Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2022-9. Le combat pour la légitimité : de la Pucelle d’Orléans à l’ère covidienne.

25 janvier 2022,
Fête de la conversion de Saint Paul.

Rappel :
Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.

La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.   

Cortège funèbre de Charles VI

Cortège funèbre de Charles VI
(Miniature des « Vigiles du roi Charles VII », œuvre de Martial d’Auvergne - fin du XVème siècle)

Le combat pour la légitimité :
de la Pucelle d’Orléans à l’ère covidienne.
 

Bien chers amis,

En cette nouvelle année, 2022e après la naissance du Sauveur, nous célébrons le 600e anniversaire de la mort du roi Charles VI et de l’avènement de Charles VII. Un événement à la fois triste et réconfortant.
L’année 1422 marqua, depuis deux années, avec la signature du traité de Troyes (21 mai 1420), l’une des soumissions les plus tragiques du beau pays de France. À la suite de terribles défaites militaires face à la puissante armée anglaise et à ses alliés bourguignons, le pauvre roi Charles VI, affaibli par une maladie de près de trente années, régnait sur un royaume divisé entre les factions. Il fut contraint d’accepter l’inacceptable : reconnaître comme son héritier le roi Henri V d’Angleterre, son cousin et son gendre, aux dépens de son fils légitime, le dauphin Charles.
La revanche des Plantagenêt a atteint son objectif : l’union des couronnes de France et d’Angleterre sur une même tête, tant attendue depuis la mort de Charles IV le Bel, en 1328.
La gesta Dei per Francos semblait être alors un chapitre définitivement clos. Les résistances étaient profondément affaiblies, en raison des dissensions nobiliaires et de l’hécatombe d’Azincourt, qui décima la fine fleur de la chevalerie française. Un tableau bien triste… Toute ressemblance avec la situation actuelle ne saurait être totalement fortuite !

Et pourtant, le Dieu de justice intervint pour remettre les pendules à l’heure.
Le 31 août 1422, Henri V mourut de dysenterie, dans sa 36e année. Il fut suivi dans la tombe, le 21 octobre, par Charles VI. L’héritier anglais était un enfant de moins d’un an, Henri VI, placé sous la régence de ses oncles, le duc de Bedford, en France, et le duc de Gloucester, outre-Manche. L’enfant est sacré roi d’Angleterre en octobre 1429, avant de recevoir illégitimement la consécration comme roi de France, en décembre 1431, au cours d’un voyage éclair dans le royaume. Mais à cette époque, les choses avaient bien changé dans le beau pays de France…
Héritier légitime humilié, le dauphin Charles, devenu pour ses partisans légitimes le roi Charles VII régnait bien lamentablement sur une portion congrue du vaste royaume des Lys, au sud de la Loire. « Le roi de Bourges », comme les Bourguignons le surnommaient par dérision, fut proclamé roi, quelques jours après la mort de son père, dans la cathédrale de la noble cité berrichonne, où il s’était retiré lors de la prise de Paris par les Bourguignons en 1418. Entouré d’une poignée de fidèles, exilé de sa capitale, dépourvu des ressources financières indispensables pour lever une armée nombreuse et compétente, le jeune souverain ne perdit néanmoins pas confiance dans la quête de ses droits et de sa couronne. Il lui manquait surtout l’onction du sacre de Reims qui devait lui accorder, aux yeux de ses sujets, sa pleine et entière légitimité. Les premières années de la reconquête furent difficiles. Petites victoires et singuliers revers s’alternaient inexorablement.
Charles VII dut se réfugier à Chinon, cité royale qu’il avait réussi à prendre aux Anglais en 1428. C’est alors que…

Sainte Jeanne d'Arc

L’intervention de la Providence : Jeanne !

Sire, n’entendez-vous pas cette rumeur qui provient des marches de votre bon royaume, à la frontière du duché de Lorraine ?
Le 25 février 1429, une jeune bergère de 16 ans prénommée Jeanne, native de Domrémy, arrivait à Chinon escortée de quelques hommes d’armes, pour y rencontrer le roi.
Ce qui fut alors pour certains une plaisanterie de mauvais goût, ou pour d’autres une diablerie fomentée par l’Anglois, s’avéra être finalement tout autre chose… « Gentil dauphin, je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier du trône de France » proclamait la jeune fille devant une assistance abasourdie. Et la pucelle d’ajouter qu’elle irait elle-même le conduire à Reims pour recevoir l’onction sainte avant que de bouter les envahisseurs hors du royaume.
Un examen effectué par des médecins et des théologiens reconnut la sincérité de Jeanne, désarmant ainsi les craintes et les hésitations d’un prince quelque peu pusillanime. C’est là que l’épopée commença, dont ne saurions, en quelques lignes, retracer les heures de gloire et de peine, et qui conduisit à la reconquête progressive du royaume des Lys par son souverain légitime. Celle qui allait reprendre Orléans, conduire Charles à Reims, remporter tant de victoires décisives sur l’ennemi, avait su, par son charisme tout droit inspiré du Ciel, galvaniser des troupes de soldats peu disciplinés et envenimer le courage des plus valeureux capitaines de ce temps, Dunois, La Hire, Xaintrailles, Ambroise de Loré, André de Rambures, et tant d’autres.
Jeanne fut l’étincelle qui sut raviver la grande geste de Dieu pour les Francs, la petite flamme d’espérance qui a rendu courage aux peuples de France asservis par la guerre et son cortège de misères. Et le résultat ne s’est pas fait attendre : la libération d’Orléans, le 8 mai 1429, marqua le début d’une reconquête progressive qui s’acheva, en dépit de la capture et de la mort de la Pucelle, le 31 mai 1431, par la quasi-totale reprise en main des territoires du royaume par les Valois – à l’exception de Calais, qui sera finalement reconquise par Henri II, en 1558.
Cette épopée n’aurait pu avoir lieu sans l’intervention divine, qui envoya une vierge, une fille du bon peuple de France, une nouvelle Judith pour assurer la délivrance de la Fille aînée de l’Église.

Une nouvelle reconquête ?

Six cents ans après l’avènement de Charles VII, notre beau pays connaît des affres on-ne-peut-plus similaires, quoique plus sinistres encore, puisqu’en 1422, l’Europe était le phare de la Chrétienté. L’histoire est faite de répétitions, permises par Dieu pour rappeler aux hommes qu’Il est le maître de l’histoire et de leur destinée, que Lui seul peut les extirper du chaos qui les menace à condition qu’ils retournent à l’obéissance et à la fidélité. L’infidélité et l’apostasie dont notre époque pâtit ne datent pas d’hier…
Mais nous voici à une époque charnière marquée par l’échec des léviathans modernes et par le désir des fils des ténèbres de bouleverser de nouveau les repères d’une humanité en pleine détresse, par le truchement d’une révolution idéologique, morale, médicale et migratoire incontournable – le
Great Reset tant souhaité et consciemment préparé par Klaus Schwab et les parangons du néo-mondialisme.
La crise covidienne jointe à la crise encore plus cinglante de l’Église, est le prétexte d’une
tabula rasa définitive d’une époque où subsistaient encore, malgré l’acharnement des hérauts de la post-modernité, des petites étincelles de l’ancien temps.
« Sans moi vous ne pouvez rien faire ! » (Jn XV, 5) Cette parole du Christ doit avant tout résonner à nos oreilles, avant de nous lancer dans des grands discours et de profondes analyses, avant de sortir le canon ou l’arbalète, avant de faire de grands plans de survivalisme. Notre secours vient de Dieu et de Dieu seul. Sainte Jeanne d’Arc en fut la preuve incarnée, à une époque où tout semblait perdu.
Notre combat pour la légitimité, pour le règne du Christ sur son beau royaume de France et sur l’humanité tout entière, pour la défense des droits et de la liberté de l’Église catholique, ne peut donc être efficace s’il n’est avant tout soutenu par la grâce divine. Mais ce combat demande aussi courage, détermination, conversion personnelle et pénitence en ces temps douloureux au milieu desquels il nous faut être des « martyrs », des témoins, et ne pas avoir peur de risquer son confort, sa notoriété, sa vie même pour la Vérité.
La reconquête est à ce prix.
Comment la Providence pourrait-elle soutenir des soldats apeurés et mollassons ?
« Aide-toi et le Ciel t’aidera » dit l’adage.

Qu’en ce début d’année 2022 le Ciel nous vienne en aide pour faire de nous des soldats intrépides du règne du Christ dans notre vie et dans notre beau pays de France, pour affronter les combats de demain et pour qu’à l’instar de Jeanne, nous fassions refleurir les beaux lys de la Fille aînée de l’Église !                                                                                              

Mathias Balticensis

Sainte Jeanne d'Arc chargeant - statue à Chinon

2022-8. « Le Roi se tourne vers nous ce matin, alors qu’il s’avance vers son martyre… »

Voici les textes des deux interventions que le Rd. Père Jean-François Thomas s.j., Prieur de la Confrérie Royale, a assurées à l’occasion de ce 21 janvier 2022. Les textes en sont déjà parus dans plusieurs publications, mais nous pensons qu’il est important que les lecteurs de notre blogue puissent y avoir eux aussi accès dans ces pages.

