Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2014-116. Le Noël de celui qui n’est pas venu.

- Conte de Marie Noël -

Soir de la Nativité de Notre-Seigneur,
jeudi 25 décembre 2014 au soir.

Agnolo Bronzino - Adoration (détail 2)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Pour beaucoup de nos contemporains, qui ont commencé à fêter Noël avant Noël, au soir du 25 décembre, la fête est terminée… avec un sentiment de saturation et de lassitude hépatique pour, souvent, avoir trop bu et trop mangé.

   Pour les chrétiens qui vivent la fête de la Nativité en esprit et en vérité,  et pour lesquels la fête est – avant toutes autres choses – spirituelle, cette fête est loin d’être achevée au soir du 25 décembre ; tout au contraire, la fête vient tout juste de commencer, et va durer huit jours : c’est l’octave de la Nativité.

   Je vous souhaite donc, Amis lecteurs, une sainte fête de la Nativité et je veux particulièrement remercier tous ceux qui nous ont envoyé des messages, des cartes, des courriels, des présents et des offrandes, pour soutenir le Refuge Notre-Dame de Compassion, …etc.
Pendant tout ce temps de la Nativité, vos personnes et vos intentions sont présentées d’une manière très spéciale au Coeur doux et humble de l’Enfant Jésus en Sa crèche, et à l’intercession de Sa Très Sainte Mère, si compatissante à toutes nos nécessités : qu’ils vous protégent, vous gardent et vous bénissent !

   Je n’en dis pas davantage pour ce soir, et vous laisse méditer un très beau conte de Noël que nous devons à cette merveilleuse poétesse que fut Marie Noël…

Lully.

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Agnolo Bronzino - Adoration (détail 1)

Le Noël de celui qui n’est pas venu :

       La veille de Noël, la vieille Mère Rachel se prépara comme tous les ans à conduire tous ses fils à la Crèche.
Elle appela ses trois fils préférés : Simon, celui qui travaillait la terre ; Lazare l’ouvrier forgeron ; et André, celui qui allait encore à l’école.

   Elle avait aussi un autre fils, né d’un autre lit.
C’était un homme qui avait énormément travaillé et beaucoup épargné pour aider sa mère Rachel à élever ses trois petits frères. Il avait aussi reconstruit et entretenu de ses deniers la maison familiale et il continuait toujours à donner généreusement.
Pourtant, ses frères ne l’aimaient pas. Ils lui enviaient ses capacités à faire le bien ; ils en étaient jaloux. Aussi le tenaient-ils à l’écart et n’hésitaient pas à le railler quand ils le croisaient en chemin.

   En cette veille de Noël, Rachel frappa à sa porte.
« Jean  dit-elle, je pars tout à l’heure adorer le Seigneur Jésus. Mais la route est un peu longue jusqu’à Bethléem et je n’ai pas assez de vivres. Peux-tu me donner des provisions ? »

   « Voici mes clefs, répondit Jean, celle du grenier, celle du cellier, celle de la cave. Prends tout ce qu’il te faut et même plus. Mes frères ne doivent manquer de rien pour ce beau voyage qui sera une grande fête ! »

   Sa mère prit les provisions et s’en fut mais aussitôt elle revint…
« Le manteau de ton frère Simon est râpé, il aura froid en route, donne-moi un vêtement pour lui. »

   « Prends mon manteau, ce sera pour moi une grande joie de savoir mon manteau aller à Bethléem sur les épaules de mon frère ! »

   Mère Rachel prit le manteau mais revint encore.
«  Les souliers de ton frère Lazare ont de bien mauvaises semelles. Tu ferais bien de m’en donner une paire pour lui. Tu en as une de rechange et il fait ta pointure. »

   « Prends mes souliers du dimanche, ce sera une grande joie pour moi de savoir mes souliers neufs aller à Bethléem aux pieds de mon frère ! »
Mère Rachel s’en fut avec les beaux souliers et le bruit du départ s’éleva dans la cour.

   Alors, Jean parut timidement sur le seuil.
« Mère Rachel, dit-il, ne m’emmènerais-tu pas avec vous pour adorer l’enfant Jésus à la Crèche ? »

   Mais aussitôt les frères s’indignèrent : « Tu es trop vieux pour nous suivre, tu nous retarderais en plus tu n’es pas vraiment de la famille. Et puis, tu es riche et Dieu n’aime pas la richesse. »

   Jean retira de son doigt un petit anneau d’or : « Tiens, dit il à son frère André, prends mon anneau, tu le remettras en cadeau de fête à notre Petit Seigneur. »

   « Non, répondit André, ton or ne vaut rien devant Lui. »

   « C’est vrai, dit humblement Jean. Alors, porte mon coeur à Jésus pour qu’Il me fasse miséricorde. »
Les frères se moquèrent de lui…
Jean baissa la tête parce qu’il se sentait rejeté de la grâce de Noël.

   La Mère Rachel partit avec ses fils préférés.
Quand ils arrivèrent à Bethléem, ce fut une grande fête à la Crèche. Mère Marie et Mère Rachel étaient si contentes de se revoir ! C’est qu’elles se connaissaient de longue date!

   Rachel présenta ses garçons : « Les voici, dit la vieille mère. Celui qui a la faucille, c’est Simon ; celui qui le marteau, c’est Lazare ; celui qui n’a qu’un livre, c’est André. N’est-ce pas qu’ils sont jeunes et forts et plein de courage ! »

« Ne manque-t-il pas quelqu’un ? » demanda Marie.
« Personne ! » dit André ;
« Seulement le riche ! » poursuivit Lazare.
« Rien que le vieux ! » expliqua Simon.

   « De si haut où je demeure, je ne connais les humains que par leur nom d’humain. Et je connais Jean, âme de bonne volonté. Mais pourquoi n’est-il pas venu ? », questionna Marie…
La question de Marie resta sans réponse ; alors, elle se tourna vers Jésus et murmura : « Ah ! Petite bouche de Dieu, jusqu’à présent tu n’as guère parlé qu’à des sourds et tu parleras, j’en ai peur, à bien des sourds encore. »

   Puis, elle l’assit sur ses genoux pour recevoir selon l’usage les offrandes. Les trois fils se prosternèrent et offrirent leurs présents : une faucille pour Simon et sa peine des quatre saisons ; un marteau pour Lazare et sa fatigue de toute la semaine ; un livre pour André et l’espoir de l’établissement d’une cité plus juste en détruisant les cités injustes.

   Le regard de Jésus semblait triste.

   Alors, Mère Rachel prit l’anneau qu’elle avait caché près de son coeur sous son vêtement. Elle déposa aussi le bon manteau qu’avait porté Simon, les chaussures qui avaient servi à Lazare et une part de provisions.
L’anneau luisait d’une grande lueur et le Petit Seigneur riait, tendant les mains à sa lumière comme un enfant s’amuse avec une belle flamme de feu.

   Marie dit doucement : « Je te remercie, Mère Rachel et je remercie tes fils d’avoir apporté au mien des présents d’un tel amour. Car, en vérité, on sent plus d’amour dans un seul de ces vêtements que dans le travail de toute une vie. A l’an prochain, Mère Rachel. Retournez à la maison et allez dire à Jean : « Celui qui a été béni à la Crèche, c’est celui qui n’est pas venu. »

   Souvenez-vous, que sert à l’homme de perdre l’Amour ?

Marie Noël.        

Agnolo Bronzino L'adoration des bergers 1539-40

Agnolo Bronzino : Adoration (1539-40) 

Autres contes en rapport avec le temps de Noël :
- Merveilleuse visite de l’Epiphanie > ici
- « La dernière visiteuse » (J. et  J. Tharaud) > ici
- « Te hominem laudamus » (Marie Noël) > ici
- La légende de la sauge > ici

B.D. « Pourquoi ? » > ici

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2014-115. « C’est Noël, mais ce n’est plus la Nativité du Seigneur ».

Mardi 23 décembre 2014,
227 ème anniversaire du rappel à Dieu de
la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin (cf. > ici).

Lanterne de Noël

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Plus que quelques heures avant la Sainte Nuit « où l’Homme-Dieu descendit jusqu’à nous, pour effacer la tache originelle et de Son Père apaiser le courroux ».
Mais le monde entier tressaille-t-il vraiment d’espérance, quand tout concourt à submerger les plus nobles et les plus saintes aspirations spirituelles de l’homme sous un amoncellement indécent de produits de consommation ?

