Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2025-202. « Jamais je n’accepterai notre pays sans paysans » : message de Sa Majesté à propos de la crise qui désole la France.

Dimanche soir 21 décembre 2025.

       Au soir de ce dimanche qui précède les fêtes de la Nativité, mais dont la perspective est assombrie par une situation sociale lourde, particulièrement en ce qui touche au monde paysan, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a fait paraître sur ses réseaux sociaux une nouvelle tribune, après qu’il l’a publiée dans « Valeurs Actuelles » à la mi-journée de ce même jour.

Source > ici

Grandes Armes de France

Jamais je n’accepterai notre pays sans paysans :

   En janvier 2024 (cf. > ici), j’alertais déjà sur le fait que les pouvoirs publics étaient depuis longtemps sourds et aveugles aux cris et manifestations d’angoisse d’une partie de la population française. Et c’est avec une grande peine que je vois à nouveau les paysans reprendre le chemin de la lutte.

   Chaque année, nous aurons désormais le droit à ces cortèges du désespoir, de la colère et de la détresse. Et chaque année, ils se heurteront à une administration hiératique et à une classe politique impassible. Les quelques aides et subventions distribuées au compte–gouttes ne sont là que pour faire retomber la colère sociale en attendant le prochain motif d’irruption. Il n’est pas question de comprendre ce qui est réclamé, ni encore moins de traiter le mal à la racine.

Les dictats d’un libéralisme sauvage :

   Le suicide de plus de 300 agriculteurs par an, la situation d’endettement critique des fermes françaises, les campagnes de dénigrement de la profession, rien de tout cela n’apportera–t–il donc pas la moindre compassion de la part des personnes qui exercent le pouvoir en France ? Plutôt que d’offrir des réponses concrètes à des Français qui n’en finissent pas de mourir, la classe politique se préoccupe plutôt de céder aux dictats d’un libéralisme sauvage, en projetant d’ouvrir notre pays aux productions agricoles outre-Atlantique. La situation me stupéfait. 

   Il n’y a donc plus un homme politique pour éprouver de l’amour, de la compassion et de l’intérêt pour les Français ? L’humanité est–elle une donnée devenue incompatible avec l’exercice du pouvoir ? Et même au–delà de ces considérations qui me paraissent pourtant élémentaires, si nous considérons la situation générale d’un point de vue étatique, la liquidation de nos capacités agricoles apparaît pour le moins être une faute politique grave. Une fois de plus, le manque de vision du régime actuel est flagrant.

Notre souveraineté se désagrège :

   La France est en passe de rentrer dans une situation de dépendance alimentaire extrêmement grave. Les derniers éléments de notre souveraineté se désagrègent au moment même où l’on parle de guerre, de mobilisation de toutes les énergies du pays et de réarmement démographique. Tout ceci est d’une incohérence révoltante. Le personnel politique ne semble pas comprendre qu’il ne récolte que la haine, le mépris et la profonde défiance des Français. Ceux qui exercent le pouvoir actuellement prennent une grosse responsabilité face à l’histoire. Et en attendant, personne ne s’occupe de nos compatriotes.

   Alors, avec la légitimité que me confère mon statut de successeur des Rois qui ont fait la France, de ces souverains qui ont tant œuvré à soulager la misère des campagnes françaises, à l’instar du bon Roi Henri IV ou de Louis XVI, je veux apporter mon soutien à la paysannerie française. Par la force des choses, je sais à quel point ce soutien est symbolique. Mais il n’en est pas moins sincère, et manifeste l’antique attachement de ma famille aux peuples qu’elle servait, et à la terre à laquelle elle est liée.

   Jamais je n’accepterai notre pays sans paysans. Jamais je ne supporterai la misère sans écoute ni compassion. Que Saint Louis vous protège.

Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

Pierre-Narcisse Guérin - Saint Louis rendant la justice

Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833) : Saint Louis rendant la justice (vers 1816)
[Musée des Beaux-Arts, Angers]

2025-201. Les très incorrectes appréciations et réflexions du Prince Tolbiac sur le monde des humains…

Vendredi 19 décembre 2025.

Tolbiac l'UE et les sanctions contre la Russie

2025-200. De la rocambolesque élection au Souverain Pontificat de Guillaume de Grimoard qui devint le Bienheureux Urbain V.

19 décembre,
Fête du Bienheureux Urbain V, pape et confesseur (cf. ici) ;
Mémoire de l’Expectation de l’enfantement de la Bienheureuse Vierge Marie  ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
« O Radix Jesse » ;
Anniversaire de la naissance de Philippe Fils de France, duc d’Anjou (futur Philippe V d’Espagne – cf. > ici) ;
Anniversaire de la naissance de Marie-Thérèse Charlotte, Fille de France, future Reine Marie-Thérèse (19 décembre 1778).

Armes d'Urbain V

Blason du Bienheureux Urbain V.

       Le Bienheureux Urbain V est le deux-centième pontife romain, et le sixième pape qui a siégé en Avignon, après les pontificats de Clément V (1305-1314), de Jean XXII (1316-1334), de Benoît XII (1334-1342), de Clément VI (1342-1352) et d’Innocent VI (1352-1362).

   Sous Clément VI, dit le Magnifique, né Pierre Roger de Beaufort, et Innocent VI, né Etienne Aubert, la cour pontificale avait vu se former et se fortifier un « parti Limousin » qui, tout naturellement, n’aspirait qu’à conserver le plus possible d’influence à la cour pontificale, avec tous les avantages qu’il avait acquis.
Le Sacré Collège comptait alors vingt-et-un cardinaux, tous français, sauf trois (deux italiens et un espagnol : ce dernier, vicaire général des Etats Pontificaux, et donc absent d’Avignon, ne participa pas au conclave de 1362 qui retient aujourd’hui notre attention).
Sur les dix-huit cardinaux français onze ou douze étaient originaires du Limousin, tous plus ou moins parents : six d’entre eux étaient des neveux de Clément VI, et trois des neveux d’Innocent VI. Il eût pu sembler qu’à eux seuls ils feraient l’élection, et que ce serait l’un des leurs qui accèderait immanquablement à la tiare.

