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2011-51. Au jour de son jubilé sacerdotal, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI nous livre une magnifique méditation sur le sacerdoce.

(1951 – 29 juin – 2011)

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Voici tout d’abord une vidéo présentant des images de la cérémonie du 29 juin 1951 au cours de laquelle l’abbé Joseph Ratzinger reçut l’ordination sacerdotale dans la cathédrale de Freising :

Image de prévisualisation YouTube

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Homélie de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI à l’occasion de ses soixante ans de sacerdoce en la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, 29 juin 2011 :

Chers frères et sœurs,

«Non iam dicam servos, sed amicos» – «Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis!» (cf. Jn15, 15). À soixante années du jour de mon Ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand Archevêque, le Cardinal Faulhaber, avec une voix désormais un peu faible et cependant ferme, nous adressa à nous les nouveaux prêtres à la fin de la cérémonie d’Ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. «Non plus serviteurs, mais amis» : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’en ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le Baptême et dans la Confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Cependant, ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux que Lui connaît d’une façon toute particulière et qui ainsi sont amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son «Je» une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute, et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : «Non plus serviteurs, mais amis». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. «Vous n’êtes plus serviteurs mais amis» : c’est une affirmation qui procure une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté.

«Non plus serviteurs mais amis» : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. Qu’est-ce que vraiment l’amitié ? Idem velle, idem nolle – vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, disaient les anciens. L’amitié est une communion de pensée et de vouloir. Le Seigneur nous dit la même chose avec grande insistance : «Je connais les miens et les miens me connaissent» (cf. Jn 10, 14). Le Pasteur appelle les siens par leur nom (cf. Jn 10, 3). Il me connaît par mon nom. Je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers. Il me connaît de façon toute personnelle. Et moi, est-ce que je Le connais Lui? L’amitié qu’Il me donne peut seulement signifier que moi aussi je cherche à Le connaître toujours mieux ; que moi dans l’Écriture, dans les Sacrements, dans la rencontre de la prière, dans la communion des Saints, dans les personnes qui s’approchent de moi et que Lui m’envoie, je cherche à Le connaître toujours plus. L’amitié n’est pas seulement connaissance, elle est surtout communion du vouloir. Elle signifie que ma volonté grandit vers le «oui» de l’adhésion à la sienne. Sa volonté, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers, ou à laquelle je ne me plie pas. Non, dans l’amitié, ma volonté en grandissant s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même. Outre la communion de pensée et de volonté, le Seigneur mentionne un troisième, un nouvel élément : Il donne sa vie pour nous (cf. Jn 15, 13 ; 10, 15). Seigneur, aide-moi à Te connaître toujours mieux! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres! Aide-moi à devenir toujours plus Ton ami!

La Parole de Jésus sur l’amitié se place dans le contexte du discours sur la vigne. Le Seigneur associe l’image de la vigne avec la tâche confiée aux disciples : «Je vous ai institués pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et un fruit qui demeure» (Jn 15, 16). La première tâche donnée aux apôtres, aux amis, est de se mettre en route – institués pour que vous alliez -, de sortir de soi-même et d’aller vers les autres. Puissions-nous ici entendre ensemble la parole du Ressuscité adressée aux siens, avec laquelle Saint Matthieu termine son évangile : «Allez et enseignez à tous les peuples…» (cf. Mt 28, 19s). Le Seigneur nous exhorte à dépasser les limites du milieu dans lequel nous vivons, à porter l’Évangile dans le monde des autres, afin qu’il envahisse tout et qu’ainsi le monde s’ouvre au Royaume de Dieu. Cela peut nous rappeler que Dieu-même est sorti de Lui-même, Il a abandonné sa gloire pour nous chercher, pour nous donner sa lumière et son amour. Nous voulons suivre le Dieu qui se met en chemin, surpassant la paresse de rester repliés sur nous-mêmes, afin que Lui-même puisse entrer dans le monde.

Après la parole sur la mise en route, Jésus continue : portez du fruit, un fruit qui demeure! Quel fruit attend-Il de nous? Quel est le fruit qui demeure? Eh bien, le fruit de la vigne est le raisin à partir duquel se prépare par la suite le vin. Arrêtons-nous un instant sur cette image. Pour que le bon raisin puisse mûrir, il faut non seulement du soleil mais encore de la pluie, le jour et la nuit. Pour que parvienne à maturité un vin de qualité, il faut le foulage, le temps nécessaire à la fermentation, le soin attentif qui sert au processus de la maturation. Le vin fin est caractérisé non seulement par sa douceur, mais aussi par la richesse de ses nuances, l’arôme varié qui s’est développé au cours du processus de maturation et de fermentation. N’est-ce pas déjà une image de la vie humaine, et selon un mode spécial, de notre vie de prêtre? Nous avons besoin du soleil et de la pluie, de la sérénité et de la difficulté, des phases de purification et d’épreuve, comme aussi des temps de cheminement joyeux avec l’Évangile. Jetant un regard en arrière nous pouvons remercier Dieu pour les deux réalités : pour les difficultés et pour les joies, pour les heures sombres et les heures heureuses. Dans les deux cas nous reconnaissons la présence continuelle de son amour, qui toujours nous porte et nous supporte.

Maintenant, nous devons cependant nous demander : de quelle sorte est le fruit que le Seigneur attend de nous? Le vin est l’image de l’amour : celui-ci est le vrai fruit qui demeure, celui que Dieu veut de nous. N’oublions pas pourtant que dans l’Ancien Testament le vin qu’on attend du raisin de qualité est avant tout une image de la justice qui se développe dans une vie vécue selon la loi de Dieu! Et nous ne disons pas qu’il s’agit d’une vision vétérotestamentaire et dépassée aujourd’hui : non, cela demeure toujours vrai. L’authentique contenu de la Loi, sa summa, est l’amour pour Dieu et le prochain. Ce double amour, cependant, n’est pas simplement quelque chose de doux. Il porte en lui la charge de la patience, de l’humilité, de la maturation dans la formation de notre volonté jusqu’à son assimilation à la volonté de Dieu, à la volonté de Jésus-Christ, l’Ami. Ainsi seulement, l’amour véritable se situe aussi dans le devenir vrai et juste de tout notre être, ainsi seulement il est un fruit mûr. Son exigence intrinsèque, la fidélité au Christ et à son Église, requiert toujours d’être réalisée aussi dans la souffrance. Ainsi vraiment grandit la véritable joie. Au fond, l’essence de l’amour, du vrai fruit, correspond à l’idée de se mettre en chemin, de marcher : l’amour signifie s’abandonner, se donner ; il porte en soi le signe de la croix. Dans ce contexte Grégoire-le-Grand a dit une fois : si vous tendez vers Dieu, veillez à ne pas le rejoindre seul (cf. H Ev 1,6,6 : PL 76, 1097s) – une parole qui doit nous être, à nous comme prêtres, intimement présente chaque jour.

Chers amis, je me suis peut-être attardé trop longtemps sur la mémoire intérieure des soixante années de mon ministère sacerdotal. Il est maintenant temps de penser à ce qui est propre au moment présent.

À l’occasion de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, j’adresse mon salut le plus cordial au Patriarche Œcuménique Bartolomeo Ier et à la Délégation qu’il a envoyée et que je remercie vivement pour la visite appréciée en cette heureuse circonstance des Saints Apôtres Patrons de Rome. Je salue également Messieurs les Cardinaux, les Frères dans l’Épiscopat, Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles, ainsi que les prêtres, les compagnons de ma première Messe, les religieux et les fidèles laïcs. Je vous remercie tous pour votre présence et pour votre prière.

Aux Archevêques Métropolitains nommés après la dernière Fête des grands Apôtres, le pallium va maintenant être imposé. Qu’est-ce que cela signifie? Celui-ci peut nous rappeler avant tout le joug léger du Christ qui nous est déposé sur les épaules (cf. Mt 11, 29s). Le joug du Christ est identique à son amitié. C’est un joug d’amitié et donc un «joug doux», mais justement pour cela aussi, un joug qui exige et qui modèle. C’est le joug de sa volonté, qui est une volonté de vérité et d’amour. Ainsi, c’est pour nous surtout le joug qui introduit les autres dans l’amitié avec le Christ et nous rend disponibles aux autres pour en prendre soin comme Pasteurs. Avec cela, nous atteignons un sens supplémentaire du pallium : tissé avec de la laine des agneaux bénis en la fête de Sainte Agnès, il nous rappelle ainsi le Pasteur devenu Lui-même Agneau par amour pour nous. Il rappelle le Christ qui a marché sur les montagnes et dans les déserts, où son agneau – l’humanité – s’était égaré. Le pallium nous rappelle que Lui a pris l’agneau, l’humanité – moi – sur ses épaules, pour me ramener à la maison. Il nous rappelle de cette manière que, comme Pasteurs à son service, nous devons aussi porter les autres, les prendre, pour ainsi dire, sur nos épaules et les porter au Christ. Il nous rappelle que nous pouvons être Pasteurs de son troupeau qui reste toujours sien et ne devient pas nôtre. Enfin, le pallium signifie aussi très concrètement la communion des Pasteurs de l’Église avec Pierre et avec ses successeurs – il signifie que nous devons être des Pasteurs pour l’unité et dans l’unité et que c’est seulement dans l’unité dont Pierre est le symbole que nous conduisons vraiment vers le Christ.

Soixante années de ministère sacerdotal – chers amis, je me suis peut-être trop attardé sur des éléments particuliers. Mais en cet instant, je me suis senti poussé à regarder ce qui a caractérisé ces dizaines d’années. Je me suis senti poussé à vous dire – à tous, prêtres et Évêques comme aussi aux fidèles de l’Église – une parole d’espérance et d’encouragement ; une parole, murie à travers l’expérience, sur le fait que le Seigneur est bon. Cependant, c’est surtout un moment de gratitude : gratitude envers le Seigneur pour l’amitié qu’Il m’a donnée et qu’Il veut nous donner à tous. Gratitude envers les personnes qui m’ont formé et accompagné. Et en tout cela se cache la prière qu’un jour le Seigneur dans sa bonté nous accueille et nous fasse contempler sa joie. Amen !

