Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

Recette du Mesnil-Marie : Gâteau de pommes de terre aux amandes.

Ingrédients gâteau pommes de terre

Une personne me demande si j’ai renoncé à publier des recettes… Non, ce n’est pas le cas, mais il est vrai que cela dépend des opportunités.
Eh bien ! justement, en voici une : une de nos amies est venue la semaine dernière à la Veillée Culture & Patrimoine avec un succulent gâteau aux pommes de terre qui a remporté des suffrages unanimes.
Alors, avant l’arrivée du Carême, je vous en recopie la recette, telle qu’elle me l’a confiée :

Ingrédients :

Pour 8 personnes :

  • 300 g de pommes de terre à chair ferme (de type Charlotte, Belle de Fontenay, Chérie – celles qui sont sur la photo ci-dessus – ou Pompadour)
  • 100 g de beurre + 20 g
  • 3 œufs
  • 150 g de sucre en poudre (maxi) + 20 g
  • 120 g de poudre d’amandes
  • Le zeste d’un citron (ou écorces d’orange ou autre parfum)
  • 1 cuillère à soupe de rhum (facultatif)
  • 2 cuillères à soupe de farine pour le moule
  • 1 pincée de sel fin

Préparation :

- Préchauffez le four à 150 °C (th. 5).
- Lavez les pommes de terre, ne pas les éplucher. Faites-les cuire dans une casserole d’eau froide non salée 15 à 20 minutes à partir de l’ébullition.
- Égouttez-les, épluchez-les, passez-les au moulin à légumes, grille fine, pour obtenir une purée.
- Ajoutez 100 g de beurre coupés en petits morceaux, les jaunes d’œufs, la poudre d’amandes, 150 g de sucre en poudre, le zeste râpé du citron et le rhum. Mélangez l’ensemble pour obtenir une pâte onctueuse à laquelle vous ajouterez les blancs d’œufs fouettés en neige ferme avec une pincée de sel.
- Beurrez un moule à charlotte avec le beurre restant, puis farinez-le légèrement.
- Versez la préparation dans le moule.
- Saupoudrez le dessus du gâteau avec les 20 g de sucre restants.
- Enfournez pour 45 minutes. Vérifiez la cuisson avec une aiguille à brider qui doit ressortir sèche.
- Démoulez le gâteau sur une grille.
- Servez froid avec une compote de fruits, une mousse au chocolat ou une crème anglaise.

"Le chat gourmand"

Bon appétit !

Publié dans:Recettes du Mesnil-Marie |on 22 février, 2014 |Pas de commentaires »

2014-26. Quand la barque de l’Eglise est ballotée par la tempête et secouée par les épreuves…

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la barque dans la tempête
(Matth. XIV, 24-33)

la Navicella mosaïque d'après Giotto Vatican

La « Navicella » : mosaïque du narthex de la basilique vaticane, d’après Giotto.

Le 22 février, la fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche est une occasion très particulière qui nous est offerte de prier pour l’Eglise.

Afin de nourrir votre prière, votre réflexion et votre méditation, je vous propose, ci-dessous, un long mais très remarquable sermon dans lequel notre glorieux Père Saint Augustin commente le passage évangélique de barque des apôtres aux prises avec la tempête sur le lac (Matth. XIX, 24-33). 

On peut véritablement affirmer que ce sermon du grand évêque d’Hippone est revêtu d’un caractère prophétique : en s’attachant, en effet, à montrer de quelle manière cette péricope évangélique est annonciatrice des épreuves et des combats de l’Eglise dans le monde jusqu’à la fin des temps, Saint Augustin n’énonce pas seulement des vérités qui sont pour tous les temps, mais aussi des leçons fortes qui sont pour notre temps, le temps actuel de l’Eglise.

La dénonciation de l’hérésie négatrice de l’Incarnation du Verbe de Dieu n’est pas pour la seule époque où Saint Augustin devait combattre les manichéens et les docètes, mais s’applique aussi à cette époque-ci où une pseudo-religion conquérante nie que Dieu s’est fait chair et qu’il a réellement souffert sur la croix.
La dénonciation de ceux qui en prennent et en laissent dans les Saintes Ecritures, au gré de leurs interprétations personnelles, et qui – sous le prétexte de l’amour et de la miséricorde divins – nient la réalité de l’enfer et de la damnation, s’applique aussi à notre époque où tant de prétendus théologiens et de prêtres enseignent, à la remorque d’un chanteur de variété, qu’ « on ira tous au paradis ».
La dénonciation du péché, de tous nos péchés personnels liés à nos démissions et à nos manques de courage, à laquelle se livre Saint Augustin n’est pas moins importante, puisqu’elle fait ressortir que l’état général actuel de l’Eglise est lié à l’état de chacune des âmes qui la composent.
L’affirmation énergique selon laquelle la tempête qui s’acharne sur la barque n’est pas un motif valable pour quitter cette barque, est encore très actuelle : n’y en a-t-il pas beaucoup aujourd’hui qui s’autorisent des scandales et des faiblesses du « personnel » de l’Eglise pour justifier leur désertion voire leur apostasie ?
Les encouragements à la persévérance et à tenir bon dans l’espérance que Saint Augustin prodiguait à ses auditeurs du IVe siècle, sont eux aussi d’une pertinente actualité : à combien de tentations de découragement ne sont pas exposés les fidèles du XXIe siècle, affrontés au drame de la crise dans l’Eglise, et aux innombrables mesures vexatoires que déploient contre le christianisme la société civile et certains gouvernements ?
Enfin, les graves mises en garde que Saint Augustin énonçait, à l’attention de l’Eglise, à l’attention de Pierre, au sujet des éloges et des louanges qui viennent du monde, ne rendent-elles pas elles aussi un son particulièrement actuel ?
Quant aux exhortations à prier avec insistance et ferveur, pour notre salut et pour le triomphe de l’Eglise, leur actualité n’est pas à démontrer… 

Oui, ce long et beau sermon de notre glorieux Père Saint Augustin est véritablement prophétique,
et je ne puis que vous exhorter à le lire et à le méditer avec la plus grande attention !

Lully.

Tiare et clefs

§1. Saint Augustin commence par établir que la scène évangélique possède une signification spirituelle qui nous concerne tous.

La lecture de l’Évangile que nous venons d’entendre avertit l’humilité de chacun de nous de rechercher et de savoir où nous sommes, où nous devons tendre et nous empresser d’arriver.
Ne croyez pas en effet qu’il n’y a aucune signification relevée dans ce vaisseau qui portait les disciples et qui luttait sur les flots contre le vent contraire. Ce n’est pas sans motif non plus que, laissant la foule, le Seigneur gravit la montagne pour y prier seul, ni que, venant et marchant sur la mer, Il trouva Ses disciples en danger, les rassura en montant sur la barque et apaisa les vagues.

§2. Première explication : nous sommes tous des voyageurs et, dans les tempêtes de cette vie, le bois de la Croix nous permet de ne pas sombrer.

Faut-il s’étonner que Celui qui a tout créé puisse apaiser tout ? De plus, quand Il fut dans le vaisseau, les passagers vinrent à Lui en disant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu ! ». Mais avant de le reconnaître avec tant d’éclat, ils s’étaient troublés en Le voyant sur la mer et avaient dit : « C’est un fantôme ! » Pour Lui, montant sur la barque, Il fit cesser l’incertitude de leurs coeurs, incertitude qui mettait plus leur âme en danger que les vagues n’y mettaient leur corps.
Il est bien vrai, le Seigneur, dans toutes ses actions, nous trace des règles de vie. Tous ne sont-ils pas étrangers dans ce siècle, quoique tous ne désirent pas leur retour dans la patrie ? Nous rencontrons dans le voyage des flots et des tempêtes ; il nous faut donc au moins un navire, et si, sur le navire même, nous courons des dangers, en dehors du navire notre perte serait certaine. Quelques vigoureux que soient les bras d’un homme qui nage, sur l’océan, il finit par être vaincu, entraîné et submergé dans les vastes abîmes. Afin donc de traverser cette mer, il nous faut être sur un navire, appuyés sur le bois. Et ce bois qui soutient notre faiblesse, est la croix même du Seigneur, dont nous sommes marqués et qui nous préserve des gouffres de ce monde. Les flots se soulèvent contre nous ; mais le Seigneur est Dieu, et Il nous vient en aide.