   Mais rien ne se passa comme on pouvait le prévoir à vues humaines.

Avignon palais des papes - blogue

Vue générale du palais des papes en Avignon (état actuel)

   Le doyen du Sacré-Collège, le cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord, et le cardinal Guy de Boulogne, pour des raisons diverses, étaient plutôt réticents envers les « Limousins » ; ils surent jouer de leur influence pour qu’un « Limousin » ne put être élu.

   Le conclave s’ouvrit le 22 septembre 1362, neuf jours après la mort d’Innocent VI (+ 13 septembre 1362).
Dès le premier tour de scrutin, cumulant quinze voix sur vingt, le cardinal camerlingue Hugues Roger, frère du défunt pape Clément VI, fut élu.
Ce fut, à vrai dire, un véritable coup de théâtre qui mécontenta tout le monde, car, en effet, comme il n’y avait eu aucune concertation, chacun avait, de son côté, pensé voter pour celui qui lui semblait être le moins désirable et avoir le moins de chance, en attendant de voir, lors de ce premier vote, quelles tendances allaient se dessiner. Du moins y avait-il eu une indubitable majorité contre lui, et – comble de la mauvaise farce – était-ce cette unanimité contre lui qui venait de le désigner comme pontife !!!

   Humilité ou lucidité ? Hugues Roger, au grand soulagement de tous, refusa le pontificat suprême.
Rendus plus prudents par cette mésaventure qui – avouons-le – confine au cocasse, les éminentissimes surent dès lors si habilement accorder leurs soutiens et disséminer leurs suffrages que toute majorité (rappelons que c’est une majorité des deux-tiers qui est requise pour l’élection d’un pape) se trouva bientôt impossible.
Au bout de six jours de conclave, les vingt cardinaux n’avaient pu s’accorder sur aucun d’entre eux, et, pour sortir d’une crise qui semblait insoluble, ils finirent par admettre qu’il vaudrait mieux élire quelqu’un d’extérieur au Sacré-Collège.
Le 28 septembre 1362, ils tombèrent d’accord, à l’unanimité, sur le Révérendissime Père Abbé de Saint-Victor de Marseille, le Très Révérend Père Guillaume de Grimoard, qui se trouvait alors légat apostolique en mission diplomatique dans le Royaume de Naples.

   Aussitôt, des courriers partirent pour l’Italie, dans le plus grand secret, avec mission de ramener sans délai en Avignon l’Abbé de Saint-Victor. Toutefois, ils ne l’informaient pas de son élection : les cardinaux craignaient en effet que les Italiens ne vinssent à l’apprendre et qu’ils n’enlevassent le nouvel élu pour le retenir, de gré ou de force, en Italie, tant ils désiraient que le Souverain Pontife revînt résider à Rome.

   A Guillaume donc, il avait été seulement signifié que les cardinaux désiraient s’entretenir avec lui de toute urgence.

Simone dei Crocifissi Urbain V vers 1375

Simone di Filippo Benvenuti dit Simone dei Crocifissi (1330-1399) :
portrait du Bienheureux Urbain V (vers 1375)
[Pinacothèque nationale, Bologne]

   Guillaume de Grimoard débarqua à Marseille le 27 octobre ; il entra seul le 31 en Avignon, alors que le Rhône et la Durance étaient en crue, et c’est alors qu’il apprit son élection, et qu’il reçut le jour-même l’hommage des cardinaux !
Mais n’étant « que » prêtre, il fallut le consacrer évêque avant de le couronner pape.

   Ce couronnement eut lieu le dimanche 6 novembre 1362, dans la chapelle du Palais Vieux, sans que fut déployé un faste autre que celui qui était strictement nécessaire, et sans brillante (et bruyante) cavalcade de princes de l’Eglise et de princes séculiers dans les rues d’Avignon : celui qui venait de prendre le nom d’Urbain V -  parce que, expliqua-t-il : « Tous les papes qui ont porté ce nom ont été des saints » -, ne sortit même pas de son palais.
Le nouveau Pontife était avant tout un moine, ennemi du faste et du luxe, et il le restera sur le trône de Saint Pierre, gardant dans la vie ordinaire sa bure bénédictine et l’observance de sa Règle.

   Particulièrement attaché à la nature, on raconte que, à son installation dans le palais des papes, il se serait écrié : « Mais je n’ai même pas un bout de jardin pour voir grandir quelques fruitiers, manger ma salade et cueillir un raisin ! ».
De fait, durant son pontificat il fera réaliser à grands frais des travaux d’extension des jardins, et, à l’arrière du palais, subsiste encore de nos jours le « Verger Urbain V », qui, s’il en a gardé le nom, n’est toutefois plus un verger mais a été transformé en jardin public.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Bienheureux Urbain V priez pour nous - blogue

2025-199. Des animaux et des Rois.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver.

   Nous nous permettons de reproduire ci-dessous, de larges extraits du chapitre intitulé « Des animaux et des rois » du très consolant ouvrage du Révérend Père Jean-François Thomas s.j. que nous avons présenté ci-avant : « La France en son âme » (cf. > ici). 
Nous ne doutons pas que ces belles lignes du cher Père Thomas seront des plus consolantes pour nombre de nos amis, et qu’elles apporteront à tous des éléments de réflexion sur un sujet qui ne cesse de susciter de nombreuses questions.

Tolbiac dans les bras du Christ-Roi - blogue

Des animaux et des rois :

       « Sur cette terre, la relation de l’homme avec l’animal a été abîmée par le péché originel. Dans l’état paradisiaque, tous les êtres vivent en harmonie et ne se dévorent pas entre eux. De nos jours, à mesure que le respect pour la vie humaine diminue, s’accroît une conception de la vie animale qui est faussée, à tel point que la défense des animaux prend le pas sur celle des hommes.

