Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2026-43. La Très Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, dernière Princesse-abbesse de Remiremont, fondatrice du monastère Saint-Louis du Temple (4ème et dernière partie).

- 10 mars 1824 -

Rappel à Dieu de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde,

née Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé

Lire ou relire les trois premières parties de cette biographie iciici, et > ici.

Mère Marie-Joseph de la Miséricorde bénédictine du Saint-Sacrement - blogue

Mère Marie-Joseph de la Miséricorde en habit de Bénédictine du Saint-Sacrement

Quatrième partie :

La vie religieuse, de Varsovie à Paris.

   Après tant de contradictions et d’errances, tant d’espoirs brisés dans la réalisation de sa vocation religieuse, à Varsovie, où elle arrive le 18 juin 1801 (ainsi que nous l’avons raconté > ici), la Princesse Louise-Adélaïde semble apercevoir enfin l’aube au terme d’une longue nuit, le port après une traversée mouvementée, l’oasis après la marche altérante dans le désert.

   Au début, tout se passe sous les meilleurs auspices : après avoir consenti à un séjour provisoire de la Princesse comme pensionnaire chez les Bénédictines du Saint-Sacrement de Varsovie, le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, lui accorde, le 28 août 1801, l’autorisation – ainsi qu’à ses compagnes – d’y demeurer de manière stable. Cette permission royale, sans laquelle ce n’eût pas été possible, entraîne l’acceptation, par le Chapitre des Bénédictines, de l’entrée de la Princesse au noviciat : la cérémonie de prise d’habit a lieu le dimanche 20 septembre ; c’est le Roi Louis XVIII lui-même (le Tsar Alexandre 1er l’a « prié » de quitter Mittau, et il se trouve justement à Varsovie en cette période) qui impose le voile blanc à sa cousine lors d’une cérémonie splendide. C’est la quatrième fois qu’elle commence un noviciat !
Mais cette fois les circonstances lui permettent de l’accomplir jusqu’au bout et dans des conditions normales : le 21 septembre 1802, un an et un jour après sa vêture, elle est admise à prononcer ses vœux solennels sous le nom de Sœur Marie-Joseph de la Miséricorde, que nous utiliserons désormais.

   Les soubressauts de l’histoire lui laissent moins de deux années de répit.
En France, le Buonaparte, paré du titre de premier consul, continue son ascension luciférienne qu’il étaye en frappant de terreur toutes les oppositions possibles : en janvier 1804, les généraux Moreau et Pichegru, Georges Cadoudal et ses compagnons, ainsi que les frères Polignac, sont arrêtés ; le 10 mars, l’ogre corse donne l’ordre de se saisir du duc d’Enghien qui sera exécuté de la manière que l’on sait (cf. > ici) ; le 18 mai, le Sénat proclame Buonaparte empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier ; le 25 juin, Cadoudal est guillotiné (cf. > ici) ; le 7 septembre, Napoléon assiste à un Te Deum dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle où lui sont présentées les reliques de Saint Charlemagne ; on sait qu’il se couronnera lui-même empereur à Notre-Dame de Paris le 2 décembre suivant, en présence du pape Pie VII ; le 17 mars 1805, il se fait couronner roi d’Italie.

   Tous les observateurs comprennent très bien ce qui va se passer ensuite : les guerres expansionnistes révolutionnaires vont reprendre au profit de l’ambitieux sans limite qui veut se soumettre toute l’Europe !

Napoléon à Aix-la-Chapelle

Henri-Paul Motte (1846- 1922) :
Napoléon devant le trône de Charlemagne à Aix-la-Chapelle (1898)

  Napoléon demande au roi Frédéric-Guillaume de Prusse de « se séparer de ses hôtes » : Louis XVIII et sa petite cour de nobles et d’ecclésiastiques quitte donc Varsovie et, passant par la Suède, est accueillit à nouveau à Mittau par le Tsar Alexandre ; mais après la « paix de Tilsit » (juillet 1807), il se verra contraint de partir pour l’Angleterre.

   La nouvelle de l’assassinat du duc d’Enghien (21 mars 1804) était parvenue à Varsovie le 7 ou le 8 avril et c’est l’abbé Edgeworth de Firmont qui fut mandé par Louis XVIII à Mère Marie-Joseph de la Miséricorde pour lui annoncer la mort de son neveu. En l’apprenant elle tomba évanouie.
Voilà pourquoi, après le départ de Louis XVIII de Varsovie, sur les conseils et exhortations de plusieurs prélats, la moniale – dont le crime est d’être une Bourbon fidèle à son sang ainsi qu’à l’honneur et à la foi qui sont comme conaturels à ce nom -, avec ses compagnes, munies des autorisations canoniques nécessaires, quitte Varsovie le 13 mai 1805. Elles arrivent à Dantzig le 17, et, la Baltique étant libre de glaces, embarquent le dimanche 9 juin au matin sur un navire marchand dont le capitaine a été payé au prix fort.
La traversée jusqu’en Angleterre va durer trois semaines.

   Après avoir passé quelques jours auprès de son père, Mère Marie-Joseph rejoint alors une communauté de Bénédictines françaises émigrées, les Bénédictines de Montargis, qui, pour survivre, ont ouvert un pensionnat de jeunes filles dans un manoir du Norfolk : Bodney Hall.

   Les années passées auprès de cette communauté française sont des années éprouvantes : la vie des Bénédictines de Montargis en exil, en grande partie consacrée à l’éducation de jeunes aristocrates anglaises, est loin de répondre aux aspirations de Mère Marie-Joseph au silence et à l’adoration, à ses désirs d’une ferveur exigeante et pénitente, à sa volonté d’une régularité conventuelle austère et stricte.

Legrand - allégorie de l'entrée de Louis XVIII dans Paris 3 mai 1814 - (Musée Carnavalet)

Pierre-Nicolas Legrand (1758-1829) : 
allégorie de l’entrée de Louis XVIII à Paris, le 3 mai 1814 (1814)
[Musée Carnavalet, Paris].

   L’heureux écroulement de l’empire napoléonien permet aux Bourbons de rentrer en France : le 4 mai 1814, son père – le Prince de Condé -, et son frère – le duc de Bourbon -, sont assis en face de Louis XVIII et de la duchesse d’Angoulème, dans le carrosse tiré par huit chevaux, qui entre dans Paris aux acclamations de la foule.

   A la vérité, Mère Marie-Joseph de la Miséricorde est inquiète, presque pessimiste, et elle ne va d’abord pas se précipiter pour rentrer en France.
Ce qui va être déterminant, c’est que les Bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement, dites Bénédictines du Saint-Sacrement, du monastère de la rue Cassette, à Paris (donc la Maison-mère du monastère où elle a prononcé ses vœux perpétuels à Varsovie) commencent à reconstituer une communauté, composée de survivantes de ce monastère parisien (leur jardin n’étant séparé que par un haut mur de clôture du couvent des Carmes de la rue Vaugirard, elles ont entendu le massacre des prêtres le 2 septembre 1792) et de survivantes d’autres monastères.
Ces moniales fidèles sont allées trouver le Vicaire Général et administrateur sede vacante de l’archidiocèse de Paris pour lui soumettre une initiative audacieuse à laquelle il a consenti, et dont le Prince de Condé va être prié d’informer sa fille : elles l’ont choisie pour Supérieure, la priant de se mettre à leur tête, pour qu’elles puissent retrouver un monastère et y rétablir la Congrégation.

   Le 16 août 1814, Mère Marie-Joseph de la Miséricorde quitte la communauté qui l’a accueillie pendant presque neuf années : après vingt-cinq ans d’exil, au terme d’un périple d’environ six-mille kilomètres à travers l’Europe, elle rentre au Royaume de France.
Elle arrive à Paris le 25 août, jour de la Saint-Louis.

Palais du Temple estampe 18e - musée carnavalet Copie

Estampe de la fin du XVIIIème siècle montrant le palais du Temple (musée Carnavalet)

   En février 1815, Louis XVIII, toujours bienveillant pour sa cousine, attribue à la communauté des Bénédictines du Saint-Sacrement en train de se reconstituer le domaine du Temple pour y établir leur monastère.
Les Cent-Jours, pendant lesquels Mère Marie-Joseph doit évidemment s’enfuir à nouveau, vont retarder l’installation de la communauté, mais en 1816, enfin, la Révérende Mère a la joie d’établir la vie régulière en ce lieu hautement symbolique : la première messe du monastère fut célébrée le mercredi 4 décembre 1816 par leur supérieur canonique l’abbé David d’Astros (1772-1851), futur archevêque de Toulouse et cardinal.