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Prière pour la sanctification du clergé > www.

2011-50. Chronique des mois de mai et juin 2011 au « Mesnil-Marie ».

Lundi 27 juin 2011,
fête de Notre-Dame du Perpétuel-Secours
(1).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le mois de juin, mois du Sacré-Coeur, va s’achever dans quelques jours. D’une manière assez exceptionnelle, cette année (en raison de la date de Pâques très tardive), la fête du Sacré-Coeur de Jésus ne sera donc pas célébrée au cours du mois de juin, mais le sera ce prochain vendredi, 1er juillet, l’emportant sur celle du Très Précieux Sang (2).
Moi, je trouve cette occurrence assez plaisante puisque, en conséquence, dimanche prochain 3 juillet, qui sera le dimanche de la solennité du Sacré-Coeur de Jésus (3), mon papa-moine aura en même temps son anniversaire et l’une de ses fêtes patronales.

En attendant, je me propose de vous parler de quelques éléments remarquables de ces mois de mai et juin (ainsi que je l’avais fait pour les mois de mars et avril, ici > www).

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Je vous ai parlé (ici > www) du Grand Chanéac et j’avais déjà évoqué la promenade que Frère Maximilien-Marie avait organisée à la mi-mai à l’occasion du cent-soixante dixième anniversaire de la mort de notre chef chouan local ; je n’y reviendrai donc pas ici. Toutefois je me dois de mentionner le fait que plusieurs voix se sont élevées pour demander à notre Frère de pérenniser ces « sorties contées » et d’en proposer de manière régulière au cours de l’été, voire à la demande de groupes déjà constitués.

C’est ainsi que ce dernier samedi, 25 juin, il a conduit un petit groupe de personnes très intéressées « sur les pas du Grand Chanéac« . Pour le plus grand nombre d’entre elles, il s’agissait de véritables découvertes : non seulement à propos du Grand Chanéac ou des lieux visités, mais aussi sur la réalité de ce qu’a été la révolution dans nos contrées.

Je me dois de signaler que les médias locaux (radio et presse) ainsi que les Offices de Tourisme, dans lesquels nous comptons de véritables amis, se font les précieux relais de l’annonce de ces promenades et je veux leur adresser un merci chaleureux… ou plus exactement chat-l’heureux, hi! hi! hi!

Enfin, avant de clore ce sujet, je vous invite à vous émerveiller sur l’un des paysages que l’on peut admirer au cours de ces promenades.
Paysage typique de nos hautes Boutières et surtout lieux où le Grand Chanéac s’est illustré : la vallée encaissée qui est exactement au centre du cliché a été surnommée « gouffre de l’enfer » et fut l’un des lieux où les chouans et les prêtres réfractaires pouvaient se mettre en sûreté en cas de danger
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format).

 Vallée de l'infernet et site du mas des Sucheyres (St Martial & St-Andéol de Fourchades)

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Parmi les grâces du mois de mai, il en est une qu’il ne faut pas que j’omette de vous rapporter.
Je sais en effet que tous nos amis fidèles s’en réjouiront, même si c’est après coup, et qu’ils ne manqueront pas d’y voir un bel encouragement de la divine Providence.

De quoi s’agit-il donc?
Voici : le 24 mai, en la fête de Notre-Dame Auxiliatrice (
c’est-à-dire Secours des chrétiens, vocable qui lui avait été donné après la bataille de Lépante, et en l’honneur duquel le Pape Pie VII avait plus tard institué cette fête de reconnaissance envers la Vierge Marie par le secours de qui l’Eglise avait surmonté les épreuves infligées par l’impie Napoléon), pour la première fois depuis notre arrivée ici, un prêtre ami, de passage au Mesnil-Marie, a célébré la Sainte Messe dans notre oratoire!

Oratoire (provisoire) du Mesnil-Marie

L’oratoire (provisoire) du « Mesnil-Marie » (cliquer sur la photo pour voir en grand).

Comme vous pouvez l’imaginer, Frère Maximilien-Marie avait sorti pour la circonstance le plus beau de nos ornements mariaux.

En revanche, tout comme lors de ma dernière chronique, les travaux de notre future Crypte Sainte Philomène sont toujours à l’arrêt : rien n’a avancé depuis la fin du mois de mars (cf > www).

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Je n’insisterai pas sur la grande et belle journée catholique et légitimiste qui a eu lieu à côté de Bourg-en-Bresse, le 28 mai, et à laquelle notre Frère a été très heureux de participer puisque je l’avais déjà évoquée ici > www.
Je veux cependant insister sur le fait qu’il est important que d’autres rassemblements de ce type soient organisés, à travers toute la France.

En raison même de l’évidente faillite du système actuel et des désastres humains et spirituels qu’il engendre, c’est un véritable acte de charité surnaturelle que de faire connaître la vérité sur la monarchie capétienne traditionnelle et sur les solutions efficaces – puisqu’elles ont fait leurs preuves! – qu’elle peut apporter à nos temps difficiles…

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Vendredi dernier, c’était la Saint-Jean d’été.

C’est une tradition maintenant bien rétablie dans notre hameau que celle du repas – très animé et joyeux – qui en réunit les habitants, avant d’allumer le feu et de sauter au dessus de ses flammes…

Notre feu de la Saint-Jean 2011

« Jean était la lampe qui brûle et qui éclaire, et vous avez accepté de vous réjouir un moment à sa lumière » (Jn. V,35).

C’est frère Maximilien-Marie qui, en 2009, a eu l’initiative de la restauration de cette belle fête entre voisins, qui se faisait jadis dans tous les hameaux et villages mais qui s’est perdue en de trop nombreux endroits. Et je peux vous assurer (en confidence : n’allez pas le répéter!) que mon papa-moine a bien sauté par dessus le feu!

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Hier, dimanche 26 juin, c’était la solennité de la Fête-Dieu. Cette fête est l’une des plus chères à la dévotion catholique. 

Si le Jeudi-Saint nous donne de célébrer l’institution de la Sainte Eucharistie (et celle nécessairement connexe du sacerdoce), la Fête du Très Saint-Sacrement est une affirmation solennelle de notre foi dans la présence réelle, substantielle et permanente de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement de l’autel.
Cette proclamation est rendue plus nécessaire encore à notre époque, où des prêtres – et parfois même des évêques – ne sont plus capables d’enseigner la foi authentique de l’Eglise (peut-être parce qu’ils n’y croient plus?… Il y a peu, j’ai lu une homélie, prononcée lors d’une ordination, qui m’a fait bondir et sortir mes griffes tellement elle semblait éloignée de l’enseignement officiel de l’Eglise…).

Comme vous vous en doutez, Frère Maximilien-Marie a travaillé activement pour que la Sainte Messe et la procession de ce jour soient les plus belles possibles, en fonction des modestes possibilités de notre chère paroisse d’adoption.

Reposoir de la Fête-Dieu

Vous pouvez voir ci-dessus une photo qui a été prise, hier, au reposoir qui avait été dressé au terme de la procession : en la regardant, j’étais moi-même très fier parce que plusieurs des ornements que l’on y voit proviennent de notre Mesnil-Marie et contribuent vraiment à glorifier Jésus-Eucharistie!

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Enfin je terminerai ma chronique de ce soir par l’évocation d’un autre évènement qui a été pour nous une véritable joie : il s’agit de la parution d’un nouvel ouvrage – posthume – de notre cher Gustave Thibon!

Intitulé « Parodies et mirages ou la décadence d’un monde chrétien« , il s’agit, comme pour la dernière publication (« Au pied de la lettre« , en 2006), d’un recueil de notes inédites, rédigées entre 1935 et 1978.
Comme le dit la
présentation de l’éditeur (éditions du Rocher), à travers ses toujours « merveilleux aphorismes », avec l’impitoyable lucidité qui le caractérise,« le philosophe s’interroge sur la modernité, le progrès, les mythes et les réalités du monde moderne qui n’a jamais été autant rattrapé qu’aujourd’hui par ses fautes passées ».

Pour conclusion, je voudrais donc vous relever cette citation : « L’Eglise est si faible aujourd’hui en face des hommes et des Etats… Comment ne prendrions-nous pas parti pour elle? Mais autre chose est le faible qui meurt le glaive à la main et les yeux tournés vers le ciel, autre chose est le faible qui vit d’atermoiements, de concessions, de diplomatie rance et caduque. » (p.144).
Mais je sais bien – ou du moins j’espère bien – que, en terminant avec ces mots, je ne vous donne pas vraiment une conclusion : ces graves paroles ne sont-elles pas pour chacun une invitation pressante à réfléchir et à prendre les mesures personnelles et spirituelles qui s’imposent, afin que l’Eglise puisse compter sur des défenseurs animés d’un authentique esprit chevaleresque?

Chat bottéLully.     

(1) Voir – ou revoir – l’article sur l’icône miraculeuse de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, ici > www.
(2) La fête du Très Précieux Sang est reportée cette année au lundi 4 juillet.
(3) En France, cette année, c’est la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul qui doit normalement l’emporter ce prochain dimanche, mais pas dans notre paroisse toutefois parce que le Sacré-Coeur est le titulaire de notre église.

Chasuble du Sacré-Coeur (peinture sur soie - détail)

Chasuble du Sacré-Coeur (peinture sur soie – détail)
Sacristie du « Mesnil-Marie » (cliquer sur la vignette pour voir l’image en grand format)

Pour aider aux travaux du Mesnil-Marie et en particulier pour l’achèvement de la Crypte Sainte Philomène > www.

