Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2022-72. « La charité ne pourrait-elle inspirer la restauration de l’unité dans la vérité unique ? »

- 19 juin -

Anniversaire du rappel à Dieu
de

Michel de Grosourdy, marquis de Saint-Pierre
dit
Michel de Saint Pierre
(1916 – 1987)

Michel de Grosourdy de Saint-Pierre dit Michel de Saint Pierre

Michel de Grosourdy marquis de Saint-Pierre, dit Michel de Saint Pierre (1916-1987)

frise

   Ceux qui, comme moi, ont connu la période de « l’après concile » et ont été les témoins consternés de l’espèce de tourbillon qui a tout emporté sous l’effet du vent de folie qui souffla dans les presbytères, sacristies, séminaires, maisons religieuses et évêchés, se souviennent nécessairement aussi de la noble figure de Michel de Saint Pierre, écrivain de renom, qui plaça justement sa renommée au service de la foi catholique dans cette crise sans précédent, et qui, avec autant de fermeté que de pondération, engagea sa plume alerte dans la défense de la Tradition de l’Eglise.
Pour tous les humbles fidèles du rang, et en particulier pour les jeunes gens que nous étions alors, les textes et les prises de paroles de l’écrivain furent tout à la fois un réconfort et un stimulant.

   Lorsque, le 22 juillet 1976, fut rendue publique la sanction décidée par Paul VI contre Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre pour avoir procédé à des ordinations sacerdotales dans et pour le rite latin traditionnel malgré l’opposition romaine, il se produisit alors une sorte d’onde de choc qui permit à de nombreux fidèles de commencer à prendre conscience du drame de l’autodémolition de l’Eglise, à laquelle ils assistaient, avec douleur, depuis une quinzaine d’années déjà.
   Certains d’entre eux s’étaient déjà posé beaucoup de questions et avaient commencé à réagir ; des prêtres continuaient à célébrer la Sainte Messe latine traditionnelle de manière plus ou moins confidentielle – dans des lieux improbables parfois puisque leurs églises ou chapelles leur étaient interdites -; des mouvements s’organisaient de manière plus ou moins structurée ; et les langues se déliaient…
   Nous n’avions évidemment pas alors le recul qui est aujourd’hui le nôtre, et, dans l’ensemble, nous espérions que le Souverain Pontife et les autorités romaines, animés d’une véritable « bonne volonté » et d’une « sincère bienveillance » envers la liturgie traditionnelle et les fidèles qui lui étaient attachés, voudraient ouvrir les yeux et mettre fin au flot destructeur. A la vérité, nous n’imaginions pas, nous ne pouvions pas imaginer – c’était naïveté sans doute -, que ceux qui se présentaient comme nos pères dans la foi donneraient des pierres aux enfants qui leur demandaient du pain… Voilà pourquoi, lorsque le 9 août 1976, des intellectuels français entrainés par Michel de Saint Pierre publièrent une lettre ouverte au pape Paul VI en faveur de Monseigneur Lefebvre et de la Messe traditionnelle, dans l’ensemble, nous espérions un apaisement, dans la charité et la vérité.
Las ! Nous avons bien vu depuis combien cette espérance filiale était illusoire.

   Il reste que cette lettre des intellectuels français à l’adresse de Paul VI reste un document historique important pour l’histoire des combats de la Tradition catholique, et que, même si aujourd’hui nous ne pouvons plus souscrire entièrement à certaines de ses affirmations, il nous semble important de la relire : l’anniversaire de la mort de Michel de Saint Pierre nous en fournit une juste occasion.
Et pourquoi cet anniversaire ne nous redonnerait-il pas le goût de nous replonger dans l’œuvre engagée, et par certains côtés prophétiques, de cet écrivain à la foi exemplaire ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

frise

Très Saint-Père,

   Les sanctions qui viennent d’être prises contre Mgr Lefebvre et son séminaire d’Ecône ont créé une grande émotion en France. Bien au-delà des traditionalistes proprement dits, c’est la foule immense des catholiques français qui se sont sentis touchés.
Depuis des années, ils s’inquiètent de l’évolution de leur religion. Ils ne disent rien, n’ayant aucune qualité pour parler. Simplement, ils s’éloignent. C’est le cardinal Marty lui-même qui nous a récemment révélé que, de 1962 à 1975, la pratique dominicale avait baissé de 54 % dans les paroisses parisiennes. Pourquoi ? Parce que les fidèles ne reconnaissaient plus leur religion dans certaine liturgie et certaine pastorale nouvelles.
Ils ne la reconnaissent pas davantage dans le catéchisme qu’on enseigne maintenant à leurs enfants, dans le mépris de la morale élémentaire, dans les hérésies professées par des théologiens écoutés, dans la politisation de l’Evangile.

   Ils avaient accueilli le Concile avec joie parce qu’ils y avaient vu l’annonce d’un rajeunissement, une certaine souplesse apportée à des structures et à des règles que le temps avait peu à peu durcies, un accueil plus fraternel à tous ceux qui cherchent la vérité et la justice sans avoir encore le bénéfice du grand héritage de l’Eglise. Mais ce qui est advenu n’a pas répondu à leur attente. Ils ont l’impression désormais d’assister au sac de Rome. N’est-ce pas vous-même, très Saint-Père, qui avez parlé de l’autodémolition de l’Eglise? Le fait est qu’en France cette autodestruction bat son plein — et nous en sommes les témoins.

   De Mgr Lefebvre et du séminaire d’Ecône, ces catholiques du rang connaissaient fort peu de chose. Mais ce qu’ils en apprenaient peu à peu par les journaux, la radio et la télévision leur était plutôt sympathique. Mgr Lefebvre avait passé le plus clair de sa vie dans une activité de missionnaire, il avait été délégué apostolique en Afrique. Votre prédécesseur, le Pape Jean XXIII, qui l’estimait beaucoup et l’aimait bien, l’avait nommé membre de la Commission centrale de préparation du Concile. Il avait formé des générations de séminaristes ; parmi les prêtres issus de ses séminaires, quatre sont devenus évêques et c’est vous-même qui aviez fait cardinal l’un d’entre eux, Mgr Thiandoum. Comment un tel évêque qui, toute sa vie, a servi l’Eglise de manière insigne pourrait-il y être soudainement un étranger ? N’est-il pas plutôt l’évêque dont Vatican II semble avoir tracé le portrait : un évêque fort dans la foi, orienté vers la mission, ouvert au monde à évangéliser ? Désolé de la ruine des séminaires français et convaincu que les vocations ne manquaient pas chez les jeunes, il a ouvert un séminaire qui, strictement fidèle aux normes mêmes de Vatican II et de la Congrégation de l’éducation catholique, proposait à ceux qui voulaient y entrer une vie de prière, d’étude et de discipline. Aussitôt les candidatures ont afflué et le séminaire s’est rempli. La très grande majorité de ces catholiques du rang dont nous parlons savent aujourd’hui tout cela.

