Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2021-78. « Notre Église est l’Église des saints ! »

Dimanche 26 décembre 2021,
Fête de Saint Etienne, protomartyr (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Voici le texte du prône que nous avons eu le bonheur d’entendre, hier, lors de la Messe solennelle du saint jour de Noël, dans notre Chapitre de Saint Remi – dont vous savez que je suis chanoine d’honneur -, et j’ai pensé qu’il vous serait agréable d’en bénéficier vous aussi.
Sainte et fervente octave de la Nativité !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

François Perrin 1634 - Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - Saint-Denis musée d'art et d'histoire

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus
(François Perrin [1590-1650], 1634 – Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis)

Etoiles

Prône pour la fête de la Nativité de Notre-Seigneur
- 25 décembre 2021 -
prononcé par Monsieur le Prévôt du Chapitre de Saint Remi
à la Messe solennelle du saint jour de Noël

Alors que cette fête demeure l’une des plus fréquentées en France-même, relevons que, si notre Chapitre ne travaille pas à proprement parler pour une paroisse, nous ne nous désintéressons aucunement du salut des âmes ; bien au contraire, en prenant nos distances, et presque de l’élan, nous les embrassons toutes. Car si travailler à sauver une âme est déjà une grande œuvre, qu’en sera-t-il de la conversion de toute un royaume ?

Mais au milieu des persécutions contre la liturgie traditionnelle et du délitement de notre Patrie, l’on nous reproche de ne pas nous affairer. Et comment mieux travailler et coopérer à la résistance et au redressement de l’Église catholique comme de l’État chrétien, sinon en étant bien fidèle à son devoir d’état ? Et celui d’un chanoine est d’être bien à sa place au chœur, portant la prière d’un peuple qui ne prie plus publiquement qu’à moins de 2% selon les sondages, de soigner la liturgie et de s’unir de cœur comme d’esprit aux paroles prononcées, tenant lieu ici-bas de Cour du Roi des rois, « car l’on ne se moque pas de Dieu » (Ga VI, 7). De son temps, la patronne des missions n’eut rien ne plus à cœur que de s’enfermer dans son couvent de Lisieux, d’y supporter ses sœurs et consœurs, d’y être malade et d’y mourir à 24 ans. Sa châsse est aujourd’hui portée en triomphe dans toutes les parties du monde. La petite Bernadette, après avoir eu l’insigne honneur de recevoir les apparitions de la Vierge Immaculée, se voit non pas chargée de mission pour prêcher des conférences comme le voudrait tout Catholique connecté du XXIe siècle, mais exfiltrer en Nivernais pour apprendre à obéir et à pâtir, car « beaucoup d’humiliations font un peu d’humilité ». Plus facile à dire qu’à appliquer, et surtout qu’à aimer : car nous en sommes encore bien loin, mais là était finalement la seconde mission de Sœur Marie-Bernarde, la première étant non pas de convaincre mais d’avertir M. son curé, Mgr Peyremale.

En ce jour de naissance de la France, en lequel la Sacrée Pénitencerie Apostolique accorde aux membres et fidèles de l’Ordre de saint Remi l’indulgence plénière, nous nous glorifions de contribuer à la fidélité du royaume très-chrétien à sa vocation. Et tandis que beaucoup de nos amis combattent activement, nous devons, tels les chapelains de sainte Jeanne d’Arc à deux pas du champ de bataille, chanter solennellement Office divin et Messe : le soin du Service divin est de bien plus grande importance que le maniement des armes, ferrées ou électroniques. Nous devons remplir autour du Christ Roi et de Son lieutenant le rôle que son frère le grand-prêtre Aaron et son beau-frère ou neveu Hour  jouèrent auprès de Moïse : en lui soutenant les bras tout le temps de la bataille contre les Amalécites. Grâce à nous en quelque sorte, osons-le, la France ne peut pas baisser les bras !

Et alors que l’eau salutaire coulait sur la peau du front de Clovis le Grand, s’accomplissaient pour les Francs les paroles de saint Paul entendues mardi en la fête de saint Thomas : « Désormais vous n’êtes donc plus des étrangers et des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des Saints, et membres de la famille de Dieu, puisque vous avez été édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, le Christ Jésus étant Lui-même la pierre angulaire. En Lui, tout l’édifice, bien coordonné, grandit pour être un temple saint dans le Seigneur. En Lui, vous aussi, vous entrez dans sa structure, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit-Saint » (Eph. II, 19-22).

En cette fête de la Nativité du Seigneur fait pour nous petit Enfant, citons encore, puisqu’il repose à quelques kilomètres d’ici, Georges Bernanos dans son Jeanne relapse et sainte (1934), comme le cher Père Thomas nous le conseille en ces jours d’épreuve :

« Notre Église est l’Église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine.

Notre Église est l’Église des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu’ils fussent des vieillards pleins d’expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l’enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d’Église ? Hé! Que font ici les gens d’Église ! Pourquoi veut-on qu’ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s’assure que le royaume du ciel s’emporte comme un siège à l’Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n’a pas fait l’Église pour la prospérité des saints, mais pour qu’elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d’honneur et de poésie. Qu’une autre Église montre ses saints ! La nôtre est l’Église des saints. A qui donneriez-vous à garder ce troupeau d’anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. […] Souhaiterait-on qu[e les Saints] eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? assaillis d’épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. [dixit]

Ils vécurent – les Saints –, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d’un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir, [nous donnant] la leçon de l’héroïsme et de l’honneur. Mais qui ne rougirait de s’arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ?

Notre Église est l’Église des saints. Tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n’est rien de lui-même, si la charité ne l’anime. Mais la médiocrité n’y cherche qu’une assurance solide contre les risques du divin. Qu’importe ! Le moindre petit garçon de nos catéchismes sait que la bénédiction de tous les homme d’Église ensemble n’apportera jamais la paix qu’aux âmes déjà prêtes à la recevoir, aux âmes de bonne volonté. Aucun rite ne dispense d’aimer.

Notre Église est l’Église des saints. Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d’une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l’inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. ‘Si nous sommes arrivés à ce point, écrivaient au pape les juges de Jeanne, que les devineresses vaticinant faussement au nom de Dieu, comme certaine femelle prise dans les limites du diocèse de Beauvais, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs et les docteurs, c’en est fait, la religion va périr, la foi s’écroule, l’Église est foulée aux pieds, l’iniquité de Satan dominera le monde !’ [l’on croirait entendre Caïphe et son Sanhédrin !], et voilà qu’un peu moins de cinq cents ans plus tard l’effigie de la devineresse est exposée à Saint-Pierre de Rome, il est vrai peinte en guerrière, sans tabard ni robe fendue !, et à cent pieds au-dessous d’elle, Jeanne aura pu voir un minuscule homme blanc, prosterné, qui était le pape lui-même.

Notre Église est l’Église des saints. Du Pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu’on ne trouve au calendrier qu’un très petit nombre d’abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien pensant, à gros ventre et à chaîne d’or, qui trouve que les saints courent trop vite, et souhaiterait d’entrer au paradis à petits pas, comme au banc d’œuvre, avec le curé son compère.

Notre Église est l’Église des saints. Nous respectons les services d’intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l’avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. […] Que d’autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent – dit le laïque Bernanos – : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l’héritage des saints ».

L’Ordre de saint Remi n’a pas d’autre but que d’inciter chacun à être pleinement et seulement à sa place, à son tour de guet ou d’hebdomadier, d’avant-garde de l’armée ou de sacrificateur.

« Car […] depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n’aient dû reprendre, est-il rien qu’ils ne puissent donner ? ».

Alors, Monsieur Bernanos, à nonante-sept ans de distance, lesdits chanoines et leurs petits clergeons vous pardonnent bien volontiers, car – ironie du sort – ce sont aujourd’hui ces mêmes chanoines séculiers ressuscités qui, espérant contre tout espérance, audacieux comme des enfants, avec la fraîcheur du zèle des amoureux, traités de fous tel Notre-Seigneur par Hérode Antipas, veulent être vos âmes privilégiées et jeunes humanités de surcroît. Ces paroles du saint Évangile résonnent de manière toute particulière et adaptée : « Les grands prêtres et les scribes L’accusaient avec force. Hérode Le traita avec mépris ainsi que ses hommes d’armes, se moqua de Lui et, après L’avoir revêtu d’un vêtement de couleur éclatante, il Le renvoya à Pilate. En ce jour-même, Hérode et Pilate devinrent amis, eux qui auparavant étaient en inimitié entre eux » (Luc. XXIII, 10-12).

La ressemblance des faits doit nous assurer que, tel le bienheureux Noël Pinot, le chemin que nous empruntons est surnaturellement le bon – j’ai couru sur la voie de Vos Commandements ! (Ps. CXVIII) – et qu’il nous mène, comme Jehanne, à une victoire inespérée au sens propre, mais dont les retombées temporelles seront immenses, centuplées par les grâces surnaturelles.

Soyons donc les imitateurs tant des pâtres que des mages, venons en jeunes chanoines adorer, dans les bras de la Sainte Famille, le plus grand trésor de l’univers, puisque nous avons là dans la Crèche les deux Rois et la Reine de notre Ordre. Et au cours de cette Messe, unissons-nous à la Messe célébrée il y a 1525 ans en l’église cathédrale Notre-Dame de Reims : c’était là aussi le début d’une magnifique aventure, que nous nous faisons forts, avec la divine grâce, de poursuivre ad multos annos.

« Une seule chose est nécessaire ». Avec la Magdeleine et tous les fils de saint Augustin, nous avons « choisi la meilleure part : elle ne nous sera pas enlevée » (Luc. X, 42). Ainsi soit-il.

Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - détail

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus – détail

2021-77. Le sectarisme et la cruelle impiété des promoteurs d’un concile gangrené par le modernisme ne nous effraient pas, ni ne peuvent entamer notre résolution et avoir raison de notre fidélité.

Lundi soir 20 décembre 2021,
Férie de la 4ème semaine de l’Avent 
et vigile de Saint Thomas.

La sainte messe catholique - Mysterium Fidei

nika

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A quelques jours des célébrations, si chères à nos âmes, de la Nativité de notre divin Rédempteur, il me serait vraiment agréable de ne vous écrire que des choses iréniques et exemptes de toutes ces luttes bien fatigantes – épuisantes même parfois – qu’il nous faut continument mener, chaque jour et à chaque heure du jour, contre les forces maléfiques déchaînées, dans le monde et dans l’Eglise.
Las ! ce ne sera pas le cas…

L’ennemi du salut du genre humain, menteur et homicide dès le commencement (cf. Joan. VIII, 44), ne nous veut point laisser en repos, et il se plaît spécialement à polluer des produits nauséabonds de sa haine et de sa méchanceté les fêtes de Notre-Dame les plus fécondes en fruits de sérénité intérieure et de paisible intimité avec notre Mère céleste, pour les remplir de trouble et d’amertume.
C’est ainsi qu’après avoir souillé la fête de Notre-Dame du Mont Carmel (16 juillet) par son ignoble « motu sordido » ordonnant l’éradication de la Sainte Messe latine traditionnelle, le grimaçant et perfide occupant du trône pontifical a aussi souillé la fête de l’Expectation de l’enfantement de la Bienheureuse Vierge (18 décembre) par la publication d’un texte de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements agissant en son nom, qui, sous couvert de réponses à des questions qui auraient été posées par des évêques, vient préciser quelques uns des moyens par lesquels il compte parvenir à ses fins.
Car, oui, ce ne sont là que quelques unes des manières de sa « sollicitude paternelle » (!!!) et de sa « miséricorde » (!!!).
Attendez de voir les ordres de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et sociétés de vie apostoliques à laquelle ont été livrés pieds et poings liés les instituts et communautés ex-Ecclesia Dei : il faudrait être d’une inconscience et d’une naïveté coupables pour compter sur la protection du droit propre qui leur a été accordé à leur fondation.
Que les responsables de ces « communautés traditionnelles unies à Rome » se souviennent très exactement des agissements des sbires de François contre la florissante congrégation des Franciscains de l’Immaculée, et qu’ils prennent conscience qu’ils sont désormais exposés à des procédés bien plus iniques et bien plus cruels, dans leurs apostolats et dans leurs maisons de formation.

Naïveté coupable, écrivai-je ci-dessus, parce qu’il n’est raisonnablement et surnaturellement pas possible d’envisager que ceux qui poursuivent aujourd’hui cette extirpation violente de la liturgie latine traditionnelle, sont animés par la quête de la justice, la recherche du salut des âmes et le bien de toute l’Eglise.
Sans doute y en aura-t-il pour me reprocher de faire des procès d’intention, mais les faits sont là et « contra factum non fit argumentum » [contre l’évidence du fait, on n’argumente pas] : je voudrais vraiment me tromper ; vous verrez que l’avenir – hélas ! – me donnera raison.