2011-49. De Saint Louis de Gonzague et de la garde des sens.

2011-49. De Saint Louis de Gonzague et de la garde des sens. dans Bandes dessinées stanze59copie

St Louis de Gonzague
retable de l’autel dans la chambre qu’il occupa au « Collège Romain »

       Le 21 juin, l’Eglise célèbre la fête de Saint Louis de Gonzague, céleste protecteur de la jeunesse chrétienne.

   Je n’ai pas pour dessein aujourd’hui de vous raconter ici la vie de cet admirable modèle de ferveur, de vertu, d’amour de Dieu et du prochain, mais je voudrais seulement et brièvement vous soumettre quelques réflexions que je me suis faites alors que je méditais, couché à l’ombre d’un arbuste, tandis que le soleil dardait d’implacables rayons.

   Frère Maximilien-Marie m’a raconté que lorsqu’il était au collège et au lycée, il avait entendu certains de ses professeurs, qui étaient des religieux, et aussi des prêtres, se moquer de la manière dont Saint Louis de Gonzague s’était appliqué à préserver la pureté de son âme en s’appliquant au contrôle de ses sens : c’était l’ « après soixante-huit », et les « chers frères » s’imaginaient peut-être que toute l’ascèse enseignée par les Saintes Ecritures elles-mêmes et par vingt siècles de tradition spirituelle n’avait plus lieu d’être… Tout était permis!

   Je ne m’étendrai pas sur tous les naufrages spirituels, sur tous les échecs, sur toutes les expériences douloureuses dont les adolescents de ce temps ont été les victimes, parce que les prétendus « éducateurs chrétiens » de ces années folles avaient trahi les grands principes de la prudence et de la sagesse, hérités de la pédagogie des saints des âges précédents.

   L’expression « garde des sens » – qui désigne l’exercice ascétique par lequel une personne contrôle ses sens afin de ne pas être à leur remorque, afin de ne pas laisser son esprit devenir l’esclave des sensations, des sentiments et des impressions – semble avoir disparu du langage chrétien. Si vous tapez dans un moteur de recherche sur internet les expressions « garde des sens » ou « contrôle de ses sens », les résultats que vous obtiendrez sont éloquents : on a l’impression qu’il n’y a plus que les « pratiques spirituelles » de l’Extrême-Orient qui en parlent! Peut-être est-ce là une des raisons qui font que beaucoup d’occidentaux en quête de renouveau spirituel et de purification vont les chercher dans le bouddhisme tibétain, dans l’hindouisme ou dans certaines sectes qui promettent un affranchissement de la tyrannie des passions?

   Je n’en dirai pas davantage : je vous laisse réfléchir à cela par le moyen d’une petite bande dessinée de notre Frère Maximilien-Marie dont j’ai fait ci-dessous la copie à votre intention.

Lully.

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alcoledestlouisdegonzague1 21 juin dans Chronique de Lully

alcoledestlouisdegonzague2 garde des sens dans Commentaires d'actualité & humeurs

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Prière pour se confier à la protection particulière de Saint Louis de Gonzague :

   O très glorieux et très aimable Saint Louis de Gonzague, je m’adresse à vous avec grande confiance et je vous choisis pour mon modèle et spécial protecteur !

Tournez vers moi vos regards pleins de bonté et, par vos prières, obtenez-moi, s’il vous plait, les bonnes inspirations pour me conduire en cette vie : éclairez mon cœur et rendez-le fort contre toutes les tentations de l’orgueil, de l’égoïsme et de la sensualité ; enseignez-moi à déjouer les pièges de l’ennemi et à marcher dans les voies de la fidélité ; intercédez sans cesse en ma faveur auprès de Jésus et de Marie, afin qu’après avoir imité vos vertus sur cette terre, je parvienne avec vous dans le Royaume céleste.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie)

Voir aussi  :
- la vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi > ici
- la prière de consécration à la Sainte Vierge « O Domina mea »,
attribuée à Saint Louis de Gonzague > ici

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Autres bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie publiées dans ce blogue : « Saint Joseph et le placage » (> ici); “Une lettre pour toi” (> ici); “La préférée de Dieu” (> ici); “Concurrence” (> ici); “J’enrage!” (> ici); “Pas meilleur que les autres” (> ici); “Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions” (> ici); “Comment se forment les perles” ( > ici), et « Au jour le jour » (> ici).

2011-48. Le Symbole de Saint Athanase (Quicumque).

Le « Symbole de Saint Athanase » – appelé aussi « Quicumque » (qui est le premier mot latin de cette profession de foi trinitaire) est récité au bréviaire romain traditionnel à la suite du troisième psaume de l’office de Prime, la plupart des dimanches de l’année (mais – hélas ! – seulement le jour de la fête de la Très Sainte Trinité dans le bréviaire de 1962 et plus du tout dans les éditions postérieures du bréviaire !!!).

Le nom de Saint Athanase qui lui est donné ne veut pas dire que c’est le célèbre patriarche d’Alexandrie qui en a rédigé le texte, mais signifie que ce résumé de la foi trinitaire exprime la foi de Saint Athanase, champion de l’orthodoxie – c’est-à-dire de la foi droite – à l’époque de l’hérésie arienne. 

Linz - Sommet de la colonne de la Sainte Trinité

«Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité.

Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : autre est en effet la Personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit ; mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, coéternelle la majesté.

Comme est le Père, tel est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit : incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit ; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit ; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit ; et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un éternel ; tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini. De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ; et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ; et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un Seigneur ; car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous interdit de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs.

Le Père n’a été fait par personne et il n’est ni créé ni engendré ; le Fils n’est issu que du Père, il n’est ni fait, ni créé, mais engendré ; le Saint-Esprit vient du Père et du Fils, il n’est ni fait, ni créé, ni engendré, mais il procède. Il n’y a donc qu’un Père, non pas trois Pères ; un Fils, non pas trois Fils ; un Saint-Esprit, non pas trois Saint-Esprit. Et dans cette Trinité il n’est rien qui ne soit avant ou après, rien qui ne soit plus grand ou plus petit, mais les Personnes sont toutes trois également éternelles et semblablement égales. Si bien qu’en tout, comme on l’a déjà dit plus haut, on doit vénérer, et l’Unité dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité. Qui donc veut être sauvé, qu’il croie cela de la Trinité.

Mais il est nécessaire au salut éternel de croire fidèlement aussi en l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est donc la foi droite que de croire et de confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles, et il est homme, de la substance de sa mère, né dans le temps ; Dieu parfait, homme parfait composé d’une âme raisonnable et de chair humaine, égal au Père selon la divinité, inférieur au Père selon l’humanité. Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’y a pas cependant deux Christ, mais un Christ ; un, non parce que la divinité a été transformée en la chair, mais parce que l’humanité a été assumée en Dieu ; un absolument, non par un mélange de substance, mais par l’unité de la personne. Car, de même que l’âme raisonnable et le corps font un homme, de même Dieu et l’homme font un Christ. Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père, d’où il viendra juger les vivants et les morts. A sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel.

Telle est la foi catholique : si quelqu’un n’y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé. »

Mystère de la Sainte Trinité

Prière de Sainte Thérèse Couderc à la Sainte Trinité > ici, « O mon Dieu, Trinité que j’adore » de Sainte Elisabeth de la Trinité > ici, et prière de Saint Augustin > ici.

2011-47. De Saint Jean-François Régis, « apôtre du Vivarais et du Velay ».

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Dans notre petite province, la date du 16 juin est importante sur le plan spirituel, car c’est le jour de la fête de celui qui est invoqué comme « apôtre du Vivarais et du Velay » : Saint Jean-François Régis.

Estampe du XVIIe s. représentant Saint Régis (musée de Rennes)

Portrait de Saint Régis sur une estampe du XVIIe siècle
conservée au musée de Rennes.

Aperçu de la biographie de Saint Jean-François Régis :

   Languedocien, né à Fontcouverte (à égale distance de Narbonne et de Carcassonne) le 31 janvier 1597, dans une famille de petite noblesse, Jean-François de Régis, qui a manifesté très jeune une grande maturité spirituelle, entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à l’âge de 19 ans.

   Après deux années de noviciat et les premiers voeux, les constitutions de Saint Ignace prévoient que le nouveau religieux sera exercé à l’enseignement : le jeune Régis est donc professeur de grammaire pendant trois ans, avant d’être envoyé étudier la philosophie pendant trois autres années à l’université de Tournon sur Rhône.
C’est le premier contact de Jean-François Régis avec le haut-Vivarais, terriblement meurtri au sortir des « guerres de religion » : il emploie le temps que ses études laissent libre à catéchiser les enfants des villages des environs et à leur apprendre à aimer Notre-Seigneur.

   Vinrent deux autres années de professorat – au collège du Puy-en-Velay – , puis les études de théologie à Toulouse.
Le Père Régis célébra sa première Messe le dimanche de la Sainte Trinité, 26 mai 1630 (note : on ne connaît pas de manière exacte la date de son ordination sacerdotale. Fut-il ordonné au samedi des Quatre-Temps d’été 25 mai 1630, ou bien – selon un usage assez courant à cette époque-là et conformément à l’exemple de Saint Ignace lui-même qui avait attendu un an et demi pour se préparer à célébrer sa première messe – avait-il été ordonné bien avant ? La date de sa première Messe, elle, est certaine parce qu’il l’annonça lui-même à sa mère dans une lettre).
Il est dans sa trente-quatrième année et il lui reste dix ans à vivre.

