Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2014-98. Apostolicité et Tradition.

« Credo (…) apostolicam Ecclesiam :
Je crois que l’Eglise est apostolique »

27 octobre,
Vigile des Saints Apôtres Simon et Jude.

Venise, basilique St-Marc anonyme vers 1200-30 sculpture sur pierre - le Christ enseignant les 12 apôtres

Le Christ enseignant les Apôtres
(sculpture sur pierre, vers 1200-1230 – Basilique Saint-Marc, Venise)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Certains d’entre vous se sont demandés – et m’ont même adressé des messages pour me demander – quels étaient les motifs secrets de ma publication du dix-neuvième dimanche après la Pentecôte au sujet des « saintes colères » (cf. ici), subodorant qu’elle préparait un prochain grand rugissement et quelques coups de griffes bien sentis.

   Qu’on se rassure : je ne vais pas crier, tempêter, pousser des hurlements, me mettre hors de moi, ou manifester une ire désordonnée.

   Comme chaque fois que j’ai quelque chose à dire, je vais m’efforcer de le faire avec le plus de sang froid et d’urbanité qu’il me sera possible, ce qui, bien évidemment, n’empêche pas d’activer énergiquement cette « faculté par laquelle l’âme se porte à surmonter les difficultés qu’elle rencontre dans la quête du bien ou la fuite du mal », et que l’on nomme, en philosophie, l’irascible, en vue de travailler à l’affirmation ferme et claire de la Vérité.

   Non pas « ma » vérité, mais LA vérité.
Une vérité qui n’est qu’une opinion personnelle n’est pas LA vérité.
Une vérité qui n’est pas universelle n’est pas LA vérité.

   Or, pour un chrétien (mais pas seulement d’ailleurs : en fait pour tout homme, car tout homme est appelé au salut), la Vérité est une Personne : la Personne du Verbe de Dieu incarné, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a dit de Lui-même : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean XIV, 6).
Ce que j’exprime tend donc à coller au maximum avec les enseignements de cette plénitude de Vérité qui nous a été révélée en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qui a été confiée par Lui à Son Eglise, pour qu’elle la transmette à tous les hommes sans altération jusqu’à la consommation des siècles.

   Cela étant rappelé, je souligne que c’est à dessein que je publie les présentes réflexions (qui auront une suite, je vous l’annonce dès à présent) en cette fête des Saints Apôtres Simon et Jude.

   L’Eglise – nous le chantons tous les dimanches et jours de fête – est apostolique : « Credo (…) unam, sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam : je crois que l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique ».

   L’Eglise est apostolique par son origine, par son enseignement et par sa structure : c’est-à-dire qu’elle remonte, par une succession légitime, jusqu’aux Saints Apôtres eux-mêmes, qu’elle transmet leur doctrine et leurs rites – qu’ils avaient reçus directement du Christ – , et qu’elle est gouvernée par leurs successeurs.
Ainsi, la véritable l’Eglise ne peut-elle être qu’une Tradition, c’est-à-dire une transmission : transmission fidèle de la doctrine, transmission fidèle des rites, transmission fidèle des structures.

   S’il y a rupture de la Tradition, il n’y a plus d’apostolicité, il n’y a plus l’Eglise du Christ.
La Tradition peut connaître des développements et des explicitations - explicitations rendues nécessaires au cours des âges, et souvent en raison des « crises » ou des oppositions – , mais elle ne laisse en aucune manière place à l’invention ou à la création de nouvelles structures, de nouvelles doctrines, de nouveaux rites

   Ainsi, contrairement à ce que l’on entend ou lit malheureusement de plus en plus couramment dans la bouche ou sous la plume de personnes qui sont soit elles-mêmes mal informées, soit – non sans malignité – désireuses de déformer la Vérité, un véritable chrétien, fidèle à l’apostolicité de l’Eglise, n’acceptera pas :
a) – de dire ou de croire que Saint Paul a transformé le message du Christ, ou bien que l’Eglise est née des enseignements de Saint Paul (ce qui sous-entend que ce ne serait pas Notre-Seigneur Jésus-Christ qui l’aurait voulue et fondée) ;
b) – de dire ou de croire que les conciles de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine… etc. ont fabriqué les dogmes de la divinité de Jésus-Christ, de la Sainte Trinité, de la consubstantialité du Père et du Fils, des deux natures du Christ en une seule Personne… etc. ;
c) – de dire ou de croire que les sept sacrements – avec la doctrine qui leur est sous-jacente – sont apparus progressivement dans l’Eglise (et que par exemple le sacrement de mariage serait une invention ecclésiastique du Moyen-Âge) ;
d) – de dire ou de croire que la morale chrétienne, telle qu’elle nous a été traditionnellement enseignée, ne serait qu’une conséquence des mentalités, des structures institutionnelles ou des préjugés sociaux d’une époque donnée ;
e) – … etc., …etc.

   Lorsque j’entends ou lis des chrétiens (ou du moins qui prétendent l’être), des professeurs d’universités catholiques (ou du moins qui prétendent l’être), des théologiens (ou du moins qui prétendent l’être), des évêques et des cardinaux (…etc. « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » - Matth. XI, 15 – !!!) affirmer – ou sous-entendre – dans les théories qu’ils développent à l’occasion de prises de parole, que finalement ce qui a été cru, pratiqué et enseigné par l’Eglise pendant vingt-siècles doit être « réinterprété », « repensé », « revu » en fonction des mentalités et des pratiques  contemporaines, au prétexte que « le monde a changé et l’Église ne peut pas s’enfermer dans des interprétations présumées du dogme… » (*), j’ai non seulement le droit, mais j’ai même le devoir de rappeler énergiquement que l’Eglise est apostolique dans son enseignement, et que si l’enseignement donné aujourd’hui dans l’Eglise venait à différer de celui qui se trouve dans les écrits des Saints Apôtres et dans toute la Tradition, ce serait qu’alors l’Eglise aurait cessé d’être apostolique et ne serait plus la véritable Eglise !

   Car Notre-Seigneur Jésus-Christ a bien dit : « Allez donc, enseignez toutes les nations les baptisant au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder Mes commandements… » (Matth. XXVIII, 19-20a) et non pas : Allez donc, pour dire simplement à toutes les nations que Dieu les aime sans exiger d’elles la conversion des mentalités et des mœurs ; n’imposez pas une pratique universelle des commandements, mais que les hommes se contentent de modeler leurs manières de penser, leurs comportements et leur sexualité sur les modes de l’époque dans laquelle ils vivent !!!
Et Il a dit aussi : « Celui donc qui aura enfreint l’un de ces moindres commandements et enseignera ainsi aux hommes, sera appelé très petit dans le Royaume des Cieux ; mais celui qui fera et enseignera, celui-là sera appelé grand dans le Royaume des Cieux » (Matth. V, 19).

   Qu’on cesse donc de dire qu’il y aurait dans l’Eglise des « conservateurs » et des « progressistes » dont les idées seraient également acceptables, ou bien pourraient coexister ex-aequo en fonction de la sensibilité ou de l’éducation de chacun.
Ne peuvent véritablement et parfaitement appartenir à la véritable Eglise apostolique que ceux qui sont intégralement fidèles au dépôt de la Révélation, qui nous vient de Notre-Seigneur Jésus-Christ et qui nous a été transmis par les Saints Apôtres et par la Tradition, et ceux-là seront grands dans le Royaume des Cieux !
Quant à ceux qui s’imaginent sans doute appartenir au Christ, mais qui, parce qu’ils veulent accommoder Sa doctrine de Vérité aux modes et aux circonstances humaines et mettre ainsi l’Eglise et son enseignement à la remorque des pratiques du monde – ce qui revient à en corrompre ou en édulcorer le message – , ils sont dans une erreur profonde et ils encourent le risque d’être petits – voire même très petits – dans le Royaume des Cieux…

Lully.

(*) propos qu’aurait tenus le pape François et publiés par le journal argentin « La Nacion » en date du 5 octobre 2014 (cf. ici)

Venise, basilique St-Marc anonyme vers 1200-30 sculpture sur pierre détail - le Christ enseignant

Le Christ enseignant
(détail de l’oeuvre présentée en tête d’article)

2014-97. « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ».

Dix-neuvième dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce que, dans l’épître du dix-neuvième dimanche après la Pentecôte, l’Eglise nous donne à entendre, à méditer et à approfondir en nous proposant cet extrait de ce que Saint Paul écrivait aux Ephésiens : Eph. IV, 23-28.

   Dans ce passage, en effet, il y a une chose qui m’a particulièrement frappé : au verset 26, Saint Paul cite le psaume IV (verset 5 a). En latin nous lisons : « Irascimini et nolite peccare », ce qui se traduit littéralement par : « Mettez vous en colère et ne péchez pas »

   Je ne comprends donc absolument pas pourquoi, le lectionnaire français (celui-là même dont je relevais les infidélités il y a quelques semaines > ici), traduit cette citation par : « Etes-vous en colère, ne péchez pas ».
Cette manière de traduire amoindrit considérablement la vigueur et la portée du texte sacré, revenant à lui faire dire quelque chose comme : « si par malheur il vous arrivait d’éprouver un mouvement de colère, hâtez-vous de vous calmer sans quoi vous tomberiez immanquablement dans le péché ».

   Mais à n’importe quel élève de classe de latin qui traduirait « Irascimini » – c’est-à-dire la deuxième personne du pluriel du présent de l’impératif du verbe « irascor » (se mettre en colère) – par : « Etes-vous en colère », un professeur mettrait – se devrait de mettre – une mauvaise note. 
Alors pourquoi faudrait-il accepter passivement cette mauvaise traduction du lectionnaire français ?

   Un impératif est un impératif !
Et l’impératif présent de « se mettre en colère », à la deuxième personne du pluriel, ne peut pas être autre chose que « Mettez-vous en colère ! », n’en déplaise à ceux qui souhaiteraient corriger ce que le Saint-Esprit, de manière infaillible, a inspiré au psalmiste d’écrire, à Saint Paul de mettre en valeur, et à la Sainte Eglise de nous rappeler à l’occasion du dix-neuvième dimanche après la Pentecôte.

colère smiley

Mettez-vous en colère ?

   La colère a néanmoins fort mauvaise réputation : ne figure-t-elle pas au nombre des sept péchés capitaux ? ne constitue-t-elle pas une passion coupable, dévastatrice et répréhensible ?
Comment donc un texte inspiré pourrait-il donner l’ordre de se mettre en colère ?
Dieu peut-il vraiment, par un verbe à l’impératif, donner aux hommes la consigne de se mettre en colère ?

   Les bonnes âmes moralisatrices se hâtent donc d’atténuer le texte et, en le traduisant, de l’interpréter pour le rendre conforme à leurs conceptions des pieuses bienséances.
C’est comme si ces traducteurs disaient : « Cher Bon Dieu, il est évident que Vous ne pouvez pas avoir voulu dire ce que disent ces mots. Fort heureusement, nous sommes là pour corriger Vos expressions maladroites et inadéquates, et pour Vous montrer ce qu’il eût été davantage convenable d’inspirer au psalmiste pour qu’il l’écrivît… »

   Mais « qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui a été son conseiller ? » (Rom. XI, 34).

