Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2010-13. Des raisons pour lesquelles la crypte du Mesnil-Marie sera placée sous le vocable de Sainte Philomène.

Mercredi 17 mars 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai commencé à vous parler hier des travaux en vue de la transformation de notre vieille cave voûtée en oratoire intérieur pour notre Mesnil-Marie (cf. > ici). Vous le savez peut-être déjà, cet oratoire portera le nom de Crypte Sainte Philomène, et il me faut maintenant vous en expliquer les raisons.

L’essentiel de ce que je vais vous raconter concernant Sainte Philomène, je l’ai lu dans un excellent ouvrage que l’auteur, Monsieur Jean-Louis Picoche, a envoyé à Frère Maximilien-Marie avec une belle dédicace très amicale. Je ne peux que vous recommander chaleureusement d’acquérir et de lire vous aussi ce petit livre qui, dans un style simple et agréable, se présente comme une enquête très minutieuse et rigoureuse, sous la forme d’un dialogue entre un grand père et son petit fils.
Les ouvrages consacrés à Sainte Philomène qui ont été réédités en nos temps, ont en effet été originellement publiés entre 1890 et 1930,  et ils ne collent plus vraiment à l’actualité. Le livre de Jean-Louis Picoche est donc venu à point pour actualiser nos connaissances, pour mettre un terme aux polémiques que le mystère de la jeune martyre a pu soulever, et pour renforcer notre dévotion.

Sainte Philomène par Jean-Louis Picoche

Sainte Philomène (éditions Elor)

En 1802, on découvrit dans les catacombes de Sainte Priscille, à Rome, un loculus encore inviolé qui pouvait peut-être dater du premier siècle de notre ère. Trois plaques de terre cuite fermaient ce tombeau et portaient (en les remettant en ordre) l’inscription « Pax Tecum Filumena » (« Que la paix soit avec toi Philomène ») ainsi que les dessins d’une palme, d’une fleur, de deux ancres et de trois flèches. Les ossements retirés de cette tombe étaient ceux d’une personne très jeune, de sexe féminin ; l’inscription et les symboles gravés sur les plaques de terre cuite laissaient penser qu’il s’agissait d’une martyre, sans qu’on puisse rien ajouter de plus précis.
Dûment étiquetées, ces reliques furent enfermées dans une caissette et restèrent « en attente » dans un dépôt pendant près de trois années. En 1805, elles furent concédées au curé de Mugnano del Cardinale (petite ville située à  quelque 30 km de Naples) qui avait demandé au Saint-Siège des reliques pour son église.

Pax tecum Filumena

Fac similé des plaques de terre cuite fermant le loculus où les reliques furent découvertes

Or, dès le début du voyage au cours duquel ces reliques étaient transférées depuis Rome jusqu’à Mugnano del Cardinale, « la martyre dont on ne savait rien » commença à se manifester et à attirer l’attention non seulement des passagers de la diligence mais aussi des villages qu’elle traversait : une série de miracles, principalement des guérisons soudaines et inexpliquées, jalonnèrent sa route, si bien que son arrivée à Mugnano prit l’allure d’un cortège triomphal.
Le pèlerinage commença aussitôt et la réputation de Sainte Philomène se répandit comme une trainée de poudre.
Une religieuse napolitaine aurait alors fort opportunément reçu des révélations sur la vie de cette thaumaturge dont on ignorait tout… Cette biographie devint très populaire mais elle semble aujourd’hui peu satisfaisante.
Quoi qu’il en soit, la palme et les flèches gravées sur sa tombe attestent qu’il s’agit d’une martyre, de même que le flacon contenant du sang coagulé retrouvé avec les ossements. D’autre part l’avalanche de miracles prouve que l’intercession de Sainte Philomène est puissante auprès de Dieu, et que Celui-ci se plaît à accorder des grâces signalées, des guérisons prodigieuses et des miracles spectaculaires par l’intercession de cette jeune et « célèbre inconnue » !

Autel des reliques de Sainte Philomène à Mugnano del Cardinale

Autel des reliques de Sainte Philomène (Mugnano del Cardinale)

Le miracle le moins contestable est la guérison de Pauline Jaricot, fondatrice de l’œuvre de la Propagation de la Foi et du Rosaire vivant (on trouvera une rapide biographie > ici).
En 1834, Pauline, qui a 35 ans, tombe très gravement malade ; son état est jugé désespéré par les médecins. La jeune femme a entendu parler de Sainte Philomène et des miracles qui ont lieu au sanctuaire de Mugnano, elle est remplie de confiance dans l’intercession de la jeune martyre et, trompant la vigilance des médecins et de sa famille, elle part en Italie.
A Rome, elle semble à toute extrémité à tel point que le Pape Grégoire XVI, qui est venu lui rendre visite au couvent de la Trinité des Monts, lui demande de prier pour lui lorsqu’elle sera au ciel. Pleine d’une sainte audace, Pauline lui assure qu’elle va obtenir sa guérison par l’intercession de Sainte Philomène et elle fait promettre au Pape qu’il approuvera le culte de Sainte Philomène pour toute l’Eglise si elle revient guérie.
Grégoire XVI promet… convaincu qu’il n’aura pas à s’exécuter !!! Aussi quelle ne sera pas sa stupéfaction en voyant Pauline se présenter à lui, totalement et durablement guérie à son retour de Mugnano del Cardinale. Ses propres médecins examinent Pauline, la Congrégation des Rites possède déjà un dossier très volumineux sur les miracles de Sainte Philomène : Grégoire XVI confirme donc son culte pour l’Eglise universelle et fixe la date de sa fête au 11 août.
Les trois successeurs de Grégoire XVI, c’est à dire le Bienheureux Pie IX, Léon XIII et Saint Pie X, confirmèrent aussi le culte de Sainte Philomène. De très nombreux Saints (je ne peux en faire une liste complète, mais je citerai Saint Pierre-Julien Eymard, Sainte Madeleine-Sophie Barat, Saint Damien de Veuster, Saint Pierre Chanel et surtout le Saint Curé d’Ars) obtiennent d’innombrables grâces par l’intercession de Sainte Philomène et en diffusent le culte.

C’est par Pauline Jaricot que Saint Jean-Marie Vianney connut Sainte Philomène, qui devint sa sainte de prédilection. Pauline lui offrit une statue de Sainte Philomène en forme de gisant pour qu’elle soit vénérée dans la petite église d’Ars. Le prolongement de l’église d’Ars, rendu nécessaire par l’afflux des pèlerins et réalisé sur les plans de Pierre Bossan, est tout consacré à Sainte Philomène.

La famille Jaricot était également amie depuis fort longtemps avec un autre saint prêtre qui fonda au début du XIXème siècle une congrégation de religieuses hospitalières. Lui aussi connut Sainte Philomène grâce à Pauline, lui aussi reçut de Pauline une statue de la Sainte qu’il institua à perpétuité assistante générale de sa jeune congrégation : et les grâces de la jeune martyre se répandirent à profusion sur les religieuses et sur les malades…

Cette statue offerte par une miraculée de Sainte Philomène, dont le procès en béatification est engagé, à un prêtre, dont la cause est également instruite en Cour de Rome, est – selon une expression de Frère Maximilien-Marie – une « quasi relique ». Or elle se trouve aujourd’hui en notre possession!

Gisant de Sainte Philomène

La raison pour laquelle je ne vous donne pas ici le nom de ce saint prêtre ni celui des religieuses, c’est que ces dernières ont subi de nombreuses critiques et malveillances de la part d’un certain clergé. Contraintes de fermer une de leurs maisons, ce sont elles qui ont offert à Frère Maximilien-Marie cette précieuse statue, mais elles ne souhaitent pas qu’on puisse les reconnaître…

En 1961, la Congrégation des Rites retira Sainte Philomène du calendrier de l’Eglise universelle. Il semblait alors que l’absence de sources biographiques historiquement certaines était un empêchement à un culte trop développé. Bonne aubaine pour les détracteurs du culte des saints et pour ceux qui nient le merveilleux et les miracles : ils se hâtèrent de répandre la rumeur selon laquelle le culte de Sainte Philomène était désormais interdit et proclamèrent que son existence n’avait été qu’une pieuse invention…
Nos chères religieuses subirent des pressions inimaginables de la part de certaines autorités ecclésiastiques pour abandonner le culte de Sainte Philomène et  – sous le fallacieux prétexte de l’obéissance (car ce n’était pas légitime) – elles durent retirer sa statue de leur chapelle !

Une fois de plus nous nous trouvons ici en face d’un véritable abus de pouvoir de la part des prêtres dont la foi a sombré dans le modernisme.
Sainte Philomène a certes été retirée du calendrier liturgique universel, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas existé ou que l’Eglise condamne son culte. Lorsqu’une personne a été déclarée sainte, il n’est plus possible pour l’Eglise de lui retirer cette qualité. Le 13 janvier 1837, le Pape Grégoire XVI avait élevé la petite Philomène aux honneurs des autels : elle est donc bien sainte pour l’éternité.
Comme pour tous les autres saints qui ne figurent pas au calendrier universel, on peut tout à fait légitimement continuer à la vénérer en tout lieu où la dévotion envers elle est implantée. Si, effectivement, on ne sait rien de certain sur sa vie et sur les circonstances de son martyre, l’incroyable abondance des miracles obtenus par son intercession a fait d’elle l’une des plus célèbres et des plus remarquables thaumaturges des XIXème et XXème siècles.
Le XXIème siècle est à peine engagé que les grâces et les prodiges se multiplient encore lorsqu’on l’invoque, à tel point qu’aujourd’hui le sanctuaire d’Ars, qui s’était d’abord aligné sur une position de prudent retrait du culte de la « chère petite Sainte », demande à la Congrégation pour la Cause des Saints de réviser le cas de Sainte Philomène, en estimant que la réalité des miracles l’emporte sur les incertitudes de l’histoire.