   L’unité de l’Eglise est l’argument que nous voyons partout mis en avant pour justifier les mesures sévères prises contre Ecône. Mais, très Saint-Père, que le petit noyau d’Ecône soit écrasé, et la division s’aggrave encore ! Car la division n’est pas entre Mgr Lefebvre et les autres évêques français. Elle est au sein même de l’Eglise hiérarchique. Il existe actuellement autant de rites, autant de pratiques, autant d’opinions qu’il y a d’églises, de prêtres, de communautés, de groupes et de groupuscules. C’est le pullulement de ces petits schismes intérieurs, c’est cette prolifération de religions particulières qui est la marque de l’Eglise de France car nous ne parlons que pour la France. Et la désobéissance à Rome, au Pape, au Concile éclate dans tout ce qui concerne la liturgie, le sacerdoce, la formation des séminaristes et la foi elle-même. D’étranges messes — parfois œcuméniques —, et qui n’ont rien à voir avec la messe de Paul VI, sont célébrées un peu partout dans la plus parfaite impunité. Toute « célébration eucharistique » serait-elle permise sauf la messe traditionnelle ? Toute église pourrait-elle être ouverte aux musulmans, aux israélites, aux bouddhistes et fermée aux seuls prêtres en soutane ? Tout dialogue serait-il bienvenu avec les francs-maçons, les communistes, les athées et condamnable avec les traditionalistes ? La hiérarchie, en France, tiendrait-elle davantage à imposer un certain esprit nouveau qu’à annoncer et à défendre les vérités de la foi ?

   Voilà, très Saint-Père, ce que finit par se demander le peuple chrétien de la base, que nous évoquons ici. Chaque jour nous apporte les échos — de plus en plus forts, de plus en plus nombreux — de sa stupeur et de son angoisse. C’est pourquoi nous nous tournons vers vous, car vers qui un catholique se tournerait-il, sinon vers le Pape, successeur de Pierre, Vicaire de Jésus-Christ ? Nous déposons à vos pieds notre supplique. Quelle supplique ? Celle de l’amour et du pardon. C’est plutôt une plainte, un gémissement que nous espérons faire monter jusqu’à vous. Nous ne sommes pas versés dans le Droit canonique et nous ne doutons pas que des condamnations romaines aient des assises juridiques. Mais justement le juridique, le légalisme, le formalisme nous semblaient avoir été bannis, dans ce qu’ils peuvent avoir d’excessif, par Vatican II. Ce très grave procès fait à Mgr Lefebvre et à son séminaire ne pourrait-il être reconsidéré ? L’amour que vous éprouvez pour le peuple chrétien de France ne pourrait-il l’emporter sur une rigueur qui, frappant le plus notoire de nos défenseurs de la Tradition, achèverait de traumatiser irrémédiablement ce peuple ? La charité ne pourrait-elle inspirer la restauration de l’unité dans la vérité unique ? Il nous semble même que la messe traditionnelle et le sacerdoce de toujours seraient susceptibles de trouver leur place dans la consolidation et l’extension d’une Eglise qui n’a jamais cessé de garder ses dogmes et ses formes essentielles, à travers ses adaptations successives aux vicissitudes de l’Histoire. Que deviendrait une Eglise sans prêtres et sans messe ?

   C’est par cet acte de confiance, très Saint-Père, que nous voulons témoigner de notre fidélité au Pontife romain, sûrs que nous sommes d’être entendus par le Père de tous les catholiques, détenteur des pouvoirs qui lui ont été remis dès l’origine par le Fondateur pour conduire l’Eglise jusqu’à la fin des siècles.

Michel de Saint Pierre, président du Mouvement « Credo »
Michel Droit,
Louis Salleron,
Jean Dutourd,
Henri Sauguet, 
Colonel Remy, 
Michel Siry, 
Gustave Thibon.

Salle Wagram - haut lieu du combat pour la Messe traditionnelle

La Salle Wagram, un haut lieu emblématique de la résistance à la destruction de la Messe latine traditionnelle,
puisque celle-ci y fut célébrée régulièrement les dimanches, avant la restitution au culte de l’église Saint Nicolas du Chardonnet.

Prière de Saint Ephrem de Nisibe pour demander la guérison de l’âme :

18 juin,
Fête de Saint Ephrem de Nisibe, diacre et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Anniversaire de la victoire de Patay (cf. > ici).

   On peu déplorer que beaucoup trop de catholiques, surtout en Occident, ne recourent pas assez aux textes des Pères de l’Eglise pour nourrir et enrichir leur prière. L’œuvre de Saint Ephrem, surnommé « la lyre du Saint-Esprit », est particulièrement riche en formules ardentes dont les fidèles ont tout intérêt à « s’emparer » pour élever leurs âmes vers Dieu et Lui exprimer leurs aspirations au salut, à la sanctification, à l’union intime avec Lui… etc.
La prière pour demander la guérison de l’âme dont nous reproduisons ci-dessous une traduction appartient à cette catégorie :

Hans Memling jeune homme en prière - 1475

Jeune homme en prière
(Hans Memling – 1475 – Galerie nationale, à Londres)

Rétablissez-moi, ô Seigneur, et je serai guéri !

Ô Médecin, qui seul êtes sage et miséricordieux, je supplie Votre bienveillance : guérissez les blessures de mon âme et illuminez les yeux de mon esprit, afin que je puisse comprendre ma place dans Votre dessein éternel !
Et si mon cœur et mon esprit ont été défigurés, que Votre grâce les répare, car elle est comme le sel véritable dont parle Votre Evangile.

Que Vous dirai-je, ô grand Connaisseur du cœur qui sondez le cœur et l’intérieur des hommes ?
En effet, Vous savez que, comme une terre sans eau, mon âme a soif de Vous, et que mon cœur soupire après Vous ; et Votre grâce a toujours rassasié ceux qui Vous aiment.
Ainsi, comme Vous m’avez toujours entendu le dire, à présent ne dédaignez pas ma prière, car Vous voyez que mon esprit, comme un prisonnier, Vous cherche, Vous le seul véritable Sauveur.
Envoyez Votre grâce, pour qu’elle puisse satisfaire ma faim et étancher ma soif, car je Vous désire insatiablement, ô mon Maître !
Et qui peut être rassasié de Vous s’il Vous aime, et qu’il a soif de Votre vérité ?

Ô Donateur de Lumière ! Exaucez mes supplications et accordez-moi Vos dons selon ma prière ; donnez à mon cœur une seule goutte de Votre grâce, afin que la flamme de Votre amour puisse commencer à brûler dans mon cœur, et, comme un feu, qu’elle puisse consumer les mauvaises pensées, comme épines et chardons !

Donnez-moi tout cela en abondance, accordez-le moi comme Dieu à l’homme, comme le roi à ses sujets, et faites croître tout ceci comme un Père aimant.

Ainsi-soit-il !