Louis XVI gravure du début du règne

Gravure de SMTC le Roi Louis XVI
au début de son règne

frise lys

Intervention du Rd. Père Jean-François Thomas à l’heure de la mort du Roi.
Cette prise de parole devait avoir lieu, comme traditionnellement au lieu même de la mort du Roi, à l’heure même de son martyre, près de la statue de la ville de Rouen sur la place aujourd’hui nommée « de la Concorde », mais la préfecture de police de Paris a interdit le rassemblement en ce lieu et ordonné qu’il soit déplacé devant l’église de Saint-Germain l’Auxerrois…

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi-soit-il.

Sommes-nous en ce matin au lieu d’une exécution, horrible et injuste certes, mais simple produit de la justice humaine, ou bien nous trouvons-nous au lieu d’un martyre ?
La République a sa réponse, déjà toute faite depuis le procès du Roi. Quant à l’Église, tout au moins dans les hommes qui la dirigent, elle est demeurée bien timide et même parfois hostile à ce sujet. Nous n’avons pas la chance d’être des Russes qui, en toute humilité, ont su reconnaître à la fois leur responsabilité dans le régicide de l’empereur Nicolas II et de sa famille, et la sainteté de ces derniers acquise par le sang versé. Il ne s’agit pas bien sûr de décider par soi-même de ce que fut vraiment l’assassinat du Roi : meurtre uniquement politique ou bien haine envers Dieu dont il était le Lieutenant ?
Il n’empêche que le sang qui fut versé ici, là où nous sommes, n’est pas celui d’un homme ordinaire.
Lorsque le Roi arriva sur cette place couverte de neige, il apparut à tous, y compris ses ennemis qui en témoignèrent par la suite, comme revêtu de blanc, ce qui n’était point le cas. Le journaliste révolutionnaire Prudhomme y vit une affectation pour souligner sa fausse innocence, or, rapportant ce détail étonnant, il ne fait que souligner le caractère surnaturel du moment.
Le Roi, durant le trajet du Temple à l’échafaud, s’était plongé dans les prières des agonisants aux côtés de l’abbé Edgeworth, millénaire préparation à la mort où l’agonisant s’identifie au Serviteur souffrant, à Notre-Seigneur Lui-même dans sa Passion.
Les bourreaux du Roi, tout en rejetant avec horreur cette image d’un Roi pieux prêt à se sacrifier pour son peuple, sont en fait ceux qui nous laissent le plus d’éléments en faveur de cette conviction du martyre, comme cet autre journaliste écrivant, – hostile aux partisans de Capet prêts à le mettre sur les autels : « À l’exemple du peuple juif de Jérusalem, le peuple de Paris déchira en deux la redingote de Louis Capet — scinderunt vestimenta mea — et chacun voulut en emporter chez soi un lambeau. »
Voilà des révolutionnaires encore pétris d’histoire sainte et de catéchisme…

Lorsque notre Roi s’apprête à gravir les marches de la guillotine, regardant une dernière fois la capitale de son royaume, il sait que le principal reproche adressé par les Assemblées fut sa lutte pour la liberté de culte, désirant réparer des décisions malheureuses et contraintes.
Le 11 décembre 1792, précédant la première comparution du Roi, les députés s’étaient mis d’accord pour dénoncer ce crime mais sans le nommer, justement pour ne pas offrir à Louis XVI la palme du martyre.
Voici quelques lignes du débat :

  • « Dubois-Crancé : — demande qu’on mette dans l’acte énonciatif le texte de la lettre de Louis à l’évêque de Clermont, qui porte que quand le roi aura recouvré son autorité, il rétablira le culte catholique.
  • Valazé : — relit le texte de la lettre.
  • Serre : — je demande qu’il ne soit pas parlé du culte, à moins que vous vouliez le faire un jour canoniser.
  • Sur la proposition de Ruhl, la Convention décrète qu’elle insérera dans l’acte le texte ainsi arrangé : — la nation vous accuse d’avoir manifesté le désir et la volonté de recouvrer votre ancienne puissance. » (Moniteur, année 1792, n° 348)

Nous devrions rougir de nous dire catholiques pour beaucoup d’entre nous, car, jusqu’à ce jour, nous avons souvent épousé les thèses ennemies, ceci par lâcheté, ou bien même convaincus que Louis XVI n’avait pas tout mis en œuvre pour sauver ses peuples de la barbarie.
Le Roi se tourne vers nous ce matin, alors qu’il s’avance vers son martyre. Sur ses lèvres, un des versets du psaume III qu’il vient de lire dans la voiture le conduisant au supplice : « Seigneur, que votre bénédiction se répande sur ce peuple qui est encore le vôtre ! » Il est habité par le silence en cet instant, malgré les sinistres roulements de tambours, les ordres militaires et les injures des Fédérés et des Jacobins massés sous le ciel lourd.
Où sont donc les « braves gens », comme il disait le 14 juillet 1791, tandis que tant de foule l’acclamait encore au cri de « Vive le roi ! » ?
Les princes eux-mêmes l’ont abandonné : ses frères les comtes de Provence et d’Artois, ses cousins, le prince de Condé et le duc de Bourbon, tous réfugiés à l’étranger contre l’ordre du Roi, attisant autour d’eux une violence et une haine dont le Roi ne pouvait qu’être victime.
Et le pape lui-même ne bougea guère.
Qu’importe… Notre Souverain ne cultive aucun ressentiment dans son cœur, pas plus qu’il ne le fit jamais au temps où ses plus grands courtisans dressèrent de lui dans l’opinion publique le portrait d’un homme sot et plat.
La propagande entretenue par les philosophes, les journalistes, par la cour, tissée patiemment depuis tant d’années porte enfin ses fruits. Parmi ses frères, Louis XVI était le seul à avoir cultivé, dès son enfance, les vertus de piété et d’honnête homme, de foi et d’intelligence. Il devait nécessairement tomber car il était bien l’incarnation de ce que les révolutionnaires ne pouvaient accepter plus longtemps, déjà par son sacre de roi et, de plus, par ce qu’il était comme homme, à savoir un chrétien essayant de vivre de façon héroïque, selon son état de vie, toutes les vertus chrétiennes.

Dans ses Conversations, réflexions rédigées lorsqu’il a une dizaine d’années à la demande de son exigeant précepteur le duc de La Vauguyon, il écrivait par exemple, encore duc de Berry : « Je me propose d’être, toute ma vie, fortement et constamment attaché à la piété et à tous les exercices de la piété. Je m’élèverai au-dessus de toute sorte de respect humain, et je prends la résolution ferme et sincère d’être hautement, publiquement, généreusement fidèle, à celui qui tient en sa main les rois et les royaumes. Je ne puis être grand que par lui, parce qu’en lui seul est la grandeur, la gloire, la majesté et la force, et que je suis destiné à être un jour sa vive image sur la terre ; je ne rougirai jamais de ce qui peut seul faire ma gloire. » (IVe Entretien, manuscrit 4428, Bibliothèque Nationale)

Sire, Votre Majesté n’a point failli et vous n’avez pas rougi car vous ne vous êtes pas trompé de gloire alors que le monde autour de vous était emporté par les ruses du démon.
En ce matin neigeux, qui donc est à plaindre, de vous ou de nous ? Vous accédez à l’antichambre du mystère. Les révolutionnaires, ce soir, vont illuminer les rues et organiser un bal public sur le lieu de votre martyre, mais la terreur va envelopper la ville saisie par la stupeur et l’effroi.
Le Fils de saint Louis n’est plus. Vive le Fils de saint Louis !

Ainsi soit-il.

Rd. Père Jean-François Thomas, s. j.

frise lys

Prône du Rd. Père Jean-François Thomas, lors de la Sainte Messe de Requiem chantée en l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile, à Paris, le 21 janvier 2022 au soir :

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Plus les années qui nous séparent de l’exécution criminelle de Louis XVI s’accumulent, plus se fortifie sous nos yeux le programme révolutionnaire qui mit à bas l’Autel et le Trône, qui détruisit avec rage et systématiquement les symboles et les traditions de notre pays chrétien. La Terreur ne s’est jamais aussi bien portée.