Messe clandestine du Bx Noël Pinot

Messe clandestine du Bienheureux Noël Pinot
(peinture murale de l’église du Louroux-Béconnais)

Il faut dire et redire que notre attachement indéfectible à la Sainte Messe latine traditionnelle n’est pas une question d’esthétique, ni une question de latin.
Il est motivé par notre défense de la foi catholique dans son intégrité, telle qu’elle a été définie et précisée contre les hérésies protestantes sur le Saint-Sacrifice de la Messe, l’Eucharistie et le sacerdoce, en particulier lors du concile de Trente ; et nonobstant les protestations des personnes sincèrement catholiques mais attachées à la célébration de la messe réformée à la suite du concile vaticandeux, nous affirmons que cette nouvelle liturgie (de par la volonté même du pape Montini) n’exprime plus avec autant de force et de clarté cette doctrine catholique pérenne, mais y a introduit des éléments propres à édulcorer la foi…
La preuve en est dans tous ces « catholiques pratiquants » interrogés lors de sondages récurrents, qui ne croient plus à la transubstantiation, qui ne trouvent dans la messe qu’une rencontre festive de partage fraternel, qui ne voient dans l’Hostie qu’ils reçoivent que du pain exprimant de façon purement symbolique la présence du Christ, qui ne font plus la différence entre une messe et une réunion de prière sans prêtre… etc. La liste des erreurs et hérésies affirmées tranquillement par ces « catholiques pratiquants », voire membre des « équipes d’animation liturgique », pourrait malheureusement être allongée de manière navrante.

Ce que François – habitué lui-même à célébrer avec de multiples et aberrantes fantaisies lorsqu’il était archevêque de Buenos-Aires ainsi qu’en témoignent plusieurs vidéos disponibles sur Internet – veut imposer, en imposant avec dureté la liturgie postconciliaire, c’est une foi « nouvelle », marquée par les idées modernistes dont cette liturgie réformée est le véhicule.
Ce que François veut éradiquer, en éradiquant la liturgie latine traditionnelle, c’est la foi catholique traditionnelle.

Plusieurs théologiens, ou prétendus tels, qui ont participé au concile vaticandeux l’ont eux-mêmes qualifié de « 1789 dans l’Eglise ».
Soyons-leur reconnaissants de cet aveu et filons la métaphore : l’entière soumission à ce concile est comparable en bien des points à l’acceptation de la Constitution civile du clergé (notons au passage que cette dernière s’est largement inspirée des erreurs jansénistes, lesquelles aboutirent, entre autres, à la prétention d’épurer le missel et le bréviaire pour les ramener à une « pureté primitive » idéalisée, de célébrer en langue vernaculaire, de simplifier le culte, de réduire ses manifestations extérieures – processions par exemple – et le culte des saints, de réformer la vie religieuse et de réduire les indulgences… Cela ne vous rappelle-t-il rien ?).
Bref ! De même qu’il y eut des réfractaires à l’odieuse et sacrilège Constitution civile du clergé, il y a eu et il y a encore aujourd’hui des réfractaires aux mesures destructrices de la foi induites par un concile vérolé… Et la « sollicitude paternelle » de François à leur encontre est tout-à-fait comparable à celle dont la miséricordieuse révolution régénératrice de l’homme s’est comportée envers ceux qui ont perpétué malgré tout, dans la clandestinité et dans l’exercice quotidien d’un héroïsme admirable, au péril de leur vie, la Tradition vivante de la Sainte Eglise.

Nous avons aujourd’hui besoin de tels réfractaires, de tels non-jureurs qui résistent aux ordres iniques et qui, jusqu’au sacrifice d’eux-mêmes, continuent aux âmes la dispensation de la foi catholique authentique à travers le culte liturgique authentique.
Quelles que soient les vexations endurées, et les sanctions encourues.
Oui, quelles qu’elles soient !

Bx Noël Pinot montant à l'échaffaud

Le Bienheureux Noël Pinot montant à l’échaffaud
(peinture murale de l’église du Louroux-Béconnais)

Depuis ses origines, le maintien de la Vérité révélée, à l’encontre des doctrines humaines ou le refus des compromissions avec elles, a valu à l’Eglise des persécutions.
Les diktats bergogliens ne sauraient nous intimider ou nous effrayer : nous avons pour nous, aujourd’hui, les vingt siècles d’expérience d’une Eglise qui a survécu aux dix persécutions des césars païens, qui a résisté à Julien l’Apostat, qui a tenu bon en face des hérésiarques lorsqu’ils prenaient le pouvoir, qui a fait front à de nombreux antipapes, qui ne s’est pas couchée devant le cimeterre des sectateurs de Mahomet, qui s’est relevée des atrocités que lui ont fait subir les princes apostats ayant embrassé les hérésies des pseudo réformateurs, qui s’est perpétuée malgré la sanglante grande révolution dite française, qui s’est conservée à travers les déchainements des bolcheviks, de Staline, d’Hitler, des rouges d’Espagne, de Mao, de Castro, d’Enver Hoxha, d’Hô Chi Minh, de Tito et de beaucoup d’autres…
Le sectarisme et la cruelle impiété des promoteurs d’un concile gangrené par le modernisme ne nous effraient pas, ni ne peuvent entamer notre résolution et avoir raison de notre fidélité.

Un de mes amis me demandait si François voulait nous enfermer dans des « réserves » comme on l’a fait aux Etats Unis pour les peuples indiens, et je lui ai répondu que ce stade était aujourd’hui dépassé.
Paul VI avait voulu faire disparaître la liturgie latine traditionnelle de la même manière que les colons anglo-saxons avaient voulu faire disparaître les peuples originels d’Amérique du Nord ; Jean Paul II, par le motu proprio « Ecclesia Dei afflicta », avait, lui, suspendu le massacre et ouvert ces « réserves d’indiens », dans des frontières bien circonscrites ; Benoît XVI avait enlevé les barbelés qui bouclaient le périmètre des réserves et permis qu’une certaine circulation pût se faire : ce fut « Summorum Pontificum ». François, lui, a décidé de supprimer drastiquement les réserves et d’envoyer leurs occupants en camps d’extermination, car il ne tend à rien moins qu’une « solution finale ».

Ne nous berçons donc pas d’illusions et si, véritablement, nous tenons à garder, pour le bien et le salut de nos âmes, les richesses spirituelles irremplaçables de la liturgie traditionnelle, sachons nous engager dans un combat qui demandera de la fermeté, de la détermination, du sang-froid, de la clairvoyance, de l’intelligence, de la sagacité, de la constance, de la générosité, de l’abnégation, de l’esprit de sacrifice, de l’habileté – et même de la ruse -, de la force morale, de la persévérance et beaucoup de courage !

J’ai moi-même connu, dans les années 1970-1980, les messes clandestines, célébrées dans des greniers ou des caves aménagés.
Je racontais à des amis, il y a quelques jours, comment encore dans les premières années de ce XXIème siècle, un prêtre ami avait dû aménager en chapelle de fortune une grange qui lui était prêtée, à moins de 100 m d’une église vide dont on lui refusait l’usage (lors même qu’il fût canoniquement en règle). Cette grange était si froide qu’un dimanche de janvier il avait été impossible de faire l’aspersion en début de Grand’Messe, parce que l’eau bénite avait gelée (malgré le sel), et que nous n’avions pas pu dégager le goupillon de sa gangue de « glace bénite » !
C’est vrai, retourner aux catacombes nous imposera des sacrifices et mortifiera nos habitudes de confort, mais ce sera pour le plus grand bien de nos âmes.
Les disciples ne sont pas au-dessus de leur divin Maître, que les méchants et les hommes au cœur dur ont contraint à naître dans l’inconfort et le froid d’une grotte étable ; nous pouvons bien nous organiser, avec nos bons prêtres que nous soutiendrons avec tout le dévouement et la discrétion nécessaires, pour recevoir encore et toujours Jésus dans l’intégrité des Sacrements célébrés selon l’usage traditionnel, quand de nouveaux méchants et hommes au cœur dur leur refusent les églises et l’usage du missel et du rituel antérieurs au concile vaticandeux, dont nul pourtant n’a le pouvoir de leur dénier le droit.

 Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Michaël Rieser - Découverte de l'étable

Saint Joseph découvre l’étable où la Vierge Marie pourra mettre au monde le Fils de Dieu
(peinture de Mickaël Rieser [1828-1905])

2021-76. « Venez, Lumière véritable ! »

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent.

Voici un court texte extrait des écrits spirituels de Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), higoumène du monastère de Saint-Mamas à Constantinople.
Il se présente comme une litanie de noms amoureusement attribués au Christ qui vient, exprime la ferveur de notre attente, et peut ainsi stimuler en nos âmes un désir plus ardent de l’avènement de notre divin Rédempteur.  

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - mosaïque de Sainte Sophie Constantinople

Mosaïque de la Très Sainte Mère de Dieu entre les empereurs Justinien 1er et Saint Constantin 1er le Grand
(mosaïque de la basilique Sainte Sophie – Constantinople)

Etoiles

Venez, Lumière véritable…

Venez, Lumière véritable ; venez, Vie éternelle ; venez, Mystère caché, Trésor ineffable, Action indicible !
Venez, Visage qu’on ne peut représenter, Charme inexprimable, Lumière qui ne connaît point de soir !
Venez, Espoir véritable des âmes qui cherchent le salut ; venez, Sauveur de ceux qui sont abattus ; venez, Résurrection des morts ; venez, Puissance qui crée, rénove et change tout par Sa propre volonté ; venez, Invisible, Insaisissable, Intouchable !
Venez, notre Vie éternelle ; venez, Couronne impérissable, Pourpre du grand Dieu, notre Dieu, Ceinture de cristal et de diamant !

Venez, Vous après qui ma pauvre âme soupire et languit ; venez, Solitaire, pour un solitaire ; venez à moi, Vous qui m’avez affranchi de ce monde et qui m’avez rendu solitaire ; venez, Vous qui êtes devenu mon désir et qui avez fait que j’aspire après Vous, l’Inaccessible !
Venez, mon souffle et ma vie ; venez, Consolation de mon âme pécheresse ; venez, ma joie, ma gloire, mon ravissement !

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - détail

La Très Saint Mère de Dieu
(détail de la mosaïque ci-dessus)

Etoiles

2021-75. Vraie et fausse obéissance dans l’Eglise.

Mercredi 15 décembre 2021,
Octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici) ;
Mercredi des Quatre-Temps d’hiver (cf. > ici).

Après le temps d’une paix relative qu’avait occasionnée le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, l’arrivée de François au Vatican, vous vous en souvenez, mes bien chers Amis, avait aussitôt suscité les plus vives inquiétudes…
Et effectivement, très rapidement (il n’est que de relire ce qui a été publié dans ce blogue depuis 2013), la Sainte Eglise Romaine est entrée par sa faute dans une période encore plus violente de troubles et d’effrayantes ténèbres.
Une nouvelle étape a été franchie, dans cette escalade de méchancetés et de haine contre tout ce qui est véritablement catholique, par la publication du « motu sordido » Traditionis custodes (comprenez : « les geôliers de la Tradition ») et, vraisemblablement dans les tout prochains jours, des décrets d’application vont être publiés par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, pour dévoiler de manière encore plus précise les plans destructeurs de l’actuel occupant du siège pontifical.

C’est une véritable persécution que François a décidée, et qu’il veut mener jusqu’au bout pour l’extinction totale de la célébration de la Sainte Messe selon les rites multiséculaires antérieurs aux réformes qui ont suivi le concile vaticandeux

Cette éradication programmée, nous ne le répèterons jamais assez, est – si on veut bien se donner la peine de comprendre les explications données par François lui-même dans son « motu sordido » ainsi que dans la lettre aux évêques qui l’accompagne – liée à la volonté d’enterrer la doctrine catholique traditionnelle, la doctrine catholique reçue des Apôtres, dont la liturgie dite, par simplification, tridentine est l’expression la plus sûre, contrairement au rite réformé – ce rite bâtard – voulu et imposé par Paul VI.