Rayons de lumière à travers un vitrail

2022-71. Triduum de Sainte Philomène du 9 au 11 août 2022.

Lundi soir 13 juin 2022.

portrait-sainte-philomene-xixe - Copie

Comme chaque année, la fête de Sainte Philomène sera célébrée au Mesnil-Marie le 11 août : en 2022 donc, ce sera un jeudi.
Comme chaque année, ce jeudi 11 août 2022, une Sainte Messe sera assurée dans le rite latin traditionnel et les personnes qui le souhaitent pourront pique-niquer sur place ; l’après-midi un temps de prière et la vénération de la relique de Sainte Philomène seront proposés.

Et comme l’année dernière (cf. > ici), en préparation de cette journée de fête de Sainte Philomène au Mesnil-Marie, une marche priante est organisée à l’intention des amateurs de pèlerinage à pied.

Ce pèlerinage aux allures de randonnée commencera le mardi 9 août au matin : la marche se fera donc sur les journées de mardi et de mercredi et n’excèdera pas 35 km au total.
Il est souhaitable que le rassemblement se fasse au lieu du départ, le lundi 8 août en fin d’après-midi. L’arrivée au Mesnil-Marie sera dans l’après-midi du mercredi 10 août.

Nous allons travailler dans les prochaines semaines à peaufiner le programme, les parcours et tous les détails pratiques, mais si d’ores et déjà des personnes sont intéressées et souhaitent ou participer ou aider à l’organisation, nous leur demandons de se signaler dans les meilleurs délais.
… Et nous demandons à nos amis et aux dévots de Sainte Philomène de bien vouloir faire connaître dans leur entourage l’existence de ce pèlerinage. Nous vous en remercions par avance !

Contact / renseignements  > ici

Gisant de Sainte Philomène au Mesnil-Marie - détail

2022-70. Le petit Prince Tolbiac a trois mois.

Vendredi 10 juin 2022 au soir,
Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte ;
Mémoire du Bienheureux Gabriel Pergaud et de ses 63 compagnons, martyrs des pontons de Rochefort ;
Mémoire de Sainte Marguerite d’Ecosse, reine et veuve.

2022-70 a

« J’ai l’œil à tout ! J’observe tout ! Je ne manque rien de ce que tu fais ! »

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Son Altesse Sérénissime (ou du moins qui tend à devenir un jour sérénissime, car pour l’heure, à bien des moments, il mériterait plutôt le qualificatif de « tornadissime » !) le Prince Tolbiac étant né le 10 mars dernier a donc eu aujourd’hui trois mois.
Le tigre en miniature, arrivé il y a moins d’un mois au Mesnil-Marie (cf. > ici), semble tout-à-fait s’y plaire et s’y épanouir, comme en font foi les photographies que j’ai la joie de vous offrir à l’occasion de ce « mensiversaire », et qui constituent les témoignages ponctuels de sa vie de chaton augustinien, de sa croissance et de son éducation.

   Il y a une semaine exactement, le vendredi 3 juin, j’ai dû l’emmener pour la première fois de sa vie chez le vétérinaire après une nuit particulièrement difficile : il n’était pas bien du tout et avait vomi neuf à dix fois entre 22 h et 7 h du matin, probablement à la suite de l’ingestion d’un produit nocif (non identifié à ce jour : comme il sort et que, comme tous les chatons, il porte à sa bouche tout ce qui bouge et passe à sa portée, il est possible qu’il ait goûté à un végétal toxique – il y en a quelques uns autour du Mesnil-Marie, ou quelque insecte porteur de poison). Dûment pris en main par le Docteur, après plusieurs jours de traitement, le mini tigre a repris sa pleine forme et fait montre d’une énergie quasi inépuisable.

    Un chaton dort beaucoup : le reste du temps il s’exerce à chasser (et nous, bipèdes ignares, nous nous imaginons qu’il joue), mange, boit et fait sa toilette. Particulièrement désopilantes sont les positions qu’il adopte lorsqu’il s’étire et qu’il baille…

2022-70 e

   Mais ce novice précoce semble déjà présenter de bonnes dispositions pour l’étude des Saintes Ecritures et de la liturgie…

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   Pour ce qui concerne le cliché suivant, je dois confesser n’avoir manifesté qu’un enthousiasme très modéré en voyant que, à nouveau (car il y avait déjà eu une première fois – cf > ici), mon bureau avait fait l’objet d’un nettoyage… à la manière d’Attila.
Réponse de Tolbiac : « Mais il fallait bien que je puisse accéder à ta calculatrice… »
Soupir de Frère Maximilien-Marie résigné : « C’est vrai que l’éducation d’un prince vaut tous les sacrifices ! »

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   Explication du cliché suivant : j’essayais, très maladroitement, de réaliser un « selfie » – pardon ! un autoportrait photographique – avec Tolbiac dans les bras, et je n’y arrivais pas. Le chaton, lui, a étendu vivement la patte et touché l’écran : voici le résultat.
Certes, le réglage de la netteté s’est fait sur les livres de la bibliothèque plutôt que sur le premier plan, mais le petit félin a réussi ce que je n’arrivais pas à faire !!!

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   Tous les soirs, lorsque je lis dans mon lit, j’ai droit à un festival de pitreries.
Il est vrai qu’une couette est un merveilleux « terrain » de jeux où l’on peut se cacher et observer, en méditant sur la prochaine bêtise que l’on pourra faire…

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Tolbiac : « Hé dis donc, ces trois petits casiers dans ta tête de lit, juste derrière ton oreiller, sont parfaits pour moi : je vais juste t’aider à en retirer ces livres de prières et ton étui à lunettes… »

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   Il faut impérativement apprendre aux chatons à ne pas sortir les griffes et à ne pas mordre lorsqu’il joue avec vous. C’est un apprentissage quotidien, où il ne faut rien lâcher. 
Conseil du premier vétérinaire de Lully, dans le Vexin où il a vu le jour : « Vous ne devez absolument pas vous laisser faire et agir comme le fait une chatte lorsqu’elle éduque ses chatons : s’il griffe, donnez-lui des pichenettes sur l’extrémité des pattes, et s’il mord, mordez-le vous-même à l’oreille ou à la queue, et n’omettez jamais de souffler comme le fait un chat mécontent. »
C’est ce que j’ai dû faire il y a quelques soirs de cela, après une morsure à la main.
Mordu à son tour à la queue et surpris de me voir souffler en montrant les dents, Tolbiac s’est aussitôt calmé… et réfugié, tout penaud, dans le casier où, la veille encore, se trouvait une boite de mouchoirs en papier, lesquels avaient subi le sort des sectateurs de Calvin une certaine nuit de la Saint-Barthélémy !

2022-70 h

   Après cette énergique et fructueuse leçon, le petit félin a résolu de se plonger dans des lectures édifiantes.
Gageons que les belles et profondes pages de notre cher et grand ami, le Révérend Père Jean-François Thomas, ne manqueront pas d’instruire et de porter à la sagesse, l’impétueux petit félin !