   Rempli de zèle missionnaire et enthousiasmé au récit des labeurs apostoliques et du martyre des Jésuites qui évangélisent le Nord de l’Amérique, le Père Régis eût désiré qu’on l’envoyât au Canada, mais ses supérieurs le désignèrent pour répondre à la demande de Monseigneur Louis-François de La Baume de Suze, évêque de Viviers, qui entreprenait la reconstruction spirituelle de son diocèse après les ravages causés par l’hérésie protestante. « Votre Canada, c’est le Vivarais ! », lui déclara le prélat en lui montrant son diocèse du haut d’un promontoire. Et il est bien vrai que Saint Jean-François Régis se trouvera parfois dans des conditions tout aussi extrêmes que celle du grand Nord canadien, au cours des rudes et longs hivers vivarois !

Mgr de la Baume de Suze envoie Saint Régis en mission en Vivarais

« Votre Canada, c’est le Vivarais ! » :
Mgr de La Baume de Suze confie à St Régis l’évangélisation du Vivarais
(scène du diorama de Georges Serraz – La Louvesc).

   Désormais, le Père Régis, que les habitants du Vivarais et du Velay n’appelleront bientôt plus que « le bon père » ou « le saint père », passera le plus clair de son temps dans ces missions de l’intérieur qui refont le tissu chrétien de la France.

   A partir de 1636, il est rattaché au collège du Puy-en-Velay. La vie du Père Régis s’articule autour de deux pôles :

a) pendant la belle saison (au cours de laquelle le peuple des campagnes est très pris par les travaux des champs) un apostolat essentiellement urbain : assistance aux malades et aux mourants, visite des prisonniers, création et animation d’oeuvres de miséricorde (soupe et vestiaire populaires, refuge pour les jeunes filles afin de les arracher à la prostitution et en faveur desquelles il encourage l’artisanat de la dentelle qui leur assure un gagne-pain…), catéchismes dans les églises de la ville, longues heures au confessionnal…

b) pendant la mauvaise saison (qui peut durer six, voire huit, mois dans les villages situés en altitude), pendant laquelle les travaux des champs sont impossibles, les missions dans les paroisses de montagne.

Saint Régis prêchant en plein air dans un paysage hivernal

Saint Jean-François Régis, debout sur une congère, sollicité par les foules avides de l’entendre,
prêche en plein air, dans les montagnes du Vivarais
(scène du diaporama de Georges Serraz – La Louvesc).

   Il parcourt les plateaux vellaves et les escarpements vivarois à pied, par tous les temps : avec son visage riant, ses manières simples et franches, sa constante disponibilité, sa capacité à parler, prêcher et entendre les confessions en occitan, sa ferveur joyeuse et conquérante, et par dessus tout le rayonnement d’une charité inépuisable, le Père Régis multiplie les conversions et enracine fortement et durablement le peuple des montagnes dans la foi catholique.

   Pour ces montagnards du Vivarais et du Velay – race plutôt trapue, râblée – , Jean-François Régis, qui mesure au moins 1,92 m, paraît presque un géant ; mais s’il est capable, à l’occasion, de faire preuve d’une étonnante force physique, c’est sa douceur qui impressionne et subjugue.

   Le Père Régis fait preuve d’une endurance quasi incroyable : très austère pour lui-même, ne dormant guère plus de trois heures par nuit (il emploie le temps où les autres dorment à de longues heures d’oraison et d’adoration du Saint-Sacrement), il ne lui vient même pas à l’esprit qu’il devrait se ménager un peu lorsque tant d’âmes sont assoiffées de Dieu et de la grâce !

   La veille de Noël 1640, il arrive à La Louvesc après avoir été égaré par une tempête de neige et passé la nuit dans une masure en ruines.
Malgré la fièvre qui le ronge déjà, il se met aussitôt au confessionnal, prêche, célèbre la Sainte Messe et… tombe d’épuisement dans l’église glaciale.
Transporté au presbytère et couché près de la cheminée, il confesse encore et encore pendant des heures.

   Le 31 décembre, un peu avant minuit, il se redresse dans un ultime effort et le frère qui le veille l’entend prononcer : « Ah! mon frère, je vois Notre-Seigneur et Notre-Dame qui m’ouvrent les portes du Paradis… » Après un dernier « in manus tuas », il rend son âme de feu à Dieu. Il était âgé de quarante-trois ans et onze mois.

Mort de Saint Jean-François Régis

« Ah! mon frère, je vois Notre-Seigneur et Notre-Dame qui m’ouvrent les portes du Paradis… »
Mort de Saint Jean-François Régis le 31 décembre 1640 un peu avant minuit
(scène du diorama de Georges Serraz – La Louvesc)

   La mission qu’il a ouverte sur la montagne, dans cette bourgade loin de tout, le 24 décembre 1640 ne sera jamais clôturée, mais elle se perpétue depuis lors : son tombeau, jalousement conservé par les montagnards, devient aussitôt un lieu de pèlerinage sur lequel les grâces physiques et spirituelles se multiplient.

   Canonisé le 16 juin 1737, c’est le jour anniversaire de cette glorification qui est désigné pour être désormais celui de sa fête liturgique (le 31 décembre ne s’y prêtant pas).

Importance du culte de Saint Jean-François Régis en Vivarais et en Velay :

   Dans tout le diocèse de Viviers et dans une partie importante de celui du Puy-en-Velay, le souvenir et le culte de Saint Jean-François Régis sont restés très vivants et très enracinés pendant plus de trois siècles : pratiquement pas une église où l’on ne trouve sa statue (il serait plus exact d’écrire « où l’on ne trouvait sa statue » car malheureusement un certain nombre d’églises a été dévasté par la fureur iconoclaste de la désastreuse période post-conciliaire), quand il ne s’agit pas aussi d’un vitrail ou d’un autel qui lui est dédié ; de nombreux villages et hameaux ont conservé le souvenir de son passage, des carrefours ou des places où il a prêché et qui sont encore signalés par une croix ou une statue, des maisons dans lesquelles il a mangé ou dormi, des fontaines ou des sources qu’il a bénies et dont on recueille toujours l’eau avec vénération… etc.

   La Louvesc reste un lieu de pèlerinage où, à la suite de nombreux saints (Saint Benoît-Joseph Labre, Saint Marcellin Champagnat, Saint Jean-Marie Vianney, Sainte Philippine Duchesne, Sainte Thérèse Couderc… etc.), les fidèles viennent implorer une grâce, remercier, puiser des forces spirituelles et grandir dans leur vie chrétienne.

   Mais il n’y a pas que La Louvesc ; il existe aussi de petits pèlerinages locaux – églises paroissiales ou chapelles marquées par le souvenir de Saint Régis – qui font, le 16 juin, l’objet d’une cérémonie annuelle, sans parler, au Puy-en-Velay, de l’église dite « du collège » (parce qu’elle fut la chapelle du collège des jésuites auquel Saint Régis était rattaché, cf. supra) où cette célébration revêt toujours une solennité particulière.

   Certes, à La Louvesc ou ailleurs, les pèlerins ne sont plus aussi nombreux qu’ils le furent dans les périodes de grande ferveur populaire : depuis une cinquantaine d’années la déchristianisation officielle de la société se fait malheureusement sentir, ajoutée à la sécularisation d’un clergé qui, sous prétexte « d’ouverture au monde » ou de « concile », s’est laissé entraîné par le naturalisme, les idéologies destructrices de la foi, du zèle et de la ferveur, et a souvent critiqué – voire combattu – les marques de la dévotion populaire…

Saint Jean-François Régis au Mesnil-Marie :

   En notre Mesnil-Marie, nous sommes très heureux d’avoir hérité d’une statue et de reliques de Saint Jean-François Régis, bien à l’honneur dans notre oratoire provisoire en ce 16 juin (cf. photo ci-dessous).

   Mais il y a plus encore : nous avons la certitude morale que Saint Régis est passé dans notre hameau, soit à l’occasion de sa mission au Cheylard et dans les alentours, en 1635, soit à l’occasion de celle à Fay-le-Froid (aujourd’hui Fay-sur-Lignon) et autour du Mézenc, en 1636.

   En effet, sans s’astreindre à établir un itinéraire détaillé et exhaustif de tous les lieux dans lesquels est passé le saint missionnaire, les contemporains ont écrit au sujet de ces missions dans notre contrée que le Père Régis n’avait pas laissé un hameau, fut-il très éloigné, ni n’avait pas laissé une ferme, aussi isolée qu’elle fut, sans aller y porter la sainte parole de Dieu.
A cette époque-là, notre hameau – où était tout de même établi un notaire royal ! – pouvait compter une dizaine de feux et sa population être de 30 à 50 âmes.
Saint Jean-François Régis
, dont le passage est dûment attesté à quelques kilomètres d’ici, est donc très certainement venu y prêcher : comme je l’ai écrit plus haut, si nous n’en avons pas la trace sur un document, nous en avons la certitude morale !

   Voilà pourquoi, en mémoire de ses missions dans les Boutières et autour du Mézenc, Frère Maximilien-Marie a résolu d’édifier, dès que cela sera possible, un oratoire dédié à Saint Jean-François Régis dans notre jardin de fleurs en bordure du chemin. En attendant et dès à présent, qu’il bénisse le Refuge Notre-Dame de Compassion et tous ses amis fidèles.

Lully.

Statue et reliquaire de Saint Jean-François Régis dans l'oratoire du Mesnil-Marie

Statue et reliques de Saint Jean-François Régis au Mesnil-Marie.

Articles connexes :
les « Litanies de Saint Jean-François Régis » > ici
et la chronique d’un pèlerinage à La Louvesc au cours de l’été 2008 > ici

2011-43. Vivre l’instant présent…

   Vous connaissez très certainement, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le poème de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face intitulé « Mon chant d’aujourd’hui ».
En voici quatre strophes que j’ai sélectionnées :

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère 
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit :
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour T’aimer sur la terre 
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

(… ) Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ? 
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !… 
Conserve mon cœur pur, couvre-moi de Ton ombre,
Rien que pour aujourd’hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance,
Je sens naître en mon cœur la tristesse et l’ennui. 
Mais je veux bien, mon Dieu, l’épreuve, la souffrance 
Rien que pour aujourd’hui.