   Pourtant, déjà, même si elles sont discrètes sur le sujet, les Saintes Ecritures nous donnent un aperçu de ce que doit être la place de l’animal dans notre existence humaine. Généralement, la question lancinante qui revient sans cesse y compris chez les plus affirmés des chrétiens est le souci de savoir s’ils retrouveront en paradis leurs animaux de compagnie. Le sort des autres bêtes, grosses ou petites, celui du requin blanc qui dévorer un surfeur ou du moustique qui inocule la malaria, ne préoccupe guère leur esprit. Pourtant, toutes sont créatures de Dieu et nous savons que le Créateur ne désire rien détruire de sa Création qui est bonne et sainte à l’origine. Nous serions prêts à réserver des places au paradis pour les animaux qui nous plaisent, comme d’ailleurs pour les hommes qui sont nos amis, tandis que nous envisageons sans crise de conscience le néant pour les animaux qui nous répugnent ou que nous mangeons, et l’enfer bien sûr pour nos ennemis.

   Les animaux de l’arche de Noé, l’ânesse de Balaam, les montures royales de David et de Salomon, l’âne de la fuite en Egypte et celui de l’Entrée à Jérusalem sont-ils donc condamnés à ne retourner qu’à la poussière, eux qui ont servi et glorifié Dieu ? Et le lion de Saint Jérôme, le corbeau de Saint Antoine, le loup, les oiseaux et les poissons de Saint François d’Assise, le chien de Saint Roch, et tant d’autres compagnons de saints, sont-ils voués au néant ? Nous savons qu’il y a un paradis pour les hommes justes. Retrouver les animaux domestiques, fidèles, fait partie de la justice, et donc Dieu y veillera sans doute. L’Eglise n’a jamais donné de réponse définitive à ce sujet, car elle est toujours prudente. Mais le simple bon sens, à la lumière de la révélation, peut découvrir par lui-même que la nouvelle Création serait bien incomplète si elle ne s’intéressait qu’aux anges et aux hommes. La Création restaurée serait donc moins riche que celle qui a été défigurée par le péché ? »

   Ici le Révérend Père Thomas consacre plusieurs belles pages à rappeler « la relation millénaire de nos rois avec les animaux », depuis l’éléphant blanc de Saint Charlemagne jusqu’à Zarafa, la girafe offerte à Charles X par le Pacha d’Egypte, en passant par les animaux avec lesquels plusieurs de nos Souverains avaient une grande proximité et par les ménageries royales.
Puis il continue :

       « Une telle familiarité devrait nous faire réfléchir sur le sort que nous réservons aux animaux, soit en les humanisant de façon absurde qui ne respecte pas leur nature propre, soit en les détruisant sans aucun souci de leur juste place dans l’ordre de la Création. André Suarès livre dans Valeurs II : « En tout crime et tout drame humain, il y a une bêtre sacrifié, ou plus dévorée, que la violence fait jaillir de l’homme, que ce soit la victime ou le boucher ». L’homme engraisse l’animal le plus souvent pour le dévorer, tout en le caressant. Où donc est alors la présence si douce de l’âne gris et du bœuf aux yeux humides de la tradition de la Nativité, et celle des moutons qui viennent adorer l’Enfant avec leurs bergers ? Ce n’est pas un hasard si le Christ a voulu être l’Agneau immolé. L’amour sage et équilibré des animaux est une reconnaissance de la marque de Dieu en toutes choses et dans tous les êtres. L’amour des bêtes ne peut remplacer celui des hommes, et celui des hommes ne peut faire négliger celui des bêtes. Nous sommes tous, chacun à notre rang et selon notre nature, ordonnés à la beauté et à l’harmonie d’une Création qui a été remise entre nos mains, hélas irresponsables.»

Rd. Père Jean-François Thomas s.j.
in « La France en son âme » pp. 64-68

Pierre Brueghel le Jeune - musée du Prado - Paradis terrestre

Pierre Brueghel le Jeune (1564–1638) : le paradis terrestre (vers 1626)
[Musée du Prado, Madrid]

2025-198. Nous avons lu et nous recommandons chaleureusement : « La France en son âme » du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver,
17 décembre 2025.

Vignette Tolbiac lisant - blogue

       L’ouvrage que nous présentons ci-dessous est déjà publié depuis la fin de l’hiver de cette année 2025 qui s’achève, aux éditions Via Romana : nous nous étions promis d’en parler dans les modestes pages de ce blogue depuis fort longtemps – et nous vous demandons humblement de nous pardonner de ne pas l’avoir fait plus tôt -, mais, puisqu’il en est ainsi, nous profiterons de cette publication tardive, en cette période marquée par les cadeaux, pour suggérer à tous nos lecteurs, s’ils ne l’ont déjà fait, de s’offrir à eux-mêmes ce petit ouvrage (170 pages à peine) et de ne pas hésiter non plus à l’offrir, sans retenue, aux personnes de leur entourage capables de réflexion… et d’espérance.

La France en son âme - Père Jean-François Thomas

Quatrième de couverture :

   Le déclin de la France suscite l’inquiétude croissante de nos compatriotes. La France, « le plus beau royaume après celui du Ciel », semble frappée par le virus d’une désintégration inéluctable.
   Le Père Jean-François Thomas se porte à son chevet pour tenter d’identifier les causes, les idées et les acteurs à l’origine de ce nouveau mal français, avec comme ressorts principaux l’abandon par nos élites du bon sens et la relégation générale et obstinée du surnaturel.
   Au fil de ses réflexions, habité par la conviction que le Christ agit au cœur de notre histoire, il rappelle aux fils prodigues et désorientés que nous sommes la réalité des charismes extraordinaires octroyés par la Providence à notre nation. Pour lui, le retour à l’accomplissement des promesses de notre baptême est la condition première de l’espérance et du sursaut.
   Depuis notre première reine sainte Clotilde, l’onction de Clovis, l’Occident chrétien de Charlemagne, les leçons politiques et spirituelles de Jeanne d’Arc, la patiente œuvre d’éducation sous l’Ancien Régime, la vertu de courtoisie si propre à l’esprit français et les splendeurs de nos architectes, poètes et philosophes, est tombée la nuit des fausses Lumières qui obscurcit désormais l’humanité livrée à la tyrannie de la Révolution française dont l’inventaire des crimes constitue à lui seul une preuve éclatante de l’action du Malin.
   Le Père Jean-François Thomas aime et fait aimer la vérité, il cultive la longue mémoire contre ceux qui promeuvent l’abolition de tous les liens de piété et de fidélité traditionnelles. Il réconcilie l’ordre et le progrès, car « l’équipage lumineux qui traversa notre royaume n’est pas une apparition passagère du fait avéré que notre terre de France est terre de sainteté ».