   Vous savez sans doute que ce que l’on appelait avant la révolution l’enclos du Temple, était un lieu à part dans Paris. Attribué à l’Ordre de Malte après la suppression des Templiers, l’enclos avait conservé jusqu’à la fin de l’Ancien Régime des privilèges remarquables.

   Le palais du Grand Prieur (gravure ci-dessus) – dans lequel arriva la Famille Royale captive après la chute de la royauté et le saccage des Tuileries, avant d’être emprisonnée dans le sinistre donjon médiéval (démoli de 1808 à 1811 par ordre de Napoléon) -, était, en 1816, tout ce qui subsistait de l’enclos : c’est cet édifice et ses jardins, que Mère Marie-Joseph va transformer en monastère, et dans lequel elle va rétablir la vie régulière, devenant l’abbaye Saint-Louis du Temple.

   La spiritualité réparatrice insufflée par Mère Mechtilde de Bar en 1653 à la fondation des Bénédictines du Saint-Sacrement, sous la protection de la Reine Anne d’Autriche, va prendre une acuité nouvelle dans ce lieu de prière et de contemplation établi dans l’unique bâtiment subsistant de l’enclos dont l’horrible prison avait vu le martyre psychologique de la Famille Royale, avant (sauf pour Madame Royale, désormais duchesse d’Angoulème) de subir le martyre sanglant : la guillotine pour Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, ainsi que pour Madame Elisabeth ; l’extermination à force de mauvais traitements pour Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Tombe de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde à Limon

Tombe de la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde
(Abbaye Saint-Louis-du-Temple de Vauhallan, dite Abbaye de Limon)

   C’est dans ce monastère que « la dernière des Condé » va achever saintement une vie digne d’un incroyable roman d’aventure.

   Le 23 décembre 1823, Mère Marie-Joseph est victime d’une attaque. Le 31, à son grand regret, elle ne peut tenir le Chapitre prévu, mais elle reçoit l’une après l’autre chacune de ses filles à l’infirmerie. 
Le 11 janvier 1824, elle préside encore cependant la prise d’habit de deux novices. Mais son état de santé se dégrade, et, le 10 février, Son Excellence Monseigneur de Quélen, archevêque de Paris, vient en personne lui administrer l’extrême-onction.

   Elle s’éteignit paisiblement, le 10 mars 1824, ayant pu prononcer encore quelques mots à l’intention de ses proches, alors qu’elle n’avait pu articuler aucune parole dans les trois jours qui avaient précédé son trépas. 

   L’humble Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, qui avait été dans le siècle la très haute et très puissante Princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, fut inhumée dans un caveau situé sous le maître-autel de l’église conventuelle.
Son tombeau suivra la communauté lorsque celle-ci sera contrainte de déménager… mais cela c’est une autre histoire, que l’on trouvera résumée > ici.

Bourbon-Condé

 

2026-42. 10 mars 2026 : quatrième anniversairee de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac.

Mardi 10 mars 2026.

       Cela fait aujourd’hui quatre ans que je suis né, dans la belle ville du Puy-en-Velay.
Vous pouvez retrouver dans les pages de ce blogue l’histoire de mon arrivée au Mesnil-Marie (cf. > ici) et de véritables « reportages » sur les premiers jours (cf. > ici et > ici) que j’y ai passés.
Vous pouvez également relire les publications annuelles lors de mes anniversaires : le premier (cf. > ici), le deuxième avec la belle histoire du chevalier de Mérancourt qui eut la vie sauve grâce aux chats du cardinal de Richelieu (cf. > ici), et les vœux de mon papa-moine pour mon troisième (cf. > ici).

   Pour ce quatrième anniversaire, Frère Maximilien-Marie a ressorti une sélection de photos qu’il aime très spécialement, qui racontent un peu de ma vie en cette thébaïde des Boutières, et qui ont été prises par lui depuis mon troisième anniversaire

   Voici donc une photo datée du 20 mars 2025.
Tous les connaisseurs des chats savent à quel point nous aimons les cartons. Ce n’est pas parce que je suis un chat monastique que j’échappe à la règle. Chaque fois que nous recevons un paquet donc, je « m’éclaaaaaaaate » !

1 - 20 mars 2025

   Il y a un autre lieu que j’affectionne particulièrement : c’est la planche à repasser. Enfin, c’est le nom que les bipèdes donnent à ce que moi j’appelle : « perchoir à se prélasser ».

   Lorsque mon papa-moine veut s’adonner au repassage de ses chemises ou bien du linge de la sacristie, il me demande fort civilement la permission de s’en servir ; comme je suis magnanime, je la lui accorde.
Toutefois, je dois bien avouer que, à l’occasion d’une journée de services au Mesnil-Marie, j’ai vraiment manifesté du mécontentement et j’ai jeté des regards furibonds à notre amie C., qui repassait une nappe d’autel sans qu’elle m’eût demandé l’autorisation d’utiliser ma table de prélassement !  

2 - la table à repasser

   Vous vous souvenez sans doute qu’au cours de l’année 2025, nous avons été terriblement affligés par des attaques de renards au poulailler, malgré les grillages, les pointes acérées dressées au sommet de la porte, le filet de protection tendu au-dessus de tout l’enclos de nos sœurs les poules… etc.

   Nous avions neuf poules le 1er janvier 2025 : trois furent tuées le 4 janvier, deux autres le 16 janvier et les deux dernières à la mi-mai. Lors de l’attaque du 4 janvier, la neuvième fut grièvement blessée mais fit montre d’une volonté de vivre extraordinaire. Mon papa-moine l’a soignée, dorlottée et choyée, après l’avoir installée… dans notre salle-à-manger, où elle reprit peu à peu « du poil de la bête », si j’ose dire. 

   Elle a survécu pendant six mois, devenue familière, et, au printemps, Frère Maximilien-Marie la déposait dans l’herbe lorsqu’il travaillait dehors, et je veillais sur elle pour qu’il ne lui arrivât pas malheur.

3 - avec Pulcinella mi avril 2025

   En mai et juin, quand il y avait de belles journées ensoleillées – sans que toutefois les températures ne montassent trop haut -, j’ai beaucoup apprécié le transat sur la terrasse de notre voisine.

4 - extérieur

   Comme tous les chats, je suis évidemment très propre et je passe donc d’indispensables longs moments à ma toilette.

   Vous n’êtes d’ailleurs pas sans savoir que nos toilettages sont une mesure indispensable à nos chasses.
Or je chasse beaucoup : rats taupiers, mulots, souris, rats, musaraignes, lézards, papillons, oiseaux, libellules… Si mon moine de compagnie me félicite chaleureusement lorsque j’occis des rongeurs, il me faut cependant reconnaître qu’il est beaucoup moins enthousiaste lorsque je capture des oiseaux, des lézards des libellules et des papillons : souvent, il essaie de me les reprendre et de leur rendre la liberté avant que je ne les dépèce, et lorsqu’il parvient à les sauver, je boude pendant un moment.

5 - mai - extérieur

   En revanche, je puis attester qu’il est très fier de moi, et sans réserve, quand il me voit étudier et approfondir – avec une vraie passion – mes connaissances liturgiques et théologiques.

6 - juin 2025 - études de liturgie boum ite missa est

   La photographie qui suit, j’ai vu que Frère Maximilien-Marie l’a choisie comme fond d’écran de son téléphone portable.
Il dit avec fierté à ceux qui l’aperçoivent, que, sur ce cliché, sont réunis les trois grands veilleurs qui protègent l’ermitage : Jésus, Marie et moi-même !

7 - juin 2025 les gardiens

   A la mi-juillet, après qu’un poulailler « fortifié » a été aménagé à l’intérieur d’un enclos dont la sécurité a été renforcée, nous avons reçu quatre nouvelles poules augustiniennes.
Sitôt installées, je suis allé leur souhaiter la bienvenue et leur expliquer les règles fondamentales de notre Principauté monastique.

8 - mi juillet nouvelles poules

   Frère Maximilien-Marie a choisi la photo suivante pour que vous puissiez comprendre l’un des usages que j’ai imposés au Mesnil-Marie : lorsque je désire sortir, je demande à me faire ouvrir l’une des portes ; mais quand il s’agit de rentrer, j’ai choisi de passer par la fenêtre du bureau.

