Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2015-9. Liberté de pensée, liberté d’expression…

Je suis Lully !

Patte de chat

Parce qu’un unique chat qui prend du recul
et qui réfléchit dans le silence,
sera toujours infiniment au-dessus
d’une foule de moutons de Panurge qui bêlent !

Patte de chat

Lully Hebdo

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Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 12 janvier, 2015 |9 Commentaires »

2015-8. Métaphysique des vœux (5ème partie).

5ème partie :
Souhaiter du bien… Oui, mais de quel bien s’agit-il ?
Le bien tel que je le conçois ?
Le bien tel que l’autre le conçoit ?
Ou un bien véritablement objectif ?

frise

Jeudi 8 janvier 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       J’avais bien prévu que les précédents paragraphes de ma « métaphysique des vœux » laisseraient indifférent un grand nombre de lecteurs (ou de « renonçants-à-lire ») qui ne verraient dans mes questions que les vaines arguties d’un chat qu’ils jugent trop oisif, mais j’étais loin d’imaginer que, chez certaines autres personnes, mes réflexions susciteraient des réactions si vives que ces personnes en arriveraient alors à éprouver le besoin de se justifier.
Faut-il en conclure que j’ai posé la griffe sur un endroit particulièrement sensible ?

   Nonobstant l’indifférence des uns et les susceptibilités des autres, j’irai jusqu’au bout de mon questionnement, quelque dérangeant qu’il puisse paraître.
Je pense même d’autant plus devoir le poursuivre qu’il peut davantage bousculer et déranger.

Maître-Chat Lully 6 janvier 2015

- « Je vous assure, cher Lully, que lorsque j’adresse mes vœux à quelqu’un, ils sont sincères ! »
- Certes ! Mais même lorsqu’ils sont « sincères », les vœux n’en sont pas moins ambigus.

   D’abord parce que la sincérité des sentiments ou des convictions d’une personne n’est absolument pas l’assurance que ces sentiments et ces convictions sont justes et bons.
Dans l’usage courant, l’adjectif sincère semble chargé d’une valeur morale, puisqu’il sert à exprimer « ce qui est réellement pensé ou senti ». Mais Don José était vraiment « sincère » dans son amour pour Carmen et c’est justement cela qui l’a poussé à la poignarder !
Je prendrai même un exemple extrême : Hitler, de toute évidence, était absolument « sincère » dans la profession de ses théories politiques et sociales ; cela ne les rend pas bonnes pour autant !
On peut être « sincère » et monstrueux : l’actualité nous en fournit tous les jours de tristes exemples. La sincérité est subjective ; ce qui est pensé ou exprimé par la personne « sincère » n’est pas, par le fait même de cette « sincérité », rendu conforme au bien véritable, à la vérité et à la justice !
Des vœux, aussi « sincères » qu’ils puissent être, n’en sont donc pas pour autant exemptés de certaines illusions ou de l’erreur.

   - « Je forme des vœux pour que TU… », ou bien «  Je VOUS souhaite… »

   Si l’on est bien attentif à ces formules, le vœu n’est pas seulement l’expression d’un désir ; c’est plus complexe que l’apparence ne veut bien le laisser paraître.

   Un vœu est ce que l’on déclare souhaiter pour autrui. Ce n’est pas seulement « je souhaite » mais c’est « je TE souhaite… ».
Le vœu exprime des souhaits que l’on peut qualifier de « transitifs ». Souhaits transitifs, c’est-à-dire qu’ils expriment que le sujet prend la personne à laquelle il s’adresse comme objet de ses souhaits. On ne souhaite pas seulement à quelqu’un d’autre, mais on souhaite pour quelqu’un d’autre : lorsque je TE souhaite, cela signifie que, d’une certaine manière, MA propre volonté se substitue à la tienne pour exprimer le bien qu’il ME semble à MOI être désirable pour toi.
Cela peut arriver au point que certains, dans leur assurance de savoir quasi mieux que leur interlocuteur ce qui est bon pour lui, souhaitent
A LA PLACE de l’autre ou en son nom.
Je pense à tel parent, tel éducateur, tel responsable… etc. qui, à l’occasion de la nouvelle année – et parce qu’ils estiment que leur enfant, leur élève ou leur subordonné ne correspond pas à ce qu’ils pensent « être en droit d’en attendre » – , diront : « je te souhaite de te ressaisir », « je te souhaite d’être meilleur en ceci ou en cela », voire « je te souhaite de prendre ton travail au sérieux » …etc. Cette forme de vœu est supposée faire réagir l’autre, « pour son bien », mais elle est très humiliante en raison de tout le jugement négatif dont elle est chargée !

   Le vœu, dans la conscience de celui qui le formule, exprime le désir de voir se réaliser « le meilleur » pour l’autre.
Vous me direz peut-être que cela correspond à la définition de l’amitié posée par Aristote : l’ami désire du bien à son ami en vue de cet ami même (Ethique à Nicomaque, livre VIII, ch. 9 et 10).
A priori les vœux entre des personnes unies par l’amour ou l’amitié sont chargés de cette volonté du « meilleur » pour l’autre.

   J’ai bien écrit « a priori » parce que, en réalité, dans les faits, comment puis-je être certain que ce qui ME – c’est-à-dire à moi qui le lui souhaite – semble « le meilleur » pour mon ami, soit vraiment bien et bon pour lui, soit ce qui objectivement puisse lui arriver de mieux, soit en vérité « le meilleur » ?

   Ce « bien », ce « mieux », ce « meilleur », est-ce d’après moi ou d’après lui ?
Est-ce : « je souhaite que ce qui ME semble le meilleur pour toi se réalise, même si tu ne l’envisages pas de la même manière que moi, voire malgré toi » ? Ou bien : « je souhaite que ce qui TE semble le meilleur s’accomplisse, même si cela ne me paraît pas, à moi qui te le souhaite, ce qui te conviendrait le mieux » ?