   Prêtre jésuite né en 1957, Jean-François Thomas fut professeur de philosophie et missionnaire aux Philippines où il se consacra à la sauvegarde des enfants des rues. Il a notamment publié chez Via Romana quatre livrets de Méditations quotidiennes (2022-2023) et Les Vertus méditées (2023).

frise lys

Entretien avec le Révérend Père J.F. Thomas
au sujet de cet ouvrage

dans une émission de TV Libertés [à 12 mn 15 s]
(faire un clic droit sur l’avatar ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

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Vignette Tolbiac lisant - blogue

2025-197. Quatre-Temps d’hiver : le jeûne a toujours été l’aliment de la vertu.

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver.

Bartolome Esteban Murillo - Annonciation

Bartolome Esteban Murillo (1617-1682) : Annonciation (vers 1660),
[Musee de l'Ermitage, Saint-Petersbourg].

       « Nous entrons dans un nouveau stade de la préparation de Noël. On nous a dit d’abord : « Le Roi vient », puis : « Jérusalem s’apprête », ensuite : « Il est au milieu de vous ». Aujourd’hui, l’Eglise nous montre le Fils de Dieu sous la forme humaine : le Roi revêt les haillons de l’humaine nature. Les messes des Quatre-Temps nous présentent les antécédents de la naissance et de l’avènement du Seigneur.

   Comme introduction à ces solennités d’une antiquité vénérable, donnons ici un sermon de Quatre-Temps du pape Saint Léon :

   « Mes très chers, notre souci pastoral nous porte à vous prêcher conformément au temps et à l’usage liturgique.
Nous célébrons le jeûne du dixième mois (décembre, comme son nom l’indique, était le dixième mois). Dans ce jeûne, nous offrons à Dieu, l’Auteur de tous biens, après avoir achevé la récolte de tous les fruits, un digne sacrifice de tempérance. Car quelle œuvre peut être plus efficace que le jeûne, par lequel nous nous rapprochons de Dieu, nous résistons au démon, nous triomphons des vices séducteurs ?
En effet, toujours le jeûne a été l’aliment de la vertu. La sobriété produit les pensées chastes, les résolutions raisonnables, les conseils salutaires.
Par la mortification volontaire on meurt aux convoitises de la chair. L’esprit est renouvelé pour la pratique de la vertu.
Mais comme nous ne pouvons pas faire notre salut par le jeûne seul, complétons-le par la miséricorde envers les pauvres. Donnons à la vertu ce que nous enlevons au plaisir. Que la privation de ceux qui jeûnent soit un soulagement pour les pauvres. Efforçons-nous de protéger les veuves, d’aider les orphelins, de réconcilier ceux qui sont en discorde, de recueillir les étrangers, de secourir les affligés, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner les malades. Ainsi celui d’entre nous qui aura offert à Dieu, l’Auteur de tous biens, le sacrifice de ses œuvres de charité comme un bon travailleur, méritera de recevoir comme salaire le royaume céleste.
Ainsi donc, jeûnons mercredi, vendredi et samedi, veillons ensemble (célébrons l’office de nuit) auprès de l’Apôtre Saint Pierre, afin que, par son intercession, nous puissions obtenir ce que nous demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il ».

   Les Quatre-Temps comptent parmi les usages les plus anciens de l’année liturgique et remontent aux tout premiers temps de l’Eglise romaine. Ils sont plus anciens que l’Avent, et le pape Saint Léon (vers 450) nous a laissé toute une série de beaux sermons de Quatre-Temps.

   C’était originairement une fête d’action de grâces pour les récoltes. Il n’y en avait que trois, après chacune des trois récoltes principales : le blé, le vin et l’huile — les plus importants symboles naturels de la liturgie. Les fidèles apportaient à l’Offrande la dîme de leurs récoltes, pour les besoins du Sacrifice, de l’Eglise et des pauvres — et ceci est un exemple pour nous.

   Néanmoins ces époques sont aussi des jours de renouvellement spirituel.
L’homme, au milieu de ses occupations matérielles, oublie trop facilement ses intérêts éternels ; c’est pourquoi il est bon qu’à chaque saison il se rappelle la pensée de Dieu et fasse réflexion sur l’état de son âme.
Si le carême est l’époque de la retraite spirituelle annuelle, les Quatre-Temps sont celle du renouvellement intérieur. Ce sont des semaines de sérieux, mais non de tristesse et de pénitence. Le jeûne est moins une manifestation de pénitence qu’une dîme joyeusement offerte à Dieu et qui doit nous inciter à l’aumône. Le sacrifice de la charité miséricordieuse doit être offert en même temps que celui du jeûne (Saint Léon).

   En devenant jours d’ordination (le samedi), les Quatre-Temps ont revêtu un caractère particulier.
Le samedi des Quatre-Temps de décembre était le principal jour d’ordination (en ce jour les fidèles doivent prier spécialement pour obtenir de Dieu de bons prêtres).

   Cependant, dans la suite des temps, les Quatre-Temps ont été insérés dans la trame de l’année liturgique et chacune de ces semaines a pris une nuance particulière. Les Quatre-Temps de décembre signifient une préparation plus intense à la fête de Noël.

   Les derniers grands préparatifs pour la venue du Christ se font pendant ces semaines, comme l’attente de Noël trouve sa plus haute expression dans les antiennes O » (cf. > ici).

Dom Pius Parsch *, in « Guide dans l’année liturgique ».

* : pour ce qui concerne cet auteur nous renvoyons à l’avertissement que nous avons déjà publié > ici.

Putti - blogue

Quelques rappels toujours utiles :

   Pour Saint Léon le Grand, il est certain que le jeûne des Quatre-Temps est d’institution apostolique. On ne peut que déplorer le fait que, même dans les milieux traditionnels, ces jours de jeûne soient mésestimés et que l’on s’en dispense facilement.