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   Les Saintes Ecritures, en de très nombreux passages, nous montrent, nous donnent en exemple, de saintes colères : colère de Jacob, colère de Moïse, colère de Job, colère d’Elie, colère de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et – par dessus-tout – la magnifique et puissante colère de Dieu !

   Si Dieu Lui-même Se met en colère, et si Dieu Lui-même a voulu que cela soit écrit afin que nous en soyons informés, c’est bien parce qu’il s’agit là de tout autre chose qu’un banal anthropomorphisme, c’est bien qu’il ne s’agit point là d’une passion désordonnée et coupable, c’est bien parce qu’il existe des colères qui ne sont pas des péchés !

   Si Dieu Lui-même a voulu que, dans le texte des psaumes qu’Il a inspiré, soit écrit textuellement « Mettez-vous en colère », c’est bien parce qu’on peut se mettre en colère sans circonvenir à Sa loi d’amour et de sainteté, c’est bien parce que nous pouvons nous aussi – comme Lui, et comme Ses saints – nous mettre en colère sans pécher ; et c’est d’ailleurs ce qu’affirme notre citation de départ : « Irascimini et nolite peccare : mettez-vous en colère et ne péchez pas » !

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Oui, il y a de bonnes colères !
Oui, il y a des colères qui sont salutaires !
Oui, il y a des colères qui sont divinement inspirées !
Oui, il y a des colères qui ne procèdent pas des mauvaises passions humaines !
Oui, il y a des colères qui sont parfaitement compatibles avec les plus hautes vertus et qui ne sont nullement en opposition avec la douceur, avec la mansuétude, avec la magnanimité, avec la longanimité, avec la patience, avec l’indulgence, avec la miséricorde, avec la sollicitude aimante pour le prochain, avec la plus exquise charité surnaturelle !
Oui, il y a de saintes colères : « Irascimini et nolite peccare : mettez-vous en colère, et ne péchez pas » !

Les saintes colères procèdent du courage de la vérité et des exigences d’un amour véritable, fort, et sans concession avec les compromissions humaines.
Les saintes colères sont tout le contraire de cette fausse conception de la charité que l’on habille aujourd’hui des noms très consensuels de « tolérance » et de « respect » (mais n’a en fait rien à voir avec la véritable tolérance et le véritable respect), au nom de laquelle on fabrique des chrétiens-bisounours qui se sentent coupables s’ils éprouvent le plus petit mouvement d’indignation lorsque leur foi est attaquée et lorsque la sainte loi de Dieu est bafouée, des prêtres sans force morale qui ne prêchent que le « vivre ensemble » des francs-maçons, des évêques émasculés qui baissent leur froc au moindre froncement de sourcil du gouvernement impie et persécuteur…
Les saintes colères ne sont pas inspirées par l’amour-propre, par l’orgueil et par toutes les autres faiblesses humaines, mais elles sont le fruit de cet « amour de Dieu jusqu’au mépris de soi » - pour reprendre la justement célèbre expression de notre glorieux Père Saint Augustin – sur lequel peut s’édifier de manière solide la Cité de Dieu.

Lully.

Concile, vous avez dit concile

2014-96. « Arrête ! Le Coeur de Jésus est là ! »

17 octobre,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Vous savez tous en quelle vénération nous tenons Sainte Marguerite-Marie (cf. > ici), en notre Mesnil-Marie.
Après l’avoir fêtée aujourd’hui, après en avoir profité pour relire quelques textes la concernant et concernant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus à laquelle Notre-Seigneur Lui-même l’a éduquée pour qu’elle la transmette à toute l’Eglise, j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie une petite bande dessinée que je puisse vous adresser. 
Voilà qui est fait : il ne me reste plus qu’à vous saluer et à vous souhaiter de vivre toujours plus intensément de cette dévotion au Coeur adorable de Notre-Seigneur, qui est si féconde en grâces et en fruits de sanctification.

Lully.

Scapulaire Sacré-Coeur

Le Coeur de Jésus est là - BD

Scapulaire Sacré-Coeur

Voir aussi :
- « Je veux que tu me serves d’instrument… » - BD > ici
- Les Promesses du Sacré-Coeur > ici
- Salutations au Sacré-Coeur composées par Ste Marguerite-Marie > ici

2014-95. Deux catéchèses de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrées à Saint Jérôme.

30 septembre,
fête de Saint Jérôme de Stridon, docteur de l’Eglise.

   Dans la continuité de ce que je vous ai déjà écrit pour cette fête de Saint Jérôme (cf. > ici), et de ce qu’il y a déjà plusieurs années je vous ai exposé à propos de Monsieur l’abbé Jean Carmignac, rappelé à Dieu le 2 octobre 1986, qui fut un grand savant et un véritable exégète catholique – homme de grande science et de non moins grande spiritualité – (voir les publications à son sujet > ici, > ici et ici > ici), je veux aussi publier le texte de deux catéchèses que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI avait consacrées à la belle et grande figure de Saint Jérôme, au cours des audiences générales des 7 et 14 novembre 2007.
C’est toujours un bonheur de relire et de méditer ces textes du grand Pape Benoît XVI, qui sont profonds et spirituels, d’une érudition sûre et solide, précis et rigoureux, toujours délicats et nuancés, véritablement nourrissants pour l’âme autant que pour l’intelligence…

Lionello Spada 1610 Saint Jérôme dans sa cellule

Saint Jérôme dans sa cellule – Lionello Spada (1610)

Résumé de la vie de de Saint Jérôme.
L’exemple que Saint Jérôme donne aux fidèles de tous les temps.

- Catéchèse du mercredi 7 novembre 2007 -

Chers frères et sœurs !

   Nous porterons aujourd’hui notre attention sur saint Jérôme, un Père de l’Eglise qui a placé la Bible au centre de sa vie : il l’a traduite en langue latine, il l’a commentée dans ses œuvres, et il s’est surtout engagé à la vivre concrètement au cours de sa longue existence terrestre, malgré le célèbre caractère difficile et fougueux qu’il avait reçu de la nature.

   Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Epître 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Epître 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Epître 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Epître 5, 2). La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Epître 22, 7), et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne : une opposition rendue célèbre par la « vision » dramatique et vivante, dont il nous a laissé le récit. Dans celle-ci, il lui sembla être flagellé devant Dieu, car  « cicéronien  et non chrétien » (cf. Epître 22, 30).

   En 382, il partit s’installer à Rome : là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller ; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles. Quelques personnes de l’aristocratie romaine, en particulier des nobles dames comme Paola, Marcella, Asella, Lea et d’autres, souhaitant s’engager sur la voie de la perfection chrétienne et approfondir leur connaissance de la Parole de Dieu, le choisirent comme guide spirituel et maître dans l’approche méthodique des textes sacrés. Ces nobles dames apprirent également le grec et l’hébreu.

   Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22 ; Epître 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, grâce à la générosité de la noble dame Paola, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte, « pensant que Marie et Joseph n’avaient pas trouvé où faire halte » (Epître 108, 14). Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité :  il commenta la Parole de Dieu ; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies ; il exhorta les moines à la perfection ; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves ; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

   Sa grande culture littéraire et sa vaste érudition permirent à Jérôme la révision et la traduction de nombreux textes bibliques : un travail précieux pour l’Eglise latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu et grâce à la confrontation avec les versions précédentes, il effectua la révision des quatre Evangiles en langue latine, puis du Psautier et d’une grande partie de l’Ancien Testament. En tenant compte de l’original hébreu et grec, des Septante et de la version grecque classique de l’Ancien Testament remontant à l’époque pré-chrétienne, et des précédentes versions latines, Jérôme, ensuite assisté par d’autres collaborateurs, put offrir  une  meilleure traduction : elle constitue ce qu’on appelle la « Vulgate », le texte « officiel » de l’Eglise latine, qui a été reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, demeure le texte « officiel » de l’Eglise de langue latine. Il est intéressant de souligner les critères auxquels ce grand bibliste s’est tenu dans son œuvre de traducteur. Il le révèle lui-même quand il affirme respecter jusqu’à l’ordre des mots dans les Saintes Ecritures, car dans celles-ci, dit-il, « l’ordre des mots est aussi un mystère » (Epître 57, 5), c’est-à-dire une révélation. Il réaffirme en outre la nécessité d’avoir recours aux textes originaux : « S’il devait surgir une discussion entre les Latins sur le Nouveau Testament, en raison des leçons discordantes des manuscrits, ayons recours à l’original, c’est-à-dire au texte grec, langue dans laquelle a été écrit le Nouveau Testament. De la même manière pour l’Ancien Testament, s’il existe des divergences entre les textes grecs et latins, nous devons faire appel au texte original, l’hébreu ; de manière à ce que nous puissions retrouver tout ce qui naît de la source dans les ruisseaux » (Epître 106, 2). En outre, Jérôme commenta également de nombreux textes bibliques. Il pensait que les commentaires devaient offrir de nombreuses opinions, « de manière à ce que le lecteur avisé, après avoir lu les différentes explications et après avoir connu de nombreuses opinions – à accepter ou à refuser -, juge celle qui était la plus crédible et, comme un expert en monnaies, refuse la fausse monnaie » (Contra Rufinum 1, 16).

   Il réfuta avec énergie et vigueur les hérétiques qui contestaient la tradition et la foi de l’Eglise. Il démontra également l’importance et la validité de la littérature chrétienne, devenue une véritable culture désormais digne d’être comparée avec la littérature classique :  il le fit en composant le De viris illustribus, une œuvre dans laquelle Jérôme présente les biographies de plus d’une centaine d’auteurs chrétiens. Il écrivit également des biographies de moines, illustrant à côté d’autres itinéraires spirituels également l’idéal monastique ; en outre, il traduisit diverses œuvres d’auteurs grecs. Enfin, dans le fameux Epistolario, un chef-d’œuvre de la littérature latine, Jérôme apparaît avec ses caractéristiques d’homme cultivé, d’ascète et de guide des âmes.

   Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme ?
Je pense en particulier ceci :  aimer la Parole de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Saint Jérôme dit : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ». C’est pourquoi, il est très important que chaque chrétien vive en contact et en dialogue personnel avec la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans l’Ecriture Sainte. Notre dialogue avec elle doit toujours revêtir deux dimensions : d’une part, il doit être un dialogue réellement personnel, car Dieu parle avec chacun de nous à travers l’Ecriture Sainte et possède un message pour chacun. Nous devons lire l’Ecriture Sainte non pas comme une parole du passé, mais comme une Parole de Dieu qui s’adresse également à nous et nous efforcer de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire. Mais pour ne pas tomber dans l’individualisme, nous devons tenir compte du fait que la Parole de Dieu nous est donnée précisément pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité de notre chemin vers Dieu. C’est pourquoi, tout en étant une Parole personnelle, elle est également une Parole qui construit une communauté, qui construit l’Eglise. Nous devons donc la lire en communion avec l’Eglise vivante. Le lieu privilégié de la lecture et de l’écoute de la Parole de Dieu est la liturgie, dans laquelle, en célébrant la parole et en rendant présent dans le Sacrement le Corps du Christ, nous réalisons la parole dans notre vie et la rendons présente parmi nous. Nous ne devons jamais  oublier  que  la Parole de Dieu transcende les temps. Les opinions humaines vont et viennent. Ce qui est très moderne aujourd’hui sera très vieux demain. La Parole de Dieu, au contraire, est une Parole de vie éternelle, elle porte en elle l’éternité, ce qui vaut pour toujours. En portant en nous la Parole de Dieu, nous portons donc en nous l’éternel, la vie éternelle.

