Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2011-9. De l’ « autel »(???) contemporain de la cathédrale de Viviers.

Lundi 24 janvier 2011.

Bien chers Amis,

Dans ma publication de samedi dernier (cf. > www), j’ai évoqué la figure du martyr Saint Vincent, et je vous ai expliqué qu’il était le céleste protecteur de la cathédrale et du diocèse de Viviers.

Avec la souveraine liberté qui caractérise les chats, je m’autorise aujourd’hui à publier sur mon blogue des réflexions que j’ai recopiées sur le « mur » facebook de Frère Maximilien-Marie après qu’il a publié, il y a déjà quelques mois, des photos qu’il avait faites pour présenter à ses amis, la belle cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

Parmi les trésors artistiques qu’elle renferme, il y a un splendide maître-autel du XVIIIème siècle, véritable merveille de marqueterie de marbre :

Maître-autel cathédrale Viviers

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Tous les amis de Frère Maximilien-Marie qui ont commenté cette photographie se sont unanimement extasiés sur l’élégance et la finesse de cette oeuvre d’art, bien propre à magnifier le Saint-Sacrifice de la Messe.

Il n’en a pas été de même avec la photo suivante présentant l’ « autel contemporain » placé à une date récente juste devant le maître-autel présenté ci-dessus. Je me contente seulement de vous recopier en dessous de la photo quelques uns des commentaires qui se sont immédiatement multipliés, dès que Frère Maximilien-Marie l’eût publiée – quelques uns seulement, car il eût été fastidieux de reprendre toutes les exclamations de surprise ou d’horreur qui sont à peu près dans les mêmes termes -  :

2011-9. De l'

(nota : les dimensions de la plaque de verre servant de table sont d’environ 80 x 50cm)

Charlotte : « Mon Dieu, que c’est laid!!!!!!!!!!!!!! Il serait plus à sa place dans un restau simili branché-branchouille que dans une église… »

Pedro : « Mais ceci ressemble plus à un socle ou à un guéridon qu’à un autel… »

Jérôme : « Un tronc d’arbre mal équarri sur lequel on a planté un tout petit Sacré-Coeur! »

Charlotte : « Je ne m’en remets pas tellement c’est moche… »

Cécile : « Mon Dieu, ça dépasse l’entendement et le bon goût… Pauvre Sacré-Coeur !!! »

Nicolas :  « Ikea fait des autels maintenant??? Ils sont forts ces Suédois quand même… Ou alors c’est le syndicat des bûcherons locaux qui l’a offert… Ridicule! »

Charlotte : « Une question : A part y poser un bol avec des fraises tagada ou des chips pour l’apéro, il n’y a même pas de place sur ce… truc ??? »

Cécile : « Ça tombe bien, je cherchais une table moderne de ce genre pour mon ordinateur… Je reprends !!

Pierre-Antoine : « Absurde et insignifiant. A l’image du catholicisme moderniste : un vieux morceau de bois qui n’intéresse plus personne. »

Nicolas : « On dirait même un billot d’exécution qu’on a redressé sur un de ses côtés : on voit l’encoche pour positionner le cou des condamnés… Pourrait-on connaitre le prix de cette « affreuseté »? L’Eglise est donc tellement riche qu’elle puisse se permettre de gaspiller de l’argent?… »

Jérôme : « Justement, j’allais demander si les fidèles sont d’accord pour que l’argent qu’ils donnent au denier du culte serve à ça! »

Lorenzo : « Quelle horreur! Ce n’est même pas digne d’être ce que Don Camillo appelait « la tavola calda »… »

Sophie : « Il faut rire ou pleurer? »

Lorenzo : « Pleurer!… »

Cyrille : « Prier, prier, c’est mieux!… »

Thibault : « C’est un tapis de prière en dessous?… ils sont prévoyants! »

Nicolas : « Entre les expos d’art contemporain dans les appartements du Roi et ces horreurs répugnantes dans la maison de Dieu, on finit par penser que l’on vit vraiment une époque méprisable remplie de petits hommes qui parlent fort!!! Prions pour que ça cesse, mais un petit coup de mortier 81 mm devrait aider nos prières, je pense… »

Cyrille : « Ça va faire trop de bruit … et puis un mortier, ça ne se trouve pas au coin de la rue… lol »

Lorenzo : « Nicolas a une idée qui me plait : une belle volée de mortier de 81 serait très utile! Le grand cardinal Giuseppe Siri, le dernier cardinal de Pie XII,  a déclaré un jour : « Aujourd’hui, la société a le culte de la laideur, signe que la saison du mal a commencé! »

Julie : « Acheté un euro sur ebay ? »

Charlotte : « Le tapis? oui! »

Nicolas : « Excellent! D’un autre côté, on doit bien se douter que ce ne sont pas les Compagnons qui ont sculpté cet immondice… »

Cyrille : « Pas immondice, TAAAAABLE contemporaine! »

Nicolas : « Ah,oui! c’est vrai… Je n’arrive pas à m’y faire!!! Il faut que je relise les mémoires de Jack Lang et d’Aillagon!!! »

Julie : « Même chez But y’a des meubles plus beaux!!! »

Charlotte : « Heureusement pour ceux qui bossent chez But!!! »

Sophie : « Il y a un petit papier coincé sous le tronc mal dégrossi… Qu’est ce que c’est? une cale? ils n’ont pas été fichus de faire qu’il ne soit pas bancal? »

Cyrille : « Ils n’avaient peut-être pas le budget suffisant pour que le constructeur puisse finir le calage de cette table… »

Sophie : « Heureusement, Dieu est le Maître du Recyclage : le jour où il en aura marre de cette chooooose infâme : pfffffuit!!!!! »

Jérôme : « Au fait : j’ai trouvé des morceaux de troncs, des vieilles boites rongées par la rouille, des tessons de verre ou d’assiette… etc. Avec de pareilles merveilles je pourrais m’établir créateur de mobilier liturgique contemporain et peut-être que je ferais fortune en proposant mes créations aux évêques modernichons. »

Emma : « Excellents commentaires! Je me régale en vous lisant car passer de la superbe photo du maître-autel à la photo du « machin »… c’est vraiment choquant! »

* * * * * * *

Voilà ce que je voulais porter aujourd’hui à votre connaissance, mes chers Amis : pour moi, ce qui me réjouit en lisant ces commentaires, c’est d’abord le bons sens, l’humour et l’intelligence qui les animent ; mais je jubile ensuite aussi en pensant que ces réflexions pertinemment impertinentes émanent de jeunes adultes, de personnes nettement plus jeunes que les commanditaires de ce genre de prétendu « mobilier liturgique » lequel, il faut le souligner, n’est de toute façon pas en accord avec les textes publiés par le Saint-Siège, même pour la célébration de la messe selon le missel de Paul VI…!!!Tout ceci rejoint ce que j’avais déjà publié ici > www à propos des autels destinés au culte catholique.

A la veille de la clôture de la semaine de prières pour l’unité des chrétiens, redoublons encore de ferveur pour que, en priorité, à l’intérieur de notre Eglise catholique se réalise une véritable unité autour de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et, pour cela, prions pour que l’hérésie moderniste, exprimée par tant de liturgies (ou de prétendues liturgies) fantaisistes, cesse de troubler les âmes, cesse d’égarer les intelligences, cesse aussi d’attenter au plus élémentaire bon goût…

Lully.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (cf. > ici), le texte de son testament (cf. > ici) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (cf. > ici).

Nous voulons aujourd’hui publier ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute
1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ;
2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

Voir aussi :
Quelques précisions concernant le vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur > ici.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie.

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon? »

- Comment définissez-vous l’enfer?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera ici > www, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

2011-5. Fin du cycle liturgique de Noël et continuité des vertus que le Christ a voulu illustrer à la crèche.

Vendredi 14 janvier 2011.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, 13 janvier, avec l’octave de l’Epiphanie ou se fait la commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ (fête pour laquelle – au bréviaire traditionnel – on reprend l’office du 6 janvier hormis l’oraison), s’est achevé le cycle liturgique de Noël ; voilà pourquoi, ce matin, avec Frère Maximilien-Marie, nous avons retiré les décorations extérieures qui donnaient au Mesnil-Marie un air de fête. Nous avons seulement laissé la crèche lumineuse extérieure (dont je vous avais parlé ici > ici) : elle demeurera jusqu’au jour de la Chandeleur, qui clôturera le temps des 40 jours après la Nativité, jour où Joseph et Marie quittèrent Bethléem pour aller, selon les prescriptions de la loi mosaïque, présenter au Temple le Saint Enfant Jésus. C’est alors que nous aussi, selon l’usage ancien, nous déferons notre crèche et la rangerons pour onze mois…

En attendant le 2 février, les visiteurs – souvent par petits groupes – continuent à venir voir la crèche du Mesnil-Marie : sur le modeste « livre d’or » que j’aime à feuilleter, je peux lire des témoignages aussi amicaux qu’encourageants.

Si, peu à peu, nous nous acheminons sur la fin de ce temps de la crèche, nous n’en finissons cependant pas et nous n’en finirons jamais d’approfondir les leçons spirituelles que le Sauveur nous donne en naissant dans cette pauvre étable. Ce matin, j’ai médité sur ces lignes extraites d’une homélie du Pape Saint Léon le Grand qui fait ressortir combien le Christ en voulant se faire petit enfant a voulu nous enseigner l’humilité :

« Lorsque les trois mages eurent été conduits par l’éclat d’une nouvelle étoile pour venir adorer Jésus, ils ne le virent pas en train de commander aux démons, de ressusciter des morts de rendre la vue aux aveugles, ou la marche aux boiteux, ou la paroles aux muets, ni d’accomplir quelque acte relevant de la puissance divine ; non, ils virent un enfant gardant le silence, tranquille, confié aux soins de sa mère ; en lui n’apparaissait aucun signe de son pouvoir, mais il offrait à la vue un grand prodige, son humilité. Aussi le spectacle même de ce saint enfant auquel Dieu, Fils de Dieu, s’était uni, présentait aux regards un enseignement qui devait plus tard être proclamé aux oreilles, et ce que ne proférait pas encore le son de sa voix, le simple fait de le voir faisait déjà qu’il l’enseignait. Toute la victoire du Sauveur, en effet, victoire qui a subjugué le diable et le monde, a commencé par l’humilité et a été consommée par l’humilité. Il a inauguré dans la persécution ses jours prédestinés, et les a terminés dans la persécution ; à l’enfant n’a pas manqué la souffrance, et à celui qui était appelé à souffrir n’a pas manqué la douceur de l’enfance ; car le fils unique de Dieu a accepté par un unique abaissement de sa majesté, et de naître volontairement homme et de pouvoir être tué par les hommes.

(…) Aussi toute la pratique de la sagesse chrétienne, mes bien-aimés, ne consiste ni dans l’abondance des paroles, ni dans l’habileté à disputer, ni dans l’appétit de louanges et de gloire, mais dans la sincère et volontaire humilité que le Seigneur Jésus-Christ a choisie et enseignée en guise de toute force, depuis le sein de sa Mère jusqu’au supplice de la Croix. Car un jour que ses disciples recherchaient entre eux, comme le raconte l’Evangéliste, « qui parmi eux, était le plus grand dans le Royaume des Cieux, Il appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà qui sera le plus grand dans le Royaume des Cieux. »

Le Christ aime l’enfance qu’il a d’abord vécue dans son âme et dans son corps. Le Christ aime l’enfance, maîtresse d’humilité, règle d’innocence, modèle de douceur. Le Christ aime l’enfance, vers elle il oriente la manière d’agir des aînés, vers elle il ramène les vieillards ; il attire à son propre exemple ceux qu’il élève au Royaume éternel. » (Saint Léon le Grand,  in 7ème sermon pour l’Epiphanie).

Que cet esprit d’enfance spirituelle, par lequel on marche sur les traces de Jésus, doux et humble, progresse toujours davantage en vos âmes, bien au-delà du temps de Noël : c’est la grâce que je vous souhaite !

Lully.             

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2011-4. D’une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l’Epiphanie…

Lundi 10 janvier 2011

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Sans aucun retard, il faut que je vous raconte l’événement extraordinaire au centre duquel je me suis retrouvé la nuit dernière… car c’est vraiment quelque chose de prodigieux qu’il m’a été donné de vivre.

La magnifique fête de ce dimanche 9 janvier était achevée : un dimanche pas tout à fait comme les autres, puisque c’était celui de la solennité reportée de l’Epiphanie (voir ce que j’ai écrit, au bas de la page où je vous livrais la recette du gâteau des Rois, au sujet de la date de célébration de cette très grande fête > ici).

A la fin de la Messe, frère Maximilien-Marie avait demandé à Monsieur l’Abbé de bénir la craie, conformément à ce qui est prévu dans le rituel romain, et il a ramené chez nous cette craie bénite avec laquelle nous avons marqué toutes les portes de la maison.

La bénédiction des Saints Rois Mages

Malheureusement (j’avais déjà eu l’occasion d’exprimer ici mes regrets à ce sujet > ici), beaucoup trop de fidèles et – ce qui est plus grave – de prêtres, n’apportent pas au rituel et aux sacramentaux l’attention et l’importance qui conviendrait, alors qu’il y a là un trésor de l’Eglise dans lequel les âmes devraient pouvoir largement puiser afin de profiter de tous les canaux de la grâce et de la protection divines…

Bref, pour ceux qui ignoraient jusqu’ici cette tradition, voici un extrait de la traduction de la formule de bénédiction de la craie : « Bénissez, ô Seigneur notre Dieu, cette craie, votre créature, afin qu’elle devienne salutaire au genre humain ; et accordez par l’invocation de votre Nom très saint que tous ceux qui l’emporteront ou qui écriront avec elle sur leurs portes les noms de vos Saints Gaspard, Melchior et Balthazar, reçoivent par leur intercession et leurs mérites la santé du corps et la protection de l’âme… » (pour voir la totalité de cette bénédiction > ici).
L’usage veut donc qu’avec elle on écrive en haut des portes les initiales des Saints Rois Mages, avec les chiffres de l’année qui vient de commencer, ceux-ci divisés en deux séries de manière à encadrer les lettres, comme vous pouvez le voir sur la photo publiée ci dessus.

Mais revenons à mon propos !
Avant d’ouvrir cette parenthèse, je vous disais donc que notre journée du dimanche était achevée : Frère Maximilien-Marie était allé se coucher ; notre Mesnil-Marie, malgré les bourrasques du vent qui mugissait, était paisiblement enveloppé par le recueillement de la nuit, et moi j’étais à méditer dans mon panier près de la cheminée…

Lully sommeillant

… quand il m’a semblé entendre un bruit confus sur notre terrasse. Frère Maximilien-Marie était dans son premier sommeil, phase durant laquelle je crois que les volcans qui nous entourent pourraient se réveiller sans qu’il s’en rende compte ; et puis, vous le savez, nous autres chats avons l’ouïe infiniment plus fine que l’oreille humaine !

Bref, je suis allé en tapinois jusqu’à la petite fenêtre de laquelle je peux, sans être vu, tout voir de ce qui se passe sur notre terrasse, et là… j’ai dû me pincer pour être bien certain de ne pas rêver !

Me croirez-vous si je vous l’écris ?
N’allez-vous pas penser que je délire ?
Je doute en effet que vous le trouviez par vous-mêmes car – « je vous le donne en cent, je vous le donne en mille » comme l’écrivait l’illustre marquise dont la lecture des lettres m’est toujours un enchantement – j’ai vu – j’en suis encore tout ébaubi !-, j’ai vu, vous dis-je, bien distinctement vu malgré la pénombre… un éléphant, quelques chevaux et une caravane de chameaux (oui, oui, de vrais chameaux avec deux bosses et quatre pattes, et non des spécimens de chameaux à deux pattes qui pourrissent les rapports humains). Des silhouettes enturbannées s’affairaient autour d’eux, les ayant attachés par de grandes longes aux arbustes qui croissent le long du ruisseau, tandis que, sur notre terrasse même, trois hauts personnages secouaient les grandes capes ruisselantes dans lesquelles ils avaient auparavant été enveloppés.

Je n’eus aucune hésitation : c’étaient bien eux, Gaspard, Melchior et Balthazar. C’étaient bien eux, les Saints Rois Mages envers lesquels Frère Maximilien-Marie m’a inspiré une très grande dévotion. Ils étaient là, présents, vivants, réels, à la porte du Mesnil-Marie.

Je ne sais pas comment j’ai fait mais, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’avais sauté à terre et couru à la porte, j’en avais tiré les verrous et fait entrer chez nous les Saints Rois !

Tout se passait sans aucun bruit, et ce silence était plénitude ; tout était baigné d’une mystérieuse lumière qui rendait inutile lampes et bougies : cette lumière venait de l’intérieur même de l’être et donnait consistance et relief à tout ce qui était là…

Gaspard, Melchior et Balthazar s’étaient assis sans façon sur nos tabourets, près de la cheminée, leurs capes étalées sur les chaises faisaient, en séchant, monter une vapeur moite, et sans que j’eusse eu besoin de lui indiquer où se trouvaient les choses, un page silencieux avait préparé du thé que les Rois savouraient à petites gorgées réconfortantes. Dehors les serviteurs avaient aussi allumé un petit feu et s’affairaient l’un à bouchonner les chevaux, l’autre à faire boire l’éléphant dans notre béalière, un autre encore à faire prendre un peu de repos aux chameaux…

Les Saint Rois m’expliquèrent comment chaque année – puisque la liturgie de la Sainte Eglise n’est pas une commémoration d’événements définitivement révolus, mais opère une mystique ré-actualisation des mystères sacrés qu’elle célèbre -  ils  refont leur merveilleux voyage à la suite de l’Etoile pour arriver le 6 janvier à la Crèche. Ils me dirent aussi que, devant rentrer chez eux par un autre chemin, ils changeaient tous les ans leur itinéraire de retour. Ils m’ont enfin raconté comment, cette année, ils avaient décidé de retourner à Cologne (puisque c’est désormais là qu’ils résident depuis qu’au XIIème siècle leurs précieuses reliques y ont été apportées) en parcourant les Monts du Vivarais.

Ce soir, à la tombée de la nuit, ils avaient été pris dans des bourrasques de neige et s’étaient égarés sur les pentes du Mézenc…

Les roches de Cuzet - 9 janvier 2011

Les roches de Cuzet le 9 janvier 2011

Déjà exténués d’avoir dû gravir les pentes escarpées de ces montagnes, leurs chevaux, leurs chameaux et l’éléphant étaient proches de l’hypothermie. Tout exercés qu’ils étaient à s’orienter sur les étoiles, les Mages ne pouvaient déceler aucun signe dans un ciel sombrement laiteux et bas, tandis que de lourds flocons tournoyants les empêchaient de distinguer la route à seulement deux mètres devant leurs montures. C’est alors que l’ange qui se cache habituellement derrière l’Etoile qui les conduit chaque année à la crèche (car ce qu’ils ont suivi n’a rien à voir avec une comète ou un quelconque autre phénomène naturel : c’est un signe miraculeux et divin conduit par un ange), avait décidé de descendre jusqu’à eux et de les diriger vers le Mesnil-Marie.

Gaspard, Melchior et Balthazar m’exprimèrent leur vive satisfaction en voyant que nous avions marqué les portes avec leurs initiales pour que leur bénédiction soit sur nous. Ils étaient très en confiance avec moi et me livrèrent quelques réflexions : « Sais-tu, Lully, que nous n’oserions pas, à l’heure actuelle, frapper à la porte de certains presbytères ou de certains évêchés lorsque nous avons besoin d’une halte réparatrice? Il est en effet des prêtres et des évêques qui nous ont relégués au rang de purs mythes ou qui, encore infestés par des idées marxistes pourtant totalement dépassées, contestent notre dignité royale malgré les assertions des prophéties », déclara Gaspard.

« C’est à se demander parfois, ajouta Balthazar, s’ils ne font pas davantage confiance à la pseudo révélation mahométane, plutôt qu’à l’inspiration de la  Sainte Bible! »

Melchior dit alors d’une voix grave : « La race des prêtres qui sont instruits de la vérité mais qui n’en vivent pas, ne s’est pas éteinte avec la disparition de ceux qui furent capables de dire à Hérode où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas fait un pas pour aller L’adorer! Ils ne sont certes pas tous ainsi, mais il y en a encore, et encore beaucoup trop,  dont la science est stérile parce qu’elle n’est qu’intellectuelle et ne porte pas de fruits de sainteté : ils sont devenus les ternes fonctionnaires d’un certain moralisme terrestre, mais ils ne sont plus les ministres humblement zélés de la grâce surnaturelle pour le salut éternel des âmes…»

Le fougueux Gaspard reprit : « Sans parler des Hérodes modernes ! Hérodes tous ceux qui voient dans le Christ Sauveur et dans l’influence de l’Eglise une menace pour leur pouvoir ; Hérodes tous les députés, sénateurs et chefs d’états qui multiplient les lois iniques et veulent être les décideurs du bien et du mal ; Hérodes ceux qui érigent en norme sociale ce qui est contraire à la loi naturelle ; Hérodes ceux qui nient que la civilisation européenne soit fondée sur l’héritage judéo-chrétien ; Hérodes ceux qui favorisent par mille démissions et compromissions l’anti-christianisme et qui se taisent quand les églises et les cimetières sont attaqués ou profanés ; Hérodes les sectes anti-chrétiennes et les sociétés secrètes qui tirent les ficelles des institutions étatiques ; Hérodes tous ces journalistes et hommes politiques qui se posent en « pères la vertu » et profitent de toutes les occasions, à grand renfort de mensonges, pour critiquer le Souverain Pontife ; Hérodes aussi ces hommes d’Eglise qui sont devenus des hommes de pouvoir, des calculateurs, des manipulateurs et se servent de leurs fonctions pour sournoisement imposer aux esprits des comportements erronés ou des idéologies étrangères à la doctrine de l’Eglise du Christ… Et complices d’Hérodes enfin tous ceux qui par amour de leur propre tranquillité, tous ceux qui pour ne pas avoir d’histoires, se taisent, se laissent passivement porter par le courant dominant ou s’enfouissent la tête dans le sable! »

J’opinais en silence, parce que les paroles fortes du Roi Gaspard faisaient défiler dans ma tête tant de faits contemporains très précis et concrets dont j’ai lu les récits ou dont je me suis entretenu avec Frère Maximilien-Marie.

Melchior ajouta encore : « Nous étions stupéfaits, il y a 2010 ans, lorsque nous nous sommes rendus compte que Jérusalem et le peuple élu ne savaient rien de la naissance de son Messie, et nous sommes encore davantage et douloureusement surpris en constatant que le divin Roi de paix et d’amour est encore toujours, sinon plus, méconnu ici, après tant de siècles! Les ténèbres recouvrent encore la terre et les peuples sont encore plongés dans la nuit (cf. Isaïe 60,2 ); ils sont dans l’attente de nouveaux et véritables évangélisateurs qui leur permettront de marcher vers la Lumière et d’orienter leurs chefs vers la splendeur de l’aurore du Seigneur ! »

Il y eut un silence, puis Balthazar se leva. Sa longue barbe blanche m’impressionnait mais je le fus plus encore par la solennité de son ton : « Lully, tu le sais bien, nous offrons de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Nous les avons offerts matériellement à l’Enfant-Jésus dans sa crèche pour représenter ce qu’Il est en vérité malgré la faible apparence du Nouveau-Né. En revenant de la crèche nos cassettes sont vides, mais nous pouvons les offrir d’une autre manière : avant de reprendre la route, nous allons aussi laisser au « Mesnil-Marie » de l’or, de l’encens et de la myrrhe. »

Les trois Saints Rois se mirent à genoux devant l’icône de la Compassion de Notre-Dame et prièrent intensément. Je n’entendis point de paroles mais je comprenais dans mon coeur des choses que les mots ne peuvent que difficilement exprimer et qui m’apparaissaient avec une force et une réalité supérieures à tout ce qui est sur la terre. Je vis par l’esprit qu’ils demandaient au Roi des rois pour notre Mesnil-Marie l’encens spirituel, par le don de l’esprit de recueillement, d’adoration, d’attention à Dieu et de prière en toutes choses, l’or spirituel, par le don d’une sagesse inspirée par la charité surnaturelle, infiniment supérieure à toute prudence humaine, et la myrrhe spirituelle, par le don de la compassion profonde, qui est union à la Passion du Christ et de sa Sainte Mère, en toutes sortes de médisances et de calomnies, toutes sortes de critiques et de suspicions, toutes sortes de mépris et de contradictions, par lesquelles on devient en vérité disciple de Celui qui n’a pas indiqué à ceux qui voulaient Le suivre d’autre voie que celle de la Sainte Croix…

Les Saints Rois Mages entrevus en songe

Les Saints Rois entrevus en songe

Ensuite tout se passa très vite. Déjà les Saints Rois étaient en selle et leur caravane s’ébranlait. Les nuages s’étaient dissipés, le vent ne soufflait plus, les étoiles brillaient d’un éclat incomparable. Se tournant vers moi, Gaspard, Melchior et Balthazar me bénirent en souriant, et leur cortège disparut dans la nuit…

Je ne suis pas retourné dans mon panier, je suis monté auprès de Frère Maximilien-Marie et me suis roulé en boule contre son cœur. Il ne soupçonnait rien de ce qui s’était passé pendant son repos, mais je sentais que la bénédiction des Saints Rois Mages l’enveloppait, comme elle imprégnait tout notre Mesnil-Marie, et je me mis à ronronner avec volupté en méditant sur la merveilleuse visite.

Lully.

2011-4. D'une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l'Epiphanie... dans Chronique de Lully lys

Recette du Mesnil-Marie : un « Gâteau des Rois » selon la tradition du sud de la France.