   Sans doute, nous le savons bien, il y a encore – en quelques îlots de Chrétienté – des hommes agenouillés qui attendent leur délivrance, mais où est le « peuple à genoux », en « cette nuit qui lui donne un Sauveur » ?
Quand on sait que les conducteurs du peuple chrétien eux-mêmes, pour ne pas déranger des « fidèles » – dont on ne sait pas vraiment s’ils ont la foi et méritent ce nom – réduisent la jadis si populaire « Messe de Minuit » en rien d’autre qu’une banale « messe anticipée » célébrée à une heure qui ne gênera pas le repas du soir, lequel n’est plus un réveillon, même si on lui conserve encore ce nom…
On trouve que la Messe est longue si elle dure une heure et quart, mais on ne craint pas de rester des heures et des heures à table ! « Leur fin sera la perdition : leur dieu, c’est leur ventre ! » (Philip. III, 3a).

   J’en étais là de mes réflexions, lorsque j’ai lu sur le très excellent site « Benoît et moi » de notre amie Béatrice, un article intitulé : « Noël, la fête sans joie », qui rejoignait et renforçait mes douloureux pensers.
Béatrice – qu’elle en soit vivement remerciée – m’a très volontiers autorisé à reproduire pour mon propre blogue ce qu’elle a écrit, ainsi que la traduction qu’elle publie d’un texte italien d’Antonio Mastino, homme d’une remarquable lucidité, qui ne pratique pas la langue de bois.
Vous trouverez ces deux textes ci-dessous…

   De vieilles traditions disent que, dans la Sainte Nuit de Noël, les animaux parlent au moment de la Naissance du Fils de Dieu. Mais alors qu’autrefois on racontait que ceux qui entendaient leurs conversations seraient punis et mouraient dans l’année, moi, aujourd’hui, je vous demande d’écouter attentivement la voix d’un humble chat monastique (qui ne parle d’ailleurs pas qu’à Noël), pour faire en sorte que Jésus soit vraiment à la première place dans votre coeur et dans tous les actes concrets de cette fête de Sa Nativité, afin que vous ayez la vie – Sa vie – en plénitude !

Lully.

Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu

« Il est venu chez les siens, et les siens ne L’ont pas reçu… »

« Noël, la fête sans la joie »
Les réflexions de Béatrice

   « Noël, selon les médias, c’est à peu près ça :

¤ Avant : joie factice des illuminations et des marchés de Noël avec leur quincaillerie venue de Chine. Consommation effrénée (même en temps de crise !). Publicités débiles. Course aux cadeaux inutiles et laids, faits sans amour, et qui ne feront plaisir à personne. Préparatifs culinaires autour de recettes délirantes à bases d’ingrédients (autrefois) coûteux que les hypermarchés proposent en version low cost  »pour que même les plus modestes puissent faire la fête« .

¤ Pendant : Stress. Gaspillage inouï. Gabegie ! Grande bouffe. Crise de foie. Gueule de bois. Urgences des hôpitaux bondées.

¤ Après : Revente des cadeaux sur internet. Queue devant les services après-vente des magasins. Vide, écœurement. 

En attendant de remettre cela la semaine suivante.

Ils n’oublient pas de nous rappeler qu’il s’agit d’une fête non-chrétienne, renvoyant aux saturnales de l’antiquité.
A voir ce qu’ils en ont fait, on n’a aucun doute. Et c’est la preuve que l’on régresse vers la barbarie.

Vient alors, pour les moins jeunes, la nostalgie des Noëls d’autrefois, où l’on parlait encore de « Nativité ». »

Etoiles

Enfant Jésus vandalisé

Enfant Jésus vandalisé dans une crèche d’Italie…

« C’est Noël, mais ce n’est plus la Nativité du Seigneur »

Réflexions d’Antonio Mastino sur son blogue : www.papalepapale.com/cucciamastino
(extraits : le texte complet est à lire > ici)

   « (…) Pourquoi Noël est-il devenu une fête si triste ? Depuis quand ? 

Pourtant, dans les vieilles histoires du monde rural entendues lues ou vécues, nous avons la preuve qu’autrefois, il n’en était pas ainsi, on respirait un parfum plein de poésie domestique, des petites choses qui en faisaient un jour saint et joyeux, joyeux parce que saint ; c’était une fête pauvre, des pauvres, où même la pauvreté, endimmanchée, prenait une apparence d’abondance. C’était un moment d’intimité familiale, communautaire : de sérénité, où le train-train quotidien était suspendu. C’était la Nativité.

Puis nous avons décidé que la Nativité était «Noël», et donc devait être l’étalage de l’opulence, de l’excès, du somptueux, représentation burlesque de bonheur avec des scénarios de dessins animés que nous fournissait directement la publicité, de ce qui est simulation et donc hypocrisie. Alors, Noël est devenu triste et ennuyeux : le soir de Noël nous sommes tous stressés – parce que c’est une journée de stress pire que les autres – déprimés, et nous nous demandons, une boule dans ma gorge, « on fait quoi, maintenant ? ». Après le repas, plein de conflits refoulés, de visages douloureux à cause des sourires forcés, d’implosion neurasthénique, c’est le moment du vide.
Peut-être est-il bon que cette crise économique nous réduise petit à petit à la pauvreté pour retrouver la valeur des petites choses, petites et pauvres, mises ensemble et en habits de fête. Redécouvrir ce qui est important, les affections ; mais il faut que ce soit à nouveau la Nativité et non plus Noël.

Pour la Nativité, autrefois, la famille se réunissait autour de la cheminée, famille élargie et archaïque, composée des parents, enfants, petits-enfants, grands-parents, quelque tante célibataire, quelque vieux parent resté seul et adopté : ils se réunissaient sous le même toit que les autres jours aussi ils habitaient ensemble.
Aujourd’hui, ce n’est plus la Nativité, mais c’est Noël, on cherche à réunir dans un climat de tension qui pourrait exploser à tout moment, renversant les tables, parents séparés, divorcés, nouveaux conjoints, troisièmes épouses, seconds maris, fils du neuvième lit de la seconde compagne, concubins, enfants indifférents qui à table continuent à pianoter sur leur smartphone, frères aux vies indécentes qui détestent Dieu et blasphèment la Sainte Vierge, fiancées provisoires avec les enfants de qui sait qui, tant de solitudes en foule. Des étrangers, pratiquement. Quant aux grands-parents, ils sont dans un hospice. Pour se sauver du sentiment de culpabilité on leur rend visite le jour d’avant la veillée, parce que le 24, il faut préparer, faire les courses, et à Noël, on a des invités.

C’est cela Noël ! Le moment où nous restons seuls face à nos vies sécularisées, et en ressentons le vide hallucinant. Et la solitude imbibée de tristesse devient dépression. Et c’est pourquoi nous devons nous demander, fini le somptueux dîner « et maintenant je fais quoi ? » (…).

Il a raison, Franco M. (note : un lecteur du blogue d’Antonio Mastino) :
Transformer la fête de la Nativité du Seigneur (c’est ainsi que nous devrions l’appeler pour la distinguer de Noël) en un moment commercial ne pouvait pas durer : quand il n’y a plus d’argent, il ne reste que la tristesse et la déception. Peut-être que revenir à la fête «pauvre» est quelque chose de providentiel et peut-être que nous reviendrons au vrai sens de cette fête.

Eh oui ! Tandis que je marche dans la ville ou lis les journaux sur internet, partout, je vois des images terribles.
Cette année, dans chaque partie d’Europe, même ici, en bas de chez moi, des anonymes vont détruire les crèches, et décapiter les personnages, « pour laisser Marie seule avec le bambinello parce que c’est une mère lesbienne, Joseph est un pédé comme nous et Jésus est né dans une éprouvette », explique un idéologue de LGBT.
Plus loin, en Orient, le patriarche dit que « pour la première fois dans notre histoire, nous ne pouvons pas célébrer la Nativité » et il pleure en disant cela : là-bas, ils sont déjà au Golgotha ; les chrétiens, ils les tuent tous, les islamistes.
C’est le Noël de Satan, ce n’est pas la Nativité de Notre-Seigneur.

Enfants, nos parents nous emmenaient devant la crèche et nous expliquaient qui étaient ces personnage, et nous étions remplis d’émerveillement.
L’autre soir, je vois dans la crèche à côté de chez moi, construite à l’intérieur d’un monument historique, des enfants, comme je l’étais il y a plusieurs années, qui jouaient aux quilles avec les statues : celui qui faisait tomber le plus de bergers gagnait. Puis ils sont passés directement aux pétards. Mais ils n’ont pas réussi à faire sauter l’enfant.

Ce n’est plus la Nativité, vraiment. C’est Noël.
Désolé si je ne vous fais pas de souhaits et vous dis plutôt : Penitenziagite, Penitenziagite, PENITENZIAGITE ! (Poenitentiam agite : faites pénitence !) »

Lanterne de Noël

2014-114. « Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique ».