Les derniers jours, les dernières heures d’un condamné sont d’une densité à nulle autre pareille. Ne revenons pas cette fois sur des détails que chacun d’entre nous connaît et qui provoquent en nos cœurs une émotion toujours vivace. Qu’en fut-il en revanche de la dernière nuit de notre Roi et des pensées qui l’habitèrent durant ce matin tragique alors qu’il était emmené vers l’échafaud à travers les rues enneigées de Paris ? Nul ne peut percer les secrets d’une vie intérieure qui n’appartient qu’à Dieu. Nous savons qu’il dormit de minuit et demi à cinq heures. Il rendit le dernier soupir cinq heures plus tard. Louis XVI fut toujours un homme de méditation et de contemplation, ceci dès son enfance. Se souvint-il alors de cette dernière durant laquelle il ne trouva guère de bonheur que dans l’étude et l’éveil d’une intelligence curieuse de tout ? En fait, comme tout prince, et encore plus comme tout Dauphin, il ne fut jamais vraiment un enfant, écrasé par l’étiquette et mal aimé par rapport à ses frères. Il apprit très jeune à ne point se plaindre et ses précepteurs laïques et religieux ne le gratifièrent jamais d’une éducation libérale. Alors qu’il n’est point encore l’héritier mais seulement le duc de Berry, il est la dernière roue du carrosse. Il est d’usage de dire à cette époque : on s’extasie sur le duc de Bourgogne, on gâte le comte de Provence et on pourvoit aux besoins du duc de Berry. Dans sa cellule du Temple, en ces dernières heures dans son royaume terrestre, se revoit-il ainsi à la cour, à Versailles ? Entend-il encore l’enseignement donné dont un manuscrit garde la trace ? « Un prince est véritablement l’image de Dieu, lorsqu’il est juste et qu’il ne règne que pour faire régner la vertu… Le prince est établi de Dieu pour être aux autres hommes le modèle de toutes les vertus… Vous êtes absolument égal par la nature aux autres hommes et par conséquent vous devez être sensible à tous les maux et à toutes les misères de l’humanité… Un prince ne doit se divertir et s’amuser qu’après s’être exactement acquitté de ses devoirs, et seulement le temps nécessaire pour délasser l’esprit, fortifier le corps et entretenir la santé… Fils de saint Louis soyez semblable à votre père ; imitez sa foi, son zèle pour la religion. Soyez saint, juste et bon comme lui… Un trône est inébranlable lorsqu’il a pour fondement la raison et la justice, qu’on punit tout ce qui est mal et que l’on récompense tout ce qui est bien. » (Manuscrit 2324, Bibliothèque de l’Arsenal) Il avait compris ainsi, dès ses jeunes années, que sa vie ne lui appartenait pas et qu’il devait se laisser façonner, y compris dans ses habitudes et dans les actions les plus ordinaires du quotidien, par un modèle indélébile dont la source était le Ciel et dont les racines plongeaient dans l’héritage très chrétien de la couronne. Ceci est imprimé dans son âme et nul doute qu’il se pencha en ces dernières heures sur son obéissance, sur sa soumission au caractère inscrit en lui à jamais par le sacre de Reims, préparé par toutes ces années de formation quasi ascétique à la mission de roi.

Louis XVI se souvient aussi de tous les Entretiens rédigés dans son enfance par M. de La Vauguyon (lorsqu’il a neuf ans) et servant de canevas à sa formation morale et politique, comme ces textes extraordinaires sur la piété, la bonté, la justice et… la fermeté : « Voulez-vous être pieux ? Étudiez la Loi Naturelle, cette loi sainte gravée dans tous les Cœurs par la main de Dieu même ; comprenez toute l’étendue des devoirs qu’elle vous impose et de ceux qu’y ajoute la Loi révélée. […] La Bonté exige de vous de la sensibilité pour tous les hommes, de la clémence pour les coupables, de la compassion et de la générosité pour les malheureux, de la reconnaissance pour ceux qui vous sont particulièrement attachés, de la tendresse pour vos amis, de la politesse pour tous ceux qui vous entourent. En un mot la Bonté exige de vous que vous fassiez le bien de la société en général et celui même de chaque particulier. […] Voulez-vous être Juste ? Regardez vos sujets avec des yeux de Père, traitez-les comme vos propres Enfants. Éloignez pour jamais de votre cour les flatteurs. Aimez la vérité. » Et élément essentiel : « La Fermeté est pour tous les hommes et particulièrement pour les Princes, une vertu si absolument nécessaire que sans elle toutes les autres ne sont rien. En effet, quelque Pieux, quelque Bon, quelque Juste que vous soyez, si vous n’êtes Ferme, vous ne saisirez aucun principe, vos meilleures dispositions n’auront aucun effet… Né vertueux sans l’être réellement, vous souffrirez que le vice triomphe et ose opprimer le mérite et l’innocence. » (Manuscrit 4428, Bibliothèque Nationale) En cette nuit glaciale du 20 janvier 1793, le roi humilié et abandonné, isolé du reste de sa famille à la prochaine tragique destinée, pense peut-être à ce qui fut sa seule faiblesse, le manque de fermeté, faiblesse signant sa chute mais le couronnant de grandeur plus que celle du sacre. Peut-être s’est-il confié à ce sujet à son confesseur qui l’entendit longuement avant que le roi ne reposât son esprit dans un court sommeil.

Dieu parle dans les songes des justes comme nous le rapportent en maintes occasions les Saintes Écritures. En fut-il ainsi pour le Fils de saint Louis ? Dieu ne manque pas d’accorder les grâces et les consolations nécessaires pour affronter l’épreuve et pour entrer dans une bonne mort. Quelle paix enveloppa Louis XVI lorsque, l’âme purifiée par cette ultime confession, il trouva la force de s’endormir ? Nous possédons les Réflexions mises sur le papier par le jeune prince âgé d’une dizaine d’années. Le contenu est d’une maturité époustouflante et d’une constante profondeur humaine et spirituelle, comme ce commentaire composé à la demande de son père, Louis de France : « Un roi n’est digne de régner qu’autant qu’il fait la fonction de Dieu  sur la terre ; telle est l’étendue de ses obligations ; aussi le seul homme capable de rendre ses peuples heureux est celui qui n’accepte la royauté que pour l’amour d’eux, et dont le but, en gouvernant, est de ne jamais vouloir l’autorité et la grandeur pour lui, et de préférer toujours le salut de son royaume à sa tranquillité et à son bonheur. » (Maximes morales et politiques, publiées en 1814) Peut-on imaginer qu’un Archange ait tenu compagnie au Roi durant son repos, calmant une angoisse légitime, séchant ses larmes et proclamant qu’il avait dignement rempli son contrat en ne cherchant pas à sauver sa vie mais en acceptant de la sacrifier pour ses peuples et son royaume ? Cléry rapporte, dans son Journal du Temple, ces paroles du Roi le 20 janvier 1793 : « Je voudrais que ma mort fît le bonheur des Français et pût écarter les malheurs que je prévois. » Et quelques heures plus tard, sur l’échafaud, tandis qu’il était lié à la planche de la guillotine, il déclara paisiblement ces mots rapportés par le bourreau Sanson (Lettre au rédacteur du Thermomètre du Jour, 21 février 1793) : « Je voudrais que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. » Aura-t-il reçu des lumières et des révélations particulières sur l’avenir de la France au cours de son sommeil si bref ? L’état actuel de notre pays, privé de son Roi, privé de Dieu, privé de morale même naturelle, ennemi y compris de l’homme créature de Dieu, montre bien que la mort du Roi fut un acte diabolique, répétition humaine de la condamnation de Notre Seigneur : « Oportet unum mori pro populo. » (« Il faut qu’un seul meure pour le peuple. » Évangile selon saint Jean, XI. 49 sq.) Robespierre n’avait-il pas déclaré lors du procès inique, tout en prétendant être un opposant à la peine de mort : « … mais Louis doit mourir parce qu’il faut que la patrie vive. » Hélas, la patrie n’est point la France et les valeurs de la République ne sont point celles de la foi chrétienne. Aucune conciliation n’est possible, sauf à s’acoquiner avec le Malin, comme nous ne cessons de le faire depuis plus de deux siècles jusqu’à atteindre aujourd’hui une asphyxie, signe avant-coureur du néant.

Plût au ciel que Louis ait peut-être bénéficié, durant son repos, de lumières au sujet du royaume qu’il allait remettre, en tant que simple lieutenant du Christ, entre les mains du Grand Capitaine ! Il aurait pu faire sienne cette émouvante dédicace de Georges Bernanos à son ami Jacques Vallery-Radot : « Quand je serai mort, dites au doux Royaume de la Terre que je l’aimais, plus que je n’ai osé dire… » Louis XVI est mort pour la France et par la France. Nous pourrions dire de cette trahison ce qui est aussi valable au sujet de tout lien fidèle à l’Église : la pire douleur n’est point de souffrir pour l’Église mais de souffrir par l’Église. Parmi tous nos rois, certains admirables, d’autres moins dignes de leur métier, Louis XVI fut un de ceux qui aima le plus ce et ceux qui lui avaient été confiés par le divin Maître de la vigne. Ses heures de solitude égrenées une à une au cœur de cette nuit terrible n’entamèrent pas son amour et sa fidélité, et, comme chacun le sait, y compris parmi ses ennemis, aucune amertume, aucun ressentiment, aucun désir de vengeance ne l’animèrent jamais. Les gouvernants de notre époque, tout pleins d’eux-mêmes et de leur misérable pouvoir, retireraient grand profit à se pencher sur la geste de nos rois qui sont aussi les leurs, ne leur en déplaise. Durant les deux longues heures que dura l’éprouvant trajet entre le Temple et le lieu de l’exécution, il ne fit que lire les prières apaisantes des agonisants dans le bréviaire de l’abbé Edgeworth, notamment ce psaume III, revêtu en ces instants d’un contenu prophétique. En voici quelques extraits dans cette belle traduction du XVIIe siècle que connut le Roi : « Seigneur, pourquoi mes persécuteurs se sont-ils multipliés ? Il est grand le nombre de ceux qui sont en insurrection contre moi ! […] Oui, vous serez ma gloire, et ma tête qu’ils vont abattre, vous la relèverez. […] Non je ne le craindrai pas, ce peuple innombrable qui m’environne. […] Que votre bénédiction se répande sur ce peuple qui est encore le vôtre ! »