   Ce que l’on voit ici, c’est le moment où je m’approche de cette fenêtre, à laquelle je cogne de la patte pour me faire ouvrir, ou bien, en été, qu’il me suffit simplement de pousser (à charge à l’humain de compagnie de la refermer).

9 - septembre 2025

   Après les belles journées estivales, l’automne revient : je reste moins longtemps dehors, et j’apprécie la quiétude de ces longues soirées silencieuses si propices à la méditation…

10 - 30 octobre

   Le 5 novembre 2025, en défendant le territoire de notre Principauté monastique contre un chat errant, en sus des habituelles et ordinaires griffures et morsures que semblables bagarres occasionnent, j’ai été blessé à l’œil gauche, qui était tout injecté de sang lorsque je suis rentré.

   Mon papa-moine, ainsi que tous nos amis, qui attendaient mes bulletins de santé – voire qui les réclamaient s’il leur semblait qu’ils tardaient à être publiés -, ont vraiment craint que je perdisse cet œil.

11 - 5 nov 2025 œil blessé

   La cicatrisation de mes plaies et la résorbtion de l’hémorragie oculaire (sur cette photo ci-dessous on voit encore une tache rouge sur le globe oculaire gauche) ont pris plusieurs semaines, mais mon œil a été sauvé.

   Je garde, depuis cet épisode guerrier, le bord de mon oreille gauche « dentellé », ce qui fait dire à Frère Maximilien-Marie, lorsque je retourne au combat (car je reste viscéralement un guerrier), que désormais, comme aux XVIIème et XVIIIème siècles, je fais « la guerre en dentelles ».

12 - guérison de l'œil

   La prise de vue suivante, réalisée alors que, pendant l’hiver, je profite voluptueusement de la chaleur du poêle et de la douceur du tapis, nous amuse beaucoup : elle illustre parfaitement cette faculté des êtres vivants à se confondre avec leur environnement dont le nom exact est le cryptisme, n’est-ce pas ?

13 - cryptisme mi-décembre

   Conseil à tous les bipèdes qui sont au service de chats chez lesquels ils habitent : faites comme mon moine de compagnie et offrez à mes congénères des bâtonnets de matatabi (actinidia polygama). Nous en raffolons ! C’est le bâtonnet que je mordille avec délectation sur la photo ci-dessous.

14 - janvier 2026 matatabi

   Quant au cliché qui suit, il a été réalisé dans la sacristie. Frère Maximilien-Marie n’était pas très content en voyant que j’avais choisi de m’installer, pour ma sieste, sur le conopée rouge, en soie, qu’il avait bien repassé. Il m’a fait remarquer que c’était un ornement réservé au saint tabernacle pour signaler la Présence divine, mais je lui ai objecté que, comme en chacune de Ses créatures, Dieu avait placé en moi quelque chose qui manifestait Ses perfections divines…

15 - conopée

   Et voilà ! La sélection rétrospective des photographies qui montrent ma vie au Mesnil-Marie entre le 10 mars 2025 et ce 10 mars 2026, s’achève ici : nous allons arriver à la mi-Carême et, très vite, arrivera le temps de la Passion : si vous voulez me faire plaisir, mes chers Amis, prenez le maximum de temps qu’il vous est loisible de réserver pour méditer et approfondir la Passion de Notre-Seigneur, notre divin Rédempteur, et la compassion de Sa Très Sainte Mère, Marie corédemptrice !

   Recevez mes ronronnements les plus amicaux.

pattes de chatTolbiac. 

16 - compassion

2026-41. Se laisser tomber… [Gustave Thibon]

Mardi de la troisième semaine de Carême.

Tolbiac observateur

   Dans les textes de la Messe du mardi de la troisième semaine de Carême, on trouve de solides éléments propres à stimuler notre confiance et notre abandon envers le Bon Dieu miséricordieux et plein de sollicitude à notre endroit (en particulier l’introït, la collecte, l’épître, l’offertoire et la postcommunion).

   Or, à l’occasion de mes lectures, feuilletant « L’Ignorance étoilée » de notre cher Gustave Thibon, j’avais spécialement aimé et retenu une citation que j’ai mise en rapport avec les dispositions de vie spirituelle auxquelles ces textes liturgiques nous invitent.
Frère Maximilien-Marie m’a suggéré d’en faire une publication pour ce blogue, et j’ai alors décidé d’ajouter à la citation des illustrations à ma manière, qui en renforceraient la leçon… tout en me permettant de taquiner aussi affectueusement mon papa-moine.

Tolbiac. 

OUI :

se laisser tomber les yeux fermés

   « Dieu n’est qu’un abîme de tendresse dans lequel il suffit de se laisser tomber les yeux fermés et  les mains ouvertes.

   Ce qui gâte tout, c’est qu’on fait juste le contraire : on ouvre les yeux et on crispe les mains pour s’accrocher à quelque chose de ‘saisissable’ qui n’est pas Dieu. » 

Gustave Thibon
in « L‘Ignorance étoilée »,
Ed. Fayard 1975, p.175

NON :

on crispe les mains pour s'accrocher...

2026-40. Leçons hagiographiques des matines de la fête de Sainte Françoise Romaine au Bréviaire romain traditionnel.

9 mars,
fête de Sainte Françoise Romaine, veuve ;
mémoire de la férie de Carême.

Orazio Gentileschi - Vision de Sainte Françoise romaine - blogue

Orazio Gentileschi (1563–1639) :
Vision de Sainte Françoise Romaine (1618-1620)

[Galerie nationale des Marches, Urbino]

angelot baroque - vignette blogue

Leçons hagiographiques des matines

de la fête de

Sainte François Romaine

(Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon : 

   Françoise, noble dame romaine, donna dès l’enfance de remarquables exemples de vertus : méprisant les jeux puérils et les attraits du monde, elle trouvait ses délices dans la solitude et l’oraison.
A l’âge de onze ans, elle forma le dessein de consacrer à Dieu sa virginité et d’entrer dans un monastère. Néanmoins, par une humble soumission à la volonté de ses parents, elle épousa Laurent de Ponziani, jeune homme dont la fortune égalait la noblesse.
Dans l’état du mariage, elle conserva toujours, autant qu’elle le put, le genre de vie austère qu’elle s’était proposé, ayant en horreur les spectacles, les festins et autres divertissements semblables, portant des vêtements de laine et d’une grande simplicité, donnant à l’oraison ou au service du prochain ce qui lui restait de temps après l’accomplissement de ses devoirs domestiques.
Elle s’appliquait avec le plus grand soin à retirer les dames romaines des pompes du siècle et à les détourner de la vanité des parures. C’est pour ces motifs qu’elle fonda à Rome, du vivant de son mari, la maison des Oblates de la Congrégation du Mont-Olivet sous la règle de Saint Benoît.
Elle supporta avec la plus courageuse constance l’exil de son mari, la perte de ses biens, les malheurs de sa maison, et, rendant grâces avec le bienheureux Job, elle lui empruntait fréquemment ces paroles : « Le Seigneur me l’a donné, le Seigneur me l’a ôté, que le nom du Seigneur soit béni ».

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Cinquième leçon : 

   Son mari étant mort, elle accourut à la maison des Oblates dont il a été parlé plus haut, et implora avec beaucoup de larmes, les pieds nus, la corde au cou, et prosternée contre terre, la grâce d’être reçue parmi elles.
Ayant obtenu la réalisation de ses désirs, elle se glorifiait, bien qu’elle fût la mère de toutes, de ne porter d’autre titre que celui de servante, de femme très vile, et de vase impur. Ses paroles et ses actions manifestaient le mépris qu’elle faisait d’elle-même ; souvent on la vit revenir d’une vigne située dans le voisinage de la ville, et traverser Rome, portant sur la tête un faisceau de sarments, ou conduisant un âne chargé de bois.
Elle secourait les pauvres et leur faisait d’abondantes aumônes, visitait les malades dans les hôpitaux, et les fortifiait en leur donnant, avec la nourriture du corps, de salutaires avis. Elle s’efforçait constamment de réduire son corps en servitude par des veilles, des jeûnes, le cilice, la ceinture de fer, et de fréquentes disciplines. Elle ne faisait qu’un repas par jour, et il se composait d’herbes et de légumes ; sa boisson était de l’eau.
Quelquefois cependant, elle modéra un peu ses austérités corporelles sur l’ordre de son confesseur, à l’égard duquel sa dépendance était extrême.