2022-70 i

   Et il y a l’exploration du vaste monde extérieur : quelle chance d’habiter dans une province aux reliefs escarpés qui offrent mille et une possibilités d’escalade, de sauts, de glissades… etc. !  

2022-70 j

   Que de choses à observer !…
La curiosité naturelle des chatons et l’instinct du chasseur qui les habite déjà sont pour le photographe l’occasion de fixer des attitudes d’une expressivité remarquable. Et comme les chats sont des esthètes absolus, tout en eux est toujours incroyablement élégant et gracieux.

2022-70 k

   Je ne sais plus quel auteur a dit que si tous les humains avaient la noblesse et l’élégance du chat, la société serait merveilleuse…

2022-70 n

   Merci donc à notre divin Créateur qui a produit un tel chef d’œuvre !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

 chatons jardiniers

Publié dans:Chronique de Lully |on 10 juin, 2022 |7 Commentaires »

2022-69. Notre pèlerinage terrestre.

Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte.

Alors que l’octave de la Pentecôte va vers sa fin, voici un sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin (il porte le N°CCCXLVI) qui offre à notre méditation de profondes vérités sur notre condition de voyageurs en chemin vers la vie éternelle, la vie véritable.
Avec la force du divin Paraclet, et munis de Ses dons, nous sommes équipés pour le pèlerinage purificateur et sanctificateur d’ici-bas dont le but est la vision éternelle et béatifiante du Dieu trois fois saint.

Pèlerin solitaire

Par où marchons nous, sinon par la Voie ?
Et où allons nous, si ce n’est à la Vérité et à la Vie ?

§1 – Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu nous faire marcher par Lui et vers Lui.

Rappelons-nous ensemble, mes frères bien-aimés, ces paroles de l’Apôtre : « Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur ; car nous marchons par la foi, et non par la claire vue » (2 Cor. V, 6-7). Ainsi donc en disant : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean, XVI, 6), Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu nous faire marcher par Lui et vers Lui.
Par où en effet marchons-nous, sinon par la voie ?
Et où allons-nous, si ce n’est à la Vérité et à la Vie, savoir, à la vie éternelle, laquelle mérite seule le nom de vie ?

§2 – Les Saintes Ecritures démontrent qu’il n’y a de véritable vie que la vie éternelle.

Comparée à cette vie suprême, la vie mortelle où nous sommes maintenant est plutôt une mort évidente, tant il y a en elle de variations, de changements, et d’inconsistance ; tant elle est de courte durée ! Aussi lorsque ce jeune homme riche Lui eut dit : « Bon Maître, qu’ai-je à faire pour parvenir à la vie éternelle ? », le Seigneur lui répondit : « Si tu veux parvenir à la vie, garde les commandements » (Matth. XIX, 17). Ce riche avait sans doute une vie quelconque, car ce n’était pas à un cadavre, à un homme inanimé que s’adressait le Sauveur ; mais quoique la question fût relative au moyen d’obtenir la vie éternelle, le Seigneur ne répondit pas : « si tu veux parvenir à la vie éternelle », Il dit simplement : « Si tu veux arriver à la vie, garde les commandements ». N’était-ce pas nous dire que la vie qui n’est point éternelle ne mérite pas même le nom de vie, et qu’il n’y a de vraie vie que l’éternelle ?
Voilà pourquoi, en invitant de conseiller l’aumône aux riches, l’Apôtre disait à son tour : « Qu’ils soient riches en bonnes œuvres, qu’ils donnent aisément, qu’ils partagent, qu’ils s’amassent un trésor qui soit pour l’avenir un point d’appui afin d’arriver à la vie véritable » (1 Tim. VI, 18-19).
Que faut-il entendre ici par la vie véritable, sinon l’éternelle vie, laquelle mérite seule le nom de vie, parce que seule elle est bienheureuse ?
Sans aucun doute encore ces riches à qui il disait qu’il fallait commander de mériter la vie véritable, passaient cette vie au milieu de leur opulence ; et si saint Paul avait estimé que cette vie fût la véritable vie, il n’aurait pas dit : « Qu’ils s’amassent un trésor qui soit pour l’avenir un solide point d’appui afin d’arriver à la vie véritable ». Ici donc il nous enseigne que la vie des riches n’est pas la vraie vie, quoique les sots l’appellent et la vraie vie, et la vie bienheureuse. Pourtant comment serait-elle la vie bienheureuse, dès qu’elle n’est pas la vie véritable ?
Il n’y a de vie heureuse que la vraie vie, et il n’y a de vraie vie que la vie éternelle. C’est cette vie que, d’après l’Apôtre, les riches ne possèdent pas malgré toutes leurs délices. Aussi les invite-t-il à la mériter par leurs aumônes, afin de pouvoir entendre à la fin des siècles : «Venez, bénis de Mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; car J’ai eu faim, et vous M’avez donné à manger ». Puis un peu plus loin, le Seigneur montre que ce royaume n’est autre chose que l’éternelle vie : « Ceux-là, dit-Il, iront à l’éternel supplice, et les justes à la vie éternelle » (Matth. XXV, 34-36).

§3 – Le pèlerinage de cette vie terrestre s’accomplit dans la foi, non dans la claire vision.   

Jusqu’à ce que nous soyons arrivés à cette vie, « nous voyageons loin du Seigneur, car nous marchons par la foi, et non par la claire vue » (2 Cor. V, 7). Aussi bien le Christ dit-Il : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean, XVI, 6).
Par la foi, Il est pour nous la Voie ; avec la claire vue, Il sera la Vérité et la Vie.
« Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme » ; c’est la foi : « mais alors ce sera face à face » (1 Cor. XIII, 12) ; c’est-à-dire la claire vue. L’Apôtre dit encore qu’intérieurement « le Christ habite par la foi dans vos cœurs » : c’est la voie, où nous ne voyons que partiellement. Et il rajoute bientôt après : « Connaissez aussi la science suréminente de la charité du Christ, pour être remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. III, 16-19) : ce sera la claire vue ; nous en jouirons quand, remplis de cette plénitude, en possédant ce qui est parfait, nous n’aurons plus ce qui n’est que partiel (cf. 1 Cor. XIII, 10). Saint Paul dit aussi : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ » : voilà la foi. Il poursuit : « Lorsque apparaîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous apparaitrez dans la gloire » (Coloss. III  3-4) : voilà la claire vue.
Saint Jean dit à son tour : « Mes bien-aimés, dès maintenant nous sommes les enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore » : c’est la foi. Il continue : « Or, nous savons que quand Il Se montrera nous Lui serons semblables, puisque nous Le verrons a tel qu’Il est » (Jean III, 2) : ce sera la claire vue.

§4 – En marchant dans la foi, nous devons être fidèles aux préceptes du Seigneur, et c’est ainsi que nous pourrons entrer dans la vie.

