Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2011-78. Jean Madiran a présenté à Rome son livre sur l’Accord de Metz

   Comme chaque année, le retour de la date du 11 octobre nous vaut quelques commentaires ou publications au sujet du second concile du Vatican, dont les travaux débutèrent le 11 octobre 1962.
Quelques uns des poncifs continûment rabâchés avec force approximations, erreurs et mensonges, que j’avais lus ce matin m’avaient franchement mis en rogne, aussi le bulletin n° 241 de Correspondance Européenne, organe de liaison du Centro Lepanto, est-il arrivé à point.

   Fort de l’autorisation que m’a donné le Professeur Roberto de Mattei – que je remercie encore une fois très chaleureusement – j’ai décidé de reproduire ici le septième article du bulletin, parce qu’il est justement en rapport avec le second concile du Vatican.
Un certain nombre d’entre vous le savent déjà, puisque les faits remontent à l’été 1962 et furent rendus publics quelque six mois plus tard, afin d’obtenir de l’URSS la venue d’observateurs orthodoxes russes au concile, Jean XXIII s’était engagé – par l’intermédiaire du cardinal Tisserant – à ce que le dit concile n’émette aucune condamnation ni critique du communisme!

   Cette vérité historique, à laquelle Jean Madiran a consacré un ouvrage qui vient d’être traduit en italien et qu’il est allé présenter à Rome (c’est l’objet de l’article reproduit ci-dessous), a un caractère absolument effrayant, mais elle nous aide toutefois à prendre un sain recul : l’optimisme béat et les envolées emphatiques des intégristes conciliaires sont en effet infiniment plus mortifères et stériles que le réalisme paisible d’un Benoît XVI, qui sait tirer les leçons de l’histoire et peut véritablement conduire l’Eglise en dehors des ornières où de fausses interprétations l’ont embourbée depuis bientôt cinquante ans!

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

l'Accord de Metz

    »Cet accord marque l’un des épisodes les moins glorieux de l’Histoire récente de l’Église catholique. L’Accord de Metz a été connu trop tard, et il reste encore bien des aspects inconnus à tirer au clair. Celui-ci est intervenu le 13 août 1962. On était à deux mois de l’inauguration du Concile Vatican II, lorsqu’a été stipulé dans cette ville française un accord entre le cardinal Tisserant et l’archevêque orthodoxe, Monseigneur Nicodème. On a découvert par la suite que ce dernier était un espion à la solde des Soviétiques. L’accord, en effet, prévoyait que le Kremlin permette d’envoyer au Concile quelques représentants de l’Église orthodoxe en échange de la promesse d’un silence total sur le communisme.

   L’absence de condamnation du marxisme et des crimes perpétrés par les régimes qui lui étaient liés a entraîné des conséquences pernicieuses, tant dans l’Histoire du monde que dans l’Histoire de l’Église, contribuant à retarder la fin de la Guerre Froide, et délégitimant l’autorité du Catholicisme, car empêchant toute possibilité de condamnation de tout type d’aberration de la modernité dans les années futures.

   L’accord de Metz a été révélé pour la première fois six mois seulement après sa signature, grâce aux enquêtes menées par la revue “Itinéraires”, dirigée par Jean Madiran. Cinquante ans plus tard presque, le livre de ce journaliste français a été traduit en italien sous le titre : “L’accordo di Metz” tra Cremlino e Vaticano, et a été publié par la maison d’édition Pagine, avec une Préface et une Postface du Professeur Roberto de Mattei. Sur l’initiative de la maison d’édition et de la   Fondazione Lepanto, l’ouvrage a été présenté au public à Rome, au Palais Ferrajoli, le 20 septembre dernier, en présence de l’auteur, de l’éditeur de Pagine, Luciano Lucarini, du journaliste, écrivain et parlementaire, Gennaro Malgieri, et du Professeur Roberto de Mattei.

   Malgieri a défini Madiran comme étant l’«un des maîtres de notre génération» et comme un auteur à contre-courant, «une référence du Catholicisme traditionnel». L’accord de Metz, d’après Malgieri, a permis à la culture communiste de «pénétrer dans les murs du Vatican, conditionnant toute l’Église» et causant «de graves conséquences, y compris dans la société civile», de par le sécularisme de masse dont nous supportons aujourd’hui les conséquences au plus haut degré. Cet accord «mettait en circulation une fausse monnaie : l’idée que le communisme pouvait être domestiqué». Les hiérarchies ecclésiastiques des années conciliaires ont ensuite commis l’erreur de se compromettre avec l’ennemi, au lieu de mettre les fidèles en garde, comme a osé le faire courageusement le grand dissident Alexandre Soljenitsyne. Les Pères du Concile se sont illusionnés de pouvoir, par l’accord de Metz, «adoucir les persécution anti-chrétiennes qui se déroulaient derrière le Rideau de Fer, alors que le résultat fut qu’elles n’ont fait que s’accroître», comme l’a noté Malgieri.

   Comment a-t-il été possible qu’au sein de l’Église catholique, tant de personnes aient ignoré le danger qui provenait de l’impérialisme communiste? D’après le Professeur de Mattei, les causes sont nombreuses et complexes, et elles trouvent leurs racines dans la théologie moderniste, qu’avait condamnée bien des années auparavant Pie X. L’Ostpolitik du Vatican des ces années-là «encourageait la docilité à l’égard de toutes les manifestations du monde moderne, dont le communisme représentait– comme l’a souligné de Mattei –  la plus nette expression». Au cours de ces années, certains souhaitaient directement mettre un «terme à l’ère de Constantin» au cours de laquelle l’Église, «au lieu de progresser dans Son Évangélisation, comme cela s’était passé à partir de la conversion de Constantin, cédait à l’esprit du monde, et s’y subordonnait». Or, en fin de compte, le Concile a péché par manque de vision à long terme, dans la mesure où, dans son ambition d’accueillir  – comme cela est manifesté de façon particulièrement claire dans Gaudium et Spes – l’«esprit de notre temps», «il n’a pas su voir venir la crise de la modernité qui devait, quelques années plus tard, engendrer Mai 68». Parmi les nombreuses conséquences doctrinales que l’Église a subies à la suite du Concile, figure (comme l’a fort bien rappelé Jean Madiran lui-même dans l’un de ses livres traduit en italien : L’eresia del XX secolo (L’Hérésie du XXème siècle), «cette hérésie d’omission», qui consiste à se taire sur les principales Vérités de Foi. Comme l’a rappelé De Mattei, par exemple, «en France, le mot “consubstantiel” a été supprimé, et dans de nombreux pays, les catéchismes sont à ce point dépourvus de toute contenu théologique, que les familles doivent commencer toutes seules leur cheminement de Foi».

   En conclusion de cette rencontre, Jean Madiran a rappelé que l’accord de Metz a été découvert tardivement, du fait d’une volonté minutieuse de le dissimuler, de la part des media et des pouvoirs forts, tandis que par ailleurs «la presse des régimes communistes a accordé une vaste publicité à cet évènement». Parler à nouveau de l’accord de Metz, et faire la lumière sur cette page sombre de l’Histoire de l’Église, est une entreprise éminemment pertinente, d’autant qu’«il faut rappeler à ceux qui croient que le communisme n’existe plus, qu’à cause de cet Accord, l’Église s’est contrainte elle-même à ne plus condamner aucune aberration, et qu’aujourd’hui nous risquons d’assister à la fin de Son Magistère», pour reprendre les mots de conclusion de Jean Madiran. »

L. M.

pénétration communiste dans l'Eglise

Recette du Mesnil-Marie : la tourte provençale aux coings.

Panier de coings

Voilà bien longtemps que je ne vous ai pas excité les papilles!!! On vient de nous apporter un plein panier de coings, alors dare-dare je me suis mis en quête d’une recette facile et savoureuse : nous laisserons de côté la gelée et la pâte de coings pour réaliser ensemble la traditionnelle tourte provençale aux coings dont on nous assure qu’elle est délicieuse.
Alors à vos casseroles et autres instruments : vous ne le regretterez pas!

Lully.

gif coing 1gif coing 1gif coing 1

INGRÉDIENTS :

5 coings ; 2 pâtons de pâte feuilletée ; 1 jaune d’oeuf ; 2 cuillères à soupe de semoule de blé ; 100 gr de sucre ; 1 jus de citron.

PREPARATION :

Rincez les coings, épluchez les, coupez-les en quatre, ôtez les pépins et le coeur mais conservez-les. N’oubliez pas d’arroser les coings avec le jus du citron pour les empêcher de noircir. Placez les pelures, les pépins ainsi que les coeurs dans une casserole et les couvrir d’eau froide : portez à ébullition et laissez mijoter 30 minutes.

Filtrez le jus ainsi obtenu et remettez-le dans la casserole avec le sucre en poudre et les quartiers de coings :  faire cuire pendant environ 20 minutes (contrôlez la cuisson avec une pointe de couteau : lorsque la pointe du couteau rentre très facilement dans leur chair les coings sont cuits).

Préchauffez le four à 200°. Pendant ce temps étalez un pâton de pâte feuilletée sur le papier sulfurisé qui tapisse le fond de la tourtière, saupoudrez-le avec les 2 cuillers à soupe de semoule, puis disposez y les quartiers de coings. Recouvrez ensuite avec le deuxième pâton puis soudez les bords en les mouillant légèrement et en les pinçant.

Dorez la pâte avec le jaune d’oeuf (vous pouvez réaliser quelques dessins avec la pointe d’un couteau) puis enfournez pendant 45 minutes (le dessus doit être bien doré).

Avant de déguster la tourte, laissez-la refroidir. On peut servir accompagné d’une chantilly ou d’une crème anglaise.

gif coing 1gif coing 1gif coing 1

Autre recette avec des coings précédemment publiée : la tarte aux coings > www.