Dimanche de « Rorate », 4ème de l’Avent,
21 décembre 2014, au soir.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   En ce quatrième dimanche de l’Avent, dans sa prédication, Monsieur l’Abbé Henri V. a donné une suite à son sermon de dimanche dernier (cf. > ici).
Je sais que beaucoup d’entre vous ont apprécié ce texte et je ne doute donc pas que vous serez tout aussi nombreux à lire avec attention et à méditer ces enseignements…

                                                          Lully.

Willem van Herp - la Visitation, 1659

La Visitation – Willem van Herp (1614-1677)

Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu
et la mettent en pratique !

Homélie de Monsieur l’Abbé Henri V.
à l’occasion du dimanche de « Rorate » 21 décembre 2014 :

       Après avoir considéré la Foi comme l’adhésion surnaturelle à la Parole de Vérité reçue de Dieu, il convient d’insister sur la nécessité de vivre la Foi en tant que Parole de Vie, et de conformer sa vie de tous les instants à la grâce de son baptême : à cette condition, le croyant est véridique, cohérent et fidèle, de sorte que le Christ peut effectivement développer en lui la justice de sa grâce et en faire un authentique chrétien disposé à la sainteté.
Celui qui prétend être religieux alors qu’il se complaît dans une Foi dont il n’accomplit pas les oeuvres – les oeuvres de lumière – , ne peut pas plaire à Dieu, et s’illusionne dans une religion vaine et stérile.

   Puisque la Foi est lumière, elle ne se contente pas de montrer la route, elle ne s’arrête pas à la connaissance de la Vérité révélée. Elle n’en reste pas au point de s’en tenir à une théorie abstraite, ce qui la réduirait soit à une idéologie faite de formules et de slogans sans aucune sagesse de vie, soit à une religion formaliste imposant une morale communautaire de contraintes et d’interdits sans aucune liberté d’amour.
La Foi n’est pas auto-suffisance, ni passeport de bonne pensée, ni lettre morte. Au contraire, puisqu’elle procure la vie éternelle, elle ouvre la voie, elle met en route sur le chemin du Royaume, elle inspire la force de l’Espérance et la ferveur de la Charité, elle souffle l’esprit des Béatitudes. La Foi est esprit vivifiant, vertu d’agir, puissance au bien, dynamisme de sainteté.
La fidélité du croyant implique la présence et l’activité de la grâce, avec la recherche continuelle de la perfection chrétienne au sein des innombrables occupations quotidiennes, même les plus humbles, toutes, accomplies avec le Christ.

   Pour les Anciens et nos Premiers Pères dans la Foi, eux qui, par la fougue sacrée de leur conversion résolue, ont répandu l’Evangile, édifié l’Eglise et fait la Chrétienté, c’était un devoir d’honneur et de fidélité : ils auraient perçu les fautes contre la Foi et la Charité comme un retour à leur ancien paganisme et une trahison à l’amour que Dieu leur avait offert. Plus encore, parce qu’ils avaient une pleine conscience de leur nouvel état, ils ne pouvaient imaginer qu’un chrétien ne conforme pas sa vie à ce qu’il était devenu au baptême : un racheté, un élu, un enfant de Dieu, un héritier et un citoyen du Ciel ; un homme juste et saint, aimant et vivant désormais non pas comme un homme ordinaire, mais selon le Christ.

   Avouons-le : cet idéal déroute nos contemporains pour lesquels la religion n’engloberait pas tout l’homme ; ils peinent à croire que l’action du Christ puisse purifier, guérir, habiter, élever et sanctifier l’intégralité de notre nature.
En Eglise aussi beaucoup de pratiquants séparent la religion de l’ensemble de leurs préoccupations, empêchant ainsi la grâce d’embrasser et d’imprégner toute leur existence.
Le naturalisme est le grand fléau de notre époque : les catholiques y perdent la raison même de leur Foi.

   En créant l’homme dont il réparera le péché, Dieu a choisi de l’adopter comme son fils. Aussi, pour révéler le mystère de cette surprenante élévation à l’intimité divine – objet d’une miséricorde infinie – la Providence a pris soin de marquer l’avènement du Messie par des évènements significatifs.
Ainsi, aux premières lueurs du Salut, des Rois Mages, venus de la lointaine Orient, apparaissent comme les témoins inattendus de la vocation à la lumière d’en-haut. Prémisses de la Foi et modèles de sagesse, ils scrutent le ciel, voient l’étoile, croient, se mettent en route et suivent la voie tracée devant eux ; puis ils adorent et offrent leurs présents à l’Enfant nouveau-né qu’ils reconnaissent comme Dieu, Roi et Sauveur de l’humanité. Leur étonnante entrée sur la scène de l’Eglise naissante figure le dessein de Dieu d’inviter tous les hommes au Banquet nuptial, bons ou mauvais, croyants ou non, et, à cette fin, de les transformer intérieurement par le don de la Foi et l’action de la grâce.

   Ouvrons donc l’Evangile.
Nous y voyons tout d’abord Jésus déclarer avec autorité qu’Il n’est pas seulement la vérité, mais aussi la vie sans laquelle tout est perdu.
Ensuite Il annonce la nécessité de cette renaissance dans l’eau et l’esprit, explique à ses disciples que le croyant possède déjà la vie éternelle, que le Royaume des Cieux est déjà parvenu en eux, les exhortant à la perfection ; tandis qu’Il condamne ceux qui, installés dans une religion de façade, imposent aux autres de lourds fardeaux.
Enfin, et nous touchons là à l’un des aspects les plus beaux de l’Evangile, Jésus prouve la vérité de sa religion et la réalité de sa filiation divine en accomplissant les oeuvres de son Père.
Et que sont-elles ces oeuvres ?
Ce sont les oeuvres du Messie annoncées dans l’Ancien Testament et relatées ici comme l’histoire illustrée du Salut parmi les hommes : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Matth. XI).

   Dans les épîtres, les Apôtres développent ce programme évangélique de guérison spirituelle et de justice qui s’incarne dans la Charité. Saint Jacques, en quelques mots choisis, résume ainsi : « La religion pure et sans tâche aux yeux de Dieu le Père, la voici : c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse et de se préserver des souillures de ce monde » (Jac. I, 27).
Tel est le secret d’une authentique sainteté : l’union à Dieu par la Foi, une Foi sûre et éclairée, celle-ci entraînant l’adhésion de sa vie à la vérité de sa vocation.

   Chef d’oeuvre de la grâce, la Vierge immaculée donne la parfaite illustration de ce dynamisme de la Foi et de la Charité dont le fruit est Jésus-Christ habitant parmi nous. Marie a spontanément cru à la Parole de Dieu, et, parce qu’elle a cru, elle a adhéré aux desseins du Père dont elle a permis la réalisation : c’est ainsi qu’elle a conçu, enfanté, mis au monde et nourri le Fils du Très-Haut. Cependant, en empruntant la charité fraternelle à l’amour de Dieu, la Sainte Vierge s’empressera d’aller visiter sa cousine Elizabeth et, plus tard, elle prendra soin du vin au banquet des Noces de Cana, donnant ainsi le visage d’une religion accomplie ô combien aimable !

   N’est-ce pas pour célébrer ce Mystère de Marie, mais aussi pour proclamer l’oeuvre admirable de notre justification dans le Christ que l’Eglise, à l’approche de Noël, reprend ces paroles du prophète : « Cieux, répandez d’en-haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste ! Que la terre s’entrouvre et fasse germer le Sauveur ! » (Isaïe 45, 8) ?

   J’entends bien l’objection de celui qui me mettra en face de ma propre misère et soulèvera l’incapacité de l’humaine condition, nous renvoyant à la triste réalité de nos iniquités. Comment donc concilier notre faiblesse et notre inconstance avec l’idéal de sainteté ?
Nous répondons que la puissance de Dieu opère justement dans la faiblesse, à la mesure de l’humilité et de la contrition, et que l’espérance reçoit de l’Evangile de la Rédemption l’assurance d’un pardon toujours plus efficace pour un amour toujours plus intense.

   Le croyant est optimiste, de l’optimisme de la grâce : il se sait aimé de Dieu et sauvé par Jésus ; sa religion lui inspire les plus grands désirs. Voilà pourquoi Noël déborde tant de joie, chante la gloire de Dieu au plus haut des cieux et la paix sur terre aux hommes de bonne volonté !
Noël, c’est la grâce de naître, de vivre et d’aimer en enfant de Dieu, c’est la grâce d’être délivrés de tout mal et d’être appelés au Royaume des Cieux.
Reconnaissant donc la dignité d’une si sublime vocation, vivons et grandissons auprès du Christ, parce qu’Il est le Bon Pasteur venu nous emmener au-delà de nos propres limites jusqu’au sein du Père, là où la vie éternelle ne connaîtra ni pleurs ni larmes, là où tant d’efforts seront récompensés, là où la Foi sera dissipée par la vive clarté de la vision béatifique et où la grâce laissera la place à la gloire.