   Rappelons aussi avec une insistance – que certains ne manqueront sans doute pas de trouver lourde et dérangeante -, que le 24 décembre, Vigile de la Nativité, est aussi un jour de jeûne et d’abstinence : si le jeûne cesse avec les premières vêpres de Noël, l’abstinence, elle, reste de rigueur jusqu’au retour de la Messe de Minuit (laquelle – ainsi que son nom l’indique commence à minuit – et n’est donc pas une « messe anticipée du jour de Noël » ni une « messe vespérale de la Nativité », célébrée à 18, 19 ou 21 heures). Le repas du soir du 24 décembre pour plus de vingt siècles de générations de catholiques doit donc consister en un repas frugal (sans viande, où le poisson est autorisé, se aussi sans d’alcool).
Dans nos campagnes vivaroises, c’était souvent la morue (alors un poisson de pauvres) qui, après la soupe de légumes (sans lard), était servie avec des pommes de terre cuites à l’eau ou à la vapeur.
Il n’y avait évidemment pas de dessert, puisque celui-ci (ou ceux-ci : qu’on pense aux 13 desserts de Provence) étaient servis lors du réveillon, c’est-à-dire la deuxième veillée (d’où le préfixe « re »), avec des boissons chaudes, au retour de la Messe de minuit.
La première veillée, autour de l’âtre – dans lequel on avait allumé la « bûche de Noël » (grosse bûche d’arbre fruitier qui devait tenir jusqu’au retour de la Messe de minuit et qui est bénite selon un rituel familial particulier) -, se passait en chants et pieuses lectures dans l’attente de l’heure à laquelle on partirait pour l’église.
Aux âges de foi, le peuple chrétien ne se rendait d’ailleurs pas à l’église juste pour la Messe, mais, avant elle, pour le chant des matines suivies des laudes.

Tolbiac.

putti et chat devant une assiette vide

2025-196. De Sainte Adélaïde de Bourgogne, reine puis impératrice, dont on célèbre la fête le 16 décembre.

16 décembre,
Fête de Sainte Adélaïde de Bourgogne, reine et impératrice, veuve ;
Dans l’Ordre de Saint Augustin : Mémoire de plusieurs saintes vierges de notre Ordre qui, en Afrique, durant la persécution des Vandales, sous le roi arien Hunéric, ayant été suspendues en l’air avec de lourdes pierres aux pieds, et brûlées avec des lames ardentes, consommèrent heureusement leur martyre ;
Mémoire de Saint Adon de Vienne, archevêque et confesseur ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Commencement de la neuvaine préparatoire à la Nativité de NSJC.

Sainte Adélaïde de Bourgogne - blogue

       Adélaïde, fille de Rodolphe II, roi de Bourgogne, et de Berthe, fille de Conrad, duc de Souabe, naquit en 931.
Sa mère, femme d’une vertu peu commune, lui inspira dès l’âge le plus tendre l’amour de Dieu et de Ses lois et une véritable ferveur, assortie de la pratique énergique des vertus, spécialement l’obéissance et l’humilité.

   La réputation de sa beauté, de ses qualités et de ses vertus lui valut d’être demandée en mariage par le roi d’Italie, Hugues d’Arles, pour son fils Lothaire.
Leurs fiançailles durèrent dix ans, et les noces furent célébrées à Pavie en 947, année où Lothaire devint à son tour roi d’Italie sous le nom de Lothaire II. Adélaïde avait 16 ans, Lothaire 1 à 5 ans de plus (on ne connaît pas précisément son année de naissance)
.

   La jeune souveraine conquit rapidement son entourage par sa gentillesse et sa charité. Au bout de trois ans toutefois, le malheur fondit sur le jeune couple : un puissant vassal de Lothaire, Béranger II d’Ivrée, entra en révolte ouverte contre son jeune suzerain lequel mourut subitement à Turin (probablement empoisonné par Béranger ou quelque criminel à sa solde) le 22 novembre 950.

   Veuve à 19 ans, mère d’une petite Emma (cette dernière épousera, en 965, Lothaire roi des Francs et sera la mère de Louis V, le dernier roi franc issu des Carolingiens), Adélaïde perdit non seulement ses Etats, mais aussi la ville de Pavie – qui lui appartenait en bien propre, car cette ville lui avait été donnée en dot par son père -, où elle avait espéré trouver refuge.

Ste Adélaïde et Otton 1er cathédrale de Meissen

Sainte Adélaïde, reine d’Italie, et son époux Otton 1er le Grand,
roi de Francie Orientale (Germanie) puis empereur :
sculptures du Maître de Naumbourg (milieu XIIIème siècle)
[cathédrale de Meissen, Saxe].

   En 951, Bérenger la fit même enfermer dans une forteresse proche du lac de Garde, où elle sera soumise à de très rudes traitements et humiliée à l’extrême.
Adélaïde parviendra toutefois à s’échapper et à trouver refuge à Canossa, forteresse qui appartenaît alors à l’évêque Adélard de Reggio.
Dans le même temps, lassés des injustices et mauvais procédés de Béranger, un certain nombre d’Italiens (dont une majorité de prélats lombards) se révoltèrent contre lui et appelèrent à l’aide le roi Otton 1er de Francie Orientale (ou Germanie), dit Otton le Grand, qui le défit et le contraignit à la fuite.
Ayant rendu sa pleine liberté à Adélaïde, reine légitime d’Italie, il fut fasciné par sa beauté et ses nombreuses qualités : comme il était veuf depuis 5 ans, il la demanda en mariage.
Après avoir prié et jeûné, pour solliciter de Dieu les bonnes inspirations, Adélaïde accepta.
Le mariage fut fastueusement célébré à Milan à la Noël 951.
De l’union d’Adélaïde et Otton naîtront quatre enfants, dont le futur empereur Otton II (né en 955).