Lorsque la tentation nous saisit de ne point aimer les ennemis, il est bon de regarder l’exemple de notre dernier souverain vraiment très chrétien. La désespérance n’habita jamais le cœur du Roi, et pourtant, il aurait eu bien des raisons de sombrer et de maudire. Ce qu’il vécut durant sa dernière nuit et à l’aube naissante fut le fruit de toute une éducation du cœur et de l’intelligence, éminent exemple de ce que la France était capable de produire en ses temps de gloire. Lorsque la tête royale roula dans le panier et qu’elle fut brandie triomphalement, nul peuple pour acclamer, contrairement à la légende enseignée dans les écoles par la République. Dans la boue et la neige fondante, ce ne sont que les rangs serrés des soldats fédérés et des Jacobins, piétinant sur place depuis une heure du matin, de crainte d’un ultime soulèvement populaire. Le Roi ne put donc jeter un dernier regard sur son peuple. Il n’était entouré que par les nouveaux grands prêtres et les pharisiens ricanant au pied de ce gibet. Ce ne sont pas les Parisiens qui trempèrent piques et mouchoirs dans le sang royal mais toute cette lie révolutionnaire qui, depuis, n’a jamais lâché prise et qui continue de danser de façon endiablée sur les ruines accumulées. Georges Bernanos, encore lui, écrivait à son ami Virgilio Mello Franco en 1940 : « Il nous reste les valeurs spirituelles françaises, comme une poignée de cendres dans la main. En soufflant dessus, on fera peut-être rougir une braise encore chaude, et si petite que soit la flamme, pourquoi n’embraserait-elle pas de nouveau la terre ? » (Correspondance, T. II, 1934-1948, 22 décembre 1940)

Le Roi pour le repos de l’âme duquel nous prions ce soir a peut-être reçu de l’Archange dans ses ultimes songes l’assurance que son sang ne serait pas versé en vain et que la braise rougeoyante ne s’éteindrait pas, aussi longtemps que des hommes pieux, bons, justes et fermes seraient enracinés dans son royaume.
A chacun d’entre nous, mes chers Frères, d’être un de ceux-là.

Rd. Père Jean-François Thomas, s. j.

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2022-7. « Français, ayons du cœur et de l’énergie. Montjoie Saint-Denis ! »

Editorial de

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

publié dans « Valeurs Actuelles »
du 6 janvier 2022

Louis XX - Prince Louis de Bourbon

Avoir des ambitions, maîtriser son destin,
choisir l’humain, défendre le vrai, cultiver le beau.
En un mot : être la France.
Tel est le vœu que tous les responsables politiques
devraient former pour notre pays
en ces premiers jours de l’année.

Merveilleuse alchimie de la société française toute en équilibre et harmonie. Entre le ciel et la terre, entre le bien commun et l’égoïsme individuel. À l’image de Noël et du jour de l’An. Noël, la fête chrétienne de la naissance du Christ venu sauver le monde qui en a tant besoin ; les étrennes du Nouvel An, pour revenir sur terre et penser à soi. Les deux faces d’une même humanité. Rendre à Dieu et rendre à César ! Janvier, le temps des vœux, des bonnes résolutions, des compteurs remis à zéro pour repartir et pour s’ouvrir à l’avenir et le préparer. Avenir individuel si préoccupant pour chacun et pour les familles, mais encore plus pour notre cher et vieux pays.

N’est-il pas frappé par les crises sanitaire et économique ? N’est-il pas, plus gravement encore, atteint d’une sorte de doute sur son avenir même, qui entraîne une remise en cause existentielle ? La France dont certains de ses enfants semblent renier un passé plus que glorieux longtemps exalté et qu’ils feignent parfois de récuser ou d’oublier, alors que nombre de nations nous jalousent en l’admirant. Sans ce fondement fort, fruit des siècles de l’œuvre collective menée du roi au plus humble des sujets, l’avenir paraît parfois bien incertain tant il est fait de doutes et d’interrogations. Pourtant il ne s’agit pas d’être dans la nostalgie du temps d’avant.

Ce culte du passé pour lui-même n’est pas dans notre tradition. Pour sortir de la crise, il y a nécessité de retrouver l’énergie conquérante de ceux qui nous ont précédés et de redéfinir un projet de société. De retrouver le sens d’une communauté de destin. Allons ! Français, ayons du cœur et de l’énergie. Montjoie Saint-Denis ! Faire le contraire ne serait ni très capétien ni français !

Notre pays doit aborder la période actuelle comme l’occasion de s’ouvrir à une nouvelle Renaissance — comme l’est par nature la naissance du Christ, qui marque le début de l’histoire moderne du monde. Ce n’est pas rien, d’autant que la France a choisi aussi il y a quinze siècles de faire coïncider sa naissance officielle avec le baptême de Clovis à la Noël 496. Que de symboles pour retrouver espérance et volonté de se renouveler.

En ces premiers jours de l’année, faisons un vœu, un vœu collectif, d’une France qui, fidèle à ses traditions, son histoire et ses racines, profite des épreuves actuelles pour rebondir. Une France qui, de nouveau, se met à s’aimer elle-même à la fois pour ce qu’elle est mais aussi pour ce qu’elle peut apporter aux autres nations. N’est-ce pas, en effet, le monde entier qui est en attente et l’Europe tout particulièrement ? Mais pour espérer, ne faut-il pas un modèle ?

La France, inspirée par sa vision universaliste née de son baptême, a sur ce point un rôle à jouer. Faisons qu’elle retrouve le sens de sa mission, appuyée sur un régime sachant concilier le bien commun, sans lequel il n’y a pas de vie sociale ni la garantie des libertés individuelles, avec le développement pour tous afin de ne laisser personne en dehors. Que la France redevienne fière de son double héritage, gréco-romain d’une part et chrétien d’autre part — César et Dieu, encore une fois —, pour garantir l’harmonie sociale. Qu’elle sache exalter les grandeurs léguées par son histoire riche de quinze siècles, pour inspirer l’avenir.

Il est des moments où savoir regarder dans le miroir du passé, où se mêlent grands hommes et événements exaltants, permet de retrouver les énergies nécessaires pour construire demain, pour redonner du sens à une destinée commune.

Puisqu’il y a des échéances électorales avec des propositions qui, par nature, feront appel à une certaine démagogie, pourquoi ne pas chercher à élever le débat ? À échapper aux approches partisanes et donc réductrices, aux petits calculs, aux programmes qui se résument à des formules chocs, aux promesses qui seront bien vite oubliées. N’est-ce pas le moment de placer la barre plus haut ? Qu’est-ce qui sera le bon et le bien pour la France et les Français de demain ? Sur le long terme. Voir juste et voir loin.

Revenir aux fondamentaux si malmenés ces dernières décennies : faire du bien commun l’objectif de l’action ; défendre la famille naturelle en respectant l’éthique et le droit naturel ; affirmer la primauté de la vie humaine, de la conception à la mort ; exalter le beau ; revenir à la vérité et au réalisme en politique en oubliant le relativisme et les idéalismes dictés par les passions éphémères.

En politique, cela correspond à des réalités bien concrètes : souveraineté retrouvée, ce qui est possible grâce à la valeur de nos armes, à notre immense domaine maritime réparti sur les cinq continents, à notre langue, une des rares à être encore mondiales, à notre technologie de pointe en de nombreux domaines ; sécurité assurée et retrouvée pour tous, une des premières missions régaliennes largement bafouée par les territoires de non-droit et les communautarismes réducteurs ; justice garantissant les droits des faibles et des victimes… En un mot, avoir des ambitions ! Maîtriser son destin ! Être la France.

C’est ainsi que les Français l’aiment. Ils le rappelleront, n’en doutons pas, lors des prochaines échéances, pour écrire une nouvelle page de son avenir.

Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

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2022-5. La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.

14 janvier,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici).

Nous continuons d’approfondir notre connaissance des Docteurs de l’Eglise au moyen des catéchèses que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI leur a consacrées. A l’occasion de sa fête liturgique, apprenons donc à mieux connaître et aimer le grand évêque de Poitiers qui fut un des champions de la lutte contre l’arianisme : Saint Hilaire.

St Hilaire  église Saint-Loup de Saint-Hilaire (actuel diocèse de Moulins)

Vitrail de l’église Saint-Loup
du village de Saint-Hilaire (dans l’actuel diocèse de Moulins)

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 10 octobre 2007

 * * * * *

Saint Hilaire de Poitiers :
La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais parler d’un grand Père de l’Eglise d’Occident, saint Hilaire de Poitiers, l’une des grandes figures d’évêques qui ont marqué le IVème siècle.
Au cours de la confrontation avec les ariens, qui considéraient le Fils de Dieu, Jésus, comme une créature, certes éminente, mais toutefois uniquement comme une créature, Hilaire a consacré toute sa vie à la défense de la foi dans la divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Dieu comme le Père, qui L’a engendré de toute éternité.