   Et même si je forme des vœux pour que les désirs, projets, volontés de l’autre se réalisent d’une manière totalement indépendante de mon propre ressenti au sujet de ces désirs, projets et volontés, comment puis-je être absolument certain que mon interlocuteur veut des bonnes choses, ne veut que des bonnes choses, ne poursuit que de louables desseins, est irréprochable dans les projets qu’il entreprend ?

   Même si ma vision de ce qui semble « le meilleur » pour mon ami coïncide parfaitement à ce qui lui semble aussi « le meilleur », nous restons malgré tout dans une perception subjective du bien souhaité : pouvons-nous être certains que ce soit aussi objectivement « le meilleur » ?

   Il y a, en effet, des cas où ce qui semble le meilleur pour un individu donné peut être une catastrophe pour un ou plusieurs autres.
Prenons encore un exemple : si je te souhaite une promotion au travail, cela semble sans doute le meilleur pour toi parce que cela améliorera ton quotidien et celui de ta famille. Mais si cette promotion fait que, du même coup, l’un de tes collègues – plus méritant que toi ou plus ancien dans la boite – ne bénéficie pas d’une augmentation de salaire et que cela nuise à sa vie de famille ou aux études de ses enfants, puis-je être certain que je t’ai vraiment souhaité « le meilleur » ? ou si cette amélioration de ton salaire fait que tu vas profiter de cette aisance matérielle pour acheter des choses nuisibles à ta santé – physique ou morale – et progressivement détruire ton foyer, t’aurais-je vraiment souhaité « le meilleur » lorsque je t’aurais souhaité cette réussite professionnelle ?

   Allons plus loin encore : présenter des vœux de réussite à un candidat – qui est mon ami – à un poste politique, semblera peut-être le meilleur pour lui, qui verra sa carrière décoller, mais si ce succès aux élections a pour conséquence une gestion désastreuse (même sans mauvaise volonté) du bien public, ce qui semblait le meilleur pour lui sera loin d’être le meilleur pour la collectivité !

   Et si je connais deux personnes, pour lesquelles j’ai une estime égale en raison de leur heureux caractère et de leurs réelles qualités, qui se présentent l’une contre l’autre à la même élection, ce « meilleur » que je souhaite à l’un au début de l’année sera-t-il l’éviction de son concurrent auquel je présente également mes « meilleurs voeux » ?

   On pourrait multiplier les exemples à l’infini…

   Les questions que je pose sont donc celles-ci : les vœux ne seraient-ils pas une façon de suggérer ou d’imposer à l’autre ma propre vision du bien ? Et qu’est-ce qui me garantit que le bien que je souhaite à la personne pour laquelle j’ai de l’estime, ou le bien que lui-même souhaite sont finalement un véritable bien, dans l’absolu et pour tous, et dans toutes leurs conséquences ?

Patte de chat Lully.

(à suivre > 6ème partie)

carte de voeux vintage avec chats dans la neige

2015-6. Métaphysique des vœux (4ème partie)

4ème partie :
Les chats et les philosophes ont vraiment l’art de poser des questions qui dérangent…

frise

Lully le vigilant

Lully, le vigilant poseur de questions dérangeantes.

Dimanche 4 janvier 2015,
Fête du Très Saint Nom de Jésus
[si ce n’était pas un dimanche on célèbrerait la fête de Sainte Angèle de Foligno – cf. > ici].

       Les approfondissements que je publie ici, je le sais, demandent un certain effort d’attention, de concentration et de réflexion à mes lecteurs ; ils peuvent faire penser à certains que je coupe les cheveux de puce en quatre ; ils risquent aussi d’être mal compris par d’autres, comme en témoignent quelques messages que j’ai reçus, me disant en résumé : « Ainsi donc, Lully, vous êtes contre les vœux du nouvel an ? »

   Dois-je donc préciser que je ne suis pas « contre les vœux du nouvel an », mais que j’ai essayé d’engager une « démarche métaphysique » à leur sujet.
La métaphysique est une partie de la philosophie qui recherche les causes, les premiers principes de l’univers, de la nature, de la connaissance, des actions humaines… etc. Elle s’efforce d’aller au-delà des apparences pour tenter de trouver et de comprendre la réalité cachée.

   En publiant ici mes propres réflexions, inspirées par mes observations du monde des hommes, je sais très bien que je peux déranger ceux qui préfèrent justement ne pas se poser de questions et suivre le mouvement sans état d’âme, puisque « tout le monde fait comme ça », puisque « c’est la tradition », et puisque « il ne faut pas se singulariser », …etc.
Or justement les chats et les philosophes n’aiment pas, ne savent pas « faire comme tout le monde » juste pour « faire comme tout le monde » ou « parce que c’est la tradition » s’ils n’ont pas compris les raisons de cette tradition. Ils aiment comprendre le « pourquoi ? » et les « pour quoi ? » de leurs actes.
En cela ils sont plutôt du genre « poil à gratter » ; ils dérangent ; ils suscitent des démangeaisons intellectuelles ou spirituelles.
Ont-ils tort toutefois d’estimer que celui qui ne réfléchit pas au sens des gestes qu’il pose n’est pas un homme mais un mouton de Panurge ?
Les chats et les philosophes ont aussi la certitude qu’un usage vénérable gagne toujours à être mieux compris, et qu’une tradition tire toujours un grand profit à être pratiquée avec intelligence.