   Un peu plus de dix ans plus tard, le 2 février 962, à Rome, le pape Jean XII les couronnera empereur et impératrice d’Occident : l’empire de Saint Charlemagne se trouvera alors restauré : Otton et Adélaïde se trouveront au faîte des grandeurs terrestres
Entre temps, ayant pacifié l’Italie, Otton et Adélaïde repartirent vers la Germanie : la seconde épouse d’Otton conquit encore une fois tous les cœurs et continua à rayonner de piété et de charité.
A la cour, elle recevra de sa belle-mère, Sainte Mathilde de Ringelheim, de grandes leçons de vertu qui lui permettront de grandir en exemplarité et en sainteté (nota bene : Sainte Mathilde est non seulement l’ancêtre des Ottoniens, mais, par sa deuxième fille, Hedwige, qui épousa Hugues le Grand (de leur union naîtra Hugues Capet), elle est également l’ancêtre des Capétiens).

   Adélaïde et Otton formèrent un couple uni, même si parfois l’empereur dut résister aux charitables instances de son épouse, toujours soucieuse d’obtenir le pardon des coupables, tandis qu’Otton veillait, pour assurer l’autorité de l’Etat, à ne point paraître faible et se montrait donc inflexible pour maintenir une stricte justice.
Adélaïde usera toujours de son influence auprès de l’empereur pour favoriser l’Eglise (elle dotera elle-même des fondations monastiques et cartitatives), et pour secourir les pauvres et les miséreux.
Elle se montrera aussi un puissant soutien de la réforme clunisienne, entretenant des relation pleines de respectueuse amitié avec Saint Mayeul et Saint Odilon, lequel, plus tard, écrira sa vie.
Elle eut Saint Adalbert de Magdebourg pour conseiller spirituel.

   La pieuse impératrice s’efforcera aussi par tous les moyens à sa disposition de rétablir la paix et la concorde entre Otton 1er et son fils et successeur lorsque ce dernier entrera en conflit avec l’empereur.
Le futur Otton II, nous le verrons, ne se montrera pas toujours à la hauteur de l’excellente éducation, humaine et spirituelle, que sa mère s’efforça de lui inculquer…

couronne sur coussin et lys au naturel - blogue

   Otton 1er confia la régence à son épouse en un temps où il dut retourner en Italie matter une seconde révolte de Béranger d’Ivrée
Cette régence elle l’exercera aussi pendant quelque temps, après la mort d’Otton 1er (973), Otton II étant encore trop jeune et inexpérimenté pour exercer la réalité du pouvoir (il n’avait que 17 ans et manquait signulièrement de jugement).

   Cependant quelques courtisans jaloux de l’autorité d’Adélaïde, et ne partageant pas ses vertus de justice, de désintéressement personnel et de charité, avec à leur tête la jeune impératrice Théophanô Sklèraina – princesse byzantine épouse d’Otton II -, intriguèrent auprès du jeune souverain pour le convaincre qu’il devait s’affranchir de la tutelle maternelle s’il voulait exercer vraiment son autorité.
Une période de calomnies et d’injustices s’ouvrit alors pour Adélaïde, qui, s’enfonça dans l’humilité, la mortification, le silence et la prière. Puis, pressée par son propre fils de s’éloigner de la cour, elle se retira au pays de Vaud (actuellement en Suisse) sur les terres du Royaume de Bourgogne, où elle fut accueillie chaleureusement par son frère, le Roi Conrad III.

   On ne tarda toutefois pas à constater combien son absence causait de tort à la justice, au bon ordre social, et même aux finances de l’Etat. Otton II dut ouvrir les yeux et demanda à se réconcilier avec sa mère : il envoya Saint Mayeul de Cluny pour la convaincre de retourner en Allemagne.

   L’empereur Othon II se préparait à diriger une expédition en Sicile, lorsqu’une maladie violente le surprit à Rome, et l’enleva de ce monde à l’âge de vingt-neuf ans (983). Certains soupçonnent même son épouse, Théophanô, de l’avoir empoisonné.
Leur fils, Otton III, fut couronné Roi des Romains à Aix-la-Chapelle le 25 décembre 983 : il n’avait que trois ans.

   Il s’ensuivit une régence difficile : les deux impératrices, Adélaïde sa grand’ mère et Théophanô sa mère, n’étaient unies que dans leur volonté de défendre le jeune Otton III des ambitions du duc de Bavière Henri le Querelleur qui cherchait à imposer sa tutelle, et qui ambitionnait de la sorte à s’attribuer la réalité du pouvoir.
A part cela, tout éloignait les deux impératrices : l’une compulsivement jalouse, coquette et ambitieuse, guidée par l’orgueil et l’esprit mondain ; et l’autre pieuse et effacée, cultivant la vertu et multipliant les œuvres de piété.
Adélaïde eut beaucoup à souffrir de cette cohabitation forcée, trouvant la force dans le silence et l’oraison, la pratique des sacrements et la mortification.

Seltz_Sainte Adélaïde - blogue

Statue de Sainte Adélaïde, à Seltz (Alsace)

   Théophanô fut terrassée par une maladie foudroyante le 15 juin 1991, âgée d’environ 31 ans, alors qu’elle se trouvait à Nimègue. Otton III avait seulement 11 ans. Adélaïde en avait 60. Elle aspirait à se retirer du monde pour ne vaquer qu’à son salut, mais l’empire réclamait plus que jamais son secours.
Cédant aux instances de son petit-fils et des plus avisés des conseillers impériaux – laïcs et ecclésiastiques -, elle consentit à rester à la cour.
Plus puissante que jamais, elle ne regardait son élévation que comme un poids, et, pendant quatre années, elle exerça la plus sainte et la plus juste des régences.

   Othon III fut déclarée majeur en 995. Il finit par céder aux instances réitérées de son aïeule et lui permit de se retirer.
Son départ fut regretté par ses peuples, et, sur son passage, elle reçut d’innombrables témoignages de vénération.