Sainte Philomène - statue du Mesnil-Marie

Retirée de la chapelle des religieuses, la vénérable statue de Sainte Philomène fut littéralement « mise au placard », puisque pendant près de 40 ans (le temps de la traversée du désert) elle fut enfermée dans une armoire de sacristie. Une religieuse âgée a confié un jour à Frère Maximilien-Marie qu’elle avait toujours gardé une très grande dévotion à Sainte Philomène et qu’elle avait continué à la prier et à obtenir des grâces par son intercession ; pour cela elle se rendait devant la porte du placard où elle savait que la statue était reléguée, mais elle n’osait l’ouvrir par crainte de désobéir aux prêtres !!!…

C’est l’arrivée de cette belle statue, avec son histoire émouvante, qui a déterminé Frère Maximilien-Marie a placer sous le vocable de Sainte Philomène notre future « crypte ».  Il y a là une forme de protestation contre les abus de pouvoir qui ont conduit à jeter le discrédit sur l’existence même de la jeune martyre, et ce sera aussi une espèce de réparation pour l’injustice qu’elle a subie. Nous avons hâte que les travaux d’aménagement de cette ancienne cave soient achevés et d’y placer  la châsse de Sainte Philomène, confiants en sa très puissante intercession et sûrs qu’elle ne manquera pas de répandre ici d’abondantes grâces sur ceux qui viendront la prier avec ferveur.

Lully.

Nota :
- Prière et litanies en l’honneur de Sainte Philomène > ici ;
- Exposé des travaux de transformation de notre ancienne cave voûtée en Crypte Sainte Philomène > ici.

On peut aider aux travaux de la Crypte Sainte Philomène
par un don ou une offrande en son honneur > ici.

2010-12. Des travaux d’hiver au Mesnil-Marie, d’une chatière et de la manière dont on construisait jadis les caves voûtées.

Mardi soir 16 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous le savez bien : nous, les chats, nous n’aimons ni le froid ni l’humidité, et cet hiver qui n’en finissait pas ne me donnait guère le goût d’écrire… Voilà en effet  plus de six semaines que je n’ai pas rédigé de chronique puisque la dernière que je vous ai adressée date de la fête de Saint François de Sales!!! (cf.> www)

Enfin, depuis quelques jours – même si à notre altitude nous n’avons encore ni violettes, ni jonquilles -, il semblerait que le printemps veuille bien annoncer son arrivée. Aujourd’hui, sur les versants exposés au nord, nous voyons toujours de la neige mais notre « Mesnil-Marie » est bien exposé et peut profiter pleinement des heures d’ensoleillement. S’il y a encore des gelées matinales, elles ne peuvent être comparées avec les températures rigoureuses que nous avons connues depuis le mois de décembre (c’est assez souvent que notre thermomètre est descendu jusqu’à moins 10°, certains matins même autour de moins 15°). Dans la soirée du dimanche 7 mars, nous avons eu une abondante chute de neige (25cm sur notre terrasse) et le mardi matin 9 mars le thermomètre marquait moins 13°: cela nous a donné la désagréable impression de revenir deux mois en arrière… Fort heureusement le redoux semble s’installer de manière durable.

La saison froide est propice aux travaux à l’intérieur de la maison et aux études : Chlôris et moi-même étudions les Saintes Ecritures et les commentaires des Pères de l’Eglise, que nous méditons ensuite longuement auprès du poêle… L’ancien grenier à foin (la fénière), qui est désormais la Salle Saint Augustin, a vu l’achèvement des finitions de son plancher après le passage de l’électricien. Et puis, entre la Salle Sainte Thérèse Couderc (la salle de séjour) et la Salle Saint Joseph (l’ancienne étable) il y a maintenant, pour remplacer une très vieille porte qui fermait très mal, une belle porte en châtaignier dans laquelle Frère Maximilien-Marie a fait percer spécialement pour nous une chatière qui nous plaît vraiment beaucoup. Figurez-vous que pour le diamètre de l’ouverture, on a pris mes mensurations!

La chatière

Cependant la part la plus importante des travaux de cet hiver a consisté dans les commencements de l’aménagement de l’ancienne cave voûtée, destinée à devenir l’oratoire intérieur du « Mesnil-Marie » (avant de pouvoir construire la chapelle de Notre-Dame de Compassion à l’extérieur de la maison).

Avant toute autre chose, il faut que je vous explique de quelle manière les anciens construisaient autrefois ces caves voûtées. Pour cela j’ai réalisé un croquis (vous pourrez aussi apprécier en même temps la qualité des études que je poursuis ici) et à l’aide des numéros que j’ai placés sur le dessin je vous donnerai en dessous quelques compléments d’information :

Manière dont les voûtes étaient jadis construites

1 – Notre « Mesnil-Marie » est construit directement sur la roche mère, à flanc de montagne. L’emplacement a été choisi en fonction de l’exposition au soleil, de la proximité de l’eau, de la disposition du rocher. Sans doute un tracé a-t-il alors été fait au sol, après avoir au maximum dégagé le rocher.

2 – Sur toute la surface intérieure de ce qui deviendrait la cave de la maison, les bâtisseurs de l’époque firent un énorme tas de terre et de pierres (que j’ai représenté avec la couleur marron) s’élevant jusqu’au niveau où les murs seraient droits…

3 – Les murs furent alors édifiés autour de ce remplissage : ces murs sont très épais puisque tout le poids de la maison va reposer sur eux. Plus exactement il s’agit en quelque sorte de deux murs parallèles bâtis en grosses pierres (pierres de rivière ou blocs de granit taillés) assemblées à la chaux, et entre les deux il y a un remplissage de terre et de petites pierres dont l’effet est isolant : c’est ce que j’ai représenté en un mélange de gris et de rose entre les pierres des murs.

4 – Lorsqu’on avait atteint une élévation suffisante pour les murs verticaux, on installait un solide coffrage destiné à porter les pierres de la voûte. J’ai représenté ce coffrage à l’aide de deux couleurs: a) un fort appareillage de poutres et de madriers, en gris foncé, pour donner la forme générale; b) et par dessus – en orange – des planches bien assemblées formant une espèce de coque de berceau renversé.

5 – Sur ce coffrage sont positionnées côte à côte les pierres de la voûte. Il faut remarquer la disposition des pierres : c’est leur plus petit côté qui est vers le bas; leur plus grande longueur est utilisée pour donner l’épaisseur de la voûte.

6 – Lorsque les pierres de la voûte ont été disposées, on verse la chaux par dessus : elle coule entre les pierres et les assemble entre elles en remplissant les interstices. Il arrive même qu’en plusieurs endroits la chaux traverse la couche de pierres, et comme elle est arrêtée par le coffrage de planches on aura plus tard l’impression que la voûte aura été crépie à ces endroits là.

Lorsque tout est bien sec, le remplissage de terre et de pierres ainsi que le coffrage sont retirés en creusant à l’intérieur de la cave ainsi construite, à partir de la porte d’accès (qui avait bien sûr été prévue!). Faut-il préciser que tous ces travaux étaient réalisés sans l’aide d’outillage mécanique? Les pierres étaient taillées à la main, transportées dans des brouettes et montées à dos d’homme, la terre pour le remplissage et la chaux étaient transportées avec des seaux… etc.

Je vous parlerai dans quelques jours des travaux qui ont déjà été réalisés dans cette ancienne cave, mais afin que vous puissiez mieux comprendre par la suite les explications que je vous donnerai, voici deux clichés qui la présentent dans son état initial. Le premier vous montre une vue générale, tandis que le second vous permet de voir un très ancien escalier d’accès, taillé dans le granit : je n’ose pas imaginer le temps et la peine qui ont été nécessaires pour le réaliser…

Future crypte état initial       Ancien escalier taillé dans le roc granitique

(cliquer sur les vignettes pour agrandir les clichés)

J’arrête ici ma chronique pour ce soir, mais avant de vous quitter je vous souhaite, non seulement en mon nom mais aussi au nom de Chlôris et de Frère Maximilien-Marie, une belle et fervente fête de Saint Joseph, ce vendredi 19 mars, et je signe aujourd’hui avec l’empreinte de ma très noble patte dans la neige (la dernière jusqu’à l’hiver prochain j’espère!).

Signature de Lully Lully.

Publié dans:Chronique de Lully |on 16 mars, 2010 |6 Commentaires »

2010-11. Alter Christus.

Mercredi 3 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous le savez, vous qui êtes en lien de foi et de spiritualité avec nous, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a voulu que l’Eglise catholique vive, depuis le 19 juin 2009 et jusqu’au 19 juin 2010, une « année sacerdotale« : je vous en avais parlé au mois d’avril dernier, peu de temps après que le Souverain Pontife en a fait l’annonce (cf.> www).

Notre bien-aimé Pape a voulu que la célébration du 150ème anniversaire de la mort du Saint Curé d’Ars soit pour tous les fidèles une occasion d’approfondir le mystère du sacerdoce. En effet, la crise qui a ravagé et ravage encore une grande partie du monde catholique, a eu pour effet qu’un très grand nombre de prêtres et de fidèles ont – en partie ou totalement – perdu le sens de la vocation et du ministère des prêtres.