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Sixième leçon : 

   Elle contemplait avec une si grande ferveur d’esprit et une telle abondance de larmes les divins mystères et surtout la Passion du Seigneur Jésus, qu’elle semblait prête à expirer par la violence de la douleur. Souvent aussi, lorsqu’elle priait, principalement après avoir reçu le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie, elle demeurait immobile, l’esprit élevé en Dieu, et ravie par la contemplation des choses célestes.
Aussi l’ennemi du genre humain employa-t-il tous ses efforts pour la détourner de son genre de vie par divers outrages et par des coups ; mais elle ne le craignait pas et déjoua toujours ses artifices. Elle remporta sur lui un glorieux triomphe, grâce au secours de son ange gardien avec lequel elle conversait familièrement.
Elle brilla par le don de guérir les malades, et par celui de prophétie qui lui faisait annoncer les événements futurs et pénétrer les secrets des cœurs.
Plus d’une fois, pendant qu’elle marchait toute occupée de Dieu, l’eau qui ruisselait ou la pluie qui tombait, ne la mouillèrent point.
Le Seigneur multiplia à sa prière quelques petits morceaux de pain, suffisant à peine pour nourrir trois sœurs, de telle sorte que non seulement quinze en furent rassasiées, mais qu’il en resta encore de quoi remplir une corbeille.
Un jour, elle apaisa d’une façon complète la soif de ces mêmes sœurs qui, au mois de janvier, arrangeaient du bois hors de Rome, ayant obtenu de Dieu, par un miracle, que des grappes de raisin toutes fraîches parussent sur une vigne suspendue à un arbre.
Enfin, éclatante de vertus et célèbre par ses miracles, elle s’en alla au Seigneur dans la cinquante-sixième armée de son âge : le Souverain Pontife Paul V l’a mise au nombre des Saintes.

Reliques de Sainte Françoise Romaine

Basilique Sainte-Françoise-Romaine (Santa Francesca Romana)
dite aussi basilique Sainte-Marie nouvelle (Santa-Maria-Nova), à Rome,
châsse avec le squelette de la Sainte.

Autres publications concernant Sainte Françoise Romaine et son culte :

- Vision de l’enfer accordée à Sainte Françoise Romaine > ici
- Nicolas Poussin : « Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste » > ici
- Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine » > ici

2026-39. Notre prière montera plus aisément vers le Ciel si elle est accompagnée de l’aumône et du jeûne spirituels autant que de l’aumône et du jeûne matériels.

Lundi de la Troisième semaine de Carême.

       C’est sans relâche qu’il nous faut entretenir la flamme de la ferveur et de la générosité en nos âmes ; c’est sans relâche qu’il faut nous stimuler à ne pas nous contenter du « minimum syndical » (spirituel) mais chercher à faire davantage
Ce court sermon de Saint Augustin, qui porte le numéro CCVII dans les œuvres complètes, est ici pour nous aider à ne pas faiblir dans nos efforts spirituels autant que corporels alors que nous sommes entrés dans la semaine de la mi-carême.

Pieter Brueghel le Jeune - les sept œuvres de miséricorde corporelle - blogue

Pieter Brueghel le Jeune (1564 ou 1565 – 1638) :
les sept œuvres de miséricorde corporelles (1616-1618)
[Bruxelles, collection privée]

* * *

Sermon CCVII de notre

Bienheureux Père Saint Augustin :

Prière, jeûne et aumône. 

1. C’est surtout en Carême qu’il faut se livrer à l’aumône, au jeûne et à la prière.

   C’est par l’aumône , le jeûne et la prière qu’il nous faut triompher , avec le secours miséricordieux du Seigneur notre Dieu, des tentations du siècle, des perfidies du démon, des embarras du monde, des séductions de la chair, des tempêtes de nos temps agités, enfin de toutes les adversités du corps et de l’âme.
Le chrétien, durant toute sa vie, doit s’appliquer avec ferveur à ces bonnes oeuvres ; mais c’est surtout aux approches de la solennité pascale, dont le retour annuel inspire à nos âmes une vigueur nouvelle, en reproduisant en elles le souvenir salutaire de ce qu’a fait pour nous le Fils unique de Dieu, Jésus Notre-Seigneur, en faisant revivre en nous Sa miséricorde, le jeûne et la prière auxquels Il S’est livré pour nous.

2. Aumône et miséricorde.

   Aumône en grec signifie miséricorde.
Eh ! quelle miséricorde saurait l’emporter pour des malheureux sur celle qui a fait descendre du ciel le Créateur du ciel, qui a revêtu d’un corps de terre le Fondateur de la terre – égalé à nous dans notre nature mortelle -, Celui qui demeure l’égal de Son Père dans Son éternelle nature, qui a donné une nature d’esclave au Maître du monde, condamné le Pain même à avoir faim, la Plénitude à avoir soif, réduit la Puissance à la faiblesse, la Santé à la souffrance, la Vie à la mort ; et cela pour apaiser en nous la faim, étancher la soif, soulager nos souffrances, éteindre l’iniquité, enflammer la charité ?

   Quel spectacle plus touchant que de voir le Créateur devenir créature, le Maître Se faire esclave, le Rédempteur Se laisser vendre ; que de voir encore si profondément abaissé Celui qui élève tout, et mis à mort Celui qui ressuscite les morts ?
Il nous est commandé, pour faire l’aumône, de donner du pain à celui qui a faim (Isaïe, LVIII, 7) ; mais Lui, pour Se donner à nous comme nourriture, S’est d’abord livré à la fureur de Ses ennemis.
Il nous est commandé d’accueillir l’étranger ; et Lui, venant chez Lui-même, n’a pas été reçu par les Siens (Jean, I, 11).
Ah ! que notre âme Le bénisse, car c’est Lui qui efface toutes nos iniquités, qui guérit toutes nos langueurs, qui délivre notre vie de la corruption, qui la couronne dans Sa miséricorde et Sa bonté, qui comble de biens tous ses désirs (Ps. CII, 2-5).

   Ainsi donc faisons des aumônes d’autant plus larges et plus fréquentes que nous approchons davantage du jour où nous célébrons l’aumône immense que nous avons reçue.
Rien ne sert de jeûner, si l’on n’est miséricordieux.

3. Jeûne et ascèse, doivent être pratiqués dans l’humilité et avec une authentique esprit de renoncement.

   Jeûnons toutefois, mais en nous humiliant, puisque nous touchons au jour où le Maître même de l’humilité s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix (Philip. II, 8).
Imitons Son crucifiement en clouant par l’abstinence nos convoitises domptées. Châtions notre corps et le réduisons en servitude ; et pour éviter que la chair rebelle nous entraîne à ce qui est défendu, sachons pour la dompter lui retrancher une partie même de ce qui est permis.

   Il faut, en tout autre temps, s’abstenir de toute débauche et de toute ivresse ; renonçons, dans celui-ci, aux festins même légitimes.
Toujours on doit détester et fuir l’adultère ainsi que la fornication ; on doit maintenant s’abstenir même entre époux [note à propos d’un point de discipline traditionnel qui est cependant peu enseigné en nos temps : selon l’usage reçu des Apôtres, les époux doivent s’abstenir de relations intimes pendant le carême, comme en d’autres temps de pénitence]. La chair t’obéira aisément quand il s’agira de ne point s’attacher à ce 
qui est à autrui, lorsqu’elle aura contracté l’habitude de s’abstenir de ce qui lui appartient à elle-même.

   Mais prends garde de changer tes jouissances plutôt que de les restreindre.
Tu pourrais voir des hommes rechercher des boissons rares pour remplacer le vin ordinaire demander à d’autres fruits pressurés des sensations plus douces que les sensations laissées par eux dans le raisin ; se procurer, pour observer l’abstinence de gras, des aliments délicats et variés à l’infini ; faire pour cette époque des provisions de sensualité qui leur paraissent convenables et dont ils auraient honte de s’occuper en tout autre temps ; faire ainsi servir l’observance du Carême, non pas à réprimer les convoitises du vieil homme, mais à imaginer de nouvelles délices.

