Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2023-35. Sainte Françoise Romaine : la vision de l’enfer.

9 mars,
Fête de Saint Françoise Romaine, veuve (cf. > ici et > ici).

Antoniazzo Romano - Sainte Françoise Romaine

Sainte Françoise Romaine
Telle qu’elle est représentée par Antoniazzo Romano sur l’une des fresques du monastère de Tor de’Specchi, à Rome (avant 1468)

       Sainte Françoise Bussa de Leoni (1384-1440), épouse puis veuve de Lorenzo Ponziani, est communément appelée Sainte Françoise Romaine. C’est une mystique de très grande envergure, dont la vie et les phénomènes surnaturels qui la remplissent, considérés comme tout-à-fait véridiques par les saints et les papes des âges de foi, sont de nos jours tenus en suspicion en raison même de leur caractère « merveilleux ». Les critiques modernes (et modernistes) considèrent qu’il y a dans sa biographie trop de choses qui « échappent à la raison et à la science objective » pour qu’elles soient authentiques. Ce même apriori rationaliste est appliqué au contenu des visions dont Sainte Françoise Romaine a été gratifiée.

   Nous sont en effet parvenues quatre-vingt-treize visions qu’elle a dictées elle-même à son confesseur. Parmi celles-ci se trouve ce que l’on appelle habituellement « Le traité de l’enfer », qui fut tenu en haute estime et qualifié de « fort remarquable » par les plus grands saints et pontifes, mais qui dérange par trop les « mentalités modernes » : il est donc préférable à ces dernières d’ignorer ces visions, ou de les dénigrer comme superstitions sans consistance, pour finalement les reléguer dans la catégorie des « imaginations de bonne femme dépendante des représentations populaires de son époque »
Pour nous, au contraire, nous sommes convaincus, avec les grandes figures de la Chrétienté, que ces visions sont dignes de créance, et salutaires pour les fidèles. Tout ce qui y est écrit est bien évidemment absolument opposé aux modes pseudo théologiques actuelles, absolument opposé aux théories professées par un certain nombre de catholiques imprégnés de l’esprit du monde, absolument opposé aux affirmations de très hauts dignitaires de l’Eglise eux-mêmes qui prétendent que tous les hommes – quelle que soit leur croyance, et quelles que soient leurs mœurs – sont sauvés…

    »Le traité de l’enfer » est composé de neuf chapitres, pas très longs. Les trois derniers ont respectivement trait aux Limbes (chap. VIII), au Purgatoire (chap. VIII) et à la gloire des saints dans le Ciel (chap. IX), et nous n’en parlerons pas ici aujourd’hui. En revanche, nous publions ci-dessous le résumé des six chapitres qui traitent directement de l’enfer tel qu’il se trouve en appendice de la biographie de Sainte Françoise Romaine dans le tome troisième des Petits Bollandistes (édition de 1876, vol. III p.317).

Vision de l'enfer Sainte Françoise Romaine - 1

La vision de l’enfer de Sainte Françoise
(ancien monastère des Oblates à Tor de’ Specchi – Rome)
A la mort de leur fondatrice, les Oblates voulurent que les principaux épisodes de la vie et de l’expérience mystique de Sainte Françoise fussent représentés dans leur oratoire : elles commandèrent donc des fresques au peintre Antoniazzo Romano, qui les acheva en 1468.
On y trouve évidemment la représentation de la vision de l’enfer et des descriptions données par Sainte Françoise.

       « [...] Le traité de l’enfer, avons-nous dit, est le plus remarquable des écrits qu’a dictés Sainte Françoise. En voici une idée :

Un jour que la servante de Dieu était très-souffrante, elle s’enferma dans sa cellule pour se livrer à l’exercice de la contemplation. Il était environ quatre heures de l’après-midi. Aussitôt elle fut ravie en extase et l’archange Raphaël, qu’elle ne vit pas alors, vint la prendre pour la conduire à la vision de l’enfer. Arrivée à la porte de ce royaume effroyable, elle lut ces paroles écrites en lettres de feu : « Ce lieu est le lieu de l’enfer, enfer sans espérance, enfer sans intervalle dans les tourments, enfer sans repos ». La porte s’ouvrit et Françoise regarda : elle vit un abîme si profond, si épouvantable, d’où s’échappaient des cris si affreux et des odeurs si insupportables, que depuis elle n’en pouvait parler sans que son sang se glaçât dans ses veines. L’enfer lui apparut divisé en trois régions, l’une supérieure, l’autre inférieure, l’autre intermédiaire. Les tourments étaient plus grave dans la région inférieure que dans les deux autres. Dans la région supérieure sont placés les Juifs qui, à leur opiniâtreté près, vécurent exempts de grands crimes ; ceux des chrétiens qui négligèrent la confession pendant la vie et en furent privés à la mort.

   Au plus profond de l’enfer sont les sodomites et tous ceux qui se sont livrés à des péchés contre nature ; les démons les transpercent avec des broches enflammées. Viennent ensuite les usuriers, qui sont étendus sur des tables d’airain rougi au feu ; les démons leur versent dans la bouche des seaux de métal liquéfié ; aux blasphémateurs, les ministres de la vengeance céleste tirent la langue avec des crocs ; aux traitres et aux hypocrites, ils arrachent sans cesse le cœur, que sans cesse ils remettent en place ; les homicides et les femmes qui font périr leur fruit dans leur sein sont promenés sans fin d’une cuve où il y a du sang en ébullition à une autre cuve où il y a de la glace ; les apostats sont sciés en deux ; les incestueux sont plongés dans des cuves pleines d’ordures puantes ; les enchanteurs, les sorciers, et ceux qui croient à leur art ridicule reçoivent des palets enflammés que les démons leur jettent à la figure. Puis viennent les peines des sept péchés capitaux ; enfin le supplice des voleurs, des enfants dénaturés, des religieux qui violent leurs vœux, des calomniateurs, des vierges folles, des veuves vicieuses, des femmes idolâtres de leur beauté. Nous regrettons de ne pouvoir donner tous ces détails, mais ceux que le sujet intéresserait peuvent lire les Bollandistes.

   Lors de la chute des mauvais anges, un tiers resta dans les airs, un autre tiers resta sur la terre, et le dernier tiers tomba jusque dans l’enfer. Cette différence provient de la différence de la faute commune.

   Lucifer est le monarque des enfers, mais monarque enchaîné et plus malheureux que tous les autres ; il a sous lui trois princes auxquels tous les esprits infernaux divisés en trois corps sont assujétis par la volonté de Dieu. Le premier de ces trois princes est Asmodée ; c’était dans le ciel un chérubin. Il préside aux péchés deshonnêtes. Le deuxième est Mammon ; c’était un trône. Il est le démon de l’argent. Le troisième est Béelzébuth ; il appartenait au chœur des dominations ; il est établi maintenant sur les crimes qu’enfante l’idolâtrie. Ces trois chefs, ainsi que Lucifer, ne sortent jamais de leur prison, seulement, lorsque Dieu le leur permet, ils députent sur la terre des légions de démons subordonnés.
Les démons subordonnés de l’enfer sont classés dans l’abîme suivant l’ordre hiérarchique : chérubins, séraphins, …etc. On retrouve ces mêmes hiérarchies parmi les démons qui habitent la terre et les airs, mais ils n’ont point de chef et vivent dans une espèce d’égalité. Ce sont eux qui font du mal aux hommes, et par ce moyen diminuent leur confiance en la Providence, et les font murmurer contre la volonté de Dieu. Les démons qui vivent sur la terre se concertent et s’aident mutuellement à perdre les âmes.
Le seul moyen d’échapper à ce complot infernal serait de se relever promptement de la première chute, et c’est précisément ce qu’on ne fait pas. Rien ne paralyse mieux les efforts des démons et ne leur cause de plus grands supplices que de prononcer le saint nom de Jésus. Lorsque les âmes vivent dans l’habitude du péché mortel, les démons s’installent dans leur cœur ; mais quand elles reçoivent l’absolution, ils délogent au plus vite et se placent à côté d’elle pour les tenter de nouveau ; mais leurs attaques sont moins vives, et plus on se confesse, plus ils perdent de leurs forces [...]. »

Vision de l'enfer Sainte Françoise Romaine - 2

Détail de la fresque de l’enfer à Tor de’ Specchi – Rome

2023-34. Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme…

Jeudi de la 2ème semaine de Carême.