   Et ainsi, je conclus par une parole de saint Jérôme à saint Paulin de Nole. Dans celle-ci, le grand exégète exprime précisément cette réalité, c’est-à-dire que dans la Parole de Dieu, nous recevons l’éternité, la vie éternelle. Saint Jérôme dit : « Cherchons à apprendre sur la terre les vérités dont la consistance persistera également au ciel » (Epître 53, 10).

Bernardino Mei 1557-60 vision de Saint Jérôme

« Tu es cicéronien et non chrétien !  » : Vision de Saint Jérôme – Bernardino Mei (1557-1560)

L’extraordinaire richesse et variété des enseignements de Saint Jérôme.

- Catéchèse du mercredi 14 novembre 2007 -

Chers frères et sœurs,

   Nous poursuivons aujourd’hui la présentation de la figure de saint Jérôme. Comme nous l’avons dit mercredi dernier, il consacra sa vie à l’étude de la Bible, au point d’être reconnu par l’un de mes prédécesseurs, le Pape Benoît XV, comme « docteur éminent dans l’interprétation des Saintes Ecritures ». Jérôme soulignait la joie et l’importance de se familiariser avec les textes bibliques :  « Ne te semble-t-il pas habiter – déjà ici, sur terre – dans le royaume des cieux, lorsqu’on vit parmi ces textes, lorsqu’on les médite, lorsqu’on ne connaît ni ne recherche rien d’autre ? » (Epître 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c’est-à-dire une présence de Dieu. S’approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car « ignorer l’Ecriture, c’est ignorer le Christ ». C’est à lui qu’appartient cette phrase célèbre, également citée par le concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25).

   Réellement « amoureux » de la Parole de Dieu, il se demandait : « Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants » (Epître 30, 7). La Bible, instrument « avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles » (Epître 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l’Ecriture signifie converser avec Dieu : « Si tu pries – écrit-il à une noble jeune fille de Rome - , tu parles avec l’Epoux ; si tu lis, c’est Lui qui te parle » (Epître 22, 25). L’étude et la méditation de l’Ecriture rendent l’homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien : « Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures ; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends-là ce que tu dois enseigner » (Epître 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l’éducation chrétienne de sa fille : « Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Ecriture… Qu’à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière… Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins » (Epître 107, 9-12). Avec la méditation et la science des Ecritures se « conserve l’équilibre de l’âme » (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l’assistance de l’Esprit Saint peuvent  nous  introduire à la compréhension de la Bible : « Dans l’interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l’assistance de l’Esprit Saint » (In Mich. 1, 10, 15).

   Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu’il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l’une de ses filles spirituelles : « Aime l’Ecriture Sainte et la sagesse t’aimera ; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera ; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu’elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d’oreille » (Epître 130, 20). Et encore :  « Aime la science de l’Ecriture, et tu n’aimeras pas les vices de la chair » (Epître 125, 11).

   Pour Jérôme, un critère de méthode fondamental dans l’interprétation des Ecritures était l’harmonie avec le magistère de l’Eglise. Nous ne pouvons jamais lire l’Ecriture seuls. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l’erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Ce n’est que dans cette communion avec le Peuple de Dieu que nous pouvons réellement entrer avec le « nous » au centre de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. Pour lui, une interprétation authentique de la Bible devait toujours être en harmonieuse concordance avec la foi de l’Eglise catholique. Il ne s’agit pas d’une exigence imposée à ce Livre de l’extérieur ; le Livre est précisément la voix du Peuple de Dieu en pèlerinage et ce n’est que dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la juste tonalité pour comprendre l’Ecriture Sainte. Il admonestait donc :  « Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t’a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent » (Epître 52, 7). En particulier, étant donné que Jésus-Christ a fondé son Eglise sur Pierre, chaque chrétien – concluait-il – doit être en communion « avec la Chaire de saint Pierre. Je sais que sur cette pierre l’Eglise est édifiée » (Epître 15, 2). Par conséquent, et de façon directe, il déclarait : « Je suis avec quiconque est uni à la Chaire de saint Pierre » (Epître 16).

   Jérôme ne néglige pas, bien sûr, l’aspect éthique. Il rappelle au contraire souvent le devoir d’accorder sa propre vie avec la Parole divine et ce n’est qu’en la vivant que nous trouvons également la capacité de la comprendre. Cette cohérence est indispensable pour chaque chrétien, et en particulier pour le prédicateur, afin que ses actions, si elles étaient discordantes par rapport au discours, ne le mettent pas dans l’embarras. Ainsi exhorte-t-il le prêtre Népotien :  « Que tes actions ne démentent pas tes paroles, afin que, lorsque tu prêches à l’église, il n’arrive pas que quelqu’un commente en son for intérieur :  « Pourquoi n’agis-tu pas précisément ainsi ? » Cela est vraiment plaisant de voir ce maître qui, le ventre plein, disserte sur le jeûne; même un voleur peut blâmer l’avarice; mais chez le prêtre du Christ, l’esprit et la parole doivent s’accorder » (Epître 52, 7). Dans une autre lettre, Jérôme réaffirme : « Même si elle possède une doctrine splendide, la personne qui se sent condamnée par sa propre conscience se sent honteuse » (Epître 127, 4). Toujours sur le thème de la cohérence, il observe : l’Evangile doit se traduire par des attitudes de charité véritable, car en chaque être humain, la Personne même du Christ est présente. En s’adressant, par exemple, au prêtre Paulin (qui devint ensuite Evêque de Nole et saint), Jérôme le conseillait ainsi : « Le véritable temple du Christ est l’âme du fidèle:  orne-le, ce sanctuaire, embellis-le, dépose en lui tes offrandes et reçois le Christ. Dans quel but revêtir les murs de pierres précieuses, si le Christ meurt de faim dans la personne d’un pauvre ? » (Epître 58, 7). Jérôme concrétise :  il faut « vêtir le Christ chez les pauvres, lui rendre visite chez les personnes qui souffrent, le nourrir chez les affamés, le loger chez les sans-abris » (Epître 130, 14). L’amour pour le Christ, nourri par l’étude et la méditation, nous fait surmonter chaque difficulté : « Aimons nous aussi Jésus-Christ, recherchons toujours l’union avec lui : alors, même ce qui est difficile nous semblera facile » (Epître 22, 40).

   Jérôme, défini par Prosper d’Aquitaine comme un « modèle de conduite et maître du genre humain » (Carmen de ingratis, 57), nous a également laissé un enseignement riche et varié sur l’ascétisme chrétien. Il rappelle qu’un courageux engagement vers la perfection demande une vigilance constante, de fréquentes mortifications, toutefois avec modération et prudence, un travail intellectuel ou manuel assidu pour éviter l’oisiveté (cf. Epîtres 125, 11 et 130, 15), et surtout l’obéissance à Dieu : « Rien… ne plaît autant à Dieu que l’obéissance…, qui est la plus excellente et l’unique vertu » (Hom. de oboedientia : CCL 78, 552). La pratique des pèlerinages peut également appartenir au chemin ascétique. Jérôme donna en particulier une impulsion à ceux en Terre Sainte, où les pèlerins étaient accueillis et logés dans des édifices élevés à côté du monastère de Bethléem, grâce à la générosité de la noble dame Paule, fille spirituelle de Jérôme (cf. Epître 108, 14).

   Enfin, on ne peut pas oublier la contribution apportée par Jérôme dans le domaine de la pédagogie chrétienne (cf. Epîtres 107 et 128). Il se propose de former « une âme qui doit devenir le temple du Seigneur » (Epître 107, 4), une « pierre très précieuse » aux yeux de Dieu (Epître 107, 13). Avec une profonde intuition, il conseille de la préserver du mal et des occasions de pécher, d’exclure les amitiés équivoques ou débauchées (cf. Epître 107, 4 et 8-9 ; cf. également Epître 128, 3-4). Il exhorte surtout les parents pour qu’ils créent un environnement  serein  et joyeux autour des enfants, pour qu’ils les incitent à l’étude et au travail, également par la louange et l’émulation (cf. Epîtres 107, 4 et 128, 1), qu’ils les encouragent à surmonter les difficultés, qu’ils favorisent entre eux les bonnes habitudes et qu’ils les préservent d’en prendre de mauvaises car – et il cite là une phrase de Publilius Syrus entendue à l’école – « difficilement tu réussiras à te corriger de ces choses dont tu prends tranquillement l’habitude » (Epître 107, 8). Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Avec une grande clarté, Jérôme, s’adressant à la mère d’une jeune fille et mentionnant ensuite le père, admoneste, comme exprimant une exigence fondamentale de chaque créature humaine qui commence son existence : « Qu’elle trouve en toi sa maîtresse, et que sa jeunesse inexpérimentée regarde vers toi avec émerveillement. Que ni en toi, ni en son père elle ne voie jamais d’attitudes qui la conduisent au péché, si elles devaient être imitées. Rappelez-vous que… vous pouvez davantage l’éduquer par l’exemple que par la parole » (Epître 107, 9). Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, on doit souligner l’importance attribuée à une éducation saine et complète dès la prime enfance, la responsabilité particulière reconnue aux parents, l’urgence d’une sérieuse formation morale et religieuse, l’exigence de l’étude pour une formation humaine plus complète. En outre, un aspect assez négligé à l’époque antique, mais considéré comme vital par notre auteur, est la promotion de la femme, à laquelle il reconnaît le droit à une formation complète : humaine, scolaire, religieuse, professionnelle. Et nous voyons précisément aujourd’hui que l’éducation de la personnalité dans son intégralité, l’éducation à la responsabilité devant Dieu et devant l’homme, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et d’exclusion de la violence. L’éducation devant Dieu et devant l’homme : c’est l’Ecriture Sainte qui nous indique la direction de l’éducation et ainsi, du véritable humanisme.

   Nous ne pouvons pas conclure ces rapides annotations sur cet éminent Père de l’Eglise sans mentionner la contribution efficace qu’il apporta à la préservation d’éléments positifs et valables des antiques cultures juive, grecque et romaine au sein de la civilisation chrétienne naissante. Jérôme a reconnu et assimilé les valeurs artistiques, la richesse des sentiments et l’harmonie des images présentes chez les classiques, qui éduquent le cœur et l’imagination à de nobles sentiments. Il a en particulier placé au centre de sa vie et de son activité la Parole de Dieu, qui indique à l’homme les chemins de la vie, et lui révèle les secrets de la sainteté. Nous ne pouvons que lui être profondément reconnaissants pour tout cela, précisément dans le monde d’aujourd’hui.