2010-11. Alter Christus. dans Commentaires d'actualité & humeurs rencontre1

« Tu m’a montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel! »

Parmi les excellentes initiatives de cette « année sacerdotale », il faut faire une mention spéciale du film de 30 minutes qui a été réalisé à la demande de la Congrégation pour le Clergé (c’est-à-dire l’organisme du Saint-Siège qui s’occupe de tout ce qui concerne le clergé catholique). Ce court-métrage est intitulé « Alter Christus ». Ces deux mots latins  qui signifient « autre Christ » sont extraits d’un adage très ancien : « Sacerdos alter Christus. Le prêtre est un autre Christ ». En effet le prêtre n’est pas seulement un « représentant » du Christ à la manière dont un ambassadeur représente le gouvernement d’un pays mais, par la grâce du sacrement de l’Ordre, il est configuré au Christ dans son être profond. C’est le Christ Lui-même qui agit en lui et à travers lui quand le prêtre célèbre les sacrements.

Il est possible de visionner ce film, découpé en trois parties d’une dizaine de minutes, grâce à « You Tube » où il est disponible en italien, en français, en espagnol, en allemand et en anglais. Outre des extraits particulièrement bien ciblés de discours des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, sont présentés les interventions et témoignages de nombreux prêtres, évêques et cardinaux tels que Monsieur le Cardinal Claudio Hummes (préfet de la congrégation pour le clergé), Monsieur le Cardinal Antonio Canizares (préfet de la congrégation pour le culte divin), Monsieur le Cardinal Julian Herranz (président émérite de la commission pour l’interprétation des textes législatifs), Monseigneur Maura Piacenza (archevêque secrétaire de la congrégation pour le clergé), Monseigneur Guido Marini (Maître des cérémonies liturgiques du Souverain Pontife)… etc.

En trente minutes sont rappelées des vérités essentielles et absolument vitales pour l’Eglise, des vérités que les fidèles n’entendent encore malheureusement pas dans un trop grand nombre de paroisses françaises, paroisses sclérosées et mourantes parce qu’elles sont encore aux mains de dangereux intégristes bloqués sur une idéologie qui se croyait d’avant-garde dans les années 1960-1970.

Ainsi donc, le prêtre n’est pas « un homme comme les autres » : son ordination en fait quelqu’un d’à part. Le prêtre doit être clairement reconnu par un habit spécifique. Le prêtre n’est pas un « modérateur » gérant une structure plus ou moins démocratique : il est investi d’une autorité divine et irremplaçable pour oeuvrer au salut et à la sanctification des âmes. Le prêtre est ordonné pour être l’homme des sacrements, et en tout premier lieu pour célébrer la Sainte Messe et administrer le sacrement de pénitence. La Messe est le renouvellement non-sanglant du Saint Sacrifice du Calvaire, sa célébration obéit à des règles strictes auxquelles les prêtres n’ont pas le droit de toucher… etc.

La Sainte Messe

La réalité de l’autel, c’est celle du Calvaire.

Les images qui accompagnent ces témoignages sont pleines de beauté et laissent clairement transparaître le sens du sacré, la beauté et la solennité qui doivent entourer la célébration des sacrements. Les « eucharisties » zim-boum-boum, les autels en contreplaqué sur lesquels on accroche des pantins fabriqués avec des rouleaux de papier toilette, les « ornements » sans tenue que l’on croyait découpés dans les drapeaux de la gay-pride, les « vases sacrés » en poterie, la distribution de la sainte communion faite n’importe comment, les prêtres aux allures de clochards avec leurs pantalons tombant en accordéons sur les chevilles …etc., la Congrégation pour le Clergé nous montre sans détours que tout cela est indigne du mystère de l’Eucharistie et du sacerdoce qui en est indissociable! Il est d’ailleurs tout à fait remarquable que certaines prises de vues sont faites lors de célébration de la Sainte Messe selon la « forme extraordinaire du rite romain ».

Je vous encourage donc à visionner ce film et, plus qu’à en être des spectateurs passifs, à en faire le support d’une véritable méditation et d’une fervente prière.

Rendons grâces à Dieu de nous avoir donné le sacerdoce, rendons grâces à Dieu pour l’exemple du Saint Curé d’Ars, rendons grâces à Dieu pour notre Saint-Père le Pape Benoît XVI qui travaille avec patience, douceur, humilité et courage à la restauration de Son Eglise!

Frère Maximilien-Marie.

Voir le film « Alter Christus »: 1ère partie, ici > www. 2ème partie, ici> www. 3ème partie, ici> www.

2010-10. Difficile équilibre…

Un difficile équilibre…

C’est parfois même un véritable exercice d’équilibriste, de funambule.
Voilà la situation dans laquelle nous placent aujourd’hui les paroles de Notre-Seigneur : Jésus nous met sur un fil, à une hauteur déjà impressionnante… et nous devons avancer en prenant conscience qu’il n’y a pas de filet tendu en dessous : un faux pas et…« splatch » !!! Nous risquons de nous faire très mal. Et non seulement nous risquons d’avoir très mal sur le coup, mais en outre nous pourrions bien rester boiteux ou handicapés pour le restant de nos jours ici-bas.

Un difficile équilibre, un très difficile équilibre!

Cependant si nous le gardons, nous nous en trouverons bien : ce sera pour nous la source d’une très grande sérénité intérieure et nous pourrons faire de véritables progrès spirituels. « En ce temps là, Jésus parla aux foules et à ses disciples en disant: Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse. Donc observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent : mais n’agissez pas selon leurs exemples : en effet ils disent mais ne font pas… » (Matthieu XXIII, 1-2 – Evangile du mardi de la 2ème semaine de carême).

Le Christ en face des scribes et des pharisiens

Le Christ en face des scribes et des pharisiens.

Ces paroles étaient adressées « aux foules et aux disciples » il y a près de 2000 ans, et elles s’adressent encore à chacun d’entre nous aujourd’hui même.
Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : leur autorité est légitime pour enseigner et transmettre aux hommes la doctrine religieuse authentique (la foi et la morale qui en découle).
Quand ils transmettent cette doctrine, il est nécessaire de la mettre en pratique parce que c’est Dieu qui nous parle à travers eux. Toutefois nous avons conscience qu’eux mêmes ne règlent pas forcément leur conduite sur les bons et beaux préceptes qu’ils enseignent et, en cela, gardons-nous bien de les imiter!

Les prêtres et les évêques, les membres du clergé régulier et séculier de l’Eglise instituée par Notre-Seigneur, sont aujourd’hui pour nous ceux qui « siègent dans la chaire de Moïse » et aux enseignements desquels nous avons le devoir d’être attentifs, dans la mesure – bien évidemment – où ce qu’ils enseignent est rigoureusement conforme à la doctrine traditionnelle – foi et morale – venue des Apôtres. Toutefois, nous savons bien que, comme les scribes et les pharisiens à l’époque de Notre-Seigneur, il s’en trouve parmi eux (pas tous fort heureusement!) dont la conduite n’est pas en accord avec ce qu’ils prêchent.

Et Jésus nous dit :
– Observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent et qui sont conformes à la Tradition venue des Apôtres, mais n’agissez pas selon leurs exemples…
– Ne claquez pas la porte de mon Eglise en disant : Ces « curés » sont tous des hypocrites et donc j’envoie aussi promener tout ce qu’ils m’ont appris!
– Sachez faire la bonne distinction entre l’homme, avec ses défauts et ses péchés, et la fonction dont il est investi malgré sa faiblesse…
– Respectez la hiérarchie légitime, car c’est Moi qui l’ai établie. Elle porte Mon autorité et c’est Ma parole qu’elle vous transmet.
– Toutefois soyez sans illusion à propos des personnes : gardez-vous d’idéaliser tel prêtre, tel moine, tel évêque car – quelque saints qu’ils puissent paraître – même les meilleurs d’entre eux restent des hommes faillibles et pécheurs… tout comme vous-mêmes.
– Au jour du jugement, il leur sera demandé davantage, parce qu’ils ont reçu de Moi une mission qui exige d’eux une vraie cohérence entre leurs paroles et leurs actes.
– Je ne vous demande pas d’être aveugles : gardez votre lucidité et faites la part des choses entre ce qui vient de Moi et ce qui vient de leur fragilité…
– Mettez en pratique la Foi authentique qu’ils sont chargés de transmettre, et laissez-moi – à Moi et à Moi seul – le soin de faire justice quand l’heure sera venue!
– Il y avait parmi les pharisiens des hommes justes et droits : Nicodème et Joseph d’Arimathie par exemple… Il y a aujourd’hui dans mon Eglise des religieux, des prêtres et des évêques qui s’efforcent de faire correspondre leur vie à leur enseignement : même s’ils ne vous paraissent pas être les plus nombreux (« Le bien fait peu de bruit » dit Saint François de Sales) et même si le comportement de certains autres de mes ministres est véritablement scandaleux (et là, les médias se chargent de « faire de la pub » à ce genre de comportements), gardez la Foi et ne vous laissez pas aller au découragement. C’est en Moi et non en mes ministres qu’il faut croire.
– Il y a eu un traître parmi mes Apôtres. Comme aux autres je lui avais donné le pouvoir de chasser les démons et de faire des miracles : cela ne l’a pas empêché de devenir « fils de la perdition ». Mais surtout cela ne m’a pas empêché, Moi, d’aller jusqu’au bout de la mission que le Père céleste m’avait confiée, par amour pour vous. Il y a des traitres aujourd’hui encore parmi les successeurs de mes Apôtres, souffrez de leurs trahisons comme Mon Coeur a souffert de la trahison de Judas, mais que cela ne vous empêche pas de de rester fidèles aux grâces que le Père vous a données et vous donne encore à travers Moi!
– Exercez votre discernement… c’est bien là que je vous demande de marcher sur un fil sans vous casser la figure! Respectez la fonction hiérarchique et obéissez à ses enseignements légitimes (parce que si on demande de vous une obéissance pour des choses qui ne sont pas conformes à la Loi divine et à la discipline de l’Eglise, il y a abus de pouvoir et sur ces points-là vous ne devez pas obéir!), mais ne laissez pas les erreurs et/ou les fautes manifestes par lesquelles « ils » vous scandalisent ébranler votre Foi, votre Espérance et votre Charité!
– Quelque légitime que soit votre indignation, quelque douloureux que puisse être le constat de leurs trahisons ou de leurs indignités, c’est en Moi et non en l’homme que vous devez placer votre confiance
– Est-ce que tu pries suffisamment pour les prêtres, pour les religieux, pour les évêques? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres quelques sacrifices pour qu’ils soient fidèles et saints? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres vraiment des sacrifices pour avoir d’authentiques, solides et saintes vocations sacerdotales et religieuses?