Publié dans:Recettes du Mesnil-Marie |on 11 octobre, 2011 |2 Commentaires »

2011-77. In memoriam : le Général Athanase de Charette.

Zouaves Pontificaux

   La date du 9 octobre est riche en anniversaire : c’est au premier chef la fête de Saint Denys, premier évêque de Paris et c’est également le dies natalis du vénérable Pie XII, dont nous attendons avec une certaine impatience la béatification (cf. > ici).
A ces grandes commémorations, il convient d’ajouter l’anniversaire de la mort d’un grand héros chrétien : le général baron Charles Marie Athanase de Charette de La Contrie, qui rendit son âme à Dieu le 9 octobre 1911.

   Tous nos amis savent combien nous sommes attachés aux Zouaves Pontificaux, dont nous avons déjà publié dans ce blog un résumé de l’épopée depuis leur création jusqu’à la prise de Rome (voir ici et > ici) ; ils savent également de quelle manière nous nous efforçons de mieux faire connaître et pratiquer la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus ; ils  n’ignorent pas non plus à quel point nous cherchons à informer des desseins particuliers du Coeur de Jésus concernant la France…

   Tous ces éléments font que nous ne pouvons bien évidemment pas laisser passer ce centenaire sans publier l’éloge d’Athanase de Charette.

   Par son père, il était le petit-neveu du chevalier François-Athanase de Charette de La Contrie, le fameux généralissime vendéen ; par sa mère, il était petit fils du duc de Berry et donc arrière-petit-fils du Roi Charles X.
En exil avec sa famille, il est élève à l’académie militaire de Turin de 1842 à 1846 ; en 1852, il est sous-lieutenant au service du duc de Modène dont il devient officier d’ordonnance de 1856 à 1859 ; à cette date il démissionne pour ne pas avoir à combattre contre les troupes françaises engagées en Italie.
En mai 1860, il rejoint l’armée pontificale, devient capitaine du corps des volontaires franco-belges et il est blessé à Castelfidardo.
Figure emblématique du corps des Zouaves Pontificaux, il est lieutenant-colonel en 1867 et s’illustre de manière particulière à Mentana.
Après la prise de Rome, il embarque pour Marseille et organise les Zouaves Pontificaux rebaptisés Volontaires de l’Ouest pour lutter au côté des troupes françaises régulières contre le rouleau compresseur prussien qui écrase la France. C’est alors qu’a lieu le célèbre épisode de Loigny (dont nous reparlerons).
Général de brigade en janvier 1871, il est en Bretagne en train d’organiser un bataillon de mobiles quand il apprend la signature de l’armistice.

   Pendant les quarante années qui lui restent à vivre, il sera le principal animateur du groupe français des survivants des Zouaves Pontificaux et sera présent à de très nombreuses manifestations catholiques, la plupart du temps apportant avec lui la bannière de Loigny.

   Nous ne pouvions faire mieux que de donner ici la parole au lieutenant-colonel Armel de Charette, son descendant, qui nous honore de son amitié et que nous remercions chaleureusement de sa contribution.

Frère Maximilien-Marie.

Athanase de Charette

Eloge

du Général Athanase de Charette

commandant le régiment des

Zouaves Pontificaux et Volontaires de l’Ouest

par son descendant

le lieutenant-colonel Armel de Charette

(d’après le n°502 de l’Avant Garde – du 15 octobre 1911 – bulletin bi-mensuel des Zouaves Pontificaux)

Armoiries de la famille de Charette

   Nous sommes le 9 octobre 1911, à 12h 58 le général de Charette vient de rendre sa belle âme à Dieu, à l’âge de 79 ans. C’est une perte irréparable pour le régiment des Zouaves Pontificaux.

   Nous ne ferons qu’esquisser aujourd’hui la carrière du soldat : elle est connue du monde entier. Depuis Castelfidardo jusqu’à Loigny, c’est une série ininterrompue d’exploits, dignes des paladins du Moyen-Age.

   En 1860, à Castefidardo, c’est le jeune et brillant capitaine qui pousse l’héroïsme à son plus haut degré, heureux de faire ses premières armes, fier de verser son sang pour la plus noble des causes : le pouvoir temporel du Saint Père.
En 1867, à Mentana, c’est le vaillant colonel, audacieux entraineur d’hommes, qui, au moment psychologique, sait d’un mot électriser ses compagnons d’armes et les lancer dans la mêlée.
En 1870, pendant l’invasion italienne des Etats Pontificaux, c’est le chef prudent et avisé qui exécute une retraite difficile, au milieu de tout un corps d’armée ennemi.
Le 2 décembre 1870, à Loigny,  c’est toujours le chef qui commande et qui, froidement, accepte le sacrifice lorsque le salut de l’armée l’exige.
Pendant l’armistice de 1871, c’est le général qui sait organiser une division de 15 000 combattants et façonner les hommes à son image.

   La dernière période de la vie du général de Charette est moins connue; ce fut – du moins pour le public – une période d’inaction qui dura quarante ans, tout entière faite d’abnégation, de sacrifices, de déceptions et de souffrances.
Aux élections législatives, le général de Charette est nommé député de Marseille ; il refuse ce mandat, ne se sentant aucun goût pour le parlementarisme.
Au mois d’août 1871, M. Thiers lui offre le grade de général de division dans l’armée française ; il refuse « ce qu’il appelait la plus belle des récompenses et le plus grand honneur qu’il put ambitionner » ; il veut rester à la disposition du Pape, à la disposition du comte de Chambord qui incarnait pour lui la Patrie.
Pendant douze ans, il est prêt pour l’action, il attend l’heure de Dieu. Hélas! cette période se termine par une amère déception : le comte de Chambord meurt et avec lui ses projets de restauration.
Charette suivra la même tradition avec le duc d’Orléans et ne perdra pas une occasion pour affirmer sa foi monarchique.

   La cause du Pape n’en restera pas moins la première de ses préoccupations et, pendant quarante ans, il continue sa croisade à travers le monde. Il parcourt la France, la Belgique, la Hollande, le Canada, groupe ses anciens soldats et leur fait part de son inaltérable espérance. Il veut maintenir les traditions du régiment et les léguer à nos enfants.
Il faut avoir été témoin de ces réunions plénières pour comprendre l’enthousiasme qui animait ceux qui avaient répondu à l’appel, et la communauté de sentiments qui existait entre le chef et les soldats.
Presque chaque année, le général de Charette se rendait à Rome pour rappeler au Souverain Pontife qu’il était avant tout le serviteur de l’Eglise et pour lui rendre un témoignage de soumission, de fidélité et de dévouement.
Léon XIII et Pie X accueillaient avec joie et bonté l’ancien commandant des Zouaves Pontificaux.

   Mais ce qui caractérisait surtout le général de Charette, c’était son grand esprit de foi ; il fut le soldat catholique dans toute la force du terme ; il fut le fervent soldat du Sacré-Coeur.
Dans un siècle d’indifférence et d’irréligion, il avait compris qu’il devait, comme soldat, affirmer publiquement sa foi et rendre à Dieu un solennel hommage.
Le grand Charette, son grand oncle, avait donné aux paysans de la Vendée l’image du Sacré-Coeur, image placée sur leurs poitrines pendant la guerre de 1793 ; le général de Charette voulut faire une manifestation analogue sur le champ de bataille de Loigny, en arborant la bannière du Sacré-Coeur.
On se rappelle que cette précieuse bannière, teinte du sang de plusieurs de nos camarades, lui arriva providentiellement, pour ainsi dire par la main des anges.
Après la guerre, il consacra son régiment au Sacré-Coeur et fit le serment de propager sa dévotion.

   Il continua plus tard de marcher dans cette voie, en participant à l’érection de la basilique de Montmartre ; il fut l’un des membres les plus assidus du Comité du Voeu National.
Le 19 juin 1875, à la pose de la première pierre de la Basilique, Charette et sa bannière étaient là.
Le 17 octobre 1899, à la plantation de la croix monumentale qui domine le dôme central de la Basilique du Sacré-Coeur, Charette et sa bannière étaient là, tout là-haut, sur la dernière plate-forme.

   Le plan du général de Charette éclate aux yeux de tous ; dans sa sphère et dans la mesure de ses forces, il avait le désir de réaliser les demandes du Divin Maître à Sainte Marguerite-Marie : l’image du Sacré-Coeur sur le drapeau de la France, l’érection d’un temple national sur les collines de Paris, Gallia poenitens et devota : la France pénitente et dévouée (inscription du frontispice de la Basilique).

   Notre bon général était un fervent chrétien dans tous les actes de sa vie : il était servant de Messe le plus souvent possible ; il participait avec ferveur aux adorations nocturnes du Saint-Sacrement ; il récitait son chapelet plusieurs fois par jour.
Un souvenir de quelques mois à peine : nous étions à la Basse-Motte, midi sonne, le général s’élance vers la chapelle de la commanderie, sonne la cloche et récite l’angélus.
Sa vie a été pour nous tous un exemple continuel.

popeslegion.jpg

Prières de Saint Bruno (v. 1030 – 1101)

   Profitons de la date du 6 octobre, qui est celle de la fête de Saint Bruno, pour publier deux belles prières qui lui sont attribuées.

En notre Mesnil-Marie, nous nous sentons en quelque sorte un lien historique avec l’Ordre des Chartreux fondé par Saint Bruno : en effet, nous ne vivons pas seulement à quelques kilomètres des vestiges de la Chartreuse de Bonnefoy mais, selon les précisions de notre amie historienne Elodie Blanc (dans le mémoire très détaillé qu’elle a produit et dans les conversations que nous avons eu avec elle), notre hameau se trouvait à l’intérieur des limites du « désert » de cette Chartreuse. Peut-être même notre Mesnil-Marie a-t-il pu être jadis une ferme monastique ?…

frise

Chartreuse de Bonnefoy

Vestiges de la Chartreuse de Bonnefoy, à quelques kilomètres du Mesnil-Marie
(photo prise le 13 octobre 2012 )

frise

O Dieu, montrez-nous Votre visage
qui n’est autre que Votre Fils,
puisque c’est par Lui que Vous Vous faites connaître
de même que l’homme tout entier est connu par son seul visage.
Et par ce visage que Vous nous aurez montré,
convertissez-nous ;
convertissez les morts que nous sommes
des ténèbres à la lumière,
convertissez-nous des vices aux vertus,
de l’ignorance à la parfaite connaissance de Vous!