   Ah ! mes frères, consacrez toute la vigilance dont vous êtes capables à ne vous laisser pas gagner par de tels abus.
Joignez l’économie au jeûne. Si vous diminuez la quantité de vos aliments, évitez aussi ce qui provoque la, sensualité. Ce n’est pas qu’on doive avoir horreur des aliments propres,à nourrir l’homme, mais il faut mettre un frein aux plaisirs de la chair. Ce n’est pas en mangeant de veau gras ni de volailles engraissées, mais en convoitant sans modération quelques lentilles, qu’Esaü mérita d’être réprouvé de Dieu (Gen. XXV, 30-34). Le saint roi David ne se repent-il pas d’avoir avec excès désiré un peu d’eau (Par. XI, 18, 19) ?
Ainsi donc ce n’est pas avec une nourriture de prix ni laborieusement préparée, c’est avec des aliments communs et de peu de valeur qu’il faut en temps de jeûne restaurer ou plutôt soutenir le corps.

4. Conclusion : l’esprit authentique du Carême et de ses pratiques pénitentielles donne le primat à la charité surnaturelle.

   Ces aumônes vraiment religieuses et ce jeûne frugal aideront en ce moment notre prière à monter jusqu’au ciel : car il n’y a pas d’indiscrétion à implorer la miséricorde de Dieu quand soi-même on ne la refuse pas à un homme, et lorsque la sérénité des désirs du cœur n’est point altérée par les représentations tumultueuses des plaisirs charnels.

   Que notre prière soit pure ; gardons-nous de suivre les aspirations de la cupidité plutôt que celles de la charité ; de souhaiter du mal à nos ennemis et de porter dans l’oraison l’aigreur que nous ne pouvons leur témoigner en leur faisant du mal ou en nous vengeant.

   Autant le jeûne et l’aumône favorisent en nous le prière, autant la prière à son tour rend agréable l’aumône lorsqu’elle s’élève du fond du cœur, dans l’intérêt de nos ennemis aussi bien que de nos amis, et qu’elle s’abstient de toute colère, de toute haine et des autres vices si nuisibles.
Eh ! si nous savons nous abstenir de nourriture, ne faut-il pas à bien plus forte raison qu’elle s’abstienne de ce qui est poison !
Nous pouvons encore, quand le moment est arrivé, nous soutenir le corps en prenant nos aliments ; ne lui permettons jamais ces jouissances à jamais interdites. Que sous ce rapport son jeûne soit perpétuel ; car il y a pour elle une nourriture spéciale qu’elle ne doit pas cesser de prendre.
Que toujours donc elle s’abstienne de haine, que toujours aussi elle vive d’amour.

Explication du tableau de Pieter Brueghel

2026-38. Sa doctrine féconde est plus efficace que toute autre pour combattre victorieusement les erreurs de tous les temps.

7 mars,
Fête de Saint Thomas d’Aquin, prêtre et confesseur, docteur de l’Eglise (cf. aussi > ici) ;
Anniversaire de la mort de la Vénérable Marie-Clotilde de France, reine (cf. > ici & > ici) ;
Anniversaire de la découverte de la statue de Sainte Anne par Yvon Nicolazic (cf. > ici).

Tableau de Saint Thomas d'Aquin enseignant toute l'Eglise - Notre-Dame de Paris

Antoine Nicolas (XVIIe siècle) :
Saint Thomas d’Aquin, fontaine de sagesse (1648),
tableau offert à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Paris en 1974
par un couvent dominicain
à l’occasion du 7ème centenaire de la mort de Saint Thomas d’Aquin.

Vignette - livre ouvert

Leçons historiques des matines

de la fête de

Saint Thomas d’Aquin

(au Bréviaire romain traditionnel)

Quatrième leçon : 

   Le Bienheureux Thomas, l’insigne ornement du monde chrétien et la lumière de l’Eglise, était fils de Landulphe, comte d’Aquin, et de Théodora de Naples, tous deux de noble extraction. Petit enfant, il donna une marque de la tendre dévotion qu’il devait avoir pour la Mère de Dieu. Ayant trouvé un papier sur lequel était écrite la salutation angélique, il le retint serré dans sa main, malgré les efforts de sa nourrice pour le lui enlever ; et quand sa mère le lui eut ravi de force, il le réclama par ses pleurs et par ses gestes, et l’avala sitôt qu’il lui eut été rendu.
A l’âge de cinq ans, on le conduisit au Mont-Cassin et on le confia aux moines de Saint Benoît. De là, il fut envoyé à Naples, pour y achever ses études, et il n’était encore qu’adolescent lorsqu’il s’engagea dans l’Ordre des Frères Prêcheurs.
Sa mère et ses frères en conçurent une vive indignation : ceux-ci s’emparèrent de lui, comme il se rendait à Paris, et l’enfermèrent au château de Saint-Jean. Là, on n’omit aucune vexation pour le faire renoncer à sa sainte résolution ; on alla jusqu’à introduire auprès de Thomas une courtisane, mais il la chassa avec un tison ardent. Aussitôt après, le bienheureux jeune homme, priant à genoux devant l’image de la croix, entra dans un doux sommeil, pendant lequel il lui sembla que les Anges lui ceignaient les reins. Depuis ce moment il fut exempt des révoltes de la chair.
Il persuada ses sœurs, venues dans ce château pour le détourner de son pieux dessein, de mépriser les embarras du siècle et de se consacrer aux exercices d’une vie toute céleste.

Diego Velazquez Tentation de Saint Thomas 1632 Orihuela

Diego Vélasquez (1599-1660) : la tentation de Saint Thomas d’Aquin (1632)
[Musée des Arts Sacrés de la Cathédrale, Orihuela (Espagne)].

Cinquième leçon : 

   On l’aida à s’échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que frère Jean le Teutonique, Maître général de l’Ordre des Frères Prêcheurs, le conduisit à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie sous Albert le Grand. Ayant atteint sa vingt-cinquième année, il reçut le titre de Maître, et il expliqua publiquement avec le plus grand succès, les écrits des philosophes et des théologiens.
Jamais il ne se livra à l’étude ou à la composition, sans avoir prié auparavant. Lorsque certains passages de la sainte Écriture lui offraient des difficultés, il ajoutait le jeûne à l’oraison. Il avait même coutume de dire à frère Reginald, son compagnon, que ce qu’il savait, il l’avait plutôt appris par inspiration divine qu’il ne l’avait acquis par l’étude et par son travail.
Un jour qu’il priait avec ardeur, à Naples, devant l’image de Jésus crucifié, il entendit cette parole : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas, quelle récompense désires-tu ? » Il répondit : « Point d’autre, Seigneur, que Vous-même ».
Il lisait assidûment les recueils des Pères, et il n’y avait point d’auteur qu’il n’eût approfondi avec soin. Ses ouvrages, remarquables par leur multitude et leur variété, sont si excellents, les difficultés y sont si bien éclaircies, que sa doctrine féconde, exempte de toute erreur et admirablement d’accord avec les vérités révélées, est plus efficace que toute autre pour combattre victorieusement les erreurs de tous les temps.

Extase de Saint Thomas - Santi di Tito Florence - blogue

Santi di Tito (1536-1603) : Vision de Saint Thomas d’Aquin
[église Saint-Marc, Florence]

Sixième leçon : 

   Appelé à Rome par le souverain Pontife Urbain IV, Thomas composa, sur son ordre, l’Office ecclésiastique qui devait se célébrer dans la solennité du Corps du Christ.
Mais il refusa les honneurs qu’on lui offrit et même l’archevêché de Naples que lui proposa Clément IV.
Il ne cessait d’annoncer la parole de Dieu : un jour dans l’octave de Pâques, après un de ses sermons à la basilique de Saint-Pierre, une femme toucha le bord de sa robe, et fut ainsi guérie d’un flux de sang.
Envoyé par le Bienheureux Grégoire X au concile de Lyon, il tomba malade au monastère de Fosse-Neuve ; c’est là qu’il a commenté, au milieu de ses souffrances, le Cantique des cantiques.
Il mourut en ce lieu, dans la cinquantième année de son âge, l’an du salut mil deux cent soixante-quatorze, le jour des nones de mars.
Des miracles le rendirent encore illustre après sa mort, et quand ils eurent été examinés et prouvés, Jean XXII le mit au nombre des Saints en l’année mil trois cent vingt-trois. Plus tard son corps fut transporté à Toulouse par ordre du Pape Urbain V.
Comparé aux esprits angéliques, tant à cause de son innocence que de son génie, Thomas a obtenu à juste titre le nom de Docteur angélique, qui lui a été confirmé par l’autorité de Saint Pie V. Enfin, pour répondre favorablement aux suppliques et aux vœux de presque tous les Prélats du monde catholique, pour combattre surtout la contagion de tant de systèmes philosophiques éloignés de la vérité, pour l’accroissement des sciences et l’utilité commune du genre humain, Léon XIII, après avoir consulté la Congrégation des Rites sacrés, l’a déclaré et institué, par Lettres apostoliques, le céleste patron de toutes les écoles catholiques.