Nous ne disposons pas d’informations certaines sur la plus grande partie de la vie d’Hilaire.
Les sources antiques disent qu’il naquit à Poitiers, probablement vers l’année 310. Issu d’une famille aisée, il reçut une solide formation littéraire, bien évidente dans ses écrits.
Il ne semble pas qu’il ait grandi dans un milieu chrétien. Lui-même nous parle d’un chemin de recherche de la vérité, qui le conduisit peu à peu à la reconnaissance de Dieu créateur et du Dieu incarné, mort pour nous donner la vie éternelle.
Baptisé vers 345, il fut élu évêque de sa ville natale autour de 353-354. Au cours des années suivantes, Hilaire écrivit sa première œuvre, le Commentaire à l’Evangile de Matthieu. Il s’agit du plus ancien commentaire en langue latine qui nous soit parvenu de cet Evangile. En 356, Hilaire assiste comme évêque au synode de Béziers, dans le sud de la France, le « synode des faux Apôtres », comme il l’appelle lui-même, car la réunion fut dominée par des évêques philo-ariens, qui niaient la divinité de Jésus-Christ. Ces « faux apôtres » demandèrent à l’empereur Constance la condamnation à l’exil de l’évêque de Poitiers. Hilaire fut ainsi obligé de quitter la Gaule au cours de l’été 356.

Exilé en Phrygie, dans l’actuelle Turquie, Hilaire se trouva au contact d’un milieu religieux totalement dominé par l’arianisme. Là aussi, sa sollicitude de pasteur le poussa à travailler sans relâche pour le rétablissement de l’unité de l’Eglise, sur la base de la juste foi, formulée par le concile de Nicée. C’est dans ce but qu’il commença la rédaction de son œuvre dogmatique la plus importante et la plus connue : le De Trinitate (Sur la Trinité). Dans celle-ci, Hilaire expose son chemin personnel vers la connaissance de Dieu, et se préoccupe de montrer que l’Ecriture atteste clairement la divinité du Fils et Son égalité avec le Père, non seulement dans le Nouveau Testament, mais également dans un grand nombre de pages de l’Ancien Testament, dans lequel apparaît déjà le mystère du Christ. Face aux ariens, il insiste sur la vérité des noms de Père et de Fils et développe toute sa théologie trinitaire à partir de la formule du baptême qui nous a été donnée par le Seigneur lui-même : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Le Père et le Fils sont une même nature. Et si certains passages du Nouveau Testament pourraient faire penser que le Fils est inférieur au Père, Hilaire offre des règles précises pour éviter des interprétations erronées : certains textes de l’Ecriture parlent de Jésus comme de Dieu, d’autres mettent, en revanche, en évidence Son humanité. Certains se réfèrent à Lui dans Sa préexistence auprès du Père ; d’autres prennent en considération l’état d’abaissement (kenosi), Sa descente jusqu’à la mort ; d’autres, enfin, Le contemplent dans la gloire de la résurrection.

Au cours des années de son exil, il écrivit également le Livre des Synodes, dans lequel il reproduit et commente pour ses confrères évêques de Gaule les confessions de foi et d’autres documents des synodes réunis en Orient autour de la moitié du IVème siècle. Toujours ferme dans son opposition aux ariens radicaux, saint Hilaire montre un esprit conciliant à l’égard de ceux qui acceptaient de confesser que le Fils était ressemblant au Père dans Son essence, naturellement en cherchant à les conduire vers la plénitude de la foi de Nicée, selon laquelle il n’y a pas seulement une ressemblance, mais une véritable égalité du Père et du Fils dans la divinité. Cela aussi me semble caractéristique : l’esprit de conciliation qui cherche à comprendre ceux qui n’y sont pas encore arrivés et qui les aide, avec une grande intelligence théologique, à parvenir à la plénitude de la foi, dans la divinité véritable du Seigneur Jésus-Christ.

En 360 ou en 361, Hilaire put finalement revenir dans sa patrie après son exil, et il reprit immédiatement l’activité pastorale dans son Eglise, mais l’influence de son magistère s’étendit de fait bien au-delà des frontières de celle-ci. Un synode tenu à Paris en 360 ou en 361 reprend le langage du concile de Nicée. Certains auteurs antiques pensent que ce tournant anti-arien de l’épiscopat de la Gaule a été en grande partie dû à la fermeté et à la mansuétude de l’évêque de Poitiers. Tel était précisément son don : conjuguer la fermeté dans la foi et la douceur dans les relations interpersonnelles.

Au cours des dernières années de sa vie, il rédigea encore les Traités sur les Psaumes, un commentaire de cinquante-huit psaumes, interprétés selon le principe souligné dans l’introduction de l’œuvre : « Il ne fait aucun doute que toutes les choses qui se disent dans les Psaumes doivent être comprises selon l’annonce évangélique, de façon à ce que, quelle que soit la voix avec laquelle l’esprit prophétique a parlé, tout soit cependant rattaché à la connaissance de la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Incarnation, Passion et Royaume, et à la gloire et puissance de notre résurrection » (Instructio Psalmorum 5). Il voit dans  tous  les  psaumes  cette compréhension du mystère du Christ et de Son Corps, qui est l’Eglise.

En diverses occasions, Hilaire rencontra saint Martin : précisément près de Poitiers, le futur Evêque de Tours fonda un monastère, qui existe encore aujourd’hui.
Hilaire mourut en 367. Sa mémoire liturgique est célébrée le 13 janvier [note : cette date est celle de sa fête dans le calendrier réformé ; il est fêté le 14 dans le calendrier traditionnel]. En 1851, le bienheureux Pie IX le proclama Docteur de l’Eglise.

Pour résumer l’essentiel de sa doctrine, je voudrais dire qu’Hilaire trouve le point de départ de sa réflexion théologique dans la foi baptismale. Dans le De Trinitate, Hilaire écrit : Jésus « a commandé de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (cf. Matth. XXVIII, 19), c’est-à-dire dans la confession de l’Auteur, du Fils unique et du Don. Il n’y a qu’un seul Auteur de toutes les choses, car Dieu le Père est un seul, dont tout procède. Et Notre-Seigneur Jésus-Christ est un seul, à travers Lequel tout fut fait (1 Cor. VIII, 6), et l’Esprit est un seul (Eph. IV, 4), don en tous… En rien on ne pourra trouver qu’il manque quelque chose à une plénitude aussi grande, dans laquelle convergent dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit l’immensité de l’Eternel, la révélation dans l’Image, la joie dans le Don » (De Trinitate 2, 1). Dieu le Père, étant entièrement amour, est capable de communiquer en plénitude Sa divinité au Fils.
Je trouve particulièrement belle la formule suivante de saint Hilaire : « Dieu ne sait rien être d’autre qu’amour, Il ne sait rien être d’autre que le Père. Et celui qui L’aime n’est pas envieux, et Celui qui est le Père L’est dans Sa totalité. Ce nom n’admet pas de compromis, comme si Dieu pouvait être le Père sur certains aspects, mais ne L’était pas sur d’autres » (ibid. 9, 61).

C’est pourquoi, le Fils est pleinement Dieu sans aucun manque ni diminution : « Celui qui vient de la perfection est parfait, car Celui qui a tout, Lui a tout donné » (ibid. 2, 8). Ce n’est que dans le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, que l’humanité trouve son salut. En assumant la nature humaine, Il a uni chaque homme à Lui, « Il S’est fait notre chair à tous » (Tractatus in Psalmos 54, 9) ; « Il a assumé en Lui la nature de toute chair, et au moyen de celle-ci Il est devenu la vraie vie, Il possède en Lui les racines de chaque sarment » (ibid. 51, 16). C’est précisément pour cette raison que le chemin vers le Christ est ouvert à tous, – car Il a attiré chacun dans sa nature d’homme – même si la conversion personnelle est toujours demandée : « A travers la relation avec sa chair, l’accès au Christ est ouvert à tous, à condition qu’ils se dépouillent du vieil homme (cf. Eph. IV, 22) et qu’ils le clouent sur Sa croix (cf. Col II, 14) ; à condition qu’ils abandonnent les oeuvres de jadis et qu’ils se convertissent, pour être ensevelis avec lui dans son baptême, en vue de la vie (cf. Col. I, 12 ; Rom. VI, 4) » (ibid. 91, 9).

La fidélité à Dieu est un don de Sa grâce.
C’est pourquoi saint Hilaire demande, à la fin de son Traité sur la Trinité, de pouvoir rester toujours fidèle à la foi du baptême. C’est une caractéristique  de ce livre : la réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu.
Je voudrais conclure la catéchèse d’aujourd’hui par l’une de ces prières, qui devient ainsi également notre prière : « Faites, ô Seigneur – récite saint Hilaire de manière inspirée – que je reste toujours fidèle à ce que j’ai professé dans le symbole de ma régénération, lorsque j’ai été baptisé dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit Saint. Faites que je Vous adore, notre Père, et en même temps que Vous, que j’adore Votre Fils ; faites que je mérite Votre Esprit Saint, qui procède de Vous à travers Votre Fils unique… Amen » (De Trinitate 12, 57).

St Hilaire - église de Montilliers (diocèse d'Angers)

Vitrail de Saint Hilaire
dans l’église de Montilliers (diocèse d’Angers)

2022.4. Admirable mystère de la puissance divine !

Octave de l’Epiphanie,
où est lu l’Evangile du baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain.