Saint Bruno (vitrail)

Vous êtes mon Seigneur,
Vous dont je préfère les volontés aux miennes propres ;
puisque je ne puis toujours prier avec des paroles,
si quelque jour j’ai prié avec une vraie dévotion,
comprenez mon cri :
prenez en gré cette dévotion
qui Vous prie comme une immense clameur ;
et pour que mes paroles soient de plus en plus dignes d’être exaucées de Vous, donnez intensité et persévérance à la voix de ma prière.
O Dieu, qui êtes puissant et dont je me suis fait le serviteur,
quant à moi je Vous prie
et Vous prierai avec persévérance
afin de mériter et de Vous obtenir ;
ce n’est pas pour obtenir quelque bien terrestre :
je demande ce que je dois demander, Vous seul!

Armoiries de la Chartreuse de Bonnefoy (Vivarais)

Armoiries de la Chartreuse de Bonnefoy :
« d’azur à trois fleurs de lys d’or, un Agneau pascal passant en chef portant une Croix à bannière d’argent »
(d’après l’Armorial du Vivarais de Florentin Benoît d’Entrevaux)

frise

2011-76. Souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’Abbé Carmignac.

   La rédaction de ces souvenirs m’avait été instamment demandée par feu Monsieur Robert Cuny, alors président de l’Association Jean Carmignac, et elle fit l’objet de publications étalées dans les bulletins n° 9, 10 et 11 des « Nouvelles de l’Association Jean Carmignac » (année 2001).
A l’occasion du 25ème anniversaire du rappel à Dieu de celui qui fut tout à la fois un très grand savant et un éminent spirituel, j’ai décidé de publier aussi ces souvenirs sur ce blogue du Maître-Chat Lully, sans – bien sûr – en modifier la teneur mais en perfectionnant la forme.

Monsieur l'Abbé Jean Carmignac

   C’est dans le cadre des rencontres annuelles estivales du groupe « Fidélité et Ouverture », que j’ai fait connaissance de Monsieur l’abbé Jean Carmignac.

   En 1983, et bien que je ne fusse alors qu’un tout jeune religieux (21 ans), il m’avait été demandé de présenter au cours des journées de prière et d’amité de  « Fidélité et Ouverture », un exposé sur la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus : le culte du Sacré-Coeur faisait en effet quelques difficultés à certains intellectuels présents et il s’agissait donc d’en rappeler les fondements scripturaires, doctrinaux et spirituels, puis de dresser le tableau de ses développements historiques qui allèrent de pair avec une intensification de la spiritualité et une grande fécondité apostolique.

   A l’issue de mon exposé, Monsieur l’abbé Carmignac tint à me parler personnellement parce qu’il voulait me préciser quelques éléments que mon ignorance de l’Hébreu ne me permettaient pas d’apprécier, et qui venaient renforcer les idées que j’avais développées.
Avec beaucoup de clarté, il m’expliqua que le mot hébreu désignant le coeur allait bien au-delà de l’acception un peu trop sentimentale que nous lui connaissons en Français, mais qu’il permet d’exprimer une dimension très profonde de la personne : ce qu’elle a de plus grand, de plus noble, de plus ressemblant à Dieu, puisque l’Ancien Testament attribue déjà un « coeur » à Dieu.
Il me cita le psaume XXXII «Cogitationes cordis ejus in generatione et generationem… Les pensées de son coeur demeurent de génération en génération …», me faisant remarquer que c’était justement ce verset que l’Eglise avait choisi pour en faire l’introït de la messe du Sacré-Coeur.

   « Pour une mentalité hébraïque, me disait-il, la pensée vient du coeur, tandis que nous autres aurions tendance à dire qu’elle vient de l’intellect ». Et il me montra que ce verset, tout en permettant de développer la notion d’histoire du salut (tellement importante… et tellement « oubliée » par les tenants d’une exégèse historico-critique), s’accordait merveilleusement à ce que je venais de développer sur l’histoire et la doctrine, la spiritualité et les aboutissements de la dévotion au Coeur de Jésus, comprise – selon l’expression du Pape Pie XI – comme la synthèse admirable de toute la religion catholique.

   C’est ainsi qu’il m’a été donné de comprendre que la science exégétique, vaste et très nuancée, de Monsieur l’abbé Carmignac s’enracinait et s’épanouissait dans une vie spirituelle authentique, profonde, vive et vivifiante, qui n’avait rien de commun avec la science froide et sèche de nombre d’intellectuels prétendument catholiques.
Pour l’abbé Carmignac, la connaissance très poussée des Saintes Ecritures était véritablement devenue une connaissance vivante et surnaturelle du Christ qu’il aimait.

   J’étais, en ces temps là, chargé d’un cours d’initiation biblique à la maison de formation de mon Institut et je m’autorisais de la bienveillance avec laquelle Monsieur l’abbé Carmignac m’avait entretenu pour lui poser quelques questions qui me tenaient à coeur.

   Je me souviens en particulier d’une conversation très libre qui eut lieu au cours d’un déjeuner. C’était à propos des traductions françaises de la Bible et des éditions courantes qu’on en trouve.
J’expliquais les réticences que j’avais à propos de la T.O.B. (traduction oecuménique de la Bible) et les discussions un peu vives que j’avais eues à ce sujet avec des confrères – religieux ou prêtres – qui considéraient cette traduction et ses notes comme un travail sérieux, scientifique et fiable, et qui n’hésitaient pas à y recourir pour la préparation de leurs sermons ou de leurs enseignements…
Avec les personnes présentes, elles aussi intéressées par ce sujet délicat, nous demandâmes donc l’avis de l’abbé Carmignac.

   Il eut un bon et fin sourire : « Que l’on ne me dise surtout pas que la T.O.B. est un ouvrage de référence, ni une traduction rigoureuse et scientifique! Et je sais de quoi je parle, puisque je suis mentionné parmi les collaborateurs de cette traduction ! »
Avec humour, il nous raconta alors comment il avait été sollicité pour effectuer la traduction et rédiger l’introduction à l’un des petits prophètes, puis de quelle manière, et contre son gré, on avait voulu publier son travail dans la T.O.B.
Sa réaction de protestation venait du fait qu’il n’avait pris conscience qu’après avoir remis le travail qu’on lui avait demandé, de ce qu’étaient les prétentions de cette publication, mais aussi ce qu’était en réalité la mentalité exégétique de la plupart des traducteurs ou commentateurs avec lesquels son propre travail serait publié…

   Plusieurs personnes demandèrent alors l’avis de l’abbé sur les traductions françaises courantes, et voulurent savoir laquelle, selon lui, était la plus recommandable pour l’usage des fidèles « ordinaires ».
Sans hésitation, il nous conseilla d’utiliser de préférence les vieilles éditions qui présentaient de sérieuses garanties de catholicité (celles publiées avec un imprimatur avant les années 50), même s’il n’en était aucune de véritablement parfaite.

   Je crois l’avoir alors amusé en lui exprimant mon enthousiasme pour la traduction du Maistre de Sacy (elle n’avait pas encore été rééditée et on ne pouvait la lire que dans des éditions du XIXème siècle !), mais il me dit qu’il comprenait mon admiration pour cette version qui alliait une réelle sûreté doctrinale à l’extraordinaire beauté de la langue classique.

   Une autre fois, nous eûmes l’occasion de revenir sur ces traductions françaises de la Bible qui se présentent « d’après les manuscrits originaux ».
J’étais irrité contre cette mention que l’on trouve au début de plusieurs éditions courantes et qui ne peut qu’abuser le commun des fidèles : en effet, ceux que l’on appelle « manuscrits originaux » ne sont que des manuscrits hébraïques de l’Ancien Testament qui ne remontent pas, pour l’ensemble, au delà du IXe siècle de notre ère : ils sont donc postérieurs de plusieurs siècles aux plus anciens manuscrits des versions grecques ou latines de ces mêmes textes.
Or, les exégètes « modernes » ont tendance à mépriser ou à tenir pour négligeables les leçons de la Vulgate ou de la version des Septante quand elles divergent d’avec celles du texte hébreu contenu dans des manuscrits plus récents.

   Je ne cachais pas que, à mon avis, le judaïsme postérieur à la destruction du Temple de Jérusalem (70 ap. J.C.) avait préféré « réviser » le texte hébreu des livres saints (en particulier lorsque les  voyelles avaient été ajoutées) quand il était trop manifestement en faveur de la foi chrétienne, plutôt que de garder telles quelles certaines prophéties, dont le texte des Septante garde l’état originel.
Et je citais Saint Jérôme – que l’on sait pourtant très attaché à la « veritas hebraica » – qui répondait à Marcella, se plaignant de ne pas avoir reçu de lettre de lui : « Quel est donc ce travail si important et si nécessaire, me direz vous, qui ne vous permet pas le plaisir d’une causerie épistolaire ? C’est la confrontation de la version d’Aquila avec le texte hébreu, étude dont je m’occupe depuis longtemps, pour voir si la Synagogue n’aurait pas fait à l’original, en haine du Christ, quelque changement ; et je ne craindrai pas d’en faire l’aveu à une amie comme vous, j’ai trouvé là bien des choses capables de corroborer notre foi ! »

   Monsieur l’abbé Carmignac donna son assentiment à mon opinion et, lorsque je lui demandais si les textes bibliques retrouvés à Qumrân, dans le cas de leçons divergentes, étaient plus proches du texte des Septante ou de celui des textes hébreux prétendûment « originaux », il répondit sans hésitation que, dans l’ensemble, les textes hébreux retrouvés à Qumrân authentifiaient les leçons de la version des Septante.