Il n’est plus temps de « prendre des gants » et d’user de circonvolutions diplomatiques polies avec ceux qui veulent notre mort spirituelle et notre anéantissement !
Il est illusoire et vain de tenter de faire appel à son « cœur paternel » et à sa « miséricorde » !
Il faut regarder les choses avec lucidité et, sans céder aux émotions superficielles, il convient de réagir à ces événements avec l’esprit authentique de l’Eglise dans sa Tradition multiséculaire pour agir en conséquence : lorsque quelqu’un vous déclare la guerre, il n’est pas indiqué de lui fourbir des armes et de se livrer à sa merci !
Nous n’avons pas à nous soumettre et à nous aplatir devant des personnes, mues par la haine de la foi catholique authentique qu’elles veulent changer et faire évoluer en conformité avec les doctrines du monde, et qui n’ont pour nous que des paroles traîtresses et des desseins pervers !

Il y a 45 ans – alors qu’au cours de « l’été chaud » 1976 il avait été déclaré « suspens a divinis » par Paul VI -, Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marcel Lefebvre, prononçait à Ecône un sermon, au cours de la Sainte Messe de la fête de l’Immaculée Conception (Messe au cours de laquelle les membres de la Fraternité Saint Pie X s’engagent, ou renouvellent leurs engagements), dans lequel il rappelait les principes catholiques de l’obéissance.
Puisque l’on ne se privera pas de nous accuser de désobéissance dans notre combat pour la liturgie latine traditionnelle, qui est un combat pour la foi catholique authentique, il m’a semblé bon et utile de publier ici la retranscription de ce sermon du 8 décembre 1976 qui n’a rien perdu de sa solidité doctrinale, de son actualité et de sa pertinence.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Nota bene :
La retranscription en caractères gras de certains passages est de notre initiative, afin de bien mettre en valeur les phrases les plus importantes de ce beau texte.

Annonciation -détail d'un vitrail de l'église Saint-Aignan à Chartres

L’Annonciation
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Aignan, à Chartres)

Mes bien chers frères,

Cette fête de l’Immaculée Conception, dont le dogme a été proclamé solennellement par le pape Pie IX en 1854, était confirmée ensuite, par la Sainte Vierge elle-même, à Bernadette, à Lourdes, en 1858.
Sans doute cette fête de l’Immaculée Conception est beaucoup plus ancienne que sa définition et précisément, la définition de ces dogmes, intervient toujours par les Souverains Pontifes, après que l’Église, dans sa tradition et sa foi, a montré d’une manière permanente, qu’elle croyait à cette Vérité que Notre Seigneur Jésus-Christ a révélée par ses apôtres.
Ainsi la vérité que nous fêtons aujourd’hui concernant l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie est une vérité contenue dans la Révélation, affirmée par conséquent par Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
Cette fête nous donne une grande leçon et particulièrement à vous, mes chers amis, qui dans quelques instants allez prononcer votre engagement pour la première fois, ou le renouveler, je pense que je dois attirer votre attention sur le fait que cet engagement vous demande de pratiquer d’une manière toute particulière et véritablement avec tout votre cœur, avec toute votre adhésion, la sainte vertu d’obéissance.

Et s’il est une vertu qui ressort de cette fête de l’Immaculée Conception, c’est précisément la vertu d’obéissance.
Pourquoi ?
Parce que ce qui nous fait perdre la grâce sanctifiante, ce qui nous fait perdre l’amitié de Dieu, c’est le péché d’Ève, de la mère de l’humanité.

Par son péché, par sa désobéissance, elle a entraîné après elle, toutes les âmes qui l’ont suivie. Depuis que ce péché de nos premiers parents est intervenu dans l’histoire de l’humanité, tous ceux qui naissent désormais, naissent avec le péché originel.
Sauf la Très Sainte Vierge Marie, exceptée la Très Sainte Vierge Marie.
Ainsi donc Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu. Dieu a voulu, que dans cette histoire de l’humanité, qui a été flétrie en quelque sorte par le péché de la désobéissance de la mère de l’humanité, que ce soit par une créature semblable, par notre Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie, que cette faute soit réparée.
Et si donc, c’est par une désobéissance qu’a commencé le péché dans l’humanité, c’est par l’obéissance de la Très Sainte Vierge Marie, que ce péché a été réparé.
Il y a donc là une antithèse admirable et qui a été voulue ou du moins permise par le Bon Dieu. Certes le Bon Dieu n’a pas voulu le péché, mais il a permis cette faute de l’humanité, comme le dit la liturgie du Samedi saint : felix culpa : heureuse faute, d’une certaine manière, dans un certain sens qui nous a mérité tant de grâces ; qui nous a mérité d’avoir au milieu de nous, le Fils de Dieu et qui nous a mérité d’avoir la Très Sainte Vierge Marie.

Et encore faudrait-il que nous profitions de cette leçon et de la grâce que nous offre la Très Sainte Vierge Marie. Leçon d’obéissance, grâce sanctifiante, elle qui est dite pleine de grâces.
Pourquoi est-elle pleine de grâces ?
Parce qu’elle a obéi, parce qu’elle s’est soumise à Dieu.
Et c’est cela précisément ce que nous devons avoir comme premier désir de nos existences.
La vertu d’obéissance est au cœur même de notre sanctification. Elle est au cœur de toute notre vie, de notre vie naturelle, de notre vie surnaturelle.
Il ne peut pas y avoir de véritable vie naturelle sans obéissance ; il ne peut y avoir de vraie vie surnaturelle sans l’obéissance.

Qu’est-ce donc que l’obéissance ? En quoi consiste-t-elle ?
Il me semble que l’on pourrait la définir comme la vertu de Dieu. Virtus Dei omnipotentis : La vertu de Dieu Tout-Puissant, s’infusant dans nos âmes, dans nos existences, dans notre volonté, dans notre intelligence, dans notre corps, cette vertu du Dieu Tout-Puissant.
Vertu qui est la force du Dieu Tout-Puissant s’inscrivant dans nos vies, dans notre vie quotidienne, dans nos existences. Parce que nous ne sommes rien, sans cette vertu du Dieu Tout-Puissant. Et cette vertu du Dieu Tout-Puissant, s’inscrit par les lois, par les commandements de Dieu, par les commandements de vie.
Aime ton Dieu ; aime ton prochain. Voilà ce que nous devons faire. Et c’est à cette condition que nous vivrons, que nous vivrons dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel.
Nous devons donc, avant tout, avoir le désir de voir cette vertu de Dieu, cette vertu naturelle et surnaturelle de Dieu s’infuser dans nos âmes et nous prendre tout entier ; tout ce que nous sommes. Ne rien faire échapper à cette toute-puissance de Dieu en nous ; nous soumettre entièrement à la grâce du Bon Dieu, à sa force, à sa vie. Voilà ce qu’est l’obéissance et voilà le fruit de l’obéissance.
La vie naturelle, la vie surnaturelle et par le fait même, la vie de la vision béatifique, la vie éternelle, tout est inscrit dans cette vertu d’obéissance.

Ceci doit être, mes chers amis, pour vous, pendant que vous prononcerez votre engagement, une disposition profonde de vos âmes : Je veux être obéissant toute ma vie, obéissant à Dieu ; me soumettre à ce désir de Dieu, de me voir vivre, de me communiquer sa vie en me communiquant sa Vérité, sa Vérité dans nos intelligences, par la lumière naturelle de notre raison, de notre intelligence, mais nous aussi et surtout par la lumière de la foi. Car ce n’est pas autre chose que la foi. C’est l’obéissance de nos intelligences à la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous donne sa Vérité, qui nous transmet sa Vérité.
Et cette Vérité est une source de vie. Elle sera pour vous une source de vie, une source de grâces. Alors soumettez pleinement vos intelligences et vos volontés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Demandez-le par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie. Demandez-lui qu’elle vous donne cette grâce ; qu’elle vous donne cette humilité, de vous soumettre entièrement à la Sainte volonté de Notre Seigneur. Elle vous en a montré l’exemple par son Fiat, par son humilité.
Quia respexit humilitatem meam ; quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Nous le chantons dans le Magnificat. C’est encore sa cousine Élisabeth qui lui dit : Et beata, quæ credidisti (Lc 1,45) : « Bienheureuse, parce que tu as eu la foi ».

La foi !
Et la foi n’est pas autre chose que l’obéissance de notre intelligence, que la soumission de nos intelligences à la Vérité révélée par l’autorité de Dieu.
Voilà ce que doit être votre obéissance.
Et par cette grâce d’obéissance, vous transformerez votre vie. Vos vies seront pleinement conformes à la volonté de Dieu.

Mais alors, évidemment, dans les circonstances dans lesquelles nous vivons, dans la confusion dans laquelle l’Église se trouve aujourd’hui, nous pouvons nous demander : Mais où est cette obéissance aujourd’hui ?
Comment se réalise, dans la Sainte Église, l’obéissance aujourd’hui ?

Eh bien, nous ne devons pas oublier, que la première de nos obéissances, notre obéissance fondamentale, notre obéissance radicale, notre obéissance doit être totale à Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu. Car c’est Lui qui nous demande notre obéissance ; c’est Lui qui nous demande notre soumission. Et le Bon Dieu a tout fait, pour que nous soyons éclairés dans notre obéissance.
Pendant deux mille ans d’existence de l’Église, la lumière a été donnée, donnée par la Révélation, par les apôtres, par les successeurs des apôtres, par Pierre, par les successeurs de Pierre. Et s’il est arrivé d’aventure, que quelque erreur se soit glissée ou quelques transmissions de la Vérité n’aient pas été faites exactement, l’Église l’a redressé. L’Église a eu le soin de nous transmettre la Vérité conforme à la Vérité de Dieu.

Et voici que par un mystère insondable de la Providence – la Providence permet que notre temps soit peut-être un temps unique dans l’Histoire de l’Église -, que ces vérités ne sont plus transmises avec la fidélité avec laquelle l’Église les a transmises pendant deux mille ans.
Ne recherchons même pas la cause : d’une certaine manière, ne recherchons pas la responsabilité de ces faits.
Mais ces faits sont là devant nous.
La Vérité qui était enseignée aux enfants, aux pauvres : Pauperes evangelizantur (Mt 11,5) : « Les pauvres sont évangélisés », disait Notre Seigneur aux envoyés de saint Jean Baptiste.
Eh bien, aujourd’hui, les pauvres ne sont plus évangélisés. On ne leur donne plus le pain, le pain que les enfants réclament, le vrai pain : le pain de vie.

On a transformé nos Sacrifices, nos sacrements, nos catéchismes et alors nous sommes stupéfaits ; nous sommes douloureusement surpris.
Que faire devant cette réalité angoissante, déchirante, écrasante ?
Garder la foi !
Obéir à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Obéir à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné pendant deux mille ans.
Dans un moment de terreur, dans un moment de confusion, dans un moment de désagrégation de l’Église, que devons-nous faire, sinon nous en tenir à ce que Jésus a enseigné et à ce que son Église nous a donné comme la Vérité pour toujours, définie pour toujours ?
On ne peut plus changer ce qui a été défini une fois pour toutes par les Souverains Pontifes, avec leur infaillibilité. Ce n’est plus changeable. Nous n’avons pas le droit de changer la Vérité qui est inscrite pour toujours dans nos livres saints. Car cette immutabilité de la Vérité correspond à l’immutabilité de Dieu. C’est une communication de l’immutabilité de Dieu à l’immutabilité de nos vérités.
Changer nos vérités, cela voudrait dire changer l’immutabilité de Dieu. Or nous le récitons tous les matins à Prime : Immotus in se permaneus : Dieu demeurant immuable en Lui-même comme tout le temps, demeurant jusqu’à la fin.
Alors nous devons donc nous attacher à cette vérité qui nous est enseignée d’une manière permanente et ne pas nous laisser troubler par le désordre que nous constatons aujourd’hui.
Et par conséquent, savoir à certains moments, ne pas obéir pour obéir.
Car c’est cela en définitive. Car cette vertu dont je vous parlais tout à l’heure du Dieu Tout-Puissant, le Bon Dieu a voulu qu’elle nous soit transmise d’une certaine manière, par les hommes qui participent à son autorité.