Autel sous lequel se trouve la châsse contenant le corps de Saint Thomas d'Aquin Toulouse

Châsse renfermant le corps de Saint Thomas d’Aquin
sous l’autel de l’église des Jacobins, à Toulouse.

2026-37. L’anniversaire de ce jour où, ornées de la couronne du martyre, les saintes servantes de Dieu Perpétue et Félicité commencèrent à jouir de la félicité perpétuelle.

6 mars,
Fête de Sainte Colette de Corbie, vierge (cf. ici , > iciici) ;
Fête des Saintes Perpétue et Félicité, martyres ;
Mémoire de Saint Chrodegang de Metz, évêque et confesseur ;
Mémoire de la férie de Carême.

palmes et glaive des martyrs - vignette

       Les saintes martyres Perpétue et Félicité, célébrées au calendrier général traditionnel à la date du 6 mars, furent mises à mort dans l’amphithéâtre de Carthage le 7 mars de l’an 203, pendant la persécution de Septime Sévère.

   Le récit de leur martyre (qui porte le nom de Passion) est d’une grande valeur historique ; il a longtemps été attribué à Tertullien (vers 150 – vers 220), contemporain des faits.

   Sainte Perpétue n’était que catéchumène lorsqu’elle fut arrêtée : âgée de 22 ans, elle était mère d’un tout jeune enfant. Sainte Félicité, déjà baptisée, était enceinte et accoucha d’une fille dans sa prison. Rien dans le récit de leur martyre ne laisse supposer que Félicité eût été l’esclave de Perpétue, comme cela sera souvent répété par la suite.
Inébranlables en face des menaces et objurgations, elles s’avanceront main dans la main vers la vache furieuse qui les suppliciera, et depuis lors la vénération de la Sainte Eglise les associe : elles sont citées ensemble au Canon romain et dans les litanies des saints.

   Notre Bienheureux Père Saint Augustin, si lié à Carthage, prêchera à plusieurs reprises sur les Saintes Perpétue et Félicité. L’édition des œuvres complètes a publié trois sermons du Docteur de la grâce qui leur sont dédiés : ils portent les numéros 280, 281 et 282 dans les « sermons et panégyriques » du volume des « sermons détachés ».
Le premier est un véritable sermon (alors que les deux suivants ne sont que de brèves allocutions), et c’est celui que nous reproduisons ci-dessous.

Sainte Perpétue et Sainte Félicité entourant la Vierge - anonyme vers 1520 - musée national Varsovie

Les Saintes Félicité et Perpétue entourant une Vierge à l’Enfant
(anonyme, vers 1520)
[Musée national de Varsovie, Pologne]

palmes et glaive des martyrs - vignette

Sermon CCLXXX de notre Bienheureux Père Saint Augustin

pour la fête des

Saintes Perpétue et Félicité, martyres

1. Introduction de Saint Augustin : nous venons d’entendre le récit du martyre de ces deux saintes dont les deux noms associés expriment la récompense qui leur a été accordée, et je me dois, malgré cela, d’y ajouter une exhortation.

   Le retour anniversaire de ce jour nous rappelle à la mémoire et nous représente en quelque sorte le jour solennel où, ornées de la couronne du martyre, les saintes servantes de Dieu Perpétue et Félicité commencèrent à jouir de la félicité perpétuelle, et où, pour s’être montrées ensemble fidèles au Christ au milieu des combats, elles méritèrent que leurs noms fussent unis pour désigner leur récompense.
Le lecteur vient de nous redire les encouragements qui leur furent adressés dans leurs visions divines et les triomphes remportés par elles sur les souffrances. Tout cela, exprimé et éclairé par la lumière de la parole, a été écouté attentivement, regardé avec intérêt, religieusement honoré et loué par nous avec amour.
Cependant une solennité si pieuse réclame encore de nous le discours de chaque année.
Si ce discours, fait par moi, se trouve bien au-dessous des mérites de ces saintes martyres, il n’en sera pas moins un témoignage de l’ardeur de mon zèle à me mêler aux joies d’une fête si solennelle.

2. Malgré la faiblesse dont on qualifie habituellement leur genre, elles ont montré un courage dont bien des hommes se montrent incapables, parce qu’elles étaient unies au Christ.

   Se peut-il en effet rien de plus glorieux que ces femmes, qu’il est plus facile aux hommes d’admirer que d’imiter ?
Mais cette gloire appartient surtout à Celui à qui elles ont donné leur foi, au nom de qui elles ont combattu avec une émulation généreuse et fidèle, et près de qui il n’y a, pour l’homme intérieur, aucune distinction de sexe.
Aussi semble-t-il que dans ces saintes femmes le sexe disparaisse sans la vigueur de l’esprit, et on ne s’arrête point à considérer dans leur corps ce qu’on ne voit pas dans leurs actes.
C’est ainsi que sous leurs pieds chastes et victorieux a été foulé le dragon, au bas de l’échelle montrée à Perpétue pour la conduire à Dieu ; et la tête de cet antique serpent, qui fut comme un abîme où se jeta la première femme, leur servit d’échelon pour monter au ciel.

3. Saint Augustin dresse un tableau de contrastes entre l’attitude des païens jadis et celle des chrétiens aujourd’hui.

  Est-il rien de plus attachant que ce spectacle, de plus animé que ce combat, de plus honorable que cette victoire ?
Quand alors ces corps sacrés étaient exposés aux bêtes, les païens frémissaient dans tout l’amphithéâtre, ces populations entières méditaient de vains projets ; mais Celui qui habite au ciel Se riait d’eux, le Seigneur les jouait. Aujourd’hui les enfants de ces aveugles, dont les cris impies appelaient les tourments sur les corps des martyrs, exaltent par des chants pieux les mérites de ces héros de la foi. Quand il s’agissait de les mettre à mort, on ne courait pas avec autant d’empressement à ces spectacles de cruauté, qu’on court aujourd’hui dans l’église pour les honorer avec piété.

   La charité contemple avec religion, chaque année, l’acte commis en un seul jour par l’impiété et le sacrilège. Alors aussi il y avait des spectateurs ; mais que leurs dispositions étaient différentes des nôtres ! Ils achevaient par leurs cris ce qu’épargnaient les morsures des bêtes. Pour nous au contraire nous n’avons que de la pitié pour ce qu’ont fait ces impies, que du respect pour ce qu’ont souffert ces pieux martyrs. Les impies voyaient, des yeux du corps, de quoi nourrir la férocité de leurs cœurs ; nous voyons, nous, des yeux du cœur, ce qu’il ne leur a pas été donné de contempler. Eux applaudissaient la mort des martyrs ; et nous, nous pleurons la mort des âmes de ces païens. Privés des lumières de la foi, ils s’imaginaient que ces saints étaient anéantis ; éclairés par la vérité, nous voyons, nous, qu’ils sont couronnés. Leurs insultes mêmes sont devenues notre triomphe, avec cette différence que c’est un triomphe religieux et éternel, tandis que des insultes impies d’alors il n’est plus question aujourd’hui.

4. Naturellement, les hommes redoutent la mort et s’emploient, s’ils ne peuvent y échapper, à en retarder la venue. Mais les martyrs, eux, méprisaient cette vie terrestre et triomphaient de la crainte de la mort en raison de leur amour surnaturel pour Dieu.

   Nous croyons, mes frères, et nous croyons avec raison qu’immenses sont les récompenses des martyrs.
Si cependant nous considérons avec soin la nature de leurs combats, nous ne serons point étonnés que Dieu les rende si brillantes. En effet toute laborieuse et toute courte qu’elle soit, cette vie a pour nous tant de douceur, que dans l’impossibilité de ne jamais mourir, on fait de nombreux et de grands efforts pour mourir un peu plus tard. Pour échapper il a mort on ne peut rien ; mais pour l’ajourner on fait tout ce qu’on peut.
Le travail assurément pèse à l’âme ; pourtant ceux mêmes qui n’espèrent rien, qui n’espèrent ni bien ni mal au-delà de cette vie, n’épargnent aucuns travaux pour empêcher que la mort ne mette sitôt fin à leur travail.
Pour ceux à qui l’erreur fait soupçonner, pour après la mort, de fausses et charnelles jouissances, ou à qui la vraie foi lait espérer un repos d’ineffable tranquillité et parfaitement heureux, ne travaillent-ils pas aussi, ne s’appliquent-ils pas avec les plus grands soins, à retarder la mort ? Que prétendent-ils en effet lorsque, pour se procurer la nourriture de chaque jour, ils se livrent à tant de labeurs, s’assujettissent à tant de dépendance soit pour les remèdes, soit pour d’autres précautions qu’ils prennent étant malades ou qu’ils font prendre aux malades ? Leur but n’est-il pas d’éloigner tant soit peu l’arrivée de la mort ?
Combien donc ne faut-il pas acheter, pour la vie future, l’exemption absolue de cette mort dont le seul retard est estimé si cher dans cette vie ?
Nous avons, même pour cette existence calamiteuse, un tel et si inexplicable attrait ; nous avons, dans cette vie telle quelle, une horreur de la mort, si vive et si naturelle, que ceux-là mêmes voudraient ne pas mourir, pour qui la mort est un passage à cette vie où désormais ils seront inaccessibles à la mort.