   Il ajouta alors qu’il était convaincu que le texte hébreu des Saintes Ecritures, tel qu’il était lu en Palestine à l’époque de Notre-Seigneur et des débuts de l’Eglise, était globalement le même que le texte contenu dans la version grecque des Septante en raison du fait suivant : lors du concile de Jérusalem, où fut débattu de ce qu’il fallait imposer des usages du judaïsme aux nouveaux chrétiens issus du paganisme, l’apôtre Saint Jacques, dit le Mineur, intervint à la suite de Saint Pierre en faveur de mesures prudentes de discipline qui ne gardaient des prescriptions mosaïques qu’une part minime. Il s’agissait de faciliter les relations entre les fidèles venus du paganisme et ceux qui, issus du judaïsme, restaient attachés à tous les usages mosaïques.

   L’intervention de Saint Jacques se trouve en Actes XV, 13-21. Or l’argumentation qu’il développe fait intervenir une citation du prophète Amos (IX,11-12) annonçant : « Après cela je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David qui est tombé ; je réparerai ses ruines et je le relèverai ; afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, et aussi toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, dit le Seigneur qui fait ces choses ». Cette leçon, on le voit, contient des perspectives de salut universel.

   La plupart des éditions modernes signalent en note que Saint Jacques cite le prophète Amos d’après le texte grec de la Septante, car le texte hébreu des prétendus « manuscrits originaux » contient cette leçon-ci : « En ces jours là, je relèverai le tabernacle branlant de David, je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je rebâtirai comme aux jours d’autrefois afin qu’ils possèdent le reste d’Edom et toutes les nations qui furent appelées de mon nom ; oracle du Seigneur qui a fait cela ». Ici, il n’est plus de trace d’un salut adressé à toutes les nations, mais l’affirmation d’une domination universelle d’Israël.

   Monsieur l’abbé Carmignac faisait alors remarquer que Saint Jacques, considéré comme l’un des plus fidèles gardiens des traditions du judaïsme dans la primitive Eglise, et qui devait donc logiquement être attaché au texte hébraïque des Saintes Ecritures plus qu’à leur version grecque, cite un texte dont le sens est conforme à celui contenu dans la traduction des Septante afin de justifier une décision qui impose aux fidèles venus du paganisme une observation minimaliste des usages mosaïques.
Les chrétiens issus du judaïsme qui avaient voulu imposer tous les préceptes de la loi juive aux nouveaux convertis se trouvaient donc un peu « désavoués » par celui des apôtres qui se trouvait le plus proche d’eux (l’abbé souriant dit même – cum grano salis – que Saint Jacques, en nos temps, serait passé pour « l’intégriste de service » !).
Si le texte hébreu du prophète Amos lu par les Juifs palestiniens avait été différent, comme il l’est aujourd’hui dans les manuscrits dits « originaux », de la leçon invoquée par Saint Jacques à l’appui de son argumentation, il leur aurait été facile de la contester, de protester en disant que le texte qu’il utilisait était une interprétation erronée de la prophétie… Or, il n’en fut rien !
« Cela signifie donc
, concluait l’abbé Carmignac, que le texte hébreu originel était conforme à ce que nous lisons aujourd’hui dans la traduction des Septante et non à la leçon actuelle que nous trouvons dans les manuscrits hébreux ».

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

35.gif

Lire aussi :
- In memoriam : Monsieur l’abbé Jean Carmignac > ici.
- le témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Jean Carmignac > ici.

2011-75. Témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Jean Carmignac.

paru dans

« Inchiesta sul Cristianismo »
(« Enquête sur le Christianisme »)

Traduction établie par Madame Marie-Christine Ceruti
et publiée avec son autorisation.

    C’est en 1984 qu’est née la « querelle » [1] entre les spécialistes de la Bible et, plus généralement, entre ceux qui étudient les origines du Christianisme. C’est à cette époque-là qu’a paru dans les librairies françaises un petit livre d’aspect modeste au titre discret « la Naissance des Evangiles Synoptiques » [1], imprimé par un petit éditeur spécialisé. Moins de cent pages dans la première édition, un peu plus dans la seconde édition parue « avec la réponse aux critiques », écrites par un auteur inconnu de la grande masse : un certain Jean Carmignac, bibliste et prêtre parisien. Rien d’extraordinaire, par conséquent, mieux, une apparence de modestie. Voire d’ennui.
Mais ici, plus que jamais, les apparences trompent : parce que si l’ « abbé » [1] Carmignac a par hasard raison, « d’entières bibliothèques devront passer dans le rayon des livres inutiles », comme l’a écrit un spécialiste. Si ces petites pages de rien disent vrai, « la lecture entière du Nouveau Testament sera à revoir » et « l’exégèse biblique du futur devra suivre des chemins complètement différents de ceux qu’elle a suivis depuis deux cents ans ». C’est ce que me disait l’auteur, réservé, doux, hostile aux polémiques, mais bien sûr de son fait, avec une demi siècle d’études super-spécialisées derrière lui.
Dans cette querelle, en fait, l’attention du public était attirée par le livre mais aussi par l’auteur, personnage hors du commun, bien qu’il fit tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas le devenir, pour être laissé en paix au milieu de ses livres et de ses études.

   Déconcertante fut, dès le premier instant, ma rencontre avec lui : l’adresse de Paris, obtenue au téléphone, ne correspondait pas à une maison, mais à une petite porte à côté d’une église, la paroisse de Saint François de Sales, dans le bourgeois 17e « arrondissement » [1].
Monté par un escalier de bois qui craquait dans le silence de ce qui ressemblait à un bâtiment inhabité, je sonnai au dernier étage à une porte, et un soupirail s’ouvrit par lequel se montra un vieillard menu, le visage effilé, les cheveux blancs, habillé – mirabile dictu! – vraiment en prêtre, avec tout ce qu’il fallait de soutane et de col blanc.
L’apparition m’indiqua une chaise sur le palier, proféra quelques monosyllabes, puis la porte se referma. Le mystère se dissipa peu après lorsque la porte se ré-ouvrit, qu’il en sortit une personne et que sortit aussi l’abbé Carmignac souriant et cordial, qui m’introduisit dans sa maison. Cette dernière, plus qu’un logement, se révéla être un dépôt de livres et de manuscrits, avec juste la place pour un petit bureau – encombré lui aussi de papiers – et un lit.
L’attente sur le palier? C’est que l’érudit, le bibliste, professeur Carmingac n’oubliait pas qu’il était aussi – surtout – un prêtre : « Je suis vicaire, ici, et chaque jour je dédie un peu de mon temps à ce que la plupart de mes confrères de France ne veulent plus faire : confession et direction spirituelle. Vous voudrez bien m’en excuser, mais je finissais juste de confesser ».
Par cela et par d’autres signes il apparaissait aussitôt clairement que Jean Carmignac appartenait à ces spécialistes de la Bible qui ne se limitent pas à traiter ces pages comme un objet quelconque d’érudition, mais comme base d’une foi vivante et vécue.

   Fils de pauvres gens de la campagne française, entré au séminaire où il se signala aussitôt pour son goût de l’étude, le jeune Carmignac fut rapidement envoyé à Rome pour se préparer à devenir professeur dans son petit diocèse.
Après avoir acquis licences et diplômes, c’est une jeune tellement au fait des études bibliques (hébraïques surtout) qui revint en France, que son évêque lui-même l’envoya à Paris, pour qu’il n’étouffât pas en province. Et puis, en 54, il obtient une bourse d’études pour Israël et c’est le premier contact avec les manuscrits de la communauté Essénienne de la Mer Morte, découverts depuis peu dans une grotte. Un monde nouveau pour l’hébraïsant qui connaissait sur le bout des doigts la langue de l’Ancien Testament mais qui s’approchait pour la première fois d’une langue sémite comme celle de Qumrân riche de nouveautés, de surprises. Il devait en devenir un des plus grands experts mondiaux.
Fondateur, directeur et, naturellement, unique rédacteur de la « Revue de Qumrân » [1] (le seul journal qui s’occupe de façon exclusive de ces textes re-émergés après deux mille ans, comme par miracle), Carmignac maintenait sa publication à un niveau d’érudition très élevé. Mais combien êtes-vous dans le monde à vous occuper de Qumrân? lui demandai-je. « A temps plein, je crois une dizaine, une douzaine au maximum… », répondit-il désarmant.

   Des écritures hébraïques de la Mer Morte aux Evangiles et à leur origine sémitique : ce fut un tournant pris en 1963, et, depuis lors, poursuivi avec détermination, jusqu’à sa mort près de vingt-cinq ans plus tard. Il me raconta comment les choses s’étaient passées.
« J’ai commencé par hasard à m’occuper de la naissance des Evangiles. En traduisant les textes de Qumrân, je constatais beaucoup de rapports avec le Nouveau Testament et j’ai pensé que je pourrais en tirer un commentaire à la lumière des documents de la Mer Morte. J’ai décidé de commencer par l’Evangile de Marc et, pour mon usage personnel, j’ai voulu voir quel son il rendait traduit dans l’hébreu de Qumrân. »
Et là commencèrent les surprises : « J’imaginais qu’une semblable traduction aurait été très difficile à cause des différences considérables entre la pensée sémitique et la pensée grecque. Et au contraire j’ai découvert aussitôt, stupéfait, que la traduction se révélait extrêmement facile. Après une seule journée de travail – c’était en avril 63 – j’étais déjà convaincu que le texte de Marc ne pouvait pas avoir été rédigé en grec : ce devait être, en réalité, la traduction grecque d’un original hébreu. Les grandes difficultés auxquelles je m’attendais avaient toutes été résolues par le traducteur hébreu-grec qui avait transposé mot pour mot, en conservant jusqu’à l’ordre des termes requis par la grammaire hébraïque ». En somme « plus j’avançais dans mon travail et plus – d’abord chez Marc et puis chez Matthieu – je découvrais que le corps visible du texte était en grec mais que l’âme invisible était sémitique, sans aucun doute possible ».