Aussi le Seigneur, qui a prononcé ces mots : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », disait-Il, dans un discours aux Juifs et en S’adressant à ceux d’entre eux qui avaient cru en Lui : « Si vous restez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ». Ceux-ci dès lors étaient devenus croyants, car l’Evangéliste s’exprime ainsi : « Or, Jésus disait à ceux qui avaient cru en Lui : Si vous restez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera » (Jean VIII, 31-32). Ainsi donc ils croyaient, et avaient commencé à suivre le Christ comme la voie de la vérité. C’est pourquoi le Christ les exhorte à y rester afin de parvenir au terme.
A quel terme, sinon à celui qu’indiquent ces mots : « La vérité vous délivrera » ?
Vous délivrera de quoi, sinon de toutes les vicissitudes auxquelles est exposée l’inconstance humaine, de toutes les corruptions qui accompagnent la mortalité ?
Ainsi la vraie vie, la vie éternelle, est celle que nous ne possédons pas encore, tant que nous voyageons loin du Seigneur et que nous acquerrons par la foi, puisque nous ne marchons pas moins dans le Seigneur, si nous demeurons attachés à Sa parole avec une invincible constance. Car à ces mots : « Je suis la Voie », répondent ceux-ci : « Si vous demeurez attachés à Ma parole, vous serez véritablement Mes disciples» ; et à ces autres : « Et la Vérité et la Vie », ces autres encore : « Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ».

§5 – Ne nous montrons pas présomptueux : accomplissons le pèlerinage d’ici-bas en nous purifiant, sinon nous ne serons pas capables d’entrer dans la vision éternelle.

Durant ce pèlerinage, durant cette vie, tant que dure la foi, à quoi vous exciter ?
Je répéterai ces paroles de l’Apôtre : « Puisque nous avons de telles promesses, mes bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant notre sanctification dans la crainte du Seigneur » (2 Cor. VII, 1).
Désirer voir cette pure et immuable lumière de la vérité avant d’avoir la foi, et quoiqu’on ne puisse la regarder qu’avec un cœur purifié par la foi, attendu qu’il est dit : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Matt. V, 8), c’est ressembler à un aveugle qui voudrait, pour recouvrer la vue, voir cette lumière matérielle du soleil, quand il lui est impossible de la voir avant de n’être plus aveugle.

Saint Esprit

2022-68. Les « saints manqués ».

 Mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte.

   « Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».
          Rd. Père Joseph de Guibert sj.,
in « Dictionnaire de spiritualité », article abnégation col. 106.

Le Tintoret - Vierge à l'Enfant avec les Saints Augustin Catherine Marc et Jean-Baptiste -musée des beaux arts Lyon

Le Tintoret : la Vierge à l’Enfant avec les Saints Augustin, Catherine d’Alexandrie, Marc l’Evangéliste et Jean-Baptiste
(vers 1545-1550)

Musée des Beaux-Arts de Lyon

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Beaucoup d’entre vous aiment à lire des biographies de saints ; et ils ont bien raison !
Souvenons-nous que c’est la lecture de la vie des saints, d’abord résignée et presque forcée, puisque c’était le seul ouvrage qui se trouvât au château de Loyola et qu’en conséquence il n’avait que cela pour meubler les longues journées de sa convalescence, qui fit rentrer Saint Ignace en lui-même et lui fit désirer d’embrasser à son tour les voies de la sainteté.
Ainsi que le chante la préface des saints (au propre de la plupart des diocèses de France), Dieu nous octroie dans leur fréquentation un exemple – et conversatione exemplum -, dans la communion avec eux une communauté – et communione consortium -,  dans leur intercession un secours – et intercessione subsidium – ; « afin que, enveloppés d’une telle nuée de témoins, par la patience nous courrions au combat qui nous est proposé et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire : ut tantam habentem impositam nubem testium, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen, et cum eis percipiamus immarcescibilem gloriae coronam ».

   Lorsque j’étais jeune religieux, outre les vies des saints, je me suis très rapidement passionné pour les écrits des saints, en particulier les grands maîtres de la vie spirituelle, ainsi que les études sur leurs enseignements et leur spiritualité.
C’est ainsi que j’avais souvent recours au « Dictionnaire de Spiritualité. Ascétique et mystique. Doctrine et histoire », œuvre monumentale qui avait commencé à paraître en 1932 et n’était alors pas encore achevée (elle ne le sera qu’en 1995).
Je me permets au passage de faire remarquer que, bien évidemment, une publication de cette importance (environ 60.000 pages), réalisée sur plus de six décennies, si elle était pleinement catholique au départ, se ressent – d’année en année et de volume en volume – de l’évolution moderniste et progressiste qui s’est fait jour dans la Sainte Eglise et y a occasionné tant de sinistres : c’est donc in fine une œuvre tout-à-fait inégale dans laquelle on trouve des études absolument passionnantes qui côtoient des articles absolument détestables. Tout dépend des auteurs et contributeurs, de leur mentalité et de leur degré de contamination par l’hérésie. Fermons la parenthèse.
Le Révérend Père Joseph de Guibert (1877-1942), jésuite d’une haute et profonde spiritualité, théologien solide et auteur passionnant, a enrichi les premiers fascicules du « Dictionnaire de Spiritualité » de plusieurs articles remarquables : tout particulièrement celui intitulé « abnégation » : j’étais novice lorsque je le découvris ; je l’ai lu et relu ; je m’en suis même alors servi comme base de mes méditations et oraisons pendant plusieurs semaines. C’est de lui qu’est extraite la citation que j’ai placée ci-dessus : une citation que j’avais alors copiée dans mes carnets personnels, et que j’ai souvent reprise et méditée pendant mes plus de quarante années de vie religieuse, surtout lorsque je me trouvais à un tournant important ou à une étape décisive.

   Que me disaient, que me disent encore ces lignes percutantes ?
Qu’il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, qu’il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, qu’il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour arriver à la sainteté.
En nos temps de confusion théologique et spirituelle, où le sentimentalisme et l’affectivité priment sur la raison et l’objectivité des faits, il est si fréquent d’entendre dire – à la mort d’une personne ou à ses funérailles par exemple -  qu’il était un saint, simplement parce que c’était une plutôt bonne personne, avec des qualités humaines réelles, certes.
Mais ce n’est pas cela la sainteté.
Relisons-le ; redisons-le ; insistons : il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour être un saint.
Si on en reste là, on ne sera jamais qu’un « saint manqué ».

   A l’occasion d’un premier samedi du mois, j’ai entendu, à la fin de la récitation d’un rosaire entier, la très pieuse personne qui avait dirigé la prière réciter une adresse à Dieu – dont je n’ai malheureusement pas retrouvé le texte exact – qui Lui demandait que nous puissions vivre notre vie chrétienne « sans héroïsme ».
Cela m’a laissé dans une grande perplexité. Je crois comprendre que ce qui était demandé était, en définitive, une conversion de la société qui ferait en sorte que les fidèles n’auraient pas à ramer constamment à contrecourant au prix d’efforts continus – et souvent épuisants – pour vivre en conformité avec la foi… Mais « sans héroïsme » ?