   « Meilleurs vœux ! », « Bonne année et bonne santé ! », « Que cette année te soit favorable, à toi et à tous les tiens ! », « Je te souhaite ce qu’il y a de meilleur ! »« Je souhaite que tous vos projets se réalisent ! », « Que cette nouvelle année permette l’accomplissement de vos plus chers désirs ! »,  … etc.
Les formules sont multiples, et, comme je l’écrivais en tout début de la première partie de ces réflexions, elles sont un moyen évident de resserrer certains liens qui, sinon, auraient tendance à se distendre : les voeux de « bonne année » permettent de renouer des contacts, ils témoignent d’une forme de sollicitude, ils constituent aussi un moyen de dire à celui auquel on les adresse : « Même si je ne donne pas toujours de mes nouvelles, tu comptes toujours pour moi et j’espère que toi non plus tu ne m’as pas oublié… »

   Tout cela est vrai, mais en l’énonçant je n’ai toutefois pas répondu à la question fondamentale : j’ai énuméré une partie des motifs ou des effets de ces voeux, je n’ai toujours pas dit ce qu’ils sont.

   Que sont fondamentalement « les vœux de nouvel an » ?
Quel est leur sens profond ? 

   « Je présente mes vœux à mes proches et à ceux que j’aime pour leur témoigner de mon affection ».
- Je l’entends bien, et je ne remets pas en cause la sincérité de votre amitié ou la profondeur de votre affection. Mais il existe de nombreux autres moyens de manifester son attention, sa sollicitude et son affection à quelqu’un, alors pourquoi choisir justement le vœu ? On peut témoigner de son amitié par des gestes ; certains regards parfois en disent bien plus long que les paroles.

   Serait-ce donc que le fait de formuler quelque chose de bon, sous forme de souhait ou de vœu, ajouterait quelque chose de plus à l’affection ?
Ou bien, n’y aurait-il pas l’idée, plus ou moins consciente, que cette formulation peut influer sur le cours des événements à venir ?
Est-ce que le fait d’énoncer un vœu peut éloigner le mal de la personne pour laquelle on le prononce ?
Est-ce que que le fait de souhaiter du bien à quelqu’un fera que ce bien se produira ?
Ne sommes-nous pas alors dans une sorte de démarche « magique » ? Le vœu serait-il une formule de conjuration de ce que les anciens romains nommaient le « fatum » : la fatalité, le destin ?

   Les mots humains influraient-ils donc sur les évènements à venir ?
La formulation d’un vœu peut-elle changer quelque chose au devenir de la personne pour laquelle on le profère ?
Si je crois que cela peut avoir une influence, je suis cohérent en émettant des voeux ; mais si, comme me l’a écrit quelqu’un, « on sait bien que ça ne change pas grand chose », même si « c’est malgré tout agréable à entendre », pourquoi formulerai-je des voeux en sachant pertinemment qu’ils sont inefficaces et n’auront aucun effet positif en faveur de ceux que j’aime ?
N’est-ce pas alors pratiquer une forme de tromperie ou de mensonge ?
Si celui pour lequel je prononce des voeux est lui aussi convaincu que « ça ne change pas grand chose, mais c’est toujours agréable à entendre », quelle utilité y a-t-il à cette formulation de voeux qui ressemble à un jeu de dupes dont personne n’est dupe, puisque ni l’émetteur ni le récepteur n’y croient ?

   S’il s’agit juste de faire entendre quelque chose d’« agréable », pourquoi alors choisir le moyen du vœu, dont on est certain qu’il « ne changera rien » ?
On pourrait plutôt, dans ce cas, formuler un tas d’autres choses tout aussi « agréables à entendre », comme le sont par exemple : « J’aime votre compagnie », ou « Je te trouve très beau », ou encore « Ton intelligence me ravit », ou bien « Je trouve que vous êtes une personne exceptionnelle », ou tout simplement « Je vous aime ».
Les idées ne manquent pas en ce domaine : quand on partage quelque chose de fort et de beau avec quelqu’un on n’a pas vraiment besoin de « voeux » pour lui manifester son affection, sa tendresse, sa sollicitude, on dispose d’un tas de mots, d’expressions, de gestes et d’attitudes pour le lui signifier…

   C’est pourquoi, j’en reviens toujours à mes questions : pourquoi le vœu ? à quoi sert-il vraiment ?
Je le confesse : en vous titillant de la sorte, pour vous obliger à réfléchir et à vous interroger sur votre coutume des voeux du nouvel an, je joue un peu de la même manière que je le fais lorsque j’ai attrapé une souris…

pattes de chatLully.

(à suivre, ici > 5ème partie)

chat et souris de noël

2015-5. Métaphysique des vœux (3ème partie).

3ème partie :
De nouveaux rites pour conjurer la peur ou l’angoisse
suscitées par la perspective du cycle inconnu qui commence…

frise

Maître-Chat Lully au divan

Maître-Chat Lully scrutateur et analyste des agirs humains.

Samedi 3 janvier 2015,
fête de Sainte Geneviève (cf. > ici).

   Je concluais la deuxième partie de mes réflexions (cf. > ici) en évoquant l’instant fugace où la jonction de deux cycles rend plus présents à la conscience le passé et l’avenir.
Or il se trouve que pour certains, cette quasi obligation de réfléchir suscitée par cet instant produit une espèce de peur, voire d’angoisse.

   Dans notre société sécularisée, dans ce monde devenu anti-chrétien dont les meneurs nient, combattent et veulent effacer jusqu’au souvenir des racines chrétiennes de notre civilisation, la période des célébrations de la Nativité du Sauveur a été renommée « fêtes de fin d’année ».
Le laïcisme militant, au travers des expressions qu’il impose, révèle quelque chose de bien profond.

   Pour la Chrétienté vivante, Noël portait en ses deux syllabes l’évocation de la vie nouvelle accueillie et reçue, révélée et communiquée, car le mot Noël vient du mot latin « natalis » qui veut dire « naissance » : la naissance du Verbe de Dieu incarné venu nous arracher à la mort spirituelle.