   Traversant une partie de ce qui est aujourd’hui la Suisse, elle se rendit en pèlerinage à l’abbaye de Saint-Maurice, dans le Valais, pour y vénérer les reliques de ce généreux athlète qui souffrit le martyre en cette contrée avec ses compagnons de la Légion Thébaine ; elle fit halte en de nombreux monastères, et passa à Cluny pour s’y entretenir avec Saint Odilon ; elle résista aux supplications de sa fille Emma qui, avec son époux Louis V, était venue à sa rencontre, car ils eussent souhaité qu’elle fixât sa résidence à Paris

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   Saint Odilon lui avait annoncé, lors de sa dernière entrevue, que le terme de son pèlerinage n’était pas éloigné : Adélaïde se prépara donc avec plus de ferveur encore à paraître devant son Seigneur et se rendit en Alsace, à Seltz, où elle avait fondé une abbaye bénédictine, et s’établit dans une maison située hors de l’enceinte des bâtiments claustraux, habités par les moines. En ces derniers mois de sa vie terrestre, elle fut l’édification de tous.
Elle fut bientôt atteinte par une maladie qui la contraignit à s’aliter : elle disposa de ses bien en faveur des pauvres et des monastères de Cluny, de Saint-Benoît-sur-Loire et de la métropole de Saint-Martin de Tours, puis reçut avec une piété angélique le saint Viatique et l’extrême-onction.
Elle pria ensuite l’abbé du monastère de réciter avec elle les psaumes de la pénitence et les litanies des Saints, et ce fut au milieu de ces prières que sa belle âme s’envola au ciel, pendant la nuit du 16 au 17 décembre de l’an 999 (l’année où son ami Gerbert d’Aurillac devint pape sous le nom de Sylvestre II), à l’âge de soixante-neuf ans.

   Son corps fut déposé avec solennité dans l’église du monastère de Seltz, et des miracles éclatants survenus à son tombeau attestèrent de la sainteté de cette illustre princesse.
Sa canonisation fut célébrée par le Bienheureux Urbain II en 1097.

Relique de Sainte Adélaïde - musée de Cleveland

Relique de Sainte Adélaïde,
présentée au musée d’art de Cleveland (Ohio, Etats-Unis d’Amérique).

2025-195. Leçons historiques des matines de la fête de Sainte Lucie.

13 décembre,
Fête de Sainte Lucie de Syracuse, vierge et martyre ;
Mémoire de Sainte Odile de Hohenbourg, vierge et abbesse (cf. > ici) ;
Mémoire du 6ème jour dans l’octave de l’Immaculée Conception (cf. ici) ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la naissance de SMTC le Roi Henri IV (cf. ici et aussi > ici , et encore > ici et > ici).

Sainte Lucie - école romaine XVIIe s - blogue

Sainte Lucie (école romaine XVIIème siècle)

Leçons du deuxième nocturne des matines

de la fête de Sainte Lucie

(au Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon : 

   Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de Sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.

Lorenzo Lotto - Sainte Lucie priant au tombeau de Sainte Agathe

Lorenzo Lotto (1480–1556) : retable de Sainte Lucie (1532) ;
détail : Sainte Lucie priant pour la guérison de sa mère au tombeau de Sainte Agathe
[collection du Palazzo Pianetti, à Jesi - Italie]

Cinquième leçon : 

   Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups ».
« La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint ».

Sainte Lucie interrogée par son juge - Lorenzo Lotto

Lorenzo Lotto (1480–1556) : retable de Sainte Lucie (1532) ;
détail : Sainte Lucie interrogée par le préfet Paschasius
[collection du Palazzo Pianetti, à Jesi - Italie]

Sixième leçon : 

   Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint ».
« Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne ».
La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne ».
A ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eût tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée.
Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Eglise devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre.
Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Corps de Sainte Lucie - blogue

Corps de Sainte Lucie.

2025-194. De l’anniversaire de l’encyclique « Quas primas » publiée le 11 décembre 1925.

11 décembre,
Fête de Saint Damase 1er, pape et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire du 4ème jour dans l’octave de l’Immaculée Conception (cf. ici) ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la publication de l’encyclique « Quas primas » (11 décembre 1925 – texte complet ici).

Vitrail du Christ-Roi

       S’il est certains anniversaires de publications de documents qui n’ont « qu’un » intérêt historique, ou d’autres pour lesquels prévaut surtout le caractère anecdotique, ce n’est pas le cas de ce 11 décembre, jour anniversaire de la publication de l’encyclique de Pie XI « Quas primas » sur la Royauté universelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

   Il ne manquera certes pas de « spécialistes » – ecclésiastiques ou pas – (ah ! ces fameux « spécialistes » que les médias ont l’art de faire apparaître à la demande sur les plateaux télévisuels ou radiophoniques pour débiter avec un ton assuré – à défaut d’être véritablement docte – des leçons bien apprises afin qu’elles tiennent lieu de nouveaux dogmes !) pour vous dire que ce texte est « daté », qu’il dépend d’un contexte historique certain qui n’est plus le nôtre, ou je ne sais quoi d’autre encore, pourvu que leurs auditeurs en viennent à être convaincus que cette encyclique n’a plus aucune actualité réelle ou que, du moins, elle a besoin d’une « relecture » ou d’une « réinterprétation », à la lumière « des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes de ce temps »

   On trouvera même des théologiens, voire des hiérarques de la Sainte Eglise, pour affirmer, comme cela avait été rétorqué in illo tempore à Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre lors de discussions un peu tendues, à Rome, dans le milieu des « années 80 » du précédent siècle, que, de nos jours, un pape ne signerait plus pareille encyclique
Singulier aveu, profondément révélateur !

Couronne

   Bref ! Ce 11 décembre est l’anniversaire de la parution de l’encyclique « Quas primas », et, qu’on le veuille ou non, ce texte appartient au Magistère ordinaire de la Sainte Eglise catholique romaine.
Le texte tel qu’il est écrit, et non ses relectures ou réinterprétations.
Le texte tel qu’il a voulu être publié par le Pontife qui y a apposé sa signature, et non tel que le voudraient de prétendus exégètes postconciliaires du Magistère antérieur.

   N’en déplaise aux thuriféraires de la « laïcité », le Christ unique Rédempteur, est le Seigneur des sociétés et des peuples dès ici-bas. Il est Roi universel dès à présent ; et les nations en tant que telles, avec leurs gouvernants et gouvernements doivent se soumettre à Lui.
Sa Royauté ne procède pas de ce monde, mais elle doit s’exercer sur ce monde, et non pas uniquement quand « Il reviendra pour juger les vivants et les morts », à la consommation des siècles ! « Opportet illum regnare » (1 Cor. XV, 25).