   Eh bien ! la vertu qui distingue surtout les martyrs du Christ, c’est le mépris qu’ils professent, avec une charité sincère, une solide espérance et une foi non feinte, pour cet immense amour de la vie et pour cette crainte de la mort.
Quelles que soient sous ce rapport les promesses ou les menaces que leur adresse le monde, ils les dédaignent et s’élancent en avant. Quels que soient les sifflements que le serpent fasse entendre, ils lui foulent la tête aux pieds et s’élèvent sur elle.
On triomphe en effet de toutes les passions, quand on dompte, comme un tyran farouche, l’amour de cette vie, à qui toutes les passions servent de satellites. Quel lien en effet pourrait attacher encore à la vie, celui qui n’a plus en lui l’amour de la vie ?

   Jusqu’à un certain point on assimile ordinairement les douleurs corporelles à la crainte de la mort. C’est tantôt l’une et ce sont tantôt les autres qui l’emportent dans l’homme. Celui-ci ment au milieu des tortures pour échapper à la mort ; celui-là, sûr de mourir, ment encore pour s’épargner des supplices. On dit vrai aussi, quand on n’endure pas la question, plutôt que de s’y exposer en se défendant par le mensonge.
Mais quelle que soit, de ces deux craintes, celle qui l’emporte dans les autres hommes, les martyrs du Christ les ont domptées toutes les deux pour soutenir la gloire et la justice du Christ : ils n’ont redouté ni la mort ni la douleur.

   C’est qu’en eux triomphait Celui qui vivait en eux ; et pour avoir vécu, non pour eux mais pour Lui, ils ne sont pas morts en mourant.

5. L’exemple de Sainte Perpétue, qui était en extase pendant son supplice, nous fait comprendre un peu de ce qu’est le bonheur de l’union au Christ.

   Aussi leur faisait-Il éprouver des délices spirituelles qui leur ôtaient le sentiment des souffrances corporelles, autant qu’il leur était nécessaire pour mériter sans succomber.
Où était effectivement cette jeune femme, quand elle ne s’apercevait point qu’elle luttait contre une vache indomptée et quand elle demanda à quel moment aurait lieu cette lutte déjà accomplie ? Où était-elle ? Que voyait-elle quand elle ne remarquait pas ce combat ? De quoi jouissait-elle quand elle n’était pas sensible à ses blessures ? Quel amour l’emportait ? Quel spectacle la ravissait ? De quel breuvage était-elle enivrée ?
Et pourtant elle était prise encore dans les nœuds de la chair, elle portait encore des membres mourants, elle était toujours appesantie par un corps corruptible.

   Que goûtent donc les âmes des martyrs, une fois qu’échappées des liens du corps, après les fatigues et les dangers du combat, elles sont reçues en triomphe avec les anges et nourries comme eux ; une fois qu’on ne leur dit plus : Pratiquez ce que j’ai prescrit ; mais : Recevez ce que j’ai promis ?
Quelles délices spirituelles ne savourent-elles pas au banquet divin !
Avec quelle sécurité elles reposent en Dieu !
Quelle sublime gloire n’éclate pas en elles !
Rien sur la terre ne peut nous le faire comprendre.

   Ajoutez que, si incomparable qu’elle soit avec ce qu’il y a de plus heureux et de plus doux sur la terre, la vie dont jouissent actuellement les saints martyrs n’est qu’une faible partie de ce qui leur est promis ; ce n’est même qu’un allégement destiné à les consoler de n’en pas jouir encore.

6. Pour nous aussi viendra le temps de la récompense éternelle, où notre âme, à nouveau unie à son corps ressuscité, jouira de la félicité perpétuelle, si nous avons été fidèles.

   Viendra donc le jour de la récompense, où réuni à son corps chacun recevra tout ce qu’il mérite, où les membres de ce riche, ornés autrefois d’une pourpre éphémère, seront livrés en proie aux feux éternels, tandis que toute transformée la chair du pauvre couvert d’ulcères brillera d’un vif éclat au milieu des anges ; quoique dès aujourd’hui l’un demande avec ardeur que l’autre fasse tomber de son doigt une goutte d’eau sur sa langue embrasée, tandis que celui-ci repose délicieusement dans le sein du juste (Luc XVI, 19-24).

   Autant il y a de différence entre les joies ou les souffrances de ceux qui rêvent et de ceux qui veillent, autant il y en a entre les tourments ou les jouissances de ceux qui sont morts et de ceux qui sont ressuscités.
Ce n’est pas que l’esprit des morts soit assujetti à l’illusion comme les esprits qui rêvent ; c’est que le repos des âmes privées de leurs corps est bien différent de la félicité et de la gloire dont on jouit au milieu des anges lorsqu’on est réuni à un corps tout céleste ; car la multitude des fidèles ressuscités sera élevée au niveau des anges.

7. Importance de la célébration de la fête des martyrs pour les chrétiens encore en chemin ici-bas : efforçons-nous de les imiter, selon notre faible mesure, et soyons aidés par eux, avec lesquels nous sommes unis en Jésus-Christ Notre-Seigneur. 

   Or, dans cette multitude brilleront d’un éclat particulier les glorieux martyrs, et comme ils ont subi dans leurs corps d’indignes tourments, ces corps deviendront pour eux des ornements de gloire.
Par conséquent, continuons à célébrer leurs solennités, avec un grand zèle et avec une joie contenue, par des réunions chastes, des pensées de foi et des prédications pleines d’espérance. C’est déjà imiter sérieusement les saints que d’applaudir à leurs vertus. Eux sont grands, nous sommes petits ; mais le Seigneur a béni les petits avec les grands (Ps. CXIII, 13). Ils nous devancent, ils s’élèvent bien au-dessus de nous : si nous ne pouvons les suivre par nos actions, suivons-les en désir ; si nous n’approchons pas de leur gloire, partageons leur joie ; si nous n’avons pas leurs mérites, formons-en le vœu ; si nous ne souffrons pas ce qu’ils ont souffert, compatissons ; si nous ne nous élevons pas comme eux, tenons à eux.

   Croirions-nous que c’est peu pour nous d’être avec ces héros, auxquels nous ne pouvons nous comparer, les membres d’un même corps ? « Si un membre souffre, est-il écrit, tous les autres souffrent avec lui ; et quand un membre est dans la joie, avec lui y sont aussi tous les autres » (1 Cor. XII, 26). C’est la gloire du Chef divin qui veille également sur les mains et sur les pieds, sur les membres supérieurs et sur les membres inférieurs.
Seul Il a donné Sa vie pour tous ; à Son exemple, les martyrs ont donné la leur pour leurs frères ; ils ont, pour produire cette immense et fertile moisson des peuples chrétiens, arrosé la terre de leur sang. C’est ainsi que nous sommes aussi le fruit de leurs sueurs.

   Nous élevons vers eux notre admiration, ils ont pour nous de la pitié. Nous les applaudissons, ils prient pour nous. Sous les pieds de l’ânesse qui conduisait Jésus à Jérusalem, ils ont étendu leurs corps comme des vêtements ; pour nous, détachons au moins les rameau des arbres, et cherchant dans l’Ecriture des hymnes et des louanges, faisons-les retentir pour ajouter à la joie commune (Matt. XXI, 7-9).

   N’oublions pas toutefois que nous obéissons au même Seigneur, que nous suivons le même Maître, que nous escortons le même Prince, que nous sommes unis au même Chef, que nous marchons vers la même Jérusalem, que nous pratiquons la même charité et que nous gardons la même unité.