La galette des Rois, fourrée à la frangipane, est une coutume qui – même si elle s’est largement généralisée – appartient surtout aux provinces du nord de la France.
Dans le sud, le « gâteau des Rois » est traditionnellement une espèce de brioche, parfumée à la fleur d’oranger et garnie de fruits confits.

Il en existe plusieurs recettes : les recettes de gâteau des Rois provençaux demandent parfois une nuit entière de repos et de levage de la pâte. La recette que nous vous proposons ici est assez simple et rapide en comparaison, mais elle n’en est pas moins délicieuse…

Respectueux de la tradition qui assigne au 6 janvier la célébration de l’Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en union avec l’Eglise universelle (*), et attentifs à marquer ainsi le chiffre symbolique du douzième jour après la Nativité, nos palais et nos estomacs participeront eux aussi à l’allégresse de cette très grande fête!

Recette du Mesnil-Marie : un       lys5 6 janvier dans Recettes du Mesnil-Marie   lys5 Epiphanie

Temps de préparation : 30 minutes.
Temps de cuisson 
: 30 minutes.

Temps de pause : environ 2 h  (pour une dégustation sous 3 h minimum).

Ingrédients : 

- Pour le gâteau lui-même : 350 grammes de farine ; 1 sachet de levure de boulangerie ; 3 oeufs ; 100 grammes de beurre ; 150 grammes de sucre en poudre; 1 pincée de sel; 1 cuillère à soupe d’eau de fleur d’oranger

- Pour la décoration : des fruits confits et du sucre en grains ; 1 jaune d’oeuf; 1 fève et/ou un sujet de porcelaine, et – bien sûr – une ou plusieurs couronnes!

Préparation :

Délayer la levure dans un peu d’eau tiède. Dans un saladier, mélanger ensemble la farine, le beurre fondu, les oeufs, le sucre et le sel ainsi que l’eau de fleur d’oranger. Ajouter la levure et des fruits confits coupés en petits morceaux.Bien pétrir cette pâte puis la laisser reposer jusqu’à ce qu’elle double de volume (environ 2 heures).

Préchauffer le four à 200°C. Sur une plaque recouverte de papier sulfurisé, étirer la pâte et lui donner une forme de couronne.Badigeonner de jaune d’oeufet décorer avec les fruits confits. Mettre au four pendant 25 à 30 minutes. A la fin de la cuisson, ajouter des grains de sucre et… ne pas oublier d’insérer la (ou les) fève(s).

Dégustez accompagné de compote ou de confiture et n’omettez pas de chanter la si populaire Marche des Rois

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(*) Il faut insister en effet pour rappeler que la date officielle de la célébration de l’Epiphanie est bien toujours le 6 janvier dans l’Eglise universelle ; c’est une fête d’obligation qui doit être chômée, comme cela est le cas dans de nombreux pays d’Europe. En France – malheureusement!- depuis la révolution et le concordat napoléonien, ce jour n’est plus férié et la solennité de l’Epiphanie se trouve donc normalement reportée au dimanche qui suit le 6 janvier, dans le rite latin traditionnel. Pour le nouveau rite, les conférences épiscopales francophones des pays où le 6 janvier n’est pas férié ont attribué à cette fête le 1er dimanche de janvier au mépris de toutes les traditions et règles liturgiques.

Publié dans:De liturgia, Recettes du Mesnil-Marie |on 4 janvier, 2011 |5 Commentaires »

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno, « Magistra theologorum » et modèle toujours actuel de vie vers Dieu et avec Dieu.

Le 4 janvier,  est célébrée la fête de Sainte Angèle de Foligno.

Lors de l’audience générale du 13 octobre 2010, sur la place Saint-Pierre, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à cette grande figure de la mystique chrétienne.
Le Souverain Pontife a voulu présenter un résumé de l’expérience et des enseignements spirituels de celle à laquelle son prédécesseur le Pape Benoît XIV n’avait pas hésité à donner le titre de « Magistra theologorum : maîtresse des théologiens ».
Cette catéchèse du Saint-Père Benoît XVI est d’une densité, d’une profondeur et d’une richesse absolument remarquables ; il nous semble donc important de la publier ici aujourd’hui à l’occasion de la fête de Sainte Angèle de Foligno.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons Sainte Angèle de Foligno,

Châsse de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais vous parler de la bienheureuse Angèle de Foligno, une grande mystique médiévale ayant vécu au XIIIe siècle. D’habitude, on est fasciné par les sommets de l’expérience d’union avec Dieu qu’elle a atteints, mais on ne prend sans doute pas assez en compte ses premiers pas, sa conversion, et le long chemin qui l’a conduite du point de départ, « la grande crainte de l’enfer », jusqu’au but ultime, l’union totale avec la Trinité.
La première partie de la vie d’Angèle n’est certainement pas celle d’une disciple fervente du Seigneur. Née aux alentours de 1248 dans une famille aisée, elle devint orpheline de père et fut éduquée par sa mère de façon plutôt superficielle. Elle fut très tôt introduite dans les milieux mondains de la ville de Foligno, où elle connut un homme, qu’elle épousa à l’âge de 20 ans et dont elle eut des enfants. Sa vie était insouciante, au point de mépriser ceux que l’on appelait les « pénitents » — très répandus à l’époque —, c’est-à-dire ceux qui, pour suivre le Christ, vendaient leurs biens et vivaient dans la prière, dans le jeûne, dans le service de l’Eglise et dans la charité.

Plusieurs événements, comme le violent tremblement de terre de 1279, un ouragan, l’antique guerre contre Pérouse et ses dures conséquences, ont une influence sur la vie d’Angèle, qui prend progressivement conscience de ses péchés, jusqu’à accomplir un pas décisif : elle invoque Saint François, qui lui apparaît en vision, pour lui demander conseil en vue d’une bonne confession générale à accomplir ; nous sommes en 1285, Angèle se confesse à un frère à San Feliciano. Trois ans plus tard, la voie de la conversion prend un nouveau tournant : la dissolution des liens affectifs, étant donné qu’en quelques mois, à la mort de sa mère suit celle de son mari et de tous ses enfants. Elle vend alors ses biens et, en 1291, rejoint le Tiers-Ordre de Saint François. Elle meurt à Foligno le 4 janvier 1309.

Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, qui rassemble la documentation relative à notre bienheureuse, rapporte cette conversion ; elle en indique les instruments nécessaires : la pénitence, l’humilité et les épreuves ; et elle en rapporte les étapes, la succession des expériences d’Angèle, commencées en 1285.
En se les rappelant, après les avoir vécues, elle tenta de les raconter à travers le frère confesseur, qui les transcrivit fidèlement, en s’efforçant ensuite de les diviser en étapes, qu’il appela « étapes ou mutations », mais sans réussir à les mettre entièrement en ordre (cf. Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, Cinisello Balsamo 1990, p. 51). La raison en est que pour la bienheureuse Angèle, l’expérience d’union implique de façon totale les sens spirituels et corporels, et ce qu’elle « comprend » pendant ses extases demeure, pour ainsi dire, uniquement une « ombre » dans son esprit. « J’entendis véritablement ces paroles — confesse-t-elle après une extase mystique — mais ce que j’ai vu et compris, et ce qu’Il [c’est-à-dire Dieu] me montra, je ne sais ni ne peux le dire en aucune façon, bien que je révèlerais volontiers ce que je compris à travers les paroles que j’entendis, mais ce fut un abîme absolument ineffable ». Angèle de Foligno présente son « vécu » mystique sans l’élaborer avec son esprit, car il s’agit d’illuminations divines qui se communiquent à son âme de façon imprévue et inattendue. Le frère confesseur lui-même a des difficultés à rapporter de tels événements, « notamment à cause de sa grande et admirable réserve à l’égard des dons divins » (ibid., p. 194). A la difficulté d’Angèle d’exprimer son expérience mystique s’ajoute également la difficulté pour ses interlocuteurs de la comprendre. Une situation qui montre clairement que l’unique et véritable Maître, Jésus, vit dans le cœur de chaque croyant et désire en prendre entièrement possession. Comme chez Angèle, qui écrivait à l’un de ses fils spirituels : « Mon Fils, si tu voyais mon cœur, tu serais absolument contraint de faire toutes les choses que Dieu veut, parce que mon cœur est celui de Dieu et le cœur de Dieu est le mien ». Ici retentissent les paroles de saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. II, 20).

communionmystique dans Lectures & relectures

La Bienheureuse Angèle reçoit la Sainte Communion de la main d’un ange.  

Etudions alors certains «pas» seulement du riche cheminement spirituel de notre bienheureuse.
Le premier, en réalité, est une prémisse : « Le premier pas est la connaissance du péché — comme elle le précise —, par elle l’âme craint fort d’être damnée en enfer. En ce pas l’âme pleure amèrement » (Le livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, p. 39). Cette « crainte » de l’enfer répond au type de foi qu’Angèle avait au moment de sa « conversion » ; une foi encore pauvre de charité, c’est-à-dire de l’amour de Dieu. Repentir, peur de l’enfer, pénitence ouvrent à Angèle la perspective du douloureux « chemin de la croix » qui, du huitième au quinzième pas, la conduira ensuite sur le « chemin de l’amour ». Le frère confesseur raconte : « La fidèle me dit alors : J’ai eu cette révélation divine : “ Après ce que vous avez écrit, faites écrire que quiconque veut conserver la grâce ne doit pas détourner les yeux de l’âme de la Croix, tant dans la joie que dans la tristesse que je lui accorde ou je lui permets ” » (ibid., p. 143). Mais dans cette phase encore, Angèle « ne sent pas l’amour » ; elle affirme : « l’âme éprouve de la honte et de l’amertume et elle ne fait pas encore l’expérience de l’amour, mais de la douleur » (ibid., p. 39), et elle est insatisfaite.

Angèle sent qu’elle doit donner quelque chose à Dieu pour réparer ses péchés, mais lentement, elle comprend qu’elle n’a rien à lui donner, bien plus, qu’elle n’« est rien » devant lui ; elle comprend que ce ne sera pas sa volonté qui lui donnera l’amour de Dieu, parce que cela ne peut rien lui donner d’autre que son « néant », le « non amour ». Comme elle le dira : seul « l’amour vrai et pur, qui vient de Dieu, est dans l’âme et fait en sorte qu’elle reconnaisse ses propres défauts et la bonté divine. […] Cet amour porte l’âme dans le Christ et elle comprend avec assurance qu’il ne peut exister ou n’y avoir aucune tromperie. A cet amour, rien de ce monde ne peut se mêler » (ibid., p. 124-125). S’ouvrir uniquement et totalement à l’amour de Dieu, qui a sa plus haute expression dans le Christ : « O mon Dieu — prie-t-elle — rends moi digne de connaître le très haut mystère, que ton très ardent et ineffable amour mit en œuvre, avec l’amour de la Trinité, c’est-à-dire le très haut mystère de ta très sainte incarnation pour nous. […]. Oh incompréhensible amour! Au-dessus de cet amour, qui a permis que mon Dieu se soit fait homme pour me faire Dieu, il n’y a pas d’amour plus grand » (ibid., p. 295). Toutefois, le cœur d’Angèle porte pour toujours les blessures du péché ; même après une bonne confession, elle se trouvait pardonnée et encore accablée par le péché, libre et conditionnée par le passé, absoute mais en manque de pénitence. Et la pensée de l’enfer l’accompagne également parce que plus l’âme progresse sur le chemin de la perfection chrétienne, plus elle se convaincra non seulement d’être « indigne », mais de mériter l’enfer.

Et voici que, sur son chemin mystique, Angèle comprend en profondeur la réalité centrale : ce qui la sauvera de son « indignité » et de « l’enfer qu’elle mérite », ce ne sera pas son « union avec Dieu » et sa possession de la « vérité », mais Jésus crucifié, « Sa crucifixion pour moi », Son amour. Dans le huitième pas, elle dit : « Je ne comprenais pas encore si le bien le plus grand était ma libération des péchés et de l’enfer et la confession et la pénitence, ou bien Sa crucifixion pour moi » (ibid., p. 41). C’est l’équilibre instable entre amour et douleur, ressenti dans tout son difficile chemin vers la perfection. C’est précisément pour cela qu’elle contemple de préférence le Christ crucifié, parce que dans cette vision, elle voit réalisé l’équilibre parfait : sur la croix, il y a l’homme-Dieu, dans un acte suprême de souffrance qui est un acte suprême d’amour. Dans la troisième Instruction, la bienheureuse insiste sur cette contemplation et affirme : « Lorsque nous voyons avec plus de perfection et de pureté, nous aimons avec d’autant plus de perfection et de pureté. […] C’est pourquoi, plus nous voyons le Dieu et homme Jésus Christ, plus nous sommes transformés en lui à travers l’amour. […] Ce que j’ai dit de l’amour […] je le dis aussi de la douleur : lorsque l’âme contemple l’ineffable douleur de Dieu et homme Jésus Christ, elle souffre d’autant et se transforme en douleur » (ibid., p. 190-191). Se fondre, se transformer dans l’amour et dans les souffrances du Christ crucifié, s’identifier avec Lui. La conversion d’Angèle, qui commença avec la confession de 1285, n’arrivera à maturité que lorsque le pardon de Dieu apparaîtra à son âme comme le don gratuit d’amour du Père, source d’amour : « Il n’y a personne qui ne puisse avancer d’excuses — affirme-t-elle — parce quiconque peut aimer Dieu, et il ne demande rien d’autre à l’âme que de l’aimer, parce qu’il l’aime et il est son amour » (ibid., p. 76).

Dans l’itinéraire spirituel d’Angèle, le passage de la conversion à l’expérience mystique, de ce qui peut être exprimé de l’inexprimable, a lieu à travers le Crucifix. C’est le « Dieu-homme passionné », qui devient son « maître de perfection ». Toute son expérience mystique revient donc à tendre à une parfaite « ressemblance » avec Lui, à travers des purifications et des transformations toujours plus profondes et radicales. Angèle se donne entièrement à cette merveilleuse entreprise, corps et âme, sans s’épargner les pénitences, les épreuves du début à la fin, désirant mourir avec toutes les douleurs souffertes par le Dieu-homme crucifié, pour être transformée totalement en Lui : « O fils de Dieu — recommandait-elle — transformez-vous totalement dans le Dieu-homme passionné, qui vous aima tant qu’Il daigna mourir pour vous d’une mort ignominieuse et avec une douleur totalement ineffable et de manière très pénible et amère. Cela uniquement par amour pour toi, ô homme ! » (ibid., p. 247). Cette identification signifie également vivre ce que Jésus a vécu : la pauvreté, le mépris, la douleur car — comme elle l’affirme — , « à travers la pauvreté temporelle, l’âme trouvera les richesses éternelles ; à travers le mépris et la honte, elle obtiendra l’honneur suprême et la très grande gloire ; à travers la pénitence, faite avec peine et douleur, elle possédera avec une infinie douceur et consolation le Bien Suprême, Dieu éternel » (ibid., p. 293).

De la conversion à l’union mystique avec le Christ crucifié, à l’inexprimable. Un chemin très élevé, dont le secret est la prière constante : « Plus tu prieras — affirme-t-elle — plus tu seras illuminé ; plus tu seras illuminé, plus profondément et intensément tu verras le Bien Suprême, l’Etre suprêmement bon ; plus profondément et intensément tu le verras, plus tu l’aimeras ; plus tu l’aimeras, plus il te délectera ; et plus il te délectera, plus tu le comprendras et tu deviendras capable de le comprendre. Par la suite, tu arriveras à la plénitude de la lumière, car tu comprendras ne pas pouvoir comprendre » (ibid., p. 184).

Chers frères et sœurs, la vie de la bienheureuse Angèle commence par une existence mondaine, assez éloignée de Dieu. Mais ensuite, la rencontre avec la figure de saint François et, finalement, la rencontre avec le Christ crucifié réveille l’âme en raison de la présence de Dieu, du fait que ce n’est qu’avec Dieu que la vie devient vie véritable, car elle devient, dans la douleur pour le péché, amour et joie. La bienheureuse Angèle nous parle ainsi. Aujourd’hui, nous courrons tous le danger de vivre comme si Dieu n’existait pas : il semble si éloigné de la vie actuelle. Mais Dieu a mille façons, une pour chacun, d’être présent dans l’âme, de montrer qu’il existe et me connaît et m’aime. Et la bienheureuse Angèle veut nous rendre attentifs à ces signes avec lesquels le Seigneur touche notre âme, attentifs à la présence de Dieu, pour apprendre ainsi la vie vers Dieu et avec Dieu, dans la communion avec le Christ crucifié. Prions le Seigneur afin qu’il nous rende attentif aux signes de sa présence, qu’il nous enseigne à vivre réellement. Merci.

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Voir > ici le texte admirable de Sainte Angèle de Foligno intitulé « Les voies de la délivrance » ; ou bien > ici le fameux passage où elle entend le Christ lui dire « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée » ;  et encore > ici  »la Croix et la bénédiction », ainsi que le texte d’instruction sur l’oraison donné à ses fils spirituels > ici.

2011-1. Voeux pour l’an de grâce 2011.

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Note Liturgique :

« Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos coeurs. Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Eglise, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Eglise célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes. Autrefois la sainte Eglise Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.« 

(Dom Guéranger – « L’Année Liturgique », premières phrases de la notice concernant le 1er janvier).

Lippi - la Circoncision (détail)

Fra Filippo Lippi – La Circoncision (détail).

Samedi 1er janvier 2011.

Du plus profond du coeur, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous souhaite, selon la belle tradition des voeux liée à ce « jour de l’an », une bonne et heureuse année 2011.

Au-delà de la tournure usuelle, et parfois un peu usée, voyez l’expression d’une amitié véritable qui désire pour chacun de vous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers, que l’année civile qui commence en ce jour vous permette de vivre – autant que possible – avec ces biens précieux de la santé, de la force physique et plus encore morale, de la paix intérieure et de la joie spirituelle, qui sont des éléments si importants pour notre épanouissement terrestre, et qui entrent dans la préparation de cette plénitude éternelle que le Dieu qui nous aime veut nous donner…

Et si, en raison de la fragilité de notre condition humaine, nous ne pouvons échapper  à certaines épreuves, à certaines infirmités et aux deuils, que l’Enfant divin, dont la liturgie nous rappelle aujourd’hui qu’il a reçu son Nom signifiant « Sauveur » en versant son Sang précieux pour la première fois, vous accorde largement les grâces pour les porter avec courage et force, pour les surmonter dans la persévérance et l’espérance, pour les unir dans la foi à l’oeuvre de rédemption et de sanctification du monde à laquelle le Christ Sauveur veut nous associer à travers ces croix que permet la divine Providence…

Je termine ces voeux en vous adressant à chacun en particulier ces belles paroles que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a prononcées hier soir, en conclusion de son homélie aux vêpres d’action de grâces pour l’année écoulée qu’il présidait dans la basilique vaticane :
« Chers frères et sœurs, nous sommes invités à regarder vers l’avenir et à le regarder avec cette espérance qui est le dernier mot du 
Te Deum : In Te, Domine, speravi : non confundar in aeternum! En Vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai pas confondu pour l’éternité ». Pour nous donner le Christ, notre Espérance, c’est toujours Elle, la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, qui est là. Comme elle le fit pour les bergers et pour les mages, ses bras et son cœur continuent à offrir toujours plus au monde Jésus, son Fils et notre Sauveur. En Lui est toute notre espérance, car par Lui est venu pour chaque homme le salut et la paix. Amen! » (*)

Que 2011 vous soit à tous, selon la belle et antique expression héritée des siècles de foi, un véritable an de grâce, avec l’assurance de ma prière fidèle et amicale!