Simon Vouet 1622-25 Saint Jérôme et l'ange

Saint Jérôme et l’ange – Simon Vouet (1622-1625)

2014-94. Où, à l’occasion de la fête de Saint Jérôme, le Maître-Chat Lully revient sur le problème des traductions de la Sainte Ecriture lues à la Sainte Messe.

30 septembre,
Fête de Saint Jérôme (cf > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Ce dernier jour du mois de septembre, nous fêtons Saint Jérôme, célèbre – entre autres – pour avoir mené à bien une remarquable version des Saintes Ecritures en langue latine : la Vulgate ; aussi mes réflexions de ce jour s’attacheront-elles à certains problèmes liés aux traductions de la Sainte Bible…

Domenico Ghirlandaio St Jérôme 1480

Saint Jérôme dans sa cellule (Domenico Ghirlandaio, fresque 1480)

- Du travail de Saint Jérôme :

   On sait à quel point Saint Jérôme fut scrupuleux et précis pour donner à l’Eglise latine une version qui rende le plus exactement possible le sens des textes sacrés qu’il traduisait de l’hébreu, de l’araméen ou du grec, à partir des meilleurs manuscrits antiques – la plupart ont aujourd’hui disparu – dont il pouvait disposer.

   Ce n’est que lorsqu’est advenue la période où la foi et la doctrine ont été mises à mal que le sérieux du travail de Saint Jérôme a été mis en doute.
En prétendant que le moine érudit « traduisait trop vite », puis en jetant le doute sur les manuscrits sur lesquels il travaillait, on a peu à peu insinué que le texte de la Vulgate n’était pas vraiment fiable ; par contrecoup, on a ainsi répandu l’idée que l’Eglise latine fondait sa croyance sur des interprétations contestables des textes bibliques.

   Pour moi, j’insiste
1) pour affirmer que Saint Jérôme dépassait en connaissance des langues anciennes bien des exégètes et traducteurs des temps modernes,
2) et pour rappeler qu’il avait à sa disposition des manuscrits des textes bibliques qui ont aujourd’hui disparu (en totalité ou en partie) et qui étaient beaucoup plus sûrs que les prétendus « manuscrits originaux » dont se réclament la plupart des traductions modernes.

En effet, ces prétendus « manuscrits originaux » sont postérieurs de plusieurs siècles aux manuscrits anciens auxquels Saint Jérôme avait accès et, par ailleurs, on peut affirmer de manière certaine que – à partir de la fin du premier siècle – les Juifs ont « trafiqué » certains textes de l’Ancien Testament qui témoignaient d’une façon trop évidente en faveur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour faire en sorte qu’ils ne puissent plus servir d’arguments bibliques en faveur de la foi chrétienne.

   De cela, Saint Jérôme témoigne dans une lettre à Sainte Marcelle que Frère Maximilien-Marie a déjà citée dans les souvenirs de ses conversations avec Monsieur l’abbé Jean Carmignac (on les retrouvera > ici).
Sainte Marcelle, s’étant plainte auprès de Saint Jérôme de ne pas avoir eu de lettre de lui depuis longtemps, en reçut en effet cette explication :

« Quel est donc ce travail si important et si nécessair, me direz-vous, qui ne vous permet pas le plaisir d’une causerie épistolaire ? C’est la confrontation de la version d’Aquila avec le texte hébreu, étude dont je m’occupe depuis longtemps, pour voir si la Synagogue n’aurait pas fait à l’original, en haine du Christ, quelque changement ; et, je ne craindrai pas d’en faire l’aveu à une amie comme vous, j’ai trouvé là bien des choses capables de corroborer notre foi ! » 

   La « version d’Aquila » dont parle Saint Jérôme dans ce passage, est une traduction de la Bible hébraïque en grec, réalisée par Aquila de Sinope et publiée vers l’an 138 de notre ère. Ce texte grec de la Bible connut un grand succès auprès des Juifs de langue grecque au point qu’il supplanta le texte des Septante (traduction en grec datant du IIIe siècle avant Jésus-Christ, et qui était considérée comme inspirée), parce que justement Aquila avait traduit en favorisant des interprétations défavorables au christianisme. Ce texte d’Aquila influença même les textes hébreux postérieurs, qui se trouvèrent ainsi détournés du sens qu’ils avaient eu jusque là ; les traductions grecques antérieures et les manuscrits hébreux plus anciens en témoignent, ainsi que Saint Jérôme put le vérifier, et les textes hébreux ou araméens retrouvés à Qumrân au XXème siècle en apportent une nouvelle preuve.

Lectionnaire en français pour le missel de 1962

Lectionnaire en langue française utilisé de manière habituelle et générale
dans les églises où est célébrée la liturgie selon le missel de 1962.

- Des traductions liturgiques de la Sainte Ecriture en langue française 

   Cela m’amène à parler des traductions de la Sainte Ecriture lues en langue française au cours de la Sainte Messe.

Notez bien que je ne parle pas ici du lectionnaire français de la liturgie réformée issue du second concile du Vatican (ce que l’on appelle « missel de Paul VI »),
1) premièrement parce que c’est une liturgie que nous ne pratiquons pas au Mesnil-Marie et avec laquelle nous ne nous voulons pas nous compromettre,
2) et secondement parce que, s’il fallait s’en occuper, il faudrait alors écrire non seulement de longues pages mais plusieurs volumes, en raison des graves problèmes soulevés par les traductions pitoyables que l’on y trouve.
On dépasserait alors largement les limites imposées par ce modeste blogue.

   Je veux seulement parler ici des traductions utilisées pour la lecture en français des textes bibliques du missel de 1962 (dit « de Jean XXIII »), pratiqué dans presque toutes les chapelles où l’on célèbre « la messe de Saint Pie V ».
Ces traductions sont contenues dans un lectionnaire (dont j’ai placé ci-dessus une photographie montrant la couverture et la page de garde) qui a été publié en 1964.
La publication de ce lectionnaire se situait déjà dans les perspectives d’application des directives de la constitution « Sacrosanctum concilium » du second concile du Vatican (promulguée le 3 décembre 1963), afin de permettre la proclamation au peuple des épîtres et Evangiles en langue française.

   Si son ordonnance est conforme à l’édition du missel de 1962, si les traductions que contient ce lectionnaire sont dites « approuvées par les épiscopats d’Afrique Equatoriale-Cameroun, Afrique du Nord, Afrique Occidentale, Belgique, Canada, Congo, France, Luxembourg, Madagascar, Rwanda et Burundi, Suisse » (texte figurant sur la page de garde), et si cette publication a été approuvée depuis Rome, le 1er novembre 1964, par Son Excellence Monseigneur René Boudon, évêque de Mende – au nom de l’Association épiscopale liturgique de France – , les traductions qu’il contient sont néanmoins pour nous la source d’une grande perplexité et de fréquents agacements.
Je constate aussi que rien, dans la « note sur le contenu de ce lectionnaire » qui figure en tête de l’ouvrage, ne permet d’ailleurs de savoir d’où proviennent les traductions proposées dans ce livre, ce qui ne peut qu’accroître notre suspicion.

   En effet, ce n’est pas parce qu’il contient la traduction française des textes bibliques pour la liturgie antérieure aux réformes promulguées par le second concile du Vatican, ni parce qu’il a vu le jour avant le grand bazar auquel on assistera dans les églises à partir de 1965, que les traductions qu’il propose sont nécessairement irréprochables.
Lorsque ce lectionnaire fut publié, en 1964, le ver était dans le fruit depuis de nombreuses années et il avait, sans faire de bruit et sans qu’on s’en rende vraiment compte, déjà bien contribué à pourrir le catholicisme.

   Ce même Monseigneur Boudon, qui approuva la publication de ce lectionnaire français en 1964, a présidé pendant des lustres la commission épiscopale française chargée de la liturgie (commission qui portera plusieurs noms successifs) et, tout au long des années qui ont suivi le second concile du Vatican, c’est lui qui au nom de l’épiscopat français a signé à tour de bras – et sans aucun état d’âme semble-t-il – des autorisations de mise en service de traductions françaises officielles pour le moins surprenantes (doux euphémisme !) et de textes pour la nouvelle liturgie dont l’orthodoxie est carrément douteuse !
Monseigneur Boudon, à la messe duquel Frère Maximilien-Marie se souvient d’avoir un jour assisté dans son enfance – messe des plus fantaisiste et « approximative » au demeurant – était sans nul doute un « progressiste » convaincu. Il ne l’est pas devenu du jour au lendemain « après le concile », juste au moment de l’entrée en vigueur du missel de Paul VI. La facilité avec laquelle il a autorisé des publications pour la liturgie réformée dont la qualité littéraire et doctrinale laisse fort à désirer, donne à penser que, déjà en 1964, il n’était pas très regardant sur la qualité des traductions de la Sainte Ecriture publiées avec sa bénédiction. 

   Il m’apparaît donc tout à fait inquiétant, et même dommageable, que l’on utilise – apparemment sans sourciller -, dans les chapelles où est pratiquée la liturgie traditionnelle, un lectionnaire dont les traductions des textes bibliques en langue française exigeraient une sérieuse révision, d’abord pour les mettre en stricte conformité avec le texte de la Vulgate contenu par le missel latin, et ensuite pour leur donner une qualité littéraire qui n’existe pas à l’heure actuelle.

   J’ai conscience que cela représente un gros travail pour réviser ces traductions inexactes, voire tendancieuses, ainsi que de nombreuses difficultés pratiques. Cela n’en est pas moins nécessaire.
L’article 6 du motu proprio « Summorum Pontificum » de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI précisait que « dans les Messes célébrées selon le Missel du B. Jean XXIII avec le peuple, les lectures peuvent aussi être proclamées en langue vernaculaire, en utilisant des éditions reconnues par le Siège apostolique ».

   De fait, le lectionnaire français de 1964 ne constitue pas une « édition reconnue par le Siège apostolique » : il n’est qu’une édition autorisée (et non promulguée de manière impérative) par les épiscopats francophones de 1964.
En l’occurrence, et en l’absence d’édition française « reconnue par le Siège apostolique », il semble donc tout à fait légitime que l’on puisse utiliser, pour la proclamation des lectures en langue française, d’autres traductions plus conformes au texte de la Vulgate que celles contenues dans ce « Lectionnaire Français pour tous les jours selon le Missel Romain » publié en 1964.

pattes de chatLully.

Domenico Ghirlandaio St Jérôme détail

Domenico Ghirlandaio – 1480 : détail sur le visage et les mains de la fresque de Saint Jérôme.

2014-93. D’un jubilé célébré au Mesnil-Marie à l’occasion de noces d’argent de profession perpétuelle.

Samedi 20 septembre 2014.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Beaucoup de nos proches le savent (et même s’ils ne peuvent être là physiquement nous savons bien qu’ils seront spirituellement présents – par la prière -), ce dimanche 21 septembre 2014, dans notre paroisse de rite latin traditionnel, Monsieur l’Abbé offrira la Sainte Messe en action de grâces à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la profession perpétuelle de Frère Maximilien-Marie, c’est-à-dire pour le jubilé de ses noces d’argent religieuses.
Les fidèles de notre petite communauté paroissiale et quelques fidèles venus de plus loin entoureront ensuite notre Frère au cours d’un repas de fête (cf. > annonce).

En fait, Frère Maximilien-Marie a célébré cette année, le 8 septembre, le trente-quatrième anniversaire de son entrée dans la vie religieuse (postulat), le trente-troisième anniversaire de son entrée au noviciat, et le trente-et-unième anniversaire de sa profession simple (voeux temporaires).
Sa profession perpétuelle a ensuite été célébrée le 24 septembre 1989, en la fête de Notre-Dame de la Merci, et c’est cet engagement définitif et irrévocable au service de Notre-Seigneur Jésus-Christ, entre les mains de la Très Sainte Vierge Marie, dont nous marquons l’anniversaire dans l’action de grâces ce dimanche (pour que notre Frère puisse être entouré, en effet, il a semblé plus judicieux de le fêter le dimanche d’autant qu’en cette année 2014, le 24 septembre tombera le mercredi des Quatre-Temps, qui est jour de jeûne et d’abstinence).

Comme j’avais déjà eu l’occasion de l’évoquer (cf. > ici et > ici), je ne reviendrai pas aujourd’hui sur tous les détails particuliers à la vocation de Frère Maximilien-Marie.
Néanmoins j’insisterai pour dire que si son accomplissement n’a pas toujours emprunté des chemins faciles et tranquilles, depuis trente-quatre ans elle n’a fait que s’affirmer avec plus de vigueur, se renforcer et s’épanouir – malgré toutes les oppositions, adversités et contradictions – dans la rigoureuse et stricte logique de la démarche libre, volontaire et pleinement responsable, qu’il accomplissait en entrant au postulat à dix-huit ans ; démarche dont la profession publique, solennelle et définitive des saints voeux de pauvreté, chasteté et obéissance fut la consécration, il y a vingt-cinq ans.

Je ne veux pas en écrire davantage aujourd’hui. En revanche, pour marquer ce jubilé, et parce que j’ai eu accès aux carnets dans lesquels Frère Maximilien-Marie conserve ses notes spirituelles, je veux vous livrer ci-dessous un florilège de citations qui l’ont particulièrement marqué dans les années de sa formation religieuse ; citations qui ont été pour lui plus que des repères dans la maturation de sa vocation - j’ai presque envie d’écrire des slogans qu’il s’est très souvent répétés – , et sur lesquels je vous invite à méditer à votre tour…

Lully.

Jésus et la Samaritaine vitrail de l'église Saint-Martin de Vals les Bains

« Si tu savais le don de Dieu ! »
L’entretien de Jésus avec la samaritaine (vitrail de l’église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Soeur Joséfa Ménendez :

- « Ce n’est pas pour ce que tu es que Je t’ai choisie, mais pour ce que tu n’es pas. J’ai trouvé ainsi où placer Ma puissance et Mon amour. »

Sacré-Coeur

De Saint Augustin :

- « Totum te exigit qui totum te fecit ! » (traduction : Il t’exige entièrement Celui qui t’a tout entier créé).

Sacré-Coeur

Du Révérend Père Joseph de Guibert sj :

- « Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veus dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté. »

Sacré-Coeur

De Don Lorenzo Scupoli :

- « Que l’on ne s’imagine pas pourvoir acquérir les véritables vertus et servir Dieu comme il faut si l’on n’est pas dans la résolution de se faire violence à soi-même. »

Sacré-Coeur

De saint Bernard :

- « La miséricorde de Dieu est mon mérite, et je n’en manquerai pas tant que Dieu daignera prendre compassion de moi. »

Sacré-Coeur

De Sainte Thérèse d’Avila :

- « C’est parce que nous ne faisons pas à Dieu le don total et absolu de nous-mêmes qu’Il ne nous donne pas tout d’un coup le trésor d’un parfait amour. »

- « Dieu a plus soin de nous que nous-mêmes, et Il sait à quoi chacun est propre. De quoi sert de se gouverner soi-même, quand on a déjà donné toute sa volonté à Dieu ? »

Sacré-Coeur

De saint Alphonse de Ligori :

- « Toute la sainteté, c’est d’aimer Dieu ; et tout l’Amour de Dieu, c’est d’accomplir la volonté divine. »

Sacré-Coeur

de Saint Jérôme :

- « Rien n’est dur à qui aime ; à qui désire nul effort n’est difficile. »

Sacré-Coeur

De Saint François de Sales :

- « Le temps seul est perdu dont l’amour est absent. »

- « O mon âme, tu es capable de Dieu ! Malheur à toi si tu te contentes de moins que de Dieu ! »

Sacré-Coeur

De Sainte Thérèse Couderc :

- « Si le Bon Dieu ne m’avait pas fait d’autre grâce que celle de la vocation, ne serait-ce pas déjà assez ? »

- « Qu’importe si mes pieds nus et déchirés remplissent souvent mes sabots de sang ! Je recommencerais volontiers ma route, j’ai si bien trouvé le Bon Dieu ! »

Sacré-Coeur

De Louis Veuillot :

- « L’Eglise m’a donné la lumière et la paix. Je lui dois ma raison et mon coeur. C’est par elle que je sais, que j’admire, que j’aime, que je vis. Lorsqu’on l’attaque, j’ai les mouvements d’un fils qui voit frapper sa mère. »

Sacré-Coeur

De Saint Paul de la Croix :

- « Vous ne pouvez avoir de signes plus sûrs de l’Amour divin envers vous que la souffrance que Dieu permet pour vous et vous donne en cadeau. C’est de cette façon qu’Il rend votre âme toujours plus parfaite. »

Sacré-Coeur

du Révérend Père Frédéric-William Faber :

- « L’union avec Jésus est la plus courte définition de la sainteté, une définition qui est également applicable aux variétés innombrables de cette union dont Marie est le modèle. La grâce spéciale de toutes dévotions envers Marie est l’union avec Jésus (…). Marie est inséparable de Jésus. L’esprit de Marie est la communication de l’esprit de Jésus, la plus grande qui puisse exister. »

Sacré-Coeur

Du Bienheureux Charles de Foucauld :

- « Il faut passer par le désert et y séjourner pour y recevoir la Grâce de Dieu ; c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu, et qu’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul. »

- « Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous ayons de nous unir à Dieu et de faire du bien aux âmes ; c’est ce que Saint Jean de la Croix répète presque à chaque ligne.
Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde : on sent qu’on souffre, on ne sent pas toujours qu’on aime, et c’est une grande souffrance de plus ! Mais on sait qu’on voudrait aimer, et vouloir aimer, c’est aimer.
On trouve qu’on n’aime pas assez ; comme c’est vrai, on n’aimera jamais assez ! Mais le Bon Dieu qui sait de quelle boue Il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu’une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne ment pas, qu’Il ne repousserait pas celui qui vient à Lui… »

La sainte Agonie de Gethsémani vitrail de l'église Saint-Martin de Vals les Bains

« Veillez et priez ! »
La Sainte Agonie de Gethsémani (vitrail de l’église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Publié dans:Chronique de Lully, Textes spirituels |on 20 septembre, 2014 |10 Commentaires »

2014-92. De la Bienheureuse Françoise Mézière, vierge et martyre, modèle des enseignants catholiques.

5 février,
fête de Sainte Agathe de Catane,
« dies natalis » de la Bienheureuse Françoise Mézière.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Pour ajouter un complément à la publication qui, dans ces pages, a présenté de manière succincte les Bienheureux Martyrs de Laval, fêté le 21 janvier (cf. > ici), je voudrais aujourd’hui vous présenter plus particulièrement la figure de l’une des martyres de ce groupe, qui est une authentique enseignante catholique – une sainte pédagogue – : la bienheureuse Françoise Mézière.
Au mois de janvier 2014 (cf. > ici), je n’avais fait que citer son nom, alors qu’aujourd’hui je voudrais vous donner davantage de détails sur sa vie exemplaire, qui fait d’elle un modèle toujours actuel pour tous les enseignants catholiques.

Statue de la Bse Françoise Mézières - église de Mézangers

Statue de la bienheureuse Françoise Mézière dans l’église de Mézangers.

A – Origines, vocation et formation :

   Françoise Mézière est née à Mézangers, dans le Bas-Maine (au nord de Sainte-Suzanne), le 25 août 1745, et fut baptisée le jour même.

   Son père, René Mézière, excellent chrétien, était fermier pour l’abbaye d’Evron (bénédictins). Veuf de sa première épouse, dont il a déjà eu six enfants, il se remarie à la fin de l’année 1749 : Françoise est alors âgée de quatre ans et demi.
Sa deuxième épouse lui donne trois autres enfants, puis meurt à son tour en 1754, peu de temps après la mort de la sœur aînée de Françoise.
En 1758, René Mézière se marie une troisième fois.
Par tous ces décès successifs vécus dans la foi de l’Eglise, Françoise comprend très tôt que le sens véritable de la vie terrestre, c’est la préparation de l’éternité, et, en conséquence, elle perçoit toute l’importance du rôle des éducateurs pour les âmes appelées au salut.

   En 1768, Françoise Mézière a 23 ans. Elle quitte la maison familiale pour aller se former à la grande et belle tache de maîtresse d’école.

   En ces temps-là, se développait largement en Bas-Maine – comme en beaucoup d’autres provinces du Royaume – l’oeuvre dite des « petites écoles ».
A Evron, depuis 1720, une de ces institutions existait, grâce à la générosité de l’abbé des Bénédictins et au zèle du curé local. Cette œuvre était dirigée par des femmes consacrées, vivant en communauté et organisées sur le modèle des « Filles de la Charité » fondées par Saint Vincent de Paul. Ces Sœurs s’occupaient aussi d’un office de charité : à la fois dispensaire où l’on venait recevoir des soins, hospice pour l’accueil de vieillards nécessiteux, orphelinat, centre à partir duquel les Sœurs partaient en visites pour prodiguer des soins et distribuer des vivres… etc.
C’est auprès de ces Sœurs, que Françoise reçut, pendant deux ans, une formation adéquate à sa double mission de maîtresse d’école et de « Sœur de charité ».

   Il convient ici de préciser quelque chose qui a son importance : avant la grande révolution, et selon les règles canoniques  en vigueur, seules étaient appelées « religieuses » les femmes qui prononçaient les voeux solennels de religion, et qui de ce fait devaient nécessairement vivre en clôture stricte.
Celles qui, lors même qu’elles vivaient en communauté (mais sans clôture pour pouvoir se dévouer au soin des miséreux et des malades et tenir des écoles), ne prononçaient que des vœux simples ; elles portaient une sorte d’habit religieux et étaient appelées « Sœurs ».
Les femmes qui ne vivaient pas en communauté mais restaient dans une forme de célibat consacré (avec parfois des vœux privés prononcés dans les mains de leur confesseur), qui avaient reçu la charge d’une école de village, qui se dévouaient à l’entretien de l’église et aux visites de charité dans une paroisse, portaient également une sorte d’uniforme religieux et étaient elles-aussi appelées « Sœurs ».
Françoise fera partie de cette dernière catégorie : c’est ce qui explique que, sans être religieuse à strictement parler, elle sera couramment appelée Sœur Françoise

Evron la basilique et les bâtiments abbatiaux

Evron : la basilique et les bâtiments abbatiaux :
c’est ici que les Sœurs de la Cjarité d’Evron, établies sous la protection de l’abbé,
formèrent Françoise Mézière à sa mission de maîtresse d’école et de Sœur de Charité.

B – Françoise, maîtresse d’école à Saint-Léger :

   Une cousine de la troisième épouse de René Mézière, Marguerite Coutelle, dirigeait depuis 1752 l’école-dispensaire de la paroisse de Saint-Léger (à l’ouest de Sainte-Suzanne). Elle y avait été appelée en 1752 par un prêtre aussi généreux que zélé pour « apprendre à lire et à écrire gratuitement aux jeunes filles de la paroisse, de leur faire réciter tous les jours la prière et leur enseigner le catéchisme le mercredi et le samedi ».
En 1770, Françoise, qui a achevé sa formation à Evron, est appelée comme auxiliaire de la Sœur Coutelle, déjà âgée. Françoise fera la classe, visitera les malades et s’occupera en partie de la sacristie : c’est à elle que revient l’entretien des linges d’église et ornements, ainsi que la préparation des autels pour les Messes.

   La Sœur Coutelle meurt en 1772 et Françoise devient alors l’institutrice titulaire de Saint-Léger.

   De 1770 à 1789, pendant dix-neuf années donc, Françoise Mézière a vécu les jours les plus tranquilles et les plus heureux de son existence : une existence où ne manquent certes pas les jours d’épreuve et de deuil, mais qui se déroule dans le bonheur profond du dévouement humble, fidèle et discret, toute donnée à Dieu et aux autres… 

   Françoise est soutenue par le ministère de bons prêtres, fervents, instruits, sages et zélés.
Lorsqu’elle arrive à Saint-Léger, en 1770, le vicaire est l’abbé Ripault : nommé curé de Gesvres en 1776, ce prêtre intrépide refusera les serments imposés par la révolution : durant toute la Terreur et jusqu’au Concordat, il exercera son ministère clandestin avec beaucoup de succès.
En remplacement de l’abbé Ripault, les paroissiens de Saint-Léger voient arriver un jeune prêtre, l’abbé René Morin, doté d’un jugement très lucide, d’un grand esprit d’initiative et surtout une âme vraiment surnaturelle. L’abbé Morin est un apôtre de la dévotion au Cœur Sacré de Jésus.
Et en 1777, le curé nommé à Saint-Léger est l’abbé Jacques Gigant, cousin de Françoise Mézière.

église de Saint-Léger

Eglise de Saint-Léger (état actuel)

C – Les débuts de la révolution :

   1789 ouvre pour l’Eglise catholique non une période de paix et d’espérances, mais une ère de grandes inquiétudes et d’angoisses, puis de cruelles persécutions.
Heureusement, comme nous l’avons vu, la cure de Saint-Léger est tenue par des prêtres d’une solide formation doctrinale et d’une piété exemplaire, auxquels Sœur Françoise peut faire pleinement confiance.

   Dès le temps de la parution des « cahiers de doléances » du clergé, l’abbé Gigant, curé, et l’abbé Morin, son vicaire, vont donner la preuve de leur sagacité et de leur clairvoyance et mettre en garde leurs paroissiens contre les nouveautés et les pièges qu’elles présentent pour la religion.
La « prise » de la Bastille et les premiers troubles dans les campagnes vont bientôt confirmer leurs inquiétudes et leur causer de sévères alarmes. 
Françoise Mézière partage leurs analyse de la situation et leurs craintes.

   Le décret du 2 novembre 1789 qui met les biens ecclésiastiques « à disposition de la nation », la concerne directement : en effet, l’école et le dispensaire de Saint-Léger ne pouvaient subsister que parce qu’ils étaient dotés des revenus de petites propriétés qui vont se retrouver dans la liste des biens nationaux.
Puis vient la « constitution civile du clergé », avec son fatal serment, que ni le curé ni le vicaire de Saint-Léger n’accepteront.
Et voici que, le 14 avril 1791, l’obligation du serment est étendue aux maîtres et maîtresses d’école. S’ils s’y refusent, ils se voient signifier l’interdiction d’enseigner et perdent leur traitement.
Sœur Françoise Mézière n’hésite pourtant pas un instant : entre la trahison et l’indigence, sa conscience ne lui permet pas de choisir ! Mais, interdite d’enseignement, du moins pourra-t-elle continuer son ministère d’infirmière et de garde-malade.

   Vers la fin de juillet 1791, l’abbé Gigant et l’abbé Morin sont informés par les autorités départementales qu’un curé assermenté a été nommé pour Saint-Léger, et qu’ils seront contraints de quitter et l’église et la cure.
Toutefois les paroissiens sont fermement attachés à leurs bons prêtres et ne veulent pas les voir partir. La municipalité, composée de braves gens, fait bloc avec les fidèles et le fait savoir à Bouvet, le procureur commissaire du district. Bouvet répond que la loi doit être observée et que le curé constitutionnel Heurtebise, appelé par la voix du peuple et donc par la voix de Dieu, se rendra sans délai dans la paroisse. La municipalité réplique que le corps électoral n’est pas la voix du peuple et encore moins la voix de Dieu !
Le procureur commissaire toutefois fait savoir que l’abbé Gigant et l’abbé Morin doivent abandonner immédiatement la cure et quitter la paroisse, et que le curé constitutionnel arrivera le 28 août.

Intérieur de l'église de Saint-Léger

Intérieur de l’église de Saint-Léger (état actuel).

D – Commencement des troubles à Saint-Léger :

   Le curé constitutionnel Heurtebise se présente en effet le 28 août, mais la municipalité refuse de l’accueillir et le prêtre jureur se trouve en face d’une foule indignée et hostile. Il rebrousse chemin…
Mais l
e dimanche suivant, 4 septembre, il réapparaît. Cette fois il a pris soin de se faire accompagner par cinquante gardes nationaux en armes. Il prend officiellement possession de l’église et de la cure. Il fait garder cette dernière par un officier avec douze soldats car il sent bien qu’il est en butte à l’hostilité de toute la paroisse.

   Nous pouvons imaginer sans peine l’angoisse et la douleur de la pauvre Sœur Françoise, demeurée à Saint-Léger sans ses conseillers spirituels, lorsqu’elle fut témoin de scènes semblables.

   Très rapidement des « incidents » se produisent.
Un dimanche, le vieux sacristain se moque publiquement de l’intrus ; il est aussitôt arrêté et conduit en prison.
Quelques semaines plus tard, un fermier appelé Le Villain, se présente au curé constitutionnel, qui tient les registres d’état civil pour lui demander d’inscrire son fils né le 14 octobre. Le curé n’accepte qu’à condition de baptiser d’abord l’enfant. Le fermier refuse et s’en va. L’intrus, dans le but d’insister, lui envoie des ouvriers qui travaillent pour lui. Le fermier lui répond « qu’il sait bien comment se comporter ». Dénoncé, il est déféré devant le tribunal de Sainte-Suzanne qui, le 19 octobre, le condamne à la prison.
Les catholiques de Saint-Léger sont à bout : le soir même, de nombreux coups de fusil viennent éclater sous les fenêtres de la cure. Le matin suivant, l’intrus, tremblant de peur, s’enfuit à Evron avec ses treize gardiens.

   L’abbé Gigant et son vicaire, pasteurs légitimes, reviennent alors dans leur paroisse en novembre 1791 et vont y célébrer publiquement les fonctions religieuses jusqu’à la Semaine Sainte 1792.
Alors que la situation du Royaume dégénère de jour en jour et que la révolution se fait de plus en plus violemment anticatholique, c’est un réconfort pour Sœur Françoise et pour ces paroissiens solidement ancrés dans leur convictions religieuses de continuer à bénéficier des sacrements et des enseignements forts de leurs bons prêtres.
Néanmoins, comme l’avenir s’annonce encore plus obscur que le présent, d
e toutes parts autour d’Evron, à Saint-Léger comme dans toutes les paroisses environnantes, avec grande prudence, on prépare des cachettes dans lesquelles les prêtres persécutés pourront se réfugier. Cette région de bocage s’y prête d’ailleurs à merveille. L’hiver passe en ces préparatifs. Nous voici au printemps de 1792.

Eglise de Saint-Léger le maître-autel

Eglise de Saint-Léger, retable du maître-autel (état actuel) :
l’abbé Morin, vicaire au moment de la révolution, était un ardent promoteur du culte du Sacré-Cœur.

E – La persécution ouverte :

  Le lundi de la Passion 26 mars 1792, un décret du directoire de la Mayenne prescrit aux prêtres non-jureurs des paroisses qui ont été pourvues d’un curé assermenté de se rendre sans délai à LavaI pour y être internés.
Cette mesure visait donc en particulier le curé et le vicaire de Saint-Léger (même si l’intrus avait été obligé de fuir), mais ils n’avaient évidemment aucune intention de s’y conformer.

  Le Lundi Saint 2 avril 1792, une grande manifestation fut organisée à Evron, demandant que les bons prêtres ne soient pas écartés de leurs paroisses. Saint-Léger fut l’une des paroisses représentée par le plus grand nombre de manifestants. Mais la manifestation (expression pourtant de la volonté du peuple) eut pour résultat de renforcer la haine et la détermination des révolutionnaires : rester à Saint-Léger devint alors trop risqué pour les abbés Gigant et Morin qui craignirent d’exposer leurs fidèles à de dures représailles. Aussi, le Jeudi Saint, partirent-ils pour Laval.
Ils pensaient d’une part que, de toute manière, les occasions ne manqueraient pas pour faire parvenir ordres et paroles de réconfort à leurs paroissiens les plus fervents, et en premier lieu à leur zélée Soeur de charité, et d’autre part que les sacrements pourraient continuer à être administrés par les prêtres déjà cachés dans la paroisse ou dans les environs.

   Sœur Françoise commence alors un intense ministère d’agent de liaison entre les réfractaires cachés et les fidèles qui demandent les secours de la religion.

   Au mois de juillet 1792, Françoise est sommée de prêter le serment dit de liberté-égalité sous peine de devoir abandonner la maison d’école qu’elle habite encore. Elle s’y refuse et trouve à se loger dans une ferme (la Baillée). Eloignée du centre du village, il lui sera ainsi plus facile de se soustraire aux regards indiscrets car sa tâche exige de plus en plus de perspicacité et de prudence.

   A la fin d’août, elle apprend que les abbés Gigant et Morin ont pu embarquer pour Jersey…
Cependant une autre nouvelle lui parvient bientôt qui la remplit de joie : l’abbé Morin – officiellement embarqué pour Jersey – se cache en réalité en plein centre-ville de Laval, où il se cache chez les demoiselles Ducléré.
Alors, entre la courageuse Sœur de charité et son directeur spirituel s’établit une correspondance, dont il reste des traces. Quand, le 19 janvier 1793, on perquisitionne au domicile des demoiselles Ducléré pour y chercher l’abbé Morin, lequel put fuir à temps, les policiers mirent la main sur « quelques morceaux de papier, lesquels, selon le rapport des policiers, semblent contenir un poison aristocratique et fournir les nouvelles au sujet du dit prêtre ».

   L’une des note de l’abbé Morin, en date du 26 septembre, dit : « La demoiselle Mézière m’a envoyé quelques lignes. Elle me dit qu’elle est inquiète, qu’elle n’a plus d’appointements pour payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge, qu’elle doit tout payer et qu’elle n’a plus d’argent… Je suis allé me recommander à l’abbé Coinon afin qu’il me fasse le plaisir de m’avancer la demi pension fixée, pour la fête de la Toussaint, devant confier à mademoiselle Mézière de quoi payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge (…). Mademoiselle Mézière m’a remis le reçu. Elle a reçu 118 sous que je lui ai donnés ». On voit donc que le généreux prêtre pourvoyait aux besoins de l’héroïque Sœur de charité de Saint-Léger.

   L’entière année de 1793 se passe pour Françoise Mézière dans l’exercice d’un zèle et d’une charité pleins de dangers, mais riches de mérites.

Les oeuvres de charité - église de Saint-Léger

« La charité du Christ nous presse » : tableau ancien de l’église de Saint-Léger
représentant les œuvres de miséricorde.

F – L’arrestation :

   Vers la fin de décembre 1793, les épaves misérables de la Grande Armée catholique et royale de Vendée, refluent du Mans vers Laval.
Les colonnes républicaines les poursuivent implacablement ; la route est encombrée de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Des rescapés, s’éloignant des routes principales, cherchent refuge dans les bois.
Durant la seconde moitié de janvier, on signale à Françoise Mézière la présence de pauvres soldats errants et affamés. La courageuse chrétienne en accueille sept dans une première cabane et deux autres dans une seconde. L’un de ces derniers était blessé ; elle soigne les plaies du blessé et donne à manger à tous.
Mais les deux pauvres rescapés du second refuge sont découverts par les révolutionnaires et emmenés à Evron le 2 février.
A la suite de cela, Sœur Françoise est arrêtée à la ferme de la Baillée, dans la nuit du 4 au 5 février, et elle aussi conduite à Evron.
Puis, au cours de cette même journée du 5 février 1794, dans une charrette entourée de gardes à cheval, les trois prisonniers sont conduits à Laval.

   Le procureur commissaire Bouvet fait parvenir à l’accusateur public le rapport suivant : « La garde nationale d’Evron a arrêté deux brigands de Vendée réfugiés dans les bois de Livet. Le jour suivant, je les ai fait comparaître devant le directoire pour leur poser quelques questions. Ces deux scélérats ont déclaré que la nommée Mézière, espèce de sœur de charité de la commune de Saint-Léger, venait les visiter dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, qu’elle leur portait leurs moyens de subsistance et qu’elle les avait soignés d’une blessure reçue durant la route vers Le Mans. Un de ces monstres a ajouté que la jeune Mézière avait dit connaître aussi la cabane dans laquelle étaient cachés leurs sept autres compagnons. Après de telles déclarations, j’ai remis au commandant de la gendarmerie nationale de cette ville un réquisitoire pour faire arrêter la dite sœur Mézière, ce qui a été fait cette nuit-là. Ce matin-là, je l’ai fait comparaître devant les deux brigands, lesquels ont persisté dans leur déclaration qu’ils m’avaient faite le jour précédent. Je t’envoie ces trois individus pour que tu puisses en faire le procès et demander pour eux la juste punition de leurs méfaits ».

   Ce document exige quelques observations.
Il est certes possible que Bouvet ait arraché aux Vendéens déprimés, errants depuis plusieurs mois, le nom de leur bienfaitrice. Mais on peut aussi se demander si cet acte d’ingratitude est bien réel.
Le révolutionnaire Bouvet peut avoir menti (le mensonge n’est-il pas une pratique courante chez cet espèce de personnage ?). On peut légitimement penser qu’il a voulu officiellement attribuer aux rescapés Vendéens une dénonciation qui proviendrait d’une autre personne, peut-être de Saint-Léger même : un informateur qu’il n’aurait pas voulu signaler…

   De toute manière Bouvet était bien informé sur tout ce qui avait trait à Saint-Léger.
Rappelons-nous que dès 1791 il était bien au fait de la résistance de cette paroisse aux lois religieuses édictées par la révolution (voir supra).
Du reste, Bouvet était notaire : les actes de fondation et de dotation de l’école de Saint-Léger avaient été enregistrés dans son propre cabinet. Probablement avait-il aussi vendu lui-même, comme biens nationaux, les petites propriétés desquelles provenaient les ressources de la Sœur de Saint-Léger.
Enfin, le 14 avril 1793, Bouvet avait encore fait arrêter, à Evron, un séminariste, précisément dans la maison d’une tante de Françoise Mézière.

signature Françoise Mézière

Signature de la Bienheureuse Françoise Mézière

G – le procès, le martyre et la gloire :

   Sitôt arrivé à Laval, ce 5 février, Françoise Mézière comparaît devant le tribunal qui, quinze jours auparavant, a envoyé à la guillotine les quatorze prêtres de la « Patience » (cf. > ici). La Sœur ne doute pas un instant du sort qui l’attend.

   Nous ne possédons pas son interrogatoire : les demandes qui lui furent adressées et les réponses qu’elle donna furent recueillies dans trois registres qui ont « mystérieusement » disparu aussitôt après le 9 thermidor. Toutefois le texte du jugement qui condamne à mort sœur Françoise avec quatre autres personnes nous a été conservé. Voici en ce qui concerne Françoise Mézière :
« Françoise Mézière, sœur de la charité de la commune de Saint-Léger, district d’Evron, arrêtée et accusée d’avoir nourri pendant neuf jours deux brigands réfugiés dans une cabane ; d’avoir soigné religieusement les blessures de l’un d’eux et de lui avoir apporté tous les secours dont elle était capable, secours qu’elle avait refusé à d’intrépides volontaires ; de ne pas vouloir révéler en outre une autre cabane en laquelle, comme tout semble l’affirmer, sont cachés sept autres brigands ; d’avoir observé le plus grand silence à ce sujet envers la municipalité ; d’avoir refusé de prêter serment de fidélité aux lois de la patrie ; d’avoir des milliers de fois, comme une autre vipère de l’espèce sacerdotale, vomi outrageusement des invectives contre le système républicain… »

   On appréciera la teneur et la phraséologie de cette condamnation : ils montrent bien que si Sœur Françoise est envoyée à la mort, c’est parce qu’elle est restée fidèle à l’Eglise – à sa discipline et à sa foi – , et parce qu’elle a continué à servir Dieu qu’elle aimait plus que tout et plus que sa propre vie.
Les expressions « soigné religieusement » et « vipère de la race sacerdotale » sont suffisamment éloquentes : c’est bien la haine de Dieu et de Son Eglise qui a inspiré un tel jugement !

   A l’audition de la sentence, Françoise Mézière ne dissimula pas sa joie. Elle fit une révérence à ses juges et les remercia de lui procurer le bonheur d’aller retrouver Dieu au ciel. A cela, un des misérables juges répliqua par ce blasphème : « Puisque tu vas voir ton bon Dieu, présente lui mes félicitations ! »

   Le jugement fut immédiatement exécuté. En cette fin de journée du 5 février 1794Sœur Françoise gravit d’un pas résolu les marches de la guillotine.

   Françoise Mézière a été béatifiée par Sa Sainteté le Pape Pie XII, le 19 juin 1955, en même temps que les autres « martyrs de Laval » et elle est fêtée liturgiquement en même temps qu’eux. Toutefois, localement – dans sa paroisse natale de Mézangers ou bien à Saint-Léger qui fut la paroisse où s’exerça son zèle admirable – elle peut-être fêtée individuellement à la date du 5 février.

   « Bienheureuse Françoise Mézière,
parfaite disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans ce Ciel où vous vivez pour toujours dans la gloire auprès de Lui, intercédez pour nous !

Vous vous êtes dévouée corps et âme pour l’éducation chrétienne des enfants : obtenez-nous à chacun des grâces pour faire connaître et aimer le divin Sauveur, Son Eglise et Ses enseignements de Vérité !
Vous avez servi les pauvres, les malades et les nécessiteux à travers toutes les oeuvres de miséricorde, physiques et spirituelles : obtenez-nous à chacun des grâces pour nous dépenser généreusement au service de ces petits qui sont Vos et nos frères !
Vous êtes restée inébranlablement fidèle dans les épreuves et la persécution : obtenez-nous la grâce de ne jamais renier notre divin Roi, et – s’il le faut un jour – de donner notre vie pour Lui ! Ainsi soit-il !

Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nous !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nos écoles catholiques !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour les éducateurs chrétiens !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour notre France qui n’en finit pas d’être dévastée et entraînée sur les chemins de l’apostasie par l’esprit et les conséquences de la sinistre révolution ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur)

Bse Françoise Mézières - statue de l'église de Mézangers (détail)

La Bienheureuse Françoise Mézière
(détail de la statue de l’église de Mézangers)

N.B. : Je remercie d’une manière très spéciale notre ami Romain, auquel nous devons les photographies qui illustrent cet article, puisque, habitant lui-même le Bas-Maine, à ma demande, il s’est rendu à Mézangers et à Saint-Léger afin d’y réaliser ces clichés.

patte de chat Lully.

2014-91. Où, à l’occasion de la rentrée scolaire, le Maître-Chat nous livre quelques réflexions au sujet de l’ « Education nationale » et de l’instruction (2ème partie).

Au temps de la « rentrée scolaire »…

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Je continue aujourd’hui à vous livrer les réflexions qui m’ont été inspirées par la rentrée scolaire (cf. la 1ère partie > ici).

A l'école des chats 3

Pourquoi va-t-on à l’école ?

   Il semblerait, à entendre certains des actuels « prophètes » de l’ « Education nationale », que jusqu’à ces dernières décennies, on se soit mépris pendant des siècles (voire des millénaires) sur la finalité de l’école.