Le sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin qui porte le n°45 est intitulé « Pour l’octave de l’Epiphanie » et porte sur la péricope évangélique de Saint Matthieu rapportant le baptême de Notre-Seigneur par Jean-Baptiste. Ce sermon atteste donc qu’à la fin du IVème siècle la liturgie était conforme sur ce point à ce que nous continuons de célébrer dans le missel traditionnel et qui a été chamboulé par la réforme liturgique postérieure au second concile du Vatican… 

Baptême de Notre-Seigneur vitrail de l'église Saint-Gommaire à Lierre (Anvers)

Vitrail du baptême de Notre-Seigneur
dans l’église Saint-Gommaire de Lierre (province d’Anvers)

§ 1. Le Christ S’est fait baptiser du baptême de pénitence afin de nous amener à la pénitence :

Que Dieu Se soit fait voir parmi nous ; que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait été, en même temps, Dieu et homme, et qu’en Lui aient manifestement paru les prérogatives de l’un et de l’autre, c’est un fait annoncé en bien des manières par les Prophètes, et affirmé par le saint Evangile d’aujourd’hui : de là nous devons conclure que, si Dieu a daigné Se faire homme, c’était afin que l’homme, perdu par son péché, pût devenir Dieu.
Après avoir accompli le mystère de l’Incarnation et pris sur Lui les faiblesses de notre humaine mortalité, l’Homme-Dieu nous a appris la manière d’effacer nos fautes ; car Il est venu demander à Jean-Baptiste le baptême de la pénitence, afin de nous procurer le salut par Son propre baptême. Imitez donc et recevez le sacrement justificateur qu’a établi le Fils de Dieu. Il a fait pénitence, et, pourtant, aucune raison ne L’obligeait à la pénitence ; pleurez, vous, car vous avez tout motif de verser des larmes de douleur. Il a effacé les péchés de la chair ; c’est à vous de les déplorer. Il a purifié dans l’eau matérielle ce qui était sans taches ; pour vous, dont la conscience est souillée, purifiez-la dans le torrent de vos larmes.

§ 2. Humilité du Baptiste :

En voyant Dieu s’approcher du baptême de pénitence pour le recevoir, le vénérable Prophète fut saisi de stupeur ; le trouble et l’épouvante se répandirent dans tout son être en la présence du Rédempteur. « Seigneur », s’écria-t-il, « soyez-moi propice ! Ces eaux où se purifient les corps sont la piscine réservée aux pécheurs. Je baptise les serviteurs, mais je ne dois point baptiser le Maître. Je le sais, Vous venez de la source des eaux célestes ; pourquoi donc entacher les choses divines au contact des choses de la terre ? En Vous se trouvent des sources toutes pures, dont les eaux abondantes rafraîchissent les terres desséchées et communiquent la fécondité à celles qui sont stériles. O saint, si, seulement, Vous m’ordonniez de m’approcher de ces eaux salutaires ! si, seulement, Vous daigniez en verser sur moi de Vos propres mains ! Purifié de mes souillures charnelles, je pourrais marcher dans le sentier du ciel, j’ignorerais les faiblesses coupables de la chair !». Néanmoins le Sauveur persiste dans Son dessein ; puis, voilant pour un instant Sa divinité, il dit à Jean : « Fais maintenant ce que Je dis, car il nous faut accomplir toute justice » (Matth. III, 15). Voyez, quelle céleste réponse ! Le Christ ne nie pas qu’il soit Dieu, mais parce qu’il est devenu homme, il veut accomplir tout ce qu’exigent les prescriptions de la loi. Car c’est justice qu’Il reçoive ce qu’Il doit donner, et qu’Il imprime le sceau de la perfection à ce qu’Il doit léguer à l’Eglise. Alors Jean Le laissa : il ne se sépara point de Lui, mais il L’abandonna à Sa propre volonté, pour Lui laisser faire ce qu’Il désirait. Il voyait dès lors, en effet, que le baptême du Sauveur sanctifierait les eaux, et que ce bain serait, non plus celui de la pénitence, mais celui de la grâce.

§ 3. Il voit les cieux s’ouvrir et le Saint-Esprit en descendre : comment ?

« Aussitôt qu’Il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau, et les cieux s’ouvrirent » (Ibid. 16).
Emblème de la promptitude avec laquelle devait s’opérer l’oeuvre de notre régénération, et de la facilité avec laquelle le vieil homme se changerait en homme nouveau. Jésus est baptisé, et tous les secrets mystères de l’homme se dévoilent. Les cieux s’ouvrent en présence de Jean, non pour rendre profanes les mystères célestes ; mais pour rendre accessible à l’homme l’entrée du paradis, fermée par nos fautes. Les cieux s’ouvrent, sans qu’il y ait scission dans les éléments, sans qu’on aperçoive la moindre déchirure, la plus petite anfractuosité dans les airs, ou que Dieu ait besoin d’en soutenir les parois… Cependant l’œil spirituel peut apercevoir ce que l’œil charnel ne saurait découvrir. Rempli de l’Esprit-Saint, Ezéchiel assure que les cieux se sont ouverts devant lui, et qu’il y a lu la mystérieuse signification des quatre animaux. De même en a-t-il été de saint Etienne, au moment où il a rendu un si beau témoignage à Jésus-Christ. Plein de l’Esprit-Saint, et portant ses regards vers le ciel, il a vu la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il a dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 38). Il a donc vu les cieux ouverts, celui qui prophétisait en l’Esprit ; il a vu les cieux ouverts, celui qui confessait si ouvertement le Christ : « Et j’ai vu », dit le Précurseur, « l’Esprit de Dieu descendant du ciel comme une colombe et venant sur lui » (Matth. III, 16), c’est-à-dire sur Notre-Seigneur Jésus-Christ. Rien d’étonnant à ce que Jean ait vu venir le Saint-Esprit, puisque, avant de naître, il a tressailli dans le sein d’Elisabeth, en présence de la mère du Sauveur, et que, dans le désert, il a ainsi annoncé le Christ : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (ibid. 3). Mais, dira peut-être quelqu’un, comment a-t-on pu voir l’Esprit de Dieu, puisqu’Il est invisible, incompréhensible et répandu dans tous les éléments, un Esprit qui est évidemment Dieu ? Le Sauveur ne dit-il pas dans l’Evangile que « Dieu est esprit » ? (Jean II, 24). Ce qui voit l’Esprit de Dieu, c’est le cœur pur, c’est toute intelligence dont l’Esprit-Saint daigne S’approcher. Par la toute-puissance de Sa divinité, et selon Son bon plaisir, Il pénètre dans ce cœur, dans cette intelligence ; Il S’y rend visible. « L’Esprit de Dieu souffle où Il veut » (ibid. III) : Il gouverne toutes choses, sans être gouverné par aucune ; le monde entier reçoit la vie de cette âme éternelle, qui donne la connaissance du ciel et la refuse, qui a développé l’étendue des mers, qui couvre toute la terre et qui, pénétrant dans le vaste corps du monde, communique libéralement la vie à toutes les semences. Car telle est la nature de la Divinité, que, partout où tu remarques le mouvement et la vie, tu dois y voir l’action de l’Esprit de Dieu.

§ 4. Le mystère de la Sainte Trinité se dévoile dans son entier :

Dans le baptême du Sauveur se manifestent, d’une part, le dessein secret et difficile à saisir du Saint-Esprit, et, d’autre part, le mystère tout entier de la Trinité. L’Esprit de Dieu connaissait le Verbe, et Il L’avait vu Se revêtir de notre humanité. Pour montrer aux hommes que Sa puissance est égale à celle du Fils de Dieu, Il prend donc la forme d’une colombe, bien qu’Il soit d’une nature subtile et simple, que la sainteté Lui appartienne en propre, et qu’Il Se trouve à l’abri de toute investigation. Et, pour que la Trinité apparaisse dans Son entier, le Père, que personne n’a jamais vu, si ce n’est le Fils unique (Jean I, 18), Se fait entendre et fait connaître, par Son propre témoignage, le Christ que l’Esprit-Saint désigne déjà. Voici Ses paroles : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis Mes complaisances » (Matth. III, 17).
Admirable mystère de la puissance divine ! Que les voies de l’Esprit de Dieu sont impénétrables ! Il S’est revêtu des dehors d’un oiseau inoffensif ; puis Il est descendu du haut des cieux sur Jésus-Christ, immédiatement après Son baptême ; ainsi nous a-t-Il montré que l’infusion du Saint-Esprit se fait dans l’âme au moment du baptême ; ainsi encore a-t-Il réfuté d’avance l’erreur méchante qui consisterait à dire que les paroles de Dieu le Père s’adressaient à Jean, et non à Dieu le Fils.

§ 5. Exhortation au saint baptême :

Ici, mes frères, il convient de tourner toute notre indignation contre les impies, et d’en finir avec la mauvaise foi des Juifs, qui ne croient point à la venue du Messie, quand le ciel lui-même Lui rend témoignage, qui refusent de reconnaître comme Dieu Celui que le Père déclare être Son Fils.
Aussi, mes très-chers frères, réunissons-nous dans un même sentiment de foi, et soyons tous assez fermes pour confesser Dieu le Père, et Son Fils Jésus, et le Saint-Esprit, et reconnaître, en même temps, qu’Ils ne forment à eux Trois qu’une seule et même Substance.
Quant à vous, frères bien-aimés, à qui nous procurons le bonheur d’entendre les leçons de l’Apôtre, hâtez-vous de recevoir aussi le baptême. Que rien, en lui, ne vous paraisse abject ; que rien, en lui, ne vous semble méprisable. Le Sauveur du monde a daigné entrer dans cette piscine ; hâtez-vous donc, « du temps qu’il fait jour, dans la crainte d’être surpris par les ténèbres » (Matth. XII, 35). Si nombreuses que soient les blessures faites à vos cœurs par le péché, si hideuses que soient les taches imprimées à votre âme par vos fautes, nous les cicatriserons, nous les ferons disparaître avec l’eau vive du baptême : votre conscience y sera purifiée de toutes vos anciennes iniquités, une lumière toute spirituelle y sera répandue en vous ; c’est ainsi que, par mon ministère, s’accomplira parfaitement en votre personne le grand mystère de ce jour ; c’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous, et que je vous ferai voir le Christ, Notre-Seigneur, à qui l’honneur, la puissance et la gloire appartiennent pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Symbole de la Sainte Trinité

2022-2. Vœux de SMTC le Roi Louis XX.