   De manière traditionnelle (je ne suis pas certain que cela soit toujours le cas de nos jours), lorsque il y a un procès canonique en vue de la béatification d’une personne, on passe par le menu sa vie et ses œuvres pour savoir si elle a exercé les vertus chrétiennes à un degré héroïque. Le premier degré de reconnaissance qu’une personne pourra être éventuellement béatifié est de ce fait appelé « Décret de reconnaissance de l’héroïcité des vertus », et il est promulgué lorsqu’on a pu répondre en tous points par l’affirmative à cette question : « A-t-on la certitude sur l’héroïcité des vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité envers Dieu et le prochain, ainsi que sur les vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance et celles qui s’y rattachent, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? ».
Sans héroïsme, donc, on aura peut-être de « bonnes » et « pieuses » personnes, mais on n’aura pas de saints.
Juste des « saints manqués » !
« Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».

   La citation du Révérend Père de Guibert nous secoue, nous aiguillonne, nous provoque à un sérieux examen : aspiré-je seulement à une honnête piété et ferveur, ou bien nourris-je l’ambition d’être véritablement un saint ?
La sainteté est ce que Dieu veut pour nous : « La volonté de Dieu, c’est votre sanctification : haec est enim voluntas Dei, sanctificatio vestra » (1 Thess. IV, 3) ; « De même que Celui qui vous a appelés est saint, soyez saints vous aussi dans toute votre conduite, car il est écrit : ‘Vous serez saints parce que Moi Je suis saint’ : secundum eum qui vocavit vos, sanctum, et ipsi in omni conversatione sancti sitis, quoniam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego sanctus sum » (1 Petr. I, 15-16).
Suis-je donc vraiment en plein accord avec la sainte volonté de Dieu ?
Placé-je cette volonté de devenir un saint – et de ne pas rester au stade de « saint manqué »- en tête de mes projets et résolutions de vie ?
Ou bien la sainteté arrive-t-elle derrière mes projets personnels de carrière, derrière mes goûts personnels, après mes ambitions terrestres, un peu comme une option, c’est-à-dire plutôt secondaire, voire facultative ?

   La plénitude des cinquante jours explose en cette rayonnante octave de pourpre et d’or où – après avoir imploré pendant neuf jours le renouvellement et l’amplification de la divine effusion accomplie lors de la première Pentecôte – nous nous extasions dans la répétition des supplications de l’ardente séquence : « Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium, flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium : lavez ce qui est souillé, irriguez ce qui est aride, guérissez ce qui est blessé, assouplissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid, redressez ce qui est tordu… » (séquence de Pentecôte). Cette imploration quotidienne en ces jours n’est-elle pas bienvenue pour nous secouer, pour nous porter à une reviviscence héroïque de nos vies trop facilement ankylosées par le poids de nos routines et de nos ambitions ratatinées aux horizons terrestres ?

Que veux-tu être : un « saint manqué », ou un vrai saint ?

« Mentes nostras, quǽsumus, Dómine, Paráclitus, qui a te procédit, illúminet, et indúcat in omnem, sicut tuus promísit Fílius, veritátem : nous Vous le demandons, Seigneur, que le Paraclet, qui procède de Vous, illumine nos esprits, et, ainsi que l’a promis Votre fils, qu’Il nous conduise dans la pleine vérité » (première collecte du mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte). 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Vitrail Saint-Esprit Basilique Vaticane

Prière de Saint Bonaventure pour demander les sept dons de l’Esprit Saint par la médiation du Christ crucifié et glorifié.

Dimanche de Pentecôte

Saint Esprit

Nous adressons notre prière au Père très clément, par Vous Son Fils unique, qui Vous êtes fait homme pour nous et qui avez été crucifié et glorifié.

Envoyez-nous, de Ses trésors, l’Esprit de grâce aux sept dons, cet Esprit qui a reposé sur Vous en toute plénitude : l’esprit de sagesse, par lequel nous puissions goûter le fruit de l’arbre de vie, que Vous êtes vraiment ; le don d’intelligence, qui puisse illuminer les regards de notre esprit ; le don de conseil, qui nous fasse suivre Vos traces sur les sentiers de la justice ; le don de force, qui enlève aux attaques de l’ennemi leur violence ; le don de science, qui nous remplisse de la lumière fulgurante de la sainte doctrine, pour distinguer le bien du mal ; le don de piété, qui nous donne d’être miséricordieux ; le don de crainte, qui nous éloigne du mal et nous donne la joie par notre révérence envers Votre éternelle Majesté.

Vous avez voulu que nous Vous fassions cette demande, dans cette sainte prière que Vous nous avez enseignée ; nous Vous le demandons maintenant par Votre Croix, pour l’honneur de Votre très saint Nom.

A Vous soient, ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint, tout honneur et gloire, action de grâces, honneur et puissance, dans la suite infinie des siècles.

Ainsi soit-il !

Saint Bonaventure José Juarez - Mexico musée Soumaya

Saint Bonaventure inspiré par le divin Crucifié pour écrire
(tableau de José Juarez, vers 1640-1660 – Musée Soumaya à Mexico) 

Voir aussi, la prière au Saint-Esprit extraite des œuvres de Saint Augustin déjà publiée > ici

2022-67. Le doux hôte de l’âme.

Méditation pour la Vigile de la Pentecôte

La colombe du Saint-Esprit dans la "gloire du Bernin" (Basilique Saint-Pierre au Vatican)

Présence de Dieu : « O Esprit Saint, qui daignez habiter en moi, aidez-moi à m’ouvrir totalement à votre action ! »

Méditation :