(…) Près de Ton Cœur divin, j’oublie tout ce qui passe 
Je ne redoute plus les craintes de la nuit 
Ah ! donne-moi, Jésus, dans ce Cœur une place 
Rien que pour aujourd’hui.

   Si je pensais à ces vers de Sainte Thérèse aujourd’hui, c’est parce qu’en continuant mes explorations des classeurs contenant les dessins de Frère Maximilien-Marie, j’ai trouvé l’une de ses petites « bandes dessinées » qui s’intitule « Au jour le jour » : elle aussi reprend ce thème si important pour l’équilibre de la vie spirituelle : vivre l’instant présent.

   C’est aussi ce qu’exprime la sublime prière d’abandon confiant écrite par Madame Elisabeth (cf. > ici). La pression continue à laquelle le monde d’aujourd’hui et le contexte général de la société soumettent les âmes demandent toutefois qu’on en fasse souvent le rappel…

   Quelles que soient les épreuves de cette vie, gardez, chers Amis, gardez confiance et reprenez courage en regardant vers le Cœur de Jésus et Marie et en recevant de Lui la grâce, la force et la consolation « rien que pour aujourd’hui »!

Lully.

Chat studieux

2011-43. Vivre l'instant présent... dans Bandes dessinées aujourlejourbdcopie

Chat studieux

   Autres bandes dessinées précédemment publiées sur ce blogue : « Saint Joseph et le placage » (> ici); “Une lettre pour toi” (> ici); “La préférée de Dieu” (> ici); “Concurrence” (> ici); “J’enrage!” (> ici); “Pas meilleur que les autres” (> ici); “Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions” (> ici); “Comment se forment les perles” ( > ici) … etc.

2011-42. Du « Grand Chanéac » et de la chouannerie dans les Hautes Boutières.

15 mai : anniversaire de la mort du Grand Chanéac.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Si je prononce le mot chouan, je suis certain que le plus grand nombre va spontanément penser à la Bretagne, à la Normandie ou au Maine. Toutefois – et sans que cela leur ôte le moindre mérite – la vérité historique oblige à rappeler que la chouannerie ne fut pas une exclusivité des provinces de l’Ouest de la France.

Chouan

   Pour ne parler que du Vivarais où est implantée notre Mesnil-Marie - proche d’autres terres de résistance opiniâtre à la révolution (Velay, Gévaudan, Cévennes, Forez, Lyonnais… etc.) -, il ne faut pas oublier qu’on s’y insurgea contre les mesures des assemblées dites « constituante » puis « législative » bien avant le soulèvement vendéen !

   Je ne peux pas faire ici un cours d’histoire détaillé, toutefois chaque 15 mai ramène ici l’anniversaire du rappel à Dieu de l’une des plus éminentes figures emblématiques de la contre-révolution dans ces Hautes-Boutières où nous vivons : le « Grand Chanéac ».
Alors aujourd’hui, j’ai résolu de vous en parler à mon tour.

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   Né le 11 décembre 1759 au mas des Sucheyres – sur le territoire de la paroisse de Saint-Andéol de Fourchades -, dans une famille de paysans relativement aisés, Jean-Pierre François Chanéac était donc dans sa trentième année à l’été 1789.

   Bel homme, de haute taille, intelligent et instruit, il avait – selon les traditions – envisagé pendant un temps le sacerdoce et fait quelques études pour cela ; il aurait ensuite suivi des cours de médecine, avant de se marier et de prendre la suite de son père comme fermier du « Clapas », l’une des grandes fermes du domaine de Pierre de Julien de Baumes – seigneur de Fourchades, Saint-Martial et Bourlatier -, au point de jonction des vallées des Hautes-Boutières et du haut plateau vivarois.

La ferme et le suc du Clapas (Saint-Martial en Boutières)

La ferme du Clapas,
près de laquelle le « Grand Chanéac » remporta une belle victoire sur le général Boisset, le 21 novembre 1797
(cliquer sur l’image pour la voir en grand).

   Si certains des chefs de bande qui tinrent la « montagne » pendant ces années de trouble et d’insécurité eurent des comportements peu exemplaires, si quelques uns se donnèrent le titre de « chouan » bien davantage pour se livrer au brigandage et s’enrichir que mus par un noble idéal, tel n’est pas le cas du « Grand Chanéac ».

   C’était un homme animé par une foi vive et éclairée, et il n’est point douteux que ce fut l’un des principaux motifs, sinon le principal motif, de sa résistance.

   Dans toute cette contrée, malgré l’exemple déplorable donné par l’évêque de Viviers, Monseigneur Charles de Lafont de Savines – personnage fantasque et tête légère qui fut l’un des quatre évêques d’Ancien Régime à prêter le serment schismatique de la constitution civile du clergé -, les prêtres, très proches de leurs paroissiens et très aimés d’eux, ne prêtèrent le serment qu’avec des restrictions importantes, ce qui le rendait nul et faisait d’eux des « réfractaires », passibles de la prison, de la déportation ou – tout simplement! – de la guillotine.
« Réfractaires », les curés et vicaires de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Borée, Sainte-Eulalie… etc. restèrent sur place (jamais des prêtres intrus ne purent les remplacer) et continuèrent à régir leurs paroisses, à administrer les sacrements et à célébrer la Sainte Messe dans la clandestinité (voir aussi > ici).
Il serait bien trop long de raconter ici toutes les anecdotes qui existent au sujet de ces prêtres, de leur héroïsme et de leur zèle généreux qui ne faiblit pas pendant près de dix années : en effet la persécution anti-chrétienne ne dura pas seulement pendant ce qu’il est convenu d’appeler la « grande terreur » (du début septembre 1792 à la fin juillet 1794), mais fut régulièrement relancée par des décrets jusqu’au temps de la pacification religieuse opérée par le concordat (1802).

   Le « Grand Chanéac » protégeait les bons prêtres et il leur assurait sécurité et subsistance dans les fermes isolées dont il était le propriétaire (les Sucheyres, Gombert… etc.).

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   Homme de fidélité, de conviction et d’idéal, on a de bonnes raisons de penser qu’il était en lien avec les principaux chefs de la résistance à la révolution dans un plus vaste périmètre : le comte de La Mothe, le marquis de Surville, Charles et Dominique Allier (frères de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, qui avait été l’une des chevilles ouvrières des rassemblements et soulèvements de Jalès).
Malgré les « bleus » et la traque acharnée qu’ils menèrent contre lui, il fut le véritable maître de ces contrées pendant tout le temps de la révolution.

   La mémoire populaire a fait du « Grand Chanéac » une véritable figure de légende : sur sa jument noire, nommée « La Vendée », ou dans les cachettes quasi inaccessibles de cette vallée escarpée (proche du Mesnil-Marie) qu’on nomme « le gouffre de l’enfer », avec ses chouans qui lui étaient tout dévoués, avec le soutien massif de la population, il tint les « bleus » en échec pendant plus de dix ans : se dévouant sans compter « Pour Dieu et pour le Roy », il n’hésita pas à dépenser son bien pour la Cause et même à s’endetter lourdement.

   Après la révolution, il s’emploiera à rembourser ses débiteurs et ne se prévaudra en rien de ses exploits pour se dérober aux devoirs de l’honnêteté.

Les Sucheyres  (Saint-Andéol de Fourchades)

Ruines du mas des Sucheyres où naquit et mourut le « Grand Chanéac »
et où il cacha de nombreux prêtres pendant la révolution.

   Entouré de l’estime générale, le « Grand Chanéac » s’est éteint le 15 mai 1841, au mas des Sucheyres où il était né 81 ans et cinq mois auparavant.
Les traditions locales rapportent que jusqu’en sa vieillesse il dirigeait de sa voix puissante le chœur des chantres de l’église de Saint-Andéol de Fourchades. On raconte aussi qu’on transporta son cercueil vers l’église sur une tombereau traîné par deux bœufs blancs.

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   A presque deux siècles de sa disparition, alors que les traditions anciennes commencent à s’estomper et que des esprits malveillants – souvent par parti pris idéologique – ont cherché à ternir sa réputation, le qualifiant de « brigand », Frère Maximilien-Marie a tenu à entretenir le « devoir de mémoire » et à lui rendre justice : samedi dernier, il avait donc organisé une promenade commentée sur les lieux où s’illustra le « Grand Chanéac ».
Il a eu la très grande joie de voir venir à ce rendez-vous des descendants du chouan des Hautes-Boutières, et notre Frère est bien résolu désormais à s’employer à faire davantage connaître et aimer cette belle et grande figure qui (même si le chant a été composé bien après la grande révolution) n’aurait sans doute pas dédaigné d’unir sa voix à la nôtre pour chanter comme nous aimons à le faire :

Les bleus sont là, le canon gronde, 
Dites les gars avez vous peur :
Nous n’avons qu’une peur au monde 
C’est d’offenser Notre-Seigneur!

Les bleus chez vous dansant la ronde 
Boiront le sang de votre coeur :
Nous n’avons qu’un amour au monde, 
C’est l’amour de Notre-Seigneur!

Vos corps seront jetés à l’onde, 
Vos noms voués au déshonneur :
Nous n’avons qu’un honneur au monde 
C’est l’honneur de Notre-Seigneur!

Alors debout, le canon gronde, 
Partez les gars, soyez vainqueurs :
Nous n’avons qu’un espoir au monde, 
C’est la victoire du Seigneur!

Lully.