   Dans la conclusion de son petit livre – véritable pierre jetée dans la mare de l’exégèse biblique moderne – Carmignac a résumé en huit points ce qu’il définissait comme « les résultats provisoires de vingt années de recherche sur la formation des Evangiles Synoptiques ». Les mots sont mesurés, les degrés de probabilité attentivement gradués : « Primo il est certain que Marc, Matthieu et les documents utilisés par Luc ont été rédigés en langue sémitique ». Suit un deuxième point : « Il est « probable »[2] que cette langue sémitique soit l’hébreu plutôt que l’araméen ». Troisième point : « Il est « assez probable » [2] que l’Evangile de Marc ait été composé en lanque sémitique par l’apôtre Pierre lui-même ».
L’importance de ces affirmations  (calmes mais fondées sur deux décennies de travail) n’échappe pas aux experts, lesquels savent bien que déjà Erasme de Rotterdam, au XVIe siècle, avançait l’hypothèse que derrière le texte grec des trois premiers Evangiles – les Synoptiques – se trouvait un original hébreu. Ensuite, cependant, cette hypothèse fut pourchassée et rejetée au rang des thèses inadmissibles par la critique de « la philosophie des lumières » (ensuite la critique rationaliste, puis positiviste, puis historiciste) qui au XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui a dominé le camp de ce qu’on appelle « l’incroyance » et a pénétré pour finir même chez beaucoup d’experts chrétiens ; d’abord protestants mais, depuis quelques temps, aussi catholiques. Carmignac se refusait à citer des noms, à entamer des polémiques ; il voulait que ce soient les faits qui parlent pour lui. A travers ses paroles cependant (et les accusations explicites d’un autre Français, Claude Tresmontant qui, arrivé dans ces mêmes mois, bien que par d’autres voies, aux mêmes conclusions, les avait exposées lui aussi dans un livre, « le Christ Hébreu »[1]), on comprenait bien à quel point les études que le Nouveau Testament étaient, à son avis, dominées par des préjugés non scientifiques.

   On part assez souvent, me disait-il, de présuppositions indéracinables comme : « Les Evangiles « doivent » [2] être des compositions tardives, des textes dans lesquels ont conflué les préoccupations et les ajustements de la communauté primitive telles, par leur qualité et leur quantité, qu’elles rendaient pratiquement impossible d’y retrouver la voix authentique du Jésus qui prêchait en Palestine ». Il continuait en énumérant d’autres préjugés « non scientifiques » : « Les Evangiles « doivent » [2] être compris dans le contexte de la culture hellénistique, et donc « doivent » [2] avoir été composés en grec ». Et encore : « Les Evangiles « doivent » [2] être aussi le résultat d’une longue et obscure préhistoire orale parce que en eux, à chaque page, explose le surnaturel, le prodigieux : maintenant, étant donné que le miracle est impossible dans la vision « rationaliste » du monde, qu’il n’est de toute façon pas acceptable par la mentalité de tant d’intellectuels modernes, il faut supposer un temps adéquat pour que la « légende » chrétienne puisse se former, se coaguler dans les textes évangéliques, sous l’influence aussi des religions à mystères arrivées de l’Orient dans l’Empire Romain ». C’est avec des a-priori de ce genre, faisait comprendre Carmignac, que continue à travailler une grande partie de la critique biblique, celle-là précisément qui occupe jusqu’aux chaires des universités et qui domine les journaux et les maisons d’édition.

   Carmignac me rappela la longue et fatigante traduction en français du livre de A.T.Robinson, l’évêque anglican qui venant de premières positions rationalistes, « démythisatrices », se convertit en 1976 à une lecture du Nouveau Testament conforme à l’antique tradition chrétienne. Carmignac lui-même prépara aussitôt la traduction, mais les interventions – manifestes et occultes – du « lobby » [3] de certains spécialistes en avaient empêché la publication. Paolo Sacchi, l’hébraïsant de l’université de Turin, dans un des premiers compte rendu sur le livre-bombe de Carmignac jugeait « évidente » la thèse de la composition en langue sémitique des Evangiles, à tel point que, écrivait-il, « on se demande spontanément avec quel poids les problèmes idéologiques ont pesé sur la recherche biblique pour que jusqu’à aujourd’hui la thèse opposée ait prévalu ». En réalité, continuait Sacchi, qui est un des spécialistes les plus estimés en cette matière, « toutes la question est grevée de problèmes idéologiques et je doute donc que la thèse de Carmignac soit retenue. Je crains même qu’elle ne finisse comme celle de Robinson ».

   En effet, Sacchi fit une prophétie facile. Pierre Grelot, prêtre, bibliste célèbre de l’Institut Catholique de Paris, une des plus grandes universités catholiques, est intervenu comme la foudre avec vingt-deux observations critiques qui s’efforçaient de démolir, même de tourner en ridicule le travail de son collègue et confrère Carmignac. Lequel répondit avec autant de contre-observations.
La critique finale de Grelot disait : « En ce qui concerne Carmignac, ses hypothèses constitueront peut-être la base de l’exégèse des Evangiles vers l’an deux mille. Je pense plutôt qu’elles dormiront dans le cimetière des hypothèses mortes. On ne peut exclure que, de temps en temps, un érudit les déterre : mais en vain! J’aurais du moins jeté par avance, avec une certaine peine, quelques pelletées de terre sur leur tombe : les hypothèses de ce genre méritent bien un tel hommage ».
Réponse de Carmignac à une telle agression : « Je prie le Seigneur de nous accorder à tous deux, à M.Grelot et à moi, une bonne santé jusqu’à l’an deux mille (et même au-delà). Et j’invite l’ « abbé » (1) Grelot à nous rencontrer alors, au jour et au lieu qui lui plairont, pour que nous constations ensemble lequel des deux aura été le meilleur prophète ».

   Le souhait de l’abbé Carmignac ne s’est pas réalisé. Et personne ne peut dire si sur sa fin subite a de quelque façon pesé l’amertume due à ce qu’il a défini dans une lettre privée comme « une authentique persécution » organisée par ses collègues, souvent confrères dans le sacerdoce. En effet, avant la publication de son petit livre, il était estimé et étudié par ceux-là même qui ensuite se refusèrent à le saluer et, ce qui est pire, lui fermèrent les portes des maisons d’édition, si bien qu’il se vit contraint d’écrire en anglais de publier ainsi à l’étranger, comme si elle était un texte clandestin, cette oeuvre dans laquelle il comptait donner des preuves irréfutables de ses affirmations et qu’il pas eu le temps de terminer.

   Mais pourquoi la certitude de Carmignac a-t-elle suscité tant de réactions dures et méchantes : cette certitude (atteinte à l’issue d’un travail acharné l’ayant conduit à retrouver jusqu’à 90 traductions hébraïques du Nouveau Testament) que Matthieu, Marc et les documents utilisés par Luc ont été écrits non pas en grec mais dans une langue sémitique?
Comme me l’expliqua de vive voix le vieux savant, en me rappelant ce qu’il avait écrit, si la langue des Evangiles à l’origine était l’hébreu (ou l’araméen, même s’il penchait, lui, pour la première éventualité), c’était le signe qu’ils ont été composés alors que le Christianisme naissant était encore confiné en Palestine et n’avait pas déjà explosé dans les territoires de l’Empire, où pour se faire comprendre il fallait s’exprimer en grec, l’anglais de l’époque.

   Mais alors, observait-il, « toute la datation des Evangiles doit être révisée et située à une date antérieure. Si vraiment, comme cela semble certain, les Evangiles ont été écrits en hébreu, ils « collent » aux évènements, ils rapportent des paroles et des faits contrôlables directement par ces témoins encore vivants, sur les lieux même où ils se sont passés. Ce ne sont donc pas des compositions suspectes du point de vue historique, elles n’ont pas été soumises à ces longues manipulations de la communauté croyante dont parle l’exégèse aujourd’hui dominante. Il s’agit au contraire de documents historiques, presque de chroniques, de toute première main : et par conséquent leur niveau de crédibilité s’élève d’un coup, les certitudes de la foi viennent s’appuyer sur des confirmations historiques ».

   Si on tient la datation qui jusqu’à présent est reconnue presque partout, Marc aurait été composé vers l’an 70, date cruciale parce que c’est celle de la destruction de Jérusalem par les Romains, avec en conséquence la disparition définitive de ce monde hébreu qui avait été celui de Jésus et de ses premiers disciples ; Matthieu et Luc auraient été composés entre 80 et 90 ; Jean à la fin du siècle (quelqu’un s’est avancé même jusqu’à parler de 170…).
Carmignac observait (et avec lui Robinson, Tresmontant et d’autres exégètes qui émergent ça et là) que déjà autour de l’année 50 le Christianisme a explosé en dehors du monde palestinien. Donc, à partir de ce moment il aurait été inutile, pis dangereux, d’écrire dans une langue locale les documents de la foi. Si l’original des Evangiles est vraiment sémitique, c’est parce qu’ils ont été écrits aussitôt, entre l’an 30 (date probable de la mort de Jésus) et l’an 50 ou à peine plus tard.