Missel romain traditionnel

       Dans le missel romain antique, nous lisons aujourd’hui à l’épître ce passage du prophète Jérémie (Jér. XVII, 5-10) :

   « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui se fait un bras de chair et dont le cœur se retire du Seigneur. Il sera comme le tamaris dans le désert et il ne verra pas le bonheur quand il viendra ; mais il habitera dans la sécheresse du désert, dans une terre salée et inhabitable.
Béni soit l’homme qui se confie dans le Seigneur, et dont le Seigneur sera l’espérance. Et il sera comme un arbre planté au bord des eaux ; il pousse ses racines vers le courant, il ne craint point quand vient la chaleur. Son feuillage sera toujours vert, il ne sera point en peine au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit.
Le cœur de l’homme est mauvais et impénétrable. Qui le connaîtra ? Moi, le Seigneur qui scrute le cœur et qui éprouve les reins, qui rends à chacun selon ses voies et selon le fruit de ses œuvres, déclare le Seigneur tout-puissant !»

   Méditons attentivement sur ce texte auquel, depuis plus de 1500 ans, l’Eglise nous demande de porter une attention spéciale dans nos approfondissements de Carême.

le prophète Jérémie - Michel-Ange voûte de la Chapelle Sixtine

Le prophète Jérémie
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : fresque de la voûte de la chapelle Sixtine

   Pour éviter tout malentendu, il convient tout d’abord de repérer ce que le texte ne dit pas. En effet ce début de l’oracle «  Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui se fait un bras de chair et dont le cœur se retire du Seigneur », peut être fort mal compris.
Le Seigneur ne demande pas aux fidèles de ne faire confiance à absolument aucun être humain ; Il n’exige pas d’eux qu’ils se défient irrémédiablement de tous leurs semblables ; Il ne leur enjoint pas de se méfier de tout le monde systématiquement, sans exception et de façon définitive.
Ceci étant posé, attachons-nous à pénétrer avec toute notre intelligence ce que ce verset «  Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui se fait un bras de chair et dont le cœur se retire du Seigneur » exprime vraiment.

   Ce que le Seigneur réprouve, jusqu’à la maudire, c’est une confiance exagérée en l’homme, alors que, dans le même temps on la lui retire à Lui, notre Créateur et notre Rédempteur. Ce qui constitue un grave dévoiement, c’est que l’on cesse d’avoir foi en Dieu pour « avoir foi en l’homme » (selon la formule chère aux « progressistes ») ; c’est que l’on accorde à l’homme – pourtant fragile et inconstant – ce que l’on refuse à Dieu, tout puissant, qui, Lui, ne peut ni Se tromper ni nous tromper.

   L’expression « qui se fait un bras de chair » est particulièrement éclairante sur ce point : l’hébreu, langue extrêmement concrète qui se sert d’images matérielles pour exprimer des abstractions, utilise l’image du « bras » pour désigner le « mode d’action » et la « puissance ».
Lorsque la Sainte Ecriture nous dit que Dieu – qui n’a pas de bras – agit « à bras étendu », ou que l’on trouve dans le « Magnificat » : « déployant la force de Son bras », cela signifie que Dieu déploie toute Sa puissance, qu’Il agit sans retenir la force de Son omnipotente Majesté.

   « Se faire un bras de chair », c’est donc placer toute sa force d’action dans quelque chose de périssable et de vulnérable, c’est placer toutes ses espérances dans ce qui est par nature fragile et faillible, inconstant et appelé à la corruption…

Michel-Ange plafond de la chapelle sixtine - le bras puissant de Dieu

Le bras puissant de Dieu : détail de la fresque de la création du soleil
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : fresque de la voûte de la chapelle Sixtine

   Chacun de nous – malheureusement ! – a pu faire, un jour où l’autre (voire fréquemment), l’amère expérience de voir sa confiance trahie.
On a accordé sa confiance à un collègue de travail, à un supérieur, à un ami, à un parent, à un époux, à un prêtre ou à un évêque, et on se retrouve douloureusement blessé, profondément meurtri, parce que l’on se rend compte que ce collègue de travail, ce supérieur, cet ami, ce parent, cet époux, ce prêtre ou cet évêque, ont abusé de cette confiance, s’en sont servi pour vous tromper, pour vous « mener en bateau », pour vous escroquer matériellement ou psychologiquement… Alors, comme le dit l’oracle de Jérémie, on se retrouve comme un arbuste desséché dans l’aridité du désert : notre dynamisme et notre goût de vivre sont douloureusement atteints ; nous portons des fruits d’amertume et non de joie ; nous sommes profondément affectés au plus intime de nous-mêmes, et nous pouvons dépérir, dans notre entrain psychologique et parfois aussi physique.

   A travers cette parole énergique « Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui se fait un bras de chair et dont le cœur se retire du Seigneur », il nous faut donc surtout voir la très grande compassion de notre Dieu qui cherche à nous éviter ces expériences malheureuses, qui veut nous éviter des souffrances psychologiques et des blessures spirituelles. Il nous rappelle avec une certaine force, que les hommes ne seront toujours et jamais que des hommes, et que c’est donc une grave illusion – en raison de notre sympathie naturelle, de notre amitié ou de notre amour – de les idéaliser au point de placer en eux une confiance absolue.
C’est en Dieu seul que nous pouvons (et devons) avoir une absolue confiance : Il est le Seul qui ne peut décevoir, le Seul qui ne peut mentir, le Seul qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper, parce qu’Il nous aime d’un amour totalement pur et divin, d’un amour qui veut nous sauver et nous combler de Sa propre plénitude.

   De fait, la confiance que nous pouvons accorder à ceux que nous aimons ne peut, d’une part, que venir en seconde position par rapport à la confiance en Dieu, et, d’autre part, ne peut être que donnée avec un discernement fondé non sur la sensiblerie, non sur la sentimentalité, non sur l’impression subjective, mais, objectivement, sur la part « divine » qui réside et que l’on voit transparaître dans les êtres de chair qui se trouvent auprès de nous : je vais faire confiance à telle personne dans la mesure où cette personne se montre habituellement honnête et de bon conseil – en conformité avec les préceptes divins -, je vais faire confiance à ce supérieur dans la mesure où il est prudent et avisé – en conformité avec les préceptes divins -, je vais faire confiance à cet ecclésiastique dans la mesure où il est vraiment bien formé et pieux – en conformité avec les préceptes divins -, je vais faire confiance à cet ami parce qu’il est désintéressé et fidèle – en conformité avec les préceptes divins -, je vais faire confiance à cet époux parce qu’il vit sérieusement le sacrement de mariage avec les exigences des sixième et neuvième commandements – en conformité avec les préceptes divins -, …etc.

