2025-97. Notre Sœur Pulcinella s’en est allée…
Vendredi 11 juillet 2025.
Tolbiac veillant sur les progrès de Pulcinella
Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
Un grand nombre d’entre vous le sait, au Mesnil-Marie nous avons, depuis le printemps 2013, un poulailler que mon papa-moine surnomme « le couvent des poules augustiniennes ». En fait, installé en bordure de notre prairie, c’est un poulailler que nous avons en commun avec nos plus proches voisins.
Au cours de ces années écoulées, il a connu de nombreux épisodes dramatiques : attaques de rapaces, pour l’écrasante majorité, et attaques de chiens errants quelquefois.
Les attaques survenues au cours des deux premières années nous ont amené à sécuriser au maximum notre poulailler : l’enclos, de quelque 100m², est entouré d’un grillage de presque 1,70 m de hauteur, enterré dans le sol, et doublé à l’extérieur sur près des trois-quarts de sa longueur par des ronces et des orties, qui a été totalement recouvert d’un filet de protection, attaché au sommet du grillage des côtés pour qu’aucun animal ne puisse passer entre les deux…
Jusqu’à cette année 2025, nous n’avions pas encore eu d’attaque de renard. Ceux-ci sont très (trop) nombreux en nos contrées, et tous les poulaillers des environs, à plusieurs kilomètres à la ronde, ont subi leurs attaques ces derniers mois.
Le nôtre n’a pas fait exception – hélas !
Au début janvier, nous avions neuf poulettes augustiniennes. La première attaque a eu lieu le samedi 4 janvier, en plein après-midi, et le goupil (que Frère Maximilien-Marie a vu de ses yeux, car il arrivait au poulailler au moment où cela venait de se produire) nous a tué trois poules et blessé grièvement une quatrième. Il était entré en escaladant le portillon de l’enclos et s’était faufilé dans l’interstice (10 cm) laissé libre entre le haut de la porte et le bas du filet.
Il est ensuite revenu (lui ou l’un de ses congénères) une quinzaine de jours après, en début d’après-midi, passant par le même endroit – bien que nous eussions alors hérissé le haut de la porte de pointes métalliques – et il a tué trois autres poules.
Enfin, à la mi-mai, il y eut une troisième attaque, encore en plein après-midi alors que les humains s’activaient dans le hameau : il a tué les deux dernières occupantes du poulailler.
La paisible cohabitation du chat et de la poule dans la maison pendant 6 mois.
La poulette qui avait été grièvement blessée le 4 janvier ne nous semblait pas pouvoir survivre très longtemps : elle était profondément choquée ; on ne lui voyait pas de blessures apparentes, mais était incapable de tenir sur ses pattes et semblait avoir la colonne vertébrale brisée. Frère Maximilien-Marie l’a placée dans un carton qu’il a rendu le plus douillet possible, et l’a installée à proximité du poêle dans notre salle à manger, afin d’adoucir ses derniers instants… Avec une seringue il lui administrait (et ce n’était pas facile, croyez-moi !) des granules d’arnica diluées dans de l’eau de source, afin de soulager sa souffrance.
Mais elle ne mourut pas.
Comme elle avait la tenue d’un pantin désarticulé gisant au sol, mon papa-moine lui donna le nom de Pulcinella (celui de ce peronnage de la Comedia dell’Arte qu’on a traduit en français par Polichinelle). Il a continué à la faire boire à la seringue.
Les semaines passaient ; Pulcinella reprit quelques forces et fut capable de s’alimenter : au début Frère Maximilien-Marie lui préparait des espèces de bouillies, puis elle fut capable de manger du riz, puis des spaghettis coupés en tout petits morceaux, puis des coquillettes, puis des graines et de la viande coupée en très petits morceaux.
Les fonctions reprenant, Frère Maximilien-Marie devait aussi la garder propre et, plusieurs fois par jour, il devait la nettoyer et changer l’espèce de litière qu’il lui avait aménagée dans une cagette.
Avec de lents progrès, Pulcinella arriva, au cours du mois de mars, à se tenir – d’abord de façon hésitante – sur ses deux pattes : elle ne pouvait pas marcher, mais elle reprenait petit à petit une certaine posture, en se tenant appuyée contre le rebord de sa cagette.
Pendant les belles journées du mois de mars, quand il n’y avait pas de vent et qu’il travaillait à l’extérieur, mon papa-moine - devenu papa-poule – l’emmenait avec lui et l’installait dans l’herbe nouvelle qu’elle aimait à manger.
En outre, elle devenait de plus en plus familière et commençait à communiquer par de petits gloussements : très éveillée, elle observait tout ce qui se passait dans la pièce et semblait apprécier que nos hôtes de passage vinsent lui parler ou la caresser.

Tolbiac surveillant attentivement Pulcinella lors d’une sortie printannière.
Le Samedi-Saint au matin, alors qu’au début de la célébration de la Vigile Pascale une pluie battante empêchait d’allumer le feu pascal à l’extérieur, il fut décidé de procéder à son allumage et à sa bénédiction dans le gros poêle de notre salle à manger. Pulcinella, bien droite, appuyée au bord de sa cagette, observa avec beaucoup d’attention les rites millénaires qui s’accomplissait devant elle.
Et le mardi de Pâques, elle recommença à pondre !
Depuis l’octave de Pâques, jusqu’à ces derniers jours, elle nous a gratifié en moyenne d’un bel œuf tous les deux jours
Cependant, au cours du mois de mai, ayant tenté de voler, elle s’était à nouveau blessée, et ne put à nouveau plus se tenir sur ses pattes.
Juin s’est passé sans amélioration, malheureusement, et après le premier samedi du mois de juillet nous l’avons vu s’affaiblir, manger moins, être moins réactive, moins vive, plus lasse… jusqu’à ce matin du vendredi 11 juillet 2025 où elle a rendu son âme de vaillante poulette augustinienne à son Créateur. Elle a donc survécu pendant un peu plus de six mois aux traumatismes physiques et psychologiques que lui avait infligés le renard.
Nous nous étions habitués à l’avoir dans notre salle à manger, habitués à nous occuper d’elle, habitués à communiquer avec elle et à lui manifester de la sollicitude et des soins : nous n’aurions jamais imaginé que le trépas de notre Sœur Pulcinella, dernière survivante du couvent des poules augustiniennes, laissât un vide au Mesnil-Marie !
Que le Dieu des poules, des chats et des humains (un seul et même Dieu dont la Sainte Ecriture nous enseigne qu’Il n’a de mépris pour aucune de Ses créatures) la garde dans Son Cœur de Créateur aimant !
Tolbiac.
La dernière photo de Pulcinella, prise le 10 juillet,
à l’occasion d’une petite sortie dans l’herbe fraîche, à l’abri des ardeurs du soleil.





