   A travers des considérations qu’ici la place empêche d’exposer, le savant solitaire enfermé dans son ermitage parisien proposait cette datation : Marc n’a pas été écrit postérieurement à 42-45 et ce serait Saint Pierre lui-même qui l’aurait écrit, même si l’Evangile a pris le nom de son traducteur grec, peut-être par un acte d’humilité de la part du chef des Apôtres. Matthieu aurait été écrit vers l’an 50 et Luc peu après, en grec, mais en utilisant des documents écrits en hébreu. Et Jean? La réponse de Carmignac témoigna de son scrupule d’érudit : « Je suis spécialiste des Synoptiques seuls, je ne peux pas prendre de position précise ».
Il donna cependant des indications battant elles aussi en brèche l’opinion dominante : « Avec une méthode absolument a-scientifique, la majorité des experts part de la théologie présumée qu’exprimerait chaque évangéliste pour dater le texte. C’est dire qu’on utilise une méthode philosophique, théologique (un certain concept de « l’évolution de la pensée religieuse ») et non, comme il serait cependant correct, une méthode philologique et historique ». On est arrivé ainsi à l’axiome selon lequel Jean serait nécessairement très tardif, parce qu’il porterait des traces évidentes de l’approfondissement de la théologie des Synoptiques et parce qu’il serait marqué par une mentalité hellénistique. Mais en réalité cette présumée « mentalité hellénistique » a été retrouvée par Carmignac – et par d’autres spécialistes – dans des documents absolument hébraïques et sûrement antérieurs à l’année 70 ap.J.C. que sont les rouleaux de Qumrân.
Il me dit : « Si, par hypothèse, un jour on ne savait plus quand ont vécu les écrivains français et si, pour en reconstruire la chronologie, on appliquait les méthodes philosophiques et non philologiques utilisées pour le Nouveau Testament, les spécialistes soutiendraient sûrement avec une certitude absolue que Montaigne – mort en 1592 – était un écrivain du XXe siècle et que Claudel – mort en 1955 – écrivait au contraire au XVIe siècle! »

   Quoi qu’il en soit, l’enjeu ici est de la plus haute importance : l’objet du débat implique les biblistes mais concerne tout le monde, ce n’est certes pas un problème de rats de bibliothèque. Il s’agit des bases mêmes de la foi, de la personne de Jésus de Nazareth et de la possibilité qu’il soit vraiment ce que les croyants croient qu’il est.
Les études doivent continuer, en se confondant avec les faits objectifs et en abandonnant (s’ils veulent vraiment s’appeler « scientifiques ») les préjugés, les paresses, voire la défense de positions dominantes acquises.
Certes, comme dans tout « roman policier » qui se respecte, des raisons il y en a de part et d’autres : Carmignac lui-même m’a rappelé plusieurs fois que ses idées n’étaient que des hypothèses de travail, même si elles sont bien fondées. Il ne voulait pas même sortir à découvert : « Me pardonnera-t-on d’avoir écrit ce petit livre? J’ai eu du mal à me décider à le publier parce que mon plan était de continuer les recherches jusqu’à la limite extrême, d’en exposer les résultats dans de gros volumes scientifiques et seulement alors de m’adresser au grand public avec un livre de vulgarisation comme celui que j’ai proposé maintenant. Mais beaucoup d’amis m’ont fait remarquer que je risquais d’être au cimetière avant de terminer ces volumes et que depuis de longues années me recherches ne réussissaient pas à modifier mes premières conclusions, et, par conséquent, que je pouvais commencer à les divulguer. J’expose les résultats de vingt ans de recherches : elles m’ont amené à certaines convictions, je voudrais les faire connaître, en étant bien conscient qu’elles ne sont pas du tout conformes à la mode actuelle. Au lecteur et au temps la tâche de juger… »
Il ajouta avec cet air doux, avec ce sourire qui tout de suite frappaient chez lui : « Je n’en veux à personne, même si beaucoup m’en veulent. Je crois être sincère dans ma recherche de la vérité. Si on me présente des preuves convaincantes je suis toujours prêt – je le dis devant Dieu – à améliorer ou même à modifier mes conclusions actuelles ».

   Dans cette ligne de refus de l’intransigeance fanatique, de désir de ne pas alimenter les polémiques, il a voulu que, dans la traduction italienne, ne soit pas publié l’appendice avec sa réplique aux 22 « observations critiques » de Pierre Grelot.
« Je crois ne pas m’être trompé – disait-il – mais si j’ai raison ce sera le temps qui fera émerger la vérité, non les batailles de nous autres experts, avec le risque de compromettre la charité ».

bible.jpg

(1) en français dans le texte.
(2) en italiques dans le texte.
(3) en anglais dans le texte.

A lire également :
- « In memoriam : Monsieur l’Abbé Jean Carmignac » > ici.
- Frère Maximilien-Marie nous livre ses souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’abbé Jean Carmignac > ici.

2011-74. In memoriam : Monsieur l’Abbé Jean Carmignac (1914-1986).

Vendredi 30 septembre 2011,
fête de Saint Jérôme.

Saint Jérôme étudiant les Saintes Ecritures

   Je veux profiter de la fête de Saint Jérôme, le « Prince de l’exégèse chez les latins », pour publier simultanément trois textes importants, par leur longueur autant que par leur contenu, qui ont un rapport certain aux Saintes Ecritures et qui, une fois de plus, risquent de ne pas plaire à certains, j’en ai bien conscience.

   Saint Jérôme demeure un modèle pour tous les fidèles en raison du zèle avec lequel il s’est nourri spirituellement de la Bible, dont il a cherché à vivre les enseignements avec toute l’ardeur d’un très riche tempérament ; il est aussi un modèle pour tous les savants, biblistes, chercheurs, traducteurs, exégètes et commentateurs de la Sainte Ecriture, en raison de la rigueur scientifique conjuguée avec une stricte fidélité aux enseignements de l’Eglise, dont il fit montre dans ses travaux.

   Ce n’est cependant pas de Saint Jérôme que je veux vous entretenir, mais de l’un de ses plus éminents continuateurs et modernes émules, dont ce 2 octobre 2011 marque le 25ème anniversaire du rappel à Dieu : je veux parler de Monsieur l’abbé Jean Carmignac.

   Parmi les très grandes grâces que la divine Providence a accordées à Frère Maximilien-Marie, il y a eu celle d’avoir un peu connu et approché Monsieur l’abbé Carmignac, dont il parle toujours avec vénération et admiration parce qu’il fut tout à la fois un très grand savant et un homme d’une très haute spiritualité.
Il est donc impossible de laisser passer ce 25ème anniversaire sans rappeler qui il fut et ce que furent ses travaux, ce qui – inévitablement – nous portera à dire un mot des polémiques qu’ils ont suscitées.

   Je vais pour cela reprendre ici des éléments qui ont été déjà publiés, en particulier sur le site de notre chère Association Jean Carmignac, qui a pour but de faire connaître l’oeuvre spirituelle et scientifique de ce prêtre et, à sa suite, celle de tous les chercheurs qui défendent comme lui l’historicité des Evangiles, en s’appuyant sur des arguments incontestables émanant de sciences telles que l’histoire, la philologie, l’archéologie, la papyrologie… etc.

Qui   est   l’abbé   Jean   Carmignac ?

Monsieur l'Abbé Jean Carmignac

   Il naquit à Paris, le vendredi 7 août 1914, et y passa sa petite enfance, mais en juillet 1919 ses parents s’installèrent en Lorraine, dont Madame Carmignac était originaire, et le petit Jean grandit donc à Marey, village situé à quelque vingt kilomètres au sud de Vittel. L’abbé dira lui-même à propos de cette enfance en milieu rural : « Je me sens profondément ‘paysan’ et j’ai si bien pris l’accent des Vosges que je le garde toujours, paraît-il ».

   A l’âge de 12 ans, son attrait pour le sacerdoce est déjà mur et sa décision irrévocable : « Très jeune j’ai voulu consacrer ma vie à quelque chose d’utile et j’ai bien vite compris que rien ne serait plus utile que de devenir prêtre et de travailler au salut des âmes ».
Après avoir triomphé de l’opposition de son père (qui avait duré quatre ans), il entre au petit séminaire de Mattaincourt (1925-1931), puis au grand séminaire de Saint-Dié (1931-1934).
Ses maîtres sont frappés par sa vive et brillante intelligence, par son goût des études en même temps que par sa foi profonde, si bien que, pour répondre au désir que Pie XI avait exprimé à l’évêque de Saint-Dié d’avoir un étudiant de son diocèse à Rome, c’est lui qui fut désigné pour le Séminaire Français Pontifical. Il y resta de 1934 à 1939 et obtint des licences en théologie et en Ecriture Sainte. C’est aussi à Rome qu’il commença l’étude de l’Hébreu biblique.
Mais bien évidemment Rome n’est pas seulement pour lui un lieu d’études supérieures. Il dira de ces années : « …. (ce) fut un  enchantement à la fois intellectuel et spirituel : l’Italie m’a beaucoup marqué et j’ai laissé à Rome la moitié de mon coeur« .

   Il avait été ordonné sous-diacre à Saint-Dié le 11 octobre 1936, diacre à Rome le 19 décembre 1936 et prêtre le samedi saint 27 mars 1937, dans la chapelle du grand séminaire de Saint-Dié.
Il achève ses études à Rome alors que la guerre va éclater. Toutefois l’abbé Carmignac n’est pas mobilisé, parce qu’il est atteint de lésions pulmonaires.

   Il est d’abord nommé professeur d’Ecriture Sainte et de Morale Fondamentale au grand séminaire de Saint-Dié, où il crée aussi un cours d’Hébreu.
Bientôt, parce que beaucoup de prêtres professeurs sont au front ou en camps de prisonniers, on lui ajoute l’économat. Il lui faut trouver de quoi nourrir quotidiennement 175 personnes, en période de rationnements : « De nuit j’allais avec une camionnette à gazogène, souvent en panne, chercher du ravitaillement dans les régions agricoles et le jour je faisais mon travail de professeur ».