Frère Maximilien-Marie.

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(*) Traduction par nos soins.

2010-58. Où Lully conclut l’année civile en vous présentant la crèche du Mesnil-Marie dans sa version 2010.

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Le 30 décembre 2010 au soir.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Frère Maximilien-Marie vous a déjà adressé des voeux à l’occasion des fêtes de la Nativité (cf.> www) mais, à la veille de conclure cette année civile, je dois reprendre mon travail de chroniste pour – après vous avoir entretenu de ses préparatifs (ici > www)- que je vous présente notre crèche dans sa version 2010.

Elle a été achevée le 24 décembre au début de l’après-midi. Ce ne fut pas sans quelques difficultés parce que les jours précédents nous avions eu des pluies torrentielles et que ce 24 décembre au petit matin les températures avaient soudain chuté de presque 15° : la mousse saturée d’eau et les branchages dégoulinants devenus soudain roides de glace n’étaient pas faciles à ramasser et à mettre en place! Enfin, tout fut quand même prêt à temps et, au retour de la Messe de minuit, Frère Maximilien-Marie a déposé l’Enfant Jésus dans son humble et bucolique berceau.

Depuis, notre crèche attire des visiteurs car elle a eu une certaine « publicité » dans les médias locaux : le « Dauphiné Libéré » lui consacrait le tiers d’une page dans son édition du jour même de Noël (voir ci-dessous) ; RDB La Radio des Boutières en a fait plusieurs fois l’annonce sur les ondes et l’a également mise en bonne place dans l’agenda des festivités de son site internet ; des commerçants ont aussi accepté d’apposer des affiches ou de proposer des cartons d’invitation dans leurs magasins… Que tous en soient chaleureusement remerciés!

J’ai tenté, cette année, de vous donner un aperçu filmé de notre crèche à travers trois petites séquences. Je ne suis pas un grand « caméracat » (ce qui est, vous l’avez compris, la version féline du caméraman) et je ne dispose pas d’un excellent matériel de prise de vue, aussi je requiers votre indulgence ; j’espère néanmoins permettre à ceux qui ne pourront venir nous visiter de s’en faire une assez bonne idée. Elle s’étend sur un peu plus de 3,50 mètres de longueur et présente en fait une succession de scènes racontant l’histoire de la Nativité.

Il y a d’abord la place du village de Bethléem, avec sa synagogue, son hôtellerie, sa fontaine et ses artisans : tous vaquent à leurs occupations ordinaires. Les soldats romains sont aussi là, proclamant l’édit de recensement voulu par l’empereur Auguste. Saint Joseph conduit le petit âne sur lequel est assise la Vierge Marie enceinte : ils arrivent dans la cité de leur ancêtre  le roi David et ils n’y trouvent pas de place pour se loger :

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Ensuite, c’est la scène de l’annonce de la naissance du Messie faite par les Anges aux bergers qui gardent leurs troupeaux dans les collines. Après leur première surprise, ils se mettent en route pour aller voir ce Nouveau-Né dans lequel se concrétisent les attentes d’Israël :

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Enfin, c’est la crèche elle-même : autour de la Sainte Famille les bergers contemplent et adorent le mystère :

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Dans quelques jours, les Saints Rois Mages les rejoindront.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« , que les grâces qui découlent en abondance du Coeur du Saint Enfant Jésus, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, sa Mère, et de Saint Joseph, se répandent largement sur vos personnes, sur vos familles, sur vos malades et sur tous ceux qui vous sont chers…

Lully.

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Article publié par « Le Dauphiné Libéré » en page locale le jour de Noël :

« La crèche aide à visualiser ce qui s’est passé à Bethléem ».

Cette année encore, la maison du « Mesnil-Marie », qui signifie la demeure de Marie, abrite une grande crèche ouverte aux visiteurs. Celle-ci est réalisée par le frère Maximilien-Marie, fondateur de l’association « Refuge Notre-Dame de Compassion ».

Qu’est ce qui vous a motivé à réaliser cette crèche?

« Noël, avant toute autre chose, c’est la célébration de la naissance du Christ. Depuis le XIIIe siècle, les chrétiens d’Occident dont développé la tradition de représenter cette naissance par ces crèches, dans les églises et les maisons. Bien sûr, je maintiens cette tradition, qui reste très populaire même auprès des personnes non pratiquantes. Cela aide à visualiser ce qui s’est passé à Bethléem il y a 2010 ans. »

Quelles sont les caractéristiques de votre crèche?

« Il me semble que cela est d’abord dû au fait que j’ai la chance d’avoir de beaux personnages, expressifs, variés et nombreux. Ce ne sont pas de grands santons comme ceux qu’on voit dans les églises, mais la maison italienne réputée qui les fabrique produit de nouveaux personnages tous les ans : cela permet d’améliorer chaque année ma crèche, puisqu’à chacun de mes voyages à Rome je reviens avec de nouveaux santons. Aujourd’hui j’ai un total de 166 figurines. »

Combien de temps cela vous demande-t-il?

« Quand on aime on ne compte pas! Cela prend du temps, surtout pour installer tout le support de bois et de carton sur lequel on déploie ensuite le papier-rocher. Je confectionne aussi moi-même les maisons qui représentent le village de Bethléem. J’y travaille dans la journée quand j’ai un peu de temps, et beaucoup en soirée. Ce travail est aussi pour moi un moment de méditation  et de prière. »

Avez-vous des visiteurs?

« Oui, et j’ai un grand plaisir à en expliquer les symboles : cela éveille un véritable intérêt, et souvent aussi de nouvelles questions. Les voisins amènent leurs familles et leurs amis de passage à l’occasion des fêtes. Des personnes du village ou d’autres communes, parfois au-delà du canton, viennent aussi, reviennent parfois : c’est bien le signe qu’ils apprécient. C’est une occasion de contacts sympathiques et cordiaux. »

Pour en savoir plus : la crèche du « Mesnil-Marie » se visite le 25 décembre et les dimanches suivants de 15h à 18h, jusqu’au 2 février. Pour une visite en semaine prendre rendez-vous.

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Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 30 décembre, 2010 |8 Commentaires »
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