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Pour écouter le chant « Les Bleus sont là », faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
puis « ouvrir dans un nouvel onglet » :

Image de prévisualisation YouTube

Autres publications relatives au Grand Chanéac :
- Les messes clandestines dans nos hautes Boutières pendants la grande révolution > ici
- la bataille du Clapas, le 21 novembre 1797 > ici

2011-41. Instruction « Universae Ecclesiae » de la Commission Pontificale Ecclesia Dei concernant l’application de la Lettre apostolique « Summorum Pontificum » en forme de motu proprio donnée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

Sainte Messe traditionnelle

I. Introduction :

1. La Lettre apostolique Summorum Pontificum, donnée motu proprio par le Souverain Pontife Benoît XVI le 7 juillet 2007 et entrée en vigueur le 14 septembre 2007, a rendu plus accessible la richesse de la liturgie romaine à l’Église universelle.

2. Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l’Église, avec l’intention de donner un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.

3. Après avoir rappelé la sollicitude des Souverains Pontifes pour la sainte liturgie et la révision des livres liturgiques, le Saint-Père reprend le principe traditionnel, reconnu depuis des temps immémoriaux et à maintenir nécessairement à l’avenir, selon lequel «chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition  apostolique ininterrompue. On doit les observer non seulement pour éviter les erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, car la règle de la prière de l’Église correspond à sa règle de foi (1)».

4. Le Souverain Pontife évoque en outre les Pontifes romains qui se sont particulièrement donnés à cette tâche, notamment saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Le Pape souligne également que, parmi les livres liturgiques sacrés, le Missale Romanum a joué un rôle particulier dans l’histoire et qu’il a connu des mises à jour au cours des temps jusqu’au bienheureux Pape Jean XXIII. Puis, après la réforme liturgique qui suivit le Concile Vatican II, le Pape Paul VI approuva en 1970 pour l’Église de rite latin un nouveau Missel, qui fut ensuite traduit en différentes langues. Le Pape Jean Paul II en promulgua une troisième édition en l’an 2000.

5. Plusieurs fidèles, formés à l’esprit des formes liturgiques antérieures au Concile Vatican II, ont exprimé le vif désir de conserver la tradition ancienne. C’est pourquoi, avec l’indult spécial Quattuor abhinc annos publié en 1984 par la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, le Pape Jean Paul II concéda sous certaines conditions la faculté de reprendre l’usage du Missel romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII. En outre, avec le Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988, le Pape Jean Paul II exhorta les Évêques à concéder généreusement cette faculté à tous les fidèles qui le demandaient.
C’est dans la même ligne que se situe le Pape Benoît XVI avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, où sont indiqués, pour l’usus antiquior du rite romain, quelques critères essentiels qu’il est opportun de rappeler ici.

6. Les textes du Missel romain du Pape Paul VI et de la dernière édition de celui du Pape Jean XXIII sont deux formes de la liturgie romaine, respectivement appelées ordinaire et extraordinaire : il s’agit de deux mises en oeuvre juxtaposées de l’unique rite romain. L’une et l’autre forme expriment la même lex orandi de l’Église. En raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire doit être conservée avec l’honneur qui lui est dû.

7. Le Motu Proprio Summorum Pontificum s’accompagne d’une lettre du Saint-Père aux Évêques, publiée le même jour que lui (7 juillet 2007) et offrant de plus amples éclaircissements sur l’opportunité et la nécessité du Motu Proprio lui-même : il s’agissait effectivement de combler une lacune, en donnant un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.
Ce cadre s’imposait particulièrement du fait qu’au moment de l’introduction du nouveau missel, il n’avait pas semblé nécessaire de publier des dispositions destinées à régler l’usage de la liturgie en vigueur en 1962. En raison de l’augmentation du nombre de ceux qui demandent à pouvoir user de la forme extraordinaire, il est devenu nécessaire de donner quelques normes à ce sujet.
Le Pape Benoît XVI affirme notamment : «Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste (2)».

8. Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de son munus propre – régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église (3) – et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle (4). Il se propose :
a) d’offrir à tous les fidèles la liturgie romaine dans l’usus antiquior, comme un trésor à conserver précieusement ;
b) de garantir et d’assurer réellement l’usage de la forme extraordinaire à tous ceux qui le demandent, étant bien entendu que l’usage de la liturgie latine en vigueur en 1962 est une faculté donnée pour le bien des fidèles et donc à interpréter en un sens favorable aux fidèles qui en sont les principaux destinataires ;
c) de favoriser la réconciliation au sein de l’Église.

II. Les missions de la Commission pontificale Ecclesia Dei :

9. Le Souverain Pontife a doté la Commission Pontificale Ecclesia Dei d’un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l’observance et l’application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 12).

10. § 1. La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le Pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 11-12), mais aussi grâce au pouvoir d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio.
§ 2. Les décrets par lesquels la Commission Pontificale exprime sa décision au sujet des recours pourront être attaqués ad normam iuris devant le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.

11. Après approbation de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, il revient à la Commission pontificale Ecclesia Dei de veiller à l’édition éventuelle des textes liturgiques relatifs à la forme extraordinaire du rite romain.

III. Normes spécifiques :

12. À la suite de l’enquête réalisée auprès des Évêques du monde entier et en vue de garantir une interprétation correcte et une juste application du Motu Proprio Summorum Pontificum, cette Commission Pontificale, en vertu de l’autorité qui lui a été attribuée et des facultés dont elle jouit, publie cette Instruction, conformément au canon 34 du Code de droit canonique.

- La compétence des Évêques diocésains :

13. D’après le Code de droit canonique (5), les Évêques diocésains doivent veiller à garantir le bien commun en matière liturgique et à faire en sorte que tout se déroule dignement, pacifiquement et sereinement dans leur diocèse, toujours en accord avec la mens du Pontife romain clairement exprimée par le Motu Proprio Summorum Pontificum (6). En cas de litige ou de doute fondé au sujet de la célébration dans la forme extraordinaire, la Commission Pontificale Ecclesia Dei jugera.

14. Il revient à l’Évêque diocésain de prendre les mesures nécessaires pour garantir le respect de la forme extraordinaire du rite romain, conformément au Motu Proprio Summorum Pontificum.

- Le coetus fidelium (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §1) :

15. Un coetus fidelium pourra se dire stable (stabiliter existens), au sens où l’entend l’art. 5 §1 de Summorum Pontificum, s’il est constitué de personnes issues d’une paroisse donnée qui, même après la publication du Motu Proprio, se sont réunies à cause de leur vénération pour la liturgie célébrée dans l’usus antiquior et qui demandent sa célébration dans l’église paroissiale, un oratoire ou une chapelle ; ce coetus peut aussi se composer de personnes issues de paroisses ou de diocèses différents qui se retrouvent à cette fin dans une église paroissiale donnée, un oratoire ou une chapelle.

16. Si un prêtre se présente occasionnellement avec quelques personnes dans une église paroissiale ou un oratoire en souhaitant célébrer dans la forme extraordinaire, comme le prévoient les articles 2 et 4 du Motu Proprio Summorum Pontificum, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église acceptera cette célébration, tout en tenant compte des exigences liées aux horaires des célébrations liturgiques de l’église elle-même.

17. § 1. Dans chaque cas, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d’accueil généreux.
§ 2. Dans le cas de groupes numériquement moins importants, on s’adressera à l’Ordinaire du lieu pour trouver une église où ces fidèles puissent venir assister à ces célébrations, de manière à faciliter leur participation et une célébration plus digne de la Sainte Messe.

18. Dans les sanctuaires et les lieux de pèlerinage, on offrira également la possibilité de célébrer selon la forme extraordinaire aux groupes de pèlerins qui le demanderaient (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §3), s’il y a un prêtre idoine.

19. Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle.

- Le sacerdos idoneus (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 §4):

20. Les conditions requises pour considérer un prêtre comme «idoine» à la célébration dans la forme extraordinaire s’énoncent comme suit :
a) tout prêtre qui n’est pas empêché par le droit canonique (7), doit être considéré comme idoine à la célébration de la Sainte Messe dans la forme extraordinaire ;
b) il doit avoir du latin une connaissance de base qui lui permette de prononcer correctement les mots et d’en comprendre le sens ;
c) la connaissance du déroulement du rite est présumée chez les prêtres qui se présentent spontanément pour célébrer dans la forme extraordinaire et qui l’ont déjà célébrée.

21. On demande aux Ordinaires d’offrir au clergé la possibilité d’acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire. Cela vaut également pour les séminaires, où l’on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l’étude du latin (8), et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d’apprendre la forme extraordinaire du rite.

22. Dans les diocèses sans prêtre idoine, les Évêques diocésains peuvent demander la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission Pontificale Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même pour enseigner à le faire.

23. La faculté de célébrer la Messe sine populo (ou avec la participation du seul ministre) dans la forme extraordinaire du rite romain est donnée par le Motu Proprio à tout prêtre séculier ou religieux (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art.2). Pour ces célébrations, les prêtres n’ont donc besoin, selon le Motu Proprio Summorum Pontificum, d’aucun permis spécial de leur Ordinaire ou de leur supérieur.

- La discipline liturgique et ecclésiastique :

24. Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont. Tous ceux qui désirent célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain doivent connaître les rubriques prévues et les suivre fidèlement dans les célébrations.

25. De nouveaux saints et certaines des nouvelles préfaces pourront et devront être insérés dans le Missel de 1962 (9), selon les normes qui seront indiquées plus tard.

26. Comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum à l’article 6, les lectures de la Sainte Messe du Missel de 1962 peuvent être proclamées soit seulement en latin, soit en latin puis dans la langue du pays, soit même, dans le cas des Messes lues, seulement dans la langue du pays.

27. En ce qui concerne les normes disciplinaires liées à la célébration, on appliquera la discipline ecclésiastique définie dans le Code de droit canonique de 1983.

28. De plus, en vertu de son caractère de loi spéciale, le Motu Proprio Summorum Pontificum déroge, dans son domaine propre, aux mesures législatives sur les rites sacrés prises depuis 1962 et incompatibles avec les rubriques des livres liturgiques en vigueur en 1962.