   Les premiers chrétiens, habités par le souvenir récent de Jésus, possédaient la jeunesse et la passion de l’amour tout neuf. Mais nous, fatigués sous le poids des désarrois et confrontés à la vieillesse d’un monde archaïque envahi par une culture de mort, comment pouvons-nous fortifier et renouveler notre Foi dont le témoignage a la puissance d’inverser le cours d’une histoire plus sombre que jamais ?

   L’ultime solution réside encore et toujours dans la confiance ; il ne resterait que la confiance, elle suffit : en remettant avec ferveur et sans crainte notre pauvreté, rien que notre pauvreté, toute notre pauvreté, entre la douceur et l’humilité du Cœur de Jésus, trésor de bonté. Car, n’est-ce pas de ce Dieu qui apparaît avec la plénitude de sa miséricorde que nous recevons, pieusement, le don précieux de la fidélité ?

Carlo Maratti vers 1650 la Sainte Nuit (Dresde)

La Sainte Nuit – Carlo Maratti (1625-1713)

2014-112. « Bienheureux ceux qui croient à la Parole de Dieu, et qui marchent à la lumière de la Foi ! »

Dimanche de Gaudete 14 décembre 2014 au soir.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Je ne veux pas achever ce jour sans vous adresser le texte de l’homélie prononcée ce dimanche matin par Monsieur l’Abbé Henri V., à l’occasion de la Grand’ Messe célébrée selon le rite latin traditionnel, en l’église de C.
Frère Maximilien-Marie m’en a rapporté le texte dont la lecture m’a enchanté, tout comme son audition avait énormément plu à notre Frère : je ne doute pas qu’un grand nombre d’entre vous saura l’apprécier et tirer un grand profit spirituel de sa méditation…

Lully.

Charles le Brun le triomphe de la foi - Vaux le vicomte 1658-60

Le triomphe de la Foi
Charles Le Brun – Vaux-le-Vicomte (1658-60)

Bienheureux ceux qui croient à la Parole de Dieu,
et qui marchent à la lumière de la Foi !

Homélie de Monsieur l’Abbé Henri V.,
à l’occasion du dimanche de « Gaudete » 14 décembre 2014

       Parmi les grâces que nous apporte la célébration de Noël : ô combien précieuse et nécessaire, la grâce d’une Foi toujours plus vive et plus ferme, toujours plus grande et plus éclairée.

   La Foi est un don du ciel que Dieu offre ici-bas à tous les hommes de bonne volonté en vue de leur salut.
Au fondement et au cœur de l’Alliance éternelle entre Dieu et les hommes, elle consiste principalement à croire que Jésus-Christ est le Verbe consubstantiel et le Fils unique de Dieu, venu sur terre, revêtu de notre humanité, afin de sauver le genre humain déchu par le péché, né de la Vierge Marie, et dont Noël célèbre la naissance miraculeuse et merveilleuse.

   Durant les siècles d’attente de l’Ancien Testament, les hommes étaient justifiés par la Foi au Messie à venir ; depuis Noël, ils sont désormais sauvés et sanctifiés par la Foi en Jésus-Christ qu’ils reconnaissent comme le Messie, le Rédempteur du genre humain, le Roi des nations, la Lumière d’En-Haut qui éclaire tout homme venant en ce monde.

   Il est surprenant qu’en nos temps où se répandent de plus en plus les ténèbres soit de l’apostasie, soit de l’indifférentisme, soit de l’ignorance, à l’heure où les institutions ecclésiales parlent tant de nouvelle évangélisation, les ministres de l’Eglise semblent en oublier l’objet essentiel, lequel consiste en la prédication de la Foi, de la Foi qui sauve et procure la vie éternelle.

   Et quant à nous ?
Je voudrais, vous voudriez – n’est-ce pas ? – que, l’âge avançant, nous puissions témoigner avec l’Apôtre, animé à la fois par l’audace de l’humilité et la confession de la Vérité : « J’ai combattu le bon combat, j’ai accompli mon ministère, j’ai gardé la Foi. Il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne de justice, qu’en ce jour-là me donnera le Seigneur, le juste Juge, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront attendu avec amour Son avènement » (2 Tim. IV, 7-8) !

   Pourquoi insister ainsi sur la Foi ?
Mais parce que la Foi, c’est la vie ; parce que la Foi, c’est la lumière ; parce qu’elle est la pensée même de Dieu. La certitude en face du doute ; la réponse à toutes les interrogations ; le remède aux illusions et aux mensonges, aux slogans et aux idéologies. Elle est la plus haute consolation parmi les tristesses ; elle est la seule vraie lumière qui montre la route, toutes les autres lumières sont caduques, relatives, conjecturales…

   Ainsi, comment ne pas être lassé par ces mêmes mots qui reviennent sans cesse dans le discours moderne : amour, partage, accueil, miséricorde, communion, lorsque ces mots, que n’éclaire plus la lumière de la Foi, se trouvent vidés de leur propre substance ?
Il y a une sorte de détournement de l’Evangile, qui est pire que sa négation.

   Ouvrons le Nouveau Testament : on s’apercevra vite que, dans l’enseignement de Jésus, la vertu de Foi revêt une importance capitale.
Jésus admire la Foi, récompense la Foi, donne à la Foi de faire des miracles, reproche la lenteur à croire, prédit la condamnation de ceux qui n’auront pas cru, promet à la Foi de faire jaillir des fleuves d’eau vive, Se demande si à Son retour Il trouvera la Foi sur terre.
Surtout, Il annonce que celui qui croit possède déjà la vie éternelle.

   Quant au contenu de la Foi, il ne s’agit pas d’un ensemble plus ou moins vague, ou abstrait, de notions aux contours imprécis, susceptibles d’évoluer comme le sont les opinions humaines voire les hypothèses scientifiques, mais d’un corps de doctrine cohérent et définitif.
C’est pourquoi, ainsi que l’a énoncé Saint Athanase sous un mode solennel en tête de son symbole (texte complet du symbole de Saint Athanase > ici) : « Quiconque veut être sauvé doit avant tout adhérer à la Foi catholique ». Et le grand Docteur poursuit : « Quiconque ne l’aura pas gardée dans son intégrité inviolable périra sans aucun doute pour l’éternité ».
Insistons sur ce point que nos contemporains ont tendance à oublier.

   La grandeur de l’objet de la Foi se mesure non à son importance dans la vie humaine au risque de le réduire à un sentiment ou à une expérience subjective, mais à son caractère proprement surnaturel.
Réduire la Foi, en ne lui accordant qu’une valeur subjective, voilà le péché du monde moderne ; il ne faut pas chercher plus loin la cause de ses maux.

   La Foi consiste à adhérer à la Vérité divine que Dieu révèle.
Dès lors, dans mon acte de Foi, mon intelligence ne rend pas hommage à sa propre croyance, mais à la transcendance de la Vérité incréée.

C’est pourquoi la plus légère atteinte au contenu de la Foi catholique est une offense qui remonte à Dieu Lui-même. Une des conséquences sera que le péché contre la Foi – l’hérésie – est le plus grand de tous : contredire la Parole divine elle-même détruit en nous la lumière de la Foi qui unit à Dieu.

   La lumière de la Foi nous introduit dans un monde de vérité absolue, fondée sur la Parole du Verbe de Dieu. De sorte que le chrétien qui a la Foi possède infailliblement la vérité et vit avec la certitude d’être dans le vrai. Dans notre condition de « voyageurs » – homo viator – sur cette terre, certes, l’obscurité qui nous enveloppe peut susciter quelque doute, mais la confiance en la Parole de Dieu est plus forte que nos craintes.

   A celui qui n’a pas la Foi, ou pour lequel il n’y a pas de vérité, protestant que chacun a sa propre vérité – toute relative en conséquence – , qui nous reprochera même notre prétention et notre autosuffisance de paraître les seuls à détenir la vérité, nous lui répondrons que c’est la vérité reçue de Dieu, que ce n’est effectivement pas notre vérité, que nous n’en sommes pas les possesseurs ni les auteurs évidemment.
Nous conviendrons peut-être avec lui que la vérité nous dépasse infiniment, qu’elle nous restera toujours profondément mystérieuse.
Mais lorsque le Seigneur vient jusqu’à nous, nous dévoiler Son mystère et nous parler, alors la raison humble servante, écoute, reçoit, apprend ; et puis, elle pénètre et contemple, cherche à progresser : Crois pour mieux comprendre, et comprends pour mieux croire !