   Pour la Chrétienté vivante, le chiffre huit porte en lui une notion de plénitude et d’accomplissement.
C’est pourquoi, aux siècles de foi, la fête de Noël durait bien concrètement huit jours : l’octave de la Nativité. Un octave qui n’était pas seulement célébré par des moines coupés du peuple par les murs épais de leurs cloîtres et de leurs abbayes, mais célébré par toute la société civile et dans toutes les couches de la population.
Quand arrivait le huitième jour après la naissance de l’Enfant, jour où Il avait été circoncis en application des rites de la Loi de Moïse, la plénitude du mystère de cette naissance était révélée : ce n’est pas simplement d’une joie naturelle que nous réjouit cette naissance, c’est parce qu’elle est le prélude nécessaire à notre Rédemption et en constitue en quelque sorte les arrhes.
Le sang versé par le Fils de Dieu incarné lors de Sa Circoncision annonce celui qu’Il répandra en abondance dans Sa Passion : dès le huitième jour, en Se soumettant aux rites de la Loi judaïque et en recevant le nom de Jésus – qui signifie « Dieu sauve » – , au moment-même où sont répandues les premières gouttes de Son sang, la clef de compréhension de tout le mystère du Salut de l’humanité nous est livrée.
Sans nul doute est-ce la raison profonde, la raison théologique, qui a fait que l’Eglise a préféré que l’année commençât au jour où s’accomplit l’Octave de la Nativité plutôt qu’au jour de Noël, au jour de la Circoncision plutôt qu’au jour de la Naissance : nous sommes désormais dans le temps de la Rédemption, le temps où notre rachat a été accompli par le Sang versé ; nous sommes dans le temps de la grâce.
Voilà pourquoi encore, aux siècles de foi, l’année était appelée « an de grâce » ou « an du salut ». Le calendrier hérité de la Chrétienté vivante est profondément théologique : on comprend sans peine que la révolution anti-chrétienne ait voulu l’abolir.
Mais aujourd’hui qui s’en souvient encore ?
Même les clercs de nos temps de décadence, aveuglés par le naturalisme, ont perdu la compréhension du mystère du huitième jour après la naissance, et ne veulent plus de la fête de la Circoncision au 1er janvier !

J’ai fait, semble-t-il, une longue digression, mais en réalité ce n’en est pas une ; ce développement était nécessaire pour comprendre en vérité le sens de ce que je vous écrivais lorsque, ci-dessus, j’évoquais les changements sémantiques accomplis par la sécularisation et le laïcisme.

   On ne veut plus parler des « fêtes de la Nativité » ; on veut Noël sans la Naissance du Fils de Dieu ; on veut substituer des « fêtes de fin d’année » aux fêtes par lesquelles l’Eglise célèbre le commencement de l’oeuvre rédemptrice : à la célébration du commencement du Salut, le monde oppose celle de la fin de l’année.
A la Naissance salvatrice présentée par l’Eglise, le monde oppose la vision de la mort que figure toute fin de cycle.
Oui, le changement du nom de cette période révèle quelque chose de bien profond !

   Aux âges de foi, aux temps de la Chrétienté vivante, quand arrivaient les dernières heures de l’année les fidèles prenaient du temps pour le recueillement et la prière : ils demandaient à Dieu pardon pour les fautes qu’ils avaient commises durant l’année écoulée, et ils Le remerciaient des grâces qu’Il leur avait octroyées dans le même temps, afin d’entrer avec un coeur renouvelé dans le nouvel an et de poursuivre le travail de leur sanctification, en marche vers le Royaume des Cieux.
Pas d’excitation ni de vacarme, mais l’intériorité et la sérénité de l’authentique vie spirituelle, dans la tranquille simplicité du rapport de l’enfant à son père.
La fête extérieure, car on ne boudait pas la fête, n’était que le débordement du trop plein de l’âme ; elle en gardait la sobriété et la mesure ; elle n’avait pas besoin de recourir à des artifices, ni à une surabondance de subterfuges superficiels et de biens de consommation.

   L’éviction de la foi et la lutte contre les mœurs chrétiennes s’accompagnent d’un retour aux usages païens.
A la tranquille espérance chrétienne reviennent se substituer les incertitudes et les angoisses existentielles des vieux paganismes.

   Le rite néo-païen qui consiste à attendre l’heure de minuit, à la jonction du 31 décembre et du 1er janvier, afin de se souhaiter, à ce moment précis, une « bonne année », en se congratulant, s’embrassant, se témoignant de l’affection et en manifestant bruyamment une chaleur humaine sensible, ne peut-il pas être perçu comme une manière de conjurer la peur de l’inconnu ?
Toute année nouvelle, en effet, à l’instant précis où elle s’ouvre ne donne-t-elle pas à celui dont le coeur n’est pas habité par l’espérance chrétienne l’impression d’un abîme vertigineux ? Une sorte de grand vide qu’il faut vite combler – d’une manière ou d’une autre – pour échapper à l’inquiétude qu’il fait naître.

   Les danses étourdissantes, les bruyantes accolades, les boissons et l’ivresse dont elles sont la cause, l’abondance des mets et la satiété qu’elle engendre, la joie que l’on s’impose de manifester au risque de forcer la note, ne constituent-ils pas eux aussi des sortes de rites destinés à masquer pendant un moment quelque réalité à laquelle on voudrait échapper ?

   Les pétards et les feux d’artifice ne sont-ils pas les formes contemporaines de ces feux purificateurs dont les sociétés les plus archaïques avaient déjà l’usage, et n’évoquent-ils pas le vacarme des anciennes lupercales, saturnales ou bacchanales dont les codes, venus du fond des âges, procédaient tout à la fois de rites de protection, de rites de purification, de rites de fécondité, de rites permettant pour un laps de temps l’exutoire de tout l’incontrôlable qui couve dans le cœur de l’homme, et finalement de l’appel à quelque chose de nouveau, craint et désiré en même temps ?