Frère Maximilien-Marie.

2010-8. De la pieuse mémoire d’Andreas Hofer, le « Chouan du Tyrol », au jour anniversaire de sa mort héroïque.

- 20 février 1810 -

En 1805, par le traité de Presbourg, consécutif aux défaites d’Ulm et d’Austerlitz, l’Autriche fut contrainte de céder le Tyrol au jeune royaume de Bavière, totalement soumis à la tyrannie napoléonienne.

Les anciens droits des Tyroliens furent alors annulés par les Bavarois, qui exigeaient – entre autres – que les jeunes gens effectuent un service militaire de six ans dans les armées de celui auquel on n’a pas sans raison donné le surnom d’ «ogre corse». Les coutumes des Tyroliens et leurs pratiques religieuses étaient menacées : en particulier les pèlerinages, les processions et les manifestations extérieures de la foi furent interdits.

Le mécontentement de cette population si fortement ancrée dans la religion catholique et si attachée à la Maison de Habsbourg alla croissant et entraina en 1809 un mouvement de résistance armée, comparable à celui qui avait soulevé les provinces de l’ouest de la France en 1793. La figure centrale en fut un habitant de la vallée du Passeiertal, au Tyrol du Sud, Andreas Hofer.

Destin hors du commun que celui de ce paysan-aubergiste, robuste père de famille, simple et pieux, dont la figure n’est pas sans rappeler celle de Jacques Cathelineau.

Andreas Hofer

Andreas Hofer, homme de foi et de détermination héroïque.

Devenu par nécessité régent du Tyrol au nom des Habsbourg, en entraînant ses montagnards au cri de « Pour Dieu, l’Empereur et la Patrie », Andreas Hofer a pris place parmi les plus grands héros de la résistance catholique contre l’impiété révolutionnaire, car Napoléon ne fut jamais rien d’autre que « la révolution couronnée ».

On doit à Jean Sévillia une magnifique biographie de ce « Chouan du Tyrol » : son livre raconte une épopée passionnante et révèle un personnage malheureusement encore trop méconnu en France.
Ce récit, clair et rigoureux, renverse le mythe officiel de la « France libératrice de l’Europe ».

2010-8. De la pieuse mémoire d'Andreas Hofer, le

Les troupes franco-bavaroises du maréchal Lefèbvre et du prince Eugène de Beauharnais, sous-estimant totalement ces « péquenauds », subirent de cuisantes défaites. Elles étaient habituées à des combats ouverts sur les champs de bataille et furent déroutées par cette guérilla populaire. Les Tyroliens combattaient avec ce dont ils disposaient : fourches, faux, fusils de chasse… Leur courage était galvanisé par le soutien massif des religieux.

Par trois fois, le puissant ennemi se fit repousser de la province alpine, mais le destin du Tyrol se jouait bien loin de là, sur les champs de bataille européens et à la table des conférences de paix. A la fin de l’année 1809, alors que bien des insurgés avaient été tués, que des centaines de villages et de fermes avaient été réduits en cendre, que la famine et la misère régnaient sur le Tyrol, ces héroïques chouans durent rendre les armes. Andreas Hofer, trahi par un voisin, fut livré aux troupes françaises et emprisonné à Mantoue au début de l’année 1810.

Arrestation d'Andreas Hofer

Arrestation d’Andreas Hofer

Andreas Hofer emmené pour être fusillé

Andreas Hofer emmené pour être fusillé

On raconte que Napoléon donna l’ordre d’un « juste procès avant de le descendre » : ce trait est bien dans le style de ce dictateur – qu’on se souvienne de l’exécution du duc d’Enghien – même si plus tard il prétendra auprès de Metternich qu’Hofer avait été exécuté, contre sa décision. Andreas Hofer fut fusillé par les français le 20 février 1810

Des monuments honorent la mémoire d’Andreas Hofer aux quatre coins du Tyrol. L’un des plus importants se situe au Bergisel, proche d’Innsbruck, lieu d’une importante victoire.

Monument d'Andreas Hofer à Innsbruck (Bergisel)

En 1823, les restes d’Andreas Hofer furent ramenés à Innsbruck et reposent depuis lors, dans l’attente de la résurrection, dans « l’église de la Cour » (Hofkirche), parfois nommée l’église « des bonshommes noirs » ou des franciscains.

La mémoire d’Andreas Hofer fut honorée comme celle d’un martyr au Tyrol et en Autriche. Son nom devint une sorte de point de ralliement contre le pouvoir de Napoléon.
Le chant « Zu Mantua in Banden » (« Emprisonné à Mantoue ») qui retrace la mort du héros, est devenu l’hymne du Tyrol. La fête du Sacré-Coeur de Jésus, dont les résistants à Napoléon arboraient l’image sur la poitrine, est depuis lors la grande fête de cette province qui reconnaît en Andreas Hofer une sorte d’incarnation de ses sentiments de foi et de patriotisme.

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Nous ne pouvions laisser passer le bicentenaire de l’exécution de ce héros catholique sans en faire mention ici.

Lully.

Armoiries du Tyrol

Armoiries du Tyrol

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 18 février, 2010 |11 Commentaires »

2010-5. « Nul n’est de trop dans l’Eglise »!

Samedi 13 février 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Nous arrivons au dimanche de la Quinquagésime, le troisième du cycle de la préparation lointaine aux fêtes pascales : dans l’Evangile de ce dimanche, nous entendons Notre-Seigneur Jésus-Christ annoncer solennellement sa Passion « Voici que nous montons à Jérusalem où se réalisera tout ce que les prophètes ont annoncé au sujet du Fils de l’homme… » (Luc XVIII, 31). Dans trois jours nous allons entrer solennellement en Carême, recevoir les cendres et commencer le grand jeûne préparatoire à la solennité de Pâques.

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Ne l’oubliez pas, Chlôris et moi-même sommes des chats monastiques : avec l’aide de Frère Maximilien-Marie, nous méditons sur les Saintes Ecritures et sur les écrits des Pères de l’Eglise, nous lisons la vie et les écrits des Saints et nous étudions les magnifiques enseignements doctrinaux et spirituels dispensés par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI.

Il y a trois dimanches, l’entrée dans le temps de la Septuagésime nous a permis d’entendre à nouveau la proclamation de la parabole des ouvriers de la onzième heure (Matth. XX 1-16) : en la relisant cette année, j’ai été plus particulièrement touché par cette miséricorde du « Maître de la vigne » qui veut partager largement ses richesses de grâces et le trésor de son Coeur : pour cela  Il ne veut laisser aucun ouvrier sans emploi, aucune compétence ou bonne volonté hors de sa vigne.

La vigne est le symbole de l’Eglise ; aussi cette parabole – au vu des circonstances actuelles – m’a rappelé un passage du discours que le Souverain Pontife a prononcé à Lourdes le 14 septembre 2008 devant l’ensemble des évêques de France :

« Le culte liturgique est l’expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l’enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l’Église. J’ai été amené à préciser, dans le motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d’exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d’utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j’espère que l’indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n’est de trop dans l’Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s’y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l’honneur et de la confiance qu’Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d’être des serviteurs de l’unité! »

« Nul n’est de trop dans l’Eglise » : cette toute petite phrase est lourde de sens ; elle montre à l’évidence (car ce n’est évidemment pas par hasard que le Pape l’a placée dans cette partie de son discours) que le Saint-Père est au fait des difficultés rencontrées par les fidèles catholiques qui demandent l’application du motu proprio « Summorum Pontificum cura ».

Benoît XVI sait que des tracasseries sans nombre sont très souvent opposées par les autorités diocésaines aux catholiques qui sont simplement désireux de bénéficier en France, en toute sérénité, de la pleine et simple application des directives du Chef de l’Eglise Catholique. Benoît XVI sait bien que ce qu’il a généreusement et largement accordé à tous les fidèles et à tous les prêtres se trouve trop souvent empêché par ceux qui n’ont normalement pas le pouvoir de restreindre les dispositions qu’il a lui-même établies, et qui – de ce fait – sont coupables d’abus de pouvoir.

Malgré les paroles qui leur ont été adressées de manière très claire par notre Saint-Père le Pape à Lourdes, nous ne pouvons que constater – ce sont des faits bruts, sans commentaires : ils parlent d’eux-mêmes – qu’une majorité de prêtres et d’évêques, au lieu de se comporter en « serviteurs de l’unité », s’enferre dans une attitude d’exclusion et de rejet d’une partie des fidèles, auxquels les qualificatifs les plus péjoratifs sont attribués. Ils sont maintenus dans des conditions de parias et des traitements parfois fort discourtois, voire rudes leur sont réservés… On a bien vu récemment comment le Cardinal Archevêque de Paris a fait envoyer trois cars de CRS afin d’expulser d’une église parisienne une vingtaine de fidèles venus rencontrer leur curé pour lui demander la célébration d’une Sainte Messe tridentine dans la paroisse, et qui attendaient l’entretien promis par le curé en récitant leur chapelet!…

Ces prêtres et évêques qui sont souvent irrités qu’on leur donne leurs titres normaux de « Monsieur l’Abbé », de « Monsieur le Curé » et de « Monseigneur » et qui voudraient qu’on les appelle « Père », manifestent tout autre chose que de la sollicitude paternelle : ils se comportent en vérité comme des garde-chiourmes bornés et sans coeur, au service d’une idéologie mortifère qui n’a rien à voir avec l’Evangile ni avec un authentique souci du bien des âmes!

La réalité qui est en effet encore malheureusement au coeur d’un grand nombre d’ecclésiastiques français, est une espèce de néo-gallicanisme moderniste. Loin de travailler à cette « indispensable pacification des esprits » que le Souverain Pontife désirait voir s’établir partout, les apparatchiks diocésains, malgré leurs paroles lénifiantes et leurs slogans ronflants contre l’exclusion et l’accueil de ceux qui sont différents, sont coutumiers de la discrimination et du rejet de tout ce qui n’entre pas dans les cadres d’une prétendue pastorale qui refuse de se remettre en question. Et pourtant : « Nul n’est de trop dans l’Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s’y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. »

Après avoir trahi et détourné le second concile du Vatican, après avoir semé le doute sur les vérités révélées, « ils » ont – conséquence rigoureusement logique – détruit l’enseignement religieux, ruiné la liturgie, vidé les sacrements de leur finalité, fait fuir les paroissiens, désertifié leurs églises, fermé les séminaires et les couvents… etc. Ils règnent sur un champ de ruines et ils ont cependant l’air très content d’eux puisqu’ils claironnent (est-ce un aveuglement volontaire ou de la pure bêtise?) – devant des assemblées clairsemées dans lesquelles dominent largement les cheveux blancs – que leur « église n’a jamais été aussi belle et dynamique »!!! Mais en réalité « leur église » n’est plus l’Eglise Catholique Romaine : s’ils occupent de fait les postes qui sont normalement ceux du clergé catholique, leurs coeurs et leurs intelligences sont en situation d’opposition et de schisme avec le Siège Apostolique du successeur de Saint Pierre ; ils ont réussi à détourner de la véritable Foi catholique les quelques braves personnes qui restent encore dans leurs paroisses et qui, sans qu’elles en aient vraiment conscience, n’ont plus qu’une adhésion vague et floue aux dogmes les plus fondamentaux tels que la Sainte Trinité, la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’inspiration des Saintes Ecritures, la Rédemption, la Transubstantiation et la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie… etc.

L’épître de ce dimanche de la Quinquagésime reprend les 13 premiers versets du chapitre XIII de la première épître aux Corinthiens, que l’on appelle souvent « hymne à la charité ». Il ne peut pas y avoir de charité sans vérité, tout comme il n’y a pas de vérité sans charité. Si, en lisant ce que j’écris, il peut vous sembler que mes griffes de petit félin sont un peu trop acérées, vous vous méprenez profondément : comprenez bien qu’il n’y a dans mon coeur ni amertume ni aucune forme de méchanceté mais seulement un zèle nourri pour cette Eglise Catholique que j’aime et dans laquelle je voudrais qu’en vérité et en actes – plus qu’en beaux discours et en faux-semblants – soient effectives les paroles de l’Apôtre des Nations : « La charité est patiente, elle est bénigne, la charité n’est point envieuse, elle ne commet point d’indélicatesse, elle ne s’enfle pas, elle n’est pas ambitieuse, elle ne recherche pas son propre intérêt, elle ne s’irrite point, elle ne pense pas le mal, elle ne met pas sa joie dans l’iniquité mais elle se réjouit dans la vérité : elle souffre tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout ».

Aussi ne puis-je que conclure ces lignes par cette courte prière qui résume toutes mes aspirations et mes espérances : « Mon Dieu, faites l’unité des esprits dans la Vérité et l’union des coeurs dans la Charité! »

Lully.

2010-2. Ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation et 15ème anniversaire de l’affiliation de Frère Maximilien-Marie à l’Ordre de la Visitation.

Saint François de Sales et les premières Mères de la Visitation

6 juin 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Au soir de la fête de Saint François de Sales, 29 janvier 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous sommes dans les derniers jours du mois de janvier  et c’est la fin de la période des vœux ; mais les voeux que nous avons formés pour vous, en commençant la nouvelle année civile, étaient – bien plus que des souhaits conventionnels – des prières à votre intention et à vos intentions, déposées dans le Cœur de Jésus et Marie.

Les prières, qui sont faites pour vous au Mesnil-Marie, vous le savez bien, ne se limitent pas au « temps des vœux » mais se continuent quotidiennement tout au long de l’année.
Frère Maximilien-Marie aime tout particulièrement citer un aphorisme de son cher maître (il lui donne volontiers ce nom en raison du rôle très important qu’il a joué dans l’éveil de sa pensée et dans le développement de sa vie spirituelle), Gustave Thibon
(cf. ici), qui dans son style d’une incomparable et profonde concision a admirablement exprimé ce qui est au plus profond de la vie religieuse :  « Prière. – Je prie pour vous – cela ne signifie pas que je prononce de temps en temps quelques paroles en pensant à vous ; cela signifie que je me sens responsable de vous dans ma chair et dans mon âme, que je vous porte en moi comme une mère porte son enfant, que je veux partager, et non seulement partager, mais attirer entièrement sur moi tout le mal, toute la douleur qui vous menacent et que j’offre à Dieu toute ma nuit pour qu’il vous la rende en lumière. »

L’année civile est déjà bien entamée ; l’année liturgique l’avait précédée d’un mois (cf. > ici); et voici que nous venons de commencer encore une autre nouvelle année : une année jubilaire instituée par la Sainte Eglise en l’honneur du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation Sainte Marie.

C’est en effet le 6 juin 1610, qui était cette année-là le dimanche de la Sainte Trinité, que Saint François de Sales introduisit Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal et ses deux premières compagnes dans la petite maison, dite de « la Galerie », en bordure du lac d’Annecy, et leur fit inaugurer la vie communautaire sous la Règle de Saint Augustin.

A l’occasion de ce quatrième centenaire, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, par un décret de la Pénitencerie Apostolique signé le 17 septembre 2008, a accordé aux moniales Visitandines et à tous les fidèles qui visiteront les églises des monastères de la Visitation le don de l’indulgence plénière à certaines dates et aux conditions habituelles :

Décret de la Pénitencerie Apostolique pour l'année jubilaire de la fondation de l'Ordre de la Visitation

L’année jubilaire de la Visitation a commencé le dimanche 24 janvier (jour de la fête de Saint François de Sales dans le calendrier réformé du rite romain publié en 1969) dans tous les monastères de l’Ordre – mais très particulièrement à Annecy – et elle prendra fin le  13 décembre prochain (jour anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal).

Bien évidemment, au Mesnil-Marie nous nous associons de tout notre cœur à la joie de ce jubilé parce que nous sommes reliés d’une manière spéciale à l’Ordre de la Visitation et à la spiritualité de « notre bienheureux père Saint François de Sales ». En effet, Frère Maximilien-Marie est affilié à l’Ordre de la Visitation – c’était d’ailleurs aujourd’hui même le quinzième anniversaire de son affiliation - et l’oeuvre du Refuge Notre-Dame de Compassion s’inscrit dans la volonté de réaliser en nos temps, à notre très modeste mesure, le désir que Saint François de Sales avait de voir une communauté religieuse masculine vivant de l’esprit de la Visitation.

Qu’est ce que l’affiliation à l’Ordre de la Visitation ?

C’est une pratique qui remonte au temps même de Sainte Jeanne de Chantal.
L’Ordre de la Visitation n’a pas de tiers ordre – comme en ont les franciscains ou les carmes -, mais les moniales peuvent proposer à des prêtres, à des religieux, et parfois même à des laïcs, d’entrer dans la famille spirituelle de Saint François de Sales et de Sainte Jeanne de Chantal en se liant à l’Ordre par un lien spirituel privilégié. Cela correspond à un engagement réciproque, préparé par six mois de « quasi noviciat » sous la direction de l’une des supérieures, marqué par la réception de la croix d’argent que portent les Visitandines et consigné dans les registres du monastère.

Je vous retranscris ici le dialogue qui eut lieu le dimanche 29 janvier 1995 dans la chapelle du monastère de la Visitation de Chartres, à l’issue des vêpres et avant la bénédiction du Très Saint-Sacrement :

La Supérieure : Mon Frère, que demandez-vous de notre monastère?

Frère Maximilien-Marie : La faveur d’être affilié à sa vie spirituelle en me mettant à l’école des enseignements de Saint François de Sales pour devenir une âme vraiment apostolique.

La Supérieure : C’est avec joie que la Communauté accueille votre démarche. « Que ce jour soit donc pour vous un jour de salut et cette heure une heure de bénédiction » (Saint François de Sales).

Engagement : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Moi, Frère Maximilien-Marie, je m’offre entièrement à Dieu et Lui promets devant la Bienheureuse Vierge Marie, les Saints Fondateurs de la Visitation Sainte-Marie et tous les Saints, de mener une vie conforme à l’Evangile, éclairée par les enseignements de Saint François de Sales.

La Supérieure : Recevez, mon Frère, la Croix de l’Ordre de la Visitation, qu’elle soit comme un sceau sur votre cœur, afin qu’avec le Christ Jésus vous puissiez régner un jour dans Son Royaume avec la Très Sainte Vierge Marie, nos Saints Fondateurs et vos Saints Protecteurs. Cette Croix est le signe visible de la communion spirituelle qui s’établit en ce jour entre vous et les membres de la Communauté.