Michel-Ange plafond de la chapelle sixtine - le déluge

Le déluge,
châtiment des hommes qui se sont défié de Dieu pour ne placer leur confiance et leur espérance que dans les biens d’ici-bas
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : fresque de la voûte de la chapelle Sixtine

   Attachons-nous maintenant à la suite des paroles divines : « Béni soit l’homme qui se confie dans le Seigneur, et dont le Seigneur sera l’espérance. Et il sera comme un arbre planté au bord des eaux ; il pousse ses racines vers le courant, il ne craint point quand vient la chaleur. Son feuillage sera toujours vert, il ne sera point en peine au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit. »

Dieu qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper,
Dieu qui nous aime et qui veut notre salut éternel,
Dieu qui veut nous combler de bonheur pour l’éternité auprès de Lui,
Dieu qui a envoyé Son Fils dans le monde pour subir à notre place le châtiment du péché et pour qu’Il S’offre en sacrifice de rédemption afin de nous arracher à l’empire du démon,
Dieu qui aurait pu par les mérites infinis d’une seule goutte du Précieux Sang de Son Fils racheter des milliards d’univers mais qui a cependant voulu que ce Précieux Sang fût versé en abondance pour qu’aucun homme ne puisse dire que Dieu n’a pas fait assez pour son salut,
Dieu qui nous a laissé la propre Mère de Son Fils incarné pour Mère spirituelle,
Dieu qui a envoyé du Ciel le Saint-Esprit pour agir dans Son Eglise et dans Ses sacrements afin que la vie divine soit communiquée à nos âmes et y croisse,
Dieu qui ne néglige absolument rien pour nous…
… mérite-t-Il que nous doutions de Lui ? Mérite-t-Il que nous nous défions de Lui ? Mérite-t-Il que nous manquions de confiance en Lui ?

Michel-Ange plafond de la chapelle sixtine - le serpent d'airain

Le serpent d’airain,
figure du Christ en croix vers lequel regardent avec confiance les sauvés
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : fresque de la voûte de la chapelle Sixtine

   Chacun d’entre nous doit examiner la manière qu’il a de se comporter envers Dieu à la lumière de tout ce qui a été énuméré ci-dessus.
Chacun de nous doit se poser cette question : est-ce que je fais vraiment confiance à Dieu ?
Chacun de nous doit s’interroger sur la qualité de sa confiance en Dieu ?

   Si cette confiance n’est pas totale, entière, véritable, absolue… toujours et en toutes choses, n’est-ce pas le signe que notre foi et notre amour ne sont pas (encore) assez forts, pas assez vrais, pas assez profonds ?
Et si notre foi, notre confiance, notre amour ne sont pas (encore) ainsi, faut-il donc nous étonner de ne pas voir – pour reprendre les images de la prophétie de Jérémie – notre vie spirituelle porter si peu de fruits et souffrir tellement de la sécheresse ?

   Que faire donc ?
- Méditer la Passion de Jésus – en détail, longuement et très attentivement – pour stimuler notre amour et notre foi dans la contemplation de tout ce que Jésus a fait et souffert pour nous : c’est le plus efficace de tous les moyens mis à notre disposition pour faire grandir en nos âmes une vraie, solide, totale et absolue confiance en Lui.
- Demander, supplier, implorer afin d’obtenir de Sa bonté, de Sa miséricorde, qu’Il nous accorde Lui-même la grâce, l’immense grâce, de démultiplier notre confiance par laquelle notre vie intérieure parviendra à une transformation surprenante, libératrice et sanctificatrice !
- Ne pas négliger de répéter souvent, très souvent, tout au long du jour, avec un vrai et sincère élan de l’âme 
: Coeur Sacré de Jésus, j’ai confiance en Vous et je Vous aime !

Michel-Ange, lunette à gauche du Jugement dernier Chapelle Sixtine - anges avec les instruments de la Passion

Anges portant les instruments de la Passion
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : fresque de la lunette à gauche du Jugement dernier

   Nous arrivons enfin aux derniers versets de l’oracle du prophète Jérémie : « Le cœur de l’homme est mauvais et impénétrable. Qui le connaîtra ? Moi, le Seigneur qui scrute le cœur et qui éprouve les reins, qui rends à chacun selon ses voies et selon le fruit de ses œuvres, déclare le Seigneur tout-puissant ! »

   Apparemment, il n’y a pas de lien logique immédiat entre les versets précédents et cette espèce de conclusion, qui peut sembler une affirmation abrupte, et même dure, avec des accents de condamnation : « Le cœur de l’homme est mauvais et impénétrable ».
Toutefois, là encore, il convient de ne pas se méprendre sur cette parole : le Seigneur Dieu ne porte pas ici une condamnation sans appel, comme s’il disait : « A quoi bon… on ne peut rien tirer de bon de l’homme, on ne peut rien attendre de bon de l’homme, et il en sera toujours ainsi… Inutile donc que je me « fatigue » à lui envoyer des grâces, c’est fichu de toute manière… »
Non. Dieu établit seulement un constat : le constat de ce qu’est l’homme sans Sa grâce.
Mais justement Il n’en prend pas son parti ; Il ne baisse pas les bras !
La preuve en est dans la suite du texte : ce cœur impénétrable de l’homme, qui donc parviendra à en saisir le mystère, qui donc parviendra à le comprendre, qui donc parviendra à en voir tout le drame ?
Car il s’agit bien d’un drame : l’homme créé bon mais tombé sous le pouvoir du péché, l’homme appelé à l’intimité divine mais attiré par le mal, l’homme destiné au Ciel mais sans cesse tiré vers l’enfer…

   « Qui le connaîtra ? Moi, le Seigneur qui scrute le cœur et qui éprouve les reins… » 
Moi, le Seigneur, dont la capacité de pénétration est plus forte que l’impénétrabilité de ce cœur humain livré au désordre du péché.
Dieu ne se résout pas au mal. Dieu n’abandonne pas Sa créature déchue au pouvoir de Satan : Il est Dieu de miséricorde ; Il est Dieu de pitié ; Il est Dieu de compassion !

   « Moi, le Seigneur qui scrute le cœur et qui éprouve les reins, qui rends à chacun selon ses voies et selon le fruit de ses œuvres, déclare le Seigneur tout-puissant ! » Moi, le Seigneur de justice. Et Ma justice ne doit pas vous effrayer puisque justement elle est… juste.
La justice consiste à rendre à chacun selon ce qui lui est dû ! La justice ne doit donc pas vous rebuter, mais elle doit au contraire nourrir et stimuler votre espérance…

Michel-Ange Fresque du Jugement dernier chapelle Sixtine - détail le Christ souverain Juge

Le Christ souverain Juge et l’intercession de la Très Sainte Vierge
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (1475-1564) : détail de la fresque du Jugement dernier

       Seigneur, Dieu d’infinie miséricorde, qui regardez avec compassion Votre créature déchue, Votre créature pécheresse, Votre créature faible, Votre créature attirée par ce qui Vous est contraire : je Vous en prie, je Vous en supplie, ayez pitié de moi !
Montrez-Vous pleinement juste en me pardonnant lorsque je viens vers Vous avec au cœur le regret du mal que j’ai commis. Montrez-Vous pleinement juste en scrutant mon cœur qui est souvent enténébré à mes propres regards mais qui n’a point de secret pour Votre divine perspicacité. Montrez-Vous pleinement juste en ne m’imputant pas ce qui est la conséquence de la faiblesse héritée d’Adam. Montrez-Vous pleinement juste en purifiant la malice de mon cœur dans le Sang Précieux de Votre Fils qui S’est offert pour moi en sacrifice !
C’est ainsi que je cesserai d’être l’arbre rachitique du désert et que, revivifié par les eaux de Votre grâce, je croîtrai en terre fertile, et porterai les dignes fruits de foi, de confiance et d’amour dont Vous voulez que ma vie soit féconde !

Ainsi soit-il.

Prière à Saint Thomas d’Aquin pour obtenir l’Esprit de Sagesse.

7 mars,
Fête de Saint Thomas d’Aquin, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Anniversaire de la mort de la Vénérable Marie-Clotilde de France (cf. > ici et > ici).

       Saint Thomas d’Aquin, qui était né en 1225 ou 1226, est mort à l’âge de 49 ans le 7 mars 1274 : c’est la raison pour laquelle sa fête liturgique a été fixée à ce jour (note : elle a été changée de place dans le calendrier réformé issu du concile vaticandeux… qui prétendait ramener les fêtes des saints à la date de leur mort).
Il fut avant tout, et dès son plus jeune âge, un « chercheur de Dieu », un amant passionné du Christ – Vérité éternelle -, et un mystique : son œuvre théologique et philosophique n’est qu’une expression de cette ardente et amoureuse quête de Dieu.
Reconnu comme l’un des principaux génies de la théologie, fondée sur les principes les plus stricts du raisonnement philosophique, et gloire de l’Ordre des Prêcheurs (Dominicains), après avoir été canonisé en Avignon le 18 juillet 1323 par le pape Jean XXII, il fut proclamé docteur de l’Eglise par Saint Pie V en 1567, puis déclaré céleste patron des universités, écoles et académies catholiques, par Léon XIII en 1880. Il a également été choisi comme saint patron par les libraires.
Il est très souvent appelé le « Docteur angélique » en raison de la très grande pureté de sa doctrine et de ses mœurs.

Saint Thomas d'Aquin fontaine de sagesse - XVIIe siècle - Notre-Dame de Paris

Saint Thomas d’Aquin, fontaine de sagesse
[toile du XVIIème siècle - cathédrale Notre-Dame de Paris]

frise

   Ô Docteur angélique, Saint Thomas,
prince des théologiens et règle des philosophes,
gloire insigne du monde chrétien et lumière de l’Église,
céleste patron de toutes les écoles et universités catholiques,
vous avez appris la sagesse sans déguisement et vous la communiquez sans envie ;
priez pour nous le Fils de Dieu, Sagesse éternelle,
afin que l’Esprit de Sagesse vienne en nous,
qu’il nous fasse comprendre ce que vous avez enseigné
et imiter ce que vous avez fait.
Obtenez-nous aussi de participer à la doctrine et à la vertu
par lesquelles vous avez brillé dans ce monde comme un soleil,
et d’en goûter éternellement avec vous les fruits très suaves au Ciel,
en louant la Divine Sagesse dans tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il !

frise avec lys naturel

2023-33. Une cagnotte en ligne pour la restauration de vêtements et objets liturgiques.

Samedi 4 mars 2023,
Samedi des Quatre-Temps de printemps ;
Fête de Saint Casimir Jagellon, roi et confesseur ;
Mémoire de Saint Lucius 1er, pape et martyr ;
Mémoire de la Bienheureuse Mère Saint-Louis, née Marie-Louise-Elisabeth de Lamoignon, fondatrice des Sœurs de la Charité de Saint-Louis ;
Premier samedi du mois, dédié à la réparation envers le Cœur douloureux et immaculé de Marie.

chasuble noire restaurée

Chasuble noire acquise chez un brocanteur qui vient de nous revenir
après avoir été restaurée par un professionnel 

       A l’occasion du Carême, de fidèles et dévoués amis du Refuge Notre-Dame de Compassion ont eu l’initiative de lancer une cagnotte en ligne afin de nous aider à assumer les frais de restauration de vêtements et d’objets liturgiques, que nous avons – pour la plupart – acquis  dans des brocantes ou bien qui nous ont été offerts par des personnes qui ne pouvaient se résoudre à les voir partir à la déchetterie (car, je n’exagère pas, c’était le sort destiné à certains d’entre eux).
Malheureusement, le délaissement dans lequel ils se trouvaient depuis des décennies fait qu’ils nécessitent des restaurations avant de pouvoir à nouveau servir la gloire de Dieu dans la sainte liturgie.

   C’est le cas de l’ornement noir complet qui vient de nous revenir de restauration, dont vous voyez ci-dessus une photographie de la chasuble : dans un velours de soie admirable et brodé de centaines de perles dorées, il se trouvait, lorsque nous l’avons acheté, dans un état de saleté inouï ; sa doublure était dans un état lamentable et il fallait recoudre plusieurs parties. Cette admirable restauration a été accomplie par un professionnel.

   C’est également le cas d’un grand chandelier pour le cierge pascal ou de plusieurs autres paires de chandeliers et ornements d’autels, qui, se trouvant dans un tel état d’oxydation nécessitent bien davantage que du « Miror » et d’huile de coude pour retrouver leur éclat et leur service dans le sanctuaire…

chandelier du cierge pascal avant restauration

Chandelier pour le cierge pascal acheté chez un brocanteur…
et nécessitant une entière restauration avant Pâques.

   Nous les avons confiés, eux aussi à un artisan, dont nous avons déjà pu apprécier la qualité du travail, qui va les démonter et leur redonner tout leur lustre avant de les remonter avec minutie.

Pied du chandelier du cierge pascal à restaurer

Pied du chandelier du cierge pascal à restaurer

   C’est un grand bonheur que de pouvoir rendre à leur destination primitive – le culte divin – dans le rite magnifique pour lequel ils ont été conçus, ces pièces de paramentique et d’orfèvrerie ! 

   Tout ceci a bien évidemment un coût, qui n’est pas négligeable : le Refuge Notre-Dame de Compassion ne compte que sur les dons de la Providence, à travers la générosité de ceux qui l’apprécient et veulent l’encourager. Voilà pourquoi nos amis ont eu l’idée de cette cagnotte en ligne, afin de faire plus largement connaître ce que nous avons entrepris pour ces restaurations et nous permettre d’honorer le travail de ces artisans au savoir-faire si précieux. 

Pour contribuer, par un don – même minime – à ces travaux de restauration > ici

En même temps qu’aux amis qui ont eu l’initiative de cette cagnotte,
nous adressons dès à présent nos remerciements
à tous ceux qui voudront bien y participer
pour l’honneur et la gloire de Dieu magnifié par la liturgie traditionnelle !

Merci aussi à tous ceux qui voudront bien répercuter cette initiative autour d’eux !

Calice & Sacré-Coeur

2023-32. Méditation pour le deuxième dimanche de Carême : la Transfiguration.

Deuxième dimanche de Carême.

La Transfiguration - Giordano Luca 1685 - Musée des Offices Florence

La Transfiguration [1685], par Luca Giordano (1634-1705)
[Florence, musée des Offices]

frise

La Transfiguration

Présence de Dieu :

« O Jésus, que Votre grâce triomphe en moi, jusqu’à me rendre digne de participer à votre glorieuse Transfiguration !»

Méditation :

   1 – L’âme de Jésus, unie personnellement au Verbe, jouissait de la vision béatifique dont l’effet connaturel est la glorification du corps. Mais Jésus qui, durant les années de Sa vie terrestre, voulut S’assimiler le plus possible à nous en prenant « une chair semblable à celle du péché » (Rom. VIII, 3), empêcha cet effet de se produire.
Cependant, pour confirmer dans la foi les Apôtres ébranlés par l’annonce de Sa Passion, Jésus laissa transparaître, sur le Thabor, quelques rayons de Son Ame bienheureuse, et alors Pierre, Jacques et Jean Le virent transfiguré : « Son visage resplendissait comme le soleil et Ses vêtements étaient blancs comme la neige ». Les trois en demeurèrent extasiés, et cependant, Jésus ne leur avait montré qu’un rayon de Sa gloire, car aucune créature humaine n’aurait pu en supporter la vision complète.
La gloire est le fruit de la grâce ; la grâce que Jésus possède dans une mesure infinie, rejaillit en une gloire infinie qui Le transfigure entièrement. Quelque chose de semblable nous arrive aussi : la grâce nous transforme, nous transfigure « de gloire en gloire » (2 Cor. III, 18), jusqu’à ce qu’un jour elle nous introduise dans la vision béatifique de Dieu. Et tandis que la grâce transfigure, le péché, par son opacité, défigure ceux qui en sont victimes.
L’Evangile du jour montre le rapport intime entre la Transfiguration et la Passion de Jésus. Moïse et Elie, apparus sur le Thabor, aux côtés du Sauveur, causaient avec Lui et, comme le spécifie Saint Luc, ils parlaient justement de Sa Passion prochaine, « ils s’entretenaient de Sa mort qui devait s’accomplir à Jérusalem » (Luc IX, 31).
Le divin Maître veut enseigner de cette manière à Ses disciples, qu’il est impossible – tant à Lui qu’à eux-mêmes – d’arriver à la gloire de la Transfiguration sans passer par la souffrance ; c’est la leçon qu’Il donnera plus tard aux deux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et entrât ainsi dans Sa gloire ? » (Luc XXIV, 26). Ce que le péché a défiguré ne peut retrouver sa beauté surnaturelle première qu’au moyen de la souffrance purificatrice.