   Autrefois, et peut-être encore naguère, il semblait qu’on allât à l’école en tout premier lieu pour apprendre : pour acquérir et pour développer des connaissances.
Au temps où Frère Maximilien-Marie est entré à l’école, les instituteurs considéraient que l’apprentissage des lettres et des chiffres se faisait au cours préparatoire. Un enfant qui entrait au cours élémentaire savait lire.
Au moment de l’entrée en sixième, toute la grammaire française était supposée acquise ; les cours de français des années de collège ne faisaient que l’entretenir, l’approfondir, en perfectionner l’usage, et portaient davantage sur la maîtrise de l’expression et du style.
Nous connaissons des vieilles personnes qui, n’ayant connu que les bancs de l’école primaire, s’expriment dans un français impeccable, sans aucune faute – à l’oral comme à l’écrit – (et dont d’ailleurs l’écriture est un enchantement pour les yeux).
A l’entrée en sixième aussi, les élèves avaient normalement une bonne appréhension de la géographie de la France, une connaissance générale de son histoire (étudiée de manière chronologique depuis les origines jusqu’à la seconde guerre mondiale), et les « leçons de choses », parfois sur le terrain, permettaient d’apprendre quantité de choses, théoriques ou pratiques, ayant trait à la faune, à la flore, à des notions élémentaires de sciences physiques ou de chimie… etc.

   Il paraît que tout cela est dépassé : certain « professeur des écoles » a affirmé sans aucun état d’âme à Frère Maximilien-Marie que cela n’avait aucune importance qu’un élève qui entre en sixième ne sût point lire et écrire correctement puisque la priorité de l’école primaire, consiste dans la « socialisation » et dans l’ « apprentissage des valeurs de la république ».
La république étant née dans la révolte contre l’ordre naturel et divin, au moyen du crime et de la terreur, et ne se maintenant que par le mensonge, je crois que l’« apprentissage des valeurs de la république » est finalement ce qui explique le mieux pourquoi la délinquance des enfants et des adolescents connaît de tels développements !

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A propos des rythmes scolaires à l’école primaire :

   Sans doute un certain nombre de mes lecteurs ont-ils connu les mêmes rythmes scolaires que mon papa-moine (Frère Maximilien-Marie a commencé à aller à l’école à la rentrée de 1964, alors qu’il avait deux ans, deux mois et quelques jours).

   In illo tempore, on allait à l’école les lundis, mardis, mercredis, vendredis et samedis, toute la journée, de 8 h 30 à 11 h 30 et de 13 h 30 à 16 h 30.
C’est à partir de la rentrée scolaire de 1969 que le samedi après-midi n’a plus été temps scolaire.

   Personne ne se plaignait de ces rythmes, et nul ne les trouvait exorbitants : la France d’alors – les enfants comme les adultes – était une « France au travail » ; ce n’était pas encore la « civilisation des loisirs » !
Les instituteurs n’avaient pas l’air de trouver que ces cinq heures quotidiennes de cours (puisqu’il y avait une demi-heure de récréation le matin et une autre l’après-midi) pendant cinq jours étaient trop lourdes, néfastes à un bon apprentissage, ou contraires à l’équilibre de l’enfant.

   Quoique théoriquement interdits depuis 1956, les devoirs et les leçons à apprendre à la maison s’imposaient.
Je pense même que beaucoup de parents de cette époque eussent été mécontents, voire inquiets, si leurs enfants leur eussent affirmé qu’ils n’avaient pas de devoirs ou de leçons : soit ils eussent soupçonné leur progéniture de mentir, soit ils eussent douté du sérieux des instituteurs !
De même s’ils eussent appris qu’au lieu de calcul, de dictées, de rédactions ou d’exercices, leurs enfants faisaient du macramé, de la poterie ou de la danse, pendant le temps de leur présence à l’école…

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Du jour légalement réservé pour le catéchisme :

   Si le jeudi n’était pas jour de classe, ce n’était pas pour le sport, le judo, la danse, le jeu ou le farniente, mais – de manière très officielle et légale – pour des raisons religieuses : l’article 2 de la loi du 28 mars 1882 sur la laïcité de l’école publique avait stipulé que « les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».  
Le jeudi était donc le jour du catéchisme ; du moins le matin.

   A la rentrée scolaire de 1972, parce que le samedi après-midi n’était plus scolarisé, un rééquilibrage de la semaine a été décrété ; le jour non scolarisé est passé du jeudi au mercredi : des assurances avaient alors été données aux évêques et aux familles chrétiennes qui s’inquiétaient au sujet du catéchisme, que les dispositions de la loi du 28 mars 1882 étaient inchangées, qu’il s’agissait juste d’un décalage pour mieux équilibrer les jours de travail scolaire.

   A l’occasion de la dernière réforme des rythmes scolaires, je n’ai pas entendu de voix épiscopales protester contre le non respect – par les écoles primaires publiques – de la loi qui prévoit un jour dans la semaine pour l’enseignement religieux !

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Des activités ludiques :

   Frère Maximilien-Marie m’a raconté :
« Les jeudis après-midi, lorsque nous avions achevé nos devoirs et appris nos leçons, nous pouvions aller jouer. Nous n’étions autorisés à regarder la télévision que pour un épisode de Zorro, de Skippy le kangourou ou de Flipper le dauphin, seulement : il n’était pas question de passer tout l’après-midi devant le petit écran, même en cas de mauvais temps.
« Nous allions jouer dehors avec nos voisins et camarades, ou bien, si le temps était trop mauvais, nous jouions à des jeux de société : mais pour tout cela, nous n’avions besoin ni d’animateurs, ni d’éducateurs !
« A la fin de l’après-midi, on nous rappelait pour réviser et réciter encore nos leçons avant le dîner. Il n’était évidememnt pas question de rester  le soir à regarder la télévision : à 21 h nous étions au lit.
Je me souviens même, lorsque j’ai appris – en 1969 donc – qu’il n’y aurait plus école le samedi après-midi que je me suis demandé avec une certaine inquiétude ce que j’allais bien pouvoir faire lors de cette demi-journée : j’ai éprouvé une secrète appréhension de m’y ennuyer ! »

   Frère Maximilien-Marie a ajouté :
« Aux yeux de nombre d’enfants d’aujourd’hui, je dois vraiment passer pour un contemporain des dinosaures, lorsque je dis que nous n’avions ni ordinateurs, ni jeux électroniques en ligne, et qu’il nous eût paru à nous-mêmes totalement incongru et absolument impossible que des enfants puissent avoir leur propre téléviseur dans leur chambre !
Nous n’avons pas eu besoin de cela pour être des enfants heureux et épanouis, et nous ne connaissions pas souvent l’ennui… »

A l'école des chats 7

   Voilà donc, chers Amis, quelques réflexions personnelles, émaillées des souvenirs de notre Frère, que je voulais encore partager avec vous en ces temps de rentrée scolaire.
Je crois que cela ne laisse pas de donner matière à réfléchir, et invite à prendre beaucoup de recul par rapport au système « éducatif » actuel…

Patte de chat Lully.

2014-90. Où, à l’occasion de la rentrée scolaire, le Maître-Chat nous livre quelques réflexions au sujet de l’ « Education nationale » et de l’instruction (1ère partie).

Jeudi 4 septembre 2014,
l’Octave de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Nous sommes dans les jours de la rentrée scolaire. Elle est faite pour les uns, en passe de se faire pour les autres.

   Depuis déjà un bon moment, les bulletins d’information font leurs choux gras de ce qui n’est en soi qu’un évènement mineur ; mais – entre nous soit dit – cela permet d’occuper le devant de l’actualité et, en conséquence, de passer sous silence un tas d’autres choses vraiment graves ou importantes qui se produisent, en France ou dans le monde, et dont ceux qui tirent les fils dans les coulisses préfèrent que l’on ne parle pas.

   Bref ! Entre les courses de rentrée, le budget des ménages, les tendances de la mode dans les cours de récréation et la « réforme des rythmes scolaires » - avec toutes les réactions qu’elle suscite – , les journalistes semblent ne plus savoir où donner de la tête.

   En ce qui me concerne, arrivé au Mesnil-Marie à l’âge d’un mois et vingt jours (cf. > ici), je n’ai pas eu besoin d’aller à l’école. Frère Maximilien-Marie s’est chargé tout seul de mon éducation et de mon instruction – car éducation et instruction ne sont pas la même chose – , et il l’a fait dans une absolue indépendance du système éducatif (ou prétendu tel) prévu par la Franc-Maçonnerie, puisque, en la matière, c’est elle qui dicte ses lois à la république française.

   Qu’on me permette, aujourd’hui, de commencer à vous livrer quelques nouvelles réflexions à propos justement de « l’Education nationale », en attendant de vous en adresser bientôt d’autres sur certains sujets connexes à cette rentrée scolaire.

A l'école des chats 1

Education nationale & instruction publique :

   L’éducation n’est absolument pas un privilège régalien.

   L’éducation est un devoir qui incombe aux parents.
Ceux-ci peuvent – ou pas - déléguer une partie de ce devoir qui leur incombe à des personnes qu’ils jugent idoines, ou mieux formées qu’eux-mêmes en tel ou tel domaine, mais cela ne leur ôte en rien le devoir d’éduquer leurs enfants, cela ne les décharge pas de la responsabilité de l’éducation de leur progéniture.
Quand j’écris qu’ils « peuvent », je n’écris pas qu’ils « doivent », et encore moins qu’ils en ont l’obligation formelle.
Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants ; c’est un droit inaliénable qui leur est donné par la nature.

   Qu’une société constituée – et qui a les moyens de le faire : par exemple une communauté villageoise, ou bien une société d’ordre spirituel (comme l’Eglise), ou encore à défaut (et en stricte application du principe de subsidiarité) l’Etat – propose des structures d’enseignement (des écoles) pour les parents qui n’ont ni le temps ni une formation suffisante pour s’acquitter de cette partie de l’éducation qui est la transmission du savoir – l’instruction - , cela est dans l’ordre des choses.
Mais j’ai bien écrit « propose », et non pas « impose », et encore moins « s’en arroge le monopole ».
Et j’ai bien écrit aussi « cette partie de l’éducation qui est la transmission du savoir – l’instruction - », et non pas « la totalité de l’éducation » !
Les enseignants de ces structures – je me répète et j’insiste lourdement – ne sont que les délégués d’une partie (une partie seulement) de l’autorité parentale : ils doivent donc demeurer dans la dépendance et soumission des parents. Et c’est normalement aux parents d’assurer le contrôle des écoles…

   Il n’y a que dans les cas où – malheureusement ! – les parents ne sont plus là ou sont incapables d’assumer leurs responsabilités, qu’une autre structure (pas forcément étatique) peut, en application du principe de subsidiarité, être habilitée à les remplacer, sans jamais prétendre se substituer totalement à eux.

   Il s’agit alors d’un service, en vue du bien de l’enfant et du bien commun ; il ne saurait en aucune manière s’agir d’une prise de possession.

   Les déclarations que l’on a pu lire, sous la plume de certains ministres de l’ « Education nationale » - dans la stricte filiation jacobine terroriste d’un Saint-Just, elle-même inspirée par le cerveau malade de Rousseau – , selon lesquelles « l’enfant appartient à la république » sont donc une offense aux lois de la nature, et constituent la démonstration évidente du caractère contre-nature des principes de la république.

   A partir du moment où un régime politique s’arroge le droit exclusif de l’éducation, il montre par là-même son caractère totalitariste et dictatorial.

A l'école des chats 2

à suivre > ici

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