   A deux semaines des célébrations de la naissance du Verbe incarné, il n’est pas inutile de redécouvrir et d’approfondir (car on n’aura jamais fini d’approfondir ce mystère !) la Royauté universelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ – puisque l’Incarnation et la venue de la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité dans notre chair constituent une partie des titres sur lesquels se fonde la doctrine de la Royauté du Christ – et d’affirmer « à temps et à contre-temps » que cette Royauté ne peut en aucune manière être exclue de la sphère publique.

   Royauté universelle.
Royauté qui doit s’exercer sur tous les hommes et toutes les sociétés.
Royauté qui se doit déployer dans les sphères législative, judiciaire et exécutive de tous les Etats !

   L’hymne des vêpres de cette fête le chante sans aucune ambiguité :

   « Te natiónum prǽsides honóre tollant público, colant magístri, júdices, leges et artes éxprimant. / Submíssa regum fúlgeant Tibi dicáta insígna : mitíque sceptro pátriam domósque subde cívium ! »

   Que les chefs des nations Vous rendent des honneurs publics, que les maîtres et les juges Vous adorent, que les lois et les arts Vous expriment. /  Que soumis et consacrés à Vous resplendissent les insignes des rois : et soumettez à Votre doux sceptre la patrie aussi bien que les demeures des citoyens !

   Or ce sont justement ces strophes-là que la néoliturgie issue du concile vaticandeux a supprimées de l’offices réformé de la fête du Christ-Roi, fête détournée de son sens et de son esprit originel, ainsi que nous n’avons de cesse de le rappeler depuis de nombreuses années (cf. > ici).
C’est, ne manquons pas l’occasion de le redire au passage, la preuve en acte – s’il en était besoin – que la pseudo réforme liturgique a bien réellement voulu opérer un changement doctrinal, et qu’elle récuse les leçons voulues par Pie XI lorsqu’il institua cette fête comme un remède à la sécularisation, une réparation de l’apostasie publique, et le moyen d’accélérer le retour des âmes vers le Christ par l’accroissement de Son Règne.

Couronne

   Cette doctrine de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, outre ses dimensions théologique, liturgique et pastorale, est bien véritablement politique.

   Il n’est pas exact de prétendre que les religieux ne « doivent pas faire de politique ».
Ils ont, au contraire, l’obligation de s’en mêler activement parce que 1) foi et morale ne peuvent être dissociées, et que 2) la politique est, dans la conception philosophique classique – héritée du Stagirite [Aristote] -, la science morale de la vie en société, la morale de l’ordre social, la nécessaire science des voies relatives au bien commun.
A ce titre, « dans l’ordre pratique et sur le plan naturel (et non sur le plan surnaturel de la morale révélée), la morale personnelle et la morale familiale sont ordonnées à la politique » (Manifeste légitimiste de l’UCLF, 2004 p. 4).
A ce titre, la politique est le degré le plus élevé de la morale naturelle. Il est donc de la plus extrême importance que les religieux qui, par état, ont mission de transmettre la saine morale naturelle sur laquelle peut se fonder ensuite solidement l’édifice de la morale surnaturelle, s’occupent de politique.

   Les structures sociales et politiques qui doivent aider, régir et guider l’homme vers sa fin temporelle, tout en étant légitimement dans un mode d’action et un domaine de compétence distincts, sont ordonnées à sa fin surnaturelle : cette fin surnaturelle d’ailleurs purifie et sublime la fin temporelle.

   Sans renier en aucune manière le droit naturel et sans opérer de confusion, les institutions politiques qui reconnaissent le rôle public et fondateur de l’authentique Révélation, de la foi catholique et donc aussi de la Sainte Eglise catholique, ne peuvent qu’y gagner en solidité et prospérité.
L’Etat confessionnel, tel qu’il a été vécu dans ce qu’il convient d’appeler la Chrétienté, permet au Christ Rédempteur de donner aux sociétés humaines leur ordre final et parfait.
Au contraire, la sécularisation et le laïcisme sont des facteurs de désordre, de déstabilisation, de déséquilibre, de perte de repères, de crises répétées et sans cesse agravées, et finalement de désintégration de l’ordre social, ainsi que nous en voyons de nos jours le lamentable et douloureux spectacle.

Couronne

   Remarquons, pour terminer, que la publication de l’encyclique « Quas Primas », le 11 décembre 1925, est arrivée le lendemain de l’apparition de Pontevedra, au cours de laquelle le Saint Enfant Jésus et Sa Très Sainte Mère ont révélé à Sœur Lucie, l’aînée des voyants de Fatima, les desseins divins liés à l’institution de la dévotion du premier samedi de chaque mois (10 décembre 1925).

   Ne peut-on, de la manière la plus évidente qui soit – en définitive – voir dans cette « coïncidence » une forme d’indication providentielle particulièrement forte pour nous faire davantage savoir et comprendre (ce que nous savons par ailleurs par d’autres canaux, tels les enseignements des grands apôtres de la dévotion mariale) que Notre-Dame de Fatima, la dévotion au Cœur douloureux et immaculé de Marie, la spiritualité réparatrice, la pratique plus intense du sacrement de pénitence et de la sainte communion, l’oraison silencieuse et la consécration au Cœur de notre Mère céleste intimement associée à l’œuvre de la Rédemption, sont les moyens privilégiés qui nous sont donnés aujourd’hui pour travailler – selon notre modeste mesure personnelle – à restaurer la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi par nature et par droit de conquête, mais auxquels tant de cœurs aujourd’hui opposent le même « nous ne voulons pas qu’Il règne sur nous ! Nous n’avons pas d’autres rois que les puissances apostates d’ici-bas… » que les princes des prêtres, les pharisiens et leurs affidés crièrent jadis devant le prétoire de Pilate.

Cœur Sacré de Jésus, que Votre Règne arrive,

par le Cœur douloureux et immaculé

de Votre Très Sainte Mère !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Ex-voto de Madame Elisabeth - cathédrale de Chartres

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