Le Greco - le Christ portant sa croix

Domínikos Theotokópoulos, dit Le Greco (1541-1614) : Le Christ portant Sa Croix [vers 1580]
[Metropolitan Museum of Art, New-York]

   2 – Extasié devant la vision du Thabor, Pierre s’exclame, dans son ardeur coutumière : « Il nous est bon de rester ici ! », et s’offre à préparer trois tentes : pour Jésus, Moïse et Elie. Mais sa proposition est interrompue par une voix du ciel : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis toutes Mes complaisances ; écoutez-Le ! » – et la vision s’évanouit.
Les consolations spirituelles ne sont jamais une fin en elles-mêmes, et nous ne devons ni les désirer, ni chercher à les retenir pour notre satisfaction. La joie, même spirituelle, ne doit jamais être recherchée pour elle-même.
De même qu’au ciel la joie sera la conséquence nécessaire de la possession de Dieu, ainsi sur cette terre, elle doit être uniquement un moyen pour nous consacrer, avec une générosité accrue, au service de Dieu.
A Pierre, qui voudrait s’arrêter sur le Thabor dans la douce vision de Jésus transfiguré, Dieu Lui-même répond en l’invitant plutôt à écouter et suivre les enseignements de Son Fils bien-aimé. L’apôtre ardent saura bien vite que suivre Jésus signifie : porter la Croix et monter avec Lui au Calvaire.
Ce n’est pas pour nous amuser que Dieu nous console, mais afin que nous soyons forts et généreux en souffrant pour Son amour.
La vision disparue, les Apôtres levèrent les yeux et ne virent plus rien, « nisi solum Jesum », hormis Jésus seul, et avec « Jésus seul », ils descendirent de la montagne.
Voilà ce que nous devons rechercher toujours et qui doit nous suffire : Jésus seul, Dieu seul.
Tout le reste – consolations, secours, amitiés, même spirituelles, compréhension, estime, soutien, même des Supérieurs – peut être bon dans la mesure même où Dieu nous permet d’en jouir. Il S’en sert, très souvent, pour soutenir notre faiblesse ; mais si, à travers les circonstances, Sa Main divine nous prive de tout cela, il n’y a pas lieu de nous déconcerter ou de nous troubler. C’est justement à ces heures que, plus que jamais, nous pouvons témoigner à Dieu – par les actes et non seulement en paroles – qu’Il est notre Tout et que, seul, Il nous suffit.
L’âme aimante se trouve alors dans l’occasion de rendre l’un des plus beaux témoignages à son Dieu : Lui être fidèle, se confier à Lui, persévérer dans la résolution du don total, même si, retirant Ses dons, Il la laisse seule, dans le noir, dans l’incompréhension peut-être, l’amertume, la solitude matérielle et spirituelle unie à la désolation intérieure. L’heure est venue de répéter : « Jésus seul », et de descendre avec Lui du Thabor pour Le suivre, avec les Apôtres, jusqu’au Calvaire où Il agonisera, abandonné Lui-même, non seulement des hommes, mais même de Son Père.

Crucifix d'ivoire du XVIIème - Abbaye Saint-Antoine

Crucifix en ivoire (anonyme XVIIème siècle)
[Trésor de l'Abbaye Saint-Antoine en Dauphiné]

Colloque :

        »C’est Vous seul que j’aime, mon Dieu, Vous seul que je veux suivre et chercher… Je veux être uniquement à Votre disposition.
Ordonnez, je Vous en prie !Commandez tout ce que Vous voulez, mais guérissez, ouvrez mes oreilles, afin que j’entende Votre voix ; guérissez, ouvrez mes yeux, afin que je vois Vos moindres signes ; guérissez-moi tout entier afin que je Vous reconnaisse. Dites-moi de quel côté il me faut tourner l’attention afin que je Vous voie ; et j’espère que je pourrai faire tout ce que Vous me commandez… » (Saint Augustin).

   Puissé-je Vous suivre, ô Jésus, et non seulement au Thabor, mais surtout au Calvaire.
Le Thabor est lumière, splendeur qui m’attire ; je voudrais, ne fût-ce que pour un instant, entrevoir Votre Face, ô mon Dieu ! Le Calvaire, c’est la nuit, la solitude, la douleur morne qui m’épouvante ; mais dans les ténèbres se dresse une croix sur laquelle je Vous contemple, Crucifié par amour. J’entrevois Votre Face, non pas transfigurée par la gloire, mais altérée par la douleur, fruit de nos péchés.

   O Jésus, détruisez en moi le péché, ce péché qui a ravagé Votre Face et défiguré mon âme, créée à Votre image et ressemblance. Mais pour opérer cette destruction, il est nécessaire que je participe à Votre Calvaire, à Votre Croix.
Daignez donc, ô Seigneur, unir à Votre passion toutes les souffrances, petites et grandes, de ma vie, afin qu’elles me purifient et me disposent à monter de clarté en clarté, jusqu’à la transformation complète en Vous.

   La lumière, la gloire du Thabor m’encourage.
Merci, Seigneur, de m’avoir accordé, ne fût-ce que pour quelques instants, de contempler Votre splendeur, de jouir de Vos divines consolations ; fortifié et encouragé de cette manière, je descends de la montagne pour Vous suivre, Vous seul, jusqu’au Calvaire.

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine,
in « Intimité divine »

Philippe de Champaigne : Sainte Face

2023-31. « Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean, et Il les emmena à l’écart sur une haute montagne…»

Samedi des Quatre-Temps de Carême.
L’Evangile de ce jour est le même que celui du deuxième dimanche de Carême : la Transfiguration (cf. Matth. XVII 1-9)

Transfiguration - Le Pérugin - 1497-1500 Collegio del Cambio, Pérouse

Pietro di Cristoforo Vannucci, dit le Pérugin [il Perugino] (vers 1448-1523)
Transfiguration : fresque du « Collegio del Cambio » 1497-1500, à Pérouse

« Jésus prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean,
et Il les emmène à l’écart sur une haute montagne pour prier »

   Arrêtons-nous à cette seule phrase : n’allons pas plus loin aujourd’hui.
En effet, que d’enseignements en cette seule phrase !
Que de motifs de réflexion, de méditation, et donc que de richesse spirituelles en ces quelques mots !

1 – « Jésus prend avec Lui » :

   Lorsque nous décidons de prendre un temps de prière, lorsque nous entrons dans le temps de la prière, lorsque nous prenons notre chapelet, notre livre de prière (psautier, ouvrage de méditation, bréviaire… etc.) ou que nous nous appliquons à l’oraison, avons-nous conscience que, en réalité, nous répondons à une « invitation », à une « initiative » de Jésus Lui-même ?

   Réalisons-nous en vérité que prier, c’est « être avec Jésus », qui nous invite à passer un moment d’intimité avec Lui ?
Comprenons-nous que, lorsque nous entrons dans le mouvement intérieur de la prière ce n’est pas nous-mêmes qui faisons à Dieu l’honneur de bien vouloir Lui accorder un peu de temps, mais que c’est bien Lui, le souverain Seigneur du ciel et de la terre, qui nous fait l’honneur de nous admettre en « audience privée », en entretien particulier, en tête à tête privilégié ?