   Et les vœux dans tout cela ?
Quel est leur rôle ? De quoi procèdent-ils ?
Ne sont-ils qu’une sympathique coutume sociale, où sont-ils les révélateurs d’autre chose ?
Si, pour enfin me pencher sur la « métaphysique des voeux » j’ai dû longuement m’attarder – au risque de donner l’impression de m’y perdre – sur le contexte dans lequel ils sont émis, je ne les oublie pas : ils feront bien l’objet de la suite de mon propos.

Lully.

(à suivre, ici > 4ème partie)

fête de fin d'année

2015-4. Métaphysique des vœux (2ème partie).

2ème partie :
« Comme si, en l’instant fugace de la jonction de deux cycles,
le passé et l’avenir se faisaient plus présents à la conscience »

frise

Maître-Chat Lully en méditation métaphysique

Maître-Chat Lully en pleine méditation métaphysique

Vendredi 2 janvier 2015 au soir ;
Dans l’Ordre de Saint Augustin, fête de Saint Fulgence de Ruspe.


   Dans ma première partie (cf. > ici), je vous invitais à vous arrêter sur cette question : qu’est-ce donc que cette « bonne année » que l’on se souhaite ? … et, avant même de parler de « bonne année », qu’est ce donc réellement qu’une « année » ?
Si nous le savons pas, en effet, comment pourrons-nous souhaiter qu’elle soit « bonne » ?
Poursuivons donc nos réflexions et interrogations.

   Nous avons établi qu’une année est un instrument et une unité de mesure dans un déroulement, celui du temps : une mesure qui est repérable par la conscience de chacun, une mesure conventionnelle dans la représentation que nous nous faisons du temps.

   On peut bien sûr se demander qui a réellement autorité pour instituer le calendrier, pour décider que l’année commencera tel jour plutôt que tel autre, et pour imposer cette pratique à un groupe plus ou moins important de personnes, mais nous nous éloignerions considérablement de mon propos initial, et il nous faut bien, en définitive, nous contenter des faits tels que nous les avons hérités de l’histoire.

   Je voudrais toutefois au passage faire remarquer que, alors même que le temps est conçu comme quelque chose qui se déroule et ne revient pas - « Nul Homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve car, la seconde fois, ce n’est plus le même fleuve et ce n’est plus le même homme », ainsi que le remarquait Héraclite d’Ephèse - , l’ « année », elle, est construite sur un mode de représentation cyclique, qui peut donner l’illusion de l’éternel retour…
Pour expliquer de quelle manière ces deux représentations du temps, apparemment contradictoires, se peuvent harmoniser, la seule image qui me vient à l’esprit est celle de la bicyclette : les rayons de ses roues font-ils autre chose, à chaque tour de roue, que revenir sans cesse dans la même position ? Et cependant, c’est en accomplissant cette espèce d’éternel retour, que la bicyclette avance sur la route et ne reste pas au même lieu.

   Le fait d’avoir affirmé qu’il y a quelque chose de conventionnel – et donc d’un peu artificiel – dans la manière dont l’année est définie, signifie-t-il que la mise en place de tels jalons ne soit pas utile ni nécessaire ?
Certes, l’homme qui vivrait sur une île déserte, sans relation avec quiconque, aurait – en droit comme en fait – toute latitude et liberté pour établir un calendrier qui lui soit strictement propre, qui correspondrait à ses seuls besoins et à sa manière de vivre exclusivement personnelle.
Dès lors cependant que l’homme vit en société, il devient pratiquement indispensable de disposer d’une manière commune de compter l’écoulement du temps.

   Cela n’empêche pas, par ailleurs, de conserver en parallèle, à titre personnel ou pour l’usage d’une communauté spécifique, un calendrier propre : les peuples asiatiques, les Juifs et les mahométans ont un calendrier lunaire, avec un compte des années totalement différent de celui que nous employons ; au sein même de la Chrétienté, si une majorité suit le calendrier grégorien, il existe des communautés chrétiennes qui suivent toujours le calendrier julien (voir ce que j’avais déjà expliqué ici > années bisextiles) ; l’Eglise catholique romaine elle-même, tout en ayant favorisé l’institution et la généralisation d’une année civile qui commence au premier janvier, adopte néanmoins pour sa liturgie un autre calendrier dont le premier jour se situe au dimanche le plus proche de la fête de Saint André, dans une fourchette qui varie – d’une année à l’autre – entre les derniers jours de novembre et les premiers de décembre ; la révolution française de son côté avait promulgué son propre calendrier en dehors de toute référence chrétienne, et dont le « jour de l’an » n’était pas le 1er janvier… etc.

   Je pourrais également parler ici des vœux d’anniversaire : que sont-ils donc en effet sinon eux aussi des vœux de « bonne année » ? N’interviennent-ils pas à la fin d’un cycle d’une année et au commencement d’un autre cycle d’une année : une année qui vous est rigoureusement personnelle, puisque son « jour de l’an » est celui de l’anniversaire de votre naissance à vous et non pas celle de votre voisin (sauf bien sûr si votre voisin est votre frère jumeau) ?

   Cela dit, rien ne vous empêche de « souhaiter la bonne année » à plusieurs reprises dans le cadre d’une année civile ordinaire : « la bonne année » liturgique à vos amis catholiques le premier dimanche de l’Avent, la « bonne année », civile, le 1er janvier selon le calendrier grégorien, puis, quelque douze jours plus tard, encore une fois « la bonne année » au 1er janvier du calendrier julien (n’avez-vous pas quelques russes parmi vos connaissances ?), viendraient ensuite « la bonne année » selon le calendrier chinois, « la bonne année » selon le calendrier mahométan, « la bonne année » selon le calendrier juif, « la bonne année » selon le calendrier révolutionnaire… et j’en passe.
Ne serait-ce finalement pas une magnifique opportunité que de multiplier de la sorte les occasions de présenter des vœux plus fréquemment à notre entourage et à la terre entière ?