§3. Sens spirituel de la prière solitaire de Notre-Seigneur sur la montagne.

Si le Seigneur laisse la foule et va seul sur la montagne pour y prier, c’est que cette montagne figure le haut des cieux. Ainsi, en effet, le Sauveur après Sa Résurrection, laissa les hommes et monta seul au ciel, où Il intercède pour nous, comme le dit l’Apôtre (Rom. VIII, 34).
Il y a donc un mystère dans cet abandon de la multitude et cette ascension sur la montagne pour y prier solitaire. Seul, encore aujourd’hui, Il est le premier-né d’entre les morts et, depuis Sa Résurrection, placé à la droite de Son Père pour y être notre pontife et l’appui de nos supplications. Ainsi le Chef de l’Église est élevé, afin que tous Ses membres Le suivent jusqu’au terme suprême ; et s’Il va pour prier au sommet de la montagne, c’est qu’élevé au dessus des plus nobles créatures, Il prie réellement seul.

§4. La barque affrontée à la tempête représente l’Eglise que le diable veut faire sombrer. Néanmoins, quelque forte que soit la tempête, il ne faut pas quitter la barque, et il ne faut pas cesser d’implorer l’assistance divine, puisque Dieu.

Cependant le navire qui porte les disciples, ou l’Église, est ballotté par la tempête et secoué par les tentations. Le vent contraire ne cesse pas, parce que le diable, son ennemi, travaille à l’empêcher de parvenir au repos.
Mais notre Intercesseur l’emporte ; car au milieu des secousses qui nous tourmentent, Il nous inspire confiance,  en venant à nous et en nous fortifiant. Ayons soin seulement de ne pas nous troubler, sur le vaisseau, de ne pas nous renverser ni de nous jeter à la mer. Le vaisseau peut s’agiter ; mais c’est un vaisseau, un vaisseau qui seul porte les disciples et reçoit le Christ. Il est exposé sur les vagues ; sans lui néanmoins la mort serait prompte. Reste donc dans ce vaisseau, et prie Dieu.
Lorsqu’on ne sait plus que faire, lorsque le gouvernail ne peut plus diriger et que le déploiement des voiles contribue à accroître le danger plutôt que de pourvoir au salut, on laisse de côté tous les moyens et toutes les forces humains, et les nautonniers n’ont plus d’autre soin que de prier Dieu et d’élever la voix jusqu’à Lui.
Or Celui qui donne aux navigateurs ordinaires d’arriver au port, laissera-t-Il Son Église sans la mettre en repos ?

§5. Ce qui signifie l’absence du Seigneur : ce n’est pas Lui qui se retire, c’est nous qui nous refusons à Sa Lumière.

Cependant, mes frères, les grandes secousses qu’éprouve ce navire ne se font sentir qu’en l’absence du Seigneur.
Quoi ? Le Seigneur peut-il être absent pour qui est dans l’Église ?
Quand arrive cette absence ?
Quand on est vaincu par quelque passion. Il est dit quelque part, et on peut l’entendre d’une façon mystérieuse : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez point lieu au diable » (Ephés. IV, 28-27). Ceci s’entend non pas de ce soleil, qui paraît si grand parmi les corps célestes et qui peut-être regardé par les animaux comme par nous ; mais de cette lumière que peuvent contempler les coeurs purs des fidèles seulement, ainsi qu’il est écrit : « Il était la Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean, I, 9) ; au lieu que la lumière de ce visible soleil éclaire aussi les plus petits et les derniers des insectes.
La Lumière véritable est donc celle de la justice et de la sagesse ; l’esprit cesse de la voir lorsque le trouble de la colère l’offusque comme d’un nuage, et c’est alors que le soleil se couche sur la colère.
C’est ainsi qu’en l’absence du Christ, chacun sur ce navire est battu par la tempête, par les péchés et les passions auxquelles il s’abandonne.
La loi dit par exemple : « Tu ne feras point de faux témoignage » (Exod. XX, 16). Si tu es attentif à la vérité qui réclame ta déposition, la lumière brille dans ton esprit ; mais si entraîné par la passion d’un gain honteux, tu te détermines intérieurement à rendre un faux témoignage, tu vas être, en l’absence du Christ, battu par la tempête, emporté par les vagues de ton avarice, exposé aux tourments de tes passions, et, toujours en l’absence du Christ, sur le point d’être submergé.

§6. Ne pas s’abandonner au péché, pour ne pas souffrir de l’absence du Christ et ne pas être vulnérable dans la tempête.

Qu’il est à craindre que ce vaisseau ne se retourne et ne regarde en arrière ! C’est ce qui arrive lorsque, renonçant à l’espoir des célestes récompenses, on se laisse aller à la remorque de ses passions pour s’attacher aux choses qui se voient et qui passent.
Il ne faut pas désespérer si fort de celui que troublent les tentations et qui néanmoins tient le regard attaché sur les choses invisibles, demandant pardon de ses péchés et s’appliquant à dompter et à traverser les flots courroucés de la mer.
Mais celui qui s’oublie jusqu’a dire dans son coeur : « Dieu ne me voit pas ; Il ne pense pas à moi et ne se soucie point si je pèche », celui-là tourne la proue de son vaisseau, se laisse aller à l’orage et emporter d’où il venait.
Combien effectivement sont nombreuses les pensées qui s’élèvent dans le coeur de l’homme ! Aussi quand le Christ n’y est plus, les flots du siècle et des tempêtes sans cesse renaissantes se disputent son navire.

§7. Sens mystique de la quatrième veille de la nuit et de la marche du Christ sur les eaux.

La quatrième veille est la fin de la nuit, car chaque veille est de trois heures. Cette circonstance signifie donc que, vers la fin des temps, le Seigneur vient secourir Son Église et semble marcher sur les eaux. Car, bien que ce vaisseau soit en butte aux attaques et aux tempêtes, il n’en voit pas moins le Sauveur glorifié marcher sur toutes les élévations de la mer, c’est-à-dire sur toutes les puissances du siècle.
A l’époque où il nous servait dans sa chair de modèle d’humilité, et, où il souffrait pour nous, il était dit de lui que les flots s’élevèrent contre Sa personne et que pour l’amour de nous Il céda volontairement devant cette tourmente, afin d’accomplir cette prophétie : « Je Me suis jeté dans la profondeur de la mer, et la tempête M’a submergé » (Ps. LXVIII, 3). En effet, Il n’a point repoussé les faux témoins ni confondu les cris barbares qui demandaient qu’Il fût crucifié (Matth. XXVII, 23). Il n’a point employé Sa puissance à comprimer la rage de ces coeurs et de ces bouches en fureur, mais Sa patience à l’endurer. On Lui a fait tout ce qu’on a voulu, parce qu’Il S’est fait Lui-même obéissant jusqu’à la mort de la croix (Philip. II, 8).

Mais, lorsqu’après Sa Résurrection d’entre les morts Il voulut prier seul pour ses disciples, placés dans l’Église comme dans un vaisseau, appuyés sur le bois, c’est-à-dire sur la foi de Sa croix, et menacés par les vagues des tentations de ce siècle, Son Nom commença à être honoré dans ce monde même, où Il avait été méprisé, accusé, mis à mort ; et Lui qui en souffrant dans Son corps S’était jeté dans la profondeur de la mer et y avait été englouti, foulait les orgueilleux ou les flots écumants, aux pieds de Sa gloire.
C’est ainsi qu’aujourd’hui encore nous Le voyons marcher en quelque sorte sur la mer, puisque toute la rage du ciel expire à Ses pieds.

§8. Le fait que les disciples prenne le Christ pour un fantôme est une représentation symbolique des fausses doctrines des hérétiques qui n’enseignent pas la vérité au sujet de Notre-Seigneur. Saint Augustin réfute en particulier les erreurs de ceux qui, au prétexte de la grandeur de Dieu, nient la réalité de l’Incarnation.

Aux dangers des tempêtes se joignent encore les erreurs des hérétiques.
Il est des hommes qui pour attaquer les passagers du vaisseau mystique publient que le Christ n’est point né de la Vierge, qu’Il n’avait pas un corps véritable et qu’Il paraissait ce qu’Il n’était point.
Ces opinions perverses viennent de naître, maintenant que le Christ marche en quelque sorte sur la mer, puisque Son Nom est glorifié parmi tous les peuples.
« C’est un fantôme ! » disaient les disciples épouvantés. Mais Lui, pour nous rassurer contre ces doctrines contagieuses : « Ayez confiance, dit-Il, c’est Moi ; ne craignez point ! »
Ce qui a contribué à former ces opinions trompeuses, c’est la vaine crainte dont on s’est trouvé saisi à la vue de la gloire et de la majesté du Christ. Comment aurait pu avoir une telle naissance Celui qui a mérité tant de grandeur ? On croyait Le voir encore avec saisissement marcher sur la mer, car cette action prodigieuse est la marque de Sa prodigieuse élévation, et c’est elle qui a donné lieu de croire qu’Il était un fantôme.
Mais en répondant : « C’est Moi ! », le Sauveur ne veut-Il pas qu’on ne voie point en Lui ce qui n’y est point ?
Si donc Il montra en Lui de la chair, c’est qu’il y en avait ; des os, c’est qu’il y avait des os ; des cicatrices enfin, c’est qu’il en avait aussi. « Il n’y avait pas en lui, comme s’exprime l’Apôtre, le oui et le non ; mais le oui était en Lui » (2 Cor. I, 19). De là cette parole : « Ayez confiance, c’est Moi ; ne craignez point ! »
En d’autres termes : n’admirez pas Ma grandeur jusqu’à vouloir Me dépouiller de Ma réalité. Il est bien vrai, Je marche sur la mer, Je tiens sous Mes pieds, comme des flots écumants, l’orgueil et le faste du siècle ; Je Me suis montré néanmoins véritablement homme, et Mon Évangile dit vrai quand il publie que Je suis né d’une Vierge, que Je suis le Verbe fait chair, que J’ai dit avec vérité : « touchez et voyez, car un esprit n’a point d’os comme vous en voyez en Moi » (Luc, XXIV, 39) ; enfin que Mon Apôtre dans son doute constata de sa propre main la réalité de mes cicatrices. Ainsi donc : « C’est Moi ; ne craignez point ! »

§9. Il y a aussi l’hérésie qui prétend que le Christ ne peut réprouver : ce qui consiste en définitive à affirmer que Jésus n’a pas dit la vérité dans Son Evangile. Celui qui croit à la vérité du Christ, croit aussi à la réalité du risque de la damnation.

En s’imaginant que le Seigneur était un fantôme, les disciples ne rappellent pas seulement les sectaires qui lui refusent une chair humaine et qui vont quelquefois, dans leur aveuglement pervers, jusqu’à ébranler les voyageurs présents dans le navire ; ils désignent aussi ceux qui se figurent que le Sauveur n’a pas dit vrai en tout, et qui ne croient pas à l’accomplissement des menaces faites contre les impies. Il serait donc en partie véridique et en partie menteur, espèce de fantôme dans Ses discours où se trouveraient le oui et le non.
Mais qui comprend bien cette parole : « C’est Moi ; ne craignez point » ajoute foi à tout ce qu’a dit le Seigneur ; et s’il espère les récompenses qu’Il a promises, il redoute également les supplices dont Il a menacé. C’est la vérité qu’Il fera entendre aux élus placés à Sa droite, quand Il leur dira : « Venez, les bénis de Mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde » ; c’est aussi la vérité qu’entendront les réprouvés placés à sa gauche : « Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » (Matth. XXV, 34, 41).
Aussi bien le sentiment de la fausseté des menaces adressées par le Christ aux impies et aux réprouvés, vient de ce que l’on voit des peuples nombreux et d’innombrables multitudes soumis à son nom : et si le Christ semblait être un fantôme parce qu’Il marchait sur la mer, aujourd’hui encore on ne croit pas à la réalité des peines dont Il menace ; on ne Le croit pas capable de perdre des peuples si nombreux qui L’honorent et se prosternent devant Lui. Qu’on l’entende dire, néanmoins : « C’est Moi ! »
Rassurez-vous donc, vous qui Le croyez véridique en tout et qui fuyez les supplices dont Il menace, comme vous aspirez aux récompenses qu’Il promet. Car s’Il marche sur la mer, si toutes les parties de l’humanité Lui sont soumises dans ce siècle, Il n’est pas un fantôme et Il ne ment pas quand il s’écrie : « Ce ne sont pas tous ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux » (Matth. VIII, 21).

§10. Signification de la marche de Pierre sur les eaux : les éloges et les louanges qui viennent de la terre peuvent faire sombrer l’Eglise. Par la prière, on échappe aux séductions du monde. Si l’on est fidèle et persévérant à crier vers Dieu, Il n’abandonnera pas son Eglise aux prises avec la tempête.

Que signifie encore la hardiesse de Pierre à venir à Lui en marchant sur les eaux ?
Pierre représente souvent l’Église ; et ces mots : « Si c’est Vous, Seigneur, ordonnez-moi de venir à Vous sur les eaux », ne reviennent-ils pas à ceux-ci : Seigneur, si Vous dites vrai, si Vous ne mentez jamais, glorifiez Votre Église dans le monde, car les prophètes ont prédit que Vous le feriez ? Qu’elle marche donc sur les eaux et qu’elle parvienne ainsi jusqu’à Vous, puisqu’il lui a été dit : « Les opulents de la terre imploreront tes regards » (Ps. XLIV, 13).
Le Seigneur n’a rien à craindre des louanges humaines, tandis que dans l’Église même les éloges et les honneurs sont souvent pour les mortels un sujet de tentation. Et presque de ruine. Aussi Pierre tremble-t-il sur les flots, il redoute l’extrême violence de la tempête.
Eh ! qui ne craindrait devant cette parole : « Ceux qui vous disent heureux vous trompent et font trembler le sentier où vous marchez » (Isaïe, III, 12) ?
L’âme résiste donc au désir des louanges humaines ; aussi convient-il, au milieu de ce danger, de recourir à l’oraison et à la prière ; car il pourrait bien se faire que charmé des applaudissements des hommes on succombât sous leur blâme.
Que Pierre s’écrie, en chancelant sur l’onde : « Sauvez-moi, Seigneur ! »
Le Seigneur étend la main, et – quoiqu’Il le réprimande en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté », pourquoi, les yeux fixés directement sur Celui vers qui tu marchais, ne t’es tu pas glorifié uniquement dans le Seigneur ? – Il ne laisse pas de le tirer des flots sans le laisser périr, parce qu’il a confessé sa faiblesse et sollicite son secours. 

§11. Fin du discours : par la foi pleine et ferme, l’âme de chacun et l’Eglise tout entière, victorieuses des tempêtes, parviennent aux rives du salut et du bonheur éternels.

Le Seigneur enfin est entré dans le navire, la foi est affermie, il n’y a plus de doute, la tempête est apaisée et l’on va mettre en paix le pied sur la terre ferme. Tous alors se prosternent en s’écriant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu !»
C’est l’éternelle joie, joie produite par la connaissance et l’amour de la vérité contemplée dans tout son éclat, du Verbe de Dieu et de Sa Sagesse par laquelle tout a été fait, et de Son infinie miséricorde.

Le Christ tirant Pierre des flots - cathédrale de Monreale

Le Christ tirant Pierre des flots
(cathédrale Santa Maria Nuova, à Monreale – Sicile)

2014-25. Dieu aura le dernier mot, mais ce n’est pas une raison pour laisser la parole au diable.

Gustave Thibon
in « L’Equilibre et l’Harmonie »

Gustave Thibon

Vertu d’espérance et optimisme.

       « Je discutais récemment avec un jeune prêtre dont la foi en Dieu se traduisait par une vertigineuse « ouverture » au monde moderne. Et comme je lui faisais part de mes inquiétudes concernant certains courants actuels, tels que les progrès de la collectivisation et de l’anonymat, le conditionnement des esprits par les propagandes, la régression vers la barbarie dans les luttes politiques, la dissolution des moeurs, le saccage et la pollution de la nature, etc., j’obtins pour toute réponse cette exclamation réprobatrice et apitoyée : « Quel pessimisme ! Et que faites-vous donc de la vertu d’espérance ? »
J’ai répondu : « Est-ce être pessimiste que de voir le mal et le danger là où ils sont et d’y chercher des remèdes ? Quand à la vertu d’espérance, elle n’a rien à voir avec cet optimisme aveugle et béat qui se voile les yeux devant le mal et s’imagine que, quoi qu’il arrive, tout ira fatalement de mieux en mieux ; elle consiste plutôt à ne jamais se décourager ni perdre pied, quelles que soient l’épaisseur du mal et la gravité du péril.
Si un homme abuse régulièrement de l’alcool, est-ce manquer à la vertu d’espérance que de l’avertir du risque qu’il court ? Ou, si un incendie se déclare, faut-il faire confiance aux flammes ou appeler les pompiers ? Et n’en va-t-il pas de même pour tous les grands dangers collectifs évoqués plus haut ? »

    »Faisons crédit à la Providence, a poursuivi mon jeune clerc : tout cela s’arrangera. »
Bien sûr. A plus ou moins longue échéance, tout finit par s’arranger. L’alcoolique, en mourant, débarrasse la société de sa présence inutile ; l’incendie s’arrête après avoir dévoré tout ce qui était à sa portée. Et à l’effondrement de la cité, succède tôt ou tard (mais à travers quelles ruines et quelles nuits ?) une nouvelle forme de civilisation. Mais est-il permis à l’homme de laisser aller les choses jusque là ?

   J’ai enchaîné : « L’espérance chrétienne est une vertu surnaturelle, enracinée dans la foi en la toute-puissance et en la toute-bonté de Dieu, et dont aucune catastrophe temporelle ne peut et ne doit venir à bout. »
Même si l’on imagine le pire, c’est-à-dire la fin du monde par l’épuisement de la planète ou par quelque explosion atomique, cela ne change rien aux promesses de l’éternité. Aussi n’est-ce pas sur le triomphe final du bien que portent mes inquiétudes, mais sur les menaces qui pèsent sur le monde temporel dont Dieu nous a associés à la gestion. Or, il n’est pas de bonne gestion possible si le mal n’est pas reconnu et combattu comme tel. Que penseriez-vous d’un médecin, qui négligerait de dépister et de traiter la maladie sous prétexte que nos corps sont promis à la résurrection glorieuse ?
Ne confondons pas les domaines. C’est prostituer l’espérance théologique que de l’appliquer sans discernement à tout ce qui se produit dans le temps et d’attendre que le bien sorte automatiquement du mal. Dieu veut le bien et permet le mal. Notre tâche à nous est de nous appuyer sur le bien que Dieu veut afin de diminuer le mal que Dieu permet.
Ce qui implique la lucidité et le courage. La première pour discerner le mal et le second pour le combattre. Il ne s’agit pas d’attendre passivement un avenir conforme à nos voeux, mais de le construire par un choix et un effort quotidiens. Le laboureur fait crédit aux bonnes forces de la nature : la vertu des semences, la fécondité de la terre et les pluies du ciel, mais non aux intempéries et aux parasites.
Dieu aura le dernier mot, nous n’en doutons pas. A la fin du monde. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour laisser trop souvent, d’ici là, la parole au diable… »

« L’Equilibre et l’Harmonie », pp. 48-50. Fayard –  1976.

Lys de France

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
– « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > ici
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > ici
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > ici
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > ici
– « Le goût de l’aliment éternel » > ici
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > ici
– « Eglise et politique » (in « Entretiens avec C. Chabanis ») > ici
– Le sport dans la société moderne > ici

2014-24. Les détails.

- 18 février 1564 -

Mort de Michel-Ange

Autoportrait Michel-Ange

Michel-Ange – autoportrait.

       En sus des célébrations liturgiques propres à ce jour, le 18 février est le jour anniversaire de la mort de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, communément appelé en Français Michel-Ange.

   Il fut un génie universel et je vous encourage à lire le très beau texte intitulé « Michel-Ange, artiste théologien » qu’a publié, après l’avoir traduit en Français, notre amie Béatrice, sur son excellent site Benoît et moi
C’est un article déjà ancien puisqu’il a paru en février 2008 dans l’Osservatore Romano, signé par Timothy Verdon, prélat américain spécialiste de l’art religieux. Il permet une approche de l’art de Michel-Ange débarrassée des phantasmes de notre époque, pour lui rendre toute sa dimension spirituelle, que beaucoup de fidèles aujourd’hui ont du mal à percevoir.

   Ainsi que l’écrit Béatrice dans son introduction : 

« Michel-Ange continue de fasciner, mais les échos que les media nous apportent le plus souvent sur sa personnalité sont des allusions ambigües à sa prétendue homosexualité, devinée à travers ses sonnets, et des insinuations salaces sur les nus de la Chapelle Sixtine – entre autres – , qui auraient été propres, dans un tel environnement, à choquer les bigots de l’époque. Notre époque à nous a les fantasmes qu’elle peut s’offrir, et les obsessions qu’elle cultive (…) »

   Mais tout est à lire et à relire, et c’est ici > Michel-Ange, artiste théologien.

   Pour moi, qui ne suis qu’un tout petit chat, je me contente de marquer cet anniversaire en vous offrant une nouvelle petite B.D. de Frère Maximilien-Marie. L’anecdote qui l’a inspirée peut s’appliquer à beaucoup de circonstances de la vie, et au plus haut point à la vie spirituelle…

   La paternité de la phrase « Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail » est attribuée à Léonard de Vinci,  mais cela n’exclut nullement – bien au contraire – qu’elle ait pu faire florès parmi les artistes florentins, et que Michel-Ange, selon l’anecdote rapportée ci-dessous, ait pu la reprendre à son profit…
Pour nous, mettons-la en rapport avec le commandement donné par Notre-Seigneur en conclusion du sermon sur la montagne : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! » (Matth. V, 48).

Lully.

sculpteur

Les détails

sculpteur

2014-23. Du martyre de l’abbé Claude de Bernard de Talode du Grail.

Dimanche de la Septuagésime, 16 février 1794

Château du Grail façades sud et est

Saint-Agrève : le Château du Grail (état actuel – façades sud et est)
il portait autrefois des poivrières aux quatre angles.

       Le 21 juillet 1760, à Saint-Agrève, paroisse du haut-Vivarais, naquit et fut baptisé le jour même, Claude Joseph Thérèze de Bernard de Talode du Grail. Il était le sixième de onze enfants.
Les Bernard de Talode sont une vieille famille noble du Velay, dont un cadet, en épousant en 1621 l’héritière de la famille du Grail (se prononce comme « aïe »), vint s’établir à Saint-Agrève, dans le diocèse de Viviers.
Sa famille maternelle, celle des Malosse, famille terrienne bien alliée, est de la paroisse de Chaudeyrolles, aujourd’hui commune du département de la Haute-Loire, mais qui appartint au Vivarais jusqu’en 1790.

   Nous ne possédons pas de détails sur l’enfance et la jeunesse de Claude du Grail.
Il fit ses études classiques au collège du Puy-en-Velay (qui avait été fondé puis dirigé par les Jésuites jusqu’à la dissolution de la Compagnie), dont il sortit à l’âge de 20 ans.
Il fut ensuite au petit séminaire de Bourg-Saint-Andéol pour le cours de philosophie, et enfin au grand séminaire de Viviers pour la théologie.
Il y reçut les ordres mineurs, le 20 décembre 1788, mais en juillet 1789 il revint dans sa famille sans avoir reçu les ordres majeurs.

Château du Grail façade ouest

Château du Grail (état actuel – façade ouest)

   Lorsque éclate la grande révolution, le siège épiscopal de Viviers est occupé depuis 1778 par un prélat un peu « particulier », Charles de La Font de Savine, dont il convient de dire quelques mots.

   Né le 17 février 1742, cadet de famille noble, il fut destiné à l’Eglise alors qu’il était davantage nourri de Rousseau que d’ouvrages de solide piété : sa lecture favorite fut pendant de nombreuses années « L’Emile ».
Il est écrit que Charles de Savine avait « juste assez de foi pour n’être pas impie », et qu’ « il montrait une inconcevable instabilité d’esprit, un goût immodéré des plaisirs du monde, et, avec cela, il était bon, généreux, sensible, plein de courtoisie et d’urbanité » (Auguste Roche, in « Armorial généalogique et bibliographique des évêques de Viviers »).

Il fut d’abord vicaire général de son oncle, Monseigneur Jean-Arnaud de Castellane, évêque de Mende et dernier comte de Gévaudan (nota : après avoir résisté par tous les moyens, y compris militaires, à la révolution et à l’usurpation de son siège épiscopal, Monseigneur de Castellane sera horriblement massacré à Versailles le 9 septembre 1792).

   Charles de La Font de Savine fut promu à l’évêché de Viviers à l’âge de 37 ans : « Je suis devenu évêque comme tant d’autres parce que mon oncle étoit un grand seigneur, un gouverneur de province », écrira-t-il lui-même en 1792.
De fait, « il restait parfois, dit-on, un mois entier sans célébrer la messe et faisait réciter le bréviaire par son valet de chambre ; puis, le mois suivant, il célébrait la messe tous les jours et récitait le bréviaire à genoux » (Auguste Roche, « Armorial »).

   Néanmoins, en dépit de ses idées novatrices, Monseigneur de Savine appartenait à cette catégorie de prélats mondains de l’Ancien Régime, très imbu de son rang et très attaché à son train de vie, désireux avant tout de briller en société.
Député du clergé de son diocèse aux Etats Généraux, il adopta avec enthousiasme les idées de la révolution… et la constitution civile du clergé.

Viviers - palais épiscopal

Viviers : le palais épiscopal (aujourd’hui mairie)
dans lequel Monseigneur de Savine donna des bals et des banquets « patriotiques »…

   Le 6 février 1791, dans sa cathédrale, à la suite d’un long discours justificatif, Monseigneur de Savine prêta le serment constitutionnel (il sera suivi par 44% de son clergé : un grand nombre de prêtres accompagnera ce serment de restrictions et ils se rétracteront lorsque le bref du Souverain Pontife sera connu).

   Lorsque, dans son bref daté du 13 avril 1791, le Pape Pie VI enjoignit aux membres du clergé français qui aurait prêté le serment de se rétracter sous peine d’excommunication, Monseigneur de Savine se moqua du Souverain Pontife, et reçut en conséquence les félicitations des révolutionnaires : dans ses mandements, il se nommera désormais « Lafont-Savine, de par la constitution française et l’assemblée nationale, évêque constitutionnel de l’Ardèche ».
Vers la fin de l’année 1791, après avoir lui-même ordonné la fermeture des monastères et congédié les directeurs du séminaire, après avoir encouragé son clergé à prêter le serment schismatique, puis critiqué les dogmes et la discipline catholiques, il fit peindre aux trois couleurs de la révolution son trône épiscopal, les stalles du choeur et les orgues de la cathédrale, dont il orna la nef d’oriflammes rouges portant des slogans révolutionnaires ; il organisa aussi  - horresco referens ! – une cérémonie sacrilège en l’honneur de la liberté au cours de laquelle, portant le Très Saint-Sacrement, il fut escorté de braillards hurlant « la marseillaise » et le « ça ira »… etc.

   Le Pape ayant patienté le plus longtemps possible, l’excommunication de Monseigneur de Savine fut effective à la fin du printemps 1792 ; le diocèse de Viviers fut alors confié à l’administration de Monseigneur Charles François d’Aviau du Bois de Sanzay, archevêque de Vienne, qui organisa l’Eglise clandestine. 

   Monseigneur de Savine mettra le comble à son parjure en apostasiant solennellement en décembre 1793 ; il avait encouragé les prêtres jureurs à se « déprêtriser » et à se marier. Il mènera ensuite une vie des plus mouvementées – presque rocambolesque – , avant de mourir, pénitent et réconcilié avec l’Eglise, le 1er janvier 1815… Mais tout cela n’est plus dans notre propos.
Pour être juste, il faut néanmoins signaler que, en 1792-1793, le fantasque prélat se déclara ouvertement hostile aux mesures de persécution des prêtres réfractaires.

Cathédrale de Viviers intérieur

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers, l’intérieur.

   Nous ignorons les raisons qui avaient poussé l’abbé du Grail - minoré ainsi que nous l’avons dit plus haut – à quitter le séminaire, et nous ignorons aussi les raisons qui le poussèrent à y retourner : faut-il y voir une influence de sa sœur aînée, moniale visitandine au Puy ? faut-il penser qu’à la vue des évènements de juin et juillet 1789, il eût un moment de crainte puis qu’il se ressaisit ? fut-ce pour des raisons de santé (car il n’était pas d’une constitution très robuste) ?
Rien ne nous permet de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces hypothèses.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il revint au séminaire en 1790 : il fut ordonné sous-diacre le 18 décembre 1790, diacre le 9 avril 1791, et prêtre le 24 septembre 1791 (à l’âge de 31 ans et deux mois). 

   Il reçut donc le diaconat et le sacerdoce des mains d’un évêque jureur qui s’était déjà signalé par ses « excentricités », mais qui conservait encore une forme de légitimité puisque le bref pontifical porteur des sanctions ecclésiastiques ne le frappera qu’en 1792. Parmi les condisciples de l’abbé du Grail, certains préférèrent ne pas être ordonnés par Monseigneur de Savine et soit se débrouillèrent pour se faire imposer les mains par d’autres évêques fidèles, soit durent attendre de longues années.

   L’abbé Claude du Grail, d’après le témoignage de ses contemporains, avait un physique plutôt ingrat : « (…) son extérieur n’avait rien qui pût lui attirer la considération. Sa taille était à peine médiocre, son air était fort commun, sa physionomie peu agréable » (note manuscrite de l’abbé Péala).
Au moral, il est décrit comme un homme doux et humble, patient, d’une grande pureté de mœurs et d’une admirable charité pour son prochain, mais aussi d’un esprit lent et d’une intelligence médiocre, froid et distant, objet facile des railleries des autres, n’ayant rien qui attirât la sympathie…
Et cependant, ce prêtre auquel ses contemporains attribuent un caractère difficile et un aspect disgracieux va se révéler un courageux confesseur de la foi.
Pour ne pas avoir à prêter le serment schismatique, l’abbé du Grail n’accepte aucun ministère et demeure dans sa famille.

Linteau armorié château du Grail

Linteau de porte portant les armes de France, au château du Grail (Saint-Agrève)

   Mais la persécution se déchaîne : la surveillance se fait plus étroite, les tracasseries et les risques empirent, d’autant que tous les prêtres demeurés à Saint-Agrève sont des jureurs. Aussi Madame du Grail encourage-t-elle son fils à partir pour des lieux plus sûrs : en l’occurrence, les alentours du Mont Mézenc.

   L’abbé du Grail va donc passer les derniers mois de sa vie en majeure partie aux environs des paroisses de Borée et de Chaudeyrolles : paroisses assez difficiles d’accès (il n’y a pas de routes, seulement des chemins muletiers), où le relief et les forêts offrent de nombreux lieux de refuge. Là se cachent d’ailleurs de nombreux autres ecclésiastiques fidèles.

   Côté vivarois, à Borée, le curé, l’abbé Jean-Augustin de Lamargerie, soutenu par l’ensemble de ses paroissiens, parviendra à célébrer la messe dans son église presque tous les dimanches et fêtes du temps de la persécution.
Deux lieues plus bas, à Saint-Martial, le curé Chacornac et ses deux vicaires qui ont pris le maquis, continuent clandestinement un ministère très actif et déjouent pendant près de dix ans les traquenards de la garde nationale.
Sur le côté vellave du massif, aux Estables, le prêtre jureur, mortifié de se trouver en face d’une église vide, en fait le reproche aux paroissiens ; le dimanche suivant, quand il ouvre les portes de l’église, il la trouve remplie de porcs et les villageois se gaussent en lui disant qu’ils lui ont trouvé des paroissiens dignes de lui.
A Chaudeyrolles, le curé intrus se heurte lui-aussi à l’hostilité sans concession des fidèles et du curé légitime, l’abbé Pierre Ginhoux, qui non seulement ne veut pas lui céder la place mais donne asile à d’autres farouches réfractaires, des prêtres zélés qui exercent leur ministère de manière clandestine dans les paroisses alentours (Champclause, Saint-Front, Lausonne, Saint-Julien-Chapteuil, Freycenet-Latour, …etc.).

   Malgré la bienveillance massive des populations à leur endroit, et malgré la protection tacite de la plupart des maires, ils sont toutefois obligés à une extrême vigilance, contraints de changer souvent de cachette et de déguisement, acculés à passer les nuits dans des abris de fortune, alors que le climat est particulièrement rude.
Le clergé constitutionnel ne cesse de les poursuivre de sa vindicte et d’inciter à la délation, tandis que les « patriotes » organisent de véritables chasses à l’homme.
A la fin de l’année 1793, la surveillance se resserre et des sommes alléchantes sont promises afin de susciter des vocations de Judas.

Chaudeyrolles au début du XXe siècle

Chaudeyrolles : le village au pied du Mont Signon (photographie du début du XXe siècle)

   Au début de l’année 1794, l’abbé Claude du Grail, de constitution chétive et de faible santé, est à bout de forces.
Un soir de la mi-janvier 1794, il vient frapper à la porte d’une petite ferme isolée de la vallée de l’Aubépin : il est non seulement malade, mais il a en outre fait une mauvaise chute sur le verglas et s’est violemment cogné la tête, qui lui fait très mal.
A Jacques et Rose Vincent, ses hôtes, il dévoile son identité. Au bout de quelques jours, il consent à ce que l’on appelle un brave chirurgien de Laussonne, qui est lui aussi mis dans la confidence. 

Malheureusement, le chirurgien tombe dans le piège tendu par un tailleur d’habit de Laussonne qui prétend chercher un « bon prêtre » afin de recourir à son ministère : c’est ce tailleur d’habit qui va ensuite vendre l’abbé du Grail pour la somme de cent livres.

   La garde nationale de Laussone vient sans pitié et sans ménagement arracher le malade à son lit, le hisse sur un cheval et l’emmène quasi mourant au Puy. L’abbé, épuisé, ne s’est pas dérobé : « Je suis prêtre, et je veux mourir en prêtre ».
Il a trente-trois ans et demi, à peu près l’âge de Notre-Seigneur lors de Sa Passion.

   Il comparaît une première fois le 25 janvier devant le tribunal révolutionnaire, qui siège dans la chapelle de la Visitation : avec autant de fermeté que de courage, le jeune prêtre témoigne de sa fidélité à l’Eglise catholique et, en conséquence, de son refus des divers serments. Il sait quel sort l’attend.
Cependant la sentence n’est pas prononcée tout de suite. Le tribunal voudrait d’une part trouver des motifs pour condamner aussi ses hôtes, Jacques et Rose Vincent (mais ils seront finalement relaxés), et doit d’autre part se débattre avec un problème de procédure suscité par les défenseurs : n’ayant jamais exercé de ministère paroissial, l’abbé du Grail n’aurait, en rigueur, pas été soumis à l’obligation du serment.

Chapelle de la Visitation 17e s. tribunal révolutionnaire - Le Puy

Le Puy-en-Velay : ancienne chapelle de la Visitation
dans laquelle siégea le tribunal révolutionnaire (état actuel)

   Le dimanche 16 février 1794 (28 pluviose an II selon le ridicule calendrier révolutionnaire), le tribunal criminel de la Haute-Loire condamne à mort « Claude Dugrail, prêtre, ci-devant noble, de la commune de St-Agrève, comme réfractaire à la loi ».
La sentence doit être appliquée aussitôt.

   Avec lui est également guillotiné l’abbé Jean-Jacques Gérentes, arrêté le 11 décembre 1793 dans un hameau de Tence ; ce dernier est non seulement un réfractaire mais en outre – comble du sacrilège ! – il a poussé le « fanatisme » jusqu’à faire ses besoins sur l’arbre de la liberté ! 
Les deux prêtres, emprisonnés ensemble, se sont mutuellement encouragés, exhortés et réconfortés pendant le temps de leur captivité, et ils continuent à le faire jusqu’au pied de l’échafaud.
Leurs dépouilles mortelles sont ensuite jetées dans une fosse commune au cimetière des Carmes, pour qu’on ne puisse les vénérer comme des corps de martyrs.

   La tradition familiale rapporte que la mère de l’abbé du Grail et sa sœur (Marie-Henriette du Grail, religieuse visitandine sous le nom de Mère Marie-Séraphie), qu’on était allées chercher pour les faire assister au supplice du prêtre, furent ensuite contraintes de faire le tour de l’échafaud dégoulinant de sang.

guillotine

   Ce 16 février 1794 était le dimanche de la Septuagésime.
La liturgie, autour de l’exhortation de Saint Paul à ne pas faiblir dans le combat (épître : 1 Cor. IX, 24 – X, 5), développe d’admirables chants appelant le secours de Dieu dans les tribulations et les épreuves de cette vie, tel ce poignant introït « Circumdederunt me » : « Les gémissements de la mort m’ont assiégé, les douleurs de l’enfer m’ont entouré, et dans ma tribulation j’ai invoqué le Seigneur, et, depuis Son saint temple, Il a entendu ma voix ! Je vous aime, ô Seigneur, ma force ! Le Seigneur est mon ferme appui, mon refuge et mon libérateur ! » 

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Pour plus de détails voir les « Cahiers de la Haute-Loire » n° 96-147 :
« Guillotiné  au Puy, Claude du Grail, prêtre de Saint-Agrève »,
par Christian de Seauve.

2014-22. « Ne brisez pas le miroir ! »

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Le carême approche à grands pas : nous voici au temps de la Septuagésime (cf. > ici) où nous avons déjà déposé l’alléluia (cf. > ici) et le « Gloria in excelsis Deo », et pris les ornements violets.

   Chaque année, il importe de le redire et d’insister : ce n’est pas à la dernière minute, ce n’est pas le mardi gras ou le mercredi des cendres, qu’il faudra penser à nos résolutions et efforts de carême.
C’est maintenant, c’est aujourd’hui qu’il convient d’y réfléchir posément, attentivement, sérieusement…

   Il y a des catholiques qui soupirent et rechignent à la pensée du carême. Ce type d’attitude me sidère et me laisse perplexe : le carême n’est-il pas en définitive le temps où se vérifient notre amour pour Dieu, la réalité de nos dispositions religieuses, et la vérité de notre démarche spirituelle… qui ne peut s’exonérer de la pénitence et de la conversion ?

   Certes, il n’est pas toujours agréable pour notre ego chatouilleux de se rendre compte de ses limites, de ses défauts, de ses imperfections, de ses fautes et de ses péchés.
Certes encore, il n’est pas vraiment confortable de s’entendre dire que nous avons à nous amender, à nous corriger, à nous convertir plus profondément à l’Evangile, à faire toujours plus d’efforts.
Certes enfin, il n’est pas facile de mettre effectivement ses pas, en actes plus qu’en paroles, dans ceux de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour gravir à Sa suite le chemin du Calvaire.
Mais cela est nécessaire à notre salut.
Cela est nécessaire au salut de beaucoup d’autres âmes, lequel peut dépendre de notre ferveur et de notre générosité.
Cela est nécessaire à l’Eglise dans son combat de toujours « contre les principautés et les puissances, contre les chefs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs » (Eph. VI. 12).

   Dans la continuité de ce que je vous transmettais il y a seulement quelques jours (cf. > ici), et pour vous encourager à vous examiner sans fard dans le miroir céleste de la Parole divine afin de préparer un saint carême de progrès spirituel, je vous livre aujourd’hui une autre des petites B.D. de notre Frère Maximilien-Marie.
Si la révélation de notre véritable visage n’est pas toujours agréable, elle est néanmoins salutaire. Aussi décapante que puisse être la vérité, elle n’est « cruelle » qu’à la manière des chirurgiens (pour reprendre une comparaison du Bienheureux Vladimir Ghika) :  au lieu de la refuser, au lieu de briser le miroir, profitons de la chance qui nous est donnée…

Bonne lecture ! et surtout bon travail de réflexion et de vérité sur vous-mêmes !

Lully.                             

Ne brisez pas le miroir-1

Ne brisez pas le miroir-1

Ne brisez pas le miroir-2

Ne brisez pas le miroir-1 - Copie

Pour approfondir avec d’autres publications de ce blogue :
– Petit catéchisme sur le carême et la pénitence > ici
– « Bas les masques ! » (B.D.) > ici
– Sermon de St Augustin sur l’obligation de faire pénitence > ici
- 2 sermons de St Augustin sur le jeûne > ici
- « Session Santé & Bien-être » (B.D.) > ici
- « St Joseph et le carême » (B.D.) > ici
- Méditation sur la « Madeleine repentante » de G. de La Tour > ici

Prière de Sa Sainteté le Pape Pie XII à Notre-Dame de Lourdes.

Sa Sainteté le Pape Pie XII en prière

Cette prière constitue la péroraison du discours que prononça en français, le 28 avril 1935,
Son Eminence Révérendissime le Cardinal Eugenio Pacelli,
Secrétaire d’Etat et Légat a latere de Sa Sainteté le Pape Pie XI,
à Lourdes,
à l’occasion de la clôture du jubilé de la Rédemption (voir la note en bas de page).

l'apparition de ND de Lourdes

       O Vierge immaculée, très clémente et très puissante, vous êtes notre Mère. De votre trône de Reine du Ciel, vous avez daigné venir parmi nous en ce coin fortuné de la terre de France ; et, à l’égal de la réalité de la foi, invisible au monde, mais non à l’innocente enfant choisie par vous comme confidente et collaboratrice des merveilles de votre amour pour nous, vous avez fait de cette roche de Massabielle une nouvelle montagne de la gloire de Dieu au milieu des ténèbres de l’incrédulité et du péché, un phare lumineux d’espérance pour le salut des peuples. Mais cette montagne et cette grotte bienheureuse évoquent en nous le souvenir d’une autre montagne et d’une autre grotte, le Golgotha et le Sépulcre, où votre douleur et vos larmes de Mère, à l’heure la plus terrible et la plus divine de la Rédemption, s’unissaient à la suprême torture, à la mort et à la sépulture de votre Fils crucifié, Rédempteur du monde.

   Ce jour là, dans ces ténèbres, ô Reine des martyrs, votre foi, votre espérance, votre amour demeurèrent fermes et dirigés vers le ciel comme vous demeuriez vous-même debout auprès de la Croix ; là vous avez été proclamée notre Mère par la divine parole de votre divin Fils et par le sang qui de ses plaies descendait sur vous, pour empourprer et consacrer votre amour pour nous. De ces ténèbres a surgi le soleil de ce jour où nous commémorons l’accomplissement de notre Rédemption.

   Vous, notre Corédemptrice, vous, prémices de la grâce et de la Rédemption, ayez pitié de nous, vos pauvres fils. Donnez-nous le courage de votre foi, l’inébranlable fermeté de votre espérance, l’ardeur de votre amour pour Jésus, Fils du Père et votre Fils, notre Rédempteur et notre Frère ; intercédez pour nous auprès de Lui, apaisez sa justice ; obtenez-nous la lumière de la vérité, et que celle-ci parvienne aussi aux esprits aveuglés de ceux dont l’orgueil se dresse contre l’Eternel ; que les dévoyés et les fourvoyés retrouvent le droit chemin, et que par vous, Reine de la paix, victorieuse de toute erreur, l’Eglise poursuive librement sa tâche et répande par le monde les fruits divins de la Rédemption. Protégez le troupeau béni de votre Fils, et le Pasteur auguste qui le conduit dans les pâturages du salut et qui est en esprit présent parmi nous. Protégez cette nation si chère à votre coeur et tout le peuple chrétien accouru ici à vos pieds de toutes les parties du monde, ou qui du moins est tourné vers ce lieu par le désir et nous est uni par la prière.

   Que par vous, ô Vierge immaculée, ô Mère du Rédempteur, notre espérance et notre salut, l’olivier de la concorde et de la paix refleurisse sur la terre, dans les coeurs la pureté, l’ardeur et la constance de la vertu et du sacrifice pour le bien ; et que par ses mérites le sang du Rédempteur nous ouvre les portes du ciel et nous plonge dans la joie de vous contempler, vous, ô Marie, et la Trinité bienheureuse, parmi les splendeurs des saints !

Ainsi soit-il !

Grotte de Lourdes état ancien

Lourdes : la Grotte des apparitions (avant les modifications de la seconde moitié du XXe siècle)

Note :
Les « années saintes » ou « jubilés » ont lieu habituellement tous les 25 ans dans l’Eglise Catholique (1900, 1925, 1950, 1975, 2000, 2025). Il peut toutefois arriver que le Souverain Pontife décrète des années saintes  exceptionnelles : ce fut le cas par exemple en 1933, pour marquer le dix-neuvième centenaire de la Rédemption, ce fut le « Jubilé du Salut » qui commença le dimanche de Pâques 2 avril 1933.

Un usage très récent (cela date du pontificat de Jean-Paul II) fait qu’actuellement les jubilés sont célébrés simultanément à Rome et dans toute la Chrétienté, mais ce n’était pas le cas naguère.
En effet, le jubilé – dont l’une des principales démarches demeure l’obtention des indulgences, particulièrement à travers le pèlerinage à Rome et aux lieux saints – était traditionnellement célébré à Rome uniquement pendant l’année du jubilé, puis, une fois seulement qu’il avait été clos à Rome, le Pape l’étendait – pendant quelques mois ou pendant une année entière – au reste des sanctuaires de la Chrétienté.

Selon l’usage traditionnel donc, le jubilé de la Rédemption fut célébré à Rome de Pâques 1933 à Pâques 1934, puis étendu aux autres grands sanctuaires de la Chrétienté de Pâques 1934 à la fin avril 1935.

   Deux cardinaux, Francis Bourne, archevêque de Westminster (qui décéda le 1er janvier 1935), et Jean Verdier, archevêque de Paris, émirent l’idée que pour la conclusion du Jubilé – le 28 avril 1935 – soit célébré un triduum continu de Messes, célébrées à l’autel de la grotte de Lourdes : c’est-à-dire que pendant trois jours et trois nuits, de manière ininterrompue, des prêtres se succèdent à l’autel pour offrir le Très Saint Sacrifice, actualisation et renouvellement du Sacrifice Rédempteur du Golgotha.
A cette époque, où les règles du jeûne eucharistique (il fallait être à jeun depuis minuit pour pouvoir célébrer et communier) ne permettaient pas de célébrations l’après-midi, cela demandait des autorisations spéciales que seul le Pape pouvait accorder. L’évêque de Lourdes, Monseigneur Pierre-Marie Gerlier, futur archevêque de Lyon et cardinal, soumit cette idée au Pape Pie XI qui l’accepta et donna les dérogations requises.
A Lourdes, des Messes furent donc célébrées sans interruption pendant ces trois journées : c’était quelque chose de jamais vu et ce sont environ 250 000 pèlerins qui, pour la circonstance, accoururent de toutes les parties du monde.

   Ces circonstances expliquent le rappel incessant du mystère de la Rédemption et de la place qu’y occupe la Très Sainte Vierge Marie, dans la prière dont nous avons donné ici le texte ci-dessus.
Pour la circonstance, Sa Sainteté le Pape Pie XI envoya à Lourdes comme Légat a latere son Secrétaire d’Etat, S.Em. le cardinal Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII.
Sur la photo ci-dessous, prise sur le parvis de la basilique du Rosaire, Son Eminence est entourée de cinq cardinaux, de soixante-dix archevêques et évêques, d’une très grande quantité prêtres, religieux, séminaristes, servants d’autels… etc.

Le Cardinal Pacelli et le clergé, à Lourdes le 28 avril 1935

(cliquer sur la photo pour la voir en grand format)

2014-21. Le sport dans la société moderne vu par Gustave Thibon.

Samedi 8 février 2014.

       La très spectaculaire ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi, hier, me fournit l’occasion de « répercuter » auprès de vous ce texte de Gustave Thibon – texte d’une très pertinente actualité, même s’il a été publié en 1976 dans « L’équilibre et l’harmonie » (éditions Fayard) – , qui m’a été communiqué à moi-même hier au soir. Quelle admirable profondeur et quelle implaccable lucidité toujours !

Lully.

L'équilibre et l'harmonie Gustave Thibon

Le sport.

       La résonance mondiale des Jeux Olympiques (gros titres dans les journaux, émissions télévisées, etc.) montre l’importance démesurée qu’ont prise les spectacles sportifs dans la mentalité contemporaine. La littérature, la science et jusqu’à la politique pâtissent devant les exploits des «dieux du stade».

   Je ne méconnais pas la valeur humaine du sport. Sa pratique exige de solides vertus de l’esprit : maîtrise de soi, rigueur, discipline, loyauté. La, compétition sportive est une école de vérité : la toise, le chronomètre, le poids du disque ou de l’haltère éliminent d’avance toute possibilité de fraude et toute solution de facilité. Aussi, une faible marge de contingence mise à part (indisposition passagère ou influence du climat), la victoire y va-t-elle infailliblement au meilleur, ce qui est loin d’être le cas dans les autres compétitions sociales, par exemple dans la bataille électorale ou dans la course à l’argent et aux honneurs. Un homme politique peut faire illusion sur ses mérites ; un sportif est immédiatement sanctionné par les résultats de son effort. Ici, le vrai et le vérifiable ne font qu’un…

   Cela dit, je vois dans cet engouement exagéré pour le sport le signe d’une dangereuse régression vers le matérialisme — et un matérialisme rêvé plutôt que vécu.

   Expliquons-nous.
J’ai parlé des vertus sportives. Mais l’unique but de ces vertus est d’exceller dans un domaine qui non seulement nous est commun avec les animaux, mais où les animaux nous sont infiniment supérieurs. S’agit-il de la course à pied ? Que représente le record des deux cents mètres abaissé d’un quart de seconde en comparaison des performances quotidiennes d’un lièvre ou d’une gazelle ? Du saut en longueur ou en hauteur ? Regardez donc l’agilité de l’écureuil qui voltige de branche en branche. Du lancement du disque ou de l’haltérophilie ? Quel champion égalera jamais l’exploit de l’aigle qui «arrache» et enlève dans le ciel une proie deux fois plus lourde que lui ? Par quelle étrange aberration restons-nous si souvent indifférents aux exemples des sages et aux œuvres des génies, alors que nous nous extasions devant des prouesses qui n’imitent que de très loin celles de nos « frères inférieurs » ?

   Je disais que le sport exclut la fraude. Ce n’est plus tout à fait vrai. La fièvre malsaine du record dicte souvent l’emploi d’artifices malhonnêtes. Est-il besoin d’évoquer les scandales du « doping » ? Et nous avons appris la disqualification de deux championnes olympiques à qui, pour augmenter le tonus musculaire, on avait injecté des hormones mâles. Tout cela procède d’une barbarie technologique qui sacrifie les deux fins normales du sport (la santé du corps et la beauté des gestes) à l’obsession de la performance.

   Mais il y a pire. C’est précisément à une époque où les hommes, esclaves des facilités dues à la technique, n’avaient jamais tant souffert du manque d’exercice physique qu’on voit se développer cet enthousiasme délirant pour les manifestations sportives. Des gens qui ont perdu le goût et presque la faculté de marcher ou qu’une panne d’ascenseur suffit à mettre de mauvaise humeur, se pâment devant l’exploit d’un coureur à pied. Des gamins qui ne circulent qu’en pétrolette font leur idole d’un champion cycliste. Il faut voir là un phénomène de transposition un peu analogue à celui qu’on observe dans l’érotisme : les fanatiques du sport-spectacle cherchent dans les images et les récits du sport-exercice une compensation illusoire à leur impuissance effective. C’est la solution de facilité dans toute sa platitude. Admirer l’exception dispense de suivre la règle ; on rêve de performances magiques et de records pulvérisés sans bouger le petit doigt ; l’effervescence cérébrale compense la paresse musculaire.

   Le sport est une religion qui a trop de croyants et pas assez de pratiquants. Remettons-le à sa place, c’est à dire donnons-lui un peu moins d’importance dans notre imagination et un peu plus de réalité dans notre vie quotidienne.

Gustave Thibon, in « L’équilibre et l’harmonie » (Fayard – 1976)

anneaux olympiques

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
– « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > ici
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > ici
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > ici
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > ici
– « Le goût de l’aliment éternel » > ici
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > ici
– « Eglise et politique » (in « Entretiens avec C. Chabanis ») > ici

2014-20. Appelés à la sainteté.

       Avez-vous réalisé, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, que le saint temps du Carême va désormais s’approcher à la vitesse grand « V » ?
Eh oui ! Nous entrons dans le magnifique temps de la Septuagésime (cf. > ici).

   J’espère que vous n’êtes pas de ceux qui s’y prennent à la dernière minute pour prévoir leurs résolutions, leur programme d’exercices spirituels, leur priorité de pénitence en vue d’une vraie purification intérieure et leur stratégie de combat spirituel !
Pour vous inviter à y réfléchir dès à présent et vous inciter à vous attacher sans retard à la magnifique aventure spirituelle de sanctification que doit être le temps béni du Carême, je vous ai trouvé quelques lignes d’une catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI…

Patte de chat Lully.

Lumière entrant par un vitrail

frise

       « (…) Que veut dire être saint ? Qui est appelé à être saint ?
On est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination réservée à de rares élus. Saint Paul, en revanche, parle du grand dessein de Dieu et affirme : « C’est ainsi qu’Il (Dieu) nous a élus en Lui (le Christ), dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (
Eph. I, 4). Et il parle de nous tous.
Au centre du dessein divin, il y a le Christ, dans lequel Dieu montre son Visage : le Mystère caché dans les siècles s’est révélé en plénitude dans le Verbe qui s’est fait chair. Et Paul dit ensuite : « Car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la plénitude » (
Col. I, 19).
Dans le Christ, le Dieu vivant s’est fait proche, visible, touchable, il s’est fait entendre afin que chacun puisse puiser de sa plénitude de grâce et de vérité (cf. 
Johan. I, 14-16). C’est pourquoi toute l’existence chrétienne connaît une unique loi suprême, celle que saint Paul exprime dans une formule qui revient dans tous ses écrits : en Jésus Christ.

   La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s’unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements.

   La mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l’Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne. C’est être conformes à Jésus, comme affirme saint Paul : « Car ceux que d’avance Il a discernés, Il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils » (Rom. VIII, 29). Et saint Augustin s’exclame : « Ma vie sera vivante toute pleine de Toi » (Confessions, 10, 28).(…) »

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI,
extrait de la catéchèse de l’audience générale du 13 avril 2011.

frise

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