   Nous avons si facilement tendance à penser (même inconsciemment) que, lorsque nous prions, nous sommes en définitive méritants de donner du temps à Dieu. Nous nous comportons pratiquement comme si nous Lui faisions l’aumône d’un peu de notre temps, tellement précieux, ce temps que nous pourrions utiliser de manière tellement plus efficace et tellement plus « rentable » en l’employant à des œuvres terrestres !!!
Il y a une urgence impérative à ce que nous changions notre regard sur notre propre démarche de prière, une urgence impérative à ce que nous convertissions notre mentalité de priant; une urgence impérative à ce que nous soyons intimement et fermement convaincus que nous ne faisons que répondre à un appel gratuit de Dieu, à un choix divin dans lequel nous n’avons aucun mérite : c’est Dieu, et Lui seul, qui nous fait l’immense honneur, l’immense grâce de nous « prendre avec Lui » !

2 – «… et Il les emmène à l’écart » :

   Il est absolument impossible d’être avec Jésus, impossible d’être admis dans l’intimité avec Dieu, impossible de prier, si nous ne sommes pas « à l’écart » : cela ne veut pas dire que pour prier nous devions impérativement fuir dans un désert, nous barricader dans un ermitage, ou nous réfugier dans un bunker souterrain et blindé inaccessible à autrui…
Certes, un minimum de tranquillité, dans un espace où le recueillement est favorisé, est bien évidemment souhaitable, mais si l’on n’est « à l’écart » que d’une manière physique et matérielle, emportant avec nous, dans cette solitude qui est seulement extérieure, tout le brouhaha intérieur de nos préoccupations ordinaires et l’agitation de nos soucis, cela ne sert de rien !

   C’est le fait d’être intérieurement à l’écart, psychologiquement à l’écart, spirituellement à l’écart, qui importe : pour prier, il convient avant tout et il est nécessaire de mettre de côté les préoccupations et les agitations qui nous distraient de Dieu.
J’ai connu un religieux qui, vivant à Paris, n’avait aucune difficulté à prier dans le métro et dans la rue : même dans le tohu-bohu de la capitale, et même en étant « attentif » à ce qui l’entourait, il demeurait intérieurement « à l’écart » et « retiré » pour rester dans l’union avec Notre-Seigneur.
C’est cela, le recueillement : le rassemblement et l’unification, en soi-même, de toutes ses capacités d’attention à Dieu.

3 – «… sur une haute montagne » :

   Il ne suffit pas d’être « à l’écart », il convient aussi de s’élever : il faut se rendre « sur la montagne ».
Là encore il s’agit avant tout d’une attitude intérieure (sinon ceux qui habitent dans les plaines ou dans le fond des vallées ne pourraient jamais prier !!!).
S’élever « sur la haute montagne » pour être avec Jésus, c’est mettre la distance qui convient avec les réalités de la vie ordinaire, non pour les oublier, mais pour les élever avec nous : ainsi il ne nous est pas demandé de faire abstraction totalement des conditions de notre vie habituelle, des soucis réels que nous devons porter (par exemple les malades, les défunts, les personnes en difficultés… etc.), mais de ne pas être immergés – et submergés – par ces soucis, de les dominer par l’attitude surnaturelle, par la foi, par l’espérance et la charité, afin de les élever vers Dieu, de sorte que tout cela soit « exposé » à son rayonnement bienfaisant et pacificateur, de sorte que tout cela soit transcendé et soumis aux rayons de Sa grâce…

Corollaire : quelques suggestions concrètes pour la prière.

   - Commencer notre prière en remerciant Dieu de nous admettre en Sa présence ; Lui rendre grâce de nous avoir « invités » à nous présenter devant Lui ; et nous comporter ensuite comme le ferions lorsque, invités par des personnes de qualité, nous agissons avec le maximum d’urbanité et d’attentions pour nous montrer à la hauteur de leur invitation qui nous honore.

   - Faire de notre prière non pas un temps routinier durant lequel nous accumulons des répétitions de formules impersonnelles, mais un temps intense d’audience privilégiée avec un très grand, très haut et très puissant « Personnage » qui daigne s’intéresser à nous avec infiniment de délicatesse et de sollicitude…

   - Réfléchir à ce que nous ferions et à ce que nous dirions si nous étions admis en audience privée avec l’un des personnages de la terre que nous admirons le plus. Transposons cela au niveau surnaturel : nous ne nous ennuierions pas si nous avions la chance de passer un quart d’heure avec l’un de nos artistes préférés qui voudrait nous donner du temps et nous écouter… alors pourquoi nous ennuierions nous avec Dieu qui est le plus grand de tous les plus grands personnages, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ?

   - Lorsque nous prenons temps pour la prière, faisons tout notre possible pour nous « tenir à l’écart » des sollicitations du monde, et pour nous élever sur la montagne sainte : moins que d’éloignement physique – qui n’est pas toujours possible – il s’agit essentiellement d’isolement intérieur et d’élévation intérieure afin d’être « seul à seul » avec le Très Haut qui nous aime, qui nous connaît intimement et qui nous veut du bien, qui veut notre plus grand bien…

   - De telles dispositions préalables – qui représentent une véritable ascèse (donc des efforts au départ et des efforts continus ensuite) – sont indispensables pour entrer dans l’intimité de Notre-Seigneur, à l’écart sur le sommet de la montagne, et pour être gratifié de Sa contemplation béatifiante et fortifiante : « Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean, et Il les emmena à l’écart sur une haute montagne, et Il fut transfiguré devant eux… »

Transfiguration - Andrea Previtali - Pinacoteca di Brera, Milan

Andrea Previtali dit le Cordeliaghi (vers 1480-1528)
La Transfiguration
[Pinacothèque de Brera, Milan]

2023-30. Entrons avec confiance et ferveur dans le mois de Saint Joseph !

1er mars,
Commencement du mois de Saint Joseph.

       Vous savez, chers Amis, à quel point nous aimons les anciennes images de dévotion – en particulier les canivets -, que nous collectionnons avec une admiration quasi enfantine.
Ainsi, pour commencer le mois dédié à honorer avec une ferveur encore plus intense le père adoptif de notre divin Rédempteur, nous sommes heureux de partager avec vous ci-dessous la reproduction de l’une de ces images qui nous enchantent :

Canivet Saint Joseph - recto

Allez à lui pour tous vos besoins temporels et spirituels
Saint Joseph
Patron de la Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine
« Je vous ai mis à Ma place dans son cœur ! »

Ch. Letaille Editeur Pontifical - Rue Garancière, 15, Paris

Texte imprimé au verso de l’image :

Jésus :

Adressez-vous à lui, et faites tout ce qu’il vous dira      

  »Ce que le roi Pharaon disait à son peuple en lui montrant le fils de Jacob qu’il élevait à la première dignité de son empire, Moi, votre Roi, je vous le répète, en vous montrant celui dont le premier Joseph n’était que la figure :
- Dans les dangers publics ou particuliers qui vous pressent, allez à lui, et faites ce qu’il vous dira ; car mon Père céleste a réservé la glorification de son grand serviteur pour vos jours de luttes et d’épreuves.
- Dans la détresse universelle où vous a jeté l’oubli de Dieu, dans cet état de famine spirituelle où tant d’âmes défaillent et meurent à la grâce, la Providence divine vous tenait en réserve l’Econome fidèle, qui, après avoir été le Père nourricier de Son Fils, était destiné à être encore le Père nourricier de Son Eglise.
- Elle n’y met qu’une condition, c’est que vous receviez avec foi cette paroleque Je vous répète : Allez à Joseph… et que vous confiant à lui comme Je M’y suis confié Moi-même, vous receviez par lui le pain matériel et spirituel de chaque jour ».