- La Confirmation et l’Ordre sacré :

29. La permission d’utiliser la formule ancienne pour le rite de la confirmation a été reprise par le Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 9 §2). Dans la forme extraordinaire, il n’est donc pas nécessaire d’utiliser la formule rénovée du Rituel de la confirmation promulgué par le Pape Paul VI.

30. Pour la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat, le Motu Proprio Summorum Pontificum n’introduit aucun changement dans la discipline du Code de droit canonique de 1983 ; par conséquent, dans les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le profès de voeux perpétuels ou celui qui a été définitivement incorporé dans une société cléricale de vie apostolique est, par l’ordination diaconale, incardiné comme clerc dans l’Institut ou dans la Société, conformément au canon 266 § 2 du Code de droit canonique.

31. Seuls les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission Pontificale Ecclesia Dei ainsi que ceux dans lesquels se maintient l’usage des livres liturgiques de la forme extraordinaire peuvent utiliser le Pontifical romain en vigueur en 1962 pour conférer les ordres mineurs et majeurs.

- Le Bréviaire romain :

32. Les clercs ont la faculté d’utiliser le Bréviaire romain en vigueur en 1962 dont il est question à l’article 9 §3 du Motu Proprio Summorum Pontificum. Celui-ci doit être récité intégralement et en latin.

- Le Triduum sacré :

33. S’il y a un prêtre idoine, le coetus fidelium qui adhère à la tradition liturgique précédente peut aussi célébrer le Triduum sacré dans la forme extraordinaire. Au cas où il n’y aurait pas d’église ou d’oratoire exclusivement prévu pour ces célébrations, le curé ou l’Ordinaire prendront les mesures les plus favorables au bien des âmes, en accord avec le prêtre, sans exclure la possibilité d’une répétition des célébrations du Triduum sacré dans la même église.

- Les rites des Ordres religieux :

34. Il est permis d’utiliser les livres liturgiques propres aux Ordres religieux et en vigueur en 1962.

- Pontifical romain et Rituel romain :

35. Conformément au n. 28 de cette Instruction et restant sauf ce qui est prescrit par le n. 31, l’usage du Pontifical romain et du Rituel romain, ainsi que celui du Cérémonial des Évêques en vigueur en 1962 sont permis.

Au cours de l’audience du 8 avril 2011 accordée au Cardinal Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le Souverain Pontife Benoît XVI a approuvé la présente Instruction et en a ordonné la publication.
Donné à Rome, au siège de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le 30 avril 2011, en la mémoire de saint Pie V.

William Cardinal Levada Président

Monseigneur Guido Pozzo secrétaire

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Notes :

(1) – BENOÎT XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, art. 1 : AAS 99 (2007), p. 777 ; La Documentation catholique 104 (2007), pp. 702-704 ; cf. Présentation générale du Missel romain, 3e éd., 2002, n. 397.

(2) – BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 798 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.

(3) – Cf. Code de droit canonique, c. 838, §1 et §2.

(4) – Cf. Code de droit canonique, c. 331.

(5) – Cf. Code de droit canonique, c. 223 §2 ; 838 §1 et §4.

(6) – Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 799 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.

(7) – Cf. Code de droit canonique, c. 900 §2.

(8) – Cf. Code de droit canonique, c. 249 ; CONC. OECUM. VAT. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 36 ; Décr. Optatam totius, n. 13.

(9) -  Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 797 ; La Documentation catholique 104, p. 706

Publié dans:De liturgia, Lectures & relectures |on 13 mai, 2011 |Commentaires fermés

2011-38. Vivons pour le Bon Dieu (Chanoine Antoine Crozier).

Vivons pour le Bon Dieu - chanoine A.Crozier

       Ce 10 avril marque l’anniversaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui avait reçu la grâce insigne des sacrés stigmates (le 1er janvier 1901 au cours de la Sainte Messe qu’il célébrait à l’autel du Saint-Sacrement dans la Primatiale Saint-Jean de Lyon) et qui était lié avec le Bienheureux Charles de Foucauld par les liens d’une profonde amitié.

   A cette occasion, je suis heureux de vous livrer ici le texte intégral d’un petit opuscule que le chanoine Crozier avait fait publier en 1910 (il y eut même deux éditions dans le cours de cette même année).
A ma connaissance,  ce tout petit livret dont je vous ai reproduit la couverture ci-dessus, n’a pas été réédité depuis la mort de ce saint prêtre, survenue le 10 avril 1916. Pourtant, il y a là un admirable résumé sur la manière d’atteindre à la perfection chrétienne, en un exposé aussi simple et lumineux que fondamental et riche…

   Aussi, même si ce texte dépasse en longueur ce qui est habituel pour un article de blogue, j’espère qu’il sera profitable à tous les lecteurs de bonne volonté qui accepteront de le lire posément, avec l’intelligence de leur coeur, et qui s’efforceront d’en mettre les leçons en pratique, de toute la ferveur de leur âme.

Frère Maximilien-Marie.

Chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Le chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Vivons pour le Bon Dieu.

       Sommes-nous de bons chrétiens ?

   Afin de nous en rendre compte, demandons-nous quelle est la place occupée par Dieu dans notre vie de chaque jour.
Pour un trop grand nombre de soi-disant chrétiens, cette place est bien petite. On donne à Dieu cinq minutes de prière matin et soir, le temps de la Messe, des Vêpres et du Salut le dimanche.
En dehors de cela, il n’y a rien ou pas grand’chose pour Dieu. On travaille, on mange, on dort, on souffre, ou bien on jouit, on s’amuse, on satisfait son intérêt, son ambition, ses passions, on s’occupe de sa famille, de ses affaires, de tout, en un mot, excepté de Dieu. On vit pour soi, pour le monde, pour le démon, pour rien du tout ; on ne vit pas pour Dieu.

   Combien de vies sont ainsi gaspillées et méritent la condamnation portée par le Maître : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ils ont déjà reçu leur récompense! »

   Et pourtant, pourquoi sommes-nous sur la terre sinon pour aller à Dieu, pour gagner le Ciel ?
Si Dieu nous a créés et nous conserve l’existence, c’est bien uniquement afin que nous procurions sa gloire, sur la terre d’abord, puis dans le Ciel pendant l’éternité.

   Que devons-nous faire pour rendre gloire à Dieu ?

   Remplir, tout simplement, nos devoirs d’état ; nous acquitter, comme il convient, de nos occupations ordinaires.
Nous devons donc travailler, manger, dormir, souffrir, nous reposer, nous distraire, nous occuper de nos affaires, de notre famille, de nos intérêts. Tout cela nous devons le faire et le bien faire, mais pas uniquement pour nous ou pour les créatures ; nous devons le faire principalement pour Dieu, en vue de Dieu, et ainsi nous rendons gloire à Dieu.

   Avec quoi devons-nous acheter le Ciel ?

   Par toutes nos actions, par toutes nos souffrances, par tous les détails de notre vie.
A l’exemple de l’ouvrier qui, pour gagner sa journée, doit travailler un nombre d’heures déterminé au service de celui qui l’emploie, il convient que nous vivions pour Dieu, non seulement de temps en temps et à des moments fixes, mais partout et toujours.

   La devise d’un vrai chrétien, c’est donc : TOUT POUR LE BON DIEU !

* * * * * * *

I. Quels moyens employer ?

   Un seul : vouloir fermement vivre pour Dieu et agir en conséquence.

1. – Avant tout, nous devons éviter ce qui déplait à Dieu, ce que sa loi défend, le péché et les occasions du péché, observer tous ses commandements, remplir tous nos devoirs  envers Lui, envers le prochain et envers nous-mêmes puis nous appliquer à bien faire toutes choses afin de les rendre bonnes et dignes d’être agréées par Lui.

2. – Ces actes bons sont comme des wagons placés sur des rails et que l’on peut diriger au nord ou au midi, en avant ou en arrière. A nous de savoir, par une intention nettement déterminée, les diriger, les aiguiller vers Dieu et non pas vers le démon, le monde ou nous-mêmes.

3. – Cette intention, il importe beaucoup de l’exprimer, de l’affirmer au moins de temps en temps. Nous le faisons en offrant à Dieu nos actes, nos souffrances, notre vie de chaque jour.
Bien que placés sur des rails, les wagons sont incapables de se mouvoir par eux-mêmes, il faut les attacher les uns aux autres à la suite de la locomotive qui les entraînera, plus ou moins vite, plus ou moins loin, suivant qu’elle sera plus ou moins forte et qu’elle aura des provisions plus ou moins grandes d’eau et de charbon.
De même l’offrande de la journée faite le matin accrochera au passage tous les actes dont cette journée sera remplie et les entrainera vers Dieu.
Plus cette offrande sera intense, plus son action sera efficace sur notre conduite et sur la réalité de notre donation.
Il est donc indispensable de bien offrir à Dieu dès le matin la journée qui commence. Cette offrande sera l’acte principal de la prière du matin
.

4. – Pour que cette offrande donne réellement à Dieu chacun de nos actes, il n’est pas nécessaire de la renouveler à chaque instant et de redire sans cesse à Dieu que tout est pour Lui. Cela n’est guère possible à l’homme au milieu des soucis et des préoccupations de la vie ; Dieu ne nous le demande pas.
Quand nous voulons aller à un endroit déterminé, nous ne renouvelons pas sans cesse la volonté d’y aller ; nous continuons simplement à marcher dans la direction voulue. Une fois lancé, le train peut encore pendant un certain temps, grâce à la vitesse acquise, continuer sa route. Nous n’avons pas besoin de faire autrement, pour aller à Dieu, qui est le terme unique et nécessaire du voyage de la vie.

5. – Néanmoins, après avoir parcouru une certaine distance, la locomotive a besoin de faire usage de la vapeur pour prendre un nouvel élan.
Pour nous aussi, il est utile que, de temps en temps dans la journée et sans arrêter notre travail, nous renouvelions rapidement notre offrande par un cri du coeur, afin d’être bien sûrs d’agir toujours pour Dieu.