Mais dans la mesure où ses créatures ne sont pas fidèles à la transmission de cette vie, de cette vertu de Dieu, dans cette mesure là aussi, nous ne pouvons plus accepter leurs ordres et les obligations qu’ils nous imposent. Parce qu’obéir à des hommes qui transmettent d’une manière infidèle le message qui leur est donné, ce serait désobéir à Dieu. Ce serait désobéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors quand nous avons le choix : obéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou obéir au message des hommes, qui nous sont transmis par les hommes, dans la mesure où le message qui nous est transmis par les hommes correspond au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous n’avons aucun droit de ne pas leur obéir, jusqu’au dernier iota.
Mais dans la mesure où ces ordres, ou ces obligations qui nous sont donnés ne correspondent pas à ceux que Notre Seigneur Jésus-Christ nous donne, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
A ce moment-là, ces hommes ne remplissent pas la fonction pour laquelle ils ont reçu l’autorité que le Bon Dieu leur a donnée.
C’est pourquoi saint Paul disait lui-même : « Si un ange du Ciel ou nous-même dit-il – par conséquent si moi, Paul, disait saint Paul : Si un ange du Ciel ou moi-même Paul, je vous enseigne une vérité contraire à celles qui vous ont été enseignées primitivement, ne nous écoutez pas ».
C’est cela. Nous sommes devant cette réalité. Et je dirai moi-même bien volontiers, s’il m’arrivait à moi, de vous enseigner quelque chose qui soit contraire à ce que toute la Tradition de l’Église nous a enseigné, ne m’écoutez pas. À ce moment-là, vous avez le droit de ne pas m’obéir. Et vous avez le devoir de ne pas m’obéir, parce que je ne serais pas fidèle à la mission que le Bon Dieu m’a donnée.

Voilà ce que doit être notre obéissance : avant tout, obéir à Dieu !
C’est le seul moyen pour nous d’arriver à la vie éternelle. Car c’est cette obéissance qui commande la voie qui mène à la vie éternelle.
Et en cela nous suivons l’exemple de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a été l’obéissance même. Elle est l’exemple le plus parfait, le plus beau, le plus sublime de l’obéissance, contrairement à la désobéissance de la mère de l’humanité.

Alors demandons aujourd’hui, mes bien chers amis, à la Très Sainte Vierge Marie de nous enseigner cette obéissance, de nous la faire garder jusqu’à notre mort. Et de faire en sorte que les promesses que vous allez faire dans quelques instants, soient vraiment l’expression de ce que vous avez au plus profond de votre âme. Et si, dans ces prières, il m’a semblé souhaitable de mettre la belle prière que nous enseigne le Missel Romain, peu avant la consécration de l’Eucharistie : « Hanc igitur oblationem servitutis nostræ - Recevez, ô mon Dieu, l’oblation de notre obéissance, de notre esclavage - Hanc oblationem servitutis nostræ », c’est ce que vous allez réciter. Eh bien que tous les jours, si le Bon Dieu vous fait la grâce d’être prêtre, quand vous réciterez cette prière – et dès à présent quand vous la récitez avec le prêtre – renouvelez votre profession d’obéissance et d’esclavage envers Dieu et envers la très Sainte Vierge Marie.
Que ce soit là, aujourd’hui, la grâce que le Bon Dieu vous accorde.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

2021-74. Les apparitions de Notre-Dame de Miséricorde à Pellevoisin, en 1876.

Paroles de ND de Pellevoisin concernant la France

Au cours de l’année 1876, du 14 février au 8 décembre, la Très Sainte Mère de Dieu est apparue à quinze reprises à une pieuse femme : Estelle Faguette (1843-1929), dans sa chambre au rez-de-chaussée d’une maison située au chevet de l’église du village de Pellevoisin, en Berry, (dans l’actuel département de l’Indre).
Outre les éléments personnels qui jalonnent ces apparitions, le message qu’elles véhiculent a essentiellement trait à la prière et à la demande d’une plus insistante dévotion au Sacré-Cœur, en particulier par le port d’un scapulaire du Sacré-Cœur dont la Mère de Dieu va montrer le modèle.

Son Excellence Monseigneur Charles-Amable de La Tour d’Auvergne-Lauraguais (1826-1879), archevêque de Bourges, autorisa dès cette année-là que la chambre d’Estelle fût transformée en oratoire où l’on puisse célébrer la Sainte Messe et que l’on y plaçât une statue de la Très Sainte Vierge conforme à l’une des apparitions.
Le prélat autorisa aussi l’invocation « Notre-Dame de Pellevoisin, priez pour l’Eglise, priez pour la France » ; toutefois, et bien que cela consistât dans les faits à une reconnaissance des apparitions, il n’y eût pas de décret officiel de l’archevêché de Bourges pour les déclarer authentiques avec toute la solennité qu’y avaient mise les évêques de Grenoble pour La Salette, et de Tarbes pour Lourdes.

En outre, au printemps 1877, le Bienheureux pape Pie IX (1846–1878) approuva le projet d’une confrérie en l’honneur de Notre-Dame de Pellevoisin.
En 1893, les dominicaines construisirent un couvent attenant à la maison des apparitions pour animer le sanctuaire.
Le 4 avril 1900, la Sacrée Congrégation des Rites publia un décret approuvant le scapulaire du Sacré-Cœur ; puis le 22 décembre 1922, elle autorisa la célébration d’une messe votive de Notre-Dame de Miséricorde chaque 9 septembre dans l’église du village et à la chapelle des apparitions.
Tous ces faits, montrent que, malgré l’absence de décret épiscopal reconnaissant l’authenticité des apparitions, la Sainte Eglise catholique, au plus haut niveau, croit que c’est véritablement la Sainte Mère de Dieu qui s’est manifestée à Pellevoisin et qu’il faut accorder de l’importance au message qu’elle est venue y délivrer.

En 1983, Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges, reconnut le caractère miraculeux de la guérison d’Estelle, à la suite d’une enquête médicale et théologique.
En 1998, les dominicaines ont quitté le sanctuaire qui est confié depuis aux sœurs contemplatives de la Communauté Saint-Jean.

Pellevoisin - Maison des apparitions en 1876

Pellevoisin : la maison où eurent lieu les apparitions telle qu’elle se présentait en 1876,
et ci-dessous avec le couvent des dominicaines qui y fut adjoint en 1893.

Pellevoisin - maison des apparitions et couvent

Estelle Faguette est née le 12 septembre 1843 à Saint-Memmie, en Champagne (dans l’actuel département de la Marne) dans une famille extrêmement pauvre.
Très attirée par le service des pauvres et des malades, elle entre à 17 ans (en 1860) au noviciat des Augustines hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Paris.
Mais en 1863, une grave chute dans un escalier lui laisse des séquelles physiques qui ne lui permettent plus d’assurer normalement cette vocation d’hospitalière et la contraignent à renoncer à la vie religieuse. En 1865, elle entre au service de la comtesse Arthur de La Rochefoucauld. Dès lors, elle suit les allées et venues de sa maîtresse, entre Paris et le château de Poiriers (appelé aussi château de Montbel), à moins d’une lieue du village de Pellevoisin.

Pellevoisin - château de Poiriers

Le château de Poiriers, ou château de Montbel
(ce 8 décembre 2021)

En 1875, Estelle Faguette, qui a 32 ans, est atteinte d’une péritonite chronique devenue tuberculeuse qui a atteint l’estomac et les poumons.
Le 29 août 1875, le professeur Bucquoy, de la faculté de médecine de Paris, la déclare irrémédiablement perdue.
Quelques jours plus tard, Estelle écrit à la Très Sainte Vierge pour lui demander sa guérison, en invoquant surtout l’état d’extrême dénuement dans lequel se trouveront ses parents si elle vient à mourir ; puis elle demande à une amie de déposer cette lettre à l’intérieur de la petite réplique de la grotte de Notre-Dame de Lourdes que la famille de La Rochefoucauld a fait construire dans le parc du château de Montbel.
L’état de santé d’Estelle devenant extrême, elle est transportée auprès de ses parents, dans une maison construite au chevet de l’église de Pellevoisin.
Dans la journée du 14 février 1876, le médecin déclare qu’Estelle n’en a plus que pour quelques heures.

Estelle Faguette à l'époque des apparitions

Estelle Faguette après sa guérison
vers l’époque des apparitions

Première apparition :
Le lundi 14 février 1876
, Estelle est dans un état proche de la mort.
A une heure avancée de la soirée, alors qu’elle ne dort pas, elle aperçoit tout à coup au pied de son lit la face grimaçante du diable, mais immédiatement la Très Sainte Vierge Marie apparaît de l’autre côté du lit et dit au diable : « Que fais-tu là ? Ne vois-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? »
Le diable disparaît et la Vierge se tourne vers Estelle en disant : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille. Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire ».

Estelle demande comment faire et aussitôt, une plaque de marbre, comme un ex-voto, se dresse entre la Très Sainte Vierge et elle.
Estelle interroge à nouveau : « Mais ma bonne Mère, où faudra-t-il le faire poser ? Est-ce à Notre-Dame des Victoires, à Paris ou à Pellevoi.. ? » La Madone ne lui laisse même pas le temps d’achever le mot Pellevoisin : « A Notre-Dame des Victoires, ils ont bien assez de marques de ma puissance, alors qu’à Pellevoisin, il n’y a rien. Ils ont besoin de stimulant ».
Estelle promet de faire ce qu’elle peut pour la gloire de la Vierge Marie, qui dit encore : « Courage, mais je veux que tu tiennes ta promesse »

Deuxième apparition :
Le mardi 15 février,
 toujours de nuit, le diable se manifeste à nouveau, mais la Sainte Mère de Dieu apparaît presque en même temps que lui et dit à Estelle : « N’aie donc pas peur, je suis là. Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir, Il te laisse la vie. Tu seras guérie samedi ».
Estelle répond : « Mais ma Bonne Mère, si j’avais le choix, j’aimerais mieux mourir pendant que je suis bien préparée ».
Alors la Sainte Vierge dit en souriant : « Ingrate, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Qu’a-t-il donné à l’homme sur la terre de plus précieux que la vie ? En te rendant la vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances ; non, tu souffriras et tu ne seras pas exempte de peines. C’est ce qui fait le mérite de la vie. Si mon fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience. N’en perds pas le fruit par ton choix. Ne t’ai-je pas dit : S’il te rend la vie, tu publieras ma gloire ? Maintenant regardons le passé ».
En disant cela son visage devient un peu plus triste, mais toujours doux, puis elle disparaît sans rien ajouter.

Grotte de Lourdes du château de Montbel

Le site de la petite « grotte de Lourdes » du parc du château de Poiriers
dans laquelle Estelle avait fait déposer sa lettre de septembre 1875 à l’adresse de la Madone
(photo prise le 8 décembre 2021)

Troisième apparition :
Le mercredi matin 16 février
, Estelle toujours malade, raconte à l’abbé Salmon, curé de Pellevoisin, qu’elle a reçu la visite de la Vierge et affirme qu’elle sera guérie le samedi suivant. Le curé ne la croit et pense que c’est la fièvre qui la trouble.
Nouvelle visite de la Sainte Vierge pendant la nuit suivante : « Allons, du courage mon enfant. Tout ceci est passé ; tu as, par ta résignation, racheté ces fautes ». Et elle ajoute : « Je suis toute miséricordieuse et maîtresse de mon Fils. Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de mère, entre autres, cette petite lettre que tu m’as écrite, au mois de septembre. Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase : ‘Voyez la douleur de mes parents, si je venais à leur manquer. Ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez vous donc ce que vous avez souffert, quand Jésus votre fils fut étendu sur la Croix’. J’ai montré cette lettre à mon Fils ; tes parents ont besoin de toi. A l’avenir, tâche d’être fidèle. Ne perds pas les grâces qui te sont données, et publie ma gloire ».

Grotte de Lourdes dans le parc du château de Poiriers

La « grotte de Lourdes » du parc du château de Montbel
(photo prise le 8 décembre 2021)

Quatrième apparition :
Le vendredi 18 février 1876
, l’apparition reste silencieuse, Estelle se remémore les visions antérieures.
C’est seulement avant de disparaître que la Vierge Marie lui dit : « Tu publieras ma gloire. Fais tous tes efforts ».

Ex-voto d'Estelle dans l'église de Pellevoisin

L’ex-voto d’Estelle dans l’église de Pellevoisin
réalisé selon ce que la Très Sainte Vierge lui a montré

Cinquième apparition :
Le samedi 19 février
, la Vierge ne reste pas au pied du lit mais s’approche jusqu’au milieu de ses rideaux. La plaque de marbre est là, mais elle n’est plus tout blanche ; aux quatre coins se trouvent des boutons de roses d’or et en haut, un cœur d’or enflammé, avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive, selon la représentation classique du Cœur immaculé de Marie avec les mots : « J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière ».
Estelle réaffirme sa volonté de publier la gloire de la Très Sainte Vierge qui lui répond : « Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles ». Estelle demande si elle doit changer de position (c’est-à-dire d’état de vie, pour retourner à la vie religieuse) pour la servir.
La Madone lui répond : « On peut se sauver dans toutes les conditions. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire ».
Jusqu’alors les apparitions étaient en lien avec la guérison d’Estelle et sa vie personnelle, mais cette nuit-là s’opère un tournant : la Sainte Mère de Dieu va commencer à évoquer d’autres réalités en lien avec l’état de l’Eglise, puisque avec un visage triste elle déclare : « Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte communion, et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé d’autres choses. Je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses », puis reprenant son sourire : « Publie ma gloire. Mais avant d’en parler, tu attendras l’avis de ton confesseur et directeur. Tu auras des embûches. On te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle. Ne fais pas attention à tout cela. Sois moi fidèle, je t’aiderai ».
Dès que la vision est parti, Estelle souffre terriblement en particulier au cœur et au ventre, puis après un moment, tout se termine et se sent guérie, sauf du bras droit qui reste paralysé.
Le lendemain matin, dimanche 20 février, le curé arrive dès l’aube craignant de la trouver morte… Mais Estelle est vivante et guérie !
Sur son ordre, elle fait le signe de croix avec l’ancien bras paralysé. Elle annonce sa guérison aux religieuses qui entrent dans sa chambre, puis elle demande à manger.