   Mais sans doute aussi cette multiplication entraînerait-elle une forme de routine et de dévalorisation.
« souhaiter la bonne année » à tout bout de champ, la lassitude née de l’habitude finirait-elle par avoir raison de ce qu’il y a de meilleur dans la coutume des vœux !

   En conclusion de cette deuxième partie de mes réflexions, je voudrais faire ressortir combien, quelque conventionnel et artificiel que puisse être le fait de « souhaiter la bonne année » à un jour précis ou dans un laps de temps bien circonscrit, ce fait est inscrit dans une sorte d’imaginaire collectif qui lui donne une signification qui va bien au-delà des simples formules par lesquelles il s’exprime.

   En effet, le franchissement d’un jalon du calendrier, chez beaucoup d’hommes encore – malgré qu’on fasse tout pour les empêcher de réfléchir – , s’accompagne de réflexions sur le temps écoulé et sur le temps qu’il reste à parcourir, sur les accomplissements (ou les non-accomplissements) de notre vie, sur les projets en cours, sur les espoirs que l’on nourrit… etc.
La fin d’un cycle et le commencement d’un nouveau sont toujours propices aux bilans et aux réajustements nécessaires.
C’est comme si, en l’instant fugace de la jonction de ces deux cycles, le passé et l’avenir se faisaient plus présents à la conscience des hommes.

Lully.

(à suivre, ici > 3ème partie)

anges chats d'après Raphaël

2015-3. Métaphysique des vœux (1ère partie).

1ère partie :
Où le Maître-Chat se pose – et vous pose – préalablement
quelques questions que l’on ne se pose ordinairement pas,
et surtout pas au début d’une année…

frise

Vendredi 2 janvier 2015,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête de Saint Fulgence de Ruspe.

Lully 1er janvier 2015

Monseigneur le Maître-Chat, ce 1er janvier 2015

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   En ce début d’année, la belle tradition des vœux resserre les liens, permet de renouer certains contacts, de mettre un peu de chaleur et de lumière dans la froideur du monde, de rallumer la petite flamme de l’espérance toujours prête à vaciller sous les assauts dévastateurs d’un quotidien morose…
Bref, vous autres, humains, vous vous souhaitez mutuellement « la bonne année »

   Mais, vous le savez bien, nous autres chats, nous sommes souvent absorbés dans de profonds pensers, cherchant à mieux comprendre le sens de ce que font les hommes, nous efforçant de mieux pénétrer la portée de leurs faits et gestes.
Oui, nous autres chats, sommes par nature portés vers la philosophie, vers la métaphysique, vers une contemplation acérée et vers une sagace analyse des principes et des ressorts secrets qui régissent vos comportements et vos relations.
C’est la raison pour laquelle, je voudrais commencer à vous poser quelques questions, questions que beaucoup ne se posent pas, et que certains ne s’imaginent d’ailleurs même pas que l’on puisse se les poser. Questions dérangeantes peut-être, mais, en définitive, je serais bien aise si ces questions que je me suis posées, et que je vous pose aujourd’hui, vous poussent à quelques réflexions…

   Vous souhaitez donc « la bonne année ».
Mais seriez-vous capables de me dire ce qu’est une « bonne année » ?

   Sans doute avant de parler de « bonne année », convient-il donc déjà de définir ce qu’est une année.

   Dans l’actuel état d’inculture généralisée et d’irréflexion absolue où vit un très grand nombre de personnes, je ne suis pas certain du tout que, si l’on réalisait, par exemple, un « micro-trottoir », beaucoup de nos contemporains soient spontanément capables d’expliquer – de manière claire et intelligible – ce qu’est une année…

   Si donc, en préalable nécessaire – puisqu’il importe toujours de savoir de quoi l’on parle et de se mettre d’accord sur le sens des mots que l’on emploie, afin d’éviter les quiproquos et les ambiguïtés – , je définis qu’une année est un instrument théorique de la mesure du temps, établi de manière conventionnelle pour correspondre, plus ou moins bien, avec les cycles astronomiques de la planète terre, dans le but d’établir les repères dont les hommes ont besoin pour parler de leur vie et de leur histoire, je pense que tout le monde me comprendra et sera d’accord.

   En soi, une année est donc quelque chose d’indifférent.
Quelque chose d’aussi indifférent que les piquets que l’on plante à intervalles réguliers pour clôturer un terrain ; d’aussi indifférent que les bornes kilométriques sur le bord des routes ; d’aussi indifférent que les graduations d’une règle ou d’un thermomètre.
L’année n’est qu’un instrument de mesure conventionnel.

   En son for intérieur, chacun sait bien d’ailleurs qu’il n’y a, dans la réalité des choses, rien – absolument rien – qui change entre le 31 décembre à 23 heures 59 minutes et 59 secondes et le 1er janvier à 0 heure 0 minute et 1 seconde.
Le passage à une nouvelle année ne modifie pas plus votre apparence, votre caractère, votre passé ou votre avenir, et toutes les autres composantes importantes de votre vie, que le passage de 21 h 25 à 21 h 26 n’importe quel autre jour de l’année.
Non ! Le passage à une nouvelle année ne change rien, ou du moins rien qui ne puisse changer à tout autre moment de votre vie.
Non ! il n’y a rien de nouveau au moment du passage à une nouvelle année qui ne puisse se produire à n’importe quel autre moment du jour n’importe quel autre jour de l’année.

   Pourquoi donc accorder une telle importance à l’instant, vite enfui, qui nous a permis de passer d’une date à une autre ?
Pourquoi donc célébrer, et parfois avec un tel déploiement d’artifices (et de feux d’artifices), avec une telle abondance de festivités, avec une telle débauche de nourriture et de boissons, avec un tel déferlement de cris et d’embrassades, avec une telle avalanche de souhaits… etc., le simple franchissement d’un jalon, posé de manière conventionnelle dans la mesure du temps ?