6. – Au bout de quelques heures, la locomotive est obligée de s’arrêter dans une gare afin d’y reprendre de l’eau et du charbon et de pouvoir ainsi parcourir une nouvelle étape.
Combien il serait bon que nous puissions faire de même et, dans le milieu du jour, par exemple, trouver un instant afin d’y renouveler bien généreusement et à notre aise notre offrande du matin!
Ainsi tout serait très certainement fait et souffert pour le Bon Dieu. Nous pourrions acquérir sans cesse des mérites incalculables et devenir très rapidement et très simplement des millionnaires du  Ciel.
Extérieurement dans notre vie, rien ne serait changé, sinon que nos devoirs seraient remplis avec plus de soins, nos actes faits avec plus d’application.
Intérieurement tout serait changé et pour Celui qui sonde les reins et les coeurs, grâce à l’intention de notre offrande, tout aurait un prix nouveau et une valeur incomparable.
Prenons donc la douce habitude d’offrir souvent nos actions à Dieu
et nous serons sûrs de vivre vraiment pour Lui !

7. – Offrons tout à Dieu, tout, même les actions les plus minimes et les plus insignifiantes. Saint Paul l’a dit : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »
Ces actes sont, pour ainsi dire, les fils avec lesquels nous devons travailler à faire de notre vie une belle pièce d’étoffe que nous présenterons à Dieu au dernier jour.
Or plus un tissu est beau, plus les fils dont il se compose sont nombreux et fins.
Si nous nous contentions d’offrir à Dieu les actes principaux de nos journées, nous arriverions à tisser une étoffe formée de cordages plus ou moins gros et ressemblant plutôt à un filet ou à une serpillière qu’à un riche tissu.

8. – De quoi se compose une étoffe ? D’un certain nombre de fils entrelacés dont les uns forment ce qu’on nomme la chaîne et les autres la trame de l’étoffe.
Pour fabriquer le tissu, on tend avec soin sur un métier, et les uns à côté des autres les fils de la chaîne.
Pareillement en offrant à Dieu tous nos actes, en les faisant avec soin pour Lui, nous attachons, pour ainsi dire, sur ce métier merveilleux qui est notre âme, autant de fils qui nous serviront à tisser notre vie de la terre et notre vie du Ciel.

   Chaque péché véniel causera une lacune plus ou moins grande dans notre vie, un trou plus ou moins important dans le tissu, comme lorsque plusieurs fils sont cassés.
Chaque péché mortel est semblable à un ouragan qui arrache tous les fils du métier, les emporte au loin et détruit tout jusqu’à ce que un acte de contrition parfaite ou l’absolution du prêtre raccommodent et arrangent tout, remettent tout en place en nous permettant de reprendre le travail interrompu.

   Si Dieu m’appelait à Lui aujourd’hui, qu’aurais-je de bon à Lui présenter ? Que de lacunes dans ma vie, quel gaspillage des dons reçus de Lui! Oh! Je veux, comme dit Saint Paul, regagner avec acharnement le temps perdu et m’appliquer sans cesse à refaire ma vie telle que Dieu l’a voulue et préparée !
Oui, je veux tout Lui offrir afin de ne plus rien perdre, mais de bien faire vraiment 

TOUT POUR LE BON DIEU!

* * * * * * *

II. Pour quels motifs ?

1. – Si l’intention d’agir pour Dieu augmente le mérite de nos actions, nous pouvons l’augmenter encore par la valeur des motifs qui nous font agir pour Dieu.
La chaîne ne suffit pas pour former une étoffe, il faut encore la trame, c’est-à-dire ce fil unique et continu qui par le moyen de la navette passe et repasse des milliers de fois à travers les fils de la chaîne et les enlace, les unit, les maintient à leur place, en fait un tout ordonné et uniforme, et donne à l’étoffe ses nuances et ses qualités.

2. – De même si nous agissons pour Dieu, sans aucun motif (ce qui est bien difficile et nous ferait ressembler à un être inintelligent) chaque battement de notre coeur passerait à travers les actes de notre vie sans y rien mettre, aussi inutilement que la navette quand elle ne contient plus de fil.
Le fil unique dont devrait se composer la trame de notre vie, le motif qui seul pratiquement nous fait agir pour Dieu, c’est l’amour dont notre coeur est rempli pour Lui (note : le seul fait d’agir pour Dieu implique nécessairement au moins un commencement d’amour pour Dieu).

3. – Plus cet amour sera parfait et élevé, plus nos actes prendront de valeur aux yeux de Dieu.
Si par exemple j’évite un péché ou je m’acquitte d’un devoir par crainte de l’enfer, mon amour pour Dieu étant moins relevé, le fil de ma trame sera plus grossier et je ne tisserai pour ainsi dire qu’une étoffe de bure.
Si j’agis pour gagner le Ciel, ou pour remercier Dieu de ses dons, le motif de mon amour est plus noble, l’étoffe de qualité supérieure.
Si enfin j’agis en vue de faire plaisir à Dieu parce que je L’aime, Lui la Bonté, la Perfection infinies, mon amour sera plus parfait, plus pur, plus délicat, la trame de tous mes actes sera un véritable fil de soie riche et précieuse.
Ma vie commencera dès lors à être d’un grand prix aux yeux de Dieu.

   Donc désormais, comme il convient,

TOUT PAR AMOUR POUR LE BON DIEU !

* * * * * * *

4. – Pour augmenter mon mérite, qui m’empêche d’unir mes pauvres actes aux actions et aux souffrances de Jésus-Christ, et de leur donner ainsi une valeur incomparable?
J’en ai le droit puisque de par la volonté de Dieu, son Père, Jésus est mon Médiateur, mon Supplément, mon Tout chargé de compenser mon insuffisance et ma misère. Je puis donc envelopper ce simple fil de soie sorti de mon coeur du fil d’or infiniment précieux des mérites de Jésus-Christ et enrichir merveilleusement ma vie grâce à cette union bénie qu’Il me propose et qu’Il désire.
Par conséquent,

TOUT EN UNION AVEC LE SACRE-COEUR !

* * * * * * *

5. – Enfin, je rendrai mon offrande encore plus parfaite, en la faisant à toutes les intentions du Sacré-Cœur.
A mesure que les détails de ma vie sont transformés par l’amour et l’union à Jésus, le Bon Dieu les utilise pour le plus grand bien de tous et Il en inscrit les mérites au Livre de vie en vue de ma récompense éternelle. De même, le maître paye le travail de l’ouvrier et tire tout le parti possible de l’étoffe qui lui a été livrée.
Dieu me permet néanmoins de Lui offrir mes actions et mes souffrances à des intentions particulières, pour obtenir à des âmes qui me sont chères diverses faveurs spirituelles ou temporelles. Toutefois, Il n’exauce pas mes requêtes si elles sont en opposition avec sa sainte Volonté.
Au lieu de m’attarder à énumérer de grâces qui ne conviennent peut-être pas à ces âmes, il m’est bien plus facile de faire mon offrande simplement pour l’accomplissement de toutes les intentions du Sacré-Coeur sur chacune d’elles. Ainsi je suis certain de toujours demander ce qui est le meilleur ; ma prière, écho fidèle de celle du divin Maître, est sûrement exaucée.
Et pourquoi restreindre mon offrande seulement à quelques âmes? Ne puis-je pas laisser à Jésus le soin d’en disposer à son gré pour toutes les âmes qui en ont besoin?
Voilà comment j’agis en faisant et souffrant toutes choses, en général, à toutes les intentions du Sacré-Cœur.

Une telle manière de faire est grande, généreuse ; elle témoigne d’une confiance et d’un abandon absolus envers Dieu ; donc elle ne peut que Lui être très agréable.
De plus elle rend très parfaite mon union avec le Sacré-Cœur. En offrant tout à ses intentions, j’aide véritablement le divin Sauveur à réaliser tous ses desseins d’amour sur la France, l’Eglise et le monde, je travaille avec Lui à établir partout le règne de Dieu et je participe à toute l’oeuvre qu’Il est venu accomplir sur la terre.

Ainsi mon champ d’action est aussi vaste que l’univers, mon apostolat embrasse toutes les âmes, tous les coeurs, et ma vie prend véritablement toute sa valeur et toute sa fécondité.

Donc,

TOUT AUX INTENTIONS DU SACRE-COEUR !

* * * * * * *

Conclusion :

En conséquence, tous les matins et plus souvent même, si je le puis, je réciterai du fond du coeur l’offrande suivante qui contient tous les détails capables de rendre mon amour aussi parfait et ma vie aussi méritoire que possible :

Ô Jésus, Souverain Prêtre,
Par le Coeur immaculé de Marie et avec tous ceux qui Vous aiment,
Je Vous offre et Vous consacre toutes mes prières, toutes mes actions, toutes mes souffrances, ma vie et ma mort,
Par amour pour Vous,
En union avec votre Sacré-Cœur,
A toutes les intentions de votre Sacré-Cœur.

Dans la journée, il me sera plus aisé de dire et de redire souvent pour m’encourager à bien travailler et à bien souffrir :

Tout pour votre Amour, ô Coeur de Jésus!

   J’espère mener ainsi une vie vraiment chrétienne et toute surnaturelle, plaire à mon Maître et commencer dès ici-bas au milieu des luttes et des tristesses de cette terre, l’acte d’amour parfait qui sera dans le Ciel l’unique occupation de mon âme et de mon coeur pendant l’éternité.

Ainsi soit-il !

Sacré-Coeur gif

On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une prière pour demander la glorification de l’abbé A. Crozier > ici
- un florilège de citations tirées de sa correspondance spirituelle > ici
- le « Chemin de Croix pour la France » du Chanoine Crozier > ici

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