Pellevoisin - chambre d'Estelle au temps des apparitions

Dessin représentant la disposition de la chambre d’Estelle
au moment des apparitions 

Sixième apparition :
Le samedi 
1er juillet, Estelle est en prière dans sa chambre mais, contrairement aux précédentes visions, elle n’est pas dans son lit et, de ce fait, elle peut voir la Vierge en entier, de la tête aux pieds.
L’apparition est habillée de blanc avec la robe serrée à la taille par un cordon, elle a les bras tendus vers le bas et de ses mains tombe comme de la pluie. Elle reste un moment silencieuse en souriant avant de dire : « Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines, mais je suis là », puis après un autre moment : « Courage, je reviendrai », avant de disparaître.

Septième apparition :
Le dimanche 
2 juilletEstelle est à genoux dans sa chambre et commence à réciter le Je vous salue Marie, elle n’a pas le temps d’achever sa prière que la Sainte Vierge est devant elle. Comme la veille, elle a une sorte de pluie qui tombe des mains, mais dans le fond qui l’environne se trouve une guirlande de roses qui forme comme une mandorle. Elle reste un moment comme cela puis croise les mains sur sa poitrine : « Tu as déjà publié ma gloire. Continue. Mon fils a aussi quelques âmes plus attachées. Son Cœur a tant d’amour pour le mien qu’Il ne peut refuser mes demandes. Par moi Il touchera les cœurs les plus endurcis ».
Estelle se rappelle alors que, dans la vision du 16 février, elle avait aperçu du papier et elle demande ce qu’il faut en faire.
Elle reçoit comme réponse qu’ « il servira à publier ces récits comme l’ont jugé plusieurs de mes serviteurs. Il y aura bien des contradictions, ne crains rien, sois calme ». Ensuite la voyante veut lui demander une marque de sa puissance et celle-ci répond : « Est-ce que ta guérison n’est pas une des plus grandes preuves de ma puissance ? Je suis venue particulièrement pour la conversion des pécheurs ».
Pendant que la Vierge parlait, Estelle réfléchissait à différentes manières de faire éclater sa puissance et l’apparition répondit : « On verra plus tard ». Elle reste encore un moment puis disparaît, la guirlande de roses reste après elle, et la clarté s’éteint doucement.

Huitième apparition :
Le lundi 
3 juillet, la nuit tombée, Estelle revoit la Sainte Mère de Dieu qui lui dit : « Je voudrais que tu sois encore plus calme. Je ne t’ai pas fixé l’heure à laquelle je devais revenir, ni le jour. Tu as besoin de te reposer, je ne resterai que quelques minutes. Je suis venue pour terminer la fête ».
Estelle ne comprend pas de quelle fête il s’agit. Le lendemain elle demande au curé qui lui répond que, ce 3 juillet, à Lourdes, a eu lieu le couronnement de la statue de Notre-Dame de Lourdes.

Pellevoisin - chambre des apparitions transformée en chapelle état ancien

La chambre des apparitions transformée en chapelle
ci-dessus état antérieur à la révolution liturgique du XXe siècle
ci-dessous dans son état actuel (photo prise le 8 décembre 2021)

Chapelle des apparitions

Après le 8 juillet, Estelle cesse d’habiter dans la chambre des apparitions et reprend son service de domestique au château de Poiriers.
Elle revient régulièrement prier dans la chambre où elle a eu les visites de la Madone.

Révélation du scapulaire du Sacré-Cœur

« J’aime cette dévotion » : 
Notre-Dame dévoile le scapulaire du Sacré-Cœur le 9 septembre 1876
(détail d’un vitrail de l’église paroissiale de Pellevoisin)

Neuvième apparition :
Le samedi 
9 septembre, Estelle finit de réciter son chapelet dans la chambre quand la Vierge apparaît et lui dit : « Tu t’es privée de ma visite le 15 août ; tu n’avais pas assez de calmeTu as bien le caractère du Français. Il veut tout savoir avant d’apprendre, et tout comprendre avant de savoir. Hier encore je serais venue ; tu en as été privée. J’attendais de toi cet acte de soumission et d’obéissance ».
Elle s’arrête de parler puis reprend : « Depuis longtemps les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient ».
En disant ces mots, elle soulève une petite pièce de laine qu’elle porte sur la poitrine : Estelle aperçoit le Sacré-Cœur représenté dessus et elle comprend qu’il s’agit d’un scapulaire.
En le soulevant la Mère de Dieu dit : « J’aime cette dévotion ».
Elle marque une pause puis reprend : « C’est ici que je serai honorée ».
A compter de ce moment, la Vierge portera toujours ce scapulaire lors de ses apparitions.

Dixième apparition :
Le lendemain est le dimanche 10 septembre, fête du Saint Nom de Marie, qui, à cette époque, est fixée au dimanche pendant l’octave de la Nativité de Marie. L’apparition ne dure que quelques instants. Dès qu’elle se montre, la Mère de Dieu dit en joignant les mains : « Qu’ils prient, je leur en montre l’exemple », puis elle disparaît. 

statue de la chapelle des apparitions

Onzième apparition :
Le vendredi 
15 septembre, Notre-Dame se montre à nouveau avec les bras tendus vers le bas et les gouttes de pluie qui ruissellent de ses mains. Elle reste longtemps sans rien dire. Enfin, elle tourne les yeux de tout les côtés puis s’adresse à la voyante : « Je te tiendrai compte des efforts que tu as faits pour avoir le calme. Ce n’est pas seulement pour toi que je le demande, mais aussi pour l’Église et pour la France. Dans l’Église, il n’y a pas ce calme que je désire ».
Elle soupire et remue la tête, en disant : « Il y a quelque chose ». Elle s’arrête sans dire ce qu’est ce « quelque chose », mais Estelle eut tout de suite l’intuition intérieure qu’il s’agissait de quelque discorde.
Puis la Madone reprit lentement : « Qu’ils prient et qu’ils aient confiance en moi ».
Ensuite la Vierge dit tristement : « Et la France ! Que n’ai-je pas fait pour elle ! Que d’avertissements, et pourtant, encore, elle refuse d’entendre ! Je ne peux plus retenir mon fils. La France souffrira ».
Elle s’arrête un instant et reprend : « Courage et confiance », puis comme Estelle pense intérieurement qu’on ne la croira pas, l’apparition répond : « J’ai payé d’avance ; tant pis pour ceux qui ne voudront pas te croire, ils reconnaîtront plus tard la vérité de mes paroles »

Mains de ND de Pellevoisin - gouttes d'eau

Douzième apparition :
Le mercredi 
1er novembre, fête de la Toussaint, pour la première fois l’apparition reste totalement silencieuse, regarde de tous côtés puis fixe la voyante avec beaucoup de bonté et s’en va.
Le curé se demande si c’est un signe de la fin des apparitions.

Treizième apparition :
Le dimanche 
5 novembre, Estelle se rend dans la chambre vers deux heures et demie de l’après-midi pour dire son chapelet, lorsqu’elle a fini, la Vierge Marie apparaît ; et comme Estelle pense qu’elle est indigne et que d’autres mériteraient davantage qu’elle de telles faveurs, l’Apparition la regarde et sourit en disant : « Je t’ai choisie ».
Elle s’arrête un moment et reprend : « Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire ». Puis, après un nouveau temps d’arrêt : « Courage, le temps de tes épreuves va commencer ».
Après ses mots, elle croise les mains sur sa poitrine et disparaît.

Quatorzième apparition :
Le samedi 
11 novembre, Estelle est dans la chapelle vers quatre heures de l’après-midi, elle récite son chapelet puis finit par un Souvenez-vous.
La Très Sainte Vierge apparaît alors.
Elle demeure un long moment silencieuse, puis dit : « Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui. Tu as travaillé pour moi », car Estelle avait confectionné un scapulaire. La Vierge sourit et ajoute : « Il faut en faire beaucoup d’autres ».
Elle s’arrête, reste assez longtemps silencieuse, puis devient un peu triste en disant : « Courage », et elle disparaît après avoir croisé les mains sur sa poitrine.

La Vierge au scapulaire

Quinzième apparition :
Le vendredi 
8 décembre, Estelle se rend à la chapelle après la messe de la fête de l’Immaculée Conception.
La Vierge apparaît avec sa guirlande de roses, comme au mois de juillet, et reste d’abord un moment sans rien dire. Lorsqu’elle prend la parole elle prononce ces mots : « Ma fille, rappelle toi mes paroles ».
Estelle repasse dans son esprit tout ce qu’elle a entendu depuis février, et l’Apparition continue : « Répète les souvent ; qu’elles te fortifient et te consolent dans tes épreuves. Tu ne me reverras plus ».

Estelle est attristée en entendant ces derniers mots, et demande : « Qu’est ce que je vais devenir sans vous, ma bonne mère ? ».
Elle reçoit alors comme réponse : « Je serai invisiblement près de toi ».
Estelle a alors une vision où des gens la menacent. En souriant la Vierge dit : « Tu n’as rien à craindre de ceux-ci. Je t’ai choisie pour publier ma gloire et répandre cette dévotion ». En disant cela, elle tient son scapulaire des deux mains.
Estelle lui demande alors : « Ma bonne Mère, si vous vouliez me donner ce scapulaire ? » L’apparition lui dit en souriant : « Lève toi et baise-le », ce que la voyante s’empresse de faire. La Vierge parle ensuite du scapulaire : « Tu iras toi-même trouver le prélat, et lui présenteras le modèle que tu as fait. Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager ».
En disant cela, la Vierge étend les mains d’où il tombe une pluie abondante et, dans chaque goutte, Estelle semble voir des mots comme piété, salut, confiance, conversion, santé. La vierge ajoute : « Ces grâces sont de mon Fils. Je les prends dans son Cœur. Il ne peut me refuser ». Alors Estelle lui dit : « Ma bonne Mère, que faudra-t-il mettre de l’autre côté de ce scapulaire ? » La sainte Vierge répond : « Je le réserve pour moi ; tu soumettras ma pensée, et l’Église décidera »,  et elle ajoute : « CourageSi le prélat ne pouvait t’accorder tes demandes et qu’il s’offre des difficultés, tu irais plus loin. Ne crains rien, je t’aiderai ». Puis la Madone disparaît.

Invocation à ND de Pellevoisin

2021-73. Saint Ambroise dont la vie et l’exemple apprirent à Saint Augustin à croire et à prêcher.

7 décembre,
Fête de Saint Ambroise de Milan, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Saint Ambroise par Matthias Stomer - Musée des Beaux-Arts de Bâle

Saint Ambroise
Tableau de Matthias Stomer (vers 1600 – vers 1650) au Musée des Beaux-Arts de Bâle

A l’occasion de la fête de Saint Ambroise, lisons ou relisons l’enseignement dispensé par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI qui, dans le cadre de ses catéchèses consacrées aux Pères et Docteurs de l’Eglise, a montré combien restait pérenne l’exemple du saint évêque de Milan qui nous enseigne à mettre notre vie en pleine cohérence avec les Saintes Ecritures.

Pour les augustiniens, Saint Ambroise occupe une place de choix en raison de l’importance qu’il eut dans l’itinéraire spirituel du jeune professeur de rhétorique africain qui vint à Milan écouter ses prédications et qui fut frappé par la cohérence de sa vie : c’est lui, enfin, qui lui administra le saint baptême dans la nuit du 24 au 25 avril 387.