   C’est ce à quoi nous nous appliquerons de grand cœur auprès de la crèche, devant l’avènement du Fils de Dieu et la naissance du divin Enfant de la Vierge Marie : nous serons de plus en plus sûrs et certains de ce Dieu qui nous apparaît de plus en plus mystérieux !

Bienheureux ceux qui croient à la Parole de Dieu, et qui marchent à la lumière de la Foi !

Charles le Brun - adoration des bergers - 1689 (Louvre)

L’adoration des bergers
Charles Le Brun – Musée du Louvre (1689)

Articles connexes :
Histoire de la dévotion à la crèche > ici

Neuvaine préparatoire à la Nativité, du 16 au 24 décembre > ici
« Ero Cras » - le sens des grandes antiennes « O » > ici
« Le mystère de Noël »
 - Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) > ici
« Pourquoi ? » (Bande dessinée) > ici
« Chemin de Bethléem, école d’oraison » > ici

2014-111. A propos de l’expression « repos éternel »…

Vendredi 12 décembre 2014,
fête de Notre-Dame de Guadalupe (cf. > ici).

Lever du jour au Mesnil-Marie - vendredi 12 décembre 2014

Lever du jour, au Mesnil-Marie, ce vendredi 12 décembre 2014.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Je ne veux pas vous écrire moi-même longuement aujourd’hui, mais je voudrais vous partager ce texte rédigé par notre Frère Maximilien-Marie à propos de l’expression « repos éternel » qui revient si couramment lorsque l’on prie pour les défunts, et qu’il a écrit intentionnellement à cette date du 12 décembre qui est le jour anniversaire du trépas de son grand-père auquel beaucoup de choses le liaient.
Je vous laisse le découvrir, et méditer.

                                         Lully.

frise

       « L’expression « repos éternel » me semble d’une telle ambigüité qu’elle me pousserait parfois à des mouvements d’humeur proches de la révolte.
Je m’explique.

   Il est bien vrai que, depuis des siècles, la Sainte Eglise notre Mère, dans ses formules liturgiques inspirées, nous fait utiliser le mot de « repos » pour parler de la vie éternelle bienheureuse.
Sans doute cette notion de « repos » vient-elle alors marquer l’opposition avec le lieu du tourment sans fin qu’est l’enfer : cette « géhenne de feu, où leur ver ne meurt point et leur feu ne s’éteint pas » (cf. Marc. IX, 46-47).

   Dans le canon romain, au memento des défunts, nous prions pour que Dieu accorde à nos défunts « locum refrigerii, lucis et pacis : le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix ».
Le mot latin « refrigerium », en effet, se traduit littéralement par « rafraîchissement », et on le trouve chez Tertullien pour désigner le Ciel des bienheureux.
Ce simple mot de « refrigerium : rafraîchissement » fait image : mentalement, ne nous représentons-nous pas spontanément le voyageur qui a longtemps marché sous le soleil et qui peut faire halte à l’ombre, près d’une source bienfaisante ?
Il y a donc dans ce « locum refrigerii » du canon romain, l’idée implicite du repos au sens de la réfection des forces.

   Sans doute encore peut-on trouver dans cette notion de « repos éternel » un écho des paroles mêmes de Notre-Seigneur : « Venez à Moi, vous tous qui êtes à la peine et qui ployez sous le fardeau, et Je vous soulagerai. Prenez sur vous Mon joug et apprenez de Moi que Je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matth. XI 28-29).

   Enfin, cela ne nous renvoie-t-il pas aussi au si consolant psaume XXII qui décrit le Seigneur Dieu sous les traits d’un Bon Pasteur qui fait reposer son troupeau aimé en de grasses prairies ?

   Mais de là à s’imaginer que l’éternité qui nous est promise sera une espèce de farniente, où, alanguis sur de confortables divans, nous somnolerons dans un « nirvâna » de l’esprit et des sens, un peu comme si nous étions « shootés »… Non ! Mille fois non !
Devant une telle perspective, tout mon être s’insurge et proteste !

   Ce n’est pas de ce repos-là dont mon âme, mon esprit et mon corps (car je crois à la résurrection de la chair et je sais que mon corps participera au bonheur céleste) ont besoin.
Pour moi, cet éternel repos en Dieu auquel je tends, auquel j’aspire, sera débordant d’activité et d’activités.
Des activités intérieures et même physiques – puisque mon corps ressuscité participera pleinement de l’action intérieure, qui n’aura alors plus aucune limite dans son déploiement – , qui seront toutes plus exaltantes les unes que les autres. 

   Car ce sera une activité comparable à une inépuisable éruption volcanique, par son bouillonnement et sa splendeur, que de pénétrer sans fin le mystère du Dieu-infini qui Se révélera à mon âme tel qu’Il est connu de Lui-même…
Car ce sera une activité comparable à la merveilleuse ivresse d’une course – sans effort et sans fatigue – dans le vent, que de connaître intimement les anges et les saints…
Car ce sera une activité semblable à une danse merveilleuse que d’entrer dans toute la plénitude de la sagesse et de la science (et d’assimiler tous les mystères de la création, ou bien encore, par exemple, tout le contenu de la bibliothèque d’Alexandrie que j’ai toujours rêvé de connaître !), et d’en être totalement dilaté dans l’action de grâces et la louange…
Car ce sera une activité semblable à un inextinguible et bienfaisant fou-rire que de communiquer sans plus l’ombre d’une incompréhension avec tous les sauvés, tous les bienheureux, qui nous entoureront…

   Alors, oui ! quand je mourrai, et que vous prierez pour que le Dieu d’infinie miséricorde me donne le repos éternel, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir faire un mouvement quand mon corps endolori n’en pouvait plus, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir courir lorsque le souffle me manquait, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir bondir de joie quand ma carcasse épuisée ne pouvait plus soutenir la jubilation de l’esprit et de l’âme, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir chanter lorsque ma gorge était nouée, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir lire quand ma tête était trop fatiguée, parce que j’ai trop souffert ici-bas d’avoir à me reposer sans pouvoir rire lorsque j’avais trop mal… oui, pensez bien, alors, que ce repos auquel j’aspire de tout mon coeur, de tout mon corps, de tout mon esprit et de toute mon âme sera un indescriptible bouillonnement de vie, de danse et de rires, un incroyable foisonnement d’exaltantes découvertes, un infini tournoiement d’insatiables curiosités pleinement satisfaites, chantant à pleine voix accompagné de la harpe de David et travaillant pour l’éternité avec délices à tout ce que les finitudes humaines ne m’auront pas permis de réaliser ici-bas !

   « En Vous, Seigneur, j’ai espéré, je ne serai pas confondu pour l’éternité : in Te, Domine, speravi, non confundar in aeternum ! »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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frise

2014-110. Le fac-similé de la Sainte Maison de Lorette à La Flocellière.

10 décembre 2014,
fête de Notre-Dame de Lorette.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Ceux qui connaissent bien le Mesnil-Marie savent que nous y nourrissons une fervente dévotion à la Santa Casa de Lorette, dont je vous avais entretenus au tout début de mon blogue (ici > « De la translation de la Sainte Maison de Lorette »).

   Frère Maximilien-Marie a eu l’immense bonheur de s’y rendre en pèlerinage à plusieurs reprises et aujourd’hui il n’a pas manqué de me faire remarquer que nous étions exactement au sept-cent-vingtième anniversaire de son arrivée à Loreto  – le 10 décembre 1294 – , après avoir au préalable fait escale en Illyrie, puis dans deux autres lieux du territoire de Recanati.

   Comme nous sommes encore dans l’année jubilaire du huitième centenaire de la naissance de Saint Louis, notre Frère m’a également montré une photo (malheureusement pas très nette) qu’il a prise lors de son dernier pèlerinage à Lorette, en avril 2010, et qui montre, dans la chapelle française de la basilique (qui est aussi la chapelle du Très Saint Sacrement), au-dessus de l’autel, la représentation de la communion de Saint Louis dans la Sainte Maison (qui se trouvait alors encore à Nazareth) :

Lorette, chapelle française - St Louis recevant la communion dans la Ste Maison

Basilique de Lorette (Loreto), chapelle française :
Saint Louis recevant la sainte communion dans la sainte maison de Nazareth.

   Il y a en France plusieurs chapelles ou sanctuaires qui sont placés sous le vocable de Notre-Dame de Lorette.
L’un des plus célèbres aujourd’hui, entré dans l’histoire en raison des combats acharnés dont il fut le théâtre au cours de la première guerre mondiale, se situe en Artois, près d’Ablain-Saint-Nazaire : la colline de Lorette est maintenant une immense nécropole où se perpétue le souvenir des soldats tombés lors des épisodes sanglants de 1914-1918 ; au milieu des étendues de croix blanches, la chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette a été rebâtie.