   Je crois que la plupart des humains ne se posent même pas la question : c’est comme cela ! On fait ainsi ; tout le monde fait ainsi. Il serait donc mal venu de ne pas faire comme tout le monde.
Et l’on assiste à une espèce de surenchère, à un entraînement irréfléchi – voire irraisonné, ou même carrément irrationnel – pour lequel je ne trouve qu’un nom - « excitation » - , et pas vraiment de qualificatif approprié. Si j’étais un philosophe humain, j’aurais peut-être été tenté de parler d’ « excitation animale », mais je vous mets au défi de trouver dans le règne animal – sauf peut-être chez les singes, parce qu’ils sont assez proches des hommes – une semblable forme d’excitation…

Lully.

(à suivre ici > 2ème partie)

passage du 31 décembre au 1er janvier

2015-7. « Yver, vous n’estes qu’un villain ».

1465 – 5 janvier – 2015

550 ème anniversaire de la mort de Charles d’Orléans

Charles d'Orléans et Marie de Clèves tapisserie du XVe s. - musée des arts décoratifs Paris

Charles d’Orléans et Marie de Clèves, sa troisième épouse
(tapisserie du milieu du XVe s. – Paris, musée des arts décoratifs)

Lundi 5 janvier 2015.

Je ne peux pas ne pas marquer en ce jour le cinq-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Charles d’Orléans, prince et poète.

Petit fils de Sa Majesté le Roi Charles V le Sage, Charles d’Orléans est né probablement en 1394 (d’autres disent 1391 et d’autres encore 1393).
Son père était Louis 1er d’Orléans, frère puiné du Roi Charles VI, et sa mère Valentine Visconti, fille du duc de Milan et petite-fille du Roi de France Jean II le Bon.
Il reçut une éducation raffinée, ses parents étant l’un et l’autre épris d’art et de lettres.

Marié une première fois à 17 ans avec sa cousine germaine, Isabelle de Valois, qui meurt en couche trois ans plus tard, il épousera en secondes noces Bonne d’Armagnac (en 1410) puis Marie de Clèves (en 1440) qui lui donnera en 1462 un fils prénommé Louis, lequel deviendra Louis XII à la mort de Charles VIII (en 1498).

Charles 1er d’Orléans est âgé d’à peine quatorze ans lorsque son père est assassiné (23 novembre 1407) et qu’il devient chef de maison. Sa mère meurt l’année suivante.
En cette époque troublée (c’est la guerre dite de cent ans), Charles est, par la force des choses, l’une des têtes du parti des Armagnacs ; il est aussi chef de la chevalerie française, en 1415, à la tristement célèbre défaite d’Azincourt, où il est fait prisonnier.

Charles restera captif en Angleterre pendant vingt-cinq ans.
Libéré en novembre 1440 grâce au versement en rançon d’une partie de la dot de Marie de Clèves qu’il épouse en troisièmes noces (elle a 14 ans, il en a 49), il vivra dès lors principalement sur ses terres – Blois, sa résidence préférée, Amboise,  ou Tours… – entouré d’artistes et de poètes (dont pendant un temps François Villon).

Il meurt très probablement le 5 janvier 1465 (bien que certains avancent aussi la date de 1463, et que d’autres parlent du 4 janvier).  
Charles d’Orléans a laissé une oeuvre poétique considérable (pas moins de 131 chansons, 102 ballades, 7 complaintes et plus de 400 rondeaux) qui tombera cependant dans l’oubli pour n’être redécouverte qu’en 1740.
Cette production littéraire est bien sériée en deux parties : l’oeuvre de la captivité et celle écrite après sa libération.
Son style est élégant, fleuri, léger sans miévrerie, illustré par de belles images empruntées à la nature, souvent allégorique.

Amateur de belles lettres et épris de la magnifique et glorieuse culture française, pouvais-je laisser passer cet anniversaire ? 
La température qui a atteint moins 6° ce matin et la forte gelée blanche m’incitent à vous recopier ici, pour terminer, le rondeau « Yver, vous n’estes qu’un villain » dont vous trouverez d’abord le texte originel puis au-dessous la transcription en français contemporain.

Lully.

l'hiver, manuscrit des très riches heures du duc de Berry (février)

L’hiver
(Très riches heures du duc de Berry – mois de février)

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Yver, vous n’estes qu’un villain (1),
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d’Avril
Qui l’acompaignent soir et main.

Esté revest champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs,
Par l’ordonnance de Nature.

Mais vous, Yver, trop estes plain
De nege, vent pluye et grezil ;
On vous deust banie en essil.
Sans point flater, je parle plain (2),
Yver, vous n’estes qu’un villain (1)!

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Graphie moderne :

Hiver vous n’êtes qu’un vilain (1).
Eté est plaisant et gentil,
En témoignent Mai et Avril
Qui l’accompagnent soir et ma(t)in.

Eté revêt champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l’ordonnance de Nature.

Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil ;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain (2),
Hiver vous n’êtes qu’un vilain (1) !

(1) vilain = rustre (paysan)
(2) plain = juste (droit)

détail - le chat près du foyer

Le chat près du foyer – détail de « février »
dans les Très riches heures du duc de Berry.

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento |on 2 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2015-2. De l’Edit de Roussillon par lequel Sa Majesté le Roi Charles IX ordonna le commencement de l’année civile au 1er janvier.