Saint Augustin et Saint Ambroise - fra Filippo Lippi 1437 - accademia Albertina di Belle Arti Turin

Saint Augustin et Saint Ambroise
par Fra Filippo Lippi, vers 1437
(Académie Albertine des Beaux-Arts – Turin)

St-Esprit & Ste Bible

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion
de l’audience pontificale générale
du
mercredi 24 octobre 2007 :

Saint Ambroise

Chers frères et sœurs,

Le saint évêque Ambroise – dont je vous parlerai aujourd’hui – mourut à Milan dans la nuit du 3 au 4 avril 397. C’était l’aube du Samedi Saint. La veille, vers cinq heures de l’après-midi, il s’était mis à prier, étendu sur son lit, les bras ouverts en forme de croix. Il participait ainsi, au cours du solennel triduum pascal, à la mort et à la résurrection du Seigneur.
« Nous voyions ses lèvres bouger », atteste Paulin, le diacre fidèle qui, à l’invitation d’Augustin, écrivit sa Vie, « mais nous n’entendions pas sa voix ». Tout d’un coup, la situation parut se précipiter. Honoré, Evêque de Verceil, qui assistait Ambroise et qui se trouvait à l’étage supérieur, fut réveillé par une voix qui lui disait :  « Lève-toi, vite ! Ambroise va mourir… ». Honoré descendit en hâte – poursuit Paulin – « et présenta le Corps du Seigneur au saint. A peine l’eut-il pris et avalé, Ambroise rendit l’âme, emportant avec lui ce bon viatique. Ainsi, son âme, restaurée par la vertu de cette nourriture, jouit à présent de la compagnie des anges » (Vie 47).
En ce Vendredi Saint de l’an 397, les bras ouverts d’Ambroise mourant exprimaient sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. C’était sa dernière catéchèse :  dans le silence des mots, il parlait encore à travers le témoignage de sa vie.

Ambroise n’était pas vieux lorsqu’il mourut. Il n’avait même pas soixante ans, étant né vers 340 à Trèves, où son père était préfet des Gaules. Sa famille était chrétienne. A la mort de son père, sa mère le conduisit à Rome alors qu’il était encore jeune homme, et le prépara à la carrière civile, lui assurant une solide instruction rhétorique et juridique.
Vers 370, il fut envoyé gouverner les provinces de l’Emilie et de la Ligurie, son siège étant à Milan. C’est précisément en ce lieu que faisait rage la lutte entre les orthodoxes et les ariens, en particulier après la mort de l’évêque arien Auxence. Ambroise intervint pour pacifier les âmes des deux factions adverses, et son autorité fut telle que, bien que n’étant qu’un simple catéchumène, il fut acclamé évêque de Milan par le peuple.

Jusqu’à ce moment, Ambroise était le plus haut magistrat de l’Empire dans l’Italie du Nord.
Culturellement très préparé, mais tout aussi démuni en ce qui concerne l’approche des Ecritures, le nouvel évêque se mit à étudier avec ferveur. Il apprit à connaître et à commenter la Bible à partir des œuvres d’Origène, le maître incontesté de l’« école alexandrine ». De cette manière, Ambroise transféra dans le milieu latin la méditation des Ecritures commencée par Origène, en introduisant en Occident la pratique de la lectio divina.
La méthode de la lectio finit par guider toute la prédication et les écrits d’Ambroise, qui naissent précisément de l’écoute orante de la Parole de Dieu. Un célèbre préambule d’une catéchèse ambrosienne montre de façon remarquable comment le saint évêque appliquait l’Ancien Testament à la vie chrétienne :  « Lorsque nous lisions les histoires des Patriarches et les maximes des Proverbes, nous parlions chaque jour de morale – dit l’Evêque de Milan à ses catéchumènes et à ses néophytes – afin que, formés et instruits par ceux-ci, vous vous habituiez à entrer dans la vie des Pères et à suivre le chemin de l’obéissance aux préceptes divins » (Les mystères, 1, 1).
En d’autres termes, les néophytes et les catéchumènes, selon l’évêque, après avoir appris l’art de bien vivre, pouvaient désormais se considérer préparés aux grands mystères du Christ. Ainsi, la prédication d’Ambroise – qui représente le noyau fondamental de son immense œuvre littéraire – part de la lecture des Livres saints (« les Patriarches », c’est-à-dire les Livres historiques, et « les Proverbes », c’est-à-dire les Livres sapientiels), pour vivre conformément à la Révélation divine.

Il est évident que le témoignage personnel du prédicateur et le niveau d’exemplarité de la communauté chrétienne conditionnent l’efficacité de la prédication.
De ce point de vue, un passage des Confessions de saint Augustin est significatif. Il était venu à Milan comme professeur de rhétorique ; il était sceptique, non chrétien. Il cherchait, mais il n’était pas en mesure de trouver réellement la vérité chrétienne. Ce qui transforma le cœur du jeune rhéteur africain, sceptique et désespéré, et le poussa définitivement à la conversion, ne furent pas en premier lieu les belles homélies (bien qu’il les appréciât) d’Ambroise. Ce fut plutôt le témoignage de l’évêque et de son Eglise milanaise, qui priait et chantait, unie comme un seul corps. Une Eglise capable de résister aux violences de l’empereur et de sa mère, qui aux premiers jours de l’année 386, avaient recommencé à prétendre la réquisition d’un édifice de culte pour les cérémonies des ariens. Dans l’édifice qui devait être réquisitionné – raconte Augustin – « le peuple pieux priait, prêt à mourir avec son Evêque ». Ce témoignage des Confessions est précieux, car il signale que quelque chose se transformait dans le cœur d’Augustin, qui poursuit :  « Nous aussi, bien que spirituellement encore tièdes, nous participions à l’excitation du peuple tout entier » (Confessions 9, 7).

Augustin apprit à croire et à prêcher à partir de la vie et de l’exemple de l’évêque Ambroise.
Nous pouvons nous référer à un célèbre sermon de l’Africain, qui mérita d’être cité de nombreux siècles plus tard dans la constitution conciliaire Dei Verbum « C’est pourquoi – avertit en effet Dei Verbum au n. 25 – tous les clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de la Parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude approfondie, s’attacher aux Ecritures, de peur que l’un d’eux ne devienne « un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l’écouterait pas au-dedans de lui »".
Il avait appris précisément d’Ambroise cette « écoute au-dedans », cette assiduité dans la lecture des Saintes Ecritures, dans une attitude priante, de façon à accueillir réellement dans son cœur la Parole de Dieu et à l’assimiler.

Chers frères et sœurs, je voudrais vous proposer encore une sorte d’ »icône patristique », qui, interprétée à la lumière de ce que nous avons dit, représente efficacement « le cœur » de la doctrine ambrosienne.
Dans son sixième livre des Confessions, Augustin raconte sa rencontre avec Ambroise, une rencontre sans aucun doute d’une grande importance dans l’histoire de l’Eglise. Il écrit textuellement que, lorsqu’il se rendait chez l’évêque de Milan, il le trouvait régulièrement occupé par des multitudes de personnes chargées de problèmes, pour les nécessités desquelles il se prodiguait ; il y avait toujours une longue file qui attendait de pouvoir parler avec Ambroise, pour chercher auprès de lui le réconfort et l’espérance.
Lorsqu’Ambroise n’était pas avec eux, avec les personnes, (et cela ne se produisait que très rarement), il restaurait son corps avec la nourriture nécessaire, ou nourrissait son esprit avec des lectures.
Ici, Augustin s’émerveille, car Ambroise lisait l’Ecriture en gardant la bouche close, uniquement avec les yeux (cf. Confess. 6, 3). De fait, au cours des premiers siècles chrétiens la lecture était strictement conçue dans le but de la proclamation, et lire à haute voix facilitait également la compréhension de celui qui lisait. Le fait qu’Ambroise puisse parcourir les pages uniquement avec les yeux, révèle à un Augustin admiratif une capacité singulière de lecture et de familiarité avec les Ecritures. Et bien, dans cette « lecture du bout des lèvres », où le cœur s’applique à parvenir à la compréhension de la Parole de Dieu – voici « l’icône » dont nous parlons -, on peut entrevoir la méthode de la catéchèse ambrosienne :  c’est l’Ecriture elle-même, intimement assimilée, qui suggère les contenus à annoncer pour conduire à la conversion des cœurs.

Ainsi, selon le magistère d’Ambroise et d’Augustin, la catéchèse est inséparable du témoignage de la vie.
Ce que j’ai écrit dans l’Introduction au christianisme, à propos du théologien, peut aussi servir pour le catéchiste. Celui qui éduque à la foi ne peut pas risquer d’apparaître comme une sorte de clown, qui récite un rôle « par profession ». Il doit plutôt être – pour reprendre une image chère à Origène, écrivain particulièrement apprécié par Ambroise – comme le disciple bien-aimé, qui a posé sa tête sur le Cœur du Maître, et qui a appris là la façon de penser, de parler, d’agir.
Pour finir, le véritable disciple est celui qui annonce l’Evangile de la manière la plus crédible et efficace.

Comme l’Apôtre Jean, l’évêque Ambroise – qui ne se lassait jamais de répéter :  « Omnia Christus est nobis !; le Christ est tout pour nous ! » – demeure un authentique témoin du Seigneur. Avec ses paroles, pleines d’amour pour Jésus, nous concluons ainsi notre catéchèse :  « Omnia Christus est nobis ! Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin ; si la fièvre te brûle, il est la source ; si tu es opprimé par l’iniquité, il est la justice ; si tu as besoin d’aide, il est la force ; si tu crains la mort, il est la vie ; si tu désires le ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière… Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon :  bienheureux l’homme qui espère en lui ! » (De virginitate, 16, 99).

Plaçons nous aussi notre espérance dans le Christ. Nous serons ainsi bienheureux et nous vivrons en paix.

Saint Ambroise convertissant Théodose -Pierre Subleyras 1745

Saint Ambroise donnant l’absolution à Théodose le Grand
Tableau de Pierre-Hubert Subleyras (1699-1749)

2021-72. Du Bienheureux Jean de Ruysbroeck, surnommé Ruysbroeck l’admirable.

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jean de Ruysbroeck ;
Mémoire de Sainte Bibiane, vierge et martyre ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (cf. > ici).

Bienheureux Jean de Ruysbroeck

Image de dévotion éditée lors de la béatification (1er décembre 1908)
du Bienheureux Jean de Ruysbroeck par Saint Pie X.

frise

« Ruysbroeck est certainement l’un des plus grands mystiques,
mais il ne peut être compris que par des âmes avancées. »
Rd. Père Reginald Garrigou-Lagrange, O.P (1877 – 1964),
in « Les trois âges de la vie intérieure ».

La famille spirituelle augustinienne compte, dans ses branches multiples, de très nombreux mystiques authentiques, parmi lesquels le Bienheureux Jean de Ruysbroeck occupe une place suréminente, au point qu’il a été considéré comme un second Denys l’Aréopagite (expression employée par Denys le Chartreux), voire l’un des plus grands parmi les écrivains mystiques de la tradition chrétienne. Il a atteint lui-même les sommets de la contemplation, en même temps qu’il possédait la science théologique la plus rigoureuse, ainsi que le style le plus limpide pour l’exprimer avec une rigoureuse justesse et une fluidité poétique.

Jean, Jan dans la langue flamande, est né en 1293 dans un village du duché de Brabant situé sur la Senne, entre Bruxelles et Hal, qui portait autrefois le nom de Ruusbroec, selon la graphie ancienne, aujourd’hui orthographié Ruysbroeck.
Ruysbroeck, on l’a compris, n’est donc pas son patronyme. On ne sait d’ailleurs pas grand chose de sa famille : strictement rien au sujet de son père, et pas grand chose de plus de sa mère sinon qu’elle l’éleva dans une grande piété.
Dès l’âge de 11 ans, il quitta le toit maternel pour se mettre à l’école d’un chanoine de la collégiale des Saints Michel et Gudule, à Bruxelles, qui avait, semble-t-il une belle réputation de science et de piété : Maître Jean Hinckaert. Le jeune Jean éprouvait peu de goût pour les arts libéraux, mais il leur préférait la seule théologie. Sous la direction de Maître Hinckaert, il acquit une grande précision de langage et une très haute élévation doctrinale.
A l’âge de 24 ans, il fut ordonné prêtre et nommé chapelain de la collégiale Sainte-Gudule
.
Ainsi qu’il le raconta lui-même, au jour de son ordination il put voir sa pieuse mère délivrée du Purgatoire et entrer au Ciel.

A Sainte-Gudule, Ruysbroeck, le chanoine Hinckaert et Franco van Coudenberg, lui aussi chapelain de cette même église, étaient animés d’un commun désir de vie vertueuse.
C’est probablement de cette époque que datent ses premiers écrits, aussi bien que la lutte engagée contre Bloemardinne (ou Heilwige Bloemart)
, une béguine aux voies prétendument mystiques, mais dévoyées, qui avait une très forte influence et avait pris la tête de la secte « du libre esprit » vers 1307. Dans les traités de Ruysbroeck on retrouve souvent des allusions aux théories pernicieuses répandues alors par les faux mystiques.