   Mais c’est d’un autre sanctuaire, tout à fait remarquable, que je voudrais vous parler en ce jour : il est sis sur la paroisse de La Flocellière, au pied de Saint-Michel Mont-Mercure, en bas-Poitou, aux confins de l’Anjou, actuel département de la Vendée.
Là se trouve en effet un fac-similé d’une minutieuse exactitude de la Santa Casa de Lorette.

Façade de la chapelle ND de Lorette à La Flocellière (vue ancienne)

   A l’origine de cette chapelle, il y eut une histoire d’amour un peu rocambolesque, puisque, au début du XVIIe siècle, le marquis de La Flocellière, Jacques de Maillé-Brezé, enleva, pour l’emmener dans son château de La Flocellière, la princesse écossaise Elizabeth Hamilton, dont il s’était follement épris et qui avait jusqu’alors repoussé ses avances.
Las ! alors qu’elle avait enfin consenti à l’épouser, mais avant que ne fussent célébrées les noces, la belle Elizabeth tomba gravement malade et trépassa.
Parmi ses dernières volontés, il y avait celle de doter la construction d’un couvent et d’une église dédiés à Notre-Dame de Lorette.
En juin 1617, Jacques de Maillé-Brezé passa contrat avec les Carmes pour qu’ils construisent, sur les terres qu’il leur donnait, une église conventuelle, un cimetière et un cloître avec ses bâtiments attenant. Il leur assurait aussi un revenu fixe.
Jacques de Maillé-Brezé mourut avant de voir l’oeuvre achevée (dans la dernière moitié du XVIIe s).

   Les Carmes restèrent à La Flocellière quelque cent-cinquante ans. A la veille de la grande révolution, on dit qu’ils n’étaient plus que quatre. Les lois impies les forcèrent à quitter les lieux ; le couvent et l’église furent vendus comme biens nationaux ; puis le passage des colonnes infernales les réduisit à l’état de ruines fumantes.

   En 1828, un médecin de La Flocellière racheta ce qui restait de l’église, en fit relever les murs et y fit poser un toit pour la transformer en… grange à foin et remise à bois.
Cela dura une quarantaine d’années.

   C’est alors que fut nommé à la cure de La Flocellière l’abbé Joseph Dalin, un prêtre au zèle infatigable et au coeur rempli d’audace.

Abbé Joseph Dalin curé de La Flocellière

L’abbé Joseph Dalin (1800-1884), curé de la Flocellière.

   Non content de racheter l’ancienne église conventuelle, en 1867, et de la faire restaurer pour la rendre au culte (1869), l’abbé Dalin conçut une idée que nombre de pieuses personnes « sérieuses » et « raisonnables » ne pouvaient manquer de qualifier de pure folie : au chevet de la chapelle restaurée de Notre-Dame de Lorette de La Flocellière, et communiquant avec elle, édifier une chapelle qui soit la réplique à l’identique de l’intérieur de la Sainte Maison de Lorette.
Et quand je dis « à l’identique », je ne veux pas parler d’une approximative ressemblance, mais bien d’un fac-similé des plus exacts, des plus rigoureux, des plus précis : au millimètre près et dans les moindres détails !

   Pour cela, l’abbé Dalin envoya à Loreto un artiste nantais, Félix Benoist, peintre, dessinateur et lithographe.
Félix Benoist rapporta de Lorette les plans détaillés et millimétrés de l’intérieur de la Santa Casa.

   Cette construction à l’identique eut lieu au cours de l’année 1873, si bien que le jour de la fête de Notre-Dame de Lorette, 10 décembre 1873, Son Excellence Monseigneur Charles-Théodore Colet, évêque de Luçon (et archevêque de Tours moins d’un an plus tard), vint bénir le fac-similé de la Sainte Maison au cours d’une grandiose cérémonie.

Sainte Maison de Lorette - La Flocellière carte ancienne

   Pendant trois-quarts de siècle environ, la reproduction de la Sainte Maison de Lorette à La Flocellière fut un lieu de pélerinage des plus fréquentés : on y dénombra plus de cinq mille pélerins en une seule journée (22 août 1944).

   Mais la deuxième moitié du XXe siècle vit disparaître processions et pélerinages : le clergé moderniste, le clergé « recyclé » dans « l’esprit du concile » n’apprécie pas trop les récits de miracles (« La translation de la Sainte Maison de Nazareth jusqu’à Lorette : quelle pieuse blague ! »), ni les démonstrations de la dévotion populaire…

   Lorsque notre Frère Maximilien-Marie a visité les lieux, dans les dernières années du XXe siècle, la chapelle Notre-Dame de Lorette de La Flocellière était rarement ouverte, et seulement en été ; elle ne servait plus au culte et présentait des signes de détérioration bien inquiétants. A son chevet, le fac-similé de la Santa Casa donnait une désolante impression d’abandon et de tristesse.

   Fort heureusement, nous avons appris qu’il n’en est plus ainsi : la commune de La Flocellière, ayant pris conscience qu’elle possédait là un trésor, aidée par des subventions et des dons de particuliers, a fait procéder à une belle restauration.
Par ailleurs, l’édifice a été inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques.

   Le site du diocèse de Luçon, de son côté, présente ce sanctuaire comme « un lieu spirituel très fort qui n’attend plus qu’un nouveau pèlerinage ! ». Puisse-t-il en être ainsi !

Fac-similé de la Santa Casa à La Flocellière

La Flocellière : fac-similé de la Santa Casa après restauration.

   Ceux qui ont eu la grâce de se rendre en pèlerinage à Lorette m’objecteront peut-être :
« Mais, Lully, sur les photos que vous publiez ci-dessus, je ne reconnais pas exactement l’intérieur de la Sainte Maison tel que j’ai pu le voir de mes propres yeux ! »

   En effet, le fac-similé de La Flocellière n’est pas conforme à l’état actuel de la Santa Casa, à Loreto.
Mais cela ne signifie pas que la copie est infidèle : c’est tout simplement parce qu’en 1921 un incendie a ravagé le sanctuaire de Loreto, et a même détruit le mobilier intérieur de la Santa Casa, au point que l’antique statue de cèdre de la Madone qui y était exposée et vénérée a été entièrement consumée (la statue actuelle a été refaite en 1922 dans le bois d’un cèdre des jardins du Vatican donné par Pie XI).

   La restauration de l’intérieur de la Santa Casa, après 1921, si elle n’a pas modifié substantiellement la disposition des lieux n’a néanmoins pas consisté en une réhabilitation exacte de ce qui y existait avant l’incendie.
Ainsi donc, le fac-similé de La Flocellière nous donne-t-il un précieux et fidèle témoignage de ce qu’était la Sainte Maison de Lorette exactement telle que l’ont vue et y ont prié Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, Saint Benoît-Joseph Labre, le Bienheureux Pie IX, Saint Pie X, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ou Saint Maximilien-Marie Kolbe, pour ne citer, parmi tous les illustres saints pélerins de Lorette, que quelques uns qui nous sont particulièrement chers.

Fac-similé Santa Casa - La Flocellière

La Flocellière : fac-similé de la Santa Casa, le rétable après restauration.

   Voilà donc une petite merveille de notre patrimoine religieux que je voulais vous faire découvrir (ou redécouvrir peut-être), chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.
Si vous êtes de passage en bas-Poitou, n’hésitez pas à faire un petit détour, à seulement quelques kilomètres au Sud-Est des Herbiers, pour aller visiter la chapelle Notre-Dame de Lorette de La Flocellière et vous recueillir dans cette reproduction exacte de la Sainte Maison dans laquelle le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. 

Lully.

Translation de la Sainte Maison - image de dévotion populaire

Selon les indications que nous avons recueillies, la chapelle Notre-Dame de Lorette de La Flocellière est maintenant ouverte tous les jours de 9 h. à 19 h. – Visites guidées sur rendez-vous. Tél. : 02 51 57 27 05 > Association La Boulite.

2014-109. Encyclique « Quanta cura » du 8 décembre 1864.

       C’est à la date hautement symbolique du 8 décembre 1864 - pour le dixième anniversaire de la proclamation du dogme de la conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie donc – , que le Bienheureux Pie IX publia l’encyclique « Quanta cura ».

   L’anniversaire de ce texte remarquable, qui condamne les principales erreurs modernes – issues pour la plupart de l’esprit des prétendues lumières et de la révolution française – , n’est, à ma connaissance, jamais marqué par des célébrations particulières…
Il est vrai, qu’à Rome même, et jusqu’à de très hauts postes de la hiérarchie ecclésiastique, ce texte, qui exprime pourtant le magistère authentique de l’Eglise (ce qui n’est pas le cas des « intervioues » dans des avions, ni de certaines prises de parole n’exprimant que des idées personnelles), semble être ignoré ou avoir été relégué aux oubliettes.