   Mais au bout de quelques mois à ce rythme, il est terrassé par la tuberculose. En juillet 1943 il doit partir au sanatorium du clergé, à Thorenc, où il subit deux pneumothorax.
C’est, peut-on dire, « grâce à la tuberculose » qu’il échappe à la déportation, puisqu’en novembre 1944 les Nazis envoient tous les hommes de la région de Saint-Dié à Dachau.

   L’abbé Carmignac quitte le sana de Thorenc en juin 1945 et il est nommé aumônier d’un petit hôpital, ce qui lui laisse d’amples loisirs pour approfondir ses études hébraïques de l’Ancien Testament.
Il est ensuite aumônier militaire dans des hôpitaux en Allemagne (mais sa santé y pâtit du climat), puis à nouveau aumônier d’un petit hôpital près de Saint-Dié.

   Son évêque lui propose alors de poser sa candidature pour une bourse à l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem : l’ayant obtenue, il part en septembre 1954 pour la Terre Sainte.
Chez lui, le prêtre et le savant coexistent dans une très grande harmonie. Jérusalem est pour lui avant tout le lieu où Jésus a accompli la rédemption en souffrant pour nous par amour : « Chaque matin je célébrais la Messe au Lithostrotos, là où Jésus a été condamné par Pilate ; le vendredi je participais au chemin de la croix dans les rues de la ville ; souvent je pouvais aller prier à Gethsémani ou au Calvaire ».

    »Ma bourse comportait l’obligation de rédiger un travail pour l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. J’ai choisi l’étude du déchiffrement d’un manuscrit de la Mer Morte, et cela m’a amené à me spécialiser dans les fameuses découvertes faites à Qumrân, près de la Mer Morte. Quand j’ai quitté Jérusalem, en avril 1956, j’avais terminé la rédaction de l’ouvrage qui a été publié en 1958 chez Letouzey et Ané sous le titre : « La Règle de la Guerre des Fils de Lumière contre les Fils de Ténèbres. Texte restauré, traduit, commenté ».
A mon retour en France, mon évêque a jugé qu’il valait mieux que je continue dans cette ligne et il m’a conseillé de demander un poste de vicaire auxiliaire à la paroisse Saint-Sulpice (…). Ainsi j’avais la chance de partager mon temps entre deux activités qui me passionnaient l’une et l’autre : le ministère paroissial, surtout par la confession et la direction de conscience, me fournissait l’occasion d’aider les âmes dans leur vie spirituelle, et les recherches hébraïques me faisaient mieux découvrir l’ambiance religieuse dans laquelle ont été composés nos Evangiles »
.

   Devenu l’un des plus grands experts mondiaux de l’hébreu qumrânien, l’hébreu du temps du Christ, il fonde en 1958 la « Revue de Qumrân« , seule revue au monde consacrée à ce sujet.
Tout en restant très attentif à son ministère sacerdotal (ses qualités de confesseur et de directeur spirituel ont laissé des souvenirs particulièrement riches et durables), il poursuit ses recherches et ses traductions. C’est ainsi que sont publiés chez Letouzey et Ané, en 1961 et 1964, les deux volumes des « Textes de Qumrân traduits et annotés ».

   C’est peu après que l’existence de l’abbé Carmignac va connaître un tournant dramatique : « (…) ma vie a été bouleversée par un évènement dont vous aurez peut-être du mal à comprendre l’importance. Quand j’ai appris qu’une nouvelle traduction française du « Notre Père » allait contenir la formule « ne nous soumets pas à la tentation », j’ai été indigné, d’abord parce que cette traduction est fausse, et surtout parce qu’elle constitue un outrage à Dieu, qui n’a jamais soumis personne à la tentation. J’ai donc protesté auprès des autorités responsables de cette erreur, mais je n’ai pas réussi à les faire modifier cette regrettable traduction. Persuadé que la vérité finit toujours par s’imposer, je me suis mis à préparer une thèse de doctorat sur le « Notre Père ». Je l’ai soutenue le 29 janvier 1969 et elle est parue en juillet de la même année avec le titre : « Recherches sur le Notre Père » (Letouzey et Ané); c’est un gros volume de 608 pages, qui pèse plus d’un kilo! Plus tard je l’ai abrégé en un petit volume de vulgarisation : « A l’écoute du Notre Père« .

jeancarmignaclcoutedunotrepre.jpg

    »Bien entendu, cette opposition, que ma conscience m’imposait à la fois par loyauté scientifique et par respect de Dieu, n’a pas été appréciée par les autorités ecclésiastiques et j’ai dû quitter mon poste à Saint-Sulpice pour me réfugier à la paroisse Saint-Louis d’Antin, puis en 1967 à la paroisse Saint-François de Sales… »

   L’abbé Carmignac va donc rester à Saint François de Sales jusqu’à la fin de sa vie, de plus en plus écarté du ministère : en 1981, il confiait à Frère Maximilien-Marie qu’on ne lui laissait plus célébrer que la messe de 7h du matin – messe au cours de laquelle il n’utilisa jamais la traduction fautive et blasphématoire du Notre Père, puisqu’il la célébrait en latin! – et que son curé ne lui permettait pas de prêcher aux messes dominicales (sauf en période de vacances quand les autres vicaires étaient absents), ni de faire le catéchisme… Il peut continuer son ministère de confession et de direction spirituelle (parce que les autres prêtres n’en veulent pas) et emploie tout le reste de son temps à ses recherches bibliques.

   L’opposition à son encontre prendra même la tournure d’une véritable persécution (par ses confrères!) et retardera pour un temps ses publications scientifiques, lorsque on commencera à apprendre que ses travaux exégétiques sur les sémitismes attestent l’origine hébraïque des Evangiles ainsi qu’une datation proche des événements qu’ils relatent.
En 1979 il publie « Mirage de l’Eschatologie, Royauté, Règne et Royaume de Dieu… sans Eschatologie« , où il dénonce la grave et fréquente confusion entre les notions de « fin des Temps » et de « Royaume de Dieu », livre fondamental pour la compréhension du Nouveau Testament et de l’Apocalypse en particulier.

   Travaillant pendant plus de vingt ans à accumuler tout le matériel nécessaire à une publication scientifique capable de convaincre ses pairs du substrat hébraïque des Evangiles, il collationne à travers toute l’Europe plus de quatre-vingt rétroversions des Evangiles en Hébreu et, tout en publiant cinq tomes de ces rétroversions entre 1982 et 1985, il réalise la première rétroversion en hébreu qumrânien de l’Evangile selon Saint Marc, travail très important pour la confirmation de ses hypothèses.

   Mais voyant courir le temps encore nécessaire pour achever l’ouvrage scientifique décisif qu’il préparait sur les sémitismes – dont, répétons-le, découle sa conviction de savant de l’origine hébraïque des Evangiles et de leur datation proche des événements relatés – il se décida en 1984 à publier l’essentiel de ses conclusions dans le livre « La Naissance des Evangiles synoptiques« , dont les rééditions postérieures comportent ses réponses, point par point, aux virulentes critiques dont ce livre fut l’objet.

lanaissancedesvangilessynoptiquesjeancarmignac.jpg

   Atteint d’une grave bronchite, il meurt dans la solitude le 2 octobre 1986, à Paris.

   Monsieur l’abbé Carmignac laissait de très abondantes notes et études, et même le manuscrit d’un ouvrage quasi prêt pour la publication.
Quelques lignes rédigées d’une écriture tremblante sur une enveloppe à l’hôpital désignaient un exécuteur testamentaire et demandaient que l’ensemble de ses papiers soit déposé à l’Institut Catholique de Paris afin d’y créer un fond d’études et de recherches dans la continuité de ses propres travaux.

   Nous connaissons, par le témoignage direct de la personne qui prépara les cartons de documents dans l’appartement de l’abbé après sa mort, l’importance de ce qui fut envoyé aux archives de l’Institut Catholique… mais nous sommes bien forcés de dire aussi que les dernières volontés de l’abbé ne furent pas respectées :

- pendant des années, les personnes qui demandèrent à avoir accès au « fond Carmignac » se heurtèrent à une fin de non recevoir (et aujourd’hui encore il faut faire face à une soupçonneuse inquisition pour obtenir de parcimonieuses autorisations de consultation) ;
- un éditeur polonais, qui avait reçu de l’abbé les droits pour la publication de son étude sur le Benedictus et le Magnificat, finit, quelque quinze ans après la mort de l’abbé, par obtenir le manuscrit pour sa publication en langue polonaise, mais il dut s’engager à ne pas céder les droits pour la parution en langue française ;
- tout porte à penser (mais ce jugement n’engage que moi) que l’abbé Pierre Grelot (1917-2009), exégète de tendance moderniste de l’Institut Catholique qui s’opposa de manière violente aux conclusions de l’abbé Carmignac, s’est emparé de certains documents laissés par l’abbé Carmignac ;
- il semblerait aussi, de par le témoignage reçu par Frère Maximilien-Marie d’un prêtre professeur d’Ecriture Sainte, aujourd’hui décédé, qui avait quelques relations à l’archevêché de Paris du temps de feu le Cardinal Lustiger, que ce dernier soit intervenu pour faire retirer du « fond Carmignac » légué à l’Institut Catholique un certain nombre de documents importants dont on ne peut dire aujourd’hui ni où ils sont ni si on les reverra un jour…

   La disparition prématurée du cher abbé Carmignac (il n’avait que 72 ans lorsqu’il nous fut enlevé, et il avait dit en 1981 à Frère Maximilien-Marie : « L’entreprise dans laquelle je me suis lancé pourrait me demander facilement vingt ans de recherches et de travaux ! ») a été une perte considérable pour la véritable exégèse scientifique catholique, mais – malgré les oppositions pleines de hargne qu’il a suscitées et les multiples tentatives pour ensevelir ses conclusions scientifiques et sa mémoire – ses travaux sont au nombre de ceux qui ont ouvert une brèche considérable dans la chape de béton armé que le modernisme faisait peser sur le monde des études bibliques.