9 août 1564 & 1er janvier 1565

* * *

Öèôðîâàÿ ðåïðîäóêöèÿ íàõîäèòñÿ â èíòåðíåò-ìóçåå Gallerix.ru

Le jeune roi Charles IX en 1564
peint par François Clouet.

images anciennes jour de l'an - Copie (3)

       Pour ne pas laisser rouiller la mémoire (faculté qui ne s’use que si l’on ne s’en sert pas), je vous invite, si vous le voulez bien, à commencer l’année par un peu d’histoire.
Vous savez que c’est l’une de mes disciplines de prédilection, sans doute parce que mon papa-moine m’en a communiqué sa passion…

   En principe (je dis en principe, et nous verrons plus loin pourquoi), en France, l’année civile débute au 1er janvier depuis le 1er janvier 1565, en application de l’Edit de Roussillon signé le 9 août 1564 par Sa Majesté le Roi Charles IX.

   Charles-Maximilien de France, cinquième des dix enfants d’Henri II et de Catherine de Médicis, était né en 1550.
Il accède au trône à l’âge de dix ans et demi, lorsque son frère aîné, François II, meurt le 5 décembre 1560, après seulement dix-sept mois de règne : il devient alors Charles IX.

   Son énergique mère exerce la régence jusqu’à ce que Charles IX soit déclaré majeur, en 1563, mais continuera en fait à gouverner après cette date.
En mars 1564, la Reine-mère Catherine de Médicis, décide que Charles IX, âgé de 14 ans,  doit connaître son Royaume, et entreprend donc avec lui un grand tour de France. 
C’est à cette occasion que le jeune Roi se rend compte que, selon les provinces ou les diocèses, l’année débute soit à Noël (c’est le cas à Lyon), soit le 1er mars (premier jour du mois du printemps), soit le 25 mars (c’est le cas à Vienne en Dauphiné), soit le jour de Pâques (ce qui complique encore les choses puisque Pâques est une fête mobile !).
Cette variété pouvait donc être la source de nombreuses et durables confusions.

   Afin qu’il n’y ait plus désormais qu’une seule manière de compter les années, Charles IX décide donc d’imposer à tout le Royaume, en l’élargissant, un édit, signé à Paris l’année précédente, et qui prescrivait aux officiers publics de dater leurs actes en faisant commencer les années au 1er janvier.
Déjà, quelques décennies auparavant, l’empereur Charles Quint avait imposé une semblable mesure pour les terres d’empire.

images anciennes jour de l'an - Copie

   Le Roi, la Reine-mère et une partie de la Cour se trouvaient au château de Roussillon, en Dauphiné, lorsque fut mis au point le texte final de l’édit, qui fut signé le 9 août 1564, et qui est de ce fait appelé Edit de Roussillon : « Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toute escripture privée, l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier. Donné à Roussillon, le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne de quatriesme… »

   La mesure, enregistrée par le Parlement de Paris, devait, en droit strict, entrer en vigueur au 1er janvier 1565.
Dans les faits, elle ne fut pas adoptée partout aussi rapidement et il faudra, en réalité, encore trois années pour qu’elle s’impose par tout le Royaume. 

En 1622, soit plus d’un demi-siècle plus tard, le pape Grégoire XV imposa la même mesure à toute l’Eglise catholique romaine, et c’est ainsi qu’elle a depuis lors prévalu sur toute la surface de la terre.

   Enfin, il est plaisant de rappeler que le déplacement au 1er janvier de la tradition d’offrir ses vœux, est à l’origine du « poisson d’avril », qui fit depuis lors florès et a, selon toute vraisemblance, encore de beaux jours devant lui… 

pattes de chat Lully.

Poisson d'Avril - image de tablette de chocolat

Le poisson d’avril : image de tablette de chocolat de la Belle Epoque.

Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 1 janvier, 2015 |5 Commentaires »

2015-1. Voeux pour l’an de grâce 2015.

Jeudi 1er janvier 2015,
Octave de la Nativité et fête de la Circoncision de Notre-Seigneur.

Bonne et Sainte Année

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur, le Maître-Chat Lully et l’association Refuge Notre-Dame de Compassion, vous présentent leurs voeux fervents pour cette année 2015 qui commence, en vous souhaitant – autant que possible, en ces temps marqués par de grandes difficultés et de sombres perspectives, aussi bien dans la société civile que dans l’Eglise – tout ce qu’il y a de meilleur, pour vous-mêmes et pour tous ceux qui vous sont chers.

Des voeux de « bonne année » et « bonne santé » vous en entendrez en quantité, en ce premier de l’an et pendant tous les jours qui vont suivre… mais nous savons bien que – malheureusement ! – l’année qui commence ne sera pas exempte d’épreuves, de contradictions, d’oppositions, de maladies et de souffrances morales.

Voilà donc pourquoi, aux formules habituelles, aux formules de routine marquées par l’usure, nous voulons ajouter, du plus profond de notre amitié, des voeux qui n’empruntent rien aux formules stéréotypées : voeux pour que vous gardiez à chaque jour et chaque instant du jour ces biens intérieurs qui nous paraissent indispensables afin que l’année soit bonne, quoi qu’il advienne…
Oui, ce que nous vous souhaitons c’est le courage, la patience, la constance et la persévérance, la résistance à toutes les formes de découragement, la pugnacité, la sérénité intérieure en toutes circonstances – même quand celles-ci imposent de se battre – , l’exigence morale et spirituelle, le refus de la compromission, la lucidité pour regarder les réalités en face, la justice pour analyser les situations, la force d’âme, la compassion véritable – non motivée par une sensiblerie superficielle – pour venir en aide à votre prochain, la magnanimité, la constante tension intérieure vers le Bien, le Beau et le Vrai, la noble générosité et la généreuse noblesse de l’esprit et – par dessus tout – une absolue fidélité à vos plus nobles idéaux !

Ainsi sera vraiment 2015 une bonne et heureuse année !
Que Dieu vous bénisse…

Voeux du nouvel an déposés à la Crèche

Publié dans:Annonces & Nouvelles |on 1 janvier, 2015 |14 Commentaires »
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