   Voilà justement pourquoi, il nous paraît important – voire nécessaire – d’en publier ci-dessous le texte intégral.
Je sais très bien que certains de mes lecteurs habituels n’iront pas plus loin que ces quelques lignes d’introduction. Si toutefois quelques personnes, triomphant des tentations de la paresse spirituelle et intellectuelle, font preuve de véritable courage et, non seulement lisent, mais étudient vraiment en profondeur et assimilent les enseignements de cette encyclique, j’en serais plus qu’heureux !

Nota bene : Cette encyclique fut interdite de publication et de diffusion en France par un décret impérial du 1er janvier 1865. Il est vrai que le très libéral et allié des francs-maçons Napoléon III ne pouvait que se trouver indisposé par ces condamnations du naturalisme et des sociétés secrètes (entre autres erreurs).

le Bienheureux Pie IX

Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie IX du 8 décembre 1864

 « Quanta cura »

A tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.

Pie IX, Pape.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

   1 – Avec quel soin et quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains Nos Prédécesseurs, ont rempli la mission à eux confiée par le Christ Seigneur lui-même en la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ont ainsi accompli leur devoir de paître les agneaux et les brebis ! Sans jamais discontinuer, ont attentivement nourri tout le troupeau du Seigneur des paroles de la foi, ont imprégné de la doctrine de salut, écarté des pâturages empoisonnés, voilà ce dont tout le monde est convaincu et assuré, Vous surtout, Vénérables Frères. Oui vraiment Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu de plus à coeur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l’Église Catholique, à l’honnêteté des moeurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la Cité.

   2 – C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption: ébranler les fondements de la religion catholique et de la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts.

   3 – Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu’à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu’on ne déplorera jamais assez et que tant d’erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C’est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l’Église Catholique à fuir et redouter la contagion d’une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine.

   4 – Cependant, bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos - 15 août 1832).

   5 – Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du « naturalisme », comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que « le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ». Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ». À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de « délire » (Grégoire XVI. Encyclique Mirari Vos) : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ». Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent « la liberté de perdition » (Saint Augustin, Lettre 105), et que « s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Saint Léon, Lettre 164).

   6 – Là où la religion a été mise à l’écart de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D’où l’on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : « La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu’on dit être l’opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l’ordre politique des faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit ». 

   7 – Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu’une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d’amasser et d’accumuler des richesses, ni suivre d’autre loi dans ses actes que l’indomptable désir de l’âme d’être esclave de ses propres passions et intérêts ? C’est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d’une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elle en disant qu’elles n’ont aucune raison légitime d’exister, et c’est ainsi qu’ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l’enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d’heureuse mémoire : « l’abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l’Église comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n’ont établi ces ordres que sous l’inspiration de Dieu » (Lettre au Cardinal de la Rochefoucault – 10 mars 1791).

   8 – Et ils déclarent même dans leur impiété qu’il faut ôter aux citoyens et à l’Église la faculté « de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne », et abolir la loi « qui à des jours déterminés défend les oeuvres serviles pour vaquer au culte divin » sous le prétexte si fallacieux que « la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique ».

   9 – Et non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme, ils affirment que : « La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d’abord le droit d’instruction et d’éducation ». Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs oeuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s’y attend pas, comme Nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse.

   10 – Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d’infliger toutes sortes de vexations indicibles à l’un et l’autre clergé d’où rejaillirent tant d’immenses bienfaits sur l’ordre religieux, civil et culturel, comme l’attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l’histoire; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu’ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l’instruction et l’éducation de la jeunesse.

   11 – Mais il en est d’autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne impudence de soumettre à la discrétion de l’autorité civile l’autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l’Église et à ce Siège Apostolique, et de dénier à cette même Église et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n’ont aucunement honte d’affirmer que : « Les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. – Les actes et les décrets des Pontifes Romains concernant la religion et l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou au moins du consentement du pouvoir civil. – Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes – qu’on y exige ou non le serment de garder le secret – et qui frappent d’anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’associations. – L’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes Romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l’Église, repose sur une confusion de l’ordre spirituel avec l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un bien de ce monde. – L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n’a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. – Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d’attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l’Église, des Familles Religieuses et autres associations pieuses ».

   12 – Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d’où sortent tant d’opinions perverses et d’erreurs. Car ils répètent que « le pouvoir ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu’une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil ».

   13 – Et Nous ne pouvons passer sous silence l’audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que : « Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège Apostolique dont l’objet regarde manifestement le bien général de l’Église, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu’ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux mœurs, leur refuser l’assentiment et l’obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme ». À quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, il n’est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement.

   14 – Au milieu donc d’une telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées.

   15 – Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies. Vous n’ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l’esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d’attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n’avez jamais manqué, avec tout votre zèle, d’élever votre voix épiscopale contre tant d’impiété.

   16 – C’est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous nous adressons une fois de plus avec beaucoup d’affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si virement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands: par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège Apostolique dans la plus grande unité d’esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la volonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins « s’abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles n’ont pas été plantées par son Père » (Saint Ignace martyr, à Philadelphe). Et ne cessez jamais d’inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu’ « heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur » (Psaume 143). Enseignez que « l’autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique » (Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d’Éphèse) et qu’ « il n’y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu’il nous peut suffire d’avoir reçu le libre arbitre en naissant; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c’est-à-dire, qu’oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté » (Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage). N’omettez pas non plus d’enseigner que « le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l’Église » (Saint Léon, Lettre 156) et que « rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d’États et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, rempli de sagesse et de courage, écrivait à l’empereur Zénon : « Qu’ils laissent l’Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté… Il est certain qu’il leur est avantageux de s’appliquer, quand il s’agit de la cause de Dieu, et suivant l’ordre qu’Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ » » (Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800).

   17 – C’est toujours, Vénérables Frères, mais c’est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l’Église et de la société civile, en présence d’une si vaste conspiration d’adversaires et d’un tel amas d’erreurs contre le catholicisme et le Siège Apostolique, qu’il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d’une protection opportune.
A cette fin, Nous avons jugé bon de stimuler la piété de tous les fidèles pour qu’en union avec Nous, et avec vous, ils ne cessent de prier et supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles, le Père très clément des lumières et des miséricordes; qu’ils se réfugient toujours dans la plénitude de la foi auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés à Dieu en son sang; qu’ils demandent avec une perpétuelle instance à son très doux Coeur, victime de sa très ardente charité envers nous, d’attirer tout à lui par les liens de son amour, et de faire que tous les hommes, enflammés de son très saint amour, marchent dignement selon son Coeur, agréables à Dieu en tout, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres. Et, comme les prières des hommes sont indubitablement plus agréables à Dieu quand elles lui parviennent avec des coeurs purs de toute corruption, Nous avons pensé à ouvrir avec une libéralité apostolique aux fidèles chrétiens les célèbres trésors de l’Église dont la distribution Nous est confiée, afin que ces mêmes fidèles excités plus vivement à la vraie piété, et purifiés des taches de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, répandent avec plus de confiance leurs prières à Dieu et obtiennent sa miséricorde et sa grâce.

   18 – En conséquence, par les présentes Lettres, en vertu de notre Autorité Apostolique, à tous et chacun des fidèles des deux sexes dans l’univers catholique, Nous accordons une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner durant toute l’année à venir 1865 et non au delà, dans l’espace d’un mois à désigner par vous, Vénérables Frères, et les autres Ordinaires légitimes des lieux, en la même manière et forme exactement que Nous l’avons accordée, au commencement de Notre suprême Pontificat, par Nos Lettres Apostoliques en forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyée à tout votre Ordre épiscopal de l’univers, et commençant par ces mots : « Arcano Divinae Providentiae consilio » et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par Nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites lettres soient observées, et que soient maintenues toutes les exceptions que Nous avons mentionnées. Nous accordons cela nonobstant toutes dispositions contraires, même celles qui seraient dignes d’une mention et d’une dérogation spéciales et individuelles. Et pour écarter tout doute et toute difficulté, Nous vous avons fait parvenir un exemplaire de ces Lettres.