1er janvier 2022.

Vœux du Roi

En ce premier jour de l’année, faisons le vœu d’une France qui retrouve l’esprit de la volonté collective. La volonté qui fait gagner, et ouvre des voies nouvelles.
Pour se faire la France doit reprendre en mains ses destinées et retrouver l’amour de son histoire, de ses traditions et de ses grands hommes.
Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Armes de France & Navarre

2021-79. De contritionis actu.

- De l’acte de contrition -

homme en prière - examen de conscience

L’achèvement de toute action humaine, que ce soit la fin d’une journée, la fin d’une période particulière de nos étapes terrestres, la fin d’un travail, ou la fin d’une année, doit toujours porter le catholique qui prend au sérieux sa vie spirituelle et sa progression dans la pratique des vertus, à un examen de conscience – général ou particulier – par lequel, honnêtement, devant Dieu et la cour céleste, il vérifie les dispositions qu’il a apportées à ce qu’il a fait et la manière dont il l’a accompli.

Sans scrupule mais sans superficialité, et surtout sans indulgence envers soi-même (chose à laquelle nous sommes si spontanément enclins !), cet examen – qui n’a rien à voir avec l’introspection ni avec le nombrilisme – nous conduit à affuter notre conscience morale ; à nous comporter de manière plus délicate, plus fidèle et plus aimante envers Dieu ; à être plus exacts dans l’observance de ses saintes lois ; à faire des progrès dans la pratique des vertus… etc.
Ce pourquoi la Sainte Eglise, dans sa sagesse, nous demande de faire tous les soirs un examen de conscience portant sur les actions, pensées, paroles et omissions coupables de notre journée, avant de nous endormir ; ce pourquoi de très grands spirituels tout au long des siècles ont voulu aider leurs disciples, parfois à leur demande, en rédigeant des directoires ou formulaires pour l’examen de conscience quotidien, hebdomadaire et mensuel ; ce pourquoi encore, à l’occasion de retraites spirituelles, on enseigne souvent la pratique de « l’examen particulier ».

L’examen de conscience régulier nous porte à nous purifier plus rapidement des souillures de nos fautes quotidiennes, et à nous corriger de nos défauts et imperfections : il ne doit pas entretenir dans l’âme les tourments du remords (celui-ci est une manifestation de l’orgueil et de la complaisance de soi, dépités à la vue de nos imperfections), mais la libération, la joie et la paix qu’engendre un regret sincère, humble et aimant.
Voilà pourquoi, comme au confessional, la récitation de l’acte de contrition vient parachever l’examen de conscience.
Ajoutons et rappelons que, pour les fautes vénielles, cette récitation fervente (et non pas machinale et routinière) de l’acte de contrition, nous obtient déjà le pardon et la rémission.

En outre, dans le cas d’un danger mortel et en l’absence de la possibilité de recevoir la sainte absolution, la récitation sincère et fervente de l’acte de contrition, dont les termes expriment ce que l’on appelle en théologie une « contrition parfaite » (la contrition est dite parfaite lorsque le motif de notre regret est le mal que le péché fait à Dieu : offense à Sa majesté, à Sa sainteté, révolte contre Son autorité sou­veraine, mépris de Son amour, souffrances que le péché a occasionnées à Notre-Seigneur ; autrement dit, la contrition parfaite consiste à regretter le péché par un motif d’amour), peut être suffisante pour nous valoir le pardon des péchés mortels eux-mêmes.
Voilà pourquoi, en plus du sacrement de pénitence (où, normalement, le confesseur doit demander au pénitent de réciter l’acte de contrition), il est de la plus grande importance de bien connaître son acte de contrition.

A ce sujet, lors d’une conversation entre amis, j’ai incidemment mentionné le fait que je récite mon acte de contrition en langue latine. Mes auditeurs l’ont immédiatement remarqué et m’ont demandé de le leur apprendre.
Je leur ai promis d’en faire l’objet d’une publication, d’autant que la formule française ordinaire (« Mon Dieu, j’ai un très grand regret de Vous avoir offensé, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché Vous déplait : je prends la ferme résolution, avec le secours de Votre sainte grâce, de ne plus Vous offenser et de faire pénitence »), qui est néanmoins « suffisante », m’apparaît cependant moins précise et complète que la formule latine que j’utilise (car il existe plusieurs versions), que j’ai recopiée il y a une trentaine d’années dans un vieux livre de prières latines oublié au fond d’une bibliothèque de religieux qui ne lisaient plus le latin, et dont j’ai su depuis que c’est la formule qui a été reprise dans l’Ordo pænitentiæ publié en 1974.

En voici le texte :
« Deus meus, ex toto corde me pǽnitet ac dóleo de ómnibus quæ male egi et de bono quod omísi, quia peccándo offéndi te, summe bonum ac dignum qui super ómnia diligáris.
Fírmiter propóno, adiuvánte grátia tua, me pæniténtiam ágere, de cétero non peccatúrum peccatíque occasiónes fugitúrum.
Per mérita passiónis Salvatóris nostri Iesu Christi, Dómine, miserére ».

La traduction peut être la suivante :
« Mon Dieu, de tout mon cœur je me repens et j’éprouve de la douleur pour tout le mal que j’ai commis et pour le bien que j’ai omis, parce qu’en péchant je Vous ai offensé, Vous qui êtes souverainement bon et digne d’être aimé par-dessus toutes choses.
Je prends le ferme propos, avec l’aide de Votre grâce, de faire pénitence, de ne plus pécher à l’avenir, et de fuir les occasions du péché.
Par les mérites de la Passion de notre Sauveur Jésus-Christ, Seigneur, ayez pitié (de moi) !
 ».

Pour ce qui me concerne, je préfère cette formule parce qu’elle exprime non seulement le regret du mal commis mais aussi celui du bien qui a été omis, parce que l’expression de la contrition parfaite est plus précise et parce que le ferme propos y est plus explicite : faire pénitence, ne plus recommencer et fuir les occasions de péché, chose des plus importantes dans la lutte contre le péché mais qui est si souvent oubliée par les pénitents…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

homme en prière - contrition

2021-78. « Notre Église est l’Église des saints ! »

Dimanche 26 décembre 2021,
Fête de Saint Etienne, protomartyr (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Voici le texte du prône que nous avons eu le bonheur d’entendre, hier, lors de la Messe solennelle du saint jour de Noël, dans notre Chapitre de Saint Remi – dont vous savez que je suis chanoine d’honneur -, et j’ai pensé qu’il vous serait agréable d’en bénéficier vous aussi.
Sainte et fervente octave de la Nativité !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

François Perrin 1634 - Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - Saint-Denis musée d'art et d'histoire

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus
(François Perrin [1590-1650], 1634 – Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis)

Etoiles

Prône pour la fête de la Nativité de Notre-Seigneur
- 25 décembre 2021 -
prononcé par Monsieur le Prévôt du Chapitre de Saint Remi
à la Messe solennelle du saint jour de Noël

Alors que cette fête demeure l’une des plus fréquentées en France-même, relevons que, si notre Chapitre ne travaille pas à proprement parler pour une paroisse, nous ne nous désintéressons aucunement du salut des âmes ; bien au contraire, en prenant nos distances, et presque de l’élan, nous les embrassons toutes. Car si travailler à sauver une âme est déjà une grande œuvre, qu’en sera-t-il de la conversion de toute un royaume ?

Mais au milieu des persécutions contre la liturgie traditionnelle et du délitement de notre Patrie, l’on nous reproche de ne pas nous affairer. Et comment mieux travailler et coopérer à la résistance et au redressement de l’Église catholique comme de l’État chrétien, sinon en étant bien fidèle à son devoir d’état ? Et celui d’un chanoine est d’être bien à sa place au chœur, portant la prière d’un peuple qui ne prie plus publiquement qu’à moins de 2% selon les sondages, de soigner la liturgie et de s’unir de cœur comme d’esprit aux paroles prononcées, tenant lieu ici-bas de Cour du Roi des rois, « car l’on ne se moque pas de Dieu » (Ga VI, 7). De son temps, la patronne des missions n’eut rien ne plus à cœur que de s’enfermer dans son couvent de Lisieux, d’y supporter ses sœurs et consœurs, d’y être malade et d’y mourir à 24 ans. Sa châsse est aujourd’hui portée en triomphe dans toutes les parties du monde. La petite Bernadette, après avoir eu l’insigne honneur de recevoir les apparitions de la Vierge Immaculée, se voit non pas chargée de mission pour prêcher des conférences comme le voudrait tout Catholique connecté du XXIe siècle, mais exfiltrer en Nivernais pour apprendre à obéir et à pâtir, car « beaucoup d’humiliations font un peu d’humilité ». Plus facile à dire qu’à appliquer, et surtout qu’à aimer : car nous en sommes encore bien loin, mais là était finalement la seconde mission de Sœur Marie-Bernarde, la première étant non pas de convaincre mais d’avertir M. son curé, Mgr Peyremale.