   L’Association Jean Carmignac, déjà citée au début de ce bref exposé, demeure en particulier l’un des organes les plus fidèles à l’esprit qui anima ce très grand savant, ce prêtre, ce spirituel hors du commun, cet homme de Dieu!

Lully.

Pour approfondir :
- Témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Carmignac > ici.
- Frère Maximilien-Marie nous livre ses souvenirs de quelques conversations avec Monsieur l’abbé Carmignac > ici.

2011-73. Comment faut-il prier?

   On raconte qu’il y avait dans une forêt un vieil ermite qui avait grande réputation de sainteté, et qu’on venait consulter de loin pour recevoir des conseils de vie spirituelle.

2011-73. Comment faut-il prier? dans Chronique de Lully ermitageucel

Ermitage d’Ucel, en Vivarais (XVe siècle)

   Un matin, un jeune homme vint le trouver et le supplia de lui permettre de passer la journée auprès de lui afin d’apprendre à prier…
L’ermite y consentit.
Il demanda seulement au jeune homme de rester en silence auprès de lui tout au long du jour, tandis qu’il vaquerait à ses occupations ordinaires en faisant comme s’il n’était pas là.

   Et il en fut ainsi : le jeune homme suivit l’ermite qui alla désherber son jardin, cueillir ses légumes, préparer la soupe, traire la chèvre, ramasser du bois dans la forêt… etc.
Entre chacune de ces actions, le vieil homme entrait seulement quelques instants dans son oratoire pour y faire une génuflexion devant le Saint Tabernacle.

   Le soir venu, avant de s’en retourner, le jeune homme ne put s’empêcher de dire à l’ermite combien il était déçu : il avait pensé que le vieil homme, avec une telle réputation de sainteté, aurait passé toute sa journée dans son oratoire, serait entré en extase, aurait été transfiguré en regardant le Tabernacle et se serait élevé au-dessus de sol en prononçant des paroles embrasées…
Et il conclut avec de l’amertume dans la voix : « Je vous ai suivi toute la journée à vous regarder faire des choses ordinaires et vous ne m’avez pas montré comment on prie ! »

  Alors, avec un geste soudain, précis et implacable, le vieillard saisit la tête du jeune homme par l’arrière ; avant que ce dernier n’ait réalisé ce qui lui arrivait, il se retrouva la tête plongée et maintenue fermement dans le bassin de la source qui coulait devant l’ermitage !
Le temps où l’ermite lui tint la tête sous l’eau lui parut interminable, et il craignit de se noyer…

   Quand l’ermite lui retira la tête de l’eau, le jeune homme aspira goulûment et avidement une grande bouffée d’air.
Il avait à peine repris ses esprits qu’il s’apprêtait à crier au vieil ermite quelque chose du genre : « Non mais ça ne va pas ! qu’est ce qui vous a pris, espèce de vieux fou ?… »

   Mais avant que les paroles n’aient pu franchir ses lèvres, l’ermite le regarda avec un sourire plein d’amour et lui murmura avec une suavité et une assurance qui n’admettaient aucune répartie : « Tu veux apprendre à prier ? Eh bien, pour cela tu dois seulement et simplement aspirer à Dieu avec la même avidité que tu as aspiré l’air après en avoir été privé et avoir paniqué au sentiment d’en manquer… C’est cela qui est fondamental : tout le reste n’est qu’accessoire ! On n’apprend pas à prier, de même qu’on n’apprend pas à respirer… »

   Et l’ermite rentra doucement dans sa cahute et ferma la porte derrière lui.

Lully.

sourceloire apprendre à prier dans Lectures & relectures

2011-72. Chevaliers des temps modernes.

Jeudi 22 septembre 2011,
fête de Saint Maurice et ses compagnons martyrs de la légion thébaine.

J’ai une dévotion particulière pour les « saints qui ont manié le glaive » : Saint Michel, Saint Maurice – que nous célébrons aujourd’hui -, Saint Georges, Saint Martin, le Bienheureux Charlemagne, Saint Louis et Sainte Jehanne d’Arc… Et je ne veux pas omettre ceux qui ne sont pas officiellement béatifiés ou canonisés mais qui donnèrent de si beaux exemples de courage chrétien dans l’adversité : de Godefroy de Bouillon à Baudoin IV de Jérusalem, de Jacques Cathelineau à Louis-Marie de Lescure et à Maurice d’Elbée, d’Andreas Hofer à notre « Grand Chanéac » local, de nos chers Zouaves Pontificaux au Maréchal de Lattre de Tassigny… etc.

Toutefois – faut-il le préciser? – ce sont moins les faits d’armes que les vertus humaines autant que surnaturelles qu’ils sous entendent qui me fascinent en tous ces héros : tant d’illusions concernant l’amour et la vie – je ne dis pas « la vie chrétienne » mais bien « la vie » d’une manière générale – ont cours en nos temps où sont largement répandues une mauvaise compréhension de la paix et de ses véritables qualités!

Que nous le voulions ou non, la vie de l’homme est un combat (cf. > www) et ceux qui refusent cette évidence ne peuvent aller que d’échecs en échecs.

J’ai donc été particulièrement heureux, ce matin, de recevoir le texte si lucide et si vrai écrit par Isabelle, une amie qui a connu beaucoup d’épreuves et de souffrances : texte qu’elle a intitulé « Chevaliers des temps modernes » et auquel je souscris pleinement. Elle m’a autorisé à le reproduire ici, et je l’en remercie très chaleureusement.

Je souhaite que les mots d’Isabelle – qu’il faut savourer lentement et méditer longuement – soient pour chacun de vous lumière et force.

 Frère Maximilien-Marie.

le combat de St Georges contre le dragon (bréviaire de Martin d'Aragon - XVe siècle)

St Georges combattant le dragon : miniature du bréviaire de Martin d’Aragon (XVème siècle)

Chevaliers des temps modernes.

« Je m’insurge toujours contre tous les discours trop mielleux qui veulent faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Ce sont là paroles pour endormir. Comme si l’on pouvait tout bonnement endormir la douleur ; en réalité de tels discours endorment l’esprit!

La souffrance sera toujours un élément de ce monde. Personne ne peut y échapper.
Toutefois c’est apprendre à l’affronter, autrement, qui nous grandit, dans un combat spirituel et non pas uniquement par l’une ou l’autre méthode, technique, croyance toute limitée par nos limites humaines.
J’utilise sciemment le terme « combat » en parlant de cette confiance en plus grand que nos seules forces humaines, cette foi, car la foi n’est pas facile, faire confiance est difficile, c’est même la « chose » la plus difficile qui soit. Ce n’est pas un élan naturel de l’homme. C’est pourtant vers cela que nous sommes appelés : à cet abandon confiant en ce qui nous dépasse et dont nous sommes.
Ainsi, je m’aperçois que je reviens toujours à ce que j’ai écrit au coeur de l’épreuve du deuil : ne pas esquiver nos peurs, les épreuves, la souffrance mais sans s’y arrimer. Sans s’y attacher…  Les laisser s’exprimer pour les écouter et en apprendre qu’il y a là une marche à gravir, une nouvelle marche, une de plus, du grand escalier de la vie et que l’on doit accepter de la gravir, faute de stagner ou de redescendre.
Parfois, oui, bien sûr, il arrive de descendre, de faire du sur place, le temps de reprendre son souffle, mais ce n’est jamais pour en rester là ; sinon à quoi servirait l’escalier?

Me reviennent les paroles de mon mari : il faut parfois descendre bien bas pour grimper plus haut. Handicapé, il savait ce que voulait dire monter les marches…
Monter est un effort, une énergie à déployer, et pour la personne malade – et nous sommes tous des malades en voie (quête) de guérison –  c’est un « combat » POUR monter.
C’est ce combat POUR cette ascension qui permet de CONTRER tout ce qui s’y oppose.

Je pense aux contes de notre jeunesse, aux grands mythes universels, mythes « fondateurs » : les héros sont toujours ceux qui n’esquivent pas l’obstacle, qui prennent le temps de s’y confronter avant d’engager la lutte et vaincre en sachant perdre…
Forêts obscures des egos ignorés, de notre néant, départs impromptus, abandon de tout le connu derrière soi, rencontre de l’étrange(r), anges et démons, bêtes féroces, elfes et génies, du mystère (ce « noir » de nos enfances) qui effraie, plaies et blessures qui suppurent l’oubli, l’aveuglement, fin’amor qui ouvre la fine pointe de l’âme, conquête de La Dame d’Amour, de la Lumière, de Vérité, de la Beauté (intérieure), de le Sagesse, Source de jouvence qui est Source de Vie guérissant les plaies dont la cicatrice rappelle la lutte menée jusqu’au bout.
La victoire est toujours de « haute lutte », loin des chemins d’un bien-être mollasson parcouru à coups de pratiques méditatives en « groupe » (encore la peur de la solitude au combat), de paroles usées, de croyances en kits, de thérapies à la petite semaine.
Les mythes nous exhortent à être ces Gilgamesh, Ulysse, Jacob, Job, Jonas, Chevaliers de la Table Ronde…
C’est un chemin héroïque, qui exige persévérance et humilité : le chevalier est celui qui est capable de s’agenouiller devant plus grand que lui (c’est apprendre à connaître son petit moi et le quitter pour trouver l’Autre), il est celui qui n’a pas peur de s’incliner sachant qu’il sera invité à se relever, à s’élever. C’est le mouvement de l’adoubement…

Est chevalier celui qui passe les épreuves une à une, armé du silence et de la patience, armé de confiance, de foi… »

chevalier gif

1...112113114115116...146

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi