dans les oreilles. Lui supprimer sa musique est une violence telle qu’il se révolte. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est devenu dépendant du plaisir que lui procure sa musique. Il est « drogué » à la musique. La conséquence la plus grave en est une diminution de la volonté mais également de la virilité intellectuelle. Notre adolescent se féminise en fin de compte car il n’est plus capable de poser librement le choix du bon mais ne peut fonctionner que par son ressenti physique, ou plus exactement, psychique.

   Nous pouvons directement relier la perte de la virilité à un certain nombre de problèmes sociétaux. Si plus personne ne possède la virilité nécessaire pour tenir les lois morales, les interdits moraux sont levés de manière à pouvoir satisfaire les sens selon ses désirs. On commence par la « libération » sexuelle des années 70, pour en arriver aujourd’hui aux abominations de la théorie du genre et toutes ses conséquences chez les jeunes. La recherche du plaisir est telle que le moyen d’obtenir ce plaisir n’importe plus.  S’il faut tuer ou faire des actes contre nature, cela n’importe pas car la volonté et la virilité ne peuvent plus guider l’âme perdue vers le bien.

   La recherche du plaisir et la perte de la virilité entrainent un embourgeoisement matériel et spirituel ; la mortification prend la porte et le confort s’installe en maître partout et dans tous les aspects de nos vies. La simplicité n’a plus sa place, notamment à la table de notre maison. Elle est remplacée par une sorte de paresse qui nous entraîne à rechercher le luxe et l’inutile au lieu du nécessaire et du fonctionnel. Nous sommes déconnectés du réel et ne voyons plus les problèmes autour de nous. Nous finissons dans une sorte d’introspection perpétuelle par ne regarder que notre propre petite personne, que finalement, nous ne trouvons pas si médiocre que cela. Et la réforme de notre cœur devient de plus en plus compliquée car nous n’avons plus de volonté et sommes aveuglés par notre propre confort.

   Nous pouvons aisément constater qu’aujourd’hui l’esprit de mortification a disparu, tant au sein du clergé que chez les fidèles. Il est bien loin le temps du général de Sonis et des exercices de mortification corporelle. De nos jours même jeûner ou se priver ne serait-ce que de grignoter ou de boire trop d’alcool est vu comme un sacrifice trop important. Regardons dans nos maisons, nos chambres, analysons ce que nous avons en votre possession : combien de ces choses sont réellement utiles ? Nous avons tous besoin de retrouver cette virilité intellectuelle et nous avons tous besoin de sortir de nos vies confortables.

   La simplicité passe par le détachement matériel à la fois de manière intellectuelle mais également concrète. Un mobilier simple, une table simplement dressée, des repas simples (ce qui n’est pas synonyme de mauvais) sont des choses vers lesquelles nous devons tendre. Il nous faut sortir de notre confort.

   Virilité et simplicité : voici deux vertus qui, souvent oubliées, sont pourtant primordiales et doivent constituer un socle sur lequel nous bâtissons notre vie spirituelle. Dieu est simple, nous devons l’être aussi. Dieu est viril, Il ne change pas Ses humeurs. Nous devons également être virils pour, en fin de compte, devenir véritablement libres et détachés des choses d’ici bas et nous attacher aux choses d’en haut, tout en ayant les pieds fermement sur terre.

   Nous qui prions spécialement pour le relèvement de notre patrie, nous ne pouvons pas être médiocres : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche (5) ». Nous ne pouvons être des catholiques tièdes in genere, mais encore plus, il nous faut être des catholiques brûlants ! Comment voulons nous que nos prières soient efficaces si nous ne faisons pas pénitence ? « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !Je ne vous promets pas de vous rendre heureux en ce monde, mais en l’autre » disait la Sainte Vierge à Sainte Bernadette. Ces paroles sont encore plus d’actualité de nos jours. Nous devons faire pénitence pour nos propres péchés mais également pour aider notre Mère du Ciel à retenir le courroux de son Fils.

   Alors prenons des résolutions fermes, soyons des catholiques réellement virils et réellement simples, de la simplicité de Dieu. Nous serons alors libres de nous consacrer pleinement à faire rayonner Sa gloire dans le monde. Courage ! Soyez tous assurés de mes prières pour chacun d’entre vous,

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Alexandre Pie

Apparition de La Salette, détail d'un vitrail de l'église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Apparition de Notre Dame de la Salette
détail d’un vitrail de l’église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Notes :
1 – Début du discours de Notre-Dame à La Salette, le 19 septembre 1846
2 – Fondateur de la Société de la Mère de Douleurs, exorciste et Docteur en Philosophie
3 – 25 juillet 1839 – 13 février 1898, philosophe catholique et professeur
4 – Léon Ollé-Laprune, De la virilité intellectuelle, 20 août 1896, Facultés catholiques de Lyon, Unions de la Paix sociale, à lire > ici
5 – Apocalypse de Saint Jean, 3, 15-16.

2022-98. Le « Stabat Mater pour des religieuses » de Marc-Antoine Charpentier.

22 septembre,
L’octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame ;
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Notre-Dame des Sept-Douleurs

   Le Refuge Notre-Dame de Compassion, de par son vocable, célèbre à deux reprises sa « fête patronale » principale : une première fois le Vendredi de la Passion, où l’on fait la commémoraison solennelle de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie, et une seconde fois le 15 septembre, puisque, depuis les réformes liturgiques du pape Saint Pie X, la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, originellement célébrée le troisième dimanche de septembre, a été finalement fixée au lendemain de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix.
   Cette fête du 15 septembre est donc pour nous une « fête double de première classe avec octave commune » (selon les rubriques traditionnelles qui sont les nôtres, c’est-à-dire antérieures à toutes les réformes qui se sont succédées depuis le règne du Vénérable Pie XII), et en conséquence le 22 septembre est chez nous le jour octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame, où l’on reprend l’office et la Messe du 15 septembre sous le rit « double majeur », avec évidemment la sublime séquence « Stabat Mater », dont la composition est communément attribuée au franciscain Jacopone da Todi (+ 1306).

   En conclusion de cette magnifique semaine d’approfondissement du mystère de la compassion de la Très Sainte Mère de Dieu, permettez-moi de vous proposer d’écouter (ou de réécouter si vous le connaissez déjà, car il me semble que l’on ne s’en lasse jamais) le « Stabat Mater pour des religieuses » [H15], composé par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704).
Si l’on ne possède aujourd’hui pas de certitude absolue sur les circonstances de la composition de ce « Stabat », il semble toutefois très probable – en raison de son style – qu’il appartienne au groupe d’œuvres composées pour le couvent de Port-Royal de Paris. C’est une pièce d’une simplicité sublime qui porte une pure et poignante ferveur propice à soutenir la méditation et la contemplation des souffrances de Notre-Dame au pied de la Croix.

   Voici deux enregistrements tous deux réalisés dans la Chapelle Royale de Versailles avec « le Concert des Nations » et « la Capella Reial de Catalunya » sous la direction de l’incomparable Jordi Savall : deux enregistrements qui présentent de petites différences (l’un des deux a été réalisé lors d’un concert public), mais qui sont l’un comme l’autre absolument admirables, à mon sens, sans que je les puisse mettre en concurrence et départager.

   Le Bienheureux Innocent XI, par un bref apostolique de 1681, confirmé par un rescrit du Bienheureux Pie IX le 18 juin 1876, a accordé 100 jours d’indulgence aux fidèles qui honorerons les douleurs de la Très Sainte Vierge Marie en priant et méditant au moyen du « Stabat Mater ».

Pour écouter ces deux enregistrements, faire un clic droit sur les images ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ».

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres « Stabat Mater » proposés dans ce blogue :
- Zoltan Kodaly > ici
- Jean-Baptiste Pergolèse (deux versions) > ici 

2022-97. Le renouveau de la France passera par le retour des Lys.

Mercredi 21 septembre 2022,
Fête de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste (cf. > ici, et > ici) ;
230ème anniversaire de la proclamation, par dol et forfaiture, de la 1ère république (cf. > ici).

   La joie de la fête de l’apôtre Saint Matthieu – belle et grande fête d’un très grand et très admirable apôtre de Notre-Seigneur – est toutefois toujours un peu voilée de tristesse en raison de l’anniversaire historique attaché à cette date : le 21 septembre 1792, comme nous le rappelons ci-dessus (aller sur le lien proposé), au mépris de toute démocratie – dont elle prétend pourtant tirer sa force et sa « légitimité » – et des convictions plus que générales des Français, la Royauté française était déclarée abolie et la république proclamée…
Avec la république, la France allait s’enfoncer dans l’horreur et le chaos, la corruption et la barbarie, pour ensuite sombrer dans la dictature d’un petit caporal bouffi d’orgueil !

   A l’occasion de ce deux-cent-trentième anniversaire cependant, en guise de remède au « spleen » politique et d’antidote à la désespérance, nous avons un réel plaisir à vous proposer la lecture d’un texte paru au mois de juin dernier dans la revue publiée par le Cercle royal des enfants de France : ce sont les réponses données par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX aux questions posées par l’un des responsables du Cercle sus-nommé.
Voilà donc de quoi réfléchir, avec l’occasion de se dire que nous pouvons avoir la certitude que la « gueuse » périra de ce qui l’a fait naître  : le mensonge et la forfaiture, le crime et le terrorisme, la corruption et la barbarie, l’abrutissement et le sacrilège…
Les paroles fortes et sereines de l’Aîné des descendants de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, nous invitent à agir, à être « missionnaires » de la Légitimité, à saisir toutes les occasions et à être les acteurs d’une véritable restauration royale.

PS : Nous nous autorisons à reproduire en caractères gras les phrases qui nous semblent les plus importantes de cet entretien.

Couverture de la revue du cercle royal des enfants de France - juin 2022

Couverture de la revue de juin 2022 publiée par le Cercle Royal des Enfants de France
dans lequel est paru l’entretien reproduit ci-dessous

frise fleurs de lys

1. Que pensez-vous de l’avenir de la France avec la réélection de Emmanuel Macron en tant que président ?

   Je ne polémique pas avec l’actuel président de la république qui comme tous ses prédécesseurs passera…
Je suis plus intéressé par l’avenir de la France qui, elle, a vocation de durer. Je dois dire que je suis inquiet de ce qui se passe depuis des décennies dans la terre des Lys.
Comme nous le montre l’histoire, la France a été une terre de progrès, de culture, de civilisation ; un pays non seulement prospère et puissant mais, encore plus, regardé par de nombreux autres comme un modèle.
Pourtant, actuellement, nous voyons l’œuvre des siècles détruite. Pour une large part c’est le fait d’institutions inadaptées car elles ne permettent aux meilleurs de donner toute leur puissance au service de la collectivité. Où sont les Colbert, les Sully, les Michel de l’Hospital ? Pareillement elles appauvrissent des populations toujours plus nombreuses. La France a progressivement été déclassée, ce qui a des conséquences sur sa souveraineté et son moral. Or c’est contre cet esprit d’abandon qu’il faut réagir et, malheureusement les gouvernements actuels sont incapables de le faire puisque les institutions ne sont plus à même de répondre aux besoins. Bâties sur des idées fausses, minées par le scepticisme et le relativisme elles ne peuvent répondre aux interrogations du monde d’aujourd’hui. D’ailleurs depuis des décennies les gouvernements ont promis des réformes mais ils n’ont rien fait car c’est le système qui est mauvais.

2. Que pensez-vous de l’Union Européenne, trouvez-vous qu’elle remplit son rôle, ou va-t-elle trop loin ?

   Vous faites bien de poser la question en termes d’Union Européenne car c’est là où le bât blesse.
Un Capétien ne peut être que pour l’Europe, qui a été le creuset de la civilisation occidentale, à laquelle le monde entier doit tant. L’Europe a toujours eu le souci de transmettre sur les cinq continents ses valeurs inspirées par sa foi chrétienne et l’héritage gréco-romain.
Qu’a-t-telle à transmettre actuellement si ce n’est des idéologies délétères ? Avec l’Union européenne ce qui était un projet de civilisation rayonnant sur le monde, est devenu un mauvais modèle économique et financier technocratique menant à une mondialisation dangereuse puisqu’ordonnée à rien d’autres que l’esprit de profits à court terme.
Afin que l’Europe puisse de nouveau être un modèle et non un pion plus ou moins malmené dans un concert des nations toujours plus instable et dangereux, la France doit reprendre conscience de sa vocation d’éducatrice des nations.

3. Avez-vous l’impression que les Français désirent un roi ?

   Cela ne peut-être une question d’impression.
Le Roi sous-entend une volonté de partager un destin commun, un grand dessein dans lequel tous se retrouvent, heureuse alchimie entre les désirs individuels et la volonté de garantir ce que les anciens appelaient la chose publique. Les Français n’ont jamais totalement oublié le roi. Les dix siècles de royauté demeurent comme une sorte d’âge d’or auquel ils peuvent se référer ne serait-ce qu’en matière de patrimoine. Ce qui est « royal » par nature est « beau et glorieux ».
Sur un autre plan voyez aussi combien les Français regardent avec envie vers les princes étrangers que ce soit les Windsor ou les Grimaldi. Plus de Français ont suivi le Jubilé des 70 ans de règne de la Reine Elisabeth II que la cérémonie du second quinquennat de M. Macron.
Mais d’un certain sentiment en faveur de la royauté il conviendrait de passer à une volonté.

4. Avez-vous une impression que la civilisation européenne sombre dans un déclin profond à un point où toutes les valeurs qui l’ont bâtie ont été oubliées ? Quelle serait votre alternative face à ce déclin ?

   Comment ne pas voir qu’il y a un certain déclin européen ?
Il y a des causes extérieures, par exemple la poussée des pays émergents qui sont de nouveaux concurrents notamment économiques ; mais encore plus il y a des causes morales, une sorte de démission née d’une perte de confiance.

L’Europe rejette ses racines historiques, religieuses et civilisationnelles, comme si elle avait honte d’elle-même et de ce qu’elle a réussi par le passé et qui a fait sa grandeur. Elle semble oublier qu’elle a été le lieu de tous les progrès tant matériels que culturels. Elle a été l’espace où ont pu s’épanouir tous les arts. L’Europe peut être fière d’elle -même.
Quand elle abandonne sa mission, le monde retrouve les désordres : l’esclavage renait, comme la piraterie et tous les trafics ; les obscurantismes de tous ordres s’épanouissent, et donc l’insécurité pour tous.
Les périls extérieurs sont autant le fruit des démissions internes que des volontés hégémoniques de nos ennemis.
Quand la France et l’Europe montraient leur puissance et leur détermination elles n’ont pas été attaquées. C’est une des leçons que Louis XIV donnait au Dauphin. Elle n’a pas perdu de son actualité.

   Pour stopper le déclin il faut que l’Europe retrouve confiance en elle et revienne a plus de sens du réel, c’est-à-dire tire un trait sur les fausses idées et les idéologies. Les dernières crises, économiques, sociales et sanitaires, montrent nos fragilités en des domaines toujours plus larges et pourtant vitaux pour notre pays. Cette dépendance accompagne le déclin. Il faut en tirer les conséquences et savoir renouer avec une action politique réaliste permettant de retrouver les voies de la croissance et du développement équilibré.

5. Que pensez-vous de la place de la jeunesse dans le royalisme actuel ? Les encouragez-vous à poursuivre des actions tel que ce journal, du militantisme (collage d’affiche…) ou d’autres actions ?

   Les jeunes sont toujours l’avenir. Cela est vrai pour les familles comme pour les Etats. Cela est vrai aussi, bien évidemment, pour le royalisme. Que serait-il s’il n’était que prôné par les anciens ? Tout au plus une nostalgie pour un monde révolu du passé.
Or le royalisme, comme cela l’a toujours été du temps des Rois de France, doit être avant tout vision d’avenir, d’espoir pour demain. Chaque règne nouveau apportait un peu plus au royaume. Dans les premiers siècles, assurer l’essor territorial ; ensuite créer des structures politiques et administratives performantes avec une fonction publique dévouée au service de l’Etat, enfin assumer et garantir la souveraineté.
Actuellement la société est si malade que sa renaissance incite à revenir aux formes qui ont fait leur preuve et non aux utopies.
Je ne peux qu’encourager les jeunes, à la fois dans leur activité d’approfondissement des connaissances pour pouvoir défendre leurs idées, et de militantisme, car les jeunes ont besoin d’action. Ainsi je soutiens les jeunes qui s’engagent dans les actions diverses pour contribuer au bien commun.

6. Certains jeunes ne comprennent pas pourquoi vous n’habitez pas en France ? Est-ce une question de principe ? ou pratique ? Pouvez-vous nous en parler ?

   Il n’y a aucune raison de ne pas en parler.
Je vis avec ma famille à Madrid. Même si les chefs des maisons ayant régné sur la France ne sont plus astreints à l’exil, comme ce fut le cas jusqu’au milieu des années 1950, il me semble qu’actuellement, je suis plus libre en étant hors des frontières. Cela me permet de n’être le jeu d’aucune pression et d’avoir le recul nécessaire sur les grandes interrogations de la société comme le déclassement qui atteint une part toujours plus grande de la population.
N’oublions pas que la France, en ce début du XXIème siècle, voit le nombre de ses pauvres augmenter. Des territoires entiers sont déclarés par les autorités elles-mêmes comme des zones de non droit ; pendant que d’autres territoires, dits périphériques, se trouvent abandonnés par les services publics les plus élémentaires ; quant à des pans entiers de ce qui était encore il y a peu le fleuron de la France, l’éducation, la justice, le système de santé, se voient peu à peu empêchés de bien remplir leur mission. L’Armée tient encore par le souci d’abnégations de tous, mais pour combien de temps ?
Ce sont sur ces problèmes structurels beaucoup plus que conjoncturels qu’il appartient d’avoir des réponses et donc d’avoir du recul.
Je sais, qu’heureusement, nombreux sont ceux qui commencent à y réfléchir et je ne peux que les encourager…
D’autre part, s’il faut vous rassurer sur le quotidien, je viens fréquemment en France. Je souligne que les distances sont abolies, et, même hors des frontières, je ne me sens pas loin de la France et des Français dont je ne suis séparé que par une heure et demie d’avion. Les liaisons sont permanentes avec mes collaborateurs, et aussi avec l’information par le biais des réseaux sociaux.

7. Quelle forme aurait la Monarchie future ?

   Elle ne pourrait avoir que la forme de son temps comme ce fut toujours le cas. Du Xème au XIXème siècle la royauté a connu des formes diverses. Celle de Saint Louis n’est pas celle de Louis XIV, celle de François 1er la même que celle d’Henri IV.
Il en serait de même aujourd’hui ou demain.
La monarchie restaurée dans un souci de bien commun retrouvé devra assurer leur place aux corps intermédiaires pour une bonne représentativité de tous. C’est sur ce point que notre régime malgré son emploi permanent du mot démocratie, n’assume plus ses devoirs, d’où la crise sociale permanente du fait de tous ceux qui se trouvent exclus. C’est de cela que le taux d’abstention à toutes les élections témoigne.
La royauté nous a appris que la société doit être un corps social vivant dans lequel chacun est à sa place, du plus humble jusqu’au Roi, qui est sa clef de voûte. C’est vers cela qu’il faut tendre en redonnant leur place à tous les corps intermédiaires, le premier étant bien évidemment la famille.

8. Voulez-vous rajouter un point important que nous n’aurions pas abordé ?

    Ne perdez pas espoir et gardez à l’esprit que c’est par l’engagement de tous que la France trouvera la voie de son renouveau.

9. Que voulez-vous dire aux jeunes qui vont vous lire ?

   L’avenir est entre leurs mains. Ils doivent apprendre et travailler en ce sens de manière ensuite à remplir leur devoir d’Etat visant au bien commun de tous, et à leur épanouissement personnel et familial.
Il faut qu’ils gardent espoir pour le renouveau de la France qui passera par le retour des Lys et qu’ils s’engagent, chacun à leur place, dans cette voie du renouveau.

Source > ici

Grandes armes de France

2022-96. Pour bien commencer la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel Archange.

20 septembre,
Fête de Saint Eustache et de ses compagnons, martyrs ;
Vigile de Saint Matthieu ;
Anniversaire de la prise de Rome par les Piémontais en 1870 (cf. > ici) ;
Premier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   Afin de mieux entrer dans la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel, nous vous proposons de lire, relire et méditer ce beau texte de Monsieur l’Abbé Gabriel Eyquin, membre zélé de la Confrérie Royale, qui l’avait rédigé en guise de lettre mensuelle pour le 25 septembre 2018.

Archange Saint Michel

Saint Michel et le Royaume des Lys :

   Dans quelques jours nous célébrerons la fête de saint Michel et de tous les saints Anges, dont il est le Chef ou Archange.

Deuxième Séraphin à la création des Anges, il en devint le premier à la révolte de Lucifer, dont l’orgueilleuse rébellion suscita chez lui ce cri d’indignation : « Qui est comme Dieu », en hébreu Mi kha el ? Qui prétend s’égaler à Dieu ?

Premier Ange, il est le « grand Prince », comme l’appelle le saint prophète Daniel, le « Prince de la Milice des Anges », dit un répons de la liturgie, le Chevalier des droits de Dieu, et le principal ennemi du diable, selon saint Bruno. Son rôle dans l’histoire du salut et dans celle de l’Eglise est incommensurable (très souvent mentionné dans la Sainte Ecriture sans être nommé, selon les Pères).

Il fut le « Prince d’Israël », selon saint Daniel, l’Ange gardien du Peuple élu de l’Ancien Testament. Premier des Anges, seul il pouvait être désigné par Dieu comme l’Ange gardien de l’Humanité de Jésus, « afin, dit le Psaume XC du saint Roi David, de le garder en toutes ses Voies ». Il devint logiquement dans le Nouveau Testament l’Ange gardien de la Sainte Eglise, nouvel Israël, d’après saint Chrysostome. Il convenait qu’il devînt l’Ange gardien de la France, qui est la nouvelle « tribu de Juda », selon le Pape Grégoire IX ; et il vint préparer sa mission en consacrant avec les saints Anges la cathédrale Notre-Dame du Puy, future protectrice du Royaume, le 11 juillet 225.

Le Puy-en-Velay

Le Puy-en-Velay : la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation est aussi appelée « chambre angélique »
parce qu’elle fut consacrée par le ministère des saints anges le 11 juillet 225.

I. Le Patron du Royaume.

   Aux aurores du Royaume saint Michel apparut au saint Roi Clovis 1er le Grand à la bataille de Tolbiac en 496 pour répondre à son appel au secours au « Dieu de Clothilde », il lui prédit la victoire en vertu de la Croix et réduisit l’armée ennemie à la merci de Clovis.
Après la bataille Clovis, par reconnaissance (grande vertu royale envers Dieu), lui consacra sa personne et son Royaume. C’est donc chronologiquement le premier saint Patron de la France, il est « le Patron et Prince de l’empire des Gaules », selon les termes de saint Charlemagne.

   Saint Michel compléta son intervention en servant de ministre au Saint-Esprit pour apporter, sous la forme d’une Colombe (qui manifestait la troisième Personne de la Très-Sainte Trinité comme au Baptême du Sauveur), la Sainte Ampoule au sacre de Clovis à la Noël 496 à Rheims, comme le dit une antienne du sacre du Roi de France : « par le ministère d’un Ange ».
Et tous les Rois des trois Races tinrent saint Michel en grand honneur ; saint Charlemagne le mit sur son étendard et fit de sa fête du 29 septembre une fête d’obligation en 813 (jusqu’au concordat de 1801 !).

St  Michel au péril de la mer

II. Le bastion de Saint Michel.

   Pour rendre sa protection perpétuellement visible, saint Michel apparut le 16 octobre 708 à saint Aubert, évêque d’Avranches, pour lui demander « que l’on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe », dit l’office du 16 octobre. Pour vaincre les doutes de l’évêque, à la troisième apparition il lui pressa le crâne avec son doigt sur le côté gauche et y fit un trou, ce qui convainquit l’évêque et son chapitre de la réalité de l’apparition, comme on peut encore le voir sur le crâne du saint en l’église des Saints Gervais et Protais d’Avranches.
L’Archange prenait matériellement possession du Royaume en y plaçant son Trône terrestre.

   Averti, le Roi Childebert III le juste « voulut s’y rendre en pèlerinage », selon le même office, suivi au cours des siècles par nombre de ses successeurs. Le mont Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, dont l’église primitive (toujours subsistante sous l’actuelle) fut consacrée par Notre-Seigneur Lui-même en présence de saint Michel le 16 octobre 709, est, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, face aux tempêtes de l’océan (figure des tempêtes du monde et des démons), le bastion du Prince des Anges face au prince de ce monde pour la protection du Royaume, et l’un des pèlerinages les plus fréquentés de la France et de la Chrétienté : « Immensi tremor oceani » (la terreur de l’immense océan), selon la devise de l’ordre de Saint-Michel.