En ce jour de naissance de la France, en lequel la Sacrée Pénitencerie Apostolique accorde aux membres et fidèles de l’Ordre de saint Remi l’indulgence plénière, nous nous glorifions de contribuer à la fidélité du royaume très-chrétien à sa vocation. Et tandis que beaucoup de nos amis combattent activement, nous devons, tels les chapelains de sainte Jeanne d’Arc à deux pas du champ de bataille, chanter solennellement Office divin et Messe : le soin du Service divin est de bien plus grande importance que le maniement des armes, ferrées ou électroniques. Nous devons remplir autour du Christ Roi et de Son lieutenant le rôle que son frère le grand-prêtre Aaron et son beau-frère ou neveu Hour  jouèrent auprès de Moïse : en lui soutenant les bras tout le temps de la bataille contre les Amalécites. Grâce à nous en quelque sorte, osons-le, la France ne peut pas baisser les bras !

Et alors que l’eau salutaire coulait sur la peau du front de Clovis le Grand, s’accomplissaient pour les Francs les paroles de saint Paul entendues mardi en la fête de saint Thomas : « Désormais vous n’êtes donc plus des étrangers et des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des Saints, et membres de la famille de Dieu, puisque vous avez été édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, le Christ Jésus étant Lui-même la pierre angulaire. En Lui, tout l’édifice, bien coordonné, grandit pour être un temple saint dans le Seigneur. En Lui, vous aussi, vous entrez dans sa structure, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit-Saint » (Eph. II, 19-22).

En cette fête de la Nativité du Seigneur fait pour nous petit Enfant, citons encore, puisqu’il repose à quelques kilomètres d’ici, Georges Bernanos dans son Jeanne relapse et sainte (1934), comme le cher Père Thomas nous le conseille en ces jours d’épreuve :

« Notre Église est l’Église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine.

Notre Église est l’Église des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu’ils fussent des vieillards pleins d’expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l’enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d’Église ? Hé! Que font ici les gens d’Église ! Pourquoi veut-on qu’ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s’assure que le royaume du ciel s’emporte comme un siège à l’Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n’a pas fait l’Église pour la prospérité des saints, mais pour qu’elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d’honneur et de poésie. Qu’une autre Église montre ses saints ! La nôtre est l’Église des saints. A qui donneriez-vous à garder ce troupeau d’anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. […] Souhaiterait-on qu[e les Saints] eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? assaillis d’épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. [dixit]

Ils vécurent – les Saints –, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d’un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir, [nous donnant] la leçon de l’héroïsme et de l’honneur. Mais qui ne rougirait de s’arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ?

Notre Église est l’Église des saints. Tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n’est rien de lui-même, si la charité ne l’anime. Mais la médiocrité n’y cherche qu’une assurance solide contre les risques du divin. Qu’importe ! Le moindre petit garçon de nos catéchismes sait que la bénédiction de tous les homme d’Église ensemble n’apportera jamais la paix qu’aux âmes déjà prêtes à la recevoir, aux âmes de bonne volonté. Aucun rite ne dispense d’aimer.

Notre Église est l’Église des saints. Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d’une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l’inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. ‘Si nous sommes arrivés à ce point, écrivaient au pape les juges de Jeanne, que les devineresses vaticinant faussement au nom de Dieu, comme certaine femelle prise dans les limites du diocèse de Beauvais, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs et les docteurs, c’en est fait, la religion va périr, la foi s’écroule, l’Église est foulée aux pieds, l’iniquité de Satan dominera le monde !’ [l’on croirait entendre Caïphe et son Sanhédrin !], et voilà qu’un peu moins de cinq cents ans plus tard l’effigie de la devineresse est exposée à Saint-Pierre de Rome, il est vrai peinte en guerrière, sans tabard ni robe fendue !, et à cent pieds au-dessous d’elle, Jeanne aura pu voir un minuscule homme blanc, prosterné, qui était le pape lui-même.

Notre Église est l’Église des saints. Du Pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu’on ne trouve au calendrier qu’un très petit nombre d’abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien pensant, à gros ventre et à chaîne d’or, qui trouve que les saints courent trop vite, et souhaiterait d’entrer au paradis à petits pas, comme au banc d’œuvre, avec le curé son compère.

Notre Église est l’Église des saints. Nous respectons les services d’intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l’avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. […] Que d’autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent – dit le laïque Bernanos – : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l’héritage des saints ».

L’Ordre de saint Remi n’a pas d’autre but que d’inciter chacun à être pleinement et seulement à sa place, à son tour de guet ou d’hebdomadier, d’avant-garde de l’armée ou de sacrificateur.

« Car […] depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n’aient dû reprendre, est-il rien qu’ils ne puissent donner ? ».

Alors, Monsieur Bernanos, à nonante-sept ans de distance, lesdits chanoines et leurs petits clergeons vous pardonnent bien volontiers, car – ironie du sort – ce sont aujourd’hui ces mêmes chanoines séculiers ressuscités qui, espérant contre tout espérance, audacieux comme des enfants, avec la fraîcheur du zèle des amoureux, traités de fous tel Notre-Seigneur par Hérode Antipas, veulent être vos âmes privilégiées et jeunes humanités de surcroît. Ces paroles du saint Évangile résonnent de manière toute particulière et adaptée : « Les grands prêtres et les scribes L’accusaient avec force. Hérode Le traita avec mépris ainsi que ses hommes d’armes, se moqua de Lui et, après L’avoir revêtu d’un vêtement de couleur éclatante, il Le renvoya à Pilate. En ce jour-même, Hérode et Pilate devinrent amis, eux qui auparavant étaient en inimitié entre eux » (Luc. XXIII, 10-12).

La ressemblance des faits doit nous assurer que, tel le bienheureux Noël Pinot, le chemin que nous empruntons est surnaturellement le bon – j’ai couru sur la voie de Vos Commandements ! (Ps. CXVIII) – et qu’il nous mène, comme Jehanne, à une victoire inespérée au sens propre, mais dont les retombées temporelles seront immenses, centuplées par les grâces surnaturelles.

Soyons donc les imitateurs tant des pâtres que des mages, venons en jeunes chanoines adorer, dans les bras de la Sainte Famille, le plus grand trésor de l’univers, puisque nous avons là dans la Crèche les deux Rois et la Reine de notre Ordre. Et au cours de cette Messe, unissons-nous à la Messe célébrée il y a 1525 ans en l’église cathédrale Notre-Dame de Reims : c’était là aussi le début d’une magnifique aventure, que nous nous faisons forts, avec la divine grâce, de poursuivre ad multos annos.

« Une seule chose est nécessaire ». Avec la Magdeleine et tous les fils de saint Augustin, nous avons « choisi la meilleure part : elle ne nous sera pas enlevée » (Luc. X, 42). Ainsi soit-il.

Saint Augustin offrant son cœur à l'Enfant Jésus - détail

Saint Augustin offrant son cœur à l’Enfant Jésus – détail

2021-76. « Venez, Lumière véritable ! »

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent.

Voici un court texte extrait des écrits spirituels de Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), higoumène du monastère de Saint-Mamas à Constantinople.
Il se présente comme une litanie de noms amoureusement attribués au Christ qui vient, exprime la ferveur de notre attente, et peut ainsi stimuler en nos âmes un désir plus ardent de l’avènement de notre divin Rédempteur.  

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - mosaïque de Sainte Sophie Constantinople

Mosaïque de la Très Sainte Mère de Dieu entre les empereurs Justinien 1er et Saint Constantin 1er le Grand
(mosaïque de la basilique Sainte Sophie – Constantinople)

Etoiles

Venez, Lumière véritable…

Venez, Lumière véritable ; venez, Vie éternelle ; venez, Mystère caché, Trésor ineffable, Action indicible !
Venez, Visage qu’on ne peut représenter, Charme inexprimable, Lumière qui ne connaît point de soir !
Venez, Espoir véritable des âmes qui cherchent le salut ; venez, Sauveur de ceux qui sont abattus ; venez, Résurrection des morts ; venez, Puissance qui crée, rénove et change tout par Sa propre volonté ; venez, Invisible, Insaisissable, Intouchable !
Venez, notre Vie éternelle ; venez, Couronne impérissable, Pourpre du grand Dieu, notre Dieu, Ceinture de cristal et de diamant !

Venez, Vous après qui ma pauvre âme soupire et languit ; venez, Solitaire, pour un solitaire ; venez à moi, Vous qui m’avez affranchi de ce monde et qui m’avez rendu solitaire ; venez, Vous qui êtes devenu mon désir et qui avez fait que j’aspire après Vous, l’Inaccessible !
Venez, mon souffle et ma vie ; venez, Consolation de mon âme pécheresse ; venez, ma joie, ma gloire, mon ravissement !

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - détail

La Très Saint Mère de Dieu
(détail de la mosaïque ci-dessus)

Etoiles

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