   19 – Prions, Vénérables Frères, « du fond du coeur et de toute notre âme la miséricorde de Dieu, parce qu’il a lui-même ajouté : Je n’éloignerai pas d’eux ma miséricorde. Demandons et nous recevrons, et si nous attendons et que nous tardions à recevoir à cause de la gravité de nos offenses, frappons; car à celui qui frappe on ouvrira, pourvu que nous frappions à la porte avec nos prières, nos gémissements et nos larmes, avec lesquels il faut insister et persévérer, et pourvu que notre prière soit unanime… que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier » (Saint Cyprien, Lettre 11). Et pour que Dieu exauce plus facilement Nos prières et Nos voeux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, faisons participer en toute confiance auprès de lui l’Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, Notre Mère très aimante à tous, « est toute suave… et pleine de miséricorde… se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux misères de tous avec la plus large affection » (Saint Bernard, Sermon sur les douze prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie d’après l’Apocalypse). Comme Reine, debout à la droite de Son Fils Unique, notre Seigneur Jésus-Christ, toute enveloppée dans un vêtement d’or, il n’y a rien qu’Elle ne puisse obtenir de Lui.
Demandons aussi les suffrages du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de son Coapôtre Paul, et de tous les Saints du Ciel qui devenus amis de Dieu, sont parvenus au royaume céleste, possèdent la couronne et la palme, et sûrs de leur immortalité, sont soucieux de notre salut.

   20 – Enfin, demandant pour vous à Dieu de toute Notre âme l’abondance de tous les dons célestes, Nous donnons du fond du coeur et avec amour, en gage de Notre particulière affection, la Bénédiction Apostolique à vous-mêmes, Vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïcs confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l’année 1864, dixième depuis la Définition Dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie Mère de Dieu. Et de Notre Pontificat la dix-neuvième.

PIE IX, PAPE

Armoiries de Pie IX

2014-107. Libérer le vol de l’âme…

24 novembre,
Fête de Saint Jean de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle de Saint Jean de la Croix – le « docteur mystique » -, entre parfaitement dans la thématique générale de la dernière semaine de l’année liturgique : Saint Jean de la Croix, en effet, presque à chaque page, nous ramène à l’essentiel, nous ramène au sens de notre vie sur la terre qui est d’accomplir la sainte volonté de Dieu, de L’aimer et de Le servir de notre mieux ici-bas, afin de sauver notre âme.

   Tandis que notre société contemporaine cherche avant tout la réussite et le confort terrestres, et ne voit dans la religion qu’une chose facultative, presque superflue, qui ne doit surtout pas gêner ce qu’un point de vue strictement « horizontal » considère comme le bonheur et les bonnes relations entre les hommes, la « verticalité » radicale de Saint Jean de la Croix paraît excessive et met mal à l’aise jusqu’à certains catholiques.

   Pourtant Saint Jean de la Croix ne se lit, ne se comprend, ne s’assimile et ne se met en pratique que dans et par l’amour.
Saint Jean de la Croix n’est pas un stoïcien ; Saint Jean de la Croix n’est pas le théoricien de performances ascétiques recherchées pour elles-mêmes ; Saint Jean de la Croix n’est qu’un amant passionnément épris de Celui qui est l’Amour, et il est un entraîneur dans les voies de la connaissance et de la pratique de l’amour de l’Amour !
Un amour total, un amour sans concession, un amour ennemi des compromissions et des faux-semblants, un amour qui débusque impitoyablement les égoïsmes secrets cachés sous les apparences de vertu, un amour qui décape les vernis craquelés des caricatures d’amour pour libérer pleinement le vol amoureux de l’âme vers son Dieu-Amour !

   Nous nous croyons si facilement libres alors que nous sommes ligotés par une multitude de liens ténus auxquels nous ne prenons pas garde ou que nous considérons avec trop de légèreté comme des choses sans importance, vénielles…

                                                    Lully.

Libérer le vol de l'âme - détail 1

Libérer le vol de l'âme - BD 1

Libérer le vol de l'âme - BD 2

Sur Saint Jean de la Croix voir aussi :
- Notice biographique et poème « C’est de nuit » > ici
- Présentation de sa vie et de son œuvre par Benoît XVI > ici
- Texte de Gustave Thibon sur Saint Jean de la Croix > ici

Libérer le vol de l'âme - détail 2

& Toutes les B.D. publiées sur ce blogue > ici.

2014-106. La fin des temps, la tribulation, le retour du Christ, le Jugement dernier et la vie du monde à venir.

Dimanche soir 23 novembre 2014,
XXIVe et dernier dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Nous avons médité, et tout au long de cette semaine – la dernière de l’année liturgique – nous allons continuer à méditer sur les magnifiques textes de la Messe de ce dimanche, dernier dimanche après la Pentecôte, dimanche de l’annonce de la fin des temps.
Frère Maximilien-Marie m’a rapporté le texte du sermon qu’a prononcé, à la Messe de ce dimanche, Monsieur l’Abbé Henri V., et j’ai l’autorisation de le publier sur mon blogue : je vous le livre donc à mon tour, afin qu’il vous aide à méditer sur les profonds et terrifiants mystères associés à la fin de ce monde, mais plus encore pour qu’il vous fortifie dans la foi, nourrisse votre espérance, stimule votre charité et votre zèle, au milieu des temps troublés que nous vivons…

Lully.

Chapelle Scrovegni à Padoue fresque du Jugement dernier Giotto di Bondone 1306

Giotto di Bondone : fresque du Jugement dernier
Padoue, chapelle Scrovegni – 1306

Sermon de Monsieur l’Abbé Henri V.,
pour le
dimanche de l’annonce de la fin des temps
(24ème et dernier après la Pentecôte),

23 novembre 2014

       « Le monde et le temps prendront fin un jour.

   Le Seigneur a donné des signes qui annonceront cette fin. Parmi eux, des événements terribles, des calamités, mais surtout l’épreuve finale du combat entre l’Eglise et les forces du mal antéchrist.

   Sans doute que l’Eglise sera éclipsée et subira une persécution morale autant que physique à l’image de la Passion de Jésus-Christ. Car, cependant, le propos de l’Evangile n’est pas de nous troubler ou de nous effrayer, mais au contraire de nous consoler et de nous faire redoubler d’espérance : votre délivrance sera alors proche parce que le Christ reviendra victorieux dans la gloire.

   Chers Amis, tout, autour de nous, a de quoi nous faire penser que nous sommes dans ces temps qui sont les derniers.
Au sujet de l’Eglise, voici ce qu’écrivait le Pape Benoît XVI : « Peut-être devons nous dire adieu à l’idée d’une Eglise rassemblant tous les peuples. Il est possible que nous soyons au seuil d’une nouvelle ère, constituée tout autrement de l’histoire de l’Eglise, où le christianisme existera plutôt sous le signe du grain de sénevé, en petits groupes apparemment sans importance, mais qui vivent intensément pour lutter contre le mal. Elle sera davantage l’Eglise de minorités, elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur Foi. »

   Lorsque nous verrons l’abomination de la désolation : que celui qui peut comprendre comprenne…

   Voici les événements qui marqueront la fin de ce monde : d‘abord le retour glorieux du Seigneur terrassant les forces impies et infernales. Nul n’en connaît ni l’heure ni le jour. Il se fera alors que le monde ne s’y attendra pas, mais il sera espéré et attendu par les fidèles.

   Aura lieu alors la résurrection de tous les morts, qui précédera le Jugement dernier. Ce sera l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation. Le Jugement dernier révélera jusque dans tous ses secrets ce que chacun aura accompli durant sa vie. Il mettra en lumière la fidélité des justes et la malice des infidèles, mais aussi l’oeuvre de la grâce et de la miséricorde de Dieu.

   Ce Jugement dernier sera général : le Christ y prononcera sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’oeuvre de la création et de toute l’économie du salut, nous comprendrons les chemins admirables par lesquels sa Providence aura conduit toutes choses vers leur fin.
Le Jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort.

   Alors, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. L’Eglise sera consommée dans la gloire céleste, les justes régneront avec le Christ dans la béatitude éternelle.
Tout l’univers lui-même, intimement lié au sort du genre humain sera transformé par la Puissance du Christ en lequel il trouvera sa perfection. Cette rénovation mystérieuse qui transformera le monde à la suite du triomphe de l’Eglise établira « les cieux nouveaux et la terre nouvelle ». Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres ».

   Dans cet univers nouveau, la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes : « Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleurs, de cris et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé ».

   L’Eglise réalisera l’unité du genre humain voulue par Dieu dès la création. Les élus unis au Christ formeront la Communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu, l’épouse de l’Agneau. Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les fautes et les souillures. La vision béatifique dans laquelle la Très Sainte Trinité s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion. Amen. »

Giotto di Bondone - Christ du Jugement, fresque de Padoue 1306

Autres textes de ce blogue en rapport avec ce thème :
- Méditation pour le soir du dernier dimanche après la Pentecôte > ici
- Cantique du Jugement dernier > ici
- Du temps où surviendra la fin du monde et des signes qui la précèderont > ici
- Au sujet du nombre des élus (St Augustin – extraits d’un sermon) > ici
- Réalité de l’existence de l’enfer > ici

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