III. La protection du Royaume.

   Dans l’une de ces plus graves tempêtes, alors que la moitié du pays était envahie, le Mont soutint vaillamment un siège de trente-cinq ans (1415-1450), malgré l’abbé, passé à l’ennemi, mais grâce à ses moines, à sa petite garnison et à ses habitants, restés fidèles à saint Michel, car, « tant que dura la monarchie, dit dom Guéranger, l’Archange ne souffrit pas qu’une autre bannière que celle du Roi Très-Chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts » (comme au Puy fit Notre-Dame).

   L’Archange apparut alors en 1425 à une vierge de treize ans, sainte Jehanne d’Arc, à Domremy, en Barrois mouvant, et peu à peu il lui « raconta la pitié du Royaume de France et comment elle devait aller au secours du Roi ».
Lui-même avait reçu mission de la Reine du Puy pour son jubilé de 1429, et il envoya la jeune Pucelle délivrer la ville d’Orléans le 8 mai (en la fête de son apparition au mont Gargan), puis mener sacrer le Roi Charles VII le Victorieux à Rheims le 17 juillet (pendant l’octave de la Dédicace de la cathédrale Notre-Dame du Puy par saint Michel et les saints Anges).
La sainte avait envoyé sa mère et les soldats de son escorte gagner le jubilé anicien à sa place et prier l’Archange en l’abbatiale Saint-Michel d’Aiguilhe (consacrée sur son mont le 18 juillet 961) pour le succès de sa mission. Elle-même plaça saint Michel et saint Gabriel sur son étendard. Et à son martyre saint Michel vint prendre sa belle âme.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

Chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (Le Puy-en-Velay)

   En reconnaissance (vertu royale envers Dieu), le Roi Louis XI le Prudent fonda le 1er août 1469 l’ « Ordre et aimable Compagnie de Monsieur saint Michel » en « commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier ».
C’est le plus ancien ordre royal actuellement subsistant, et pour ce motif son collier se trouve au plus près de l’écu royal.
Monseigneur le Duc d’Anjou, Chef et Souverain Grand-Maître, et trois chevaliers (dont deux des Ordres du Roi) continuent cette tradition des vertus chevaleresques à l’image du grand Archange et de la fidélité royale sous la protection de l’Ange gardien du Royaume.

IV. La fidélité de saint Michel.

   Pendant les périls des guerres de Religion, lors du sacre du Roi Henri IV le Grand à Chartres le 27 février 1594, un jeune enfant vêtu de blanc et resplendissant de lumière demeura auprès du Roi pendant toute la cérémonie comme sainte Jehanne d’Arc au sacre de Charles VII, puis disparut, et l’on pensa que c’était saint Michel (qui avait laissé une trace de pied d’enfant au mont Gargan) : l’Archange était donc toujours fidèle pour protéger le Royaume et « sauver le Roi » (selon le Psaume XIX de saint David).
Pensons à prier saint Michel pour le salut du Roi et du Royaume.

Statue d'argent de Saint Michel dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Statue de Sainte Michel, recouverte d’argent,
sur l’autel de l’archiconfrérie dans l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel

   Pendant les périls de la Fronde, la Reine Mère Anne d’Autriche, au nom de son fils le Roi Louis XIV le Grand, se tourna vers l’Ange gardien du Royaume et décida en 1652 de consacrer le premier mardi de chaque mois (on honore chaque mardi les saints Anges depuis saint Alcuin au VIIIème siècle) à saint Michel, et d’y faire célébrer une messe en son honneur pour la protection du Royaume, selon la grande tradition royale de la dévotion à saint Michel (cf. > ici).
Nous pourrions faire célébrer cette messe mensuelle en l’honneur de saint Michel pour le Roi et pour le Royaume.

   Saint Michel apparut en 1751 à la bienheureuse Antoinette d’Astonac, carmélite portugaise (dans un pays capétien), pour lui demander de répandre le chapelet de saint Michel et des neuf chœurs des Anges : quatre Pater en l’honneur de saint Michel, de saint Gabriel, de saint Rapahël et de notre Ange gardien, puis trois Pater et trois Ave en l’honneur de chacun des neuf chœurs des Anges suivis à chaque fois d’une salutation au chœur concerné.
Ce pourrait être une de nos dévotions chaque premier mardi du mois auprès du Chef et des membres de la Milice angélique (munie d’indulgences par le bienheureux Pape Pie IX) pour le Roi et pour le Royaume.

   En 1758 les neuf évêques de Bretagne (comme les neuf chœurs des Anges) instituèrent à la date du 5 janvier, veille de la fête de la Royauté de Jésus-Christ et des saints Rois Mages, une fête en « l’honneur des saints Anges gardiens du Roi et du Royaume », ce dernier étant saint Michel.
Même hors de Bretagne ce pourrait être une grande fête en l’honneur de saint Michel et du saint Ange gardien de Louis XX (certainement un grand Ange pour le Roi Très-Chrétien).

Statue de l'archange au sommet de la flèche du Mont Saint-Michel

Statue de l’Archange au sommet de la flèche de l’église abbatiale du Mont Saint-Michel

   Pendant la première Guerre Mondiale Paris fut épargné grâce à un vœu de son archevêque à saint Michel, ce pour quoi il construisit une nouvelle église à saint Michel aux Batignolles. Et l’Archange manifesta encore sa fidèle protection du pays en arrêtant la seconde Guerre Mondiale le 8 mai 1945, en sa fête.
Pensons à célébrer les fêtes du saint Ange gardien du Royaume (8 mai : Apparition au mont Gargan en 490 ; 29 décembre : Dédicace du mont Gargan par saint Michel en 493 et fête principale de l’Ordre de Saint-Michel ; 16 octobre : Apparition en 708 et Dédicace par le Sauveur en 709 du mont Tombe ; et 5 janvier : fête du saint Ange gardien du Royaume).
Rappelons-nous que dans les graves périls et tempêtes actuelles c’est saint Michel, Chevalier du Cœur immaculé de Marie et de la Reine du Puy, qui donnera la victoire ; et qu’il nous dit, selon la poésie de sainte Thérèse de Lisieux :

« Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand général au royaume des cieux ».

Soixante-deux villes et villages de France, sans compter les hameaux (et combien de sanctuaires et de chapelles d’églises !) lui sont consacrés.

Rappelons-nous qu’ « il est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort », selon saint Alphonse, et qu’il est invoqué dans la prière de la recommandation des mourants. Il « vient, dit saint Thomas, au secours des chrétiens, non seulement à l’heure terrible de la mort, mais au jugement particulier », et « Dieu lui a donné, dit saint Bonaventure, de faire pencher la balance en faveur de ses dévoués serviteurs » : « Prévôt du paradis », selon une antienne, il « introduit les âmes dans la sainte lumière » du ciel, selon la messe des Défunts.
Puisse-t-il en être ainsi de notre Roi, de notre Reine, de nos petits Princes et Princesse, du plus grand nombre de Français, et de nous-mêmes.
Ainsi soit-il.

+ Abbé Gabriel Eyquin.

Prières à Saint Michel que l’on trouvera dans les pages de ce blogue :

- Neuvaine du 20 au 28 septembre pour préparer la fête de Saint Michel > ici ;
- Prières pour demander l’assistance de Saint Michel > ici ;
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Michel > ici ;
- Prière pour solliciter le secours de l’archistratège Saint Michel > ici ;
- Consécration de la France à Saint Michel > ici ;
- Prière de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin (Madame Louise de France) pour la conservation du Royaume > ici.

Combat de St Michel et des anges.

2022-95. Les morts spirituels.

15ème dimanche après la Pentecôte :
Péricope évangélique : Luc, VII, 11-15.

Sermon XCVIII
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
l’Evangile de la résurrection du fils de la veuve de Naïm

Sacristie de la cathédrale Saint-Louis Versailles - résurrection du fils de la veuve de Naïm - Jean Jouvenet (1708)

Jean Jouvenet : résurrection du fils de la veuve de Naïm (1708)
[sacristie de la cathédrale Saint-Louis, Versailles]

Résumé : Tous les miracles de Notre-Seigneur ont un sens caché que tous malheureusement ne comprennent pas, et si de toutes les nombreuses résurrections qu’Il a opérées durant le cours de Sa vie il n’est fait mention que de trois dans l’Évangile, c’est parce que ces trois résurrections sont une image de la résurrection spirituelle de tous les pécheurs.
Quelques-uns en effet n’ont fait que consentir intérieurement au péché ; d’autres ont uni l’action extérieure au consentement ; d’autres enfin sont écrasés sous le poids des habitudes coupables. Les premiers sont représentés par la fille du chef de la synagogue, que Jésus ressuscita dans la chambre même où elle venait d’expirer ; les seconds par le fils de la veuve de Naïm, qui était déjà sorti de sa demeure et que l’on portait en terre ; les troisièmes enfin, par Lazare, déjà couvert de la pierre sépulcrale, et enseveli depuis quatre jours. Ces quatre jours signifient les quatre degrés par lesquels on descend dans le tombeau des habitudes coupables.

   §1. Les miracles de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ font des impressions, mais des impressions bien diverses, sur tous ceux qui en entendent le récit et qui y ajoutent foi. Les uns s’étonnent de ces prodiges corporels, mais sans y voir rien de plus grand ; d’autres, au contraire, contemplent avec plus d’admiration encore dans les âmes les merveilles qu’ils voient se produire dans les corps. Le Seigneur ne dit-Il pas Lui-même : « De même que le Père réveille les morts et leur rend la vie ; ainsi le Fils donne la vie à qui Il veut » (Jean V, 21) ? Ce n’est pas que le Fils ressuscite des morts que ne ressuscite point le Père ; le Père et le Fils ressuscitent les mêmes puisque le Père fait tout par le Fils ; mais c’est pour le chrétien une preuve indubitable qu’aujourd’hui encore Il ressuscite des morts. Mais, hélas ! si chacun a des yeux pour voir des morts ressusciter à la manière dont est ressuscité le fils de la veuve dont il vient d’être question dans l’Evangile, il n’y a pour voir les résurrections du cœur que ceux dont le cœur est ressuscité déjà. Il est plus grand de ressusciter pour vivre toujours, que de ressusciter pour mourir de nouveau.

   §2. Si la résurrection de ce jeune homme comble de joie la veuve, sa mère ; notre mère la Sainte Eglise se réjouit aussi en voyant chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. L’un était mort de corps ; les autres l’étaient d’esprit. On pleurait visiblement la mort visible du premier ; on ne s’occupait, on ne s’apercevait même pas de la mort invisible des derniers. Mais quelqu’un connaissait ces morts, Il s’occupa d’eux ; et heureusement, Celui qui seul les connaissait, pouvait les rappeler à la vie. Si en effet le Seigneur n’était venu pour ressusciter ces morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Lève-toi, ô toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts et le Christ t’éclairera » (Eph. V, 14).
Quand tu entends ces mots : « Lève-toi, ô toi qui dors », tu te figures simplement un homme endormi ; mais ces autres mots : « Lève-toi d’entre les morts », doivent te faire entendre qu’il est réellement question d’un mort. Des morts, même ordinaires, ne dit-on pas qu’il dorment ? Oui, pour Celui qui peut les ranimer ils ne sont qu’endormis. Un mort est pour toi un mort, car il ne s’éveille point quoique tu fasses pour le secouer, pour le pincer, pour le mettre en pièces. Mais pour le Christ qui lui dit : « Lève-toi », ce jeune homme était simplement endormi, puisqu’il se leva aussitôt. Nul n’éveille aussi facilement un homme dans son lit, que le Christ ne tire un mort du tombeau.

   §3. L’Ecriture ne nous parle que de trois morts visibles ressuscités par le Christ.
Il est certain qu’il a ressuscité par milliers des morts invisibles ; mais qui sait combien Il en a ressuscités de visibles ? Car tout ce qu’il a fait n’est pas écrit. « Jésus a fait beaucoup d’autres choses, dit Jean en termes formels ; si elles étaient écrites, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu’il faudrait composer » (Jean XXI, 27). Il est donc sûr que le Sauveur a ressuscité beaucoup d’autres morts ; mais ce n’est pas sans motif qu’il n’est fait mention que de trois.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, en effet, voulait qu’on vît encore un sens spirituel dans ce qu’Il faisait sur les corps. Il ne faisait pas des miracles pour faire des miracles ; Il prétendait que, admirables à l’oeil, Ses œuvres fussent une instruction pour l’esprit. Un homme voit des caractères sur un livre magnifiquement écrit, mais il ne sait lire ; il loue l’adresse du copiste, il admire la beauté des traits, mais il en ignore la destination et le sens ; ses yeux s’extasient ainsi devant ce que ne comprend pas son esprit. Un autre au contraire admire et comprend, car il ne voit pas seulement ce que tous peuvent voir ; il sait lire encore, ce que ne sait le premier qui n’a point appris. Ainsi parmi les témoins des miracles du Christ, il y en eut qui ne saisissaient point ce qu’ils signifiaient, ce qu’ils révélaient en quelque sorte à l’intelligence ; ceux-là ne les admiraient que comme des faits extérieurs ; mais il y en eut d’autres qui en comprenaient le sens tout en les admirant, et c’est à ceux-ci que nous devons ressembler dans l’école du Sauveur.
Si l’on dit en effet qu’Il a fait des miracles pour faire des miracles, on peut avancer également qu’en cherchant à cueillir des figues sur le figuier, il ignorait que ce n’en était pas la saison. L’Evangéliste dit positivement que ce n’était pas le moment des figues ; le Sauveur toutefois en cherchait sur cet arbre pour apaiser Sa faim. Mais quoi ! le Christ ignorait-Il ce que savait un paysan ? Le Créateur de ces arbres méconnaissait-Il ce que savait le jardinier ? Il faut donc reconnaître qu’en cherchant des fruits sur cet arbre pour apaiser Sa faim, Il voulait faire entendre qu’Il avait faim d’autre chose et qu’Il cherchait une autre espèce de fruits. On Le vit de plus maudire ce figuier qu’Il trouva couvert de feuilles mais sans aucun fruit, et cet arbre se dessécha. Or comment avait-il démérité en ne portant pas de fruits ? (cf. Matth. XXI, 18-19). Quel crime peut commettre un arbre en demeurant stérile ? Ah ! c’est qu’il est des hommes dont la stérilité est volontaire, et la volonté les rendant féconds, ils sont coupables de ne pas l’être. Tels étaient les Juifs ; arbres chargés de feuilles et dénués de fruits, ils se vantaient de posséder la loi sans en faire les oeuvres.
J’ai voulu prouver, par ces développements, que Jésus-Christ Notre-Seigneur faisait des miracles pour nous instruire ; Il ne les donnait pas seulement comme des œuvres merveilleuses, magnifiques et divines, Il voulait encore nous donner par eux quelques leçons.

   §4. Qu’a-t-Il donc prétendu nous enseigner par les trois morts qu’Il a ressuscités ?
Il a ressuscité d’abord la fille du prince de synagogue qui Le priait de venir la délivrer de sa maladie. Or, lorsqu’Il y allait, on vint annoncer qu’elle était morte, et comme pour Lui épargner des fatigues désormais inutiles on disait au père : « Ta fille est morte, pourquoi tourmenter encore le Maître ? » Mais le Sauveur poursuivit Sa route : « Ne crains pas, dit-Il au père, crois seulement ». Il arriva à la maison, et trouvant déjà tout préparé pour 
l’accomplissement du devoir des funérailles : «Ne pleurez pas, dit-Il, car cette jeune fille n’est pas morte, elle dort ». Il disait vrai : cette fille était endormie, mais pour Celui-là seulement qui pouvait l’éveiller. Il l’éveilla et la rendit pleine de vie à ses parents (Marc, V, 22-43).
Il ressuscita aussi ce jeune homme, fils de veuve, qui nous a donné occasion de faire à votre charité ces réflexions, que le Sauveur Lui-même daigne nous inspirer. On vient de vous rappeler comment eut lieu cette résurrection. Le Sauveur approchait d’une ville : Il rencontra un convoi qui emportait un mort, et on était déjà sorti de la porte. Touché de compassion à la vue des larmes que répandait cette pauvre mère, déjà veuve et privée maintenant de son fils unique, Il fit ce que vous savez : « Jeune homme, dit-Il, Je te le commande, lève-toi ». Ce mort se leva, il se mit à parler, et Jésus le rendit à sa mère.
Il ressuscita enfin Lazare, dans le tombeau même. Les disciples savaient Lazare malade, et comme Jésus S’entretenait avec eux et qu’Il aimait Lazare : « Lazare, notre ami, dort », dit-il. Mais eux, considérant que le sommeil serait bon au malade : « Seigneur, répliquèrent-ils, s’il dort, il est guéri ».
« Je vous le déclare, reprit alors le Sauveur plus clairement, Lazare, notre ami, est mort » (Jean XI, 11-44). Ces deux expressions sont justes : Pour vous il est mort, et pour moi il est seulement endormi.

   §5. Ces trois mots désignent trois espèces de pécheurs, ressuscités par le Christ, maintenant encore.
La fille du chef de Synagogue était restée dans la maison de son père, elle n’en avait pas encore été tirée ni emportée publiquement, C’est dans l’intérieur de la demeure qu’elle fut ressuscitée et rendue vivante à ses parents.
Quant au jeune homme, il n’était plus dans sa maison, et pourtant il n’était pas encore dans le tombeau ; il avait quitté le foyer, mais il n’était pas encore déposé dans la terre ; et la même puissance qui avait ressuscité la jeune fille encore sur son lit, ressuscita ce jeune homme qu’on avait sorti du sien, sans l’avoir encore inhumé.
Une troisième chose restait à faire, c’était de ressusciter un mort dans le tombeau : Jésus fit ce miracle sur Lazare.
Venons à l’application.
Il y a des hommes qui ont le péché dans le cœur, quoiqu’il ne paraisse pas encore dans leur conduite. Ainsi quelqu’un ressent un mouvement de convoitise, et comme le Seigneur dit Lui-même : « Quiconque aura 
regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère dans son cœur » (Matth. V, 28) ; quoique le corps ne l’ait pas approché, dès que le cœur consent au crime, il est mort ; mais ce mort reste encore dans sa demeure, et on ne l’a point emporté. Or, il arrive quelquefois, nous le savons et plusieurs l’expérimentent chaque jour, que ce mort soit frappé en entendant la parole de Dieu, comme si le Seigneur lui disait en personne « Lève-toi ». Il condamne alors le consentement qu’il a donné au mal, et ne respire plus que salut et justice. C’est le mort qui ressuscite dans sa demeure, c’est un cœur qui recouvre la vie dans le sanctuaire de sa conscience, et cette résurrection de l’âme qui s’opère en secret, se produit en quelque sorte au foyer domestique.
Il en est d’autres qui après avoir consenti au mal l’accomplissent. Ne dirait-on pas qu’ils emportent un mort, et qu’ils montrent en public ce qui était dans le secret ? Faut-il, toutefois, désespérer d’eux ? Mais ce jeune homme n’a-t-il pas aussi entendu cette parole : « Lève-toi, je te le commande » ? N’a-t-il pas, lui aussi, été rendu à sa mère ? C’est ainsi que même après avoir commis le crime, on ressuscite à la voix du Christ, on revient à la vie, lorsqu’on se laisse toucher et ébranler par la parole de vérité. On a pu faire un pas de plus vers l’abîme, mais on ne saurait périr éternellement.
Il en est enfin qui, en taisant le mal, s’enchaînent dans des habitudes perverses ; ces habitudes ne leur laissent déjà plus voir la malice de leurs actes ; ils justifient le mal qu’ils font, et s’irritent quand on les reprend, comme ces Sodomites qui répondaient au juste censeur de leurs dispositions trop perverses : « Tu es venu chercher ici un asile, et non pas nous donner des lois » (Gen. XIX, 9). Tel était donc le honteux empire de la coutume, que la débauche leur paraissait vertu et qu’en la leur interdisant on était plutôt blâmé qu’en s’y abandonnant. Ceux qui sont ainsi accablés sous le poids de la coutume, sont déjà comme inhumés ; il y a plus, mes frères, on peut même dire d’eux, comme de Lazare, que déjà ils sentent mauvais. La pierre qui pèse sur le sépulcre est comme la tyrannie, de l’habitude qui pèse sur l’âme, sans lui permettre, ni de se relever, ni de respirer.

   §6. Il est dit de Lazare : « C’est un mort de quatre jours ». C’est que réellement il y a comme quatre degrés qui conduisent l’âme à cette affreuse habitude dont je vous entretiens.
Le premier est comme un sentiment de plaisir qu’éprouve le cœur ; le second est le consentement ; l’action, le troisième ; et l’habitude enfin, 
le quatrième. De fait, il est des hommes qui rejettent si vigoureusement les pensées mauvaises qui se présentent à leur esprit, qu’ils n’y sentent aucune délectation. Il en est qui y goûtent du plaisir, mais sans consentement : ce n’est pas encore la mort, c’en est toutefois comme le commencement. Mais si au plaisir vient se joindre le consentement, on est coupable. Après avoir consenti au mal, on le commet ; puis le péché devient habitude ; on est alors comme dans un état désespéré, on est « un mort de quatre jours, sentant déjà mauvais ». C’est alors que vient le Seigneur. Tout Lui est facile, mais Il veut te faire sentir combien pour toi la résurrection est difficile. Il frémit en Lui-même, Il montre combien il faut de cris et de reproches pour ébranler une habitude invétérée. A Sa voix, néanmoins, se rompent les chaînes de la tyrannie, les puissances de l’enfer tremblent, Lazare revient à la vie. Le Seigneur, en effet, délivre de l’habitude perverse les morts même de quatre jours. Quand le Christ voulait le ressusciter, Lazare après ses quatre jours était-il pour Lui autre chose qu’un homme endormi ?
Mais que dit-Il ? Considérez les circonstances de cette résurrection.
Lazare sortit vivant du tombeau, mais sans pouvoir marcher. « Défiez-le, dit alors le Seigneur à Ses disciples, et laissez-le aller ». Ainsi le Sauveur ressuscita ce mort, et les disciples rompirent ses liens. Reconnaissez donc que la Majesté divine se réserve quelque chose dans cette résurrection. On est plongé dans une mauvaise habitude et la parole de vérité adresse de sévères reproches. Mais combien ne les entendent pas ! Qui donc agit intérieurement dans ceux qui les entendent ? Qui leur souffle la vie dans l’âme ? Qui les délivre de cette mort secrète et leur donne cette secrète vie ? N’est-il par vrai qu’après les reproches et les réprimandes le pécheur est livré à ses pensées et qu’il commence à se dire combien est malheureuse la vie qu’il mène, combien est déplorable l’habitude perverse qui le tyrannise ? C’est alors que honteux de lui-même il entreprend de changer de conduite. N’est-il pas alors ressuscité ? Il a recouvré la vie, puisque ses désordres lui déplaisent. Mais avec ce commencement de vie nouvelle, il ne saurait marcher ; il est retenu par les liens de ses fautes et il a besoin qu’on le délie et qu’on le laisse aller. C’est la fonction dont le Sauveur a chargé Ses disciples en leur disant : « Ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel » (Matth. XVIII, 18).

   §7. Ces réflexions, mes bien-aimés, doivent porter ceux qui ont la vie à l’entretenir en eux, et ceux qui ne l’ont pas à la recouvrer.
Le péché n’est-il que conçu dans le coeur sans s’être encore révélé par aucun acte ? Qu’on se repente, qu’on redresse ses idées. O mort, lève-toi dans le sanctuaire de la conscience.
A-t-on accompli déjà un dessein mauvais ? On ne doit pas désespérer non plus. Si le mort n’est pas ressuscité dans sa demeure, qu’il ressuscite quand il est sorti. Qu’il se repente de ses actes et recouvre au plus tôt la vie. O mort, ne descends pas dans les profondeurs du tombeau, ne te laisse pas recouvrir par la 
pierre sépulcrale de l’habitude.
Mais n’ai-je pas devant moi un malheureux déjà chargé de la froide et dure pierre, déjà accablé sous le poids de l’accoutumance, mort de quatre jours qui exhale l’infection ? Que lui non plus ne désespère pas. O mort, tu es enseveli bien bas, mais le Christ est grand. Il sait de Sa voix puissante entrouvrir les pierres tumulaires, rendre par Lui-même la vie intérieure aux morts et les faire délier par Ses disciples. O morts, faites donc pénitence, car en ressuscitant après quatre jours, Lazare ne conserva plus rien de l’infection première.
Ainsi donc, vivez, vous qui vivez, et vous qui êtes morts, quelle que soit celle de ces trois classes de morts où vous vous reconnaissiez, empressez-vous de ressusciter au plus tôt !

Jean Jouvenet - résurrection de Lazare (1706) - musée du Louvre

Jean Jouvenet : la résurrection de Lazare (1706)
[musée du Louvre]

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