Saintes Perpétue et Félicité église Notre-Dame de Vierzon

Détail d’un vitrail (XIXème siècle) de l’église Notre-Dame de Vierzon.

2026-36. Un miracle de Sainte Colette.

6 mars,
Fête de Sainte Colette de Corbie, vierge (cf. > ici & ici) ;
Fête des Saintes Perpétue et Félicité, martyres (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Chrodegang de Metz, évêque et confesseur ;
Mémoire de la férie de Carême.

Sainte Colette - gravure haut de texte - blogue

       Dans la vie de Sainte Colette de Corbie, sont mentionnées trois résurrections. Voici le récit de l’une d’entre elles, tel qu’on le trouve raconté par Madame Françoise Bouchard :

   « Sainte Colette était abbesse au monastère de Poligny. Elle était en voyage d’affaires à Besançon quand elle apprit le décès d’une de ses religieuses ; elle fut très chagrinée, car une intuition divine lui avait fait savoir que la morte avait caché une faute grave en confession.

   Elle expédia tout de suite un courrier à cheval pour ordonner que les funérailles soient retardées. Elle s’empressa de se faire conduire sur un chariot le plus rapidement possible. Lorsqu’elle arriva à Poligny, la foule assemblée devant l’église était si nombreuse qu’elle dut y pénétrer au moyen d’une échelle, par une fenêtre de la sacristie.

   La religieuse avait été installée dans le chœur, dans une bière ouverte, exposée aux regards de la nombreuse assistance.

   Dès son arrivée, la sainte Mère se prosterna devant le maître-autel où elle se mit en prière. Puis, s’approchant de la morte, elle la prit par lamain et lui ordonna de se lever, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Celle-ci sortit de son cercueil, alla se présenter au confessional où elle avoua enfin sa faute et vint se mettre à genoux devant l’autel où elle fit sa pénitence.
Ensuite, elle réclama, pour son âme, des prières aux fidèles et des messes aux prêtres.

   Sainte Colette lui donna sa bénédiction, après quoi elle se recoucha dans son cercueil où elle rendit paisiblement son âme.
Les funérailles se déroulèrent ensuite, au milieu d’une foule saisie par une pieuse émotion.

   La Sainte, qui redoutait de se laisser aller à des sentiments d’orgueil après avoir été l’instrument d’un tel prodige, se retia plusieurs jours dans sa cellule, où elle se livra à la prière et à la pénitence.

   Ses compagnes, ayant jugé bon de profiter d’un tel rassemblement de fidèles pour leur faire adresser un sermon sur le salut éternel, elle leur répondit : « Un mort ressuscité est un grand prédicateur ; il n’en faut point d’autre ! » ».

Françoise Bouchard,
in « Le monde merveilleux des Saints »
Ed. Résiac, 1995 pp. 61-62

Sainte Colette de Corbie - blogue

   Du récit de ce miracle, que nous ne devons pas considérer comme une « simple anecdote » sans lien avec nous, il nous faut au contraire retirer de fortes leçons personnelles relatives à nos fins dernières et à notre propre pratique du sacrement de pénitence, spécialement en une période de confusion doctrinale où trop de prêtres et de fidèles semblent considérer que, selon les termes de la chanson idiote de Monsieur Polnareff, « on ira tous au paradis », et où les cérémonies de funérailles dans les églises dites catholiques (hors chapelles traditionnelles) ressemblent à des béatifications immédiates et automatiques.

   Ne peuvent entrer dans le Ciel de Dieu et avoir droit à Son bonheur éternel que des âmes qui sont en état de grâce au moment de leur séparation d’avec le corps (la définition de la mort, c’est cela : la séparation de l’âme avec le corps).
Celles qui ne sont pas en état de grâce vont en enfer.
Le Purgatoire n’est pas une « séance de rattrapage » après la mort – un peu comme le « repêchage » du bac -, où l’on aurait une dernière chance de récupérer l’état de grâce qu’on n’avait pas en rendant le dernier soupir : ne vont au Purgatoire que des âmes en état de grâce mais qui n’ont pas expié suffisamment les conséquences des péchés qui leur ont déjà été pardonnés ici-bas, qui n’ont pas eu le temps de satisfaire pleinement à la justice divine dans la nécessaire réparation de leurs fautes.

       On ne le répètera jamais assez.

Tolbiac.

Sainte Colette ressuscite une religieuse morte en état de péché

Sainte Colette ressuscite une religieuse morte en état de péché
afin de lui permettre de se confesser et de recevoir l’absolution avant de mourir à nouveau.

2026-35. Du Bienheureux Jérôme Gherarducci de Recanati, Ermite de Saint Augustin à l’action pacificatrice.

5 mars,
Chez les Ermites de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jérôme de Recanati, prêtre et confesseur ;
Mémoire de la férie de Carême.

Martyrologe propre des Ermites de Saint Augustin pour le 5 mars :

   « A Recanati, dans la Marche d’Ancône, le Bienheureux Jérôme Gherarducci, confesseur de notre Ordre, qui, par ses efforts pour rétablir la paix et la concorde entre les proches, brilla d’un grand éclat ».

vignette pax - blogue

       Recanati est une cité de la Marche d’Ancône, à environ deux lieues au sud-ouest de Lorette, à l’histoire riche qui l’a pourvue de nombreux monuments d’une grande beauté, parmi lesquelles l’église Saint-Augustin, jadis église conventuelle des Ermites de Saint Augustin, aujourd’hui devenue paroissiale.

   Le couvent des Ermites de Saint Augustin, fondé en 1270, a été témoin de la vie édifiante et de la sainte mort de l’un fils de cette cité, dont, à la vérité, on doit bien avouer qu’on ne sait pas grand chose.
Né à Recanati, il y a passé toute sa vie religieuse, s’y est envolé pour le Ciel, et sa tombe y est restée jusqu’en nos temps dans une grande vénération : il s’agit du Bienheureux Jérôme de Recanati, né Jérôme (en italien : Girolamo) Gherarducci.

   Les historiens en sont réduits à de pures suppositions concernant les dates de sa vie : l’opinion la plus communément admise aujourd’hui est qu’il serait mort le 12 mars 1350 (mais d’autres avancent la date de 1335… ce qui fait tout de même quinze ans d’écart !), sans qu’on sache vraiment quel âge il avait lors de son trépas ni combien de temps il vécut sous l’habit des Augustins.

Recanati - église Saint-Augustin

Recanati, église Saint-Augustin (état actuel) :
ancienne église conventuelle des Ermites de Saint Augustin,
si les murs extérieurs restent ceux des XIIIème et XIVème siècle,
son intérieur a été totalement réaménagé à la période baroque.

   En revanche, on a retenu de lui que, dans un siècle où les dissensions étaient fréquentes, tenaces, parfois violentes et lourdes de conséquences dans les familles, les corporations, les villes, et parfois même jusque dans la Sainte Eglise, il a œuvré à rétablir la concorde et la paix « entre les proches », comme le précise la leçon du martyrologe.

   Sur sa tombe, des grâces furent obtenues et son culte se développa : pendant des siècles, au jour de sa fête, les habitants de Recanati ont eu la coutume de désigner des hommes chargés du rôle de médiateurs dans les conflits qui désolaient leur cité.

   En 1804, le pape Pie VII a confirmé le culte immémorial qui lui était rendu et lui a officiellement décerné le titre de Bienheureux (sa fête, à Recanati même, est célébrée le 12 mars, anniversaire de son dies natalis, mais a été fixée au 5 mars pour l’Ordre, en raison de la fête de Saint Grégoire le Grand célébrée le 12), tandis que le missel propre de l’Ordre était enrichi d’une Messe complète en son honneur, entièrement composée autour du thème de la paix et de la concorde.
En voici la collecte :

   Deus, auctor pacis, caritatisque amator et custos : meritis et intercessione Beati Hieronymi confessoris tui, cunctorum remissionem nobis tribue peccatorum ; ut in pace et caritate firmati, dextera protectionis tuae ab omnibus tueamur adversis. Per Dominum… etc.

   O Dieu, auteur de la paix, amateur et gardien de la charité : par les mérites et l’intercession du Bienheureux Jérôme, Votre confesseur, accordez-nous la rémission de tous nos péchés, de sorte que, établis dans la paix et la charité, nous soyons protégés contre toute adversité par Votre droite protectrice. Nous Vous le demandons par Notre-Seigneur… etc.

Bienheureux Jérôme de Recanati - blogue

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