Avec Chlôris, nous avons fouillé dans les albums photos et, si nous n’avons pas trouvé de cliché du jour même de cette affiliation, nous avons néanmoins découvert une photo qui date du mois d’octobre 1994, au temps où Frère Maximilien-Marie allait presque tous les samedis au monastère de Chartres pour y recevoir les enseignements des Mères  le préparant à cette affiliation. La photo a été prise dans le grand cloître du monastère en compagnie de la Mère Supérieure et de la Mère Assistante.

Frère Maximilien-Marie à la Visitation de Chartres en novembre 1994

Tout au long des mois qui viennent, cette année jubilaire nous donnera donc l’occasion d’approfondir certains points de la spiritualité  de Saint François de Sales et de la Visitation. En attendant, je vous souhaite à tous, chers Amis du Mesnil-Marie, de participer par beaucoup de grâces aux fruits de cette année jubilaire et je conclus par ces paroles que j’emprunte à Saint François de Sales :

 » Dieu vous bénisse de sa grande bénédiction ; c’est le continuel et invariable souhait de ce cœur qui est vôtre en Jésus-Christ ».

Lully. 

Blason de l'ordre de la Visitation

Armoiries de la Visitation.

Pour prier Notre-Dame avec Saint François de Sales > ici.

Comment St François de Sales et Ste Jeanne de Chantal furent amenés à fonder l’Ordre de la Visitation > ici, et récit de l’ouverture du premier monastère de la Visitation > ici.

2010-1. « Les racines de la situation qui est sous les yeux de tous, sont d’ordre moral et la question doit être affrontée dans le cadre d’un grand effort d’éducation, afin de promouvoir un changement effectif des mentalités et d’établir de nouveaux modes de vie. » (Benoît XVI)

Bonne et sainte année 2010 !

* * * * * * *

Lundi 11 janvier 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Ce matin même, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a  reçu  pour la traditionnelle cérémonie des voeux l’ensemble du corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège. Cet évènement est toujours l’occasion pour le pape de revenir sur les moments principaux de l’année qui vient de s’écouler et de dresser un bilan sur la situation internationale. C’est aussi à l’occasion de ce discours que je veux vous présenter mes voeux  fervents et amicaux pour l’année qui vient de commencer : tous les passages de ce long texte sont importants et requièrent de nous une attention filiale.

En vous souhaitant, selon la formule traditionnelle, une « Bonne et heureuse année« , je souhaite que chacun d’entre nous prenne toujours davantage conscience de l’importance qu’il a aux yeux de Dieu et de l’urgence qu’il en découle de vivre en pleine correspondance avec le plan du Créateur : notre bonheur et notre épanouissement personnel en dépendent comme en dépendent ceux de toute l’humanité.  La paix intérieure, la joie du coeur, la santé de l’âme et du corps, l’harmonie des rapports entre les hommes dans nos familles, à l’intérieur des Etats et dans les relations internationales : tout se tient! Je vous encourage à approfondir le message très fort, même avec l’onction de la diplomatie ecclésiastique, dans lequel le Souverain Pontife « épingle » le relativisme occidental destructeur et l’appel, qui s’adresse à chacun de nous, à renouveler nos mentalités et nos modes de vie…

Avec l’assurance de ma prière fidèle et amicale, in Corde Iesu et Mariae.

frère Maximilien-Marie.

2010-1.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Cette rencontre traditionnelle du début de l’année, deux semaines après la célébration de la naissance du Verbe incarné, est pour moi une grande joie. Comme nous l’avons proclamé dans la liturgie : « Dans le mystère de la Nativité, celui qui par nature est invisible se rend visible à nos yeux ; engendré avant le temps, Il entre dans le cours du temps. Faisant renaître en Lui la création déchue, Il restaure toute chose » (2ème préface de la Nativité). A Noël, nous avons donc contemplé le mystère de Dieu et celui de la création : par l’annonce des anges aux bergers, nous est parvenue la bonne nouvelle du salut de l’homme et du renouvellement de tout l’univers. C’est pourquoi, dans le Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix de cette année, j’ai invité toutes les personnes de bonne volonté, à qui les anges ont promis justement la paix, à protéger la création. Et c’est dans le même esprit que je suis heureux de saluer chacun d’entre vous, en particulier ceux qui sont présents pour la première fois à cette cérémonie. Je vous remercie vivement pour les vœux dont s’est fait l’interprète votre doyen, Monsieur l’Ambassadeur Alejandro Valladares Lanza, et vous redis combien j’apprécie la mission que vous accomplissez près le Saint-Siège. Par votre entremise, je désire faire parvenir de cordiales salutations et des souhaits de paix et de bonheur aux Autorités et à tous les habitants des pays que vous représentez dignement. Ma pensée s’étend aussi à toutes les autres nations de la terre : le Successeur de Pierre tient sa porte ouverte à tous et désire entretenir avec tous des relations qui contribuent au progrès de la famille humaine. Depuis quelques semaines, de pleines relations diplomatiques ont été établies entre le Saint-Siège et la Fédération de Russie, c’est là un motif de profonde satisfaction. De même, a été très significative la visite que m’a faite récemment le Président de la République Socialiste du Vietnam, pays cher à mon cœur, où l’Eglise célèbre sa présence multiséculaire par une Année jubilaire. Dans cet esprit d’ouverture, au cours de l’année 2009, j’ai reçu de nombreuses personnalités politiques venant de divers pays ; j’ai aussi visité certains d’entre eux et je me propose à l’avenir, dans la mesure du possible, de continuer à le faire.

L’Eglise est ouverte à tous parce que, en Dieu, elle existe pour les autres ! Elle participe donc intensément au sort de l’humanité qui, en cette année à peine commencée, apparaît encore marquée par la crise dramatique qui a frappé l’économie mondiale, provoquant une instabilité sociale grave et diffuse. Dans l’Encyclique « Caritas in Veritate », j’ai invité à rechercher les racines profondes de cette situation : en dernière analyse, elles résident dans une mentalité courante égoïste et matérialiste, oublieuse des limites inhérentes à toute créature. Aujourd’hui, je voudrais souligner que cette même mentalité menace également la création. Chacun de nous pourrait citer, probablement, un exemple des dommages qu’elle provoque à l’environnement, partout dans le monde. J’en cite un, parmi tant d’autres, dans l’histoire récente de l’Europe : il y a vingt ans, quand tomba le mur de Berlin et quand s’écroulèrent les régimes matérialistes et athées qui avaient dominé pendant plusieurs décennies une partie de ce continent, n’a-t-on pas pu prendre la mesure des profondes blessures qu’un système économique privé de références fondées sur la vérité de l’homme avait infligé non seulement à la dignité et à la liberté des personnes et des peuples, mais aussi à la nature, avec la pollution du sol, des eaux et de l’air ? La négation de Dieu défigure la liberté de la personne humaine, mais dévaste aussi la création. Il s’ensuit que la sauvegarde de la création ne répond pas principalement à une exigence esthétique, mais bien davantage à une exigence morale, car la nature exprime un dessein d’amour et de vérité qui nous précède et qui vient de Dieu.

C’est pourquoi je partage la préoccupation majeure que causent les résistances d’ordre économique et politique à la lutte contre la dégradation de l’environnement. Il s’agit de difficultés qui ont pu être constatées encore dernièrement, lors de la 15ème Session de la Conférence des Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui s’est tenue à Copenhague du 7 au 18 décembre dernier. Je souhaite que dans le courant de cette année, d’abord à Bonn, et puis à Mexico, il soit possible de parvenir à un accord pour affronter cette question de façon efficace. Il s’agit d’un enjeu d’autant plus important qu’il en va du destin même de certaines nations, en particulier certains Etats insulaires.

Il convient, toutefois, que cette attention et cet engagement pour l’environnement soient bien ordonnés dans l’ensemble des grands défis qui se posent à l’humanité. Si l’on veut construire une vraie paix, comment serait-il possible de séparer, ou même d’opposer, la protection de l’environnement et celle de la vie humaine, y compris la vie avant la naissance ? C’est dans le respect que la personne humaine a d’elle-même que se manifeste son sens de la responsabilité pour la création. Car, comme saint Thomas d’Aquin l’enseigne, l’homme représente ce qu’il y a de plus noble dans l’univers (cf. Summa Theologiae, I, q. 29, a.3). En outre, et je l’ai rappelé lors du récent Sommet mondial de la FAO sur la Sécurité alimentaire, « la terre est en mesure de nourrir tous ses habitants » (Discours du 16 novembre 2009, n. 2), pourvu que l’égoïsme ne conduise pas à l’accaparement par quelques-uns des biens destinés à tous !

Je voudrais souligner encore que la sauvegarde de la création implique une gestion correcte des ressources naturelles des pays et, en premier lieu, de ceux qui sont économiquement défavorisés. Ma pensée va au continent africain, que j’ai eu la joie de visiter au mois de mars dernier, lors de mon voyage au Cameroun et en Angola, et auquel ont été consacrés les travaux de la récente Assemblée spéciale du Synode des Evêques. Les Pères synodaux ont signalé avec préoccupation l’érosion et la désertification de grandes étendues de terre cultivable, à cause de la surexploitation et de la pollution de l’environnement (cf. Propositio 22). En Afrique, comme ailleurs, il est nécessaire d’adopter des choix politiques et économiques qui assurent « des formes de production agricole et industrielle respectueuses de l’ordre de la création et satisfaisantes pour les besoins essentiels de tous » (Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix 2010, n. 10).