1 – L’encyclique « Mystici Corporis » (note : publiée par le Vénérable Pie XII le 29 juin 1943) affirme que « le Saint-Esprit est l’âme de l’Eglise ». Ame signifie principe de vie. Cette affirmation équivaut donc à dire que le divin Paraclet est Celui qui fait vivre l’Eglise. De même que l’âme est le principe de vie du corps, ainsi l’Esprit Saint est le principe de la vie de l’Eglise, Corps mystique du Christ (cf. encyclique « Divinum illud munus » [Léon XIII, 9 mai 1897]).
(…) L’Esprit Saint demeurait dans l’Ame du Christ pour la diriger dans l’accomplissement de Sa mission rédemptrice. Jésus aurait pu assumer cette mission tout seul mais Il a voulu pourtant y associer l’Eglise. Et puisque l’Eglise prolonge l’œuvre du Christ, elle a besoin de la même Impulsion qui guidait Son Ame, il lui faut le Saint-Esprit.
En vérité, Jésus nous a mérité Son Esprit sur la Croix ; par Sa mort, Il a expié avant tout le péché, obstacle à l’invasion du Saint-Esprit et, une fois remonté au ciel, Il L’a envoyé aux Apôtres, représentant toute l’Eglise. Maintenant encore, tandis qu’Il siège glorieusement à la droite du Père, intercédant sans cesse pour nous, Il envoie continuellement à l’Eglise l’Esprit Saint qu’Il lui a promis. Et voici que le divin Esprit opère dans l’Eglise ce qu’Il opérait dans la très sainte Ame du Christ : Il lui donne l’impulsion, la meut, la pousse à accomplir la volonté de Dieu, afin qu’elle remplisse sa mission, c’est-à-dire qu’elle prolonge, à travers les siècles, l’œuvre rédemptrice du Sauveur. C’est justement pour cette raison que les anciens Pères ont dit que l’Esprit Saint est l’âme de l’Eglise, et dans le « Credo », l’Eglise elle-même L’invoque : « Dominum et vivificantem » !
Comme l’âme est principe de vie, ainsi l’Esprit Saint vivifie l’Eglise ; Il est l’Impulsion d’amour qui allume en elle le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, qui donne lumière et force aux Pasteurs, ferveur et élan aux Apôtres, courage et foi invincible aux Martyrs.

2 – L’Eglise étant la « société » des fidèles, elle est constituée précisément par leur union ; ce sont les fidèles, c’est-à-dire nous-mêmes, qui formons l’Eglise. Dire que jésus a mérité l’Esprit Saint pour Son Eglise équivaut donc à dire qu’Il L’a mérité pour nous ; affirmer que Jésus, en même temps que le Père, a envoyé et continue à envoyer Son esprit à l’Eglise, c’est affirmer qu’Il nous L’a envoyé et continue à le faire.
L’encyclique « Mystici Corporis » s’exprime exactement en ce sens : l’Esprit Saint est communiqué à l’Eglise avec profusion, pour qu’elle-même et chacun de ses membres soient de jour en jour plus conformes à notre Rédempteur.
Ainsi donc, l’Esprit Saint exerce Son influence non seulement dans le Corps de l’Eglise, mais aussi dans chaque âme où Il habite comme « doux Hôte ». Il est en nous pour envahir nos âmes, les sanctifier, les former à l’image du Christ, et nous pousser à prolonger Sa mission rédemptrice ; Il est cet Elan d’amour qui nous sollicite à accomplir la sainte volonté de Dieu, qui nous oriente vers la glorification de la Très Sainte Trinité, qui nous porte en Dieu.
Mais si l’Esprit Saint est un Elan d’amour qui vient en nous pour nous sanctifier, nous porter en Dieu, comment se fait-il que nous ne devenions pas tous saints ?
Voilà un mystère qui met en évidence notre redoutable responsabilité.
L’Esprit Saint, en même temps que le Père et le fils, nous a créés libres et Il nous veut tels ; c’est pourquoi, en venant en nous, Il respecte notre liberté et ne la violente pas. Tout en désirant entrer dans notre âme et l’envahir, Il ne le fait que si nous Lui donnons libre accès. C’est le cas de rappeler le grand principe sur lequel Sainte Thérèse de Jésus aimait tant insister : « Dieu ne force personne ; Il prend ce que nous Lui donnons. Mais Il ne Se donne pas complètement, tant que nous ne nous sommes pas donnés à lui d’une manière absolue ». Si nous ne nous sanctifions pas, ce n’est pas parce que le Saint-Esprit ne le veut pas – Lui qui nous est envoyé et vient précisément à cette fin – mais parce que nous ne donnons pas pleine liberté à Son action. Voici le point où nous sommes en défaut : nous n’usons pas de notre liberté pour ouvrir entièrement notre âme à Sa puissante et amoureuse invasion. Mais si notre volonté Lui ouvrait complètement les portes, l’Esprit Saint nous prendrait sous Sa direction et, par Lui, nous deviendrions saints.

Colloque :

   O esprit Saint, Vous qui avez formé notre Rédempteur dans le sein très pur de la Vierge Marie ; Vous avez animé Jésus en Le guidant en tout ce qu’Il pensait, disait, faisait et souffrait durant Sa vie terrestre, et dans le sacrifice qu’Il offrit Lui-même au Père pour nous sur la Croix. Et lorsque Jésus monta au ciel, Vous êtes venu sur la terre pour y établir le Corps mystique du Christ, qui est l’Eglise, et pour appliquer à ce Corps le fruit de la vie, du Sang, de la Passion et de la mort du Christ. Sans cela, Jésus aurait souffert et serait mort inutilement. De plus, ô Esprit Saint, Vous descendez en nous dans le saint Baptême, pour former Jésus-Christ dans nos âmes, nous incorporer à Lui, nous faire naître et vivre en Lui, nous appliquer les effets et les mérites de Son Sang et de Sa mort, pour nous animer, nous inspirer, nous pousser et diriger en tout ce que nous devons penser, dire, faire et souffrir pour Dieu. Que devrait donc être notre vie ? Oh ! elle devrait être toute sainte, toute divine, toute spirituelle, selon la parole de Jésus : « ce qui naît de l’Esprit est esprit » !
« O divin esprit, je me donne tout entier à Vous. Prenez possession de mon âme, guidez-moi en tout, et faites que je vive comme un véritable enfant de dieu, comme un membre non dégénéré de Jésus-Christ, et comme une chose qui, née de Vous, Vous appartient totalement et doit être entièrement possédée, animée et conduite par Vous » (Saint Jean Eudes).
« O esprit Saint, âme de mon âme, je Vous adore. Eclairez-moi, guidez-moi, consolez-moi, dites-moi ce que je dois faire, donnez-moi Vos ordres. Je Vous promets de me soumettre à tout ce que Vous désirez de moi et d’accepter tout ce que Vous permettrez qui m’arrive » (Cardinal Désiré-Joseph Mercier).

Sainte Trinité - vitrail

2022-66. Lettre encyclique « Ad cœli Reginam » instituant la fête de Marie Reine à la date du 31 mai.

Lettre encyclique
de Sa Sainteté le Pape Pie XII
« Ad cœli Reginam »
du 11 octobre 1954
instituant
à la date du 31 mai la fête
de
La Très Sainte Vierge Marie Reine

Neri di Bicci - Couronnement de la Vierge

Neri di Bicci (1418-1492) :
Le couronnement de la Vierge
avec Saint Antoine le Grand, Saint Augustin, Saint Raphaël et Tobie
(Avignon, musée du Petit Palais)

Monogramme des Servites

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques,
évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique,
ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Introduction : rappel des circonstances et nécessités présentes.

Dès les premiers siècles de l’Église Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l’angoisse des périls menaçants. Jamais ne fut déçue l’espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s’affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d’une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.