Les trois amis trouvaient que la vie à Bruxelles était trop bruyante et, par ailleurs, ils souffraient de la façon dont l’office divin était célébré à Sainte-Gudule. Aussi, à l’instigation de Franco van Coudenberg, résolurent-ils de quitter Bruxelles et de se retirer dans la solitude.
Au milieu de la forêt de Soignes se trouvait un prieuré qui portait le nom de Groenendael (Viridis Vallis : la vallée verte). Un ermite occupait le prieuré mais, à la demande de Franco van Coudenberg, il consentit à aller fixer un peu plus loin sa cellule, au val désert de Boetendael, afin de faire place à Ruysbroeck et à ses compagnons.
C’est ainsi que, en 1343, Jean van Ruysbroeck, Franco van Coudenberg, Jean Hinckaert et le frère lai Jean van Leeuwen, surnommé « le bon cuisinier », formèrent une petite communauté : pendant près de sept années ils ne se soucièrent pas vraiment d’adopter une Règle de vie, se contentant de célébrer la liturgie avec une grande ferveur et beaucoup d’application, et de continuer leur vie d’étude et de contemplation. Toutefois, rejoints par d’autres clercs ou aspirants à la cléricature désireux de se mettre à leur école, ils durent penser à une organisation canonique ; c’est ainsi que, en 1350, ils revêtirent l’habit des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, et passèrent donc du clergé séculier au clergé régulier en faisant profession sous la Règle de Saint Augustin.
Cependant Maître Jean Hinckaert, qui était octogénaire et se sentait affaibli, estima qu’il ne lui était pas possible de devenir religieux ; il demeura à Groenendael à titre privé.

Ruysbroeck s’adonnait le plus qu’il était possible à la contemplation et l’influence divine s’empara de lui de plus en plus.
Lorsqu’il se sentait envahi par l’inspiration, il s’enfonçait dans la forêt et se mettait à écrire ce qui lui était donné d’expérimenter et de comprendre. Puis il revenait au monastère et faisait part à ses frères des enseignements merveilleux qu’il avait reçus. La plupart de ses écrits furent composés de cette manière, et, bien qu’il y eût parfois de longs intervalles entre deux passages, la composition n’en demeure pas moins ordonnée et suivie.

Tant que vécut Franco van Coudenberg, Ruysbroeck voulut lui demeurer soumis comme à son prévôt ; lui-même portait le titre de prieur. Mais son humilité ne pouvait empêcher sa renommée de s’étendre : les visites devenaient fréquentes à Groenendael, et le saint prieur avait ainsi l’occasion de faire participer les autres aux richesses spirituelles dont il était comblé.
Déjà de son vivant ses écrits se répandaient et de nombreux religieux, parmi lesquels de grands noms de la mystique rhénane, tels que Tauler ou Gérard Groot, venaient à Groenendael pour profiter des enseignements du prieur.

Jean de Ruysbroeck se prépara à la mort avec une grande sérénité : le 2 décembre 1381, il remit paisiblement son âme à Dieu. Il était âgé de 88 ans et avait soixante-quatre ans de sacerdoce.
Son corps, enseveli à Groenendael, y demeura jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, et, lors de la suppression du monastère, en 1783, fut transféré à la la collégiale Sainte-Gudule de Bruxelles.
Toutefois, d’après mes informations, il a disparu lors de l’occupation du Brabant par les troupes de la révolution française et des pillages et profanations auxquelles elles se livrèrent.

Après sa mort, certains théologiens, dont notre fameux Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris, émirent des doutes sur l’orthodoxie de la doctrine exposée par Jean de Ruysbroeck ; Bossuet, qui ne semble pas avoir lu directement Ruysbroeck mais seulement ce qu’en a cité Gerson, reprit les mêmes griefs. A l’inverse, depuis plus de six siècles, des théologiens les plus rigoureux ont défendu la théologie mystique du prieur de Groenendael et en ont démontré la parfaite orthodoxie : il est probable que les termes ou propositions incriminés sont dû à des problèmes de traduction (Ruysbroeck a écrit dans son dialecte flamand du XIVe siècle et non en latin). Ces soupcons d’hétérodoxie tombent désormais quand on sait que c’est le pape Saint Pie X qui béatifia Jean de Ruysbroeck, le 1er décembre 1908, après une procédure de près de 25 ans au cours de laquelle l’examen minutieux et rigoureux de ses écrits n’a retenu aucune ombre d’erreur.

Bienheureux Jean de Ruysbroeck - statue

Statue du Bienheureux Jean de Ruysbroeck
dans l’ancienne collégiale, aujourd’hui cathédrale, des Saints Michel et Gudule, à Bruxelles.

2021-71. Quelques réflexions à cœur ouvert sur le thème de la vocation (2ème partie), où l’on évoque les scandales provoqués par les mauvaises mœurs de certains ecclésiastiques.

30 novembre 2021,
Fête de Saint André le Protoclite, apôtre et martyr.

appel de St Pierre et St André

Appel définitif des Saints André et Simon-Pierre

Veníte post me, et fáciam vos fíeri piscatóres hóminum.
Venez à Ma suite, et Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. 

Il y a déjà de longs mois (cf. > ici), j’avais publié une première série de réflexions relatives à la question de la vocation – sacerdotale ou religieuse -, dans lesquelles j’avais insisté sur la distinction entre « l’attrait spirituel personnel » pour un état de vie particulier, et « la vocation » à strictement parler.
J’ai conscience que cette distinction présente des subtilités qui, malheureusement, échappent à bien des personnes, même dans la Sainte Eglise, et même parmi les clercs eux-mêmes, tant la formation reçue par une majorité de prêtres (et même d’évêques, puisque ceux-ci sont choisis parmi les prêtres) dans les séminaires autres que ceux qui ont gardé l’enseignement traditionnel, est d’une affligeantissime indigence intellectuelle et spirituelle.
Cela étant dit, je vous invite à lire ou à relire ce que j’écrivais alors et à y bien réfléchir (cf. > ici).

Les scandales liés aux problèmes de mœurs de certains membres du clergé catholique, qui ont été encore récemment mis en évidence, soit pour ce qui concerne les affaires de pédocriminalité, comme on les nomme aujourd’hui, soit pour ce qui concerne la révélation de relations amoureuses et sexuelles de tel ou tel ecclésiastique avec quelque autre « adulte consentant », font rarement, sauf là encore dans des organes de presse liés au mouvement traditionnel, l’objet d’analyses de fond.
L’attitude adoptée officiellement par la conférence des évêques et par la conférence des religieux manque singulièrement et de bon sens et d’esprit surnaturel.
Derrière les discours et les actes supposés exprimer une forme d’amende honorable et de pénitence, posés ces dernières semaines, on n’a pas du tout l’impression que se trouvent les véritables remises en question nécessaires, qui ne sont pas et ne pourront jamais être celles préconisées par un rapport présidé par un ami des Loges maçonniques (et grassement financé par les catholiques naïfs qui donnent encore au « denier de l’Eglise »), ni celles de ces pitoyables féministes modernichones auxquelles les médias se plaisent à donner audience alors qu’elles ne représentent pas grand chose, sinon leurs frustrations, la pauvreté de leur formation intellectuelle et spirituelle, leur manque de foi et leur fatuité.

A propos de l’attitude officielle de NN.SS. les Evêques définie lors de leur dernière assemblée plénière à Lourdes, au début de ce mois de novembre 2021, permettez-moi de vous livrer les réflexions que j’ai écrites « à chaud » après cette lamentable prise de parole de Son Excellence Monseigneur l’archevêque de Reims qui a reconnu une « responsabilité institutionnelle » dans les crimes et horreurs perpétrés par les clercs pédérastes :
« Qu’est ce donc qu’une « responsabilité institutionnelle » ???
Pour ce qui me concerne je ne reconnais en aucune manière que c’est l’Eglise qui est « responsable » !
Les coupables et les responsables sont certains prêtres, certains évêques, certains laïcs grenouillant dans le milieu ecclésiastique qui ont été infidèles aux exigences de leur vocation, ont commis des abus, se sont livrés à des choses condamnées par les commandements de Dieu (les 6ème et 9ème en particulier, puis le 8ème et le 5ème), se sont montrés complaisants envers les coupables ou complices en les couvrant ; mais il n’y a aucune « responsabilité institutionnelle » !
L’Eglise est sainte malgré les pécheurs qui la composent ici-bas.
L’Eglise est maîtresse de sainteté : elle enseigne la sainteté et en montre les voies.
L’Eglise est éducatrice des vertus, de la chasteté, de la pureté.
Les responsables sont des « hommes d’Eglise » qui ont été beaucoup trop « hommes d’Eglise » pour être de véritables « hommes de Dieu » !
L’Eglise est blessée et souillée par ces brebis et pasteurs galeux ; elle est leur victime : la victime de leurs turpitudes et de leurs silences, mais elle ne porte aucune responsabilité !»

Je ne veux en aucune manière minimiser ou édulcorer l’importance et la gravité des faits avérés.
Je le ferai d’autant moins qu’à titre personnel j’ai un certain nombre de cas précis et circonstanciés sur lesquels je peux apporter des témoignages aussi accablants qu’écœurants.
Ils ne prouvent qu’une chose : la faute personnelle de tel ou tel prêtre, religieux ou évêque, non une faute « institutionnelle » ou un vice inhérent à l’institution.
Ces ecclésiastiques qui ont fauté – tant ceux qui ont commis des actes abominables avec des enfants ou adolescents, et ceux qui ont péché contre les 6ème et 9ème commandements de Dieu avec des adultes, que leurs supérieurs qui ont fermé les yeux, refusé de se rendre à l’évidence, et ont couvert ces horreurs -, l’ont fait non pas par la faute de « l’institution », mais malgré elle et à l’encontre de ses enseignements et de ses pratiques traditionnelles.

Quel rapport avec la vocation me direz-vous ?
Quel rapport ont ces commentaires de notre sordide actualité avec le mystère de l’appel divin dont vous prétendez nous entretenir ?

Eh bien, justement, je veux ici rappeler que l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, et parfois même l’homme mûr qui éprouvent dans leur âme l’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse, puis dont la vocation est ensuite confirmée par l’Eglise dans l’appel aux saints ordres ou la profession religieuse, ne sont pas des appelés à la perversion sexuelle ni à une double vie ni à la dissimulation des vices.
Il en est de même pour la jeune fille ou la femme qui sont appelées à la vie religieuse : elles n’ont pas vocation à devenir des chipies, maniaques et retorses, aigries et acariâtres !
Je me souviens avec un certain effroi de cette religieuse à laquelle on avait demandé comment elle avait « eu la vocation » et dont la réponse avait été : « Bah ! Que voulez-vous, je n’étais ni désirable ni désirée… » Vous imaginez sans peine ce que pouvait être le rayonnement d’une telle sœur.

On n’entre pas dans la voie du sacerdoce ou dans la vie religieuse par frustration, par dépit amoureux, parce qu’on ne sait pas trop quoi faire d’autre dans la vie, parce qu’on est moche (« ni désirable ni désirée » !!!) ou parce qu’on n’a pas envie d’être dérangé par un conjoint et des mioches !

L’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse et la vocation sont prioritairement une question de relation personnelle avec le Christ Jésus Notre-Seigneur, relation qui est d’abord et par essence de l’ordre de l’amour.
On peut véritablement dire que la réponse à l’appel du divin Rédempteur est fondamentalement, essentiellement, prioritairement, une réponse amoureuse.
De ce point de vue-là on peut établir une analogie entre la relation amoureuse qui va lier l’un à l’autre un jeune homme et une jeune fille au point de les faire s’engager l’un envers l’autre de manière forte et pérenne pour la construction d’un foyer, et la relation entre une âme et le Christ qui suscite la vocation.
Sauf que l’on ne se trouve plus ici à un niveau humain et naturel, mais que cette union amoureuse appartient à un ordre purement surnaturel, pour une participation plus grande au salut et à la sanctification des âmes, dans une forme véritable de maternité et de paternité spirituelles.