Comment oublier, d’autre part, que la lutte pour l’accès aux ressources naturelles est l’une des causes de plusieurs conflits, entre autres en Afrique, ainsi que la source d’un risque permanent dans d’autres cas ? C’est aussi pour cette raison que je répète avec force que, pour cultiver la paix, il faut protéger la création ! Par ailleurs, il y a encore de vastes étendues, par exemple en Afghanistan ou en certains pays de l’Amérique Latine, où malheureusement l’agriculture est encore liée à la production de drogue, et où elle constitue une source non négligeable d’emploi et de subsistance. Si on veut la paix, il faut préserver la création par la reconversion de telles activités et je voudrais demander, une fois encore, à la communauté internationale de ne pas se résigner au trafic de la drogue et aux graves problèmes moraux et sociaux que celle-ci engendre.

Oui, Mesdames et Messieurs, la protection de la création est un facteur important de paix et de justice ! Parmi les nombreux défis qu’elle lance, l’un des plus graves est celui de l’augmentation des dépenses militaires ainsi que du maintien et du développement des arsenaux nucléaires. D’énormes ressources économiques sont absorbées à ces fins, alors qu’elles pourraient être destinées au développement des peuples, surtout des plus pauvres. C’est pourquoi j’espère fermement que, lors de la Conférence d’examen du Traité de non prolifération des armes nucléaires, qui se tiendra au mois de mai prochain à New York, soient prises des décisions efficaces en vue d’un désarmement progressif, visant à libérer la planète des armes nucléaires. Plus généralement, je déplore que la production et l’exportation des armes contribuent à perpétuer conflits et violences, comme au Darfour, en Somalie ou en République Démocratique du Congo. A l’incapacité des parties directement impliquées à s’extraire de la spirale de violence et de douleur engendrée par ces conflits, s’ajoute l’apparente impuissance des autres pays et des Organisations internationales à ramener la paix, sans compter l’indifférence quasi résignée de l’opinion publique mondiale. Il n’est pas besoin de souligner combien de tels conflits endommagent et dégradent l’environnement. Comment, enfin, ne pas mentionner le terrorisme, qui met en danger tant de vies innocentes et provoque une anxiété diffuse ? En cette circonstance solennelle, je voudrais renouveler l’appel que j’ai lancé le 1er janvier, lors de la prière de l’Angelus, à ceux qui font partie de groupes armés, quels qu’ils soient, afin qu’ils abandonnent la voie de la violence et ouvrent leur cœur à la joie de la paix.

Les graves violences que je viens d’évoquer, associées aux fléaux de la pauvreté et de la faim, ainsi qu’aux catastrophes naturelles et à la destruction de l’environnement, contribuent à grossir les rangs de ceux qui abandonnent leur propre terre. Face à un tel exode, je désire exhorter les Autorités civiles, intéressées à divers titres, à œuvrer avec justice, solidarité et clairvoyance. En particulier, je voudrais mentionner ici les Chrétiens du Moyen-Orient. Assaillis de diverses manières, jusque dans l’exercice de leur liberté religieuse, ils quittent la terre de leurs pères, où se développa l’Eglise des premiers siècles. C’est pour leur apporter un soutien et pour leur faire sentir la proximité de leurs frères dans la foi que j’ai convoqué pour l’automne prochain l’Assemblée spéciale du Synode des Evêques sur le Moyen-Orient.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, je n’ai évoqué jusqu’ici que quelques aspects liés à la problématique de l’environnement. Cependant, les racines de la situation qui est sous les yeux de tous, sont d’ordre moral et la question doit être affrontée dans le cadre d’un grand effort d’éducation, afin de promouvoir un changement effectif des mentalités et d’établir de nouveaux modes de vie. La communauté des croyants peut et veut y participer, mais, pour ce faire, il faut que son rôle public soit reconnu. Malheureusement, dans certains pays, surtout occidentaux, se diffuse parmi les milieux politiques et culturels, ainsi que dans les médias, un sentiment de peu de considération et parfois d’hostilité, pour ne pas dire de mépris, envers la religion, en particulier la religion chrétienne. Il est clair que si le relativisme est considéré comme un élément constitutif essentiel de la démocratie, on risque de ne concevoir la laïcité qu’en termes d’exclusion ou, plus exactement, de refus de l’importance sociale du fait religieux. Une telle approche, cependant, crée confrontation et division, blesse la paix, perturbe l’écologie humaine et, en rejetant par principe les attitudes différentes de la sienne, devient une voie sans issue. Il est donc urgent de définir une laïcité positive, ouverte, qui, fondée sur une juste autonomie de l’ordre temporel et de l’ordre spirituel, favorise une saine collaboration et un esprit de responsabilité partagée. Dans cette perspective, je pense à l’Europe, qui, avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, a ouvert une nouvelle phase de son processus d’intégration, que le Saint-Siège continuera à suivre avec respect et avec une attention bienveillante. Notant avec satisfaction que le Traité prévoit que l’Union européenne maintienne avec les Eglises un dialogue « ouvert, transparent et régulier » (art. 17), je forme des vœux afin que, dans la construction de son avenir, l’Europe sache toujours puiser aux sources de sa propre identité chrétienne. Comme je l’ai dit, durant mon voyage apostolique en République Tchèque, au mois de septembre dernier, celle-ci a un rôle irremplaçable « pour la formation de la conscience de chaque génération et la promotion d’un consensus éthique de base qui est utile à toute personne qui appelle ce continent ‘ma maison’ ! » (Rencontre avec les Autorités politiques et civiles et avec le Corps diplomatique, 26 septembre 2009).

Poursuivant notre réflexion, il est nécessaire de relever que la problématique de l’environnement est complexe ; on pourrait dire qu’il s’agit d’un prisme aux facettes multiples. Les créatures sont différentes les unes des autres et peuvent être protégées, ou au contraire mises en danger de diverses manières, comme nous le montre l’expérience quotidienne. Une de ces attaques provient des lois ou des projets qui, au nom de la lutte contre la discrimination, attentent au fondement biologique de la différence entre les sexes. Je me réfère, par exemple, à des pays européens ou du continent américain. « Si tu enlèves la liberté, tu enlèves la dignité », dit saint Colomban (Epist. N. 4 ad Attela, in S. Columbani Opera, Dublin, 1957, p. 34). Toutefois la liberté ne peut être absolue, parce que l’homme n’est pas Dieu, mais image de Dieu, sa créature. Pour l’homme, le chemin à suivre ne peut être fixé par l’arbitraire ou le désir, mais doit consister, plutôt, à correspondre à la structure voulue par le Créateur.

La sauvegarde de la création comporte aussi d’autres défis, auxquels on ne peut répondre que par la solidarité internationale. Je pense aux catastrophes naturelles, qui, durant l’année passée, ont semé morts, souffrances et destructions aux Philippines, au Vietnam, au Laos, au Cambodge et dans l’Ile de Taiwan. Comment ne pas rappeler aussi l’Indonésie et, plus près de nous, la région des Abruzzes frappées par des tremblements de terre dévastateurs ? Face à de tels événements, une généreuse assistance ne doit jamais manquer, parce que la vie même des créatures de Dieu est en jeu. Mais la sauvegarde de la création, en plus de la solidarité, a besoin aussi de la concorde et de la stabilité des Etats. Quand surgissent des divergences et des hostilités entre ces derniers, pour défendre la paix, ils doivent poursuivre avec ténacité la voie d’un dialogue constructif. C’est ce qui advint, il y a vingt-cinq ans, avec le Traité de Paix et d’Amitié entre l’Argentine et le Chili, conclu grâce à la médiation du Siège Apostolique. Il a porté d’abondants fruits de collaboration et de prospérité, qui ont profité, d’une certaine façon, à toute l’Amérique Latine. Dans cette même région du monde, je suis heureux du rapprochement que la Colombie et l’Equateur ont entrepris après plusieurs mois de tension. Plus près de nous, je me réjouis de l’entente conclue entre la Croatie et la Slovénie à propos de l’arbitrage relatif à leur frontière maritime et terrestre. Je me félicite également de l’Accord entre l’Arménie et la Turquie en vue de la reprise de relations diplomatiques, et je souhaite aussi qu’à travers le dialogue, les relations entre tous les pays du Caucase méridional s’améliorent. Durant mon pèlerinage en Terre Sainte, j’ai appelé de façon pressante les Israéliens et les Palestiniens à dialoguer et à respecter les droits de l’autre. Encore une fois, j’élève ma voix, afin que soit universellement reconnu le droit de l’Etat d’Israël à exister et à jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Et que, de même, soit reconnu le droit du Peuple palestinien à une patrie souveraine et indépendante, à vivre avec dignité et à se déplacer librement. Je voudrais, en outre, demander le soutien de tous, afin que soient protégés l’identité et le caractère sacré de Jérusalem, son héritage culturel et religieux, dont la valeur est universelle. Seulement ainsi, cette ville unique, sainte et tourmentée, pourra être signe et anticipation de la paix que Dieu désire pour toute la famille humaine. Par amour du dialogue et de la paix, qui sauvegardent la création, j’exhorte les gouvernants et les citoyens de l’Iraq à dépasser les divisions, la tentation de la violence et l’intolérance, pour construire ensemble l’avenir de leur pays. Les communautés chrétiennes veulent elles aussi y apporter leur contribution, mais pour cela il faut que leur soient assurés respect, sécurité et liberté. Ces derniers mois, le Pakistan a été aussi durement frappé par la violence et certains épisodes ont visé directement la minorité chrétienne. Je demande que tout soit fait afin que de telles agressions ne se renouvellent plus et que les chrétiens puissent se sentir pleinement intégrés dans la vie de leur pays. S’agissant des violences contre les chrétiens, je ne puis omettre de mentionner, par ailleurs, le déplorable attentat dont vient d’être victime la communauté copte égyptienne ces derniers jours, alors même qu’elle fêtait Noël. Concernant l’Iran, je souhaite qu’à travers le dialogue et la collaboration, soient trouvées des solutions communes, aussi bien au niveau national qu’au plan international. Au Liban, qui a surmonté une longue crise politique, je souhaite de continuer sur la voie de la concorde. J’espère que le Honduras, après un temps d’incertitude et d’agitation, s’achemine vers une normalité politique et sociale retrouvée. Et je souhaite qu’il en aille de même pour la Guinée et pour Madagascar, avec l’aide effective et désintéressée de la communauté internationale.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, au terme de ce rapide tour d’horizon, qui, à cause de sa brièveté, ne peut mentionner toutes les situations qui mériteraient de l’être, me reviennent à l’esprit les mots de l’Apôtre Paul, pour qui « la création tout entière crie sa souffrance » et « nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance » (Rom. 8, 22-23). Oui, il y a tant de souffrances dans l’humanité et l’égoïsme humain blesse la création de bien des façons. C’est pour cela que l’attente du salut, qui concerne toute la création, est encore plus intense et qu’elle est présente dans le cœur de tous, croyants et incroyants. L’Eglise indique que la réponse à cette aspiration est le Christ « premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre » (Col. 1, 15-16). Fixant sur Lui mon regard, j’exhorte toute personne de bonne volonté à œuvrer avec confiance et générosité pour la dignité et la liberté de l’homme. Que la lumière et la force de Jésus nous aident à respecter l’écologie humaine, conscients que l’écologie environnementale en trouvera aussi un bénéfice, car le livre de la nature est unique et indivisible ! C’est ainsi que nous pourrons consolider la paix, aujourd’hui et pour les générations à venir. Bonne année à tous !