Le fidèle :

  « Docile à la voix de Jésus et de Son Eglise, je vénère en vous, ô Saint Joseph, le Gardien de la Sainte Famille et le patron de l’Eglise universelle.
- Priez pour nous Celui qui ne peut rien vous refuser… Montrez-nous votre puissance… Nous recourons à vous avec une confiance que vos bienfaits augmentent chaque jour.
- Nos besoins temporels sont grands !… Mais Notre-Seigneur ayant dit de chercher d’abord le règne de Dieu, nous promettant le reste par surcroît, nous vous demandons avant tout : l’horreur du vice, et l’amour de la vertu… le courage de faire le bien et de repousser le mal… un attachement inébranlable à l’Eglise Romaine et la joie immense d’être témoins de son triomphe ici-bas, en attendant le beau jour où les vicissitudes de notre misérable terre feront place aux ineffables joies de la Paix et de l’Amour dans le royaume de l’éternelle Charité ».

frise avec lys naturel

Quelques une des publications de ce blogue relatives à Saint Joseph :

- Prières pour le mois de Saint Joseph > ici
- Salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > ici
- Neuvaine pour préparer la fête de Saint Joseph > ici

- Méditation sur les sept douleurs de Saint Joseph > ici
- Méditation sur la vie de foi de Saint Joseph > ici
- Cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici

- Sainte Thérèse d’Avila et Saint Joseph > ici
- La consécration de la France à Saint Joseph par SM le Roi Henri V > ici
- Le sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir > ici

- BD « Ite ad Joseph – Allez à Joseph! » > ici
- BD « Saint Joseph et le carême » > ici

Saint Joseph - détail d'une bannière

2023-29. Enfin, les choses étaient dans l’ordre !

27 février,
Dans le diocèse de Viviers : dédicace de la cathédrale Saint-Vincent ;
Ailleurs : fête de Saint Gabriel de l’Addolorata (cf. > ici) ;
Anniversaire de la signature de l’Edit de Thessalonique (cf. > ici) ;
Anniversaire du Sacre de S.M. le Roi Henri IV (cf. > ici) ;
Anniversaire de la restitution au culte catholique de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

       Cette date du 27 février est riche de belles fêtes et anniversaires.
Pour moi, qui était alors dans ma quinzième année et qui me rappelle avec émotion de l’espoir et de l’enthousiasme que l’événement suscita alors en mon âme (cf. > ici), je voudrais aujourd’hui revenir sur le dernier de ceux qui sont énumérés ci-dessus : la restitution au culte catholique de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, le 27 février 1977.

   Si, vivant en province, je n’étais pas présent à ce magnifique coup d’éclat accompli par Monsieur l’abbé Vincent Serralda (1905-1998), Monsieur l’abbé Louis Coache (1920-1994), Monseigneur François Ducaud-Bourget (1897-1984) et leurs amis prêtres résistant à la « nouvelle messe » alors présents à Paris, j’ai néanmoins eu la grâce et la joie de connaître, plus tard, plusieurs protagonistes, prêtres ou laïcs, de cette libération, qui m’ont partagé leurs souvenirs.
J’ai également eu la joie de rencontrer à plusieurs reprises l’auteur des lignes qui suivent, le cher André Figuéras (1924-2002), dont j’ai décidé de vous livrer, ci-dessous, le savoureux récit qu’il a fait de cet événement dans l’avant-propos de son bel ouvrage (devenu assez difficile à trouver) : « Saint Nicolas du Chardonnet : le combat de Mgr Ducaud-Bourget ».

   Dans les combats qu’il faut continuer à soutenir pour la pleine liberté de la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle, en des circonstances à nouveau bien pénibles où nous avons – non sans justesse – le sentiment que nous pourrions nous retrouver acculés à retourner, en certains diocèses, dans de discrètes chapelles de fortune pour y assister à la liturgie multiséculaire de l’Eglise catholique, il est toujours bon de nous souvenir des exemples que nous ont donnés les « résistants » de l’immédiat après-concile, et de nous en imprégner pour nous fortifier, pour nous prémunir contre toute espèce de découragement, pour savoir réagir avec pertinence, pour anticiper, pour être audacieux, et enfin pour passer à l’action quand les circonstances l’exigeront…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

église Saint-Nicolas du Chardonnet façade principale

Paris : église Saint-Nicolas du Chardonnet

frise

« Enfin, les choses étaient dans l’ordre ! »

       « Assurément, nous ne sommes pas en mesure de dire si c’était, oui ou non, pour la première fois de sa vie. Toujours est-il que, ce matin du dimanche 27 février 1977, l’abbé Bellégo eut, pendant quelques instants, toute raison de croire au miracles.
Ce prêtre de la paroisse de Saint-Séverin, dans le V° arrondissement de Paris, avait responsabilité particulière pour l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, sise dans le même arrondissement, et dont le clergé contemporain avait décidé la réduction à l’état de sous-paroisse.
Ce bel édifice avait pourtant connu des jours meilleurs… [ici, l'auteur fait un résumé, qui occupe néanmoins plusieurs pages, de l'histoire de cette paroisse et des chefs d'œuvres artistiques qui se trouvent dans l'église].

   [...] En ce matin du dimanche 27 février 1977, on ne retrouvait plus la trace de ce passé et de cette gloire. Devant un groupe minuscule de fidèles, plus résignés que transportés, l’abbé Bellégo achevait, sinon à la manière d’un pensum, du moins sans transports manifestes, de débiter une de ces messes sans latin à propos de laquelle le chanteur Georges Brassens a employé un verbe énergique.
Tout à coup, un frémissement concentré et retenu commença de se faire à l’entrée de la nef. L’abbé Bellégo, qui disait sa messe hors du chœur, sur une petite table installée sur un gigantesque podium, et en tournant le dos au Christ, n’eut qu’à lever les yeux pour se rendre compte de ce qui se passait.
Et c’est là qu’il put avoir, l’espace d’un instant, la notion d’un miracle. Voilà en effet que l’église quasi déserte – parce que depuis longtemps quasi désertée – s’emplissait d’une foule recueillie. Bientôt toutes les chaises furent occupées, même dans les bas-côtés, et, l’afflux ne cessant point, quantité de gens entendirent debout la fin de l’office.
Jamais pareille aventure n’était arrivée à l’abbé Bellégo, longuement habitué à des auditoires chétifs. Il en était encore à se demander ce qui se passait, lorsque ses quêteuses revinrent en faisant grise mine. Dans cette vaste assemblée, elles n’avaient rien recueilli du tout. Comme on n’était pas en train de plaisanter, personne n’avait fait même le geste de donner un bouton de culotte.
Or, ce problème de la quête est, depuis quelques années, l’obsession du clergé post-conciliaire, qui suscite si peu la générosité des derniers fidèles, qu’ils ne parviennent plus à joindre les deux bouts, comme on dit [...].

   Donc en voyant ses aumônières aussi indigentes qu’à l’accoutumée, l’abbé Bellégo conçut que ce qui était en train de se produire ne devait pas être faste pour lui. C’est donc dans l’inquiétude et la hâte qu’il acheva sa messe.
Effectivement, à l’instant qu’il achevait, il se passa quelque chose, sinon de miraculeux, en tout cas de prodigieux.

   Tandis que l’immense assistance, debout, entonnait le Credo, un groupe de prêtres, revêtus des habits sacerdotaux traditionnels, se dirigeaient vers le chœur.
Voilà que la messe de saint Pie V éclatait sous ces voûtes qui l’avaient tant entendue, et qui, sans nul doute, et parce qu’il y a une âme des choses – surtout lorsque ces choses sont des pierres d’église – l’attendaient depuis qu’elles en étaient privées.
Car tout se passa très simplement comme un retour à la vérité, et pour ainsi dire à la nature, comme une résurrection. Tandis qu’une sorte de liesse sacrée saisissait la foule, on retrouvait tout à coup, et cela semblait la chose la plus normale du monde, la magnificence de l’Histoire, et la splendeur de la France.
Un sentiment commun de libération semblait créer une connivence entre l’église et les assistants. De telle sorte que cette messe avait, si l’on peut dire, l’air tout ensemble d’une cérémonie expiatoire et d’un baptême.
Enfin, depuis dix ans que cela ne se présentait plus, les choses étaient dans l’ordre…»

André Figuéras,
in « Saint-Nicolas du Chardonnet – le combat de Mgr Ducaud-Bourget »
éditions de Chiré, 1977

27 février 1977 - à l'issue de la Messe, exposition du Saint-Sacrement

27 février 1977, à Saint-Nicolas du Chardonnet :
de gauche à droite Monsieur l’abbé Michel de Fommervault, Monseigneur François Ducaud-Bourget, Monsieur l’abbé Juan,
et au fond, au micro, Monsieur l’abbé Louis Coache

2023-28. Le grand combat.