L’épître (Rom. X, 10-18) et l’Evangile (Matth. IV, 18-22) de cette fête de Saint André le Protoclite (c’est-à-dire le premier appelé, puisqu’en effet il est le premier des apôtres à avoir entendu l’appel personnel de Notre-Seigneur et y avoir répondu), doivent être lus avec un regard contemplatif posé avec admiration et gratitude sur l’amour particulier du Christ notre Sauveur et Maître envers une âme particulière ; une âme qui, touchée par cet amour, s’ouvre et se livre à lui de façon entière et définitive pour épouser le Christ de manière exclusive, et pour se donner entièrement à l’œuvre rédemptrice et sanctificatrice de cet Epoux divin.
Et cela s’accomplit dans et par l’Eglise, institution fondée par le Christ Lui-même, institution établie dans la sainteté, et non structure de péché et de dépravation.

Une première conclusion s’impose au terme de ces réflexions, qui sont loin d’être exhaustives et appellent bien d’autres développements : si des prêtres et des religieux trahissent les engagements solennels, garantis et sanctifiés par l’Eglise, qu’ils ont prononcés au pied des autels, leur faute est en tous points analogue à l’adultère, mais d’une manière infiniment plus grave puisqu’elle est du domaine du sacrilège, et qu’à ce titre elle doit être jugée et sanctionnée avec toute la rigueur qui revient aux sacrilèges.

Ma deuxième conclusion, pour aujourd’hui du moins, est qu’il convient avec la plus extrême vigilance, que les parents, éducateurs, responsables ecclésiastiques, formateurs, conseillers et directeurs spirituels, qui ont affaire avec des personnes manifestant les signes d’une vocation – qu’elle soit sacerdotale ou religieuse -, s’assurent que non seulement elles en aient les aptitudes physiques, morales et intellectuelles, mais en outre qu’elles soient véritablement mues par l’amour de Notre-Seigneur, un amour surnaturel profond, ce qui n’a rien avoir avec une « pieuse » sentimentalité, et qui soit capable de sacrifices puisque l’amour du Christ Notre-Seigneur ne peut aller sans le renoncement à soi et l’embrassement de Sa Sainte Croix.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

à suivre…

Carlo Dolci, martyre de Saint André - 1646 - Palazzo Pitti Florence

 « O bonne croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur !
Croix, longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche,
et enfin préparée à mes ardents désirs,
retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon Maître,
afin que par toi me reçoive Celui qui par toi m’a racheté. »
(paroles de Saint André à la vue de la croix de son supplice)

Carlo Dolci : martyre de Saint André (1646)
Palazzo Pitti – Florence

nika

2021-70. Du drapeau de la révolution qui ne peut en aucune manière être le nôtre.

27 novembre,
Fête de la manifestation de la médaille miraculeuse (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Catherine Labouré, vierge (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM le Roi Clovis 1er le Grand (27 novembre 511 – cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM la Reine Blanche de Castille (27 novembre 1252).

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac Joseph-Paul Blanc 1880 - basilique de Ste Geneviève Paris

« Ô Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant,
Toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger,
et accordes la victoire à ceux qui espèrent en Toi,

je sollicite avec dévotion la gloire de Ton assistance :
si Tu m’accordes la victoire sur ces ennemis,
et si j’expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à Ton Nom déclare avoir prouvé qu’elle venait de Toi,
je croirai en Toi, et me ferai baptiser en Ton Nom ».

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac
(peinture murale de Joseph-Paul Blanc à la basilique de Sainte Geneviève – profanée en « panthéon »- à Paris)

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A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Clovis ce 27 novembre, et dans la continuité tant du texte du Rd Père Thomas publié ce 25 novembre (cf. > ici) que de celui relatif à la légende du blason fleurdelysé de nos Rois que nous avions publié en 2015 (cf. > ici) , je vous invite à lire mes réflexions au sujet du drapeau de la révolution :

Il y a quelques jours de cela, certains se sont émus et sont montés au créneau, sur les réseaux sociaux, après que la presse a révélé que le locataire (qui d’ailleurs ne paye pas de loyer) de l’hôtel d’Evreux, rebaptisé « palais de l’Elysée », a fait modifier la teinte bleue du « drapeau de la république ». Tout un chacun a pu apprendre à cette occasion que Monsieur Valéry Giscard, dit d’Estaing, avait, en son temps, éclairci cette teinte bleue pour la rendre identique à celle du drapeau européen : qui s’en souvenait ?
Bref ! Monsieur Emmanuel Macron, lui, a voulu revenir à la couleur « d’origine » : celle de la grande révolution. 

Je ne sais pas (parce que je ne perds pas de temps à les lire) quelles ont été les réactions dans les milieux républicains. C’est d’ailleurs sans intérêt.

En revanche, j’ai assisté de loin à des joutes assez surréalistes dans des espaces où s’expriment des royalistes légitimistes.
Surréalistes, parce que des personnes, qui se prétendent monarchistes et se déclarent en faveur de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ont exprimé à cette occasion une forme d’attachement à peine croyable pour le drapeau tricolore.
Quelle que soit la nuance de son bleu, ce drapeau est dans son essence le drapeau de la révolution, le drapeau de l’opposition farouche et fanatique à la monarchie capétienne traditionnelle, à la royauté de droit divin, à la Couronne des Lys.

L’argument principal de ceux qui manifestent un attachement quasi viscéral au drapeau tricolore réside dans le fait que nos ancêtres qui, pendant deux siècles, se sont battus pour la France, voire sont morts pour elle, l’ont fait sous ses couleurs.
Certains semblent même vouloir reprendre les accents de Lamartine, lors de cet épisode magnifié jadis par les livres scolaires de la troisième république, où, pendant la révolution parisienne de 1848, il avait défendu le drapeau tricolore contre le drapeau rouge que voulaient imposer certains : « Conservons avec respect, citoyens, le drapeau tricolore qui a fait le tour du monde avec la République et l’Europe, avec nos libertés et nos gloires ! » Mon vieil instituteur de « la laïque » avait des trémolos à la Malraux dans la voix et presque des larmes dans les yeux lorsqu’il nous lisait cela, quand j’étais au Cours Moyen.

Certes, nous devons un immense respect à ceux qui ont combattu et qui sont tombés pour la défense de la Patrie, nous avons le devoir (qui découle du quatrième commandement de Dieu) de garder avec reconnaissance la mémoire de leurs sacrifices et de leur héroïsme, mais il ne faut pas exagérer non plus : si, par la force des choses, ils combattaient sous ce drapeau, le nombre de ceux qui combattaient vraiment pour lui est très minoritaire, malgré l’endoctrinement républicain qui a toujours œuvré pour que l’on confondît la « patrie réelle » avec le système républicain.
L’écrasante majorité de nos ancêtres s’est battue pour la France, pour la terre – au sens le plus physique et réaliste – que nous tenons de nos pères, pour la défense de leurs foyers et de leurs familles, pour la liberté et la prospérité des leurs.
Mais bien peu l’ont fait par idéologie et pour une abstraction politique.
Alors oui, pendant environ deux siècles, des Français se sont battus, certains jusqu’à la mort, sous ce drapeau, mais pendant bien davantage de siècles auparavant nos ancêtres ont combattu pour la France sous d’autres étendards.
Pourquoi ne faudrait-il se souvenir que de ces couleurs-là et les sacraliser au nom du sang versé sous elles, pour les opposer, au point de les enfouir à jamais dans les oubliettes de la mémoire, aux drapeaux de notre Royauté multiséculaire ?
L’argument – d’ordre essentiellement affectif et sentimental en définitive – tiré de l’honneur rendu aux héros français tombés au champ d’honneur pendant les guerres de la république n’en est pas un.
Il faut d’ailleurs se souvenir que de toutes les guerres survenues depuis la grande révolution, la France seule n’en a jamais gagné qu’une : la conquête de la Barbarie, terres qui allaient devenir l’Algérie, qui fut menée sous le drapeau blanc.
Toutes les autres guerres, à commencer par cette grande guerre contre tous les pays d’Europe qui va de 1792 à 1815 (car ce n’est qu’une unique guerre initiée par les tribuns de l’instauration de la Terreur, et continuée par le Buonaparte, qui a vu certes quelques batailles remarquables sur le plan stratégique au point qu’on les a nommées « victoires », mais qui n’en furent pas véritablement puisqu’elles ne faisaient que provoquer le rebondissement des hostilités), oui TOUTES, n’ont jamais pu être gagnées par la France seule : les victoires françaises des XIXème et XXème siècles n’ont pu avoir lieu qu’avec le soutien ou le secours de puissances extérieures.
Voilà bien de quoi relativiser la gloire prétendument attachée au drapeau de la révolution !

Fidèles aux recommandations du Comte de Chambord – notre cher Henri V -, les Légitimistes s’attachent aux principes davantage qu’aux frissons épidermiques d’un romantisme qui fait vibrer de manière sentimentale, quand cela lui convient, la fibre patriotique.
Ils ne peuvent considérer que le drapeau de la Terreur et de la révolution a gagné des « lettres de noblesse » (il ne manquerait plus que cela !) du seul fait que le sang français a été répandu sous lui, et bien souvent à cause de lui, puisque les principes de la révolution qu’il représente ont été les ennemis de la paix de l’Europe et du monde. Il n’est pour s’en convaincre qu’à se souvenir que Georges Clémenceau a refusé, par pure idéologie, toutes les propositions de paix qui furent faites à la France en 1917, au mépris absolu des souffrances et du sang des jeunes Français ; ce n’était en effet pas la paix qu’il recherchait, mais l’anéantissement de la dernière grande puissance catholique en Europe : l’empire des Habsbourg.
Le drapeau tricolore sera toujours le drapeau de la révolution : le drapeau de la révolution devenue institution dans la république, le drapeau de la haine de l’ordre social chrétien, le drapeau du rejet du droit divin, le drapeau qui incarne les « droits » de l’homme qui conteste les droits et les lois de Dieu.

C’est ce drapeau tricolore qui, d’abord sous forme de cocarde, a signifié, dès le lendemain de la prétendue « prise » de la Bastille, l’affaiblissement et la prise en otage du pouvoir royal ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la sacrilège messe de la fête de la fédération ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la spoliation des biens de l’Eglise puis aux milliers de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie et aux innombrables profanations et destructions des saintes reliques, des statues les plus vénérables de la Très Sainte Mère de Dieu et des saints ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au procès du Roi sacré, à ses humiliations et à son assassinat ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à des milliers d’exécutions de bons Français fidèles à Dieu et au Roi dans tout le Royaume ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux abominations du procès et de l’assassinat de la Reine ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’abrutissement du petit Roi martyr dans les horreurs de sa claustration avilissante ; c’est ce drapeau tricolore  qui a présidé à l’écrasement de la Vendée dans le sang, et qui a présidé à la mort ou aux exécutions de nos véritables héros : Cathelineau, La Rochejaquelein, d’Elbée, Charrette, Stofflet et tous les autres ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la persécution contre le pape, à l’enlèvement, à l’emprisonnement et aux funérailles civiles de Pie VI, aux destructions d’églises dans la Ville Eternelle, puis à la captivité de Pie VII et aux persécutions contre le Sacré Collège ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au pillage des œuvres d’art dans toute l’Europe et au-delà ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux près de quinze années de la tyrannie sanguinaire de l’ogre corse qui a dévoré la jeunesse de France ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la perfide usurpation orléaneuse de 1830 ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux expulsions des congrégations religieuses et à la laïcisation de l’enseignement, puis à l’apostasie officielle de la France et à la spoliation des édifices du culte ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’envoi au casse-pipe des jeunes hommes de nos campagnes qui ne s’en sont jamais relevées ; ce sont ces trois couleurs qui ont protégé et couvert de honteuses transactions financières occultes et de sordides alliances au profit de la finance internationale… etc.
La liste ne peut être exhaustive, et elle s’allongera toujours tant que ce drapeau tricolore, symbole de la révolution et de ses principes, flottera.

Alors qu’est donc la pseudo gloire des champs de bataille d’un pays abâtardi par la révolution, au regard de tant de méfaits et d’horreurs ?
Nous avons, nous, la chape de Saint Martin, l’oriflamme de Saint-Denis, l’étendard de Charlemagne, la bannière fleurdelysée de Bouvines, les fanions portant les blasons de nos provinces, les enseignes des corps constitués dans un régime d’ordre et de droit, le pavillon de Saint Louis, l’étendard de Jeanne la Pucelle, le pennon de Messire Duguesclin, le panache blanc d’Henri IV, les enseignes des grands maréchaux de Louis XIV, le guidon de Louis XV à Fontenoy, les bannières paroissiales des Vendéens, le drapeau blanc d’Henri V, et – au dessus de tous – la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ dont le Roi de France est le lieu-tenant au Royaume des Lys : « In hoc signo vinces » !  

grandes armes de France

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