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2009-36. Méditons devant la crèche avec la catéchèse de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI du 23 décembre :

L’avant veille de Noël, mercredi 23 décembre 2009, lors de sa catéchèse hebdomadaire donnée au cours de l’audience générale, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a rappelé l’historique et le sens spirituel de la représentation de la crèche, si chère à la tradition de nos pays occidentaux. Ce texte peut très utilement être repris et médité devant nos crèches domestiques.

Crèche du Mesnil-Marie, décembre 2009.

Chers frères et sœurs,

avec la neuvaine de Noël que nous célébrons ces jours-ci, l’Eglise nous invite à vivre de manière intense et profonde la préparation à la Naissance du Sauveur, désormais imminente. Nous avons tous dans le cœur le désir que la fête de Noël toute proche nous donne, dans l’activité frénétique de nos journées, une joie sereine et profonde qui nous fasse toucher du doigt la bonté de notre Dieu et nous remplisse d’un courage nouveau.

Pour faire mieux comprendre le sens de la Naissance du Seigneur, je voudrais évoquer rapidement l’origine historique de cette fête. En effet, l’année liturgique de l’Eglise s’est développée initialement non pas à partir de la naissance du Christ, mais de la foi en sa résurrection. Donc la plus ancienne fête chrétienne n’est pas Noël, mais Pâques ; la résurrection du Christ fonde la foi chrétienne, elle est à la base de l’annonce de l’Evangile et fait naître l’Eglise. Donc être chrétiens signifie vivre à la manière de Pâques, en nous laissant prendre par le dynamisme qu’a créé le Baptême et qui nous amène à mourir au péché pour vivre avec Dieu (cf. Romains 6, 4).

Le premier à affirmer clairement que Jésus est né le 25 décembre a été Hippolyte de Rome, dans son commentaire, écrit vers l’an 204, du livre du prophète Daniel. Par la suite certains exégètes ont noté que l’on célébrait ce jour-là la fête de la dédicace du temple de Jérusalem, instituée par Judas Macchabée en 164 avant J-C. La coïncidence des dates signifierait alors que c’est avec Jésus, apparu comme lumière de Dieu dans la nuit, que se réalise vraiment la consécration du temple, l’Avènement de Dieu sur cette terre.

Dans la chrétienté la fête de Noël a pris une forme définie au IVe siècle en remplaçant la fête romaine du « Sol invictus », le soleil invincible ; cela a mis en évidence le fait que la naissance du Christ est la victoire de la vraie lumière sur les ténèbres du mal et du péché.

Mais l’atmosphère spirituelle particulière et intense qui entoure Noël s’est développée au Moyen Age, grâce à saint François d’Assise, qui avait un profond amour pour l’homme Jésus, Dieu-avec-nous. Son premier biographe, Tommaso da Celano, raconte dans la « Vita seconda » que saint François « plus que toutes les autres fêtes, célébrait avec un soin ineffable la Naissance de l’Enfant Jésus, et appelait fête des fêtes le jour où Dieu, fait petit enfant, avait tété le sein d’une femme » (Fonti Francescane, 199, p. 492).

Cette dévotion particulière au mystère de l’incarnation est à l’origine de la fameuse célébration de Noël à Greccio. Elle fut probablement inspirée à saint François par son pèlerinage en Terre Sainte et par la crèche de Sainte-Marie-Majeure à Rome. Le Poverello d’Assise désirait expérimenter de manière concrète, vivante et actuelle l’humble grandeur de l’événement de la naissance de l’Enfant Jésus et d’en transmettre la joie à tous.

Dans sa première biographie, Tommaso da Celano parle de la nuit de la crèche de Greccio de manière vivante et touchante, offrant une contribution décisive à la diffusion de la plus belle tradition de Noël, celle de la crèche. La nuit de Greccio, a en effet redonné à la chrétienté l’intensité et la beauté de la fête de Noël, et a appris au peuple de Dieu à en percevoir le message le plus authentique, la chaleur particulière, et à aimer et adorer l’humanité du Christ.

Cette approche particulière de Noël a offert à la foi chrétienne une nouvelle dimension. Pâques avait concentré l’attention sur la puissance de Dieu qui triomphe de la mort, inaugure la vie nouvelle et apprend à espérer dans le monde à venir. Avec saint François et sa crèche, ce qui était mis en évidence, c’était l’amour désarmé de Dieu, son humilité et sa bonté, qui se manifestent aux hommes dans l’incarnation du Verbe pour leur enseigner une nouvelle façon de vivre et d’aimer.

Celano raconte que, dans cette nuit de Noël, François reçut la grâce d’une vision merveilleuse. Il vit, couché immobile dans la mangeoire, un petit enfant, qui fut tiré du sommeil justement par la présence de François. Et il ajoute: « Et cette vision n’était pas en désaccord avec les faits parce que, par sa grâce qui agissait à travers son saint serviteur François, l’Enfant Jésus fut ressuscité dans le cœur de beaucoup de gens qui l’avaient oublié et profondément gravé dans leur mémoire pleine d’amour » (Vita prima, Fonti Francescane, 86, p. 307).

Ce tableau décrit très précisément ce que la foi vivante et l’amour de François pour l’humanité du Christ ont transmis à la fête chrétienne de Noël : la découverte que Dieu se révèle dans les tendres membres de l’Enfant Jésus. Grâce à saint François, le peuple chrétien a pu percevoir qu’à Noël Dieu est vraiment devenu l’ »Emmanuel », le Dieu-avec-nous, dont nous ne sommes séparés par aucune barrière et aucune distance. En cet Enfant, Dieu est devenu si proche de chacun de nous, que nous pouvons le tutoyer et avoir avec lui un rapport de confiance et de profonde tendresse, comme avec un nouveau-né.

En effet Dieu-Amour se manifeste en cet Enfant : Dieu vient sans armes, sans force, parce qu’il ne veut pas conquérir de l’extérieur, pour ainsi dire, mais être accueilli par l’homme dans la liberté ; Dieu se fait Enfant désarmé pour vaincre l’orgueil, la violence, la soif de possession de l’homme. En Jésus, Dieu s’est fait pauvre et désarmant pour nous vaincre par l’amour et nous conduire à notre véritable identité. Nous ne devons pas oublier que le plus grand titre de Jésus-Christ est justement celui de « Fils », Fils de Dieu ; la dignité divine est indiquée par un mot qui prolonge la référence à l’humble situation de la mangeoire de Bethléem, tout en correspondant de manière unique à sa divinité, qui est la divinité du « Fils ».

Son état d’Enfant nous indique, de plus, comment nous pouvons rencontrer Dieu et jouir de sa présence. C’est à la lumière de Noël que nous pouvons comprendre ce qu’a dit Jésus : « Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’enterez pas dans le royaume des cieux » (Matthieu 18, 3). Celui qui n’a pas compris le mystère de Noël n’a pas compris l’élément décisif de la vie chrétienne. Celui qui n’accueille pas Jésus avec un cœur d’enfant ne peut entrer dans le royaume des cieux : c’est ce que François a voulu rappeler à la chrétienté de son temps et de tous les temps, jusqu’à aujourd’hui.

Prions le Père pour qu’il accorde à notre cœur cette simplicité qui reconnaît le Seigneur dans l’Enfant, comme François l’a fait à Greccio. Alors il pourrait nous arriver à nous aussi ce que Tommaso da Celano – se référant à l’expérience des bergers pendant la Sainte Nuit (cf. Luc 2, 20) – dit de ceux qui assistèrent à l’événement de Greccio : « Chacun d’eux rentra chez lui plein d’une joie ineffable » (Vita prima, Fonti Francescane, 86, p. 479).

C’est le voeu que je forme avec affection pour vous tous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers. Bon Noël à vous tous !

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