Premier dimanche de Carême.

Barthélemy Parrocel - la tentation au désert

Barthélémy Parrocel (1595-1663) : tentation du Christ au désert
[musée du pays Brignolais, palais des comtes de Provence à Brignoles]

Le grand combat

Présence de Dieu :

   O Jésus, je me retire en esprit avec Vous au désert ; apprenez-moi comment je dois combattre la triple concupiscence de la chair, de l’orgueil, de l’avarice.

Méditation :

   1 – Au début de la période strictement quadragésimale, l’Eglise nous invite à ce grand combat, à cette lutte contre le péché, qui doit nous conduire à la résurrection pascale.
Le modèle, c’est Jésus, Lui qui, bien qu’exempt de toute tendance au mal, a voulu être tenté, pour nous, par le démon, afin de « compatir à nos faiblesses » (Hebr. IV, 15).
Après quarante jours de jeûne rigoureux, alors qu’Il sent l’aiguillon de la faim, Jésus est tenté par Satan de changer les pierres en pain. Personne ne peut embrasser un régime de pénitence sérieuse ou de mortification sans en subir les incommodités ; mais c’est le moment, alors, de résister aux voix insinuantes qui invitent à une plus grande condescendance vis-à-vis des exigences physiques, en répondant avec Jésus : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». La vie de l’homme dépend beaucoup plus de la volonté de Dieu que de la nourriture matérielle. Celui qui est convaincu de cette vérité, aura le courage de se soumettre à des privations, se confiant, pour son entretien, en la divine Providence.
Jésus fut ensuite tenté d’orgueil : « Si Vous êtes le Fils de Dieu, jetez-Vous en bas… et les Anges Vous porteront dans leurs mains ». Un miracle pareil aurait attiré l’admiration et l’enthousiasme du peuple, mais Jésus sait que le Père a choisi pour Lui une tout autre voie : pas de triomphes, mais des humiliations, la croix, la mort ; Il n’en veut pas sortir et repousse résolument la proposition orgueilleuse. Le meilleur moyen de vaincre les tentations d’orgueil et de vanité est de choisir expressément ce qui nous humilie et nous fait disparaître aux yeux d’autrui.
Le démon revient à la charge et tente Jésus d’avarice : « Je Vous donnerai tout cela si, tombant à mes pieds, Vous m’adorez », mais Il répond : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que Lui seul ! » Celui dont le cœur est fortement ancré en Dieu, ne se laisse jamais détacher de Son service par l’attrait et la convoitise des biens terrestres. Mais si cette forte adhésion à Dieu vient à manquer, que de fois la tentation d’avarice réussira-t-elle à faire dévier même ceux qui devraient, par vocation particulière, « servir Dieu seul ».

Michael-Angelo Immenraet - tentation au désert

Michael-Angelo Immenraet (1621-1683) : la tentation au désert
[église de l'Union, à Idstein dans le Duché de Nassau]

   2 – Jésus a été tenté parce qu’Il l’a voulu.
Nous sommes tentés aussi, sans le vouloir, et même, très souvent, contre notre volonté.
La tentation de Jésus a été purement extérieure, car elle ne trouvait aucun écho en Lui ; en nous, au contraire, la nature, blessée par la triple concupiscence de la chair, de l’orgueil, de l’avarice, non seulement offre facilement prise aux assauts du démon, mais est elle-même source de multiples tentations. Il est dès lors impossible, pour nous, de vivre sans tentations, et notre vertu ne consiste pas à en être exempts, mais à pouvoir les vaincre. C’est une lutte à laquelle personne ne peut se soustraire, et même, Dieu veut que cette lutte soit le gage de la vie éternelle : « Bienheureux l’homme qui supporte l’épreuve, car lorsqu’il aura été éprouvé, il recevra la couronne de la vie » (Jacq. I, 12).
Apprenons de Jésus comment il faut nous comporter dans les tentations ; avant tout, il faut une grande confiance en Dieu. Jésus n’a pas voulu apaiser Sa faim, ni S’imposer aux hommes au moyen d’un miracle éclatant, ni accepter royaumes et richesses. Il avait pleine confiance en Son Père, aux soins duquel Il avait tout confié : Sa vie, Sa mission, Sa gloire. Celui qui se confie pleinement en Dieu et est sûr de Sa divine Providence, ne se laissera pas facilement attirer par les vaines flatteries du démon, du monde, de la chair, car il sait que Dieu seul peut lui donner le vrai bien, la vraie félicité.
Mais d’autre part, nous devons cultiver la confiance au moment de la tentation. Si Dieu permet que nous soyons tentés, Il ne permet cependant pas que nous le soyons au-dessus de nos forces, et à côté de chaque tentation, il y a une grâce actuelle spéciale suffisante pour la vaincre. C’est pourquoi, au lieu de nous laisser troubler par la violence de la lutte, prenons conscience de la grâce que Dieu nous offre et tâchons ne nous l’appliquer par une prière humble et confiante.

tentation du Christ - Juan de Flandes

Juan de Flandes (vers 1460-après 1510) : la tentation du Christ au désert
[Galerie nationale d'art, à Washington]

Colloque :

       « Seigneur, Père et Dieu, vie qui donnez l’existence à tous les êtres et sans qui toutes choses seraient comme mortes, ne m’abandonnez pas dans la pensée maligne et dans l’orgueil des yeux ; éloignez de moi les concupiscences et ne me livrez pas à une âme sans pudeur et folle, mais possédez mon cœur afin que je pense toujours à Vous…
Maintenant, ô Rédempteur, aidez-moi, je Vous en prie, afin que je ne tombe pas devant mes adversaires, pris aux pièges qu’ils me dressent pour abaisser mon âme, mais sauvez-moi, force de mon salut, afin que je ne devienne pas un sujet de risée pour mes ennemis qui Vous haïssent. Levez-Vous, ô Seigneur, mon Dieu, ma force, et Vos ennemis seront dispersés, et ceux qui Vous haïssent fuiront devant Votre face !
Comme la cire fond au feu, ainsi les pécheurs s’évanouiront-ils devant Votre Face ; et je me cacherai en Vous, et jouirai avec Vos enfants, rassasié de Vos biens.
Et Vous, ô Seigneur Dieu, Père des orphelins, et vous, Mère tutélaire, étendez Vos ailes, afin que nous nous y réfugiions pour nous sauver des ennemis » (Saint Augustin). 

   Je me confie à Vous, mon Dieu et mon Sauveur ! Je veux, surtout au moment de la lutte, me réfugier en Vous avec une confiance redoublée, car « Vous êtes mon défenseur… et Vous me délivrerez des filets du chasseur et de toute calamité. Vous me couvrirez de Vos ailes et je serai en sécurité. Votre fidélité m’entourera comme d’un bouclier, et je n’aurai à craindre ni les épouvantes de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour, ni la peste qui rôde dans les ténèbres, ni les attaques du démon de midi. Vous êtes mon espérance, Seigneur ; ô Très-Haut, Vous êtes mon refuge ! Vous avez ordonné à Vos anges de me garder en toutes Vos voies ; et ils me porteront dans leurs mains afin que mes pieds ne heurtent pas la pierre… » (cf. Ps. XC – trait de ce dimanche).

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine,
in « Intimité divine »

Lodovico Carracci 1608-1610 Le Christ servi par les anges dans le désert

Lodovico Carracci (1555-1619) : le Christ au désert servi par les anges
[peint en 1608-1610, Musée d'Etat de Berlin]

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