Or, après les calamités qui, jusque sous Nos yeux, ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l’attrait des plaisirs corrupteurs, et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisi d’une vive angoisse. Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour, mais aussi celui, de quiconque se glorifie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’année 1950 – il Nous plaît de le rappeler -, en présence d’une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-même défini le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique parmi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’occasion du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’hui une grande consolation de voir à Rome – à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel -, mais également dans le monde entier, la piété envers la Vierge Mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires marials recevoir sans interruption de nombreux et pieux pèlerinages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’occasion, dans Nos allocutions d’audience ou Nos radio-messages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante. À ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima, [3] et que Nous avons qualifié Nous-même de message de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l’Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d’instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de célébrer à nouveau les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les coeurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.

Première partie : preuves dans la Tradition (Ecritures, Pères de l’Eglise et Magistère).

Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob », (Luc I, 32) « Prince de la paix », (Is. IX, 6) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16) avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la Mère au Fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec respect, l’appelait « la Mère de mon Seigneur », (Luc I, 43) aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », montrant clairement qu’en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ardeur de son inspiration poétique, lui prête-t-il ces paroles « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j’ai été honorée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » [6]. Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi » [7].

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde entier » [8]. Prudence déclare que cette mère « s’étonne d’avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » [9].

Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l’appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homélie attribuée à Origène, Marie est appelée par Élisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » [10].

La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signifie Souveraine » [11]. Après lui Saint Chrysologue formule la même pensée d’une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l’Ange l’appelle Souveraine pour qu’elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l’autorité même de son Fils a obtenu de naître et d’être appelée Souveraine » [12].

Épiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’unité de l’Église soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l’intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » [13].

Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » [14].

Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd’hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, Sa Mère toujours Vierge, dans le sein de laquelle, sans cesser d’être Dieu, Il a pris la forme humaine » [15]. Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepté, dépasse toute chose » [16].

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » [17]. Il l’appelle aussi : « Souveraine de tous les habitants de la Terre » [18].

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine »[19] et même de : « Souveraine de toute créature » [20] ; un ancien écrivain de l’Église Occidentale l’appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un diadème d’or » [21].

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’honneur en cette salutation : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » [22].

À partir de ces témoignages et d’autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l’antiquité, les théologiens de l’Église ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont estimé de leur devoir d’approuver et d’encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin Ier appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » [23] ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d’elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » [24] ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les Pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chrétiens » [25].

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte IV, mentionnant avec faveur la doctrine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeexcelsa [26], commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis Son pouvoir [27].

C’est pourquoi Saint Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décerné le titre de Reine » [28].

Deuxième partie : preuves dans la Tradition liturgique et dans l’iconographie.

La sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient retentissent ces accents fervents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s’inclinent devant toi » [29].

Et ceux-ci : « Ô juste, ô très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » [30]. De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’approcherai d’elle avec joie pour chanter dans l’allégresse ses merveilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous » [31].

Dans le Missel éthiopien, on lit : « Ô Marie, centre de l’univers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entièrement remplis de ta sainteté et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », « Regina cœli, laetare », celles aussi que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vêtement d’or couvert d’ornements variés » [33] ; « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puissante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » [35].

Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu’ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l’on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d’Éphèse la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’insignes royaux, ceinte d’un diadème, entourée d’une cohorte d’Anges et de Saints, montrant qu’elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan. L’iconographie, pour traduire la dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enrichie à toutes les époques d’oeuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu’à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d’une couronne éclatante.

Les Pontifes Romains n’ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l’intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie : justifications théologiques. 

Comme Nous l’avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, Son père, et Il régnera dans la maison de Jacob éternellement et Son règne n’aura pas de fin » (Luc I, 32-33) ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » [36]. Il s’ensuit logiquement qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc raison d’écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-même peut-être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l’œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents. « Quelle pensée plus douce – écrivait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XI – pourrait Nous venir à l’esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s’en souviennent : « Vous n’avez pas été rachetés par l’or ou l’argent qui sont des biens corruptibles, … mais par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » [38]. Nous n’appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c’est « d’un grand prix » [39], que « le Christ nous a rachetés » [40].

Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » [41]. Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita » [42]. En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » [43].

De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à Lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, L’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n’ait sur tous, après son Fils, la primauté. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépassé de loin toute créature. Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi seule as bénéficié de par la volonté de Dieu ? » [47]. Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » [48]. Saint Jean Damascène ensuite en vient jusqu’à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et Sa Mère est infinie » [49].

Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d’une telle abondance de grâces qu’elle dépassait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d’heureuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » [50].

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l’excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l’action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de se Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un coeur maternel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX – que, traitant l’affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puissance de ses supplications, maternelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus [51]. À ce propos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d’un pouvoir « presque sans limites » [52] pour concéder des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » [53].

Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d’être soumis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dispose d’un pouvoir royal et brûle d’amour maternel.

Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d’une étroitesse d’esprit excessive quand il s’agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cause du bien infini qu’est Dieu » [54].

Du reste, sur ce point de la doctrine chrétienne comme en d’autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement » [55].

Quatrième partie : institution de la fête de Marie Reine et exhortation.

Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au dessus des chœurs angéliques » [56].

De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre – l’Église en recueillerait de grands fruits, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Coeur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’approchent donc avec une confiance plus grande qu’auparavant, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l’adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu’ils s’efforcent surtout de s’arracher à la servitude du péché et qu’ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d’une dévotion filiale, à la royauté d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que de grandes assemblées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n’importe quelle gemme soit l’objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce de blasphèmes impies, signe d’une âme corrompue, contre un nom qui brille d’une telle majesté et que la grâce maternelle rend vénérable ; qu’on n’ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.

Que tous s’efforcent selon leur condition de reproduire dans leur coeur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l’envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d’aider et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu’à présent restées impuissantes. Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied virginal, sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l’éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu’elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est due, pour qu’ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l’Évangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l’exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.

Nous pensons également que la Fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l’empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des événements inquiétants. N’est-Elle pas l’arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’alliance pacifique ? (Cf. Gen. IX, 13). « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l’ont tendu » (Eccl, XLIII, 12-13). Que quiconque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et personne ne doit se croire exempté de ce tribut de reconnaissance et d’amour – l’invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu’il respecte et défende la paix qui n’est ni injustice impunie ni licence effrénée, mais concorde bien ordonnée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; c’est à la conserver et à l’accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces voeux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout coeur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Armoiries de Pie XII

Notes :

  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens corona ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dogmatica, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes’ Werke, T. IX, p. 48 (ex catena Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nominibus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exstitit castitatis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter opera S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide orthodoxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De laudibus Mariae (inter opera Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De virginitate perpetua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199-200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeexcelsa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glorie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex liturgia Armenorum : in festo Assumptionis, hymnus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hymni ‘Akatistos (in ritu byzantino).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nostrae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sexti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide orthodoxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas primas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum septem dolorum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excellentia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus profecio A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597-598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem populi : A. S. S., XXVIII, 1895-1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903-1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani generis : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]
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